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Full text of "Revue encyclopédique : liberté, égalité, association"

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REVUE 
ENCYCLOPÉDIQUE 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE 


OU 

ANALYSE  RAISONNÉE 

DES  PRODUCTIONS  LES  PLUS  REMARQUABLES 

DANS  LES  SCIENCES  ,  LES  ARTS  INDUSTRIELS  ,  LA  LITTERATURE 
ET   LES   BEAUX- ARTSJ 

PAR    UNE    RÉUNION 

DE   MEMBRES   DE  L'INSTITUT, 

ET  D'AUTRES  HOMMES  DE  LETTRES. 


TOME   XXXVII. 


PARIS 

AU  BUREAU  CENTRAL  DE  LA  REVUE  ENCYCLOPÉDIQUE, 

RUE    d'eNFER- SAINT- MICHEL  ,   N°    l8. 


IAKVIER    T828. 


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«  Toutes  les  sciences  sont  les  rameaux  d'une  même  tige.  » 

Bacon. 

«  L'art  n'est  autre  chose  que  le  contrôle  et  le  registre  des  meilleures  produc- 
tions. ,.  A  contrôler  les  productions  (et  les  actions)  d'un  chacun,  il  s'engendre 
envie  des  bonnes,  et  mépris  des  mauvaises.  » 

Montaigne. 

«  Les  belles-lettres  et  les  sciences,  bien  étudiées  et  bien  comprises,  sont  des 
instrumens  universels  de  raison,  de  vertu,  de  bonheur.  » 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RA1SONNÉES 

DES    PRODUCTIONS    LES    PLUS  REMARQUABLES 
DANS  LA  LITTÉRATURE,  LES   SCIENCES  ET   LES   ARTS. 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES  ET  MÉLANGES. 


CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 

SUR  LA   RÉPUBLIQUE    DES    LETTRES,  EN    1827. 

L'année  qui  vient  de  s'écouler  est  une  de  celles  dont 
l'art  social  tirera  quelque  jour  les  plus  importantes 
leçons,  si  les  récits  de  l'histoire  sont  fidèles.  Cependant 
à  l'exception  du  combat  de  Navarin ,  aucun  événement 
ne  s'y  présente  avec  grandeur;  il  semble,  au  contraire, 
que  tout  y  est  rapetissé,  faible,  sans  dignité,  qu'un 
principe  de  destruction  a  pénétré  jusqu'aux  sources  de 
la  vie  sociale,  altéré  toutes  les  facultés,  énervé  toutes 
les  forces  ,  paralysé  tout  ce  qui  est  noble  et  généreux 
dans  la  nature  de  l'homme.  La  violence  du  mal  devait 
amener  une  crise  ;  elle  est  arrivée  :  puisse-t-elle  être 
salutaire!   Au  milieu  des  angoisses  de  leur  patrie,  les 


6  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 

Rédacteurs  de    la  Reçue  Encyclopédique   ne  pouvaient 
oublier  qu'ils  sont  Français;  ils  sympathisent  trop  bien 
avec  la  France  pour  ne  pas  ressentir  alternativement  ses 
longues  douleurs  et  ses  courtes  joies.  11  n'a  donc  pas  été 
en   leur  pouvoir   de  se  montrer  aussi  rigoureusement 
cosmopolites  qu'ils  doivent  l'être  dans  les  tems  ordi- 
naires ,  lorsque  l'horizon  politique  n'est  point  chargé  de 
nuages.  Durant  une  partie  de  l'année,  leur  pensée  n'a 
pu  se  manifester,  sous  le  régime  odieux  de  la  censure, 
qu'entre  des  limites  très-resserrées,  variables  et  souvent 
inaperçues ,  dont  on  n'était  averti  que  par  le  choc  violent 
qu'elles  faisaient  éprouver.  Avant  que  la  liberté  d'écrire 
fût  suspendue,  on  pressentait  qu'elle  ne  pourrait  échapper 
à  tous  les  dangers  qui  la  menaçaient,  et  que  ses  défenseurs 
les  plus  dévoués  ne  parviendraient  tout  au  plus  qu'à 
rendre  un  peu  moins  pesantes  les  chaînes  qu'on  lui  pré- 
parait. En  repassant  aujourd'hui  sur  nos  traces,  et  en 
résumant  nos  travaux  de  l'année  1827,  nous  remarquons 
avec  peine  que  plusieurs  améliorations  ne  sont  pas  aussi 
avancées  que  nous  l'avions  espéré,   que  nous  sommes 
loin  d'avoir  atteint  le  but  auquel  seulement  il  nous  sera 
permis  de  nous  arrêter,  c'est-à-dire  qu'on  peut  aperce- 
voir encore  de  nombreuses  lacunes  dans  le  tableau  des 
progrès  de  l'esprit  humain,  tel  que  nous  l'offrons  à  nos 
lecteurs,  et  dans  rénumération  des  nouvelles  richesses 
intellectuelles  dont  nous  avons  fait  l'acquisition.  Les  lec- 
teurs   équitables    reconnaîtront    facilement  les    causes 
diverses  et  puissantes  qui  ont  contrarié  nos  efforts  et 
retardé  notre  marche,  sans    parvenir  à  changer  notre 
direction.  Nous  en  appelons  avec  confiance  au  jugement 
de  nos  compatriotes  :  tous  ont  été  témoins  des  angoisses 
des  hommes  instruits,  des  amis  des  sciences  et  des  lettres, 
de  tous  ceux  qui  prennent  quelque  intérêt  à  la  propaga- 


SUR  LA  RÉPUBLIQUE  DES  LETTRES,  EN  1847.  7 
tion  des  lumières,  Lorsqu'une  loi  désastreuse  menaça  de 
subjuguer  la  presse,  d'arrêter  l'essor  du  génie  français  et 
d'avilir  notre  littérature.  Ils  ont  vu,  comme  nous,  le 
règne  delà  censure;  mais  ceux  qui  n'ont  observe  qu'en 
province  les  tribunaux  de  cette  puissance  malfaisante, 
n'ont  qu'une  idée  très-imparfaite  des  avanies  de  toute 
espèce  auxquelles  les  malbeureux  écrivains  périodiques 
étaient  soumis  à  Paris.  Quant  aux  étrangers,  même  dans 
les  Etats  où  la  censure  est  permanente,  quand  ils  ap- 
prendront comment  cette  ignoble  police  fut  exercée  en 
France,  principalement  dans  la  capitale,  en  1827,  ils 
seront  persuadés  que  leurs  journaux  et  leurs  recueils 
périodiques  furent  libres  alors,  en  comparaison  des 
nôtres. 

Heureusement,  l'empreinte  des  fers  que  nous  avons 
portés  ne  flétrit  que  les  juges  et  les  bourreaux  de  la 
pensée.  Depuis  que  nous  sommes  rendus  à  la  liberté,  on 
ne  pourra  nous  reprocher  d'en  avoir  abusé,  même  dans 
le  moment  d'effervescence  qui  succède,  en  dépit  de  la 
raison  ,  à  une  longue  et  pénible  contrainte.  Recueillir  les 
vérités  que  nous  n'avons  pu  dire,  ou  qu'une  préoccu- 
pation très-excusable  nous  avait  fait  perdre  de  vue,  leur 
chercher  une  place  convenable  dans  nos  pages ,  à  me- 
sure que  nous  les  publions,  voilà  les  soins  qui  nous  ont 
occupés,  depuis  la  fin  de  notre  esclavage,  et  que  nous  ne 
cesserons  de  prendre  jusqu'à  ce  que  nous  soyons  au 
niveau  de  tout  ce  que  l'on  fait  et  publie  dans  la  républi- 
que des  lettres. 

Nos  disgrâces  n'ont  pas  été  sans  quelques  adoucisse- 
mens.  Nous  avons  acquis  des  correspondances  sûres, 
instructives,  des  collaborateurs  capables  de  concevoir 
notre  plan  dans  toute  son  étendue  ,  et  de  le  perfection- 
ner. Ce  sont  des  amis  acquis  dans  le  malheur,  et  dont 


S  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 

les  services  nous  seront  d'autant  plus  précieux  qu'ils 
sont  offerts  avec  un  zèle  plus  sincère ,  un  dévoûment 
plus  digne  de  notre  reconnaissance.  Nos  relations  di- 
rectes  ne  comprennent  pas  encore  des  régions  sur  les- 
quelles tous  les  peuples  doivent  avoir  les  yeux  ouverts; 
tel  est,  par  exemple,  l'immense  empire  du  Brésil  dont  on 
ne  connaît  guère  jusqu'ici  que  les  productions  recher- 
chées par  le  commerce,  où  il  reste  à  fouiller  la  terre 
pour  ajouter  les  connaissances  géologiques  à  celles  de  la 
botanique  et  de  la  minéralogie,  où  la  statistique  n'a  re- 
cueilli jusqu'à  présent  que  des  matériaux  dont  l'ori- 
gine n'est  pas  assez  bien  connue  pour  inspirer  la  con- 
fiance. Sous  quelque  point  de  vue  que  l'on  considère 
cette  vaste  contrée,  elle  captive  l'attention  du  philo- 
sophe, du  naturaliste,  des  politiques,  des  simples  cu- 
rieux :  nous  espérons  être  bientôt  en  état  de  compléter, 
par  des  Notices  sur  le  Brésil ,  la  revue  générale  du  con- 
tinent américain. 

Mais,  quoique  l'atmosphère  semble  se  purifier  pour 
les  écrivains  périodiques,  et  que  l'orage  ait  cessé  de 
gronder  sur  leurs  têtes ,  la  sécurité  n'est  pas  rétablie.  Et 
comment  cesserions-nous  de  craindre  le  retour  de  ces 
fléaux  dont  la  cause  peut  se  reproduire  dans  des  cir- 
constances hors  de  notre  pouvoir,  et  que  notre  pru- 
dence ne  saurait  éviter?  Il  faut  bien  l'avouer,  le  sort  des 
lettres  en  France  est  encore  à  la  merci  des  tempêtes 
politiques  :  elles  n'ont  point  une  garantie  suffisante  dans 
les  lois  ,  ni  dans  les  institutions  ;  il  suffit ,  pour  en  être 
convaincu,  de  jeter  les  yeux  sur  ce  que  l'on  a  fait  contre 
elles,  depuis  l'établissement  du  régime  constitutionnel. 
Puisque  notre  recueil ,  si  évidemment  inoffensif,  dont 
la  bienveillance  universelle  ne  peut  être  révoquée  en 
doute  ,  a  pu  être  soumis  deux  fois  à  une  censure  don 


SUR  LA  RÉPUBLIQUE  DES  LETTRES  ,  EN  1 827,  9 
ses  principaux  articles  revenaient  horriblement  mutiles, 
que  pouvait-on  alors  confier  à  un  journal  ?  les  sciences 
pouvaient  échapper;  la  petite  littérature  n'éveillait  pas 
le  dragon  aux  ongles  tranchans,  ou  teints  d'encre  rouge  : 
mais,  si  l'histoire  s'était  avisée  d'être  véridique;  si  la 
morale  avait  eu  l'audace  de  donner  quelques  conseils 
à  la  politique;  si  des  vérités  généreuses,  établies  sur 
des  faits  incontestables ,  avaient  rappelé  les  droits  des 
nations  et  les  devoirs  des  gouvernemens  ,  ces  témé- 
raires écrits  n'auraient  point  vu  la  lumière.  La  Revue 
encyclopédique  devait  donc  se  résoudre  à  voir  biffer  la 
presque  totalité  de  ses  articles  sur  les  sciences  morales 
et  politiques  ,  ou  prendre  le  parti  de  supprimer  cette 
division  des  matières  qu'elle  traite  :  mais  ,  si  elle  con- 
sentait à  un  aussi  grand  sacrifice,  elle  renoncerait  à  son 
titre ,  et  cesserait  d'être  encyclopédique.  Aucune  consi- 
dération ne  la  fera  descendre  ainsi  au-dessous  d'elle- 
même;  ses  Rédacteurs,  sentant  plus  que  jamais  com- 
bien l'association  des  sciences  et  des  lettres  est  devenue 
nécessaire  aux  unes  et  aux  autres ,  s'attacheront  sans 
relâche  à  fortifier  ces  heureux  liens,  à  les  rendre  indis- 
solubles. Le  public  d'aujourd'hui  n'est  pas  d'humeur  à 
supporter  l'ignorance  d'un  Pradon,  ni  les  plus  doctes 
leçons  en  mauvais  langage;  cette  disposition  des  esprits 
serait  l'effet  du  gouvernement  représentatif,  si  d'autres 
causes  ne  contribuaient  point  à  l'amener.  Les  discussions 
parlementaires  font  en  même  tems  un  appel  à  l'éloquence 
et  au  savoir,  et  la  victoire  demeure  fidèle  à  l'orateur 
qui  réunit  l'un  et  l'autre  au  plus  haut  degré. 

Ainsi,  la  Revue  Encyclopédique  demeure  irrévocable- 
ment attachée  à  toute  la  république  des  lettres ,  quelles 
que  soient  les  chances  de  bonne  ou  de  mauvaise  for- 
tune réservées  dans  l'avenir  à  cet  Etat  sans  gouvernement. 


fxj  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 

sans  armées  ,  et  qui  ne  manque  point  d'ennemis.  Malgré 
son  apparente  faiblesse,  cette  république  est  plus  sûre 
de  sa  durée  que  les  empires  les  plus  puissans  :  elle  sub- 
sistera aussi  long-tems  que  la  raison  humaine  ;  et  à  toutes 
les  époques  ,  son  étendue  sera  la  véritable  mesure  de  la 
civilisation  sur  toute  la  surface  de  la  terre  ,  et  dans  cha- 
que nation. 

Mais  cette  merveilleuse  république  n'est  pas  toujours 
heureuse  :  des  dissentions  intestines  l'affaiblissent  et 
la  déshonorent  quelquefois.  Pendant  plusieurs  siècles  ,  la 
barbarie  l'avait  presque  détruite,  et  ce  ne  fut  qu'après 
de  longs  efforts  qu'elle  put  réparer  ses  pertes.  Elle  ne 
redoute  plus  aujourd'hui  de  retomber  dans  l'obscurité 
du  moyen  âge;  en  possession  de  son  immortalité,  elle 
voit  ses  domaines  s'étendre,  se  peupler  et  s'enrichir.  Il 
ne  s'agit  donc  plus  de  sa  conservation,  et  l'on  peut  se 
livrer  à  la  recherche  des  moyens  d'augmenter  son  in- 
fluence sur  le  bien-être  des  sociétés,  sur  le  perfection- 
nement de  toutes  les  institutions. 

Le  premier  pas  vers  ce  but  si  désirable  a  été  la  for- 
mation des  Sociétés  savantes  et  littéraires  et  des  Aca- 
démies. C'était  un  commencement  d'organisation,  un 
obstacle  aux  désordres  de  l'anarchie.  Mais  ces  petits 
corps,  épars  et  peu  nombreux,  n'avaient  pas  assez  de 
forces,  et  ne  pouvaient  constituer  une  république  puis- 
sante ;  quelques  rivalités  les  divisaient  souvent;  et  les 
traits  acérés,  lancés  contre  les  plus  faibles  ,  pénétraient 
de  tems  en  tems  jusqu'aux  plus  forts;  le  public  appre- 
nait à  se  moquer  des  Académies,  en  voyant  qu'elles 
échangeaient  aussi  entre  elles  des  railleries  assez  bien 
méritées. 

L'établissement  des  Ouvrages  périodiques  fut  un  autre 
pas  vers  l'organisation    du  peuple  lettré  :    il    est  inutile 


SUR  LA  RÉPUBLIQUE  DES  LETTRES,  EN  1S27.     1 1 

d'insister  sur  les  services  que  ee  moyen  de  communi- 
cation rendit  aux  écrivains  er.  aux  Lecteurs.  Malheureu- 
sement, on  n'alla  pas  plus  loin,  et  ces  premiers  progrès 
ne  firent  pas  même  entrevoir  le  but  vers  Lequel  on  de- 
vait se  diriger.  La  république  des  lettres  fut  encore 
sans  consistance,  et  l'anarchie  ne  cessa  pas  tout-à-fait 
d'affaiblir  la  considération  dont  elle  devrait  être  envi- 
ronnée. Cependant,  on  perfectionna  ce  que  Von  avait 
déjà  fait;  les  sociétés  se  multiplièrent,  leurs  relations 
prirent  plus  détendue,  les  ouvrages  périodiques  em- 
brassèrent plus  d'objets  ,  et  les  traitèrent  avec  plus  de 
méthode.  Mais  il  reste  encore  beaucoup  à  faire,  plus 
peut-être  que  ce  que  l'on  a  exécuté  jusqu'à  ce  moment  : 
essayons  d'en  donner  une  idée,  en  nous  bornant  d'abord 
au  territoire  français  qui,  dans  la  grande  confédération 
littéraire ,  est  un  Etat  particulier  et  l'un  des  plus  con- 
sidérables. 

Les  vues  qui  dirigèrent  les  fondateurs  de  Ylnstitut 
national  de  France  furent  justes  et  dune  grande  utilité  : 
mais  cette  belle  institution  littéraire  ne  reçut  pas  une 
organisation  assortie  à  la  destination  qu'on  aurait  dû 
lui  assigner.  Il  ne  s'agissait  point  de  créer  une  Académie 
encyclopédique ,  mais  de  coordonner  toutes  les  forces 
intellectuelles  de  la  France,  et  de  les  faire  concourir 
de  la  manière  la  plus  avantageuse  aux  progrès  des  con- 
naissances et  à  la  propagation  des  lumières  dans  toutes 
les  classes  de  la  nation.  Il  fallait,  par  conséquent,  établir 
des  relations  ,  des  devoirs  mutuels  entre  l'Institut  de  la 
capitale  et  ceux  que  l'on  eût  formés  dans  les  départe- 
mens  ;  la  surveillance  des  écoles  publiques  leur  eût  été 
confiée;  c'est  dans  leur  sein  que  l'on  eiAit  trouvé  réunis 
tous  les  élémens  d'une  instruction  normale  pour  former 
des  instituteurs.  Les  membres  résidans  à  Paris  auraient 


1 I  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 

pu  être  une  deputation  des  Instituts  de  département, 
y  compris  relui  de  la  Seine,  etc.  11  serait  facile  d'adap- 
ter à  ce  projet  les  dispositions  organiques  au  moyen 
desquelles  on  ferait  sentir  combien  il  serait  praticable: 
et,  si  rien  ne  s'opposait  à  ce  qu'il  fût  exécuté,  on  ne 
peut  douter  qu'il  ne  fût  très-avantageux. 

En  mettant  à  part  toute  prétention,  toute  influence 
sur  l'enseignement  public,  ne  serait-il  pas  possible  et 
permis  de  réaliser  ce  projet  avec  les  seules  ressources 
des  hommes  de  lettres,  des  savans  et  des  amis  de  l'in- 
struction ?  Puisse  cet  espoir  n'être  pas  une  chimère!  De 
la  place  où  nous  sommes,  et  au  milieu  des  occupations 
que  nous  nous  sommes  imposées  ,  nous  ne  craignons 
point  de  parler  d'après  notre  propre  expérience,  d'après 
les  ouvrages  qui  passent  successivement  sous  nos  yeux , 
et  que  nous  méditons  pour  en  rendre  compte  à  nos  lec- 
teurs. En  tout  ce  qui  n'exige  pas  l'application  immédiate 
des  forces  du  génie,  le  tems  et  les  peines  des  investiga- 
teurs ne  reçoivent  pas  un  bon  emploi  ;  on  ne  fait  qu'avec 
effort  ce  que  des  coopérations  bien  concertées  rendraient 
très-facile.  Imitons  ,  autant  qu'il  est  possible  ,  l'ordre  qui 
existe  dans  les  grandes  manufactures;  divisons ,  subdivi- 
sons le  travail ,  et  que  chacun  se  charge  de  ce  qu'il  sait 
faire  le  mieux.  Dans  les  sciences  et  leurs  applications,  il  y 
a  place  pour  tout  le  monde,  occupation  pour  toutes  les 
intelligences.  Un  géomètre  distingué  (  Vandermonde  ) 
avait  su  mettre  de  longs  calculs  algébriques  en  manufac- 
ture, et  les  faire  exécuter  par  des  dames  et  des  demoi- 
selles :  le  beau  sexe  refusera-t-il  le  même  service  à  des 
sciences  un  peu  plus  gaies,  à  des  arts  qui  se  rapprochent 
plus  ou  moins  de  ses  travaux  ordinaires  ?  Quant  aux 
lettres,  nous  n'en  dirons  rien  en  ce  moment,  parce  que 
la  matière  est  plus  difficile,  et  que  nous  sommes  dans  la 


51  RLA.IVÉPUBUQUE  DES  LETTRES,  EN  1827.     1  I 
nécessité  d'omettre  beaucoup  de  détails.  D'ailleurs,  il  ne 

s'agir  pas  encore  de  mettre  la  main  à  l'œuvre;  nous  nous 
bornons,  quant  à  présent,  à  sonder  le  terrain,  à  recon- 
naître son  étendue  et  ses  divers  aspects,  afin  de  juger  s'il 
convient  aux  constructions  dont  nous  pourrons  le  charger 
par  la  suite. 

Supposons  que  toute  la  nation  littéraire  de  la  France 
ait  reçu,  sous  les  auspices  et  avec  la  protection  du  gou- 
vernement, une  organisation  qui  lui  convienne  ;  que  ses 
contributions  soient  perçues  avec  facilité,  réparties  avec 
sagesse ,  fécondes  et  bienfaisantes  partout  où  elles  sont 
employées;  que  chaque  citoyen  de  ce  paisible  Etat  soit 
content,  de  sa  position  ,  zélé  pour  la  prospérité  commune, 
heureux  par  les  accroissemens  des  richesses  intellec- 
tuelles auxquels  il  aura  contribué  pour  sa  part  ;  que  la 
Grande-Bretagne,  les  Pays-Bas,  l'Allemagne,  etc.,  aient 
adopté,  pour  leurs  écrivains  et  leurs  hommes  de  lettres, 
une  organisation  analogue  ou  équivalente  :  tout  ne  sera 
pas  terminé,  il  s'agira  de  fonder  une  confédération  géné- 
rale de  ces  Etats,  de  les  consolider  les  uns  par  les  autres, 
et  de  former,  par  l'accumulation  de  toutes  les  richesses 
réunies,  le  domaine  du  genre  humain.  Ici,  des  questions 
toutes  nouvelles  arrivent  en  foule  :  il  faut  un  congrès  ; 
peut-on  se  passer  de  président  ?  et,  si  l'ordre  des  travaux 
exigeait  l'autorité  de  cette  magistrature,  quelles  seraient 
ses  fonctions  ,  le  mode  d'élection  des  députés  scientifi- 
ques et  littéraires,  leurs  attributions,  leurs  rapports  avec 
leurs  commettans,  le  lieu  des  séances  du  congrès ,  etc  ? 
Avant  de  répondre  définitivement  à  ces  questions,  on 
voudrait  savoir  si  les  recherches  sur  cet  objet  ne  seront 
pas  inutiles;  et  pour  obtenir  une  décision  sur  laquelle  on 
puisse  compter,  c'est  un  homme  d'état  qu'il  faut  consul- 
ter. Aux  yeux  d'un  ministre  philantrope,  et  sous  un  prince 


0NSID.GÉN.S1  R  LA  RÉP.  DES  LETTRES,  EN  18-27. 

qui  aurait  su  choisir  un  tel  ministre,  l'organisation  défi- 
nitive et  générale  de  la  république  des  lettres  serait  con- 
sidérée comme  L'entreprise  la  plus  honorable  qui  puisse 
illustrer  un  règne  :  on  s'empresserait  d'offrir  à  la  répu- 
blique naissante  tous  les  secours  favorables  à  ses  premiers 
développemens;  mais  les  vérités  de  cette  importance  ont 
besoin  de  se  présenter  sous  la  sauvegarde  d'une  autorité 
puissante,  et  d'être  exposées  avec  l'éloquence  de  la  raison. 
Nous  n'avons  pu  que  les  indiquer;  puissent-elles  ne  pas 
aller  tenir  compagnie  aux  rêves  de  l'abbé  de  Saint- 
Pierre,  et  à  tant  de  vœux  impuissans  en  faveur  de  l'hu- 
manité, vœux  qui  seraient  satisfaits  à  si  peu  de  frais  !  11  en 
coûte  bien  moins  pour  réjouir  toute  la  terre  ,  que  pour 
en  dévaster  une  partie. 


DE  L'INFLUENCE  DES  FUTURS  PROGRES  DES  CON- 
NAISSANCES ÉCONOMIQUES  SUR  LE  SORT  DES 
NATIONS. 

Le  corps  social  a  ses  lois,  comme  le  corps  humain  ,  des  lois 
qui  résultent  de  sa  nature  ,  des  lois  que  l'homme  n'a  point  éta- 
blies, et  qu'il  n'a  pas  le  pouvoir  d'abroger.  Soit  que  nous  ayons  à 
gouverner  nos  propres  affaires  ,  ou  celles  d  u  public,  nous  sommes 
vivement  intéressés  à  connaître  ces  lois,  pour  ne  point  user 
nos  forces  contre  des  obstacles  insurmontables,  et  pour  faire 
usage  à  notre  profit  des  secours  qu'elles  peuvent  nous  prêter. 
Or,  ce  sont  ces  lois  que  X  économie  politique  a  pour  objet  de  dé- 
couvrir et  d'exposer;  mais,  faute  d'une  distinction  importante, 
on  a,  je  crois,  méconnu  les  applications  qu'on  en  pouvait  faire. 

Les  biens  qui  pourvoient  à  l'existence  et  aux  jouissances  des 
hommes  peuvent  être  considérés,  soit  dans  l'intérêt  de  la  so- 
ciété en  général,  soit  dans  l'intérêt  d'un  individu  en  particulier. 
Dans  l'intérêt  de  l'individu,  où  se  confond  celui  de  sa  famille, 
l'essentiel,  soit  à  ses  propres  yeux,  soit  aux  yeux  du  monde, 


imi.î  IM  E  DES  CONNA.ISS.  ÉCONOM1Q1  ES,  etc.   -  I 

r«>t  (ju  il  ait  be&ocoup  de  biens  .'i  consommer,  <!<•  quelque  part 
qu'ils  lui  \  tennent  Que  les  biens  qu'il  acquiert  soient  créés  par 
lui,  ou  qu'ils  diminuent  d'autant  les  biens  des  autre*  hommes , 

peu  importe,  pourvu  qu'il  les  acquière  sans  blesser  la  morale 
convenue  et  les  lob  imposées  par  l'autorité.  Tel  est  l'intérêt  qui 
touche  le  commun  deskommes;  ils  ont  considéré  le  reste  comme 
peu  important,  ou  comme  trop  au-dessus  de  leur  portée  pour 

s'en  occuper.  Ils  n'ont  vu  de  solides  que  les  richesses  person- 
nelles; tout  le  reste  a  été  mis  par  le  vulgaire  au  rang  des  vaines 
spéculations. 

Si,  d'une  autre  part,  nous  considérons  les  richesses  dans 
l'intérêt  de  la  société,  nous  accorderons  une  juste  attention  aux 
richesses  individuelles;  car  elles  font  le  bien-être  des  particu- 
liers, qui  sont  des  portions  de  la  société.  Mais  nous  ne  pourrons 
regarder  comme  un  gain  les  biens  acquis  par  un  particulier, 
qu'autan!  qu'il  n'en  résulte  pas  une  perte  équivalente  pour 
d'antres  particuliers.  La  société  n'a  rien  acquis,  du  moment 
que  l'un  perd  ce  que  l'autre  gagne.  Les  particuliers  peu- 
vent croire  que  l'essentiel  est  d'acquérir  des  richesses  sans 
qu'il  soit  bpsoin  de  s'informer  de  leur  origine;  cet  étroit  calcul 
ne  saurait  satisfaire  les  véritables  publicistes,  ni  aucun  homme 
doué  de  quelque  élévation  dansl'ame.  Ils  veulent  connaître  la 
source  des  richesses  qui  doivent  être  perpétuellement  produites, 
puisqu'elles  sont  destinées  à  pourvoira  des  besoins  qui  se  re- 
nouvellent sans  cesse. 

L'économie  politique,  en  nous  faisant  connaître  les  lois  sui- 
vant lesquelles  les  biens  peuvent  être  créés ,  distribués  et  con- 
sommés, tend  donc  efficacement  à  la  conservation  et  au  bien- 
être  non  seulement  des  individus,  mais  aussi  de  la  société  qui, 
sans  cela,  ne  saurait  présenter  que  confusion  et  pillage. 

Les  sociétés,  dit-on  quelquefois  ,  ont  marché,  sans  que  l'on 
sut  l'économie  politique  :  dès  qu'on  s'en  est  passé  si  long  teins, 
on  peut  s'en  passer  toujours. — Le  genre  humain,  il  est  vrai ,  a 
grandi  dans  l'ignorance.  Le  corps  social  renferme,  comme  le 
corps  humain  ,  une  force  vitale  qui  surmonte  les  fâcheux  effets 
delà  barbarie  et  des  passions.  L'intérêt  personnel  d'un  parti- 


16     INFLUENCE  DES  CONNAISS.  ÉCONOMIQUES. 

culier  a  opposé  de  tout  tems  une  barrière  à  l'intérêt  personnel 
d'un  autre  particulier;  et  l'on  a  été  contraint  de  produire  des 
richesses,  quand  il  n'a  plus  été  possible  de  les  dérober. 

Mais,  qui  ne  voit  que  ce  système  de  force  opposée  à  la  force 
n'est  qu'un  état  prolongé  de  barbarie,  qui  met  les  particuliers, 
et  par  suite  les  nations,  dans  une  rivalité  permanente  ,  féconde 
en  haines  et  bientôt  en  guerres  privées  et  publiques,  auxquelles 
des  lois  compliquées,  des  traités  qui  ne  sont  que  des  trêves, 
et  des  systèmes  factices  de  balances  politiques,  n'ont  apporté 
que  d'insuffisans  remèdes  ?  Chaque  peuple,  semblable  à  l'équi- 
page d'un  corsaire,  n'a  dû  rêver  que  déprédations,  sauf  à  se 
battre  entre  soi  pour  s'approprier  les  meilleures  parts  du  bu- 
tin et  recommencer  de  nouvelles  violences  pour  satisfaire  de 
nouveaux  besoins. 

Quel  triste  spectacle  nous  offre  l'histoire  !  Des  nations  sans 
industrie,  manquant  de  tout,  poussées  à  la  guerre  par  le  besoin, 
et  s'égorgeant  mutuellement  pour  vivre  ;  d'autres  nations  un 
peu  plus  avancées,  devenant  la  proie  de  celles  qui  ne  savent 
que  se  battre;  le  monde  constamment  livré  à  la  force,  et  la 
force  devenant  victime  d'elle-même;  l'intelligence  et  le  bon 
sens  ne  se  prévalant  jamais  de  l'ascendant  qui  leur  appartient  ; 
les  principaux  personnages  d'un  état ,  les  philosophes  les  plus 
respectés  n'ayant  pas  des  idées  de  bien  public,  ou  d'humanité 
plus  arrêtées  que  le  vulgaire;  Lycurgue  tolérant  le  vol  et  or- 
donnant l'oisiveté ,  Caton  ne  rougissant  pas  d'être  marchand 
d'esclaves,  et  Trajan  donnant  des  fêtes  où  il  faisait  égorger  dix 
mille  gladiateurs  et  onze  mille  animaux  (i). 

Voilà  ce  qu'était  la  société  chez  les  anciens;  et  lorsque  les 
peuples,  après  s'être  dévorés,  jouissaient  par  hasard  de  quelque 
repos,  il  fallait,  chaque  fois,  que  la  civilisation  recommençât 
et  s'étendît  avec  de  lents  progrès,  sans  solidité,  sans  garantie. 
Si  quelques  instans  de  prospérité  se  font  apercevoir  de  loin  en 
loin,  comme  pour  nom  consoler  de  l'histoire,  nous  ignorons  à 
quel  prix  ils  ont  été  achetés;  nous  ne  tardons  pas  à  acquérir 


(i)Diod.  Lib.  xlviii,  §  i5. 


SUE  LE  SORT  DES  NATIONS.  17 

la  certitude  qu'on  n'a  pas  su  les  consolider;  et  nous  passons^  à 
notre  aise,  en  tournant  quelques  feuillets,  sur  de  longs  siècles 
de  déclin,  de  souffrance,  d'angoisses,  cruellement  savourés 
par  les  hommes  du  tems,  par  leurs  femmes,  par  leurs  proches. 
On  assure  que  les  nations  peuvent  souffrir,  mais  qu'elles  ne 
meurent  pas  :  quant  à  moi,  je  crois  qu'elles  meurent.  Les 
peuples  de  Tyr,  d'Athènes  et  de  Rome  ont  péri  dans  une  lente 
agonie;  ce  sont  d'autres  peuples  qui,  sous  les  mêmes  noms,  ou 
sous  des  dénominations  nouvelles,  ont  occupé  les  lieux  que  ces 
nations  habitaient  (1). 

Je  ne  parle  point  de  la  barbarie  du  moyen  âge,  de  l'anarchie 
féodale,  des  proscriptions  religieuses,  de  cette  universelle  féro- 
cité où  le  vaincu  était  toujours  misérable,  sans  que  le  domina- 
teur fût  heureux  ;  mais,  que  trouvons-nous  dans  des  tems  où 
l'on  se  prétendait  plus  civilisé  ?  Des  gouvernemens  et  des 
peuples  tout-à-fait  ignorans  de  leurs  vrais  intérêts,  se  persé- 
cutant pour  des  dogmes  insignifians  ou  absurdes,  guerroyant 
par  jalousie  et  dans  la  persuasion  que  la  prospérité  d'un  émule 
était  un  obstacle  à  leur  propre  félicité.  On  s'est  fait  la  guerre 
pour  une  ville,  pour  une  province,  pour  s'arracher  une 
branche  de  commerce;  on  l'a  faite  ensuite  pour  se  disputer 
des  colonies;  puis,  pour  retenir  ces  colonies  sous  le  joug;  tou- 
jours la  guerre  enfin...  Tandis  que  les  nations  n'ont  qu'à  gagner 
à  des  communications  amicales;  qu'une  prépondérance  forcée 
n'est  avantageuse  pour  personne,  pas  même  pour  ceux  qui 
l'exercent;  que  les  discordes  sont  fécondes  en  malheurs  de 
toutes  les  sorles,  sans  aucun  dédommagement,  si  ce  n'est  une 
vaine  gloire  et  quelques  dépouilles  bien  chétives,  quand  on  les 
compare  aux  fruits  légitimes  qu'un  peuple  peut  tirer  de  sa  pro- 
duction. Voilà  ce  qu'on  a  été;  voilà  ce  qu'on  a  fait. 

Mais,  du  moment  qu'on  acquiert  la  conviction  qu'un  état 

(1)  «  L'amour  de  la  patrie,  la  générosité  ont  été  des  vertus  com- 
munes chez  les  anciens  ;  mais  la  véritable  philantropie ,  l'amour  du 
bien  et  de  l'ordre  général,  est  un  sentiment  tout-à-fait  étranger  au* 
siècles  passés.  »   Chastellux.  De  la  félicité  publique ,  chap.  ix. 
t.  xxx vu.  —  Janvier  1828.  2 


18  INFLUENCE  DES  CONNAISSANCES  ÉCONOMIQUES 
pont  grandir  et  prospérer,  sans  que  ce  soit  aux  dépens  d'un 
autre*  et  que  ses  moyens  d'existence  et  de  prospérité  peuvent  être 
créés  de  toutes  pièces;  du  moment  qu'on  est  en  état  de  montrer 
les  moyens  par  lesquels  s'opère  cette  création  et  de  prouver 
que  les  progrès  d'un  peuple,  loin  d'être  nuisibles  aux  progrès 
d'un  autre  peuple,  lui  sont  an  contraire  favorables,  les  nations 
ont  recours  aux  moyens  d'exister  les  plus  sûrs,  les  plus 
féconds,  les  moins  dangereux,  et  chaque  individu,  au  lieu  de 
gémir  sous  le  faix  des  malheurs  publics ,  jouit  pour  sa  part  des 
progrès  du  corps  politique. 

Voilà  ce  qu'on  peut  attendre  d'une  connaissance  plus  géné- 
ralement répandue  des  ressources  de  la  civilisation  (i).  Au  lieu 
de  fonder  la  prospérité  publique  sur  l'exercice  de  la  fore: 
brutale,  l'économie  politique  lui  donne  pour  fondement  l'in- 
térêt bien  entendu  des  hommes.  Les  hommes  ne  cherchent  plus 
dès  lors  le  bonheur  là  où  il  n'est  pas,  mais  là  où  l'on  est  assuré 
de  le  trouver. 

Déjà,  depuis  plusieurs  années,  l'Europe  a  commencé  à  rou- 
gir de  sa  barbarie.  A  mesure  qu'on  s'est  occupé  d'idées  justes 
et  de  travaux  utiles,  les  exemples  de  férocité  sont  devenus 
plus  rares.  Peu  à  peu  la  guerre  a  été  dépouillée  de  ses  rigueurs 
inutiles  et  de  ses  suites  désastreuses;  la  torture  a  été  abolie 
chez  les  peuples  civilisés ,  et  la  justice  criminelle  est  devenue 
moins  arbitraire  et  moins  cruelle.  Il  est  vrai  que  ces  heureux 
effets  sont  dus  plutôt  aux  progrès  généraux  des  lumières,  qu'à 
une  connaissance  plus  parfaite  de  l'économie  de  la  société. 
Cette  dernière  connaissance  s'est  souvent  montrée  entièrement 
étrangère  à  nos  plusbeaux génies.  Aussi,  beaucoup  de  réformes 


(i)  Il  n'est  certainement  pas  permis  de  croire  que  les  ressources  de 
la  civilisation  soient  entendues  des  administrations  et  de  la  plupart 
des  particuliers  ,  lorsqu'en  parcourant  quelques-uns  des  pays  les  plus 
civilisés  de  l'Europe  ,  on  est  frappé  de  tant  de  disparates  dans  les 
villes,  et  qu'on  rencontre  dans  les  campagnes  tant  de  chaumières  de 
boue  qui  ressemblent  plutôt  à  des  Imites  de  sauvages  qu'aux  habita- 
tions d'un  peuple  police. 


MJR  LE  SORT  DES  NATIONS.  i<, 

désirables  sont  fontes  récentes,  et  beaucoup  d'autres  sont  loin 
d'être  accomplies. 

Si  les  natioiisn'avaient .pas  étéet  n'étaient  pas  encore  coiffées 
de  la  balance  <\i\  commerce  et  de  l'opinion  qu'une  nation  ne 
peut  prospérer  si  ce  n'est  au  détriment  d'une  autre,  on  aurait 
évité,  durant  le  cours  des  deux  derniers  siècles,  cinquante 
années  de  guerres;  et.  nous  autres  peuples,  nous  ne  serions 
pas  parqués,  chacun  dans  notre  enclos,  par  des  armées  de 
douaniers  et  d'agens  de  police,  comme  si  la  partie  intelligente, 
active  et  pacifique  des  nations  n'avait  pour  but  que  de  faire 
du  mal.  Nous  sommes  tous  les  jours  victimes  du  tems  passé;  il 
semble  que  nous  ayons  besoin  d'être  avertis  que  nous  tou- 
chons encore  à  cette  triste  époque,  et  que,  si  la  barbarie  qui 
nous  poursuit,  doit  enfin  lâcher  prise,  il  ne  faut  pas  que 
nous  nous  imaginions  que  ce  puisse  être  sans  efforts  de  notre 
part.  Plus  on  étudie,  plus  on  demeure  convaincu  que  toutes 
nos  connaissances  ne  datent  que  d'hier,  et  qu'il  en  est  peut- 
être  davantage  qui  ne  dateront  que  de  demain. 

C'est  donc  l'instruction  qui  nous  manque,  et  surtout  l'ins- 
truction dans  l'art  de  vivre  en  société.  Si  l'étude  de  l'écono- 
mie politique  était  rendue  assez  sûre,  assez  facile  pour  faire 
partie  de  toutes  les  éducations,  si  elle  se  trouvait  achevée 
avant  l'âge  où  l'on  embrasse  une  profession ,  nous  verrions  les 
élèves,  soit  qu'ils  fussent  appelés  à  des  fonctions  publiques, 
soit  qu'ils  demeurassent  dans  une  condition  privée,  exercer 
une  influence  bien  favorable  et  bien  grande  sur  les  desti- 
nées de  leur  pays.  Une  nation  n'est  guère  avancée,  si  elle 
regarde  les  maux  qu'elle  endure  comme  des  nécessites  de  fait 
auxquelles  il  faut  se  soumettre  quand  le  destin  les  envoie ,  de 
même  qu'à  la  grêle  et  aux  tempêtes.  Sans  doute,  une  partie  de 
nos  maux  tient  à  notre  condition  et  à  la  nature  des  choses; 
mais  la  plupart  d'entre  eux  sont  de  création  humaine;  au 
total,  l'homme  fait  sa  destinée,  et.  l'on  sait  ce  qu'ont  produit 
l'incurie  et  le  fatalisme  des  peuples  de  l'Orient. 

Si  nos  institutions  étaient  toutes  neuves,  si  nos  sociétés 
s'étaient  formées  d'après  des  plans  combinés  avec  sagesse,  il 

?.. 


5«»  INFLUENCE  DES  CONNAISSANCES  ÉCONOMIQUES 
v  aurait  peu  de  chose  à  faire  pour  les  maintenir  en  bon  état. 
La  prudence,  à  défaut  de  lumière,  pourrait  suffire  ;  mais  nos 
institutions  se  sont  formées,  comme  nos  langues,  par  hasard, 
suivant  les  intérêts,  et  trop  souvent  suivant  les  passions  du 
moment;  de  là,  dans  le  corps  politique,  des  maladies,  des  dé- 
sordres contre  lesquels  il  faut  se  prémunir  et  qu'il  s'agit  de 
guérir.  Un  homme  sain  peut  se  conduire  d'après  les  simples 
conseils  du  bon  sens;  un  vieillard  infirme,  sujet  à  mille  mala- 
dies, ne  peut  se  conserver  sans  le  secours  de  l'art  ;  et  qu'est-ce 
que  l'art  sans  la  science  ?  du  charlatanisme. 

Pour  n'être  point  dupe  des  charlatans,  pour  n'être  point 
victime  des  intérêts  privés,  le  public  a  besoin  de  savoir  en 
quoi  consistent  ses  propres  intérêts.  L'opinion  publique  une 
fois  éclairée,  le  gouvernement  est  obligé  de  la  respecter.  L'o- 
pinion publique  a  une  influence  telle,  que  le  gouvernement  le 
plus  puissant  ne  peut  empêcher  une  loi  de  tomber  en  désué- 
tude, si  elle  est  contraire  à  l'opinion  d'une  population  éclairée. 

On  voit  que,  si  les  nations  ont  subsisté  jusqu'à  présent  sans 
étudier  la  structure  des  sociétés,  ce  n'est  pas  un  motif,  pour 
des  hommes  raisonnables,  de  rester  perpétuellement  étrangers 
à  cette  étude.  Mais  nous  ne  devons  pas  seulement  guérir  les 
maux  guérissables,  nous  devons  apprendre  quels  sont  les  biens 
nouveaux  qu'on  peut  acquérir,  et  dont  l'état  passé  des  sociétés 
ne  fournissait  pas  même  l'idée.  Jusqu'au  commencement  du 
xvne  siècle,  les  rues  de  Paris  n'avaient  pas  été  pavées.  Fallait-il 
se  passer  éternellement  de  ce  moyen  de  communication  et 
de  salubrité,  parce  qu'on  s'en  était  passé  jusque-là  (i)? 

Supposerait  -  on   qu'il  suffit    au   bonheur   des  nations  que 


(i)  Paris  avait  subsisté  jusqu'à  Louis  XIII  sans  le  Pont  •  Neuf  ; 
Melon  demande  si  c'était  une  raison  pour  ne  pas  le  bâtir.  On  voit  cjue 
cette  objection  a  déjà  un  siècle  d'antiquité;  et  que  d'améliorations  opé- 
rées depuis  un  siècle!  Bien  d'autres  encore  s'opéreront  jusqu'à  ce 
qu'un  nouveau  siècle  soit  écoulé;  et  il  se  trouvera  alors  des  parti- 
sans des  anciens  ci  remens  qui  répéteront  encore  que  l'on  a  tort  de 
vouloir  être  mieux. 


SUR  LÉ  soin'  1>F,S  NATIONS.  ri 

ceux  qui  lus  gouvernent  .soient  instruits  ?  Mais,  peuvent-ils  l'être  , 
quand  la  nation  ne  Test  pas?  la  rémarque  en  a  déjà  été  faite  (i). 
(lenx  qui   sont  nés  pour  exercer  le  pouvoir  en   sont  rarement 

dignes.  Trop  de  gens  sont  intéressés  à  fausser  leur  jugement 
dès  L'enfance*  Ceux  qui  l'usurpent  ne  valent  guère  mieux.  Ce 
ne  sont  pas  les  lumières  qui  portent  au  pouvoir,  et,  quand  on 
y  est  parvenu,  on  fait  peu  de  cas  des  lumières;  on  a  trop  peu 
de  teins  pour  étudier;  on  est  trop  avancé  en  âge  pour  s'in- 
struire; la  puissance  déprave  presque  inévitablement  ceux  qui 
l'exercent;  les  principes  ont  quelque  chose  de  trop  inflexible 
pour  convenir  à  la  puissance,  elle  préfère  ce  qui  la  flatte;  elle 
exploite  les  vices  et  les  préjugés  du  vulgaire,  loin  de  les  cor- 
riger. En  admettant  que  César  et  Bonaparte  fussent  plus  avan- 
cés que  leur  siècle  (ce  que  je  suis  loin  d'accorder) ,  quel  régime 
ont-ils  légué  à  leur  pays?  Si  les  lumières  eussent  été  générale- 
ment répandues  à  Rome  et  dans  la  France,  au  lieu  de  s'appuyer 
sur  la  cupidité  d'un  petit  nombre  de  fonctionnaires  publics, 
sur  l'humeur  guerrière  du  peuple,  ils  auraient  fondé  leurs 
institutions  sur  l'intérêt  bien  entendu  du  plus  grand  nombre, 
et  long-tems  elles  eussent  fait  la  prospérité  du  pays. 

L'influence  que  l'économie  politique  exerce  sur  les  qualités 
morales  des  individus  n'est  pas  moins  remarquable  que  son 
influence  sur  les  institutions  publiques.  La  civilisation,  il  est 
vrai,  multiplie  nos  besoins,  mais,  en  même  tems,  elle  nous 
fournit  les  moyens  de  les  satisfaire;  et  une  preuve  que  les  biens 
qu'elle  nous  offre  sont  proportionnellement  supérieurs  à  ceux 
de  tout  autre  mode  d'existence,  c'est  que,  chez  les  peuples 
civilisés,  éclairés  et  industrieux,  non-seulement  un  bien  plus 
grand  nombre  de  personnes  sont  entretenues  ,  mais  chacune 
d'elles  est  entretenue  avec  plus  d'abondance  que  dans  toute 
autre  situation  (2). 


(1)  Traité  d'économie  politique,  5e  édition  ,  tom.  I,  pag.  xciv. 

(ï)  On  opposera  à  cette  assertion  des  exemples  particuliers  d'une 
affreuse  misère  qui  se  rencontrent  chez  des  peuples  policés  ;  mais 
comparons  les   à   ce  qu'on    peut  rencontrer  chez  des  peuples  moins 


ui   INFLUENCE  DES  COIN  NAISSANCES  ÉCONOMIQUES 

Sans  examiner  jusqu'à  quel  point  la  civilisation  et  les  lumières 
qu'elle  mène  à  sa  suite  sont  favorables  aux  mœurs ,  je  ferai 
remarquer  que  les  moyens  indiqués  par  l'économie  politique 
pour  satisfaire  régulièrement  et  progressivement  nos  besoins, 
contribuent  tous  à  donner  à  la  force,  à  l'activité,  à  l'intelli- 
gence des  hommes  une  direction  salutaire.  Elle  prouve  que, 
parmi  ces  moyens  d'existence,  les  seuls  qui  soient  efficaces, 
féconds,  durables,  sont  ceux  desquels  il  résulte  une  création 
et  non  une  spoliation  ;  que  la  mauvaise  foi ,  la  violence  ne  pro- 
curent que  des  avantages  non  moins  précaires  qu'ils  ne  sont 
honteux;  que  ces  avantages  sont  surpassés  par  les  maux  qu'ils 
entraînent,  que  nulle  société  ne  pourrait  subsister  si  le  crime 
devenait  le  droit  commun ,  et  si  le  vice  constituait  les  mœurs  du 
plus  grand  nombre.  En  démontrant  le  pouvoir  de  ce  travail  in- 
telligent qu'on  désigne  sous  le  nom  général  d'industrie  ,  elle  le 
met  en  honneur;  elle  décrie  toutes  les  actions  oiseuses  ou  nui- 
sibles. L'industrie,  à  son  tour,  rend  indispensables  les  relations 
d'individu  à  individu;  elle  enseigne  aux  hommes  à  s'aimer  mu- 
tuellement, au  lieu  de  s'entre-détruire ,  comme  dans  l'état 
sauvage  qu'on  a  si  peu  raisonnablement  nommé  l'état  de  na- 
ture. En  montrant  aux  hommes  ce  qu'ils  ont  à  gagner  à  s'at- 
tacher les  uns  aux  autres ,  elle  est  le  ciment  de  la  société  ;  elle 
adoucit  les  mœurs  en  procurant  l'aisance. 

Ce  serait  se  flatter  sans  doute  que  de  s'imaginer  qu'en  éclai- 
rant les  hommes  sur  leurs  vrais  intérêts ,  on  les  affranchit  de 
tous  les  maux  qui  tiennent  à  leur  nature  et  à  la  nature  de  la 
société.  Je  ne  me  flatte  pas  qu'on  puisse  jamais  les  affranchir 
de  cette  universelle  infirmité ,  la  vanité  personnelle  ou  natio- 
nale, qui,  depuis  le  siège  de  Troie  jusqu'à  la  campagne  de 

avancés.  Quelle  nation  civilisée  voit ,  dans  des  momens  de  disette  ,  périr 
de  faim  et  de  misère  la  moitié  de  sa  population  ,  comme  il  y  en  a  eu 
des  exemples  chez  des  peuples  barbares?  Il  faut  donc,  généralement 
parlant,  qu'il  s'y  trouve  plus  de  ressources.  D'immenses  contrées 
en  Amérique  sont  désertes  par  le  défaut  de  civilisation  ,  et  deviennent 
très-peuplées  quand  la  civilisation  y  pénètre. 


SI  R  LE  SORT  DES  NATIONS.  b* 

Russie,  a  disputé  à  la  cupidité  le  triste  honneur  de  faire  ré- 
pandre le  plus  de  sang  et  couler  le  plus  de  larmes.  Cependant-, 
ou  peut  croire  qu'un  jour  le  progrès  des  sciences  morales  et 
politiques  en  général,  et  l'amélioration  des  institutions  sociales 
qui  en  sera  la  suite,  parviendront  à  donner  à  un  penchant 
dangereux  une  direction  moins  funeste,  et  changeront  une  ja- 
lousie coupable  en  une  salutaire  émulation. 

Toujours  est-il  vrai  que  toules  les  dispositions  bienveillantes 
qui  peuvent  exister  chez  les  hommes,  sont  favorisées  par  les 
lumières  du  genre  de  celles  que  répand  l'économie  politique. 

Cependant,  au  milieu  des  bons  effets  qu'il  est  permis  d'at- 
tendre de  la  propagation  de  ses  principes,  il  convient,  je  crois, 
de  se  préserver  d'une  prétention  élevée  par  un  grand  nombre 
d'économistes,  qui  ne  voient  dans  cette  science  que  l'art  de 
gouverner,  ou  de  diriger  le  gouvernement  dans  la  route  du 
bien  public.  Je  pense  qu'on  s'est  mépris  sur  son  objet.  Elle  est 
sans  doute  bien  propre  à  diriger  les  actions  des  hommes;  mais 
elle  n'est  pas  proprement  un  art,  elle  est  une  science.  Elle 
enseigne  ce  que  sont  les  choses  qui  constituent  le  corps  social , 
et  ce  qui  résulte  de  l'action  qu'elles  exercent  les  unes  sur  les 
autres.  Sans  doute,  cette  connaissance  est  très- profitable  aux 
personnes  qui  sont  appelées  à  en  faire  des  applications  en 
grand;  mais  c'est  de  la  même  manière  qu'elles  font  usage  des 
autres  lois  qui  ont  été  trouvées  en  physique,  en  chimie,  en 
mathématiques.  Parce  qu'on  profite  des  lumières  acquises  dans 
ces  diverses  branches  de  connaissances,  est-on  fondé  à  dire 
qu'elles  donnent  des  conseils?  La  nature  des  choses,  fière  et 
dédaigneuse,  aussi -bien  dans  les  sciences  morales  et  politi- 
ques que  dans  les  sciences  physiques,  en  même  tems  qu'elle 
laisse  pénétrer  ses  secrets  au  profit  de  quiconque  l'étudié  avec 
constance  et  bonne  foi,  poursuit  toujours  sa  marche  indépen- 
damment de  ce  qu'on  dit  et  de  ce  qu'on  fait.  Les  hommes  qui 
ont  appris  à  la  connaître  peuvent  à  la  vérité  mettre  la  partie 
agissante  de  la  société  sur  la  voie  de  quelques  applications  des 
vérités  qui  leur  ont  été  révélées;  mais,  en  supposant  même  que 
leurs  yeux  et  leurs  inductions  ne  les  aient  pas  trompés  ,  ils  ne 


M  ÎNFLUENCB  DES  CONNAISSANCES  ÉCONOMIQUES 
peuvent  connaître  les  rapports  innombrables  et  divers  qui  font 
de  la  position  de  chaque  individu  ,  et  même  de  chaque  nation, 
une  spécialité  à  laquelle  nulle  autre  ne  ressemble  sous  tous  les 
rapports.  Tout  le  monde,  selon  la  situation  où  chacun  se  trouve, 
est  appelé  à  prendre  conseil  de  la  science  ;  personne  n'est 
autorisé  a  donner  des  directions.  Une  science  n'est  que  l'expé- 
rience systématisée,  ou,  si  Ton  veut,  c'est  un  amas  d'expériences 
mises  en  ordre,  et  accompagnées  d'analyses  qui  dévoilent  leurs 
causes  et  leurs  résultats.  Les  inductions  que  peuvent  en  tirer 
ceux  qui  la  professent,  sont  seulement  des  exemples  qui  ne 
seraient  bons  à  suivre  rigoureusement  que  dans  des  circon- 
stances absolument  pareilles,  mais  qui  ont  besoin  d'être  modifiées 
selon  la  position  de  chacun.  L'homme  le  plus  instruit  de  la 
nature  des  choses  ne  saurait  prévoir  les  combinaisons  infinies 
qu'amène  incessamment  le  mouvement  de  l'univers. 

Cette  considération  a  échappé  aux  économistes  du  xvme 
siècle  qui  se  croyaient  appelés  à  diriger  le  gouvernement  des 
nations  (i),  et  malheureusement  aussi  à  quelques  économistes 


(i)  L'impératrice  de  Russie,  Catherine  II,  curieuse  de  connaître 
en  détail  le  système  des  partisans  de  Quesnay ,  engagea  Mercier  i>k 
la  Rivière,  un  des  interprètes  de  cette  doctrine,  à  venir,  en  1775,  la 
rencontrer  à  Moscou  où  elle  allait  pour  son  couronnement.  Il  s'y  ren- 
dit en  toute  hâte,  et,  s'imaginant  qu'il  allait  refondre  la  législation  de 
la  Russie  ,  il  commença  par  louer  trois  maisons  contiguës  dont  ilchan- 
gea^toutes  les  distributions  ,  écrivant  au-dessus  des  portes  de  ses  nom- 
breux appartemens  ,  ici:  Déparlement  de  l'intérieur  ;  là  :  Département  de 
la  justice;  ailleurs  :  Département  des  finances,  etc.  Il  adressa  aux  gens 
qu'on  lui  désigna  comme  instruits  l'invitation  de  lui  apporter  leurs 
titres  pour  obtenir  les  emplois  dont  il  les  croirait  capables.  Il  agis- 
sait conséquemment  aux  principes  de  sa  secte  qui  se  croyait  appelée  à 
mettre  les  principes  en  application  ;  mais  ,  en  supposant  que  les 
maximes  des  économistes  de  Quesnay  eussent  été  fondées  sur  la 
nature  des  choses,  un  ancien  intendant  de  la  Martinique  ne  pouvait 
pas  régenter  la  Russie,  en  faisant  abstraction  de  son  climat,  de  son 
sol  ,  de  ses  hahitudes,  de  ses  lois  qu'il  ne  connaissait  pas  à  fond.  L'im- 
pératrice convint  avec  M.  de  Ségur,  depuis  ambassadeur  de  France  en 


SLR  LE  SORT  DES  NATIONS.  2$ 

plus  modernes  qui,  sous  ee  rapport  du  moins  ,  ne  me  semblent 
pas  avoir  compris  Le  but  et  la  dignité  de  la  science. 

On  pourrait  croire  que  des  vérités  fondées  sur  une  obser- 
vation exacte  et  une  analyse  rigoureuse,  même  accompagnée 
de  développemens  et  d'exemples,  n'est  pas  aussi  utile  que  des 
conseils  plus  directs  qui  ne  laissent  aucun  doute  sur  la  marche 
qu'un  gouvernement  doit  tenir.  Mais,  un  conseil  direct  n'est 
pas  ce  qui  entraîne  la  conviction;  le  ton  dogmatique  et  per- 
suadé même  .ne  sufiït  pas  :  il  faut  donner  des  raisons;  et  pour 
donner  des  raisons,  il  faut  analyser  les  choses  et  la  manière 
dont  leur  action  s'exerce.  Or,  c'est  là  ce  qui  constitue  la  science. 
L'autorité  des  choses  est  supérieure  à  l'autorité  des  hommes , 
quelque  éminens  qu'on  les  suppose.  Elle  révolte  moins  l'amour- 
propre  des  riches  et  des  puissans;  et  cependant,  elle  est  plus 
sévère.  Les  savans  peuvent  être  flatteurs  ,  dit  un  de  nos  auteurs 
modernes  (i)  ;  mais  les  sciences  fie  flattent  personne.  On  se  sou- 
met à  leurs  décrets,  parce  qu'on  ne  peut  pas  s'élever  contre 
une  force  majeure.  On  peut  quelquefois  secouer  avec  succès 
le  joue;  d'un  despote;  on  ne  se  révolte  point  impunément  contre 
la  nature  des  choses. 

Je  conviens  qu'en  même  tems  que  les  hommes  voient  le  bon 
parti,  leurs  préjugés,  leurs  vices,  leurs  passions  font  qu'ils 
embrassent  le  mauvais.  Mais  ce  malheur  ne  dépend  pas  de  la 
forme  que  revêtent  les  conseils;  les  mêmes  inconvéniens  em- 
pêchent qu'on  suive  les  indications  les  plus  directes,  et  elles 
n'ont  pas  même  la  force  d'une  indication  détournée,  lorsque 
celle-ci  porte  avec  elle  la  conviction.  En  dernier  résultat,  le 
triomphe  le  moins  douteux  est  celui  de  la  vérité.  Elle  finit  par 
être  écoutée,  et  il  n'est  aucun  gouvernement  qui  ne  rentre  de 


Russie  (  voyez  ses  Mémoires,  t.  m,  pag.  38,  )  qu'elle  profita  des  con- 
versations de  M.  de  La  Rivière  et  qu'elle  reconnut  généreusement  sa 
complaisance  ;  mais  en  même  tems  elle  écrivait  à  Voltaire  :  «  Il  nous 
supposait  marcher  à  quatre  pattes,  et  très  poliment  il  s'était  donné 
la  peine  de  venir  pour  nous  dresser  sur  nos  pieds  de  derrière.  » 
(i)M.  Char/es  Comte. 


9,6  INFLUENCE  DES  CONNAISSANCES  ÉCONOMIQUES 
gré  ou  de  force  dans  une  bonne  route,  quand  il  est  bien  dé- 
montré qu'il  en  suit  une  mauvaise  (i). 

Les  gouvernemens  les  plus  despotiques  sont  eux-mêmes  in- 
téressés à  connaître  la  nature  des  choses  dans  ce  qui  a  rapport 
à  l'économie  des  sociétés.  Il  est  vrai  qu'ils  peuvent  s'emparer 
d'un  moyen  de  succès  au  profit  personnel  de  ceux  qui  gouver- 
nent, plutôt  qu'au  profit  du  public.  Cependant,  les  nations  ont 
ce  bonheur  que  les  despotes  ne  peuvent  recueillir  les  fruits  des 
saines  doctrines  en  économie  politique,  sans  que  leurs  peuples 
ne  commencent  par  les  goûter.  Un  potentat  ne  saurait  lever 
de  fortes  contributions,  sans  que  ses  sujets,  cultivateurs,  ma- 
nufacturiers et  commercans  n'aient  de  gros  revenus;  et  les 
gens  qui  cultivent  l'industrie  ne  sauraient  avoir  de  gros  revenus, 
à  moins  qu'ils  ne  soient  bien  traités  et  ne  jouissent,  dans  leurs 
actions  privées ,  d'une  sécurité  parfaite  et  d'une  assez  grande 
liberté  (2).  Henri  IV  ne  fut  pas   un  des  moins   despotes  des 


(1)  Je  m'appuie  volontiers  sur  l'opinion  d'un  homme  aussi  judicieux 
et  aussi  consciencieux  que  celui  que  je  viens  de  citer.  «  La  méthode 
analytique,  dit-il ,  agit  dans  hs  sciences  morales  de  la  même  manière 
qu'elle  agit  dans  les  autres.  Elle  ne  donne  ni  préceptes,  ni  conseils; 
elle  n'impose  ni  devoirs,  ni  obligations;  elle  se  borne  à  exposer  la 
nature  ,  les  causes  et  les  conséquences  de  chaque  procédé.  Elle  n'a  pas 
d'autre  force  que  celle  qui  appartient  à  la  vérité.  Mais  il  faut  bien  se 
garder  de  croire  que  pour  cela  elle  soit  impuissante  :  l'effet  qu'elle 
produit  est,  au  contraire,  d'autant  plus  irrésistible,  qu'elle  com- 
mande la  conviction.  Lorsque  les  savans  ont  eu  découvert  la  puis- 
sance de  certaines  machines,  l'efficacité  de  certains  remèdes  ,  il  n'a 
pas  été  nécessaire  pour  les  faire  adopter  de  parler  de  devoirs  et  de  faire 
usage  de  la  force;  il  a  suffi  d'en  démontrer  les  effets.  De  même,  en 
morale  et  en  législation  ,  le  meilleur  moyen  de  faire  adopter  un  bon 
procédé,  et  d'en  faire  abandonner  un  mauvais,  est  de  montrer  claire- 
ment les  causes  et  les  effets  de  l'un  et  de  Vautre.  Si  nous  sommes 
exempts  de  certaines  habitudes  vicieuses  ,  si  nous  avons  vu  disparaître 
quelques  mauvaises  lois,  c'est  à  l'emploi  de  ce  moyen  que  nous  de- 
vons l'attribuer.  »  Ch.  Comte,  Traité  de  Législation ,  liv.  1  ,  ch.  2. 

(1)  Un  despote  ,  par  exemple,  qui  veut  que  l'industrie  prospère  daiu 


SUR  LE  SORT  DES  NATIONS.  27 

rois  de  France  ;  et  cependant  la  France  prospéra  sons  son 
règne,  parce  qu'on  n'y  tracassait  point  les  particuliers.  Nous 
vovons,  an  contraire,  Méhéinet  Ali,  pacha  d'Egypte,  ruiner  le 
sol  le  pins  fertile  de  l'univers,  en  y  appelant  l'industrie  de 
tontes  parts;  niais  il  sacrifie  les  intérêts  des  particuliers  à  ce 
qu'il  croit  être  ses  propres  intérêts.  Admirateur  de  Bonaparte, 
il  se  mêle  de  tout  :  tout  périt  dans  ses  mains,  malgré  ses  talens 
qui  ne  sont  pas  communs;  et  lui-même  se  trouvera  enveloppé 
dans  la  détresse  où  il  aura  plongé  le  pays. 

On  dit  que  les  nations  ne  peuvent  prospérer  qu'avec  la  li- 
berté; et  sans  doute,  la  liberté  politique  est,  de  tous  les  ré- 
gimes, le  plus  favorable  aux  développement  d'une  nation; 
mais  pourquoi  jeter  dans  le  découragement  les  peuples  qui 
n'en  jouissent  pas,  en  leur  persuadant  qu'au  malheur  d'être 
sujets  ils  doivent  nécessairement  ajouter  celui  d'être  misé- 
rables ?  Qu'ils  sachent,  au  contraire,  que  si  les  connaissances 
se  répandent  généralement  assez  pour  qu'elles  débordent  dans 
les  palais  des  rois,,  les  rois  rendront  plus  doux  le  sort  des 
peuples ,  parce  qu'ils  comprendront  mieux  alors  en  quoi  con- 
sistent leurs  propres  intérêts  qu'ils  entendent  en  général  assez 
mal. 

Il  ne  faut  cependant  pas  qu'on  s'imagine  qu'un  despotisme, 
même  éclairé,  puisse  faire  fleurir  les  nations,  à  l'égal  d'un 
régime  où  les  intérêts  nationaux  sont  consultés  avant  tout.  Une 
nation,  comme  une  cour,  peut  être  ignorante,  peut  avoir  été 
mal  élevée,  peut  se  laisser  dominer  par  ses  passions;  mais  elle 
veut  toujours  de  bonne  foi  le  bien  public.  Elle  est  directement 
intéressée  à  ne  mettre  que  des  gens  éclairés  et  des  hommes 
d'honneur  dans  les  fonctions  importantes.  Lorsqu'il  y  a  des 
castes  ou  des  corps  privilégiés,  on  peut  se  dispenser  d'avoir 
du  mérite  pour  parvenir  :  la  catégorie  dans  laquelle  on  se  trouve 

ses  états  ,  doit  permettre  à  chacun  d'aller,  de  venir,  de  sortir,  de  ren- 
trer, avec  aussi  peu  de  frais  et  de  formalités  qu'il  est  possible.  L'Au- 
triche n'atteindra  jamais  un  tiès-haut  degré  de  prospérité  ,  à  cause  de 
■a  police  et  de  ses  prisons  d'état. 


»8     m  FLUENCE  DES  CONNAISSANCES  ÉCONOMIQUES- 

suffît  pour  vous  porter.  Sous  le  régime  de  l'égalité,  on  est  jugé 
suivant  d'autres  règles  :  les  hommes  y  sont  classés  selon  leur 
mérite. 

C'est  alors  que  les  législateurs  ,  les  administrateurs  de  la 
chose  publique,  qui  demeurent  étrangers  aux  principes  de 
l'économie  sociale,  courent  le  risque  d'être  assimilés  à  ces  char- 
latans qui,  sans  connaître  la  structure  du  corps  humain  ,  entre- 
prennent des  guérisons,  des  opérations  qui  coûtent  la  vie  à 
leurs  malades,  ou  les  exposent  à  des  infirmités  quelquefois 
pires  que  la  mort.  L'homme  d'état  ignorant  doit  être  détesté 
plus  que  le  charlatan  lui-même  ,  si  l'on  compare  l'étendue  des 
ravages  causés  par  son  impéritie. 

Ce  n'est  pas  tout,  dans  le  traitement  du  corps  humain, 
l'effet  suit  immédiatement  la  cause ,  et  l'expérience  se  répète 
tous  les  jours.  Sans  connaître  la  nature  du  quinquina,  ni 
celle  de  la  fièvre,  nous  savons  que  ce  médicament  guérit  cette 
maladie ,  parce  que  l'expérience  en  a  été  mille  fois  répétée  , 
parce  qu'on  a  pu  dégager  l'action  d'un  spécifique ,  de  l'action 
de  tous  les  autres  remèdes,  et  savoir  ainsi  quel  est  celui  auquel 
on  devait  attribuer  la  guérison.  Mais,  dans  l'économie  des  na- 
tions, on  ne  peut  sans  danger  suivre  les  conseils  de  l'empirisme; 
car  on  n'y  est  pas  maître  de  répéter  les  expériences,  et  jamais 
on  ne  peut  les  dégager  des  accessoires  qui  exercent  quelque- 
fois une  telle  influence  qu'ils  changent  absolument  les  résul- 
tats. C'est  ainsi  que  la  prospérité  croissante  de  l'Europe,  depuis 
trois  siècles,  a  été  attribuée  par  l'ignorance  aux  entraves 
mises  au  commerce,  tandis  que  les  publicistes  éclairés  savent 
qu'on  en  est  redevable  aux  développemens  de  l'esprit  humain 
et  de  l'industrie  des  peuples.  Cette  vérité  ne  peut  être  empiri- 
quement prouvée  ;  elle  ne  peut  sortir  que  de  la  nature  des 
choses  et  d'une  analyse  exacte.  Il  faut  donc  connaître  cette  na- 
ture des  choses,  et  l'on  peut  dire  qu'il  n'est  aucun  genre  de 
connaissance  où  l'expérience  puisse  moins  se  passer  de  la 
science. 

C'est  pour  cette  raison  qu'il  est  aisé  de  prévoir  que  les  publi- 
cistes qui  négligeront  de  se  tenir  au  courant  des  progrès  récens. 


SE  R  LE  SORT  DES  NATIONS,  ag 

de  l'économie  politique9  tomberont  dans  un  assez  grand  dis- 
crédit. Tout  écrivain  qui  travaille  pour  l'instruction  générale, 
exerce  une  sorte  de  magistrature  dont  l'autorité  est  propor- 
tionnée à  ses  connaissances  et  à  ses  talens.  Quelle  confiance  peut 
mériter  un  publicistc  qui  ne  connaît  pas  la  matière  sur  laquelle 
il  prétend  agir,  c'est-à-dire,  le  corps  social  vivant?  Il  est 
permis  de  croire  qu'avant  peu  il  sera  honteux  de  ne  pas  con- 
naître les  principes  de  l'économie  des  nations,  et  de  parler  des 
phénomènes  qu'elle  présente,  sans  être  en  état  de  les  rattacher 
;\  leurs  véritables  causes. 

«  Les  lois  qui  règlent  le  mouvement  des  astres  ,  dit.  M.  Mao 
culloch  (i),  sont  l'objet  d'une  étude  justement  honorée,  bien 
que  nous  ne  puissions  pas  exercer  la  plus  petite  influence  sur 
la  marche  des  planètes,  et  qu'elles  n'aient  qu'un  rapport  très- 
faible  et  très-indirect  avec  notre  bien-être.  Mais  les  lois  qui 
président  à  la  marche  de  la  société  ,  qui  font  qu'un  peuple 
avance  vers  la  prospérité  ou  recule  vers  la  barbarie,  ont  des 
rapports  directs  avec  notre  condition ,  et  nous  éclairant  sur  les 
moyens  de  la  rendre  meilleure,  doivent  nous  intéresser  bien 
plus  vivement. 

«La  prospérité  d'une  nation  ne  dépend  pas  autant  de  l'avan- 
tage de  sa  situation,  de  la  salubrité  du  climat,  de  la  fertilité  du 
sol ,  que  du  génie  inventif,  de  la  persévérance  et  de  l'industrie 
des  habitans  ,  et  par  conséquent,  des  mesures  propres  à  pro- 
téger le  développement  de  ces  qualités.  Un  bon  système  éco- 
nomique balance  une  foule  d'inconvéniens.  Par  lui,  des  ré- 
gions inhospitalières  se  couvrent  d'une  population  nombreuse, 
abondamment  pourvue  de  toutes  les  douceurs  de  la  vie,  élé- 
gante dans  ses  mœurs  et  cultivée  dans  ses  goûts;  mais  sans 
un  bon  régime,  les  dons  les  plus  précieux  de  la  nature  ne  ser- 
vent à  rien;  le  sol  le  plus  fertile,  le  climat  le  plus  heureux, 
n'empêchent  pas  un  peuple  de  croupir  dans  l'ignorance,  la 
misère  et  la  barbarie.  » 

Nous  avons  lieu,  au  surplus,  de  nous  applaudir  des  rapides 

(i)  A  Discoursr  on  the  science  of  political  cconomy. 


3o    INFLUENCE  DES  CONNAISSANCES  ÉCONOMIQUES 

progrès  que  la  science  sociale  a  faits  dans  le  cours  d'une  seule 
génération.  Elle  en  fera  beaucoup  d'autres  :  les  hommes  les 
plus  exercés  de  chaque  nation,  semblables  à  ces  pionniers  de 
l'Amérique  septentrionale,  marchent  devant,  et  le  travail  les 
suit ,  en  défrichant  et  en  repoussant  les  sauvages  dont  le  pou- 
voir s'affaiblit  tous  les  jours.  Quelques  arbres  antiques  et  ma- 
jestueux succombent  dans  cette  marche  des  nations;  mais,  à 
la  place  qu'ils  occupaient,  la  prospérité  vient  s'asseoir  sous 
de  plus  frais  ombrages. 

L'organisation  sociale  se  perfectionnera  d'autant  plus  sûre- 
ment, que,  dans  les  sociétés  modernes,  des  populations  plus 
nombreuses,  des  besoins  plus  étendus,  des  intérêts  plus  com- 
pliqués, la  division  du  travail  qui  en  est  la  suite,  veulent  que 
le  soin  de  veiller  aux  intérêts  généraux  devienne  une  occupa- 
lion  à  part.  Le  gouvernement  représentatif  peut  seul  répondre 
aux  besoins  des  sociétés;  et  lui-même,  en  offrant  des  garanties 
nécessaires  et  en  ouvrant  la  porte  aux  améliorations  dési- 
rables, est  un  puissant  moyen  de  prospérité.  Il  finira  par  être 
adopté  partout;  ou  ,  si  quelque  nation  est  assez  retardée  pour 
ne  point  le  réclamer,  elle  restera  en  arrière  de  toutes  les 
autres,  semblable  à  ce  marcheur  paresseux  ou  maladroit,  qui 
cloche  au  milieu  d'une  troupe  en  mouvement,  et  se  trouve 
devancé  et  froissé  par  tout  le  monde. 

Les  principes  de  l'économie  politique  ne  sont  pas  moins 
favorables  à  l'administration  de  la  justice  qu'aux  autres  bran- 
ches du  gouvernement.  La  société,  les  biens  qui  la  font  sub- 
sister, ne  sont-ils  pas  la  matière  sur  laquelle  s'exercent  les  lois 
civiles  et  criminelles  ?  Sans  la  connaissance  des  intérêts  de  la 
société,  les  magistrats  ne  seraient,  comme  les  sbires  de  la  po- 
lice, que  les  instrumens  aveugles  du  pouvoir  arbitraire;  il 
faudrait  les  comparer  à  ces  projectiles  qui  partent  dune 
bouche  à  feu  pour  tuer  au  hasard  le  bon  droit  comme  le 
mauvais. 

L'économie  politique  peut  seule  faire  connaître  les  vrais 
rapports  qui  lient  les  hommes  en  société.  Si  elle  décrédite  les 
mauvaises   institutions,    elle    prête    une    nouvelle    force    aux 


si;r  le  sort  des  nations.  -\, 

bonnes  lois,  à  une  bonne  jurisprudence.  Elle  asseoit  la  pro- 
priété sur  ses  vrais  londemens;  elle  y  rattache  celle  des  talens, 
celle  des  inventions  nouvelles,  celle  des  clientelles.  Elle  fait 
connaître  les  principes  du  droit  dans  les  questions  que  font 
naître  L'intérêt  (les  capitaux,  le  revenu  des  terres ,  les  manu- 
factures et  le  commerce.  Elle  montre  dans  quels  cas  les  mar- 
chés sont  légitimes,  c'est-à-dire  dans  quels  cas  les  conditions 
des  marchés  sont  le  prix  d'une  concession  réelle,  ou  ne  sont 
le  prix  de  rien.  Elle  détermine  l'importance  des  arts,  et  les  lois 
que  leur  exercice  réclame.  La  lithographie  n'est-elle  pas  entrée 
dans  notre  législation?  et,  si  l'on  parvenait  h  se  diriger  dans 
les  airs,  ne  faudrait-il  pas  faire  sur  les  clôtures,  sur  les  passe- 
ports, sur  les  douanes,  des  lois  toutes  différentes  de  celles 
que  nous  avons? 

Les  considérations  qui  précèdent  ne  permettent  pas  de  douter 
de  l'heureuse  influence  d'une  étude  un  peu  générale  de  l'éco- 
nomie politique  sur  les  institutions  d'un  peuple;  et  l'on  ne 
peut  pas  douter  davantage  de  i'influence  que  de  sages  institu- 
tions exercent  sur  le  sort  des  particuliers  et  des  familles.  Quand 
un  pays  prospère,  on  remarque  plus  d'aisance  dans  les  mé- 
nages; les  enfans  s'élèvent  plus  facilement,  s'établissent  plus 
tôt  et  rencontrent  moins  d'obstacles  dans  le  cours  de  leur  car- 
rière. Mais,  il  faut  l'avouer,  le  commun  des  hommes  est  peu 
frappé  des  rapports  qui  existent  entre  le  bien  général  et  les 
intérêts  particuliers.  Lorsqu'on  parcourt  les  provinces  de  cer- 
tains pays,  on  a  souvent  lieu  d'être  confus  en  voyant  les  habi- 
tans  d'une  ville  prendre  feu  pour  les  intérêts  de  leur  localité 
ou  des  classes  dont  ils  font  partie  ;  et ,  pourvu  que  leur  yanité 
nationale  ne  soit  pas  blessée,  demeurer  indifférens  à  ce  qui 
touche  aux  intérêts  de  leur  nation  ou  de  l'humanité.  L'intérêt 
général,  pour  eux,  est  une  abstraction,  un  intérêt  étranger, 
comme  celui  qu'on  prend  à  une  comédie,  à  un  roman. 

Certes,  un  homme  qui  ne  s'intéresserait  pas  à  sa  famille,  à 
sa  commune,  serait  très -coupable  ;  je  crois  même  que  le  main- 
tien de  la  société  dépend  du  soin  qu'on  en  prend.  Mais  il  faut 
que  ce  soin  s'accorde  avec  les  intérêts  généraux;  et  une  certaine 


32  INFLUENCE  DES  CONNAISSANCES  ÉCONOMIQUES 
dose  de  lumières  est  indispensable  pour  que  l'on  comprenne 
jusqu'à  quel  point  ces  intérêts  se  confondent.  Lorsqu'une  fois 
ce  point  est  bien  compris ,  tout  en  réclamant  une  justice  par- 
tielle, on  peut  faire  valoir  ce  qu'elle  a  d'intéressant  pour  le 
bien  général;  on  est  en  état  de  prêter  à  la  réclamation  qu'on 
élève,  le  plus  puissant  de  tous  les  appuis,  celui  du  grand  nombre; 
on  associe  à  sa  cause  le  pays  tout  entier  :  bien  mieux,  on  y 
associe  les  hommes  de  tous  les  pays.  On  est  capable  alors  d'être 
juge  dans  sa  propre  cause,  car  une  réclamation  que  l'intérêt 
général  repousse,  est  injuste. 

Les  connaissances  en  économie  politique  ont  d'autres  bons 
effets  pour  les  hommes  qui  les  possèdent,  indépendamment 
de  leurs  rapports  avec  le  public.  Elles  suppléent  à  l'expé- 
rience dans  beaucoup  de  cas;  à  cette  expérience  qui  coûte  si 
cher  et  que  l'on  n'acquiert  bien  souvent  qu'à  l'époque  de  la 
vie  où  l'on  cesse  d'en  avoir  besoin.  Pour  quiconque  est  au 
fait  de  la  nature  des  choses,  de  la  manière  dont  les  phéno- 
mènes s'enchaînent  dans  le  cours  de  la  vie,  les  événemens  qui 
semblent  les  plus  extraordinaires  aux  yeux  de  l'ignorance 
ne  sont  plus  que  le  résultat  naturel  des  événemens  qui  les  ont 
précédés.  Les  conséquences  des  circonstances  au  sein  des- 
quelles nous  vivons,  conséquences  que  le  vulgaire  ne  soup- 
çonne pas ,  sont  aisément  prévues  par  celui  qui  sait  rattacher 
les  effets  à  leurs  causes.  Or,  quelle  que  soit  la  profession  qu'on 
exerce,  quel  immense  parti  ne  peut-on  pas  tirer  de  cette  pré- 
vision plus  ou  moins  parfaite ,  plus  ou  moins  sûre  de  l'avenir  ! 
Suîs-je  négociant,  les  gains  et  les  pertes  que  je  ferai  dépen- 
dront de  l'opinion  plus  ou  moins  juste  que  je  me  serai  formée 
du  prix  futur  des  choses.  Suis-je  manufacturier,  de  quelle 
importance  n'est-il  pas  pour  moi  de  connaître  les  effets  de  la 
concurrence  des  producteurs,  de  la  distance  des  lieux  d'où  je 
tire  mes  matières  premières,  de  ceux  où  je  place  mes  pro- 
duits, de  l'influence  des  moyens  de  communication,  du  choix 
des  procédés  de  la  production! 

Il  résulte  bien,  en  général,  de  l'étude  de  l'économie  poli- 
tique qu'il  convient  aux  hommes  dans  la  plupart  des  cas  d'être 


SUR  LE  SORT  DES  NATIONS. 

iaissés  à  eux-mêmes,  parce  que  c'est  ainsi  qu'ils  arrivent  au 
développement  de  leurs  facultés;  mais  il  ne  s'ensuit  pas  qu'ils 
ne  puissent  recueillir  un  grand  avantage  delà  connaissance  des 
lois  qui  président  à  ce  développement.  S'il  faut  connaître 
l'économie  (lune  ruche  pour  eu  tirer  parti,  que  sera-ce  de 
.  l'économie  de  la  société  qui  tient  à  tous  nos  besoins,  à  toutes 
nos  affections,  à  notre  bonheur,  à  notre  existence?  Quel 
homme  n'est  pas  intéressé  à  découvrir  le  fort  et  le  faible  de  la 
situation  sociale  où  le  sort  l'a  placé,  ou  bien  à  faire  choix  d'une 
profession  pour  lui-même  ou  pour  ses  en  fans,  ou  bien  à  porter 
un  jugement  sur  celles  qu'exercent  les  personnes  avec  les- 
quelles il  a  des  relations  d'affaires  ou  d'amitié?  Si  l'on  consi- 
dère le  grand  nombre  de  personnes  qui  se  ruinent,  même  en 
travaillant  courageusement,  n:ème  en  faisant  preuve  de  beau- 
coup d'adresse  et  d'esprit,  on  sentira  qu'elles  doivent  néces- 
sairement ignorer  la  nature  des  choses  à  beaucoup  d'égards, 
aussi  bien  que  l'application  que  chacun  peut  en  faire  à  sa  po- 
sition personnelle.  Le  capitaliste,  le  propriétaire  foncier,  peu- 
vent-ils n'être  pas  curieux  de  connaître  ce  qui  fonde  leurs 
revenus?  Peuvent-ils  êtreindifférens  aux  suites  d'une  opération 
sur  les  monnaies,  ou  de  toute  autre  mesure  prise  par  le  gou- 
vernement? Ne  doivent-ils  pas  souhaiter  d'avoir  un  avis  éclairé 
dans  les  assemblées  dont  ils  font  partie  ,  soit  comme  adminis- 
trateurs, soit  comme  actionnaires,  soit  même  comme  conseils? 
On  peut  se  représenter  un  peuple  ignorant  dès  vérités  prou- 
vées par  l'économie  politique,  sous  l'image  d'une  population 
qui  serait  obligée  de  vivre  dans  un  vaste  souterrain  où  se 
trouvent  également  enfermées  toutes  les  choses  nécessaires  au 
maintien  de  la  vie.  L'obscurité  seule  empêche  de  les  trouver . 
Chacun,  excité  par  le  besoin,  cherche  ce  qui  lui  est  nécessaire, 
passe  à  côté  de  l'objet  qu'il  souhaite  le  plus,  ou  bien  le  foule 
aux  pieds  sans  l'apercevoir.  On  se  cherche,  on  s'appelle,  sans 
pouvoir  se  rencontrer.  On  ne  réussit  pas  à  s'entendre  sur 
les  choses  que  chacun  veut  avoir  ;  on  se  les  arrache, 
on  les  déchire;  on  se  déchire  même  entre  soi.  Tout- est 
confusion,  violence,  dégâts,...  lorsque  tout  à  coup  un  rayon 
t.  xxxvii. — Janvier  1828.  5 


34  PROGR.  DES  CONNAISS. ,  etc.  —  FORCES ,  etc. 
lumineux  pénètre  dans  l'enceinte  :  on  rougit  alors  du  mai 
qu'on  s'est  fait  ;  on  s'aperçoit  que  chacun  peut  obtenir  ce  qu'il 
désire.  On  reconnaît  que  ces  biens  se  multiplient,  d'autant 
plus  que  l'on  s'aide  mutuellement.  Mille  motifs  pour  s'aimer, 
mille  moyens  de  jouir  honorablement  s'offrent  de  toutes  parts: 
un  seul  rayon  de  lumière  a  tout  fait.  Telle  est  l'image  d'un 
peuple  plongé  dans  la  barbarie;  tel  il  est,  quand  il  devient 
éclairé  :  tels  nous  serons  quand  des  progrès ,  désormais  inévi 
tables,  auront  eu  lieu. 

Jean-Baptiste  Say. 


Forces  productives  et  commerciales  du  midi  de 
la  france. 

(  troisième  article.  Voy.  Rcv..Enc,  t.  XXXVI,  p.  562-575.) 

DÉPARTEMENT    DE    L'HÉRAULT. 

Le  département  de  l'Hérault,  au  centre  du  Languedoc,  est 
un  des  plus  remarquables  du  midi  de  la  France,  sous  un  grand 
nombre  de  points  de  vue.  Il  montre,  à  quelques  égards,  ce  qu'il 
est  possible  d'attendre  des  progrès  futurs  de  la  France  méri- 
dionale. La  population  totale  de  ce  département  est  déclarée, 
par  l'ordonnance  du  roi ,  contenant  le  tableau  authentique  de 
la  population  du  royaume  pour  1827,  égale  à  339,56o  ha- 
bitans.  Dix  villes  de  ce  département  ont  une  population  supé- 
rieure à 5,ooo  âmes;  en  voici  le  tableau: 

Agde 7>84o  Lodève 9,84a 

Bédarieux 5,647  Cette 10,000 

Béziers i6.,5i5  Lunel  . 5.^  > 

Pézénas 8,295  Montpelliei 35,8 ',2 


Clermont 6,110     Saint-Pons 6, 


a  1 


FORCES  PRODUCT.  KT  COMMRRC.  DU  MIDI,  etc.    3{> 
Vingt  or  une  villes,  ou  communes,  ont  une  population  ag- 
glomérée, supérieure  à  i5oo  Ames,  savoir  : 

Kessan a,25fi     Montpeyroux i  ,G5o 

CtOX I;55g     Saint-André 2,00 1 

Marseillan 4>°°4     Saint-Jean-de  Foi  .  ....  i,5to 

Vias  , 1,68 r     Aniane 2,255 

Ctsonla t^ôo,     Ganges 4,084 

Villeneuve-les-lléziers  .    .    .      i,836      Marsillargues 3,176 

Serignan r,86r      Mèze 4,i46 

Florenzac 3,20,4     Poussan ï,8oo 

Montagnac *  .      3,335     Pignan 1*872 

Servian i,65a      Saint-Chinian 2,278 

Gigo;ic 2,482  ' 


5o, 5ot 
Population  des  villes  ayant  5,ooo-àiucs  et  au-dessus Il 2,1 5.) 


Total.  .......  i6i,656 

C'est  presque  la  moitié  de  la  population  totale.  Nous  voyons, 
par  ces  tableaux ,  que  le  département  de  l'Hérault  est  un  de 
ceux  où  la  population  se  trouve  le  plus  agglomérée  dans  les 
villes,  ce  qui  présente  de  très-grands  avantages  pour  le  progrès 
des  arts  et  pour  l'instruction  populaire.  Dans  notre  carte  figu- 
rative de  V instruction  populaire,  le  département  de  l'Hérault 
est  indiqué  comme  envoyant  aux  écoles  le  3ie  de  la  population 
totale;  dans  la  statistique  de  ce  département,  publiée  par 
M.  Hypolite  Creusé  DeLesser,  quatre  ans  après  le  dernier  recen- 
sement général  fait  par  l'Université,  recensement  d'après  lequel 
j'ai  dressé  ma  carte,  le  nombre  des  enfans  mâles  envoyés  dans 
les  écoles  primaires  était  de  12,004.  En  supposant  que  ce 
nombre  n'ait  pas  varié,  il  en  résulte  qu'aujourd'hui  le  nombre 
des  enfans  mâles  qui  fréquentent  les  écoles  est  un  peu  moindre 
que  la  28e  partie  de  k  population  totale.  C'est  beaucoup  plus 
quepour  un  grand  nombrede  départemens  du  midi,  et  beaucoup 
moins  que  pour  les  départemens  les  plus  avancés  de  l'Alsace, 
de  la  Lorraine,  de  la  Bourgogne,  de  la  Champagne  et  de  la 
Picardie.  Par  conséquent,  le  département  de  l'Hérault  est  en~ 

3. 


36       FORCES  PRODUCTIVES  ET  COMMERCIALES 

core,  sous  ce  point  de  vue,  très- éloigné  du  terme  où  peuvent 
atteindre  ses  efforts. 

Un  objet  qui  me  paraît  mériter  la  plus  sérieuse  attention, 
c'est  le  petit  nombre  d'écoles  où  l'on  suit  des  méthodes  à  demi- 
perfectionnées ,  comme  celles  des  écoles  chrétiennes  et  des 
écoles  où  l'on  suit  les  méthodes  les  plus  parfaites,  je  veux  dire, 
celles  de  l'enseignement  mutuel.  On  peut  en  juger  par  le  tableau 
suivant  : 

Nombre  Nombre  Elèves  par 

d'écoles,  d'élèves.  école  moyenne 

Écoles  catholiques. 

Suivant  l'ancienne  routine .  .  388  n,5i9  3o 

Doctrine  chrétienne 21  2,066  98 

Écoles  mutuelles 37  i,349  36 

Écoles  protestantes. 

Suivant  l'ancienne  routine  .    .  6  163  44 

Écoles  mutuelles 5  2  65  53 

On  doit  être  affligé  de  voir  le  petit  nombre  d'élèves  qui 
suivent  des  méthodes  perfectionnées,  surtout  parmi  la  popu- 
lation catholique.  En  effet,  dans  cette  population,  le  nombre 
des  élèves  instruits  dans  les  écoles  mutuelles ,  n'est  pas  même 
é^al  au  10e  du  nombre  des  élèves  qui  suivent  de  moins  bonnes 
méthodes;  tandis  que,  chez  les  protestans,  le  nombre  des 
élèves  qui  suivent  les  écoles  mutuelles  surpasse  de  moitié  ce- 
lui des  élèves  qui  suivent  l'ancienne  routine.  Il  est  à  désirer 
que  ces  rapprochemens  excitent  une  émulation  fructueuse 
entre  les  familles  des  diverses  croyances,  catholiques  ou  pro- 
testantes. 

Je  dois  citer,  avec  un  éloge  particulier,  l'association  bien- 
faisante qui  s'est  formée  dans  la  ville  de  Montpellier  pour  le 
perfectionnement  de  l'instruction  élémentaire  parmi  la  popu- 
lation protestante.  Chaque  année,  cette  association  fait  con- 
naître le  résultat  de  ses  travaux  par  des  publications  intéres- 
santes, et  qui  peuvent  servir  de  modèle  dans  beaucoup  de 
parties  de  la  France. 

L'irstruction  secondaire  du  département  de  l'Hérault  pré- 
sente des  résultats  qui  sont  loin  d'être  satisfaisans.  En  1789, 


1)1    MIDI   DE  LA    FRANCK.  37 

Le  nombre  total  des  élevas  pensionnaires  des  collèges  institués 
dans  la  partie  du  Languedoc  qui  forme  le  département  de 
l'Hérault,  était   de   1 100  personnes;  eu  1822,   ce  nombre  se 
trouve  réduit  à  533.   Probablement,  en  1789,  un   plus  grand 
nombre   d'élèves  étrangers  au    département   venaient  étudier 
dans  ces  collèges.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  doit  déplorer  pour 
l'Hérault  cette  diminution  de  plus  de  moitié  dans  le  nombre  des 
pensionnaires  de  ces  établissemens.  Nous  appelons  sur  cet  objet 
l'attention  des  administrateurs  et  de  tous  les  citoyens  éclairés. 
L'enseignement  supérieur  présente  un  établissement  célèbre  : 
c'est  la  faculté  de  médecine  de  Montpellier.  Dès  le  xnc  siècle, 
cette  ville   possédait  l'enseignement  de  la  médecine,  confié, 
dans  le  principe  ,  à  des  disciples  du  célèbre  Averroès.  Lorsque 
les  maîtres,  formés  par  Averroès  vinrent  s'établir  dans  cette 
ville ,  les  médecins  du  pays  voulurent  les  empêcher  de  faire 
jouir  la  France  du  bienfait  de  leurs  leçons,  maison  édit  re- 
marquable du  seigneur   de  Montpellier  porte  cette  décision 
digne  des  siècles  les  plus  éclairés  :  «  Il  est  trop  cruel  et  con- 
traire au  droit,  de  concéder  le  monopole  d'une  science  aussi 
précieuse  que  la  médecine  ;  c'est  pourquoi  je  veux,  j'approuve 
et  je  concède  à  perpétuité,  que  tous  les  hommes,  quels  qu'ils 
soient  et  de  quelqu'endroit  qu'ils  proviennent,  puissent  ouvrir, 
sans  aucune  contradiction,  des  écoles  de  médecine  à  Mont- 
pellier. »  A  l'époque  où  l'on  exterminait  les  malheureux  Albi- 
geois, le  légat  apostolique  d'Honoré  III,  prié  par  les  évêques 
du  Languedoc  d'imposer  des  réglemens  à  l'enseignement  de  la 
médecine,  décida  qu'à  l'avenir  nul  ne  pourrait  enseigner  la 
jnédecine  avant  d'être  approuvé  par  l'évèque  de  Maguelone  et 
par  les  régens  que  ce  prélat  voudrait  ^associer;  mais  ,   par 
compensation  pour  la  perte  de  la  liberté  ,  il  fir  présent  à  l'école 
de   Montpellier  du  nom  pompeux  d'Université.  Cette  bulle, 
publiée  en   1220,  peut  être   comparée,  pour  l'enseignement 
de  la  médecine,  à  l'ordonnance  rendue  par  le  ministre  de  l'in- 
struction publique,  en  1824,  contre  l'instruction  élémentaire. 
Ne  serait-il  pas  possible  de  faire ,  en  faveur  de  la  ville  de 
Montpellier,  un  grand  et  bel  essai  des  libertés  de  l'enseigne 


38       FORCES  PRODUCTIVES  ET  COMMERCIALES 

ment  ?  La  faculté  de  médecine  de  Montpellier  serait  déclarée 
indépendante.  Son  administration  intérieure  et  le  choix  de  ses 
professeurs  ne  se  régleraient  plus  a  Paris,  rue  des  Saints-Pères; 
mais  à  Montpellier,  au  sein  même  de  la  faculté.  A  mesure  que 
des  places  de  l'école  de  Montpellier  viendraient  à  vaquer,  de 
grands  concours  seraient  ouverts  où  l'on  appellerait  les  savans 
les  plus  célèbres  de  l'Europe  entière,  sans  consulter  les  petites 
recommandations  de  coteries  et  de  bureaux.  On  ferait  payer  à 
chaque  élève  l'audition  de  chaque  cours ,  et  les  élèves  pour- 
raient suivre  les  cours  qui  leur  plairaient  te  mieux.  Les  exa- 
mens seraient  publics,  et  les  réceptions  gratuites,  afin  de  les 
rendre  difficiles.  Il  deviendrait  du  plus  grand  honneur  d'être 
médecin ,  chirurgien  ou  pharmacien ,  reçu  par  l'académie  de 
Montpellier. 

Enfin,  dans  le  cas  probable  où  l'école  de  Montpellier,  par 
son  organisation,  effacerait  toutes  les  autres  écoles  delà  France, 
on  élèverait  ces  dernières  au  niveau  de  ia  première,  en  leur 
donnant  l'élément  de  tous  les  grands  succès  dans  les  sciences 
et  dans  les  arts,  la  liberté.  Voilà  l'essai  que  j'aurais  l'honneur  de 
proposer  à  l'Université  royale  de  France,  si  j'avais  l'avantage 
d'être  admis  à  lui  soumettre  le  moindre  conseil  favorable  aux 
prospérités  du  royaume. 

Quand  j'aurais  procuré  la  vie  et  l'indépendance  aux  écoles 
de  médecine,  je  m'occuperais,  par  les  mêmes  moyens,  de  don- 
ner l'indépendance  et  la  vie  aux  grandes  écoles  de  droit.  Enfin, 
de  proche  en  proche,  j'abolirais  les  entraves  de  quatre  ou  cinq 
facultés,  pour  laisser  l'esprit  humain  se  déployer  et  s'élever 
sur  la  terre  de  France ,  comme  sur  un  sol  généreux  et  fécon- 
dant. 

A  plus  forte  raison  ,  proposerais-je  à  l'Université  de  déscn- 
îraver  riustruclion  secondaire,  et  de  laisser  aux  autorités  mu- 
'  nicipales  la  faculté  de  faire  librement  fleurir  l'instruction  pri- 
maire. Voilà  quelle  est  mou  utopie.  Je  serais  charmé,  je  l'avoue, 
qu'on  essayât  de  la  mettre  en  pratique  dans  quelque  départe- 
ment de  l'ancien  Languedoc,  tel  que  l'Hérault  ou  le  Tarn. 

L'Université  de  Montpellier  vit  successivement  accroître  !• 


1)1    MIDI  DE  LA  FRANCE  3<> 

nombre  des  chaînas  que  nécessitait  son  enseignement,  ^xh  les 
règnes  de  Louis  XII,  de  Henri  IV  et  do  Louis  \V.  Elle  possède 
aujourd'hui  onze  professeurs  pour  les  sciences  qui  se  rappor- 
tent soit  à  la  médecine,  soit  à  la  chirurgie. 

On  compte  environ  120  élèves  reçus  annuellement  comme 
médecins  ou  chirurgiens;  le  nombre  des  élèves  inscrits  est  a 
peu  près  quadruple  de  ceux  qu'on  reçoit  chaque  année;  par 
conséquent,  si  les  élèves  restaient  quatre  ans  à  suivre  les  cours, 
tous  seraient  admis.  J'ai  souvent  entendu  de  très-habiles  per- 
sonnes se  plaindre  de  la  trop  grande  facilité  des  réceptions  de 
Montpellier,  et  désirerquele  gouvernement  trouvât  un  moyen 
île  ne  pas  accroître  les  revenus  des  personnes  consacrées  à  l'en- 
seignement d'après  la  multiplicité  des  réceptions. 

Un  magnifique  établissement,  qui  complète  celui  de  l'école 
de  médecine,  est  le  jardin  des  plantes,  fondé  sous  le  règne  de 
Henri  IV,  c'est-à-dire,  plus  de  125  ans  avant  le  jardin  des 
plantes  de  Paris.  Quelques  années  avant  la  restauration,  M.  de 
Candolle,  l'un  des  plus  illustres  botanistes  de  l'Europe,  fut 
chargé  par  le  gouvernement  de  diriger  le  jardin  botanique  de 
Montpellier;  il  contribua  beaucoup  à  l'amélioration  de  ce  bel 
établissement  auquel  il  fit  ajouter  une  pépinière  et  une  école 
forestière. 

En  181 4,  les  opinions  politiques  supposées  à  M.  de  Can- 
dolle n'ayant  point  obtenu  l'assentiment  particulier  de  quelques 
personnes  zélées,  comme  il  s'en  trouve  au  milieu  de  toutes  les 
révolutions,  M.  de  Candolle  quitta  la  place  qu'il  occupait  avec 
tant  d'éclat;  il  abandonna  la  France  et  retourna  dans  Genève, 
sa  patrie,  remplir  des  fonctions  analogues  à  celles  qu'il  avait 
eues  à  Montpellier. 

L'Université  de  France  possède  à  Montpellier  une  faculté 
des  sciences  qui  compte  environ  45o  élèves  ,  dont  les  trois 
quarts  sont  des  étudians  en  médecine  et  en  pharmacie.  Il  est 
fâcheux  que  cette  institution  n'ait  pas  uu  local  suffisant  poul- 
ies préparations  des  cours  et  pour  les  leçons  mêmes.  Il  est  éga- 
lement fâcheux  que  l'observatoire  ,  établi  dans  une  des  tour> 
de  la  ville,  à  l'époque  du  gouvernement  du  maréchal  de  Cas- 


4o  FORCES  PRODUCTIVES  ET  COMMERCIALES 
trios ,  n'ait  que  des  instrumensbien  inférieurs  au  degré  de  per 
fection  qu'ont  atteint  nos  plus  habiles  artistes.  On  doit  désirer 
que  la  munificence  du  gouvernement  procure  quelques  bons 
instrumens  à  Montpellier;  la  beauté  du  climat,  dans  le  midi 
de  la  France  ,  donnerait  à  l'usage  de  ces  instrumens  une  éten- 
due d'utilité  qu'on  espérerait  vainement  dans  les  observatoires 
du  nord.  La  ville  de  Montpellier  possède  de  belles  collections 
d'anatomie,  de  minéralogie,  etc. 

Pour  n'omettre  aucun  des  moyens  d'instruction  que  présente 
la  capitale  du  département  de  l'Hérault,  je  citerai  l'école  de 
dessin  ,  d'architecture  et  de  géométrie  pratique.  Cette  école  a 
six  professeurs  et  compte  annuellement  3oo  élèves. 

Je  dois  citer  aussi  le  cours  de  géométrie  et  de  mécanique 
appliquées  aux  arts,  ouvert  en  faveur  de  la  classe  ouvrière. 
M.  Bros  de  Puechredon,  capitaine  de  frégate  honoraire,  a 
professé  gratuitement  ce  cours,  avec  zèle  et  talent.  Il  sera  rem- 
placé, cette  année,  par  M.  Lentherie  ,  professeur  du  col- 
lège. 

Un  cours  du  même  genre  est  professé „  avec  beaucoup  de 
distinction,  dans  la  ville  de  Cette,  par  M.  Sire,  professeur 
royal  d'hydrographie.  Dans  cette  petite  ville  maritime,  les 
personnes  de  toutes  les  classes  de  la  société  se  sont  empressées 
de  profiter  du  nouvel  enseignement  :  c'est  un  exemple  que  les 
fils  des  personnes  aisées  de  Montpellier  pourraient  imiter  uti- 
lement. 

Un  troisième  cours  est  institué  pour  le  port  d'Àgde,  à  l'em- 
bouchure de  l'Hérault.  Des  circonstances  particulières  n'ont 
pas  encore  permis  d'obtenir  dans  ce  port  un  succès  complet  ; 
mais  ces  circonstances  sont  passagères  et  disparaîtront  avec  un 
peu  de  persévérance. 

L'enseignement  du  dessin  linéaire,  de  la  géométrie  et  de  la 
mécanique  appliquées  aux  arts,  serait  d'une  haute  importance 
dans  plusieurs  villes  du  département  de  l'Hérault ,  qui  ne  le 
possèdent  pas  encore.  Je  dois  citer  au  premier  rang  la  ville  de 
Béziers  qui  compte  i6,5i5  habitans.  Depuis  plus  d'un  an  ,  le 
maire  de  cette  ville  m'a  fait  espérer  d'obtenir  pour  ses  admi- 


DU  MIDI  J)K  LA  FRAJÏCE.  /,  i 

nistrés  cette   utile  institution  :  j'aime  I  penser  (|ue  sa  promette 
ne  tardera  pas  à  S6  réaliser.  Parmi  les  autres  villes  du  départe - 
nient,  celle  qui  pourrait  tirer  le  plus   de  fruits  du  nouvel  en 
seignement  serait  sans  contredit  Lodève,   célèbre  pour  sa  fa 
briqué  de  draps,  et  qui  compte  9,842  habitans. 

Un  instituteur  de  Lunel,  plein  de  zèle  pour  le  bien  public, 
a  fait  gratuitement  dans  celle  ville  un  cours  de  géométrie  ap- 
pliquée aux  arts;  il  a  présenté  de  la  sorte  un  noble  exemple 
aux  autres  chefs  d'institutions  du  département.  En  résumé,  l'on 
voit  qu'aujourd'hui  le  département  de  l'Hérault  possède  ,  dans 
quatre  de  ses  villes,  un  enseignement  industriel  ;  il  est  sous  ce 
point  de  vue  ,  plus  avancé  que  beaucoup  d'autres  départemens 
de  la  France  méridionale.  Cependant,  il  est  encore,  pour  ce 
genre  d'instruction,  bien  loin  du  terme  auquel  il  doit  aspirer. 

Si  nous  considérons  les  écoles  primaires  du  département  de 
l'Hérault,  nous  verrons  qu'il  reste  aussi  beaucoup  à  faire  pour 
former  des  maîtres  d'écoles  qui  montrent  aux  habitans  des  pe- 
tites villes  et  des  campagnes  une  autre  langue  que  le  patois 
languedocien,  et  qui  parlent  français  avec  pureté.  Il  est  déplo- 
rable de  voir  avec  quelle  incurie  tous  les  gouvernemens  qui  se 
sont  succédés  en  France",  depuis  dix  siècles,  ont  laissé  les  po- 
pulations parler  des  dialectes  disparates;  ce  quia  le  très-grave 
inconvénient  de  rendre,  pour  une  grande  partie  de  la  popu- 
lation ,  complètement  inintelligibles  les  écrits  publiés  pour 
l'instruction  des  autres  parties  de  cette  population. 

Nous  avons  cru  devoir  nous  étendre  beaucoup  sur  l'instruc- 
tion publique  et  sur  les  moyens  de  l'améliorer  dans  le  dépar- 
tement de  l'Hérault.  Les  observations  que  nous  venons  de  pré- 
senter ne  soi:tpas  particulières  à  ce  département,  et  pourraient 
s'appliquer,  avec  la  même  vérité,  aux  autres  départemens  du 
midi,  qui,  pour  la  plupart,  sont  moins  avancés  que  celui  de 
l'Hérault. 

Montpellier  possède  une  Académie  royale  des  sciences,  qui 
jouissait,  avant  la  révolution,  de  l'honneur  d'être  affiliée  et 
comme  associée  à  l'Académie  royale  des  sciences  de  Paris;  ce 
(gui  donnait  aux  membres  de  l'Académie  de  Montpellier,  quand 


', 2   FORCES  PRODUCT.  DU  MIDI  DE  LA  FRANCE. 

ilsy  enaieut  dans  la  capitale,  le  droit  de  siéger  aux  séances  de 
l'Académie  de  Paris.  Les  célèbres  professeurs  de  l'école  de 
Montpellier  ont  fait  l'ornement  de  la  Société  savante  la  plus 
estimée  entre  toutes  celles  que  possède  le  midi  du  royaume. 

J'ai  cherché  vainement,  dans  la  statistique  d'ailleurs  si  éten- 
due, que  M.  Hippolyte  Creusé  de  Lesser  a  donnée  du  dépar- 
tement de  l'Hérault,  quelques  faits  sur  l'Académie  royale  des 
sciences  de  Montpellier. 

La  Statistique  du  département  de  l'Hérault  forme  un  volume 
in-4°  de  606  pages,  écrit  avec  une  sage  méthode.  Ce  volume 
abonde  en  documens  importans ,  dont  nous  tirerons  un  grand 
parti  pour  achever  de  faire  connaître  les  ressources  produc- 
tives et  commerciales  de  ce  département.  L'auteur  est  fils  de 
M.  Creusé  de  Lesser  ,  homme  de  lettres  distingué,  et  préfet  du 
département  de  l'Hérault.  Il  a  trouvé,  dans  les  hautes  fonctions 
administratives  remplies  par  son  père,  des  moyens  de  recueillir 
beaucoup  de  documens  authentiques  qu'il  a  fort  bien  mis  en 
œuvre. 

Charles  Dupin  ,  de  l'Institut. 


IL  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Histoire  naturelle  des  poissons  ,  par  M.  le  Baron 
Cuvier  ,  secrétaire  perpétuel  de  V Académie  des 
Sciences  y  et  professeur  au  Muséum  d'Histoire  natu- 
relle (i). 

Cet  important  ouvrage  est  attendu  depuis  long- terris  ;  et, 
dans  l'état  de  confusion  où  l'ichthyologie  était  tombée  par 
l'accroissement  du  nombre  des  espèces  connues,  et  par  la 
méthode  superficielle  qu'avait  employée  à  les  décrire  un  au- 
teur estimable,  trop  long-tcms  considéré  comme  un  oracle, 
nous  disions,  dès  l'année  1825,  au  mot  Ichthyologie  de  notre 
Dictionnaire  classique  (i)  :  «  Cuvier,  réformateur  de  cette  belle 
partie  des  sciences  physiques,  dans  son  règne  animal,  per- 
fectionne en  ce  moment  la  méthode  si  naturelle  qu'il  y  intro- 
duisit. Aidé  du  jeune  et  savant  Valenciennes,  il  prépare 
une  Histoire  générale  des  poissons,  fruit  de  recherches  im- 
menses, de  comparaisons  nombreuses,  d'études  profondes, 
et  qui,  dit-ou,  ne  tardera  point  à  paraître.  On  attend  avec  la 
plus  vive  impatience  ce  grand  traité,  où  seront  redressées 
une  multitude  d'erreurs,  et  qui  ne  laissera  rien  à  désirer.  » 
Dans  cette  attente,  et  dans  la  crainte  de  faire  un  article  in- 

(i)  Paris,  1827;  Levrault ,  rue  de  La  Harpe,  n°  81.  Prospectus 
in -8°  de  >.8  pages. 

(i)Il  a  déjà  paru  treize  volumes  du  Dictionnaire  classique  d'Histoire 
naturelle  ,  grand  in-8°  à  deux  colonnes  ,  chez  les  libraires  Rey  et  Gra- 
,  quai  des  Augustins.  (Voy.  Rcv,  Enc. ,  t.  xxxy  ,  p.  697.  ) 


vjei 


4  »  SUENCKS  PHYSIQUES, 

complet  sur  l'ichthyologie,  nous  préférâmes  renvoyer  ce  mol 
au  Supplément  du  Dictionnaire,  où  nous  avons  pour  collabo 
rateurs  de  jeunes  savans,  aussi  actifs  qu'habiles  à  bien  faire; 
car  il  est  important,  dans  ces  sortes  d'ouvrages,  de  ne  point 
demeurer  en  arrière  des  connaissances  acquises. 

Le  prospectus  de  cet  ouvrage  est  par  lui-même  un  véri- 
table traité  historique  de  la  science  que  M.  Cuvier  élève  à 
un  si  haut  point  de  perfection.  Combien  de  professeurs  et 
d'écrivains  se  sont  fait  des  titres  académiques  d'ouvrages  qui 
ne  contenaient  pas  autant  de  matière,  et  dans  lesquels  surtout 
l'esprit  de  méthode  ne  brillait  pas  au  même  degré.  Cet  esprit 
que  l'on  doit  considérer  comme  le  régulateur  par  lequel  la 
raison  complète  le  génie  même,  est  éminemment  celui  de 
M.  Cuvier.  Il  le  porte  dans  toutes  ses  productions,  et  sait 
ainsi  donner  aux  moindres  détails  une  grande  importance. 
Au  lieu  d'une  simple  annonce  à  laquelle  nous  pensions  être 
tenus  en  lisant  le  titre  modeste  sous  lequel  le  savant  profes- 
seur publie  un  véritable  ouvrage,  nous  nous  trouvons  enga- 
gés dans  une  analyse  qui  sera  d'autant  plus  instructive  que 
nous  ferons  plus  d'emprunts  à  l'auteur.  «  Au  moment  d'offrir 
au  public,  dit-il,  un  ouvrage  considérable  dont  je  me  suis 
occupé  avec  plus  ou  moins  de  suite  depuis  près  de  quarante 
ans,  je  crois  devoir  lui  présenter  quelques  réflexions  sur  l'état 
où  j'ai  pris  l'ichthyologie,  sur  les  vues  d'après  lesquelles  je 
l'ai  traitée ,  et  sur  les  moyens  qui  se  sont  trouvés  à  ma  dis- 
position pour  l'enrichir  d'un  nombre  d'espèces  nouvelles  triple 
de  celles  que  l'on  connaissait  avant  moi.  ». 

M.  Cuvier  fait  ensuite  l'histoire  de  la  science.  L'ichthyo- 
logie ne  date  pour  lui  que  du  xvie  siècle  :  Rondelet,  Belon 
et  Salviani  en  sont  les  créateurs;  Artedi,  l'ami  de  l'immortel 
Linné ,  y  marque  plus  tard  une  époque.  «  Il  est  douteux,  dit 
M.  Cuvier,  que  ce  grand  Linné  ait  rendu  service  à  la  science 
des  poissons  par  sa  classification  nouvelle;  mais  il  l'a  reudue 
populaire  par  sa  nomenclature.  Il  y  apporte  ce  même  esprit 
délicat,  cette  même  finesse  d'aperçus  que  dans  les  autres 
branches  de  Phistoire  naturelle.  Les  voyages   de  ses  élèves, 


SCIENCES  PHYSIQUES.  /,  > 

les  travaux  de  Gronovim9  de  Kolirutcr,  les  grands  ouvrages 
<lo  iSfe&l  (i),  de  Cutcsby,  lui  ont  fourni  de  nombreux  moyens 
de  l'enrichir.  Cependant,  il  n'a  porte  le  nombre  des  espèces 
qu'à  quatre  cent  . soixante-dix-sept  ;  mais  ce  n'est  point  par 
cette  augmentation  numérique  qu'un  homme  tel  que  Linné 
doit  être  apprécié  :  l'enthousiasme  général  qu'il  a  inspiré  pour 
toutes  les  productions  de  la  nature,  la  faveur  que  dès  lors  les 
hommes  puissans  ont  accordée  à  leur  étude,  les  collections 
qui  se  sont  formées,  les  expéditions  lointaines  qui  ont  été  en- 
treprises, le  grand  nombre  de  ceux  qui  se  sont  dévoués  au 
perfectionnement  de  l'édifice  dont  il  avait  posé  les  bases, 
marquent  mieux  que  ne  le  feraient  toutes  les  analyses  de  ses 
travaux ,  tous  les  calculs  sur  les  êtres  qu'il  a  décrits,  quelle  a 
dû  être  l'élévation  d'un  génie  capable  d'imprimer  à  son  siècle 
un  pareil  mouvement.  » 

L'ichthyologie  ne  compte  plus,  à  partir  de  Linné  jusqu'à 
M.  Cuvier,  que  des  voyageurs  qui,  dans  leurs  relations,  ont 
décrit  ou  figuré  des  espèces  nouvelles  de  poissons,  ou  des 
compilateurs  qui  ont  cru  en  faire  l'histoire  parce  qu'ils  en 
ont  publié  des  figures  plus  ou  moins  correctes  et  en  plus  ou 
moins  grand  nombre. 

M.  de  Lacépède  seul  sortit,  dans  ces  derniers  tems,  de  ces 
catégories.  «  Il  a  conçu ,  dit  toujours  M.  Cuvier,  d'une  ma- 
nière plus  grande  le  plan  de  son  Histoire  générale  des  pois- 
sons; et,  s'il  avait  possédé  en  original  un  assez  grand  nombre 
de  ces  animaux,  s'il  avait  pu  les  étudier  davantage  sous  le 
rapport  de  l'organisation  intérieure  et  de  la  méthode  natu- 
relle, il  n'y  a  point  de  doute  que  son  talent  d'écrire  et  ses 
vues  philosophiques  n'eussent  élevé  un  monument  plus  durable. 
Déjà,  sous  sa   forme  actuelle,   son   ouvrage   offre  beaucoup 


(i)  On  réimprime  ce  précieux  et  magnifique  recueil ,  devenu  si  rare 
et  si  cher,  à  la  librairie  Levrault.  Plusieurs  naturalistes  distingués  en 
refpnt  le  texte  qui  était  sa  partie  vicieuse.  Nous  ferons  connaître  les 
résultats  de  cette  utile  entreprise. 


♦6  ,        SCIENCES  PHYSIQUES. 

d'espèces  nouvelles;  il  en  présente  avec  éloquence  les  traits 
distinctifs ;  il  intéresse;  il  a  l'art  de  faire  trouver  du  charme  à 
l'histoire  d'êtres  que  nous  ne  pouvons  rapproeher  de  nous, 
ni  par  leurs  passions,  ni  par  leur  industrie,  qui  semblent 
n'éveiller  par  aueun  côté  notre  imagination.  Mais  M.  de  La- 
cépède  a  composé  la  plus  grande  partie  de  son  livre  pendant 
les  années  orageuses  de  la  révolution;  lorsque,  retiré  à  la 
campagne,  îl  ne  pouvait  pas  même  revoir  commodément  le 
peu  d'espèces  que  possédait  alors  le  Cabinet  du  Roi ,  ni  con- 
sulter les  bibliothèques  publiques  autrement  que  de  loin  en 
loin;  il  ne  travaillait  donc  que  sur  des  notes  prises  à  diverses 
époques,  et  dont  il  ne  pouvait  toujours  apprécier  les  rapports. 
De  plus,  la  France,  en  ce  tems-là,  et  long-tems  après,  était 
séparée  des  peuples  voisins  par  une  guerre  cruelle;  leurs 
livres  ne  nous  arrivaient  point;  la  mer  nous  était  fermée;  nos 
colonies  nous  étaient  devenues  étrangères  et  ne  nous  envoyaient 
plus  aucune  de  leurs  productions.  Que  l'on  ajoute  que  le  ca- 
ractère poli  et  confiant  de  cet  excellent  homme  ne  lui  per- 
mettait pas  d'élever  de  doute  sur  les  assertions  de  ses  contem- 
porains ,  et  l'on  ne  s'étonnera  plus  qu'il  ait  adopté  sans 
contradiction  les  genres  et  les  espèces  de  Gmelin  et  de  Bloch , 
et  n'ait  soumis  aucune  de  leurs  indications  à  un  nouvel  exa- 
men; qu'il  ait  été  conduit  ainsi  à  ajouter  à  leur  liste  des 
espèces  qui  rentraient  dans  les  leurs;  que  les  matériaux  même 
qu'il  avait  eus  sous  les  yeux,  soit  au  Cabinet  d'histoire  natu- 
relle, soit  dans  les  papiers  de  Commerson  et  de  Plumier,  se 
soient  quelquefois  multipliés  sous  sa  plume;  au  point  que  tel 
poisson  reparaît  cinq  fois  dans  son  livre  comme  autant  d'es- 
pèces, eu  sorte  que,  sur  les  quatorze  ou  quinze  cents  qu'il 
énumère,  il  faut  en  retrancher  certainement  plus  de  deux 
cents.  Te  ne  parlerai  point  ici  de  la  partie  de  la  méthode  qui 
lui  est  propre,  et  qui,  se  fondant  sur  la  présence  ou  sur 
l'absence  des  opercules  et  des  rayons  des  branchies,  est  en- 
tièrement contraire  aux  rapports  naturels  et  même  à  la  réalité 
des  organisations.  Ses  genres  eux-mêmes  sont,  souvent  établis 
sur  des  détails  peu  importans,  parce  que,  n'étant  point  anato- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  /,7 

misto,  il  n'avait  pu  saisir  complètement  les  lois  de  la  subor 
dination  <l<vs  caractères.  » 

I /autour  dont  nous  venons  tic  transcrire  quelques  lignes  a 
mis,  comme  on  le  voit,  dans  l'examen  des  travaux  ichlhyo- 
logiques  de  son  prédécesseur,  un  ton  de  modération  qui  l'ho- 
nore,  mais  à  travers  lequel  on  reconnaît  combien  ces  travaux 
de  M.  de  Lacépède  sont  imparfaits.  M.  Cuvicr,  en  signalant 
la  défectuosité  radicale  de  la  méthode  qu'a  suivie  ce  natura- 
liste, nous  apprend  qu'une  même  espèce  avait  été  décrite  par 
lui  jusqu'à  cinq  fois;  il  signale  aussi,  mais  avec  politesse,  \m 
défaut  de  critique  qui  conduit  quelquefois  à  la  crédulité.  Nous 
serions  tenté  de  nous  appesantir  sur  d'autres  défauts  non  moins 
essentiels,  que  l'on  remarque  dans  l'ouvrage  de  M.  de  Lacé- 
pède, afin  de  détourner  d'une  fausse  route  quelques  imitateurs 
qui  croiraient  devenir  les  continuateurs  de  Buffon;  mais  un  seul 
exemple,  opposé  aux  lignes  élégantes  que  nous  avons  extraites 
de  l'écrit  de  M.  Cuvier ,  déterminera  mieux  la  conviction  que 
tous  les  raisonuemens  possibles.  Nous  ouvrons  au  hasard  l'un 
des  cinq  gros  volumes  dont  se  compose  la  seule  Histoire  gé- 
nérale des  poissons  que  possède  encore  la  France ,  et  nous 
y  trouvons  ce  passage  :  «  Il  est  peu  d'animaux  dont  on 
doive  se  retracer  l'image  avec  autant  de  plaisir.  Elle  peut  être 
offerte,  cette  image  gracieuse,  et  a  l'enfance  folâtre,  que  la 
variété  des  évolutions  amuse,  et  à  la  vive  jeunesse,  que  la 
rapidité  des  mouvemens  enflamme,  et  à  la  beauté,  que  la 
grâce,  la  souplesse  et  la  légèreté  intéressent  et  séduisent,  et 
à  la  sensibilité ,  que  les  affections  douces  et  constantes  touchent 
si  profondément,  et  à  la  philosophie  même,  qui  se  plaît  à  contem- 
pler le  principe  et  l'effet  d'un  instinct  supérieur.  Nous  l'avons 
déjà  vu  cet  instinct  supérieur  dans  l'énorme  et  terrible  requin; 
mais  il  y  était  le  ministre  d'une  voracité  insatiable,  d'une  cruauté 
sanguinaire,  d'une  force  dévastatrice.  Nous  avons  trouvé, 
dans  les  poissons  électriques,  une  puissance,  pour  ainsi  dire, 
magique;  mais  ils  n'ont  pas  eu  la  beauté  en  partage.  Nous 
avons  eu  à  représenter  des  formes  remarquables;  presque 
toujours  leurs  couleurs  étaient  lernes  et  obscures.  Des  nuances 


,S  SCIENCES  PHYSIQUES. 
éclatantes  ont  frappé  nos  regards;  rarement  elles  ont  été 
unies  avec  des  proportions  agréables;  plus  rarement  encore 
elles  ont  servi  de  parure  à  un  être  d'un  instinct  élevé.  Et 
cette  sorte  d'intelligence,  ce  mélange  de  l'éclat  des  métaux 
et  des  couleurs  de  l'arc  céleste,  cette  rare  conformation  de 
toutes  les  parties  qui  forment  un  même  tout  et  qu'un  heu- 
reux accord  a  rassemblés,  quand  nous  les  avons  vus  départis 
avec  des  habitudes,  pour  ainsi  dire ,  sociales,  des  affections 
douces,  et  des  jouissances  en  quelque  sorte  sentimentales? 
c'est  cette  réunion  si  digne  d'intérêt  que  nous  allons  cepen- 
dant montrer  dans  1' »  Quel  est  le  mot  de  l'énigme 

entre  les  noms  de  quinze  cents  espèces  de  poissons  que  dé- 
crit M.  de  Lacépède  ?  Mais  ,  pour  éviter  à  nos  lecteurs  des 
tortures  d'esprit,  nous  leur  révélerons  que  cet  animal,  dont 
l'intelligence  et  l'instinct  sont  supérieurs  ,  qui  unit  l'éclat 
des  métaux,  lés  couleurs  de  l'arc  céleste  avec  une  rare  con- 
formation, les  affections  douces,  dont  les  habitudes  sociales 
et  les  jouissances  forment  un  tout  en  quelque  sorte  senti- 
mental, dont  l'image  gracieuse  peut  être  offerte  à  l'enfance 
folâtre,  à  la  vive  jeunesse,  à  la  beauté,  à  la  sensibilité,  à 
la  philosophie  même,  n'est  autre  que  cette  anguille  hideuse, 
dont  les  mouvemens  tortueux  rappellent  avec  moir.s  de  sou- 
plesse ceux  des  serpens,  dont  les  couleurs  fausses  ou  li- 
vides sont  enduites  d'une  mucosité  dégoûtante  ,  dont  les 
habitudes  gloutones  et  ténébreuses  sont  analogues  à  la  tour- 
nure suspecte,  dont  les  gros  yeux  fixes  ont  quelque  chose 
de  stupide  et  de  menaçant  à  la  fois;  qui,  enfin,  nocturne, 
craintive  et  mordant  cruellement  tout  ce  qui  est  à  sa  portée, 
aime  à  se  vautrer  dans  nue  vase  fétide  et  se  nourrit  indiffé- 
remment de  la  chair  de  sa  propre  espèce  et  de  débris  de  ca- 
davres. 

Surpris  depuis  long-tems  que  l'on  eût  appelé  sty'e  éloquent 
un  coloris  si  faux,  nous  avions  dit,  au  sujet  de  l'histoire  du 
rouget,  (  i  )  traité  comme  celle  de  l'anguille.  «  Il  faut  espérer 


(i)  T.  XI  ,  du  Dictionnaire  classique  d'Histoire  naturelle,  p.  igS. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  /,<) 

que  M.  Cuvier,  dans  sa  grande  Histoire  des  poissons ,  fera 
disparaître  avec  ces  peintures  emphatiques  d'où  ne  résultent 
que  des  idées  fausses ,  les  contes  dont  Pline  a  transmis  un  si 
grand  nombre,  la  plupart  basés  sur  des  propos  de  gourmands. 
A  quoi  bon  répéter  longuement,  pour  alimenter  des  déclamations 
usées  contre  la  bonne  chère  :  «  que  les  Romains  pratiquaient 
sur  leurs  labiés,  pour  faire  cuire  les  rougets  vivans  et  les  voir 
mourir,  de  petits  ruisseaux  dans  des  parois  de  cristal?  cruauté 
d'autant  plus  révoltante,  qu'elle  était  froide  et  vaine  dans  ces 
dégoûtantes  orgies  où  l'on  voyait  se  donner  le  plaisir  barbare 
de  faire  .expirer  de  malheureux  poissons,  dont  les  nuances  de 
cinabre  éclatant  devenaient  successivement  pourprées,  violettes, 
bleuâtres  et  blanches,  à  mesure  que  l'animal  passait  par  tous 
les  degrés  de  la  diminution  de  sa  vie,  dont  la  lin  était  annoncée 
par  les  mouvemens  convuJsifs  qui  venaient  se  joindre  à  la 
dégradation  des  teintes.  »  L'auteur  eût  dû  savoir,  en  sa  qualité 
d'ichthyologiste,  que  si,  dans  Pline,  les  rougets  pour  mourir 
passent  par  des  nuances  diverses,  il  n'en  est  pas  ainsi  dans  la 
nature,  où  ils  conservent  constamment  leurs  couleurs,  même 
sur  les  tables  des  gastronomes. 

L'histoire  des  poissons  de  M.  Cuvier  sera  plus  sagement  et 
plus  naturellement  écrite.  On  peut  en  répondre  en  jetant  les 
yeux  sur  les  généralités  qui  forment  une  partie  non  moins  belle 
cpie  la  méthode,  dans  Y  Histoire  du  règne  animal.  C'est  dans  celte 
persuasion  qu'en  parlant  du  mérite  scientifique  et  littéraire  du 
savant  professeur,  après  avoir  rappelé  les  services  rendus  à 
l'histoire  naturelle  par  ses  dignes  collègues  du  jardin  des 
plantes,  nous  disions  :  e  Cuvier,  enfin,  évoquant  du  sein  de  la 
terre  les  races  perdues  qui  en  peuplèrent  autrefois  la  surface, 
éclairant  la  géologie  et  la  zoologie  l'une  par  l'autre,  rétablis- 
sant, pour  ainsi  dire,  les  chartes  où  furent  déposés  les  titres 
chronologiques  du  monde  primitif,  disposant  dans  un  ordre 
naturel  toutes  les  créatures  vivantes,  assignant  à  chacune  d'elles 
son  véritable  nom;  Cuvier  enfin,  réunissant  en  lui  et  Linné  et 
Ruflon,  devint  le  modèle  à  suivre  dans  la  manière  d'écrire 
t.  xxx  vu. — Janvier  1828.  /. 


SCIENCES  PHYSIQUES, 
l'histoire  natiuvlle,  sous  le  double  rapport  du  style  el   de  i.i 
méthode.  » 

\ous  ne  doutons  pas  que  dans  la  publication  de  l'important 
ou\  rage  qui  va  devenir  un  monument  de  gloire  pour  l'auteur, 
le  libraire  éditeur  n'évite  les  énormes  fautes  typographiques 
qui  dépftî«0.t  X Histoire  des  poissons  de  M.  (le  Lacépède.  Des 
articles  de  peu  de  lignes  y  forment  souvent  le  commencement 
d'une  page  dont  les  trois  quarts  sont  restés  en  blanc.  Quelque- 
fois une  synonymie  barbare,  composée  des  noms  donnés  aux 
poissons  en  divers  pays,  y  occupe  trente  lignes  d'un  ou  deux  mots 
chacune;  les  titres  au-dessus  desquels  on  n'a  point  mis  de  pagi- 
nation sont  si  nombreux,  qu'outre  l'espace  perdu  qui  en  résulte, 
il  est  souvent  fort  difficile  de  vérifier  une  citation  dont  ie  renvoi 
n'est  imprimé  qu'an  verso.  La  table  surtout  est  faite  sans  aucun 
soin  ;  plusieurs  objets  y  sont  mentionnés  à  l'un  de  leurs  noms 
vulgaires,  et  sont  omis  au  nom  du  genre.  Enfin  les  planches, 
dont  la  plupart  ont  été  gravées  par  des  artistes  qui  n'avaient 
aucune  notion  d'histoire  naturelle,  sont  jetées  comme  au  hasard 
dans  cinq  volumes  qui  auraient  pu  n'en  former  qu'un  seul.  Il 
e^  même  des  espèces  dont  la  figure  n'est  point  mentionnée  dans 
le  texte.  On  voit  des  poissons  auxquels  on  a  ajouté  ou  oub!ié  de 
mettre  des  nageoires.  On  dit  que  M.  de  Lacépède,  dont  le 
désintéressement  et  la  générosité  étaient  extrêmes,  a  souvent 
donné  ses  manuscrits  aux  libraires;  c'était  une  raison  pour  que 
ses  libraires  traitassent  un  peu  plus  consciencieusement  les 
acheteurs.  Les  antécédens  de  la  maison  Levrauît  nous  répon- 
dent que  Y  Histoire  des  poissons  de  M.  Cuvier  sera  aussi  remar- 
quable sous  le  rapport  typographique  qu'elle  doit  l'être  par 
le  texte  de  l'auteur. 

On  ne  saurait  nier  qu'une  ichtyologie  générale  était  dev<  nue 
indispensable.  Nous  engageons  les  naturalistes  qui  veulent 
s'occuper  de  cette  branche  importante  de  l'histoire  naturelle,  à 
différer  l'acquisition  des  livres  qui  en  traitent  spécialement, 
jusqu'à  l'apparition  de  l'ouvrage  de  M.  Cuvier,  où  ils  trou- 
veront tout  ce  qu'il  est  nécessaire  de  savoir  sur  le  nombre  des 
espèces  portées  à  plus  de  cinq  mille  et  constatées  par  la  corn- 


SCIENCES  PJIYSIQUES.  5. 

pa raison  do  quinze  mille  individus  au  moins,  une  .synonymie 
rigoureuse,  une  méthode  excellente  et  d'une  application  aussi 
facile  que  sûre;  enfin,  des  figures  qui  représenteront  dans  le 
plus  grand  détail  les  os,  les  viscères,  le  système  vasculaire,  et 
le  système  nerveux  d'un  poisson,  de  manière  à  former  ainsi 
une  monographie  modèle,  de  laquelle  l'auteur  partira  ,  comme 
d'une  base  ,  pour  les  autres  anatomies.  On  ajoutera  de  tems  en 
fems  des  monographies  semblables  pour  les  espèces  qui  s'écar- 
teront le  plus  de  ce  premier  type.  L'exécution  d'un  si  vaste 
plan,  dont  le  prospectus  est  comme  un  beau  chapitre,  formera 
i5  à  20  volumes  in-8°,  ou  8  à  io  volumes  in-4°.  Elle  est  assez 
avancée  pour  que  les  livraisons  se  succèdent  sans  interruption, 
de  trois  en  trois  mois.  La  publication  se  fera  par  la  livraison 
d'un  volume  de  texte,  avec  un  cahier  de  i5  à  20  planches, 
excepté  la  première  livraison,  qui  sera  de  deux  volumes  :  elle 
paraîtra  au  commencement  de  1828  (1). 

Nous  ne  saurions  trop  recommander  une  entreprise  de  cette 
importance,  et  nous  ne  craignons  pas  d'avancer  qu'elle  sera  2a 
production  la  meilleure  et  la  plus  complète  sur  cette  partie  dos 
sciences  physiques. 

JBory  de  Saint  Vincent. 


(1)  Le  prix  de  chaque  livraison  d'un  volume,  avec  un  cahier  de 
quinze  à  vingt  planches  ,  sur  papier  carré  superflu  satiné,  sera  de  i3  fr. 
5o  cent.  ;  sur  cavalier  vélin  ,  de  1 8  fr. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 


Collection    des    Chroniques  nationales  françaises, 

écrites  en  langue  vulgaire  du  treizième  au  seizième  siècle, 
avec  Notes  et  Eclaircis semen s  ;  par  /.  A.  Buchon  (i). 

SECOND  ARTICLE. 

(  Voy.  Rev.  Enc,  t.  xxm,  pag.  74.  ) 

Les  sciences  qui  ont  pour  but  de  rendre  les  peuples  heureux 
et  vertueux,  et  que  Ton  désigne  par  le  nom  de  Sciences  poli- 
tiques et  morales ,  demandent,  tout  autant  que  les  sciences  phy- 
siques ,  à  être  éclairées  par  l'expérience.  On  ne  connaîtra  bien 
quels  sont  les  effets  des  mœurs  sur.  le  bonheur,  quels  sont  les 
effets  de  la  liberté  sur  les  lois  ,  qu'en  voyant  agir  les  nations, 
qu'en  répétant-,  eu  combinant  les  observations  sur  elles.  C'est, 
de  toutes  les  études,  la  plus  importante  pour  l  homme ,  caries 
deux  buts  de  son  existence  ,  le  perfectionnement  et  le  bonheur, 
en  dépendent  ;  mais  les  expériences  qui  doivent  éclairer  et  di- 
riger cette  étude  ne  peuvent  point  se  faire  à  volonté,  comme 
celles  qui  ont  la  nature  physique  pour  objet  :  on  ne  peut  point 
ies  faire  Tune  après  l'autre  et  isolément;  on  ne  peut  point  es- 
sayer tour  à  tour  quels  seront  les  effets  produits  par  une  cause 
déterminée,  d'abord  en  soumettant  un  peuple  à  sa  seule  in- 
fluence, ensuite  en  l'y  soustrayant  absolument;  car  on  n'a  pas 
le  droit  de  tenter  sur  la  société  humaine  des  expériences,  dans 
la  seule  vue  «le  l'avancement  des  sciences.  Pour  oser  tenter  un 
essai  sur  un  peuple,  il  faut  avoir  la  ferme  confiance  que  cet 
essai  sera  avantageux  à  ce  peuple  lui-rnème.  Aussi,  les  sciences 
politiques  et  morales  ne  font-elles  des  progrès  qu'en  raison  de 
l'observation  de  ce  qui  se  passe,  indépendamment  de  l'obser- 
vateur, cfc  jamais  de  l'observation  de  ce  qu'il  a  tenté  pour  s'é- 
clairer. Le  résultat  de  ces  expériences  accidentelles  est  beau- 

(1)  Paris,  1826- 1827  ;  Verdière,  quai  des  Augustins.  n°  25.  La  col- 
lection entière  formera  3o  vol.  in-8°,  dont  le  prix  est  fixé  à  6  fr.  chacun. 


SCIENCES  MORALES.  53 

eoup  moins  positif;  il  peut  presque  toujours  être  conteste,  il 
est  toujours  modifié  par  un  grand  nombre  de  causes  agissant 
.simultanément;  il  laisse  place  à  de  nombreuses  erreurs;  mais, 
tout  imparfait  qu'il  est,  c'est  encore  la  seule  source,  acces- 
sible à  l'homme,  des  vérités  qu'il  lui  importe  le  plus  de  con- 
naître. L'histoire  n'est  autre  chose  que  le  recueil  de  toutes 
les  expériences  qui  doivent  éclairer  les  sciences  politiques  et 
morales.  Entre  ces  expériences,  l'histoire  nationale  comprend 
celles  qui  doivent  être  le  plus  instructives  pour  nous,  puis- 
qu'elles ont  été  faites  dans  les  circonstances  les  plus  analogues 
aux  nôtres,  sous  le  même  ciel,  sur  un  même  sol,  avec  des 
hommes  de  même  race:  L'histoire  nationale  est  donc  le  moyen 
le  plus  propre  à  éclairer  l'homme  sur  ce  qui  lui  importe  le 
plus,  sur  la  route  qui  peut  le  conduire,  avec  ses  semblables, 
à  être  heureux,  et  vertueux. 

Toutefois,  il  y  a  peu  d'attrait  pour  l'homme  dans  l'étude  de 
ce  qui  serait  avantageux  à  la  race  humaine  ou  à  sa  nation  ,  s'il 
a  le  sentiment  qu'après  avoir  connu  la  vérité,  il  ne  dépendra 
jamais  de  lui  de  la  mettre  en  pratique;  que  lui-même  et  tous 
ses  pareils  n'ont  aucune  influence  sur  la  destinée  des  peuples, 
et  que  ceux  qui  en  sont  les  maîtres  ne  se  proposent  point  leur 
avantage  pour  but.  11  préfère  alors  fermer  les  yeux  ,  plutôt  que 
de  les  tenir  ouverts,  pour  se  voir  conduire  au  précipice.  Aussi , 
les  peuples  qui  ne  sont  pas  libres,  et  qui  n'ont  aucune  espé- 
rance de  le  devenir  ,  n'ont  jamais  un  goût  vrai  pour  l'histoire: 
les  uns  ne  gardent  pas  même  le  souvenir  des  choses  passées, 
comme  les  Turcs  et  les  Autrichiens;  les  -autres,  comme  les 
Arabes  ou  les  Espagnols ,  n'y  cherchent  qu'une  vaine  nourriture 
pour  l'imagination,  des  combats  merveilleux,  des  fêtes  somp- 
tueuses, des  aventures  surprenantes;  d'autres  enfin,  et  c'est  le 
plus  grand  nombre,  au  lieu  d'une  histoire  populaire,  n'ont 
qu'une  histoire  royale.  C'est  pour  les  rois  ,  et  non  pour  les 
peuples,  que  les  érudits  ont  travaillé;  c'est  pour  eux  qu'ils  ont 
recueilli  tout  ce  qui  pouvait  flatter  leur  orgueil;  ils  leur  ont 
asservi  le  passé,  parce  que  leur  domination  sur  le  présent  ne 
leur  suffisait  point  encore;  ils  ont  fait  à  la  splendeur  de  leur 


54  SCIENCES  MORALES, 

race  un  sacrifice  volontaire  de  la  vérité.  Combien  de  souve- 
rains, tout  récemment  encore,  auraient  regardé  comme  un 
outrage  de  mettre  au  grand  jour  les  fautes  et  les  crimes  de  leurs 
ancêtres,  pour  expliquer  leurs  malheurs! 

Jusqu'à  nos  jours,  l'histoire  de  France  n'a  guère  été  traitée 
que  de  cette  manière.  Des  hommes  d'une  vaste  érudition  en 
ont  fait  l'étude  de  leur  vie,  des  corps  savans  ont  entrepris 
d'immenses  travaux  pour  l'éclairer;  tous  également  laissent 
percer,  avec  une  naïveté  qui  nous  surprend  aujourd'hui,  le 
sentiment  que  leur  tâche  n'est  point  d'arriver  à  la  vérité,  mais 
à  la  plus  grande  gloire  des  rois. 

Désormais,  l'opinion  a  succédé  à  la  souveraineté  du  monde: 
ce  n'est  pas  une  des  moindres  manifestations  de  sa  puissance, 
et  de  la  conscience  que  le  public  a  de  sa  force  ,  que  l'encoura- 
gement donné  par  celui  ci  à  la  publication  de  tous  les  nionu- 
mens  de  l'histoire  nationale.  La  voix  du  peuple  semble  dire: 
«  Ce  sont  mes  affaires;  désormais  je  veux  les  savoir;  les  comptes 
qu'on  devra  me  rendre  peuvent  être  tristes  ,  peuvent  être  hu- 
milians,  n'importe;  je  veux  tout  éclaircir.  Si  l'honneur  des  ad- 
ministrateurs infidèles  qui  s'étaient  chargés  de  mes  affaires  doit 
en  souffrir,  leur  punition  sera  méritée  ;  elle  sera  proportionnée 
à  l'offense.  Si  mon  honneur  même  a  été  compromis ,  je  me  sens 
la  force  de  le  réparer,  et  la  sagesse  de  tirer  instruction  de  mes 
fautes  passées.  Ce  qu'il  me  faut ,  c'est  la  vérité,  cette  vérité 
qu'autrefois  on  ne  m'avait  jamais  dite.  » 

Aujourd'hui,  en  effet ,  de  toutes  parts,  la  vérité  jaillit  sur 
l'histoire  de  France.  Quatre  collections  qui  ont  paru  simulta- 
nément, celle  de  M.  Guizot  pour  les  tems  antérieurs  au  trei- 
zième siècle;  celle  de  M.  Euchon  pour  les  i3me,  i/fme  et  i5me; 
celle  de  M.  Foucault  pour  les  mémoires  qui ,  depuis  le  1 5me, 
atteignent  jusqu'au  i8me;  et  celle  de  MM.  Berville  et  Bar- 
rière, pour  les  tems  de  la  révolution,  comprennent  presque 
tous  les  historiens  originaux  de  la  France.  Leur  publication  a 
été  suivie  avec  tant  de  régularité,  avec  taut  d'activité  que  toutes 
ces  grandes  entreprises  approchent  de  leur  terme.  Dans  moins 
de  deux  ans,  il  n'y  aura  point  de  citoyen  français,  jouissant  d'une 


SCIENCES   illO.UALKS.  55 

fortune  aisée ,  qui  ne  puisse  posséder- la  collection  entière  des 
historiens  originaux  de  son  pays;  tandis  que  dix-huit  volumes 
ont  été  publié-,  avec  peine  ,  en  quatre-vingt-quatre  années,  de  la 
grande  collection  in  foliodeshistoriensdesGaulesetdela  France, 
quiavait  été  entreprise  par  l'autorité  royale;  et  que  cette  collec- 
tion, avançant  à  pas  de  tortue,  n'a  pas  encore  atteint  le  règne  de 
Saint  Louis;  elle  ne  peut  se  trouver  que  dons  les  plus  grandes 
bibliothèques,  et  elle  semble  ajourner  à  deux  ou  trois  siècles 
la  connaissance  de  l'histoire  de  France ,  tout  en  la  tenant  en 
réserve,  même  à  cette  époque  ,  pour  un  petit  nombre  d'érudits. 

Les  Français  ne  doivent  jamais  oublier  que  l'histoire  de  leur 
pays,  ce  sont  leurs  affaires  :  ils  doiventles  connaître  ;  ils  doivent 
le  vouloir.  Durant  lesquatorzesiècles  qu'a  duré  la  monarchie,  les 
révolutions  se  sont  succédé  avec  une  telle  rapidité,  le  prin- 
cipe même  du  gouvernement  a  été  si  fréquemment  changé,  les 
droits  ont  fait  place  avec  une  si  étrange  mobilité  à  des  droits 
tout  contraires,  qu'on  dirait  que  l'on  a  voulu  éprouver  sur  la 
France  toutes  les  formes  possibles  de  gouvernement,  à  la  ré- 
serve toutefois  de  celles  qui  seroient  raisonnables.  Il  ne  faut 
pas  croire  qu'il  y  ait  eu  seulement  une  féodalité;  il  y  en  a  eu 
quatre  ou  cinq,  qui  sont  nées  et  mortes  successivement.  Le 
despotisme  pur  a  ,  de  même,  tour  a  tour,  existé,  succombé, 
sous  les  attaques  de  l'aristocratie,  pour  se  relever,  puis  suc- 
comber et  se  relever  encore.  On  a  vu  la  FYance  soumise  plus 
d'une  fois  au  gouvernement  des  prêtres,  à  celui  des  valets,  à 
celui  des  maîtresses,  à  celui  des  princes  du  sang;  on  l'a  vue 
trente  ans  gouvernée  par  un  roi  reconnu  pour  fou  ;  on  l'a  vue 
cent  soixante-dix  ans,  à  dater  de  l'an  iooo  seulement,  gou- 
vernée par  des  rois  âgés  de  moins  de  vingt-cinq  ans y  et  auxquels 
on  n'aurait  jamais  songé  à  confier  la  tutelle  d'une  famille  privée. 
Certes ,  c'est  bien  le  moins  que  tant  de  dures  expériences  pro- 
fitent à  la  postérité  du  peuple  français,  qu'il  sache  les  résul- 
tats divers  de  chaque  diverse  tyrannie;  et,  s'il  ne  peut  pas  re- 
trouver dans  l'expérience  de  ses  pères  ce  qu'il  doit  imiter,  qu'il 
apprenne  du  moins  ce  qu'il  doit  fuir. 

JYlais,  >i    nous  exhortons  vivement  tous  ceux  qui   disposent 


r>S  SCIENCES  MORALES. 

<le  quelque  fortune  ,  de  quelque  loisir,  à  se  procurer  les  col- 
lections des  historiens  originaux  de  leur  patrie,  pour  les  con- 
sulter au  besoin,  pour  y  trouver  réunis  les  titres,  en  quelque- 
sorte,  de  leurs  droits,  et  recourir  aisément  à  eux,  lorsque 
quelque  controverse  entre  des  historiens  modernes  excite  leurs 
doutes,  nous  les  tromperions  si  nous  leur  promettions  de 
l'amusement  dans  une  lecture  suivie  de  ces  chroniqueurs;  car 
eux  aussi  ont  été  entachés  de  tous  les  vices  que  les  tyrannies 
successives  ont  engendrés  successivement  parmi  le  peuple; 
leur  sentimeut  moral  est  presque  toujours  dépravé,  leur  rai- 
son est  faussée  par  des  préjugés  funestes,  leur  véracité  est 
souvent  douteuse,  et  leur  goût  est  tellement  vicié  par  la  bar- 
barie ,  l'ignorance  et  la  pédanterie ,  qu'encore  que  l'on  s'amuse 
un  moment  de  leur  naïveté,  lorsqu'ils  mettent  au  grand  jour 
les  défauts  auxquels  ils  doivent  une  sorte  d'originalité,  on  se 
fatigue  bientôt  de  se  trouver  en  si  mauvaise  compagnie,  et  une 
lecture  prolongée,  même  des  plus  célèbres  d'entre  eux,  produit 
enfin  une  fatigue  mortelle. 

Qu'on  ne  se  fasse  point  illusion  sur  le  mérite  de  ces  anciens 
écrivains ,  en  lesjugeant  d'après  l'intérêt  soutenu  qu'un  homme 
doué  d'un  rare  talent,  M.  Augustin  Thierry,  a  su  répandre 
sur  les  tableaux  historiques  qu'il  leur  a  empruntés.  Ceux  qui 
suivent  ses  traces,  ceux  qui  dépouillent  après  lui  les  chroniques 
où  il  a  puisé,  doivent,  au  contraire,  être  frappés  de  cette  puis- 
sance d'une  belle  âme  pour  ranimer  une  cendre  morte.  Lors- 
qu'il lire  de  ces  historiens  si  secs,  si  haineux,  si  satisfaits 
d'avoir  à  raconter  les  supplices  des  bourgeois,  une  histoire 
touchante  et  héroïque  de  la  lutte  des  communes  contre  leurs 
oppresseurs,  pour  obtenir  leur  affranchissement,  c'est  Promé- 
thée  empruntant  au  ciel  un  fèu  divin  pour  rendre  la  vie  à  un 
corps  de  boue.  Cet  homme  généreux,  doué  d'une  sensibilité 
profonde,  et  que  son  cœur  appelle  toujours  vers  les  opprimés 
et  les  vaincus ,  démêle,  dans  le  récit  de  leurs  oppresseurs, 
tous  les  traits  épars  qui  peuvent  former  le  portrait  des  vic- 
times. Ces  magistrats  populaires,  ces  héroïques  citoyens  qui, 
pour  conquérir   les  libertés  des  communes,  eurent  à   lutter  à 


SCIENCES  MORALES.  57 

l.i  lois  contre  ta  force  et  la  fraude  des  rois,  des  seigneurs  et  des 

prélats,  ne  nous  étaient  connus  que  par  les  calomnies  auxquelles 
ils  furent  en  butte.  M.  Thierry  leur  rend,  avec  leur  physiono- 
mie véritable,  les  senlimens  populaires  de  leur  époque  :  il  les 
fait  revivre  avec  l'énergie ,  la  patience,  la  constance  dont  ils 
eurent  besoin,  pour  soutenir  si  long-tems,  avec  des  forces  si 
inégales,  une  lutte  dans  laquelle  ils  devaient  enfin  succomber. 
Tout  est  vrai  dans  ce  que  M.  Thierry  nous  a  révélé  sur  les 
communes;  mais  il  fallait  la  double  puissance  de  l'esprit  et  de 
l'âme  pour  faire  jaillir  cette  vérité  du  milieu  des  débris  sous 
lesquels  elle  était  ensevelie  (i). 

Que  !es  lecteurs  des  Chroniques  nationales  ne  se  flattent  point 
d'y  trouver  ce  qu'ils  ont  trouvé  dans  M.  Thierry.  Outre  que  , 
sans  leur  faire  injure,  on  peut  croire  qu'ils  n'apporteront  pas 
à  l'étude  de  l'histoire  les  mêmes  facultés  que  lui,  l'époque  sou- 
mise à  leur  considération,  dans  les  i3me,  i4me  et  i5me  siècles, 
n'est  plus  riche  du  même  héroïsme.  Muratori  avait  donné  pour 
devise  à  ses  antiquités  du  moyen  âge  le  chaos  avec  ces  mots  : 
Incaluere  anirni.  Mais,  en  France,  après  le  règne  de  saint  Louis, 
le  despotisme  et  la  superstition  glacèrent  de  nouveau  les  âmes  : 
quelques  études,  quelques  branches  d'industrie  firent  encore, 
il  est  vrai,  des  progrès;  mais  quant  à  tous  les  sentiments 
vertueux  ,  l'espèce  humaine  recula. 

Nous  avons  précédemment  rendu  compte  de  la  belle  entre- 
prise de  M.  Buchon,  qui,  depuis  le  commencement  de  l'an- 
née 1824,  publie  la  collection  des  Chroniques  nationales  fran- 
çaises écrites  en  langue  vulgaire  du  i3me  au  i6me  siècle.  Nous 
avons  cherché  à  faire  apprécier  le  mérite  de  l'édition  deFrois- 
sart,  en  quinze  volumes,  par  laquelle  il  a  débuté  (2).  Cette 
édition  est  infiniment  supérieure  h    toutes  celles  qu'on  avait 

(1)  Lettres  sur  l'Histoire  de  France,  pour  servir  d'introduction  à  l'étude 
de  cette  histoire,  par  Augustin  Thierry.  Paris,  1827  ;  Sautelet  et 
comp.  ;  prix  ,  7  fr.  5o  c. Voyez  surtout  les  onze  dernières  lettres  ;  p.  2  ro 
et  suiv. 

(a)  Voy.  Rev.  Enc. ,  t.  xxm,  p.  74.  Juillet  i8?.4- 


VS  SCIENCES  MORALES. 

auparavant,  soit  par  la  correction  du  texte,  soit  par  la  reclî- 
tication  des  noms  propres,  soit  par  la  restauration -d'un  grand 
nombre  de  fragmens  omis  par  les  autres  éditeurs.  Nous  avons 
aussi  annoncé  dans  le  teins  les  livraisons  nouvelles  contenant 
la  Chronique  de  Morée,  celle  de  Raymond  Muntaner,  celle  de 
Châtelain  i  l'éditeur,  apportant  à  toutes  la  même  diligence, 
les  a  accompagnées  de  Notes,  d'Éelaircissemens,  de  rectiûca- 
tions  dues  à  la  comparaison  des  manuscrits  originaux  entre  eux. 
M.  Buchon,  poursuivant  ses  travaux  avec  un  zèle  infatigable, 
a  complété,  au  mois  de  janvier  de  cette  année,  son  édition  de 
Monstrelet,  aussi  en  quinze  volumes,  et  nous  nous  croyons  appelés 
à  consacrer  un  article  à  ce  chroniqueur  français,  le  second  en 
célébrité  et  en  importance  après  Froissait,  pour  que  ceux  qui 
désirent  réunir  les  monumens  de  l'histoire  nationale  aient 
d'avance  au  moins  une  idée  de  ce  qu'ils  trouveront  dans  cet  his- 
torien si  volumineux,  si  renommé,  et  cependant  si  peu  connu. 
Enguerrand  de  Monstrelet  était  un  gentilhomme  de  Picardie, 
né  entre  les  années  1390  et  i3o,5;  il  occupa  divers  emplois 
civils  dans  la  ville  de  Cambray ,  et  il  passa  la  plus  grande 
partie  de  sa  vie,  ou  dans  cette  ville,  ou  dans  celle  d'Amiens. 
Il  ne  paraît  pas  qu'il  ait  été  jamais  présent  aux  événemens 
qu'il  raconte  ,  ni  qu'il  ait  joué  aucun  rôle  politique;  il  ne  pnrle 
que  sur  l'autorité  d'autrui.  Dans  les  anciennes  éditions  de  Mons- 
trelet, entre  autres  dans  celle  de  Pierre  L'huilier,  Paris,  1  5^2, 
in-folio,  que  nous  avons  sous  les  yeux,  la  chronique  de  Mons- 
trelet, divisée  en  trois  volumes,  s'étend  de  l'an  i/,oo  à  l'an  1467, 
et  elle  est  suivie  d'un  supplément  qui  confirme  l'histoire  jus- 
qu'en i5i(S.  M.  Buchon  donne  la  preuve  que  Monstrelet  mourut 
au  mois  de  juillet  i453,  et  que  tout  le  troisième  livre,  ou 
volume  qui  porte  son  nom,  de  14 A4  à  1A67,  n'est  pas  de  lui. 
Il  a  donc  cru  devoir  publier  d'abord  la  vraie  chronique  de 
Monstrelet,  de  ï/ioo  à  1 444  ;  elle  est  comprise  dans  les  six 
premiers  volumes,  et  la  moitié  du  septième  de  son  édition,  et 
ensuite  les  chroniques  originales  auxquelles  les  anciens  éditeurs 
avaient  emprunté  des  fragmens  qu'ils  donnaient  comme  étant 
l'ouvrage  de  Monstrelet.  D'après  ce  plan,  le  reste  de  son  sep 


SCIENCES  MORALES.  5g 

firme  et  son  huitième  volume  contiennent  la  Chronique  de  ht 
Ferre  Saint-Bcmy,  écrivain  contemporain,  roi  d'armes  de  la 
toison  d'or,  qui  donne  l'histoire  de  l'an  i4<>7  a  l'an  *&&* 
Le  neuvième  volume  contient  la  chronique  et  les  pièces  origi- 
nales du  procès  de  la  pncelle  d'Oi  lénns;  les  tomes  x  el  m  con- 
tiennent la  Chronique  de  Matthieu  de  Caucf,  le  vrai  conti- 
nuateur de  Monstrelct ,  qui  comprend  h-s  années  i/rf4  à  i/|6i; 
les  tomes  xir,  xm  ,  xiv  ,  et  la  moitié  du  quinzième  ,  contiennent 
les  Mémoires  de  Jacques  du  Clercq ,  de  l'an  i/|.^8  à  l'an  1/167; 
le  reste  du  quinzième  tome  contient  les  Mémoires  d'un  bourgeois 
de  Paris  ,  de  l'an  1  /jog  a  l'nn  t4/»5. 

Monstrelet  a  écrit  l'histoire  d'une  des  périodes  les  plus  hon- 
teuses et  les  plus  calamiteuses  par  lesquelles  ait  passé  au- 
ct.ue  nation.  Pendant  les  vingt-deux  premières  années  qu'em- 
brasse sa  chronique,  le  souverain,  Charles  VI,  était  fou;  pen- 
dant les  vingt-deux  suivantes,  Charles  VII,  son  fils,  portait  le 
titre  de  roi:  mais  sa  volonté  ne  dirigea  jamais  les  événemens. 
C'était  un  homme  d'une  pusillanimité,  d'une  nonchalance, 
d'une  incapacité  dégoûtantes.  Il  laissait  tout  faire  au  domesti- 
que, an  favori,  qui  se  trouvait  le  plus  près  de  lui;  mais,  lors- 
que le  joug  de  ce  mignon  devenait  trop  fâcheux  pour  les  princes 
on  pour  la  cour,  l'usage  s'était  établi  en  quelque  sorte  de  le 
tuer;  ainsi  le  sire  de  Gias  fut  assassiné,  en  1426;  le  Camus  de 
Beanlieu,  en  1427;  et  George  de  La  Trémoille,  en  i433.  Le 
dernier,  il  est  vrai,  ne  mourut  point  du  coup  d'épée  qu'il  avait 
reçu  ;  mais  les  conjurés  le  retinrent  ensuite  en  prison.  Quant  à 
Charles VII,  pourvu  qu'on  lui  présentât  aussitôt  un  autre  favori, 
il  ne  témoignait,  en  général,  ni  colère  pour  cette  petite  con- 
trariété, ni  regret  pour  l'ami  qu'on  lui  avait  tué,  ni  répugnance 
pour  celui  qu'on  lui  donnait  à  la  place. 

Dès  le  commencement  de  cette  période,  l'ancienne  aristo- 
cratie avait  en  quelque  sorte  disparu  ,  et  le  système  féodal  avait 
perdu  toute  sa  force.  Les  familles  des  six  anciens  pairs  du 
royaume  s'étaient  éteintes;  les  familles  de  presque  fous  les 
grands  feudataires,  qui  relevaient  d'eux  immédiatement,  s'é- 
taient éteintes  aussi;  on  ne  trouvait  plus  dans  les  provinces  que 


Go  SCIENCES  MORALES. 

la  noblesse  du  troisième  rang,  celle  qui  avait  relevé  des  comtes 
qui  relevaient  eux-mêmes  des  pairs.  Cette  noblesse  même  ne 
vivait  plus  dans  ses  châteaux,  parce  qu'elle  n'y  trouvait  plus 
d'indépendance;  ses  anciennes  forteresses  ne  suffisaient  plus  à 
la  défendre;  elle  ne  protégeait  plus  ses  paysans,  elle  ne  les 
trouvait  plus  prêts  à  s'armer  pour  elle.  Toutefois,  quoiqu'elle 
eût  cessé  de  régner,  elle  tyrannisait  toujours;  prodigue  et  fas- 
tueuse par-delà  ses  moyens,  elle  arrachait  à  ses  serfs  et  à  ses 
vassaux,  par  des  exactions  cruelles,  l'or  qu'elle  venait  dépenser 
ensuite  à  la  cour,  dans  les  fêtes  et  les  tournois. 

Le  clergé  se  trouvait  dépossédé  de  son  autorité  ,  aussi  bien 
que  la  noblesse.  Le  long  schisme  d'Occident  avait  mis  l'Église 
dans  la  dépendance  du  pouvoir  séculier.  Les  anti-papes,  pour 
obtenir  la  protection  des  rois  ,  leur  avaient  laissé  distribuer  les 
évèchés,  comme  des  faveurs  de  cour;  et  avant  de  les  conférer, 
les  rois  les  avaient  dépouillés  d'une  partie  de  leurs  richesses, 
et  d'une  partie  plus  grande  encore,  de  la  considération  des 
peuples.  Dans  l'affaire  même  du  schisme,  le  clergé  ne  montra  ja- 
mais une  volonté  qui  lui  fût  propre;  il  suivit  l'impulsion  qui  lui 
fut  donnée  par  le  monarque  ou  les  princes  du  sang,  tantôt  pour 
le  pape  d'Avignon,  tantôt  pour  la  soustraction  d'obéissance, 
tantôt  pour  le  concile;  il  fut  un  instrument  dans  la  main  des 
autres,  il  ne  fut  pas  une  puissance. 

Les  parlemens  avaient  régularisé  leur  organisation,  mais  ils 
n'avaient  point  encore  senti  la  dignité  de  leur  position  ;  ils  ne 
s'étaient  élevés  à  aucune  idée  de  garantie  ou  de  liberté  pour  le 
peuple;  sur  l'ordre  des  maîtres,  ils  frappaient  des  victimes 
avec  la  hache  de  la  justice,  sans  pitié,  sans  remords,  sans 
autre  règle  que  le  désir  de  complaire  aux  puissans  du  jour. 
Les  États-Généraux  furent  assemblés  à  plusieurs  reprises  pen- 
dant ce  demi-siècle;  mais,  depuis  les  supplices  qui  suivirent 
la  victoire  de  Rosebecquc  sur  les  communes  de  Flandre,  ils 
avaient  désespéré  de  la  liberté;  ils  ne  réclamaient  plus  de  droits 
ou  de  garanties  pour  le  peuple,  ils  accordaient  tout  ce  qu'on 
leur  demandait,  et  ils  n'avaient  jamais  plus  grande  hâte  (pie 
de  se  séparer. 


SCIENCES  MORALES.  61 

I Je  pouvoir,  que  n'exerçaient  plus  un  roi  fou  ou  imbécille, 

une  noblesse  dont   Les  .grandes   familles   s'étaient  éteintes,  un 

clergé  décrié,  des  parle  mens  sans  indépendance,  ou  des  Etais 

sans  espoir  de  liberté,  avait  été  recueilli  tout  entier  par  les 
princes  du  sang,  qu'on  appelait  quelquefois  les  royaux  de 
France.  Les  princes  du  sang  avaient  été  investis  des  anciennes 
pairies  et  de  la  plupart  des  grands  fiefs.  Ils  étaient  ducs  d'An- 
jou ,  de  Berry,  de  Bourgogne,  d'Orléans  ,  de  Bourbon  ,  de  Bre- 
tagne, de  Bar,  comtes  de  Flandre,  d'Alençon,  de  la  Marche, 
de  Clermont.  Mais,  parce  qu'ils  portaient  des  titres  féodaux,  il  ne 
faut  pas  les  confondre  avec  l'ancienne  noblesse  féodale.  Leur 
pouvoir  venait  tout  entier  de  la  couronne;  il  n'avait  point  de 
racines  dans  l'amour  des  peuples  ,  dans  leur  confiance  hérédi- 
taire, dans  leur  communauté  d'intérêt.  Les  provinces  qui  leur 
étaient  données  en  apanage,  n'étaient  que  des  fermes,  où  ils 
s'efforçaient  de  s'enrichir,  ne  songeant  qu'au  présent,  sans 
sympathie  avec  le  pauvre,  sans  souvenir  du  passé,  sans  espoir 
de  l'avenir. 

Les  apanages  donnaient  de  l'argent  aux  princes  du  sang  ;  avec 
cet  argent  ils  s'attachèrent  de  nombreuses  créatures ,  et  leurs  sa- 
tellites devinrent  une  puissance.  Avec  leur  aide  ils  s'emparaient 
de  vive  force  du  trésor  public  qu'ils  pillaient,  ou  se  partageaient 
entre  eux;  ils  s'attaquaient,  se  chassaient  tour  à  tour  du  palais,  et 
leurs  basses  querelles  devinrent  enfin  des  guerres  civiles  ,  sans 
qu'aucun  sentiment  généreux  excusât  jamais  leurs  prises  d'armes 
répétées.  A  aucune  époque  ,  en  effet,  on  n'avait  vu  une  famille 
frappée  dans  tous  ses  membres  d'une  telle  incapacité  pour  les 
affaires  publiques,  une  famille  où,  entre  douze  ou  quinze 
princes  ,  il  n'y  en  avait  pas  un  seul  qui  brillât  par  des  talens, 
par  des  vertus,  par  un  caractère  élevé.  Parmi  les  oncles  de 
Charles  VI,  le  duc  d'Anjou,  après  avoir  pillé  le  trésor  du  roi 
avec  une  scandaleuse  impudence,  était  allé  mourir  dans  le 
royaume  de  Naples  qu'il  voulait  conquérir;  le  duc  de  Berry, 
gouverné  par  des  valets  et  de  lâches  favoris,  ne  répugnait  à 
aucune  cruauté  ,  à  aucune  criante  injustice,  pour  arracher  de 
l'argent  au    peuple  :  le  duc  Philippe  de   Bourgogne  attachait 


Gi  SCIENCES  MORALES. 

tout  sou  honneur  à  des  prodigalités  extravagantes;  le  duc  d'Or- 
léans, frère  du  roi,  unissait  la  débauche  à  la  rapacité  et  à  un 
faste  insensé  :  le  duc  Jean  de  Bourgogne,  féroce  et  perfide  à  la 
fois,  avait  tour  à  tour  dirigé  les  assassins  qui  tuèrent  son  cou- 
sin, et  les  insurgés  de  la  populace  parisienne  qui  inondèrent 
la  ville  de  sang.  Les  ducs  de  Bourbon,  de  Bretagne,  de  Bar, 
les  comtes  d'Alençon  ,  de  Clermont,  de  Penthièvre,  ne  valaient 
pas  mieux.  Ce  fut  cette  nouvelle  aristocratie  qui  gouverna  la 
France  pendant  la  démence  de  Charies  VI  :  elle  se  regardait 
comme  maîtresse  absolue  du  royaume,  et  elle  s'étonnait  de 
Vinsoience  de  ceux  qui  osaient  lui  demander  compte  de  ses 
actions.  Ainsi,  par  exemple  ,  lorsqu'en  i4*4  les  deux  factions 
entre  lesquelles  la  famille  royale  était  divisée  firent  la  paix, 
«  Ceux  de  Paris,  dit  Monstrelet ,  oyant  les  nouvelles  du  traire 
fait  par  le  roi  et  ses  princes  au  duc  de  Bourgogne,  sans  les 
convoquer  ni  appeler,  de  ce  non  coutens,  vinrent  devers  le 
duc  de  Berry,  leur  capitaine  et  gouverneur,  demander  com- 
ment icelle  paix  avoit  été  faite,  et  qui  avoit  mu  le  roi  et  son 
conseil  de  ce  faire,  sans  les  appeler,  disant  qu'à  eux  appartc- 
noit  de  le  savoir,  et  convenoit  qu'en  icelle  fussent  appelés  et 
compris  ,  lequel  duc  de  Berry  leur  répondit  :  Ce  ne  vous  touche 
en  rien,  ni  entremettre  ne  vous  devez  de  votre  sire  ie  roi,  ni 
de  nous,  qui  sommes  de  son  sang  et  lignage;  car  nous  nous 
courrouçons  l'un  à  l'autre  quand  il  nous  plaît,  et  quand 
il  nous  plaît  la  paix  est  faite  et  accordée;  et  adonc  ceux  de 
Paris,  sans  rien  répondre,  retournèrent  eu  leurs  propres 
lieux  (1).  » 

Il  semble  cependant  que  ceux  de  Paris,  ou  plutôt  que  les 
gentilshommes  Armagnacs,  alors  maîtres  de  Paris,  pouvaient 
répondre  que  la  paix  ou  la  guerre  avec  la  populace  attachée 
aux  Bourguignons  les  touchait  en  quelque  chose,  et  qu'on  est 
excusable  de  s'informer  des  affaires  d'Etat,  quand  à  leur  oc- 
casion on  est  sans  cesse  exposé  à  avoir  la  tète  tranchée.  Or, 
jamais  guerres  civiles  ne  furent  signalées  par  de  plus  effroyables 


(i)  T.  m,  p.  a:,.j. 


SCIENCES  MORALES.  63 

exécutions  que  celles  cuire  les  royaux  de  Fiance.  Malheureu- 
sement ,  Charles  VI  n'était  pa8  toujours  fou;  et,  dès  qu'il  reve- 
nait dans  ce  qu'on  nommait  son  bon  sens,  c'est-à-dire,  dès 
qu'il  ne  Faisait  ou  ne  disait  plus  de  grosses  extravagances,  on 
le  regardait  connue  investi  de  la  plénitude  de  l'autorité  royale. 
Cependant ,  sa  raison  était  tellement  affaiblie  qu'il  était  toujours 
de  l'avis  du  dernier  qui  lui  parlait,  et  qu'après  avoir  sanctionné 
les  mesures  de  la  plus  effroyable  tyrannie,  exercée  par  les 
Armagnacs, -si  Ifs  Bourguignons  pouvaient  surprendre  son  pa- 
lais, et  s'approcher  un  moment  de  sa  personne,  il  se  retour- 
nait de  leur  coté,  ii  signait  leurs  décrets  de  proscription  ,  et  il 
se  montrait  non  moins  actif,  non  moins  passionné  qu'eux, 
pour  faire  périr  dans  les  supplices  ceux  avec  qui  la  veille  il 
avait  été  associé. 

Aucune  limite  n'était  appottéeà  ces  sanguinaires  caprices  ; 
ceux-là  même  qui  rallumaient  sans  cesse  la  guerre  civile  ne  recon- 
naissaient le  droit  de  résistance  nulle  part.  11  n'y  avait  donc,  eu 
effet,  plus  de  droit;  car  tout  droit  implique  résistance  à  qui  vent 
l'enfreindre.  En  môme  tems  que  l'autorité  était  tombée  en 
démence,  elle  était  devenue  despotique,  et  chaque  fantaisie  du 
brigand  de  sang  royal ,  qui  se  trouvait  maître  momentanément 
de  la  personne  de  Charles,  était  considérée  comme  une  loi, 
dès  qu'elle  était  sanctionnée -par  la  parole  d'un  fou.  Les  tribu- 
naux, quand  on  daignait  les  consulter,  n'hésitaient  jamais  à 
condamner  et  à  envoyer  au  supplice  les  vaincus,  quel  que  fut 
le  parti  qui  eût  succombé,  quelle  qu'eût  été  leur  conduite.  Il 
est  vrai  que  le  plus  souvent  or  se  dispensait  de  toute  forme 
judiciaire;  chaque  prince  ou  chaque  capitaine  commissionné 
par  un  prince,  dès  qu'il  trouvait  un  bourreau,  se  tenait  suffi- 
samment autorisé  à  faire  couper  des  tètes,  et  faire  ensuite 
pendre  les  corps  par  les  aisselles.  L'horreur  de  ces  exécutions 
se  répétait  après  la  prise  de  chaque  cité,  de  chaque  château, 
souvent  après  chaque  escarmouche. 

C'est  cet  effroyable  état  de  la  société  que  Monstrelet  était 
appelé  à  peindre.  Il  l'a  fait,  il  faut  bien  le  dire,  de  la  manière 
la  plus  pitoyable.  Nous  sommes  réduits  à  emprunter  souvent  à 


64  SCIENCES  MORALES. 

Monstrelet  des  faits  qu'on  ne  trouve  que  chez  lui  ;  une  biblio- 
thèque historique  où  il  manquerait  serait  bien  incomplète. 
Mais  que  les  lecteurs  en  l'abordant  s'arment  de  patience;  qu'ils 
rassemblent  tous  les  pouvoirs  de  leur  attention,  et  ils  seront 
plus  heureux  que  nous  ne  l'avons  été,  si,  après  des  efforts 
inouïs  pour  demeurer  éveillés,  ils  se  rappellent,  à  la  fin  d'un 
chapitre,  ce  qu'ils  ont  lu  à  son  commencement.  Ce  n'est  pas 
seulement  la  platitude  et  la  pesanteur  de  son  style  qui  rendent 
Monstrelet  fatigant;  c'est  plus  encore  l'absence  de  toute  idée 
politique  et  de  toute  idée  morale.  Comme  ce  qu'il  raconte  ne 
lui  inspire  à  lui-même  aucun  sentiment,  il  ne  sait  pas  distin- 
guer les  faits  qui  ont  de  l'importance  d'avec  ceux  qui  n'en  ont 
point.  Tous  lui  apparaissent  sur  la  même  ligne,  et  c'est  au  ha- 
sard qu'il  rapporte  les  uns  dans  tous  leurs  détails,  et  qu'il  omet 
les  autres  pour  cause  de  brièveté.  Personne  moins  que  lui  ne  de- 
vrait parler  de  brièveté;  sa  prolixité  est,  au  contraire,  assom- 
mante; qu'on  en  juge  par  le  bon  mot  qu'il  raconte^  tom.  iv, 
pag.  4 1 1  •  Nous  le  rapportons  d'autant  plus  que  c'est  une  rareté 
dans  Monstrelet  qu'une  plaisanterie.  Il  n'était  pas  gai ,  et  son 
siècle  n'était  pas  gai  non  plus. 

Après  avoir  raconté  la  mort  de  Henri  V,  roi  d'Angleterre  el 
de  France,  survenue  le  3i  août  1422,  et  la  pompe  de  ses  obsè- 
ques, il  ajoute  :  «Durant  lequel  tems  y  eut  un  noble  chevalier 
de  Picardie,  qui  dit  à  son  poursuivant  une  joyeuseté,  par  ma- 
nière de  gaberie  ,  touchant  la  mort  du  roi  d'Angleterre.  Ce  fut 
messire  Sarrasin  d'Arly,  oncle  du  vidame  d'Amiens,  lequel 
pouvoit  lors  bien  avoir  soixante  ans  d'âge;  et  demeuroit  en  un 
sien  châtel-qu'il  a  voit  de  par  sa  femme,  sœur  au  seigneur  d'Os- 
semont,  nommé  Acheu  ,  assez  près  de  Pas  en  Artois,  et  là 
étoit  tout  malade  de  goutte  :  néanmoins,  volontiers  s'enquéroit 
et  oyoit  raconter  des  nouvelles.  Or  retourna  en  ces  jours  son- 
dit  poursuivant,  nommé  Haurenas,  qu'il  avoit  envoyé  dehors; 
et  étoit  environ  de  l'âge  de  son  maître,  et  l'avoit  long-tems 
servi.  Et  après  sa  venue,  l'examina  ledit  messire  Sarrasin,  et 
lui  demanda  s'il  savoit  rien  de  la  mort  du  roi  d'Angleterre.  Il 
dit  qu'oui,  et  qu'il  l'avoit  vu  à  Abbevillr ,  en  l'église   de  Saint- 


SCIENCES  MORALES.  6r> 

Offren,  et.  lui  raconta  tout  l'état,  et  comment  il  étoil  habillé, 
aussi  pareillement  qu'il  est  déclaré  en  ce  présent  article.  Et 
adonc  messire  Sarrasin  lui  demanda  ,  par  sa  foi,  s'il  l'avoit 
bien  avisé,  et  il  répondit  qu'oui.  —  Or  me  dis  par  ton  serment, 
s'il  n'avoit  point  ses  housscaux  chaussés.  —  Ah  !  monseigneur, 
dit- il,  nenni,  par  ma  foi.  —  Lors,  lui  dit  messire  Sarrasin  : 
Haurenas ,  beau  ami ,  jamais  ne  me  crois,  s'il  ne  les  a  laissés 
en  France.  A  ce  mot,  tous  ceux  cpji  étoient  présens  commen- 
cèrent à  rire,  et  puis  parlèrent  d'autres  matières  (i).  u 

Souvent  Monstrelet  se  contente  de  copier,  ou  plutôt  de  dé- 
layer quelque  autre  chronique;  aussi,  en  le  comparant  avec 
le  Févre  Saint-Remy ,  que  M.  Buchon  a  reproduit  dans  ses 
septième  et  huitième  volumes,  on  retrouve  souvent  le  même 
ordre  d'événemens,  les  mêmes  circonstances  ,  le  même  tour  de 
phrase  ,  et  l'on  ne  peut  douter  que  Monstrelet  n'eût  en  écrivant 
la  chronique  de  le  Févre  sous  les  yeux  ;  mais  il  y  ajoute  souvent 
des  particularités  essentielles.  De  plus,  il  a  soin  de  donner  à  l'ap- 
pui de  son  récit  les  pièces  officielles  que  chaque  parti  publiait  à 
chaque  occasion.  Il  recourt  pour  cela  ordinairement  aux  archives 
delà  ville  d'Amiens,  qui  paraissent  lui  avoir  été  habituellement 
ouvertes.  Le  quinzième  siècle  avait  pris  un  caractère  bavard  et 
pédant  qu'on  ne  trouvait  point  dans  les  précédens.  Apparem- 
ment, les  progrès  du  savoir,  de  la  philosophie,  de  l'éloquence, 
en  Italie  et  même  en  Allemagne,  avaient  inspiré  aux  Français 
plus  d'estime  pour  l'érudition  ,  et  leur  faisaient  faire  de  grands 
efforts  pour  imiter  leurs  voisins.  Quoiqu'on  cherche  vainement 
où  était  à  cette  époque  l'opinion  publique  et  quelle  pouvait 
être  son  influence,  on  voit  tous  les  princes  prétendre  à  bien 
dire,  tandis  que  les  peuples  se  taisaient. Tous  employaient  pour 
plaider  ieur  cause  de  sages  clercs  dont  les  épîtres  étaient  pleines 
de  subtilité  de  sentences,  et  ornées  d'éloquence  de  paroles ,  selon 
l'éloge  que  le  roi  de  Hongrie  adressait  à  l'Université  de  Paris  ; 
et  ces  clercs  ne  connaissant  d'autre  éloquence  que  celle  de  la 


(i)  Pour  exprimer  qu'un  homme  était  mort  quelque  part,  on  disait 
proverbialement ,  qu'il  y  avait  laissé  ses  housseaux  (ses  guêtres  ) 
t.  xxxvn.  —  Janvier  1828.  5 


65  SCIENCES  MORALES. 

chaire,  donnaient  toujours  la  forme,  la  lenteur  et  l'emphase 
d'un  sermon  à  toutes  les  discussions  politiques  dont  ils  étaient 
chargés. 

M.  de  Barante  a  reproduit  en  partie,  dans  son  Histoire  des 
ducs  de  Bourgogne ,  le  fameux  sermon  du  cordelier  Jean  Petit 
pour  justifier  l'assassinat  du  duc  d'Orléans.  Il  l'avait  tiré  de 
Monstrelel  qui  le  donne  en  entier  (2).  C'est  un  modèle  de  l'élo- 
quence du  quinzième  siècle,  que  ces  textes  de  l'Écriture  sainte 
prodigués  pour  justifier  un  crime  effroyable,  que  cette  pédan- 
terie scholastique,  cet  étalage  de  dialectique  serrée  pour  dérai- 
sonner, d'érudition  empruutée  à  l'histoire  de  tout  l'univers, 
pour  tout  confondre,  et  montrer  partout  la  même  ignorance; 
enfin  que  «  cette  vérité  prouvée  par  douze  raisons,  en  l'hon- 
neur des  douze  apôtres,  qu'il  est  licite  à  chacun  sujet ,  sans 
quelque  mandement,  selon  les  lois  morale,  naturelle  et  di- 
vine, d'occire  ou  faire  occire  traître  déloyal  et  tyran;  et  non 
pas  tant  seulement  licite,  mais  honorable  et  méritoire.  » 

Les  circulaires  adressées  aux  villes,  et  même  les  ordonnances 
des  rois,  ont  dans  ce  siècle  le  même  défaut  que  les  sermons 
politiques.  Partout  on  trouve  la  même  prétention  à  l'éloquence , 
a  l'érudition,  à  l'argumentation  méthodique;  partout  le  même 
soin  d'arranger  et  d'accumuler  des  paroles,  d'exagérer,  met 
qu'on  prenait  alors  en  bonne  part,  et  partout  le  même  manque 
de  conscience  et  d'attention  à  la  vérité,  la  même  impossibilité 
de  transmettre  une  idée  nette,  ou  un  sentiment  profond. 

Blême,  lorsque  les  écrivains  du  quinzième  siècle  ne  veulent 
exprimer  que  des  sentimens  populaires,  ils  s'efforcent  tellement 
d'être  bien  disans,  qu'ils  en  perdent  toute  vérité.  Ainsi,  lors- 
que Charles  VI  mourut,  après  quarante  -  deux  ans  de  souf- 
frances et  de  crimes;  après  que  ce  malheureux  roi,  toujours 
ardent  à  punir  pour  le  compte  d'autrui,  toujours  emporté 
contre  ceux  des  mains  desquels  on  venait  de  l'ôter,  avait  signé 
tour  à  tour  les  proscriptions  des  Armagnacs  et  des  Bourguignons, 


(2)  Tom.  1  ,  pag.  241-324*  Barante  ,  t.  nr ,  pag.  109. 


SCIENCES  MOUA.LES.  b/ 

avait  multiplii'*  les  supplices ,  et  fait  punir  comme  rebelles 
tous  ceux  qui  l'avaient  le  plus  loyalement  servi,  le  bourgeois 
de  Paris  raconte,  dans  sa  chronique,  que  :  «  le  menu  commun 
de  Paris  criait,  quand  on  le  portait  parmi  les  rues  :  Ha,  très- 
cher  prince  ,  jamais  n'aurons  si  bon,  jamais  ne  te  verrons; 
maldite  soit  la  mort;  jamais  n'aurons  que  guerre ,  puisque  tu 
nous  a  laissés.  Tu  vas  en  repos,  nous  demeurons  en  toute  tri- 
bulation  et  en  toute  douleur,  car  nous  sommes  bien  taillés  que 
nous  ne  soyons  en  la  manière  de  la  chétiveison  (captivité)  des 
enfans  d'Israël,  quand  ils  furent  menés  en  Babylone.  Ainsi  di- 
sait le  peuple  ,  en  faisant  grand  plaint  ,  profonds  soupirs  et 
piteux  (i).  »  Malgré  le  témoignage  du  bourgeois  de  Paris,  je 
doute  fort  que  ce  fût  dans  cette  occasion  le  langage  du  peuple. 
Ce  qui  nous  paraît  naïf  aujourd'hui ,  seulement  pour  être  écrit 
en  vieux  gaulois,  était  souvent  fort  affecté;  le  bourgeois  ano- 
nyme dont  la  chronique,  en  général  sans  fard,  est  une  des 
meilleures  et  des  plus  curieuses  entre  celles  que  M.  Buchon  a 
publiées,  a  cru  devoir,  à  l'occasion  de  la  mort  du  roi,  faire 
ici  de  l'éloquence,  et  il  a  prêté  au  peuple  un  amour  et  des  re- 
grets que  le  peuple  ne  pouvait  sentir. 

On  nous  demandera  peut  être  ce  que  ces  mêmes  chroniques 
racontent  de  la  femme  de  Charles  VI,  de  cette  Isabeau  de  Ba- 
vière, que  le  peuple,  dit-on,  nommait  la  grande  gaupe ,  la 
grande  fainéante.  Les  historiens  du  dix-huitième  siècle  admet- 
tent comme  principe  que  l'ancienne  constitution  de  la  monar- 
chie française,  immuable  pendant  quatorze  siècles,  et  sous 
soixante-cinq  rois  divers,  était  la  meilleure  garantie  de  la  pro- 
spérité et  de  la  gloire  du  nom  français;  quand  ils  rencontrent 
des  tems  dont  ils  ne  peuvent  déguiser  toutes  les  calamités  et 
toute  la  honte,  ils  en  accusent  en  général  quelque  princesse 
étrangère,  quelque  Isabeau  de  Bavière,  quelque  Catherine  de 
Médicis,  à  laquelle  ils  attribuent  tous  les  forfaits  et  tous  les 
malheurs,  et  qu'il  aurait  suffi  d'écarter  pour  maintenir  la  France 
dans  cet  état  de  bonheur  et  de  gloire  qui  faisait  l'admiration 


(i)T.  xv,  p.  3*,f. 

5. 


68  SCIENCES  MORALES, 

et  l'envie  de  tous  ses  voisins.  Avec  cette  prévention,  le  lecteur 
est  tout  étonné  de  trouver  que  cette  reine,  qu'on  lui  a  rendue  si 
odieuse,  a  pris  infiniment  peu  de  part  aux  événemens  ;  elle 
est  rarement  nommée  dans  Monstrelet  et  le  Févre  Saint-Remy, 
dans  le  religieux  de  Saint-Denys  et  Juvénal  des  Ursins;  elle 
est  presque  toujours  laissée  à  l'écart,  au  milieu  de  ces  intrigues 
de  cour,  de  ces  trahisons,  de  ces  cruautés,  qui  souillent  tout 
le  règne  de  son  mari.  Sa  grande  occupation  était  la  toilette  des 
dames  de  sa  cour,  qu'elle  avait  voulu  rendre  ,  non  point  ga- 
lante, mais  imposante  par  le  volume  des  habits,  par  la  gêne  à 
laquelle  ils  soumettaient  tous  les  mouvemens ,  par  la  rigueur 
compassée  d'une  étiquette  allemande.  «  Quelque  guerre  qu'il  y 
eût,  tempêtes  et  tribulations,  ses  dames  et  damoiselles  me- 
noient  grand  et  excessif  état,  et  cornes  merveilleuses,  hautes 
et  larges,  etavoientde  chacun  côté  ,  en  lieu  de  bourlets,  deux 
grandes  oreilles  si  larges  ,  que  quand  elles  vouloient  passer 
l'huis  d'une  chambre,  il  falloit  qu'elles  se  tournassent  de  côté, 
et  baissassent ,  ou  elles  n'eussent  pu  passer.  La  chose  déplaisoit 
fort  à  gens  de  bien  (i).  »  Il  paraît  que  ces  énormes  coiffures  et  ces 
bouffantes  ne  préservaient  pas  mieux  que  dans  un  tems  plus  rap- 
proché la  vertu  des  dames  de  la  cour,  et  que ,  sur  des  soupçons , 
quelques-uns  de  leurs  amans  furent  mis  à  la  torture,  puis  cousus 
dans  des  sacs,  et  jetés  à  la  rivière,  avec  un  écriteau  dessus, 
portant,  laissez  passer  la  justice  du  roi.  Quant  à  la  reine,  elle 
n'était  accessible  qu'à  deux  passions,  la  gourmandise  et  l'ava- 
rice. Son  embonpoint,  proportionné  à  sa  voracité,  lui  ren- 
dait tout  mouvement  difficile  :  d'ailleurs ,  aussi  épaisse  d'esprit 
que  de  corps,  elle  se  dispensait  d'assister  au  conseil,  lors  même 
qu'elle  portait  le  titre  de  régente,  parce  qu'elle  n'y  aurait  rien 
compris.  Tout  son  plaisir  était  d'amasser  de  l'argent  :  quelque- 
fois, elle  le  cachait  chez  des  bourgeois  obscurs,  ou  chez  les 
moines  de  Saint-Denis;  plus  souvent,  dans  des  recoins  qu'elle 
faisait  murer,  du  château  de  Melun  qu'elle  habitait  de  préfé- 


(i)  Histoire  de  Charte*  VI ',  par  Juvénai,  des  Ursins  ,  p.  336. 


SCIENCES  MORALES.  6g 

rence.  De  leur  côté,  ses  fils  étaient  à  l'affût  pour  découvrir  ses 
cachettes  et  les  voler;  ec  fui  la  cause  principale  de  son  ressm 
timeut contre  le  dernier  dauphin,  Charles VII,  qu'elle  voulut 
déshériter  en  faveur  de  sa  fille. 

Les  modernes  donnent  a  entendre  qu'elle  aima  d'abord  le 
due  d'Orléans;  puis,  le  duc  de  Bourgogne,  parce  qu'elle  mon- 
tra beaucoup  de  chagrin  et  surtout  d'effroi,  lors  de  l'assassinat 
de  l'un  et  de  l'autre.  Elle  avait  trente- sept  ans,  lors  du  premier 
événement,  et  quarante-neuf,  lors  du  second;  cet  âge  n'est  peut- 
être  point  une  garantie  de  la  vertu  d'une  reine  :  mais  les  histo- 
riens contemporains  n'élèvent  pas  de  soupçons  contre  elle.  Le 
frère  Jacques  le  Grand,  religieux  augustin,  s'acquit  beaucoup  de 
crédit  par  le  courage  avec  lequel  il  attaqua  les  vices  de  la  cour, 
en  prêchant  devant  elle  le  jour  de  l'Ascension,  en  i4o5.  Mais, 
quoiqu'il  parlât  sans  ménagement  ,  il  ne  donna  point  à  en- 
tendre qu'il  soupçonnât  la  reine  de  galanterie.  «  Je  voudrois 
bien  ,  grande  reine  ,  lui  dit-il,  que  mon  devoir  s'accordât  avec 
la  passion  que  j'aurois  de  ne  rien  débiter  ici  qui  ne  vous  fût 
agréable  ;  mais  votre  salut  m'est  plus  cher  que  vos  bonnes 
grâces;  et  quand  même  je  devrois  tomber  dans  le  malheur  de 
vous  déplaire,  il  m'est  impossible  de  ne  pas  déclamer  contre 
l'empire  que  la  déesse  de  la  mollesse  et  des  voluptés  a  établi 
dans  votre  cour.  Elle  a  pour  ses  suivantes  inséparables  la 
bonne  chère  et  la  crapule,  qui  font  le  jour  de  la  nuit,  qu'on 
passe  en  danses  dissolues.  Et  ces  deux  pestes  de  la  vertu  ne 
corrompent  pas  seulement  les  mœurs,  elles  énervent  les  forces 
de  plusieurs  personnes;  elles  retiennent  dans  une  honteuse  oi- 
siveté des  chevaliers  et  des  écuyers  efféminés,  et  leur  font  même 
craindre  les  combats,  que  peut-être  ils  réchercheroient  si  la 
gloire  n'en  étoit  prescrite,  ou  s'ils  ne  craignoient  d'y  recevoir 
des  plaies  qui  les  défigurassent.  » — Passant  de  là  au  luxe  des  ha- 
bits, qui  était  la  principale  passion  de  la  reine,  après  l'avoir 
condamnée  par  mille  bonnes  raisons:  «  Votre  cour,  ajoula-t-il , 
madame  ,  n'est  (pie  trop  convaincue  de  ce  désordre,  comme  de 
plusieurs  autres;  et,  si   vous    ne  me  voulez    croire,  prenez 


SCIENCES  MORALES. 
l'habit   d'une   pauvre  femme  ,    promenez- vous   par  la  ville, 
et  vous  verrez  que  c'est  l'entretien  delà  plupart  des  compa- 
gnies (i).  » 

Le  religieux  de  Saint  -  Denis  ,  auquel  nous  empruntons  ces 
fragmens  de  discours,  quoique  pesant  et  prolixe,  est  le  meil- 
leur de  beaucoup  des  historiens  de  cette  époque  :  sans  lui,  nous 
aurions  souvent  peine  à  comprendre  le  récit  fatigant  et  confus 
de  Monstrelet.  La  traduction  qu'en  a  donnée  le  P.  le  Labou- 
reur, en  deux  volumes  in-folio,  1 663,  commence  à  devenir  fort 
rare;  d'ailleurs,  elle  est  incomplète,  et  ne  contient  pas  les  der- 
nières années,  qui  sont  demeurées  en  manuscrit.  Il  nous  semble 
que  M.  Buchon  rendrait  un  grand  service  aux  lettres  en  la 
comprenant  dans  sa  collection.  Nous  n'en  dirons  point  autant 
de  la  Chronique  de  Jean  Juvénal  des  Ursins.  Cet  archevêque  de 
Reims  n'a  eu  d'autre  but,  en  écrivant,  que  d'insérer  toutes  les 
petites  anecdotes  qui  pouvaient  être  honorables  pour  son  père, 
le  prévôt  des  marchands  de  même  nom  que  lui,  dans  l'extrait 
qu'il  faisait  assez  maladroitement  de  la  Chronique  du  religieux 
de  Saint-Denis.  Au  reste,  que  M.  Buchon  juge  par  lui-même  des 
ouvrages  qui  pourront  encore  entrer  dans  sa  précieuse  collec- 
tion. Il  a  déjà  fait  preuve ,  dans  cette  entreprise,  de  tant  d'é- 
rudition et  de  tant  de  critique  ,  qu'on  peut  s'en  reposer  sur  lui 
avec  confiance  du  soin  de  reproduire  tout  ce  qui  peut  être  le 
plus  vraiment  utile  à  l'histoire  nationale. 

J.-C.-L.  de  Sismondi. 


(i)  Religieux  de  Saint-Denis,  1.  xxv,  t.  H,  pag.  5i5. 


m  IENCES   MORALES.  71 

(tI! ERRES  DBS  N  INDI.KNS  ET  DES  CHOUANS  COISTRB  LA 
RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE,  OU  A /mules  des  département 
de  l'ouest  pendant  ces  guerres ,  d'après  les  actes  et 
la  correspondance  du  comité  de  salut  public,  des 
igens  constitués,  des  généraux  Kléber ,  Marceau, 
Sa/t  terre,  tierrujer,  Blrou,  Caudaux,  Turreau ,  Mou- 
lin ,  Rossignol,  etc.,  et  les  Arrêtés  des  Conseils  su- 
périeurs des  Vendéens  et  des  Chouans;  par  un  Of- 
ficier supérieur  des  armées  de  la  république,  habitant 
dans  la  Vendée  avant  les  troubles  (1). 

SECOND     ARTICLE. 

Nous  avons  rendu  compte  des  deux  premiers  volumes  de  co 
précieux  monument  historique  (2),  où  la  philosophie,  la  mo- 
rale et  la  saine  politique  puiseront  clans  tous  les  tems  plus 
d'instruction  que  dans  une  foule  de  livres  qui  portent  le  nom 
d 'histoires ,  mais  dans  lesquels  les  faits  sont  trop  souvent 
altérés  par  l'ignorance,  la  crédulité  et  les  passions.  L'affreux 
tableau  des  guerres  civiles  d'une  nation  dissoute,  et  dont 
les  élémens  se  choquent  et  s'entre-détruisent;  les  crimes  de 
l'anarchie,  et  de  tems  en  tems  les  vertus  du  patriotisme  et 
de  l'humanité;  la  raison  triomphant  enfin  de  toutes  les  fréné- 
sies, l'ordre  renaissant,  l'espérance  rendue  aux  provinces  dé- 
solées :  voilà  ce  que  l'on  trouve  dans  les  quatre  volumes  qui 
nous  restent  à  parcourir.  L'historien  suit,  dans  ses  récits,  une 
méthode  qui  ne  peut  manquer  d'inspirer  une  entière  confiance; 
quelques  explications  lui  suffisent  pour  établir  la  liaison  entre 
les  pièces  officielles  qu'il  met  sous  les  yeux  de  ses  lecteurs, 
en  sorte  que  les  témoignages  viennent  immédiatement  à  l'appui 
des  faits.  Il  serait  à  désirer  que  l'on  écrivît  toujours  de  cette 
manière  les  histoires  particulières  et  détaillées,  au  lieu  de  sé- 

(1)  Paris  ,  1824-182 5- 1827;  Baudouin  frères.  6  volumes  in-8°  avec 
deux  cartes  du  théâtre  de  la  guerre  ;  prix  des  6  vol.,  4  2  fr- 

(2)  Tome  xxv  ,  page  67G  (mars  i8î5). 


72  SCIENCES  MORALES. 

parer,  comme  on  l'a  presque  toujours  fait,  les  pièces  justifi- 
catives qui  ne  servent  pas  moins  à  bien  faire  connaître  les  évé- 
nemens  qu'à  leurt  imprimer  le  sceau  de  l'authenticité. 

Le  second  volume  de  cet  ouvrage  a  exposé  l'origine  et  les 
premiers  développemens  delà  chouanerie;  les  quatre  suivans 
feront  voir  avec  quelle  imprudence  on  avait  cru  servir  ainsi  la 
cause  royale  :  certes,  les  véritables  amis  de  cette  canse  ne 
doivent  aucune  reconnaissance  à  de  tels  coopérateurs. 

Le  troisième  volume  est  consacré  aux  six  premiers  mois 
de  l'année  179A.  A  la  fin  de  179^,  Charette  venait  d'occuper 
Machecoul,  et  l'île  de  Noirmoutier  était  au  pouvoir  des  Ven- 
déens :  au  commencement  de  janvier,  ces  places  furent  reprises, 
et  le  généralissime  d'Elbée,  souffrant  encore  des  blessures  qu'il 
avait  reeues  devant  Chollet,  tomba  au  pouvoir  des  républicains. 
Livré  à  une  commission  militaire,  il  répondit  à  ses  juges  avec 
une  noble  simplicité,  et  reçut  la  mort  avec  ses  compagnons  de 
courage  et  d'infortune.  L'inflexible  générai  Turreau  ne  s'arrê- 
tait point  à  la  rigueur  des  décrets  de  la  Convention  elle-même  ; 
soit  qu'il  fût  persuadé  que  la  guerre  de  la  Vendée  ne  pouvait 
finir  que  par  la  destruction  de  l'une  des  parties  belligérantes , 
soit  que  son  caractère  et  son  humeur  le  portassent  à  choisir  les 
moyens  les  plus  violens,  il  persista,  jusqu'à  son  remplacement, 
dans  ses  projets  d'incendie  et  d'extermination.  Ses  ordres  ne 
furent  que  trop  souvent  exécutés;  cependant,  quelques  chefs 
lui  opposèrent  une  généreuse  résistance.  Kléber  lui  donna  vai- 
nement des  conseils  plus  sages,  fondés  sur  une  connaissance 
plus  exacte  des  lieux  et  de  la  disposition  des  esprits  ;  ses  ob- 
servations n'aboutirent  qu'à  le  faire  envoyer  à  Chateaubriand, 
dans  un  pays  où  sa  présence  était  à  peu  près  inutile,  où  ,  dans 
une  étendue  équivalant  à  plusieurs  départemens  ,  il  n'avait 
pas  plus  de  3oo  hommes  sous  ses  ordres.  Ce  fut  pendant  cette 
sorte  d'exil  qu'il  rédigea  ses  mémoires.  Il  fut  enfin  remis  en 
activité,  mais  à  l'armée  des  côtes  de  Brest,  sous  les  ordres  de 
Rossignol!  Suivant  Turreau,  quinze  jours  de  promenades  dans 
la  Vendée  devaient  lui  suffire  pour  soumettre  tout  le  pays,  et 
le  purger  des  rebelles  qui  osaient  y  braver  encore  les  armes  de  la 


SCIENCES  MORALES.  7'» 

République  :  les  promenades  dont  il  parlait,  riaient  des  mouve- 
mciis  de  colonnes  chargées  de  dévaster,  de  brûler,  de  massa- 
crer tout  ce  qu'elles  trouveraient  sur  leur  passage.  Carrier, 
malgré  son  horrible  renommée,  ne  fut  qu'un  malfaiteur  subal- 
terne, si  l'on  compare  le  nombre  de  ses  victimes  à  celui  des 
meurtres  commis  de  sang- froid  par  les  ordres  de  Turrean.  Au 
sujet  de  Carrier,  l'auteur  emprunte  aux  Mémoires  de  l'adjudant- 
mènerai  Savary  une  anecdote  qui  confirme  cette  observation 
des  anciens  moralistes,  que  le  méchant  est  un  enfant  robuste; 
rapportons,  en  l'abrégeant,  cette  intéressante  narration:  nous 
conserverons,  autant  qu'il  nous  sera  possible,  tout  ce  qui  peut 
faire  connaître  et  caractériser  cette  déplorable  époque. 

«  Quelques  jours  après  notre  arrivée  à  Nantes,  dit  M.  Savary, 
je  confiai  à  Kléber  la  résolution  que  j'avais  formée  d'aller 
trouver  Carrier,  que  nous  avions  vu  plusieurs  fois  ensemble, 
et  de  lui  parler  de  toutes  les  horreurs  dont  on  racontait  les 
détails  dans  la  ville...  Tu  feras  bien,  dit  Kléber,  après  un  mo- 
ment de  réflexion;  mais  tu  n'obtiendras  rien.» 

Le  généreux  Savary  remplit  sa  mission  d'humanité.  Dès 
qu'il  eut  parlé  d'indulgence,  de  pitié,  Carrier  prit  un  air  plus 
sérieux...  «On  assure  qu'il  existe  au  dépôt  un  grand  nombre 
de  Vendéens,  vieillards,  femmes  etenfans,  entassés  les  uns  sur 
les  autres ,  manquant  de  tout,  mourant  de  froid  et  de  misère  : 
an  assure  même  qu'il  y  règne  une  épidémie  affreuse.  Tu  peux 
faire  cesser  ce  fléau  ;  tu  peux  même  tirer  de  cette  circonstance 
un  moyen  d'assurer  la  paix  dans  la  Vendée.  —  Et  quel  est  ce 
moyen?  —  Le  voici.  Ces  prisonniers  appartiennent  à  toutes  les 
familles  du  pays  :  rends  la  liberté  aux  vieillards  ,  aux  femmes 
et  aux  enfans  ;  ils  ne  sont  pas  à  craindre;  qu'ils  rentrent  dans 
eurs  foyers.  Ils  raconteront  à  leurs  familles,  à  leurs  voisins, 
be  qui  leur  est  arrivé,  les  désastres  de  leur  armée;  et  ce  témoi- 
gnage vivant  du  malheur  sera  pour  les  autres  une  leçon  ter- 
rible qu'ils  n'oublieront  jamais.  Carrier  réfléchit  quelques  in- 
>tans;  puis  il  me  dit  :  Va  au  dépôt,  prends  l'état  nominatif  de 
ceux  qui  s'y  trouvent ,  avec  leur  âge  et  leur  résidence  dans  la 
Vendée,  et  tu  me  l'apporteras  demain. —  Je  le  quitte,  je  vais 


part  et  cet 


trerien  à  KJeber.  je  i 

L:    :z  z:i>::    :■    :    ?->   bi. 

:--         " _:_      _  .  _  1  .j.  _-      .v.  .  -  : 

:   z_    i  :    rv  _  zzk  :  _"         -  -       .  .    :  _    "        ~  :    ::  :   *; 


:-.:   _.:r    f  : .  :    r  irii:  ::~    :::: 

et  à  1rs  ie*%mei  dass  kors  foyer-?  — 
Ek  lâes!  ieprî$-je  tiiiml ,  lin—  p  are»  raatorêatkm .  cm 
Fondre  par  écrit,  et  je  Me  charge  du  reste-  —  Un  ordre  par 
écrit,  mt  <£î-ï  !  je  »e  *eMX  pas  ne  frire  «aLËotraer.  —  Tel  fat 

.  :.-_?: r   :  -  :'.:i  :   -   -.  ;  -.^   :  _  ::z?   • 
Dm  joars  après ,  à  neaf  heures  da  matin.  Klcber  vint 


>(  IENCES  MO&ALB& 
la..   Nouvel  accès  de  fureur  de  Carrier.  —  Si,  dans  cinq  nu- 
utt  \  ,  une  affiche  contraire  n' annuité  pas  f effet  de  celle-ci ,  /< 
•mis  fais  totti  guillotiner. 

Turreau  promettait  de  détruire  la  Vendée  en  quinze  jours; 
nol  ne  demandait  pas  plus  de  tems  pour  mettre  fin  à  !a 
àouanerie  :  ni  l'un  ni  l'autre  ne  tint  parole.  La  guerre  devint 
■core  plus  atroce  :  cependant,  le  général  en  chef  de  la  Yen- 
lée  ne  put  obtenir  l'aveu  des  représentais  pour  faire  exter- 
niner  les  femmes  et  les  en  fa  ri  s  qui  seraient  rencontrés  par  sel 
lionnes.  L'auteur  a  soin  de  faire  remarquer  qu'aucun  géné- 
al,  aucun  officier,  aucun  soldat  de  l'ancienne  garnison  de 
Hayence  ne  firent  partie  des  colonnes  incendiaires.  Il  s'est 
ibstenu  de  désigner  autrement  que  par  les  initiales  de  leurs 
10ms  les  généraux  qui  les  commandèrent.  L'histoire  ne  lui 
rprochera  point  cette  indulgence;  tous  ces  noms  subalternes 
Kuvent  rester  dans  l'oubli.  Mais,  ce  qui  est  inexcusable  dans 
es  prétendus  historiens  des  guerres  de  la  Vendée,  c'est  que, 
iar  ignorance  ou  par  mauvaise  foi,  les  Maycncais  sont  char- 
riés dans  leurs  récits  de  toutes  les  horreurs  de  cette  époque. 

Enfin,  le  comité  de  salut  public,  vers  la  fin  de  sa  funeste 
,'xistence,  fatigué  des  plaintes  qui  lui  venaient  de  toutes  parts 
rontre  Turreau,  débarrassa  la  Vendée  de  ce  fléau.  Mais  le 
lu^espoir  avait  redoublé  les  forces  des  Vendéens,  les  chouan-} 
Rendaient  leurs  incursions,  les  armées  républicaines  raan- 
juaient  de  vivres,  d'armes,  et  surtout  d'une  bonne  organisa- 
ion  :  on  n'était  guère  plus  avancé  qu'au  commencement  de  la 
merre.  «  Incapable  de  former  aucun  plan  militaire  suivi,  Tur- 
reau épuisa  ses  troupes  en  courses  souvent  inutiles  :  il  per- 
sista dans  son  plan  de  destruction,  et  ne  sut  employer  que  la 
lamme.  S'il  se  livra  des  combats,  il  s'en  tint  constamment 
éloigné.  Souple  et  caressant  auprès  du  pouvoir,  il  fut  envers 
les  subordonnés  dur,  impérieux,  implacable  dans  sa  haine; 
en  un  mot,  Turreau  ne  connut  que  le  génie  du  mal...  Il  fut 
enfin  suspendu  et  mandé  à  Paris:  mais  une  volonté  dominante 
alors  celle  de  Robespierre,  selon  Carnot  le  fit  remettre,  quel- 
ques jours  après,  en  activité  de  service  comme  général  division- 


7$  SCIENCES  MORALES. 

naire  commandant  à  Belle-Ile.  »  Après  le  départ  de  cet  homme 
odieux,  on  eut  beaucoup  de  peine  à  faire  accepter  le  comman- 
dement au  général  Vimeux,  et  il  ne  s'y  détermina  que  lors- 
qu'il sut  qu'il  aurait  le  général  Beaupuy  pour  chef  d'état- 
major. 

Enfin,  le  joug  de  Robespierre  fut  brisé,  et  la  France  put 
respirer  :  les  affaires  de  la  Vendée  se  ressentirent  de  ce  grand 
changement.  On  ne  commit  plus  autant  de  fautes;  la  voix  de 
l'humanité  put  se  faire  entendre;  mais  rien  n'était  encore 
préparé  pour  la  pacification.  Les  deux  partis,  excessivement 
affaiblis,  demeuraient  en  présence;  mais  les  Chouans  se  forti- 
fiaient, s'étendaient  et  préparaient  une  guerre  d'extermination 
à  tous  ceux  qui  ne  se  rangeaient  point  sous  leurs  drapeaux.  Mou- 
lin avait  remplacé  Rossignol;  mais  ce  nouveau  général  ne  fut 
guère  plus  favorisé  delà  victoire.  De  meilleurs  choix  changèrent 
la  situation  des  armées  républicaines  :  Hoche  et  Canclaux  furent 
opposés  aux  Chouans.  Les  rapprochemens  commencèrent,  les 
hostilités  furent  suspendues  sur  plusieurs  points.  Les  agens  de 
la  république  se  présentèrent  aux  conférences  avec  sincérité; 
il  n'en  fut  pas  ainsi  des  chefs  de  l'armée  royale  :  ils  voulaient 
gagner  du  tems,  ils  en  obtinrent,  et  le  mirent  à  profit,  selon 
les  circonstances.  La  Vendée,  mieux  organisée  que  la  choua- 
nerie,  s'avance  avec  plus  d'ordre  vers  la  fin  de  la  guerre,  et 
sa  lassitude  la  maintient  dans  ces  dispositions  pour  une  paix 
dont  elle  a  si  grand  besoin  :  dans  l'ancienne  Bretagne,  la  Nor- 
mandie et  les  départemens  de  la  rive  droite  de  la  Loire  enva- 
his par  les  Chouans,  le  pillage  et  les  assassinats  continuent, 
malgré  les  armistices.  A  force  de  prudence  et  de  dévoûment , 
Hoche,  toujours  contrarié  et  dénoncé,  parvient  à  rendre  un 
peu  de  calme  à  ces  malheureuses  provinces.  Mais  les  chefs 
royalistes  préparaient  en  silence  les  moyens  de  recommencer 
la  guerre;  leurs  intelligences  au  dehors  et  au  dedans  n'avaient 
point  cessé.  L'affaire  de  Quiberon  approchait;  Hoche  avait 
forcé  les  Anglo-émigrés  à  se  renfermer  dans  cette  presqu'île. 
«J'espère,  écrivait -il  au  gênera]  Chérin,  que  dans  quatre 
jours  nous  en  serons  quittes.  Je  suis  sans  secrétaire,  sans  aide- 


SCIENCES  MORALES.  77 

le-camp,  sans  adjudant-général,  sans  papier, et  presque  sans 
livres.  «  La  correspondance  entière  de  cet  homme  illustre  mé- 
iterait  d'être  transcrite  :  détachons-en  au  moins  quelques  cx- 

raits  qui  feront  connaître  l'homme  et  le  guerrier. 

«  Le  débarquement  de  Saint- Jean- de-Mont  ne  me  paraît 
intre  chose  que  le  versement  de  quelques  émigrés  escortant 
à  ce  que  m'a  dit  le  général  Canclaux)  un  convoi  de  munitions 
le  guerre,  d'habits,  etc.  Ces  mêmes  hommes  apportaient  à 
phârctte  un  cordon  bleu  dont  il  se  décore  maintenant,  et  ses 
ettres  de  maréchal  de  France.  Ceci  n'est  qu'une  pasquinade, 
>t  n'entraîne  pas  de  grandes  conséquences.  Le  danger  n'est 
;rand  dans  la  Vendée  que  par  l'illusion,  et,  il  faut  le  dire, 
jiar  la  terreur  dont  paraissent  frappés  ceux  qui  s'en  entre- 
tiennent. Il  en  est  un  plus  grand;  il  existe  dans  l'ensemble  du 
ilan  de  Pitt.  Un  rapport  fait  au  Havre,  bien  qu'exagéré,  an 
nonce  que  nous  en  sommes  menacés.  Après  avoir  calculé 
outes  les  probabilités  et  les  moyens  de  nos  ennemis,  voici  ce 
jui  s'est  offert  à  mes  yeux. 

«  Il  ne  reste  plus  aux  émigrés,  me  suis-je  dit,  d'autre  espoir 
pie  de  périr  les  armes  à  la  main,  ou  de  mourir  de  misère  en 
pays  étranger,  après  avoir  vécu  dans  l'opprobre  et  l'humi- 
iation.  Ils  vont  donc,  de  concert  avec  les  ennemis,  tenter  de 
porter  de  grands  coups.  Il  est  possible,  ainsi  que  le  disent  déjà 
nos  journaux  royalistes,  que  le  ci-devant  duc  de  Bouillon 
vienne  se  mettre  à  la  tète  du  parti  vendéen ,  amenant  avec  lui 
six  à  huit  cents  hommes  de  cavalerie  d'élite  pour  opérer  effica- 
cement. Le  comte  d'Artois  descendrait  à  un  endroit  quelconque 
de  la  Bretagne,  avec  ce  qui  reste,  d'émigrés  au  service  de  l'An- 
gleterre, tandis  que  les  troupes  de  cet  exécrable  gouvernement, 
abordant  la  Manche,  vengeraient  sur  Cherbourg  les  pertes  de 
Quiberon.  Si  j'étais  à  la  place  de  l'ennemi ,  je  le  ferais  aiusi,  et 
une  pareille  opération  inquiéterait  sans  doute  pour  le  salut  de 
la  république.  Il  faut  donc  gagner  de  vitesse,  et  prévenir  nos 
ennemis.  Le  tems  des  écritures,  des  rêves  militaires  doit  être 
passé  :  nos  généraux,  nos  troupes  ne  doivent  plus  songer  qu'à 
se  battre;  et  moi,  je  regarde  comme  un  être  bien  pusillanime 


78  SCIENCES  MORALES. 

[pour  ne  pas  dire  plus  )  le  soldat  qui,  dans  ces  momens  d'a- 
larme, préfère  la  plume  à  l'épée.  Mon  devoir  m'ordonne  d'agir; 
je  le  fais,  et  vais  le  faire  encore  d'une  manière  vigoureuse... 

...  «  Les  Anglais  viennent  de  nous  envoyer  douze  chasse- 
marées  remplis  de  vieillards  chouans,  femmes  et  enfans  :  ces 
derniers  ont  été  mis  en  liberté  par  le  représentant  Blad.  Je 
suppose  que  ce  débarquement  devait  être  fait  à  Belle-Ile,  afin 
d'affamer  la  garnison;  la  résistance  du  général  Boucret  a  con- 
trarié ce  projet.  Quels  horribles  moyens  emploient  nos  ennemis  r 
pour  nous  combattre!  Ce  n'est  point  à  la  révolution  qu'ils  en 
veulent,  mais  au  peuple  français.  Et  voilà  comme  ils  traitent 
ceux  de  nos  malheureux  concitoyens  assez  faibles  pour  se  . 
remettre  entre  leurs  mains!  —  Nous  avons  près  de  cinq  mille 
prisonniers  chouans...  Ces  hommes  ont  été  pris  les  armes  à  la 
main  dans  tin  rassemblement;  la  loi  est  formelle  à  cet  égard.  Si 
l'humanité  peut  parler  en  faveur  des  coupables,  c'est  sans 
doute  lorsque  la  politique  se  joint  à  elle  pour  demander  que  la 
terrible  hache  soit  suspendue.  Cinq  mille  citoyens  français!  Si 
l'on  pouvait  profiter  de  cette  circonstance  pour  exiger  le 
désarmement  ?. . .  » 

Les  instructions  que  Hoche  donnait  aux  généraux  sous  ses 
ordres  décèlent  un  talent  d'observation  très-remarquable,  une 
sage  indulgence,  un  profond  respect  pour  les  droits  des 
citoyens  et  de  l'humanité.  Son  âme  est  tout  entière  dans  ses 
proclamations,  toujours  pleines  de  nobles  pensées,  de  vues 
grandes  et  généreuses:  que  l'histoire  conserve  précieusement 
cette  belle  image  d'un  citoyen;  qu'elle  la  montre  aux  généra- 
tions futures  comme  un  modèle  mis  à  leur  portée,  dont  les 
formes  conviennent  parfaitement  aux  habitudes  que  les  sociétés 
humaines  contracteront  de  plus  en  plus,  à  notre  civilisation 
actuelle  et  aux  progrès  qu'elle  fera,  malgré  tous  les  obstacles 
qu'on  voudrait  lui  opposer. 

Les  passions  politiques  n'ont  pas  épargné  la  réputation  de 
Hoche  :  on  l'a  même  accusé  d'imposture;  on  a  prétendu  que  la 
lettre  du  jeune  Sombreuil,  après  l'affaire  de  Quiberon,  était 
une  fable   de  son  invention.  Qu'on   lise  cette  histoire,  et  la 


SCIENCES  MORALES.  79 

jpnviction  viendra  de  toutes  parts;  on  ne  doutera  plus  de  la 

acheté  du  chef  qui  prend  la  fuite,  et  de  la  juste  cl  vertueuse 
ndignation  du  jeune  hoinine  qui  se  dévor.e  à  la  mort ,  pour  cpie 
es  soldats  soient  épargnés.  D'ailleurs,  ce  chef  vendéen,  dont 
>n  essaie  de  rétablir  la  réputation  aux  dépens  de  celle  du 
énéral  républicain,  n'avait  pas  même  l'estime  de  son  parti. 
Nous  méprisons  ses  talens  militaires,  dit  le  comte  de  Geslin; 
l  n'en  a  aucun  :  mais  il  est  si  intrigant,  que  c'est  lui  qui  est 
taxvenu  à  faire  épouser  notre  cause  par  l'Angleterre.  Sous  ce 
apport,  il  nous  a  servis  et  nous  sert  encore.  Ce  sont  de  ces 
êtes  exaltées  dont  on  se  sert  pendant  un  tems  ;  car  il  est  bouffi 
l'orgueil.  Il  est  même  fort  mal  vu  du  parti;  beaucoup  de  per- 
onnes  pensent  qu'il  est  plutôt  l'agent  de  l'Angleterre  que  celui 
lu  roi.  » 

Hoche  disait  la  vérité  à  tout  le  monde;  sa  franchise  n'excep- 
ait  personne.  Lorsque  le  général  Aubert-Dubavet,  alors  mi- 
listre  de  la  guerre,  fut  nommé  à  l'ambassade  de  Constantinople, 
l  reçut  de  Hoche  la  lettre  suivante:  «  Vous  parlez,  c'est  fort 
»ien,  général  :  puissiez- vous  être  toujours  heureux  !  Souvenez - 
ous  de  ceux  que  vous  avez  engagés  dans  de  mauvais  pas,  et 
[ui  se  sont  livrés  sans  réserve ,  croyant  vous  avoir  pour  appui. 
Ldieu  ,  Dubayet  :  vous  étiez  fait  pour  servir  plus  utilement.  » 

Les  circonstances  actuelles  demanderaient  peut-être  que  l'on 
émît  sous  les  yeux  des  Français  la  lettre  que  Hoche  adressait 
u  Directoire  le  25  août  1796  :  une  étonnante  similitude  de 
ues,  de  tendance  et  de  moyens  rapproche,  identifie  en  quel- 
[ue  sorte  les  ennemis  de  la  France  d'alors  et  ceux  des  institu- 
ions constitutionnelles.  S'emparer  des  élections;  corrompre, 
inèantir  l'esprit  public  ;  avoir  deux  doctrines ,  l'une  apparente , 
1  l'autre  intérieure  ;  se  défaire ,  d'une  manière  ou  d'une  autre  , 
le  ceux  qu'on  désespère  de  séduire...  Dès  que  le  but  est  louable  , 
dus  les  moyens  de  l'atteindre  sont  légitimes.  —  Une  autre  lettre 
lu  même  général,  adressée  au  ministre  de  la  police,  et  insérée 
lans  le  dernier  chapitre  de  cette  histoire,  mériterait  d'être 
ranscrite  en  entier:  mais  son  étendue  ne  nous  permet  pas  de 
a  placer  dans  cet  article,  et  les  lecteurs  ne  nous  pardonne- 


8o  SCIENCES  MORALES. 

raient  pas  de  l'avoir  abrégée.  Extrayons- en  seulement  une 
pensée;  le  général  parle  des  républicains  exagérés  :  «  Ils  m'ont 
proscrit,  dit-il ,  je  ne  puis  être  taxé  d'être  leur  ami.  Je  plaide 
en  faveur  des  principes,  et  non  par  intérêt  pour  les  personnes.» 
Le  jour  même  où  il  écrivait  celte  lettre,  un  oificier  de  Frotté 
lui  fit  tirer  un  coup  de  pistolet,  au  sortir  du  spectacle;  l'assas- 
sin fut  arrêté. 

Venon9  à  des  citations  d'une  autre  nature  et  non  moins  inté- 
ressantes par  leur  importance  historique.  TSTous  devrions  peut- 
être  mettre  au  premier  rang  celles  qui  peignent  les  hommes, 
qui  montrent  à  découvert  leurs  erreurs  et  leurs  passions, 
source  de  tant  de  vices  et  de  quelques  vertus.  Cette  histoire 
équivaut  à  des  siècles  d'observations  faites  dans  des  tems  pai- 
sibles ;  tant  les  événemens  y  sont  pressés,  multipliés  et  variés, 
les  mouvemens  rapides,  impétueux,  désordonnés  en  apparence: 
mais  la  cause  de  chaque  fait  particulier  est  facilement  aperçue  ; 
aux  yeux  du  lecteur  attentif ,  la  confusion  disparaît,  chaque 
tableau  devient  distinct  et  bien  terminé,  et  la  vérité  historique 
les  anime  tous  On  y  voit  tour  à  tour  l'inconcevable  opiniâtreté 
des  préjugés  de  caste,  les  petitesses  de  l'amour-  propre  gou- 
vernant quelques  hommes  publics,  au  milieu  même  des  plus 
grands  dangers  et  jusqu'aux  portes  du  tombeau  ;  de  grands 
crimes  commis  par  faiblesse,  d'admirables  exemples  de  dévoû- 
ment  et  de  générosité.  Le  ridicule  même  y  trouve  sa  place  ;  on 
ne  peut  que  sourire  en  lisant  l'étrange  homélie  de  Souwarow 
à  Charette.  Le  ton  prophétique  du  vieux  guerrier  parlant  au 
nom  du  dieu  des  armées  ,  comme  l'un  de  ses  aides-de-camp  , 
peut  être  du  goût  des  soldats  russes;  mais  il  n'obtiendra  que 
les  railleries  des  Français.  Le  prophète  russe  annonçait  à  Cha- 
rette ,  de  la  part  du  Très  -  Haut,  une  suite  de  victoires  écla- 
tantes; quelques  jours  après  avoir  reçu  cette  lettre,  le  général 
vendéen  fut  pris  et  fusillé. 

Parmi  les  pièces  importantes  contenues  dans  cette  histoire  , 
nous  choisirons  celles  qui  semblent  avoir  préparé  la  Charte 
constitutionnelle,  à  laquelle'nous  sommes  d'autant  plus  atta- 
chés aujourd'hui,  que  la  jouissance  nous  en  est  obstinément 


SCIENCES  MORALES.  81 

contestée]  et  que  jusqu'à  présent  elle  n'est  garantie  que  par  des 
sermons  trop  peu  respectes.  La  lettre  suivantede  Louis  XVIII 
à  Charette  contient  déjà  quelques-unes  des  pensées  que  le  mo- 
narque a  exprimées  dans  sa  Charte* 

«  Vous  affermissez  les  sentimens  que  je  vous  ai  témoignés 
dans  mes  précédentes,  et  redoublez,  s'il  est  possible,  le  désir 
d'être  à  la  tête  de  mes  armées  catholiques  et  royales,  et  de 
combattre  à  coté  de  vous,  leur  digne  général ,  pour  rendre  le 
bonheur  à  mes  sujets.  J'espère  qu'en  ce  moment  mon  frère 
plus  heureux  que  moi,  jouit  de  cette  gloire.  Vous  savez  sans 
doute  par  lui  que  la  malheureuse  affaire  de  Quiberon  ,  et  sur- 
tout la  paix  de  l'Espagne  rendent  les  secours  de  l'Angleterre  bien 
moins  considérables  que  nous  n'avions  lieu  de  l'espérer.  Ce 
contre-tems ,  loin  de  me  rebuter ,  n'est  pour  moi  qu'une  preuve 
de  plus  que  la  Providence  veut  que  je  ne  doive  ma  couronne 
qu'à  mes  braves  sujets  :  mais  je  vous  le  dis  avec  effusion  de 
cœur,  c'est  bien  plus  à  leuramour  qu'à  lcurvaleur  que  je  vou- 
drais la  devoir.  J'ai  vu  avec  plaisir,  dans  votre  lettre,  que 
vous  travaillez  à  faire  connaître  l'expression  de  mes  sentimens 
dans  les  provinces  de  mon  royaume  soumises  au  joug  des  re- 
belles (républicains)  :  je  désire  aussi  vous  voir  étendre  vos 
relations  le  plus  loin  possible,  et  que  vous  m'en  fassiez  con- 
naître les  progrès,  afin  que  j'y  proportionne  mes  démarches. 
Mais,  ce  que  je  désire  par  dessus  tout,  c'est  que  vous  conti- 
nuiez celles  que  je  sais  que  vous  avez  déjà  faites  en  Angleterre 
pour  obtenir  ma  réunion  avec  mon  frère  et  vous.  De  mon  côté, 
je  fais  tout  mon  possible  pour  pouvoir  au  moins  me  mettre  en 
chemin  ,  pour  me  rapprocher;  mais  ,  comme  d'Avaray  vous  l'a 
marqué  dans  ma  lettre  du  3  de  ce  mois,  l'esprit  de  terreur  ou 
de  vertige  qui  a  gagné  la  plupart  des  princes  d'Allemagne  est 
cause  que  j'ai  été  forcé  de  recourir  à  l'empereur  pour  obtenir 
un  asile  momentané. 

«  Je  travaille  aussi  à  prolonger  la  guerre  extérieure  que  je 
regarde  comme  un  mal  nécessaire  pour  empêcher  les  rebelles 
de   réunir  trop  de   forces  contre  vous,  jusqu'au  jour   où  le 
t.  xxxvn.  — Janvier  1828.  Q 


85  SCIENCES  MOil/VLÈS. 

bandeau  sera  tombé  des  yeux  d'un  plus  grand  nombre  de  mes 

sujets.  »... 

Dans  une  déclaration  du  roi,  adressée  de  Vérone  à  Charelte, 
le  8  juillet  179^,  on  trouve  ces  passages  remarquables  :  «  Tan- 
dis que  la  main  du  tems  imprime  le  sceau  de  la  sagesse  aux 
institutions  humaines,  les  passions  s'étudient  à  les  dégrader,  et 
mettent  leur  ouvrage  à  côté  des  lois  pour  les  affaiblir,  ou  à 
la  place  des  lois  pour  les  rendre  vaines.  Toujours  les  abus 
marchent  à  la  suite  de  la  gloire  et  de  la  prospérité;  toujours, 
une  prospérité  constante  leur  facilite  l'entrée  des  empires,  en 
les  dérobant  à  l'attention  de  ceux  qui  gouvernent.  Il  s'en  est 
introduit  dans  le  gouvernement  de  la  France,  et  long-tems  ils 
ont  pesé,  non-seulement  sur  la  classe  du  peuple,  mais  sur  tous 
les  ordres  de  l'étàK  Le  feu  roi,  mon  frère  et  souverain  seigneur 
et  maître,  les  avait  aperçus,  il  voulut  les  détruire;  il  mourut 
en  chargeant  son  successeur  d'exécuter  les  projets  qu'il  avait 
conçus  dans  sa  sagesse  pour  le  bonheur  de  ce  peuple...  Ce  que 
Louis  XVI  n'a  pu  faire,  nous  l'accomplirons.  Mais,  si  des 
plans  de  réforme  peuvent  se  méditer  au  milieu  des  troubles» 
ils  ne  peuvent  s'exécuter  qu'au  sein  de  la  tranquillité.  »... 

On  voit  que,  dès  cette  époque,  les  vérités  sur  lesquelles  la 
charte  est  fondée  étaient  déjà  dans  la  pensée  de  Louis  XVD.I; 
mais  elles  étaient  encore  mêlées  à  des  opinions  que  l'expé- 
rience a  changées.  On  est  surpris  que  l'intérieur  de  la  France, 
à  cette  époque,  fût  aussi  complètement  ignoré  de  ceiix  qui 
avaient  le  plus  d'intérêt  à  le  bien  connaître  :  il  paraît  que  la 
flatterie  et  les  mensonges  de  cour  avaient  suivi  le  trône  dans 
l'exil ,  comme  l'un  de  ses  attributs  essentiels  et  caractéristiques, 
le  premier  de  ses  besoins. 

Après  les  détails  de  la  pacification  générale  de  la  Vendée  et 
de  la  chouanerie,  l'auteur,  plus  occupé  des  choses  que  des 
mots,  laisse  au  lecteur  le  soin  de  faire  lui-même  la  récapitula- 
tion des  événemens  et  de  leurs  conséquences  nécessaires.  «Ainsi 
se  termina,  dit-il,  cette  épouvantable  guerre  d'assassinats  ,  que 
l'on  essaya  vainement  de  rallumer  à  différentes  époques.  Une 
longue  et  funeste  expérience  avait  enfin  appris  au  peuple  ven- 


SCIENCES  MORALES.  S3 

décn  à  connaître  ses  véritables  ennemis.  Puisse  l'ensemble  de 
Cet  horrible  tableau  se  graver  dans  le  souvenir  des  siècles,  et 
inspirer  à  tous  les  peuples  de  la  terre  une  horreur  profonde 
pour  les  guerre,  civiles  et  religieuses I  »  Nous  nous  garde- 
ions  bien  de  rien  ajouter  à  cette  noble  et  touchante  péro- 
raison. N. 


Discours  du  général  Foy  ;  précédés  d'une  Notice  bio- 
graphique, par  M.  P.  F.  Tissot,  à' un  Eloge,  par 
M.  Etienne,  et  à' un  Essai  sur  l'éloquence  politique  en 
France,  depuis  1789,  par  M.  A.  Jay  (i). 

De  tous  les  orateurs  qui  ont  paru  à  la  tribune  française  de- 
puis Mirabeau,  le  générai  Foy  est  sans  contredit  celui  qui  pro- 
duisait sur  ses  auditeurs  l'impression  la  plus  immédiate  et  la 
plus  vive.  Réduit,  durant  toute  sa  carrière  législative,  à  com- 
battre dans  les  rangs  d'une  minorité  qu'une  loi  mauvaise,  frau- 
duleusement exécutée,  rendait  chaque  jour  moins  nombreuse, 
il  exerçait  sur  la  majorité  un  empire  dont  elle  s'étonnait  sou- 
vent elle-  même.  Sans  doute,  l'éloquence  du  général  Foy  ne 
changeait  rien  aux  votes  de  cette  majorité  dont  les  décisions 
étaient  prises  d'avance  ;  mais,  tandis  que  d'autres  membres  de 
l'opposition  rencontraient,  en  demandant  la  parole,  des  signes 
d'impatience  ou  des  invectives,  le  général  Foy  était  toujours 
accueilli  par  un  murmure  d'approbation.  Ses  adversaires  se 
promettaient  du  plaisir  à  l'entendre,  et  ils  se  livraient  à  ce 
plaisir  d'autant  plus  volontiers  qu'ils  n'avaient  point  à  craindre 
que  leur  conscience  fût  ébranlée,  ou  leur  raison  convaincue. 
La  jouissance  que  leur  procurait  ce  beau  talent  était  sans  con- 
séquence, ou  même  elle  avait  pour  eux  une  conséquence  avan- 
tageuse. Leurs  votes,  contraires  à  des  raisonnemens  qu'ils,ve- 
naient  d'écouter  avec  une  sorte  d'enthousiasme,  étaient,  aux 


(1)  Paris,  1826;   P.  A.  Moutardier,  rue  Gît-le-Cœur,  n°  4.  2  vol. 
in -8°,  avec  portrait  et  fac  simile;  prix,   12  fr. 

6'. 


*4  SCIENCES  MORALES. 

veux  dn pouvoir,  un  mérite  de  plus  :  ils  lui  démontraient  d'au- 
tant mieux  leur  dévoûmcnl  sans  bornes  et  leur  immuable  fi- 
délité. 

L'éloquence  du  général  Foy  a  été  parfaitement  caractérisée 
par  un  de  ses  anciens  collègues,  M.  Etienne,  qui  s'est  associé 
à  la  publication  de  ses  discours  :  et  comme  il  nous  semble 
qu'on  a  toujours  tort  de  vouloir  varier  l'expression  ou  la  pen- 
sée ,  quand  la  pensée  est  juste  et  l'expression  claire,  nous 
croyons  ne  pouvoir  mieux  faire  que  de  transcrire  ce  jugement, 
plein  de  vérité  et  d'élégance. 

«  Une  attitude  calme  et  fière,  un  organe  sonore  et  pénétrant, 
un  geste  plein  de  noblesse  et  de  grâce ,  un  regard  brûlant  où  se 
réfléchissaient  tous  les  mouvemens  d'une  âme  enflammée  de 
l'amour  de  la  patrie,  une  diction  pure  et  forte  ,  embellie  par 
des  tours  heureux,  animée  par  des  images  pittoresques;  une 
sensibilité  qui  ne  devait  rien  à  l'art ,  et  qui  avait  tout  son  foyer 
dans  le  cœur;  un  air  chevaleresque,  qui  rappelait  encore  le 
guerrier,  et  qui  donnait  à  toutes  ses  paroles  ce  charme  si  puis- 
sant sur  une  nation  ,  qui,  dans  la  jalousie  de  sa  liberté  ,  aime 
toujours  à  se  souvenir  de  sa  gloire:  tels  étaient  les  caractères 
de  cette  éloquence  brillante  et  sage,  qui  illustra  la  tribune  et 
qui  consola  la  France.  » 

Le  premier  discours  du  général  Foy  fi»t  prononcé  à  l'occa 
sion  d'une  pétition  relative  à  la  Légion-d'Honneur.  Tous  ceux 
qui  l'entendirent  se  souviennent  encore  de  l'effet  imprévu  qu'il 
produisit  sur  toute  la  Chambre.  On  n'avait  jusqu'alors  vu  dans 
l'orateur  qu'un  militaire  distingué,  un  homme  de  connaissances 
variées,  d'un  esprit  brillant,  d'une  instruction  solide:  nul  ne 
s'attendait  à  ce  talent  de  tribune  ,  né  dans  les  camps  où  il  avait 
eu  si  peu  d'occasions  de  se  développer;  à  cette  lucidité  si  rare 
dans  ceux  mêmes  qui,  n'ayant  pour  moyen  que  la  parole,  pas- 
sent leur  vie  à  polir  et  à  perfectionner  le  seul  instrument  qui 
soit  en  leur  pouvoir;  à  cet  amour  si  vrai,  si  sincère  de  la  liberté 
constitutionnelle,  dans  un  soldat  qui  avait  servi  d'abord  une 
république  mal  organisée  et  tumultueuse,  ensuite  un  despote, 
doué  de  facultés  immenses  et  plein  de  génie,  mais  qui  ,  par 


.S(  IENCES  MORALES.  85 

ce  génie  et   C6I     facultés  mêmes,   aurait  banni    du    mciidc  les 
derniers  vestiges  de  la  liberté,  si  la  liberté  n'était  pas  indes 

ti  uctible  ,  parce  qu'elle  est  dans  les  destinée!  de  l'homme  et 
ila  us  les  décrets  du  ciel. 

La  péroraison  de  ee  discours  est  surtout  remarquable.  Elle 
contient  en  peu  de  mots  l'exposé  des  principes  qui  guidè- 
rent toujours  le  général  Foy  dans  sa  carrière  législative.  «  Il 
n'est  pas  bon,  disait-il  ,  que  les  notabilités  naturelles  ,  légales, 
compatibles  avec  les  droits  de  tous,  se  heurtent  entre  elles. 
Tâchons  que  la  considération  universelle  embrasse  tout  ec  qui 
est  honnête  et  généreux.;  croyez-m'en  ,  chacun  y  gagnera.  La 
gloire  héritée  vivra  plus  paisible  et  recueillera  plus  de  respects, 
quand  elle  ne  sera  plus  hostile  envers  la  gloire  acquise.  La 
grande  propriété  retrouvera  sa  juste  part  d'influence  dans  l'état, 
lorsque  tous  les  Français  seront  unis  de  cœur  et  d'habitude 
dans  leur  hommage  aux  services  rendus  et  aux  droits  acquis  , 
dans  leur  fidélité  au  Roi  et  à  la  Charte,  dans  leurs  vœux  pour 
l'indépendance  et  l'honneur  de  la  France.  » 

Pourquoi  ces  principes  n'ont-ils  pas  été  ceux  de  la  majorité 
qui,  dans  la  Chambre  élective,  a  décidé  du  sort  de  ce  beau 
pays?  Pourquoi  les  dépositaires  du  pouvoir  ont-ils  fermé  l'o- 
reille à  ecs  conseils  salutaires  ?  Qu'en  esl-il  résulté  ?  Ils  ont  créé 
deux  classes  ennemies,  dont  chacune  pense  n'être  en  sûreté  que 
si  l'autre  est  opprimée.  En  remettant  en  question  toutes  les  ga 
rantics,  ils  ont  ressuscité  toutes  les  prétentions.  En  ébranlant 
toutes  les  sécurités  ,  ils  ont  réveillé  toutes  les  haines.  Heureuse- 
ment, la  raison  nationale  règne  encore  sur  les  esprits  éclairés. 
Malgré  l'irritation  imprudemment  excitée,  cette  raison  puis- 
sante, fille  d'une  expérience  longue  et  douloureuse,  apaise  ou 
modère  les  ressentimens;  elle  crie  à  tous  que  ce  n'est  pas  à  la 
victoire s  mais  à  la  paix  qu'il  faut  aspirer;  que  la  paix  ne  peut 
être  fondée  que  sur  la  justice;  que  les  iniquités  d\m  parti  ne 
légitiment  point  les  iniquités  de  l'autre,  et  que,  pour  avoir  été 
menacé  de  l'oppression,  on  n'acquiert  pas  le  droit  d'être  op- 
presseur à  son  tour.  Ce  que  le  général  Foy  voulait,  en  1820, 
les  amis  des  institutions  constitutionnelles  le  veulent  encore ', 


86  SCIENCES  MORALES. 

ils  ne  contestent  aucune  notabilité  naturelle  ou  légale;  ils  con- 
sentent à  respecter  la  gloire  héritée,  pourvu  qu'elle  aussi  res- 
pecte la  gloire  acquise.  Ils  accordent  à  la  grande  propriété  sa 
juste  part  d'influence,  pourvu  qu'elle  ne  recoure  point  à  des 
lois  insidieuses,  violatrices  de  la  Charte,  et  destinées  à  trans- 
porter en  France  cette  concentration  des  propriétés,  péril  et 
fléau  de  l'Angleterre. 

L'espace  qui  nous  est  réservé  dans  ce  recueil  nous  défend 
d'examiner  en  détail  les  autres  discours  du  général  Foy ,  et  de 
multiplier  des  citations  dont  chacune  aurait  intéressé,  ou  in- 
struit, ou  ému  nos  lecteurs.  Nous  nous  restreignons  donc  aune 
indication  rapide,  qui  prouvera  que,  dans  chaque  circonstance, 
la  justice  et  la  liberté  trouvèrent  en  lui  le  plus  éloquent  de 
leurs  défenseurs. 

Nous  le  voyons  en  effet,  le  14  janvier  1820,  réclamer 
pour  le  droit  de  pétition  contre  un  ministère  impatient  d'étouf- 
fer la  voix  de  la  France;  le  14  février  ,  après  l'assassinat  du 
duc  de  Berry,  dévoiler  les  projets  de  la  faction  qui  voulait 
profiter  de  cet  événement  déplorable  pour  anéantir  les  libertés 
publiques;  s'élancer  le  6  mars  à  la  tribune  en  faveur  de  la  li- 
berté individuelle,  et  le  2/»  mars,  défendre  celle  de  la  presse, 
plus  précieuse  encore,  car  elle  est  la  sauvegarde  de  toutes  les 
autres.'Il  y  remonte,  le  i5  mai,  pour  repousser  les  change- 
mens  perfides  qu'on  vent  introduire  dans  la  loi  électorale,  dans 
cette  loi  qui ,  confiant  à  80,000  propriétaires  le  droit  de  nom- 
mer des  députés,  devait  assurément  contenter  ceux  qui  redou- 
tent l'intervention  des  masses  et  l'influence  des  prolétaires  :  il 
combat,  avec  une  activité  infatigable,  chacun  des  articles  du 
nouveau  projet  ,  et  ces  grands  collèges  ,  si  imprudemment 
rangés  en  bataille  contre  les  collèges  d'arrondissement ,  et  le 
privilège  du  double  vote,  destructif  de  l'égalité  politique  qui 
est  la  base  fondamentale  de  notre  pacte  constitutionnel. 

Il  n'entre  pas  dans  notre  sujet  d'analyser  les  travaux  du  gé- 
néral Foy  sur  la  partie  de  notre  établissement  publie  qui  avait 
dû  attirer  naturellement  son  attention  spéciale,  nous  voulons 
dire  la  guerre.  Il  nous  suffira  de  rappeler  que  la  supériorité 


SCIENCES  MORALES.  87 

de  ses  connaissances  sur  cette  matière  n'était  pas  contestée 
Nous  ajouterons  que  ce  qui  «end  surtout  ses  discours  précieux, 
c'est  que,  même  en  traitant  des  questions  qui  semblaient  n'a- 
voir <le  rapports  directs  qu'avec  l'organisation  ,  les  droits  et 
la  discipline  de  l'armée,  l'orateur,  aussi  bon  citoyen  que  mi- 
litaire habile  ,  laisse  éclater  sans  cesse  son  désir  ardent  de  voir 
l'armée  unie  à  la  nation,  et  la  force  employée  uniquement  à 
l'extérieur  pour  maintenir  intact  l'honneur  du  nom  français, 
et  dans  l'intérieur  pour  protéger  l'ordre  et  la  justice.  Il  s'é- 
lève avec  une  énergie  consciencieuse  contre  toute  suppression 
des  formes  légales;  il  foudroie  de  son  horreur  et  de  son  mé- 
pris toutes  ces  juridictions  rapides,  funeste  héritage  de  nos 
tems  de  troubles,  perpétuées  d'années  en  années  et  de  gouver- 
nement en  gouvernement,  au  mépris  des  lois  et  des  promesses, 
et  à  la  faveur  des  chicanes  et  des  arguties  ministérielles. 

Le  général  Foy  avait  défendu  la  liberté  de  la  presse  en 
1820  contre  un  ministère  faible  et  versatile,  atterré  par  une 
calamité  inouïe  (  l'assassinat  du  duc  de  Berry  )  ;  il  fut  appelé 
à  la  défendre  de  nouveau  en  1822  contre  un  ministère  plus 
hostile  et  plus  audacieux,  pour  lequel  uue  faction  avait  con- 
quis le  pouvoir,  et  qui ,  en  échange,  avait  promis  à  cette  fac- 
tion de  la  délivrer  de  la  publicité  qu'elle  redoutait  au  milieu  du 
triomphe.  C'était  surtout  contre  les  journaux  que  la  conspira- 
tion était  dirigée  :  et  ce  fut  en  plaidant  la  cause  des  journaux 
que  le  général  Foy  prononça  ces  paroles  utiles  à  reproduire 
aujourd'hui,  puisque  la  censure,  qui  pesait  sur  eux  il  y  a  bien 
peu  de  jours,  peut  les  menacer  encore  (1)  :  «  Les  journaux  sont 
l'histoire  du  tems  présent,  et  par  conséquent  celle  qui  nous 
intéresse  le  plus.  C'est  la  seule  manière  de  vous  tenir  ,   vous 


(1)  Cette  phrase  était  écrite,  avant  la  chute  du  triumvirat  dont  la 
France  est  délivrée.  Nous  espérons  que,  sous  de  nouveaux  ministres, 
le  danger  que  nous  craignions  ne  nous  menace  plus.  L'exemple  a  été 
frappant ,  la  leçon  sévère.  Qui  sérail  assez  aveugle  pour  n'en  pas  pro- 
fiter? 


88  SCIENCES  MORALES. 

Députés  ,  au  milieu  du  peuple,  et  d'avoir  le  peuple  au  milieu 
de  vous.  Que  m'importent  à  moi  des  faits  et  des  événemens 
anciens  qui  ne  touchent  en  rien  les  intérêts  actuels  de  la  pa- 
trie? Que  me  font  les  guerres  de  Louis  XIV  ?  Que  me  font  les 
guerres  du  grand  Frédéric?  Ce  qui  m'importe,  c'est  la  guerre 
entre  la  Russie  et  la  Porte  ottomane  ,  qui  doit  amener  l'affran- 
chissement d'un  peuple  généreux  et  changer  peut-être  la  face 
de  l'Europe.  Que  me  font  les  efforts  téméraires  des  patriciens 
de  l'ancienne  Rome  contre  les  plébéiens?  Ce  qui  m'importe,  ce 
sont  les  efforts  actuels  de  l'aristocratie  française  pour  recon- 
quérir une  puissance  que  le  peuple  a  si  souvent  brisée  entre  ses 
mains.  Tous  ces  événemens,  qui  m'en  instruira  ?  ce  sont  les 
journaux,  les  journaux  dont  la  liberté  constitue  la  véritable 
liberté  de  la  presse.  « 

Suivons  maintenant  le  général  Foy  sur  un  autre  terrain.  11 
ne  s'agit  plus  de  questions  générales  souvent  discutées  ,  et  sur 
lesquelles  les  raisonnement  se  présentent  en  foule*,  parce  que 
tous  les  hommes  de  bonne  foi  sont  du  même  avis.  Il  s'agit  de 
calculs,  de  chiffres,  d'opérations  mystérieuses,  couvertes  d'un 
voile  qu'une  complicité  de  corruption  voulait  rendre  impéné- 
trable. Il  s'agit,  en  un  mot,  de  l'affaire  Ouvrard,  de  ces  mar- 
chés scandaleux  dont  les  ministres  se  rejetaient  la  honte,  et 
qui,  malgré  desVécriminations  réciproques  et  multipliées,  pè- 
sent encore  également  sur  les  ministres  accusés  et  sur  les  mi- 
nistres accusateurs.  Les  deux  discours  du  général  Foy,  du 
28  juin  1824  et  du  2  mai  1825,  sont  des  chefs-  d'œuvre  de 
discussion,  de  logique,  de  force  et  d'ironie.  Son  talent  parait 
à  la  fois  avoir  grandi  et  s'être  varié.  Le  brillant  des  expressions, 
l'exactitude  des  faits ,  l'évidence  des  raisonnemens  ,  l'amer- 
tume trop  méritée  d'une  plaisanterie  dédaigneuse,  la  rigueur  des 
calculs,  tout  se  réunit  pour  placer  ces  philippiques  modernes  à 
côté  de  celles  qui  ont  illustré  l'orateur  antique,  lorsqu'il  dévoi- 
lait les  forfaits  d'Antoine  et  les  spoliations  dcVerrès.  Sans  doute, 
ces  efforts  du  génie  et  de  la  conscience  n'ont  pas  été  suivis  du 
succès.  Les  ténèbres,  loin  de  se  dissiper,  se  sont  épaissies  :  la 
justice  n'a  pu  pénétrer  dans  ce   dédale.  L'atteinte  portée  à  la 


SCIENCES  MORALES.  &g 

fortune  publique  est  restée  sans  remède,  et  les  dilapidaient  s 
sans  punition;  mais  l'opinion  éclairée  n'en  a  pas  moins  pro- 
noncé son  jugement:  il  est  sans  appel,  il  est  sévère,  et  cette 
leeon  servira  peut-être  à  corriger  ou  à  effrayer  des  ministres 
futurs. 

Nous  désirerions  parler  encore  de  deux  discours  du  général 
l'oy,  qui  produisirent  sur  le  public  et  même  sur  la  Chambre 
une  impression  profonde.  Ce  sont  ceux  qu'il  prononça  contre 
la  septeunalité  et  l'indemnité  accordée  aux  émigrés.  Les  bornes 
qui  nous  circonscrivent  ne  le  permettent  pas. Terminons  donc 
par  un  dernier  hommage  a  la  mémoire  d'un  homme  enlevé  à 
la  France  au  milieu  de  sa  carrière,  et  que  la  France  ne  cessera 
de  pleurer.  Guerrier  intrépide ,  orateur  entraînant,  manda- 
taire incorruptible,  il  a  traversé  la  vie  sans  qu'un  seul  re- 
proche piAit  lui  être  adressé.  Jamais  il  n'a  manqué  l'occasion 
d'un  mouvement  courageux,  d'une  action  noble,  d'une  parole 
généreuse,  qui,  dans  la  circonstance,  était  une  action.  Les 
fastes  de  notre  longue  et  orageuse  révolution  n'offrent  aucun 
caractère  plus  pur,  aucun  talent  plus  dévoué  à  la  liberté  ,  a 
la  vérité,  à  la  justice.  Il  apparaît  au  milieu  de  la  servilité, 
de  la  corruption,  de  la  bassesse,  comme  un  monument  destiné 
à  réveiller  toutes  les  espérances  ,  à  ranimer  toutes  les  émula- 
tions vertueuses,  et  son  souvenir  même  est  un  bienfait  légué 
à  la  France  qu'il  a  chérie,  à  l'humanité  qu'il  a  défendue,  à  la 
cause  sainte  pour  laquelle  il  a  consumé,  petit-être  abrégé  ses 

jours  (1). 

B.  C. 


(1)  L'hommage  rendu  à  l'un  des  orateurs  les  plus  chers  à  la  patrie 
est  venu  un  peu  trop  tard  ;  ces  discours  auraient  dû  être  publiés,  avant 
la  mort  de  l'illustre  député.  On  a  été  plus  équitable  envers  un  autre 
défenseur  zélé  des  libertés  publiques,  M.  Benjamin  Constant.  Le  recueil 
de  ses  éloquens  plaidoyers  en  faveur  de  la  cause  constitutionnelle  pa- 
raît chez  Gaultier-Laguionie,  Hôtel  des  Fermes,  en  2  vol.  in-8". 
prix,  i.\  fr.  On  souscrit  à  celte  précieuse  collection  ,  chez  M.  Casimir 
Pkrrier.  Tous  les  exemplaires  seront  signés  par  l'auteur.   (  w.  du  R  ) 


LITTERATURE. 


OEijvres  choisies  d'Évariste  Parny  ,  publiées  d'après 

l'exemplaire  corrigé  et  mis  en  ordre  par  l'auteur  (ij. 

Poésies   inédites  d'Evariste    Parny,  précédées   d'une 

Notice  sur  sa  vie  et  ses  ouvrages ,  par  M.  P.  F.  Tissot(2). 

Pendant  deux  siècles,  le  génie  de  nos  écrivains  avait  fixé  sur 
la  France  les  regards  de  l'univers,  et  la  tirant,  pour  ainsi 
dire,  du  rang  des  nations  modernes,  lui  avait  donné,  malgré 
notre  état  politique,  quelque  chose  de  cet  éclat  sur-humain 
qui  paraissait  jusqu'alors  uniquement  réservé  aux  grands  peu- 
ples de  l'antiquité.  Les  écrits  de  nos  poètes  et  de  nos  philo- 
sophes, traduits  d'abord  dans  toutes  les  langues,  n'eurent 
bientôt  plus  besoin  de  traducteurs.  Grâce  au  désir  de  les  étu- 
dier, la  langue  française  devint  presque  universelle.  L'Europe 
était  tributaire  de  nos  arts,  avant  qu'elle  le  lut  de  nos  vic- 
toires. 

Tant  qu'a  duré  notre  prospérité  militaire,  aucune  voix  ne 
s'est  élevée  pour  contester  notre  prééminence  dans  les  lettres. 
Ce  fut  quand  nous  perdions  la  puissance  politique  qu'on  pré- 
lendit nous  ravir  la  gloire  littéraire.  Cette  littérature  natio- 
nale, seule  propriété  de  la  France  que  l'étranger  n'eût  pas 
envahie,  des  Français  ont  voulu  la  lui  livrer.  A  les  entendre, 
ce  n'était  pas  assez  pour  nous  de  fléchir  sous  le  sabre  des  cou- 
quérans,  il  fallait  encore  subir  le  joug  de  leurs  doctrines,  se 
façonner  aux  caprices  de  leur  goût,  se  traîner  en  esclave  sur 

(i)  Paris,  1827  ;  Ambroise  Dupont  et  compagnie,  rue  Vivienne, 
n°  16.  2  vol.  in-18  ;  prix,  6  fr. 

(2)  Paris  ,  1827;  Ambroise  Dupont  el  compagnie.  1  vol.  in-18; 
|)rix ,  3  ffc. 


UftTÉRÀTURE.  gt 

les  traces  de  leurs  écrivains,  de  leurs  artistes,  de  leurs  philo* 
sophes.  Chose  inconcevable!  c'est  au  nom  de  l'indépendance 
qu'on  nous  prescrit  de  nous  dépouiller  de  tout  ce  qui  caracté- 
rise l'esprit  national;  c'est  au  nom  de  la  liberté  qu'on  nous 
commande  la  scrvile  imitation  de  tout  ce  que  la  littérature  des 
vainqueurs  renferme  de  plus  bizarre  et  de  plus  faux!  Au  ton 
que  prennent  dans  le  monde  quelques  disciples  de  cette  école 
anti-française,  on  dirait  que  les  statues  de  tous  nos  grands 
hommes  se  sont  écroulées,  comme  celles  de  Bonaparte,  sous 
le  canon  de  Waterloo,  et  que  la  gloire  des  Racine  ,  des  Pascal , 
des  Molière,  des  Montesquieu  était  aussi  fragile  que  la  puis- 
sance d'un  despote  ou  l'indépendance  d'un  peuple.  Ces  génies, 
qui,  dans  trois  mille  ans,  seront,  comme  Homère ,•  Jeunes 
d'immortalité,  sont  taxés  chaque  jour  $  hommes  bons  pour  leur 
temSy  mais  qui  ne  se  trouvent  plus  à  la  hauteur  où  la  France 
est  parvenue  depuis  quelques  années,  c'est-à-dire,  depuis 
qu'elle  a  eu  le  bonheur  de  recevoir  les  leçons  des  Cosaques  , 
et  d'entendre  la  langue  harmonieuse  des  Croates  et  des  Bas- 
kirs.  Nos  philosophes  auraient  eu  besoin  d'étudier  sous  Kant 
la  clarté,  nos  historiens  d'apprendre  du  romancier  Walter 
Scott  la  fidélité  historique,  nos  poëtes...  nous  n'en  avons 
point.  Racine  n'a  qu'un  talent  bien  court;  Boileau  manque 
d'invention  et  de  verve;  Voltaire,  d'imagination  ;  Jean-Bap- 
tiste estglacial;  Delille,  ennuyeux; et Lebrun-Pindare,  illisible. 

Parny  devait  partager  avec  ces  grandes  renommées  la  colère 
des  étrangers  de  (intérieur.  La  Harpe  l'avait  appelé  le  Tibullc 
français.  Vanté  par  La  Harpe  et  comparé  à  un  poëte  latin  ! 
Quel  double  titre  à  la  réprobation!  Aussi,  la  plupart  des  nou- 
veaux législateurs  du  Parnasse  n'en  parlent- ils  qu'avec  le 
sourire  du  mépris.  Cette  prose  est  harmonieuse,  disent-ils, 
quand  on  leur  cite  ses  plus  beaux  vers  ;  ces  lignes  mal  rimées 
ont  pu  naguère  amuser  un  moment  des  cercles  oisifs  et  fri- 
voles ,  mais  aujourd'hui  on  ne  les  lit  plus,  on  ne  peut  plus 
les  lire. 

Ces  messieurs  doivent,  en  effet \  tâcher  qu'on  ne  lise  plus 
les  lignes  de  Parny.  Il  est  redoutable  pour  leur  secte,  et  pourra 


iji  LITTÉRATURE. 

leur  enlever  plus  d'un  prosélyte.  Pour  peu  qu'un  homme  ail  le 
sentiment  de  l'harmonie  et  du  coloris  poétique,  quelque  soin 
qu'ils  aient  pris  de  son  éducation  littéraire,  il  n'aura  pas  lu 
dix  pages  des  Elégies  qu'il  s'écriera  :  Voilà  la  véritable  poésie 
clégiaque  !  Il  se  laissera  toucher  par  cette  mélodie  douce  et  pé- 
nétrante qui  reproduit  avec  tant  d'aisance  et  de  souplesse  tous 
les  mouvemens  de  l'âme,  par  cette  élégance  continue  si  néces- 
saire à  qui  veut  peindre  la  beauté,  par  ces  tournures  dont  la 
simplicité  savante  redouble  l'éclat  de  l'image  ou  l'énergie  de 
l'expression.  S'il  reporte  ensuite  ses  regards  vers  les  chefs- 
d'œuvre  exotiques  qu'il  admirait  sur  parole,  il  croira  ,  pour  le 
moins,  entendre  tantôt  un  hypocondriaque  qui  raconte  à  son 
médecin  les  bizarres  impressions  de  ses  nerfs  malades,  les 
visions  qui  se  pressent  autour  de  son  lit;  tantôt  un  homme 
tourmenté  de  rêves  fâcheux,  qui  les  expose  à  quelque  nouveau 
Joseph  chargé  d'en  donner  l'explication.  Il  rejettera  les  doc- 
trines de  ses  maîtres,  et  conviendra  que  la  France  doit  à  Parny 
les  premiers  modèles  dont  elle  ait  pu  se  glorifier  dans  un  des 
genres  les  plus  aimables  et  les  plus  difficiles. 

Et  ce  n'est  pas  seulement  dans  ce  genre  que  Parny  s'est 
montré  grand  poêle.  Sans  parler  du  plus  fameux  de  ses  ou- 
vrages, de  cette  épopée  satirique  où  les  tableaux  de  toute 
espèce  se  pressent  sous  son  pinceau  toujours  varié,  toujours 
brillant;  où  la  richesse,  la  fraîcheur,  l'abondance  des  images 
forcent  à  l'admiration,  même  quand  on  regrette  le  plus  qu'il  ail 
choisi  un  pareil  sujet,  combien  de  morceaux  du  premier  ordre 
ne  trouve- t- on  pas  dans  les  Rose-Croix!  Je  suis  loin  de  dé 
fendre  la  composition  de  ce  poème.  Elle  est  obscure  et  pres- 
que sans  intérêt;  souvent  aussi  un  excès  de  concision  dans  le 
style  augmente  l'obscurité  du  plan;  mais  ces  défauts  ne  font 
qs;e  montrer  avec  plus  d'évidence  la  force  d'un  talent  qui  , 
malgré  l'absence  des  préparations  dont  un  autre  n'aurait  pu  se 
passer,  vous  attache,  vous  émeut,  et  quelquefois  vous  trans 
porte.  Dans  plusieurs  passages,  Parny  s'élève  à  la  plus  haute 
poésie  épique,  il  peint  les  combats  à  la  manière  d'Homère,  et 
l'égale  peut  être  en  décrivant  les  blessures. 


UïTÉIUTUEE.  $1 

Si  fel  Rue-Croix  n'offrenl  des  modèles  que  dans  lesdétails,  le 

poème d'ïsnel et  dsléga  est  d'un  bout,  à  l'antre  un  modèle.  Ici  la 
concision  ne  nuit  point,  on  nuit  très-pou,  à  la  clarté.  Toitl 
marche  et  se  suit.  Les  formes  de  la  poésie  du  Nord  sont  fidèle- 
ment conservées  ;  niais  il  semble  qu'un  rayon  du  génie  grec 
perce  à  travers  les  brouillards ,  les  échauffe  et  les  colore.  Les 
périodes  du  poète  ont  l'élégance  exquise,  l'attitude  si  noble- 
ment gracieuse  des  vierges  d'Ossian  dans  le  tableau  de  Giro- 
det.  L'épisode  à'Ôlbrotvn  est  particulièrement  un  chef-d'œuvre. 
Qui  pourrait  lire  sans  une  émotion  profonde,  qui  pourrait 
relire  sans  admiration  ,  ces  plaintes  de  la  jeune  Rus  la,  que  la 
fausse  nouvelle  de  l'infidélité  d'Olbrown  conduit  au  tombeau  : 

O  toi  qu'ici  rappellent  mes  soupirs  , 
Dit-elle  enfin,  ô  toi  qui  m'as  trahie, 
Que  le  remords  n'attriste  point  ta  vie! 
Tandis  qu'ailleurs  tu  trouves  des  plaisirs  , 
Moi,  je  succombe  à  ma  douleur  mortelle, 
D'un  long  sommeil  je  m'endors  en  ces  lieux, 
Et  le  rayon  de  l'aurore  nouvelle, 
Sans  les  ouvrir,  tombera  sur  mes  yeux? 

Peut-être  quelques  critiques,  ne  trouvant  ici  aucune  de  ces 
expressions  ambitieuses  ,  de  ces  images  à  grossière  enlumi- 
nure qui,  loin  de  se  cacher  dans  le  tissu  du  style,  semblent 
s'en  détacher  pour  appeler  les  yeux,  décideront -ils  que  ces 
vers  manquent  de  poésie  ;  mais  ceux  qui  savent  que  la  poésie 
consiste  surtout  à  rendre  par  le  tour,  par  l'expression,  par  le 
mouvement  de  la  période,  les  mouvemens  de  la  passion  et  les 
nuances  de  la  pensée,  seront  certainement  d'un  avis  contraire. 
J'ajouterai  que  les  deux  derniers  vers  renferment  une  des  ima- 
ges les  plus  touchantes  que  la  poésie  ait  encore  rendues  ;  et  je 
les  trouve  tellement  poétiques  que  j'oserai  les  mettre  au-dessus 
d'un  des  plus  beaux  vers  du  plus  grand  des  poètes. 

Homère,  dans  les  funérailles  de  Patrocle,  avait  dit  : 

Mupcu.s'voiai  S'k  rcîdt  epavr.  po^c^à*  tuXc;  riôx; 

(  lAÙ2 ,  V.  ) 


<)',  LITTERATURE. 

«  A  leurs  yeux  baignés  de  larmes  apparaît  la  brillante  aurore  autour 

«  de  ce  corps  déplorable  (i).  » 

Ce  contraste  entre  la  naissance  du  jour  et  la  mort  du  héros, 
entre  tout  ce  qu'il  y  a  de  joyeux  daus  le  premier  rayon  du  so- 
leil et  tous  les  senti  mens  douloureux  qu'inspire  la  vue  de  ce 
corps  glacé,  est  sans  aucun  doute  éminemment  poétique. 
Virgile,  qui,  quoi  qu'on  en  dise,  s'y  connaissait  un  peu,  en  a 
jugé  ainsi.  Il  a  imité  ce  trait,  sans  l'égaler,  dans  les  funérailles 
de  Paîlas, 

Aurora  interea  miseris  niortalibus  almam 

Extulerat  lucem. 

Mais  Parny ,  qui  n'imite  pas,  me  paraît  supérieur  à  Virgile,  et, 
je  le  répète,  supérieur  même  à  Homère.  Dans  le  poète  grec, 
c'est  le  spectateur  qui  voit  tomber  les  naissantes  lueurs  de  l'au- 
rore sur  Patrocle  expiré;  dans  Parny,  c'est  Rusla  elle-même 
qui  voit,  en  quelque  sorte,  et  qui  montre  à  son  amant  ses  yeux 
insensibles  à  la  lumière  du  jour. 

Maintenant,  si  l'on  veut  une  de  ces  hardiesses, préparées  avec 
art,  comme  elles  le  sont  toujours  dans  un  poète  qui  sait  écrire, 
mais  cependant  assez  en  saillie  pour  frapper  les  espritsles  moins 
exercés,  qu'on  lise  ces  vers  de  la  Journée  champêtre  : 

Et  du  coteau  s'éloignant  davantage , 
L'ombre  s'allonge  etjcourt  dans  le  vallon  ; 

Qu'on  lise  surtout ,  dans  les  Rose-Croix ,  cette  peinture  si  éner- 
gique et  si  ferme  : 

Le  dur  Calder,  à  l'œil  creux  et  farouche, 
Ouvre  en  ronflant  une  profonde  bouche. 
Le  glaive  entier  s'y  plonge  ;  le  Danois 

(i)  Il  est  curieux  de  rapprocher  du  texte  la  traduction  de  Mme  Dacier, 
pendant  qu'ils  continuent  leurs  plaintes  lugubres,  l'Aurore  Tient  annoncer 
e  lever  du  soleil.  Peut-être  les  aristarques  qui  trouvent  l'Iliade  peu 
poétique  ne  l'ont-ils  lue  que  dans  des  versions  de  cette  force.  En  ce 
cas,  ils  n'ont  d'autre  tort  que  celui  de  juger  ce  qu'ils  ne  connaissent 
point. 


LITTIvRATUUK.  95 

Se  raidissant ,  ('•tend  sa  main  tremblante  , 
Pousse  un  cri  sourd  ,  et  vomit  à  la  fois 
Son  hydromel  et  son  âme  sanglante. 

L'auteur  imite  Virgile  qui  avait  dit  : 

Purpurcam  vomit  ille  auima»m  ,  et  cum  sanguine  mi.vta 
Vina  refert  moriens.  (jE/icitl.,  lib.  ix.) 

Mais  il  imite  en  grand  poète.  S'il  eût  traduit  avec  cette  vigueur 
quelque  extravagance  de  Schiller  ou  de  Dryden,  on  n'aurait 
pas  assez  d'éloges  pour  lui. 

Du  reste,  ce  n'est  peut-être  pas  uniquement  l'envie  de  se 
singulariser,  de  choquer  toutes  les  opinions  reçues  et  d'intro- 
duire en  France  le  culte  des  dieux  étrangers,  qui  porte  certaines 
personnes  à  décrier  les  vers  de  Parny  :  on  trouve  de  loin  à  loin 
dans  ses  ouvrages  des  traits  mordons  contre  le  mauvais  goût 
et  contre  l'importation  des  doctrines  d'outre -Manche.  Ces 
traits,  quoique  adressés,  il  y  a  vingt  ou  trente  ans,  à  d'autres 
écrivains  ,  peuvent  avoir  blessé  les  novateurs  d'aujourd'hui. 
J'en  donnerai  un  exemple,  et ,  quoique  je  le  tire  du  plus  faible 
des  écrits  de  Parny,  de  son  fabliau  intitulé  Gorldam,  je  suis  sûr 
que  mes  lecteurs  le  verront  avec  plaisir.  C'est  un  fragment  de 
la  peinture  du  bois  où  règne  le  gnome  Spleen. 


Du  gnome  Spleen  la  maligne  influence 
Sur  les  Français  agit  moins  puissamment. 
Point  de  lacets  ,  de  poignards  ,  seulement 
De  noirs  pensers,  cîe  l'ennui,  du  silence. 
Ils  écrivaient ,  mais ,  hélas  !  quels  écrits  ! 
Ils  entassaient  dans  leurs  tristes  récits 
I  es  vieux  donjons  et  les  nones  sanglantes  , 
Les  sots  geôliers  ,  les  grilles ,  les  cachots, 
Des  ravisseurs  de  Lucrèces  galantes, 
De  grands  malheurs  et  des  crimes  nouveaux  , 
Des  clairs  de  lune  ,  et  puis  les  crépuscules, 
Et  puis  les  nuits,  des  diables  ,  des  cellules  , 
De  longs  sermons  ,  des  amans  sans  amour, 


gC  LITTÉRATURE. 

Des  spectres  blancs  ,  des  tombeaux ,  uue  église  , 
Tout  le  fatras  enfin  et  la  sottise 
Renouvelés  dans  les  romans  du  jour. 

Ce  n'est  plus  seulement  dans  les  romans  du  jour  que  se  re- 
nouvellent les  inspirations  du  gnome  britannique  ;  elles  ont 
envahi  les  odes,  les  élégies,  les  grands  elles  petits  poëmes;  elles 
se  hasardent  sur  la  scène,  elles  se  glissent  dans  la  philosophie. 
Faut- il  s'étonner  après  cela  que  leurs  partisans  dénigrent  le 
talent  de  Parny  ?  Mais  de  tels  efforts  sont  impuisssans  contre 
sa  renommée.  La  postérité  a  déjà  prononcé  sur  lui.  Il  est  placé, 
et  placé  pour  toujours,  parmi  les  illustres  écrivains  ,  dont  les 
coteries  peuvent  un  moment  cacher  la  gloire  aux  regards  de 
l'ignorance,  mais  qui  brillent  d'un  nouvel  éclat  dès  que  la 
raison  publique  dissipe  les  brouillards  sous  lesquels  on  préten- 
dait l'étouffer.  Parny  restera,  ses  ennemis  littéraires  passeront. 

Ses  opinions  politiques,  qu'il  ne  prenait  point  la  peine  de  ca- 
cher, et  le  tort  grave  qu'il  eut  de  tourner  en  plaisanterie,  dans 
la  Guerre  des  Dieux ,  les  objets  les  plus  sacrés  de  la  foi  chré- 
tienne, lui  ont  fait  des  ennemis  d'un  autre  genre.  Ceux-ci,  re- 
connaissant tout  son  mérite  littéraire  ,  n'ont  pas  craint  de  ca- 
lomnier sa  conduite  et  de  défigurer  son  caractère.  Heureusement 
pour  Parny,  il  existe  encore  un  assez  grand  nombre  d'hommes 
qui  peuvent  rendre  témoignage  de  sa  vie  et  démentir  des  accu- 
sations absurdes.  Tous  ceux  qui  l'ont  connu  s'accordent  à  dire 
que ,  si  dans  quelques  unes  de  ses  poésies  légères  il  a  semblé 
prendre  le  ton  des  libertins  de  bonne  compagnie,  il  peignait  les 
mœurs  de  son  tems  sans  les  suivre;  que  son  commerce  était 
aussi  sûr  qu'aimable;  que  la  bonté,  la  droiture,  la  dignité  fai- 
saient le  fond  de  son  caractère;  qu'il  fut  toujours  étranger  à 
l'intrigue,  qu'il  préféra  la  pauvreté  au  sacrifice  de  ses  opinions. 
On  ne  lui  connut  jamais  un  mouvement  d'envie.  Il  se  réjouis- 
sait du  succès  des  écrivains  qui  étaient  déjà  ses  rivaux;  il  se 
plaisait  à  encourager  ceux  qui  pouvaient  le  devenir  un  jour. 
La  justice  littéraire,  dont  tant  de  gens,  justes  d'ailleurs  ,  croient 
pouvoir  se  dispenser,  fut  toujours  sacrée  pour  lui.  S'il  expri- 
mait son  jugement  sur  un  ouvrage,  c'était  à  la  fois  avec  la  mo- 


LITTÉRATURE.  0? 

destie  d'un  homme  dont  l'avis  est  wns  importance,  et  avec  l<- 
scrupule  d'un  magistrat  qui  va  porter  un  arrêt.  Croyait-il,  après 
un  nouvel  examen,  n'avoir  pas  tenu  la  balance  parfaitement 
exacte,  il  éprouvait  le  besoin  de  réparer  son  erreur  devant 
tous  ceux  qui  l'avaient  entendu.  Parmi  les  nombreux  exemples 
qui  prouvent  l'extrême  délicatesse  de  sa  conscience  poétique  , 
je  n'en  citerai  qu'un  seul  :  il  est  remarquable.  Lorsque  M.  Vie- 
torin  Fabre  eut  fait  paraître,  à  l'âge  de  dix-neuf  ans,  quelques 
heureux  essais,  Parny  lui  adressa  une  épître  charmante  où  se 
trouvait  ce  passage: 

Vos  vers  ont  le  feu  de  votre  ûge  , 
Du  premier  âge  des  amours  ; 
Et,  bravant  le  moderne  usage, 
Votre  prose  facile  et  sage 
A  la  raison  parle  toujours. 

Sept  ans  plus  tard ,  M.  Victorin  Fabre  avait  déjà  publié  quel 
ques-uns  des  ouvrages  qui  ont  fondé  sa  renommée;  Parny, 
donnant  une  édition  de  ses  œuvres ,  témoigna  le  désir  de  faire 
des  changemens  dans  la  pièce  adressée  au  jeune  auteur  dont  le 
talent  avait  si  rapidement  grandi.  Mais ,  lui  dit-on ,  puisque  vous 
conservez  la  date  de  l'épître,  à  quoi  bon  des  changemens? 
N'importe,  répondit  le  Tibulle  français,  en  voyant  la  date  de 
l'épître  on  verra  aussi  celle  de  l'édition;  il  est  convenable  que 
j'exprime  au  moins  quelque  chose  de  mon  opinion  actuelle-  et 
il  changea  ainsi  les  trois  derniers  vers  que  je  viens  de  citer  : 

Et  la  prose  dans  vos  discours  , 
Toujours  riche  ,  brillante  et  sage  , 
A  la  raison  parle  toujours. 

Avec  un  tel  caractère,  Parny  devait  obtenir  l'amitié  de  tous 
les  hommes  distingués  qui  couraient  la  même  carrière  que  lui. 
ïl  l'obtint  en  effet.  Plusieurs  se  sont  plu  à  consigner  dans  leurs 
écrits  les  sentimens  qu'il  leur  inspirait,  et  sa  mémoire  sera  tou- 
jours environnée  de  leurs  éloges. 

Les  circonstances  ne  permettant  pas  de  publier  tous  ses 
ouvrages,  on  s'est  empressé  de  réimprimer  un  choix  de  ses 
t.  xxxvii.  —  Janvier  1828. 


98  LITTÉRATURE. 

poésies.  Plusieurs  éditions  ont  paru  presque  simultanément.  Celle 
que  nous  annonçons  mérite  à  tous  égards  la  préférence.  Elle 
est  donnée  par  la  famille  de  Parny,  et  faite  d'après  un  exem- 
plaire corrigé  et  mis  en  ordre  par  l'auteur  lui-même  qui  l'avait 
préparé  pour  une  édition  de  ses  œuvres  complètes.  C'est  donc 
là  qu'il  faut  chercher  la  dernière  pensée  du  poète.  Là  on  est 
sûr  de  ne  rien  rencontrer  qui  ne  soit  de  lui  et  tel  qu'il  voulait 
l'offrir  au  public.  Les  éditeurs  y  ont  ajouté  de  jolies  vignettes, 
un  portrait  de  Parny  dessiné  par  M.  Devéria,  d'après  le  tableau 
de  M.  Isabey  ;  et  l'exécution  typographique  réunit  la  correc- 
tion à  l'élégance.  Tout  recommande  ces  deuxcharmans  volumes 
aux  amis  des  beaux  vers,  à  ceux  surtout  qui  recherchent  et 
savent  sentir  la  pureté  du  goût,  l'harmonie, 

Et  la  grâce  ,  pïirs  belle  encor  que  la  beauté. 

On  trouve  dans  le  premier  :  les  Poésies  erotiques  ;  la  Journée 
champêtre;  le  Promontoire  de  Leucade  ;  le  petit  poème  didac- 
tique intitulé,  fe?  Fleurs;  les  Tableaux,  morceaux  délicieux 
dont  le  Corrège  lui-même  aurait  pu  difficilement  conserver 
sur  la  toile  toute  la  délicatesse  et  l'exquise  fraîcheur;  Jamsel , 
anecdote  historique  ;  un  choix  de  lettres  eu  vers  et  en  prose , 
où  des  réflexions  éminemment  philosophiques'  s'allient  à  de 
douces  peintures  ;  et  les  Déguisemens  de  Vénus. 

Le  second  volume  contient  :  les  Chansons  madécasses  que 
Parny  ne  donne  que  comme  une  traduction,  mais  où  l'on 
reconnaît  partout  le  cachet  de  son  talent;  le  conte  en  vers 
intitulé,  Voyage  de  Céline;  Isnel  et  Asléga ,  poëme  en  quatre 
chants;  Goddam ,  fabliau  en  quatre  chants;  le  Discours  pro- 
noncé par  M.  de  Parny,  le  6  nivôse  an  xi,  lors  de  sa  réception 
à  l'Institut;  enfin,  de  nombreuses  poésies  légères  réunies  sous 
Je  titre  de  Mélanges  ,  et  parmi  lesquelles  on  distinguera  surtout 
l'épisode  de  Thaïs  et  Elinin ,  tiré  de  la  Guerre  des  Dieux , 
Y  Épure  aux  insurgens  (  des  États-Unis  d'Amérique),  la  Com- 
plainte au  tombeau  d'Emma ,  et  les  Vers  sur  la  mort  d'une 
jeune  fille.  L'état  de  notre  littérature  fera  remarquer  aussi  une 
petite  pièce  sans  prétention  qu'on  pourra  réciter,  pour  toute 


LITTLK  vil  RE.  99 

réponse,  aux  détracteurs  de  Parnv.  Elle  commence  par  ers 
vers  : 

De  notre  Pinde  le  grand  maître 
A  dit  :  Rien  n'est  beau  que  le  vrai. 
Mais  sur  notre  Pinde  peut-être, 
Le  beau  vieillit,  et  maint  essai 
Nous  promet  sa  ebute  prochaine. 
La  sottise  est  féconde  et  vaine. 
Vous  le  voyez,  un  vrai  nouveau  , 
Qui  ne  veut  rien  de  la  nature, 
Un  vrai  dont  la  raison  murmure, 
Menace  le  vrai  de  Boileau. 
Les  novateurs  à  la  critique 
Opposent  la  faveur  publique, 
Celle  au  moins  de  leurs  feuilletons, 
De  leurs  amis  ,  de  leurs  patrons  , 
Et  du  commis  à  la  boutique,  etc. 

Pour  conserver  leurs  droits  de  propriété ,  les  éditeurs  ont 
été  forcés  de  publier  séparément  les  Poésies  inédites  de  Parny. 
Mais  le  volume  qui  les  renferme  est  imprimé  dans  le  même 
format  et  avec  les  mêmes  caractères  que  les  OEueres  choisies  ; 
il  sera  placé  sur  le  même  rayon  dans  toutes  les  bibliothèques. 
Il  contient  deux  mille  vers  encore  inconnus,  et  son  apparition 
est  une  bonne  fortune  pour  tous  les  hommes  qui  ne  sont  poiut 
insensibles  aux  nobles  plaisirs  de  l'esprit.  La  plupart  des  pièces 
qui  le  composent  sont  des  fragmens;  mais  plusieurs,  quoique 
détachées  d'un  plus  grand  travail,  forment  un  ensemble  com- 
plet. On  y  reconnaît  à  chaque  page  toutes  les  qualités  qu'on 
admire  dans  les  autres  écrits  de  l'auteur. 

Le  volume  s'ouvre  par  une  JVotice  sur  Parny,  que  nous 
devons  à  M.  Tissot.  Cet  habile  écrivain  y  expose,  avec  autant 
de  vérité  que  de  charme  ,  les  titres  de  notre  Tibulle  à  l'estime 
comme  à  la  gloire,  les  vertus  de  l'homme  et  les  talens  du  poëte. 
C'est  un  morceau  très-remarquable  d'histoire  littéraire  et  de 
critique.  Mais,  plus  cet  excellent  travail  mérite  d'éloges  et  de 
confiance  ,  plus  je  crois  devoir  relever  une  erreur  qui  s'y  est 
glissée.  «  Parny,  dit  M.  Tissot,  s'enorgueillissait  de  la  gloire  de 


ioo  LITTÉRATURE. 

Napoléon,  parce  qu'elle  était  celle  de  la  France,  et  qu'il  atten- 
dait de  ce  grand  homme  la  plus  haute  prospérité  pour  notre 
patrie.  Après  Austcrlitz ,  après  Jéna,  il  se  sentait  transporté 
d'admiration  pour  le  héros  du  siècle,  mais,  convaincu  que 
l'entreprise  de  chanter  le  nouvel  Achille  demandait  la  trom- 
pette d'Homère  ou  la  lyre  de  Simonide,  il  se  contenta  de- 
quelques  beaux  vers  où  il  exprimait  cette  vérité  avec  autant  de 
noblesse  que  de  modestie.  »  Je  crois  qu'en  écrivant  ce  passage, 
M.  Tissot  a  été  mal  servi  par  sa  mémoire.  Sans  doute,  Parny 
reconnaissait  les  grands  talens  de  Bonaparte,  mais,  loin  d'at- 
tendre de  lui  la  plus  haute  prospérité  pour  notre  patrie ,  il  le 
regardait  comme  un  génie  funeste  qui  était  venu  interdire  à  la 
France  les  nobles  destinées  où  l'appelait  la  liberté.  Si  le  chantre 
d'Éléonore  et  d'îsnel  écrivit  que,  pour  chanter  les  exploits  de 
l'empereur,  il  faudrait  la  voix  d'un  Homère ,  ce  n'était  qu'une 
manière  polie  de  refuser  une  mission  qui  répugnait  à  ses  doc- 
trines. La  pièce  si  courte  et  si  gênée  où  il  s'excuse  ainsi  suffirait 
pour  montrer  avec  évidence  quels  étaient  ses  vrais  sentimens. 
La  place  même  que  cette  pièce  occupe  dans  le  recueil  aurait 
pu  rappeler  à  M.  Tissot  le  motif  pour  lequel  elle  fut  composée. 
Elle  vient  après  une  boutade  (décembre  i8o5),  où  Parny  se 
moquait  des  vers  publiés  de  toutes  parts  en  l'honneur  de 
Bonaparte,  boutade  qui  valut  à  l'auteur  une  invitation,  tant 
soit  peu  menaçante,  de  faire  oublier  les  sots  panégyriques  par 
des  louanges  de  meilleur  goût.  Du  reste,  cette  méprise  ne 
diminue,  n'affaiblit  nullement  le  mérite  d'une  notice  où  tous 
les  ouvrages  de  notre  poète  sont  appréciés  avec  infiniment  de 
goût  et  d'esprit. 

On  les  verra  jugés  aussi,  dans  le  même  volume,  par  l'un  de 
nos  plus  illustres  écrivains,  M.  Garât,  qui  chargé,  comme  pré- 
sident de  la  classe  de  la  langue  et  de  la  littérature  française, 
de  répondre  au  discours  de  réception  de  Parny,  répandit  tout 
l'éclat  de  son  éloquence  sur  un  sujet  si  fertile,  où  l'éloge,  au 
lieu  d'être  une  convenance,  était  un  devoir,  où  l'admiration 
n'était  que  de  la  justice.  X.  P.  D. 


LITTÉRATURE.  101 

OMNbill,  or  thl  Ki iUKL  ;  Poern  in  tkrce  cantos ,  eftfc. — 
O'Nbill,  ou' le  Rebelle  ;j  poème  en  trois  chants, 
p;ir  AV/u\  Lytton  Bulwer(i). 

En  lisant  le  premier  ouvrage  d'un  jeune  auteur ,  lorsqu'il 
porte  l'empreinte  d'un  véritable  talent,  au  vif  intérêt  que  cette 
lecture  fait  éprouver  se  joint  l'espérance  de  mille  jouissances  à 
venir.  Chaque  page  du  poëme  qui  nous  inspire  cette  réflexion 
est  la  révélation  d'une  âme  ardente  et  fière,  d'un  esprit  juste, 
d'une  imagination  vraiment  poétique.  On  y  trouve,  d'ailleurs, 
l'expression  vivante  et  animée  de  cette  vérité  qu'on  ne  saurait 
trop  reproduire  :  que  l'oppression  altère  et  corrompt  les  âmes 
les  plus  nobles,  en  les  excitant  malgré  elles  à  la  révolte.  Le 
caractère  du  Rebelle  est  frappé  d'une  empreinte  vigoureuse;  il 
offre  l'image  triste  et  imposante  d'un  de  ces  êtres  forts,  mais 
déchus,  qui  semblent  nés  pour  tout  ce  qui  est  grand,  et  qui 
ne  s'agitent  que  dans  la  sphère  du  mal.  Il  doit  donc  rappeler 
les  traits  du  Corsaire ,  de  Lara ,  de  Childe  Harold\  mais  nous 
n'avons  pas  à  reprocher  à  l'auteur  d'en  avoir  tracé  une  copie 
pâle  et  décolorée.  Heureux  celui  à  qui  l'on  peut  trouver  de 
l'analogie  dans  sa  manière  de  sentir  et  de  peindre  avec  ce 
grand  poëte,  regretté  de  l'Europe  entière,  et  auquel  il  a  été 
donné,  dans  son  court  passage  sur  la  terre,  d'éveiller  tant  de 
pensées,  tant  d'émotions  profoudes  ! 

Plus  d'une  fois  nous  avons  cru  reconnaître  ses  accens  dans 
les  pages  du  Rebelle;  c'est  assez  dire  que  ce  poëme  plaira 
aux  âmes  tendres  et  enthousiastes.  On  ne  découvre  pas,  il  est 
vrai,  dans  la  poésie  de  M.  Lytton  Bulwer,  ces  teintes  d'une 
sombre  misanthropie  qui  semblent  indiquer  la  fatigue  du  plai- 
sir, le  dégoût  des  hommes  et  de  la  vie,  sentiment  qui  mit  lord 
Byron  en  rapport  avec  tous  les  êtres  qui  souffrent.  Au  contraire, 
l'âme  de  notre  jeune  poëte  paraît  s'ouvrir  neuve  encore  à  toutes 


(i)  Londres,  1827  ;  Henry  Colburn ,  New  Burlington  street.  1  vol. 
gran  din  12  de  1  40  pages. 


îoa  1.1  ITERAIT  II  F,. 

les  impressions  qu'elle  lait  partager:  L'amour,  il  Le  ressent;  la 

liberté,  il  la  désire  et   l'appelle;  il  connaît  la  haine,  parce 

que  des  oppresseurs  font  gémir  sa  patrie.  Il  semble  toujours 
inspire  par  un  sentiment  qui  le  domine.  Du  moins,  la  vérité  de 
m>  peintures  et  la  force  de  ses  expressions  portent  à  le  croire. 

Le  caractère  du  Rebelle  présente  tous  les  élémens  de  l'intérêt 
dramatique.  L'auteur  peint  en  traits  mâles  et  énergiques  les 
souffrances  d'une  âme  ardente,  irritée  par  la  tyrannie;  mais 
il  sait  mêler  à  cette  peinture  d'heureuses  oppositious.  Une 
douce  vertu  honore  son  héros  :  celle  de  l'amour  constant;  il 
ne  le  met  pas  au  nombre  de  ces  êtres  proscrits  qui  paraîtraient 
n'avoir  pu  échapper  au  crime,  quelle  que  fût  l'influence  de 
l'ordre  social  qui  eût  pesé  sur  eux.  Il  l'anime,  au  contraire, 
de  ces  belles  facultés  qui  sont  faites  pour  gouverner  la  foule 
et  la  diriger  vers  le  bien,  mais  qui  sont  détournées  de  leur 
but  par  les  funestes  effets  de  l'esclavage.  O'Neill  marche  à  la 
liberté  par  la  licence;  il  est  le  chef  d'une  de  ces  troupes  de 
rebelles,  si  fameuses  dans  l'histoire  de  l'Irlande,  qui  s'asso- 
ciaient pour  se  venger,  par  le  meurtre  et  la  rapine,  des  cala- 
mités qui  ravageaient  leur  patrie.  Ne  voulant  pas  néanmoins 
rattacher  son  sujet  à  une  époque  déterminée,  l'auteur  a  évité 
de  donner  aucun  développement  à  l'intrigue  politique;  et  cette 
teinte  mystérieuse,  répandue  sur  de  grands  intérêts,  me 
semble  convenir  parfaitement  à  ce  genre  de  composition.  Il 
n'a  donc  eu  l'intention  de  retracer  aucun  personnage  connu  ; 
mais  on  peut  dire  que  son  héros  a  une  ressemblance  natio- 
nale; car,  à  chaque  page  des  annales  irlandaises,  on  croit 
rencontrer  le  type  de  cette  fiction. 

Pendant  plus  d'un  siècle,  c'est-à-dire,  depuis  la  conquête 
de  l'Irlande  par  Cronuvell,  cette  malheureuse  contrée  a  souf- 
fert tous  les  maux  qui  peuvent  désoler  un  peuple,  les  fureurs 
de  l'intolérance  et  l'avidité  du  pouvoir.  Les  catholiques,  qui 
formaient  les  deux  tiers  de  la  population,  se  virent  privés 
de  leur  patrimoine,  et  furent  réduits  à  l'inertie  et  à  une  véri- 
table mort  civile  par  des  lois  injustes  et  barbares.  Ces  lois 
réduisaient  ceux  qui  ne  voulaient  pas  embrasser  le  prote*- 


1.1  I  I  I  R  \Il  Il  F..  103 

taulisme  .1  traîner  sur  l«*in   terre  Datait;  une  déplorable  exis- 
tence, sans  qu'aucun  effort  de  leur  industrie  pût  les  faire 
sortir  de  leur  condition  d'ilotes  <'t  <!<•  parias.  Elles  leur  fer 
nièrent  toutes  les  voies ,  celles  du  commerce,  de  L'agriculture, 
el  même  de  l'instruction  publique. 

Ou  ne  doit  doue  pas  s'étonner  que  ce  pays  soit  depuis  tant 
d'années  en  proie  à  l'anarchie,  et  qu'il  ait  vu  si  souvent  naître 
dans  son  sein  des  associations  semblables  à  celle  que  dépeint 
le  poëme  dont  nous  nous  occupons. 

Nous  croyons  que  l'on  peut  rapporter  les  événemens  de  ce 
poëme  à  la  fiq  du  siècle  dernier,  lorsque  l'esprit  d'insurrec- 
tion fermenta  dans  toutes  les  âmes,  par  l'espoir  trompeur  que 
les  Irlandais  avaient  conçu  d'obtenir  leur  liberté  à  l'aide  des 
armes  françaises. 

Les  premières  pages  du  Rebelle  présentent  la  situation  mal- 
heureuse de  l'Irlande  ,  et  ses  plus  beaux  sites  privés  de  tous 
leurs  charmes  pour  leurs  habitans  qu'absorbe  le  sentiment 
de  leur  misère.  Ils  sont  opprimés  dans  leur  religion  et  dans 
leurs  lois  :  «  Lois  dont  la  cruelle  miséricorde  ri  offre  de  repos 
([lie  dans  la  prison ,  et  d'abri  que  dans  la  tombe.  » 

Laws  whose  mercy  only  gave 
Rest  in  the  gaol ,  and  shelter  in  the  grave. 

La  rébellion  s'établit  dans  une  des  vallées  solitaires  de  la 
contrée.  Mais  tout  à  coup  une  cause  ignorée  rend  la  tran- 
quillité à  ce  malheureux  pays;  la  révolte  semble  assoupie,  et 
O'Neill,  qu'on  ne  fait  pas  connaître  d'abord  comme  chef  de 
rebelles,  paraît,  sous  le  nom  de  Desmond ,  aux  fêtes  de  ré- 
jouissances qui  se  donnent  chez  lord  Ullin ,  dont  il  doit 
épouser  la  fille.  Desmond,  véritable  nom  du  jeune  lord,  est 
le  dernier  rejeton  d'une  tige  royale  qui  gouverna  l'Irlande 
dans  les  tems  les  plus  reculés.  «  Ses  formes  n'avaient  rien  de 
grossier.  L'éclat  de  sa  jeunesse  commençait  à  faire  place  à 
des  teintes  plus  viriles.  Ses  membres  avaient  ces  belles  pro- 
portions que  les  Grecs  aimaient  à  retracer,  où  la  force  était 
unie  à  la  légèreté,  et  adoucie  par  la  grâce.  Ses  traits  étaient 


io4  LITTÉRATURE. 

beaux  comme  l'antique,  et  des  boucles  noires  se  jouaient  sur 
un  front  large  et  ouvert.  Son  œil  disait  avec  éloquence  ce 
que  sa  bouche,  moins  dangereuse,  n'osait  exprimer.  Parfois, 
néanmoins,  un  souvenir  semblait  voiler  son  regard,  en  tem- 
pérer les  rayons  ou  les  faire  étineeler  comme  la  flamme. 
Mais,  en  général,  son  air  calme  et  indifférent  semblait  indi- 
quer une  pensée  lente  et  des  émotions  rares.  Bien  qu'on  fît  de 
sa  croyance  religieuse,  jadis  si  chère,  un  sujet  de  doute,  de 
mépris,  de  blasphème;  bien  que  le  domaine  perdu  de  ses 
pères  fût,  comme  tout  ce  qui  est  déchu,  l'objet  des  plaisan- 
teries du  vulgaire,  pourtant,  la  passion  ne  colorait  pas  son 
visage,  et  ne  lui  arrachait  ni  le  sourire  du  dédain  ni  la  parole 
insultante.  Ceux  qui  l'avaient  connu  dans  son  enfance  crurent, 
avec  étonnement,  que  son  âme  était  devenue  aussi  insen- 
sible qu'elle  le  paraissait.  Peut-être  ne  se  trompaient-ils  pas. 
Car  avec  les  années  s'effacent  les  fraîches  impressions  de  la 
jeunesse;  comme  des  feuilles,  elles  se  flétrissent  une  à  une. 
Les  pensées  qu'on  a  le  plus  aimées  s'obscurcissent,  et  la  vertu 
paraît  moins  belle.  Nous  cessons  de  compter  sur  nous-mêmes; 
nous  renfermons  les  nobles  pensées,  trop  sacrées  pour  la 
foule;  nous  descendons  à  son  niveau,  et,  par  une  longue 
habitude,  nous  finissons  par  faire  partie  d'elle.  La  passion, 
la  sensibilité,  toutes  les  sources  si  pures  d'où  découlent  les 
vives  et  hautes  conceptions,  n'ont  rien  de  commun  avec  le 
monde.  Livrés  à  son  influence,  nous  devenons  trop  froids 
pour  le  bonheur,  trop  endurcis  pour  la  souffrance;  et  chaque 
année  qui  s'écoule  ôte  du  prix  aux  promesses  de  l'amour  et 
aux  rêves  du  patriotisme.  Chaque  jour  l'esprit  devient  plus 
étranger  aux  pensées  et  aux  liens  qu'il  avait  lui-même  re- 
cherchés, jusqu'à  ce  que,  devenu  indifférent  à  tout  autre 
intérêt  que  le  sien  ,  il  s'y  renferme,  se  rétrécit  et  se  resserre.  » 
L'auteur  rend  avec  un  charme  plein  de  vérité  ces  impres- 
sions morales  qui  ont  occupé  les  rêveries  de  tous  ceux  que  la 
réflexion  a  vieillis.  C'est  le  privilège  du  génie  de  devancer  les 
lecous  du  tems,  et  la  jeunesse  du  poète  n'ôte  point  à  ses  pen- 
sées cette  profondeur  et  cetle  justesse  qui  ne  sont  ordinaire- 


LITTÉRATURE. 
meut  le  partage  que  de  l'âge  mûr.  il  sait  parler  à  la  raison 
comme  à  la  sensibilité.  Je  ue  puis  me  refuser  an  plaisir  d'en 
donner  une  seconde  preuve,  en  citant  une  slrophe  qui  est 
l'expression  d'une  de  ces  pensées  heureuses  qu'on  aime  à  ren- 
contrer. 

Il  est  question  d'O'Neill  qui  était  passé  dans  les  pays  étran- 
gers, et  qui  pendant  long-tems  ne  reparut  point. 

«  Les  années  s'écoulèrent;  il  est  une  heure  de  la  vie  que 
souvent  notre  esprit  inquiet  voudrait  pouvoir  rappeler.  Ce  fut 
celle  qui  nous  dirigea  vers  le  malheur  ou  la  félicité.  Une  cir- 
constance, souvent  frivole  en  apparence,  parfois  ignorée  de 
tous,  excepté  de  celui  qui  sent  Irop  bien  l'influence  qu'elle 
exerce  sur  sa  destinée,  a  pu  donner  sa  couleur  à  toute  l'exis- 
tence. Le  choix  est  un  instant  en  notre  pouvoir..  ;  l'ame  se 
dirige  ensuite  obscurément  vers  le  but  fixé  par  le  destin.  Oui , 
['éternité  peut  dépendre  d'une  heure  :  et,  avant  que  cette  heure 
soit  écoulée,  nous  marchons  vers  la  renommée,  la  disgrâce, 
l'échafaud,  ou  un  trône,  puis  à  la  mort;  et  vers  quoi  au  delà 

de   la    tombe? Ah!    où    se    dissipera   l'obscurité   de  nos 

destinées  ?  » 

Nous  pensons  qu'on  ne  saurait  rendre  avec  plus  de  force 
une  vérité  dont  chacun  peut  faire  l'application  à  quelque  cir- 
constance de  sa  vie.  On  ne  lira  point  cetle  page  sans  s'y  ar- 
rêter, sans  rêver  au  passé,  sans  qu'un  souvenir  mystérieux, 
long-tems  éloigné ,  vienne  se  représenter  à  l'esprit. 

M.  Bulwer  a  peu  multiplié  les  incidens;  mais  il  a  donné  un 
libre  cours  au  développement  de  ses  pensées.  Aussi,  on  revient 
souvent  à  cette  lecture  avec  un  plaisir  qui  a  toujours  l'attrait 
de  la  nouveauté;  car  ,  l'analyse  des  sentimens,  nous  reportant 
au-dedans  de  nous-mêmes,  éveille  une  activité  intérieure  mille 
fois  plus  douce  que  cette  vaine  curiosité  qui  se  rattache  aux 
événemens,  et  qui,  une  fois  satisfaite  ,  ne  laisse  rien  après  elle. 
Dans  cepoëme,  les  faits  ont  le  mérite  de  n'être  pas  assez  nom- 
breux pour  le  réduire  à  une  pure  narration,  mais  d'être  assez 
bien  choisis  pour  offrir  à  la  pensée  des  tableaux,  tantôt  pleins 
de  vigueur,  tantôt  remplis  de  grâce.  Nous  n'en  offrirons  pas 


iu6  LiTlEilATlRE. 

l'analyse  :  nous  craindrions  de  diminuer  le  plaisir  que  donnera 
la  lecture  de  ce  charmant  ouvrage;  niais  nous  dirons  que  l'au- 
tour sait  peindre  les  images  les  plus  opposées  avec  un  talent 
égal.  Rien  n'est  plus  tendre,  plus  poétique  que  la  scène  d'adieu 
entre  Desmond  et  JSllen,  alors  qu'il  la  quitte  pour  rejoindre  les 
conjurés.  Elle  ignore  le  motif  qui  l'éloigné;  mais  son  cœur 
pressent  une  longue  absence.  «  Ah  !  il  y  a  dans  cet  adieu,  dit- 
elle,  plus  qu'un  adieu  ordinaire  !  » 

Quand  elle  est  pressée  ensuite  par  son  père  de  former  un 
autre  lien,  l'auteur  essaie  d'exprimer  l'ascendant  auquel  cède 
son  affection  filiale;  il  peint  avec  des  couleurs  si  vraies  la  force 
de  ce  pouvoir  lent ,  mais  sûr,  qu'exerce  toujours  sur  nous  l'af- 
fection qui  ne  commande  pas,  mais  qui  implore,  qu'il  n'est 
personne  qui  ne  soit  ému  en  lisant  ce  passage ,  et  qui  ne  se 
reconnaisse  capable  d'un  sacrifice  ainsi  obtenu. 

Lorsqu'à  ces  scènes  touchantes  succèdent  les  sombres  entre- 
vues d'O'Neill  avec  les  conjurés,  la  description  de  leur  réduit 
secret,  de  leur  table  de  festin,  sur  laquelle  les  coupes  et  les 
glaives  se  trouvent  entremêlés,  on  frémit  en  écoutant  le  dis- 
cours éloquent  de  leur  chef,  et  on  ne  peut  se  refuser  à  l'admi- 
ration qu'inspirent  des  moyens  d'un  ordre  si  élevé. 

L'entretien  d'O'Neill  dans  sa  prison  avec  son  ennemi  Marlow, 
le  discours  qu'il  adresse  au  peuple  au  moment  de  son  exécu- 
tion, la  peinture  de  la  foule  qui  se  presse  autour  de  i'échafaud , 
sont  autant  de  morceaux  d'une  admirable  énergie.  L'auteur 
semble  emprunter  alors  aux  meilleurs  historiens  quelques-unes 
de  leurs  couleurs  sombres  et  fortes,  de  même  qu'il  se  rapproche 
par  la  facilité  de  sa  diction  du  poète  le  mieux  inspiré  que  l'on 
ait  jamais  connu. 

Nous  voudrions  pouvoir  citer  tous  les  passages  qui  nous  ont 
frappés.  Ce  serait  le  meilleur  moyen  de  louer  cet  ouvrage, 
comme  il  mérite  de  l'être.  Mais,  resserrés  dans  des  limites 
étroites ,  nous  ajouterons  seulement  ici  quelques  traits  de  la 
touchante  figure  d'Ellen ,  sur  laquelle  le  poète  a  répandu  tout 
le  charme  délicat  dont  on  peut  embellir  une  femme. 

Après  avoir  décrit  les  tristes  tableaux  qu'Ellen  avait  sans 


uni  k  m  i\\  ..,- 

cessç  devant  les  yeux  ,  il  ajoute  :  De  telles  scènes  avaient  ob- 
icurci  d'un  voile  mélancolique  l*éclal  brillant  de  sa  jeunesse,  et 
la  beauté  de  ses  traits,  le  sonde  sa  voi\  avaient  une  harmonie 
pleine  de  magie  et  de  tristesse  ;  l'abattement  de  son  âme  se 
iisait  dans  la  profonde  sensibilité  de  son  regard.  Solitaire,  peu 

sive,  mélancolique]  dès  sa  naissance,  son  cœur  avait  paru  trop 
tendre  pour  élre  gai.  Tels  sont  ceux  sur  lesquels  l'amour  aime 
à  régner,  ceux  pour  lesquels  il  convertit  en  chaînes  ses  plus 
légères  guirlandes.  Pour  eux,  le  monde  des  antres  n'est  rien;  ils 
se  renferment  en  eux-mêmes  pour  se  nourrir  de  leurs  douces 
pensées;  la  passion  devient  leur  vie.  Ah  !  malheur  à  ceux  à  qui 
le  délire  de  l'amour  rend  le  repos  à  charge,  qui  lient  à  des 
roseaux  leurs  espérances ,  leurs  joies,  et  murmurent  contre  les 
vents  capricieux  qui  les  brisent! 

«  Heureux  celui  dont  le  cœur  inconstant  trouve  à  chaque 
fleur  nouvelle  un  charme  nouveau!  Malheur  à  celui  qui,  liant 
à  une  seule  son  destin,  veille,  adore,  se  désespère  et  meurt!  » 

La  versification  de  ce  poëme  est  facile;  les  mots  semblent 
obéir  à  la  pensée.  On  engagerait  même  l'auteur  à  se  défier  de 
cette  facilité  qiti  laisse  remarquer  quelquefois  des  épithètes 
hasardées,  et  des  expressions  qui  manquent  de  justesse.  Ces 
défauts  sont  rares  néanmoins;  et  pour  y  échapper,  il  su  Ait 
que  M.  Bulv>  er  se  rappelle  que ,  plus  l'imagination  est  riche  et 
abondante,  plus  il  faut  chercher  à  lui  associer  la  patience  et 
la  méditation  ;  elles  seules  peuvent  donner  aux  productions  de 
l'esprit  ce  degré  de  perfection  et  d'élégance  dans  le  choix  des 
expressions,  qui  ajoute  tant  de  prix  aux  belles  inspirations  de 
la  pensée. 

H  — e  P. 


III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMERIQUE  SEPTENTRIONALE. 

ÉTATS-UNIS. 

I.  —  *  Lectures  of  the  éléments  of  polltical  economy,  etc.  — 
Leçons  élémentaires  d'économie  politique,  par  Thomas  Coo- 
per,  D.  M.r  président  du  collège  de  la  Caroline  du  sud,  pro- 
fesseur de  chimie  et  d'économie  politique.  Columbia,  1826. 
In-8Q  de  280  pages; 

On  voit,  par  le  titre  de  cet  ouvrage,  que  M.  le  professeur 
Cooper  possède  une  grande  diversité  de  connaissances:  et  en 
effet,  l'économie  politique  n'est  pas  une  science  qui  puisse 
subsister  isolée  comme  les  mathématiques,  et  en  général,  les 
sciences  abstraites;  elle  s'environne  de  compagnes  qui  sont  ses 
auxiliaires  naturelles  et  nécessaires.  On  ne  peut  discuter  assez 
bien  les  intérêts  de  l'industrie ,  si  l'on  n'est  pas  initié  à  ses 
procédés,  aux  connaissances  qu'elle  applique,  aux  ressources 
qu'elle  possède,  aux  besoins  qu'elle  ressent  :  le  commerce,  et 
principalement  le  commerce  maritime,  ne  peut  se  passer  des 
secours  de  la  statistique,  et  fera  très-bien  de  se  munir  de 
notions  exactes,  aussi  étendues  qu'il  sera  possible,  sur  toutes 
les  matières  qui  sont  un  objet  d'échange,  sur  les  contrées  qui 
les  produisent,  etc.  L'économie  politique  se  chargeant  de  co- 
ordonner les  ressources  des  sociétés  humaines  et  de  les  diri- 
ger vers  le  plus  grand  bien  qu'elles  puissent  opérer,  est  une 
partie  considérable  de  la  science  sociale,  complément  de  toutes 
les  autres  sciences,  et  qui  ne  peut  venir  que  la  dernière.  Nous 
n'en  avons  donc  encore  que  la  première  ébauche,  quelques 
vérités  sans   liaison,  altérées   peut-être  par  un  mélange  qui 


(1)  Nous  indiquons  par  uu  astérisque  (*)  ,  placé  à  côté  du  titrede  chaque 
ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui  paraissent  dignes  d'une  atten- 
tion particulière  ,  et  nous  eu  reudrous  quelquefois  compte  dans  la  section  des 
Analyses. 


AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE.  109 

les  défigure, Ct  leur  fait  perdre  une  partie  de  leur  utilité.  Dans 
cet  état  de  nos  connaissances,  nous  n'avons  pas  le  droit  de 
pronoucer  le  mol  d'éiémens,  au  sujet  d'une  science  à  peine 
commencée.  Si  les  étémens  étaient  autre  chose  que  les  principes 
généraux,    les    vérités  génératrices   de  toutes    celles  dont  la 
science  est  composée,  ce  mot  n'aurait  aucun  sens  rigoureux; 
il  ne  serait  pas  bien  placé  dans  le  dictionnaire  des  sciences. 
Qu'on  nous  fasse  des  traitas  d'économie  politique,  jusqu'à  ce 
que  l'on  soit  arrivé  à  la  découverte  de  ses  élémens,  enveloppés 
peut-être  de  ténèbres  plus  épaisses  que  celles  qui  nous  déro- 
bèrent si  long-tems  la  connaissance  de  la  gravitation  univer- 
selle.  Et  en   effet  ,  M.   Cooper  n'a  traité    que  des   questions 
isolées  en   petit  nombre,  et  dont  quelques-unes  ne  sont  pas 
élémentaires;  car  elles  supposent  la  solution  d'une  série  d'autres 
questions  préparatoires  dont  chacune  exigerait  de  profondes 
méditations.  Telle  est,  par  exemple,  la  dissertation  sur  l'in- 
fluence de  l'accroissement  de  la  population  sur  le  bien  être 
des  sociétés.  M.  Cooper  est ,  sur  cet  objet,  du  même  avis  que 
M.  Malthus,  sans  fortifier  par  de  nouveaux  raisonnemens  la 
doctrine  du  philosophe  anglais.  Le  professeur  américain  n'est 
•pas  encore  arrivé  à  la  détermination  précise  de  la  valeur,  et  des 
moyens  de  comparer  entre  elles  des  valeurs  de  différentes  na- 
tures :  il  ne  nous  met  donc  pas  encore  en  état  d'appliquer  le  cal- 
cul à  des  questions  qui,  en  dernière  analyse,   appartiennent 
à  V arithmétique  politique.  N'hésitons  pas  à  dire  une  vérité  sé- 
vère, mais  qu'il  est  lems  de  reconnaître  :  on  regarde  générale- 
ment l'économie  politique  comme  plus  avancée  qu'elle  ne  l'est; 
ses  bases  sont  mal  assurées,  et  seront  peut-être  exposées  à  de 
fortes  commotions  :  ce  danger,  si  elles  l'éprouvent,  ne  peut  être 
qu'une  crise  salutaire  :  on  a  commencé  trop  tôt,  et  par  des 
procédés  encore  mal  éprouvés,  un  édifice  qu'il  faudra  peut- 
être   reconstruire  en  entier.  Mais,  en  attendant  cette  grande 
révolution  dans  la  science,  et  afin  qu'elle  arrive  plus  promp- 
tement  et  sous  des  auspices  plus  favorables,  que  l'enseigne- 
ment de  l'économie  politique  soit  maintenu,  que  les  traités  de 
cette  science  suivent  exactement  ses  progrès.  Quoi  qu'on  en 
dise,  un  savoir  incomplet  vaut  mieux  qu'une  ignorance  totale; 
et,  puisque  les  méprises  de  l'apprentissage  sont  inévitables,  il  est 
bon  de  commencer  le  plus  tôt  possible,  et  de  continuer  avec 
persévérance  les   exercices  qui   nous   rendront  plus    habiles. 
Nous   n'indiquerons  pas  l'ouvrage  de  M.  Cooper  comme  une 
acquisition  que  nous  aurions  à  faire  au  moyen  d'une  traduc- 
tion ;  nos  compatriotes  ont  pourvu  aux  besoins  de  l'enseigne- 
ment ,  en  tout  ce  qui  est  relatif  à  l'économie  politique  :  mars 


nu  LIVRES  ETRANGERS. 

pour  l'usage  des  savans,  et  pour  l'histoire  de  la  science,  cet 
ouvrage  sera  fort  bien  placé  dans  les  bibliothèques. 

2.  —  *  Biography  of  thc  signers  to  the  déclaration  of  inde- 
pendencc ,  etc.  —  Biographie  des  signataires  de  la  déclara- 
tion de  l'indépendance  des  États-Unis.  Philadelphie,  1827. 
9  vol.  in-8°. 

Ce  n'est  pas  la  curiosité,  mais  la  reconnaissance  publique 
dont  les  soins  diligens  et  souvent  pénibles  ont  recueilli  les 
matériaux  de  cette  histoire.  Il  a  fallu  vaincre  la  répugnance 
qu'éprouve  naturellement  l'homme  le  plus  digne  d'estime 
lorsqu'il  s'agit  de  parler  de  lui-même  et  du  bien  qu'il  a  fait  ; 
les  citoyeus  dont  on  voulait  consacrer  la  mémoire  n'avaient 
point  travaillé  pour  la  renommée,  et  ne  lui  demandaient  point 
qu'elle  s'occupât  d'eux  :  ils  étaient  épars  sur  un  immense  ter- 
ritoire, livrés  aux  soins  domestiques  dont  ils  avaient  été  long- 
tems  détournés  parles  intérêts  de  la  patrie.  Ceux  qui  se  plaisent 
à  lire  les  biographies  de  Plutarque  seront  encore  plus  satisfaits 
de  celles-ci;  car  ils  y  trouveront  la  fidèle  image  de  ce  que  les 
tems  modernes  sont,  quoi  qu'on  en  dise,  en  étatde  produire  de 
grand,  de  noble,  de  vertueux.  Les  ouvrages  tels  que  celui-ci 
seraient  une  source  d'instructions  pour  le  législateur  qui  saurait 
en  profiter.  Il  y  verrait  que  les  hommes  dont  le  caractère  moral 
fait  le  plus  d'honneur  à  l'humanité  sont  seuls  capables  de  cer- 
tains crimes  politiques  contre  lesquels  il  arme  le  bras  de  la 
justice,  et  qu'il  condamne  aux  supplices  réservés  aux  plus 
infâmes  scélérats;  c'est  ainsi  que  les  lois,  devennant  souvent 
complices  de  la  tyrannie,  perdent 'l'estime  des  hommes  qui 
pensent  et  le  respect  des  peuples. 

La  biographie  des  signataires  de  l'indépendance  des  États- 
Unis  est  un  livre  national  pour  cette  heureuse  république. 
Rendra-t-on  le  même  hommage  aux  fondateurs  des  nouvelles 
républiques  du  Nouveau-Monde?  S'ils  troublent  cette  patrie 
dont  ils  ont  préparé  l'affranchissement,  si  leurs  dissentions 
l'empêchent  de  jouir  des  bienfaits  de  la  liberté,  ils  l'auront 
dispensée  de  toute  reconnaissance;  au  lieu  d'être  ses  fils  aînés 
et  chéris,  ils  ne  seront  que  des  enfans  dénaturés  :  espérons 
qu'un  aussi  grand  malheur  ne  menace  point  ces  nouveaux 
états  sur  lesquels  les  amis  de  l'humanité  ont  sans  cesse  les  yeux 
ouverts,  et  pour  lesquels  ils  font  les  vœux  les  plus  ardeus.     F. 

Ouvrages  périodiques. 

3.  —  *  Tiœ  New- York  médical  and  physical  journal.  — 
Journal  de  médecine,  etc.,  de  New-York.  New- York,  1827; 


AMERIQI  E  SEPTENTR.  —  AMER.  MKRID.  m 
Imprimerie  de  Kliss.  lu  8°j  ce  recueil  paraît  par  livraisons  tri 
méstrielles. 

Les  journaux  de  médecine  du  Nouveau-Monde  ne  le  cèdent 
nullement,  sous  le  i apport  de  l'intérêt  scientifique,  à  ceux  qui 
se  publient  (Mi  Europe.  On  s'accorde  à  assigner  à  celui  que 
nous  annonçons  le  premier  rang  parmi  les  recueils  pério- 
diques américains ,  consacrés  à  la  science  médicale.  L es  prin- 
cipaux articles  contenus  dans  le  dernier  cahier  qui  en  a  paru, 
sont  les  Suivant:  i°  im  Extrait  traduit  de  Vanatomie  chirurgicale 
de  M.  Velpeau,  par  le  docteur  Sterling,  de  New- York; 
2°  une  Notice  sur  un  cas  dans  lequel  le  laudanum  a  été  extrait 
de  l'estomac  au  moyen  de  C  appareil  de  Read,  par  le  docteur 
IMoore,  de  New-York;  3°  des  Observations  sur  l'usage  de  la 
stramoine  dans  le  rhumatisme  chronir/ue,  les  névralgies,  etc. , 
par  le  chevalier  de  Kirckhoff;  4°  Sur  l'Epidémie  qui  a  régné , 
en  1826,  dans  quelques  provinces  de  la  Hollande,  par  le  même; 
5°  Sur  les  bons  effets  du  prussiatc  de  fer  dans  le  traitement  de 
l'épilepsie,  par  le  même;  6°  Notice  sur  l'épidémie  qui ,  en  182/i 
et  1825,  a  ravagé  quelques  districts  de  Java,  par  le  même; 
7°  Sur  la  formation  du  gaz  hydrogène  phosphore,  par  le  profes- 
seur Beck  ,  de  New- York,  etc.  O. 

AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE. 


4-  —  Roi  de  policia.  —  Compte  rendu  de  la  police.  Impri- 
merie de  R.  Reugifo.  —  Cette  feuille,  dont  le  premier  numéro 
a  paru  le  8  avril  1827,  à  Santiago  de  Chili,  est  publiée  à  des 
époques  variables,  à  mesure  que  les  affaires  le  demandent. 

5.  —  Régis tro  de  documentos  ciel  Gobierno.  —  Registre  des 
documens  du  Gouvernement.  —  Celte  feuille  est  beaucoup  plus 
ancienne  que  la  précédente,  et  paraît  de  même  irrégulièrement, 
en  raison  de  l'urgence  des  affaires,  ou  de  l'abondance  des 
matériaux  :  elle  sort  de  l'imprimerie  de  la  bibliothèque. 

(Ces  deux  feuilles  sont  officielles  et  envoyées  par  le  gou- 
vernement aux  autorités  publiques.  On  ne  dit  pas  comment  les 
simples  particuliers  peuvent  se  les  procurer.) 

6.  —  La  Aurora. —  L'Aurore.  — Cette  feuille  est  pério- 
dique, et  paraît  six  fois  par  mois.  Prix  de  la  souscription, 
2  pesos  par  trimestre.  On  s'abonne  à  l'imprimerie  de  R. 
Rengifo,  et  chez  MM.  don  Martin  Andonaegui,  et  don 
Antonio  Ramos.  Le  premier  numéro  a  paru  le  16  juin  1827. 

7.  —  La  Gave ,  etc.  — La  Clef,  feuille  périodique,  poli- 


in  LIVRES  ÉTRANGERS, 

tique  el  d'indications  el  annonces.  La  souscription  est  de  8  réaux 
pour  autant  de  numéros.  On  s'abonne  chez  don  Antonio  Ra- 
mos.  Le  premier  numéro  a  paru  le  jeudi  21  juin  1827.  Ce  jour- 
nal paraîtra  le  jeudi  de  chaque  semaine. 

8.  —  Misce.Uaneu  politica  y  lifter  aria.  —  Mélanges  politiques 
et  littéraires.  —  Ce  journal  est  né  au  mois  dé  juillet  1827  :  il 
paraît  quatre  fois  par  mois,  el  l'abonnement  est  de  6  réaux 
par  mois.  On  s'abonne  chez  MM.  don  Martin  Audonaegui  et 
don  Antonio  Ramos. 

g.  —  Constitution  politica  del  estado  de  C/iile.  —  Constitu- 
tion politique  de  l'état  du  Chili.  Ouvrage  réimprimé  à  Londres  , 
1827.  Imprimerie  espagnole  de  M.  Calero,  17,  Frederick  place, 
Groswell  road. 

En  moins  de  deux  mois ,  trois  journaux  consacrés  à  la  poli- 
tique, aux  lettres  et  aux  affaires  ont  fait  leur  apparition  dans 
un  pays  que  le  régime  de  l'Espagne  n'avait  pas  disposé  pour 
cette  activité  intellectuelle.  L'heureuse  influence  de  la  liberté 
commence  donc  à  se  faire  sentir  au  Chili;  et,  puisqu'on  y  a 
goûté  ses  douceurs,  on  ne  pourra  plus  s'en  passer;  le  joug  de 
la  métropole  est  brisé  pour  toujours,  et  les  Chiliens  ne  bais- 
seront pas  la  tête  sous  le  sceptre  d'un  maître.  L'existence  po- 
litique de  cette  partie  de  l'Amérique  est  fixée  invariablement; 
les  fondateurs  de  la  république  tracent  les  limites  du  territoire, 
depuis  le  cap  Horn  jusqu'au  désert  d'Alacama,  et  depuis  le 
sommet  des  Andes  jusqu'à  la  mer,  avec  les  îles  adjacentes. 
Ainsi  l'ancien  territoire  du  Chili  est  prolongé  à  travers  ia 
Patagonie  jusqu'à  l'extrémité  du  continent  américain;  un  dé- 
veloppement de  plus  de  neuf  eents  lieues  de  côtes,  dont  les 
deux  tiers  au  moins  peuvent  alimenter  une  population  nom- 
breuse par  les  seules  productions  de  la  terre,  assure  à  ce  pays 
les  avantages  d'une  navigation  très-active  :  quant  à  son  com- 
merce, il  dépendra  de  son  industrie  comparée  à  celle  des 
nombreux  concurrens  qu'il  rencontrera  dans  cette  carrière.  ïl 
est  à  craindre  que  les  facultés  naturelles,  dont  les  Chiliens  ne 
sont  pas  moins  bien  pourvus  qu'aucune  autre  nation  ,  ne  se 
développent  plus  tard  et  plus  incomplètement  que  dans  les 
autres  États  américains  :  le  Chili  introduit  l'intolérance  reli- 
gieuse dans  sa  constitution  ,  excepté  dans  des  cas  si  rares  que 
ces  exceptions  à  la  loi  générale  n'auront  peut-être  jamais  lieu. 
Il  serait  pourtant  injuste  de  blâmer  les  auteurs  de  la  constitu- 
tion, sans  connaître  les  motifs  qui  les  ont  déterminés,  sans 
examiner  s'ils  n'ont  pas  dû  céder  à  des  habitudes  qu'il  eût  été 
dangereux  de  contrarier,  au  besoin  de  l'union  si  impérieux 
pour  les  États  naissans,  et   dont  l'organisation   encore  faible 


AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE,  ni 

peut  èlrè  facilement  altérée  «  et  même  détruite,  Malheureuse- 
ment aucune  disposition  efficace  n'est  introduite  pour  amélio- 
rer la  constitution ,  lorsqu'on  en  sentira  le  besoin  :  la  manière 

de  procéder  à  la  revision  d'un  seul  article  est  tellement  com- 
pliquée, embarrassante,  surchargée  de  conditions  et  de  diffi- 
cultés, qu'autant  vaudrait  avoir  décrété  l'immutabilité  absolue 

du  pacte  fondamental.  Les  nations  plus  libres  dans  les  voies 
du  perfectionnement  social ,  où  tous  les  individus  qui  peuvent 
s'éclairer  mutuellement  sont  mis  en  contact,  et  jouissent  au 
même  titre  et  au  même  degré  des  avantages  de  la  cité,  pren- 
dront le  pas  sur  le  Chili;  le  surpasseront  constamment  en  in- 
dustrie, en  force,  en  bien-être  social  :  aucune  richesse  ne  peut 
dédommager  de  ces  grands  biens;  et  quand  même  la  nation 
chilienne  se  résoudrait  à  n'occuper  que  le  dernier  rang  en 
Amérique,  penserait-elle  que  son  indépendance  ne  sera  jamais 
compromise,  et  que  sa  position  géographique  la  met  suffisam- 
ment en  sûreté?  Cette  confiance  serait  dépourvue  de  sagesse 
fet  de  dignité. 

Il  est  d'autant  plus  nécessaire  au  Chili  de  s'occuper  des 
moyens  d'améliorer  sa  position  sociale,  qu'il  semble  que  la 
nature  lui  refuse  maintenant  une  partie  des  biens  dont  elle 
l'avait  comblé.  Le  climat  délicieux  de  !aSerenay  de  Valparaïso, 
a  fait  place  à  d'épouvantables  orages.  En  1827,  les  torrens,  plus 
destructeurs  que  les  tremblemens  de  terre,  ont  ravagé  tout  le 
pays  :  il  semble  que  la  longue  chaîne  de  montagnes  qui,  sous 
des  noms  différens,  traverse  le  continent  américain  depuis  les 
mers  du  pôle  nord  jusqu'au  détroit  de  Magellan,  sépare  les 
domaines  de  deux  puissances  contraires ,  l'un  à  l'est,  dont  le 
climat  s'améliore,  et  l'autre  à  l'ouest,  dont  le  climat  devient 
de  plus  en  plus  sévère  et  intraitable.  En  1827,  le  gouverne- 
ment du  Chili  avait  à  réparer  de  grands  désastres  dont  les  jour- 
nauxquisont  le  sujet  de  cet  article  contiennent  les  détails  :  il 
était  au  dessus  de  ses  forces  de  soulager  tous  les  infortunés , 
et  il  pouvait  encore  moins  faire  disparaître  les  immenses  dé- 
gâts causés  parles  eaux  descendues  des  montagnes,  rendre  la 
fertilité  aux  vallées  dépouillées  de  terre  végétale,  rétablir  les 
plantations,  débarrasser  le  sol  des  rochers  et  des  graviers 
déposés  par  les  torrens.  C'est  dans  des  circonstances  aussi  pé- 
nibles qu'un  gouvernement  s'applaudit  d'avoir  été  économe, 
d'avoir  mis  en  réserve  pour  des  besoins  réels  ce  que  l'on  pro- 
digue ailleurs  pour  le  luxe  des  cours,  et  pour  mieux  river  les 
fers  des  peuples. 

La  feuille   officielle,  intitulée   Roi  de  policia,  a  pris  pour 
épigraphe  la  définition  de  la  police  donnée  par  Bentham  dans1 
t.  xxxvii. — Janvier  1828.  S 


1 1  *  LIVRES  ÉTRANGERS. 

son  traité  de  législation  :  «  C'est  un  système  de  précautions  dont 
le  but  est  de  prévenir  les  délits,  et  de  pourvoir  aux  calamités 
publiques;  le  mal  moral  et  les  besoins  physiques  sont  égale- 
ment l'objet  de  ses  prévoyances.»  On  s'attendait  bien  qu'il 
ne  serait  point  question  de  cette  police  cadavéreuse,  suivant 
l'énergique  expression  de  Mirabeau,  qui  prend  ses  agens  dans 
les  bagnes  et  dans  la  fange  de  la  corruption  morale  la  plus 
dégoûtante.  Celle-là  cache  ses  opérations,  les  noms  de  ses  em- 
ployés, et  ne  rend  point  de  compte  public:  celle  du  Chili 
s'environne  de  toutes  les  lumières  de  la  publicité.  Elle  ne  se 
borne  pas  à  faire  connaître  ses  actes;  elle  en  expose  les  mo- 
tifs, et  les  discute  avec  une  clarté  qui  ne  peut  manquer  de 
convaincre  pour  le  moment,  et  d'éclairer  pour  l'avenir.  Loin 
d'affermer  les  maisons  de  jeu,  elle  les  fait  rechercher,  afin  de 
punir  les  auteurs  de  ce  brigandage.  Elle  réprime  le  zèle  indis- 
cret des  prédicateurs  :  elle  invite  les  écrivains  périodiques  à  la 
seconder  dans  la  recherche  de  ce  qui  petit  être  utile  ou  dan- 
gereux. C'est  par  elle  que  nous  sommes  informés  du  zèle  que 
les  citoyens,  et  même  les  étrangers  qui  se  trouvaient  au  Chili 
lors  des  inondations,  ont  montré  pour  le  soulagement  des  vic- 
times de  ce  désastre.  Il  n'y  a  rien  de  véritablement,  d'essen- 
tiellement honnête  qu'on  ne  puisse  attendre  d'une  telle  police. 
En  vérité,  notre  langue  est  trop  pauvre  :  est-il  permis  de  dési- 
gner par  le  même  mot  une  magistrature  prudente  et  tutélaire, 
et  l'espionnage  organisé  au  profit  de  quelques  misérables  inté- 
rêts? Il  n'y  a  que  trop  d'États  où  la  police  est  dégradée  jusqu'à 
ces  ignobles  fonctions. 

Le  Registre  des  document  officiels  composera  quelque  jour 
un  recueil  très-précieux  pour  l'histoire.  On  y  voit  que  le  con- 
grès chilien  procède  à  l'organisation  définitive  du  pays  avec 
une  lenteur  qui  tient  sans  doute  aux  difficultés  qu'il  éprouve, 
et  peut-être  aussi  au  caractère  espagnol,  que  les  grands  dan- 
gers ne  peuvent  déterminer  à  presser  une  délibération: 

Hispani  in  tanto  discrimine  consultabant. 

Une  marche  aussi  réfléchie  s'accorderait  mal  avec  la  pro  • 
lixité  du  langage  :  cependant,  aucun  développement  néces- 
saire n'est  oublié,  et  chaque  loi  ou  décret  est  précédé  d'un 
court  exposé  des  motifs;  le  législateur  s'adresse  à  l'intelligence 
des  citoyens,  et  veut  qu'ils  comprennent  les  lois  avant  de  les 
sanctionner  par  leur  acceptation. 

C'est  principalement  dans  les  écrits  périodiques  non  officiels 
que  l'on  peut  reconnaître  l'esprit  actuel  d'une  nation,  sa  ten- 
dance, sa  physionomie  morale.  Le  mois  de  juin  1827  en  a  vu 


AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE.  11S 

paraître  deux  a  la  fois  dans  la  capitale  du  Chili  :  l' Juron  se 
montre  six  fois  par  mois,  et  la  Clef  tilt  son  office  chaque  jeudi 

de  la  semaine.  Le  premier  recueil  est  plus  littéraire,  et  le  second 

est  plus  abondant  en  nouvelles  ;  l'un  et  l'autre  sont  rédigés  dans 
des  vues  très  louables,  avec  un  sincère  patriotisme.  L' Aurore 
montre  à  découvert  la  détresse  des  finances  du  Chili  ,  et  ne 
crie  pas  à  la  dilapidation ,  ce  qui  est  rare  dans  les  républiques  , 
aussi  bien  que  dans  les  monarchies  :  on  y  trouve  des  particu- 
larités intéressantes  sur  le  canal  du  Maypo;  et  la  Clef  donne 
les  statuts  de  la  société  formée  pour  L'achèvement  de  ce  grand 
ouvrage  destiné  à  l'arroscmentde  la  plaine  comprise  entre  cette 
rivière  et  le  Mapocho.  On  voit,  dans  l'un  et  l'autre  journal  , 
qu'après  dix-sept  ans  de  révolution,  les  chances  diverses  de  la 
guerre  et  des  agitations  civiles,  dans  une  république  sans  cons- 
titution et  soumise  encore  à  un  gouvernement  provisoire,  les 
biens  des  couvens  supprimés  sont  achetés  avec  confiance  au 
même  prix  que  les  autres  propriétés.  Cette  disposition  des  es- 
prits serait  de  bon  augure,  si  le  projet  de  constitution  n'avait 
pas  consacré  l'intolérance  religieuse.  Remarquons,  sur  ce  grave 
sujet,  combien  notre  faible  raison  est  sujette  à  se  laisser  entraî- 
ner par  des  illusions,  à  se  soumettre  à  la  puissance  des  mots. 
C'est  peut-être  a  l'étymologie  du  mot  tolerancia  qu'il  faut  attri- 
buer l'art.  10  de  la  constitution  chilienne.  Le  congrès  constituant 
n'a  pas  vu  que  la  liberté  religieuse  n'est  pas  accordée  aux  ci- 
toyens par  la  condescendance  du  législateur;  que  c'est  un  droit 
encore  plus  sacré  que  celui  de  la  propriété  ;  que  les  monarchies 
même  le  respectent,  à  l'exception  de  l'Espagne,  dont  l'exem- 
ple devrait  avoir  peu  d'autorité  dans  les  anciennes  possessions 
espagnoles  en  Amérique.  Dans  X Examen  instructifs  publie  sous 
la  forme  de  dialogues,  à  la  suite  de  la  Constitution  politique  du 
Chili,  on  lit  cet  étrange  raisonnement  :  «  Il  n'y  aura  pas  de  tolé- 
rance au  Chili,  parce  qu'elle  suppose  la  nécessité  de  souffrir, 
et  qu'étant  tous  d'accord  pour  n'admettre  qu'un  seul  culte,  ce- 
lui de  la  religion  catholique  romaine,  nous  ne  pouvons  avoir 
aucuns  démêlés  relatifs  à  cet  objet,  et  que  nous  ne  sommes  pas 
dans  le  cas  ni  de  souffrir  de  la  part  des  autres,  ni  de  leur  faire 
endurer  à  eux-mêmes  les  relations  avec  des  hommes  qu'ils  ne 
pourraient  voir  sans  que  leur  conscience  en  fut  alarmée,  ete  » 
Cette  logique  peut  mener  très-loin  en  politique  :  elle  assurerait 
l'empire  de  l'habitude,  interdirait  les  innovations  les  plus  rai- 
sonnables ou  les  plus  indifférentes,  le  changement  de  lois  fu- 
nestes, aussi  bien  que  celui  des  foi  mes  descoiffures  ou  des  pour- 
points. Une  nation  qui  s'engage  ainsi  à  persister  dans  une  voie 
déterminée,  et  qui  rejette  ceux  de  ses  membre;,  qui  s'en  écarte- 


ii  G  LIVRES  ETRANGERS, 

raient,  se  prépare  dans  l'avenir  des  troubles  intérieurs,  des 
crises,  des  périls  :  les  fautes  de  cette  nature  ne  peuvent  être 
commises  impunément. 

On  ne  peut  guère  douter  que  les  fondateurs  delà  république 
chilienne  n'aient  mis  des  obstacles  à  la  prospérité  future  de  la 
patrie  dont  ils  auront  ce,  endant  si  bien  mérité:  mais,  quelque 
infortune  qui  puisse  atteindre  le  Chili ,  elle  ne  sera  point  com- 
parable à  l'affreuse  position  de  la  république  de  Guatemala.  Cet 
Etat,  formé  le  dernier  de  tous,  se  vantait  que  sa  révolution  n'a- 
vait coûté  ni  sang,  ni  larmes;  le  génie  du  mal  a  pris  une  épou- 
vantable revanche.  On  peut  en  juger  par  l'ordre  suivant,  publié 
par  le  chef  des  révoltés. 

«  José  Pierson  ,  commandant  général  des  forces  armées  des 
quatre  départemens,  arrête  :  i°  que  tout  groupe  de  plus  de 
trois  personnes  sera  dispersé  à  coups  de  fusil  ;  2°  que  toutes  les 
armes,  de  quelque  nature  qu'elles  soient,  seront  déposées  au 
quartier-général,  dans  les  vingt  quatre  heures;  tout  individu 
qui  en  aura  conservé,  fût-ce  même  une  fronde,  une  canne,  un 
canif,  sera  fusillé  sur-le-champ;  3°  on  passera  par  les  armes 
tous  ceux  qui  tenteraient  de  séduire  les  soldats  ou  les  paysans....  » 
Dans  une  de  ses  proclamations  ,  le  président  du  gouvernement 
fédéral  dit  que  ce  chef  rebelle  est  un  étranger  ;  si  l'Amérique 
n'est  pas  tout-à-fait  sans  torts  à  l'égard  de  l'Europe,  il  faut 
convenir  que  l'Europe  a  fait  aussi  au  Nouveau-Monde  de  bien 
funestes  présens. 

Revenons  au  Chili  et  à  des  idées  moins  pénibles  Le  climat  de 
ce  pays  passe  depuis  long-tems  pour  un  des  plus  favorable» 
à  la  longévité  :  L'aurore  en  donne  un  exemple  remarquable. 
Dans  le  petit  canton  de  Colina ,  un  vieillard  de  1 1 6  ans ,  et  une 
femme  âgée  de  107  ans,  ont  terminé  leur  carrière  au  mois  de 
juin  1827.  Il  reste  dans  le  même  lieu  un  vieillard  de  108  ans 
qui  subsiste  de  son  travail  et  nsonte  presque  tcus  les  jours  à 
cheval,  et  un  autre  encore  plus  robuste  ,  mais  qui  n'a  pas  plus 
de  104  ans,  outre  une  femme  qui  est  certainement  plus  âgée  que 
l'un  et  l'autre  d'un  bon  nombre  d'années;  car  aucun  homme  ciu 
pays  ne  se  souvient  de  l'avoir  vue  jeune  :  elle-même  a  tout-à- 
fait  oublié  son  âge,  et  ses  descendans  de  toutes  les  générations 
actuellement  vivantes  sont  en  nombre  illimité. 

Nous  ne  pourrons  dire  qu'un  mot  des  Mélanges  politiques  et 
littéraires  dont  nous  n'avons  vu  que  trois  numéros.  Le  but  des 
rédacteurs  est  de  répandre  la  connaissance  du  gouvernement 
représentatif,  et  de  recueillir  ies  expressions  de  l'opinion  pu- 
blique à  laquelle  ce  gouvernement  doit  se  conformer  en  tout  ce 
qui  est  juste  et  utile.  Us  combattent  les  doctrines  du  fédéralisme 


\  MKRIOUE  MÉRIDIONALE.— EUROPE.         117 

dont  l'exemple  de  Guatemala  préservera  sans  doute  les  nou- 
velles républiques.  En  général,  les  dissertation*  insérées  dans 
ces  Mélanges  sont  sages,  mais  quelquefois  trop  courtes,  en  rai- 
son de  l'importance  de  leur  objet.  Les  premiers  numéros  sont 
presque  entièrement  politiques;  nous  ne  savons  donc  pas  en- 
core comment  la  littérature  y  sera  traitée.  Y. 

EUROPE. 

GRANDE  BRETAGNE. 

10.  —  *  Travels  t/irough  Sicily,  etc.  —  Voyage  en  Sicile  et 
aux  iles  Lipari,  pendant  le  mois  de  décembre  1824;  par  un 
Officier  de  la  marine  ;  enrichi  de  Vues  et  de  Costumes  dessinés 
sur  les  lieux,  et  lithographies  par  M.  L.  Haghe.  Londres,  1827; 
r  lint.  In-8°  de  367  pages. 

Cet  ouvrage  contient  plutôt  l'histoire  ancienne  des  principales 
villes  de  la  Sicile,  que  des  observations  nouvelles  et  intéres- 
santes sur  le  caractère,  les  mœurs  et  les  usages  des  Siciliens 
modernes;  si  l'on  excepte  quelques  invectives  contre  les  mau- 
vaises auberges,  quelques  déclamations  contre  le  clergé  et  les 
moines  siciliens;  enfin,  quelques  descriptions  emphatiques  des 
côtes,  des  montagnes,  de  l'Etna,  etc.  On  ne  trouve  dans  ce 
livre  que  des  récits  tirés  de  Diodore  de  Sicile,  de  Denis  d'Ha- 
licarnasse ,  de  Virgile,  etc,  et  surtout  de  Cluverius  et  de  Fazellus. 

Pour  ne  pas  remettre  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs  ce  qui , 
depuis  leur  jeunesse ,  a  été  pour  eux  un  objet  d'étude ,  par 
exemple,  les  diverses  circonstances  de  la  guerre  Punique,  de 
l'invasion  de  Nicias,  etc;  et  surtout  pour  aborder  un  sujet  plus 
iutéressant,  c'est-à-dire  la  connaissance  des  mœurs  contempo- 
raines, nous  rassemblerons  ici  quelques-unes  des  observations 
les  plus  remarquables  de  l'auteur. 

«  Il  y  a,  dit-il ,  dans  le  caractère  des  Siciliens  des  disposi- 
tions naturelles  qui,  sous  l'influence  d'un  système  libéral,  élè- 
veraient cette  nation  à  un  rang  honorable  dans  l'échelle  sociale. 
Les  Siciliens  sont  vifs,  généreux,  hospitaliers,  polis  et  spiri- 
tuels. Leurs  passions  sont  fortes,  mais  elles  sont  adoucies  par 
un  penchant  naturel  à  la  bienveillance  et  aux  sentimens  affec- 
tueux. Mais  ces  heureuses  dispositions  sont  trop  souvent  altérées 
par  un  gouvernement  égoïste,  dont  la  politique  étroite  et  su- 
rannée ,  aidée  de  la  coupable  assistance  d'un  clergé  bigot  et 
ignorant,  anéantit  ou  du  moins  retarde  chaque  effort  qui 
tendrait  à  affranchir  les  facultés  morales  de  la  nation  et  son 
énergie  physique,  des  préjugés  qui  les  retiennent   inactives. 


n8  LIVRES  ETRANGERS. 

C'est  poar  parvenir  à  ces  funestes  résultats  qu'on  excite  le 
peuple  à  s'abandonner  avec  un  fanatisme  aveugle  aux  pratiques 
de  l'église  romaine,  pratiques  dont  quelques-unes  tiennent  plus 
des  vaines  pompes  du  paganisme  que  de  la  simplicité  et  de  la 
pureté  de  la  foi  chrétienne.  A  ces  causes  si  puissantes  de  la  dé- 
gradation d'une  nation  ,  nous  devons  ajouter  l'effet  produit  par 
l'habitude  qu'a  la  noblesse  sicilienne  de  vivre  dans  les  pays 
étrangers.  La  noblesse  qui,  en  Sicile,  forme,  même  sous  le  rap 
port  numérique,  une  partie  très-importante  de  la  population, 
non  seulement  ne  vit  pas  dans  ses  terres,  mais  même  ne  les 
visite  jamais,  excepté  quand  il  s'agit  d'arracher  le  paiement  de 
revenus  arriérés ,  revenus  qui  s'acquittent  toujours  en  nature 
et  d'après  des  stipulations  particulières  entre  le  propriétaire  et 
son  fermier.  C'est  à  Naples  principalement,  et  sur  le  continent 
en  général ,  que  les  nobles  et  les  riches  vont  dépenser  leurs 
revenus,  privant  ainsi  leur  terre  natale  de  ces  avantages  mo- 
raux qui  résultent  presque  toujours  d'une  communication  ha- 
bituelle entre  l'homme  riche  et  ses  subordonnés,  et  des  ré- 
sultats heureux  qui  naissent  de  l'émulation  parmi  les  classes 
laborieuses  d'une  nation. 

«  On  ne  fait  rien  en  Sicile  pour  l'amélioration  de  l'agricul- 
ture. Non  seulement  nul  encouragement  n'est  offert  au  fermier 
pour  l'exciter  à  perfectionner  les  procédés  employés  depuis 
plusieurs  siècles,  mais  tous  les  obstacles  civils  et  religieux  s'op- 
posent à  la  moindre  innovation. 

«  Les  difficultés  et  les  dépenses  qu'entraîne  le  transport  par 
terre  des  marchandises,  dans  un  pays  presque  totalement  dé- 
pourvu de  routes  praticables,  augmente  nécessairement  le  prix 
des  articles  de  première  nécessité.  Mais,  quand  de  stupides  res- 
trictions locales  viennent  encore  ajouter  à  ces  entraves,  le 
commerce  n'est  plus  qu'un  misérable  trafic. 

«  Les  classes  pauvres  et  laborieuses ,  presque  toujours  sans 
ouvrage,  mènent  une  vie  inactive*  elles  végètent  dans  un  état 
complet  d'abjection  ,  sans  l'assistance  et  hors  de  la  vue  des 
classes  plus  riches  et  plus  éclairées,  abandonnées  ainsi  à  tous 
les  besoins  et  à  toutes  les  superstitions.  Cependant,  grâce  à  là 
douceur  du  climat,  les  horreurs  de  la  misère  sont  considéra- 
blement atténuées,  et  le  peuple,  malgré  sa  pauvreté,  est  résigné 
et  paisible.  » 

Cet  ouvrage  renferme  des  renseignemens  utiles  pour  les 
voyageurs  qui  voudraient  visiter  la  Sicile;  il  contient  aussi  plu- 
sieurs lithographies  exécutées  avec  soin.  Nous  avons  particu- 
lièrement remarqué  celles  qui  représentent  les  temples  de  la 
Concorde,  de  Junon,  de  Cérès,  etc.  H. 


GRANDE-BRETAGNE.  119 

n,  —  Rccommendaçùtn  <lc  ta  iecturat  etc.  —  Recomman- 
dation de  la  lecture  tic  la  Hible  en  langue  vulgaire,  par  le 
Dr  Vu  1  vm  1  \  \.  Londres,  1827.  In-iadc  88  pages. 

Ce  petit  éciit  est  un  abrégé  très-succinct  d'un  grand  ouvrage 
publie,  il  y  a  déjà  bien  des  années,  par  le  savant  Yillanueva, 
l'un  de  ces  estimables  Espagnols  qui ,  retirés  en  Angleterre, 
expient  dans  l'exil  le  tort  d'avoir  des  taiens  et  d'avoir  rendu 
(ics  services  éminens  à  leur  pays  natal,  actuellement  déchiré 
par  L'anarchie  et  désolé  par  le  plus  stupide  despotisme. 

L'auteur,  versé  dans  la  littérature  étrangère  comme  dans 
celle  de  son  pays,  se  borne,  dans  cet  écrit,  à  citer  des  au- 
teurs espagnols.  C'est  une  mine  abondante  qu'il  exploite  avec 
succès. 

31.  le  professeur  Van  Ess,  de  Darmstadt,  qui  a  tant  écrit  en 
allemand  sur  la  lecture  de  la  Bible,  trouvera  probablement 
eucore  dans  cet  écrit  des  autorités  qui  ont  échappé  à  ses 
recherches. 

12.  —  An  examination  of  the  principles  of  legitimacjr,  — 
Examen  des  principes  de  la  légitimité,  par  Leslie-Grove-Jones, 
colonel,  etc.  Londres,  1827.  In-8°  de  86  pag. 

Le  colonel  Jones,  connu  par  sa  loyauté  et  son  caractère  ho- 
norable, se  montre  le  défenseur  des  libertés  publiques.  Selon 
lui,  le  gouvernement,  qui  en  est  le  gardien,  n'est  pas  institué 
au  profit  d'une  famille,  mais  pour  travailler  avant  tout  au 
bonheur  national  :  c'est  la  mission  qu'il  est  chargé  de  remplir. 
Telles  sont  les  doctrines  développées  dans  l'écrit  du  colonel 
Jones,  qui  fait  honneur  à  ses  taiens  et  à  ses  principes.        G. 

1 3. —  The  présent  state  ofHayti,  etc. — L'état  présent  de  Haïti, 
suivi  de  remarques  sur  son  agriculture,  son  commerce,  ses  lois, 
sa  religion,  ses  finances  et  sa  population;  par  James  Franklin. 
Londres,  1828;  Murray.  In-8°  de  l\io  pages;  prix,  10  sh.  6  d. 

Les  270  premières  pages  de  cet  ouvrage  sont  remplies  par 
le  récit  des  événemens  qui  se  sont  passés  à  Haïti,  depuis  la 
première  insurrection  des  colons  en  1789  jusqu'à  la  reconnais- 
sance d'indépendance  parla  France  ,  en  1826.  Les  commence- 
mens  de  la  révolution  de  Saint-Domingue  ne  sont  point  retracés 
avec  clarté,  et  ce  n'est  qu'à  compter  de  l'avènement  de  Tous- 
saint-Louverture  au  commandement  suprême  des  armées  in- 
surrectionnelles, que  le  récit  prend  de  l'unité  et  offre  de  l'in- 
térêt. On  reprochera  néanmoins  à  cette  partie  du  livre  de 
M.  Franklin  une  trop  grande  sévérité  envers  la  race  noire, 
trop  d'indulgence  pour  l'administration  du  roi  Christophe,  et 
une  censure  trop  amère  des  actes  des  président  Pétion  **t 
Bover, 


l»f)  LIVRES   ÉTRANGERS 

Les  i5o  dernières  pages  contiennent  des  remarques  fort 
intéressantes  sur  la  population,  l'agriculture,  le  commerce, 
la  religion,  les  lois,  etc.,  de  la  nouvelle  république;  mais  c'est 
dans  cette  partie  que  la  partialité  ,  je  dirai  presque  la  haine  de 
M.  Franklin  contre  la  population  noire  se  fait  surtout  remar- 
quer. Selon  lui,  le  peuple  d'Haïti  serait  le  plus  ignorant,  lu 
plus  superstitieux  ,  le  plus  corrompu  de  tous  ceux  qui  habitent 
les  deux  Amériques;  il  serait  plus  malheureux  qu'avant  son 
émancipation  ;  le  commerce  et  l'agriculture  de  l'île  ne  pour- 
raient fleurir  sans  l'emploi  des  moyens  coërcitifs  employés 
autrefois  par  les  colons,  et  plus  tard  par  le  cruel  Christophe. 
M.  Franklin  entre  dans  des  détails  circonstanciés  sur  les  diffé- 
rentes branches  de  l'administration  actuelle  d'Haïti ,  mais  c'est 
toujours  pour  condamner.  De  tous  les  fonctionnaires  qu'il 
nomme  dans  son  ouvrage ,  président,  secrétaires- d'état,  ma- 
gistrats, militaires,  etc.,  un  seul,  M.  Dupuï,  obtient  son  ap- 
probation et  ses  éloges. 

i4-  — Public  characters  of  the  présent  tunes. —  Biographie 
çles  hommes  vivans  de  l'Angleterre.  Londres,  i827;Knight 
and  Lacey.  Un  cahier  in- 1  8  de  12  pages,  publié  chaque  se- 
maine; prix,  3o  centimes  par  cahier. 

Cette  biographie  des  personnages  marquans  de  l'Angleterre 
vient  d'atteindre  sa  douzième  livraison;  elle  contient  les  vies 
du  roi  actuel,  George  IV;  du  duc  de  Clarence  ;  de  la  princesse 
Victoria  y  fille  unique  du  duc  de  Kent;  de  lord  Goderich  ;  de 
M.  Brougham  ;  du  duc  de  Wellington  ;  du  marquis  de  Lans- 
down  ;  de  lord  Lyndhurst  ;  du  docteur  Chas  Sutton  ;  de  sir 
James Scarlett ;  du  marquis  d'Jnglesea,  et  (par  exception  à  la 
règle  du  biographe  de  n'admettre  que  des  personnages  vivans) 
de  M.  Canning. 

Ces  notices  sont  écrites  avec  élégance ,  mais  avec  trop  peu 
d'impartialité.  L'éloge  abonde,  la  critique  est  rare.  Le  duc  de 
Wellington,  par  exemple,  n'est  point  seulement  considéré 
comme  le  grand  capitaine  du  xix*  siècle;  mais  aussi  comme  un 
des  premiers  hommes  d'état  de  l'époque.  Parmi  ces  notices, 
celles  sur  le  docteur  Sutton,  archevêque  de  Cantorbcry,  nous 
a  paru  rédigée  avec  le  plus  d'indépendance  ;  elle  doit  être  le 
travail  d'un  écrivain  habile  et  initié  à  toutes  les  particularités 
de  la  vie  de  ce  chef  de  l'église  anglicane. 

Ce  recueil  est  une  entreprise  utile ,   réclamée  depuis  loug- 
tems  par  le  public,  et  qui  deviendra  un  ouvrage  indispensable , 
si  à  la  biographie  des  hommes  d'état,  on  ajoute  celle  des  écri 
vains   et   des   savans  qui   honorent    aujourd'hui   l'Angleterre. 

F.  D. 


(;n.\:\i)i;  inu'/r\<;.\K.  i*j 

15.  —  *  Manoirs  of  thr  right  lion.  George.  Canning,  etc.  — 
Mémoires <ln  très-honorable  Georges  Canning.  Londres,  18^8; 
Thomas  Tegg.  >.  vol.  in-8°;  prix,  1  liv.  1  sh. 

16.  —  *  AFcinoiis  qf  t/ic  r/'g/tt  hon.  George  Canning,  etc.  — 
Mémoires  du  très  honorable  Croises  Canning,  j)ar  '/'//ornas 
Ki  10.    Londres,   1827;    Virtue.  In-8"    de   £99  pages;  prix, 

19.    S.    (')  (1. 

C'est  par  spéculation  qu'on  a  donné  à  ces  ouvrages,  ou  plutôt 
à  ces  compilations,  le  titre  de  Mémoires  de  G.  Canning;  ces 
livres,  et  surtout  le  dernier,  renferment  seulement  de  longs 
extraits  des  discours  parlementaires  de  Canning  et  les  poëmes 
ou  satires  politiques  que  l'auteur,  au  début  de  sa  carrière 
ministérielle,  crut  devoir  publier  contre  les  principes  de  la 
Révolution  française,  contre  leurs  sectateurs  en  France  et  leurs 
admirateurs  en  Angleterre.  Ces  prétendus  mémoires  sont  donc 
seulement  une  biographie  apologétique  ,  comme  elles  le  sont 
presque  toutes,  et  dont  nous  nous  bornerons  à  extraire  quel- 
ques notes 

Georges  Canning  naquit  à  Londres,  le  11  avril  1770.  Son 
père  ,  qui  fut  d'abord  avocat ,  et  qui  ensuite  se  livra,  mais  sans 
succès,  au  commerce  des  vins,  mourut  une  année  après  la 
naissance  de  ce  iils  unique.  Madame  Canning  ,  que  la  mort  do 
son  mari  laissait  sans  fortune,  chercha  sur  le  théâtre  des  moyens 
d'existence;  et  le  jeune  Canning  fut  élevé  par  les  soins  d'un 
oncle  paternel,  qui  l'envoya  au  collège  d'Eton.  A  seize  ans, 
le  jeune  étudiant,  remarquable  déjà  par  un  esprit  supérieur, 
mais  enclin  à  la  raillerie,  publia  un  journal  intitulé  le  Mi- 
crocosme. 

Ce  fut  en  179*  que  Canning  fut  présenté  au  célèbre  Sheridan, 
et  par  celui-ci  à  Fox  et  à  Burke.  Il  parut  d'abord  adopter  le 
parti  des  whigs;  mais,  s'apercevant  bientôt  que  c'était  seu- 
lement en  marchant  sous  la  bannière  du  gouvernement,  et  en 
s'attachant  au  parti  tory  qu'il  verrait  s'ouvrir  pour  lui  la  car- 
rière des  honneur*  et  de  la  fortune,  il  délaissa  bientôt  les  amis 
•whigs  qui  l'avaient  accueilli;  et,  s'étant  fait  présentera  Pitt , 
il  s'arrangea  avec  ce  ministre,  et  entra  bientôt  au  parlement. 
Il  commença  donc  sa  carrière  politique  au  moment  de  l'ouver- 
ture de  la  guerre  contre  la  France  ,  lorsque  les  torys,  soutenus 
par  le  puissant  génie  de  Pitt,  recueillaient  les  malédictions  des 
patriotes  anglais.  «  Le  murmure  et  le  mécontentement ,  dit 
l'auteur  ,  se  manifestaient  partout  ;  ce  n'était  plus  une  simple 
désapprobation  de  la  guerre;  c'était  un  fervent  désir  qu'elle 
put  se  terminer  au  désavantage  même  du  pays.  Tout  le  monde 
roulait  la  paix  :  le  commerce  et  les  manufactures ,  ies  pauvres 


^'21  LIVRES  ÉTRANGERS. 

et  les  fiches.   L'aristocratie  seule  s'y  opposa,  et  sa  résistance 

opiniâtre  triompha  de  la  volonté  générale  et  de  l'intérêt  de  tous.» 

En  1795,  Canning  fut  nommé  sous  secrétaire-d'état.  Il  avait 
pris,  dit-on,  avec  Pitt,  son  protecteur,  l'engagement  de  ne 
parler  dans  la  chambre  que  lorsqu'il  en  serait  requis.  Cette 
docilité,  condition  sinequâ  non  de  son  avancement  futur,  l'em- 
pêcha de  se  faire  remarquer  comme  orateur  au  début  de  sa 
carrière.  Ce  ne  fut  qu'en  1797,  et  dans  une  discussion  sur  la 
traite  des  noirs,  qu'il  prononça  son  premier  discours  vraiment 
remarquable. 

En  1798,  il  établit,  avec  MM.  Frère  et  Ellis,  le  fameux 
journal  intitulé  Revue  antijacobine ,  qui  obtint  un  grand  succès 
et  qui  eut  pour  but  principal  d'attaquer  par  le  ridicule  plutôt 
que  par  le  raisonnement  les  opinions  populaires  du  jour. 

En  1801 ,  une  administration  qui  avait  subsisté  plus  de  dix- 
sept  ans  ;  qui  s'était  établie  et  maintenue  en  dépit  de  la  Chambre 
des  communes  et  de  la  nation  ;  qui  avait  fini  par  triompher 
d'une  opposition  formidable  par  le  talent  et  par  le  nombre,  fut 
dissoute  tout  à  coup;  et,  Pitt  ayant  donné  sa  démission,  lord 
Gren ville  ,  le  comte  Spencer  ,  le  lord  chancelier  Dundas, 
Wyndham  et  Canning,  quittèrent  le  ministère. 

Par  suite  de  transactions  particulières,  Canning  avait  promis 
de  soutenir  de  tous  ses  efforts  la  nouvelle  administration  di- 
rigée par  Addington  ;  mais  il  ne  le  fit  pas  ou  le  fit  mal.  Et  bien- 
tôt, jetant  le  masque,  il  attaqua  dans  la  chambre  des  communes, 
avec  violence  et  sans  relâche,  un  ministère  qui  avait  compté 
sur  son  appui. 

En  1804,  Pitt  ayant  repris  les  rênes  de  l'administration, 
appela  de  nouveau  Canning  auprès  de  lui,  comme  trésorier  de 
la  marine. 

En  1806,  après  la  mort  du  premier  ministre,  Canning  fit  partie 
d'une  nouvelle  administration,  formée  par  lord  Grenville, 
Fox,  etc.,  et  se  mit  à  la  tète  du  parti  Pitt.  Ce  ministère  ayant 
présenté  aux  Chambres,  malgré  la  volonté  du  roi ,  un  bill  ten- 
dant à  autoriser  l'admission  des  catholiques  dans  l'armée  et 
dans  la  marine,  fut  dissous  aussitôt.  Le  duc  de  Portland  ayant 
été  nommé  premier  ministre ,  Canning  obtint  le  portefeuille 
des  affaires  étrangères ,  et  Castlereagh  celui  des  colonies. 
Quelque  tems  après  l'infructueuse  expédition  contre  Walche- 
ren ,  un  duel  eut  lieu  entre  ces  derniers.  Canning,  qui  avait  eu 
à  se  plaindre  d'un  procédé  peu  délicat  de  la  part  de  son  col- 
lègue, fut  blessé  à  la  cuisse,  et  se  retira  des  affaires. 

Il  occupa  peu  l'attention  de  la  Chambre  pendant  les  an- 
nées i8ioet  181 1. Mais,  en  181?.,  la  question  de  l'émancipation 


GRANDE-BRETAGNE. 

ayant  été  agitée  de  nouveau,  Canning  prit  une  pari  brillante 
ci  active  aux  discussions  qui  eurent  lieu  à  ce  sujet.  Pendant  cette 
année  il  se  lit  surtout  remarquer  au  parlement  par  son  oppo ■• 
sition  à  presque  toutes  les  mesures  proposées  par  Castlereagh. 
Il  resta  sans  emploi  pendant  toute  Tannée  1 S i  /( ,  et  accepta 
enfin  le  poste  d'ambassadeur  à  Lisbonne.  En  1816,  il  fut  nommé 
président  du  bureau  du  contrôle.  In  i8»o  eut  lieu  le  procès 
de  la  reine;  Canning-,  que  des  liens  d'amitié  unissaient  à  cette 
princesse,  refusa  de  prendre  part  à  celte  odieuse  affaire  et 
donna  sa  démission.  En  îS'ii,  il  fut  nommé  gouverneur  gé- 
néral de  l'Inde  britannique;  mais  la  mort  de  Castlercagh ,  qui 
survint  en  septembre  de  la  même  année,  le  retint  en  Angle- 
terre, où  il  accepta  le  ministère  des  affaires  étrangères;  et, 
où,  en  1 8  ->  7 ,  après  la  maladie  qui  a  éloigné  lord  Liverpool  du 
ministère,  il  fut  nommé  premier  ministre.  Canning  n'occupa  ce 
poste  que  peu  d'instans;  il  fut  enlevé  à  sa  brillante  carrière 
le  8  août  189.7. 

Tels  sont  les  principaux  événemens  et  les  époques  marquantes 
de  la  vie  de  ce  grand  homme  d'état,  dont  les  premiers  actes 
publics  ne  pouvaient  faire  pressentir  le  rôle  important  qu'il  a 
joué  depuis  dans  les  affaires  de  l'Europe,  en  cédant  avec  habileté 
à  la  puissante  impulsion  des  opinions  et  des  vœux  populaires. 
Des  deux  ouvrages  où  nous  venons  de  puiser  ces  détails  fort 
abrégés,  le  premier  nous  a  paru  rédigé  avec  plus  de  soin  et 
moins  de  partialité.  H. 

17.  —  Essays,  etc.  —  Essais,  par  M.  Frédéric  Degeorgk, 
membre  de  la  Société  de  géographie  de  Paris,  etc.  Londres, 
1827;  imprimerie  de  G.  Davidson.  In-8°  de  90  pages. 

M.  Degeorge  est  un  honorable  Français  que  les  orages  po- 
litiques ont  jeté  loin  de  sa  patrie.  Destiné  primitivement  à 
suivre  la  carrière  du  barreau,  il  est  devenu  auteur,  dit-il,  par 
le  genre  de  ses  études,  par  son  goût  pour  les  lettres,  et  par 
les  circonstances  de  sa  vie.  Il  s'est  présenté  à  l'université  de 
Londres,  comme  candidat  à  la  chaire  de  littérature  française; 
et  afin  de  se  faire  mieux  connaître, il  a  livré  à  l'impression  des 
morceaux  qui  contiennent  une  sorte  de  profession  de  ses  prin- 
cipes en  inorale  et  en  politique;  ces  morceaux  sont  réunis 
dans  l'opuscule  que  nous  annonçons. 

Les  Essais  ne  contiennent  guère  que  des  articles  de  critique 
littéraire  qui  ont  déjàparudans  quelques  ouvrages  périodiques, 
anglais  et  français;  mais  ils  sont  purement  écrits  dans  les  deux 
langues,  et  ils  donnent  la  meilleure  preuve  que  leur  auteur 
possède  les  qualités  nécessaires  pour  devenir  un  professeur 
de  littérature  française  distingué.  Nous  y  avons  spécialement 


Il*  LIVRES  ÉTRANGERS. 

remarqué  une  Notice  sur.  les  pactes  français  lyriques  et  élégia- 
ques  du  i  ç)e  siècle.  Elle  est  écrite  en  anglais,  et  elle  tend  à  faire 
connaître  aux  habitans  de  la  Grande-Bretagne,  et  à  leur  faire 
apprécier  la  plupart  des  poètes  contemporains  dont  la  France 
s'honore.  M.  Degeorgc  passe  en  revue  tous  ceux  qui  ont  brillé 
quelques  années  après  la  fin  du  18e  siècle,  et  ceux  qui  existent 
aujourd'hui ,  depuis  La  Harpe  et  Chénier  jusqu'à  MM.  Denne- 
Baron  et  d'Arlincourt.  11  distribue  l'éloge  avec  sagacité,  parle 
avec  admiration  des  odes  de  Béranger,  des  beaux  vers  de 
Casimir  Delavigne,  du  talent  de  Lamartine,  de  l'originalité  de 
Victor  Hugo;  avec  amour,  des  productions  gracieuses  et  pures 
deMme  Taslu;  avec  justice  de  celles  deMMm€SValmore,  Delphine 
Gay,  Victoire  Babois,  etc.  Toutefois,  nous  eussions  désiré  que, 
dans  le  noble  cortège  des  auteurs  lyriques  qui  jouissent  d'une 
célébrité  méritée,  il  n'eût  pas  admis  des  noms  qui  ne  rappellent 
qu'une  passion  malheureuse  pour  la  poésie.  Nous  nous  garde- 
rons de  les  citer;  mais  c'est  surtout  quand  il  s'agit  d'instruire 
l'étranger,  de  fixer  son  attention  sur  le  Parnasse  français,  qu'il 
convient  d'être  sévère,  et  de  ne  rien  donner  à  la  politesse. 

A  cette  notice  intéressante  succèdent  l'analyse  d'un  voyage 
dans  le  Khorassan ,  en  français,  extraite  de  la  Revue  Encyclo-  - 
ficdique  (Voy.  t.  xxx,  p.  5i  );  une  esquisse  en  anglais  delà 
révolution  française;  l Exilé,  élégie  fort  touchante  ,  dans  la- 
quelle l'auteur  a  exprimé  le  sentiment  qui  l'attache  à  jamais  \\ 
sa  patrie;  un  aperçu  curieux  sur  l'effet  que  produit  la  vue  de 
Londres  sur  les  étrangers,  etc. 

Nous  désirons  vivement  que  cette  publication  soit  aussi  fa- 
vorable aux  vues  de  l'auteur  qu'elle  nous  paraît  le  mériter;  et 
nous  pensons,  malgré  la  modestie  dont  il  donne  des  preuves 
dans  sa  préface,  qu'on  trouverait  difficilement  à  Londres  un 
professeur  plus  instruit  pour  l'enseignement  de  la  littérature 
française.  R. 

18. —  The  Kecpsake ,  etc.  —  Le  Souvenir.  Londres,  1828; 
Hurst.  In- 12  avec  gravures;  prix,  1  1.  st.  1  sh. 

1 9.  —  The  Friendship's  offering,  etc.  —  Le  Don  de  l'Amitié. 
Londres,  1828  ;  Smithand  Elder.  In-18  avec  gravures;  prix, 
1  2  sh. 

20.  —  The  Pledge  qf  Friendship,  etc.  —  Le  Gage  de  l'Amitié. 
Londres,  1828;  Marshall.  In-18  avec  gravures;  prix,  10  shT 

21. —  The  Christmas  Box,  etc. — Les  Etrennes  de  Noël. 
Londres,  1828;  Aiusworth.  In-18  avec  vignettes  et  culs-de- 
lampe;  prix,  7  sh  6rt. 

'i'A. —  The  Juvénile  forget  nie  not,  etc.  —  Le  i\e  m' oubliez- 
pas  des  Enfans.  Londres  ,  1828  ;  Hailes.  In-ï8  avec  gravui ta  ; 
prix,  5  sh. 


GRANJ>£-BRETAGNR  i%& 

*'\.  —  The  Children't  fireside,  etc,  —  Le  (;<>in  du  f«a  des 
F.nlans.   Londres,  18-28;  llunt  and  Clarke.  In-12;  prix  7  s  6*. 

('.«•s  six  ouvrages  complètent  la  liste  des  livres  d'étreintes  pu- 
bliés au  commencement  de  cette  année,  dans  les  trois  royaumes. 
(  Yoy.  JUp.  Bnc,  1    \  \XVI ,  p.  383). 

The  Keepsake qui ,  par  son  prix  élevé,  semble  être  plus  par- 
ticulièrement destiné  à  la  haute  aristocratie,  est  certainement, 
sous  le  rapport  de  la  beauté  des  gravures,  supérieur  à  ses  ri- 
vaux; mais  il  leur  est  très-inférieur  par  la  rédaction.  Deux  pièces 
seulement,  lYsquisseintitulée  Cavendùh,  et  un  conte  ayant  pour 
titre  The j "aise  OHe ,  méritent  d'être  cités. 

Aussi,  préférons-nous  beaucoup  le  Don  de  C  Amitié ,  et  même 
le  Gage  de  l'Amitié.  Le  premier  réunit  à  une  reliure  très-élé- 
gante, à  des  gravures  exécutées  avec  goût,  un  grand  nombre 
de  morceaux  en  prose  et  eu  vers  d'un  grand  mérite.  La  poésie 
et  les  gravures  du  second  sont  médiocres.  Si  néanmoins  on  le 
compare  à  ce  qu'il  était  en  1827,  on  reconnaîtra  qu'il  s'est  amé- 
lioré, et  l'on  peut  croire  qu'il  pourra,  l'année  prochaine,  sou- 
tenir la  concurrence. 

Les  almanachs  que  nous  avons  annoncés  jusqu'ici  étaient  plus 
particulièrement  destinés  aux  dames.  The  Christmas  box,  the 
Juvénile  forget  me  not ,  the  Children's  Jîre  side,  sont  écrits  spé- 
cialement pour  l'enfance.  Le  premier  de  ces  trois  recueils  n'a 
pas  atteint  son  but;  il  ne  contient  guère  que  des  histoires  de 
revenans,  d'enchanteurs,  de  magiciens,  de  géans,  dont  on  a  tort 
de  remplir  l'imagination  des  enfans,  et  qu'ont  pris  soin  d'écar- 
ter les  éditeurs  des  deux  derniers,  dans  lesquels  on  trouve  des 
contes  où  l'agréable  est  uni  à  l'utile.  Leur  lecture  amuse  et  ins- 
truit; elle  entretient  l'enfance  dans  le  goût  de  l'étude  et  dans 
l'amour  du  bien.  Ce  dernier  livre  n'est  orné  d'aucune  gravure. 
On  n'y  lit  point,  comme  dans  les  Êtrennes  de  Noël,  de  la 
poésie  de  Walter  Scott;  mais  sa  prose,  toujours  simple,  tou- 
jours intéressante ,  ne  propage  point  le  mensonge  et  ne  calomnie 
pas  la  révolution  et  la  nation  française.  C'est  ce  qu'a  fait 
M.  Lockart,  dans  l'esquisse  de  l'Histoire  de  la  dernière  guerre, 
insérée  dans  the  Christmas  box.  F.  D. 

Ouvrages  périodiques. 

24.  — *  The  quarterly  Review.  — Revue  trimestrielle,  n°  72, 
(octobre  1827)  Londres.  John  Murray,  Albermarle  Street. 
In-8° 

On  sait  depuis  long-tems  que  cette  revue  anglaise  n'est  pas 
amie  delà  France,  ni  de  ses  habitans.  ni  de  ses  écrivains: 


ia6  LIVRES  ETRANGERS, 

mais  un  ennemi  peut  donner  quelquefois  d'utiles  avertissements. 
On  en  verra  la  preuve  dans  le  premier  article  du  cahier  que 
nous  indiquons  à  nos  lecteurs:  certes,  il  n'est  rien  moins  que 
bienveillant;  il  nous  montre  à  toute  l'Europe  sous  un  aspect 
peu  digne  d'estime;  mais  il  dit  vrai,  contre  l'habitude  de  ses 
rédacteurs,  lorsqu'ils  parlent  de  nous.  Les  justes  reproches 
qu'ils  nous  font,  aucun  écrivain  périodique  français,  non  dé- 
pourvu du  sentiment  des  convenances,  n'eût  osé  les  adresser 
à  sa  nation.  Qui  de  nous  se  serait  chargé  d'entretenir  le  pu- 
blic, ou  de  l'abbé  Génet  et  de  la  soeur  Nativité,  ou  de  l'abbé 
Boubon  et  de  la  soeur  Providence?  qui  eut  exhumé  de  la 
Bibliothèque  chrétienne  pour  l'édification  de  la  jeunesse,  l'his- 
toire du  frère  Claude,  fille  déguisée  pour  se  soustraire  à 
toutes  les  séductions  auxquelles  son  sexe  l'eût  exposée,  et  les 
pages  dégoûtantes  que  le  réviseur  anglais  a  insérées  textuelle- 
ment dans  son  article?  C'est  là  que  nous  inviterons  nos  lecteurs 
à  les  chercher,  s'ils  sont  curieux  de  les  connaître.  Cette  lec- 
ture est  rebutante,  sans  doute,  mais  elle  fait  sentir  la  néces- 
sité de  restituer  à  la  religion  le  caractère  auguste  que  les  petits 
esprits  ne  peuvent  comprendre,  et  à  la  dévotion  le  respect 
pour  les  convenances,  ou  en  d'autres  termes,  pour  les  vérités 
morales.  On  y  verra,  non  sans  indignation,  l'étrange  précepte 
qui  soumet  la  conscience  même  à  l'avis  d'un  directeur,  et  qui 
peut  faire  autant  de  Séides  qu'il  y  aura  d'enthousiastes  ca- 
pables de  cette  pieuse  résignation.  Cet  article  de  Quarterlj 
Review  nous  montre  la  gravité  du  mal  dont  nous  sommes  at- 
teints; il  nous  invite  à  rentrer  dans  la  voie  de  la  véritable  reli- 
gion catholique,  ramenée  à  sa  pureté  primitive,  à  sa  dignité 
conforme  à  l'esprit  de  l'Évangile  qui  la  contient  tout  entière, 
sans  vaines  subtilités,  avec  une  admirable  simplicité.  Grâces 
soient  donc  rendues  aux  réviseurs  anglais.  La  prétendue  Bi- 
bliothèque chrétienne  fera  moins  de  mal  qu'elle  n'eût  pu  en 
faire,  sans  le  scandale  qu'elle  aura  causé  dans  toute  l'Europe; 
elle  a  encouru  le  blâme  de  tous  les  hommes  de  sens  et  la  risée 
universelle  qui  vont  la  poursuivre,  même  en  Fiance.  Dans  les 
intérêts  de  la  religion,  aussi  bien  que  pour  l'honneur  du  bon 
sens  français,  il  convient  de  lire  l'article  que  nous  venons  de 
signaler.  F. 

RUSSIE. 

25. — •  Opissanié  Toulshavo  orotijcïnavo  zavoda,  etc. —  Des- 
cription historique  et  technologique  de  la  fabrique  d'armes  de 
Toula,  \wir  Joseph  Hamel.  Moscou,  1826  ;  imprimerie  d'Auguste 


RUSSIE.  1/7 

Bemen.  ïn-40  do  xx-a63  1  o'o,  et  vi  pages,  avec  19  planches; 
prix  :  3o  roubles. 

Nous  connaissons  peu  d'ouvrages  scientifiques  modernes  dont 
^exécution  soit  aussi  satisfaisante  2t  où  le  texte  et  les  figures 
soient  plus  dignes  d'éloges  que  celui  de  M.  Hamel. 

L'auteur,  après  avoir  voyagé  long-tems  aux  liais  du  gou- 
vernement lusse,  en  Angleterre,  et  dans  plusieurs  autres 
coutrées  de  l'Europe,  pour  y  recueillir  les  perfection nemens 
introduits  successivement  dans  les  fabriques  étrangères,  et 
après  avoir  contribué  lui-même  aux  améliorations  les  plus 
importantes  opérées  clans  la  Fabrique  d'armes  de  Toula,  a  reçu 
l'ordre  de  publier  une  description  de  cette  fabrique;  ce  qu'il  a 
exécuté  avec  tout  le  talent  et  toute  l'exactitude  désirables ,  en 
s'aidant  non-seulement  des  lumières  acquises  par  la  pratique 
et  par  l'expérience,  mais  encore  de  celles  qu'il  a  puisées  dans 
les  nombreuses  archives  du  Collège  des  affaires  étrangères  et 
dans  celles  de  l'Arsenal  du  Kremlin  et  du  Dépôt  d'artillerie  de 
Moscou,  qui  ont  été  mises  à  sa  disposition.  Aussi  peut-on  dire 
que  son  ouvrage  n'est  pas  moins  précieux  sous  le  rapport  his- 
torique que  sous  le  rapport  technologique. 

Il  est  divisé  en  huit  sections,  dont  la  première,  qui  occupe 
les  pages  1  à  76,  est  spécialement  destinée  à  la  partie  histo- 
rique; l'auteur  y  a  compris  non-seulement  les  détails  qui  con- 
cernent la  Fabrique  d'armes  de  Toula,  mais  un  aperçu  rapide 
sur  les  fabriques  du  même  genre   primitivement  établies  en 
Russie.  Nous  y  voyons  que  ce  n'est  qu'au  commencement  du 
xvne  siècle  (en  1632)  que  ce  pays  eut  sa  première  fabrique  de 
fer,  et  de  fer  de  fonte,  dont  il  dut  l'établissement  à  un  Hollan- 
dais nommé  oindre  Vinlus.  Jusque-là,  les  Hollandais  avaient 
fourni  à  la  Russie  une  grande  partie  du  matériel  nécessaire  à 
la  fabrication  de  ses  canons  et  de  ses  caissons.  Cette  fabrique, 
pour  laquelle  il  obtint  un  privilège  du  tsar  Mikhaïl  Féodoro- 
vitch,   père  de  Pierre-le-Grand  ,   fut  placée  à  quinze*  verstes 
(environ  quatre  lieues)  de  Toula,  sur  la  rivière  Toulitsa ,  qui 
devait  servir  à  son  exploitation.  Le  fer  destiné  à  l'approvi- 
sionner fut  tiré  d'une  mine  située  dans  le  district  de  Diédilof, 
près  de  la  rivière  Aléna ,  et  que  l'on  avait  commencé  précédem- 
ment à  exploiter.  Seize  ans  plus  tard,  fut  établie  à  Moscou  la 
première  manufacture  d'armes,  sous  la  direction  de  l'armurier 
Fran  Akin.  Enfin,  la  manufacture  de  Toula,  qui  est  l'objet  prin- 
cipal de  cet  article  ,  fut  fondée  en  1712,  en  vertu  d'un  oukaze 
adressé  par  Pierre-le-Grand  au   prince    Grégoire    Volkonski, 
qui  se  trouvait  alorsa  la  tète  de  l'artillerie.  — Si  jusqu'ici  nons 
n'avons  rencontré  que  des  noms  étrangers  dans  l'histoire  des 


i*8  LIVRES  ETRANGERS. 

commencemeus  de  l'art  en  Russie,  circonstance  dont  nous 
avons  rappelé  plus  haut  le  motif,  nous  remarquons  avec  plai- 
sir les  noms  d'un  simple  forgeron  russe,  Marc  Vassilitvitck  Si- 
dorof,  et  d'un  soldat  du  bataillon  d'Oranienbourg,  Jacob 
Batistehef,  auxquels  on  doit  plusieurs  perfectionnemens  dans 
l'hydraulique  et  l'invention  de  machines  assez  curieuses  pour 
la  fabrication  des  canons  de  fusil  ;  il  est  digne  du  prince  Vol- 
konsky  d'avoir  su  tirer  ainsi  parti  des  talens  de  deux  Russes 
ses  compatriotes,  au  milieu  des  justes  encouragemens  accordés 
à  l'industrie  des  étrangers  qui  venaient  enrichir  le  sol  hospi- 
talier de  la  Russie.  Mais  c'est  encore  à  un  étranger,  à  un  Anglais 
nommé  John  Jo/ms,  que  l'on  doit  les  perfectionnemens  les  plus 
récens  et  les  plus  utiles  apportés  à  cette  fabrique  ,  et  qui  ont  eu 
lieu  depuis  l'année  1817,  époque  où  sa  direction  fut  confiée  an 
lieutenant-général  Schtadcn.  Grâce  à  l'habile  mécanicien  anglais 
que  nous  venons  de  nommer,  la  fabrique  d'armes  de  Toula  est 
parvenue  à  un  degré  de  perfection  qu'on  chercherait  peut-être 
en  vain  dans  les  fabriques  les  plus  célèbres  d'Angleterre. 

Les  2e,  3,  4e,  5e  et  6e  parties  de  l'ouvrage  de  M.  Hamel  sont 
consacrées  à  la  description  statistique  de  la  manufacture  de 
Toula.  Il  en  sort  annuellement  jusqu'à  700,000  armes  à  feu,  et 
25,000  armes  blanches,  à  la  fabrication  desquelles  sont  em- 
ployés plus  de  3,ooo  ouvriers.  L'entretien  de  la  fabrique  coûte 
annuellement  la  somme  de  124  roubles  environ.  La  7e  partie  du 
livre  établit  les  cinq  divisions  entre  lesquelles  les  ouvriers  sont 
répartis,  selon  la  nature  diverse  de  leurs  travaux.  Nulle  part, 
dit  M.  Hamel  (  pag.  i3i  ),  on  ne  rend  plus  d'hommage  à  la  fa- 
meuse doctrine  de  la  division  du  travail,  établie  par  Adam 
Smith. 

La  8e  partie  de  l'ouvrage,  ou  la  partie  purement  technique 
et  de  fabrication,  est  la  plus  volumineuse;  elle  occupe  les 
pages  i33-26ï.  C'est  à  cette  partie  que  se  rattachent  les  40  gra- 
vures destinées  à  éclaircir  le  texte,  et  dont  nous  avons  déjà 
loué  l'exécution.  C'est,  sans  contredit,  la  plus  importante  du 
livre,  et  celle  qui  attirera  de  préférence  l'attention  du  mé- 
canicien et  du  technologue;  mais,  par  cela  même  qu'elle  est 
toute  spéciale,  nous  éviterons  d'entrer  à  son  sujet  dans  des  dé- 
tails qui  seraient  déplacés  ici,  et  pour  lesquels  il  nous  faudrait 
Un  espace  beaucoup  plus  grand  que  celui  dont  il  nous  est  per- 
mis de  disposer.  Il  nous  suffit  d'avoir  fait  connaître  l'existence 
de  cet  ouvrage  à  ceux  des  lecteurs  de  notre  Recueil  qui  seraient 
Curieux  de  le  consulter,  et  à  la  disposition  desquels  nous  of- 
frons de  le  mettre,  pour  seconder,  autant  qui!  est  en  nous,  les' 


RUSSIE, 
nobles  intentions  du  correspondant  auquel  nous  en  devons  la 
communication  (i).  E.  H  ère  au. 

26.  —  Tarif  général  des  droit-;  d'entrée  <t  de  sortie  payables 
aux  douanes  de  terre  et  de  nier  de  l'empiie  de  Jiussie.  iV-lers- 
bourg,  1826  ;  Imprimerie  du  Département  du  commerce  exté- 
rieur. 

Ce  tarif,  où  le  nom  des  marchandises  est  en  français,  est 
tellement  complet  que  l'on  y  fait  mention  des  ridicules  des 
dames,  c'est-à-dire  de  leurs  sacs  à  ouvrage,  dont  (par  paren- 
thèse) l'entrée  en  Russie  est  prohibée,  mais  non  la  sortie.  Nos 
négociais  feront  bien  de  se  procurer  ce  tarif,  non  seulement 
pour  savoir  quelles  marchandises  ne  sont  pas  admises,  mais 
parce  qu'il  peut  leur  suggérer  quelques  idées  sur  celles  qu'ils 
doivent  offrir  011  demander  en  retour. 

On  peut  remarquer,  au  surplus,  qu'il  est,basé  sur  les  anciens 
principes  du  régime  prohibitif,  adoptés  par  tous  les  gouverne- 
mens,  excepté  par  celui  d'Angleterre  (2),  et  qui  consiste  à 
repousser  tout-à  fait  les  produits  étrangers,  ou  à  les  frapper 
de  droils  d'autant  plus  élevés  qu'il  y  est  entré  plus  de  main- 
d'œuvre.  La  Russie,  qui  est  un  des  pays  policés  où  l'économie 
politique  a  fait  Je  plus  de  progrès,  ne  pourra  manquer  d'aper- 
cevoir bientôt  que  l'importation  chez  elle  de  la  main-d'œuvre 
étrangère  est  une  marchandise  tout  comme  une  autre,  et 
qu'en  l'admettant,  elle  provoque  d'autant  plus  l'exportation 
de  ses  produits;  car  jamais  un  envoi  ne  se  fait,  soit  pour  le 
compte  des  nationaux  ,  soit  pour  le  compte  des  étrangers,  sans 
entraîner  des  retours.  Cependant,  comme  impôt,  celui  des 
douanes  n'est  pas  plus  mauvais  qu'un  antre  ,  pourvu  que  les 
droits  perçus  au  passage  des  marchandises  soient  très- mo- 
dérés et  portent  également  sur  toutes,  en  proportion  de  leur 
valeur. 

A  ce  tarif  sont  ajoutés  tous  les  développemens,  toutes  les 
explications  qui  peuvent  diriger  les  employés  chargés  de 
l'exécuter;  mais,  au  milieu  de  tout  cela,  il  reste  bien  peu  de 


(1)  Nous  rendrons  compte  successivement  des  autres  ouvrages, 
scientifiques  ou  littéraires,  adressés  directement  de  Russie  à  la  Direc- 
tion de  la  Revue,  qui  nous  en  a  confié  l'examen  ,  et  dont  quelques-uns 
pourront  être  l'objet  d'articles  raisonnes  dans  la  section  des  Analyses.. 

(2)  L'Angleterre  achr.ct  maintenant,  en  pavant  des  droits  qui  seront 
graduellement  diminués  ,  tous  les  produits  étrangers,  même  ceux  où 
il  y  a  le  plus  de  main-d'œuvre  ,  et  elle  remarque  que  les  droits  ren- 
dent d'autant  plus  au  fisc  qu'ils  sonî  plus  modérés. 

t.  xxxvii.  —  Janvier  1828.  9 


îio  LIVRES  ÉTRANGERS. 

place  à  la  liberté  des  mouvemcns  du  commerce  et  de  l'inclus^ 

trie.  J.  B.  S. 

27.  — *  Tsigani.  —  Les  Bohémiens,  poëme  composé  en  182/1* 
Moscou,  1827;  imprimerie  d'Auguste  Sémen.  Grand  in-12. 

De  tous  les  poètes  russes  modernes,  Pouchkin  est,  sans  con- 
tredit, celui  qui  dans  ses  ouvrages  réunit  à  un  plus  haut  degré 
les  qualités  que  l'Europe  demande  aux  productions  poétiques. 
L'originalité  dont  ses  œuvres  sont  empreintes  est  aussi  dans 
son  caractère.  Il  est  indépendant  par  nature;  toute  contrainte 
lui  pèse;  son  génie  s'agrandit  devant  l'obstacle,  et  semble  défier 
la  persécution.  Pour  le  bien  comprendre  et  l'apprécier,  il  ne 
faut  pas  oublier  les  formes  absolues  du  gouvernement  de  ce 
vaste  empire,  dont  l'ambition  ne  paraît  pas  se  borner  aux  con- 
quêtes de  la  civilisation;  les  défauts  mêmes  de  ce  jeune  poète 
jne  sont,  pas  sans  grâce,  il  semble  dédaigner  l'ordre  et  l'enchaî- 
nement des  faits;  il  cherche  le  pathétique;  et  ,  dès  qu'il  a  en- 
trevu une  situation  forte,  il  s'y  plonge  sans  transition,  à  la 
manière  de  Byron  ,  bien  qu'avec  des  ressources  moins  puis- 
santes. Il  excelle  dans  les  descriptions;  m;ii<  il  se  répète  sou- 
vent, négligence  que  le  cadre  étroit  de  ses  poèmes  rend  géné- 
ralement plus  sensible,  et  il  lui  arrive  d'affaiblir  l'effet  qu'il 
a  produit,  en  se  refusant  à  quelques  légers  sacrifices. 

Pouchkin,  dans  son  poëme  des  Bohémiens ,  paraît  avoir  eu 
pour  but  de  faire  contraster  les  mœurs  libres  de.  la  vie  nomade 
avec  celles  des  peuples  civilisés;  on  voit  qu'il  donne  la  préfé- 
rence aux  premières,  quoique  le  dénoûment  de  son  drame  ne 
leur  soit  point  favorable.  Ii  résulte,  an  reste,  de  cette  compo- 
sition que,  s'il  faut  accepter  la  civilisation  avec  ses  avantagés,  il 
faut  aussi  s'accoutumer  à  ses  chaînes,  ou  s'attendre  à  des  mé- 
comptes si  l'on  prétend  leur  échapper. 

L'auteur  commence  son  poëme  par  une  scène  animée  :  une 
troupe  bruyante  de  Bohémiens  s'est  arrêtée  sur  le  bord  d'un 
fleuve  pour  y  passer  la  nuit.  Après  avoir  pris  leur  repas  au- 
tour d'un  bon  feu,  ils  se  sont  tous  endormis,  à  l'exception  d'un 
vieillard  ,  inquiet  sur  l'absence  de  sa  fille.  Mais  elle  paraît  bien- 
tôt; elle  est  accompagnée  d'un  jeune  étranger,  auquel  le  vieil  - 
lard  fait  un  accueil  cordial.  La  jeune  fille  lui  a  déjà  voué 
l'amour  le  plus  tendre,  et  Aléko,  pour  ne  point  quitter  la  sé- 
duisante bohémienne,  se  dévoue  à  la  vie  nomade  de  ses  hôtes, 
sans  regretter  les  villes,  d'où  son  esprit  d'indépendance  et  la 
persécution  l'ont  banni.  Le  vieillard  s'étonne  qu'Aléko  puisse 
adopter  une  vie  pauvre  et  vagabonde;  il  lui  fait  le  récit  de  la 
mort  d'Ovide,  qu'une  tradition  a  conservé  dans  ces  lieux  agrestes. 


RUSSIE:  Pn 

Ce  passage,  plein  de  poésie,  est  empreint  d'une  profonde  sen- 
sibilité 

Le  poète  laisse  écouler  deux  années,  et  prélude  à  la  cata- 
strophe par  un  chant  OÙ  Zemphira  irrite;  son  époux,  en  lui 
donnant  à  comprendre  que  son  àme  est  ouverte  à  une  nouvelle; 
passion.  Les  querelles  de  ménage  sont  rarement  poétiques,  et 
je  n'oserais  trop  affirmer  que  celle-ci  fasse  une  heureuse  excep- 
tion. Le  vieillard  essaie  de  consoler  Aléko,  en  lui  racontant  l'infi- 
délité de  sa  propre  femme;  et  ce  moyen,  comme  on  doit  s'y  atten- 
dre, lui  réussir  assez  mal.  "  Zemp'iira  aime  un  jeune  bohémien. 
Pouchkin,  avec  sa  hardiesse  accoutumée,  décrit  une  scène  d'a- 
mour, à  la  suite  de  laquelle  un  rendez-vous  est  fixé  pour  la 
nuit  suivante  sur  un  tombeau  voisin  de  la  route.  Aléko  s'éveille; 
sa  main  jalouse  interroge  sa  couche  abandonnée;  hors  de  lui, 
il  se  lève;  il  court  terrible  autour  de  sa^  tente.  La  fatalité  le 
dirige  vers  la  tombe  mystérieuse.  Il  a  tout  entendu...;  il  frappe 
son  rival,  et,  bientôt  après,  Zemphira  elle-même,  qui  meurt  en 
insultant  à  son  époux,  sans  remords,  et  avec  la  seule  douleur 
d'avoir  vu  tomber  son  amant  (i).  «  Le  levant  brillait  des  feux 
de  l'aurore.  Aléko  tenait  encore  le  couteau  d'une  main  sanglante, 
assis  sur  la  pierre  sépulcrale.  Les  deux  corps  gisaient  devant 
lui.  Le  visage  du  meurtrier  était  terrible  :  les  Bohémiens  l'envi- 
ronnent avec  une  précaution  craintive.  On  creuse  une  fosse  à 
quelque  distance.  Les  femmes  s'avancent  éplorées,  et  baisent  les 
yeux  des  deux  morts.  Le  vieillard,  assis  à  l'écart,  contemplait 
le  corps  de  sa  fille,  muet  et  dans  l'immobilité  du  désespoir.  On 
enleva  ces  tristes  dépouilles ,  et  le  sein  glacé  de  la.tombe  reçut  le 
jeune  couple.  Aléko  regardait  de  loin  ce  spectacle;  mais,  quand 
on  eut  cessé  de  jeter  de  la  terre  sur  les  corps,  il  s'inclina,  et  de 
la  pierre  où  il  était  il  roula  sur  le  gazon.  Alors  le  vieillard 
s'approcha,  et  lui  dit  :  Laisse-nous,  homme  superbe.  Nous  ne 
sommes  que  des  sauvages  sans  lois.  Nous  ne  savons  ni  punir,  ni 
torturer;  nous  n'avons  point  besoin  de  sang  et  de  souffrances. 
Mais  nous  ne  saurions  vivre  avec  un  meurtrier.  Tu  n'es  point 
né  pour  notre  vie  agreste,  toi  qui  ne  veux  la  liberté  que  pour 


(ï)  Les  bornes  dans  lesquelles  nous  sommes  obligés  de  nous  ren- 
fermer ne  nous  ont  pas  permis  de  conserver  d'autres  fragmens  en 
prose  dont  l'auteur  de  cet  article  avait  entremêlé  l'analyse  du  poëme 
de  M.  Al.  Pouchkin.  Il  se  propose  d'en  publier  bientôt  une  traduction 
en  vers  ,  et  nous  pourrons  alors  dédommager  les  lecteurs  qui  auraient 
désiré  plus  de  détails  sur  cette  production  d'un  des  poètes  modernes 
les  plus  originaux  et  les  plus  distingués  de  la  Russie.  E.  H. 


i3a  LIVRES  ÉTRANGERS, 

toi  seul..  Ta  voix  nous  ferait  horreur.  Nous  sommes  timides, 
mais  bons;  toi,  hardi  et  cruel.  Laisse-nous  donc...  Adieu! 
que  la  paix   suive  tes   pas  !  »  J.  M.  C. 

POLOGNE. 

28.  — *  Poezye  Miholaja  Scmpa.  —  Poésies  de  Nicolas  Senip; 
publiées  par  M.  Joseph  Muczrowsk.i.  Posen,  1827  ;  Deckert  et 
comp.  In- 12. 

M.  Muczkowski  a  entrepris  de  publier  les  manuscrits  des 
anciens  auteurs  polonais  des  xvic  et  xvne  siècles,  qui  n'ont  ja- 
mais été  imprimés,  et  en  même  tems  de  réimprimer  les  ouvrages 
rares  ou  peu  connus,  et  qui  cependant  méritent  de  l'être.  Nicolas 
Semp  mourut  en  i58i;  Martin  Biclski,  célèbre  historien  polo- 
nais, son  contemporain,  l'appelle  un  homme  savant  et  le  premier 
poète  polonais  après  Jean  Kochanowskj;  mais  il  ne  dit  point  si 
cet  auteur  a  publié  ses  poésies.  Le  xvic  siècle,  si  glorieux  pour 
la  littérature  polonaise,  s'écoula;  et,  à  la  suite  de  l'époque 
jésuitique,  les  citoyens,  oubliant  la  langue  nationale  pour  un 
mauvais  jargon  latin-monacal ,  oublièrent  aussi  plusieurs  ou- 
vrages polonais.  Ainsi  périt  l'ouvrage  de  Bernard  de  Lublin 
contre  la  peine  de  mort,  publié  en  i5a5;  ainsi  les  poésies  de 
Nicolas  Semp,  publiées  en  i583  ,  restèrent  inconnues.  L'édition 
entière  de  cet  ouvrage  était  épuisée,  soit  par  l'effet  de  quelque 
incendie,  soit  par  tout  autre  accident,  et  personne,  après  Mar- 
tin Bielshi,  ne  fit  plus  mention  de  Nicolas  Semp.  Deux  siècles  et 
demi  s'étaient  écoulés,  quand  un  bibliographe  polonais,  le 
comieTitus  Dzialynshi,  trouva  un  seul  exemplaire  de  l'ouvrage 
de  Semp;  il  le  présenta  au  savant  Joachim  Lcleivel ,  qui,  dans 
le  second  volume  de  sa  Bibliographie  polonaise ,  publia  la  des- 
cription de  cet  unique  exemplaire ,  comme  une  rareté  biblio- 
graphique inappréciable.  M.  Muczkowski  commence  son  recueil 
par  les  poésies  de  Nicolas  Semp.  L'auteur,  étant  mort  jeune, 
n'avait  rien  publié  de  son  vivant;  mais  son  frère,  trois  ans 
après,  réunit  tout  ce  qu'il  put  de  ses  poésies,  et  les  fit  imprimer 
à  Cracovie  en  i583.  Voici  ce  qu'il  dit  dans  la  préface  :  «Comme 
les  écrits  de  mon  frère  sont  disséminés  entre  les  mains  des  sa- 
vans,  et  que  je  n'en  possède  moi-même  qu'une  très-petite  partie, 
j'aurais  voulu  en  rassembler  un  plus  grand  nombre,  mais,  dans 
la  crainte  que  ma  faible  santé  ne  m'empêche  de  publier  ce  que 
je  possède,  je  les  livre  à  l'impression,  etc.  «Ainsi,  le  recueil  des 
poésies  de  Nicolas  Semp,  dont  il  s'agit,  ne  renferme  qu'une  très- 
petite  partie  de  ses  ouvrages.  Combien  d'autres  eciits  polonais 
ont  péri  par  l'effet  des  guerres,  par  les  <mto~da-fê  des  jésuites  > 


POLOGNE.— DANEMARK.  |33 

ou  par  desaccidens  imprévus!  Parmi  les  poésies  de  cet  auteur 
on  trouve  quatre  sonnets,  La  traduction  de  six  psaumes  de 
David,  six  chants  religieux-philosophiques ,  trois  chants  en 
l'honneur  des  héros  polonais;  enfin,  des  épitaphes,  des  épi- 
grammes,  des  inscriptions  et  plusieurs  autres  pièces  fugitives. 
La  langue  polonaise,  dans  les  poésies  de  Semp,  est  si  pure,  si 
soignée,  qu'il  v  a  des  pièces  dans  lesquelles  il  n'y  a  rien  à  cor- 
riger aujourd'hui;  la  versification  est  quelquefois  parfaite  et 
jamais  négligée.  La  traduction  du  pseaume  52  ,  Quid  gloriaris 
in  malt  tin  ?  est  écrite  avec  tant  de  verve  et  d'élégance,  que  les 
meilleurs  poètes  de  notre  siècle  pourraient  se  trouver  honorés 
si  on  la  leur  attribuait.  Une  analyse  de  ces  poésies  est  insérée 
dans  les  numéros  266  et  2^7  de  la  Gazette  de  Pologne  (  Gazeta 
polska) ,  journal  quotidien,  politique,  commercial  et  littéraire; 
on  y  remercie  M.  Muczkowski  d'avoir  ouvert  son  recueil  par 
un  ouvrage  si  précieux.  Nous  ne  pouvons  que  lui  renouveler 
les  mêmes  remercîmens,  et  prier  l'honorable  éditeur  de  conti- 
nuer d'enrichir  la  littérature  polonaise  par  des  écrits  du  même 
genre.  M.  P. 

DANEMARK. 

29.  —  Der  Stem  der  Weiscn.  — L'Étoile  des  Mages  :  Recher- 
ches sur  l'année  de  la  naissance  de  Jésus-Christ,  par  le  doc- 
teur Frédéric  Muntf.r.  Copenhague,  1827.  In-8.0  de  119  pages 
avec  une  gravure. 

L'époque  précise  de  la  naissance  de  Jésus-Christ  a  exercé  les 
chronologistcs,  dont  plusieurs  ont  soutenu  qu'elle  précédait 
de  quatre  ans  l'ère  vulgaire.  M.  Munter,  en  1821 ,  avait  publié 
sur  cette  question  un  programme  qui  était  une  espèce  d'appel 
aux  érudits  de  tout  genre,  aux  numismates,  aux  astronomes. 
Après  avoir  compulsé  leurs  ouvrages  et  discuté  les  opinions , 
il  établit  la  sienne;  et  prétend  que  l'époque  véritable  de  la 
naissance  du  Sauveur  précède  notre  ère  d'environ  six  ans,  de 
sorte  qu'au  lieu  de  1828,  il  faudrait  compter  i83'j.  Quel  que 
soit  le  sentiment  qu'on  adopte  à  cet  égard,  on  doit  applaudir 
aux  efforts  et  à  la  sagacité  du  célèbre  Munter.  L'immensité  de 
son  érudition  ne  surprend  pas  ceux  qui  déjà  connaissent  les 
ouvrages  multipliés  sortis  de  sa  plume.  G. 

30.  —  *  Catholicisniens  og  P  rotestantismens ,  etc.  —  Le  Catho- 
licisme et  le  Protestantisme,  considérés  dans  leurs  constitutions, 
leurs  doctrines  et  leurs  rils,  par  M.  Clausen  ,  professeur  de 
théologie  à  l'université  de  Copenhague.  .Copenhague,  1825. 
In  80,  844  P<'«gcs.        * 


i'U  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Ce  livre  est  le  fruit  des  études  laborieuses  de  l'auteur  et  des 
observations  qu'il  a  recueillies,  pendant  ses  voyages  en  Alle- 
magne, en  Italie  et  en  France.  Le  titre  indique  la  division  prin- 
cipale et  le  plan  de  l'ouvrage,  qui  est  devenu  célèbre  dès  son 
apparition,  et  dont  on  publie  une  traduction  en  Allemagne. 
11  a  été  néanmoins  l'objet  de  critiques  amères,  et  il  a  attiré  de 
violentes  attaques  à  l'auteur,  de  la  part  des  adversaires  de  ses 
opinions. 

3-1,  —  System  iden  ckristelige  Dogmatick.  —  Système  de  dog- 
matique chrétienne;  par  M.  P.  E.  Muller  Copenhague,  1826. 
In  8°  ,  de  480  pag. 

Le  savant  et  respectable  auteur,  après  avoir  fait  long-tems 
des  cours  publics  de  théologie  et  de  morale  à  l'université  de 
Copenhague,  s'est  enfin  résolu  à  publier  ses  manuscrits.  L'ou- 
vrage, destiné  à  servir  de  base  à  des  cours  publics,  diffère  ,sous 
quelques  rapports,  d'autres  traités  du  même  genre  :  d'abord  , 
l'auteur  réserve  beaucoup  de  développement  pour  les  explica- 
tions verbales;  puis  il  renvoie  à  d'autres  ouvrages  qu'il  a  pré- 
cédemment publiés. 

32. — Prœdikcner,  etc. —  Sermons  de  tous  les  dimanches  et 
jours  de  fête  de  l'année,  par  M.  Mynster,  pasteur  à  l'église 
de  Notre-Dame,  à  Copenhague.  1  vol.  in-8°. 

33. — Kleine  theoîogische  Schrijten. —  Mélanges  de  théologie, 
par  le  même  Copenhague,  i8s5.  In-8°  de  43o  pag. 

L'éloquence  vraiment  chrétienne  de  M.  Mynster ,  l'excellence 
de  son  enseignement  religieux  et  les  vertus  qu'il  pratique,  lui 
ont  mérité  la  vénération  du  public.  Il  est  en  même  tems  savant 
distingué  et  écrivain  remarquable  par  la  profondeur  d'esprit 
et  la  clarté  avec  lesquelles  il  traite  les  sujets  qu'il  a  choisis.  Les 
sermons  de  M.  Mynster  forment  la  lecture  favorite  de  toutes  les 
personnes  qui  aimentà  s'édifier  dans  le  recueillement  de  la  soli- 
tude, et  ses  autres  écrits  de  théologie  n'ont  fait  qu'ajouter  en- 
core à  son  honorable  réputation.  M**. 

ALLEMAGNE. 

34.  —  *  Ueber  allein  selîgmachende  Kirche.  —  De  l'église 
qui  seule  enseigne  que  hors  d'elle  il  n'y  a  pas  de  salut.  (IIe  par- 
tie); par  M.  Carové.  Goettingue ,  1827;  Bandenhoeck  et  Ru- 
precht.  I11-80  de  476  p. 

M.  Carové  avait  déjà  fait  paraître  sur  l'église  catholique 
romaine  un  premier  volume,  dont  le  savant  et  respectable 
M.  Lanjuinais  a  rendu  compte  dans  ce  recueil  (voyez  Ra\ 
Enc.  t.  XXXI,  p.  i38).  L'auteur  annonçait  alors  une  suite;  il 


ALLEMAGNE.  i35 

a  tenu  parole,  cl  vient  d'ouvrir  de  nouveau  un  vaste  champ 
<t  imc  carrière  plus  large  encore  aux  discussions  théologiqnes. 
L'église  catholique  romaine  fait  reposer  celles  de  ses  doctrines 
qui  ['éloignent  le  plus  des  autres  communions  chrétiennes 
sur  deux  dogmes  fondamentaux  :  celui  de  la  damnation  éter- 
nelle et  celui  qu'elle  seule  peut  conduire  au  salut.  Ces  deux 
dogmes,  qui  sont  de  ressente  du  catholicisme,  ont  principa- 
lement soulevé  les  réflexions  hostiles  de  M.  Carové;  ils  parais- 
sent l'avoir  engagé  à  publier  une  seconde  partie  d'un  ouvrage 
dans  lequel  il  combat  de  tous  ses  efforts,  outre  ces  deux  prin- 
cipes, plusieurs  articles  de  foi  de  la  religion  à  laquelle  il  sem- 
ble avoir  déclaré  la  guerre.  La  polémique  à  laquelle  il  se  livre 
prouve  une  connaissance  profonde  des  autorités  ecclésiastiques; 
elle  mérite  sans  doute  une  réponse  ,  et  sans  doute  aussi  trou- 
vera-t-il  de  dignes  adversaires  dans  les  nombreux  théologiens 
qu'ont  dû  former  nos  séminaires  et  nos  écoles  ecclésiastiques. 
Les  bornes  tracées  à  cet  article  ne  nous  permettant  pas  de  déve- 
loppements, nous  nous  contenterons  de  désigner  sommairement 
les  différentes  divisions  du  livre  de  M.  Carové,  et  les  points 
qu'il  s'est  proposé  de  traiter.  Déjà,  dans  le  premier  volume, 
l'auteur  avait  exposé  sa  doctrine;  aujourd'hui  il  divise  en  trois 
parties  celui  qu'il  fait  paraître.  Dans  la  première  il  établit  que 
l'église  romaine  professe  essentiellement  l'intolérance,  et  il 
l'examine  par  rapport  au  droit ,  à  l'état  des  sciences  et  des  arts; 
il  discute  enfin  sa  position  sous  le  point  de  vue  de  la  bienfai- 
sance. Le  salut  défini  par  l'église  catholique,  et  auquel  elle 
prétend  seule  pouvoir  conduire,  est  subordonné,  dit  l'auteur, 
à  la  condition  de  faire  partie  de  cette  communion.  C'est  là 
le  point  dont  il  part  pour  arriver  à  l'examen  des  différens 
dogmes.  Il  combat  l'universalité  et  l'éternité  de  l'église,  en  sou- 
tenant qu'il  y  a  des  nécessités  toutes  puissantes  de  teins  et  de 
lieux  auxquelles  cette  église  a  dû  se  soumettre,  quoiqu'elle  ait 
inutilement  tenté  de  lutter  contre  elles.  Plus  loin,  et  après 
avoir  attaqué  le  dogme  de  l'infaillibilité  papale,  il  jette  un  coup 
d'œil  rapide  sur  l'histoire  du  catholicisme,  comparée  au  pro- 
grès des  sciences  et  des  connaissances;  il  examine  ses  rapports 
avec  la  liberté  naturelle.  L'organisation  libre  du  gouverne- 
ment, dit  il,  l'éducation  de  la  jeunesse  dirigée  vers  le  but  re- 
connu le  meilleur,  le  soutien  des  religions  diverses,  l'obligation 
de  les  maintenir  dans  les  bornes  d'une  tolérance  mutuelle, 
voilà  le  droit  naturel  et  le  devoir  d'un  état.  De  tels  principes 
renversent,  à  quelques  égards,  l'édifice  du  catholicisme  qu'il 
prétend  en  hostilité  permanente  contre  les  droits  des  peuples. 
A  l'appui  de  son  opinion,  il  tire  des  histoires  de  Hollande. 


i3€  LIVRES  ETRANGERS, 

de  pohême,  ck-  Hongrie.,  des  États  méridionaux  de  l'Europei 
de  la  France  enfin,  les  exemples  des  désordres  causés  par  la 
domination  religieuse.  Il  nous  fait  voir  ce  dernier  pays,  d'abord 
sous  le  pouvoir  des  papes  et  de    l'inquisition,   sous  le  despo- 
tisme de  Louis  XIV;  puis,  en  dernier  lieu,  il  nous  le  montre 
aux  époques  contemporaines,  sacrifiant  l'école  normale  à  la 
Sorboune ,  étouffant  L'enseignement  mutuel  et  lui  substituant 
celui  des  frères.  Sous  le  point  de  vue  de  la  bienfaisance,  il  en 
compare  les  résultats  dans  les  pays  protestans  et  dans  les  états 
soumis  à  la  foi  catholique,  et  bornant  son  parallèle  à  la  France 
et  à  l'Angleterre,  il  établit  par  des  calculs  la  supériorité  de 
celle-ci.  Tel  est,  d'une  manière  bien  sommaire,  sans  doute,  le 
plan  fort  large  de  la  première  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Carové. 
Il  la  termine  en  concluant  d'après  l'accumulation  d'autorités 
et  d'objections  qu'il  entasse  dans  les  dix  chapitres  dont  elle  se 
compose,   que  c'est  une  erreur,   démontrée  par  les  faits,   de 
prétendre  que  l'église  catholique  ait  seule  pouvoir  de  sauver. 
Dans  la  deuxième  partie,  la  religion  romaine  est  rapprochée 
delà  réformation,  et  l'auteur  examine  les  reproches  les  plus 
spécieux  faits  aux  cultes  réformés.  La  différence  la  plus  mar- 
quée qu'il  trouve  entre  les  deux  communions  est  renfermée 
dans  la  manière  de  répondre  à  cette  question:  L'homme,  en 
matière  de  religion,  doit  il  se  soumettre  à  une  autorité  abso- 
lue? Le  catholicisme  répond  affirmativement,  et,  d'après  l'opi- 
nion de  M.  Carové  ,  la  négative  devrait  être  soutenue,  puisque 
prétendre  que  l'autorité  absolue  soit  admissible,  c'est  nier  la 
liberté  individuelle.  Méconnue  par  l'église  romaine,  la  raison 
à  l'empire  de  laquelle  se  soumettent  les  cultes  chrétiens  dissi- 
dens  est  défendue  par  l'auteur,  même  en  ce  qui  sort  des  li- 
mites du  royaume  de  ce  monde.  L'indifférence  religieuse,  et 
la  propension  au  théisme,  que  l'on  affecte  d'imputer  au  pro- 
testantisme, sont  repoussées  et  combattues  par  M.  Carové,  qui, 
passant  à  la  troisième  partie  de  son  ouvrage,  démontre  que 
l'opposition  de  l'église  catholique  aux  communions  réformées 
estlerésuhatdu  dogme  d'infaillibilité  que  s'attribue  la  première; 
dogme  qui  sera  toujours  un  obstacle  insurmontable  à  la  réunion 
des  deux  églises.  Nous  sommes  loin  de  nous  flatter  d'avoir  fait 
connaître  complètement  les  doctrines  de  l'auteur;  au  moins, 
nous  espérons  avoir  indiqué  les  points  principaux  dans  la  dis- 
cussion desquels  il  s'est  engagé.  Moins  sévère  que  M.  L;tnjuinais, 
nous   pensons   que   ce  philosophe  chrétien  a   peut-être  trop 
promptement  cédé  à  la  répugnance  qu'a  dû  produire  sur  son 
ame  religieuse  la  théorie  philosophique  de  M.  Carové,    qu'il 
a  sur-le-champ  rangé  dans  la  classe  de  ceux  dont  la  prétendue 


ALLEMAGNE  j'47 

sagesse  n'es!  que  folie  de\ant  Dieu.  INous  croyons  que  les  ob- 
jections qu'il  élève,  si  elles  ne  sont,  pas  loules  fondées,  sont 
nu  moins  assez  sérieuses  pour  mériter  un  e\;uneu  approfondi, 
liais,  pour  que  M.  (  laroi «•  fût  compris  plus  facilement  et  pour 
qu'il  |)ùi  développer  ses  r  lisonnenicns  avec  plus  de  clarté,  il 
devrait,  suivant  nous,  purger  son  style  des  longues  périodes  qui 
viennent  à  chaque  instant  exereer  la  patience  du  lecteur,  et 
renoncer  à  un  système  de  néologisme  fatigant  pour  l'intelli- 
gence de  la  discussion  qu'il  présente.  L.  Du. 

3  V  —  //  i<lci  lêgnng  de)' chrenràhrîgen  Bcschuldigungcn  ivelchc 
§ieh  S.  /).  (1er  regierenâc  Meriog  von  Braunsclwcig  gegen  ihren 
tthabehen  l'ormund...  crlaubt  liabcn.  —  Réfutation  des  accusa- 
tions injurieuses  que  8.  A.  le  duc  régnant  de  Brunswick  s'est 
permises  contre  son  auguste  tuteur  et  contre  les  personnes 
qui,  pendant  sa  minorité,  ont  été  chargées  de  l'administration 
de  ses  états,  et  de  son  éducation  ;  par  le  comte  C.  de  Munstï.r. 
DeuxLcnic  édition.  Hanovre,  18-27;  Hahn.  In-8°. —  (Le  même 
écrit  a  é;é  publié  en  français  et  en  anglais.) 

Le  public  se  trouve  inopinément  juge  d'un  procès  qui  se 
plaide  entre  le  roi  d'Angleterre  et  le  duc  de  Brunswick;  ce 
prince  a  commencé  l'attaque  par  un  écrit  dont  l'auteur  ne 
s'est  pas  nommé  et  que  nous  n'avons  pu  nous  procurer.  Le 
roi  d'Angleterre  a  chargé  le  ministre  hanovrien  comte  de 
Munster  d'y  répondre.  Cette  réponse,  imprimée  en  trois 
langues,  a  été  distribuée  avec  profusion;  elle  se  vend  pu- 
bliquement en  Allemagne;  les  journaux  en  donnent  des  ex- 
traits, tandis  qu'aucun  journal  allemand  n'a  pu  parler  de 
l'écrit  du  duc  de  Brunswick.  On  voit  bien  que  le  due 
est  le  plus  faible,  et  le  roi  le  plus  fort.  Cependant,  le  pu- 
blic, dont  on  invoque  le  jugement,  ne  peut  se  prononcer 
qu'en  ayant  sous  les  yeux  les  pièces  des  i\ci\.\  parties.  Nous 
sommes  ici  dans  le  même  embarras  que  le  public.  Nous 
voyons  bien  la  réplique;  mais  la  force  des  argumens  de 
la  partie  adverse  nous  est  dérobée.  L'avocat  de  l'accusé 
parle  bien  haut;  mais  nous  ignorons  jusqu'où  allait  l'accusa- 
tion :  nous  sommes  obligés  de  le  deviner  par  la  réfutation; 
or,  on  sait  bien  que  tout  avocat  habile  glisse  légèrement  sur 
les  charges  qu'il  ne  peut  nier,  et  s'attache  aux  côtés  faibles 
que  présente  l'attaque.  C'est  ce  que  n'a  pas  manque  de  faire 
le  comte  de  Bf  mister,  chargé  par  le  roi  d'Angleterre  de  ré- 
pondre au  duc  de  Brunswick.  Nous  comptons  pour  rien  les 
articles  dédaigneux  des  journaux  ministériels  anglais  contre 
le  plaignant.  Le  journal  the  Times  affecte  de  traiter  le  duc 
rie  Brunswick  en  pauvre  prince.  A  entendre  ce  journal,  le 


i38  LIVRES  ÉTRANGERS. 

duché  de  Brunswick  n'est  guère  plus  peuplé  que  la  paroisse 
de  Mary-le-Bone  à  Londres;  son  armée  pourrait  être  logée 
toute  entière  dans  l'hospice  de  cette  paroisse;  et  ses  revenus 
atteignent  à  peu  près  au  montant  des  droits  du  timbre  en 
Angleterre.  Il  est  vrai  que  le  duc  a  un  revenu  et  un  pouvoir 
bien  chétifs,  en  comparaison  de  ceux  du  roi  d'Angleterre; 
mais  cela  ne  fait  rien  à  sa  cause.  Examinons  le  fond  de  l'affaire, 
autant  que  nous  pouvons  le  démêler  dans  la  réplique  du  mi- 
nistre hanovrien. 

Le  feu  duc  de  Brunswick,  mort  à  la  bataille  de  Waterloo, 
ou  plutôt  des  Quatrc-Bras,  le  16  juin  181 5  ,  avait  institué  par 
son  testament  le  roi  d'Angleterre  tuteur  de  ses  deux  fils  mi- 
neurs, nés  l'un  en  1804  et  l'autre  en  1800.  Cette  tutelle  en- 
traînait là  charge  de  faire  administrer  le  duché  de  Brunswick 
pendant  la  minorité  du  prince  héréditaire.  Malheureusement, 
le  roi  d'Angleterre  a  déjà  trop  à  administrer  dans  les  quatre 
ou  cinq  parties  du  monde  ;  à  peine  se  mèle-t-il  de  l'adminis- 
tration de  son  propre  royaume  de  Hanovre.  Comment  aurait-il 
pu  s'occuper  des  détails  du  petit  duché  de  Brunswick ,  qui  ne 
devait  pas  avoir  pour  lui  l'importance  d'une  paroisse  de 
Londres,  suivant  la  comparaison  du  Times?  Il  paraît  qu'il 
s'en  reposa  sur  le  comte  de  Munster.  Or,  ce  ministre  a  excité 
trop  de  plaintes  dans  le  royaume  de  Hanovre  pour  avoir  pu 
bien  administrer  le  Brunswick.  C'est  le  comte  de  Munster  que 
les  Hanovriens  accusent  d'être  l'auteur  de  la  constitution  dé- 
fectueuse qui  les  régit,  et  d'avoir  rendu  à  l'aristocratie  une 
influence  illégale  dans  les  affaires  d'état.  Ce  ministre  a  tenté 
quelque  chose  de  semblable  dans  le  duché  de  Brunswick;  il 
y  a  introduit  une  constitution  fort  incomplète,  et  if  a  eu  soin 
de  bien  fortifier  la  caste  à  laquelle  il  appartient  lui  -  même. 
Pendant  ce  tems ,  les  deux  jeunes  princes  étaient  élevés  et 
instruits  par  deux  instituteurs  allemands  qu'avait  choisis  le 
roi  d'Angleterre,  ou  plutôt  le  comte  de  Munster.  Quand  les 
pupilles  grandirent,  ils  trouvèrent  leurs  précepteurs  insup- 
portables, et  se  plaignirent  d'eux  chez  le  roi  leur  tuteur.  Le 
roi  les  exhorta  très-sagement  à  l'obéissance,  dans  des  lettres 
que  le  comte  de  Munster  insère  dans  sa  réplique;  mais  nous 
n'y  trouvons  pas  les  lettres  des  ducs  de  Brunswick  auxquelles 
elles  servent  de  réponse;  ainsi  nous  ignorons  si  la  réponse 
est  juste.  A  l'âge  de  dix-huit  ans,  le  prince  aîné  voulut  être 
émancipé;  le  roi  d'Angleterre  répondit  qu'il  ne  demandait 
pas  mieux  que  d'être  déchargé  du  fardeau  de  la  tutelle ,  mais 
qu'il  pensait  que ,  pour  se  conformer  aux  usages  allemands  , 
il  conviendrait  d'attendre  jusqu'à  l'âge  de  vingt-un  ans.  Sans 


ALLEMAGNE.  i3o, 

(doute  le  roi  n'avait  aucun  intérêt  à  prolonger  la  tutelle;  mais 
le  comte  de  Munster  pouvait  avoir  quelque  intérêt  à  prolon- 
ger son  administration  ;  peut-être  aussi  l'inexpérience  du  jeune 
prince  inspirait -elle  avec  raison  peu  (h  confiance  au  tuteur. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Georges  IV,  las  sans  doute  (les  tracas  sus- 
cites par  son  pupille,  l'émancipa  à  l'Age  de  dix-neuf  ans,  et 
lui  remit  l'administration  de  son  duché.  A  peine  le  jeune  prince 
se  sentit-il  libre  qu'il  déclara  nul  tout  ce  qui  avait  été  fait 
pour  le  gouvernement  de  Brunswick  depuis  sa  dix-huitième 
année,  comme  étant  émané  d'un  pouvoir  illégal  et  usurpateur. 
L'expression  était  vive  et  peut-être  injuste;  mais  un  jeune 
prince  impérieux  qui,  pour  la  première  fois,  sent  qu'il  est.  le 
maître,  ne  pèse  pas  toujours  ses  paroles.  Ce  qu'il  y  a  de  fâ- 
cheux, c'est  que  la  constitution  donnée  au  Brunswick  par  le 
roi  d'Angleterre  se  trouve  enveloppée  dans  la  proscription; 
le  prince  ne  veut  pas  la  reconnaître,  dit-on,  par  deux  raisons  : 
i°  elle  émane  de  son  tuteur;  2°  elle  restreint  le  pouvoir 
transmis  par  ses  ancêtres;  cette  dernière  raison  est  justement 
celle  qu'allèguent  la  plupart  des  princes  qui  ont  donné  des 
constitutions  dans  des  momens  d'urgence,  et  qui  ensuite  se 
sentent  assez  forts  pour  se  jouer  de  leurs  promesses.  Ce  n'était 
pas  une  très  bonne  constitution  que  celle  du  Brunswick;  mais 
elle  valait  cent  fois  mieux  que  le  pouvoir  arbilraire.  En  la 
détruisant,  sans  la  remplacer  par  une  meilleure,  le  duc  risque 
d'exciter  le  mécontentement  de  ses  sujets  et  de  tous  les  Alle- 
mands; ce  qui  serait  d'autant  plus  imprudent  qu'il  a  déjà  in- 
disposé contre  lui  les  cours  :  on  ne  voit  pas  quel  appui  lui 
resterait  dans  ce  cas.  Qu'il  ait  donc  au  moins  assez  de  politique 
pour  chercher  à  gagner  l'affection  des  Brunswickois;  alors,  il 
pourra  braver  les  menaces  du  comte  de  Munster.  Les  jour- 
naux anglais  insinuent  qu'il  est  à  regretter  que  l'on  n'ait  pas 
médiatisé,  c'est-à-dire  soumis  à  une  puissance  voisine,  le  duché 
de  Brunswick.  Ce  duché  est  voisin  du  Hanovre;  étant  média- 
tisé, ce  serait  du  roi  de  ce  pays  qu'il  dépendrait  :  peut-être 
ne  serait  ce  pas  un  mal  pour  les  habiîans  du  duché;  car,  dans 
ces  petits  états,  les  sujets  éprouvent  trop  souvent  les  fâcheux 
effets  des  caprices  despotiques  des  princes,  dont  rien  ne  con- 
trôle la  conduite,  pas  même  la  force  de  l'opinion  publique; 
mais  ce  serait  très-facheux  pour  le  duc  de  Brunswick  :  il  ne 
pourrait  détourner  ce  coup  qu'en  s'unissant  étroitement  avec 
ses  sujets.  Il  s'agit  encore,  dans  ce  procès,  d'un  conseiller, 
M.  Schmidt  Phiscldeck ,  à  qui  avait  été  confiée  la  direction  du 
théâtre,  que  le  jeune  duc  a  expulsé  de  ses  états,  et  que  le  roi 
de  Hanovre  a  dédommagé  par  une  bonne  place,  probablement 


i  ,o  LIVRES  ÉTRANGERS. 

pour  donner  une  leçon  au  jeune  duc;  mais  celte  affaire  minime 
ne  mérite  pas  d'occuper  notre  attention. 

Le  comte  de  Munster  parle  de  la  dé  s  approbation  et  même  de> 
Y  indignation  (jue  la  conduite  du  jeune  duc  de  Brunswick  a 
excitée  en  Allemagne.  Le  ministre  hanovrien  sait  fort  bien 
qu'on  n'a  pas  habitué  le  peuple  allemand  à  manifester  ses 
sentimens  sur  la  conduite  des  princes,  puisque  la  presse  est 
esclave  dans  ce  pays.  C'est  donc  probablement  de  là  désap- 
probation et  de  Y  indignation  des  cours  que  le  ministre  veut 
parler.  Cela  ne  regarde  point  la  nation,  et  c'est  une  affaire 
à  arranger  entre  le  duc  et  les  cours.  M.  de  Munster  ne  peut 
pas  ignorer,  d'ailleurs,  que  sa  propre  conduite  politique  a 
encouru  des  censures  très-sévères,  et  il  ne  lui  convient  peut- 
être  pas  de  parler  de  désapprobation  publique.  Mais  ce  qui 
intéresse  vivement  la  nation ,  c'est  d'avoir  des  institutions 
libres  et  stables  que  le  caprice  des  princes  ne  puisse  pas  lui 
ôter,  et  que  les  intrigues  des  hommes  d'état  n'aient  pas  le 
droit  de  modifier.  D — g. 

36. —  Lucubrationen  eines  Staatsgefangenen,  etc.  —  Élucu- 
brations  d'un  prisonnier  d'état,  écrites  dans  les  prisons  de  Tu- 
rin, Milan,  Bayreuth,  Berlin  et  Vienne,  mises  en  ordre  dans 
la  forteresse  danoise  deFriedrichsort.  Brunswick,  1827;  Vieweg. 
In-8°. 

87.  —  Fragmente  ans  meinem  Lebcnund  meincr  Zeit. — Frag- 
mens  puisés  dans  ma  vie  et  dans  mon  tems  ,  par  Jean  "\Yit, 
nommé  de  Dœring.  Brunswick,  1827;  Vieweg.  In-b'.°,  /|8o  p. 

Ces  Mémoires  ne  peuvent  manquer  d'exciter  la  curiosité. 
Leur  auteur  se  dit  parent  de  M.  le  baron  d'Eckstein  ;  et  en  effet, 
M.  d'Eckstcin  est  son  oncle  du  côté  maternel,  et  leurs  pères, 
qui  étaient  juifs,  ont  tous  deux  été  baptisés  par  le  même 
évêque  ,  le  célèbre  Munter.  Il  parle  de  feu  M.  de  Serres, 
comme  de  l'ami  de  son  père.  M.  de  Serres,  émigré,  se  trouvant 
à  Hambourg,  a  été  très-lié  avec  les  parens  de  M.  Wit.  Il  se 
vante  d'avoir  eu  des  relations  intimes  avec  presque  tons  les 
chefs  des  sociétés  secrètes  d'Allemagne,  de  France  et  d'Italie, 
révolutionnaires  ou  contre-révolutionnaires,  et  il  cherche  à  le 
prouver,  en  révélant  leurs  noms  et  leurs  secrets.  Il  a  été  pour- 
suivi par  la  police,  en  France  et  en  Russie,  arrêté  à  Mornex, 
conduit,  de  prison  en  prison  à  Chambéry,  transféré  à  Turin, 
et  de  là  à  Milan;  on  s'est  occupé  de  lui  à  Vérone;  il  a  long- 
tems  séjourné  dans  les  prisons  de  Vienne  et  de  Berlin,  et  ses 
Mémoires  mêmes  sont  datés  d'une  forteresse  danoise  où  il  les 
a  écrits  dans  une  chambre  bien  close  et  bien  gardée;  et,  après 


AU.KMACNK.  ,/,! 

faut  d'aventures,  l'auteur  n'était  cependant  âgé,  en   1827,  que 
île  27  ans! 

Son  livre  contient  plusieurs  détails  curieux  sur  la  révolution 
du  Piémont,  bien  qu'ils  paraissent  émanés  des  archives  anh'i- 
cliieniies;  sur  la  police  publique  et  secrète,  sur  l'état  des  pri- 
sons et  L'organisation  des  contrebandiers  en  Piémont  et  en 
Lombardie;  il  rapporte  quelques  anecdotes  assez  piquantes, 
quelques  mystifications  plaisantes  du  ministère  français  et  de  la 
police  piémoolpise,  et  une  apologie  des  Italiennes.  Malgré  ces 
avantages,  l'ouvrage  est  révoltant  par  la  fausseté  qui  y  règne, 
et  l'auteur  a  beau  renouveler  ses  protestations  de  ne  dire  que 
la  vérité,  ses  assertions  de  n'avoir  menti  qu'une  fois  dans  ses 
interrogatoires,  de  n'avoir  jamais  indiqué  ou  chargé  ses  com- 
plices, afin  de  donner  la  preuve  de  son  innocence,  et  même 
d'être  prêta  tout  sacrifier  pour  ses  amis,  pour  la  vérité,  pour 
le  bien  public,  on  s'aperçoit  bientôt  qu'il  foule  aux  pieds  la  vé- 
rité et  la  vertu,  dans  le  temple  même  qu'il  prétend  leur  ériger. 
C'est  ainsi  que,  condamnant  les  trames  révolutionnaires,  il 
donne  aux  accusés  des  instructions  savantes  pour  ne  pas  se 
compromettre  dans  les  interrogatoires,  et  pour  s'évader  des 
prisons.  Il  parle  avec  un  égal  enthousiasme  de  ses  aventures 
galantes  et  de  la  charité  chrétienne  des  sœurs  grises  de  Cham- 
béry.  Il  fait  parade  de  piété  et  de  confiance  dans  la  providence 
divine;  et  cependantil  avoue  que,  dans  plusieurs  occasions,  il 
a. tenté  de  se  tuer;  sa  naïveté  va  jusqu'à  faire  une  apologie  du 
suicide.  Tour  à  tour  il  prêche  la  morale,  et  il  la  blesse;  et, 
dans  un  dernier  chapitre,  il  l'outrage  au  point  de  prétendre 
«  qu'à  ses  yeux  on  ne  peut  être  un  vrai  héros  de  vertu,  que 
lorsqu'on  a  été  un  grand  pécheur.  »  Enfin  ,  le  même  homme 
qui  a  tant  à  se  louer  de  la  discrétion  d'une  foule  de  personnes 
bienveillantes,  n'a  pas  honte  cYen  compromettre  un  grand 
nombre  par  ses  dénonciations,  et  de  publier,  tout-à-fait  hors 
de  propos,  des  paroles  atroces,  qui,  à  l'en  croire,  seraient 
échappées  à  l'un  de  ses  amis  les  plus  intimes,  tandis  qu'ils  voya- 
geaient ensemble.  Pour  tout  dire,  c'est  lui  qui,  par  de  noires 
calomnies,  a  provoqué,  il  y  a  trois  ans,  l'inquisition  politique 
prussienne  à  faire  arrêter  en  Saxe  M.  Cousin,  qui  cependant, 
ayant  obtenu  d'être  confronté  avec  lui,  l'a  terrassé  par  les  dé- 
mentis les  plus  formels. 

En  revanche,  M.  Wil  s'est  fait  l'apologiste  des  gouvernemens 
légitimes  absolus,  et  surtout  du  gouvernement  autrichien,  et  il 
parait  que  l'on  a  reconnu  ses  bonnes  dispositions,  car  aussitôt 
après  la  publication  de  ces  Mémoires,  ieur  auteur  a  été  mis 
en  liberté,  afin  sans  doute  de  pouvoir  achever  plus  prompte- 


i4a  LIVRES   ÉTR ANGERS. 

ment  son  travail  sur  les  sociétés  secrètes  do  France,  auxquelles" 

il  a  promis  de  consacrer  des  chapitres  détailles. 

Nous  terminerons  cet  article  par  une  traduction  de  ses  ré- 
vélations sur  les  Sanfédistes ,  dont  il  prétend  (p.  '^7)  avoir  déjà 
dénoncé  la  ligue,  en  182 1  et  1822,  au  cabinet  autrichien. 

M.  Wit  remarque  d'abord  (p.  38)  que  le  duc  de  Dalbcrg 
avait  trouvé,  dans  les  papiers  d'un  émigré  français  mort  à  Tu- 
rin, les  statuts  délia  Societa  dalla  santa  fade  et  les  preuves  de 
ses  ramifications  jusqu'à  Nîmes  et  Avignon.  Une  copie  des 
mêmes  statuts  fut  trouvée,  suivant  lui,  dans  la  doublure  d'une 
chasuble  qu'un  de  ses  amis  avait  achetée  chez  un  fripier  de, 
Turin.  Il  ne  cile  aucun  de  leurs  articles,  mais  il  caractérise  la 
société  de  la  manière  suivante  : 

«  Les  desseins  des  Sanfédistes ,  dit-il  p.  3o,  et  suiv.,  se  ratta- 
chent en  même  tems  à  la  politique  et  à  la  religion;  ils  veulent, 
quant  à  l'église,  tout  ramener  à  l'état  qui  existait  avant  la  ré- 
volution. Mais,  comme  ils  savent  bien  que  cela  est  imprati- 
cable ,ils  y  joignent  un  autre  projet  qui  semble  jouir  de  plus  de 
popularité.  Ils  veulent  détruire  la  puissance  autrichienne  en 
Italie,  et  se  proposent  de  former  une  Italie,  sinon  une  et  indi- 
visible, du  moins  tri-unc ,  qui,  intimement  confédérée,  serait 
placée  sous  la  direction  suprême  du  pape.  Le  pape  Pie  VII  était 
le  chef  avoué  de  cette  ligue,  et  Léon  XII,  assure-t-on,lui  a 
succédé  en  cette  qualité.  Selon  les  exigences  du  moment,  la  so- 
ciété prend  différens  noms;  c'est  ainsi  que  ces  ligueurs  se  sont 
déjà  fait  appeler  :  Consistoriali ,  Crocesegnati ,  Crociferi ,  Soc. 
délia  santa  fede,  del  Anello,  et,  même  Soc.  des  Brutus.  Le  célèbre 
auteur  des  Soirées  de  Saint-Pétersbourg  en  était  le  chef  provincial 
en  Piémont;  le  comte  Borgarelli,  président  du  sénat;  l'archevê- 
que de  Turin  et  le  vicaire-général  d'Asti  lui  succédèrent  dans 
cette  charge.  Mais  le  véritable  chef  de  cette  ligue,  pour  l'Italie 
supérieure,  est,  suivant  l'auteur,  le  duc  de  M.  (Modène),  auquel, 
bien  qu'il  soit  très  proche  parent  de  la  maison  d'Autriche,  on 
attribue  néanmoins  des  vues  ambitieuses  qu'il  espère  réali- 
ser à  l'aide  de  la  France  qui  est  entrée  dans  cette  ligue.  Car 
le  gouvernement  français  (non  la  France  ),  dit -il  toujours, 
seconde  les  entreprises  des  sanfédistes ,  soit  parce  qu'ils  ne 
font  qu'un  avec  les  jésuites,  soit  parce  qu'on  espère  atténuer 
ainsi  ou  détruire  la  puissance  autrichienne  en  Italie.  Les  San- 
fédistes (p.  /ii)  haïssent  l'Autriche  *  non-seulement  parce  qu'elle 
est  trop  prudente  pour  accorder  au  clergé  une  grande  in- 
fluence sur  le  temporel,  mais  parce  qu'ils  craignent  que  la 
tiare  vienne  un  jour  décGrer  le  front  d'un  prince  autrichien. 
Au  reste,  c'est  en  Piémont  où  cette  ligne ,  qui  compte  le  roi 


téroe  parmi  ses  membres  (i)t  paraît  la  plus  puissante.  On 
>mpte  t fois  grades  dans  la  société.  Tous  les  membres  sont 
bligés,  par  serment,  de  rapporter  tout  ce  qu'ils  savent  à  leurs 
ipérieurs.  C'est  ainsi  qu'ifs  formeul  une  véritable  police  se 

"èle  ;  el  la  police  de  l'État  ft'eSt  là  que  poni'  exécuter  les  ordi  es 
ne  la  ligue  lui  donne.  Les  membres  qui  n'ont    point  de  fortune 

dissent  d'un  traitement  mensuel ,  que  l'on  augmente  ou  que 
jii  diminue  selon  le  nombre  et  l'importance  de  leurs  rapports. 
;i  ligue  ne  compte,  parmi  ses  adeptes,  qu'un  petit  nombre 
hommes  dans  la  force  de  l'âge,  ci  n'admet  point  de  jeunes 
mis,  à  l'exception  de  quelques  prêtres  ambitieux.  Mais  la  plu - 
irt  desanciens  nobles  et  des  membres  du  haut  clergé  appar- 
•nnent  à  cette  société.  Le  but  de  la  masse  des  ligueurs  se 
outre  à  découvert  (p.  /t3j  dans  la  réponse  naïve  que  fil  un 
ï  leurs  chefs,  le  comte  Lamotte  Saint- Mm  tin ,  inspecteur  de 
université  et  des  écoles  .dans  la  province  de  Vèrceil,  à   un 

ofesscur  qui  lui  avait  fait  des  remontrances  sur  l'augmenta* 
~>n  du  prix  desétu  les  et  les  difficultés  apportées  à  l'instruction 
iblique,  par  suite  desquelles  toutes  les  écoles  seraient  bientôt 
îsertes.  «Tant  mieux,  répliqua  le  coûte,  voilà  ce  que  nous 
niions.  Ce  sont  ces  maudites  lumières-,  ce  sont  les  Universités, 
îi  ont  fait  la  révolution;  notre  roi  n'a  pas  besoin  de  sa  vans, 

il  n'en  veut  pas.  »  Cette  société  (p.  44)  est  répandue  dans 
utes  les  contrées  de  l'Europe.  Un  prince  souverain  en  Alle- 
agne  lui  a  appartenu  jusqu'à  sa  mort.  En  ce  moment  encore  , 

prince  Hohenlohe-Scliillingsfurst  s'y  trouve  affilié,  et  plu- 
surs  personnes  prétendent  qti'il  est  même  à  sa  solde.  Les  li- 
teurs  sont  si  intimement  liés  avec  les  jésuites,  qu'on  ne  sou- 
it  dire  quelle  est  celle  des  deux  sociétés  qui  se  trouve  au 
rvice  de  l'autre;  mais  vraisemblablement  elles  suivent  la 
axime: 

Hanc  veniam  damus  petimusque  vicissim. 

Au  reste,  si ,  comme  on  l'a  dit,  les  Carbonari  se  servent  du 
te  maçonnique  Mizraïm,  les  Sanfédisles  se  sont  approprié 
1  autre  rite,  et  il  leur  est  permis  de  s'en  servir  librement, 
loique  le  pape,  par  une  bulle  fulminante,  ait  analhématisé 
us  les  franc  maçons.  » 

38.  — *  Lehrhuch  der  Literatur-Gescliichte. — Manuel  de  l'his- 
irede  la  littérature, parZflMÙ'W  achler.  Leipzig,  iSsj.In-S0. 

(1)  L'auteur  rappelle,  p.  108  ,  que  ce  roi,  lors  des  mouvemens  ré- 
lutionnaires,  plaça  son  pays  sous  la  sauvegarde  particulière  de  la 
in  te  Vierge. 


144  LIVRES  ÉTRANGERS. 

On  ne  conçoit  pas  qu'il  soit  possible  de  renfermer  dans 
5;o  pages  tout  ce  que  contient  ce  volume,  et  l'on  pourrait 
croire  que  M.  Wachler  ne  donne  ici  qu'un  aride  catalogue,  si 
l'inspection  de  son  livre  ne  prouvait,  au  premier  aperçu,  qu'il 
a  suivi  et  développé  un  système  raisonné.  Les  progrès  de  l'es-  \ 
prit  humain  y  sont  présentés  depuis  la  naissance  de  l'écriture 
jusqu'à  nos  jours,  et  les  sources  auxquelles  il  faut  puiser  pour 
compléter  son  instruction  sont  toujours  indiquées  au  bas  de  I 
chaque  article.  Les  littératures  indiennes  et  persanes  sont  à  la  l 
tète  de  l'ouvrage  avec  la  mention  des  travaux  des  érudits  mo- 
dernes qui  ont  cherché  à  les  faire  connaître  parmi  nous.  Ici  ) 
ont  dû  trouver  leur  place  les  noms  de  MM.  Klaproth,  Abel  | 
Rémusat,  &ilvestrc\de  Sncy ,  A.  G.  Schlcgel.  A  la  section  des 
Égyptiens  se  joignent  quelques  notices  sur  les  Araméens  et  sur 
les  Hébreux  ;  puis  on  se  trouve  chez  les  Grecs  ,  et  l'on  parcourt 
en  trois  sections  tout  ce  que  cette  nation  et  Rome  ont  donné 
aux  lettres  et  aux  sciences  dans  les  cinq  siècles  qui  ont  pré- 
cédé et  dans  les  cinq  siècies  qui  ont  suivi  Jésus- Christ.  Ce  ne 
sont  pas  de  sèches  assertions,  ce  sont  des  narrations  et  dcsjti- 
gemens.  Ainsi  M.  Wachler  montre  la  poésie  épique  conduisant  à 
l'histoire  au  moyen  de  lintermédiaire  des  cycliques.  D'abord  il 
y  eut  des  traditions  héroïques  et  des  généalogies;  bientôt  on  se 
mit  à  raconter  l'origine  des  villes;  enfin  on  écrivit  aussi  des 
faits  contemporains.  M.  Wachler  nous  fait  connaître  les  histo- 
riens, et  en  général  les  auteurs  dont  le  tems  a  détruit  les  ou- 
vrages. Hécatée,  Hellanicus,  Hippys,  Phérécyde,  etc.  Un  chiffre 
placé  à  côté  de  leur  nom  marque  l'époque  présumée  de  leur 
existence.  Les  principales  éditions  d'œuvres  et  de  fragmens  sont 
signalées  à  l'attention  du  lecteur.  Nous  regretterons  au  sujet  de 
Xénophon  que  l'on  n'ait  pas  fait  mention  ni  de  celle  de  M.  Gail, 
ni  de  ses  travaux  sur  les  écrits  de  cet  historien.  On  n'a  pas  mieux 
traité  notre  savant  compatriote  pour  ce  qui  concerne  Thucydide. 
Enfin,  quant  à  Ctesias,  la  narration  de  ce  qu'a  fait  M.  Albert 
Lion  se  serait  trouvée  bien  convenable  à  côté  de  l'excellente 
édition  du  jeune  et  docte  professeur  Bœhr.  La  géographie,  les 
mathématiques,  l'astronomie  des  Grecs  et  des  Romains  sont 
ensuite  exposées  avec  le  môme  soin,  et  l'on  arrive  à  l'an  336 
avant  Jésus- Christ  pour  aller  selon  les  mêmes  subdivisions 
jusqu'à  l'an  14  après  sa  naissance,  ce  qui  comprend  tout  l'in- 
tervalle écoulé  depuis  Alexandre  jusqu'à  la  mort  d'Auguste. 
Enfin  on  quitte  l'antiquité  qui,  d'après  l'auteur,  s'arrête  à 
l'an  5oo.  Le  moyen  âge  a  mille  ans  de  durée,  et  se  termine  à 
l'année  iTxjo.  Examinant  tout  ce  que  les  Grecs,  les  Arabes,  les 
Syriens,  les  Perses,  les  Chinois  et  les  Juifs  ont  produit  peu- 


ALLEMAGNE.  t4r> 

riant  ces  dix  siècles,  et  jetant  sur  l'Occident  un  vaste  coup  d'œil 
Scientifique,  sans  rien  oublier  des  littératures  nationales,  de 
leurs  caractères  distinctifs,  ni  des  sciences,  non  plus  que  des 
écoles  où  on  les  enseignait.  Les  légendes  et  les  chroniques  com- 
posent un  genre  spécial,  d'un  intérêt  majeur;  mais  on  com- 
prend combien  ici  toutes  les  citations  doivent  être  incomplètes, 
et  ce  serait  mauvaise  foi  que  d'en  quereller  l'auteur.  Il  faut  le 
louer  plutôt  du  soin  qu'il  a  mis  à  rassembler  les  notions  les 
plus  utiles  en  ce  genre,  et  les  sources  à  consulter  sur  l'histoire 
de  chaque  pays.  Les  tems  modernes ,  à  partir  de  i5oo  jusqu'en 
1826,  ne  peuvent  ici  présenter  tous  les  titres  des  livres  que 
proclament  chaque  année  le  Bulletin  de  la  librairie  et  le  Cata- 
logue de  la  foire  de  Leipzig;  mais  aussi  n'est-ce  pas  là  ce  que 
M.  Wachler  a  voulu.  On  pouvait  cependant  exiger  plus,  quant 
à  l'indication  des  sociétés  savantes  et  de  leurs  mémoires.  La 
littérature  particulière  à  chaque  peuple  fait  toujours  l'objet  d'un 
paragraphe  ,  et  la  revue  des  sciences  se  fait  aussi  selon  le  même 
procédé.  Mais  que  peut-on  dire  en  20  pages  sur  les  produc- 
tions qui  ont  distingué  la  France  depuis  François  1er  jusqu'en 
1826?  Aussi,  dans  la  liste  des  poètes  qui  court  depuis  Ma  rot 
jusqu'à  M.  Béranger,  se  trouvent  oubliés  bien  des  favoris  des 
Muses.  Il  y  a  aussi  des  lacunes  dans  I9  section  historique;  mais, 
tel  qu'il  est,  le  livre  de  M.  Wachler  est  excellent.  Une  seconde 
édition  pourra  lui  donner  ce  qui  lui  manque;  alors  il  pourra 
véritablement  servir  de  catalogue  raisonné  aux  sa  vans  et  aux 
gens  de  lettres  qui  veulent  donner  à  leurs  études  une  direction 
méthodique.  P.  de  Golbery. 

3  g. — *  Dante  Alighieris  lyrische  Gedichte.  — Poésies  lvriques 
de  Dante  Alighieri  ,  en  italie<  et  en  allemand,  traduites  par 
Ch.  L.  Kannegiesser.  Leipzig ,  1827;  Brockhaus.  In-8°  de 
489  p. 

Les  poésies  lyriques  du  Dante  sont  généralement  peu  con- 
nues ;  écrasés  par  la  célébrité  <\e\i\  Divina  Commedîa,  les  sonnets, 
les  canzoni ,  etc.  ,  de  ce  poète  étaient  ou  ignorés  ou  laissés 
dans  l'oubli,  à  tel  point  que  beaucoup  de  littérateurs  même 
n'en  soupçonnaient  pas  l'existence.  L'auteur  de  la  traduction 
en  vers  allemands  que  nous  annonçons,  M.  Kannegiesser,  a 
rendu  un  véritable  service  aux  amis  des  lettres,  en  exhumant 
en  quelque  sorte  ces  opuscules.  Sa  modestie  nous  fait  connaî- 
tre, dans  la  préface  de  son  livre,  qu'il  doit  beaucoup  aux  soins 
et  à  la  coopération  de  deux  savans  compatriotes,  MM.  de 
Ludcmann  et  Karl  IVitte ,  pour  l'intelligence  de  certains  pas- 
sages de  cet  auteur,  souvent  difficile  à  comprendre,  et  surtout 
dans  des  poésies  fugitives,  inspirées  quelquefois  par  un  évé- 
t.  xxxvii.  —  Janvier  1828  10 


i/,6  LIVRES  ÉTRANGERS.      ' 

nement  qui,  n'ayant  aucune  importance  historique ,  n!a  pu 
parvenir  jusqu'à  notre  connaissance.  Cet  aveu  honorable  pour 
JW.  Kmneg'uwser  ne  lui  enlève  pas  au.  surplus  le  mérite  qui 
lui  est  propre,  celui  de  nous  avoir  donné  un -ouvrage  qu'on 
peu!  appeler  tout  à-fait  neuf  dans  son  genre;  ouvrage  qui  at- 
teste d'ailleurs  de  longues  et  profondes  recherches,  et  qui 
ren Ternie  des  annotations  précieuses  pour  l'explication  des  su- 
jets que  chante  le  poëte,  dont  elles  sont  une  sorte  de  clef.  Ce 
qu'il  y  a  surtout  de  remarquable  dans  la  traduction  de  M.  Ch. 
Xanncgiesser,  c'est  la  fidélité  scrupuleuse  avec  laquelle  il 
transporte  dans  sa  langue  les  vers  de  Dante.  On  les  trouve  en 
effet  reproduits,  non  seulement  quant  aux  idées,  mais  encore 
quant  au  rhythme  et  à  la  mesure.  Il  est  vrai  de  dire  que  toute 
autre  langue  que  l'allemand  se  serait  peut-être  refusée  à  une 
imitation  aussi  parfaite,  et  qu'il  a  fallu  toute  la  richesse  et 
l'abondance  de  cet  idiome  pour  avoir  pu  traduire  un  poëte 
vers  pour  vers  avec  élégance  ,  et  en  conservant  dans  tous  leurs 
déve'oppemens  les  pensées  de  l'original.  La  canzone  17  offre 
une  singularité  remarquable  ;  elle  est ,  dans  l'original ,  compo- 
sée de  vers  alternativement  italiens,  latins  et  provençaux,  ou 
plutôt  écrite  dans  la  langue  qu'on  appelait  alors  romance.  Le 
traducteur  a  cru  devoir,  conserver  ce  caractère  détrangeté,  et 
nous  a  rendu  cette  pièce  en  français,  allemand  et  latin.  Dans 
une  note  ,  à  la  fin  de  son  volume,  M.  Rannegicsscr  nous  ap- 
prend que  celte  bizarrerie  n'est  pas  une  création  de  Dante, 
mais  que  les  Provençaux  étaient  dans  l'usage  de  publier  de 
pareils  ouvrages.  Il  cite  ,  à  l'appui  de  son  opinion  ,  une  chan- 
son écrite  en  sept  langues  différentes,  en  l'honneur  de  Béatrix 
de  Montferrat,  par  le  poëte  pre'.^nçal  Rambaud  de  Baqueiras. 
En  résumé,  l'ouvrage  que  nous  annonçons  est  un  titre  incon- 
testable à  la  reconnaissance  de  tous  ceux  qui  s'occupent  de 
littérature.  L.  Dh. 

40.  —  Catalogus  artificum ,  sire  architecte,  statuant,  scalp- 
tores  ,  cœlatores  et  scalptores  Grœcorum  et  Romanorum  litte- 
rarum  ordine  positl  à  Julio  Sillig.  —  Catalogue  des  artistes 
ou  architectes  ,  statuaires  ,  sculpteurs,  graveurs,  etc. ,  de  la 
Grèce  ou  de  Rome,  disposé  par  ordre  alphabétique,  et  aug- 
menté de  trois  tables  synchronistiques,  par  Julius  Sillig. 
Dresde  et  Leipzig,  i8'27.  In-8°. 

M.  Sillig  est  un  jeune  savant  qui  ne  néglige  rien  de  ce  qui 
peut  être  utile  aux  progrès  de  la  science  de  l'antiquité.  On 
l'a  vu  entreprendre  de  grands  voyages  pour  collationner  au 
loin  des  manuscrits.  En  1824,  il  a  fait  à  Paris  un  assez  long 
séjour;  alors  il  s'occupait  surtout  des  derniers  livres  de  Pline  , 


ALLEMAGNE.—  SUISSE.  i/,7 

vt  de  l'étal  des  arts  chez  les  Grecs  et  cliea  les  Romains.  Nous 
voyons  paraître  aujourd'hui  l'un  des  résultats  des  travaux  qu'il 
a  commencés  parmi  nous.  Il  existait  déjà  un  catalogue,  comme 
celui  que  nous  annonçons  :  il  se  trouvait  joint  au  traité  sur  la 
peinture,  par  Jn/iiax,  et  Grœvius  le  publia  avec  ce  traité,  en 
1694  ;  mais  ce  catalogue,   devenu    fort  rare,  était  tellement 
fautif  et  incomplet  que  M*  Sillig  a  fort  bien  fait  de  le  recom- 
poser de  nouveau.  Les  découvertes  modernes  ont  d'ailleurs 
révélé  les  noms  de  beaucoup  d'artistes  inconnus,  il  y  a  cent 
quarante  ans.  Mais  ce  n'est  là  (pie  le  moindre  mérite  du  livre» 
de  M.  Sillig*  Les  notices  biographiques  qu'il  nous  donne  sont, 
accompagnées  de  recherches  exactes  et  scrupuleuses  ;  on  n'a 
rien  omis  de  ce  que  les  sav.ins  ont  consiaté;  et  quand  on  a  eu 
recours  aux  anciens,  on  a  toujours  fait  un  examen  rigoureux 
des  textes  et  des  leçons  adoptées  dans  les  meilleures  éditions. 
Par  exemple,  M.  Sillig  a  opéré  beaucoup  de  rectifications  dans 
le  texte  de  Pline,  d'après  l'autorité  d'un  manuscrit  de  la  Bi- 
bliothèque royale.  Il  se  dispose  d'ailleurs  à  publier  les  livres 
de  cet  auteur  qui  ont  rapport  à  l'histoire  de  l'art.  Les  trois 
tables  synchronistiques  sont  d'un  grand  intérêt.  Non-seulement 
on  y  a  porté  tous  les  noms  d'artistes  dont  l'existence  se  rap- 
porte à  une  époque  déterminée;  mais,  afin  de  mieux  diriger 
le  lecteur,  on  a  ajouté  en  regard  les  événemens  les  plus  mar~ 
quans  de  l'histoire,  selon  les  olympiades  et  selon   les  années 
avant   J.   C.  La  première  table  commence   à   I»  naissance  de 
l'art  et  s'étend  jusqu'à  Phidias.  La  seconde,  partant  de  ce  point, 
atteint  l'époque  de  Lysippe  et  d'Apelle.  La  troisième  comprend 
l'espace  qui  sépare  Alexandre  de  la  mort  de  Pline.  La  dédicace, 
adressée  à  M.  Beettiger,  renferme  aussi  cfes  conjectures  et  des 
observations  d'un  grand  intérêt.  M.  Sillig  est  connu  dans  le 
monde  savant  par  une  bonne  édition  de  Catulle,  dont  nous 
avons  rendu  compte,  et  par  son  active  collaboration  aux.  prin- 
cipaux recueils  littéraires  et  philologiques.      P.  de  Golbéry. 

SUISSE. 

4i.  —  *  Plein  d'améliorations  pour  le  collège  de  Genève,  pro- 
posé par  Jean  Humbert,  ministre,  professeur  de  langue 
arabe,  etc.  Genève,  1827;  P.  Ledouble  ;  Paris,  J.-J.  Pas- 
choud.  In-8°  de  ii'i  pages. 

M.  le  professeur  Humbert,  connu  depuis  long-tems  par  les 
services  qu'il  ne  cesse  de  rendre  à  l'instruction  publique,  con- 
tinue avec  zèle  et  courage  ses  attaques  contre  les  vieilles  rou- 
tines de  l'enseignement,  les  préjugés  de  collège  ,  et  toutes  ces 

ÏO. 


i/,8  LIVRES  ETRANGERS. 

pratiques  surannées  que  protègent  victorieusement,  même  à 
Genève,  l'habitude,  l'indifférence,  et  surtout  la  crainte  d'in- 
nover. Le  célèbre  professeur  Decandolle,  si  digne  d'élever  la 
voix  pour  le  bien  de  sa  patrie,  avait  demandé  à  la  Compagnie 
académique  une  révision  complète  de  l'enseignement  usité  dans 
les  classes  :  M.  Humbert,  qui,  dès  1821  ,  s'était  occupé  des 
moyens  de  perfectionner  à  Genève  les  études  littéraires  ,  s'est 
hâté  de  répondre  à  cet  appel ,  et  il  vient  de  publier  un  ouvrage 
de  quelque  étendue  ,  fruit  de  ses  nouvelles  réflexions.  Au  mi- 
lieu de  beaucoup  d'observations  d'un  intérêt  purement  local, 
ce  livre  en  renferme  un  plus  grand  nombre  encore  qui  peu- 
vent être  utiles  à  lous  les  pays,  et  il  mérite  l'attention  de  qui- 
conque est  persuadé  que  l'éducation  fait  tôt  ou  tard  la  destinée 
des  peuples. 

On  pourrait,  à  ce  qu'il  nous  semble,  trouver  çà  et  là  trop 
peu  d'ordre  dans  la  succession  des  chapitres,  des  détails  trop 
minutieux  ,  quelques  erreurs  de  fait,  quelques  paradoxes,  qui 
d'ailleurs  ne  sont  pas  nouveaux,  sur  les  concours  et  en  général 
sur  l'émulation  ;  peut-être  aussi  l'auteur,  qui  écrit  ordinaire- 
ment très-bien,  s'est-il  laissé  aller  de  tems  en  tems  à  des 
formes  irrégulières,  à  des  mouvemens  trop  brusques  dans  le 
stvle  ;  quelquefois  même  sa  conviction  est  si  forte  qu'il  en  exa- 
gère l'expression,  et  qu'un  ton  tranchant,  impérieux,  vient 
prendre  la  place  de  cette  douce  modération  qui  est  beaucoup 
plus  persuasive.  Mais, quelque  rigoureux  que  l'on  soit  pour  ces 
fautes  de  détail ,  il  est  impossible  de  ne  pas  être  frappé  des*«om- 
breuses  qualités  qui  les  effacent.  Le  plus  tendre  intérêt  pour 
l'enfance,  la  connaissance  profonde  des  exercices  et  des  leçons 
qui  lui  conviennent,  un  plan  généralement  sage  et  praticable, 
des  pensées  justes,  vraies,  salutaires,  et  ces  pensées  exprimées 
souvent  d'une  manière  piquante  et  originale,  voilà  plus  qu'il 
n'en  faut  pour  justifier  le  bruit  que  ce  livre  a  fait  à  Genève,  et 
l'estime  que  lui  accorderont  sans  doute  tous  les  juges  qui  le  li- 
ront avec  impartialité. 

Il  paraît  que  la  vivacité  de  quelques  traits,  échappés  à  l'au- 
teur dans  le  feu  de  la  composition  et  l'ardeur  de  son  amour 
pour  le  bien,  lui  a  suscité  des  démêlés  parmi  ses  compatriotes. 
Nous  avons  sous  les  yeux  une  brochure  intitulée  :  Réponse  à 
M.  le  ministre  et  professeur  /.  Humbert,  par  /.  M.  Villemin,  ré- 
gent (Genève,  1827).  Cette  apologie,  où  la  réfutation  n'est  pas 
toujours  fort  délicate,  est,  on  n'en  peut  douter,  l'œuvre  d'une 
méprise;  car  M.  le  régent  prend  toujours  pour  lui  les  repro- 
ches adressés  par  M.  le  professeur  au  collège,  de  Genève,  et 
même  à  plusieurs  collèges  de  France,  d'Italie,  d'Angleterre. 


Si  ISSE.  149 

11  est  probable  que  M.  Humbert  n'a  point  répondu  ;  tuais  il  a 
dn  être  affligé  de  voir  qu'on  se  méprît  ainsi  sur  ses  intention:). 
Il  développe  théoriquement  ce  qui  pourrait  être;  on  y  voit  une 
accusation  directe  contre  ce  qui  est.  Il  propose  quelques  per- 

fectionnemens  :  on  y  voit  une  satire  personnelle.  C'est  là  l'incon- 
vénient d'écrire,  même  sur  des  questions  générales,  dans  une 
petite  république.  Les  citoyens  s'y  touchent  de  trop  près  pour 
que  1rs  moindres  remarques  n'excitent  pas  des  soupçons  ,  des 
récriminations,  des  querelles.  Nous  sommes  plus  heureux  en 
France  :  on  pourrait  faire  vingt  volumes  de  critique  spéculative- 
sur  l'administration,  les  tribunaux,  l'instruction  publique;  per- 
sonne ne  s'y  croirait  offensé.  Peut  être  ,  il  est  vrai ,  ne  profite- 
rait-on guère  des  avis  de  l'auteur,  qu'on  ne  manquerait  pas 
d'appeler  un  prédicateur  sans  mission,  un  songe  creux,  un 
homme  à  projets.  Souhaitons,  pour  l'honneur  de  Genève  et 
pour  la  satisfaction  d'un  aussi  bon  citoyen  que  M.  Humbert, 
qu'd  en  soit  autrement  dans  sa  patrie. 

4a. —  Vocabulaire  grec-français  par  familles ,  suivi  d'un  ta- 
bleau alphabétique  des  mots  français  dont  le  correspondant 
grec  a  un  régime  particulier;  par  Louis  Longchamp.  Genève, 
1827;  P.  Ledouble;  Paris,  J.  J.  Paschoud.  In-8°  de  xvj  et 
3oo  pages. 

M.  Humbert,  dans  son  Plan  d'améliorations  (  voy.  ci-dessus , 
p.  147  )  »  parle  ainsi  de  cet  ouvrage  :  «  On  a  raison  de  suivie 
la  méthode  des  thèmes  grecs  dans  nos  classes,  où  elle  se  per- 
fectionne chaque  jour,  grâce  aux  bons  livres  élémentaires  qui 
se  publient  à  Genève.  Un  ouvrage  récent,  et  qui  manquait  à 
l'instruction  publique,  favorisera  encore  cette  étude;  c'est  le 
Vocabulaire  grec-français  par  familles ,  composé  par  M.  Long- 
champ  ,  qui  a  eu  soin  d'écarter  de  son  recueil  tous  les  termes 
rares,  tous  cijux  qui  appartiennent  à  la  langue  poétique,  et 
(l'indiquer  exactement  le  régime  des  adjectifs  et  des  verbes.  » 
Nous  ne  doutons  point  que,  parmi  les  livres  élémentaires  dont 
le  savant  professeur  fait  ici  l'éloge,  il  n'ait  eu  l'intention  de 
comprendre  la  Grammaire  grecque  et  le  Cours  de  thèmes  grecs, 
publiés  par  M.  L.  Vaucher,  docteur-ès-lettres  :  fort  bons  ou- 
vrages que  nous  avons  annoncés  autrefois,  et  qui  continuent 
de  jouir,  en  Suisse  et  en  France,  d'un  succès  mérité.  Le  Voca- 
bulaire de  M.  Longchamp,  imprimé  avec  correction ,  et  même 
avec  élégance,  nous  semble  destiné  à  un  succès  non  moins  ho- 
norable dans  les  établissemens  d'instruction,  où  l'on  fait  étudier 
les  mots  primitifs  de  la  langue,  concurremment  avec  sa  gram- 
maire. C'est  là  que  l'usage  journalier  qu'on  fera  certainement 
de  ce  livre  en  prouvera  de  plus  en  plus  le  mérite  et  l'utilité. 

J.-V.  Lr  Clkrc. 


i5o  LIVRES  ETRANGERS. 

ITALIE. 

/t3. —  Délia  maoçhitm  dcir  uomo  ,  de'  s aoi  rapport i  in  géné- 
rale, ed  la  partieolare  dl  quelle  esisteati  fia  le  esterne  c  le  plu 
uobili  sue  interne  parti,  ete.  —  Do  la  machine  humaine,  de  ses 
rapports  en  général,  et  en  particulier  de  ceux  qui  existent 
entre  les  parties  extérieures  de  l'homme  et  ses  organes  inté- 
rieurs les  plus  nobles  :  tableau  médico-physique  ;  par  le  doc- 
teur Usiglio.  Florence,  1826. 

L'auteur,  après  avoir  tracé  dans  une  rapide  esquisse  îa 
description  de  la  machine  humaine,  voulant  donner  une  idée 
des  forces  vitales,  démontre  la  nécessité  du  concours  des 
forces  extérieures  pour  que  les  autres  achèvent  les  fonctions 
auxquelles  elles  ont  été  destinées.  Il  traite  ensuite  de  la  dépen- 
dance réciproque  des  organes.  Les  variétés  qu'on  observe  dans 
les  individus  de  l'espèce  humaine,  lui  fournissent  l'occasion  de 
se  livrer  à  des  recherches  importantes  sur  l'influence  qu'elles 
exercent  sur  le  développement  et  le  cours  des  maladies.  L'auteur 
«examine  aussi  les  rapports  existans,  dans  l'état  de  santé,  entre 
le  visage  et  la  surface  extérieure  du  corps,  d'une  part,  et  les 
viscères,  de  l'antre;  et  il  rapporte  tout  ce  que  l'observation 
nous  a  fourni  jusqu'ici  de  plus  remarquable  à  cet  égard.  Il 
indique  en  même  tems  combien  la  médecine  pourrait  profiter 
de  ce  genre  de  rapports  et  d'observations,  et  recommande  à 
ceux  qui  cultivent  cette  science  de  s'en  occuper  spécialement. 
Il  traite  enfin  des  degrés  de  probabilité  de  la  médecine,  de  son 
état  actuel,  et  il  propose  les  méthodes  qui  pourraient,  selon 
lui,  contribuer  à  ses  progrès.  F.   S. 

44.  —  Igiologia,  etc.  —  Hygiologie  ;  par  le  Dr  Achille  Ver- 
gari.  Naples,  1826.  Petit  in-8°  de  268  pages. 

M.  le  docteur  Vergari  est  auteur  de  beaucoup  d'ouvrages 
faits  et  de  beaucoup  de  plans  d'ouvrages  à  faire,  comme 
il  le  dit  dans  l'introduction  de  son  livre.  Il  nous  dit  aussi 
que  son  ouvrage  contient  environ  3,5oo  préceptes  pour  con- 
server la  santé  et  obtenir  la  plus  grande  longévité  possible  ; 
il  parle  de  ses  travaux  avec  une  extrême  confiance,  et  il 
compte  sur  un  succès  assuré  ;  mais  les  préceptes  et  les  règles 
hygiéniques  qu'il  propose  ne  sont  guère  que  des  compilations 
indigestes,  des  emprunts  faits  sans  choix  et  sans  discerne- 
ment à  un  graud  nombre  d'écrivains.  La  division  des  tem- 
péramens,  qu'il  a  inventée,  ou  plutôt  rêvée  dans  son  traité, 
est  fondée  sur  la  sensibilité  dont  le  système  nerveux  de 
chaque  individu  est  doué.  Malgré  les  erreurs  graves  et  les 
idées  fausses  dont  cet  ouvrage  est  rempli,  l'approbation  du 


ITALIE, 
réviseur  ou  censeur,  placée  à  la  un,  le  déclare  digue^des 
plus  grands  éloges.  Fossati,  n.  m.    . 

/{5.  —  *  Compendio  di  anatomia  j!siologico»çomparata ,  etc. 
—  Abrégé  d'anatnmie  physiologique  comparée  à  i'iiiic  des 
rrolcs  de  médecine  et  de  chirurgie  du  grand  hôpital  de  Sautai 
Maria-Nnova  à  Florence;  par  le  J3r  Philippe  Uccblii.  Flo- 
rence, i8>a5  »7;  V.  Batelli  et  corn  p.  6  vol.  in  8°,  avec  pi. 

L'Italie  n'avait  pas  encore  de  semblable  traité  pour  l'in- 
struction de  la  jeunesse;  qui  se  consacre  à  l'étude  de  la  méde- 
cine et  de  la  chirurgie.  M.  Ueeclli  a  résumé,  dans  son  ouvrage, 
avec  beaucoup  de  clarté  et  de  précision,  les  connaissances  et 
les  découvertes  modernes  relatives  à  l'ânatomie  physiologique 
compilée.  On  v  trouve  le  résultat  des  travaux  et  des  recher- 
ches des  physiologistes  les  plus  distingués,  tels  que Bichat,  Mas- 
eagniy  Cotugno,  et  MM.  Portai ,  Boy ot,  Scarpà ,  Cuvier,  Gall.  Si 
l'auteur  n'a  point  accru  par  lui-même  le  nombre  des  décou- 
vertes dont  il  rend  compte,  il  a  eu  du  moins  la  possibilité  de 
confirmer  les  observations  de  ses  savans  prédécesseurs  par  les 
résultats  de  sa  propre  expérience.  F.  S. 

l\G.  —  Sulla  storia  de'  malt  venërei ,  ccc.  —  Sur  l'histoire 
des  maladies  vénériennes;  lettres  de  Dominique  Tiiienne,  d.  m., 
de  Viecnce.  Venise,  i8-23.  In-8°. 

La  question  de  savoir  si  la  maladie  vénérienne  était  connue 
en  Europe  avant  la  découverte  de  l'Amérique,  ou  si  nous 
la  devons  au  retour  des  premiers  navigateurs  du  Nouveau- 
Monde,  a  été  agitée  depuis  trois  siècles  par  différens  écri- 
vains, anciennement  par  Massa,  Fracastore ,  Fallope ,  etc.; 
plus  récemment,  par  Astrue ,  Van  Swicten ,  Gistanncr,  Swe- 
diaur ,  Sprengel,  etc.;  et  malgré  leurs  savantes  recherches,  le 
public  n'a  pas  pu  savoir  définitivement  à  quelle  des  deux  opi- 
nions s'arrêter.  M.  Thienne  a  réuni  dans  son  ouvrage  les  pièces 
de  ce  grand  procès;  il  les  a  pesées  avec  une  sage  critique, 
et  il  a  résolu  la  question,  en  prouvant  que  cette  affreuse 
maladie  avait  déjà  exercé  ses  ravages  bien  avant  la  naissance 
du  fameux  navigateur  italien.  Que  les  peuples  cessent  donc 
de  se  calomnier  réciproquement  et  de  s'adresser  des  re- 
proches à  ce  sujet  :  la  syphilis  n'est  pas  plus  d'origine  amé- 
ricaine, celtique,  française  ou  napolitaine,  que  la  petite- 
vérole,  le  typhus,  la  scarlatine  et  tant  d'autres  infirmités 
qui  affligent  l'espèce  humaine. 

Cet  ouvrage  se  compose  de  lettres  que  l'auteur  adresse  à 
plusieurs  célèbres. médecins.  Ces  lettres  sont  fort  bien  écrites, 
pleines  d'une  érudition  vaste  et  profonde,  qui  est  le  fruit  de 
pénibles  et  laborieuses  recherches.  —  En  appréciant  les  cou- 


i5*  LIVRES  ÉTRANGERS. 

naksances  de  l'auteur  comme  médecin,  nous  aimons  à  re- 
cueillir ses  observations  sur  le  caractère  et  la  nature  de  la 
syphilis,  aux  époques  où  cette  maladie  s'est  présentée  avec 
des  caractères  épidémiques,  quand  l'infection  se  communi- 
quait à  la  manière  des  autres  maladies  contagieuses,  et  se 
présentait  avec  expulsion  à  la  peau  sous  des  formes  très- 
différentes.  On  ne  lira  pas  sans  intérêt  les  faits  d'après  les- 
quels l'auteur  établit  une  sorte  d'analogie  et  d'identité  entre 
plusieurs  maladies,  telles  que  l'éléphantiasis,  la  lèpre,  l'in- 
fection vénérienne  du  Canada  ,  le  sibbens  d'Ecosse,  le  radzygé 
de  Norvège,  le  saws  d'Afrique,  le  pan  d'Amérique,  la  maladie 
de  Scherlieno  dans  le  Tyrol,  etc. 

Quoique  nous  ne  soyons  guère  partisans  des  ouvrages  d'éru- 
dition en  médecine,  nous  pouvons  néanmoins  recommander 
celui-ci  avec  confiance  à  nos  lecteurs,  parce  qu'il  contient  un 
très -grand  nombre  de  faits  intéressans  «à  connaître. 

Fossati  ,  D.  M. 

47. —  Saggio  suite  terme  Rosellane ,  etc.  —  Essai  sur  les 
thermes  de  Roselle;  par  le  Dr  Gio.-Gualberto  Uccelli.  Flo- 
rence, 1826.  In-8°. 

Roselle,  jadis  célèbre  parmi  les  villes  de  l'ancienne  Étrurie, 
n'est  plus  connue  aujourd'hui  que  par  ses  eaux  thermales. 
M.  Uccelli,  entraîné  parle  désir  de  faire  connaître  son  pays 
natal,  semble  oublier,  dans  les  premiers  chapitres  de  cet 
ouvrage ,  le  sujet  qu'il  s'est  proposé  de  traiter.  Après  s'être 
occupé  de  recherches  qui  ne  peuvent  intéresser  que  les  anti- 
quaires, il  consacre  ses  pages  à  des  observations  sur  l'état 
de  l'atmosphère  dans  cette  partie  de  l'Étrurie  ,  et  sur  les 
moyens  les  plus  propres  à  prévenir  ou  à  diminuer  ses  effets 
pernicieux.  Il  présente  ensuite  une  sorte  de  statistique  miné- 
ralogique  de  la  province  et  la  description  topographique  des 
thermes  de  Roselle,  ainsi  que  l'analyse  de  leurs  eaux  >  que 
d'autres  savans ,  et  surtout  le  professeur  Gaz-zen ,  avaient 
donnée  avant  lui.  Il  s'efforce  enfin  de  justifier  la  réputation 
de  ces  bains,  et  de  prouver  l'efficacité  de  leurs  eanx  salino- 
gazeuses.  F.  S. 

48.  —  Dell'  acquedotto  e  délia  fontana  maggiore  di  Pau- 
gia ,  etc.  —  De  l'aquéduc  et  de  la  grande  fontaine  de  Pérouse, 
ornée  des  sculptures  de  Nicolas  et  de  Jean  de  Pise ,  et  à'Jr- 
nolphe  de  Florence  :  Discours  académique  prononcé,  le  23  fé- 
vrier 1827,  dans  une  séance  littéraire,  par  Giov.  Battista  Ver- 
miglioli  ,  avec  des  Notes  explicatives ,  et  un  appendice  couteuant 
des  documens  inédits.  Pérouse,  1827;  Vincenzio  Bartelli.  In-.\° 
de  62  pages. 


ITALIE.  i  >'•> 

L'objet  de  la  séance  dans  laquelle  ce  discours  fut  prononcé, 
était  de  célébrer  le  r établissement  de  la  magnifique  fontaine  de 
Pérouse,  qui  manquait  d'eau  depuis  le  milieu  du  xvn*  siècle; 

l'aquéduc  destiné  à  l'alimenter  avait  besoin  de  réparations  que 
les  circonstances  n'avaient  point  permis  d'y  faire.  Privée  ainsi 
de  sa  principale  décoration,  cette;  fontaine  perdait  beaucoup 
de  son  prix,  comme  monument  des  arts,  et  ses  belles  sculptures 
auraient  enfin  subi  l'action  du  tems ,  si  l'on  avait  négligé  les 
soins  nécessaires  pour  leur  conservation.  Le  discours  et  les 
notes  sont  remplis  d'une  érudition  dont  l'histoire  des  arts  ne 
manquera  pas  de  profiter.  On  y  apprend  que  le  premier  hy- 
draulicien  qui  amena  aux  fontaines  de  Pérouse  des  eaux  abon- 
dantes, au  moyen  de  l'aquéduc  qu'on  vient  de  réparer,  était 
un  Hollandais  nommé  Cornélius  Meyer.  A  cette  époque  (vers 
le  xme  siècle),  l'Italie  paraissait  avoir  oublié  la  partie  de  l'art 
de  construire  qui  s'occupe  de  la  distribution  des  eaux  ;  mais  cet 
oubli  ne  dura  point,  et  le  tems  vint  où  l'Italie  enseigna  l'hy- 
draulique aux  autres  peuples,  et  leur  fournit  des  ingénieurs 
habiles  dans  la  pratique  de  cette  science.  On  remarque  encore 
que  les  magistrats  de  Pérouse,  ayant  désiré  confier  la  direction 
des  travaux  de  leur  fontaine  au  Florentin  Arnolphe,  sculpteur 
et  architecte,  le  demandèrent  au  roi  de  Naples  qui  l'employait 
alors,  et  que  cet  artiste  frrt  l'objet  d'une  négociation  diplo- 
matique, comme  l'illustre  astronome  Cassini  le  fut  dix  tems 
de  Louis  XIV,  quand  ce  monarque  voulut  l'acquérir  pour  la 
France. 

On  voit  que  les  habitans  de  Pérouse  savent  célébrer  digne  • 
ment  les  bienfaits  des  arts.  On  peut  douter  cependant  qu'en 
voyant  leur  belle  fontaine  répandre  de  nouveau  des  eaux  lim- 
pides et  abondantes,  ils  aient  éprouvé  un  plaisir  aussi  vif  que 
celui  dont  jouirent  les  habitans  de  Coulanges- la- Vineuse,  ville 
de  Bourgogne,  lorsque  l'ingénieur  français  Pitot  eut  fait  couler 
une  fontaine  dans  cette  ville  jusqu'alors  privée  d'eau.  On  con- 
templait dans  une  sorte  d'extase  un  spectacle  si  nouveau  ;  on  ne 
pouvait  s'en  arracher  ;  on  eût  voulu  se  baigner  dans  le  bassin 
de  la  fontaine,  dit  l'historien  de  l'académie  :  un  vieillard  infirme 
et  aveugle  s'y  fit  transporter  et  voulut  y  tremper  ses  mains,  afin 
d'être  bien  assuré  de  la  précieuse  acquisition  que  sa  ville  natale 
venait  de  faire. 

Lorsque  l'aquéduc  de  Pérouse  commença  à  répandre  dans 
cette  ville  les  eaux  que  Mayer  y  avait  réunies,  au  lieu  de  les 
distribuer  avec  équité,  suivant  l'intention  des  magistrats,  de 
nombreux  abus  diminuèrent  la  part  des  citoyens  à  ce  nouveau 
bienfait,  et  des  vols  audacieux  le  firent  presque  évanouir.  Il 


i54  LIVRES  ETRANGERS. 

fallut  que  les  lois  s'armassent  d'une  excessive  sévérité  pour  ar- 
rêter ces  déprédations;  et  ce  frein  ne  suffisant  pas  encore,  on 
dut  recourir  aux  foudres  de  l'église.  C'est  à  peu  près  ce  qui  se 
passa  plus  tard  à  Paris,  lorsque  cette  capitale  fut  mise  en  pos- 
session de  fontaines  plus  abondantes  et  plus  multipliées;  les  abus 
de  concessions  particulières  privèrent  aussi  le  public  d'une 
grande  partie  des  eaux  qui  lui.  élaient  destinées;  et,  si  les  lois 
n'eurent  pas  à  sévir  contre  les  voleurs  d'eau,  c'est  que  cet  ali- 
ment de  première  nécessité  n'était  pas  amené  par  des  aqueducs 
à  découvert.  Ces  observations,  et  d'autres  qu'il  serait  facile  d'y 
ajouter,  font  assez  voir  que  le  discours  de  M.  Vermiglioli  n'est 
pas  seulement  un  hommage  rendu  aux  arts,  mais  fournit  aussi 
des  renseignemeus  précieux  et  instructifs.  Y. 

/|().  —  Délia  Storia  tll  Chieri,  etc.  —  Histoire  de  Chieri  , 
divisée  en  quatre  livres;  par  M.  L.  Cibrario.  Turin  ,  1827; 
J.  Pic.  1  vol.  in-8°. 

La  ville  de  Chieri,  ou  Qaicrs ,  en  Piémont,  est  au  nombre 
des  républiques  qui  se  signalèrent  pendant  le  moyen  âge  dans 
la  carrière  orageuse  de  la  liberté.  Les  annales  de  ce  petit  peuple, 
ép3rses  jusqu'ici  dans  des  chroniques  imparfaites,  viennent 
d'acquérir  un  nouveau  degré  d'intérêt  par  la  publication  qui 
nous  occupe.  M.  Cibrario  embrasse  dans  sa  narration  les  évé- 
nemens  les  plus  remarquables  qui  appartiennent  à  sen  sujet, 
depuis  la  fin  du  xe  siècle  jusqu'à  la  paix  de  Cateau-Cambrésis, 
ou  le  règne  d'Emmanuel  Philibert;  les  guerres,  les  traités, 
la  politique  extérieure,  les  lois,  l'administration  en  général  et 
les  luttes  entre  le  peuple  et  le  parti  de  l'aristocratie  qui  agi- 
tèrent long-tems  ce  pays  ,  ressemblent  à  ce  qui  se  passait  alors 
dans  la  plupart  des  républiques  italiennes  ;  mais  notre  auteur 
s'appuie  sur  des  chartes  et  des  preuves  irrécusables  qui  con- 
firment les  notions  que  nous  avions  déjà  sur  l'histoire  de  ces 
républiques  ;  il  rappelle  les  noms  des  principales  familles  de 
Chieri,  parmi  lesquelles  quelques-unes,  telles  que  celles  de 
Broglie  et  de  Crillon,  devenues  françaises,  ont  passé  dans  les 
pays  étrangers,  et  y  ont  étendu  leur  illustration.  Le  second 
volume  est  exclusivement  consacré  aux  documens  et  aux  pièces 
justificatives.  M.  Cibrario  a  senti  qu'il  n'est  plus  permis  d'é- 
crire l'histoire  au  hasard,  ou  de  marcher  sur  les  traces  des 
historiographes  qui  nous  ont  légué  des  nobiliaires  et  dont 
les  longues  compilations  étonnent  ou  séduisent  encore  la]mé- 
diocrité.  La  diction  de  M.  Cibrario  est  correcte,  mais  peut- 
être  trop  uniforme;  cet  écrivain,  qui  ne  manque  pas  d'ailleurs 
d'imagination,  ne  s'est  pas  assez  attaché  à  vivifier  son  récit 
par  ces  tournures  rapides,  par  ces   teintes   pittoresques  qui 


ITALIE.  t55 

donnent,   pour  ainsi  dire,  de   la    vie  au  style,  et  qui,   sans 
nuire  à  la  vérité,  attachent  fortement  le  lecteur. 

C.  RoSSETTI. 

5o.  —  Lcttcra  di  messer  Gio  Boccacio,  etc.  — Lettre  de  mes- 
sire  Jean  Boccace  de  Certaldo,  à  maître  Zanobi  da  Strada; 
avec  d'autres  monumens  inédits,  etc.;  publiés  par  Sébastien 
Ciampi.  Florence,  1827;  Nicolas  Conli.  In-8°  de  109  p.,  avec 
fig.  au  irait. 

Le  dernier  écrit  de  M.  Ciampi,  que  nous  avons  eu  l'occa- 
sion d'annoncer,  avait  pour  objet  la  publication  d'un  morceau 
inédit  de  Boccace  qui  ne  fut  pas  destiné  par  son  auteur  à  voir 
le  jour  (V.  RçtK  Enc.,  t.  xxxiv,  p.  Go/t).  C'est  un  mémorial  de 
lecture  tenu  par  cet  homme  à  la  fois  si  spirituel  et  si  docte. 
Celte  publication  a  été  accueillie  en  Italie  avec  beaucoup  de 
faveur,  parce  que,  dans  cette  contrée,  le  nom  de  Boccace  est 
très-populaire,  soit  parmi  les  gens  du  monde,  soit  parmi  les 
savans,  «à  cause  du  charme  de  ses  écrits  et  de  l'inimitable  élé- 
gance de  son  langage.  On  a  donc  su  beaucoup  de  gré  à 
M.  Ciampi  d'avoir,  par  sa  sagacité,  découvert  un  écrit  de  plus 
d'un  auteur  chéri  du  p".blic,  écrit  qui,  dans  sa  simplicité  fa- 
milière et  négligée,  montre  pourtant  l'homme  tout  entier.  En- 
couragé par  ce  succès,  M.  Ciampi  publie  de  nouveaux  docu- 
mens  à  l'appui  de  l'authenticité  de  son  manuscrit,  et  prend  de 
là  occasion  de  rassembler  une  foule  de  détails  biographiques 
sur  Boccace,  qui  doivent  faciliter  l'intelligence  de  ses  ouvrages 
et  de  sa  correspondance  privée. 

A  la  lin  du  volume,  M.  Ciampi  publie  quatre  lettres  iné- 
dites, écrites  en  latin,  qu'il  attribue  aussi  à  Boccace. 

Huit  figures  au  trait  terminent  ce  volume;  elles  représentent  : 
la  grammaire,  la  dialectique,  la  rhétorique,  l'arithmétique, 
la  musique,  la  géométrie,  l'astrologie,  la  philosophie,  d'après 
un  monument  de  sculpture  qui  se  voit  au  Campo-Santo,  à 
Pise.  Un  passage  de  l'une  des  lettres  nouvelles  de  Boccace  a 
donné  lieu  à  la  publication  de  ces  dessins,  que  l'auteur  conser- 
vait depuis  plusieurs  années  dans  son  portefeuille,  et  qu'il 
accompagne  d'une  description  savante.  Ces  monumens  ont  de 
l'intérêt  pour  l'histoire  des  arts  et  des  sciences  au  moyen  âge. 

A.  M. 
Ouvrages  périodiques. 

5i.  — *  Giornale  Ligustico  di scienze,  lettere  ed arti. — Journal 
Ligurien  des  sciences,  des  lettres  et  des  arts.  Gènes,  imprimerie 
de  Pagano,  piazza  Nuova,  n°  43. 

Nous  ne   connaissons  encore  que  le  premier  cahier  de  ce 


i56  LIVRES  ETRANGERS. 

nouveau  journal  ,  auquel  nous  souhaitons  de  bon  cœur  une 
heureuse  destinée.  Nous  sommes  surpris  qu'il  se  nomme  Ligu- 
rien ,  plutôt  que  Génois  :  les  Liguriens  furent  obscurs,  les  Gé- 
nois acquirent  une  immortelle  renommée;  que  le  souvenir  de 
leur  gloire  passée,  de  leur  antique  patrie  vive  au  fond  de  leur 
cœur,  altd  mente  repos tum.  Quand  même  les  Suisses  auraient 
le  malheur  de  perdre  leur  indépendance,  consentiraient-ils  ja- 
mais à  quitter  le  nom  de  Sf/isses  pour  redevenir  Helvéliens? 
les  Polonais  voudraient-ils  reprendre  le  nom  de  Sarmates?  un 
roturier  annobli  s'efforce  de  cacher  son  origine,  et  de  faire  ou- 
blier les  siècles  que  sa  race  passa  dans  l'obscurité  :  l'orgueil  des 
peuples  qui  ne  veulent  pas  renoncer  à  une  célébrité  justement 
acquise  est  légitime,  avoué  par  la  raison,  et  n'a  rien  de  com- 
mun avec  la  morgue  du  parvenu.  Il  entretient  les  sentimens 
généreux,  inspire  les  grandes  pensées,  conserve  l'espoir  d'une 
nouvelle  illustration,  et  l'activité  des  recherches  pour  y  par- 
venir. Mais,  sans  nous  arrêter  plus  long-tems  au  titre  du  nou- 
veau journal,  voyons  comment  les  rédacteurs  annoncent,  dans 
ce  premier  cahier,  la  tendance  de  leur  critique ,  l'aspect  sous 
lequel  ils  veulent  considérer  les  objets  compris  dans  leur  plan. 
Les  sciences  obtiennent,  dans  ce  cahier,  trois  Notices;  l'une 
sur  des  plantes  d'Amérique,  nue  autre  sur  la  géologie  du  nord 
de  l'Allemagne;  et  la  troisième  sur  l'exploitation  du  lignite  de 
l'Apennin,  dans  l'état  de  Gènes.  La  partie  littéraire  commence 
par  une  œuvre  inédite  du  poète  de  Savone,  Cliiabrera,  c'est  une 
hymne  à  sainte  Catherine.  —  On  trouve  ensuite  l'analyse  du  gros 
livre  publié  en  1824,  à  Vérone,  par  M.  Antoine  Cesari,  sur  la 
divine  comédie  de  Dante.  Si  l'on  plaçait  à  côté  de  l'œuvre  du 
poète  les  commentaires  dont  sa  comédie  est  encore  le  sujet,  on 
élèverait  un  monument  gigantesque,  une  montagne  plus  élevée 
que  le  tertre  sous  lequel  furent  déposées,  dit-on,  les  cendres 
d'Achille.  «  Il  y  a  plus  de  livres  sur  les  livres  que  sur  les  choses 
dont  les  livres  parlent;  nous  ne  faisons  que  nous  entreglosser,  » 
a  dit  Montaigne,  dont  la  critique  n'a  corrigé  personne. — Une 
troisième  Notice  donne  quelques  extraits  des  œuvres  posthumes 
de  Jules  Perticnri,  publiées  à  Livourne  en  1825,  par  M.  Scipion 
Colelli. — La  collection  de  voyages  publiée  à  Madrid  par  M.  Fer- 
nandez  de  Navarette  est  le  sujet  d'une  quatrième  Notice,  et 
ramène  les  discussions  relatives  à  la  patrie  de  Christophe  Co- 
lomb; on  pense  bien  qu'elles  sont  décidées  en  faveur  de  Gènes, 
dans  un  journal  ligurien.  —  La  vie  et  les  ouvrages  du  P.  Joseph 
Solari  ,  des  écoles»  pieuses ,  sont  le  sujet  d'un  article  biographi- 
que un  peu  court,  et  qu'il  eut  fallu  rendre  plus  instructif,  au 
profit  des  érudits,  ou  plus  court  encore  au  gré  des  lecteurs  plus 


ITALIE.— PAYS-BAS.  i57 

curieux  de  connaître  l'écrivain  que  ses  ouvrages.  —  La  dislr  i 
butiou  des  prix  de  poésies  aux  écoles  publiques  de  Gènes,  <ti 
i8a6 ,  esl.  une  nouvelle  occasion  de  citer  des  vers  .  les  rédac- 
teurs expriment  la  crain!»;  d'en  avoir  trop  mis  dans  un  seul 
cahier,  et  ce  n'est  pas  sans  raison,  d'autant  plus  que  l'article 
suivant  est  consacré  à  des  extraits  des  poésies  latines  de  F.  Ga- 
gliuf/i. 

Une  section  du  journal  est  consacrée  à  l'archéologie,  et  les 
sujets  choisis  auraient  pu  rester  dans  l'oubli  sans  inconvéniens; 
ce  sont  des  inscriptions  d'urnes  cinéraires  et  une  épitaphe. 
Quelle  que  puisse  être  la  subtilité  des  commentateurs,  dépa- 
reilles recherches  ne  sont  d'aucune  utilité  pour  l'histoire.  Si 
une  catastrophe  faisait  disparaître,  pendant  quelques  siècles, 
un  de  nos  villages,  son  église  et  son  cimetière,  et  si  lorsqu'on 
aurait  perdu  la  mémoire  de  l'événement  qui  aurait  anéanti  cette 
population,  des  fouilles  y  mettaient  à  découvert  des  tombeaux, 
des  inscriptions,  les  ruines  d'un  grand  édifice ,  quel  vaste  champ 
de  conjectures  pour  les  antiquaires  de  cette  époque  !  des  vo- 
lumes de  dissertations  pleines  de  savoir  s'entasseraient  les  uns 
sur  les  autres;  on  y  trouverait  certainement  beaucoup  de  choses 
intéressantes,  mais  la  vérité  n'y  serait  point  :  et  quand  même 
la  vérité  y  serait  enfin  révélée,  on  n'en  serait  que  mieux  con- 
vaincu de  l'inutilité  de  ces  recherches. 

Nous  nous  sommes  étendus  sur  les  trois  premières  sections 
de  ce  journal,  parce  qu'elles  sont  en  effet  les  plus  importantes, 
et  celles  dont  les  étrangers  peuvent  être  juges,  aussi  bien  que 
les  nationaux.  Il  n'en  est  pas  ainsi  des  produits  des  beaux  arts 
dont  on  ne  peut  parler  sans  les  avoir  vus,  et  des  nouvelles  lit- 
téraires qu'on'reeoit  sans  examen.  On  voit  que  le  Journal  Ligu- 
rien aspire  à  être  ïrès-complet,  sans  tirer  des  matériaux  du 
dehors,  en  ne  mettant  en  œuvre  que  les  productions  de  la'Li- 
gurie,  ou  les  ouvrages  qui  en  parlent.  Ce  cadre  est  un  peu 
étroit  pour  une  publication  mensuelle  de  plus  de  100  pages; 
il  est  à  craindre  que  les  rédacteurs  n'éprouvent  assez  promp- 
tement  une  disette  qui  pourrait  compromettre  leur  entreprise. 

F. 
PAYS  BAS. 

Si.  —  *  De  l'action  des.}émétiaues  étales  purgatifs  sur  l'éco- 
nomie animale ,  et  de  leur  emploi  dans  les  maladies  ;  par  M.  P.- 
A.  Marcq,  D.-M. ,  membre  de  plusieurs  sociétés  savantes; 
couronné  par  la  Société  des  sciences  médicales  et  naturelles  de 
Bruxelles.  Bruxelles,  1827;  imprimerie  de  Tarlior.  In  8f'  de 
202  pages. 


t&8  LIVRES  ETRANGERS. 

M.  Marcq  s'était  déjà  fait  connaître  avantageusement  par  plu- 
sieurs excellons  Mémoires,  parmi  lesquels  on  eu  a  surtout  re- 
marqué un  sur  le  haut  enseignement  en  Belgique,  dans  lequel 
il  indique  une  foule  d'améliorations  que  Ton  voudrait  voir  exé- 
cutifs. Le  nouvel  ouvrage  dont  nous  venons  de  donner  le  titre 
ne  peut  manquer  d'attirer  l'attention  des  hommes  de  l'art  et 
de  consolider  la  réputation  de  ce  médecin  distingué.  La  Société 
des  sciences  médicales  et  naturelles  de  Bruxelles  ne  pouvait, 
dans  l'état  actuel  de  la  médecine,  mettre  au  concours  une  ques- 
tion plus  importante  que  celle-ci  :  Exposer  les  effets  produits  sur 
l'organisme  par  les  cinétiques  et  les  purgatifs  ;  établir  dans  quelles 
circonsta/ices  de  l'état  de  maladie  on  peut  les  administrer  avec  suc- 
cès ,  tant  à  faible  qùh  forte  dose,  et  déterminer  quelle  est  leur  ma- 
nière d'agir.  En  réponse  à  cette  question ,  quinze  Mémoires  ont 
été  adressés  à  la  Société.  Le  prix  a  été  décerné  à  celui  de 
M.  Marcq  :  voilà  la  meilleure  recommandation  qu'il  pût  obte- 
nir, et  il  n'a  besoin  d'aucun  autre  éloge.  L'auteur  est  entré  dans 
presque  tous  les  détails  que  comportait  ce  vaste  sujet.  Bien  qu'il 
appartienne  à  l'école  de  Broussais,  nous  sommes  persuadés  que 
les  médecins  instruits,  de  quelque  doctrine  qu'ils  soient ,  liront 
avec  intérêt  son  ouvrage  et  y  reconnaîtront  une  bonne  méthode 
analytique,  un  grand  ordre  dans  l'exposition  des  faits  et  plu- 
sieurs considérations  neuves.  De  Kirckhoff. 

53.  —  *  Recherches  sur  la  population  ,  les  naissances,  les  dé- 
cès ,  les  prisons ,  les  dépôts  de  mendicité,  etc. ,  dans  le  royaume 
des  Pays-Bas;  par  M.  A.  Quetelet,  secrétaire  de  la  commission 
de  statistique,  etc.  Bruxelles,  1827;  Tarlier.  ln-8°  de  90  pages. 
(Voy.  ci-dessus,  pag.  596) 

Ce  titre,  assez  détaillé  ,  nous  dispense  de  dire  quel  est  l'objet 
de  l'ouvrage.  On  y  trouve  non-seulement  i-aperçu  de  la  popu- 
lation, des  naissances,  des  mariages,  des  décès,  dans  les  dif- 
férentes provinces  des  Pays-Bas,  mais  des  vues  extrêmement 
judicieuses,  soit  pour  perfectionner  les  données  de  la  statis- 
tique, soit  pour  améliorer  le  sort  des  citoyens. 

On  estimait,  au  icr  janvier  182 5,  que  la  population  de  ce 
royaume  s'élevait  à  5,992,666  âmes;  mais  M.  Quetelet  avoue 
que  les  données  sur  lesquelles  cette  évaluation  est  appuyée 
sont  très  imparfaites.  Il  demande  un  dénombrement  province 
par  province,  ville  par  ville;  et,  en  effet ,  c'est  l'unique  moyen 
de  savoir,  avec  une  tolérable  approximation  ,  quelle  est  véri- 
tablement la  population  d'un  État.  Le  rapport  entre  le  nombre 
des  habitans  et  celui  des  naissances  varie  selon  les  tems  et  les 
lieux;  on  ne  peut  donc  tirer  aucune  induction  des  observa- 
tions faites  à  cet  égard.  Une  remarque  assez  singulière,  c'est 


PAYS-BAS.  i5g 

que  les  mariages  sont  plus  féconds  dans  la  paître  méridionale 
du  royatime  (  la  Belgique)  que  dans  la  partie  septentrionale  (  la 
Hollande).  Dans  la  première,  il  naîl  5,îi  en  fans  par  ménage, 
(f  dans  la  seconde  4*87  ;  ce  qui  semblerait  indiquer,  dans  la 
Belgique,  plus  de  prospérité  que"  dans  la  Hollande  L'auteur 
remarque  aussi  que,  dan-,  le  royaume  des  Pays-Bas,  les  nais- 
sances, comparées  à  la  population,  sont  plus  nombreuses  et 
les  décès  moins  nombreux  qu'en  France;  ce  qui  indique  une 
meilleure  administration.  Tous  les  rapports,  en  effet,  qui  nous 
viennent  de  ne  pays,  confirment  que  la  liberté  y  est  beaucoup 
pins  grande,  l'industrie  mieux  protégée,  et  le  parti  prêtre 
moins  puissant. 

On  ne  sera  pas  surpris,  en  conséquence,  des  conclusions  de 
ce  petit  ouvrage  :  «Nous  conclurons  de  ce  qui  précède,  dit 
l'auteur,  que,  quoique  la  population  de  la  Belgique  rie  soit  pas 
déterminée  avec  toute  la  précision  désirable,  elle  offre  cepen- 
dant un  état  d'accroissement  très-sensible  ;  que  cet  état  provient 
surtout  «le  ce  que  le  peuple  peut  s'y  procurer,  par  son  travail, 
des  revenus  qui  sont  bien  au-dessus  de  ses  besoins;  de  ce 
qu'aidé  de  l'accroissement  des  lumières,  et  soutenu  par  ta  con- 
fiance qu'inspire  un  gouvernement  sage  et  paternel,  il  ne 
craint  pas  de  donner  à  son  industrie  une  extension  qu'elle 
n'avait  pas  d'abord,  ce  que  prouvent  plusieurs  établissement  de 
création  récente.  Il  faut  l'assurance  de  ces  biens  pour  que 
l'homme  cherche  à  se  reproduire;  et  pour  saisir  cette  observa- 
tion, nous  n'avons  eu  qu'à  consulter  les  registres  de  l'état 
civil.  Ainsi  se  confirme  de  plus  en  plus  cette  vérité  importante, 
que  le  moyen  le  plus  sûr  de  multiplier  la  population  d'un  État, 
c'est  de  faciliter  la  multiplication  des  produits  de  l'agriculture 
et  de  l'industrie,  et  île  lui  assurer  une  sage  liberté  qui  soit  un 
garant  pour  la  confiance  publique.  »  J.-B.  S. 

54-  —  *  Eclectisme ,  ou  Premiers  principes  de  philosophie 
générale;  par  Fréd.  baron  de  Reiffenberg.  Ire  partie,  Psycho- 
logie. Bruxelles,  1827  (décembre);  Tarlier.  ïn-8°. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  pense  avec  raison  que  la  vérité  ne 
se  crée  pas  ;  on  la  rencontre,  on  la  voit.  Le  tort  des  philoso- 
phes est  moins  d'avoir  mal  vu  que  de  n'avoir  pas  tout  vu  :  vou- 
loir refaire  ce  qu'ils  ont  bien  fait,  est  une  vanité  téméraire  et 
absurde  ;  ambitionner  de  faire  autrement ,  pour  le  seul  plaisir 
de  sortir  de  la  foule,  c'est,  au  milieu  des  ténèbres,  éteindre  la 
lumière  qu'on  n'a  point  soi-même  allumée.  Que  penserait-on 
de  l'astronome  qui  s'obstinerait  à  observer  le  ciel  à  l'œil  nu, 
plutôt  (pie  de  se  servir  d'instrumens  en  usage  avant  lui;  du  cul- 
tivateur qui  labourerait  la  terre  avec  ses  ongles,  en  haine  de  la 


i6o  LIVRES  ÉTRANGERS. 

charrue  qu'il  n'aurait  point  trouvée?  «  Ne  méprisons  pas,  dit 
M.  cie  Rciffenberg,  l'héritage  de  la  sagesse  des  siècles;  niais 
choisissons  parmi  ces  richesses  auxquelles  se  mêle  tant  d'al- 
liage ,  et  vérifions  leur  valeur,  en  ne  renonçant  pas  à  juger  par 
nous-mêmes:  en  un  mot,  soyons  éclectiques.  »  La  philosophie 
que  professe  M.  de  Rciffenberg  est  fort  épurée,  et  s'allie  très- 
bien  avec  les  doctrines  libérales  que  quelques  personnes  lui  re- 
prochent de  défendre.  Cette  philosophie  est  haute,  grave,  pleine 
de  dignité,  quoique  claire  et  de  facile  accès.  En  mettant  à  con- 
tribution les  écrivains  les  plus  renommés,  l'auteur  a  «uivi  l'exem- 
ple de  Montaigne,  et  a  mêlé  ses  propres  idées  à  celles  qu'il  em- 
prunte. Ses  vues  sont  quelquefois-entièrement  neuves,  comme 
lorsqu'il  fait  découler  la  théorie  du  beau  dans  les  arts,  de  la 
morale.  Nous  reviendrons  sur  son  traité,  quand  les  différentes 
parties  qui  doivent  le  composer  auront  paru.  C. 

55.  —  *  Gerschicdenis  van  Griehcnland.  — L'Histoire  delà 
Grèce,  par  M.  V.-G.  Van  Kanopen.  Delft  en  Dordrecht,  1827. 
In-8°  de  492  pages. 

L'auteur  indique,  dans  sa  préface,  les  principaux  ouvrages 
qu'il  a  consultés  en  écrivant  ce  livre.  On  y  trouve  mentionnés, 
avec  les  historiens  de  l'antiquité,  ceux  des  teins  modernes  qui  sont 
les  plus  recommandables,  comme  Clavier,  HeerenyK.  O.  Millier 
Gillies  et  Mitford.  L'auteur  continuera  son  histoire  jusqu'à  nos 
jours.  Le  premier  volume  contient  l'histoire  des  États  grecs 
jusqu'à  leur  alliance  du  tems  des  guerres  contre  la , Perse.  Il 
est  impossible  de  donner  une  analyse  de  cet  ouvragé-intéres- 
sant. L'auteur  a  quelquefois  (  par  exemple,  page»  io3,  1  ^9 , 
23c),  264,  3o3,  407  )  rapproché  le  tableau  des  mœurs  et  des 
institutions  modernes  de  celles  de  l'antiquité.  11  parle  de  la* 
monarchie  constitutionnelle  approuvée  par  Homère  (p.  io3  )  ; 
de  Pisistrate,  comme  modèle  d'un  monarque  constitutionnel 
(  p.  3o3  ) ,  etc.  Il  paraît  que  l'auteur  a  employé  ces  comparai- 
sons pour  populariser  son  ouvrage  et  le  rendre  plus  intelligible 
aux  lecteurs;  mais,  en  général,  nous  craignons  que  le  célèbre 
mot  de  Montesquieu  ne  trouve  ici  son  application  -.Transporter 
dans  les  siècles  antérieurs  les  opinions  de  nos  jours ,  c'est  des 
erreurs  la  source  la  plus  féconde.  X.  X. 

56.  —  *  Ferhandeling ,  etc.  —  Dissertation  sur  les  décou- 
vertes des  Belges  dans  l'Amérique,  l'Australie  ,  les  Indes  et  les 
terres  polaires,  avec  les  noms  donnés  primitivement  ;  par  R.- 
G.  Bennet  et  /.  Van  Wyk.  Utrecht,  1827  ;  Altheer.  I11-80. 

Cet  ouvrage  fort  intéressant  a  été  couronné  par  ia  Société 
d' Utrecht ,  dont  M.  Van  S'Gravenwert  a  fait  connaître  le  but 
et  les  travaux  dans  une  des  dernières  livraisons  de  \a.  Bévue  m- 


PATS  BAS.  t6 1 

tydopédique  (  VOy.  t-  \\  W;  pag.  17;.  L'objet  de  la  Société  a 
été  de  ros'ittu -r  aux  navigateurs  belges  l'honneur  qui  leur  appar  - 

lient,   eu    engageant    à    énumérer    leurs    découvertes   avec   les 

noms  originaux  qu'ils  leur  avaient  donnés,  le  tout  appuyé  ilé 
l'autorité  des  plus  anciennes  cartes,  tics  relations,  voyages,  li- 
vres de  géographie  j  etc.  :  MM.  Bennet  et  J.  Van  Wyk  ont.  ré- 
pondu d  une  manière  satisfaisante  à  cette  invitation,  et,  en  se 
renfermant  dans  les  termes  du  programme,  ils  se  sont  abstenus 
(le  tout  ornement  étranger.  ,  Dr  Reiffenuero. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

Sciences  physiques  et  naturelles. 

57.  —  *  L'Homme,  par  M.  de  Lacépède.  Paris,  1827;  Lc- 
vrault.  ln-8°  ;  prix,  6  fr. 

C'est  une  fort  heureuse  idée  qu'eut  M.  Levrault,  libraire, 
que  celle  de  réimprimer  séparément  quelques- uus  des  grands 
articles  qui,  dans  son  Dictionnaire,  forment  pour  ainsi  dire 
des  traités  complets.  Déjà  le  public  avait  recherché  les  Crus- 
tacés en  un  volume,  si  savamment  traités  par  M.  Desnia- 
rest,  l'un  des  naturalistes  presque  universels  de  l'époque,  et 
les  Mollusques  de  M.  BlainùUe.  Aujourd'hui ,  c'est  l'article 
Homme  de  M.  de  Lacépède,  qui  reparaît  en  un  volume  soigneu- 
sement imprimé.  Cet  article  vit  3e  jour  pour  la  première  fois  en 
1821,  dans  le  xxie  volume  du  Dictionnaire  des  sciences  naturelles, 
qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  le  Dictionnaire  classique  d'his- 
toire naturelle  dont  nous  avons  tiré,  en  le  retouchant  pour  le  réim- 
primer, un  autre  article  Homme.  Celui  de  M.  de  Lacépède  repa- 
raît purement  et  simplement  comme  il  fut  imprimé,  sans  addi- 
tions ni  corrections.  Pour  mettre  le  lecteur  à  portée  de  juger  du 
style  qui  règne  d'un  bout  à  l'autre  dans  cette  production 
d'une  plume  célèbre ,  nous  en  transcrirons  la  première  phrase. 
«  L'homme  :  quel  immense  sujet  !  quel  admirable  effet  de  causes 
plus  admirables  encore!  quelles  merveilleuses  combinaisons  de 
substances,  d'organes,  de  forces,  d'actions,  de  résistances,  de 
facultés  !  On  voudrait  observer  tout  ce  que  nos  sens  peuvent, 
saisir,  atteindre  par  la  pensée  à  ce  qui  se  dérobe  à  leur  exa- 
men, pénétrer  par  le  sentiment,  la  conscience  et  la  réflexion 
jusqu'à  ceite  essence  presque  divine,  à  cet  esprit  indépendant 
et  libre  que  les  voiles  de  la  matière,  les  espaces  ,  ni  les  teins  ne 
peuvent  arrêter,  à  ce  génie  sublime  qui  a  donné  à  l'homme  le 
sceptre  delà  terre,  etc.  0  D'après  ce  début,  un  devine  que  ce 
t.  xxxvii. — Janvier  1828.  11 


iÇ?  LIVRES  FRANÇAIS, 

n'est  pas  aux  distinctions  spécifiques  que  l'auteur  s'est  appliqué; 
il  a  considéré  d'une  manière  plus  métaphysique  son  sujet,  au- 
quel il  rattache  une  partie  de  l'ouvrage,  publié  dans  sa  jeu- 
nesse, sur  la  Poésie  de  la  musique. 

58.  —  *  Manuel  de  Mammalogie ,  ou  Histoire  naturelle  des 
Mammifères;  par  Primevère  Lesson,  officier  de  santé  de  pre- 
mière classe  de  la  marine  royale,  membre  de  plusieurs  sociétés 
savantes, etc.  Paris,  1827;  Roret.  In- 18  de  A5o  pages  environ  ; 
prix,  3  fr.  5o  c. 

M.  Lesson  a  fait  partie  de  l'expédition  autour  du  monde, 
commandée  par  le  capitaine  Duperrey,  et  dont  M.  Arthus  Ber- 
trand publie  une  relation  très-remarquable  par  la  beauté  de 
l'exécution  typographique.  C'est  lui  qui,  dans  ce  magnifique 
travail,  est  chargé  de  l'histoire  des  animaux  ;  et  les  cinq  ou  six 
livraisons  ,  déjà  fournies  par  lui,  donnent  la  plus  haute  idée  de 
son  mérite.  Il  a  parfaitement  observé;  i!  ne  décrit  pas  avec 
moins  de  sagacité-,  et  son  style  approprié  aux  sujets  qu'il  traite 
est  également  éloigné  de  l'enflure  ou  de  la  trivialité,  écueils 
opposés  contre  lesquels  la  plupart  des  naturalistes  de  l'époque 
viennent  échouer  dans  leurs  écrits.  Dans  son  Manuel  de  Mam- 
malogcei  M.  Lesson  n'a  pu,  comme  dans  son  excellente  intro- 
duction à  la  Zoologie  du  voyage  fait  sur  la  Coquille ,  donner 
un  libre  cours  à  ses  pensées;  il  a  dû  s'imposer  cette  concision 
qui  donne  de  la  sécheresse  à  ce  qu'on  nomme  un  species ,  et  il 
en  est  résulté  un  petit  livre  bien  commode  ,  bien  portatif,  avec 
lequel  quiconque  veut  s'instruire promptement  peut  aller  inter- 
roger 1rs  riches  collections  du  Muséum  d'histoire  naturelle. 
M.  Lesson  donne  des  notions  claires  et  précises  sur  tous  les  ani- 
maux qui  s'y  trouvent,  et  même  sur  beaucoup  qui  ne  s'y  trouvent 
pas;  car,  plus  complet  que  V Encyclopédie  même,  son  traité 
mentionne  1  124  espèces,  tandis  que  les  galeries  du  plus  tâche 
établissement  scientifique  connu  en  présentent  un  nombre 
beaucoup  moindre. 

Les  considérations  générale^  qui  précèdent  la  description 
des  animaux  contiennent  une  variété  infinie  de  faits  :  elles  sont 
très-philosophiques  et  à  la  hauteur  des  connaissances  actuelles, 
ft  Les  animaux  ne  furent  point,  dit  M.  Lesson,  créés  sur  un 
point  unique,  d'où  ils  s'irradièrent  successivement  et  de  proche 
en  proche  ;  tout  semble  prouver,  au  contraire,  que  leurs  tribus 
furent  appropriées  à  telle  ou  telle  zone,  à  telle  ou  telle  contrée  , 
et  que  des  limites  assez  restreintes  leur  furent  même  imposées  : 
chaque  partie  du  monde  eut  ses  espèces  et  ses  genres  en  propre.  » 
— Telle  est  la  théorie  qu'enseigne  la  recherche  de  la  vérité  ,  et 
que  depuis  long-tcms  nous  avons  essayé  d'étayer  par  toute  sorte 


SCIENCES  PHYSIQUES.  îGi 

<lc  raisonne  mens  $  elle  résulte  des  éerits  de  liuffon  ,  des  décou- 
vertes de  MM.  Ilutnboldt,  Cuvier,  de  nous-méme;  e(  cependant 
pins  d'un  auteur  qui  l'appuie,  semble  craindre  de  la  proclamer. 
Un  article  sur  les  Animaux  mentionnes par  lu  Bible  jette  encore 
un  nouveau  genre  d'intérêt  dans  le  livre  que  nous  recomman- 
dons au  public.  B.  de  S1,  y. 

59.  —  *  Notice  sur  V amélioration  des  troupeaux  en  France,  par 
M.  G.  L.  Tkrnaux  aîné,  officier  de  la  Légion-d'Honneur  et  du 
Lion  Belgique,  manufacturier  propriétaire  à  Saint-Ouen. 
membre  de  la  Chambre  des  députés,  etc.,  etc.  Paris,  ifftt?  ; 
Mme.  lfuzard;  Saulelet.  In-8°  de  64  pages  avec  un  tableau; 
prix,  1  fr.  (i'je  vend  au  profit  de  la  Société  pour  l'instruction 
élémentaire.  ) 

Cet  écrit  est,  sans  doute,  assez  recommandé  par  Je  nom  de 
son  auteur  :  annonçons  cependant  aux  propriétaires  de  trou- 
peaux, aux  amis  de  l'agriculture  et  des  arts,  et  même  à  la  classe 
de  lecteurs  connus  sous  la  dénomination  de  gens  du  monde , 
que  les  64  pages  dont  se  compose  cette  brochure  sont  l'équi- 
valent d'un  grand  ouvrage,  que  l'importance  et  la  multiplicité 
des  faiis  y  provoquent  partout  l'attention  et  la  curiosité,  et 
qu'on  apprend  avec  intérêt  le  résultat  d'expériences  faites  avec 
soin,  d'observations  que  peu  d'hommes  sont  en  état  de  bien 
faire.  L'auteur  ne  nous  flatte  point  sur  la  valeur  des  laines 
françaises  comparées  à  celles  d'Angleterre  et  de  Saxe;  il  in- 
dique les  eau  -s  de  l'infériorité  dans  laquelle  nous  sommes  res- 
tés, et  les  moyens  de  nous  élever  jusqu'au  niveau  de  la  Save, 
<jue  nous  devons  prendre  pour  modèle.  Des  avertissement 
aussi  sérieux,  donnés  avec  toute  l'autorité  de  l'expérience  et 
du  savoir,  ne  seront  pas  négligés;  espérons  que  nos  fabriques 
en  ressentiront  bientôt  l'influence. 

Nous  n'avons  rien  à  dire  sur  la  destination  que  l'auteur  as- 
signe au  prix  de  son  opuscule:  on  sait  que  ce  n'est  pas  seule- 
ment par  des  actes  de  générosité  de  cette  nature  qu'il  coopère 
à  la  propagation  des  connaissances  dans  les  classes  laborieuses. 

F. 

60.  —  *  Anatomie  comparée  du  système\dentaire  chez  l'homme 
et  chez  les  principaux  animaux  ;  par  M.  Rousseau,  D.  M.,  chargé 
des  travaux  anatomiques  du  Muséum  ?oyal  d'histoire  naturelle 
de  Paris  et  de  plusieurs  sociétés  savantes,  etc.  ire,  2e,  3e  et  4e 
livraisons.  Paris,  1827;  Belin,  rue  des  Malhurins-St. -Jacques  , 
n°  14.  4  cahiers  grand  in-8°,avec  des  planches;  prix  de  l'ouvrage 
entier, qui  aura  5  livraisons,  3o  fr.  fig  noires,  et  40  Ir.  fig.  color. 

Linné,  qui  posa  les  bases  de  la  classification  la  plus  natu- 
relle dans  toutes  les  branches  de  la  vaste  science  dont  il  fut  le 


\6\  LIVRES  FRANÇAIS. 

législateur,  reconnut  le  premier  l'importance  du  système  den- 
taire chez  les  vertébrés ,  que  jusqu'à  lui  on  appelait  quadrupèdes, 
quoique  tous  n'eussent  pas  quatre  pieds,  et  que  plusieurs 
n'en  eussent  pas  du  tout.  Les  prédécesseurs  de  ce  grand 
homme  s'étaient  arrêtés  à  la  considération  des  membres  qui  ne 
fournissent  que  des  caractères  de  peu  de  valeur;  ils  avaient 
négligé  l'examen  du  nombre  et  de  la  disposition  des  dents, 
choses  qui,  correspondant  nécessairement  au  système  digestif, 
entraînent  une  subordination  consti tutrice ,  d'où  l'on  peut  dé- 
duire les  autres  conditions  d'existence  que  présentent  les  ani- 
maux. La  classification  des  mammifères,  d'après  les  considéra- 
tions tirées  des  dents,  ne  fit  pas  d'abord  fortune  en  France,  où 
Buffon  frappait  d'anathême  les  idées  saines  en  histoire  natu- 
relle, pourleur  substituer  des  paradoxes  sonores.  C'est  àM.Cu- 
vier  que  nous  devons  le  retour  aux  bonnes  voies  sur  un  point 
important  de  la  zoologie  qu'il  a  si  bien  développé,  qu'on  peut 
le  regarder  comme  un  nouvel  inventeur  de  l'heureuse  idée 
linnéenne.  D'autres  savans  de  son  école,  entre  lesquels  on  doit 
citer  honorablement  M.  Frédéric  Cuvier,  son  frère,  ont  ajouté 
à  ses  découvertes.  Aujourd'hui,  l'un  de  ses  disciples  vient  réu- 
nir en  un  corps  d'ouvrage  tout  ce  qui  se  trouvait  épars  dans 
les  ouvrages  des  naturalistes,  au  sujet  des  dents;  il  y  ajoute 
une  grande  quantité  d'observations  nouvelles,  accompagnées 
d'excellens  et  de  nombreux  dessins,  propres  à  rendre  plus 
claires  des  descriptions  parfaites;  nous  signalons  ce  livre  comme 
le  meilleur  et  le  plus  utile  que  Ton  ait  publié  sur  la  même  ma- 
tière. Non  seulement  les  zoologistes  de  profession  et  les  curieux 
en  histoire  naturelle  ne  sauraient  se  passer  de  son  secours 
pour  l'étude  des  animaux  mammifères,  mais  les  dentistes  doi- 
vent le  rechercher.  Il  n'est  pas  jusqu'aux  gens  du  monde  qui 
tiennent  à  Tune  des  plus  précieuses  parties  d'eux-mêmes  ,  et 
qui  sentent  la  nécessité,  pour  conserver  leurs  dents,  d'en 
connaître  la  structure  avec  les  causes  qui  peuvent  les  altérer, 
qui  ne  doivent  se  procurer  et  lire  attentivement  l'anatomie 
comparée  du  système  dentaire ,  par  M.  Rousseau.  Ce  natu- 
raliste, choisissant  l'homme  pour  l'objet  principal  de  ses 
recherches,  décrit  avec  une  minutieuse  fidélité  tout  son  appa- 
reil masticatoire;  passant  ensuite  en  revue  et  successivement 
les  mêmes  parties  dans  les  autres  animaux,  il  les  compare  avec 
celles  de  son  type  de  la  manière  la  plus  propre  à  se  faire 
parfaitement  comprendre.  Nous  donnerons  une  analyse  de  ce 
beau  travail,  quand  la  dernière  livraison  aura  paru. 

B.  de  S*.  V. 
61.  — *  Clinique  médicale  ,  ou  Choix  d'observations  recueillies 


SCIENCES  PHYSIQUES.  ior> 

,i  la  clinique  de  M.  I.i  i.mimkk,  médecin  de  l'hôpital  de  la  Cha- 
rité, et  publiée  sous  ses  yeux.  ,  par  G.  AjNDBAL  lils,  agrégé  à  la 
faeulté  de  médecine  de  Raris,  etc.;  IV'  partie  :  [Maladies  de 
V abdomen. Paris,  1827; Gabon.  In-8?  de  694  pages*,  prix,  7  fr. 

Ce  quatrième  volume  de  la  ('/inique  médicale;,  destiné  aux 
maladies  de  l'abdomen,  ne  les  passe  pas  toutes  en  revue.  L'an- 
ime s'est  borné  à  en  choisir  quelques-unes  de  celles  qui,  par 
leur  obscurité,  par  les  difficultés  qu'elles  présentent,  récla- 
maient surtout  un  examen  attentif.  Il  a  particulièrement  décrit 
les  altérations  diverses  qu'offrent  si  souvent  et  dans  des  cir- 
constances si  variées  le  foie  et  ses  dépendances.  Leseauses  qui 
les  produisent,  les  signes  auxquels  on  peut  les  distinguer  pen- 
dant la  vie,  les  secours  qu'elles  exigent,  sont  discutés  avec  ce 
talent  remarquable  qu'on  avait  déjà  reconnu  dans  les  volumes 
précédons.  Ce  qui  distingue  cet  ouvrage,  c'est  non  seulement, 
l'exactitude  scrupuleuse  avec  laquelle  les  faits  sont  explorés,  et 
l'attention  extrême  apportée  à  bien  voir  ce  qui  est ,  et  rien  que 
ce  qui  est;  la  grande  sagacité  à  démêler  la  lésion  principale  de 
celles  qui  n'en  sont  qu'une  dépendance  plus  ou  moins  éloignée; 
mais,  ce  qui  est  préférable  encore,  une  sage  réserve  qui  fait 
s'arrêter  là  où  le  doute  seul  est  permis,  et  une  impartialité  qui , 
sans  adopter,  aucun  des  systèmes  qui  se  disputent  exclusive- 
ment la  domination  ,  apprécie  ce  qu'il  peut  y  avoir  de  vrai  dans 
chacun  d'eux. 

Quoique  par  la  nature  de  ses  travaux,  dirigés  surtout  vers 
l'anatomie  pathologique,  M.  Andral  dût  être  amené  de  préfé- 
rence à  donner  de  l'importance  à  ce  qu'on  nomme  la  médecine 
des  organes;  libre  cependant  des  liens  d'une  doctrine  quelcon- 
que ,  il  balance  sans  prévention  lesinconvéniens  et  les  avantages 
des  diverses  méthodes  de  traitement ,  et  cherche  à  assigner  les 
cas  où  il  convient  de  choisir  l'une  d'entre  elles.  La  science  est- 
elle  actuellement  assez  avancée  pour  qu'on  puisse  tirer  des  ob- 
servations particulières  des  règles  générales  dont  l'application 
soit  facile  et  à  la  portée  de  la  majorité  des  praticiens?  C'est  ce 
qu'il  est  permis  de  mettre  en  doute;  mais,  si  quelque  chose 
peut  y  conduire,  ce  sont  des  recherches  du  genre  de  celles 
auxquelles  M.  Andral  se  livre  avec  tant  de  succès. 

Nous  ne  devons  pas  terminer  sans  annoncer  que  ce  médecin 
vient  d'être  appelé  tout  récemment,  et  par  le  suffrage  de  la 
faculté  de  médecine  de  Paris,  à  occuper  dans  son  sein  la  chaire 
que  la  mort  de  M.  Bertis  avait  laissée  vacante.  On  doit  pré- 
sumer que  l'ouvrage  que  nous  annonçons  a  surtout  déterminé 
à  lui  donner  la  préférence  sur  ses  rivaux.         Rigoii.ot  (ils. 

62.  —  Manuel  des  maladies  de  la  peau ,  et  de  relies  qui  peu 


168  LINRES  FRANÇAIS. 

if /it  aussi  affecter  les  cheveux,  la  barbe  ,  les  ongles,  etc.;  par  îe 
Dr.  Bergmann;  traduit  de  l'allemand  par  M.  R...,  médecin;  à 
l'usage  des  médecins  et  des  gens  du  monde.  Paris,  189.7;  Du- 
fart,  quai  Voltaire,  n°  19.  In  11  de  171  pages;  prix,  1  fr. 

Nous  recommandons  la  lecture  de  ce  petit  ouvrage  aux 
médecins  français  qui  désirent  savoir  jusqu'à  quel  point  la  mé- 
decine allemande  est  encore  attachée  aux  vieilles  doctrines  de 
l'ontologie,  et  à  la  polypharmaeie.  D.  L. 

63.  — •:*  Élëmens  de  Pathologie  vétérinaire ,  ou  Précis  théo- 
rique et  pratique  de  la  médecine  et  de  la  chirurgie  des  princi- 
paux animaux  domestiques;  par  M.  Vatel,  professeur  de 
clinique,  de  médecine  opératoire  et  de  médecine  légale  à  l'Ecole 
royale  vétérinaire  d'Alfort,  etc.  Paris,  1828;  Gabon.  1  forts 
vol.  in-8°  avec  planches;  prix,  16  fr. 

On  ne  saurait  révoquer  en  doute  qu'il  existe  de  <i  grands 
rapports  entre  la  médecine  de  l'homme  et  celle  des  animaux 
domestiques,  que  les  progrès  de  Tune  sont  nécessairement  liés 
a  ceux  de  l'autre.  De  nos  joui  s,  les  physiologistes  et  les  toxico- 
logistes  ont  pris  ces  mêmes  animaux  pour  sujet  de  leurs  expé- 
riences; et  les  faits  observés  sur  eux  ont  puissamment  contribué 
à  éclairer  la  médecine  humaine.  Il  est  donc  bien  évident  nue 
l'heureuse  révolution  qui  vient  de  s'opérer  dans  cette  dernière 
€Èoit  influer  sur  l'autre  d'une  manière  bien  remarquable  :  c'est 
ce  qu'a  fort  bien  senti  M.  Vatel.  Appelé  à  professer  la  clinique, 
la  médecine  opératoire  et  la  médecine  légale  dans  la  première 
école  vétérinaire  de  France,  ce  professeur  a  pu  recueillir  un 
grand  nombre  d'observations  propres  à  mettre  la  médecine  vé- 
térinaire au  niveau  des  découvertes  médicales  modernes.  Ou 
doit  le  louer  d'avoir  eu  le  courage  de  l'entreprendre  et  d'avoir 
lutté  contre  cet  empirisme  de  tradition  que  les  maréchaux 
lèguent  «à  leurs  successeurs  comme  une  partie  essentielle  de  leurs 
fonds.  Depuis  plus  d'un  demi-siècle  que  les  écoles  sont  fondées  , 
peu  d'ouvrages  ont  paru  qui  aient  faite  d'une  manière  spéciale 
de  la  pathologie  vétérinaire.  Les  opinions  émises  par  leurs 
auteurs,  en  rapport  avec  les  connaissances  acquises  au  moment 
de  leur  publication  ,  ne  peuvent  pins  convenir  à  l'époque  mé- 
dicale à  laquelle  nous  sommes  arrivés.  Il  était  donc  nécessaire 
qu'une  réforme  fût  opérée  dans  les  dénominations  des  mala- 
dies ,  et  qu'une  pathologie  vétérinaire  fût  rédigée  d'après  ces 
vues  d'amélioration  :  tel  est  le  double  but  de  l'ouvrage  de 
M.  Vatel.  La  première  partie  est  exclusivement  consacrée  à  la 
description  des  maladies  et  à  l'indication  des  moyens  tliéiapeu 
tiques  qu'elles  réclament.  La  seconde  est  destinée  à  la  des- 
eripùon  des  opérations  chirurgicales  et  à  l'indication  des  ma- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  *C>: 

ladies  qui  1rs  requièrent,  <1«"  manière  que  cotte  première  partie 
est,  à  proprement  parler,  Ml  nouvel  Essai  de  Nosologie,  et  la 
seconde  un  Manuel  opératoire.  Un  formulaire  pharmaceutique 
termine  le  seconde  volume,  qui  doit  bientôt  paraître. 

[/ouvrage  de  M.  Va  tel  se  recommande  par  sa  précision  et  sa 
clarté;  il  est  riche  de  faits,  et  le  seul  en  ce  genre  qui  soit  bien 
au  niveau  des  connaissances  médicales  actuelles.  Sous  ces  points 
de  vue,  il  ne  peut  qu'être  de  la  plus  grande  utilité,  tant  aux 
vétérinaires  qu'aux  médecins  et  aux  agronomes. 

JUI.IA    DE  FoNTENELLK. 

G/|.  — *  Rapport  général  sur  les  travaux  du  Conseil  de  salubrité 
pendantl'annéei 826. Paris,  1827; Bachelier.  In-/,°;prix,2  f.  Soc. 

Les  sciences,  en  prêtant  leurs  lumières  à  l'industrie,  en 
accélèrent  la  marche  et  en  étendent  chaque  jour  les  limites; 
mais  les  résultats  matériels  de  cette  alliance  seraient  souvent 
achetés  aux  dépens  de  la  santé  et  de  l'existence  des  hommes, 
si  la  science  elle-même  ne  portait  encore  sa  sollicitude  sur  la 
partie  intéressante  de  la  population  qui,  livrée  à  des  travaux 
pénibles,  se  trouve  exposée  à  l'action  d'influences  funestes; 
si  elle  ne  faisait  disparaître  l'insalubrité  des  opérations,  en 
modifiant  les  procédés  ou  en  mettant  l'ouvrier  à  l'abri  des  éma- 
nations dangereuses. 

Le  conseil  desalubrité  a  servi  l'industrie  sous  ces  deux  points 
de  vue;  et  son  rapport  contient  des  faits  nombreux  et  importans. 
Ce  conseil  s'e^td'abord  spécialement  occupé  de  prévenir  les  acci- 
dens  à  craindre  par  l'explosion  des  machines  à  vapeur,  et  il  a  in- 
diqué des  rondelles  de  métal  fusible,  et  des  tuyaux  de  dégage- 
ment disposés  de  manière  à  conduire  à  l'extérieur  la  vapeur 
qui  s'échapperait  de  la  chaudière,  après  la  fusion  des  rondelles; 
ce  procédé  prévient  tous  les  accidens.  Des  plaintes  avaient  été 
portées  contre  la  fabrication  du  gaz  hydrogène  ;  quelques  in- 
convénient avaient  été  signalés  ;  les  mesures  les  plus  simples 
les  ont  fait  cesser.  Des  essais  avaient  été  tentés  pour  fabriquer 
en  grand  l'adipocire;  mais  il  paraît  que  des  malveillans  étaient 
parvenus  à  faire  manquer  l'opération  ;  elle  a  été  reprise  de 
nouveau,  et  l'on  peut  raisonnablement  espérer  qu'une  indus- 
trie nouvelle  saura  tirer  parti  des  matériaux  qui  forment 
encore  plusieurs  foyers  d'infection  autour  de  la  capitale  (  les 
chevaux  morts). 

Les  procédés  chimiques  employés  pour  l'affinage  de  l'or 
et  de  l'argent  laissaient  à  désirer  les  moyens  de  condenser  les 
vapeurs  acides  qui  s'échappaient  durant  les  opérations.  Le 
problème  de  cette  condensation  a  été  résolu  par  la  compagnie 


i68  LIVRES  FRANÇAIS. 

Saint- André  Poisat,  sous  la  surveillance  de  M.  Darc:et  ,  l'un 
des  membres  de  la  commission  de  salubrité.  La  place  Dupleix 
et  la  rue  Kléber  étaient  devenues  impraticables  par  le  séjour 
des  eaux  que  les  blanchisseurs  jetaient  sur  la  voie  publique; 
dans  l'impossibilité  de  faire  paver  immédiatement  ce  nouveau 
quartier,  ou  du  moins  de  construire  un  égout ,  le  conseil  a  au- 
torisé les  blanchisseurs  à  diriger  leurs  eaux  sales  vers  des 
puisards ,  dont  on  a  prescrit  les  dimensions. 

Le  conseil  a  exprimé  un  avis  motivé  sur  la  nécessité  d'exiger 
désormais,  dans  les  constructions  des  nouvelles  rues  de  Paris, 
que  la  hauteur  des  maisons  ne  dépassât  jamais  la  largeur  de 
la  rue.  De  cette  exigence  découleraient  naturellement  une  ven- 
tilation plus  facile  et  plus  complète,  un  plus  grand  état  de  pro- 
preté, et  une  moindre  accumulation  de  population  sur  un  seul 
point  :  conditions  nécessaires  à  la  salubrité  d'une  grande  ville. 

Un  des  points  qui  se  font  le  plus  remarquer  dans  le  rapport 
du  conseil  de  salubrité  est  l'entreprise  du  curage  des  égouts 
Àmelot,  du  Chemin-Vert  et  de  la  Roquette.  Il  y  avait  si  long- 
Jems  que  ces  égouts  n'avaient  été  nettoyés,  qu'on  en  avait. 
p<  !u  jusqu'à  la  trace.  L'encombrement  était  tel  que  les  ma- 
lières  s'élevaient  jusqu'à  un  pied  de  la  voûte,  et  dans  les  ten- 
tatives faites  à  diverses  reprises,  pour  établir  le  cours  des 
eaux,  plusieurs  ouvriers  avaient  perdu  la  vie,  d'autres  avaient 
été  gravement  indisposés.  Le  succès  de  cette  opération  est  dû 
à  une  commission  composée  de  plusieurs  membres  du  conseil , 
auxquels  on  avait  adjoint  MM.  Labarraque  et  Chevalier,  pharma- 
ciens; MM.  Devilliers  et  Cordier,  ingénieurs  ,  se  réunirent  à  cette 
commission,  et  les  travaux  commencèrent  le  i5  juillet  1826; 
ils  étaient  terminés  le  i3  janvier  1827.  Les  moyens  de  ven- 
tilation les  pius  énergiques  ont  été  employés;  néanmoins  huit 
ouvriers  ont  été  asphyxiés;  mais,  comme  les  secours  nécessaires 
étaient  préparés,  et  ont  été  administrés  à  tems,  on  les  a  rap- 
pelés à  la  vie,  et  ils  ont  pu 'reprendre  leurs  travaux  au  bout  de 
peu  de  jours.  Tous  les  ouvriers  ont  eu  des  ophtalmies ,  qui 
ont  cédé  en  quelques  heures  à  l'usage  d'un  collyre  résolutif; 
quatre  ont  été  blessés;  mais,  à  la  fin  de^  travaux,  la  totalité 
était  bien  portante.  Ces  ouvriers  ont  enlevé,  en  six  mois,  plus 
de  trois  mille  mètres  cubes  de  matières  solides,  qui  ont  été 
transportées  aux  voiries;  plus  de  deux  fois  autant  ontété  entraî- 
nées par  lesehassesquiont  été  pratiquées,  en  accumulant  les  eaux 
dans  divers  lieux.  Pendant  ces  travaux,  les  membres  de  la 
commission  ont  pu  se  livrer  à  l'analyse  de  l'air,  des  eaux  et 
de  la  boue  des  égouts,  et  apprécier  à  leur  juste  valeur  les  di- 
vers moyens  de  ventilation  et  de  fumigation  de  toute  nature. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  |6y 

Les  craintes  des  ouvriers  sur  ce  genre  de  travail  sont  mainte- 
nant détruites,  et  leur  répugnance  vaincue.  Ils  connaissent  le 

danger  et  les  moyens  de  l'éviter,  et,  par  la  suite,  ils  pourront 
se  livrer  qu  nettoyage  des  égouts,  sans  craindre  d'y  perdre  la 
vie,  et  sans  le  concours  d'une  commission.  Le  chlorure  de 
chaux  a  été  utilement  employé  en  solution  dans  l'eau,  et  à 
l'état  sec.  On  prépare  un  rapport  détaillé  sur  les  résultats  de 
cette  bienfaisante  opération. 

Un  tableau  de  la  mortalité  pour  la  ville  de  Paris  en  189.6 
suit  la  mention  d'un  grand  nombre  de  rapports  sur  des  établis- 
semens  de  toute  nature.  Il  en  résulte  que  la  mortalité  s'est 
élevée  à  25,898  individus,  dont  8,920  sont,  décédés  dans  les 
hospices  et  hôpitaux;  3i6  ont  péri  de  mort  violente,  et  ont 
été  déposés  à  la  Morgue.  Le  nombre  des  femmes  est  presque 
égal  à  celui  des  hommes.  La  phthisie  pulmonaire  est  classée  en 
première  ligne  parmi  les  causes  les  plus  fréquentes  de  mor- 
talité; et,  si  l'on  y  joint  le  catarrhe  pulmonaire,  qui  dégénère 
souvent  en  phthisie,  on  verra  que  cette  maladie  occasionne 
un  cinquième  des  décès;  un  autre  cinquième  est  produit  par 
l'inflammation  des  voies  digestives.  L'apoplexie  atteint  plus 
d'hommes  que  de  femmes,  et  dans  un  âge  moins  avancé;  les 
maladies  du  cœur,  ainsi  que  les  affections  cancéreuses ,  font 
périr  plus  de  femmes  que  d'hommes.  Le  conseil  de  salubrité 
s'étonne  cependant  de  la  fréquence  des  maladies  cancéreuses, 
aujourd'hui  que  leur  nature  mieux  connue  permet  de  les  atta- 
quer dès  les  premiers  momens  de  leur  formation.  Il  est  néces- 
saire d'observer  encore  que  la  rougeole  est  beaucoup  plus  sou- 
vent qu'on  ne  le  pense  meurtrière  pour  les  enfans  ,  quoique 
les  parens  en  général  ne  la  regardent  pas  comme  une  maladie 
grave  ;  nous  ajouterons  qu'il  est  presque  incroyable  qu'il  soit 
mort  à  Paris,  en  1826,  deux  cents  enfans  de  la  petite -vérole, 
quand  on  peut  avec  tant  de  facilité  user  du  préservatif  de  la 
vaccine. 

Le  nombre  des  suicides  a  augmenté  dans  une  proportion  ef- 
frayante. Il  y  eut,  en  1824,  371  suicides;  en  1826,  396.  Il  y 
en  a  5n  en  1826.  Les  submersions  ont  également  dépassé  le 
nombre  des  années  précédentes;  376  individus  ont  été  retirés 
de  l'eau;  i5i  s'étaient  noyés  volontairement;  la  mort  des  autres 
est  attribuée  à  des  accidens;  70  de  ceux  qui  ont  reçu  des  se- 
cours ont  été  rappelés  à  la  vie. 

Le  conseil  de  salubrité  termine  son  rapport  par  des  obser- 
vations d'une  grande  sagesse  sur  la  nécessité  de  soumettre  les 
maisons  de  santé  à  un  règlement  administratif  qui  embrasse 
l'existence  des  malades  dans  tous  ses  rapports  ,  soit   avec   les 


i  :o  LIVRES  FRANÇAIS. 

autres  malades,  soil  avec  les  localités,  soit  avec  les  personnes. 
chargées  de  leur  donner  des  soins,  et  qui  détermine,  d'une  ma- 
nière positive,  leur  nouvelle  sitmiion  au  milieu  des  conditions 
nouvelles  où  ils  se  trouvenl  placés;  sur  l'obligation  de  soumettre 
les  maisons  de  sevrage  à  une  surveillance  administrative  ;  sur 
la  visite  régulière  des  prisons;  sur  celle  des  établissemens  de 
bains  publics  et  de  dépôts  d'eaux  minérales;  sur  les  avantages 
qui  résulteraient  de  la  régularisation  des  constructions  qui  s'é- 
lèvent dans  les  villages  voisins  de  la  capitale,  etc. ,  etc. 

Les  services  rendus  par  le  conseil  de  salubrité  sont  inappré- 
ciables, et  lui  méritent  la  reconnaissance  de  tous  les  habitans 
de  la  capitale  et  de  tous  les  hommes  qu'anime  un  généreux 
sentiment  d'humanité. 

65.  —  Notice  sur  la  ville  de  Fréjus  >  par  M.  «/.  -  A.  Fabre  , 
médecin.  Brignoles  ,  1827  ;  Dufort  cadet.  In  -  8°  de  i5  pages- 

La  vilie  de  Fréjus ,  au  tems  des  Romains,  passait  pour  une 
des  plus  salubres  et  des  plus  opulentes  de  la  Gaule;  on  s'y  ren- 
flait de  toutes  parts,  afin  de  jouir  de  l'influence  bienfaisante  de 
son  climat  et  de  la  douceur  de  son  atmosphère.  Mais  son  vaste 
port,  qui  aboutissait  à  la  mer  par  un  large  canal,  devint  une 
des  causes  de  la  ruine  de  cette  cité. —  Après  l'incendie  de  Fré- 
jus par  les  Sarrasins,  vers  le  xe siècle,  le  canal  fut  comblé,  et  le 
port  se  transforma  en  un  lac  fétide  dont  les  exhalaisons  ren- 
daient Fréjus  inhabitable.  La  population  disparut,  et  de  cent 
mille  individus  elle  se  réduisit  à  deux  mille  à  peu  près.  En 
i55o,  on  construisit  un  canal  pour  conduire  vers  le  port  les 
eaux  de  la  rivière  d'Argens.  Cette  opération  amena  les  plus 
avantageux  résultats;  mais,  en  17 55, 'op.  eut  l'imprudence  de 
dévier  ce  canal  salutaire,  et  la  mortalité  devint  tellement  ef- 
frayante qu'il  périssait  3oo  personnes  par  an  sur  2,400.  M.  de 
Beausset,  évèque  de  Fréjus,  parvint,  en  1772,  à  obtenir  la 
construction  d'un  nouveau  canal  qui  ne  fut  cependant  achevé 
qu'en  1785.  Un  autre  respectable  citoyen  dout  l'industrie  a  su 
allier  son  intérêt  personnel  à  l'intérêt  public,  s'est,  de  nos  jours, 
acquis  la  gloire  de  terminer  le  comblement  et  le  nivellement 
du  port,  couvert  actuellement  de  superbes  jardins.  Fréjus,  loin 
d'être  une  ville  malsaine,  jouit  au  contraire  de  l'air  le  plus 
pur.  Le  climat  en  est  plus  doux,  plus  agréable  que  celui  de 
Nice,  qui  n'en  est  pas  éloignée.  Des  fontaines  arrosent  les  rues, 
et  contribuent  à  entretenir  la  fraîcheur  et  la  salubrité.  Le  gibier 
abonde  aux  environs  ;  le  lait  y  est  excellent,  les  vins  généreux; 
les  fruits,  les  légumes  y  sont  délicieux  ;  et  les  personnes  atta- 
quées de  maladies  chroniques,  d'affections  thor  aciques ,  etc.  , 
v  retrouveraient  à  peu  de  frais  la  santé  qu'elles  Nont  chercher 


SCIENCES  PHYSIQUES.  r;» 

à  Nice  avec  des  dépenses  considérables.  M.  l'abrc  ,  médecin 
distingué,  auteur  de  l'écrit  que  nous  annonçons,  prouve,  par 
no  tableau  de  i5  années,  que  la  mortalité  annuelle  n'est  à 
l'rcjus  qtlé de  i\cu\  sur  cent,  tandis  qu'à  Nice  elle  est  de  quatre 

environ  sur  un  même  nombre  de  personnes.  R. 

()(>.  —  Ca/culs  faits- ,  à  l'usage  des  industriels  en  grue  rai ,  et 
spécialement  des  mécaniciens,  charpentiers,  pompiers ,  serra* 
tiers  ,  chaudronniers  ,  toiscitrs,  etc.;  conlenant  uh  grand  nombre 
de  tables,  et  notamment  les  suivantes,  qui  sont  autant  de  Ba- 
rèmes  partiels  :  poids  et  volume  de  l'eau  contenue  dans  des 
cylindres  de  i  pied  de  haut,  sur  tous  les  diamètres**  depuis  une 
ligne  jusqu'à  12  pieds;  circonférences  et  surfaces  des  cercles; 
poids  d'un  pied  carré  des  métaux  laminés,  suivant  leur  épais- 
seur; platine;  plomb;  argent;  cuivre;  laiton;  fer;  étain  ;  zinc; 
poids  des  pouces  cubes  et  des  pouces  cylindriques  des  métaux 
les  plus  usuels;  conversion  des  mesures  et  des  poids  anciens 
en  mesures  et  poids  métriques;  cubage  de  la  charpente;  calculs 
des  intérêts;  analyse  des  expériences  de  Buffon,etc.  Par  Le- 
noir. Paris,  1827;  librairie  scientifique  et  industrielle  de 
JMalher.  In-12  de  261  pages;  prix,  cartonné,  4  fr«  5o  c. 

Nous  avons  transcrit  le  long  titre  de  ce  livre,  parce  que  c'est 
une  analyse  de  ce  qu'il  contient,  et  la  seule  que  l'on  puisse  en 
faire.  Il  est  entièrement  consacré  à  l'utile  ,  sans  aucune  pré- 
tention à  l'éclat  de  la  science,  à  une  plus  haute  renommée  que 
celle  de  Barème.  Mais  en  bornant  ainsi  ses  vœux  et  son  ambi- 
tion,  M.  Lenoir  est-il  modeste?  le  nom  de  Barème  a  survécu 
à  son  livre  de  Comptes  faits;  il  est  dans  toutes  les  bouches,  son 
autorité  décide  les  questions  de  calcul.  Que  sont  devenues  une 
multitude  d'oeuvres  d'un  haut  savoir,  de  réputations  académi- 
ques? une  nuit  profonde  les  enveloppe,  ou,  ce  qui  est  pire 
qu'un  profond  oubli ,  la  mémoire  des  torts  ou  des  ridicules  de 
certains  géomètres  est  tout  ce  qui  leur  a  survécu.  Nous  n'osons 
prédire  à  M.  Lenoir  une  bonne  fortune  aussi  remarquable  que 
celle  du  célèbre  auteur  des  Comptes  faits-,  il  est  peut-être  trop 
savant  pour  devenir  aussi  populaire  que  son  devancier.  Cepen- 
dant la  science  elle  -  même  se  popularise;  elle  entr'ouvre  la 
porte  des  ateliers  ,  elle  y  laisse  échapper  quelques  rayons  de  sa 
lumière;  que  M.  Lenoir  ne  désespère  point  de  voir  son  livre 
entre  les  mains  d'une  multitude  qui  jusqu'à  présent  n'avait  pas 
l'habitude  de  lire.  Notre  siècle  est  calculateur,  et  tend  à  le  de- 
venir encore  plus;  mais  nous  conserverons  toujours  une  bonne 
dose  de  paresse,  et  force  gens  auront  recours  aux  Calculs  faits, 

Ferry. 


i7*  LIVRES  FRANÇAIS. 

67.  —  *  Manuel  du  chandelier  et  du  cirier ,  suivi  de  Y  Art 
du  fabricant  de  cire  à  cacheter,  par  L.  Séb.  Lenormand,  pro- 
fesseur  de  technologie  et  des  sciences  physico-chimiques  ap- 
pliquées aux  arts,  etc.  Paris,  1827;  Roret.  In-18  de  34o  pages, 
avec  trois  planches;  prix,  3  Fr. 

M.  Lenormand  s'est  occupe  long  -teins  des  moyens  de  per- 
fectionner les  arts  qu'il  décrit.  Les  fabricans  de  chandelle  lui 
sont  redevables  de  l'invention  de  la  main  à  plonger,  instrument 
qui  dispense  les  ouvriers  de  quelques  manipulations  pénibles 
et  rebutantes.  Lorsque  les  travaux  auxquels  il  s'est  livré 
pour  parvenir  à  blanchir  plus  complètement,  plus  prompte- 
ment  et  dans  toutes  les  saisons,  les  suifs  et  les  cires,  seront 
terminés,  les  deux  arts  traités  dans  ce  Manuel  lui  auront  peut- 
être  de  nouvelles  obligations.  Il  était  donc  spécialement  dési- 
gné pour  le  travail  dont  il  s'est  chargé.  «  Nous  n'avons  fait 
aucune  mention  des  procédés  qui  nous  ont  paru  mauvais;  mais 
on  peut  avoir  toute  confiance  pour  ce  que  nous  avons  donné 
comme  certain  ,  et  ce  n'est  qu'après  avoir  éprouvé  nousr 
mêmes ,  ou  vu  éprouver  en  notre  présence  les  divers  procé- 
dés, que  nous  avons  pu  donner  l'assurance  d'une  réussite  com- 
plète dans  les  parties  que  nous  avons  décrites  sans  restriction.  » 
Le  livre  tient  fidèlement  ces  promesses  de  la  préface.  Les  éru- 
dits  y  désireront  peut-être  un  peu  plus  du  savoir  dont  ils  font 
cas;  ils  demanderont ,  par  exemple,  pourquoi  l'auteur  n'a  rien 
dit  de  l'adipocire  extrait  des  chairs  des  quadrupèdes  dans  cer- 
taines circonstances,  des  substances  végétales,  autres  que  la 
cire,  dont  on  fait  des  bougies  dans  quelques  contrées ,  etc.; 
mais  c'est  un  Manuelquc  M.  Lenormand  voulait  écrire,  et  c'est 
ce  qu'il  a  fait.  Y. 

68. —  La  Cuisinière  de  la  campagne  et  de  la  ville,  ou  la  nouvelle 
cuisine  économique  ;  précédée  d'instructions  sur  la  dissection 
des  viandes  à  table,  et  suivie  de  recettes  précieuses  pour  l'éco- 
nomie domestiqué,  et  d'un  traité  sur  les  soins  à  donner  aux  caves 
et  aux  vins  ;. dédiée  aux  bonnes  ménagères  ;  par  M.  L.  —  E.  A. 
Sixième  édition,  revue,  corrigée  et  augmentée  de  i5o  recettes, 
par  M.  Sulpice  Barué,  chef  de  cuisine.  Paris,  1827  ;  Audot, 
rue  des  Maçons-Sorbonne,  n°  11.  In-12  de  338  pag. ,  avec 
neuf  planches  gravées;  prix,  3  fr. 

69.  —  *  Cours  élémentaire  d'art  et  d'histoiie  militaire  ,  à 
l'usage  des  élèves  de  l'École  royale  spéciale  militaire,  par 
/.  Rocquancourt,  capitaine  au  corps  royal  d'etat-major,  elc. 
T.  I  et  IL  Paris,  1827  ;  Anselin  et  Pochard.  2  vol.  in-8°  formant 
538  p.,  avec  des  planches;  prix,  8  fr.  —  L'ouvrage  aura  4  vcl. 

In  cours  imprimé   est  souvent  un  bon  ouvrage  :  mais  cette 


SCIENCES  PHYSIQUES.  .-  3 

sorte  de  règle  a  de  remarquables  exceptions.  Fourcroy  nous 

PO  offre  un  exemple  :  professeur  brillant,  il  fut  auteur  médiocre. 

Mais  un  cours  véritablement  élémentaire  n'est  pas  compris 

dans  ces  exceptions;  c'est  en  traitant  une  science  dans  toute 
son  étendue,  et  principalement  dans  ses  branches  encore  peu 
développées,  qu'un  professeur  peut  être  éloquent  lorsqu'il  parle, 
incorrect  et  faible  lorsqu'il  écrit.  On  sent,  en  lisant  l'ouvrage 
de  M.  Rocquancourt ,  qu'il  doit  professer  comme  il  écrit,  avec 
le  soin  qu'exigent  des  recherches  compliquées  et  qu'impose 
l'amour  de  l'exactitude.  Il  n'a  peut-être  pas  assez  de  confiance 
en  lui-même  :  citer  l'opinion  d'un  écrivain,  c'est  quelquefois 
rejeter  sur  lui  la  responsabilité  d'une  erreur.  Il  n'en  est  pas  de 
même  des  faits;  ils  ont  besoin  d?ètre  établis  sur  des  témoignages 
appréciés  par  une  saine  critique. 

Le  premier  cahier,  publié  par  M.  Rocquancourt,  a  paru  en 
1826.  Il  contient  une  introduction  sur  laquelle  nous  ferons 
quelques  observations.  Professeur  dans  une  école  spéciale  mi- 
litaire, chargé  d'instruire  des  officiers  pour  une  armée  exis- 
tante, il  ne  dépendait  pas  de  lui  de  généraliser  ses  vues;  il  a 
dû  revêtir  chaque  objet  d'une  forme  particulière,  assortie  à 
l'ensemble  des  préceptes  qu'il  établit  dans  son  cours.  Son  In~ 
traduction  serait  déplacée,  à  l'entrée  du  cours  d'art  militaire  de 
l'école  de  West-Point  :  elle  n'a  point  ce  caractère  d'universa- 
lité, cecoup-d'œil  philosophique  ,  cette  lumière  propagée  dans 
toutes  les  directions  qui  doivent  éclairer  les  avenues  d'une 
science,  en  même  teins  que  son  entrée.  On  ne  doit  donc  pas 
s'attendre  à  trouver  dans  cet  ouvrage  tout  ce  que  l'on  pour- 
rait désirer  de  savoir  sur  le  droit  des  gens ,  la  composition  des 
armées,  le  recrutement,  etc.  :  mais,  qu'on  n'oublie  point  que 
la  position  de  l'auteur  lui  traçait  la  route  qu'il  devait  suivre, 
et  prescrivait  ce  qui  devait  être  la  matière  de  ses  leçons. 

Le  professeur  a  commencé,  comme  il  le  devait,  par  l'his- 
toire de  l'art  militaire.  Le  premier  cahier  embrasse  les  tems 
anciens,  ou  plus  exactement,  ce  que  nous  connaissons  de  l'his- 
toire militaire  des  Grecs  et  des  Romains,  et  ce  que  les  écrivains 
de  ces  deux  nations  nous  ont  appris  sur  les  armées  et  sur  la 
manière  de  combattre  des  peuples  qu'ils  eurent  pour  ennemis. 
Forcé  à  discuter  de  nouveau  la  définition  de  la  stratégie,  M.  Roc- 
quancourt ne  dissipe  point  les  ténèbres  qui  enveloppent  cette 
grave  question  de  mots.  Espérons  que  les  syllabes  parasites 
stra-té -gie  cesseront  enfin  d'embarrasser  les  tètes,  les  leçons 
et  les  livres,  puisqu'il  est  si  difficile  de  trouver  un  sens  que  leur 
assemblage  représente",  condition  nécessaire  pour  qu'elles  con- 
stituent un  mot. 


I  -  j  LIVRES  FRANÇAIS. 

Le  second  cahier  contient  L'histoire  de  l'art  depuis  Clovis 
jusqu'à  la  lin  du  règne  de  Louis  XIV  ;  elle  est  exposée  avec 
beaucoup  de  soin.  On  sent  que  le  professeur  est  arrivé  aux 
teins  et  aux  faits  les  plus  instructifs  pour  l'homme  de  guerre, 
et  le  lecteur  préjuge  avec  satisfaction  que  le  reste  du  cours  ne 
sera  pas  moins  soigné.  Il  en  résultera  donc  un  ouvrage  très- 
utile,  et  dont  les  officiers  de  l'armée  pourront  profiter,  aussi 
bien  que  les  élèves  de  l'école  spéciale  militaire. 

70.  —  *  Documens  sur  la  matière  à  canon,  et  sur  quelques  nou- 
veaux alliages  métalliques ,  parlechevalier  Hervé, capitaine  aide- 
de-camp  de  M.  le  maréchal  de  camp  baron  Boulart,  etc.  Stras- 
bourg, 1827;  Fr.-CharlesHeitz.  Paris,  Anselin.  ln-8;prix,  7  fr. 

Nous  reviendrons  sur  cet  ouvrage,  fruit  de  profondes  et 
fructueuses  recherches.  Quoique  l'auteur  n'ait  eu  en  vue  que 
l'artillerie  et  le  travail  de  ses  arsenaux,  plusieurs  arts  profite- 
ront de  l'instruction  contenue  dans  son  livre;  il  ne  sera  pas  inu- 
tile ni  hors  du  plan  et  de  la  destination  de  la  Revue  Encyclopé- 
dique, de  les  indiquer  avec  quelques  développement.  Ensuivant 
avec  ordre  le  travail  de  M.  Hervé,  nous  aurons  l'occasion  de 
montrer  les  avantages  de  l'érudition  mise  à  sa  place,  des  dis- 
cussions approfondies  sans  être  minutieuses,  des  méthodes  de 
recherches  suivies  avec  persévérance;  nous  n'aurons  pas  de 
peine  à  prouver  l'exposition  qu'un  travail  bien  fait  ne  peut  être 
qu'un  bon  livre. 

7 1 .  — Notice  sur  de  nouveaux  mortiers  hydrauliques  qu'on  ob- 
tient avec  les  arènes ,  ou  sables  argileux;  par  M.  Girard  de 
Caudemrerg,  ingénieur  au  corps  des  ponts  et  chaussées.  Paris, 

1827;  Firmin  Didol.  In  8°  de  69  pages;  prix,  2  fr. 

Les  arènes  dont  il  s'agit  sont  des  sables  fossiles  qui  portent 
ce  nom  dans  les  départemens  de  la  Dordogne  et  de  la  Gironde  ; 
on  les  trouve  dans  la  vallée  de  l'Isle ,  et  ils  sont  employés  dans 
les  constructions  rustiques.  Le  hasard  a  fait  découvrir  que 
quelques-uns' des  sables  de  cette  nature  font,  avec  les  chaux 
d'une  nature  quelconque,  des  mortiers  qui  durcissent  promp- 
tement  sous  l'eau,  et  y  prennent  autant  de  solidité  que  les  meil- 
leurs cimens,  ou  les  meilleures  pouzzolanes.  L'auteur  de  ce 
Mémoire  analyse  leurs  propriétés,  et  il  en  assigne  la  cause 
d'après  leur  composition  chimique;  il  fait  voir  que  les  chaux 
employées  avec  ces  sables  ne  les  rendent  point  hydrauliques  ; 
que  ceux  qui  font  le  meilleur  mortier  sont  ceux  qui  contien- 
nent en  plus  grande  quantité  l'argile  rouge  brun,  jaunâtre,  ou 
même  jaune  d'ocre.  Il  établit,  d'après  des  épreuves,  que  les 
pouzzolanes  et  les  arènes  torréfiées  ont  la  propriété  de  faire 
durcir  plus  prompt*  ment  les  mortiers  et  bétons,  sans  leur  pro- 


SCIENCES  PHY.sioi  ks.  ■  -, 

curer  par  1;»  suite  une  plus  grande  dureté.  (  !e  Mémoire  ii'e*(  p.is 
seulement  recommandabVe  par  les  faits  et  l'instruction  citi*il 
renferme,  il  offre  aussi  «m  très-bon  modèle  d'exposition  ri  <!<• 
discussion.  Grâce»  aux  travaux  de  MM.  / fc/tt,  Treassart^\  (.1 
ranl ,  l'art  des  mortiers  avance  à grands pas  vers sa  perfection. 
Espérons  (pic  1rs  architecte!  prendront  aussi  quelque  paît  àsea 
progrès;  qu'ils  ne  regarderont  point  la  chimie,  la  minéralogie 
et  la  mécanique  comme  des  connaissances  étrangères  à  leur 

art;  qu'ils  ne  dédaigneront  point    de  marcher  sur  les  traces  d<> 

vYren  pour  le  savoir  mathématique ,  et  que,  pour  les  détails 
île  l'art  de  construire  et  la  connaissance  des  matériaux,  ils  ne 
voudront  pas  rester  au  dessous  des  ingénieurs  des  ponls  et 
chaussées.  F. 

72.  —  forage  dans  les  cini/  partie*  du  monde ,  où  l'on  dé- 
crit les  principales  contrées  de  la  terre,  les  curiosités  natu- 
relles, industrielles,  scientifiques  ou  littéraires;  les  mœurs  et 
coutumes  des  notions  ;  les  formes  de  leurs  gouvernemens; 
ItHrfl  forces  de  terre  et  de  mer;  leurs  richesses,  leurs  cultes; 
les  notabilités,  les  villes  et  les  populations  des  différens  étals 
du  globe;  par  M.  Alrert-Montémont,  auteur  des  Lettres  sur 
F  Astronomie  et  du  fofage  aux  Alpes  et  en  Italie.  T.  I  et  II. 
Paris,  1828;  Sel  ligue;  Charles  Béchet.  2  vol.  grand  in- 18, 
avec  des  cartes  coloriées,  dessinées  par  M.  Perrot,  gravées 
par  MM.  Tardicu  et  Chartier.  Prix  du  volume,  5  fr.  L'ouvrage 
entier  aura  6  volumes. 

Ces  ilvux  premiers  volumes  comprennent  l' Europe  ;  le  troi- 
sième, qui  doit  renfermer  Y  Asie,  est  annoncé  pour  le  ier  février; 
les  trois  autres,  qui  contiendront  Y Afrupie ,  V Amérique  et 
Y  Oeianie,  paraîtront  de  mois  en  mois.  En  tète  du  premier 
volume,  on  trouve  une  introduction  générale  et  une  mappe- 
momleoùles  i\eu\  hémisphères  sont  représentés  avec  4em*  con- 
vexité et  les  i\ev,x  pôles  à  la  hauteur  et  au  méridien  de  Paris; 
les  continens  y  sont  coloriés  ,  de  manière  à  ce  cfuê  la  vue  em- 
brasse d'un  regard  toute  leur  surface.  Cet  ouvrage  est  une 
statistique  raisonnée  du  globe,  d'après  les  documens  les  plus 
nouveaux,  entremêlée  de  considérations  dans  lesquelles  on 
montre  les  Etals  de  la  terre,  d'abord  dans  leur  ensemble, 
ensuite  dans  leurs  particularités.  Z. 

73.  —  *  Forage  a  Pékin,  à  travers  la  Mongolie,  en   1820  et 

1821  ;   par  M.  G.  Timkovski,  traduit  du  russe  par  M.  N , 

revu  par  M.  .1.  ]\.  Eyriès;  publié  avec  des  corrections  et  des 
notes  par  M.  J.  Klaproth,  avec  un  Atlas  qui  contient  toutes 
les  planches  de  1  original  et  plusieurs  autres  qui  sont  inédites. 
Paris,  1827;  Dondey-Dnpi  é.  2  vol.  in-o"  ;  prix,  ?.j  fr. 


,:r»  LIVRES  FRANÇAIS. 

Le  nombre  des  voyageurs  qui,  après  avoir  franehi  l'enceinte 
autrefois  impénétrable  de  la  grande  muraille,  ont  fait  part  à 
l'Europe  de  leurs  observations,  est  encore  trop  peu  considé- 
rable pour  qu'on  n'accueille  pas  avec  curiosité  la  relation  d'un 
voyage  en  Chine  ,  fait  par  un  observateur  qui  a  pu  examiner 
dans  le  plus  grand  détail  la  civilisation  de  ce  peuple  curieux. 
M.  Timkovski  a  eu ,  plus  que  beaucoup  d'autres,  la  facilité 
de  recueillir  i\es  observations  exactes  sur  cette  nation.  On  sait 
que,  depuis  un  siècle  environ,  la  Russie  entretient  à  Pékin  un 
couvent  et  une  école  où  se  forment  ses  interprètes  pour  le 
chinois  et  le  mandtehou.  Les  personnes  qui  composent  ces  deux 
établissemens  sont  renouvelées  tous  les  dix  ans;  et  c'est  un 
officier  russe  qui  conduit  la  caravane.  M.  Timkovski  faisait 
partie  d'une  de  ces  missions,  et  c'est  à  l'intérêt  que  lui  a  in- 
spiré le  spectacle  de  la  société  chinoise  que  nous  devons  sa 
relation.  Ajoutons  que  sa  qualité  de  Russe  lui  a  permis  de 
pénétrer  plus  avant  qu'aucun  autre  européen  dans  la  connais- 
sance des  mœurs  de  cet  ancien  peuple;  comme  tous  ceux  de 
ses  compatriotes  qui  \isitent  Pékin,  il  a  pu  y  vivre  dans  la  plus 
grande  liberté ,  et  visiter  avec  soin  les  monumens  publics  et 
privés.  Un  de  nos  plus  célèbres  orientalistes,  M.  Klaproth  , 
qui  a  de  vastes  connaissances  philologiques  >  joint  l'expérience 
et  le  savoir  qu'on  acquiert  dans  les  voyages,  a  jugé  que  cette 
relation  de  M.  Timkovski  contenait  des  faits  nouveaux  ,  et  il  a 
cru  devoir  donner  ses  soins  à  l'édition  française  *de  cet  ou- 
vrage. Il  en  a  sagement  retranché  divers  morceaux  empruntés 
aux  auteurs  européens  qui  ont  écrit  sur  la  Chine,  et  notam- 
ment aux  jésuites  français,  que  M.  Timkovski  avait  insérés 
dans  son  récit  pour  le  compléter  et  l'étendre.  Mais,  en  même 
tems,  il  l'a  enrichi  d'additions  infiniment  précieuses,  telles 
que  des  notes  et  des  écïaircissemens  extraits  des  livres  chinois  , 
et  traduits  par  lui,  ainsi  que  de  dessins  litographiés  d'après 
les  originaux  crbut  il  est  possesseur.  Dans  un  tems  où  tout  ce 
qui  peut  éclaircir  l'histoire  et  l'état  de  f'Asie  est  si  avidement 
recherché ,  cette  publication  présente  presque  un  intérêt  de 
circonstance.  L'ouvrage,  qui,  sous  sa  forme  actuelle,  doit  tant 
à  M.  Klaproth,  est  dédié  à  M.  Abel  Rémusat  dont  le  nom  est 
pour  jamais  lié  à  l'introduction  de  la  haute  critique  et  de  l'es- 
prit vraiment  philosophique  dans  l'élude  des  langues  orien- 
tales. E.  B- 

^/(> —  Voyage  en  Italie  et  en  Sicile,  par  L.  Simond,  auteur 
des  Voyages  en  Angleterre  et  en  Suisse.  Paris,  1828  ;  Sautelet  et 
compagnie.  2  vol.  in-8°  d'environ  l^io  pages  chacun;  prix,  1  5  fr. 

Le  spirituel  auteur  de  ce  voyage  a  parcouru  l'Italie,  il  y  a 


SCÏENCÊS  PHYSIQUES.  ,:: 

dix  ans,  à  la  veille  des  dernier  es  réyol niions  cjtii  l'ont  agitée. 
S'il  publie  un  peu  tard  ses  observations,  «  c'est,  dit-il,  qu'appa- 
remment,  pour  bien  faire,  il  ne  faut  p»s  se  presser.  »  Non  ,  ne 
pouvons  que  féliciter  un  auteur  qui  a  le  courage  de  professer 
et,  qui  plus  est ,  <le  pratiquer  un  si  sage  précepte,  et  nous  ne 
doutons  pas  qu'il  n'ait  profité  des  circonstances  remarquables 
où  il  a  vu  l'Italie  pour  répandre  un  intérêt  nouveau  sur  la  pein- 
ture d'une  contrée  déjà  décrite  par  tant  de  voyageurs.  L'ou- 
vrage de  M.Simondsera  bientôt  l'objet  d'un  article  détaillé  dans 
notre  section  des  Analyses.  Ch. 

75.  —  *  L'Indicateur  Orléanais,,  ou  Guide  des  étrangers  à 
Orléans  et  dans  le  département  du  Loiret,  par  M.  Vkrgnald 
lloMAGNF.si  ,  membre  de  la  Société  royale  des  sciences, 
belles-lettres  et  arts  d'Orléans.  T.  I.  Orléans,  1827  ;  L'auteur, 
Grande-Rue.  Paris,  Roret.  In-12,  avec  des  lithographies;  prix, 
6  fr. 

Nous  avons  déjà  signalé  les  utiles  travaux  de  M.  Vergnaud , 
en  annonçant  son  Album  du  Loifct,  et  ses  Descriptions  des 
cimetières  d'Orléans  (voy.  Rev.  Eue,  t.  xxx.iv,  p.  227).  L! Indi- 
cateur n'est  pas  fait  avec  moins  de  soin  que  ces  deux  ouvrages. 
Il  a  pour  but  de  faire  connaître  les  traditions  anciennes  de  la 
ville  d'Orléans,  l'origine  de  ses  mon u mens,  des  noms  de  ses 
rues,  les  particularités  historiques  qui  s'y  rattachent;  ses  an- 
tiquités, telles  qu'elles  existaient  autrefois,  et  telles  qu'on  les 
voit  encore  aujourd'hui;  les  améliorations ,  les  changemens 
successifs  qui  ont  eu  lieu  dans  l'intérêt  des  citoyens,  mais  qui 
menaçaient  d'effacer  peu  à  peu  toutes  les  traces  du  passé,  si  l'on 
ne  s'empressait  de  les  recueillir,  et  d'en  fixer  par  le  dessin  les 
principaux  traits  et  la  physionomie.  Il  serait  à  souhaiter  que 
d'habiles  antiquaires  fissent,  pour  chaque  ville  de  nos  dépar- 
tement, ce  que  M.  Vergnaud  a  fait  pour  Orléans.  On  aurait 
alors  de  vastes  archives  et  un  précieux  dépôt  de  curiosités 
nationales,  dont  chaque  jour  doublerait  le  prix.  Car  les  con- 
quêtes de  l'industrie  et  de  la  civilisation  poursuivent  partout 
le  passé. 

Le  premier  volume  de  Y  Indicateur,  qu'on  peut  acheter  sépa- 
rément, est  consacré  à  Orléans.  Le  second,  qui  n'a  pas  encore 
paru  ,  traitera  des  curiosités  du  département  :  les  connaissances 
dont  l'auteur  a  fait  preuve,  son  amour  pour  son  pays  natal,  le 
soin  studieux  avec  lequel  il  en  a  exploré  toutes  les  localités, 
les  souvenirs  qu'il  a  remis  au  grand  jour,  sont  des  garanties 
de  ce  qu'on  doit  attendre  de  lui.  L.  Sw.  B. 

t.  xxxvii.  —  Janvier  1&28.  12 


i78  LIVRES  FRANÇAIS. 

Sciences  religieuses ,  morales  ,  politiques  et  historiques. 

76.  —  *  Sainte  Bible  de  Vence,  en  latin  et  en  français  ,  avec 
des  notes  littéraires  ,  critiques  et  historiques,  des  préfaces  et 
des  dissertations,  tirées  du  Commentaire  de  doni  Calmct,  abbé 
de  vSenones  ,  de  l'abbé  de  Vencè  ,  et  des  autres  auteurs  les  plus 
célèbres,  pour  faciliter  l'intelligence  de  l'Écriture  sainte;  enri- 
chie d'un  Atlas  et  de  Cartes  géographiques.  Cinquième  édition 
revue  et  corrigée.  Paris,  1827;  Méquignon-Havard  ;  s5  vol. 
in-8°.  Prix  de  chaque  livraison  de  deux  vol.,  14  fr. ,  et  i5  fr. 
satiné  :  la  première  livraison  a  paru. 

La  Bible  se  répand  de  jour  en  jour  dans  tout  l'univers,  par 
le  moyen  des  sociétés  bibliques  dont  le  zèle  ne  se  ralentit  point, 
malgré  les  contrariétés  qu'elles  éprouvent  et  les  obstacles  qu'elles 
rencontrent.  Ce  livre  est  évidemment  destiné  à  opérer  une  révo- 
lution dans  les  mœurs  de  la  société  humaine.  Le  tems  en  est-il 
éloigné?  Il  serait  impossible  de  le  déterminer  au  juste  ;  mais  il 
est  peut-être  plus  rapproché  qu'on  ne  pense.  C'est  donc  une 
heureuse  idée  d'avoir  reproduit  la  Bible  de  Vence ,  qui  repré- 
sente non-seulement  la  croyance,  mais  encore  les  opinions  de 
l'Église  catholique,  dans  les  nombreuses  dissertations  et  dans 
les  notes  dont  elle  est  enrichie.  Mon  intention  n'est  pas  de  rap- 
peler ce  que  renferment  les  anciennes  éditions  ;  elles  sont  géné- 
ralement connues.  Ma  tache  se  borne  à  indiquer  les  additions 
et  les  améliorations  de  celle  que  nous  annonçons. 

i°  Les  nouveaux  éditeurs  promettent  de  corriger  avec  la 
plus  grande  exactitude  quelques  erreurs  de  détail  échappées 
à  ceux  qui  les  avaient  précédés,  et  de  donner  le  texte  dans 
toute  sa  pureté.  —  20  Les  mots  hébreux,  chaldaïques,  samari- 
tains, arabes,  etc.,  qui,  dans  les  cinq  premiers  volumes  de  la 
quatrième  édition,  étaient  figurés  en  lettres  romaines,  seront 
rétablis  dans  leurs  caractères  naturels.  — 3°  Les  notes  grecques 
seront  exactement  vérifiées  sur  les  originaux.  —  /t°  On  y  insé- 
rera de  nouvelles  dissertations,  relatives  aux  difficultés  mo- 
dernes, tirées  de  la  zoologie,  de  l'astronomie,  de  la  chronolo- 
gie, etc.  On  y  indiquera  aussi  les  meilleurs  ouvrages  où  les 
objections  des  incrédules  sont  réfutées.  —  5°  OYi  donnera  dans 
le  dernier  volume  une  Notice  des  meilleurs  ouvrages  sur  l'É- 
criture sainte  en  général  et  sur  chaque  livre  en  particulier:  ce 
travail  sera  rédigé  sur  un  nouveau  plan.  —  6°  La  table  des 
matières  recevra  des  additions  importantes  et  propres  à  faciliter 
les  recherches. 

Tel  est  l'aperçu   des  améliorations  principales  qui  doivent 


SCIENCES  MORALES.  ij'g 

distinguer  cette  édition  des  quatre  premières.  La  réputation  mé- 
ritée de  la  plupart  des  éditeurs  est  la  meilleure  garantie  que 
nous  puissions  exiger;  et  les  deux  volumes  qui  ont  déjà  paru 
ne  démentent  nullement  la  bonne  opinion  que  nous  avons  de 
leur  savoir.  On  leur  saura  très-bon  gré  d'avoir  laissé  subsister 
la  censure  des  théologiens  de  Louvain  contre  les  jésuites  Lessius 
et  Hamélius,  au  sujet  de  l'inspiration  des  livres  sacrés.  Ils  ont 
aussi  très- bien  fait  de  convenir  que  cette  multitude  de  traduc- 
tions faites  par  différens  auteurs,  dans  tous  les  pays  où  la  lan- 
gue latine  avait  cours,  produisit  un  très-grand  bien,  puisqu'elle 
fut  cause  que  la  vraie  religion,  auparavant  resserrée  dans  la  na- 
tion des  Juifs,  se  répandit  dans  tout  le  monde  parmi  les  gentils; 
c'est  donner  gain  de  cause  aux  sociétés  bibliques. 

Il  y  a  dans  les  dissertations  un  trop  petit  nombre  de  ré- 
flexions piquantes,  et  dont  chacun  peut  faire  son  profit;  je 
m'empresse  de  citer  ces  deux-ci ,  qui  ne  sont  pas  les  moins 
remarquables  : 

«  On  ne  saurait  trop  s'attacher  à  répandre  la  lumière  sur  les 
endroits  obscurs  qui  se  rencontrent  dans  l'Écriture  sainte,  et 
nous  devons  toujours  savoir  gré  à  ceux  qui ,  après  avoir  fait 
une  étude  particulière  des. livres  de  Moïse  ,  veulent  bien  nous 
faire  part  de  leurs  réflexions,  lorsqu'elles  ne  préjudicient  point 
à  la  religion  :  mais  ces  réflexions  doivent  être  bien  différentes 
de  celles  que  l'on  hasarde  quelquefois  sur  un  livre  ordinaire; 
et,  si  elles  ne  sont  pas  solidement  appuyées,  elles  sont  toujours 
dangereuses.  » 

«  Il  semble  que,  quelquefois,  les  anciens  législateurs  ont  laissé 
exprès  les  anciens  peuples  dans  l'ignorance  de  la  vraie  religion, 
et  qu'on  n'a  pas  voulu  les  détromper  sur  les  faux  préjugés  qu'ils 
avaient  conçus  de  la  nature  de  Dieu  et  de  la  manière  dont  il  vou- 
lait être  servi,  comme  si  (erreur  et  la  superstition  étaient  plus 
propres  à  conserver  la  multitude  dans  le  devoir  que  la  vraie  con- 
naissance de  Dieu  et  la  pratique  de  ses  vérités  !  » 

.le  me  plais  à  le  redire  franchement  :  je  rends  justice  de  tout 
mon  cœur  à  l'érudition  variée  de  M.  Drach  :  ses  notes  sont 
savantes;  il  eut  pu  néanmoins,  ce  me  semble,  leur  imprimer 
un  plus  haut  degré  d'intérêt.  11  eut  pu  également  ne  pas  rem- 
placer l'orthographe  usitée  parmi  nous  des  noms  Kimchi,  Jar- 
chi,  Jehova,  etc.,  par  une  orthographe  qui  n'est  connue  que 
dans  les  pays  étrangers. 

Voici  maintenant  quelques  remarques  qui  s'adressent  à  qui 
de  droit  ;  elles  me  sont  inspirées  par  le  désir  de  contribuer  au 
perfectionnement  d'un  ouvrage  important,  et  qui  mérite  d'at- 
tirer l'attention  du  public. 


i8o  LIVRES  FRANÇAIS. 

i°  Pourquoi  ne  pas  profiter  du  grand  ouvrage  sur  l'Egypte, 
dans  lequel  on  trouve  une  dissertation  de  M.  Aimé  Dubois ,  où 
il  est  question  du  passage  de  la  mer  Rouge,  de  la  manne,  de  la 
colonne  de  (eu  ,  etc.?  —2"  Pourquoi,  lorsqu'il  est  question  de 
l'usure  commandée  aux  Juifs  à  l'égard  des  étrangers,  suivant 
quelques  rabbins,  ne  pas  citer  la  décision  du  dernier  sanhédrin 
qui  enseigne  le  contraire? — 3°  Pourquoi  ne  pas  faire  connaître 
!" Exégèse ,  qui  a  fait  de  si  grands  progrès  eu  Allemagne,  et  dont 
il  importe  que  les  élèves  du  sanctuaire  aient  au  moins  quelques 
notions?  — lt°  Pourquoi  parler  de  l'histoire  de  la  Chine  comme 
on  en  parlait  au  commencement  du  xvme  siècle,  et  ne  pas  faire 
usage  des  connaissances  positives  que  l'on  a  maintenant  sur  ce 
vaste  empire?  —  5°  Pourquoi  avoir  laissé  subsister  les  longues 
réfutations  des  erreurs  des  millénaires  par  Rondet,  qui  leur 
était  opposé  avec  raison,  parce  qu'elles  avaient  alors  des  par-; 
lisans  ,  mais  dont  il  est  a  peu  près  inutile  de  parler  depuis 
qu'elles  n'en  ont  plus?  —  6°  Pourquoi  n'avoir  pas  clairement 
désigné  les  dissertations  ou  les  parties  des  dissertations  qui 
appartiennent  a  cet  éditeur?  —  70  Pourquoi  ces  locutions  su- 
rannées et  ces  tournures  incorrectes  qui  déparent  quelques 
passages?  —  8°  Ne  peut-on  pas  trouver  du  louche  dans  ces 
expressions  :  La  Bible  de  Vente  a  obtenu  les  suffrages  de  l'Eglise 
et  la  sanction  des  souverains  pontifes?  —  90  Le  rédacteur  de  la 
dissertation  sur  le  canonicité  des  livres  saints  parle  de  la  rareté 
de  Wlnalysis  fidei  par  Henri  Holden.  Cela  était  vrai  du  tems  de 
doin  Calmet  ;  mais  ce  livre  précieux  a  été  réimprimé  en  j  767  , 
et  n'est  plus  si  rare. 

On  pourrait  pousser  plus  loin  ces  remarques  :nous  y  reven- 
drons peut-être  quand  il  paraîtra  d'autres  livraisons. 

77.  - — *  Discours  sur  la  révélation  chrétienne,  considérée  en 
harmonie  avec  l'astronomie  moderne  ;  par  Thomas  Chalmers, 
docteur  en  théologie,  ministre  à  Glasgow;  traduit  de  l'anglais 
sur  la  sixième  édition ,  par  J.  M.  de  C.  Paris,  1827;  H.  Servier. 
In -8°;  prix,  3  IV. 

La  religion  chrétienne  est  en  état  de  résister  à  tous  les  genres 
d'attaques,  et  de  fournir  tous  les  genres  de  preuves.  Déjà  plu- 
:  km  s  apologistes  modenres  s'étaient  attachés  à  lever  les  diffi- 
cultés qui  résultent  d'une  apparence  de  contradiction  entre  les 
connaissances  que  nous  avons  dans  l'astronomie,  et  quelques 
passages  des  livres  saints.  Guillaume  Derham  avait  publié  au 
commencement  du  siècle  dernier  sa  Théologie  astronomique, 
dans  laquelle  ce  savant  démontre  l'existence  et  les  attributs  de 
Dieu  par  l'examen  et  la  description  des  cieux.  Voici  maintenant 
le  docteur  Chalmers  qui  vient,  dans  sept  discours,  résoudre  les 


SCIENCES  MORALES.  181 

objections  tirées  de  l'astronomie  contre  la  vérité  «le  l'Évangile, 
ci  dêponii Hct  l'incrédulité  de  ses  prétentions  an  prosélytisme  et  " 
un  enta':.'  air  de  grandeur  philosophique  qui  l'ont  souvent  rendue 
si  malheureusement  attrayante  à  la  jeunesse  et  aux  têtes  ardente 
et   ambitieuse*.    Son    livre    esl    plus   fort    de   raisonnement  que 

celui  du  docteur  Derham,  il  y  a  plus  de  science  astronomique , 
mais  ou  y  trouve  le  même  défaut  de  plan,  et  peut-être  encore 
plus  de  ce  vague  conjectural  qui  ne  mène  à  rien,  avec  moins 
de  modération  dans  les  termes. 

Dans  son  premier  discours,  il  a  tracé  une  esquisse  dcl'astro- 
nomie  moderne,  et  ne  déguise  point  la  petitesse  comparative  de 
notre  terre,  qui  donne  à  l'argument  des  incrédules  tout  ce 
qu'il  a.  de  plausible.  Pour  se  débarrasser  de  cet  argument,  il 
soutient  que  c'est  une  supposition  toute  gratuite  que  le  chris- 
tianisme soit  exclusivement  fait  pour  notre  monde.  C'est  là  sa 
manière  de  procéder  dans  le  reste  de  l'ouvrage,  dont  je  n'offri- 
rai point  l'analyse,  parce  qu'il  est  court  et  qu'il  est  facile  de  le 
lire  eu  très-peu  de  teins. 

Il  serait  à  désirer  qu'on  ne  perdit  jamais  de  vue  ces  deux 
maximes  c\i\  docteur  Chalmers,  et  qu'il  en  eût  fait  lui-même  un 
plus  fréquent  usage.  «  Quoique  ce  soit  une  des  maximes  de  la 
vraie  philosophie  de  ne  jamais  reculer  d'une  doctrine  qui  a  des 
preuves  en  sa  faveur,  c'est  une  autre  maxime  également  essen- 
tielle de  cette  philosophie  de  ne  jamais  recevoir  une  doctrine 
lorsqu'elle  manque  de  preuves.  » 

Je  souscris  volontiers  à  ce  beau  passage.  «Avec  une  telle  rc 
ligion  (la  religion  chrétienne),  il  n'y  a  rien  à  cacher,  tout  de- 
vrait être  mis  en  évidence,  et  on  devrait  faire  circuler  pleine- 
ment et  librement  la  lumière  la  plus  éclatante  du  jour  dans  tous 
ses  secrets.  Mais  de  secrets  elle  n'en  a  point.  La  franchise  et  1 1 
simplicité  du  sentiment  de  sa  grandeur  est  un  de  ses  attributs; 
et,  soit  qu'elle  en  vienne  aux  prises  avec  l'orgueil  de  la  philo- 
sophie ,  ou  qu'elle  se  trouve  en  opposition  directe  avec  les 
préjugés  de  la  multitude,  elle  s'appuie  sur  sa  propre  force  ,  et 
rejette  loin  d'elle  avec  dédain  tous  les  appuis  et  tous  les  auxi  - 
liaires  de  la  superstition.  » 

78.  — *  La  morale  de  /' Évangile  comparée  à  la  morale  da 
pliilosophcs;  discours  auquel  la  Société  académique  de  la  Marne 
a  décernéune  médaille  d'or;  par  M.  L.  Bautain,  D.  M.,  profes- 
seur de  philosophie  à  la  faculté  des  lettres  de  Strasbourg.  Stras- 
bourg, 1827;  Février.  Paris,  Brunot-Labbe.  In-8°; prix,  1  fr.  5oc. 

Depuis  quelques  années  il  est  impossible  de  ne  pas  aperce 
voir  une  tendance  générale  des  esprits  vers  les  études  les  plus 
fortes  et  les  plus  propres  à  contribuer  au  bonheur  de  l'homme. 


182  LIVRES  FRANÇAIS. 

Au  Hou  de  se  li\  rcr  à  des  lectures  frivoles ,  la  jeunesse  se  nourrît 
de  la  substance  des  ouvrages  les  plus  sérieux  et  les  plus  pro- 
fonds; elle  prélude  de  bonne  heure  aux  grandes  destinées  qui 
bat  tendent.  Les  sociétés  littéraires  et  savantes  captivent  souvent 
l'attention  publique  par  des  programmes  pleins  de  sens  et  de 
raison;  celle  de  la  Marne  a  décerné  dans  le  courant  de  1827 
une  médaille  d'or  à  M.  Bautain,  professeur  de  philosophie  à 
Strasbourg,  sur  un  sujet  intéressant,  celui  de  la  morale  de  l'É- 
vangile comparée  à  la  morale  des  philosophes. 

On  devine  d'avance  quelle  est  celle  des  deux  qui  obtient  la 
préférence  dans  le  discours  du  lauréat;  et  il  faut  convenir  que 
la  matière  y  est  bien  traitée  ,  à  quelques  déclamations  près  dont 
elle  peut  se  passer.  On  y  remarque  de  l'érudition ,  de  la  logi- 
que, et  un  air  de  bonne  foi  qui  impose.  M.  Bautain  a  écrit 
sous  la  dictée  de  sa  conscience;  cela  est  évident  par  son  propre 
langage. 

«  Un  livre  m'a  sauvé ,  dit-il ,  mais  ce  n'était  point  un  livre 
sorti  de  la  main  des  hommes  ;  je  l'avais  long-tems  dédaigné  et 
ne  le  croyais  bon  que  pour  les  crédules  et  les  ignorons;  j'y  ai 
trouvé  la  science  la  plus  profonde  de  l'homme  et  de  la  nature, 
îa  morale  la  plus  simple  et  la  plus  sublime  à  la  fois.  J'ai  lu  l'É- 
vangile de  Jésus-Christ  avec  le  désir  d'y  trouver  la  vérité,  et 
j'ai  été  saisi  d'une  vive  admiration,  pénétré  d'une  douce  lu- 
mière, qui  n'a  pas  seulement  éclairé  mon  esprit,  mais  qui  a 
porté  sa  chaleur  et  sa  vie  au  fond  de  mon  âme  ;  elle  m'a  comme 
ressuscité  ,  les  écailles,  sont  tombées  de  mes  yeux  ;  j'ai  vu 
l'homme  tel  qu'il  est  et  tel  qu'il  doit  être  ;  j'ai  compris  son 
passé,  son  présent,  son  avenir,  et  j'ai  tressailli  de  joie  en  re- 
trouvant ce  que  la  religion  m'avait  enseigné  dès  l'enfance,  en 
sentant  renaître  dans  mon  cœur  la  foi,  l'espérance  et  la  cha- 
rité  

«  C'est  ainsi  que  la  vertu  et  la  vérité  du  christianisme  m'ont 
été  démontrées;  c'est  ainsi  que  j'ai  acquis  la  conviction  que  sa 
morale  est  aussi  supérieure  à  toutes  les  morales  humaines  que 
ses  dogmes  sont  au-dessus  des  opinions  des  hommes.  Il  m'est 
doux  de  professer  ici  ma  foi,  d'exprimer  hautement  ce  que  je 
sens  si  vivement  dans  mon  âme,  et  je  rends  grâce  à  la  société 
savante  de  la  Marne  de  m'en  avoir  donné  l'occasion.  »  J.  I.. 
79.  —  *  Politique  religieuse  et  philosophique ,  ou  Constitution 
inorale  du  gouvernement ,  par  M.  le  baron  Bigot,  de  Moroguks, 
auteur  de  la  Noblesse  constitutionnelle >  etc.  T.  IV  et  dernier. 
Paris  ,  1827;  Renard.  In-8°  de  578  p.  ;  prix,  7  l'r. 

Dans  noire  premier  article  sur  cet  ouvrage  (  voy.  Rcr.  Eue.  , 
t.  XXXIV,  p.  728),  le  défaut  d'espace  ne  nous  a  point  permis 


SCIENCES  MORALES.  i83 

d'entrer  dans  les  détails  de  son  exécution.  Nous  allons  présente'' 
maintenant  les  idées  de  l'auteur  sur  quelques  points  d'organi- 
sation sociale. 

Pénétré  de  l'importance  du  pouvoir  judiciaire  dont  les  actes 
décident  de  notre  existence  et  de  nos  propriétés  en  matière 
Civile,  de  notre  honneur,  de  notre  liberté,  de  notre  vie  même, 
en  matière  criminelle,  M.  jbk  Morogijes  accorde  une  grande 
place  dans  son  livre  à  cette  institution,  dans  laquelle  il  fait 
entrer  le  jury  comme  un  élément  indispensable.  A  cet  égard  , 
ses  opinions  sont  conformes  à  celles  de  quelques  autres  esprits 
non  moins  distingués.  «  Toutes  les  actions  civiles  et  criminelles 
se  réduisent  en  fait,»  a  dit  Montesquieu.  Il  y  a  donc  deux  choses 
à  considérer  dans  le  jugement  qu'on  en  porte  :  i°  la  question 
de  fait,  qu'on  peut  soumettre  à  des  jurés,  plus  attentifs  que  des 
juges  ordinaires  an  maintien,  à  la  figure,  aux  antécédens  de 
l'accusé,  et  à  mille  circonstances  propres  à  éclairer  la  conscience 
du  citoyen  appelé  à  représenter  la  société  tout  entière;  2°  l'ap- 
plication de  la  loi,  qui  doit  être  naturellement  confiée  à  des 
légistes,  versés  dans  la  connaissance  des  codes.  Un  tribunal 
peut  donc  contenir  dans  son  sein  deux  parties  distinctes  ,  un 
jury  et  une  cour.  Pour  classer  toutes  les  capacités,  M.  de 
Morogues  établit  cinq  ordres  de  tribunaux,  dont  les  premiers 
s'occupent  des  matières  de  simple  police,  tandis  que  les  plus 
élevés  sont  chargés  de  juger  en  dernier  ressort. 

L'idée  qui  sert  de  fondement  à  ce  système  n'est  pas  entière- 
ment nouvelle;  il  ne  faut  pas  la  considérer  comme  une  pure 
spéculation  philosophique,  et  nous  sommes  étonnés  que  l'au- 
teur n'ait  point  cité  à  l'appui  l'exemple  de  l'Angleterre  où  toutes 
les  causes  criminelles  et  la  plupart  des  causes  civiles  sont  éga- 
lement placées  sous  l'égide  tutélaire  du  jury.  Suivant  M*.  Charles 
Comte,  qui  a  publié  une  dissertation  fort  étendue  sur  ce  sujet, 
hs  lois  anglaises,  pour  établir  la  capacité  d'un  juré,  ne  consi- 
dèrent que  son  revenu.  Tout  homme  qui  possède  un  revenu  net 
de  10  liv.  steri. ,  ou  qui  tient  à  ferme  pour  vingt-un  ans  au  moins 
une  terre  de  20  liv.  stcrl.  de  rente,  ou  qui  est  soumis  à  l'impôt 
des  pauvres,  ou  qui  occupe  une  maison  n'ayant  pas  moins  de 
quinze  fenêtres,  est  capable  d'être  juré.  Les  individus  obli- 
gés de  se  louer  en  qualité  d'ouvriers  ou  de  domestiques  sont 
presque  les  seuls  exclus.  Aussi  lisons-nous  dans  l'ouvrage  si 
curieux  de  M.  Cottu  sur  l'administration  de  la  justice  en  An- 
gleterre, que,  dans  le  comté  de  Lancaster,  le  nombre  des 
jurés  s'élève  à  8,000,  e!  à  plus  10,000  dans  celui  d'York.  Aux 
termes  de  la  dernière  loi  française,  il  faut,  pour  être  juré, 
payer  un  impôt  foncier  de  '^00  fr.,  ou  exercer  une  profession 


kS,  livres  français. 

qui  suppose  une  fortune  équivalante.  Or,  en  calculant  d'après 
le  taux  actuel  des  impositions,  on  peut  admettre  que  le  revenu 
est  sept  fois  plus  considérable  que  la  contribution  foncière;  et 
comme,  d'ailleurs,  la  livre  sterling  a  plus  de  valeur  chez  nous 
que  chez  nos  voisins,  puisque  la  même  somme  s'échange  sur 
le  continent  contre  une  plus  grande  quantité  de  denrées,  il  en 
résulte  qu'il  y  a,  sur  une  même  population  toutes  choses  égales 
d'ailleurs, environ  dix  fois  moins  de  jurés  en  France  qu'en  Angle- 
terre, et  que,  par  conséquent,  la  grande  majorité  de  nos  compa- 
triotes qui  pourraient  en  exercer  leshonorables  fonctions  ne  figu- 
rent pas  surles  listes  générales.  Dans  le  projet  de  M.  deMorgues, 
elles  contiendraient  presque  tous  les  contribuables,  répartis 
graduellement  dans  les  cinq  ordres  de  tribunaux  qu'il  propose. 
La  législation  française  a  distingué  les  crimes  des  délits,  et  les 
premiers  ont  été  seuls  abandonnés  à  la  conscience  publique; 
ce  qui  a  fait  dire  avec  raison  à  M.  Legraverend,  qui  a  écrit  sur 
cette  matière,  qu'en  Angleterre  le  jury  est  le  tribunal  national, 
le  juge  commun  dont  les  décisions  planent  sur  tout  le.  monde, 
tandis  qu'en  France  il  n'est  que  le  tribunal  delà  partie  gan- 
greneuse de  la  société. 

L'institution  d'un  jury  conçu  sur  une  aussi  grande  échelle 
n'a  pas  seulement  l'avantage  d'asseoir  la  liberté  individuelle 
sur  des  bases  plus  larges  et  plus  solides;  elle  relève  encore,  et 
l'Angleterre  en  offre  un  mémorable  exemple,  la  dignité  de 
l'homme  chez  le  citoyen  appelé  souvent  à  juger  ses  semblables. 
La  solennité  des  formes  judiciaires  l'ennoblit  à  ses  propres 
yeux;  la  hauteur  des  fonctions  qu'il  remplit  lui  fait  sentir  son 
importance;  il  connaît  mieux  ses  droits  et  ses  devoirs;  il 
apprécie  davantage  l'ordre  légal  sous  lequel  il  vit;  et,  revenu 
à  ses  occupations  ordinaires,  il  est  plus  disposé  à  conformer 
ses  actions  à  la  raison  commune  dont  il  a  été  momentanément 
l'organe. 

Cette  institution  du  jury,  notre  auteur  l'applique  aux  abus 
de  la  liberté  de  la  presse,  la  première,  la  plus  vitale  de  toutes, 
la  seule  qui  offre  une  garantie  efficace  à  nos  droits  civils  et 
politiques,  cette  liberté  qui  éclaire  les  discussions  politiques  en 
faisant  jaillir  la  lumière  du  conflit  des  opinions  diverses,  et 
qui,  appelant  tous  les  citoyens  à  donner  leur  avis  sur  les  inté- 
rêts généraux,  est  devenue  la  condition  fondamentale  du  gou- 
vernement représentatif. 

Une  partie  de  l'ouvrage  est  ensuite  consacrée  à  traiter  de 
l'honneur,  regardé  dans  ce  livre,  nous  ne  savons  trop  pourquoi , 
«'omrne  le  ressort  de  cette  espèce  de  gouvernement.  Montes- 
quieu définissait  Y  honneur ,  le  préjugé  de  chaque  personne  et 


SCIENCES  MORÀLE$.  i85 

de  chaque  condition,  définition  assez  singulière;  et  il  en  faisait 

fort  arbitrairement,  ce  nous  semble,  le  principe  des  mooaiv 

ehies,  COmQie  si  l'on  pouvait  trouver  sur  la  ierre  (hu\  monar- 

chies  semblables  dans  leurs  formes  constitutive?.;  comnic  si, 
d'ailleurs,  observée  dans  des  siècles  différons;  la  même  monar- 
chie ne  différai!  pas  complètement  d'elle-même.  Ce  grand  pu- 
bKeiste  avait  alors  sous  les  yeux  la  monarchie  de  Loim,  W,  et 
cette  image  avait  trop  préoccupé. Sa  pensée.  La  délinition  que 
M.  de  Nforogues  d«uinc  à  l'Iionneiir  est  encore  plus  vague.  Il 
nous  dit  que  «  l'honneur  est  de  tous  les  tems,  de  tous  les  pays, 
de  toutes  les  religions,  nécessaire  à  tous  les  états,  à  toutes  les 
conditions,  à  tous  les  âges.  »  Il  y  voit,  tout  à  la  fois  le  désintéres- 
sement, l'amour  de  l'estime,  l'amour  de  la  patrie  et  toutes  les 
autres  vertus. 

Il  veut,  en  conséquence ,  qu'on  inculque  avant  tout  les 
sentimens  d'honneur  dan>  l'âme  des  jeunes  gens;  mais  son  at- 
tention ne  se  porte  pas  seulement  sur  l'éducation  des  hommes, 
il  la  dirige  encore  sur  celle  des  femmes,  aussi  importante 
peut-être  à  cause  de  leur  influence  dans  la  famille  et  dans  la 
société.  Selon  lui,  «le  grand  but  de  l'éducation  des  femmes 
doit  être  de  leur  inspirer  l'amour  de  la  vertu,  en  même  tems 
que  le  désir  de  plaire.»  Pour  ce  second  objet,  l'instituteur  n'a 
pas  de  grands  frais  à  faire;  il  peut  s'en  reposer  sur  la  nature 
et  sur  l'esprit  de  société.  «  Les  femmes,  dit:  encore  l'auteur, 
portent  dans  le  monde  cette  douceur,  cette  aimable  légèreté  , 
cette  affabilité,  cette  politesse,  cette  finesse  de  tact,  d'expres- 
sion et  de  goût,  cette  bienfaisance  et  cette  sensibilité  qu4,  dans 
la  France,  forme  la  base  du  caractère  national  et  font  l'admi- 
ration de  tous  les  peuples  du  monde».  Cette  admiration  n'est 
peut-être  pas  aussi  universelle  qu'il  le  pense  :  plus  de  suite  dans 
nos  projets,  et  moins  de  légèreté  dans  les  choses  sérieuses  ne 
dépareraient  pas  le  caractère  national  aux  yeux  des  étrangers. 
M.  de  Morogues  désire,  en  opposition  à  des  préjugés  gothiques, 
qu'on  donne  de  l'instruction  aux  femmes,  et  cette  idée  nous 
semble  éminemment  morale.  Pour  que  les  femmes  soient  véri- 
tablement les  compagnes  de  leurs  maris,  il  faut  que,  dans  le 
ménage  ,  il  y  ait ,  autant  que  possible  ,  communauté  de  pensées, 
de  sentimens  et  de  biens.  D'ailleurs,  ne  doit  on  pas  compter  au 
premier  rang,  parmi  les  charmes  qui  les  embellissent,  les 
grâces  de  l'esprit  et  de  l'imagination?  Leurs  attraits  ne  sont-ils 
pas  doublés  par  la  culture  des  taleas  agréables?  leur  entretien 
ne  tire-t-il  pas  un  intérêt  inépuisable  d'une  instruction  solide 
et  variée? 

Plusieurs   livres   sont   ensuite    employés    <  à  l'établissement 


iS<5  LIVRES  FRANÇAIS. 

philosophique  d'une  noblesse  de  mérite»,  dans  laquelle  se 
trouvent  classées  les  deux  aristocraties  de  la  science  et  de  l'in- 
dustrie. Passant  à  la  représentation  de  la  propriété,  il  émet  le 
vœu,  d'après  ce  principe  que  l'inégalité  des  fortunes  doit  mo- 
tiver l'inégalité  dans  les  droits  d'élection  et  d'éligibilité,  que 
les  contribuables  au-dessous  de  3oo  fr.  acquièrent  des  droits 
gradués,  proportionnels  à  leur  importance  sociale.  C'est  ainsi 
qu'il  dispose  les  choses,  de  manière  à  ce  que  les  uns  concourent 
à  l'élection  des  chambres  départementales  (car  il  institue  des 
chambres  de  différens  degrés),  d'autres,  des  chambres  d'ar- 
rondissemens,  et  ceux-ci  des  chambres  de  canton-:  dans  son 
plan,  les  moins  imposés  participent  à  la  nomination  des  fonc- 
tionnaires des  communes. 

En  résumé,  M.  de  Morogues  reconstruit  l'édifice  social  jusque 
dans  ses  fondemens,  sans  penser  qu'il  faut  des  siècles  pour  chan- 
ger de  fond  en  comble  les  conditions  organiques  d'une  nation. 
Contentons-nous  de  perfectionner  les  institutions  établies, 
au  lieu  de  vouloir  tout  réédifier;  sans  doute,  elles  sont  loin  de 
la  perfection  même  relative;  mais  elles  ont  en  soi  la  capacité 
de  devenir  meilleures;  et ,  bien  dirigées,  leurs  formes  se  prê- 
teront aux  nécessités  des  tems,  aux  progrès  des  lumières,  au 
développement  lent,  mais  graduel  de  la  société  humaine. 

Ad.  Gondinet. 

80.  —  *  Des  libertés  garanties  par  la  Charte  >  ou  de  la  ma- 
gistrature dans  ses  rapports  avec  la  liberté  des  cultes,  la  li- 
berté de  la  presse  et  la  liberté  individuelle;  par  M.  Boyard, 
conseiller  à  la  Cour  royale  de  Nancy.  Paris,  1827;  Garer  et 
Roret.  In-8°  de  5ao  pages;  prix,  6  Fr. 

Rien  n'est  plus  digne  de  méditations  sérieuses  que  les  graves 
sujets  que  M.  Boyard  a  courageusement  entrepris  de  traiter.  En 
rendant  compte  (voy.itec  Enc.,t.  xxxvi,  p.  i83)  d'un  précédent 
ouvrage  du  même  magistrat  sur  les  droits  et  les  devoirs  de  la  ma- 
gistrature et  du  Jury,  nous  avons  rendu  hommage  à  la  noblesse 
de  ses  intentions  et  à  la  sincérité  de  ses  paroles  ;  mais  nous  nous 
sommes  crus  obligés  de  lui  adresser  quelques  critiques,  dont 
la  plus  grave,  sinon  sur  le  fonds  de  ses  pensées,  du  moins 
quant  à  la  forme  qu'elles  ont  revêtue,  consistait  à  lui  repro- 
cher une  intolérance  de  polémique  qui  nuit  beaucoup  aux  dis- 
cussions. Ce  défaut  s'aperçoit  à  peine  dans  le  nouvel  écrit  de 
M.  Boyard,  dicté  par  la  même  force  de  conviction,  mais  ré- 
digé avec  beaucoup  plus  de  mesure.  Le  premier  livre,  relatif 
à  a  liberté  des  cultes,  et  surtout  aux  envahissemens  du  sacer- 
doce, si  contraires  au  véritable  esprit  de  la  religion,  contient 
beaucoup    d&  documens    utiles  sur  les  luttes   des  parlement 


SCIENCES  MORALES'.  187 

contre  le  clergé.   DoilUOIlS  une  idée  des  opinions  et  du  style  de 

l'auteur  par  une  trop  comte  citation  :  «  Supposons  un  moment 
bue  les  concessions  faites  au  clergé  administratif  vûi&wtut  com- 
bler ses  désirs  et  le  l'aire  rentier  dans  la  sphère  qu'il  doit  oc- 
CUpcr,  croit-on  qu'il  y  testerait  long- teins?  Non.  Son  génie  est 
de  s'étendre;  c'est  une  plaie  qui  s'accroît  aussitôt  qu'elle  n'est 
plus  contenue  par  les  gens  de  l'art.  S'il  reste  oisif,  il  faut  se 
préparer  à  satisfaire  son  amour  pour  les  dignités,  et  soudain 
paraît  un  autre  parti  qui  le  soutient  aujourd'hui  comme  un 
auxiliaire,  mais  qui  demain  le  combattra  comme  un  rival.  La 
noblesse  de;  cour  ne  s'accorde  avec  le  clergé  qu'autant  qu'elle 
n'en  redoute  rien.  S'il  survient  un  conflit,  il  survient  une 
guerre;  et  l'effet  infaillible  de  cette  guerre,  c'est  d'agiter  l'état 

et  de  compromettre  la  destinée  du  trône Ils  accusent  de 

corruption  la  nation  la  plus  morale  de  l'univers....  Et  que  faut- 
il  pour  réformer  cette  nation  si  coupable  ?  M.  le  cardinal,  ar- 
chevêque de  Toulouse  nous  l'apprend  :  il  faut  des  modifications 
à  la  tenue  des  registres  de  l'état  civil  et  à  la  célébration  des 
mariages;  le  rétablissement  des  synodes  diocésains  et  des  con- 
ciles provinciaux;  la  réhabilitation  des  fêtes  supprimées  ;  le  ré- 
tablissement des  jésuites;  une  dotation  pour  les  ministres  de 
la  religion  ;  le  rétablissement  des  officialités;  une  réorganisation 
des  chapitres  et  la  suppression  des  lois  organiques  du  concor- 
dat et  des  lois  sur  l'administration  des  fabriques  :  il  ne  faut 
que  cela.  » 

Le  livre  second,  sur  la  liberté  de  la  presse,  abonde  en  excel- 
lentes observations;  mais  la  révolution  française,  qui  y 'occupe 
une  grande  place,  m'y  semble  assez  peu  comprise.  L'auteur 
félicite  vivement  notre  législation  de  ce  qu'elle  attribue  main- 
tenant aux  tribunaux  et  aux  cours,  et  non  plus  à  des  jurés,  la 
décision  des  procès  en  matière  de  presse.  Il  faut  convenir  que 
plusieurs  admirables  services  rendus  au  pays  par  la  magis- 
trature, depuis  que  ce  pouvoir  politique  lui  a  été  dévolu,  per- 
mettent à  tout  magistrat  de  revendiquer  cette  grave  attribution 
avec  un  généreux  et  légitime  orgueil;  mais  il  ne  faut  pas  que 
notre  reconnaissance  envers  les  magistrats  nous  fasse  illusion  , 
et  que  les  puissans  motifs  qui  militent  en  faveur  du  jury  dis- 
paraissent devant  l'entraînement  des  circonstances.  Ce  n'est 
pas  là,  au  reste,  une  question  à  traiter  ici  transitoirement  et  à 
la  légère;  et  je  m'empresse  de  convenir  que  ,  dans  le  moment 
où  nous  sommes,  elle  manquerait  complètement  d'à-propos. 
Quelque  opinion  que  l'on  se  soit  formée* à  cet  égard,  on  doit 
être  unanime  sur  la  haute  estime  due  aux  magistrats  ;  ou  les 
avait  insultés  en  leur  conférant  un  immense  pouvoir  dont  on 


i83  LIVRES  FRANÇAIS, 

se  complaisait  à  croire  qu'ils  n'useraient  fJtt'aVéc  une  servile 
déférence;  ils  se  sont  noblement  venges  de  eet  affront,  et, 
comme  le  dit  M"-.  Boyard,  les  ministres  ont  reconnu  un  peu 
tard  l'erreur  grossière  dans  laquelle  ils  s'étaient  fourvoyés. 

Le  troisième  livre  n'est  pas  d'une  moindre  importance  que 
l«s  deux  autres.  Son  sujet  est  la  liberté  individuelle  ,  et  contient 
beaucoup  de  détails  pleins  d'intérêt  sur  les  lettres  de  cachet, 
le>  priions  ci  état ,  l'exil,  la  police,  et  sur  cetle  responsabilité 
ministérielle  si  souvent,  mais  si  vainement,  et  l'on  pourrait 
presque  dire  si  ridiculement  invoquée. 

La  simple  énumération  des  matières  traitées  par  M.  Boyard 
suffit  pour  recommander  puissamment  son  ouvrage  à  l'atten- 
tion publique,  et  la  consciencieuse  énergie  de  l'auteur,  tou- 
jours animé  de  sentimens  élevés  et  purs,  placera  son  nom 
parmi  ceux  qui  honorent  notre  magistrature  nationale,  et  qui 
heureusement  deviennent  chaque  jour  de  plus  en  plus  nom- 
breux. Ch.  Renoitard,  avocat. 

<S  i .  —  *  Recueil  général  des  anciennes  lois  françaises  ,  depuis 
l'an  l\io  jusqu'à  1789,  par  MM.  Isambert  .  Decrusy  et  Armet; 
T.  XI  et  XII  et  V  et  VI  du  règne  de  Louis  XVI.  Paris,  1817  ; 
Bçlin-Leprieur  et  Verdière.  4  vol.  in-8°;  prix,  28  fr. 

Jusqu'ici  nos  lecteurs  ont  été  tenus  au  courant  des  diverses 
livraisons  qui  composent  cetîe  importante  collection.  La  mort  de 
M.  Jourdan,  qui  rassemblait  seul  tout  ce  qui  concerne  le  règne 
de  Louis  XA7!,  a  dû  apporter  quelque  retard  dans  la  publica- 
tion des  deux  derniers  volumes  de  ce  règne.  M.  Armet  s'est 
cliarg&'de  continuer  la  tache  si  habilement  commencée  par 
Mi,  Jourdan;  et  parmi  les  quatre  volumes  que  nous  annonçons, 
il  y  en  a  deux  qui  lui  appartiennent  en  entier.  Us  renferment 
une  multitude  de  pièces  du  plushaut  intérêt,  depuisle  3  mars  1  781 
jusqu'au  5  mai  1789,  époque  de  l'ouverture  des  états-géné- 
raux, et  limite  naturelle  qui  sépare  l'ancienne  monarchie 
française  de  la  nouvelle  ère  qui  date  de  la  révolution.  M.  Isam- 
bert, de  son  côté,  a  ajouté  deux  nouveaux  volumes  à  la  col- 
lection ;  ils  contiennent  les  règnes  de  Charles  VIII,  Louis  XII, 
et  une  partie  de  celui  de  François  Ier  (  1  ^83- i526).  Ainsi,  ce 
recueil  a  déjà  dépassé  la  grande  collection  dite  Ordonnances  du 
Louvre,  commencée  par  Laurière  ,  il  y  a  un  siècle,  continuée 
par  Secousse ,  de  Fillevaut,  Brequigny,  Camus,  et  dont  M.  Pas- 
torct  est  chargé  en  ce  moment.  Cet  avantage,  joint  à  la  com- 
modité du  format  ,  doit  assurer  un  véritable  succès  à  l'ouvrage 
de  MM.  Isambert,  Decrusy  et  Armel.  Ces  laborieux  éditeurs 
ont  mis,  en  effet,  un  soin  extrême  à  ne  rien  laisser  échapper 
d'essentiel,  et  tous  les  monument  législatifs  qu'ils  ont  tassem- 


SCIENCES   MORALES.  i«g 

liK-s  offrent  un  puissant  intérêt,  mou seulement  pour  le  puis 
consulte,  mais  encore  pour  l'homim  (l'état  et  l'historien.  Dans 
une  entreprise  aussi  pénible,  les  ailleurs  ne  pouvaient  guère 
découvrir  louiez  les  pièces  qui  n'existent  pas  dans  les  princi- 
paux recueils.  [Nous  leur  signalerons  quelques  omissions  loi  sqne 
leur  tâche  sera  entièrement  accomplie,  el  ils  pourront,  s'ils  le 
jugent  à  propos,  les  comprendre  dans  le  supplément  qu'ils 
devront  sans  doute  donner.  J'n  attendant ,  nous  recommandons 
tette  collection  au  public  éclairé,  et  nous  croyons  que  le  teins 
ne  peut  qu'ajouter  à  la  juste  réputaliondont  elle  jouit  déjà.    A. T. 

8  -i.  —  *  Traité  des  assurances  et  des  contrats  à  la  grosse  d'Y- 
MÉrviooN ,  conféré  et  mis  en  rapport  avec  le  nouveau  (Iode  de 
commeiceet  la  jurisprudence,  suivi  d'un  / ocabulaire  des  tétines 
de  marine  ;  par  P.  S.  Ijoui.ay  -  Paty,  de  la  Loire-Inférieure. 
Rennes  ,  1827  ;  Molliex.  Paris,  Charles  Bcchet.  2  vol.  in  -  /,°  ; 
prix,  36  fr. 

83.  —  *  Traite  des  assurances  terrestres,  suivi  de  deux  Irai- 
tés  traduits  de  l'anglais,  le  premier  <Yc  l'assurance  contre  l'in- 
cendie ,  et  le  second  de  l'assurance  sur  la  vie  des  hommes  ;  par 
H.  Quénault,  docteur  en  droit,  avocat  à  la  Cour  royale  de 
Paris.  Paris,  1828;  Warée  oncle.  In-8°de  xxxu  et  5  12  pages  ; 
prix  ,  7  fr.  5o  c. 

Voici,  sur  les  assurances  maritimes  et  terrestres,  deux  ou- 
vrages de  jurisprudence,  dont  l'un  ,  celui  d'Emérigon,  est  depuis 
long-tems  en  possession  d'une  haute  renommée,  et  dont  l'antre, 
celui  de  M.  Quénanlt,  mérite  de  prendre  place  parmi  les  meil 
leurs  traités  qui  aient  paru  dans  ces  dernières  années.  L'aû-vrage 
d'Emérigon  ,  écrit  sous  l'empire  de  l'ordonnance  de  la  marine 
de  168  1  ,  n'a  point  vieilli  ;  d'abord  ,  parce  que  le  Code  de  com- 
merce de  1807  a  reproduit  dans  toutes  ses  dispositions  impor- 
tantes L'ordonnance  de  Louis  XIV,  et  surtout  parce  qu'Émé- 
rigon,  plein  de  bon. sens  et  de  science,  est  fréquemment  remonté 
jusqu'aux  principes  les  plus  généraux,  et  a  accumulé  sur  toutes 
les  questions  des  laits  nombreux  qui  lui  étaient  fournis,  soit 
par  la  connaissance  approfondie  des  législations  anciennes  et 
modernes,  soit  par  sa  propre  expérience.  Il  était  impossible, 
toutefois  ,  de  réimprimer  Émcrigon  sans  faire  acception  des 
modifications  apportées  à  la  matière  par  le  nouveau  Code  de 
commerce  et  par  la  jurisprudence.  M.  Boulay-Paty  s'est  chargé 
d'annoter  Emérigon,  et  à  la  suite  de  chacune  des  sections  de 
l'auteur  original  il  «'*  placé,  sous  le  titre  de  Conférence,  l'indi- 
cation des  dispositions  législatives  a«ctucl!es,  des  arrêts  princi- 
paux, des  opinions  de  jurisconsultes,  avec  ses  propres  obsei- 
vations.   M.  Boulay  -  Paty  était,  à  plus  d'un  titre,  appelé  à 


ic)o  LIVRES  FRANÇAIS, 

exécuter  cet  important  travail.  Conseiller  à  la  Cour  royale  de 
Renues,  r  c'est  (pour  emprunter  les  expressions  de  sa  préface) 
à  la  vue  d'un  grand  port,  en  face  des  navires,  au  milieu  des 
arméniens,  qu'il  a  accompli  sa  tâche.  »  Il  est,  en  outre,  déjà 
connu  par  un  Traité  sur  les  faillites ,  et  par  un  Cours  de  droit 
commercial  maritime  ,  dont  il  a,  clans  ce  nouveau  commen- 
taire, reproduit  beaucoup  d'opinions  et  de  passages.  11  esta 
regretter  que  M.  Boulay-Paty  ait  négligé  de  donner  la  biogra- 
phie d'Émérigon  et  la  bibliographie  de  son  Traité  des  assu- 
rances maritimes  .  Sans  de  pareils  documens ,  un  commentaire 
est  incomplet. 

Dans  le  Traité  des  assurances  terrestres ,  tout  est  nouveau  , 
la  matière  et  l'auteur.  Les  assurances  terrestres,  après  plusieurs 
tentatives,  restées  infructueuses,  ne  se  sont  véritablement  natu- 
ralisées en  France  que  depuis  1816  et  1817.  Notre  législation 
laisse,  à  cet  égard,  une  lacune  à  laquelle  il  sera  sans  doute  as- 
sez prochainement  suppléé,  mais  qui  oblige  à  ne  recourir,  sur 
une  foule  de  questions  importantes,  qu'à  des  analogies  et  àdes 
règles  d'interprétation  générales.  M.  Quénault  a  procédé  sur 
ce  sujet  avec  beaucoup  de  circonspection.  Profondément  versé 
dans  la  connaissance  du  droit  civil,  il  a  constamment  tendu  à 
se  rapprocher  des  dispositions  du  droit  commun.  Quoiqu'il  fût 
fort  en  état  de  marcher  seul  ,  il  s'est  cependant  efforcé  d'ap- 
puyer d'autorités  ses  solutions  ,  autant  que  le  permettait  la 
nouveauté  de  son  sujet;  mais  il  a  parfaitement  senti,  qu'en 
s'aidantdes  travaux  des  jurisconsultes  sur  les  assurances  mari- 
times-fil devait  ne  s'en  rapporter  qu'avec  une  extrême  précau- 
tion à  des  analogies  souvent  trompeuses.  Un  défaut  très -fré- 
quent dans  les  ouvrages  de  jurisprudence,  est  de  les  composer, 
de  pièces  rapportées,  en  puisant  de  côté  et  d'autre,  dans  les 
auteurs  et  dans  les  arrêts,  des  lambeaux  épais  qu'on  néglige 
de  s'approprier  par  une  critique  saine  et  sûre  ;  mais  une  étude 
consciencieuse  des  moindres  questions,  et,  ce  qui  est  plus  pré- 
cieux encore,  beaucoup  de  fermeté  logique  et  de  conséquence 
dans  les  idées,  ont  facilement  préservé  M.  Quénault  de  ce  dan- 
ger :  aussi  aperçoit  -  on  avec  évidence  que,  même  lorsqu'il 
s'appuie  des  noms  les  plus  célèbres,  il  se  décide  par  conviction 
et  non  par  confiance.  L'auteur  a  fait  précéder  son  ouvrage 
d'une  courte  introduction  ,  dans  laquelle  il  expose  avec  une 
netteté  parfaite  la  théorie  des  combinaisons  d'assurances,  ses 
diverses  applications,  ainsi  que  les  modes  d'assurances  mu- 
tuelle et  à  prime.  Les  deux  Traités,  traduits  de  l'anglais  de 
Samuel  Marshall,  qu'il  a  placés  à  la  sui'e  du  sien,  offrent  peu 
de  discussions  doctrinales,   mais   contiennent  des  faits  nom- 


SCIENCES  MORALES,  19.1 

brçux  ,  souvent  relatifs   à   des   questions  d'un  haut  intérêt. 

Ch.  Uf.noimiu)  ,  avocat. 

8/j.  —  *  Code  forestier %  précédé  d»'///  discussion  aux  Chambres, 
et  suivi  de  Y  ordonnance  réglementaire  s  avec  un  commentaire 
des  articles  du  Code  et  de  l'ordonnance  ;  publié  par  M.  Bau- 
dhii  1  \ut,  auteur  du  Traite  graciai  des  eaux  et  forets.  Paris,  18*27; 
Arilius  Bertrand,  rue  llautefeuille,  n°  2'i.  1  forts  volumes 
in-12;  prix ,  10  (r. 

Le  premier  volume  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons  repro- 
duit d'une  manière  complète  les  discussions  dont  le  Code  fo- 
restier a  été  l'objet  dans  les  deux  chambres.  Dans  le  second 
se  trouvent  le  texte  du  Code  et  celui  de  l'ordonuance  réglemen- 
taire :  chaque  article  est  accompagné  d'un  commentaire  où  la 
corrélation  des  dispositions  nouvelles  avec  l'ancienne  législa- 
tion est  établie  et  le  sens  précisé  par  le  rappel  des  observa- 
tions auxquelles  l'article  a  donné  lieu,  soit  dans  le  sein  des 
Chambres,  soit  dans  celui  de  la  Cour  de  cassation  et  des  Cours 
royales.  Il  eût  été  préférable,  pour  la  commodité  des  recher- 
ches, que  les  textes  fussent  imprimés  sans  interruption,  et  que 
les  commentaires  fussent  réunis  à  la  suite  sous  la  forme  de 
notes  :  ce  léger  défaut  n'empêche  pas  le  travail  de  M.  Baudril- 
lart  d'offrir  aux  propriétaires  de  bois,  aux  usagers,  aux  adju- 
dicataires de  coupes  et  aux  propriétaires  voisins  de  forets,  le 
tableau  complet  de  leurs  droits  et  de  leurs  devoirs;  il  est  aussi, 
malgré  quelques  taches,  un  monument  remarquable  du  progrès 
des  idées  saines  en  économie  publique. 

Quoique,  à  force  d'être  répétée  devant  une  population  qui 
n'en  prospère  pas  moins,  la  prédiction  que  la  France  périra 
faute  de  bois  commence  à  perdre  de  son  crédit,  l'importance 
de  cette  production  du  sol  est  cersainement  aujourd'hui  mieux 
sentie  qu'à  l'époque  de  la  fameuse  ordonnance  de  1669  -r  mais 
le  législateur  ne  s'adresse  plus  à  la  société  pour  laquelle  furent 
faits  les  vieux  règlemens  qui,  menaçant  toujours,  ne  préve- 
naient aucun  mal  et  n'opéraient  aucun  bien  :  aussi  n'est-ce 
plus  à  une  multitude  de  prescriptions  et  de  prohibitions  go- 
thiques qu'il  confie  la  conservation  des  forêts;  il  s'attache  à  en 
rendre  la  propriété  plus  précise,  à  faire  cesser  la  désolante 
indivision  qui  existait  sous  le  nom  de  droits  d'usage,  de  pa- 
cage, de  glandée,  bien  sur  que  les  améliorations  seront  une 
espèce  de  besoin  pour  le  propriétaire  devenu  maître  chez  lui. 
Les  droits  d'usage,  dont  la  nouvelle  législation  autorise  la  sup- 
pression absolue,  moyennant  indemnité  ,  restesde  la  barbarie  de 
l'époque  qui  les  a  vus  naître,  ne  sont  plus,  dans  une  multitude 


i92  LIVRES  FRANÇAIS. 

de  localités,  qu'une  injustice  fondée  sur  une  prescription  ré- 
cente. Dans  des  teins  où  le  bois  était  sans  prix,  on  ne  craignait 
pas  d'en  sacrifier  en  partie  la  jouissance,  pour  attirer  sur  ses 
terres  des  vassaux  sur  lesquels  on  se  dédommageait  par  des 
din.es  el  d'autres  redevances  féodales;  ce  but  est  même  expli- 
citement exprimé  dans  la  plupart  des  concessions.  On  a  sup- 
primé les  droits  féodaux,  et  Ton  a  bien  fait;  mais  pour  être 
juste  et  conséquent,  il  aurait  fallu  supprimer  aussi  les  droits 
d'usage,  quand  les  premiers  en  étaient  le  prix:  l'effet  écono- 
mique des  droits  conservés  était  aussi  désastreux  que  celui  des 
droits  su pp limés. 

Le  droit  de  parcours,  avec  lequel  la  reproduction  des  taillis 
et  le  succès  des  semis  sont  à  peu  près  impossibles,  s'exerce 
principalement  sur  les  hautes  montagnes  de  notre  pays.  Si  les 
enquêtes  étaient  chez  nous  en  u^age,  on  eût  comparé,  sur  des 
documens  authentiques,  les  prolits  en  bétail  qui  résultent  de  la 
vaine  pâture  avec  la  valeur  des  bois  dont  elle  arrête  la  crois- 
sance; et  l'on  eût  trouvé  une  différence  énorme  en  faveur  du 
bois,  surtout  dans  les  départemens  riches  en  minerais  de  fer, 
comme  le  sont  une  partie  de  ceux  des  Pyrénées  :  on  eût  aussi 
remarqué  que  les  revers  déboisés  des  montagnes  du  midi  de  la 
France,  desséchés  pendant  l'été,  laissent  échapper  à  chaque 
orage  des  torrens  qui  dévastent  tout,  et  en  les  comparant  aux 
ruisseaux  des  vallées  boisées  qui,  nolamment  dans  les  Pyrénées 
orientales  et  les  hautes  A-lpes,  rafraîchissent  et  fécondent,  par 
des  irrigations  bien  entendues  de  vastes  étendues  de  terrain  , 
on  eûtf'Trouvé  que,  même  par  rapport  à  l'éducation  du  bétail, 
le  pacage  des  forêts  est  le  plus  barbare  de    tous  les  systèmes 
d'agriculture.  Dans  des  pays  plus  avancés  que  le  nôtre  en  habi- 
tudes constitutionnelles,  on  se  fût  gardé  de  présenter  le  projet 
de  loi,  sans  cette  discussion  de   faits;  et  si  l'administration  des 
forêts  cherchait  aujourd'hui  même  à  les  constater,  le  but  et 
l'utilité  de  la  loi  étant  mieux  compris,  bien  des  efforts  louables 
seraient  encouragés,  bien  des  résistances  neutralisées. 

Le  privilège  si  inutile,  pour  ne  rien  dire  de  plus  de  la  ma- 
rine, s'est  encore  glissé  dans  le  Code,  mais  comme  la  dernière 
apparition  d'un  système  condamné  par  ceux  même  qui  le  dé- 
fendent. Le  Code  forestier  a  réuni,  d;ins  la  chambre  des  députés, 
267  voix  sur  275,  et  dans  celle  des  pairs,  1 12  voix  sur  1 1 5. Toutes 
les  dispositions  législatives  nécessaires  à  l'amélioration  des  forêts 
sont  aujourd'hui  adoptées  :  c'est  aux  propriétaires  à  faire  le  reste. 

J.  J.  B. 
85.   —   *  Petit  Manuel  forestier,   par   Herbin  de  Halle 


SCIENCES  MORALES.  i:/; 


s. 


sons  chef  de  la   '>'-  division  de  la  difebtiOtl  générale  des  forêt 
Paris,    i  8 •> 7  ;    au  bureau   de  l' Almanaeli  du  Commerce.   \\\    i  S 
de  !"><>(»  pages  ;  prix  ,  8  lr. 

8(>.   —   "   Petit  Manuel   des  gardes  forestin s  ,   par  le  même. 
PsTÎS,  i  8v>7  ;  même  bureau.  In-i8;prix,  1  fr.  5o  c. 

La  conservation  des  forets  a  été,  dans  tons  les  teins,  l'ob- 
jet de  la  sollieitnde  des  gouvernemens.  En  France,  et  sous 
Louis  \I\  ,  ee  prinee,  afin  d'arrêter  non-seulement  les  abus 
auxquels  les  fonts  de  l'état  étaient  exposées,  mais  les  spécu- 
lations imprudentes  de  la  propriété  privée,  donna  la  célèbre 
ordonnance  de  ioÏh),  fruit  d'un  long  travail  et  de  graves  mé- 
ditations. C'est  aux  sévères  et  sages  dispositions  de  cette  or- 
donna née  que  nous  sommes  redevables  de  la  conservation  des 
forêts  de  l'ancien  domaine  et  d'une  grande  partie  de  celles  du 
clergé  et  des  communes.  Mais  bientôt  la  marche  de  la  civili- 
sation et  l'accroissement  de  notre  industrie  rendirent  très- 
diflicile,  dès  avant  1790,  l'application  du  système  de  gène  et: 
de  prohibition  qu'elle  prescrivait.  Aussi,  d<es  modifications 
plus  en  harmonie  avec  nos  mœurs,  une  répartition  alors  plus 
équitable  entre  les  délits  et  les  peines,  firent  supprimer  la 
juridiction  des  eaux  et  forêts  que  l'ordonnance  de  1669  avait 
réunie  à  la  haute  administration  et  à  la  conservation  ;  et 
quoique  les  délits  fussent  du  ressort  des  tribunaux  ordinaires, 
cette  transition  trop  subite  Ht  que  l'organisation  forestière  resta 
incomplète  et  son  action  sans  force.  Les  bois  des  particuliers 
furent  en  partie  dévastés  par  les  défrichemens  multiplics*ù  l'in- 
fini ;  les  communes  firent  des  coupes  anticipées  dans  leurs  bois 
pour  les  livrer  au  pâturage  et  pour  effectuer  également  des 
défrichemens.  Une  organisation  nouvelle  devint  nécessaire;  et, 
malgré  la  loi  du  29  septembre  1791 ,  il  restait  toujours  à  faire 
une  loi  sur  les  aménagemens  et  sur  l'administration  qui  se 
trouvait  entre  «les  restes  ineohérens  d'une  ancienne  législation 
dont  la  base  a  été  renversée  et  les  commencemens  d'une  légis- 
lation nouvelle  qui  en  est  restée  à  son  ébauche  et  n'a  jamais 
reçu  son  complément.  »  Cette  nouvelle  loi  organique  et  fonda- 
mentale, préparée  en  1823  dans  le  sein  de  l'administration 
des  forêts,  élaborée  ensuite  par  des  membres  du  conseil  d'état 
et  des  agens  de  la  marine,  et  soumise  plus  tard  à  une  commis- 
sion de  magistrats,  de  jurisconsultes,  d'administrateurs,  fut 
provisoirement  arrêtée  et  imprimée  en  1825,  et  adressée  à  la 
Chambre  des  pairs,  à  la  Cour  de  cassation,  à  toutes  les  cours 
du  royaume,  aux  préfets,  aux  conseils  généraux  et  aux  con- 
servateurs des  forêts  pour  en  solliciter  des  observations.  Les 
cours  de  justice  furent  invitées  à  se  réunir  pour  délibérer  sur 
t.  xxxvii  — Janvier  1828.  i3 


i94  LIVRES  FRANÇAIS. 

la  communication  qui  leur  avait  été  faite;  leurs  procès-ver- 
baux  et  ceux  de  la  Cour  de  cassation  furent  transmis  à  la  com- 
mission de  la  chambre  élective.  Celle-ci  fit  d'importantes  mo- 
difications à  ce  projet  de  code  qui  «  devait  concilier  les  besoins 
de  tous  avec  les  intérêts  de  chacun» ,  assurer  surtout  la  con- 
servation des  forêts  et  ne  soumettre  l'indépendance  de  la 
propriété  privée  qu'à  des  restrictions  commandées  par  un  in- 
térêt général  évident,  et  dont  chacun  pût  être  juge.» 

Ce  Code  forestier  fut  présenté  à  la  discussion  des  chambres 
et  sanctionné  par  le  roi,  le  21  mai  1827.  Monument  de  l'é- 
poque, il  est  élevé  afin  d'améliorer  notre  sol  forestier,  en 
obtenant,  par  des  repeuplemens  aussi  bien  exécutés  qu'enten- 
dus dans  les  bois  de  l'état  et  des  communes,  un  accroissement 
d'autant  plus  présumable  que  l'exploitation  active  de  nos  mines 
de  charbon  et  de  houille  tend  à  diminuer  de  plus  en  plus  la 
consommation  du  bois  considéré  comme  combustible ,  et  que 
l'on  doit  tout  espérer  de  l'utile  établissement  de  décote  fores- 
tière qui  vient  d'être  créée  pour  former  des  agens  instruits,  ainsi 
que  des  écoles  secondaires  qui  seront  établies  dans  les  régions 
les  plus  boisées,  et  qui  doivent  servir  à  l'instruction  d'élèves- 
gardes.  Dans  l'état  actuel  des  choses,  et  en  attendant  que  ces 
espérances  se  réalisent,  les  sages  dispositions  de  ce  code  se 
font  sentir  dès  à  présent,  puisqu'il  prescrit  d'user  avec  cir- 
conspection des  produits  qu'offre  encore  notre  sol  (1),  afin  de 
pourvoir  autant  que  possible  à  nos  besoins  en  bois  de  service 
pour  les  constructions  navales,  militaires,  hydrauliques  et  ci- 
viles, et  pour  les  établissemens  des  arts  mécaniques  où  le  bois 
est  employé  comme  agent  principal,  pour  le  chauffage  des 
fonderies,  des  forges  et  des  usines  servant  à  la  préparation 
des  métaux,  des  verreries,  des  manufactures  de  porcelaines, 
faïences,  poteries,  etc.,  des  salines,  et  pour  les  consommations 
locales  et  domestiques.  Il  prescrit  surtout  de  conserver  des 
ressources  pour  l'avenir  et  de  remédier  aux  nombreux  et  dés- 


(1)  Le  sol  de  la  France  comprend  environ  6,521,470  hectares  ;  en 
nombre  rond,  6,5oo,ooo  hect. ,  dont  1,100,000  appartiennent  à  l'état 
et  à  la  couronne;  1,900,000  aux  communes  et  aux  établissemens  pu- 
blics, et  3, 5oo,ooo  aux  propriétés  particulières.  Ces  évaluations  doivent 
éprouver  des  réductions,  si  l'on  en  déduit  les  landes,  les  bruyères,  les 
terrains  dépouillés  qui  s'y  trouvent  compris.  M. le  comte  Roy,  dansson 
rapport  à  la  Chambre  des  pairs,  évalue  ainsi  le  sol  forestier:  6,416,181 
hectares  ,  dont  1,160,466  hectares  à  l'état,  3,178,984  hectares  soumis 
au  régime  forestier,  et  3, 287,517  hectares  à  la  propriété  particulière. 


SCIENCES  MORALES.  195 

ttsireux  dénVichemens  qui  ont  eu  lieu  de  nos  jours  (1),  et  dont 
on  sentira,  long-  tems  les  effets  déplorables,  tels  que  l'augmenta- 
tion des  eaux  superficielles  <'t  la  formation  des  torrens  et  des 
ravins  qui  déchirent  et  bouleversent  les  propriétés  placées  au- 
dessous  d»s  montagnes  ci  des  terrains  pencnans  et  ardus.  Les 
semis  et  les  plantations  sur  les  montagnes,  exemptés  d'impôt 
pendant  vingt  ans,  alimenteront  les  eaux  de  source  et  les  ri- 
vières, soutiendront  ou  raffermiront  le  sol  stérile  de  ces  som- 
mités, resté  à  nu  par  l'entraînement  de  la  terre  végétale  que 
retenaient  les  bois,  et  eeux-ci  reproduits  exerceront,  comme 
parle  passé,  «  sur  l'atmosphère  une  heureuse  et  salutaire  in- 
iluenee.» 

M.  Herbin  île  Halle  ne  pouvait  sans  doute  choisir  une  époque 
plus  opportune  pour  satisfaire  aux  demandes  nombreuses  qui 
lui  ont  été  faites  de  donner  une  troisième  édition  de  son  Ma- 
nuel forestier.  Aussi  s'est-il  empressé,  aussitôt  la  promulgation 
du  Code,  de  mettre  au  jour  son  ouvrage,  qui  contient,  indé- 
pendamment de  l'analyse  raisonnée  par  ordre  de  matières  de 
ce  Code  et  de  l'ordonnance  réglementaire  pour  son  exécution , 
les  lois  ,  règlemens  ,  avis  du  conseil  d'état,  les  arrêts  de  la  Cour 
de  cassation,  les  décisions  ministérielles,  les  instructions  et 
les  circulaires  de  l'administration  forestière  en  ce  qui  con- 
cerne, i°  le  régime  auquel  sont  soumises  toutes  les  forêts  du 
royaume;  i°  les  fonctions  et  les  obligations  des  préposés  fo- 
restiers de  tous  grades;  3°  les  délimitations,  bornages,  et  amé- 
nagemens  des  forêts;  4°  les  exploitations  et  adjudications  des 
coupes  ordinaires  et  extraordinaires;  5°  les  repeuplemens,  plan- 
tations améliorations  et  défrichemens;  6°  le  pâturage  et  les 
extractions  de  minerais  et  autres  substances  dans  les  forêts; 
7°  les  affections  et  droits  d'usage;  8°  lesconstructionsd'usineset 
autres  bâtimens  dans  l'étendue  et  aux  rives  des  forêts;  90  la 
recherche  et  le  martelage  des  bois  propres  aux  constructions 
navales;  io°  la  chasse  et  la  louveterie;  ii°  la  pèche  dans  les 
fleuves  et  les  rivières;  120  la  constatation  et  la  poursuite  des 
délits  en  matière  d'eaux  et  forêts. 

L'auteur,  dans  l'intérêt  du  service,  comme  dans  celui  des 
agens  et  des  gardes  forestiers,  et  afin  d'éviter  les  irrégularités 
qui  entraînent  souvent  la  nullité  des  poursuites,  a  donné,  dans  un 


(i)Les  bois  de  l'état  n'ont  été  généralement  acquis  que  dans  des 
vues  de  destruction  :  cette  vérité  est  prouvée  par  la  quantité  d'autori- 
sations de  défrichemens  qui  ont  été  demandées  ;  on  en  comptait  en 
1825  ,  2968  ;  et  en  1826,  i44<^ 


lo/î  LIVRES  FRANÇAIS, 

article  séparé ,  des  formules  des  procès  -  verbaux  auxquels 
donnent  lieu  les  délits  les  plus  fréquens.  Il  a  également  joint 
à  son  ouvrage  le  tarif  des  amendes  à  prononcer  par  arbre, 
d'après  sa  grosseur  et  son  essence,  ainsi  que  le  tableau  résumé 
des  amendes  et  des  peines  applicables  aux  délits,  pour  faire 
connaître  les  cas  où  le  concours  de  deux  gardes  ou  d'un  seul 
avec  un  témoin  est  nécessaire  pour  la  validité  des  procès- 
verbaux. 

Cet  ouvrage,  utile  aux  préposés  forestiers  de  tous  grades, 
aux  ingénieurs,  sous  ingénieurs-constructeurs,  maîtres,  contre- 
maîtres, etc.,  de  la  marine,  chargés  du  la  recherche,  du  mar- 
telage et  de  l'exploitation  des  bois  propres  à  ce  service,  ainsi 
qu'aux  personnes  q  i,  soit  par  la  nature  de  leurs  propriétés, 
soit  par  celle  de  leurs  fonctions,  ont  besoin  de  connaître  plus 
particulièrement  les  lois  et  les  règlemens  sur  les  forêts,  la 
chasse,  la  pêche,  se  fait  remarquer  par  une  classification 
claire  et  méthodique;  des  citations  en  caractères  italiques,  à 
la  suite  de  chaque  disposition,  indiquent  les  articles  des  codes, 
lois,  ordonnances,  arrêts  de  la  Cour  de  cassation,  etc.,  qui 
l'ont  prescrite  et  facilitent  les  recherches. 

Le  Petit  Manuel  des  gardes  forestiers,  extrait  de  l'ouvrage 
dont  nous  venons  de  rendre  compte,  ne  comporte  que  le  de- 
gré de  connaissances  et  d'instruction  que  l'on  exige  de  ces 
préposés;  ils  y  trouveront  tout  ce  qui  leur  est  nécessaire,  tant 
pour  s'acquitter  de  leurs  fonctions  que  pour  bien  connaître 
toute  l'étendue  des  dispositions  relatives  à  la  constatation  des 
délits  et  des  contraventions,  ainsiqu'à  la  rédaction  des  procès- 
wrhaux  qu'ils  sont  appelés   à  rédiger. 

Sueur  Merlin. 

87. — *  Observations  sur  les  votes  de  quarante  et  un  conseils  gé- 
néraux de  département ,  concernant  la  déportation  des  forçats  libé- 
rés, présentéesà  M.  le  Dauphin,  par  un  membre  de  la  Société  royale 
pour  l'amélioration  des  prisons.  (  M.  le  marquis  de  Barbé-Mar- 
bois).  Paris»  1828;  de  l'imprimerie  royale.  In-4°  de  76  pages. 

Depuis  quelques  années  plusieurs  publicistes  ont  manifesté 
l'opinion  que  la  déportation  et  la  colonisation  des  condamnés 
aux  peines  afflictives  et  infamantes  étaient  nécessaires  pour  rem- 
placer les  travaux  forcés.  Cette  dernière  peine  a,  suivant  eux, 
le  grave  inconvénient  d'entasser  les  condamnés  dans  des  bagnes 
infects  où  ils  finissent  de  perdre  les  restes  d'honnêteté  qui 
pouvaient  exciter  encore  des  remords  dans  leur  àme,  et  de  re- 
jeter ensuite  dans  le  sein  de  la  société  des  ennemis  trop  sou- 
vent irréconciliables.  (  Voy.  Rev.  Enc. ,  t.  xxxm,  p.  223  et 
556  ).  La  difficulté  était  de  trouver  un  lieu  éloigné  qui  fût  sus- 


SCIENCES  MORALES.  iy7 

Ceptîble  de  recevoir  le  nouvel  établissement.  Los  uns  ont  dé- 
signé la  Guyane  française;  d'aulnes  préféreraient  Ee  Sénégal 

ou  Jcs  trois  petites  iles  de  Hiègnc,  de  la  Désirade  et  lit  Saint- 
Martin,  aux  Antilles.  Un  homme  d'état,  dont  le  nom  illustre 
est  d'une  si  grande  autorité  pour  les  questions  qu'il  traite,  vient 
de  s'élever  avec  beaucoup  de  forée  eonire  la  colonisation  des 
forçats.  11  démontre  de  la  manière  la  plus  évidente  que  les  An- 
glais sont  loin  d'avoir  à  se  louer  de  leur  célèbre  fîotany-bay, 
que  l'on  ne  manque  cependant  pas  d'invoquer  en  faveur  de  la 
colonisation  des  condamnés.  Effectivement,  ils  ont  été  obligés 
de  restreindre  les  cas  où  il  y  a  lieu  à  transportation  ,  et  les  au- 
torités compétentes  se  sont  vues  forcées  de  commuer,  de  leur 
propre  mouvement,  et  sans  l'aveu  des  condamnés,  la  peine 
qu'elles  prononcent  en  celle  de  la  réclusion  sur  les  pontons 
[t/ic/iu/As  ).  Serait-ce  dans  un  moment  où  les  Anglais  recon- 
naissent tous  les  inconvéniens  de  leurs  colonies  pénales,  qu'il 
y  aurait  de  l'avantage  à  demander  à  notre  gouvernement  la  for- 
mation de  semblables  établissemens  ?  M.  de  Marbois  a  donc 
rendu  un  véritable  service  en  exposant  les  nombreux  motifs 
qui  s'opposent  à  ce  que  le  vœu  émis  officiellement  par  quarante 
et  un  conseils  généraux  de  département  et  par  l'expression  libre 
et  honorable  de  quelques  écrivains,  soit  pris  en  considération. 
Du  reste,  le  vénérable  auteur  des  Observations  soumises  à  M.  le 
Dauphin,  en  sa  qualité  de  président  de  la  Société  pour  l'amé- 
lioration des  prisons,  a  proclamé  une  vérité  incontestable, 
mais  qui  ne  saurait  trop  être  rappelée  dans  ce  passage  :  «  Je 
n'hésiterai  pas  à  dire  qu'il  est  un  moyen  infaillible  de  diminuer 
en  France  le  nombre  des  crimes ,  et  par  conséquent  celui  des 
forçats  et  des  brigands  :  c'est  de  donner  aux  en  fans  des  villes 
et  des  campagnes  une  éducation  correspondante  à  leur  condi- 
tion. La  dépense  ne  sera  pas  grande,  et  le  fût -elle,  c'est  à  ce 
prix  que  nous  obtiendrons  la  paix  intérieure  du  royaume ,  et  que 
nous  corrigerons  des  mœurs  dépravées  par  l'ignorance  et  la  fai- 
néantise. Chacun  doit  y  contribuer,  l'aisance  comme  l'opulence; 
et  s'il  pouvait  y  avoir  quelque  différence ,  les  plus  riches  de- 
vraient être  lés  plus  empressés  à  contribuer,  car  ils  sont  les  plus 
exposés,  ils  sont  aussi  les  plus  instruits,  et  ils  doivent  connaître 
le  mieux  le  prix  des  lumières.  » 

Nos  lecteurs  connaissent  déjà  les  utiles  travaux  de  M.  Barbe 
Marbois  sur  les  prisons  ("Voy.  Rtv.  Eue. ,  t.  xxvm,  p.  36  et 
9-25).  L'ouvrage  que  nous  annonçons  aujourd'hui  doit  encore 
augmenter  à  son  égard  la  reconnaissance  de  tous  les  amis  de 
l'humanité.  A.  T. 

88.  —  *  Histoire  de  l'exposition  des  produits  de  l'industrie 


i|)S  LIVRES  FRANÇAIS. 

française,  en  1827;  par  M.  Blanqui.  Paris,  1827;  Renard. 
In-8^1  de  333  pages  ;  prix,  5  fr. 

M.  Blanqui  a  eu  la  bonne  pensée  de  réunir  les  articles  qu'il 
avait  insérés  successivement  dans  les  journaux,  depuis  l'ou- 
verture de  l'exposition  jusqu'à  sa  fin:  il  leur  donne  ainsi  une 
existence  moins  fugitive  et  une  plus  grande  utilité.  Ses  obser- 
vations deviendront  encore  plus  profitables  aux  étrangers  qu'à 
nous-mêmes;  ce  livre  pourra  les  instruire  à  nos  dépens,  les 
diriger  plus  sûrement  dans  la  voie  de  l'utilité  réelle,  dégoûter 
d'un  vain  étalage  de  niaiseries,  arrêter  la  profusion  des  ré- 
compenses honorifiques  ,  et  par  conséquent  leur  avilissement. 
Ils  y  verront  aussi  les  inconvéniens  de  la  concentration  de 
l'industrie  sur  un  seul  point,  dans  la  capitale  :  en  un  mot,  il 
ne  tiendra  qu'à  eux  de  s'instruire  par  la  révélation  de  nos 
fautes;  et  de  plus,  ils  apprécieront  avec  assez  d'exactitude  les 
progrès  de -notre  industrie,  et  verront  ce  qu'ils  doivent  faire 
pour  soutenir  notre  concurrence,  ou  pour  nous  devancer.  Les, 
amis  des  arts,  Français  ou  étrangers,  ne  seront  pas  toujours 
de  même  avis  que  M.  Blanqui  :  sur  un  sujet  aussi  vaste  et  aussi 
compliqué,  il  est  impossible  de  s'accorder  sur  tous  les  points; 
mais  on  adoptera  si  souvent  l'opinion  de  l'auteur,  qu'on  ou- 
bliera les  sujets  de  contestation,  et  que  l'on  reviendra  plus 
d'une  fois  à  son  ouvrage. 

M.  Blanqui  croit  encore,  assez  faiblement,  il  est  vrai,  à 
l'utilité  des  expositions  générales.  Ses  méditations  ultérieures 
ébranleront  de  plus  en  plus  cette  foi  chancelante.  La  question 
n'est  point  susceptible  d'une  analyse  rigoureuse  qui  mettrait  à 
découvert  chacune  des  causes  qui  concourent  à  la  production 
de  l'effet  dont  il  s'agit.  On  ne  peut  trop  le  redire;  les  progrès 
de  l'industrie  sont  le  résultat  de  la  concurrence,  de  l'instruc- 
tion ,  de  l'importation  de  procédés  et  de  machines,  et  même 
d'ouvriers,  des  efforts  de  tous  les  amis  des  arts  et  des  Sociétés 
d'encouragement,  et  enfin  des  institutions  publiques,  dont  les 
expositions  ne  sont  qu'une  partie.  Que  l'on  commence  donc 
par  étudier  séparément,  s'il  est  possible,  la  portion  d'effet 
qui  appartient  à  chacune  de  ces  actions  diverses  :  et,  si  l'on  ne 
peut  y  parvenir,  qu'on  se  résigne  franchement  à  ne  rien  savoir: 
que  l'on  avoue  certaine  inclination  pour  le  faste,  pour  ce  qui 
plaît  aux  yeux,  et  dispense  de  raisonner.  Malheureusement, 
cetlte  disposition  des  esprits  est  très-commune,  et  la  politique 
sait  en  profiter.  F. 

89.  —  *  De  l'intervention  armée  pour  la  pacification  de  la 
Grèce;  par  M.  de  Praut,  ancien  archevêque  de  Malines ,  dé- 


SCIENCES   MORALES.  Kgg 

piiu*  du  I*ny  de-Dôme.  Paris,  18:18  ;  Pichon-Béchet.  In  8u  do 
1 1(>  pages  :  prii ,  3  fr. 
Avant  la  solution  définitive  de  la  question  grecque,  notre 

célèbre  publicislc  a  voulu  encore  une  fois  faire  entendre  cette 
voix,  dont  1rs  prédictions  ont  été  souvent  confirmées  par  les 
événement.  M.  de  Pradt  applaudit  au  triomphe  de  la  civilisa- 
tion ,  qui  a  su  entraîner  la  politique  dans  une  intervention  que 
l'humanité  éplorée  réclamait  depuis  long-tcms,  et  (pie  tant  de 
préventions  fâcheuses  et  d'engagemens  funestes  pouvaient  en- 
core éloigner.  Mais  ,  M.  l'archevêque  de  Malinesjuge  l'inter- 
vention mesquine  dans  son  plan,  incomplète  dans  son  résultat, 
si  elle  se  borne  à  empêcher  par  mer  le  contact  des  parties 
belligérantes;  tandis  que  la  lutte  continuerait  d'être  flagrante 
sur  le  continent,  théâtre  principal  de  ses  horreurs.  En  second 
lieu  ,  il  démontre,  par  une  suite  de  considérations  fort  justes, 
que  c'est  à  la  France,  non  à  la  Russie,  non  plus  qu'à  l'Angle- 
terre, qu'il  convient  d'intervenir,  au  moyen  d'u:i  débarque- 
ment de  troupes  sur  le  continent  de  la  Grèce.  La  France  seule 
peut  remplir  cette  mission,  sans  arlarmes  pour  les  autres  puis- 
sances, sans  péril  pour  la  paix  de  l'Europe.  Enfin  (  et  c'est  ici 
l'idée  capitale  de  l'écrit  que  nous  annonçons  )au  lieu  de  faire 
de  la  Grèce  ,  étroite  et  réduite  aux  limites  serrées  de  la  Morée  , 
un  refuge  pour  quelques  malheureux,  il  faut  l'étendre  à  plaisir, 
et  faire  d'elle  un  puissant  empire,  qui  devienne  le  rempart  so- 
lide du  midi  oriental  de  l'Europe,  puisque  la  Turquie,  caduque 
et  incivilîsable  ,  n'est  plus  susceptible  de  remplir  ce  rôle  im- 
portant. Ce  plan  grandiose  rappelle  l'école  diplomatique  de 
celui  qui  combinait  les  empires  de  la  carte  européenne,  comme 
les  pions  de  son  échiquier.  Dans  l'état  actuel  des  sociétés,  nous 
ayons  la  conviction  que  ce  plan  ne  peut  être  adopté ,  puisqu'il 
exigerait  cette  unité,  cette  énergie  de  volonté  et  cette  prodiga- 
lité de  moyens,  qui  ne  sont  plus  de  notre  tems.  D'ailleurs,  ce 
n'est  pas  seulement  l'Europe  qui  ne  voudra  ou  ne  pourra  point 
l'exécuter.  La  Grèce  elle-même  ne  se  prête  pas  actuellement  à 
de  si  grandes  destinées.  Peut-être  que  le  tems,  secondé  par  le 
progrès  croissant  et  universel  de  la  civilisation,  accomplira  plus 
tard  et  graduellement  ce  que  nous  croyons  superflu  de  deman- 
der aujourd'hui  à  la  volonté  ou  au  pouvoir  de  l'homme. 

A.  M. 
90.  —  Lettre  au  roi  sur  le  maintien  ou  l'organisation  du  con- 
seil, où  fon  considère  les  changemensfréquens  de  ministère  comme 
un  principe  de  destruction  et  comme  une  inconséquence  dans  une 
monarchie  héréditaire;  par  M.  A.  Madrolle.  Paris  (sans  mil- 
lésime); Ad.  Leclère  et  O  In-8°;  prix,  1  fr.  5o  c. 


ioo  LIVRES  FRANÇAIS. 

L*  thèse  que  soutient  ici  M.  Madrolle  est  ce) lu  désavantage* 
de  l'inamovibilité  des  ministres  dans  une  monarchie  héréditaire. 
Il  va  même  jusqu'à  souhaiter,  ou  du  moins  jusqu'à  approuver 
que  ceux-ci  disposera  de  leur  portefeuille  par  testament  (p.  18 
et  19}.  On  ne  saurait  pousser-  plus  loin  la  doctrine  de  la  légi- 
timité ministérielle.  Cependant,  l'auteur  convient  que  la  durée 
du  ministère  est  un  mal,  lorsque  ce  ministère  est  mauvais 
p.  ire  et  24).  Comment  donc  expliquer  cette  apparente  cou- 
tradicîion?  M.  Madrolle  ne  s'en  met  point  en  peine,  et  c'est 
au  lecteur  à  chercher  quelle  est  la  véritable  pensée  de  l'écri- 
vain. Au  lieu  de  se  mettre  ainsi  gratuitement  à  la  torture, 
pourquoi  n'expose-t-il  pas  franchement  ce  qu'il  désire  en  fait 
de  gouvernement?  on  voit  bien  que  la  forme  du  gouverne- 
ment constitutionnel  et  représentatif  ne  saurait  lui  convenir. 
Il  s'en  explique  assez  ouvertement,  mais  toujours  incidemment. 
«Si,  après  tout,  dit-il  (p.  27),  ce  qu'on  appelle  gouverne- 
ment représentatif  supposait  la  mobilité  du  ministère,  que  fau- 
drait-il penser  du  gouvernement  représentatif?»  De  telles 
opinions  sont  assurément  permises;  mais  nous  demandons  à 
l'auteur  de  les  exprimer,  sinon  plus  clairement,  du  moins  plus 
méthodiquement.  Il  se  défend,  dans  sapréfaee,  du  soupçon  qu'il 
croit  pouvoir  encourir  d'être  soldé  par  un  ministère  alors 
ébranlé,  aujourd'hui  tombé  (du  moins  en  partie),  et  qu'il  trou- 
vait, ainsi  qu'il  le  dit  avec  naïveté,  naturellement  bon.  Que  cet 
écrivain  se  rassure;  ses  éloges  et  ses  témoignages  de  confiance 
dans  la  marche  suivie  par  les  membres  qui  composaient  le 
dernier  ministère  sont,  au  contraire,  de  véritables  accusations 
portées  contre  ces  hommes  d'état.  B.  L. 

O/i.  —  *  Almanach  des  électeurs  de  Paris  et  des  Départemens. 
4me  année.  Paris,  1828;  Moutardier,  rue  Gît-le-Cœur,  n°  4- 
In- 18  de  212  pages;  prix,  1  fr.  25  c. 

La  noble  et  importante  victoire  remportée  récemment  par  la 
France  dans  le  champ  de  bataille  des  élections  donne  un 
nouveau  prix  à  ce  petit  volume,  On  doit  sentir  de  jour  en  jour 
davantage  combien  il  est  utile  d'acquérir  toutes  les  notions  né- 
cessaires pour  concourir  sciemment  et  efficacement  à  l'opéra- 
tion si  nationale  du  choix  des  députés.  L'éditeur  de  cet  alma- 
nach a  eu  principalement  pour  but,  cette  année,  de  rendre 
compte  des  élections  mémorables  qui  ont  amené  la  chambre 
actuelle.  C'est  à  quoi  il  procède,  après  avoir  offert  quelques 
dialogues  assez  piquans,  qui  semblent  être  placés  là  comme 
pour  ajouter  le  plaisant  au  sévère.  Ce  curieux  tableau  des  der- 
nières élections  comprend  près  de  la  moitié  du  volume;  il  est 
suivi:   i°  d'une  tactique  électorale;   20  d'un  traité  électoral. 


SCIENCES  MORALES. 

(|iu  m'a  paru  complet;  !V  de  questions  électorales;  /t°  dos  lois 
c!  des  ordonnâmes  relatives  aux  élections.  Ces  morceaux  ren- 
dent ,  comme  on  voit,  l'almanach  directement  utile  à  mi  1 1  <•-. 
grand  nombre  d'eiccicurs  qui  vont  bientôt  être  appelés  à 
compléter,  par  leurs  votes,  une  assemblée  à  qui  il  est ,  selon 
toute  apparence  ,  réservé  de  consolider  nos  destinées.  A. 

kji. —  *  I?  Art  de  vérifier  les  dates ,  depuis  l'année  1770  jus- 
qu'à nos  jours,  formant  la  continuation  ou  la  troisième  partie  de 
l'ouvrage  publié  sous  ce  nom  par  les  religieux  bénédictins  de 
la  congrégation  de  Saint-Maur.  T.  IV.  Paris,  189.7;  Ambroise 
Dupont,  et  compe.  rue  Vivienne,  n°  16.  In  8° de  534  pag.  ;  prix 
du  volume,  7  fr.  (voy.  Rcc  Eric,  t  XXXIII,  p.  aî4-) 

L'art  de  vérilier  les  dates,  ou,  pour  mieux  dire,  le  tableau 
chronologique  de  l'histoire  des  peuples  fut  une  admirable  con- 
ception des  savans  d'un  ordre  monastique  qui  mettait  sa  gloire 
à  entreprendre  les  travaux  littéraires  les  plus  étendus,  et  qui 
ne  s'effrayait  ni  des  études,  ni  du  tems,  ni  des  dépenses  qu'il 
fallait  y  consacrer,  Vingt-trois  volumes  in-8°,  ou  six  volumes 
in-4°  avaient  conduit  l'important  ouvrage  dont  nous  annon- 
çons la  continuation,  jusqu'à  l'année  1770.  Les  écrivains  qui 
se  sont  chargés  de  l'amener  jusqu'en  1827  y  ajoutent  douze 
volumes  in- 8°,  dont  trois  ont  déjà  paru.  Le  quatrième  est  ac- 
tuellement en  vente  ;  trois  autres  sont  sous  presse.  Les  volumes 
neuf  et  dix  ont  été  publiés;  ainsi,  l'ouvrage  marche  à  grands 
pas  vers  sa  terminaison. 

Un  ouvrage  de  cette  nature  est  un  immense  recueil  de  faits, 
classés  avec  méthode,  disposés  de  manière  à  ce  qu'on  puisse 
reconnaître  la  situation  politique  des  États,  année  par  année, 
et  pour  ainsi  dire  jour  par  jour,  et  juger,  par  un  rapproche- 
ment facile,  de  la  connexion  des  événemens,  de  leur  dépen- 
dance mutuelle,  de  leurs  résultats,  en  comparant  les  dates 
ou  les  vérifiant.  Afin  de  rendre  ce  travail  vraiment  utile,  et 
digne  de  la  confiance  qu'il  doit  inspirer,  il  est  nécessaire  que 
les  auteurs  d'un  pareil  ouvrage,  indépendamment  d'une  érudi- 
tion peu  commune  et  d'une  longue  patience,  soient  exempts  de 
toute  partialité.  Tous  les  peuples  leur  apparaissent  successi- 
vement,  les  modernes  comme  les  anciens;  tous  doivent  être 
placés  dans  la  même  balance,  considérés  sous  un  même  point 
de  vue,  traités  avec  une  égale  justice.  Il  ne  saurait  être  ques- 
tion, dans  l'art  de  vérifier  les  dates ,  ni  de  juger  des  torts  des 
Macédoniens  envers  les  Grecs,  ni  deblàmer  les  Romains  d'avoir 
écrasé  sans  pitié  les  Carthaginois  :  on  ne  demande  point  à  cet 
ouvrage,  si  Philippe  II  peut  être  excusable  d'avoir  approuvé  les 
mesures  sanguinaires  du  duc  d'Albe  ,  si  Louis  XIV  eut  raison 


loi  LIVRES  FRANÇAIS. 

d'abolir  Pédit  de  Nantes.  On  n'y  cherche  que  des  faits  et  des 
dates;  mais  on  les  veut  tels  que  l'histoire  doit  les  donner,  dé- 
gagés des  réflexions  des  hommes  de  tous  les  partis,  et  surtout 
de  celles  de  l'auteur  du  livre.  La  raison  en  est  simple.  Si  cet 
auteur  approuve  ou  blâme  ,  n'a-t-on  pas  lieu  de  craindre 
qu'entraîné  par  sa  propre  conviction,  et  d'ailleurs  avec  les 
meilleures  intentions  du  monde,  il  ne  soit  porté  à  dénaturer 
les  événemens,  à  en  altérer  les  causes  ou  les  conséquences? 
C'est  une  pente  à  laquelle  on  s'abandonne,  sans  même  s'en 
apercevoir.  Plus  l'écrivain  a  de  talent,  plus  l'erreur  devient 
grave;  car  il  est  difficile,  souvent  impossible ,  de  se  soustraire 
au  charme  d'un  style  énergique  ou  profond  ,  qui  commande  la 
confiance,  ou  qui  fait  naître  des  émotions  que  l'on  n'a  point  la 
force  de  repousser. 

Nous  supposons  ici  que  l'auteur  écrit  d'après  une  conviction 
réelle.  Mais  ,  si ,  loin  d'avoir  ce  sentiment  intime  qui  le  force  à 
communiquer  sa  pensée  à  ses  lecteurs ,  qui  s'échappe  et  se 
trahit  malgré  lui-même,  comme  le  parfum  des  fleurs  ,  senti- 
ment en  quelque  sorte  respectable  ,  quoiqu'il  manque  le  but 
de  l'historien;  si  celui-ci  soumet  tous  les  faits  à  une  critique  de 
parti;  si  ceux-mêmes  que  les  nations  ont  long-tems  admirés  ne 
sortent  de  sa  coupelle  que  dénaturés  par  le  sens  qu'il  y  attache, 
quoiqu'exacts  par  les  dates;  si  les  grands  événemens  qui  ont 
rendu  la  France  glorieuse  durant  vingt  années;  si  les  principes 
qui  forment  encore  aujourd'hui  les  élémens  de  sa  prospérité  , 
sont  constamment  présentés  avec  un  ton  de  dénigrement  qui 
blesse  les  esprits  les  moins  prévenus  en  leur  faveur:  nous  ne 
saurions  le  dissimuler  ,  nous  ne  reconnaissons  pas  l'histoire 
dans  les  affligeans  produits  d'un  pareil  système;  ce  sont  tout 
au  plus  des  Mémoires  qu'il  sera  bon  de  consulter  un  jour,  ne 
fût-ce  que  pour  apprendre  comment  l'esprit  de  parti  peut 
égarer  des  hommes  d'un  talent  reconnu. 

Si  l'on  nous  demandait  quel  rapport  ont  ces  observations 
avec  le  quatrième  volume  de  l'Art  de  vérifier  les  dates,  nous 
nous  hâterions  de  répondre  que  ce  volume  conduit  l'histoire 
des  républiques  de  Gênes  et  de  Venise ,  du  duché  de  Milan,  de 
l'état  de  l'église,  du  royaume  de  Naples  jusqu'aux  années 
1802 — 1806,  et  plus  loin;  qu'en  parlant  de  la  création  et  de 
la  chute  des  républiques  Cisalpine ,  Cispadane  ,  Parthéno- 
péenne,  etc.,  et  de  toutes  les  guerres  d'Italie,  on  ne  donne 
aux  armées  françaises  que  le  nom  de  troupes  de  Buonaparté; 
que  l'on  déclame  sans  cesse  contre  la  rapacité ,  la  cruauté ,  la 
jactance  française  ,  tandis  que  l'on  exalte  la  vertu  et  le  dévoû- 
ment    de  lady  Ha  rail  ton  ,  l'extrême  bravoure  des    Lazaroni, 


SCIENCES  MORALES.  fefl 

lus  exploits  des  armées  russes,  autrichiennes,  napolitaines, 
qui  n'ont  jamais  cédé  qu'à  la  trahison,  etc.  Nous  ajouterions 
que  rien  n'amène  autant  d'àpreté  dans  la  discussion  que  l'at- 
taque ou  la  défense  des  principes  qui  ont  imposé  cette  forme 
au  récit  de  tant  d'événemens  extraordinaires  ,  et  que,  pour 
conserver  à  notre  critique  un  ton  de  modération  convenable, 
nous  avons  dû  nous  borner  à  donner  quelques  conseils  aux 
jeunes  écrivains  qui  auraient  la  volonté  de  traiter  de  nouveau 
celte  grande  et  inépuisable  époque  de  notre  histoire.       R. 

g3, — *  Ihjutaliotïdc  l'Histoire  de  France  de  t  abbé  de  Montgail- 
laul,  publiée  par  M.  Uranelt  de  Leuze  (M.  Laurent);  accom- 
pagnée de  pièces  justificatives  qui  contiennent  une  Note  poli- 
tique de  Mirabeau  et  plusieurs  lettres  inédites  de  Louis  XV 111, 
avec  un  fac  sùnile  de  leur  écriture.  Paris,  1828;  Dclaforest. 
In-8°  de  vi-489  pages;  prix,  7  fr.  5o  c. 

L'abbé  de  Montgaillard,  censurant  tour  à  tour  l'ancien  ré- 
gime et  la  révolution  ,  attaquant  avec  amertume  les  notabilités 
de  tous  les  partis,  a  dû  faire  autant  de  mécontens  qu'il  a  trouvé 
de  lecteurs.  On  devait  s'attendre  à  voir  ses  doctrines  et  ses 
appréciations  devenir  l'objet  d'une  critique  sévère  de  la  part 
de  nos  jeunes  historiens  auxquels  il  semblait  jeter  le  gant.  Aussi, 
la  réfutation  que  nous  annonçons  était-elle  attendue  avec  im- 
patience, et  a-t-elle  été  accueillie  avec  d'autant  plus  de  faveur 
que  M.  Laurent,  son  auteur,  était  avantageusement  connu  par 
une  Histoire  de  Napoléon  et  par  un  résumé  de  l'Histoire  de  la 
philosophie.  M.  Laurent  ne  s'est  pas  borné,  dans  ce  nouvel 
ouvrage,  à  rectifier  les  erreurs  sans  nombre  de  Montgaillard 
et  à  réfuter  ses  calomnies;  il  a  lui-même  tracé  un  tableau  plein 
de  vigueur  et  d'intérêt  des  grands  événemens  qui  ont  agité  la 
France  depuis  1789  :  il  a  examiné  le  rôle  des  principaux  per- 
sonnages avec  une  impartialité  à  laquelle  on  est  peu  accou- 
tumé, lorsqu'il  s'agit  d'une  époque  aussi  rapprochée.  Ce 
livre  contribuera  à  détruire  bien  des  préventions  relatives  aux 
hommes  publics  et  aux  institutions  qui  se  sont  succédé  en  France 
depuis  quarante  ans.  La  manière  dont  l'auteur  envisage  le  parti 
ultra-révolutionnaire  et  le  parti  contre  révolutionnaire,  ses  ap- 
préciations de  Mirabeau  ,  de  Robespierre  et  de  plusieurs  autres 
acteurs  du  grand  drame  étonneront  sans  doute  bien  des  lecteurs; 
mais  elles  leur  inspireront  en  même  tems  une  haute  estime  pour 
l'écrivain  qui  a  su  se  placer  au  dessus  des  opinions  à  la  mode, 
et  exprimer  sa  pensée  avec  autant  de  franchise  que  de  talent. 

Outre  la  partie  historique  de  son  ouvrage,  M.  Laurent  a 
trouvé  l'occasion  d'aborder  les  plus  hautes  questions  d'ordre 
social  et  d'économie  politique,  telles  que  la  comparaison  des 


2o/,  LIVRES  FRANÇAIS. 

(  m.  m  initions  anglaise  Ht  française,  le  droit  de  propriété,  la  loi 
de  réduction  dos  rentes;  et  il  est  peu  de  livres  qui  offrent  au- 
tant d'idées  neuves  et  de  nature  à  faire  une  profonde  sensation 
que  celui-ci.  Nous  nous  proposons  de  l'examiner  en  détail  , 
dans  notre  section  des  Analyses,  en  le  rapprochant  de  l'ou- 
vrage anecdotique  plutôt  qu'historique  dont  il  renferme  la  réfu- 
tation. H.  C. 

9>.  —  *  Mémoires  sur  les  campagnes  de  Catalogne  de  1808  à 
181 4,  avec  une  Carte  de  Catalogne  et  un  Plan  des  environs  de 
Barcelone;  par  G.  Laffaille,  colonel  du  génie.  Paris,  1827;  An- 
selin,  rue  Dauphine,  n°  9.  In  8°  de  344  pages;  prix,  8  fr. 

La  péninsule  ibérique  est  depuis  long-tems  en  possession  de 
fixer  l'attention  publique.  C'est  dans  son  sein  que  paraît  devoir 
se  décider  la  question  qui  agite  les  deux  mondes;  celle  des  lu- 
mières contre  les  ténèbres,  de  la  civilisation  contre  la  barbarie, 
de  la  liberté  contre  le  despotisme;  question  qui  divise  les  hom- 
mes qui  veulent  hâter  le  développement  des  facultés  dont  la 
bonté  du  Créateur  nous  a  doués,  et  ceux  qui,  en  état  de  rébel- 
lion contre  la  Divinité,  s'efforcent  d'étouffer  en  nous  ces  fa- 
cultés. 

Les  mémoires  du  colonel  Laffaille  viennent  jeter  un  nouveau 
jour  sur  cette  question.  Leur  publication  dans  les  circonstances 
présentes  offre  un  grand  intérêt,  surtout  si  l'on  observe  sous 
quel  point  de  vue  l'auteur  a  examiné  les  événemens  dont  il 
avait  à  présenter  le  récit.  Laissant  de  côté  les  motifs  politiques 
qui  peuvent  avoir  déterminé  Napoléon  à  entreprendre  la  guerre 
d'Espagne,  motifs  que  l'avenir  seul  doit  nous  dévoiler,  il  se 
borne  à  nous  faire  connaître  les  faits  militaires  des  campagnes 
de  Catalogne,  dans  lesquelles  il  fut  toujours  acteur,  et,  ce  qui 
vaut  encore  mieux  ,  à  dépeindre  le  peuple  espagnol  que  son  œil 
scrutateur  s'était  attaché  à  étudier.  Il  le  montre  se  raidissant 
contre  les  obstacles,  sans  jamais  se  laisser  décourager,  et  oppo- 
sant un  enthousiasme  froid  et  réfléchi  à  la  persévérance  de  nos 
soldats. 

A  la  vue  des  Français  s'emparanl  par  surprise  de  Barcelone 
et  du  fort  de  Figuières,  le  paysan  catalan  commence  par  mur- 
murer ;  bientôt  il  prend  les  armes,  attaque  quelques  faibles 
détachemens  de  nos  troupes,  et ,  étonné  de  voir  reculer  devant 
lui  ces  guerriers  si  renommés  qui  ont  mis  en  déroute  les  ar- 
mées les  plus  formidables  ,  il  s'empresse  de  rapporter  à  la  Di- 
vinité le  succès  qu'il  vient  d'obtenir.  Les  moines,  auxquels  le 
séjour  des  Français  en  Espagne  fait  craindre  la  perte  de  la  fu- 
neste influence  qu'ils  exercent  dans  ces  contrées  ,  profitent  ha- 
bilement de  ces  dispositions.  Ils  appellent  à  leur  secours  les 


SCIENCES  MORALES.  ao5 

miracles,  les   prophéties  ,  les  apparitions;  ils  répandent  sur  le 

compte  des  français  les  calomnies  1rs  plus  atroces;  ils  vont 
sonner  le  tocsin  <le  village  en  village,  cl  l'insurrection  éclate 
sur  tons  les  points,  favorises  par  la  nature  <ln  terrain  et  par 
leur  agilité  qui  Leur  donne  les  moyens  d'échapper  aux  pour- 
suites île  nos  Ironpes,  les  insurgé*  se  dérobent  facilement  à  nos 

coups.  Cachés  derrière  des  haies  et  dans  le  creux  «les  rochers, 
ils  tombent  sur  nos  soldats  isoles  et  les  assassinent,  après  leur 
avoir  fait  subir  les  pins  horribles  tonrmens.  Ils  sont  bientôt  as- 
sez nombreux  pour  oser  se  mesurer  en  bataille  rangée  avec  nos 
troupes.  Ces  combats  partiels,  dans  lesquels  ils  sont  toujours 
vaincus,  servent  du  moins  à  les  aguerrir.  Mais  leur  nombre  va 
toujours  en  augmentant,  tandis  que  notre  armée ,  composée 
seulement  de  conscrits  français  et  de  soldats  italiens  et  napo- 
litains, est  journellement  affaiblie  par  les  maladies  et  les  assas- 
sinats. Elle  ne  reçoit  aucun  renfort  ;  une  partie  des  terres 
est  restée  inculte  ;  les  insurgés  ont  détruit  les  moissons  de 
celles  qui  ont  été  ensemencées;  ih  emploient  tonte  sorte  de  sé- 
ductions pour  faire  déserter  les  soldats  étrangers  qui  forment 
la  principale  partie  de  notre  armée.  Pour  échapper  aux  dan- 
gers que  présente  cette  situation,  le  brave  général  Duhesmc, 
qui  n'a  plus  de  communication  par  terre  avec  la  France,  prend 
la  résolution  de  se  replier  sur  Barcelone,  où  il  est  bientôt  blo- 
qué par  une  armée  innombrable  d'insurgés.  La  conduite  de  ce 
général  dans  cette  place  est  digne  des  pins  grands  éloges.  En- 
touré d'ennemis  extérieurs  et  intérieurs  qui  entretiennent  des 
communications  suivies,  n'ayant  que  des  relations  rares  et  dif- 
ficiles avec  la  France,  à  cause  de  la  présence  des  croisières  an- 
glaise et  espagnole,  il  conserve,  par  sa  sagesse,  sa*  modération 
et  sa  fermeté,  une  place  à  la  possession  de  laquelle  Napoléon 
attachait  la  plus  grande  importance.  Je  vous  recommande,  avait- 
il  dit  au  général  Gouvion  Saint-Cyr,  en  lui  conférant  le  com- 
mandement du  7me  corps,  de  faire  tous  vos  efforts  pour  me 
cnnseiver  Barcelone  ;  car  si  vous  perdiez  cette  place ,  je  ne  la  re- 
prendrais pas  avec  80,000  hommes.  A  la  fin  de  1808,  le  général 
Duhesmc  remet  à  son  successeur  le  dépôt  qui  lui  avait  été 
confié. 

Tel  est  ,  en  peu  de  mots,  le  récit  de  la  campagne  de  Cata- 
logne ea  1808.  C'est  la  seule  que  le  colonel  Laffaille  ait  traitée 
avec  quelque  étendue;  il  ne  donne  que  des  précis  sur  les  cam- 
pagnes de  r8o(j  à  181 4. 

Ces  mémoires  sont  écrits  avec  précision  et  simplicité;  leur 
lecture  inspire  un  grand  intérêt.  C'est  une  galerie  dans  laquelle 
figurent  tour  à    tour   plusieurs  personnages  qui  occupent    un 


io6  LIVRES  FRANÇAIS. 

rang  plus  ou  moins  distingué  dans  l'histoire  contemporaine.  On 
y  voit  paraître  successivement  les  généraux  Lacy  et  Milans  que 
Ferdinand  récompensa,  le  premier  par  la  mort,  le  second  par 
l'exil,  de  leur  dévoùment  pour  sa  personne  ;  Saarsfield  et  Vives, 
qui,  après  avoir  combattu  pour  la  liberté ,  ont  naguère  com- 
mandé les  troupes  réunies  pour  envahir  le  Portugal  constitu- 
tionnel ,  et  pour  retenir  Cuba  sous  le  joug  de  l'Espagne; 
Ambrosio,  dont  la  voix  retentit  un  instant  du  haut  de  la  tri- 
bune napolitaine;  Gouvion-Sainl-Cyr,  plus  illustre  peut-être 
par  son  ministère  que  par  ses  commandemens  militaires;  le 
brave  Duhesme,  qui,  après  avoir  versé  son  sang  pendant  20  ans 
pour  sa  patrie,  trouva  la  mort  dans  les  champs  de  Waterloo; 
et  le  sage  Maurice  Mathieu  ,  l'un  des  défenseurs  de  nos  libertés 
à  la  Chambre  des  pairs,  qui  mérita  que  ses  ennemis  l'honoras- 
sent des  surnoms  de  Présidente  y  Providente  ,  qui  sait  tout  pré- 
voir et  pourvoir  à  tout.  A  côté  de  ces  noms ,  il  convient  de 
placer  celui  du  capitaine  Laffaille;  car,  malgré  la  modestie  de 
l'auteur,  on  voit  aisément  qu'il  a  dû  à  sa  bravoure  et  à  ses  ta- 
lens ,  autant  qu'à  la  confiance  de  ses  chefs,  de  prendre  une  part 
très-distinguée  aux  opérations  des  campagnes  de  Catalogne. 

Le  volume  est  enrichi  de  notes  et  de  documens  historiques 
très-intéressans.  L'auteur  y  a  joint  deux  cartes  très-bien  gra- 
vées, l'une  de  Catalogne,  l'autre  des  environs  de  Barcelone. 
Celle-ci  présente  avec  une  rare  perfection  tous  les  accidens  du 
terrain. — Nous  avons  remarqué  une  erreur  sur  la  carte  de  Ca- 
talogne; le  graveur  a  substitué  sur  l'échelle  les  nombres  1,000, 
2,000,  etc.  aux  nombres  10,000,  20,000,  etc. 

J.-F.  Pascal  Allard. 

g5.  *  — -  Vie  de  saint  Vincent  de  Paul,  par  B.  Capefigue  : 
ouvrage  qui  a  remporté  le  premier  prix  de  fondation  royale  à 
la  Société  catholique  des  bons  livres ,  pour  1826.  Paris,  1827; 
Hivert.  In-8°  de  364  pages;  prix,  5  fiv;  et  vélin  satiné,  10  fr. 

Rien  de  plus  louable  assurément  que  de  vouloir  créer  une 
saine  littérature  populaire,  et  ouvrir  au  peuple  des  sources 
pures  d'instruction  et  d'édification  :  c'est,  je  crois,  le  but  que 
s'est  proposé  la  Société  catholique  des  bons  livres.  Mais  cette 
tâche  difficile ,  a-t-elle  toujours  su  la  bien  comprendre  et  la 
bien  remplir?  C'est  là  une  importante  question.  Si  l'esprit  de 
parti  préside  au  choix  des  ouvrages,  si  des  préjugés,  des  vues 
étroites  et  fanatiques  obscurcissent  la  vérité;  si,  refaisant  les 
Vies  de  Voltaire  et  de  Rousseau,  on  accumule  les  mensonges 
et  les  calomnies,  on  aura  changé  la  nourriture  en  poison,  et 
contrarié  directement  la  volonté  de  Dieu  qui  a  mis  dans  tous 
les  esprits  et  dans  tous  les  cœurs  le  besoin  de  s'éclairer,  d'ai- 


SCIENCES  MORALES.  a«7 

mer,  d'admirer.  Du  reste,  ces  réflexions  nous  sont  inspirées 
par  l'ensemble  des  ouvrages  déjà  publiés  par  la  Société  catho- 
iique,  et  non  par  ce  dernier  qui  mérite  sans  contredit  le  prix 
tpi'il  a  remporte.  Il  est  écrit  dans  un  esprit  de  modération  et  de 
sagesse |  malheureusement  trop  rare  dans  les  livres  religieux  de 

notre  teins.  Et  cependant,  s'il  en  faut  dire  ma  pensée,  j'aimerais 
mieux  lire  la  Vie  aventureuse  de  saint  Vincent  de  Paul  contée 
par  lui-même  que  les  plus  beaux  commentaires.  Là  on  voit  se 
développer  cette  âme  ardente  de  charité,  dont  le  culte  était 
tout  amour  :  on  s'élève  à  la  hauteur  de  son  mysticisme  :  on  ne 
juge  pas;  on  est  entraîné  à  la  suite  de  l'apôtre;  puis,  c'est  lui  qui 
nous  révèle  le  caractère  de  ces  établissemens  religieux,  de  ces 
missions  dont  on  a  fait  de  nos  jours  un  si  étrange  abus,  et  qui 
furent  fondées  pour  aller  secourir  le  pauvre  peuple  des  cam- 
pagnes, écrasé  sous  le  double  fardeau  des  impôts  et  des  guerres 
civiles.  Voici  comment  s'exprime  saint  Vincent  dans  l'acte  de 
fondation  écrit  de  sa  propre  main  :  «  Il  a  plu  à  Dieu  de  pour- 
voir, par  sa  miséricorde  infinie,  aux  besoins  des  villes ,  et  il  ne 
reste  que  le  pauvre  peuple  de  la  campagne  qui,  seul,  demeure 
comme  abandonné;  à  quoi  il  a  semblé  qu'on  pourrait  remédier 
par  la  pieuse  association  de  quelques  ecclésiastiques  de  bonne 
vie  et  mœurs,  et  de  capacité  connue,  qui  voulussent  renoncer, 
tant  aux  conditions  desdites  villes  qu'à  tous  bénéfices ,  charges  et 
dignités  de  l'église,  pour,  sous  le  bon  plaisir  du  prélat,  s'ap- 
pliquer purement  et  simplement  aux  besoins  du  pauvre  peuple, 
allant  de  village  en  village,  aux  dépens  de  leur  bourse  commune, 
secourir,  instruire  et  catéchiser  ces  pauvres  gens  sans  en  prendre 
aucune  rétribution  en  aucune  manière  que  ce  soit,  afin  de  dis- 
tribuer gratuitement  les  dons  qu'ils  auront  reçus  gratuitement 
de  la  main  de  Dieu.  Tous  les  cinq  ans,  les  bons  prêtres  devront 
assister  aussi  les  pauvres  forçats  sur  les  galères.  » 

Voilà  ce  qu'on  ne  saurait  trop  répandre ,  trop  réimprimer. 
Il  existe  aussi  un  petit  journal,  rédigé  par  les  pieuses  dames 
qui  commencèrent,  sous  les  auspices  de  saint  Vincent  de  Paul , 
l'institution  des  Enfans-Trouvés.  Rien  de  plus  touchant  que  les 
fragmens  qu'en  donne  M.  Capefigue  :  22  janvier.  «  M.  Vincent 
est  arrivé  vers  les  onze  heures  du  soir;  il  nous  a  apporté  deux 
enfans  ;  l'un  peut  avoir  six  jours,  l'autre  est  plus  âgé.  Ils  pleu- 
raient, les  pauvres  petits!  Mme  la  supérieure  les  a  confiés  à 
des  nourrices.  —  25  janvier.  Les  rues  sont  remplies  de  neige  : 
nous  attendons  M.  Vincent;  il  n'est  point  venu  ce  soir.  — 
26  janvier.  Le  pauvre  M.  Vincent  est  transi  de  froid;  il  nous 
arrive  avec  un  enfant;  mais  il  est  déjà  sevré,  celui-là;  cela  fait 
pitié  de  le  voir;  il  a  des  cheveux  blonds,  une  marque  à  sou 


•208  LIVRES  FRANÇAIS, 

bras.  Mon  Dieu  !  mon  Dieu!  qu'il  faut  avoir  le  cœur  dur  pour 
abandonner  ainsi  une  pauvre  petite  créature  !  —  ...  7  février. 
«  L'air  est  bien  vif:  M.  Vincent  est  venu  :  ce  saint  homme  est 
toujours  à  pied.  La  supérieure  lui  a  offert  de  se  reposer;  il  a 
couru  bien  vite  à  ses  petits  enfans,  C'est  merveille  d'entendre 
ses  douces  paroles,  ses  belles  consolations  :  ces  petites  créatures 
l'écoutent  comme  leur  père:  oh!  qu'il  le  mérite  bien,  ce  bon 
M.  Vincent  :  je  l'ai  vu  pleurer  aujourd'hui;  un  de  nos  petits  est 
moi  t.  C'est  un  ange,  s'est-il  écrié;  mais  il  est  bien  dur  de  ne 
plus  le  voir!» 

Il  faut  suivre  cet  homme  étonnant  dans  tous  les  détails  de 
sa  sollicitude  pour  les  pauvres  et  les  malades.  Ses  règlement 
des  Filles  de  la  Charité  sont  d'une  prévoyance  admirable  :  il 
mesure  la  tâche  au  degré  de  force,  à  l'âge,  à  l'expérience  de 
chaque  individu.  Il  prescrit  un  noviciat  de  deux  ans,  des 
études,  et  un  apprentissage  de  soins  à  chaque  sœur.  Il  crée 
Une  sorte  de  hiérarchie  entre  les  saintes  filles  :  il  marque  toutes 
les  conditions  du  service,  les  heures,  le  tems,  la  façon  de 
l'employer.  Ce  sont  là  de  sublimes  enseignemens  de  religion  et 
d'humanité,  et  le  vrai  culte  d'un  Dieu  d'amour  et  de  miséri- 
corde. L.  Sw-B. 

Littérature. 

96.  —  Manuel  épistolaire ,  à  l'usage  de  la  jeunesse;  ou  In- 
structions générales  et  particulières  sur  les  divers  genres  de 
correspondance,  suivies  d'exemples  puisés  dans  nos  meilleurs 
écrivains;  par  L.  Philipon  de  la  Madelaine.  Onzième  édition >, 
corrigée  et  augmentée  d'une  Notice  sur  F  auteur  (ouvrage  adopté 
pour  les  lycées).  Paris,  1827  ;Ferra  jeune.  Iu-12  de  xv-343  p.; 
prix,  3  fr.  a5  c. 

Beaucoup  d'auteurs  ,  avant  M.  Philipon  de  la  Madelainc, 
avaient  eu  la  prétention  de  tracer  les  règles  du  genre  épis- 
tolaire, et  beaucoup  d'autres  encore  s'y  sont  essayés  depuis 
lui.  On  a  îe  soin  de  nous  dire,  dans  l'avertissement  du  Ma- 
nuel épistolaire ,  que  cet  ouvrage  n'a  rien  de  commun  avec  le 
Secrétaire  de  la  cour ,  X Art  de  la  correspondance ,  la  Rhétorique 
épistolaire ,  etc.,  dans  lesquels  l'auteur,  se  donnant  lui-même 
pour  modèle ,  fait  à  son  gré  la  lettre  et  la  réponse,  et  n'offre  au 
goût,  à  la  langue,  aux  mœurs,  aucune  autre  garantie  que  sa 
morale  et  son  talent  :  dans  le  Manuel ,  c'est  Mme  de  Sévigné , 
c'est  La  Motte  s  Bussy  -  Rabutin  ,  Rousseau ,  Voltaire,  le  cardi- 
nal de  Bernis,  etc.,  qui  donnent  la  leçon  et  l'exemple  du  style. 
Nous  approuvons  fort  cette  direction  que  M.  Philipon   de  la 


LITTÉRATURE.  aog 

IVfadelaine  a  sui}  ie  pour  son  ouvrage  :  ici ,  comme  dans  tous  1rs 
sujets  littéraires,  il  s'agit  surtout  du  goûl  el  des  convenances. 
Les  convenances  du  style  épistolaire  oe  résidenl  pas  seulement 
dans  ce  tacl  (in  cl  délicat  dont  chacun  trouve  eu  soi  le  gcnnc, 
cl  qui  est  développé  par  nue  bonne  éducation,  mais  encore  dans 
l'observation. de  certaines  règles  el  de  certaines  formes  établies 
par  L'nsage  et  par  le  inonde;  ces  règles  paraissent  quelquefois 
puénles,  mais  on  ne  peut  s'en. dispenser  envers  les  personnes, 
auxquelles  on  doil  des  égards  et  du  respect.  L'auteur  indique 
toutes  ces  choses,  minutieuses  en  apparence,  et  les  seules  ce- 
pendant qu'on  puisse  enseigner  selon  nous  dans  un  pareil  livre. 
Ajoutons  que  l'art  est  non-seulement  permis,  mais  encore  qu'il 
esi  nécessaire  dansées  sortes  de  lettres  où  l'intérêt  peut  avoir 
part.  Dans  une  correspondance  familière,  au  contraire,  il  ne 
faut  que  du  naturel,  il  faut  être  entièrement  soi;  Buffon  a  dit  : 
«  Le  style  est  l'homme  ;  o  mais  c'est  surtout  d'une  lettre  dictée 
par  le  cœur  qu'il  faut  pouvoir  dire  que  l'auteur  se  peint  tout 
entier  dans  son  style.  Ici,  les  préceptes  deviennent,  inutiles;  un 
choix  bien  {ait  des  meilleures  lettres  connues,  voilà  tout  ce 
qu'on  peut  offrir  comme  instruction;  la  lecture  d'un  pareil 
choix  formera  le  goût  épistolaire  en  particulier ,  comme  celle 
de  nos  meilleurs  écrivains  dans  tous  les  genres  forme  le  goût 
littéraire  en  général.  Mais,  ici  même,  il  ne  raut  point  affecter  de 
donner  des  modèles,  comme  l'a  fait  notre  auteur,  qui  a  divisé 
son  livre  en  16  sections  :  Lettres  de  bonne  année,  de  félicita  tio/t, 
de  remerciaient,  etc.,  sons  chacune  desquelles  il  a  classé,  comme 
exemples,  les  différentes  lettres  qu'il  avait  réunies.  Il  faut, 
d'ailleurs,  nous  le  répétons,  que  chacun  dans  ce  commerce 
conserve  sa  physionomie  particulière  et  le  cachet  qui  lui  est 
propre;  le  débordement  de  bde  de  d'Alcmbert  écrivant  à  Vol- 
taire (p.  5o)  ne  peut  pas  plus  être  olfert  comme  modèle,  que 
cette  phrase  prétentieuse  d'un  billet  de  3Il,,L,dc  ***  (p.  53):  «  Je 
vous  attends  à  dîner  aujourd'hui;  venez  jeter  quelques  fleurs  sur 
ma  vie.  »  Cette  tournure  d'esprit  si  différente  était  propre  sans 
doute  à  chacun  des  deux  écrivains;  on  ne  saurait  donc  la  blâ- 
mer dans  leurs  lettres  :  elle  deviendrait  ridicule  dans  celui  qui 
s'appliquerait  à  l'imiter  en  dépit  de  sa  nature.  Dans  ce  sens, 
quelques  observations  de  M.  Philipon  de  la  Madelaine  sur  le 
style  épistolaire  de  nos  meilleurs  écrivains  nous  semblent  por- 
ter à  faux.  Lorsqu'il  dit  (  p.  60  )  ,  que  Boileau,  dans  ses  lettres, 
n'était  que  correct ,  et  que  le  génie  et  le  caractère  de  ce  poète 
avaient  trop  d'énergie  ou  de  roideur  pour  se  prêter  aux  gentil- 
lesses qui  font  le  charme  de  ce  commerce  ,  qu'on  peut  nommer 
le  consolateur  de  l'absence  »  ,  et  (  p.  6/4  )  de  Mme  de  Maint,  nor  , 
t.  XXXVI.  —  Janvier  1828.  1  h 


•no  LIVRES  FRANÇAIS. 

que  «  -on  commerce  épistolaire  était  moins  celui  d'une  femme 
aimable  qui  joue  avec  sa  pensée,  que  celui  d'un  homme  en  place 
qui  pèse  et  calcule  tout  ce  qu'il  dit  »  ,  ses  réflexions  peuvent 
être  fort  justes;  mais  il  n'y  a  lieu  ,  ni  de  blâmer  pour  cela  ces 
deux  écrivains,  ni  de  nous  présenter  comme  les  seuls  mo- 
dèles à  suivre  ceux  qui  ont  écrit  différemment  ;  chacun  d'eux 
a  suivi  l'impulsion  de  son  esprit  et  de  son  caractère,  la  seule, 
nous  ne  saurions  trop  le  répéter,  qu'on  doive  écouter  en  pa- 
reille matière. 

Comme  livre  destiné  à  l'éducation  de  la  jeunesse  et  admis  à 
faire  partie  des  quinze  cents  volumes  qui  doivent  composer  la 
bibliothèque  d'un  lycée,  le  Manuel  épistolaire  nous  paraît  mé- 
riter un  reproche  que  l'on  peut  trop  souvent  adresser  aux  ou- 
vrages qui  ont  le  même  but.  Pourquoi  apprendre  à  la  jeunesse 
(  p.  3  )  l'existence  des  Lettres  de  Saint-Preuxà  Julie  ,  et  lui  dire 
que  le-style  de  J.  -  J.  Rousseau  ,  dans  ces  lettres  ,  est  brûlant  ? 
Pourquoi  lui  donner  (  p.  4  )  comme  définition  du  style  épisto- 
laire, d'où  sortent,  dit  l'auteur,  toutes  les  règles  qui  doivent 
caractériser  ce  genre,  les  vers  de  VE pitre  aHéloïse  à  Abailard , 
par  Colardeau  ?  11  valait  bien  mieux  s'en  tenir  à  cette  autre  dé- 
finition ,  d'ailleurs  plus  exacte  et  plus  complète  ,  que  nous 
trouvons  à  la  même  page,  et  par  laquelle  nous  terminerons  cet 
article:  «  Puisqu'une  lettre  et  sa  réponse  ne  sont  qu'une  con- 
versation entre  absens,  écrivez  comme  vous  leur  parleriez  s'ils 
étaient  là,  c'est  à-dire  ,  avec  ce  naturel,  cette  facilité,  cetagré- 
ment,  cette  négligence  même  que  demande  ou  permet  un  entre- 
tien familier.  Mettez-y  de  la  mesure  avec  vos  supérieurs  ,  de  la 
franchise  avec  vos  égaux,  de  la  gaîté  avec  vos  amis,  de  la  clarté 
avec  tous.  »  E.  Héreau. 

0,7.  —  *  OEuvres  complètes  de  Voltaire,  avec  des  Remarques 
et  des  Notes  historiques,  scientifiques  et  littéraires.  Paris,  i8'i6- 
1827;  Baudouin  frères,  rue  Vaugirard,  n°  17.  Cette  édition 
se  composera  de  76  volumes  in-8°,  dont  le  prix  est  fixé  à 
3  fr.  5o  c.  le  volume. 

Voltaire  ,  dont  les  écrits  ont  exercé  tant  d'influence  sur  un 
autre  siècle,  si  différent  du  nôtre  par  ses  mœurs  et  par  ses 
habitudes,  doit  aux  circonstances  actuelles  1112  accroissement 
d'influence  et  de  gloire.  La  révolution  avait  détruit  une  partie 
des  nombreux  abus  dont  son  esprit  railleur  et  philosophique 
avait  d'avance  fait  justice;  Voltaire,  toujours  recherché  par  les 
gens  de  goût,  était  cependant  relégué  dans  les  bibliothèques; 
et,  lorsqu'on  le  lisait,  c'était  plutôt  pour  admirer  les  prodi- 
gieuses ressources  de  son  esprit,  que  pour  lui  demander 
des  armes  contre  l'intolérance  et  la  superstition.  Mais  certains 


LITTERATURE.  an 

hommes,  en  prêchant  le  rétablissement  du  règne  honteux  ei 
oppressif  des  préjugés  et  des  privilèges,  en  essayant  même 
de  le  hâter  pai  leurs  manœuvres  imprudentes  et  criminelles, 
ont  acquis  au  philosophe  dont  ils  ne  cessent  de  calomnier  la 
vie  el  les  intentions,  une  vogue  peut-être  plus  éclatante  ei 
certainement  plus  populaire  que  celle  qui  accueillait  auxvme 

siècle  les  productions  de   ce    puissant  génie.   Les    faits   parlent 

ici  plus  haut  que  tous  les  raisonnemens ;  el  ceux  qui  consul- 
teront le  Journal  de  la  librairie ,  auquel  la  cause  des  Lettres  et 
de  la  civilisation  a  déjà  plus  d'une  fois  emprunté  des  argumens 

Irrécusables,  se  convaincront  que  les  injures  des  prétendus 
défenseurs  exclusifs  de  la  religion  et  du  trône,  amis  souvent 
maladroits  el  dangereux,  et  que  les  triomphes  apparens  de 
l'absolutisme,  bien  loin  défaire  baisser  la  valeur  des  écrits 
philosophiques  du  dernier  siècle,  en  ont  évidemment  augmenté 
la  demande,  en  leur  rendant  tout  l'intérêt  du  moment.  La  seule 
maison  des  frères  Baudouin  a  publié  quatre  caillons  des  Œuvres 
de  Voltaire,  remarquables  par  la  beauté  du  papier  et  de 
l'impression  et  par  la  modicité  comparative  du  prix.  Celle  que 
nous  annonçons  aujourd'hui  se  publie  avec  une  rare  exacti- 
tude; trente-deux  volumes  ont  déjà  paru  et  font  espérer  que 
la  seconde  moitié  de  cette  belle  collection  ne  se  fera  paslong- 
tems  attendre  de  ses  nombreux  souscripteurs. 

98.  —  *  Correspondance  de  Fénélon,  archevêque  de  Cam- 
brai, publiée  pour  la  première  fois  sur  les  manuscrits  origi- 
naux et  la  plupart,  inédits.  T.  i-iv.  Paris,  1827;  Ferra  jeune, 
rue  des  Grands- Augustins,  n°  23.  /»  vol.in-8°  de  plus  de  Coo  p. 
chacun  avec  fac-similé;  prix,  du  volume,  6  fr. 

Cette  volumineuse  correspondance  vient  compléter  la  col- 
lection des  OEuvres  co/i/jjlètcs  de  Fénélon ,  publiées  chez  le 
même  libraire  (22  vol.  in-8°,  et  4  vol.  in-8°  de  V Histoire  de 
Fénélon,  par  M.  de  Baussi.t;  prix,  i45  fr.)  Elle  offre  plus  d'un 
genre  d'intérêt.  Les  amis  du  caractère  et 'du  talent  de  Fénélon 
aimeront  à  en  retrouver  la  première  empreinte  dans  ces  con- 
versations familières  de  l'amitié;  ceux  qui  veulent  éclaircir 
l'histoire  en  appelant  à  leur  aide  le  témoignage  des  acteurs  des 
grands  drames  dont  elle  nous  offre  le  récit,  trouveront,  dans 
les  lettres  de  l'archevêque  de  Cambrai,  dintéressans  docu- 
mens  sur  le  duc  de  Bourgogne,  sur  les  missions  de  Saintonge, 
sur  les  querelles  théologiques  dans  lesquelles  se  trouva  engagé 
le  vertueux  prélat,  etc.,  etc.  Ce  sont  de  riches  matériaux  dont 
nous  nous  proposons  de  rendre  un  compte  plus  détaillé,  en 
leur  consacrant  un  article  dans  notre  section  des  analyses,  a. 

99.  — *  Le  Roman  de  Hou   et  des  Ducs  de  Normandie,  par 


2i2  LIVRES  FRANÇAIS. 

Robert Wacb,  poète  normand  du  xn«  siècle i  publié  pour  la  pre- 
mière fois,  d'après  les  manuscrits  de  France  et  d'Angleterre, 
a\  ec  des  notes  pour  servir  à  l'intelligence  du  texte,  par  Frété. 
Pluquet.  Rouen,  1827;  Frère,  éditeur.  2  vol.  in-80;  prix,  20  fr. 

C'est  pour  la  première  fois  que  ,  grâce  aux  souscriptions 
des  Normands  et  d'amateurs  de  la  poésie  du  moyen  âge,  dans 
d'autres  contrées,  on  voir  paraître  un  des  plus  anciens  ouvrages 
composés  dans  la  langue  française.  Cet  ouvrage  est  doublement 
intéressant,  comme  monument  littéraire  et  comme  chronique 
de  la  Normandie.  Il  est  enrichi  d'un  glossaire  et  de  notes  in- 
structives. Nous  consacreronsincessammentune  analyse  au  iïo- 
man  de  Rou.  D — g. 

100.  —  Télémaque  travesti }  poëme  héroï- comique  en  vers 
libres  et  en  douze  chants,  par  Barigot.  Paris,  1825  ;  Sanson. 
In  32  de  vin  et  246  p.;  p»ix  ,  3  fr. 

Marmontel ,  en  disant  (1)  que  le  caractère  qu'avait  pris 
Scarron  dans  son  Enéide  travestie  était  celui  d'un  conteur  naïf 
et  ignorant,  qui  confond  les  tems  et  les  mœurs  ,  et  qui  fait  parler 
tout  son  monde  comme  on  parle  dans  son  quartier ,  a  dit  tout  ce 
qu'il  était  possible  de  dire  en  faveur  de  ces  travestissemens,  et 
a  montré  comment,  au  milieu  des  anachronismes  de  toute 
espèce  dont  ils  fourmillent,  se  trouvait  encore  cette  vérité  dont 
les  beaux-arts  ont  besoin  pour  plaire.  Mais  il  aurait  dû  ajouter 
que  le  poète  qui  prend  ainsi  le  rôle  d'un  bon  bourgeois,  ne 
doit  et  ne  peut  raconter  que  des  actions  connues  de  tout  le 
peuple  auquel  il  s'adresse.  Prétendre  qu'un  artisan  raconte  à 
ses  voisins  les  aventures  d'Énée  ou  de  Télémaque,  est  une  sup- 
position fausse,  tandis  que  l'on  conçoit,  au  contraire,  qu'il 
expose  à  sa  manière  un  grand  événement  contemporain,  ou  une 
de  ces  légendes  nationales  dont  on  a  bercé  son  enfance.  Cela 
étant,  le  sujet  de  X Enéide  et  du  Télémaque  sont  également 
contraires  à  l'hypothèse  du  travestissement. 

Un  autre  défaut  se  trouve  dans  ces  deux  ouvrages,  comme 
dans  la  Henriade  travestie.  Il  n'est  pas  dans  la  nature  qu'un 
conteur  ignorant  fasse  des  narrations  si  longues  :  tout  travestis- 
sement doit  être  court.  Aussi  ne  lit-on  plus  ni  K Enéide  de 
Scarron ,  ni  la  Henriade  travestie,  et  il  y  a  quelque  apparence 
qu'on  ne  lira  pas  long- tems  le  Télémaque  travesti.  Ce  n'est 
pas  qu'il  n'y  ait  de  bonnes  parties,  une  gaîté  soutenue,  des  vers 
tournés  avec  giâce;  mais,  outre  que  l'ouvrage  entier  manque 
de  vérité,  il  a  tous  les  défauts  du  genre,  des  plaisanteries  sou- 


(1)  Voyez  ,   Encyclopédie  méthodique,  Grammaire  et  littérature  ,  au 
mot  Burlesque. 


LITTERATURE.  n3 

vent  triviales,  cl  presque  toujours  tirées  dé  1 1  < > | >  loin  pour 
amuser.  Déplus,  si  le  burlesque  a  un  mérite  réel,  il  consiste 
tans  doute  dans  la  peinture  naïve  des  mœurs,  des  habitudes 
des  hommes,  el  surtout  dans  l'occasion  qu'il  offre  au  poète  de 
Frapper  d'un  ridicule  ineffaçable  lotîtes  ces  actions  ou  ces  qua- 
lités que  les  préjugés  du  vulgaire  en\  ironnent  de  considération 
ou  de  gloire.  Marmontel  a  cité,  avec  trop  de  complaisance 
peut-être,  quelques  passages  de  Scarron  où  ces  qualités  se 
trouvaient  réunies.  Nous  sommes  fâchés  de  n'en  avoir  pas  ren- 
contré de  pareils  dans  l'ouvrage  de  M.  Barigot  :  nous  aurions 
aimé  à  nous  dédommager  par  une  bonne  citation  de  ce  que 
notre  critique  peut  avoir  de  sévère.  B.  J. 

101.  —  * Chants  du  s/ccle,  par  Adolphe  Nicolas.  Paris,  1828; 
Ponthieu  et  compagnie,  Palais-Royal;  Leipzig,  Ponîhieu, 
Michelsen  et  compagnie.  In-8°  de  194  pages;  prix,  4  fr.  5o  c. 

Ce  titre  peut  paraître  d'abord  ambitieux;  mais,  quand  on  a 
lu  le  recueil,  on  est  intimement  convaincu  que  l'auteur  a  voulu 
seulement  indiquer  le  sujet  et  le  but  de  ses  chants,  où  il  se  pro- 
posait de  rappeler  les  faits  les  plus  mémorables  de  notre  siècle, 
et  de  revêtir  des  couleurs  de  la  poésie  les  idées  et  les  senti - 
mens  les  plus  généralement  répandus  de  nos  jours.  Dans  ce 
sens,  son  titre  est  complètement  justifié.  On  retrouve  dans  ses 
vers  et  la  pitié  des  nations  pour  les  malheureux  esclaves  d'A- 
frique, et  l'admiration  pour  les  héros  que  les  Turcs  croyaient 
pouvoir  regarder  comme  leurs  esclaves,  et  l'indignation  géné- 
rale contre  la  tyrannie  dont  les  divans  apostoliques  menacent 
les  peuples  les  plus  éclairés,  et  le  prestige  qui  s'attache  au  gé- 
nie de  Bonaparte,  même  dans  l'esprit  des  hommes  les  plus  vi- 
vement blessés  du  despotisme  de  Napoléon,  et  l'espérance  que 
nourrit  l'Europe  entière  de  voir  enfin  la  liberté  triompher  de 
ses  ennemis.  On  sent,  dans  tout  l'ouvrage,  les  élans  d'un  cœur 
généreux  qui  palpite  an  nom  de  la  patrie.  Bien  loin  d'imiter 
ces  écrivains  qui  croient  se  donner  un  air  de  génie  en  rabais- 
sant tons  nos  grands  hommes,  M.  Nicolas  consacre  une  de  ses 
pièces  à  l'éloge  de  Montesquieu;  bien  loin  de  se  prosterner 
sans  cesse  devant  l'étranger,  ce  sont  les  noms  de  Marceau  ,  de 
Hoche,  de  Joubert ,  qu'il  offre  à  nos  hommages  et  «à  nos  regrets. 

Cette  noble  direction  donnée  à  ses  travaux  suffirait  pour  at- 
tirer sur  son  livre  la  faveur  du  public.  Mais  ses  vers  se  recom- 
mandent par  d'autres  mérites  à  l'attention  des  amateurs  de  la 
poésie.  On  y  reconnaît,  ce  qui  est  bien  plus  rare  de  nos  jours 
qu'on  ne  le  pense  et  surtout  qu'on  ne  l'imprime,  un  véritable 
talent  poétique.  Sans  doute,  ce  talent  n'est  pas  encore  parvenu 
à  la  pureté  vigoureuse  que  donnent  de  profondes  études  et 


2i/,  LIVRES  FRANÇAIS. 

l'influence  prolongée  de  sages  el  sévères  conseils.  Mais  il  s'é- 
lève déjà,  dans  quelques  morceaux,  à  une  hauteur  remar- 
quable. Aucun  homme  capable  de  juger  des  vers  ne  pourra  me 
contredire,  après  avoir  lu  la  strophe  suivante  ,  tirée  de  la  pièce 
sur  Montesquieu  dont  je  viens  de  parler. 

Des  âges  celui-ci  moissonne  la  richesse  : 
Chargé  de  leurs  trésors  ,  il  vanne  en  sa  sagesse, 
Comme  un  froment  impur,  les  lois  des  nations. 
La  paille  est  sous  ses  yeux  par  les  vents  emportée. 
Et  des  plus  saintes  lois  la  semence  restée 
Des  siècles  dore  les  sillons. 

Sauf  une  ou  deux  expressions  qu'il  serait  utile  ,  mais  peut- 
être  difficile  de  changer,  cette  strophe  rappelle  la  manière  de 
nos  grands  écrivains.  Le  jeune  auteur,  qui  a  rendu,  avec  celle 
précision,  cette  fermeté  et  cet  éclat,  une  grande  pensée ,  qui, 
en  employant  les  expressions  les  plus  hardies,  a  su  les  prépa- 
rer de  manière  à  ce  qu'elles  parussent  naturelles,  et  les  assor- 
tir entre  elles  avec  assez  d'art  pour  en  former  un  ensemble  de 
bon  goût,  reconnaîtra  bientôt  de  lui-même  ce  qui  manque  à 
quelques-uns  de  ses  chants.  Il  sentira  combien  le  choix  d'un 
sujet  vague  et  mal  défini  peut  nuire  au  développement  du  ta- 
lent; il  effacera  quelques  traits  dus  sans  aucun  doute  à  l'influence 
qu'ont  exercée  sur  lui,  peut-être  à  son  insu,  les  louanges  pro- 
diguées chaque  jour  à  des  productions  du  goût  le  plus  bizarre 
et  le  plus  faux.  Une  étude  nouvelle  des  grands  écrivains  anti- 
ques et  des  auteurs  modernes  formés  à  leur  école,  achèvera  de 
lui  révéler  tous  les  secrets  de  la  composition  et  du  style.  Alors, 
une  ordonnance  plus  forte,  des  idées  mieux  arrêtées,  un  choix 
plus  sévère  des  images  ,  feront  ressortir  avec  plus  d'avantage 
l'élégance  et  l'harmonie  qu'on  remarque  déjà  dans  sa  versifi- 
cation. Ces  deux  qualités  si  précieuses  me  semblent  portées  à 
un  haut  degré  dans  ces  stances  d'une  jolie  pièce  intitulée 
V Idéal: 

Ainsi  l'atome  imperceptible 
Dont  Dieu  forma  les  vastes  mers  , 
Tantôt  roule  en  vague  terrible, 
Et,  sous  les  feux  d'un  ciel  paisible  , 
Tantôt  s'exhale  dans  les  airs. 

Tantôt,  du  marbre  des  fontaines 
Il  s'écoule  parmi  les  fleurs; 
Ou  ,  nuage  aux  courses  lointaines  , 
Au  front  des  Andes  souveraines 
11  vogue  en  brillantes  vapeurs, 


!  [TTÉRÀTURE. 
\n\  baignoires  des  Bayadères 
Llndus  peut-être  Pa  rené; 
El  vos  pieds  t  en  neiges  légères, 
De  Morven  timides  bergères  , 
Sur  vos  montagnes  Pont  presse. 


Quand  je  te  vois,  ma  bien-aîmée, 
Soudain  s'envolent  mes  revers; 
Car  ton  haleine  est  parfumée 
Comme  L'encens  de  l'iduméc, 
Comme  la  myrrhe  des  déserts. 

Viens  sur  la  pourpre  du  nuage  , 
Virus  clans  mes  bras  dormir  encor: 
Que  j'aime  le  zéphyr  volage  , 
Quand  il  caresse  mon  visage 
Des  parfums  de  tes  tresses  d'or  ! 

Ce  n'est  pas  seulement  l'élégance  et  l'harmonie  qu'on  doit 
louer  dans  celte  dernière  stauce;  c'est  aussi,  c'est  surtout  le 
bonheur  de  l'expression  poétique  caresser  des  parfums.  Dans  le 
début  du  chant  de  la  Tribune ^  L'auteur  a  fait  preuve  d'un  mé- 
rite encore  plus  rare,  du  talent  de  l'éloquence  en  vers.  On 
rencontre  souvent  dans  son  recueil  des  images,  des  rappro- 
chemens,  des  impressions  qui  lui  appartiennent.  Il  sait  non- 
seulement  s'exprimer,  mais  encore  sentir  en  poëte.  En  un  mot, 
ce  début  est  du  plus  favorable  augure;  il  annonce  un  écrivain 
distingué,  et  doit  assurer  à  M.  Nicolas  les  suffrages  de  tous  les 
amis  des  lettres.  J.  R.  A. 

102. — *  Contes  en  vers  et  poésies  de  Charles  Pougens,  de  l'In- 
stitut de  France,  Académie  royale  des  inscriptions  et  belles- 
lettres.  Paris,  1827;  Firmin  Didot.  In-18;  1  fr.  80  c. ,  et  franc 
de  port,  2  fr. ;  prix,  papier  vél. ,  3  fr. 

A  la  fraîcheur,  à  la  grâce  qui  caractérisent  ces  poésies,  on 
aurait  peine  à  croire  que  l'auteur,  plus  que  septuagénaire, 
s'occupe,  depuis  cinquante  ans,  d'arides  recherches  étymolo- 
giques (1),  si  déjà  il  ne  nous  avait  convaincus,  en  publiant 
ses  Quatre  Ages,  ses  Lettres  d'un  chartreux,  ses  Lettres  de  Sos- 


(  1  )  Trésor  des  origines  et  Dictionnaire  grammatical  raisonné  de  la  langue 
française,  Spécimen.  Paris,  1819.  Imprimerie  royale  ;  1  vol.  in-4°. — 
Archéologie  française  ,  ou  Vocabulaire  de  mots  anciens  tombés  en  désué- 
tude, et  propres  à  être  restitués  au  langage  moderne,  accompagné 
d'exemples  tirés  des  écrivains  français  des  xne,  xrn<-,  xive,  xve  et  xvie 
siècles,  manuscrits  ou  imprimés.  Paris,  veuve  Desocr,  rue  des  Poite- 
vins ,  n°  i2«  a'vol.  in-8°. 


ii6  LIVRES   FRANÇAIS. 

thèneà  Sophie  t  sa  jolie  anecdote  de  Jocho ,  Àlberic  et  Sélènie, 

ou  Comme  le  teins  passe,  etc.,  qu'il  sait,  quand  il  le  veut, 
sacrifier  aux  grâces,  et  allier  a  la  plus  vaste  érudition  la  gaîté 
et  l'élégance.  On  retrouve,  dans  plusieurs  des  poésies  que 
nous  annonçons  ici,  cette  sensibilité  touchante  qui  charme  le 
lecteur  dans  les  Lettres  d'un  chartreux.  Le  portrait  d'une 
jeune  fille  par  un  papillon  offre  ces  peintures  gracieuses  qui 
embellissent  les  Quatre  Ages.  Dans  d  autres  pièces,  telles  que 
le  pauvre  Jack y  le  Philosophe  et  le  Charlatan,  les  Mémoires 
pour  servir  à  l'histoire  de  V espérance,  etc.,  l'auteur  laisse  échap- 
per une  foule  de  traits  de  cette  malice  philosophique  qui  étin- 
celle dans  ses  Contes  du  vieil  Ermite  de  la  vallée  de  Vauxbuin , 
dans  son  Abel  ou  les  trois  Frères,  et  dans  ses  Lettres  philosophi- 
ques, etc.  Enfin,  on  remarque,  dans  les  pièces  dont  ce  recueil  est 
composé,  celte  pureté,  cette  élégance  qui  ont  fait  considérer  les 
ouvrages  de  M.  Charles  Pougens  comme  des  modèles  de  style. 
Ce  célèbre  académicien  a  prouvé  qu'il  savait  également  bien 
écrire  en  prose  et  en  vers,  talent  qui  n'a  été  donné  qu'à  un 
très-petit  nombre  d'écrivains. 

Th.L.,  de  la  Société  philotechnique  ,  etc. 

io3. — Almanach  des  Muscs  pour  Vannée  1828.  Paris,  1827; 
Audin.  In- 18,  grand  raisin,  de  320  pages;  prix  ,  3  fr. 

104.  —  Annales  romantiques ,  recueil  de  morceaux  choisis  de 
littérature  contemporaine.  1827- 1828.  Paris,  1827;  Urbain 
Canel.  Ini8  grand  raisin,  avec  gravures;  prix,  6  fr. 

Rivales  modernes  de  V Almanach  des  Muses,  dont  l'antique 
gloire  est  un  peu  déchue,  les  Annales  romantiques ,  après  trois 
années  d'existence,  semblaient  lui  avoir  abandonné  le  champ 
de  la  poésie;  mais  leur  publication  n'avait  été  que  momentané- 
ment suspendue,  et  leur  éditeur  reparaît  avec  une  double  ré- 
colte faite  pendant  les  deux  années  qui  viennent  de  s'écouler. 
Si,  avec  les  anciennes  institutions,  les  anciennes  moeurs,  les 
anciens  préjugés,  nous  devions  repousser  entièrement  l'an- 
cienne poésie,  le  procès  entre  le  classique  et  le  romantisme  se- 
rait bientôt  jugé;  si,  comme  dans  tout  ce  qui  tient  à  la  mode, 
le  nouveau  devait  toujours  l'emporter  sur  le  vieux,  l'avantage 
des  Annales  romantiques  sur  X Almanach  des  Muses  serait  in- 
contestable. Mais  nous  n'avons  pas  tout  rejeté  des  institutions 
et  des  mœurs  du  tems  passé;  nous  reconnaissons  qu'elles  avaient 
quelque  chose  de  bon  ,  ainsi  que  la  littérature  de  cette  époque, 
et  la  Mode,  cette  déesse  capricieuse  que  l'on  devrait  aussi  re- 
présenter avec  une  roue  et  un  bandeau,  attributs  de  la  For- 
tune, nous  ramènera  peut-être  un  jour  le  goût  des  anciennes 
études  et  l'amour  des  productions  par  lesquelles  Corneille,  Mo- 


LITTÉRATURE.  vr 

Hère,  Racine,  Lafontainc  cl  Boileau  ont  illustre  le  siècle  du 
Louis  \l\  . 

N'eu  déplaise  a  M.  l  ivtor  lh  oo,  donl  le  manifeste  en  faveur 
de  l'école  romantique  ouvre  les  Annales,  la  littérature  classique 
p'est  pas  encore  morte,  et  peut-êire  même  la  poétique,  si  ex- 
traordinaire et  toul  à  la  fois  si  intéressée,  de  l'auteur  de  Crom- 
(iv//  raffermira-t-elle  dans  la  bonne  route;  ceux  que  l'espoir  de 
succès  faciles  aurait  pu  en  détourner.  L'heureux  antagoniste 
(!(>cc  poète,  M.  m.  Lavaative ,  a  moins  de  constance  dans  les 
idées;  il  a  quitté  le  titre  général  et  quelquefois  peu  juste  de 
Méditations)  qu'il  avait  donné  à  ses  premières  poésies,  pour 
adopter  celui  à'  Harmonies  poétiques,  qui  nous  parait  encore  pins 
vague.  Les  partisans  de  l'école  moderne  ne  cessent  de  s'armer 
de  l'autorité  d'une  femme  célèbre,  de  M"'c  de  Staël  qui,  la 
première  en  France,  a  écrit  que  la  littérature  doit  être  l'expres- 
sion de  la  société  ;  l'auteur  des  Harmonies  croit-il  être  l'organe 
des  sentimens  de  son  siècle  en  disant  à  l'Italie  (p.  18  )  : 

Que  t'importe  où  s'en  vont  l'empire  et  la  victoire? 

Les  étranges  images  que  l'on  trouve  dans  le  Chant  du  Morlaque, 
morceau  en  prose,  par  M.  Ch.  Nodikr,  seraient-elles  aussi  un  be- 
soin de  notre  siècle  et  l'expression  de  notre  société?  Ne  doit-on 
pas  s'étonner  que  la  plume  d'un  homme  de  goût  et  de  talent  ait 
pu  tracer  de  pareilles  horreursque  celles  qu'on  lit  à  la  pag.  n/4? 
L'éditeur  n'aurait-il  pas  dû  nous  faire  grâce  également  du  songe 
de  Jean  Paul ,  autre  morceau  en  prose  dont  M™  de  Staël 
elle-même  a  dit  qu'il  ressemble  un  peu  au  délire  de  la  fièvre 
et  doit  être  jugé  comme  tel?  A  côté  de  ces  pièces,  dont  le 
moindre  inconvénient  est  de  fatiguer  l'imagination,  on  en  ren- 
contre qui  ne  sont  que  ridicules,  tels  sont  quelques  passages  de 
celle  de  M.  Alfred  de  Vigny,  où  Moïse  demande  à  Dieu  :  «  Ne 
finirai- je  pas  ?  »où  il  lui  reproche  de  ne  l'avoir  pas  laissé  homme 
avec  ses  ignorances,  et  de  l'avoir  fait  sage  parmi  les  sages;  telle 
est  encore  une  invocation  de  M.  S.  B.  à  la  Rime,  véritable  logo- 
griphe,  où  l'auteur,  trop  occupe  de  son  sujet,  semble  avoir  ou- 
blié la  Raison,  qui  doit  être  la  compagne  inséparable  de  la  rime  ; 
tels  sont  les  vers  de  M.  Emile  Deschamps  à  Mme  Anna  D*  ;  telles 
sont  enfin  les  exclamations  suivantes  de  M.  Pauthier  de 
Censay  : 

Cieux  ,  montagnes  ,  torrens,  éclairs  ,  vents  ,  fleuve  ,  orages  ! 
Tous  ,  j'ai  pour  vous  comprendre  en  vos  beautés  sauvages  , 
Une  à  me  impétueuse. 

Nous  pourrions  bien  aussi  demander  compte  a  M.  Soumet, 
poète  en  général  très  pur  et  très-correct ,  de  cette  expression  : 
La  démence,  d'une  palme  coupable  (p.  19),  et  à  M.  Notaris,  de 


2i8  n\  RES  FRANÇAIS, 

cette  autre  :  L'ombre  taciturne  de  la  nuit  (p.  2/,);  nous  pour- 
rions dire  eucore  que  les  noms  de  deux  de  nos  meilleurs  poètes 
modernes,  qu'on  ne  peut  guère  aceuser  de  romantisme,  MM.  Ca- 
simir Dei.ayicnk  et  Blranger,  (igurent^dans  ce  volume,  au- 
dessous  de  pièces  qui  ne  sont  guère  à  la  hauteur  de  leur  lépu- 
tation;  mais  nous  aimons  mieux  terminer  notre  revue  en  signa- 
lin  t  de  jolis  vers  de  M.  de  Latouche  sur  un  vieux  sujet,  une  pièce 
d'un  auteur  peu  connu,  M.  Cave,  qui  a  pour  titre  :  A  une  pe- 
tite fille  mourante ,  et  où  respirent  la  grâce  et  la  naïveté;  quel- 
ques vers  descriptifs  de  M.  Chênedoleé,  qui  contrastent  avec 
le  ton  élégiaque  et  trop  uniforme  du  recueil,  et  Y  Invocation  à 
la  poésie ,  de  Mme  Tastu. 

Il  y  a  beaucoup  plus  de  variété  dans  X  Al/nanach  des  Muses , 
où  l'on  retrouve  tous  les  genres,  depuis  la  ballade  et  le  sonnet 
jusqu'à  l' Hellénienne ,  création  moderne,  et  la  Marine  poétique ;, 
dont  nous  voyons  ici  la  première  tentative,  due  à  M.  Edmond 
Oéraud,  connu  depuis  long-tems  par  d'agréables  romances. 
Partisan  de  la  distinction  des  genres,  nous  blâmons  toutes  ces 
dénominations  nouvelles  qui  ne  constituent  pas  un  genre  véri- 
tablement neuf,  et  qui  ne  tendent  qu'à  amener  la  confusion  en 
poésie,  comme  elles  ont  amené  la  confusion  en  histoire  natu- 
relle; au  lieu  d'admettre  des  noms  nouveaux,  nous  voudrions 
même  bannir  ceux  des  noms  anciens  qui  ne  s'appliquent  qu'à 
la  forme  et  non  pas  à  l'essence  d'un  poëme.  Dans  X Almanach 
des  Muses  de  cette  année,  comme  dans  celui  des  années  précé- 
dentes, nous  remarquons  que  les  fables  sont  en  majorité;  dans 
ce  genre  si  difficile,  quoiqu'il  paraisse,  facile  à  la  médiocrité, 
nous  avons  à  citer  le  Partage  de  la  terre,  par  M.  Léon  Halevy, 
les  deux  Moineaux,  par  M.  Naudet  ,  et  le  Rossignol  et  l'Alouette, 
par  M.  Agniel.  Les  autres  pièces  du  recueil  qui  nous 
semblent  dignes  d'une  mention  particulière,  sont  les  stances  de 
M.  Michaux- Clovis,  sur  la  mort  d'un  nouveau-né;  la  Fille  at- 
tentive ,  par  L.  Ad.  de  la  Vilette  ;  le  Château,  par  M.  Brès;  le 
Charme ,  par  M.  Evariste  Boulay-Paty,  et  le  Sexagénaire,  par 
feu  Désaugiers.  Avec  un  peu  de  soin  et  de  persévérance  de  la 
part  de  l'éditeur,  M.  Gensoul,  qui  a  souvent  fait  preuve  de  goût 
dans  ses  propres  compositions,  il  n'est  pas  impossible  que  X Al- 
manach des  Muses  reprenne  son  ancienne  splendeur,  surtout  si 
un  ordre  social  plus  stable  et  plus  satisfaisant  vient  rendre  à  nos 
poètes  de  doux  loisirs  et  à  la  société  le  besoin  d'émotions  douces 
et  paisibles.  E.  Héreau. 

io5.  —  A  la  mémoire  de  Talma  ;  ode  suivie  de  notes  ,  par 
Nestor  de  Lamarque.  Paris,  1827;  Ladvocat  et  Delaunay.  In- 
8°   de  32  pages;  prix  ,  1  fr.  5o  c. 

106. — Les  Novembriseurs x  improvisation  lyrique  dédiée  à  la 


UÏTI'.llATl  IU..  aig 

Cour  royale  de  I  *.i  i  i  -> ,  par  Nestor  de  Lamarqi  i.  Paris,  1829  > 
Ladvocai  el  Delaunay.  In  8°  de  7  pages. 

Des  pensées  honorables,  exprimées  souvent  en  beaux  vers , 
recommandent  ces  deiix  odes,  ou  du  reste  l'on  désirerait  une 
plus  grande  originalité,  s(»it  dans  la  composition  de  l'ensemble, 

soit  dans  les  idées.  .Mais  railleur,  qui  a  donné  déjà  (les  preuve-» 
de  Mtn    talent    comme  poêle  ,  et   (l'un  noble  Caractère    comme 

citoyen,  n'attache,  sans  doute  ,  que  peu  d'importance  aux  deux 
opuscules  dont  nous  venons  d'écrire  les  titres ,  et  nous  atten- 
dons de  lui  d'autres  productions  pour  le  faire  apprécier. 

107.  —  Étrennes  a  M.  de  Villèle,  ou  nos  Adieux  au  ministère; 
par  -Nïm.y  el  Barthélémy.  Paris,  18^8;  À.mbroise  Dupont. 
în-8°  de  •?.<)  pages;  prix  ,  1  fr. 

Dans  celte  épître,  les  auteurs  rappellent  succinctement,  et 
sous  des  couleurs  presque  toujours  très-poétiques,  les  derniers 
actes  anti-nationaux  d'un  ministère  en  partie  tombé.  Le  défaut 
de  plan,  le  manque  d'Originalité  et  d'invention,  s'y  font  sentir, 
comme  dans  tous  les  derniers  ouvrages  des  mêmes  auteurs,  et 
cela  n'est  pas  étonnant  ;  mais  nous  ne  devons  pas  moins  leur 
reconnaître  une  facilité  merveilleuse  à  exprimer  en  vers  les  idées 
qui  semblent  le  plus  rebelles  à  la  poésie. 

108.  —  Épître  à  sir  ïFaltcr  Scott,  par  Cordellier-Delanouf. 
Paris,  1826;  Ambroise  Dupont.  In-  8°  de  3o  p.;  prix,  1  fr.  5o.  c. 

Il  y  a  dans  cette  épître  de  la  gaîtéde  la  légèreté,  de  l'élé- 
gance et  de  l'originalité  dans  le  style;  l'auteur  y  professe  d'ail- 
leurs les  sentimens  les  plus  louables;  mais  il  a  si  fort  abusé 
du  droit  que  se  réservent  les  poètes  épistolaires  de  passer  d'un 
sujet  à  l'autre,  qu'il  est  impossible  de  se  faire  une  idée  précise 
ni  des  objets  dont  il  parle,  ni  surtout  de  la  liaison  qu'ils  ont 
entre  eux. 

Le  but  direct  et  avoué  de  l'auteur  est  de  juger  Walter  Scott 
dont  il  est  néanmoins  un  grand  admirateur:  il  lui  adresse,  à 
cette  occasion,  ces  vers  dont  tout  le  monde  sentira  la  justesse: 

Parfois  du  vieil  Homère  imitant  le  repos, 
Tu  fais  un  peu  long-tems  bavarder  tes  héros  , 
Et  jaloux  d'occuper  la  moitié  du  volume, 
Les  entretiens  sans  fin  s'amassent  sous  ta  plume. 

Il  est  vrai  que  c'est  grâce  à  ces  nombreux  colloques 

Que  des  plumes  sans  nom  ,  des  auteurs  équivoques 

Parviennent  à  fournir  vingt  ouvrages  par  an. 
t  ♦•.,  D        1    •  p      l 

Jusqu  au  sixième  tome  on  conduit  un  roman, 

En  faisant  converser,  autant  qu'il  est  possible  , 

Le  tyran,  l'héroïne  et  le  geôlier  sensible  ! 


2  2o  LIVRES  FRANÇAIS. 

Ce  passage  montre  que  M.  Cordelîier  Delanoue  n'épargné 
pas  la  critique  à  ses  compatriotes;  il  a  raison,  au  reste,  et  si 
l'on  peut  lui  adresser  un  reproche,  c'est  d'avoir  été  trop 
prompt  à  louer.  L'épître  et  la  satire  doivent,  être  avares  de 
louanges.  B.  J. 

109.  —  *  Comédies  historiques  ;  par  L.  Népomucène  Lemer- 
cier,  membre  de  l'Institut  de  France,  Académie  française. 
Paris,  1828;  Ambroise  Dupont  et  compagnie.  In-8°  de  400  pag.; 
prix ,  7  fr. 

Nous  nous  bornons  aujourd'hui  à  transcrire  le  titre  de  ce  re- 
cueil, nous  réservant  de  l'examiner  plus  tard,  dans  la  section 
des  Analyses,  avec  l'attention  que  réclament  la  célébrité  des 
ouvrages  qui  le  composent,  et  la  nouveauté  du  genre  dont  ces 
ouvrages  ont  été  en  France  le  premier  essai.  Ce  volume  ren- 
ferme Pinto  ,  représenté  en  1800  sur  la  scène  française  ,  et  gé- 
néralement regardé  comme  l'une  des  productions  les  plus 
remarquables  de  son  auteur;  la  Journée  des  Dupes ,  reçue 
en  1804 ,  et  à  qui  les  ombrageux  scrupules  de  la  censure  n'ont 
laissé  que  les  applaudissemens  des  salons;  enfin  X Ostracisme , 
comédie  grecque,  qui,  je  crois,  sera  nouvelle  pour  tout  le 
monde.  Cette  table  des  matières  et  le  nom  de  M.  Lemercier 
doivent  suffire  pour  éveiller  la  curiosité  des  lecteurs  et  les  en- 
gager à  chercher,  dans  cette  intéressante  publication,  ce  qu'il 
ne  leur  est  pas  permis  de  voir  au  théâtre.  H.  P. 

1 10. —  Tliéâtre  de  M.  Comte  ,  dédié  à  l'enfance.  Paris,  1 828; 
Baudouin  frères.  In-18  de  246  pages;  prix,  1  fr. 

C'est  un  dangereux  moyen  d'éducation  que  l'habitude  de 
faire  jouer  par  les  enfans  des  pièces  de  théâtre.  On  a  beau  choi- 
sir les  héros  de  ces  drames  parmi  les  enfans  eux-mêmes,  il  est 
à  craindre  que  cette  occupation  ne  leur  communique  un  esprit 
de  paresse  et  de  désœuvrement;  qu'elle  ne  prédispose  à  la 
dissimulation  les  âmes  encore  tendres  et  incapables  de  distin- 
guer le  bien  du  mal  ;  et,  surtout,  si  quelques  applaudissemens 
d'une  complaisance  imprudente  viennent  tourner  la  tête  des 
jeunes  acteurs ,  qu'égarés  par  la  vanité  ils  ne  conçoivent  d'eux- 
mêmes  une  idée  beaucoup  trop  avantageuse  ,  et  dès  lors  fausse 
et  funeste.  Ce  n'est  qu'à  l'amour  aveugle  des  parens  ,  à  la  com- 
plaisance de  quelques  maîtres,  qu'il  faut  attribuer  la  faveur 
accordée  quelquefois  à  ce  genre  d'instruction;  nous  voudrions 
le  voir  bannir  de  toutes  les  réunions  d'enfans,  non  comme  ob- 
jet de  lecture,  mais  comme  sujet  de  représentation.  En  admet- 
tant même  que  les  pièces  de  théâtre  n'aient  aucun  danger  pour 
les  enfans  qui  les  jouent,  encore  faudrait-il  que  la  donnée 
principale  des  ouvrages  qui  leur  sont  destiné' ,  fût  toujours 


LITTÉRATT  RE.  221 

vraie  et  morale  :  or,   sur    les  quatre    pièces   qui  composent   le 

\oliiine  que  nous  annonçons,  quand  ou  voit  figurer  àes époux 
de  cinq  ans  et  le  Petit  Poucet  ;  <jui  ne  se  demande  si  de  pareilles 
idées  ue  doivent  pas  être  plus  pernicieuses  qu'utiles  à  l'enfance  ' 

lr  Jour  de  médecine,  où  l'on  trouve  d'ail  leur  g  beaucoup  de 
eaitc,  n'est  j>as  non  plus  d'un  très-bon  exemple,  puisqu'on  y 

voit  <\cu\  enfans  tromper  leur  père  au   sujet  d'une   médecine 

(pie  l'un  doit  prendre,  et  que  l'autre  avale  à  sa  place.  Les  Deux 
Apprentis  n'ont  aucun  de  ces  défauts  ;  ils  offrent  plus  d'intérêt, 
et  les  caractères  y  sont  bien  tracés.  Mais  les  personnages  sor- 
tent de  l'enfance,  car  le  plus  jeune  a  quatorze  ans.  Ce  n'est 
donc  point  sur  cette  pièce  que  tombe  le  reproche  que  je  faisais 
tout  à  l'heure  aux  autres  :  mais  elle  est  unique,  et  n'appar- 
tient déjà  plus  à  l'enfance.  Quoi  qu'il  en  soit ,  ce  petit  livre  pro- 
curera une  lecture  agréable  aux  enfans  et  pourra  fournir  à 
leurs  parens  ou  à  leurs  instituteurs  des  sujets  de  conversation 
propres  à  les  intéresser.  B.  J. 

in. — Le  Fratricide ,  ou  Gilles  de  Bretagne  ,  chronique  du 
i5e  siècle;  par  M.  le  vicomte  AValsii.  Paris,  1827  ;  Ilivcrt. 
2  vol.  in-12  de  340  pages;  prix, 6  Çv.  60  c. 

Jusqu'à  présent,  à  chaque  phase  de  l'esprit  humain,  l'homme 
de  génie  qui  a  pris  l'initiative,  et  qui,  marchant  selon  la  ten- 
dance de  son  siècle,  a  fait  les  premiers  pas  en  avant,  a  tou- 
jours entraîné  à  sa  suite  un  cortège  d'imitateurs.  Les  sciences 
ont  eu  une  marche  plus  républicaine  et  plus  également  pro- 
gressive; mais  dans  les  arts  et  dans  la  littérature,  nous  avons 
vu  se  succéder  divers  souverains,  ou  chefs  d'école.  Il  est  même 
arrivé  que  le  monarque  régnant  a  fait  des  conquêtes  en  pays 
étranger,  et  que  l'imitation  s'est  étendue  au  loin.  Quoique  la 
doctrine  de  l'individualité  fasse  de  jour  en  jour  des  progrès 
parmi  nous,  et  que  nous  touchions  peut-être  au  tems  où  cha- 
cun sera  tenu  d'avoir  son  mérite  propre,  et  de  s'abandonner 
davantage  à  ses  inspirations  pour  être  quelque  chose,  cepen- 
dant nous  sommes  loin  d'être  affranchis  de  tout  despotisme 
littéraire.  Walter  Scott  nous  gouverne  encore,  à  quelques 
égards  (il  est  vrai,  dans  le  sens  des  besoins  du  moment  et  de 
l'opinion  publique);  mais  au  lieu  d'étudier  la  manière  dont  il 
envisage  la  nature,  dont  il  sait  lui  dérober  ses  secrets,  la  ra- 
nimer, et  la  faire  revivre  après  des  siècles,  nous  nous  bornons 
à  copier  servilement  ses  effets,  et  jusqu'à  ses  caractères;  à  poser 
le  pied  dans  l'empreinte  qu'il  a  laissée,  avec  la  gaucherie  et  la 
gène  qu'impose  une  pareille  contrainte.  Le  roman  du  Fratricide 
est  une  imitation  évidente  des  romans  écossais;  on  y  trouve 
des  descriptions  de  lieux  et  de  costumes  ,  des  cortèges  royaux  , 
des  indications   superficielles  de  mœurs  féodales,  et  parfois 


222  LIVRES  FRANÇAIS. 

du  mouvement  dramatique  et  de  l'intérêt  :  c'est  une  tradition 
meilleure  que  la  tradition  fade  et  sentimentale  des  romans 
d'amour  et  de  chevalerie  qu'on  nous  a  donnés  si  long-tems; 
mais  ce  n'est  pas  là  une  création  :  il  y  a  trop  de  réminiscences 
et  de  respect  pour  tels  ou  tels  précédens.  L'épisode  d'Armelle 
de  Beaumanoir  attendrirait  bien  plus  profondément,  si  le  lé- 
preux de  la  cité  d'Aoste  ne  l'eût  pas  précédé.  Cependant  il  y- 
a  du  talent  dans  ce  récit,  et  plus  qu'il  n'en  faudrait  pour 
émouvoir  avec  une  donnée  nouvelle.  L'ouvrage  est  écrit  avec 
beaucoup  de  facilité;  les  détails  en  sont  intéressans;  mais  la 
dernière  situation  de  Gilles  de  Bretagne  est  trop  prolongée,  et 
amène  une  grande  monotonie  dans  le  second  volume  :  les  in- 
cidens,  toujours  très-romanesques,  s'y  multiplient  sans  motif 
et  sans  éveiller  la  curiosité.  Il  y  a  aussi  trop  d'invraisemblance 
à  la  fin.  On  ne  peut  pas  s'expliquer  l'odieux  de  certains  per- 
sonnages :  tout  est  en  surface,  et  rien  en  profondeur.  Quand 
nous  voyons  aller  et  venir  dans  la  rue  une  foule  de  passans, 
nous  ne  prenons  que  fort  peu  ou  point  d'intérêt  à  leur  em- 
pressement; mais  si,  étudiant  leurs  physionomies,  nous  cher- 
chons à  pénétrer  les  motifs  qui  les  mettent  en  mouvement, 
qui  impriment  à  leurs  traits  un  caractère  soucieux  ou  un  air 
de  joie,  si  enfin  nous  sommes  dans  le  secret  de  leur  ambition  , 
de  leurs  goûts,  de  leurs  plaisirs,  ce  spectacle  nous  plaît,  nous 
intéresse.  Notre  curiosité  est  éveillée  :  ce  ne  sont  plus  des  au- 
tomates, des  machines  mouvantes,  mais  des  hommes  avec 
lesquels  nous  sympathisons;  c'est  là  l'effet  que  nous  cherchons, 
que  nous  attendons  d'un  habile  romancier  ;  c'est  là  ce  qui 
établit  une  si  énorme  distance  entre  Waller  Scott  et  ses  nom- 
breux imitateurs.  L.  Sw.  B. 

112.  —  *Lc  colonel  Duvar,  fils  naturel  de  Napoléon  ,  ouvrage 
publié  d'après  les  mémoires  d'un  contemporain.  Paris,  1827; 
Baudouin  frères.  4  vol.  in- 12  de  plus  de  200  pages  chacun;  prix, 
12  fr. 

Le  colonel  Duvar  était,  à  l'époque  de  sa  mort,  arrivée  en 
1821 ,  un  homme  d'environ  34  ans.  Dans  son  enfance,  on  ne 
l'avait  nommé  que  le  Petit  Léon;  et  lui-même,  fils  reconnu  et 
légitime  de  Çeu  M.  Duvar,  hésitait  à  s'approprier  ce  nom  qui 
pouvait  bien  ne  lui  pas  appartenir.  Un  ami  de  sa  mère  ,  qu'elle 
appelait  Qpalone,  avait  été  son  tuteur,  l'avait  comblé  de  bienfaits, 
l'avait  protégé  d'une  manière  psesque  miraculeuse  dès  ses  plus 
jeunes  années.  Duvar,  ou  le  Petit  Léon ,  eût  donné  sa  vie  pour 
Opalone  ;  mais  Opalone  meurt  avant  que  son  élève  ait  atteint 
l'âge  de  douze  ans;  toutefois,  il  semble  qu'un  génie  protecteur 
ait  remplacé  Opalone  près  du  jeune  homme.  Fortune,  avance- 
ment rapide  dans  la  carrière  militaire,  récompenses  de  toute 


LITTÉfl  LTURE.  aa3 

nature  devienneul  le  partage  de  Léon;  il  est  brave,  il  ;\  de  l'es- 
prit, delà  raison,  du  sang-froid;  mais  combien  d'autres  possèdent 
ces  qualités  au  même  degré)  <j  u i  ne  parviennent  cependant  pas 
à  se  faire  remarquer!  Quant  à  Duvar,  il  lui  suffit  de  se  pré- 
senter pour  réussir.  Le  mot  de  l'énigme  ne  se  fait  pas  attendre; 

on  le  devine  dès  les  premières  pages  (lu  livre.  Opalonc  n'est 
autre  que  Napoléon. 

L'histoire  du  colonel  Duvar  est  pleine  d'intérêt  ;  clic  se  com- 
pose d'une  suite  de  seènes  militaires,  décrites  avec  une  grande 
vérité,  et  d'anecdotes  spirituellement  racontées.  Rien  n'est  pins 
amusant  que  ces  détails  donnés  par  un  officier  qui  a  gagné 
tous  ses  grades  l'un  après  l'autre,  sur  la  vie  du  soldat,  sur 
le  régime  intérieur  des  casernes  ,  sur  les  habitudes  des  camps, 
sur  la  manière  d'exister  en  campagne  et  en  garnison.  Tant  de 
personnes,  en  France,  ont  fait  la  guerre,  que  ce  chapitre  doit 
avoir  un  succès  général. 

Le  dernier  volume  prend  une  teinte  plus  sérieuse.  Les  dés- 
astres de  Waterloo  ont  consterné  la  France,  et  le  colonel  Du- 
var fait  partie  de  l'armée  de  la  Loire.  Bientôt }  la  réaction  de 
i8i5  prive  la  patrie  de  ses  plus  braves  défenseurs.  On  parcourt 
ave<  douleur  les  p;iges  où  sont  rnpportées  quelques  unes  des 
humiliations  qu'on  leur  fit  subir,  et  l'émotion  que  l'on  éprouve 
est  trop  forte  pour  laisser  la  faculté  de  sourire  au  récit  du  trait, 
presque  incroyable,  du  colonel  d'une  des  légions  du  midi,  qui 
avait  «  ordonné  à  tous  les  officiers,  et  attendu  la  saison  pluvieuse, 
de  se  pourvoir  d'un  parapluie  uniforme.  »  Le  colonel  Duvar  va 
chercher  Napoléon  à  travers  les  mers;  il  arrive  aux  États-Unis  , 
et  parvient  à  se  faire  conduire  a  Ste- Hélène;  il  espère  péné- 
trer jusqu'à  Longwood  à  l'aide  d'un  déguisement;  mais  il  est 
découvert ,  et  ramené  en  France,  où  on  le  met  en  surveillance 
à  Besançon.  Il  se  rend  de  nouveau  à  Baltimore;  il  y  apprend 
la  mort  de  Napoléon  et  se  livre  au  désespoir.  Le  icr  août  1821, 
au  soir,  des  vêtemens  furent  trouvés  avec  un  portefeuille  sur  le 

bord  de  la  mer Ces  vêtemens,  ce  portefeuille,  lui  avaient 

appartenu...  Sur  un  papier  le  malheureux  jeune  homme  avait 
tracé  ces  mots  :  Je  vais  le  rejoindre. 

L'écrivain  spirituel  qui  s'est  chargé  de  nous  communiquer 
les  mémoires  du  colonel  Duvar  a  été  long-tems  militaire  et 
s'est  distingué  à  l'armée.  Nous  l'engageons  à  nous  donner  d'au- 
tres souvenirs  du  même  genre  ;  mais  s'il  persiste  à  garder  l'ano- 
nyme ,  nous  ne  lui  promettons  pas  une  entière  discrétion.  R. 
11 3. — * L'Epicurien  ou  la  T'iergc  de  Memphis,  traduit  de 
l'anglais  de  Thomas  Moore  ,  par  Mmp  Atcxandrinc  Aragon. 
Paris,  1827;  Selliguc.  In-12;  prix,  3  fr. 


aM  LIVRES  FRANÇAIS. 

La  Revue  a  déjà  fait  connaître  ce  nouvel  ouvrage  de  Thomas 
Moore(voy.T.  xxxv,  p.  6dfh  etT.  xxxvi,  p.  19$);  nous  n'avons 
ici  à  rendra  compte  que  du  travail  de  Mme  Aragon.  Nos  lecteurs 
savent  que  ce  n'est  point  son  coup  d'essai  ;  elle  a  traduit  avec  au- 
tant de  précision  que  d'élégance  V Histoire  d' Angleterre  àe  Golds- 
mith,  en  6  vol.,  et  les  Mémoires  sur  la  cour  d'Elisabeth ,  par 
Lucy  Aikin ,  en  3  vol.  in- 8°.  La  traduction  de  l'Épicurien  n'a 
été  pour  Mn,c  Aragon  qu'une  sorte  de  délassement  à  des 
travaux  plus  sérieux.  Le  public  lui  en  saura  gré;  elle  a  su 
reproduire  la  couleur,  l'aisance  et  l'harmonie  du  style  de 
l'Anacréon  britannique.  Nous  avons  lu  le  texte,  nous  lui  avons 
ensuite  comparé  la  copie;  et  nous  aimons  à  la  signaler  comme 
une  seconde  création,  qui  peut  être  mise  à  côté  de  l'original. 
Le  genre  de  talent  flexible  et  animé  de  Mme  Aragon  était  émi- 
nemment propre  à  faire  passer  dans  notre  langue  cette  richesse 
d'ornemens,  cette  sensibilité  profonde  et  cette  magie  de  pin- 
ceau qui  distinguent  l'auteur  de  Lalla-Roukh  et  des  Amours 
des  anges. f Les  dames  françaises  lui  porteront  bonheur;  car  ce 
dernier  ouvrage  avait  déjà  été  importé  chez  nous  parla  plume 
élégante  et  gracieuse  de  Mme  Belloc.        Albert-Montémont. 

114.  — ■  *La  Femme  ou  les  six  Amours  y  Nouvelles  par 
Mme.  Élise  Voiart.  Paris,  1827  ;  Ambroise  Dupont.  T.  IV,  V  et 
VI,  en  tout  6  vol.  in-12;  prix,  20  fr. 

Nous  avons  annoncé,  avec  de  justes  éloges,  les  trois  pre- 
miers volumes  de  cet  intéressant  ouvrage  (  voyez  Rcv.  Enc. 
t.  xxxv,  p.  469),  qui  nous  ont  représenté  Xamour  filial ,  Y  amour 
jraternel  et  l'amour  ;  ici,  l'auteur,  continuant  l'histoire  de  sou 
sexe,  dont  les  différentes  sortes  d'amour  constituent  en  effet 
les  devoirs,  les  plaisirs  et  les  peines,  et  remplissent  toute  la 
destinée,  nous  montre  X amitié  constante  et  dévouée,  X amour 
conjugal  et  enfin  X amour  maternel ,  prodiguant  à  l'envi  les  plus 
nobles  sacrifices.  Chacune  des  Nouvelles ,  consacrées  à  ces  af- 
fections si  douces  et  si  pures,  renferme  le  récit  d'une  anecdote 
pleine  d'intérêt,  et  dont  l'héroïne  est  toujours  un  modèle  de 
vertu.  Nous  regrettons  néanmoins  que  l'auteur  ait  terminé  la 
relation  si  touchante,  dont  Cécile,  Xanrie  par  excellence,  est 
l'héroïne,  par  une  catastrophe  qui  inspire  un  sentiment  d'hor- 
reur, et  qui  heureusement  n'est  pas  seulement  invraisemblable, 
mais  n'a  pas  même  été  possible;  car  elle  ferait  supposer  qu'à 
une  époque  trop  féconde  en  excès  et  en  crimes,  communs  à  tous 
les  partis,  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'ajouter,  par  des  exagé- 
rations et  des  fictions,  à  l'horreur  qu'ils  inspirent,  un  bourreau 
a  pu,  en  présence  d'une  foule  immense ,  frapper  à  la  fois  de  la 
hache  fatale  et  la  jeune  fille  condamnée  par  un  tribunal  odieux, 


LITTÉRATURE.  22r> 

cl  sa  jeune  amie,  victime  volontaire,  qui  vient  jusque  sur 
lYrhalaud  se  faire  immoler  avec  elle.  Détournons  DOS  regard] 
de  00  hideux  spectacle,  trop  peu  en  harmonie  avec  les  ta- 
bleaux graoiOUX  <l  les  peintures  pleines  de  douceur  et  de 
charme  qui  coin  icnucnl  a  la  plume  élégante  de  Rfu<  Voiai  t  ,  cl 
transportons-nous  en  Italie  sur  les  traces  de  l'aimable  Paient  inc, 
qui  reproduit  dans  les  prisons  de  l'inquisition  de  Venise,  pour 
sauver  son  épuux,  le  sublime  héroïsme  dont  naguère  une  de 
nos  compatriotes,  madame  Lavalette,  a  donné  L'exemple.  Cette 
Nouvelle  est  un  petit  roman  moral,  dont  la  lecture  attachante 
et  eni rainante  fait  aimer  les  principaux  personnages  mis  en 
scène  et  conduit  au  but  que  l'auteur  s'est  proposé.  «  Dans  cette 
communauté  des  joies  et  des  maux  de  la  vie,  dit  Mmc  Voiart , 
combien  la  lâche  d'une  femme  est  noble  et  imposante  !  Compagne 
de  l'homme,  c'est  à  elle  que  la  providence  a  confié  son  bon- 
heur et  peut-être  sa  vertu....  mère  de  famille,  elle  est  appelée 
à  prendre  rang  parmi  les  êtres  utiles;  ce  dernier  titre  lui  donne 
droit  à  la  tendre  vénération  de  son  mari,  tandis  que,  comme 
épouse,  elle  règne  sur  lui  par  l'effet  d'une  ineffable  et  myslé* 
rieuse  sympathie  qui  remplit  leur  existence  de  calme  et  tic 
paix,  (l'est  dans  les  foyers  domestiques  que  la  femme  déploie 
vraiment  tout  ce  que  le  ciel  lui  a  départi  de  douceur  et  de 
charme.  »  La  mère ,  sixième  et  dernière  Nouvelle,  est  une  rela- 
tion inliniment  touchante ,  dont  quelques  détails  sont  empruntés 
à  l'histoire  des  guerres  civiles  de  la  Vendée.  L'héroïne  est  une 
veuve  d'un  général  vendéen,  qui  vient,  aprèsqueson  mari  a  été 
tué  dans  un  combat,  se  réfugier  avec  ses  deux  enfans  en  bas  âge 
dans  un  village  aux  environs  de  Paris.  Les  tendres  soins  qu'elle 
donne  à  l'éducation  de  sa  fille,  qui  dépérit  et  meurt  sous.ses  yeux, 
les  chagrins  amers  que  lui  causent  les  écarts  et  les  déréglemens 
de  son  fils  ,  le  retour  inespéré  de  ce  îils  qui  avait  passé  dans  les 
colonies,  et  que  la  malheureuse  mère,  devenue  aveugle,  e.3t  allée 
attendre  à  son  débarquement  dans  un  de  nos  ports  de  mer,  don- 
nent lieu  à  des  récits  touchans  et  pleins  d'intérêt  que  termine  le 
dénoûment  le  plus  pathétique;  et  la  tendresse  maternelle  est 
décrite  avec  cette  vérité  profonde  qui  ne  pouvait  puiser  ses  in- 
spirations (pie  dans  le  cœur  d'une  excellente  mère.      M.  A.  J. 

11 5. — *Lcs  trois  Sœurs,  par  Mm«.  A.  L***.  Paris,  1827; 
Sautelet  et  CP.  2  vol  in-12;  prix,  G  fr. 

Trois  jeunes  filles,  de  bonne  heure  orphelines  et  sans  for- 
tune, sont  recueillies  par  des  parens  et  des  amis,  qui  se  char- 
gent de  remplacer  ce  qu'elles  ont  perdu,  mais  qui  s'en  acquit- 
te^ bien  diversement.  Emma,  placée  près  d'une  tante  dont 
la  fastueuse  dévotion  cache  une  âme  égoïste  et  dure,  aban- 
r.  xxxvn.  —  Janvier  1827.  1  5 


aaf>  LIVRES  FRANC/VIS. 

donnée  par  elle  à  la  brutalité  de  quelques  mercenaires  et  aux 
leçons  d'un  mauvais  prêtre,  contracte  l'habitude  de  la  dissimu- 
lation et  de  l'hypocrisie,  et  porte  bientôt  dans  les  relations  de 
la  société  une  grande  sécheresse  de  cœur  elles  principes  d'une 
religion  étroite  et  superstitieuse.  Mathilde ,  gâtée  par  un  oncle 
qui  l'idolâtre  et  lui  passe  toutes  ses  fantaisies,  élevée  dans 
un  brillant  pensionnat  où  l'on  s'applique  plutôt  «à  développer 
en  elle  quelques  talens  agréables  qu'à  former  sa  raison  et  son 
cœur,  enivrée  par  la  louange,  séduite  par  le  commerce  du 
grand  monde,  devient  légère  ,  vaine,  coquette  Toutes  deux, 
dans  l'ignorance  des  devoirs  qui  les  attendent,  sont  incapables 
de  les  remplir,  et  font  par  leurs  défauts  le  malheur  de  leurs 
maris  et  le  leur.  Une  troisième  sœur,  Marie ,  confiée  à  une  amie 
de  sa  mère,  a  reçu  d'elle  des  soins  vraiment  maternels;  elle 
s'est  formée  par  l'exemple  aux  vertus  domestiques;  et  quand 
le  tems  est  venu  de  mettre  ces  leçons  en  pratique ,  elle  trouve 
dans  les  occupations  du  ménage,  dans  les  affections  de  la  fa- 
mille, dans  l'étude,  dans  la  culture  des  arts,  le  bonheur  qui 
nje  peut  manquer  à  une  vie  sagement  réglée.  Cette  fable,  fort 
simple ,  sert  de  cadre  à  des  développemens  intéressans  sur  la 
destinée  des  femmes  et  sur  l'éducation  qui  leur  convient.  La 
morale  de  l'auteur  est  simple  et  généreuse  ;  son  style  est  animé 
par  cette  conviction  que  donne  l'expérience  du  bien  qu'on  re- 
commande; il  se  distingue  en  même  tems  par  une  facilité  et  une 
élégance  d'expression,  q«i  trahissent  d'excellentes  habitudes 
littéraires.  Cela  ne  gâte  jamais  rien  à  la  morale;  la  pensée  la  plus 
heureuse  doit  beaucoup  aux  formes  du  langage  :  on  peut  dire 
d'elle  ce  qu'on  a  dit  de  la  vertu,  qu'elle  a  plus  de  charme  en  un 
beau  corps. 

Gratlor  et puîchro  veniens  in  corpore  virtus.  H.  P. 

ii 6.  —  VHermite  des  Alpes,  nouvelle;  par  A.  Bignan.  Pa- 
ris, 1827  ;  à  la  librairie  universelle,  rue  Vivienne,  11°  2.  In-18 
de  220  pages;  prix,  2  fr. 

Un  avertissement  de  l'auteur  nous  apprend  que  la  publica- 
tion de  cette  Nouvelle,  qu'il  avait  destinée  à  paraître  par  frag- 
niens  dans  les  Annales  de  la  littérature  et  des  arts ,  sous  le  ré- 
gime de  la  censure,  s'étant  trouvée  tout  à  coup  suspendue  par 
le  veto  des  membres  de  ce  comité,  il  se  hâta  d'appeler  de  sa 
décision  à  M.  de  Bonaldy  président  du  conseil  de  surveillance 
qui  lui  avait  été  adjoint  par  ordonnance  royale.  La  réponse  de 
ce  dernier,  que  M.  Bignan  a  fait  imprimer  en  tète  de  son  ou- 
vrage, porte,  en  substance,  que  le  conseil  n'a  pu  s'empêcher 
d'approuver  la  décision  du  bureau.  «  Les  lecteurs  honnêtes  et 
amis  des  bonnes  mœurs,  y  lit-on,  regretteront  que  vous  n'oyez 


LITTÉRATURE.  av.  7 

pas  choisi  un  sujet  moins  révoltant ,  et  le  bureau  de  censure  a 
nu  devoir  supprimer  les  peintures  trop  vives  qui  le  rendaient 
encore  plus  dangereux.  «  Cette  délicatesse  de  la  censure,  au 
milieu  de  tous  les  principes  dangereux,  en  morale  et  en  poli- 
tique, dont  nous  l'avons  vu,  sinon  permettre,  du  moins  tolé- 
rer l'expression,  doit  surprendre.  Mais  cette  petite  persécution 
aura  été  pins  profitable  que  préjudiciable  aux  intérêts  du  livre- 
et  de  son  auteur,  parce  que  le  public,  juge  exquis  des  conve- 
nances, prend  toujours,  dan*  ces  sortes  de  luttes,  le  parti  du 
faible  contre  le  fort ,  de  l'opprime  contre  l'oppresseur. 

I  ne  malheureuse  fille,  forcée  de  fuir  l'amour  incestueux 
d'un  père,  se  réfugie  auprès  de  celui  qu'elle  aime,  et  qui  a  la 
lâcheté  de  ne  pas  vouloir  légitimer  des  nœuds  coupables  et  vo- 
lontaires; elle  abandonne  son  séducteur  pour  suivre  une  famille 
italienne  qui  s'est  intéressée  à  son  triste  sort.  Au  passage  du 
mont  Saint-Bernard,  elle  se  trouve  éloignée  de  son  guide  et 
engloutie  sous  une  avalanche,  d'où  la  retire  l'auteur  de  ses 
jours  et  de  ses  infortunes,  qui,  après  s'être  repenti,  était  en- 
tré dans  1  ordre  des  religieux  du  mont  Saint-Bernard.  C'est  lui- 
même  qui  raconte  sa  faute,  celle  de  i>a  fille  et  la  funeste  catastrophe 
qui  les  a  réunis  pour  un  instant.  Cette  narration  est  faite  à  un 
officier  de  l'armée  française  en  route  pour  le  passage  du  mont 
Saint-Bernard,  effectué  sous  les  ordres  de  Bonaparte,  et  cet  of- 
ficier n'est  autre  que  le  séducteur  de  Louise. On  voit  qu'il  y  avait 
ici  matière  à  de  fortes  émotions;  malheureusement,  toute  l'ac- 
tion est  en  récit,  et  manque  par  cela  même  de  chaleur  et  de 
vie.  L'ouvrage ,  du  reste,  est  bien  senti  et  bien  écrit,  à  l'ex- 
ception de  quelques  expressions  ambitieuses ,  dont  le  défaut 
frappe  d'autant  plus,  que  si  elles  doivent  paraître  un  hors- 
d'œuvre  sous  la  plume  de  l'auteur,  elles  deviennent  tout  à-fait 
inconvenantes  dans  la  bouche  du  personnage  auquel  il  les  a 
prêtées,  et  que  cet  appareil  fastueux  de  descriptions  contraste 
trop  avec  la  douleur  où  il  doit  être  plongé.  Cette  Nouvelle 
prouve ,  d'ailleurs ,  que  M.  Bignan  peut  ambitionner  dans  la 
prose  les  mêmes  palmes  qu'il  a  cueillies  dans  la  carrière 
poétique.  E.  Héreau. 

117. —  Mes  Souvenirs  ,  ou  Choix  cl  Anecdotes ,  par  Mine  Adèle 
D\minois.  Paris,  1827  ;  Gneffier,  rue  Mazarine,  n°  23.  In-  12; 
prix,  3  fr. 

Ce  volume  contient  six  Nouvelles  lia  Fiancée  de  V illcfranchc > 
le  Cluimp  de  roses  ,  le  Prisonnier  de  guerre ,  la  Sœur  de  charité , 
les  Deux  Réputations  ,  l'Inondation ,  dont  les  sujets  sont  intéres- 
sans,  la  narration  facile  et  la  morale  pure.  Ou  regrette  néan- 
moins d'y  trouver  quelques  tableaux  trop  sombres,  tels  que  la 
peste  et  l'inondation.  Les  hommes  ne  sauraient  déduire  des 

i5. 


?,S  LIVRES  FRANÇAIS. 

préceptes  de  conduite  que  d'événemens  sur  lesquels  leur  vo- 
lonté a  quelque  influence.  Toutefois,  ces  catastrophes  de  la 
nature  servent  à  M1,u'  Daminois  de  cadres  dans  lesquels  elle 
place  les  récits  de  plusieurs  actes  de  dévoûment  et  de  généro- 
sité. Dans  la  seconde  Nouvelle,  intitulée  :  le  Champ  de  Roses , 
le  système  du  sage  de  Zurich  ,  Lavater,  devient  un  ressort  neuf 
et  ingénieux;  ses  observations  justes  et  profondes  contribuent  à 
faire  reconnaître  le  véritable  auteur  d'un  crime  dont  une  fille 
innocente  est  accusée.  Dans  l'avant-dernière  de  ces  Nouvelles, 
l'auteur  montre  comment  deux  réputations  opposées  se  réu- 
nissent souvent  sur  la  même  personne.  «Cette  différence  d'o- 
pinion s'attache  plus  particulièrement  au  mérite,  et  \\  n'est  que 
trop  ordinaire  de  voir  le  mal  présumé  et  le  bien  méconnu...  Il 
serait  cependant  plus  noble  et  surtout  plus  juste  de  con- 
naître la  vérité,  avant  de  condamner  légèrement  et  de  refuser 
son  estime,  ou  de  départir  son  mépris;  suivre  l'impulsion  gé- 
nérale est  plus  souvent  un  acte  de  lâcheté  que  de  prudence.» 
Beaucoup  de  réflexions  du  même  genre,  remarquables  par  leur 
justesse,  et  dont  chacun  peut  faire  l'application,  donnent  un 
nouveau  prix  à  l'ouvrage  de  Mme  Daminois,  et  annoncent  en 
elle  l'heureuse  alliance  d'une  belle  aine  et  d'une  raison  supé- 
rieure. H.  C. 

1 18. — Nouvelles  grecques  ,  par  M.  Félix  ***.  Paris,  1828;  Fr. 
Louis.  In- 12  de  xii-184  pages;  prix,  2  fr.  5o  c.  et  3  fr. 

La  Grèce  nouvelle  n'a  rien  de  l'ancienne  Grèce  que  son  cou- 
rage et  son  amour  de  l'indépendance.  Son  génie  et  ses  arts  re- 
naîtront peut-être  un  jour,  et  mériteront  d'être  célébrés  par 
les  poètes;  mais  il  faut  d'abord  qu'elle  ait  triomphé  de  ses  fa- 
rouches oppresseurs  ,  dont  les  mœurs  ont  sensiblement  altéré 
les  siennes.  L'écrivain  qui  veut  rester  fidèle  à  la  vérité  n'a  point 
de  tabîeahx  agréables  à  nous  offrir,  en  nous  entretenant  des 
Grecs  modernes,  surtout  dans  leurs  rapports  avec  les  barbares 
Musulmans.  Les  nobles  efforts  des  victimes  pour  briser  un  joug 
odieux  et  leur  persévérance  dans  la  foi  de  leurs  pères  sont  les 
seules  ombres  que  l'on  puisse  opposer  à  la  peinture  des  hor- 
reurs auxquelles  cette  terre  sacrée  est  livrée  depuis  long-tems. 
Peut-être,  malgré  tout  ce  que  nous  savons  des  malheurs  de  la 
Grèce,  les  tableaux  de  M.  Félix***  paraîtront  ils  trop  sombres 
à  ceux  qui  n'ont  pas  été  les  témoins  des  tristes  scènes  qu'ils 
nous  retracent.  Peut  -  être  trouvera-t-on  que  le  pathétique  est 
porté  trop  loin  dans  les  deux  dernières  nouvelles  du  volume 
que  nous  annonçons;  mais,  du  moins,  il  faudra  reconnaître 
«pie,  dans  la  première  qui  a  pour  titre  Adda  ,  et  dont  lord  Bv- 
ron  est  le  principal  personnage,  l'auteur  a  su  ménager  assez 
habilement  l'intérêt,  el  répandre  sur  son  récit  cette  teinte  vague 


■>>\) 

ri  cette  douée  mélancolie  qui  caractérisent  l«*s  meilleures  pro- 
ductions de  son  modèle.  E.  II. 

i  i<).  -  -  Nouvelles  blanehes  et  noires ,  par  M.m*Sophie  Doiir. 
auteur  de  Cornétie,  nouvelle  grecque,  et  de  ht  Famille  noire, 
ou  In  Imite  e!  l'esclavage.  Paris,  18/8;  Achille  Desauges.  Iw-ii 
tic  ->.'S\  pages  ;  pria  ,*}  IV. 

Les  héros  de  ces  contes  sont  tour  à  tour  des  blancs  on  des 
nègres:  c'est  là  ce  qui  a  motivé  le  titre  assez,  singulier  de  ces 
Nouvelle*  On  v  t  ouve  partout  à  louer  1rs  opinions  généreuses 
et  philantropiqucs  de  l'auteur;  quant  aux  conceptions,  elles 
nous  ont  paru  communes  et  à  peine  ébauchées.  M«n«  Doin,  qui 
s'est  fait  connaître  par  plusieurs  ouvrages  bons  et  uti!es,  nous 
a  donné  le  droit  d'être  sévères,  et  nous  ne  doutons  pas  qu'elle 
ne  soit  appelée  à  faire  beaucoup  mieux  quand  elle  le  voudra; 
voici  les  titres  des  huit  Nouvelles  contenues  dans  ce  volume  :  le 
Déluge  ,  l'Évangile ,  le  Droit  d'aînesse ,  le  Négrier ,  Blanche  et 
noir,  Noire  et  blanc ,  A  quelque  chose  malheur  est  bon ,  le  Pauvre 
homme.  B.  J. 

i  20.  — Catherine,  ou  la  Mésalliance;  par  Mine***.  Paris,  1827; 
Ambroise  Dupont  et  compagnie.  In-12,  de  25o  p  ;  prix,  l\  fr. 
(Se  vend  au  profit  des  en  fans  de  Catherine.) 

Les  ouvrages  composés  par  les  femmes  ont  une  grâce  et  un 
naturel  qui  les  distinguent  éminemment  de  ceux  que  produisent 
les  écrivains  les  plus  corrects.  Elles  rencontrent  sous  leur  plume 
des  naïvetés  de  sentiment,  des  délicatesses  d'expression  ,  de  ces 
mots  trouvés  qui  font  le  désespoir  des  grands  esprits  du  sexe 
masculin.  Ces  qualités  brillent  de  tout  leur  éclat  dans  le  joli 
romnn  de  Catherine.  Un  but  vraiment  moral  ,  une  rare  finesse 
d'observation,  une  grande  pureté  de  style,  ont  fait  remarquer 
ce  charmant  ouvrage,  qui  obtient  d'autant  plus  de  succès  que 
l'extrême  intérêt  qu'il  inspire  prend  sa  source  dans  un  récit 
d'une  exacte  vérité.  On  connaissait  de  Mme***  des  vers  très- 
spirituels  ;  elle  vient  de  prouver  que  la  prose  élégante  et  facile 
est  aussi  de  son  domaine.  Le  bénéfice  de  ce  roman  est  promis 
aux  enfans  de  la  pauvre  et  généreuse  Catherine;  il  appartenait 
au  cœur  d'une  femme  de  faire  servir  le  premier  fruit  d'un 
beau  talent  à  l'accomplissement  d'un  bienfait.  R. 

121.  —  Notices  historiques  sur  les  Bibliothèques  anciennes  et. 
modernes y  suivies  d'un  Tableau  comparatif  des  produits  de  la 
presse  de  1812  à  1825,  et  d'un  Recueil  de  lois  et  ordonnances 
concernant  les  bibliothèques;  par  J.L.  A.  Railly,  sous-biblio- 
thécaire de  la  ville  (de  Paris.  )  Paris,  1828  ;  Rousselon.  In-8°de 
ij  et  210  pag.  ;  prix  ,  5  fr.  • 

Ce  livre  n'est  point  adressé  aux  savane  ,  puisqu'il  ne  renferme 
guère  qu'une  compilation   un   peu   superficielle  des  livres  qui 


a3o  LIVRES  FRANÇAIS. 

sont  généralement  dans  leurs  mains.  L'histoire  universelle  des 
bibliothèques  anciennes  et  modernes,  dont  la  plupart  ont 
mérité  de  laborieux  et  prolixes  historiens,  serait  un  travail 
effrayant.  Le  livre  de  M.  Bailly  devra  plaire  aux  gens  du  monde, 
en  mettant  à  leur  portée  des  notions  générales  sur  des  objets 
que  la  plupart  ignorent,  et  en  les  présentant  sous  une  forme  qui 
n'est  pas  dépourvue  d'agrément.  On  doit  des  éloges  à  l'exactitude 
du  titre  modeste  adopté  par  l'auteur  {Notices).  Mais  cette  exac- 
titude ne  se  retrouve  point  dans  les  développemens  du  titre.  Eu 
effet,  il  promet  premièrement  un  Tableau  comparatif  des  produits 
de  iapresse,de  1812  à  1827  ;  il  fallait  dire  :  de  iSiietde  1827, 
car  la  comparaison  n'existe  dans  l'ouvrage  qu'entre  deux  années 
seulement,  sans  qu'il  y  soit  nullement  question  des  année,  in- 
termédiaires. Ce  tableau  complet  et  progressif  des  produits  de 
la  presse  ,  durant  ces  seize  dernières  années,  se  trouve  tout  fait 
dans  les  tables  très-laborieuses  et  très-correctes  de  la  Bibliogra- 
phie de  la  France ,  dues  au  savant  M.  Beuchot;  et  l'on  n'a  pas 
oublié  que  M.  le  comte  Daru  leur  a  procuré  une  grande  publi- 
cité, et  en  a  tiré  des  résultats  importans,  à  l'occasion  de  la  dis- 
cussion de  la  loi  contre  la  presse,  présentée  aux  chambres 
en  1827  (Voy.  Rev.Enc.,  t.  XXXIII  p.  677).  En  second  lieu,  le 
titre  du  livre  que  nous  annonçons  promet  un  Recueil  de  lois  et 
d'ordonnances  concernant  les  bibliothèques  ;  il  fallait  dire  une 
Indication  sommaire  des  lois  et  ordonnances  concernant  les  biblio  ■ 
thèques.  Cette  indication  occupe  à  peine  les  cinq  dernières  pages 
du  volume,  et  ne  remonte  qu'au  26  novembre  1789.  On  ferait 
un  code,  non  moins  volumineux  que  le  présent  ouvrage  tout 
entier  du  Recueil. effectif  et  textuel  des  lois  et  des  ordonnances 
promises  par  son  titre.  Au  reste,  l'ensemble  de  l'ouvrage  an- 
nonce assez  de  lecture  ,  et  les  articles  sur  les  bibliothèques  de 
Paris  contiennent  des  détails  intéressans  et  utiles  à  parcourir. 
On  regrette  que,  dans  un  travail  de  cette  nature,  il  se  soit 
glissé  un  trop  grand  nombre  de  fautes  d'impression ,  qui  défi  - 
gurent  beaucoup  de  noms  propres. 

122.  —  Catalogue  des  livres  condamnés  depuis  i8i4  jusqu'à 
ce  jour  (  Ier  septembre  1827  ),  suivi  du  texte  des  jugemens  et 
des  arrêts  insérés  au  Moniteur.  Paris,  1827  ;  Pillet  aîné.  In- 18 
de  64  pages  ;  prix  1  fr.  5o  c. 

Cette  compilation  curieuse  doit  prendre  rang  parmi  les  bi- 
bliographies spéciales;  en  outre  ,  elle  peut  être  utile  aux  li- 
braires et  aux  loueurs  de  livres.  La  première  partie  se  compose 
d'un  dictionnaire  des  ouvrages  condamnés ,  classés  par  ordre 
alphabétique  des  titres ,  avec  l'indication  des  nos  du  Moniteur 
où  se  trouvent  les  détails  des  procès.  La  seconde  partie  donne 
le  texte  même  de  l'insertion  officielle  au  Moniteur  de  l'extrait 


UTTKH/VTl  aE.— BEAI  X-ARTS.  i3i 

tics  jugemens  et  arrêts*,  laquelle  est  prescrite  par  l'article  26  de- 
là loi  du  26  mai  i8i<).  La  première  de  ces  insertions  est  du 
'i'3  juin  189.0.  Antérieurement  à  cette  époque,  il  y  a  1  i <-u  <]<_• 
craindre  quelques  omissions ,  principalement  à  l'égard  des  con 

damnations  prononcées  par  les  tribunaux  OU  COUTS  des  dépar- 
temens.  Il  manque,  pour  ajouter  à  l'utilité  et  à  la  commodité 
de  ce  volume,  une  table  alphabétique  des  auteurs  contre  les- 
quels les  condamnations  sont  prononcées.  La  seule  inspection 
des  feuillets  de  ce  livre  présente  une  réfutation  suffisante  des 
déclamations  fanatiques  ou  hypocrites,  qui  accusent  de  fai- 
blesse ou  d'impuissance  la  législation  actuelle  de  la  presse.  Le 
reproche  contraire  pourrait  lui  être  adressé  à  meilleur  droit.  X. 

is&3.  —  Catalogue  des  livres  imprimés  et  manuscrits  de  la  bi- 
bliothèque de  feu  M.  Antoine-Alexandre  Barbier  ,  chevalier  de 
la  Légion-d'Honneur,  ancien  administrateur  des  bibliothèques 
particulières  du  roi,  ancien  bibliothécaire  duConseil-d'État,  au- 
teur d  u  Diction/,  aire  des  ouvrages  anonymes  et  pseudonymes.  Pa  ris, 
1828  ;Barrois  l'aîné,  libraire,  rue  de  Seine,  n°  10.  1  vol.  in-8°. 

Ce  Catalogue,  fort  curieux  et  fait  avec  beaucoup  de  soin  , 
n'est  pas  simplement  le  répertoire  d'une  collection  rare  de 
livres;  le  savant  possesseur  de  cette  bibliothèque  l'avait  formée 
dans  une  direction  toute  spéciale,  celle  des  études  qu'il  affec- 
tionnait. Il  en  résulte  que  cette  réunion  de  livres  relatifs  à 
l'histoire  littéraire  et  à  la  bibliographie,  a  un  caractère  tout 
particulier,  et  que  ce  Catalogue  est  indispensable  pour  les  per- 
sonnes qui  voudraient  acquérir  quelques-uns  des  livres  et  ma- 
nuscrits réunis  par  M.  Barbier;  il  sera  aussi  très-utile  aux  per- 
sonnes qui  s'occupent  d'histoire  littéraire,  de  biographie  et  de 
bibliographie. 

Beaucoup  d'articles  de  cette  bibliothèque  sont  enrichis  de 
notes  manuscrites  de  plusieurs  savans  ;  nous  y  avons  aussi  re- 
marqué des  autographes  fort  curieux  et  divers  ouvrages  rares 
et  singuliers;  car  M.  Barbier,  en  se  procurant  les  ouvrages 
nécessaires  à  ses  travaux,  ne  négligeait  pas  de  recueillir  ceux 
qui  se  rencontrent  difficilement,  et  dont  la  rareté  cause  souvent 
de  vifs  regrets  aux  bibliophiles. 

Le  nombre  total  des  articles  de  ce  Catalogue  est  de  2,210  , 
sans  y  comprendre  le  supplément.  La  vente,  qui  durera  1  8  jours, 
commencera  le  iS  février  ,  Salle  Sylvestre ,  me  des  Bons  -  £n- 
fans,  n°$o.  Z. 

BEAUX-ARTS. 

124.  — *  L'Inde  française  ,  ou  Collection  de  dessins  lithogra- 
phies, représentant  les  temples,  pagodes,  mœurs,  costumes, 
usages,  cérémonies  ,  meubles ,  ustensiles,  etc. ,  des  peuples  hin- 


»1*  LIVRES  HUNÇAIS. 

dous  (]iû  habitent  1rs  possessions  françaises  de  l'Inde,  et  en  gé>- 
néral  la  côté  de  Coromandel  et  celle  dn  Malabar,  par  MM.  Gé- 
ringer  et  Marlet;  avec  un  texte  explicatif,  pur  M.  Eugène 
Burnouf.  4e  livraison.  Paris,  1828;  Gcringer,  rue  du  Roule, 
n°  i5;  1  cahier  in-folk>.  Prix  de  la  livraison-,  i5  fr.  (Voyez 
Rev.  Enc.  T.  XXXVI,  p.  785.) 

La  quatrième  livraison  de  ce  bel  ouvrage  est  supérieure,  par 
le  soin  avec  lequel  elle  a  été  exécutée,  à  celles  que  nous  avons 
annoncées  précédemment.  Peut-être  faut-il  attribuer  cet  avan- 
tage à  l'intérêt  des  sujets  qu'elle  contient.  Nous  y  avons  re- 
marqué le  portrait  du  fameux  brame  Ram-Mohuw-Roy ,  qui  a 
osé,  dans  l'Inde,  faire  publiquement  profession  de  déisme. 
Rien  de  plus  curieux  que  la  vie  si  laborieuse  de  cet  homme  re- 
marquable. La  troisième  planche  représente  une  ancienne  pa- 
goile,  près  de  Pondichéry;  la  Notice  donne  des  détails  sur  la 
manière  dont  les  Indiens  bâtissaient  ces  édifices  quelquefois 
gigantesques;  et  il  n'est  pas  inutile  de  remarquer  que  le  pro- 
cédé est  semblable  à  celui  qu'employaient  les  Égyptiens  pour 
élever  leurs  pyramides.  Les  autres  planches  font  connaître  le 
costume  et  la  physionomie  des  femmes  de  la  caste  royale,  ainsi 
que  des  cultivateurs  et  des  marchands  qui  occupent  le  troi- 
sième rang  dans  la  hiérarchie  des  brames.  Ces  sujets  sont  très- 
curieux  et  coloriés  avec  un  rare  talent.  En  général,  on  s'aper- 
çoit, en  parcourant  cette  intéressante  galerie,  d'un  mérite  qui 
manque  trop  souvent  aux  ouvrages  de  ce  genre,  c'est  que  l'au- 
teur a  long-tems  vu  ce  qu'il  représente.  Un  éditeur,  en  s'asso- 
ciant  d'habiles  artistes,  peut  toujours  mettre  de  son  côté  le 
mérite  de  l'exécution;  c'est  là  une  condition  indispensable  du 
succès.  Mais  le  talent  ne  peut  jamais  tenir  lieu  de  la  vue  des 
objets,  et  il  faut,  avant  tout,  représenter  aussi  exactement  que 
possible  la  réalité.  Sous  ce  rapport,  l'ouvrage  que  nous  annon- 
çons offre  toutes  les  garanties  désirables.  Il  a  pour  lui  le  suf- 
frage le  plus  imposant,  celui  de  l'abbé  Dubois  qui  a  séjourné 
pendant  trente-deux  ans  dans  l'Inde,  comme  missionnaire,  et 
qui  a  plus  d'une  fois  exprimé  à  l'auteur  de  cette  note  son  opi- 
nion sur  l'étonnante  fidélité  avec  laquelle  les  éditeurs  ont  re- 
produit le  tableau  de  la  société  dans  l'Inde.  £2. 

12  5.  —  *  Manuel  de  miniature  et  de  gouache  ;  par  Constant 
Viguier,  de  Paris  ;  suivi  du  Manuel  du  lavis  à  la  seppia  et  de 
l'aquarelle ,  par  Langlois  de  Longueville,  capitaine  au  47* 
régiment  d'infanterie  de  ligne.  Paris,  1827;  Roret ,  iu-18 
de  VIII    et   36o   pages;  prix,    3   fr. 

Les  auteurs  des  deux  petits  traités  dont  la  réunion  forme 
le  manuel  que  nous  annonçons,   ont  rendu  un  véritable  ser^ 


BEAT  \-AKT.s. 

NC6   au    publie.    11    n'y   B   point    surabondance    de    livres  SUT 

nette  matière;   les  traites  existans  datent  déjà  de  loin,  et  le 

faire  des  artistes  a  depuis  quelque  tems  éprouvé  des  change- 
mciis  qu'il  était  utile  de  Constater.  Une  critique  sévère  pourrait 
peut-être  reprochera  M.  Constant  Viguier  quelque!  omissions 
relativement  à  l;i  gouache:  ses  leçons  sur  le  maniement,  le  mé- 
lange, l'empâtement  des  couleurs,  pourront  paraître  un  peu 
courtes;  mais  n'oublions  pas  que  nous  annonçons  un  manuel, 
restreint  de  sa  nature  dans  des  limites  étroites,  el  que  l'auteur 
a  particulièrement  considéré  la  gouache  dans  ses  rapports  avec 
la  miniature.  Le  traité  de  l'aquarelle  qui  suit,  fait  ex  professo, 
ne  laisse  rien  à  désirer  et  répare  plusieurs  des  omissions  du 
traité  de  la  gouache.  Les  auteurs  auraient,  peut-être  bien  fait 
de  consacrer  quelques  pages  à  l'explication  de  ces  moyens  in- 
génieux à  l'aide  desquels  on  transforme  une  estampe  en  une 
peinture  animée,  et  à  celle  de  ces  transpositions  de  gravures 
coloriées  dont  les  jeunes  personesse  font  un  délassement  agré- 
able. Peut-être  ont-ils  considéréces  amusemenscommeétrangers 
à  leur  sujet;  nous  ne  serions  pas  éloigné  de  lejpenser  aussi,  en 
regrettant  toutefois  de  ne  les  point  voir  compris  dans  leur 
agréable  manuel.  OE. 

126.  — *  Choix  des  plus  belles  fleurs  prises  dans  différentes 
familles  du  règne,  végétal ,  et  de  quelques  branches  des  plus  beaux 
fruits,  etc.,  gravées,  imprimées  en  couleur  et  retouchées  au 
pinceau,  par  P.  J.  Redouté,  peintre  et  professeur  d'iconogra- 
phie au  Musée  d'histoire  naturelle.  4e  et  5°  livraisons.  Paris, 
1827;  l'auteur,  rue  de  Seine,  n°  6;  Pankoucke,  rue  des  Poi- 
tevins, n°  14.  2  cahiers  in-4°j  contenant  chacun  4  planches; 
prix  du  cahier,  12  francs. 

Que  pourrions-nous  ajouter  aujourd'hui  aux  éloges  que  les 
charmantes  productions  de  M.  Redouté  ont  mérités  et  obtenus 
si  souvent  ?  Contentons-  nous  de  signaler  l'exactitude  avec  la- 
quelle les  deux  nouvelleslivraisons  ont  suivi  celles  que  nous  avons 
annoncées  dernièrement  (  voy.  Rev.  Eric.  t.  XXXVI,  p.  202), 
et  de  constater  les  soins  continus  que  l'auteur  donne  à  leur 
exécution.  Nous  trouvons  ,  dans  ces  deux  cahiers,  une  branche 
du  cerisier  royal,  une  rose  faune  de  soufre  ,  la  narcisse  à  plu- 
sieurs fleurs ,  la  dalia  simple  ,  la  primevère  de  Chine,  le  chrysan- 
thème canéné ,  une  branche  de  fleurs  de  pommier,  et  la  benoite 
écarlate.  -  ce. 

127.  —  Dictionnaire  d'Architecture,  contenant  les  noms  et 
termes  dont  cette  science  exige  la  connaissance,  et  des  autres 
arts  accessoires,  etc.;  par  M.  Vagnat,  architecte.  Grenoble, 
1827  ;  imprimerie  de  Baraticr.  In-8°  de  292  pages. 

Quelques  extraits  de  cet  ouvrage  donneront  aux  lecteurs  le 


a34  LIVRES  FRANÇAIS. 

moyen  de  le  juger  :  —  «Biais.  Ligne  qui  n'est  point  perpendi- 
culaire à  une  autre,  mais  inclinée.  —  «  Biez.  s.  f.  Canal  qui 
conduit  les  eaux  sur  une  roue  d'artifice.  —  «  Calcul,  s.  m. 
Opération  des  nombres,  pour  abréger  les  énonciations.  — 
«Cèdre  du  Liban.  Arbre  qui,  étant  planté  dans  un  terrain 
sec  et  léger,  exposé  au  nord,  est  vert  en  toute  saison.  Parmi 
les  arbrisseaux,  on  distingue  le  rouge  de  Virginie.  —  «  Dé- 
meubler. Enlever  les  meubles  de  quelque  part. — «Héritage. 
Se  dit  de  tout  ce  qui  appartient  à  une  seule  personne.  —  «  Pa- 
pier, s.  m.  Composition  de  linges  détrempés  aux  foulons,  mé- 
langés avec  des  ingrédiens,  étendus  par  feuilles,  sert  à  dessi- 
ner, écrire,  peindre,  et  à  d'autres  usages. —  «Rouge,  s.  m. 
Couleur  vermeille  ,  tirant  sur  le  sang.  » 

En  faveur  des  étrangers  qui  cultivent  notre  langue,  et  qui 
recherchent  les  dictionnaires  de  toute  espèce,  où  ils  espèrent 
trouver  des  mots  et  leurs  définitions,  nous  devons  faire  remar- 
quer que  l'auteur  de  celui-ci  a  souvent  pris  le  patois  des  ou- 
vriers de  son  pays  pour  des  expressions  admises  dans  la  langue 
technologique  ;  il  ne  faut  pas  y  chercher  du  français.        F. 

128.  —  *  Théâtre  de  Dieppe,  par  P.  F.  Frissard,  ingénieur  au 
corps  royal  des  ponts  et  chaussées,  ancien  élève  de  l'École  poly- 
technique. Paris,  1827;  Carilian-Goeury.  In-fol.  de  32  pages 
de  texte  et  de  20  planches;  prix,  i5  ir. 

Dieppe  qui,  tous  les  ans,  à  l'époque  des  bains,  voit  se 
réunir  dans  ses  murs  une  société  brillante  et  nombreuse,  et 
qui,  à  la  même  époque,  jouit  depuis  quelques  années  de  la 
présence  auguste  d'une  princesse  protectrice  des  arts  et  bien- 
faitrice des  pauvres;  Dieppe  qui,  au  commencement  de  1826, 
n'avait  point  encore  même  les  vestiges  d'une  salle  de  spectacle, 
en  possédait  une  le  8  août  de  la  même  année.  Son  inaugura- 
tion avait  lieu  solennellement,  en  présence  de  S.  A.  R.  Mme  la 
duchesse  de  Berry,  qui  avait  permis  qu'on  lui  réservât  la  sa- 
tisfaction d'y  poser  la  dernière  pierre.  C'est  cette  salle  de 
spectacle,  construite  en  six  mois,  sur  un  emplacement  où 
existait  auparavant  la  plus  hideuse,  la  plus  incommode  et  la 
plus  insalubre  prison,  qui  est  le  sujet  de  l'ouvrage  que  nous 
annonçons.  L'auteur,  étranger  à  ce  genre  de  construction, 
qu'un  architecte  même  a  peu  d'occasions  d'entreprendre,  au- 
rait voulu  ,  en  se  chargeant  de  dresser  le  projet  de  la  salle  de 
spectacle  de  Dieppe,  pouvoir  étudier  toutes  les  parties  de 
son  sujet,  avant  d'en  former  un  ensemble;  il  aurait  désiré 
trouver  des  documens  qui  eussent  pu  l'aider  à  éviter  une 
grande  partie  des  inconvéniens  que  l'on  reproche  à  la  plupart 
des  salles  de  spectacle;   mais   lu  manque  d'un  ouvrage  élé- 


BEAUX-ARTS.  —  MÉAÏ.  ET  RAPF.  i35 

nu  ntaire  et  précis  sur  ce  genre  d'édifice  l'ayant  obligé  de  vi- 
siter et  d'étudier  les  salles  déjà  exécutées,  i!  a  cru  pouvoir  se 

rendre  utile  en  présentant  le  plan  et  les  détails  de  la  salir  de 
spectacle  de  Dieppe.  Nous  regrettons  (pie  les  bornes  de  ce 
recueil  ne  nous  permettent  pas  d'entrer  dans  l'exposé  des  plans, 
dans  la  description  des  déçois,  des  machines  et  des  orne- 
jmens;  mais  nous  remarquons  que  la  salle  peut  contenir  de 
huit  à  neuf  cents  personnes;  que  l'on  a  suppléé  autant  que 
possible  à  la  privation  du  rideau  de  toile  métallique  de  Darcet 
par  toutes  sortes  de  précautions  contre  l'incendie;  et  que,  si 
l'auteur  s'est  occupé  soigneusement  de  l'une  des  premières 
conditions  de  tout  projet  d'architecture,  la  convenance,  il  s'est 
efforcé  aussi  de  satisfaire  à  une  autre  non  moins  essentielle, 
l'économie,  puisque  la  totalité  des  dépenses  de  l'entreprise 
ne  s'est  montée  qu'à  i35,ooo  fr.  Nous  laissons  aux  hommes  de 
l'art  le  soin  d'apprécier  les  dissertations  de  l'auteur  qui,  en 
publiant  ce  travail ,  ne  paraît  avoir  eu  d'autre  but  que  d'of- 
frir à  ceux  qui  se  trouveraient  dans  le  même  cas  que  lui  l'ex- 
posé de  son  expérience,  de  ses  fautes  et  de  ses  succès.  Le 
lecteur  verra  sans  cloute  avec  intérêt  l'auteur  indiquer  avec 
franchise  ce  qu'il  faudrait  modifier,  ce  que  l'on  devrait  éviter 
et  ce  que  l'on  pourrait  imiter.  Les  planches  qui  forment  le  fond 
de  cet  in-folio  sont  d'une  belle  exécution;  les  dessins,  qui 
nous  paraissent  d'une  exactitude  et  d'un  fini  parfait,  sont  dus 
au  crayon  de  M.  Amëdée  Feret;  les  plans,  remarquables  par 
leur  netteté  et  leur  correction,  sont  de  la  plume  de  M.  Mon- 
noyeur.  Ce  sont  deux  jeunes  artisies  de  Dieppe,  l'un ,  employé 
des  ponts  et  chaussées,  l'autre  professeur  de  la  classe  de  des- 
sin du  collège  de  Dieppe,  qui  ont  fait  dans  ce  travail  preuve 
d'un  talent  recommandable.  B.  G. 

Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes. 

129.  —  *  Séance  publique  de  la  Société  d'agriculture ,  com- 
merce 9  scieneçs  et  arts  du  département  de  la  Marne,  tenue  à 
Châlons,  le  28  août  1827.  Châlons,  1827;  Boniez  -  Lambert, 
imprimeur  de  l'école  royale  d'arts  et  métiers.  In  -  8°  de 
100  pages. 

Le  discours  d'ouverture  d'une  séance  académique  n'est  le 
plus  souvent  qu'un  luxe  d'élocution,  un  ornement  qui  dispa- 
raît avec  les  circonstances  pour  lesquelles  il  fut  fait,  comme  les 
emblèmes  et  les  devises  placés  dans  les  décorations  d'une  fête 
extraordinaire.  11  n'en  est  pas  ainsi  du  discours  du  président 
annuel  de  la  Société  de  la  Marne  (  M.  Caquot  )  ;  l'orateur  y 


a36  LIVRES  FRANÇAIS, 

expose  avee  sagesse  des  vérités  repoussées  encore  par  beau- 
coup de  gens  que  l'esprit  du  tf'rô/e  .épouvante,  et  qui  se  sont 
placés, en  bons  tacticiens,  les  uns  en  avant  pour  attaquer  la  tète 
des  colonnes  ennemies  ,  les  autres  sur  les  derrières  pour  couper 
la  retraite,  inquiéter,  ébranler  la  confiance,  recueillir  et  orga- 
niser les  déserteurs.  Nous  ne  résisterons  point  au  désir  de  ci- 
ter quelques  passages  de  1  excellent  discours  de  M.  Caquot. 

«  ...  L'homme,  au  sortir  des  illusions  de  la  jeunesse,  devient 
penseur;  le  siècle  devient  philosophe.  Déjà  même,  dédaigneux 
des  grandeurs  et  impatient  d'un  maître,  il  répudie  le  nom  du 
souverain  pour  adopter  celui  des  hommes  qui  le  dirigent;  on  a 
dit  le  Siècle  de  Louis  XIV ;  on  ne  dit  point  le  siècle  de 
Louis  XV,  mais  le  xvine  siècle.  Alors  est  ouverte  une  vaste 
carrière  d'investigations  en  toutes  choses  ;  on  cherche ,  on  de- 
vine, on  découvre:  la  raison  s'avance,  quelquefois  elle  s'égare: 
l'homme  de  lettres  ne  peut  plus  réussir  sans  la  philosophie,  et 
la  philosophie  devient  la  littérature.  Les  sciences  enfin,  élar- 
gissant leur  horizon,  ne  voient  plus  de  bornes  aux  découvertes. 
Le  xvme  siècle  peut  être  appelé  le  siècle  des  théories  :  mais  jus- 
qu'alors peu  fécondes  en  résultats  utiles,  ces  théories  atten- 
daient qu'on  les  fît  plier  aux  besoins  de  la  vie.  Notre  âge  s'est 
chargé  de  cette  application:  tout  maintenant  est  réalité;  nous 
sommes  positifs. 

«  Oui,  messieurs,  l'esprit  du  siècle  est  essentiellement  posi- 
tif. Etre  utile,  voilà  le  véritable  titre  à  la  considération,  même 
à  la  gloire  ;  et  tout  ce  qui  est  gloire  est  maintenant  noblesse. 
Vous  l'avez  vu  ,  ce  noble  pair  qui  a  laissé  dans  nos  murs  tant 
de  souvenirs ,  et  dans  cette  Académie  dont  il  était  membre, 
tant  de  regrets;  vous  l'avez  vu  entouré  d'amour  et  de  respect , 
guidé  par  son  génie  élevé  ,  par  son  ardente  philantropie, 
suivre  avec  orgueil  l'impulsion  de  son  siècle  ...  que  dis  -je  '  le 
diriger,  marchera  la  tête  de  l'industrie,  et  tout  brillant  déjà 
de  sa  vieille  noblesse,  enter  encore  sur  son  antique  race  cette 
noblesse  de  nos  tems  modernes.  Elles  ne  seront  point  séparées  ; 
il  nous  reste  des  Larochefoucauld. 

«  ...Enfin,  messieurs,  une  puissance  nouvelle  est  née  qui, 
s'élevant  sur  les  débris  des  vieilles  institutions,  s'appuie  sur  les 
lois  et  les  mœurs,  enfante  l'ordre  et  l'union,  s'entoure  du  res- 
pect des  peuples,  croît  par  la  liberté,  grandit  au  milieu  des 
contradictions,  et  libre  enfin  de  toute  entrave,  plane  sur  les 
deux  mondes  :  cette  puissance,  c'est  I'esprit  nu  siècle. 

Après  ce  discours  d'un  haut  intérêt,  le  secrétaire  a  lu  le 
compte- rendu  des  travaux  de  la  Société  dans  le  cours  de  l'an- 
née académique.  On  peut  affirmer,  d'après  cet  exposé,  que  la 


MÉMOIRES  ET  RAPPORTS.  afy 

Société  de  la  Manu-  a  (ait  un  bon  emploi  de  son  tems  cl  de  ses 

moyens  d'influence.  — Quant  au  rapport  sur  le  concours  dont 
le  programme  était  :  Démontrer  la  supériorité  de  la  morale  de. 

V Évangile  sur  celle  des  philosophes  aucuns  et  modernes  (  voyez 

(■/■dessus,  p.  181,  l'annonce  du  discours  qui  a  obtenu  le  prix  ), 

nous  ferons  quelques  observai  ions.  Les  académies  devraient- 
elles  proposer  de  démontrer  ce  qu'il  n'est  pas  permis  de  regar- 
der comme  douteux?  Soumettre  la  morale  de  l'Evangile  an  ju- 
gement de  la  raison  humaine,  n'est-ce  pas  )a  faire  descendre 
infiniment  au- dessous  de  son  origine  ?  La  raison  est,  sans  doute, 
aussi  bien  que  la  foi,  un  bienfait  du  créateur  de  l'homme, 
mais  un  bienfait  d'un  autre  ordre,  et  nulle  assimilation  ne  peut 
être  établie  entre  ces  deux  éminentes  facultés.  La  morale  de 
l'Évangile  ne  changerait  pas  de  nature,  quand  même  elle  cho- 
querait notre  raison  ;  elle  en  est  absolument  indépendante  , 
puisqu'elle  est  l'expression  exacte  des  préceptes  divins,  une 
révélation.  La  véritable  étude  de  la  morale  n'admet  pas  d'autres 
données  que  la  nature  de  l'homme,  la  connaissance  de  ses  fa- 
cultés et  de  ses  besoins,  de  l'ordre  et  du  mode.'  de  développe- 
ment des  uns  et  des  autres.  Tant  que  l'on  introduira  des  élé- 
mens  étrangers  à  la  question,  on  n'arrivera  pointa  une  solution 
rigoureuse,  complète,  et  dont  les  bons  esprits  puissent  être 
satisfaits.  On  ne  doit  point  perdre  de  vue  que  la  morale  est  une 
application  de  la  science  sociale,  dont  la  base  est  la  science  de 
l'homme;  que  les  questions  les  plus  importantes  que  l'on  ait  à 
traiter  dans  les  applications  de  cette  science  sont  des  questions 
de  limites  ,  de  maxima  et  minima  ;  que  toute  la  morale  serait 
comprise  dans  la  solution  de  celle-ci  :  Comment  les  hommes 
réunis  en  société  doivent-ils  se  conduire  pour  que  la  somme  du 
bonheur  de  tous  soit  la  plus  grande  possible,  c'est-à-dire,  que 
les  besoins  soient  le  plus  facilement  et  le  plus  amplement  satis- 
faits, les  facultés  le  plus  complètement  exercées  et  les  amélio- 
rations accessibles  le  plus  sûrement  préparées  ,  le  plus  promp- 
tement  obtenues?»  S'il  est  possible  de  trouver  une  réponse  à 
cette  question,  ce  ne  peut,  être  qu'en  lui  appliquant  les  règles 
du  calcul  des  limites,  dont  le  premier  résultat  est  de  réduire 
les  données  à  l'expression  la  plus  générale  et  d'en  éliminer  tout 
ce  qui  leur  est  étranger.  Nous  nous  sommes  étendus  sur  cette 
matière,  à  cause  de  son  importance,  et  parce  qu'il  nous  semble 
que  les  recherches  morales  n'ont  pas  encore  pris  la  direction 
qui  peut  les  conduire  aux  vérités  générales  et  fondamentales 
qui  composent  une  science. 

Un  mémoire  de  M.  Garinf.t,  maire  de  Châlons,  sur  l'amé- 
nagement  des  forêts  et  les  causes  de  la  dépopulation  du  chêne 


i  VS  LIVRES  FRANÇAIS. 

appelle  l'attention  des  magistratsct  des  législateurs.  On  y  trou- 
vera des  faits  et  des  évaluations  dont  l'analyse  occuperait  ici 
plus  de  place  que  nous  ne  pouvons  leur  en  consacrer.  Après 
avoir  lu  ce  mémoire,  on  est  convaincu  que  beaucoup  de  dis- 
positions prohibitives,  réglementaires,  etc.,  fondées  sur  de  faux 
calculs  ou  .sur  des  faits  mal  observés,  n'aboutissent  qu'à  créer 
des  délits,  à  faire  imposer  des  amendes,  ou  prononcer  des 
peines  encore  plus  sévères. 

La  Société  de  la  Marne  avait  perdu  ,  dans  le  cours  de  l'année 
académique,  quatre  de  ses  membres,  MM.  Pinteville  de  Cernon, 
Le  Gay ,  Becquey  et  Delacourt  :  des  notices  sur  la  vie  et  les 
travaux  de  ces  hommes  de  bien  ont  occupé  une  partie  de  cette 
séance,  et  ce  n'était  pas  la  moins  intéressante  pour  l'assemblée. 

F. 

Ouvrages  périodiques. 

i3o.  —  *  Le  Médecin  du  peuple ,  journal  de  santé  et  d'écono- 
mie domestique,  par  une  Société  de  Médecins.  Cette  feuille  paraît 
tous  les  dimanches.  Paris,  1827;  Lami  Denozan,  rue  desFos- 
sés-Montmartre,  n°  4  ;  prix  de  l'abonnement,  20  fr.  par  an. 

Ce  nouveau  journal  a  surtout  pour  objet  de  faire  connaître 
les  préjugés  trop  souvent  adoptés  dans  les  classes  les  moins 
éclairées  de  la  société  sur  les  maladies  les  plus  communes,  de 
mettre  en  garde  contre  leurs  résultats,  et  de  prescrire  des  for- 
mules d'hygiène  utiles,  faciles  et  bienfaisantes.  Il  doit  signaler 
les  découvertes  nouvelles  en  chimie ,  en  pharmacie  ,  en  chi- 
rurgie, en  médecine,  en  hippia trique,  en  économie  domes- 
tiqué, et  donner  des  conseils  pour  tous  les  âges  et  tous  les 
tempéramens.  Le  numéro  que  nous  avons  sous  les  yeux  con- 
tient un  article  contre  le  préjugé  que  les  jeunes  pommes  de 
terre  non  mûres  sont  malfaisantes  et  vénéneuses  ;  elles  sont 
moins  nourrissantes,  parce  qu'elles  contiennent  moins  de 
fécule;  mais  leur  usage  n'est  nullement  à  craindre,  et  rien  ne 
peut  engager  à  en  interdire  l'emploi.  Un  autre  article,  fort 
raisonnable,  démontre  aussi  qu'il  faut  se  garder  de  négliger 
les  rhumes,  et  surtout  de  les  traiter  par  des  échauffans;  ils 
proviennent  tous  d'inflammation;  et  les  rafraîchissans,  les 
pédiluves,  les  boissons  adoucissantes  sont  les  seuls  moyens 
propres  à  les  guérir.  Des  observations  sur  le  traitement  des 
contusions,  sur  celui  des  écorchures  causées  aux  chevaux  par  le 
frottement  de  la  selle,  sur  la  manière  de  reconnaître  la  falsifi- 
cation du  sulfate  de  quinine,  sur  l'influence  singulière  de  la 
mode  relativement  à  la  santé  des  femmes  qui  ont  adopté  suc- 
cessivement l'usage  d'avoir  les  yeux  battus,  d'avoir  des  jambes 
engorgées ,  puis  étiques,  de  feindre  des  attaques  de  nerfs  et  des 


OUVRAGES  PÉRIODIQUES.  i3q 

vapeurs,  et  enfio  de  paraître  très-pâles,  ce  qui  esl  presque  de 
rigueur  aujourd'hui ,  ces  observations  et  les  réflexions  qui  les 
accompagnent  donnent  de  l'intérêl  el  de  la  variété  au  Médecin 
du  peuple,  dont  le  plan  nous  parait  bien  conçu,,  et  qui  peut 

tendre  des  services  réels  à  la  société.  R. 

i3x,  — *  Annales  de  mathématiques  pures  et  appliquées,  ou- 
vrage  périodique,  rédigé  par  M.  J.  1).  Gi-.rconnk,  professeur 
d'astronomie,  doyen  de  la  Faculté  des  sciences  de  Montpellier, 
des  Académies  de  finies,  [Nancy,  Turin  et  Bruxelles.  Mont- 
pellier, 1827-  1828;  au  bureau  des  Annales.  Paris,  Bachelier. 
Il  parait  par  an  ia  cahiers  in  4°  avec  des  planches ,  formant  un 
volume;  prix,  11  fr. 

(Test  en  juillet  1810  qu'a  paru  le  premier  cahier  de  cette 
utile  publication,  qui  a  continué  sans  interruption  depuis  cette 
époque  :  la  collection  compose  aujourd'hui  dix  sept  volumes. 
Les  sujets  variés  qu'on  y  traite  embrassent  toutes  les  branches 
de  mathématiques  tant  pures  qu'appliquées,  telles  que  l'analyse 
algébrique,  appliquée,  élémentaire,  indéterminée,  transcen- 
dante; la  statistique,  l'arithmétique  politique,  l'optique,  la 
géométrique,  soit  synthétique,  soit  analytique,  la  géométrie 
descriptive,  l'hydrodynamique,  la  mécanique  en  général,  etc. 
On  y  trouve  des  Mémoires  très  intéressans  sur  toutes  les  parties, 
l'énoncé  des  problèmes  à  résoudre ,  les  solutions  de  ces  ques- 
tions ;  enfin ,  on  peut  regarder  ces  Annales  comme  un  résumé 
de  tous  les  progrès  que  fait  la  science  ou  son  enseignement 
public.  Les  professeurs  y  peuvent  rencontrer  une  multitude  de 
démonstrations  nouvelles  qui  ont  pour  objet  de  perfectionner 
l'instruction  qu'ils  sont  chargés  de  donner,  et  qui  leur  four- 
nissent des  idées  neuves  pour  simplifier  les  théories  qu'ils  en- 
seignent et  hâter  les  succès  de  leurs  élèves.  Les  auteurs  peuvent 
y  faire  paraître  leurs  travaux,  dont  l'impression  leur  causerait 
des  frais  dont  ils  ne  seraient  pas  assurés  de  trouver  la  compen- 
sation par  la  vente;  c'est  pour  eux  un  moyen  de  les  faire  con- 
naître dans  tout  le  monde  savant.  On  doit  louer  le  rédacteur 
M.  Gergonne,  des  soins  qu'il  apporte  dans  le  choix  des  maté- 
riaux qu'il  fait  entrer  dans  ses  Annales,  et  du  zèle  qui  les  lui 
a    fait  soutenir  au  milieu  des  circonstances  les  plus  difficiles, 

!)armî  lesquelles  nous  citerons  deux  invasions  à  main  armée,  et 
'incurie  du  dernier  ministère  qui  n'a  pas  jugé  à  propos  de 
continuer  les  souscriptions  accordées  jusqu'alors  à  cette  hono- 
rable entreprise.  Francoeur. 

1  32.  —  *  Journal  des  connaissances  usuel/es  et  pratiques  ,  ou 
Recueil  des  Notions  immédiatement  utiles  aux  besoins  et  aux 
jouissances  de  toutes  les  classes  de  la  société,  et  mises  à  la  por- 
tée de  toutes  les  intelligences;  publié  par  M.  C.  dk  Lasteyrib  y 


i.\o  LIVRES  FRANÇAIS. 

3  5e  cahier.  On  s'abonne  rue  de  Grenelle-Saint  Germain  ,  n°  59  ; 

prix  12  fr.  pour  Paris,  et  i3  fr.  80  c.  pour  les  départemens. 

La  marche  rapide  de  l'industrie  et  de  la  civilisation  ont  ren- 
du l'instruction  indispensable  pour  toutes  les  classes  de  la  so- 
ciété ,  même  pour  les  personnes  qui  ne  se  sont  pas  livrées  d'une 
manière  spéciale  à  l'étude  des  sciences.  Le  Journal  des  con- 
naissances usuelles ,  que  nous  avons  déjà  annoncé  avec  éloge  , 
nous  semble  atteindre  parfaitement  le  but  que  s'est  proposé 
l'éditeur.  On  y  trouve  non-seulement  les  pratiques  et  les  pro- 
cédés utiles  dans  les  arts  et  dans  l'économie  rurale  et  domes- 
tique, mais  aussi  des  notions  de  géométrie,  de  physique, 
d'histoire  naturelle,  d'hygiène,  d'économie  politique,  qu'il  n'est 
plus  permis  aujourd'hui  d'ignorer.  Nous  avons  remarqué  des 
méthodes  nouvelles  sur  la  fertilisation  du  sol  au  moyen  de  la 
combustion  du  sol,  sur  la  nourriture  économique  des  bestiaux, 
sur  la  composition  des  fumiers,  et  des  notions  curieuses  sur 
l'invention  des  lunettes,  sur  l'origine  des  établissemens  d'en- 
fans  trouvés,  sur  les  révolutions  qu'a  éprouvées  le  globe,  etc. 
—  C'est  ici  à  la  fois  une  production  utile  et  une  œuvre  patrio- 
tique que  tous  les  amis  du  bien  doivent  encourager.  Z. 

i33.  — *  Journal  Asiatique,  ou  Recueil  de  mémoires  ,  ex- 
traits, ci  notices  relatifs  à  l'histoire,  a  la  philosophie,  aux  sciences, 
à  la  littérature  et  aux  langues  des  peuples  orientaux  ;  rédigé  par 
MM.  de  Chezy ,  Coquebert  de  Montbret ,  Raoul- Rochette ,  Jbel 
Remusat,  etc.,  et  publié  parla  Société  Asiatique.  62e  cahier.  Paris, 
1827;  Dondey-Dupré,  un  cahier  in-  8°,  chaque  mois;  prix  pour 
l'année ,  20  fr. 

Cet  intéressant  journal  recueille  avec  soin  une  foule  de  mor- 
ceaux historiques  qui,  sans  lui,  resteraient  inconnus,  et  publie 
des  documens  importans  sur  la  littérature  orientale.  Le  cahier 
que  nous  avons  sous  les  yeux,  donne  un  morceau  très-curieux 
de  l'histoire  des  guerres  des  croisades,  sons  le  règne  de  Bi- 
bars,  sultan  d'Egypte,  d'après  les  auteurs  arabes,  traduit  par 
M.  Reinaud,  Ce  Bibars  s'empare  successivement  de  Jaffa  , 
d'Anîioche,  de  quelques  châteaux  occupés  par  les  templiers, 
et  met  tout  à  feu  et  à  sang  aux  environs  de  Saint- Jean  d'Acre. 
Il  reçoit  des  députés  de  Conradin  et  de  Charles  d'Anjou,  pro- 
met beaucoup  et  n'accorde  rien.  La  lettre  qu'il  écrit  à  Bohé- 
mond  ,  prince  d'Antioche,  pour  lui  annoncer  qu'il  s'est  emparé 
de  sa  capitale,  est  un  modèle  de  plaisanterie  musulmane;  elle 
est  un  peu  grossière,  mais  fort  originale.  Les  chroniques  où 
puise  M.  Reinaud  sont  d'autant  plus  intéressantes,  que  sans 
elles,  cette  époque  serait  presque  ignorée;  car  les  ailleurs  la- 
tins du-tems  n'ont  rien  dit  de  la  plupart  de  ces  événemens.  Un 
mémoire  sur  l'emploi  des  mercenaires  musulmans  dans  les  ar- 


OUVft.  PKK.— LIVR,  EN  LAKG.  ÉTR.  *4i 

mées  chrétiennes,  nous  apprenti  que  Mainfroy  en  avait  dans 
ses  troupes |  lorsqu'il  lit  la  guerre  à  Charles  d'Anjou,  qu'ils 
l'établirent  ensuite  à  Lucepa,  en  Sicile,  et  qu'ils  ne  furent  dé- 
finitivement chasses  de  l'Italie  que  dans  le  xiv,:  siècle.  Ce  mé- 
moire est  du  à  M.  le  lieutenant-colonel  Fitz-Clarence.  Des  no- 
tices sur  les  (leurs  et  les  fruits  de  l'Indousian,  et  l'indication 
des  méprises  de  quelques  sinologues  t  qui  prennent  quelquefois 
le  nom  d'un  port  pour  un  nom  d'homme,  terminent  le  cahier 
où  se  trouve  aussi  le  procès  -  verbal  d'une  des  séances  de  la 
Société  Asi(Ui<jnc . 

Ce  fut  à  cette  séance  que  l'on  reçut,  comme  membre  de  la 
Société,  M.  de Fortiâ-d'Urban  ;  et  nous  en  prendrons  l'occasion 
de  parler  du  discours  qu'il  prononça  à  la  séance  suivante.  Ce 
discours,  d'un  savant  aussi  recommandable  par  son  érudition 
que  par  son  zèle  ardent  pour  le  progrès  des  lumières  ,  donne 
l'heureuse  certitude  que  la  publication  des  Ann  a  les  de  fJainaut, 
entreprise  par  M.  de  Fortia,  ne  souffrira  désormais  aucun  retard. 
Ces  Annales  auront  douze  volumes  in -8°.  Elles  sont  l'ouvrage 
de  Jacques  deGuyse,  religieux  franciscain  duxivc  siècle,  mort 
à  Yalcnciennes  en  i'S^q.  Le  texte  latin  n'en  avait  jamais  été 
imprimé,  et  la  traduction  française,  qui  avait  paru  en  i53i, 
fourmillait  d'erreurs  et  d'omissions  graves.  Une  nouvelle  tra- 
duction accompagne  le  texte,  revu  sur  plusieurs  manuscrits  , 
et  déjà  trois  volumes  en  ont  paru.  (Voy.  Rcv.  Enc.  t.  XXXV, 
p.  446.)  R. 

Livres  en  langues  étrangères,  imprimés  en  France. 

i34  —  *  Modem french  and  englisJi  conversation ,  etc.  —  Nou- 
velles conversations,  françaises  et  anglaises;  contenant  des 
phrases  élémentaires  ,  et  de  nouveaux  dialogues  faciles ,  en 
français  et  en  anglais,  sur  les  sujets  le  plus  en  usage;  par 
AV.  A.  Bellenger.  Dixième  édition,  revue  avec  soin. Paris,  1 82C  ; 
Baudry.  In- 18  de  xix  et  -266  pages;  prix,  2  fr.  a5  c. 

Ce  n'est  point  avec  les  grammaires  que  l'on  apprend  à  parler 
une  langue  :  l'usage  est  ici  le  meilleur  maître.  Aussi  a-t-on  mis 
entre  les  mains  des  élèves  des  recueils  de  dialogues  où  ils  trou- 
vent des  phrases  applicables  à  toutes  les  circonstances  de  la 
vie  ordinaire,  et  dont  l'emploi  dans  la  conversation  habituelle 
les  rend  bientôt  maîtres  de  la  partie  la  plus  utile  du  langage. 
Le  petit  volume  de  M.  Betlenger ,  parfaitement  approprié  à  son 
but,  est  d'un  format  très  -  portatif ,  et  sera  par  conséquent 
recherché  de  tous  ceux  qui  ont  encore  besoin  d'avoir  recours 
à  un  interprète  ou  à  un  aide-mémoire.  a. 


t.  xxx vu.  —  Janvier  1828.  1G 


IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET   LITTÉRAIRES. 


AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE. 

États-Unis.  —  De  l'esclavage  des  noirs.  —  On  trouve  dans 
le  cahier  de  la  Revue  trimestrielle  américaine,  du  mois  de  sep- 
tembre dernier,  un  article  fort  étendu  et  fort  bien  fait  sur 
l'esclavage  des  noirs.  Il  offre  des  détails  curieux  sur  les  amé- 
liorations qui  ont  eu  lieu  dans  la  condition  des  esclaves  et 
sur  la  manière  dont  la  question  de  leur  affranchissement  est 
envisagée  au-delà  des  mers. 

Après  une  sortie  assez  violente  contre  «  les  philantropes  exa- 
gérés d'Europe,  et  surtout  d'Angleterre,  qui,  à  force  de  rêver 
le  mieux,  ne  peuvent  plus  faire  le  bien,  qui  blâmeraient  un 
homme  d'être  mahométan  à  Constantinople,  catholique  en 
Espagne,  puritain  en  Ecosse,  et  qui,  par  cette  habitude  de 
ne  jamais  compter  pour  rien  les  mœurs,  les  usages,  et  même, 
si  l'on  veut,  les  préjugés  des  peuples,  demandent  à  grands 
cris  l'émancipation  des  esclaves  des  Etats-Unis,  et  veulent 
non-seulement  les  voir  libres,  mais  encore  admis  à  partager 
1er  droits  des  blancs  et  à  entrer  dans  leur  alliance.  »  Le  jour- 
nal américain  observe  que  les  Européens  se  feraient  une  idée 
très- fausse  de  l'état  des  noirs,  s'ils  se  lés  représentaient  ac- 
tuellement courbés  sous  des  chaînes  et  passant  la  moitié  de 
leur  vie  dans  d'affreux  cachots.  L'abolition  de  la  traite  a  pro- 
duit un  changement  immense  dans  leur  condition.  On  en  peut 
juger  par  ce  tableau  comparatif  de  l'état  des  esclaves  des 
colonies  anglaises  dans  les  Indes  occidentales. 

i.  Lorsque  lesnègres  arrivaient  encore  en  foule  àla  Jamaïque, 
les  propriétaires  jouissaient  d'un  pouvoir  sans  bornes.  Ils 
n'avaient  pour  punir  leurs  esclaves  d'autres  règles  que  leurs 
volontés;  et  ce  pouvoir  arbitraire  était  surtout  cruellement 
exercé  par  les  subalternes  auxquels  ils  le  transmettaient  — 
(  Maintenant,  il  est  défendu  de  donner  plus  de  trente-sept 
coups  de  fouet  en  présence  du  maître  ou  de  l'intendant;  et, 
s'ils  sont  absens,  on  ne  peut  aller  au-delà  de  dix  coups  de 


ÉTATS  i  ms.  a4j 

fouet.    On  inflige  d'ailleurs  rarement  aujourd'hui  cette  cruelle 

punition.) 

9.  H  y  a  vingt  ans,  on  faisait  souvent  usage  (1rs  chaînes.  — 

(  <  i  usage  est  entièrement  aboli.  ) 

'».  On  ne  baptisait  presque  jamais  Les  noirs.  —  (On  les  bap- 
tise maintenant  presque  tous.  ) 

',.  On  ne  voyait  presque  jamais  les  noirs  dans  les  églises.  — 
(Le  nombre  des  églises  est  triplé,  et  partout  elles  sont  très- 
fréquentées  par  les  noirs.) 

5,  Leurs  funérailles  se  faisaient  à  minuit  avec  tous  les  rites 
africains  et  devenaient  une  oecasion  de  se  livrer  aux  plus 
honteux  excès.  —  (Elles  ont  lieu  de  jour  et  avec  les  mêmes 
cérémonies  que  pour  les  blancs. ) 

o'.  La  cérémonie  chrétienne  du  mariage  ne  se  pratiquait 
point  parmi  les  noirs.  (Plusieurs  d'entre  eux  s'y  soumettent 
aujourd'hui,  et  cet  usage  devient  général.) 

7.  A  l'époque  de  la  récolte  des  cannes  à  sucre,  les  pro- 
priétaires faisaient  travailler  leurs  esclaves  le  dimanche.  — 
(  La  loi  nouvelle  a  réformé  cet  abus.  ) 

8.  Les  esclaves  ne  pouvaient  consacrer  que  la  journée  du 
dimanche  à  la  culture  de  la  portion  de  terre  assignée  pour 
leur  subsistance.  —  (Maintenant  la  loi  leur  accorde  vingt-six 
jours  dans  l'année,  outre  les  dimanches  ,  et  l'on  fait  jurer  aux 
propriétaires  de  se  conformer  à  ce  règlement.) 

9.  Au*  moment  où  la  traite  cessa,  un  grand  nombre  d'es- 
claves nouvellement  arrivés  n'avaient  point  d'habitation  à 
eux.  —  (Aujourd'hui,  chacun  d'eux  en  a  une.) 

10.  Les  manumissions  étaient  chargées  de  taxes.  —  (Ces 
taxes  sont  abolies.) 

1  1.  Les  esclaves  ne  pouvaient  en  appeler  à  personne  des 
punitions  injustes  qu'on  leur  faisait  subir.  —  (Il  existe  main- 
tenant un  conseil  de  protection  établi  pour  recevoir  leurs 
plaintes  et  pour  y  faire  droit.  ) 

12.  Les  procès  étaient  traités  de  vive  voix.  Les  tribunaux 
des  noirs  avaient  le  droit  de  faire  exécuter  sur-le-champ  la 
sentence  qu'ils  venaient  de  prononcer.  —  (Aujourd'hui,  toutes 
les  pièces  d'un  procès  doivent  être  transmises  au  gouverneur 
et  hors  le  cas  de  rébellion,  la  sentence  n'est  exécutée  qu'après 
avoir  été  approuvée  par  lui.  Pour  dix  esclaves  punis  de  mort, 
il  y  a  vingt  ans,  il  n'y  en  a  pas  un  maintenant.) 

i3.  L'équipage  des  vaisseaux  côtiers  (coasting  vessels)  était 
exclusivement  composé  de  noirs. —  (On  y  emploie  souvent 
aujourd'hui  des  hommes  de  couleur.) 

i/|.  Noirs  libres,  en  1787,  10,000.  —  En  1826,  35, 000. 

16. 


*4/|  AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE, 

Après  ces  détails  vient  la  description  des  habitations  des- 
noirs et  de  leurs  amusemens  au  tems  de  la  récolte  qui  ne  pré- 
sente aucune  idée  pénible,  et  qui  est  même  assez  riante.  Tel 
est  l'état  des  noirs  à  la  Jamaïque.  Tout  ce  qu'on  a  dit  ci-dessus 
peut  s'appliquer  à  ceux  des  États-Unis,  sauf  quelques  légères 
différences,  presque  toutes  à  l'avantage  de  ces  derniers,  qui 
sont  encore  traités  avec  plus  d'humanité.  Cependant,  il  est  uu 
bienfait  qu'on  leur  refuse,  c'est  celui  de  l'instruction.  Le  jour- 
nal américain  se  borne  à  faire  à  ce  sujet  cette  triste  réflexion  : 
A  quoi  leur  servirait-elle?  elle  ne  pourrait  que  troubler  la 
tranquillité  dont  ils  jouissent.  Sans  doute,  dans  l'état  actuel 
des  choses,  l'instruction  leur  serait  peut-être  funeste;  mais 
qui  pourra  du  moins  s'empêcher  de  maudire  l'institution  qui 
contraint  un  gouvernement,  d'ailleurs  sage  et  libéral,  à  laisser 
tant  d'êtres  pensans  plongés  dans  les  ténèbres  de  l'ignorance? 

Cette  institution  porte  ,  d'ailleurs,  en  elle  un  germe  de 
mort  pour  le  pays  où  elle  est  établie,  germe  qui  se  développera 
tôt  au  tard.  Tandis  que  les  blancs  diminuent ,  les  noirs  ré- 
pandus dans  les  États  du  sud  s'y  multiplient  d'une  manière 
effrayante.  On  a  prouvé,  par  des  calculs  exacts,  que  leur 
nombre  double  en  vingt-huit  ans.  Cet  accroissement  ne  peut 
manquer  d'amener  leur  liberté  ;  bientôt  ils  porteront  leurs  vues 
plus  haut.  Supérieurs  en  nombre  aux  blancs,  ils  ne  voudront 
plus  leur  laisser  l'exercice  exclusif  des  droits  civils;  ils  préten- 
dront à  leur  alliance.  Alors ,  ou  les  blancs  ne  voudront  faire 
aucune  concession,  et  les  états  du  sud  deviendront  le  théâtre 
de  guerres  civiles  sanglantes  et  acharnées;  ou  ils  se  soumettront 
à  la  destinée ,  et  les  deux  races  si  long-tems  distinctes  se  con- 
fondront pour  former  un  peuple  de  métis.  Ce  second  événe- 
ment, poursuit  le  journal  américain,  paraîtra  sans  doute  fort 
naturel  aux  philantropes  européens;  mais  la  race  blanche  du 
sud  en  serait  peut-être  plus  épouvantée  que  du  premier.  Soit 
raison,  soit  préjugé,  elle  est  persuadée  qu'elle  se  dégraderait 
ainsi  au  physique  et  au  moral,  et  deviendrait  un  objet  de  dé- 
rision pour  les  races  qui  se  seraient  conservées  pures.  Par 
quels  moyens  peut-on  prévenir  cette  catastrophe  que  le  cours 
naturel  des  choses  doit  infailliblement  amener?  le  seul  effet  de 
l'émancipation  que  l'on  demande  sans  cesse ,  sans  en  avoir 
calculé  les  conséquences ,  serait  de  la  précipiter  ;  il  reste  un 
seul  moyen  de  salut  :  c'est  de  faire  sortir  le  plus  d'Africains 
possible  des  États-Unis;  c'est  d'en  former  des  colonies,  soit 
dans  leur  ancienne  patrie  ,  soit  à  Haïti,  soit  à  l'ouest  des  mon- 
tagnes rocheuses.  Déjà,  depuis  1816,  une  société  s'est  formée 
dans  ce  but  salutaire.  Elle  ne  s'est  occupée  que  de  la  coloni- 


ÉTATS-UNIS.  — AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE.  i/,5 
saitionen  Afrique;  mais  elle  a  rencontré  beaucoup  d'obstacles. 
Plusieurs  personnes  n'ont  point  goûté  ce  projet  Entre  autres 
objections,  on  a  dit  que  |e  prix  énorme  qu'exigerait  le  trans- 
port dé  tous  les  noirs  rendait  la  chose  presque  impossible. 

Mais,  comme  le  remarque  la  Revue,  ce  ne  sont  pas  tous  les 
noirs  que  Ton  vent,  faire  retourner  (  n  \lrique;  on  vent  seule- 
ment diminuer  assez  leur  nombre  pour  qu'il  ne  menace  plus 
la  tranquillité  et  la  prospérité  futures  de  la  république.  Du 
reste,  on  peut  former  des  colonies  ailleurs  qu'en  Afrique.  Si 
l'on  ouvrait  une  route  à  travers  la  grande  chaîne  qui  sépare 
l'Océan  atlantique  de  l'Océan  pacifique,  il  serait  bien  moins 
coûteux  d'établir  des  noirs  sur  les  bords  de  la  rivière  de  Co- 
lumbia,  que  de  leur  faire  traverser  les  mers  pour  aller  chercher 
un  autre  continent.  Il  y  a  encore  Haïti  qui  ne  se  refuserait  point 
sans  doute  à  en  recevoir  une  partie  sur  son  territoire.  Enfin, 
de  quelque  manière  que  ce  soit ,  il  serait  urgent  de  réaliser  ce 
projet.  Aujourd'hui,  le  danger  que  l'on  veut  prévenir  paraît 
encore  éloigné}  mais,  on  ne  peut  se  dissimuler  qu'il  s'avance 
sans  cesse,  que  chaque  moment  l'approche  de  nous,  qu'un 
jour  arrivera  où  il  pourra  mettre  les  blancs  à  deux  doigts  de 
leur  perte;  et  l'on  doit  sentir  combien  il  est  urgent  d'étouffer 
dans  son  germe,  par  une  prévoyance  éclairée  et  bienfaisante, 
cette  cause  déplorable  et  inquiétante  de  troubles  ,  de  malheurs 
et  de  dissolution  sociale.  L.  L.  O. 

AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE. 

Chili. — Sant-Iago. — Altération  du  climat. —  L'année  1S27 
laissera  de  longs  et  douloureux  souvenirs  dans  notre  république; 
la  nature  nous  a  traités  avec  une  extrême  sévérité.  Des  pluies 
opiniâtres  et  d'une  abondance  extraordinaire  ont  fait  tomber 
d'immenses  torrens  qui  ont  tout  ravagé  sur  leur  passage  :  les 
habitations  et  les  usines  ont  été  entraînées,  ainsi  que  la  terre 
végétale  en  plusieurs  lieux;  ailleurs,  des  (erres  fertiles  ont  été 
ensevelies  sous  des  amas  de  pierres  et  de  cailloux.  Le  nombre 
des  victimes  est  encore  inconnu;  le  gouvernement  a  demandé 
partout  des  renseignemens  exacts  sur  ce  grand  désastre  ,  afin  de 
pourvoir,  autant  qu'il  sera  possible,  aux  besoins  les  plus  pres- 
sans  :  mais  le  mal  est  si  grand  que  les  ressources  qui  restent 
encore  ne  pourront  en  réparer  qu'une  faible  partie.  Des  milliers 
de  personnes  ont  perdu  la  vie;  les  bestiaux  ont  prodigieu- 
sement diminué  ;  et  ce  qui  est  le  plus  fâcheux  ,  le  climat 
semble  altéré.  Le  Chilien  ,  se  confiant  à  une  atmosphère  dont 


246  AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE. 

il  connaissait  depuis  si  long-tems  la  bénignité  et  dont  il  ne 
redoutait  point  les  caprices,  construisait  son  habitation  en 
conséquence  :  les  pluies  de  cette  année  ont  suffi  pour  détruite 
ces  cabanes  peu  solides,  et  les  torrens  n'en  ont  entraîné  que 
les  débris.  Sur  la  côte,  comme  dans  les  montagnes,  tout  a  cédé 
à  la  violence  de  ces  redoutables  pluies.  Les  environs  de  Val- 
paraïso  et  de  la  Séréna  ont  été  ravagés.  Le  canal  du  Maïpo  a 
éprouvé  des  dégradations  qui  retarderont  long-tems  la  mise 
en  activité  de  ce  grand  moyen  de  fertilité  pour  les  plaines 
qu'il  doit  arroser. 

N.  d.  R.  Il  paraît  que,  dans  le  Nouveau-Monde,  le  climat 
n'a  pas  encore  la  constance  et  l'uniformité  de  celui  des  régions 
les  moins  heureuses  de  l'ancien  continent.  Dans  la  vallée  de 
Quito  ,  la  température  s'est  abaissée  de  plusieurs  degrés  depuis 
1740,  époque  du  séjour  des  académiciens  français  LaConda- 
mine ,  Godln  et  Bouguer  au  Pérou.  Le  bassin, du  Mississipi 
paraît  moins  salubre  aujourd'hui  que  lorsqu'il  reçut  pour  la 
première  fois  des  colons  européens  ;  les  Bermudes,  qui  passaient 
pour  un  séjour  de  délices,  sont  aujourd'hui  ptni  saines  et 
désagréables ,  etc.  L'ensemble  des  observations  faites  en  Amé- 
rique ne  suffit  pas  encore  pour  faire  entrevoir  la  cause  de  ces 
altérations  auxquelles  il  semble  que  les  arts  de  l'homme  ne  peu- 
vent point  remédier.  Y. 

ASIE. 

Calcutta.  —  Navigation  par  la  vapeur.  —  Les  avantages 
que  cette  nouvelle  espèce  de  navigation  a  procurés  pendant  la 
guerre  contre  les  Birmans  ne  sont  point  négligés  depuis  la 
paix.  On  vient  de  construire;,  sur  les  chantiers  de  Calcutta, 
deux  bàtimens  dont  sir  Robert  Seppings  a  fourni  les  plans ,  et 
que  font  mouvoir  des  machines  à  feu  de  la  force  de  quarante 
chevaux.  Chaque  navire  en  a  deux,  et  reçoit  du  concours  de 
leur  action  une  vitesse  extraordinaire.  On  destine  ces  bàti- 
mens au  service  maritime  des  nouveaux  établissemens  anglais. 

M.  de  J. 

AFRIQUE. 

Alger.  —  Droit  des  gens.  —  Relations  entre  les  Etats  chrétiens 
et  les  Barbaresques.  —  Moyen  défaire  enfin  cesser  la  piraterie 
dans  la  Méditerranée.  —  La  croisière  française  devant  Alger 
avait  arrêté  le  navire  V  Orphée  y  chargé  par  le  commissariat 
royal  de  Suède  de  porter  au  Dey  les  présens  d'usage  ,  consistant 
principalement  en  munitions  de  guerre.  Le  gouvernement 
français  a  fait  relâcher  ce  navire,  et  l'a  remisa  la  disposition 


AFRIQUE.— EUROPE.  *47 

du  capitaine  suédois,  ainsi  que  sa  cargaison.  On  peut  direl 
même  en  France,    et  sans   vanité  nationale,  que,  dans   celle 

occasion ,  le  gouvernement  français  s'est  montré  fidèle  jusqu'au 

Scrupule  à  ses  traités  avec  les  autres  Fiais,  sans  se  permettre 
d'en  interpréter  aucune  disposition,  même  dans  les  cas  où  ses 
intérêts  sont  compromis,  ainsi  que  des  droits  reconnus  pat- 
tontes  les  nations  civilisées. — Quant  à  la  Suède,  comment 
a  telle  pu  souscrire  au  traité  qui  lui  impose  le  tribut  le  plus 
déshonorant!  C'est  donc  aux  éternels  ennemis  des  chrétiens 
qu'elle  fournit  des  armes  et  des  munitions  pour  combattre  des 
chrétiens!  Il  serait  inutile  de  reproduire  ce  que  l'on  a  dit  et 
écrit  sur  l'existence  antisociale  des  pirates  africains,  sur  les  fers 
que  V  Afrique  forge  lentement  à  l'Europe,  suivant  l'expression 
de  Raynal;  sur  la  nécessité  et  les  moyens  de  détruire  les  re- 
paires de  ce  brigandage  et  d'empêcher  qu'ils  puissent  jamais 
être  rendus  à  leur  odieuse  destination.  Jusqu'à  présent,  ni  la 
raison  ni  l'éloquence  n'ont  pu  rien  obtenir  en  faveur  de  l'hu- 
manité ;  ou  peut-être,  des  intérêts  politiques  mal  conçus  ont 
parlé  plus  haut  que  les  intérêts  des  peuples,  la  raison,  l'hon- 
neur. Il  semble  que  des  circonstances  moins  défavorables  ont 
préparé  l'affranchissement  de  la  Méditerranée;  que  les  flottes 
combinées  des  trois  nations  européennes  les  plus  puissantes  sur 
mer,  après  avoir  accompli  leur  destination  relativement  à  la 
Grèce,  pourraient  faire  ce  que  Pompée  sut  exécuter  autrefois 
avec  des  forces  beaucoup  moins  imposantes,  et  contre  des  en- 
nemis beaucoup  plus  nombreux.  Rien  n'empêche  que  l'on  ne 
prépare  dès  à  présent  la  fondation  de  colonies  européennes 
sur  les  cê)tes  d'Afrique,  et  dans  le  mont  Atlas,  afin  de  repousser 
les  Crébères  dans  les  déserts  de  l'intérieur,  qu'eux  seuls  peuvent 
habiter.  Ce  'serait  ainsi  que  le  commerce  de  la  Méditerranée 
s'élèverait  à  la  plus  grande  prospérité  qu'il  puisse  atteindre; 
que  l'antique  Libye,  le  royaume  de  Massinissa,  le  territoire  de 
Carthage,  etc.,  reprendraient  leur  fertilité,  et  que  des  cités 
autrefois  célèbres  pourraient  sortir  de  leurs  ruines.  Ces  im- 
menses bienfaits,  dont  l'Afrique  serait  quelque  jour  aussi  re- 
connaissante que  l'Europe,  coûteraient  beaucoup  moins  aux 
puissances  européennes  qu'une  seule  campagne  des  guerres 
qu'elles  se  font  l'une  à  l'autre.  F. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

Londres. — Société  médico-botanique.  —  Cette  Société  existe 
depuis  sept  années.  L'idée  de  sa  création   fut  inspirée   par  la 


248  EUROPE. 

triste  certitude  que  la  plupart  des  hommes  qui  se  dévouaient  à 
l'exercice  de  la  médecine  négligeaient  totalement  l'étude  de  la 
botanique  qui ,  cependant,  méritait  toute  leur  attention.  Il  sera 
difficile  de  croire,  mais  il  est  positif  que,  jusqu'au  Ier  janvier 
182 1,  il  n'avait  existé  aucun  ouvrage  où  l'on  démontrât  les  qua- 
lités et  les  propriétés  des  plantes  dans  leur  application  à  la 
médecine,  et  que,  lorsque  les  étudians  possédaient  les  noms 
systématiques  des  plantes  inscrites  au  catalogue  de  matière  mé- 
dicale publié  par  le  collège  royal  de  médecine,  ils  croyaient 
avoir  une  connaissance  suffisante  de  la  botanique. 

Ce  fut  pour  remédier  à  cette  fâcheuse  ignorance  que  fut 
fondée  la  Société  médico-botanique  de  Londres.  Elle  s'occupe  de 
rectifiée  les  descriptions  des  plantes  ,  erronées  ou  incomplètes, 
de  démontrer  leurs  divers  usages  et  leurs  effets,  de  rendre  po- 
pulaires par  la  publicité  toutes  les  découvertes  et  les  applica- 
tions nouvelles  des  simples  à  la  guérison  des  maladies;  elle 
embrasse  la  botanique  médicale  de  toutes  les  contrées,  en  com- 
parant ses  avantages  selon  les  climats  et  les  nations.  L'impor- 
tance des  travaux  de  cette  Société  a  été  si  bien  sentie  que  déjà 
les  universités  de  l'Angleterre  et  de  l'Ecosse  out  exigé  des  gra- 
dués en  médecine  qu'ils  se  livrassent  à  l'élude  de  la  botanique,^ 
et  que  cet  exemple  à  été  suivi  par  le  Collège  des  chirurgiens  et 
par  la  Société  des  pharmaciens. 

La  Société  a  ouvert  sa  huitième  session  annuelle,  au  mois 
de  juin  dernier.  Dans  la  première  séance,  elle  était  présidée 
par  M.  M'Grigor,  directeur  générai  du  conseil  de  médecine 
de  l'armée  ;  et  M.  Frost  ,  directeur  et  professeur  de  botanique, 
a  prononcé  un  discours  dans  lequel  il  a  rendu  compte  des  ser- 
vices- déjà  rendus  à  la  science  par  la  Société.  Il  a  jeté  quelques 
fleurs  sur  la  tombe  du  duc  d'York ,  et  a  félicité  l'assemblée  de 
ce  que  le  duc  de  Clarence  avait  bien  voulu  se  constituer  le 
protecteur  de  la  Société  et  l'assurer  de  son  constant  intérêt. 

S.  M.  le  roi  de  Bavière  a  adressé  à  la  Société  une  lettre 
conçue  dans  les  termes  les  plus  flatteurs;  et  dans  cette  séance, 
la  Société  a  proposé  un  prix  de  2 5  livres  sterling,  ou  une 
médaille  d'or  de  môme  valeur,  pour  la  description  exacte  de  la 
plante  ou  de  l'arbre  qui  distille  la  myrrhe,  gomme  que  Ton 
suppose  provenir  de  Yamyris-kataf. 

On  remarque  des  noms  célèbres  parmi  ceux  des  membres  de 
cette  Société.  Nous  citerons  surtout  le  marquis  de  Lansdoa-nc, 
le  marquis  de  Donegal ,  sir  JD.  Hobhouse  ,  le  lieutenant  général 
sir  B.   d'Urban ,    MM'.   Morris,  Bumclt ,   Astley   Coopcr .    rte. 

R. 
—  Nouvelle  voiture  ii  vapeur,  inventée  par  M.  Gurxey.  —  Les 


GRANDE-BRETAGNE.  i/.y 

journaux  anglais  ont  beaucoup  parlé  d'une  nouvelle  voilure 
a  vapeur  dont  voici  la  description. 

La  voiture  ,  complète  dans  toutes  ses  parties,  a  été  examinée, 
dans  les  premiers  jours  du  mois  de  décembre  1827,  par  des 
savans  et  des  artistes  de  tous  les  rangs,  dans  les  ateliers  de 
M.  Gumey,  et  le  (i  du  même  mois,  ils  Font  vue  marcher  dans 
le  pare  du  régenta  Londres.  Ils  ont  admiré  la  facilité  avec 
laquelle  on  la  guide,  la  rapidité  de  sa  marche,  la  simplicité  de 
sa  construction;  et  la  sûreté  parfaite  du  résultat  de  cette  expé- 
rience les  a  convaincus  que  dans  très-peu  de  teins  elle  recevra 
la  sanction  du  public,  tandis  que  l'application  du  même  prin- 
cipe aux  autres  effets  du  tirage  doit  devenir  presque  univer- 
selle, attendu  l'économie  qu'elle  procure,  comparativement  à 
l'emploi  des  chevaux.  Quelques  voyages  d'expérience  ont  dû 
être  entrepris  depuis  :  on  avait  l'intention  de  commencer  par 
celui  de  Windsor,  afin  de  montrer  cette  invention  au  roi. 

Là  chaudière  de  la  machine  est  formée  de  tubes  au  nombre 
d'environ  quarante,  en  fer  forgé  et  soudé,  disposés  en  deux 
séries  qui  viennent  se  joindre  à  la  partie  supérieure,  et  figurent 
un  fer  à  cheval  placé  verticalement.  C'est  dans  l'intérieur  de 
ce  fer  à  cheval  que  se  trouve  le  foyer.  Le  tout  est  enferme 
dans  une  caisse  en  tôle.  Il  y  a  quatre  tuyaux  de  cheminée, 
par  lesquels  s'échappe  l'air  combiné ,  sans  donner  de  la  fu- 
mée, attendu  qu'on  y  brûle  du  coke  et  du  charbon  de  bois. 
Tout  cet  appareil  est  placé  sur  le  derrière  de  la  voiture. 

Les  réservoirs  d'eau  et  de  vapeur,  ou  plutôt  les  séparateurs, 
ainsi  qu'on  les  nomme,  sont  aussi  placés  derrière  la  voiture  et 
envoient  l'eau  dans  les  tuyaux  où  elle  se  convertit  en  vapeur; 
de  là  le  fluide  passe  dans  les  deux  cylindres  qui  sont  disposés 
sous  la  voiture,  et  dont  les  pistons,  au  moyen  de  bielles  im- 
priment les  mouvemens  aux  roues  de  derrière  Un  réservoir 
d'eau  alimentaire  est  placé  aussi  sous  la  voiture,  et  il  est  rempli 
de  nouveau  à  chaque  relais.  Sa  contenance  est  d'environ  2^5 
litres,  et  il  suffit  pour  une  marche  de  plus  d'une  heure.  Au 
moyen  d'un  régulateur,  on  peut  imprimer  aux  roues  un  mou- 
vement de  deux  à  dix  milles  par  heure  et  même  plus,  si  cela 
devenait  utile. 

La  voiture  a  la  forme  d'une  diligence  ordinaire,  portant  six 
personnes  dans  l'intérieur,  et  quinze  à  l'extérieur,  sans  compter 
le  guide  çjui  est  aussi  le  mécanicien.  Cette  voiture  a  six  roues  : 
les  deux  de  derrière,  qui  reçoivent  seules  le  mouvement  des 
pistons,  ont  cinq  pieds  de  diamètre;  celles  du  milieu,  qui  sont 
celles  de  devant  dans  les  diligences  ordinaires,  ont  trois  pieds 
neuf  pouces;  et  les  deux  roues  de  devant,  ou  directrices,  ont 


a5o  EUROPE. 

trois  pieds.  Le  guide  est  placé  au-dessus  de  ces  dernières,  et 
les  dirige  au  moyen  d'un  levier  à  poignée.  Il  a  à  sa  portée  la 
tige  d'une  soupape  à  gorge  pour  guider  l'introduction  de  la 
vapeur  :  il  peut  ainsi  régler,  à  volonté,  le  mouvement  de  la 
voiture,  accélérer,  retarder,  arrêter  sa  marche,  et  même  la 
faire  reculer. 

Lorsqu'il  s'agit  de  monter  des  pentes  rapides,  la  voiture  est 
munie  de  jambes  à  mouvement  alternatif,  qui  ajoutent  à  l'ac- 
tion des  roues.  Ces  jambes  sont  mues  parla  machine,  à  la  vo- 
lonté du  guide,  ainsi  que  des  forins  qui  enraient  les  roues  de 
derrière,  et  en  ralentissent  les  mouvemens  dans  les  descentes. 
Le  dessus  de  l'impériale  de  la  voiture  est  à  neuf  pieds  au-dessus 
du  sol. 

Le  poids  total  de  la  voiture  et  de  tous  les  appareils  est  porté 
à  quinze  cents  kilogrammes.  La  détérioration  de  la  route  est 
moindre  que  celle  causée  par  quatre  chevaux,  dans  le  rapport 
de  un  à  six.  Les  pieds  des  chevaux  font  l'effet  de  pilons  qui 
tendent  continuellement  plus  que  les  roues  à  détruire  les  routes. 
Lorsque  les  roues  sont  à  large  jantes,  au  lieu  d'être  étroites, 
M.  Mac-Adam  pense  qu'elles  font  aux  routes  plus  de  bien  quç 
de  mal.  L.  Séb.  Lenormand. 

N.  D.  R.  Un  des  points  les  plus  importans  a  été  de  mettre 
les  voyageurs  à  l'abri  de  toute  espèce  d'accident ,  et  de  leur 
inspirer  une  entière  sécurité.  En  effet,  ils  ne  courent  aucun 
danger,  lors  même  que  la  chaudière,  ou  plutôt  l'assemblage 
de  quarante  tuyaux  cylindriques  qui  la  remplace  viendrait  à 
éclater.  Le  seul  accident  possible  serait  la  rupture  de  l'un  des 
cylindres,  et  par  conséquent  une  diminution  momentanée  d'un 
4oe  dans  la  puissance  de  la  vapeur.  Mais  le  mécanicien  con- 
ducteur peut  sur-le-champ  réparer  le  dommage ,  en  rempla- 
çant par  un  autre  cylindre  celui  qui  serait  hors  de  service.  Il 
est  toutefois  très-peu  probable  qu'une  semblable  rupture  puisse 
avoir  Heu.  Car  avant  de  faire  usage  des  cylindres,  on  les  soumet 
à  une  pression  cinquante  fois  plus  forte  que  celle  qui  est  néces- 
saire pour  mettre  la  voiture  en  mouvement. 

RUSSIE. 

Odessa.  —  Culture  de  l'olivier.  —  La  côte  méridionale  de  la 
Crimée  possède  deux  variétés  d'oliviers  qui  y  sont  devenues 
indigènes.  Le  port  de  l'une  est  pyramidal  ,  le  fruit  d'un  ovale 
parfait  ;  les  branches  de  l'autre  sont  pendantes ,  et  le  fruit 
gros ,  en  forme  de  cœur,  et  abondant.  Ces  arbres  précieux  ont 
résisté  aux  injures  des  siècles  et  à  la  barbarie  des  peuplades. 


RUSSIE.— DANEMARK.  *r>i 

qui  ont  succédé  aux  colons  grecs  et  génois;  mutiles  y > it r  la 
main  des  hommes,  rongé*  par  la  dent  du  bétail,  ils  ont  con- 
stamment repoussé  au  pied  et  par  le  haut.  En  1812  ,  un  jardin 
Impérial  l'ut  créé  h  Nikita,  On  s'y  occupa  spécialement  de  la 

culture  et  de  la  propagation  de  ces  arbres  utiles,  que  l'on 
parvint  à  multiplier  par  boutures;  et  l'on  lit  venir  de  France 
diverses  espèces  d'oliviers  cultivées  en  Provence.   Elles  pros- 

fiérèrent  jusqu'à  l'hiver  de  1825  à  1826  qui  les  fit  périr  jusqu'à 
a  racine  ,  tandis  que  les  oliviers  indigènes  résistèrent  au  froid 
dans  toutes  les  expositions.  Au  printems  suivant  on  les  distri- 
bua aux  propriétaires  établis  sur  la  côte  méridionale  de  la 
Tauride  ;  ils  reprirent  parfaitement,  après  avoir  été  trans- 
plantés ,  et  de  toutes  parts  on  fit  de  nouveaux  élèves.  Il  serait 
peut-être  utile  aux  propriétaires  du  midi  de  la  France  de  mul- 
tiplier chez  eux  ces  espèces,  aguerries  contre  un  froid  de  10 
degrés  Réaumur  ;  et  c'est  sans  doute ,  un  service  à  rendre 
aux  cultivateurs  d'oliviers  que  de  les  prévenir  que  la  direction 
du  jardin  impérial  de  Nikita  offre  à  cet  égard  ses  services  aux 
particuliers  ou  aux  établissemens  publics  de  l'étranger.  Elle 
demande  en  revanche  que  les  agriculteurs  du  midi  de  la 
France  veuillent  bien  lui  communiquer  en  détail  leurs  mé- 
thodes les  plus  avantageuses  sur  la  manière  de  multiplier  cet 
arbre  précieux  ;  et  surtout  lui  faire  savoir  si  l'on  a  constaté 
par  des  expériences  suivies  que  l'olivier  se  greffe  avec  avan- 
tage sur  le  troène  (ligustrum  vulgare) ,  ainsi  que  l'a  annoncé 
M.  Noisette  ;  si  ces  greffes  sont  de  quelque  durée,  et  ne  se 
décollent  pas  après  quelques  années ,  lorsqu'on  a  eu  soin 
d'enterrer  la  greffe  à  la  profondeur  de  quelques  pouces ,  afin 
de  faire  prendre  racine  au  scion  même  d'olivier.  Les  semis, 
jusqu'ici,  n'ont  pas  réussi,  parce  que  probablement  on  avait 
omis  de  tremper  les  noyaux  dans  une  forte  lessive  avant  de 
les  semer.  Les  personnes  qui  se  sont  occupées  de  semis  d'oli- 
viers sont  également  invitées  à  faire  part  de  leurs  observations 
à  la  direction  du  jardin  impérial  de  Nikita. 

(Extrait  du  Journal  d'Odessa.) 
N.  du  R.  La  greffe  de  l'olivier  sur  le  troène  ne  peut  être  qu'un  objet 
de  curiosité  :  le  tronc   de  l'olivier,  lorsqu'il  a  pris  tout  son  accroisse- 
ment,  est  d'un  diamètre  au  moins  quintuple  du  plus  gros  troène  ;  un 
support  aussi  grêle  n'est  pas  fait  pour  un  arbre. 

DANEMARK. 

Copenhague. — Société  établie  pour  propager  l'étude  de  la  phy- 
sique expérimentah'.  —  En  appréciant  les  bienfaits  de  la  civi- 
lisation, on  a   généralement  reconnu    toute  la    puissance   des 


25a  EUROPE. 

sciences  physiques  SUT  la  prospérité  d'un  pays.  Ces  sciences, 
qui  nous  dévoilent  le  pouvoir  des  machines,  la  nature  et  l'effet 
des  élémens,  les  qualités  des  diverses  substances  et  le  moyen 
d'en  tirer  avantage,  sont  essentiellement  liées  au  bonheur  des 
hommes  en  société.  Aussi  l'Angleterre  et  la  France,  qui  dans 
les  progrès  de  l'industrie  se  montrent  de  dignes  émules,  n'ont- 
elles  rien  négligé  pour  propager  leur  étude.  Les  soins  infati- 
gables de  M.  le  professeur  Oersted,  sont  parvenus  dès  i8*23 
à  établir  à  Copenhague  une  Société  dont  le  but  est  de 
répandre  la  connaissance  de  la  physique  appliquée.  Son  plan 
eut  le  plus  grand  succès.  Son  altesse  royale  le  prince  Christian- 
Frédéric  en  embrassa  l'idée  avec  ce  zèle  actif  et  bienfaisant 
qu'il  fait  admirer  toutes  les  fois  qu'il  s'agit  des  arts  et  des 
sciences;  et  la  Société  se  forma  sous  ses  auspices.  Elle  compta 
parmi  ses  premiers  membres  les  ministres  d'état  L.  E.  M.  le 
comte  de  Schimmclmann  et  M.  de  Mœsting ,  le  grand  maré- 
chal de  la  cour  M.  de  Hauch  et  plusieurs  fonctionnaires  dis- 
tingués. Le  prince,  comme  protecteur  de  la  Société,  en  fit  un 
rapport  à  Sa  Majesté  qui  daigna  l'assurer  de  sa  haute  pro- 
tection. 

La  Société  se  proposait  d'ouvrir  à  Copenhague  et  dans  les 
principales  villes  de  province  des  cours  publics,  dans  lesquels 
on  enseignerait  les  lois  d'après  lesquelles  agissent  les  forces  de 
la  nature  et  les  moyens  que  présente  la  physique  expérimen- 
tale pour  tirer  des  productions  du  pays  tous  les  avantages 
possibles.  Elle  s'engagea  encore  à  publier  desinstructions  utiles, 
à  donner  des  renseignemens  à  tous  ceux  qui  en  demanderaient 
sur  l'agriculture,  les  manufactures,  l'industrie  en  général,  et 
enfin  à  procurer  des  secours  pécuniaires  à  des  jeunesgens  qui 
voudraient  se  perfectionner,  sous  la  direction  de  la  Société, 
dans  les  arts  mécaniques  pour  lesquels  ils  auraient  d'heureuses 
dispositions. 

M.  Oersted  a  été,  à  l'unanimité,  nommé  directeur.  C'est  lui 
qui  rédigeles  instructions  données  aux  personnes  que  la  Société 
envoie  faire  des  cours  dans  les  provinces;  il  désigne  le  sujet 
qui  doit  être  traité  dans  ces  cours;  les  professeurs  Oersted , 
Zcise  et  Forchammer  font  les  leurs  gratuitement.  Les  villes 
d'Aarhus,  Aalborg,  Viborg,  Odensé ,  Randers,  Elseneur  et 
Fi  édériksvœrk  ont  déjà  profité  des  soins  de  la  Société.  On  y  a 
ouvert  des  cours  très-suivis.  M.  Saptorph ,  directeur  d'un  col- 
lège à  Odensé,  a  professé  publiquement  dans  cette  ville ,  et 
M.  Koester,  pharmacien  ,  a  suivi  cet  exemple  dans  d'autres 
villes.  Conformément  aux  dispositions  de  son  prospectus,  la 
Société  s'est  encore  rendue  utile  en  publiant  des  ouvrages  ten- 
dant à  l'amélioration  de. l'économie  industrielle.  V.  B. 


DANEMARK..— ALLEMAGNE.  a53 

— La  Société  archéologique  du  Nord  \Nordiske  Oldshrift  Selskab)^ 
a  nommé,  dans  la  séaiico  du  ir>  novembre  1827,  M.  Depping  , 

résidant  à  Paris,  auteur  de  Y  Histoire  des  Normands  en  France , 

membre  ordinaire.  Cette  société  publie  un  journal  sous  le  titre 
d'Hermod;  elle  a  entrepria  l'impression  des  anciennes  Sagas  is- 
landaises; ses  statuts  sont  en  langue  islandaise,  ainsi  que  les 
diplômes  de  ses  membres,  et  elle  a  pour  devise  une  inscription 
runique.  Z. 

ALLEMAGNE. 

Saxe.  —  Etat  de  l'industrie  métallurgique  (en  1826). — Le  nom 
seul  de  Freyberg  rappelle  de  riches  mines  d'argent  et  de 
plomb  et  une  école  célèbre.  Les  mines  de  Freyberg  sont  tou- 
jours exploitées  avec  beaucoup  de  soin  ;  mais  leur  richesse  a 
diminué  sensiblement  dans  ces  dernières  années;  et  elles  ne 
peuvent  être  sauvées,  nous  assure- tron,  que  par  le  percement 
d'une  grande  galerie  d'écoulement  qui  aboutirait  à  l'Elbe  et 
assécherait  les  parties  basses,  très-abondantes  en  argent.  La 
dépense  est  la  seule  cause  qui  ait  empêché  jusqu'à  ce  jour 
l'exécution  de  ce  projet.  M.  Brendel,  directeur  des  machines, 
qui  a  rapporté  d'Angleterre  les  connaissances  pratiques  les 
plus  étendues,  a  construit  dernièrement  sur  l'une  des  mines  de 
Freyberg  une  machine  à  colonne  d'eau  remarquable  par  sa 
bonne  disposition.  Comment  se  fait-il  que  ce  genre  d'appareils 
ne  devienne  pas  plus  commun  en  France,  lorsque  dans  toutes 
les  parties  de  l'Allemagne  on  en  a  reconnu  la  supériorité?  Les 
procédés  des  usines  de  Freyberg  ont  subi  depuis  trois  à 
quatre  ans  des  changemens  très-importans.  On  séparait  an- 
ciennement à  l'atelier  d'amalgamation  le  cuivre  de  l'argent  par 
la  coupellation  avec  addition  de  plomb;  on  grille  maintenant 
l'alliage  provenant  de  la  réduction  de  l'amalgame  et  on  le 
traite  ensuite  par  l'acide  sulfurkjue  faible  qui  dissout  l'oxide 
de  cuivre  et  n'attaque  pas  l'argent.  —  Dans  les  fonderies  on 
a  substitué  le  coke  au  charbon  de  bois  avec  succès;  on  a  ob- 
tenu des  produits  plus  purs,  on  a  fait  de  plus  longues  cam- 
pagnes, et  l'économie  de  bois  pour  le  pays  a  été  considérable. 
—  Ces  perfeclionnemens  sont  dus  aux  talens  et  à  l'activité  de 
M.  de  Herder,  directeur  général  des  mines,  et  fils  du  célèbre 
philosophe  de  ce  nom,  qui  a  trouvé  d'utiles  auxiliaires  dans 
le  professeur  de  chimie  à  Freyberg,  M.  Lampadius,  l'inspecteur 
général  des  usines,  M.  Wolf,  et  dans  plusieurs  employés  sub- 
alternes. 

I/administration  des  mines  et  usines  de  Freyberg  nous  a 


2.V,  EUROPE. 

paru  un  peu  compliquée.  Nous  n'avons  sur  les  connaissances 
pratiques  et  la  complaisance  des  différens  chefs  et  employés 
qu'à  répéter  ce  que  déjà  nous  avons  dit  en  parlant  des  mi- 
neurs du  Harz  (  Voy.  ci-dessus,  p.  A97  ).  Peut-être  serait-il 
juste  de  dire  que  les  connaissances  théoriques  sont  plus  répan- 
dues en  Saxe  qu'au  Harz. 

A  l'époque  de  notre  séjour  en  Saxe ,  plusieurs  agens  des 
compagnies  anglaises  cherchaient  à  recruter  des  ouvriers  pour 
le  Mexique.  Le  gouvernement  saxon  venait  de  s'y  opposer  par 
une  ordonnance.  Au  Harz  l'autorité  était  plus  indulgente  à  cet 
égard;  un  grand  nombre  d'officiers  et  d'employés  étaient 
engagés. 

L'école  de  Freyberg  a  perdu  en  1826  un  de  ses  professeurs 
les  plus  distingués,  M.  Mohs,  qui  est  allé  s'établir  à  Vienne. 
Elle  est  toujours  suivie  par  beaucoup  de  jeunes  gens.  —  On  y 
fait  un  cours  de  jurisprudence  des  mines  qui  manque  aux 
écoles  françaises  et  serait  cependant  d'une  grande  utilité  sur- 
tout pour  les  ingénieurs  au  service  du  gouvernement.  —  Les 
collections  de  minéralogie,  de  géologie  et  de  machines  sont 
fort  belles  :  les  Saxons,  qui  paraissent  être  ceux  des  habitans  de 
l'Allemagne  dont  les  mœurs  se  rapprochent  le  plus  des  nôtres , 
les  entretiennent  avec  un  soin  et  une  coquetterie  toute  particu- 
lière, quelquefois  même  peut-être  excessive. 

Aug.  Perdonnet. 

SUISSE. 

Appenzell.  —  État  de  V  instruction  populaire. — Le  gouver- 
nement d'Appenzell,  Rhodes  extérieures,  vient  de  s'occuper 
de  ce  qui  tient  aux  écoles  et  statuera  plus  tard  sur  les  mesures 
plus  utiles  à  prendre  a  cet  égard.  Un  tableau  comparatif  qui 
comprend  les  années  1804  à  1827,  démontre  leurs  progrès  dans 
cet  espace  de  tems.  Il  y  a  vingt- trois  ans  que  les  5g  écoles  de 
l'époque  étaient  visitées  chaque  jour  par  2,109  enfans-  Aujour- 
d'hui 73  écoles  répandent  l'instruction  parmi  3,5o2  élèves,  ce 
qui  dépasse  de  deux  cinquièmes  le  nombre  d'alors,  et  le  porte 
au  dixième  de  la  population  des  Rhodes  (elle  est  de  37,724 
âmes).  Si  (dit  la  Feuille  mensuelle  appenzclloisc),  d'après  M.  Ch. 
Dupin,  l'Angleterre  ne  voit  dans  ses  écoles  que  la  16e  partie 
de  sa  population,  l'Autriche  la  i3e,  la  Hollande  la  12e,  la 
Bohême  la  11e,  la  Prusse  la  18e,  la  France  la  3o%  le  Por- 
tugal la  80e  de  la  leur,  alors  les  Rhodes  extérieures  ne  doivent 
pas  trop  nvoir  honte  de  leur  10e,  et  si  l'on  portait  en  compte 
les  enfans  qui  suivent  les  répétitions,  il  en  résulterait  un  éco- 
lier sur  6  habitans.  Z. 


SUISSE.  *.'>$ 

Cas TOJI  i>r.  Vaud.  —  Législation  criminelle.  — -  La  Suisse  pa- 
raît eplin  ne  devoir  plus  rester  étrangère  aux  progrès  que  la 
science  législative  a  faits  en  fSurope  et  en  Amérique,  depuis 
un  demi-siècle.  Long-tems,  eu  effet,  cette  cou  liée  dont  on 
vante  la  civilisation  et  la  liberté,  regardait  avec  une  sorte 
d'horreur  toutes  les  innovations  qui  étaient  de  nature  à  appor- 
ter quelques  changemens  à  l'ancien  ordre  de  choses.  Aussi  , 
tous  ceux  qui  en  avaient  étudié  les  mœurs  pouvaient-ils  dire 
avec  M.  le  professeur  liossi  :  «On  y  traite  les  vérités  comme 
les  hommes  :  on  leur  demande,  quel  âge  avez-vous?  et,  si  elles 
n'ont  pas  eu  le  tems  de  vieillir,  on  les  regarde  comme  n'ayant 
pas  encore  le  droit  d'entrer  au  sénat.  »  {Annales  de  législation, 
t.  i ,  p.  69.) 

Cette  fâcheuse  disposition  des  esprits,  et  notamment  de 
ceux  qui  ont  acquis  une  certaine  importance  politique  parmi 
leurs  concitoyens,  avait  fait  déjà  repousser  l'institution  du  jury 
que  quelques  hommes  éclairés  avaient  tenté  d'introduire  dans 
\e  canton  de  Vaud.  (Voy.  Rev.  Enc.,  t.  ni,  p.  58 1  ,  septembre, 
1819;  t.  vi,  p.  374,  et  t.  vu,  p.  6 1 5.)  Une  nouvelle  tentative 
de  ce  genre  a  eu  lieu;  et,  quoiqu'elle  n'ait  pas  obtenu  un  ré- 
sultat beaucoup  plus  avantageux,  on  peut  cependant  espérer 
que  les  traces  qu'elle  a  laissées  ne  s'effaceront  pas  de  sitôt. 
Dans  la  session  du  grand  Conseil  de  1826,  le  Conseil  d'état 
avait  présenté  à  cette  assemblée  un  projet  comprenant  les 
bases  d'une  nouvelle  procédure  pénale,  fondée  sur  l'instruc- 
tion orale  publique  et  sur  la  conviction  morale  du  juge,  et 
conservant  les  tribunaux  permanens.  Il  accompagna  cette  pré- 
sentation d'un  rapport  dans  lequel  il  développait  les  motifs  du 
projet  et  la  marche  qu'il  avait  cru  devoir  suivre.  Le  grand 
Conseil  n'hésita  pas  à  se  prononcer  pour  la  publicité  des  dé- 
bats et  la  conviction  morale  du  juge;  mais  le  jury  fut  demandé, 
comme  devant  nécessairement  être  substitué  aux  tribunaux 
permanens  dans  la  nouvelle  procédure.  Reprenant  de  nou- 
veau cette  grande  question,  le  Conseil  d'état  a  fait,  dans  la 
session  de  1827,  une  seconde  tentative  et  a  présenté  un  projet 
de  loi  intitulé  ;  Organisation  de  la  procédure  criminelle,  d'après 
les  formes  du  jury.  La  première  base  de  ce  projet  était  que  les 
délits  seraient  jugés  par  des  Cours  d'assises  sur  la  déclaration 
du  jury.  La  liste  des  jurés  devait  être  composée  d'un  individu 
sur  cent  de  la  population;  c'est-à-dire,  de  i5oo  citoyens  âgés 
de  vingt-cinq  ans,  n'étant  ni  interdits,  ni  faillis,  ni  assistés 
par  une  bourse^de  pauvres,  etc.  Cette  liste,  par  diverses  opé- 
rations de  commission,  de  sort  ou  de  récusation,  se  trouvait 
réduite  au  nombre  de  douze  citoyens,  formant  le  jury  chargé 


*56  EUROPE. 

déjuger  une  affaire  criminelle.  La  commission  de  cinq  mem- 
bres, destinée  à  émettre  une  opinion  préalable  sur  ce  projet, 
se  partagea  en  majorité  et  minorité.  La  première,  composée  de 
trois  membres,  fut  d'avis  de  rejeter  l'art.  ier  du  projet,  relatif 
au  jury;  la  minorité  opina,  au  contraire,  pour  que  cet  article 
fut  adopté.  Les  deux  parties  de  la  commission  motivèrent  cha- 
cune leur  avis  et  on  en  trouve  le  texte  dans  les  nos  6?  7  et  8 
de  la  Feuille  du  canton  de  Vaud.  Le  grand  Conseil  ouvrit  la 
discussion  sur  cette  importante  loi,  dans  sa  séance  du  3o  mai 
dernier;  divers  orateurs  furent  entendus  dans  les  deux  sens; 
et,  lorsqu'on  passa  au  scrutin,  on  eut  la  douleur  de  voir 
soixante-six  suffrages  se.  prononcer  contre  ce  projet,  tandis 
que  vingt-sept  seulement  l'appuyaient.  Malgré  ce  triste  résul- 
tat, les  amis  de  l'humanité  et  des  lumières  n'en  doivent  pas 
moins  concevoir  de  justes  espérances  pour  l'avenir.  En  effet, 
si  nous  sommes  bien  informés,  ce  double  principe,  si  nouveau 
dans  la  législation  vaudoise,  de  la  publicité  des  débats  et  de  la 
conviction  morale  du  juge  n'a  trouvé  que  bien  peu  de  contra 
dicteurs;  et  une  fois  admis  dans  la  pratique,  il  servira  de 
transition  naturelle  pour  passer  de  la  procédure  inquisitoriale 
à  l'admirable  institution  du  jury. 

Nous  ajouterons,  comme  complément  à  ce  que  nous  venons 
de  dire  sur  l'état  de  la  législation  criminelle  dans  le  canton 
de  Vaud,  qu'il  résulte  d'un  rapport  officiel  fait  sur  la  maison 
de  détention  de  Lausanne,  que  le  régime  pénitentiaire,  établi 
depuis  plusieurs  années,  y  produit  les  plus  heureux  effets. 
Voici,  du  reste,  la  statistique  exacte  des  procès  criminels  et 
correctionnels  qui  ont  eu  lieu,  en  1825  et  1826,  dans  ce 
canton.  Dans  la  première  de  ces  années,  14^  jugemens  avaient 
été  rendus;  la  seconde  n'en  offre  que  109,  dont  trente  par  les 
tribunaux  inférieurs,  et  79  par  le  tribunal  d'appel.  De  ces  109 
jugemens  rendus  en  1826,  il  y  en  a  eu  101  qui  ont  porté  sui- 
de simples  délits  correctionnels ,  et  8  seulement  sur  des  causes 
criminelles;  la  peine  la  plus  forte  qui  ait  été  prononcée  est 
celle  de  quatre  années  de  fer,  pour  fabrication  de  fausse 
monnaie.  On  doit  observer  encore  qu'en  1825,  il  y  eut  27 
condamnés  en  état  de  récidive,  et  en  1826,  seulement  11; 
qu'en  outre,  sur  les  J09  jugemens,  3o  ont  prononcé  la  libéra- 
tion ou  la  simple  condamnation  aux  frais,  et  que,  parmi  les 
accusés,  24  étaient  étrangers  au  canton.  Nous  avons  déjà  eu 
occasion  d'établir  un  rapport  entre -la  population  de  la  France, 
de  l'Angleterre  et  de  l'Espagne,  et  les  condamnations  qui  ont 
eu  lieu  dans  ces  divers  états  en  1826  (Voy.  Rep.  Enc,  t.  xxxiv, 
p.  371,  et  ci-après,  p.  '16$).  Pour  compléter,  autant  que  pos- 


SUISSE.  — ITALIE.  *57 

iible  ,  cet  intéressant  parallèle,  noua  ferons  le  même  rappro- 
chement pour  le  canton  de  Vaud.  La  population  de  ce  canton 
i'elese  maintenant   à  170,000  Ames.  Or,  en  déduisant  des   109 

kigemens  criminels  et  correctionnels,  rendus  en  18y.fi,  les  3o 

par  lesquels  les  accusés  ont  été  ou  acquittés,  ou  condamnés 
feulement  aux  frais,  ce  qui  ne  peut  équivaloir  à  une  peine, 
ions  trouvons  un  total  de  70,  qui ,  mis  en  rapport  avec  la  masse 
:1e  la  population,  ne  présente  qu'un  individu  sur  2i5i  nabi- 
tans.  Le  lecteur  attentif  peut  se  rappeler  qu'en  Angleterre  il 
y  a  eu  un  condamné  sur  117.6  habitans;  en  France,  un  sur 
1172;  et  en  Espagne,  un  sur  885.  Tout  l'avantagé  du  parallèle 
?st  donc  en  faveur  du  petit  canton  suisse.  Quelle  preuve  plus 
convaincante  que  l'instruction  populaire  et  un  système  de 
religion  doux  et  tolérant  sont  le  meilleur  moyen  de  ramener  les 
nations  à  la  vertu  et  aux  bonnes  mœurs?  A.  T. 

ITALIE. 

Parme  (fi  janvier  1 828.) — Encouragement  donne  aux  Lettres. — 
S.  M.  l'archiduchesse,  duchesse  de  Parme,  vient  d'envoyer  une 
abatière  d'or,  comme  un  témoignage  de  sa  satisfaction  et  de 
son  estime,  à  M.  Antoine  Briccolani,  qui  lui  avait  fait  hommage 
d'un  exemplaire  de  sa  belle  traduction  en  vers  italiens  (  ottave 
rima)  des  Lusiades de  Camoens.  (Paris,  1826,  t  fort  vol.  in-32, 
imprimé  par  F.  Didot.  Chez  le  traducteur ,  rue  de  la  Harpe, 
n°  5.  Prix ,  5  fr.  Voy.  Rev.  Enc.  ,  t.  xxxi,  pag.  519). 

Milan.  —  Exposition  des  beaux- arts.  —  L 'Académie  des 
beaux-arts  de  Milan  ayant  décerné  les  prix  d'usage  aux  artistes 
qui  ont  concouru ,  on  a  remarqué  d'abord  que  tous  ceux  qui 
ont  obtenu  des  prix  ne  sont  que  des  Milanais.  Le  grand  prix 
de  peinture  a  été  adjugé  à  M.  Ambroise  Puva  ;  celui  de  scul- 
pture, à  M.  Louis  Scorzini  ,  et  celui  à' architecture ,  l\  M.  Gas- 
pard  Fossati.  Jean  Pagani  a  obtenu  celui  du  dessin  de  la 
figure ,  et  Ange  Moja  et  Dominicpœ  Brusa  celui  du  dessin  de 
f  ornement.  On  a  en  même  tems  apprécié  les  travaux  qui  ont 
mérité  une  mention  honorable,  et  accordé  des  éloges  aux 
artistes  qui,  sans  prendre  part  au  concours,  ont  le  plus  fixé 
dans  l'exposition,  l'attention  du  public.  On  a  distingué  surtout 
les  dessins  de  perspective,  qui  honorent  l'école  de  M.  San- 
quirico,  regardé  comme  le  peintre  par  excellence  des  déco- 
rations scéniques  chez  les  Italiens.  La  Bibliothèque  italienne 
rend  justice  à  tous  ses  élèves  qui  ont  fait  preuve  de  talens, 
sans  négliger  les  conseils,  souvent  plus  utiles  aux  jeunes  ar- 
tistes que  les  éloges.  (N°.  CXLI ,  pag.  /,i5.)  Nous  indique- 
t.  xxxvir.  —  Janvier  1828.  '    17 


258  EUROPE. 

rons    ici  seulement  quelques   objets    plus  remarquables  par 

leur  importance  ou  leur  singularité. 

Pour  la  peinture  historique,  M.  Hayez  a  représenté  Marie 
Stuart ,  au  moment  où  elle  monte  sur  l'échafaud;  M.  Palaci 
s'est  plu  à  retracer  le  grand  Newton  observant  pour  la  pre- 
mière fois  le  phénomène  de  la  réfraction  des  rayons  de  la 
lumière  dans  les  petits  globes  de  savon  qu'un  enfant  s'amuse  à 
faire  tomber  de  sa  fenêtre;  M.  Diotti  a  exposé  le  jeune  Tobie 
rendant  la  vue  à  son  vieux  père.  On  assure  que  les  trois  peintres 
ont  partagé  les  suffrages  dans  des  sujets  si  différons.  Parmi  les 
divers  tableaux  de  M.  Hayez,  on  distingue  celui  de  Clorinde  mou- 
rante au  moment  où  Tancrède ,  la  reconnaissant ,  lui  donne 
le  baptême.  M.  Palàgi  a  exposé  sa  Véturie  se  présentant  avec 
les  matrones  romaines  devant  Coriolan,  qui  commande  l'armée 
des  Volsques,  sous  les  murs  de  Rome.  M.  Pompée  Marquesi 
s'est  fait  remarquer  par  divers  travaux  de  sculpture.  On  a 
signalé  quelques  ouvrages  de  peinture  de  MM.  Pagna  Servis 
et  Castelli.  Plusieurs  femmes  artistes  ont  aussi  fixé  les  regards. 
M'ne  Joséphine  Crippa-Sepolina  a  représenté  Louis  XIV  con- 
duit par  madame  La  Vallière  à  sa  retraite,  dans  le  couvent 
des  Carmélites  ;  la  seconde  a  intéressé  les  connoisseurs  par 
quelques  portraits.  Il  semble  que  l'Académie  des  beaux-arts  de 
Milan  annonce  de  grands  progrès,  si  Ton  considère  le  nombre 
de  ses  élèves,  le  mérite  de  ses  professeurs,  et  le  caractère  des 
ouvrages  des  uns  et  des  autres. 

Nécrologie.  —  L'avocat  Charles  Bosellini  est  mort  le 
ier  juillet  1827.  Né  à  Modènc  en  17 65,  il  étudia  les  belles- 
lettres,  la  philosophie  et  la  jurisprudence.  Il  voyagea  en  France 
et  en  Angleterre,  et  acquérant  toujours  de  nouvelles  connais- 
sances, il  sut  apprécier  celles  qui  méritaient  d'être  préférées  de 
son  tems.  De  retour  en  Italie,  il  se  trouva  entraîné  par  les  mou- 
vemens  politiques  qui  agitèrent  la  péninsule  depuis  1 796. 11  occu- 
pa divers  emplois  honorables,  et  fut  d'autant  plusestimé  parses 
compatriotes,  qu'il  était  difficile  de  s'acquitter  de  son  devoir 
au  milieu  du  conflit  des  partis  contraires.  Aussitôt  qu'il  vit 
s'évanouir  les  espérances  qu'il  avait  conçues  pour  l'avenir  de 
l'Italie,  il  se  consacra  tout  entier  aux  études  et  à  la  retraite; 
il  voulut  du  moins  être  utile  à  sa  patrie  par  ses  pensées,  ne 
pouvant  plus  l'être  par  ses  actions.  Plusieurs  Mémoires  furent 
le  fruit  de  ses  recherches  philosophiques  sur  des  sujets  relatifs 
à  la  législation  et  à  l'économie  politique.  Il  publia  en  1816 
son  ouvrage  intitulé  :  Nuovo  csanw  délie  sorgenti  délia  publica 
c  dclla  privata  ricliezza  (Nouvel  examen  des  sources  de  la 
richesse  publique  et  privée).  Il  est  bon  de  remarquer  que  ce 


ITALIE.— ILES  IONIENNES.  25<j 

aile,  qu'on  ne  pul  imprimer  du  teins  do  Napoléon,  l'a  été 
près  ->;i  chute,  sous  le  gouvernement  du  (lu<-  de  Modène.  L'au- 
nr  examine  el  compare  les  principes  A1  Adam  Smith,  de  Lau* 
frdalc  el  de  quelques  autres  économistes  modernes,  et  suit 
vjours  sa  propre  pensée.  Il  ue  borne  pas,  comme  tant  d'autres, 

richesse  publique  et  privée  à  l'agriculture,  aux  arts1,  au 
immerce;  il  la  cherche  encore  dans  les  garanties  sociales, dans 

travail,  l'industrie,  l'épargne,  qu'il  regarde  tous  comme  les 
émeus  primitifs  de  toutes  sortes  de  richesses.  M.  Bosellini  avait 
abord  cru  possible  un  excès  dans  la  production  générale 3 
lànt  mieux  considère  les  théories  de  MM.  Sismondi  et  Mal- 
Itff,  qui  attribuent  à  un  tel  excès  la  crise  actuelle  de  l'Angle- 
rre,  il  a  pris  part  à  leur  discussion,  et  s'est  déclaré  contre 
opinion  de  ces  deux  célèbres  économistes.  On  trouve  dans 
ontologie  de  Florence  divers  articles  de  cet  écrivain  sur 
ïtte  question.  En  général ,  les  idées  de  M.  Bosellini  tendent 

l'amélioration  de  son  pays.  Il  était  convaincu  qu'une  sage 
Perte,  ainsi  que  la  tolérance  et  l'égalité  devant  la  loi,  sont 
(clamées  par  la  justice  et  par  la  religion.  Il  sentait  la  néces- 
té  d'un  régime  constitutionnel  pour  satisfaire  aux  besoins  des 
copies,  et  seconder  le  développement  de  leurs  facultés.  Le 
oui nal  arcadique  de  Rome  contient  plusieurs  articles  remar- 
uablcs  de  M.  Bosellini,  sur  le  Prospectus  des  sciences  écono- 
miques de  INI.  Gioja,  et  sur  les  Nouveaux  principes  d'économie 
olitique  de  M.  Sismondi.  On  trouve  dans  le  même  journal/un 
iblcau  historique  des  progrès  des  sciences  économiques ,  depuis 
mr  naissance,  jusqu'en  i8'25.  M.  Bosellini  est  encore  auteur  de 
eux  opuscules  intéressans,  l'un  sur  le  système  de  succession 
Wopté  en  Angleterre,  et  l'autre  sur  quelques  opinions  du  comte 
mrbacovi,  concernant  la  pluralité  des  voix,  la  réforme  des 
odes  civils  et  d'autres  sujets  analogues.  M.  Bosellini  a  été  un 
xcellent  époux,  un  père  tendre  et  prévoyant,  un  ami  géné- 
eux,  et  ses  enfans  élevés  et  instruits  par  lui-même  continue- 
on  t  d'honorer  son  nom  en  marchant  sur  ses  traces.     F.  S. 

ILES  IONIENNES. 

Santé  publique.  —  Frictions  mcrcurielles  employées  avec  succès 
outre  la  peste,  pour  empêcher  le  développement  de  ses  effets  mor- 
,./,.  /T  \ — tjh  bateau  des  îles  Ioniennes,  ayant  été  rencontré  à  la 


(1)  Communiqué  à   l'Académie  des  Sciences,   dans  la  séance  du 
4  décembre. 


*7- 


i6o  EUROPE. 

mer  par  un  vaisseau  turc,  fut  forcé ,  pour  se  faire  reconnaître 
(.l'envoyei  à  bord  son  patron.  De  retour  à  Céphalonie,  l'équi- 
page de  ce  bateau  fus  mis  eu  quarantaine,  et  il  fut  constaté  qu< 
celui  des  marins  qui  avait  communiqué  avec  le  bâtiment  otto- 
man était  atteint  déjà  des  premiers  symptômes  de  la  peste 
Quoiqu'aucun  autre  n'offrît  d'indice  de  cette  contagion,  h 
médecin  anglais  du  lazaret  résolut  de  soumettre  tous  ces  ma- 
rius,  sans  exception ,  à  un  traitement  mercuriel  énergique,  in-1 
terne  et  externe.  L'événement  ne  tarda  pas  à  prouver  que  la' 
transmission  de  la  maladie  de  l'un  à  l'autre  avait  eu  lieu 
ainsi  qu'il  l'avait  soupçonné.  Tous  ces  individus  furent  atteint* 
successivement  de  la  peste;  mais  ils  le  furent  avec  des  diffé- 
rences extrêmement  remarquables.  Le  patron  et  un  autre  ma- 
rin, qui  n'avaient  éprouvé  aucun  effet  sensible  du  traiteraeni 
mercuriel,  subirent  la  maladie  dans  toute  sa  violence  et  suc-' 
combèrent.  Au  contraire,  les  matelots,  sur  qui  le  mercure 
produisit  ses  effets  puissans,  en  se  portant  sur  les  glandes 
salivaires,  ne  furent  atteints  que  de  symptômes  qui  ne  les 
exposèrent  à  aucun  danger,  quoiqu'ils  caractérisassent  com- 
plètement l'infection.  Ces  matelots,  au  nombre  de  dix  ,  échap- 
pèrent tous  à  la  mort  ;  et  il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  ce  fut  à 
l'efficacité  du  traitement  mercuriel  qu'ils  durent  leur  salut. 

Déjà,  lors  de  l'irruption  de  la  peste  à  Malte,  en  i8i3,  on- 
avait  pareillement  fait  usage  du  calomélas,  pris  intérieurement 
à  grandes  doses,  et  de  frictions  mercurielles  très-énergiques; 
mais  on  n'y  avait  eu  recours  qu'après  l'invasion  de  la  maladie, 
pour  essayer  de  l'arrêter  dans  son  cours,  tandis  qu'à  Cépha- 
lonie  on  vient  d'employer  ce  même  remède  avant  le  déve 
loppement  de  la  peste,  lorsque  le  danger  de  l'infection  était 
imminent,  et  sans  attendre  que  l'apparition  des  premiers 
symptômes  rendît  ses  effets  tardifs,  incertains  ou  impuissans 

Un  moyen  aussi  simple  que  des  frictions  mercurielles,  qui 
préviendraient,  sinon  l'invasion  de  la  peste,  du  moins  ses 
effets  mortels,  doit  exciter  un  intérêt  d'autant  plus  grand  que 
des  communications  avec  des  navires  infc  ctés  de  cette  maladie 
peuvent  être  à  chaque  instant  provoquées  par  les  événemens 
dont  la  Méditerranée  est  aujourd'hui  le  théâtre. 

Mon  eau  de  Joxxès. 

Nécrologie.  —  Frédéric  North,  comte  de  Guilford,  cheva- 
lier grand'eroix  de  l'ordre  de  Saint  Michel  et  de  Saint-Georges, 
chancelier  de  l'université  des  îles  Ioniennes,  etc.,  était  le  troi- 
sième fils  du  fameux  lord  North,  premier  ministre  d'Angle- 
terre sous  le  règne  de  Georges  III.  Né  en  1766,  il  est  mort  le  14 
octobre  1827.  Nommé,  il  y  a  quelques  années,  gouverneur  de 


ILES  ioniennes.  *$* 

jeylan,  il  entreprit  avec  1M.  Cordiner  un  voyage  dans  linté- 
feur de  l'île,  el  se  mil  ainsi  en  éfet  «l'eu  donner  Une  excellente 
escripiion.  De  retour  en  Angleterre,  il  fut  envoyé  aux  îles 
pniennes  avec  une  mission  du  gouvernement. 

La  plus  vive  affection  attachait  lord  Guilford  aux  restes 
ut  rages  de  la  malheureuse  Grèce;  et  ce  fut  avec  nne  philan- 
ropie  qui,  comme  on  l'a  dit  poétiquement,  «  n'avait  jamais 
l'hiver,  »  (ju'il  employa  sa  fortune  et  ses  talens  a  tenter,  en 
élevant  le  caractère  national  des  habitans  des  îles  Ioniennes, 
e  ramener  ces  îles  à  leur  splendeur  première.  Il  réussit  d'a- 
lord  à  établir  des  écoles  dans  quelques-unes  des  îles  qui 
ont  presque  continues  à  la  Grèce.  Enfin,  soutenu  à  la  fois  par 
e  gouvernement  anglais  et  par  le  parlement  ionien,  il  se  \it 
n  état  de  réaliser  son  projet  chéri,  et  Corfou  devînt,  par  ses 
oins,  le  siège  d'une  université  grecque.  Il  serait  difficile  de 
e  faire  une  idée  de  tous  les  obstacles,  de  toutes  les  intrigues 
[ni  entravèrent  les  efforts  du  noble  philhellène,  et  qui  exigèrent, 
pur  y  résister,  l'heureuse  réunion  dur.  caractère  ferme  et  per- 
évérant,  d'un  esprit  concilia  tenir  et  élevé,  d'une  grande  for- 
une  et  d'un  rang  distingué.  Sans  cet  heureux  concours  de 
[ualités,  de  talens  et  d'avantages  divers,  il  n'eût  été  donné  à 
jersonae  de  réussir;  et,  s'il  en  eût  manqué  un  seul  à  lord  Guil- 
ord  ,  il  est  probable  qu'il  eût  échoué  dans  son  entreprise.  Eu 
lépit  de  la  constitution,  appelée  si  faussement  libérale,  cpie  le 
[ouvernement  anglais  avait  octroyée  aux  îU:s  Ioniennes,  la 
puissance  accordée  au  lord  haut  commissaire  était  immense,  et 
e  caractère  tyrannique  de  sir  Thomas  Maitland,  qui  était  alors 
evètu  de  cette  importante  dignité,  le  rendait  ennemi  de  toute 
îroposition  généreuse.  Ce  fut  pourtant  sous  ces  décourageans 
mspices  que  lord  Guilford  obtint  du  parlement  des  îles  Io- 
liennes  que  l'université  de  Corfou  serait  établie,  dès  qu'il  au- 
ait  été  possible  de  réunir  les  élémens  nécessaires  au  succès. 
Ze  fut  alors  que  lord  Guilford  montra  réellement  de  la  persé- 
vérance et  du  courage.  Il  était  impossible  de  trouver  parmi  les 
ioniens  des  professeurs  instruits,  et  le  peu  d'étrangers  éclairés 
jui  habitaient  sur  le  sol  de  la  république  des  Scpt-Iles  ne  par- 
aient pas  la  langue  nationale  avec  assez  de  facilité  pour  donner 
les  cours  publics.  Il  fallut  donc  faire  instruire  les  professeurs  eux- 
nêmes;  et  souvent,  lorsqu'on  se  croyait  au  moment  d'être  ré- 
compensé de  tant  de  peines,  une  mort  imprévue,  un  mariage  , 
m  accès  d'enthousiasme  guerrier,  etc. ,  vinrent  tout  à  coup  ren- 
verser les  espérances  que  l'on  avait  conçues,  et  forcer  de  faire 
le  nouvelles  recherches  et  de  nouveaux  choix.  Enfin,  après 


262  EUROPE. 

plusieurs  années  de  patience  et  d'efforts,  après  avoir  envoyé  à 
grands  frais  des  élèves  dans  chaque  université  et  presque  dans 
chaque  grande  ville  de  l'Europe,  on  parvint  à  réuni!1  un  nombre 
de  professeurs  suffisant  pour  commencer  les  travaux  scolasti 
qn.es.  En  novembre  1823,  lord  Guilford  reçut  la  seule  récom 
pense  digne  de  ses  généreux  sacrifices  et  de  ses  nobles  senti- 
mens  :  i!  fut  nommé  archonte  ou  chancelier  de  l'université  de 
Corfou. 

Outre  un  recteur  et  un  bibliothécaire  ,  l'université  de  Cor- 
fou  a  seize  professeurs.  La  permission  d'assister  aux  cours 
publics  et  aux  leçons  de  langue  anglaise  est  accordée  à  titre 
gratuit.  Ainsi  les  dépenses  d'un  étudiant  se  bornent  à  celles 
qu'exigent  les  besoins  de  la  vie.  Le  nombre  des  étudians  s'est 
considérablement  augmenté,  depuis  l'ouverture  de  l'université. 
Dans  la  première  année,  il  était  de  47  ;  de  87  dans  la  seconde; 
enfin  ,  de  21 1  au  mois  de  juin  1826  :  ce  nombre  a  encore  aug- 
menté depuis.  Corfou  seule  en  envoie  au  moins  cent,  et  les  au- 
tres îles,  en  proportion  de  leur  richesse  et  de  leur  population. 
Un  tel  nombre  d'étudians,  à  une  époque  si  désastreuse  pour  la 
Grèce,  prouve  incontestablement,  d'une  part,  le  besoin  d'in- 
struction qui  pénètre  partout;  et,  de  l'autre  ,  la  réputation  qu'a 
déjà  obtenue  l'université  de  Corfou  et  l'estime  qu'inspirait  son 
chancelier. 

L'établissement  de  la  bibliothèque  de  l'université  est  encore 
un  des  bienfaits  ,4e  lord  Guilford  ,  et  il  donna  les  premiers  ou- 
vrages qui  la  commencèrent.  En  1826  ,  cette  bibliothèque  con- 
tenait eléjà  9,000  volumes,  dont  la  moitié  provenait  de  la  géné- 
rosité du  chancelier  :  on  a  reçu  depuis  quelques  ouvrages  im- 
portans  de  la  part  des  deux  universités  anglaises  dans  l'Inde, 
du  roi  de  Danemark,  du  comte  Mocenigo,  noble  Zantiote,  etc. 
Peu  de  tems  avant  sa  mort,  lord  Guilford  fit  à  la  bibliothèque 
un  nouveau  présent,  et  ajouta  8,000  ouvrages  imprimés  à  ceux 
qu'il  avait  donnés;  il  y  joignit  aussi  3, 000  manuscrits,  dont  la 
plupart,  très-intéressans,  se  rapportent  à  l'histoire  moderne, 
depuis  le  xne  siècle  jusqu'à  nos  jours.  La  bibliothèque  se  com- 
pose maintenant  d'environ  21,000  volumes  :  le  public  y  est 
admis. 

Nous  faisons  des  vœux  pour  que  la  mort  de  l'honorable  fon- 
dateur de  l'université  de  Corfou  n'arrête  pas  l'exécution  de  ses 
plans,  et  pour  qu'ils  continuent  à  être  exécutés  avec  le  zèle  qui 
ranimait  lui-même.  Puisse-t-il  avoir  un  successeur  digne  de  lui  ! 
il  trouvera  des  auxiliaires  dans  tous  les  philhellènes qui  désirent 
vivement  la  prospérité  de  l'université  de  Corfou,  et  qui  souhaitent 


[LES  loMI'.VM'.S.  -ESPAGNE. 
que,  pour  l'honneur  de  la  mémoire  de  lord  Guii fard,  et  sur- 
tout pour  le  bien  de  l'humanité)  les  nobles  travaux  soient  couron- 
nés de  succès  (i).  II.  II. 
ESPAGNE. 

Statistique  judiciaire.  — ■  Parmi  les  causes  jugées  par  les 
tribunaux  espagnols,  en  itt?.(>,  on  remarque  les  suivantes: 
1^33  homicides,  1 3  infanticides ,  5  empoisonnemens,  i  antro- 
bophagie  (ce  crime  a  été  commis  en  Catalogne  ),  io*  suicides, 

4  duels,  177S  blessures  graves,  5*2  viols,  1 44  incontinences 
publiques,  J69 injures,  2763  blasphèmes,  5G  incendies,  1620 
vols,  10  falsifications  de  monnaie,  45  idem  d'écritures  authen- 
tiques, 640  abus  de  confiance  et  malversations,  10  prévarica- 
tions, 1783  excès  divers.  167  accusés  ont  été  condamnés  à 
mort,  5f>  aux  verges  et  à  l'exposition,  4960  aux  travaux  pu- 
blics, aux  arsenaux  et  aux  présides,  479  à  servir  dans  les 
armées  de  terre  ou  de  mer,  46  à  la  privation  de  leurs  emplois , 
7o38  à  des  amendes  et  à  des  réprimandés.  Enfin,  il  y  a  eu  194 
graciés  ,  et  i55a  absous  ou  dont  les  causes  ont  été  renvoyées. 
En  additionnant  le  nombre  des  condamnés  aux  peines  qui 
viennent  d'être  indiquées,  y  compris  les  graciés,  qui  doivent 
être  rangés  parmi  les  individus  déclarés  coupables,  nous  trou- 
vons un  total  de  12,939.  Or,  la  population  de  l'Espagne  s'élève, 
d'après  les  dernières  statistiques,  à  11, 44 7*629  âmes.  Il  résulte 


(t)  Quoique  lord  Guilford  soit  mort  en  Angleterre  ,  où  il  était  allé 
passer  quelques  mois,  son  cœur  et  ses  affections  vives  et  profondes  pour 
sa  nouvelle  patrie  adoptive  en  faisaient  un  véritable  citoven  des  îles 
Ioniennes  auxquelles  il  a  entièrementdévoué  les  dernières  années  de  sa 
vie  ;  et  ce  motif  nous  a  fait  placer  ici  l'article  nécrologique  qui  lui  est 
consacré,  et  qui.  autrement,  aurait  dû  être  inséré  au  compte  ouvert  de  la 
Grande-Bretagne.  Qu'il  nous  soit  permis,  en  payant  ici  un  dernier  tribut 
à  la  mémoire  d'un  homme  de  bien  que  nous  avons  personnellement 
connu,  et  qui  nous  a  bonoréde  sa  bienveillante  amitié,  de  rappeler  que 
lord  GruLFORoest  venu  lui-même,  à  trois  reprises,  en  passant  à  Paris, 
communiquer  à  la  direction  delà  Revue  Encyclopédique  des  renseigne- 
mens  sur  l'état  de  l'université  et  de  l'instruction  publique  en  général 
dans  les  îles  Ioniennes,  et  qu'il  a  témoigné  à  plusieurs  rédacteurs  de 
ce  Recueil  le  vif  intérêt  que  lui  avait  inspiré  une  entreprise  de  bien 
public  destinée  à  rapprocher,  par  des  communications  mutuelles  et 
fréquemment  renouvelées  ,  les  hommes  généreux  et  éclairés  de  toutes 
les  nations.  Il  avait  invité  en  particulier  le  fondateur  de  la  Renie  à  faire 
avec  lui  un  voyage  à  Corfou  pour  y  observer  de  prè^  la  situation  mo- 
rale de  cette  contrée,  et  [jour  en  présenter  un  tableau  fidèle  et  complet, 
propre  à  exciter  l'émulation  pour  le  bien  et  à  faire  apprécier  le  zèle 
des  jeunes  et  savans  professeurs  qui  se  sont  dévoués  h  la  plu»  noble 
mission.  N.  Ju  R. 


264  EUROPE, 

de  là  qu'en  ce  pays  on  trouve  un  criminel  sur  885  habitans. 
Il  y  a  quelque  tems,  nous  avons  eu  occasion  de  faire,  dans  ce 
recueil ,  le  même  calcul  pour  la  France  et.  l'Angleterre,  et  nous 
avons  trouvé,  dans  le  premier  de  ces  pays,  un  condamné  sur 
ii  72  habitans,  et  dans  le  second,  un  sur  1226.  (Reçue  Ency. 
T.  XXXIV,  p.  371.)  Aujourd'hui,  l'Espagne  vient  grossir  ce 
curieux  parallèle,  et  son  exemple  sert  à  démontrer  de  nouveau 
l'heureuse  influence  de  la  civilisation  et  des  lumières  sur  les 
mœurs  des  peuples.  En  comparant  l'Angleterre,  la  France  et 
l'Espagne,  nous  sommes  obligés  de  convenir  que  la  nation 
anglaise  est  la  plus  avancée  dans  la  route  de  la  civilisation  ; 
aussi  trouvons- nous,  quoique  l'opinion  contraire  soit  géné- 
ralement répandue,  que  ses  tribunaux  ont  à  flétrir  moins  d'ac- 
tions coupables  dans  une  année,  que  les  nôtres  dans  la  même 
période.  D'un  autre  côté,  quelle  immense  différence  entre  la 
France  et  l'Espagne!  Ce  calcul  incontestable  ne  suffit- il  pas 
pour  dévoiler  toute  la  pensée  des  hommes  qui  voudraient  nous 
faire  rétrograder  au  point  où  se  trouvent  en  ce  moment  nos 
voisins  d'au-delà  des  Pyrénées  ?  A.  T. 

Madrid. — Académie  des  Beaux- Arts.  —  Exposition  annuelle 
des  ouvrages  de  peinture. — L'exposition  de  cette  année  (  1 827)pré- 
sente  moins  d'intérêt  que  celles  des  années  précédentes.  Cepen- 
dant, un  tableau  d'EsPARicio  a  fixé  l'attention  publique,  beau- 
coup plus  par  l'intérêt  du  sujet  que  par  le  talent  du  peintre. 
Il  représente  le  débarquement  du  roi  au  port  de  Sainte-Marie . 
Ce  tableau  contient  plus  de  cinquante  portraits ,  dont  un  du 
dauphin,  et  plusieurs  de  généraux  français.  Il  a  été  exécuté 
aux  frais  de  la  municipalité  de  Madrid,  qui  en  a  fait  présent 
au  rpi. 

Un  ouvrage  d'un  mérite  bien  supérieur  dans  un  autre  genre 
est  aussi  exposé  depuis  peu,  dans  une  salle  basse  du  Musée, 
aux  regards  des  curieux;  c'est  un  groupe  en  marbre,  arrivé 
dernièrement  de  Rome,  où  il  a  été  sculpté  par  l'Espagnol 
Alvarès,  et  représentant  une  scène  du  siège  de  Sarragosse,  un 
vieillard  blessé,  défendu  par  sonjils.  Ce  groupe ,  d'une  propor- 
tion colossale,  a  réuni  tous  les  suffrages.  N. 

PAYS-BAS. 

Colonies  de  bienfaisance  de  Frédériks-Oord  et  de  AYor- 
tel.  —  La  Russie  a  créé  des  colonies  militaires  :  système  cou- 
veuable  tout  au  plus  à  un  peuple  qui  veut  s'organiser  pour  la 
conquête,  mais  peu  favorable  au  développement  des  popula- 
tions libres  qui  cherchent  la  prospérité  dans  l'industrie  et  des 


! 


IWYS-HA.S. 
istitutions  pacifiques,  c'est  049  qu'attestent  les  derniers  rapporta 

ont  cette  espèce  de  colonies  régi mentai res  a  été  l'objet.  Le 

ouvei  iiemenl   des  Pays  -  lîas  s'est  proposé  tin  tout  antre  but, 

■lui  d'améliorer  1"  soit   de  la  classe  indigente,  <  n  l'employant 

(•(invertir  en   plaines  fertiles    des  bruyères  et    des  landes  in  — 

■Ites.  Aucun  des  étabùssemens  <jué  ce  gouvernement  a  fondés 

t  qu'il  protège  n'atteint  ce  but  d'une  manière  plus  satisfai- 
ante  que  les  colonies  de  bienfaisance  de  Frédèriks  -  Oord  et 
e  Wortel,  Les  détails  qui  vont  suivre  s'appliquent  également 

d'autres  colonies  qui  se  sont  formées  sur  le  même  plan,  et 
ont  la  direction  est  la  même;  il  en  existe  onze  dans  les  pro- 
inees  septentrionales,  et  trois  dans  les  provinces  méridionales. 

Détruire  peu  à  peu  la  mendicité,  ramener  l'homme  à  la  vertu 
t  au  bonheur  par  le  travail,  tel  est  le  résultat  progressif  etassuré 
es  colonies  agricoles,  situées  dans  les  landes  cîeDrentheet  d'/Yn- 
ers.  On  ne  peut  se  dissimuler  que  le  bienfait  de  la  vaccine  et  le 
îaintien  prolongé  de  la  paix,  qui  tendent  à  conserver  la  vie  à 
m  grand  nombre  d'individus,  tandis  que  l'invention  des  ma- 
hines  industrielles  prive  souvent  de  travail  une  foule  d'hommes 
|ui  n'ont  que  leurs  bras  pour  ressource,  contribuent  aussi  à 
•euplcr  les  dépôts  de  mendicité  et  absorbent  en  partie  les  res- 
ources  des  bureaux  de  bienfaisance  (i). 

Il  fallait  donc  en  trouver  d'autres,  et  cela  ne  tarda  point.  Le 
lonheur  d'indiquer  le  meilleur  moyen  d'extirper  la  mendicité 
t  de  procurer  du  pain  à  une  foule  d'hommes  aux  prises  avec  le 
lesoin,  était  réservé  à  M.  le  général  Van  den  Bosch.  Cet  offi- 
ier,  déjà  connu  dans  la  république  des  lettres,  conçut  l'idée  de 
réer  dans  nos  vastes  bruyères  des  colonies  agricoles  pour  les 
ndigens,  et  traça  lui-même  le  plan  de  ces  nouveaux  établisse- 
riens.  Son  projet  fut  adopté  par  le  gouvernement  qui  nomma 
me  commission  et  arrêta  le  règlement  de  la  Société,  sous  le 
lom  de  Société  de  bienfaisance  ,  fondée  par  le  prince  Frédéric. 

D'après  ce  règlement,  tout  habitant  des  Pays-Bas  ,  pourvu 
[u'il  ne  soit  pas  sous  le  coup  d'un  jugement  infamant,  peut 
Ire  membre  de  la  Société  de  bienfaisance,  moyennant  une  cot- 
ation annuelle  de  deux  florins  Go  ccuts  des  Pays-Bas  (5  f.  75c). 

La  Société  est  présidée  par  le  prince  Frédéric  et  dirigée  par 
leux  commissions.  La  première  ,  sous  le  titre  de  Commission  de 


(i)  Ces  institutions  ,  dans  les  Pays-Bas,  sont  loin  de  ressembler  à  la 
Maison  de  travail  dé  Florence,  dont  nous  devons  d'intéressantes  des- 
Tjptions  à  M.  Pictf.t,  de  Genève  ,  dans  la  Bibliothèque,  universelle  ,  et 
iu  docteur  Vale>tiw,   dans  son  I  oyage  médical  en  Italie. 


266  EUROPE. 

bienfaisance,  se  compose  d'un  président  nommé  à  perpétuité,  et 
de  douze  membres;  ia  seconde,  appelée  Commission  de  sur- 
veillance, admet  vingt  -  quatre  membres,  y  compris  le  prési- 
dent et  le  secrétaire.  Leurs  fonctions  sont  gratuites. 

Le  but  de  la  Société  est  de  fonder  des  colonies  agricoles  et 
libres,  où  des  familles  indigentes,  des  orphelins,  des  enfans 
pauvres,  trouvés  ou  abandonnés  ,  soient  distribués  par  mé- 
nage. 

Chaque  ménage  obtient  une  maison  meublée  et  fournie 
d'ustensiles  aratoires.  Cette  maison  est  construite  en  briques  et 
se  compose  d'une  chambre  commune,  de  quatre  chambres  à 
coucher,  d'une  cave  et  d'un  grenier;  une  grange  de  la  même 
grandeur  est  annexée  à  l'habitation  et  renferme  une  étabic. 

A  chaque  ménage  sont  affectés,  outre  l'habitation,  i°  trois 
arpens  et  demi  de  terrain  défriché,  et  pour  la  première  fois 
mis  en  culture  aux  frais  de  la  Société;  2°  deux  vaches  et  des 
moutons  en  nombre  suffisant  pour  fournir  les  engrais. 

En  arrivant,  les  colons  reçoivent  des  vêtemens,  des  vivres 
et  des  avances  en  argent,  jusqu'à  ce  que  leur  champ  suffise  à 
leurs  besoins.  Mais,  tout  ce  que  la  Société  leur  fournit  en  meu- 
bles, ustensiles  aratoires,  vêtemens,  etc. ,  et  objets  nécessaires 
pour  leur  subsistance,  est  une  avance  dont  ils  doivent  succes- 
sivement acquitter  la  valeur.  La  Société  en  obtient  le  rembour- 
sement par  des  retenues  hebdomadaires,  proportionnées  au 
gain  du  colon;  cependant,  ces  retenuevs  ne  peuvent  jamais  s'é- 
lever par  semaine  au-delà  de  75  cents  (  1  fr.  55  c)  sur  le  sa- 
laire d'un  enfant  de  moins  de  douze  ans;  d'un  florin  (2  f.  1 1  c.) 
sur  celui  d'une  fille  qui  a  passé  douze  années  ;  d'un  florin  25 
cents  (2  fr.  65  c.)  sur  celui  d'un  garçon  de  douze  à  quinze  ans; 
d'un  florin  5o  cents  (  3  fr.  17  c.  )  sur  celui  d'un  garçon  de 
quinzeans.  L'excédantest,  pendant  la  premièreannée,  remis  en 
entier  à  leur  disposition  ;  durant  les  années  suivantes,  la  moitié 
de  cet  excédant  leur  est  payée ,  et  l'autre  est  placée  à  leur  pro- 
fit personnel  dans  une  caisse  d'épargne.  Ce  fonds  leur  est  res- 
titué avec  les  intérêts,  dès  qu'iU  ont  atteint  leur  vingtième  an- 
née, ou  quand  ils  quittent  la  colonie. 

Une  commune,  un  corps  militaire,  une  réunion  d'employés 
ou  de  particuliers  qui  versent  la  somme  de  1,600  florins  ,  fixée 
pour  l'établissement  d'un  ménage,  ont  le  droit  de  placer  à  la 
colonie  une  famille  indigente. 

Cette  famille,  pour  être  admise,  doit  être  pourvue  du 
nombre  de  bras  nécessaires  à  son  existence.  On  considère  comme 
capables  de  se  livrer  au  travail  les  enfans  âgés  de  plus  de  six 
ans  et  d'une  bonne  constitution. 


PAYS-BAS.  467 

On  obtient  l'établissement  «l'une  famille,  en   payant,   peu 
liant  seize  ans  au  plus,  atô  florins  (  02  fr.  75  c.  )  annuellement 

et  par  U:tc. 

Pour  l'admission  de  six  orphelins,  en  fans  pauvres,  trouvés 
ou  abandonnés.,  âgés  de  plus  de  six  ans,  ou  paye  par  tête 
/|5  florins  (  108  francs  g5  cent.  )  pendant  seize  ans.  Ils  sont 
reunis  au  nombre  de  1,000  à  i,5oo  ,  dans  un  même  local  auquel 
est  affecté  le  terrain  nécessaire  pour  les  nourrir.  Un  établisse- 
ment de  ce  genre  existe  à  Veen-Iiuiscn  ;  il  est  dépendant  de  la 
colonie  de  Frédericks-Oord.  C'est  un  véritable  modèle  a  pro- 
poser, et  il  serait  difficile  d'imaginer  un  plus  intéressant  spec- 
tacle. Je  le  dis  avec  un  sentiment  de  satisfaction  particulière, 
la  Société  de  bienfaisance  n'eût- elle  à  se  féliciter  que  d'avoir 
fondé  ce  bel  établissement,  elle  aurait  bien  mérité  de  la  patrie, 
et  acquis  des  droits  légitimes  à  la  reconnaissance  des  amis  de 
l'humanité. 

Les  chefs  de  famille  out  la  jouissance  de  l'habitation  qui  leur 
a  été  remise,  jusqu'au  décès  du  dernier  d'entre  eux.  Ils  en 
payent  5o  florins  par  an  (  io5  (r.  55  c.  ).  La  Société  est  tenue 
aux  grosses  réparations  et  à  l'impôt  foncier. 

Si,  à  leur  décès,  les  chefs  de  famille  laissent  des  enfans  mi- 
neurs, la  Société  leur  continue  la  même  jouissance  et  charge 
du  soin  de  leur  tutelle  d'autres  chefs  de  ménage. 

Les  orphelins,  etc. ,  placés  à  la  colonie,  peuvent  y  demeu- 
rer jusqu'à  l'âge  de  vingt  ans,  à  moins  de  mariage  consenti 
avant  cet  âge,  d'appel  sous  les  drapeaux  de  la  milice  natio- 
nale, ou  d'enrôlement  volontaire  dans  l'armée. 

Les  économies  de  la  Société  servent  à  l'établissement  gra- 
tuit de  nouvelles  familles  indigentes,  choisies  de  préférence 
dans  les  communes  qui  présentent  le  plus  grand  nombre  de  so- 
ciétaires et  de  donateurs. 

L'instruction  primaire  et<  l'exercice  des  divers  cultes  reli- 
gieux sont  à  la  charge  de  la  Société;  de  bous  instituteurs  et  de 
sages  ministres  s'acquittent  à  l'envi  de  ce  soin  important. 

J'ai  dit  que  l'objet  de  la  Société  de  bienfaisance ,  en  for- 
mant des  colonies  agricoles  pour  les  mendians  valides,  est 
aussi  de  chercher  à  extirper  la  mendicité.  Les  mendians  sont 
donc  réunis  dans  un  même  local  et  soumis  à  une  surveillance 
active  et  continue.  Le  défrichement  et  la  culture  des  terres  for- 
ment leur  principale  occupation.  Ces  colonies  portent  le  nom  de 
colonies  de  répression. 

Dans  les  dépôts  de  mendicité  qui  existent  encore  dans  quel- 
ques provinces  des  Pays  -  Bas,  la  dépense  pour  un  mendiant 
s'élevait  annuellement  jusqu'à  100  florins  (21 1  fr.),  tandis  que, 


i68  EUROPE. 

dans  la  colonie,  cette  dépense  ne  va  pas  au-delà  de  35  florins 
(  73  fr.  85  c.  ),  et  les  mendians  y  sont  infiniment  mieux  traités 
sous  tous  les  rapports  que  dans  les  dépots  de  mendicité.  Aussi, 
le  roi  des  Pays  -  Bas  a-t-il  pris  la  mesure  de  faire  évacuer  ces 
derniers  sur  les  colonies,  dès  Tannée  1822. 

Les  travaux  sont  distribués  par  tâche  ;  en  général ,  ils  s'exé- 
cutent en  commun  et  sous  la  même  direction,  jusqu'à  ce  que 
le  colon  soit  devenu  locataire.  Ces  travaux  sont  rétribués. 

Les  colons  portent  des  vétemens  uniformes  ;  ils  doivent 
être  propres  et  décemment  habillés.  Indépendamment  du  sa- 
laire fixé  en  argent,  ceux  qui  se  distinguent  par  leur  bonne 
conduite  et  leur  industrie  reçoivent  trois  genresde  décorations, 
en  médaillesde  cuivre,  d'argent  et  d'or. 

Les  colons  qui  obtiennent  la  médaille  d'argent  ou  d'or 
sont  dès  lors  considérés  comme  des  locataires  ordinaires.  Il  ont 
par  ce  fait  acquis  le  droit  de  cultiver  seuls  leur  terrain,  et  ne 
sont  plus  soumis  qu'aux  dispositions  qui  concernent  l'uniforme, 
l'enseignement  et  le  service  divin. 

A  la  tête  de  l'établissement  est  placé  un  directeur  en  chef 
chargé  de  surveiller  les  travaux,  la  conduite  des  colons,  l'or- 
dre, le  maintien  de  la  discipline,  etc. 

Ce  fut  en  janvier  18 18  que  la  Société  de  bienfaisance  fut  éta- 
blie dans  les  provinces  septentrionales  du  royaume  ,  et  elle 
compta  presque  à  sa  naissance  plus  de  i5,ooo  membres.  Les 
bruyères  de  la  province  de  Drenthe  furent  défrichées,  et  la  co- 
lonie de  Frédericks-Oord  y  fut  établie. 

Le  général  Van  den  Bosch  se  chargea  de  surveiller  lui-même 
les  travaux;  et  au  bout  de  deux  ans  seulement  d'existence  de 
la  colonie,  toutes  les  personnes  qui  la  visitèrent  virent  avec 
surprise  les  étonnans  changemens  si  promplement  opérés  dans 
ces  plaines  auparavant  incultes  et  inhabitées  ;  on  fut  surtout 
frappé  de  l'amélioration  du  sort  d'une  multitude  d'hommes, 
naguère  couverts  de  haillons  et  croupissant  dans  la  misère, 
mais  aujourd'hui  proprement  habillés  et  jouissant  d'une  aisance 
et  d'une  satisfaction  qu'il  est  rare  de  trouver  ailleurs.  J'ai  visité 
cet  établissement  dans  l'été  de  1822.  Il  y  avait  alors  dans  les 
colonies  libres  près  de  deux  mille  cinq  cents  individus,  indi- 
gens,  orphelins,  enfans  trouvés  ou  abandonnés.  Il  existait,  en 
outre,  une  colonie  de  répression  fondée  pour  rerevoir  mille 
mendians;  une  partie  s'y  trouvait  déjà  réunie,  et  la  Société  qui, 
à  cette  époque,  comptait  près  de  vingt  mille  membres,  avait 
traité  avec  le  gouvernement  pour  le  placement  de  quatre  mille 
orphelins,  et  de  cinq  cents  nouveaux  ménages.  L'état  pros- 
père où  j'ai  vu  ces  braves  gens  semblait  tenir  du  prodige  ;  ce 


PAYS  IJAS.  9.r,9 

prodige  était  dû  aux  efforts  heureusement  combinés tic  la  reli- 
gion ,  de  la  morale  et  de  l'industrie. 

La  Société  méridionale  tic  bienfaisance  est  aussi  présidée  par 
le  prince  Frédéric.  Kilo  se  composa,  dès  son  origine,  de  près 
tic  1 3,000  membres,  nombre  qui  s'accroît  journellement, 

Cette  nouvelle  Société  acquit,  au  commencement:  de  1822, 
5!Ï2  arpens  tic  bruyères,  près  de  la  commune  de  AVortel,  pro- 
vince tf  Anvers  >/|f>  arpens  furent  aussitôt  partagés  en  70  por- 
tions, et  l'on  arrêta  (pie,  sur  24  d'entre  elles,  on  élèverait  immé- 
diatement un  nombre  égal  d'habitations.  On  traça  des  chemins 
et  l'on  combla  les  bas-fonds  ;  des  fossés  larges  et  profonds  sé- 
parèrent les  terrains  affectés  à  chaque  habitation,  et  procurè- 
rent aux  eaux  un  écoulement  facile.  Ces  ouvrages  terminés,  on 
commença  le  défrichement  sur  le  tiers  du  terrain  assigné  à 
chaque  ménage.  Les  deux  autres  tiers  furent  défrichés ,  dans  le 
cours  des  deux  années  suivantes,  par  les  colons  jcux-mcmes, 
aux  frais  de  la  Société  et  sous  la  surveillance  de  la  direction  ; 
c'est  ainsi  que  l'on  commença  à  les  mettre  au  fait  des  travaux 
agricoles,  et  en  position  de  gagner  un  salaire. 

On  fuma  avec  la  cendre  des  bruyères  une  étendue  de  qua- 
rante-cinq perches  ou  ares  sur  chacune  des  vingt-quatre  pe- 
tites fermes;  et,  à  la  fin  de  septembre,  on  y  sema  du  seigle.  On 
obtint  par  les  mêmes  procédés,  pendant  le  cours  de  l'hiver,  un 
engrais  suffisant  pour  planter,  au  printems  suivant,  en  pommes 
de  terre  et  eu  légumes,  le  reste  du  terrain  déjà  défriché. 

La 'qualité  du  sol  a  surpassé  l'attente  générale,  et  les  ré- 
coltes ont  été  superbes  (1).  » 

Vers  la  (in  de  1822,  trois  cents  individus  furent  recueillis  à 
la  colonie  libre,  et  le  nombre  des  sociétaires  s'élevait  à  i5,ooo. 
J'ai  visité  la  colonie  de  Wortel,  pour  la  première  fois,  en 
juin  1823  ,  et  j'ai  consigné  dans  le  Journal  (V  Anvers  du  Ier  juillet 
de  la  même  année  une  Notice  sur  l'état  où  je  l'ai  trouvée.  Sur 
une  terre  où  je  n'avais  vu  quelques  années  auparavant  que  des 
bruyères  et  un  sable  aride,  j'admirais  alors  des  maisons  sa- 
lubres,  proprement  bâties,  ayant  chacune  un  petit  jardin,  et 
environnées  de  champs  couverts  de  seigle,  de  pommes  de  terre 
et  d'autres  productions  alimentaires.  J'ai  pénétré  dans  toutes 


(1)  Voyez  le  Philanthrope ,  Bruxelles  ,  1822;  pag.  i5.  Nous  avons 
annoncé,  clans  !a  Bévue  Encyclopédique  du  mois  de  décembre  1824. 
cet  intéressant  recueil  périodique  ,  publié  par  ordre  de  la  Société  de 
bienfaisance  de  la  Belgique ,  et  nous  le  recommandons  de  nouveau  à 
nos  lecteurs. 


2  7o  EUROPE. 

les  habitations;  la  propreté  en  était  recherchée  :  partout  j'ai 
trouvé  de  bon  pain,  d'excellentes  pommes  de  terre,  enfin  une 
nourriture  saine.  Les  colons  étaient  bien  vêtus,  leurs  vaches 
bien  nourries;  les  hommes  et  les  garçons  travaillaient  dans  les 
champs;  les  femmes  et  les  jeuneà  filles  s'occupaient  de  la  fila- 
ture, du  tricot,  de  la  broderie,  elc.  J'ai  interrogé  plusieurs 
ménages:  l'indigence  avait  disparu,  tous  se  trouvaient  heureux 
et  l'étaient  incontestablement.  Les  figures  annonçaient  le  con- 
tentement et  la  santé.  11  fuit  avoir  vu  ce  touchant  tableau 
pour  se  faire  une  juste  idée  des  bons  résultats  de  la  moralité, 
de  l'esprit  de  travail,  de  l'ordre,  qui  régnent  chez  des  individus 
arrachés,  depuis  si  peu  de  tems  à  la  misère  et  au  vice. 

Il  serait  injuste  de  taire  que  la  colonie  de  Wortcl  doit  une 
grande  partie  de  ses  succès  à  son  directeur-général  M.  le  capi- 
taine VandenBosch,  frère  du  général ,  homme  de  mérite  et 
de  probité,  et  qui  possède  de  profondes  connaissances  en  agri- 
culture. C'est  lui  qui  a  créé  les  colonies  de  bienfaisance  en 
Belgique,  et  cette  contrée  lui  en  doit  une  éternelle  recon- 
naissance. 

À  la  fin  de  1823,  la  colonie  de  Wortcl  offrait  un  ensemble 
de  cent  vingt-cinq  fermes,ayant  chacune  trois  arpens  et  demi  de 
terrain; de  cinq  maisons  de  surveillans;  de  la  maisondu  sous-di- 
recteur; d'un  bâtiment  de  filature;  du  magasin  et  de  l'école.  Ces 
quatre  derniers  bàtimens  sont  situés  au  centre  de  la  colonie. 

Dans  la  môme  année,  la  Société  de  bienfaisance  a  acquis  de 
nouvelles  bruyères,  aux  environs  des  communes  de  Ryckevorsel 
et  de  Merxplas ,  non  loin  de  Woriel,  pour  l'établissement  d'une 
colonie  de  répression  de  mille  mendians  valides.  Le  gouver- 
nement s'est  engagé  à  payer  35  florins  par  tète  (  73  fr.  85  c.  ), 
pendant  seize  ans.  Cette  colonie  est  aujourd'hui  dans  nu  état 
très-florissant,  et  les  mendians  qui  la  composent  ne  forment 
plus  qu'une  société  d'hommes  honnêtes  et" laborieux. 

Le  bâtiment  de  la  colonie  de  répression  est  magnifique; 
l'air  y  est  excellent,  et  le  travail  en  grande  activité;  les  décès 
y  sont  rares.  Un  jardin  palissade  sépare  le  quartier  des  hommes 
de  celui  des  femmes;  il  y  existe  une  infirmerie,  une  chambre 
de  bains,  une  école,  un  magasin,  une  filature,  etc. 

Les  mendians  sont  divisés  en  trois  classes.  Les  individus  de 
la  première  gagnent  par  jour  trente  cents  (G5  centimes);  dans 
la  seconde,  vingt-cinq  cents  (53  c.) ,  et  dans  la  troisième,  vingt 
cents  (4^  c).  Ce  salaire  suffit  pour  leur  entretien. 

L'établissement  des  colonies  de  bienfaisance,  qui  fait  le  sujet 
de  cet  article,  a  ses  détracteurs,  comme  la  vaccine,  comme 
toutes  les  institutions  et  les  découvertes  récentes.  Ces  détrac- 


PATS-BAS.  571 

eurs  prétendent  que  cet  état  prospère  ne  te  soutiendra  que 
quelques  années,  Les  champs  défrichés  depuis  plusieurs  années 
lans  la  Campine ,  et  ouï  forment  aujourd'hui  de  très-bonnes 
ferres;  les  plaines  fertiles  du  pays  dé  Waes,  qui  n'étaient  il  y 
1  deux  siècles  el  demi  que  des  landes  abandonnées}  et  la  pros- 
périté croissante  delà  colonie  de  Frederiks-Oord,  qui  existe 
lepuis  1818,  sont  là  pour  leur  répondre  et  pour  démentir  leurs 
lécourageanles  prédictions. 

Pour  bien  juger  des  avantages  de  celle  association  philan- 
thropique, il  faut  examiner  si  elle  s'avance  d'un  pas  ferme  vers 
son  but,  si  les  moyens  de  l'atteindre  peuvent  lui  manquer,  si 
dans  sa  marche  il  existe  de  l'inquiétude  ou  de  l'irrésolution, 
enfin,  si  elle  fait  honneur  à  ses  engagemens.  Jusqu'ici,  tousses 
actes  inspirent  la  confiance.  Une  Société  qui  ne  possédait  pas, 
il  y  a  huit  OU  neuf  ans,  un  pouce  de  terre  en  propriété;  qui 
compte  aujourd'hui  des  possessions  de  quelques  milliers  de 
mesures  de  terrain;  qui  dispose  d'un  capital  de  cinq  millions, 
:îont  les  intérêts  et  les  remboùrsemens  se  font  avec  la  plus 
grande  exactitude;  qui  jouit  de  la  confiance  publique  à  ici 
point  que  ses  effets  sont  plus  avantageusement  placés  que  ceux 
du  gouvernement  même;  une  telle  Société,  dis-je,  n'a  point  à 
craindre  de  voir  échouer  ses  nobles  efforts. 

Les  colonies  de  bienfaisance  des  Pays-Bas  comptent  en  ce 
moment  près  de  dix  mille  pauvres,  qui  y  trouvent  une  existence 
honnête,  la  tranquillité  et  le  bonheur;  de  plus,  les  deux 
Sociétés  de  bienfaisance  s'occupent  avec  persévérance  à  venir 
su  secours  d'un  plus  grand  nombre  d'infortunés.  Tous  les  ans, 
une  quantité  plus  ou  moins  considérable  de  colons,  après  avoir 
satisfait  à  leurs  engagemens,  sont  émancipés  et  deviennent  loca- 
taires ordinaires;  ils  payent  dès  lors  5o  ilorinsde  loyer  (io5  fr. 
5o  c.)  par  an,  et  cessent  d'être  à  la  charge  de  la  Société  de 
bienfaisance.  On  ne  peut  douter  que  la  Société  n'arrive  au 
même  résultat,  avec  tous  ses  ménages  actuels. 

Ces  éventualités  n'étaient  pas  même  entrées  dans  les  calculs. 
C'est  sur  l'évidence  de  ses  succès,  sur  la  bienfaisance  des  ha- 
bitans  ,  sur  la  protection  éclairée  du  gouvernement  qu'elle  avait 
fondé  ses  espérances.  De  semblables  espérances,  de  semblables 
calculs  ,  ne  peuvent  être  trompeurs.  (1).  De  Kivercoff. 


(1)  On  peut  consulter  avee  fruit,  pour  avoir  de  plus  grands  deve- 
jopperaens  sur  l'intéressant  sujet  traité  dans  cet  article,  une  brochure 
Rltitulée,  Mémoire  sur  les  Colonies  de  h  un  f aisance  de  Frédériks-Oord  et 
de  Worlel;  par  le  chevalier  /.  Ii.  L.  DE  Kihckhoff.  Bruxelles ,  1827. 
ln-8°,  de  38  pag. 


i~i  EUROPE.— PAYS  BAS. 

Amstebdam.  —  La  Société  Félix  Meritis,  dont  M.  van  s'Gra- 
vkxwert  a  fait  un  éloge  mérité  dans  son  Coup-d'œil  sur  les 
institutions  scientifiques  de  notre  royaume  (  voyez  Rev.  Enc.  , 
T.  XXXV,  pag.  a  3  et  suiV.  ),  a  célébré  sa  fête  sémi-sèculaire , 
le  6  et  le  9  novembre  1827.  Fondée  en  1777,  c'est  le  célèbre 
van  Saûnden  qui  prononça  le  discours  d'ouverture,  et  ce  fut 
lui  encore  qui ,  en  1802,  présenta  un  tableau  non  moins  vrai 
qu'éloquent  de  tous  les  événemens  remarquables  qui  avaient 
signalé  les  premières  vingt-cinq  années  de  l'existence  de  la 
société  :  on  s'était  flatté  de  le  voir  remplir  encore  la  même 
tâche  à  la  dernière  réunion  solennelle  ;  mais  la  mort  l'ayant 
enlevé  à  son  honorable  carrière,  c'est  M.  B.  Klyn  ,  l'un  des 
commissaires  directeurs  de  la  société  qui ,  dans  la  soirée  du  6, 
a  retracé  dans  un  discours  les  différens  titres  de  la  société  à  la 
reconnaissance  et  à  l'estime  des  habitans  de  cette  ville  et  des 
Belges  en  général,  en  tâchant  surtout  de  démontrer  que  la  li- 
berté et  la  propagation  des  lumières  sont  les  deux  principaux 
buts  que  la  société  s'était  proposés  pendant  le  cours  de  son 
existence.  Ce  discours  était  précédé,  entremêlé  et  suivi  de 
chants  dont  les  paroles  sont  dues  à  M.  Warnsinck  ;  la  mu- 
sique, savante  et  harmonieuse,  à  M.  Bertelman.  La  présence 
d'un  grand  nombre  de  fonctionnaires  publics  et  des  députa- 
tions  de  plusieurs  sociétés  et  institutions  savantes  et  littéraires 
ajoutait  à  la  solennité  de  cette  fête. 

Le  vendredi  suivant,  tout  concourait  à  rendre  la  solennité 
encore  beaucoup  plus  imposante.  M.  Loots,  poète  connu  et 
universellement  estimé,  a  lu  un  poëme  dans  lequel  il  célèbre 
la  société,  surtout  comme  éminemment  protectrice  du  bon  et 
du  beau.  Une  cantate,  dont  les  paroles  étaient  du  même  au- 
teur et  la  musique  de  MM.  Fodor  et  Wilms  ,  a  été  exécutée 
avec  beaucoup  de  précision.  Mais,  ce  qui  devait  surtout  com- 
pléter la  satisfaction  des  membres  de  la  société  ,  c'était  la  pré- 
sence de  S.  M.  le  roi  des  Pays-Bas  et  du  prince  d'Orange,  qui 
avaient  bien  voulu  se  rendre  à  l'invitation  des  commissaires, 
et  assister  à  cette  réunion  comme  un  bon  père  à  une  fête  de 
famille. 

Deux  inscriptions,  l'une,  en  vers  latins,  du  célèbre  profes- 
seur van  Lennep,  l'autre,  en  hollandais,  de  M.  B.  Kxyit, 
placées  dans  la  grande  salle  de  la  société ,  perpétueront  le 
souvenir  d'une  solennité  si  mémorable  pour  les  habitans  de 
cette  ville,  et  pour  tous  ceux  qui  prennent  à  cœur  les  intérêts 
de  l'humanité  et  des  lumières.  X.  X. 


m  INCE.— DÉPARTEMENS.  27  ^ 

FRANCE. 

La  Voultk  [Ardèche.)  —  Exploitation  duferpmr  tes  procédés 
anglais.  —  La  riche  mine  do  LaVonlte  a  cessé  d'être  inutile  h 
l'industrie  française;  la  compagnie  des  fonderies  et  forges  de  la 
Loire  et  de  l'Isère  s'est  chargée  de  cette  entreprise  ,  dont  l'in- 
fluence sera  très-puissante  sur- les  manufactures  du  midi  de  la 
France,  et  réagira  même  sur  celles  du  nord,  par  une  concur- 
rence profitable  à  tous  les  consommateurs  de  fer.  Quatre  hauts 
fourneaux,  dont  deux  sont  en  activité,  et  les  deux  autres  presque 
terminés,  produiront  de  la  fonte  excellente  pour  le  moulage,  et 
C€  que  les  mouleurs  n'auront  pas  employé  sera  converti  en  fer 
forgé  aux  forges  de  Terre- Noire ,  près  de  Saint  Etienne.  Une 
vaste  fonderie  est  eu  avant  des  fourneaux,  placés  tous  le. 
quatre  sur  la  même  ligne,  mais  séparés  par  de  petits  passages 
voûtés.  L'établissement  est  à  25û  mètres  du  Rhône,  et  commu- 
nique avec  le  fleuve  par  un  canal.  Deux  machines  soufflantes, 
mues  par  deux  machines  à  vapeur,  chacune  de  la  force  de 
soixante  chevaux,  entretiendront  la  combustion  dans  les  four- 
neaux. L'air  est  envoyé  par  les  machines  soufflantes  dans  un 
vaste  réservoir,  où  sa  densité  est  maintenue  et  réglée  par  une 
colonne  d'eau.  Tous  les  procédés  économiques  employés  en  An- 
gleterre ont  été  introduits  dans  celte  belle  usine  pour  la  prépa 
ration  du  minerai,  son  transport  et  celui  du  combustible,  le 
chargement  des  fourneaux  ,  etc. 

La  compagnie  des  forges  de  la  Loire  et  de  l'Isère  avait  fait 
venir  d'Angleterre  ses  premiers  ingénieurs  et  ses  premiers  ou- 
vriers; aujourd'hui,  la  direction  des  travaux  est  uniquement 
confiée  à  des  Français.  L'exploitation  des  mines  est  surveillée 
par  M.  GAVET,l'un  des  élèves  distingués  de  Y  École  des  mineurs  de 
Saint-Etienne.  Le  plan  de  la  fonderie  et  des  hauts  fourneaux  est 
l'ouvrage  deta.W'ALTER,  ancien  officier  d'artillerie,  directeur  de 
la  forge  de  Terre-Noire,  et  les  machines  soufflantes,  les  chariots, 
les  chemins  de  fer,  toutes  les  machines  nécessaires  au  travail  de 
la  fonderie  de  LaVoulte,  sortent  des  ateliers  de  Vienne^  appar- 
tenant à  la  même  compagnie,  et  dirigés  par  M.  Ferry  fils. 
C'est  ainsi  que  nos  jeunes  artistes  rivalisent  avec  la  vieille  in- 
dustrie anglaise,  et  se  livrent  avec  ardeur  à  tout  ce  qui  peut 
honorer  notre  patrie,  el  contribuer  à  sa  prospérité.  N. 

Sociétés  savantes  et  Etablissemens  d'utilité  publique. 

Dieppe  (  Seine- Inférieure .  )  —  Société  archéologique.  —  La 
t.  xxxvn.  —  Janvier  1828.  18 


a;4  FRANCE. 

i viiîiion  annuelle  des  souscripteurs  pour  la  recherche  et  la  dé- 
couverte  des  antiquités  dans  l'arrondissement  de  Dieppe  a  eu 
lien  le  27  décembre  1827,  à  l'hôtel  de  la  sous  -  préfecture  , 
sous  la  présidence  de  M.  de  Viel-Castel.  Le  rapport  des  tra- 
vaux a  clé  fait  par  M.  P.  J.  Féuet,  correspondant  de  la  com- 
mission départementale  des  antiquités.  Il  résulte  de  ce  rapport 
que  les  Fouilles  exécutées  en  1827  dans  la  cité  de  Limes ,  vul- 
gairement connue  sous  le  nom  de  Camp  de  César,  ont  fourni 
de  nouvelles  preuves  que  ce  monument  appartient  à  la  plus 
haute  antiquité  du  pays,  et  qu'il  remonte  au  tems  des  Belges , 
de  ce  peuple  belliqueux  que  César  nous  représente  comme  le 
moins  civilisé  et  le  plus  redoutable  de  ceux  qui  habitaient  les 
Gaules,  lorsqu'il  vint  y  porter  les  armes  et  les  lois  de  Rome. 
Un  plan  exact  de  ce  vaste  monument,  de  ce  superbe  oppidum, 
exécuté  sous  les  auspices  de  M,  Frtssard,  ingénieur  des  ponts 
et  chaussées,  et  par  les  soins  laborieux  de  M.  Charles  Mon- 
noyecr,  a  été  mis  sous  les  yeux  de  l'assemblée.  On  a  présenté 
à  l'examen  des  sociétaires  des  médailles  celtiques,  desdébris  de 
poterie  grossière  de  la  même  époque,  des  silex  dégrossis  et  fa- 
çonnés en  hache ,  tous  objets  trouvés  dans  les  tracés  réniformes, 
bases  des  habitations  gallo  belges  (  luguria  ) ,  creusées  dans  la 
terre,  sur  divers  points  de  cette  vaste  enceinte.  On  a  vu  aussi 
avec  un  vif  intérêt  une  urne  cinéraire  en  verre,  haute  de 
14  pouces,  large  de  8,  trouvée  par  M.  Jean  Hoinville  ,  culti- 
vateur, dans  les  champs  de  Luneray  (canton  de  Bacqueville) , 
et  offerte  par  lui  au  cabinet  d'antiquités  de  la  ville  de  Dieppe. 
Cette  découverte  ayant  engagé  M.  Féret  à  examiner  des  ruines 
voisines  des  champs  de  Luneray  et  de  Grenville,  il  soupçonne 
qu'une  voie  partant  de  Lillebonne  et  se  rendant  dans  les  pa- 
rages de  Dieppe  passait  dans  le  lieu  où  sont  situées  ces  ruines 
qu'il  considère  comme  pouvant  provenir  d'une  mansion  ,  ou 
lieu  de  séjour  ou  de  repos  des  troupes  romaines.  Une  partie 
des  explorations  faites  autour  de  Dieppe,  aux  frais  d'une  prin- 
cesse éclairée  qui  sait  apprécier  le  but  important  où  tendent  les 
recherches  archéologiques,  devait  aussi  trouver  place  dans  le 
rapport  de  M.  Féret,  puisque  cet  antiquaire  avait  été  chargé 
du  soin  honorable  de  surveiller  et  de  diriger  des  travaux  qui 
ont  révélé  l'existence  des  ruines  d'une  bourgade  gallo-romaine 
entre  les  villages  de  Bracquemont  et  de  Graincourt,  traversées 
en  partie  par  la  grande  route  de  Dieppe  à  Eu.  Après  la  lecture 
du  rapport,  M.  B.  Gaillon,  trésorier,  a  communiqué  à  l'as- 
semblée l'état  des  recettes  et  dépenses,  et  l'a  informée  que 
S.  A.  R.  M,nc  la  duchesse  de  Berry  avait  daigné  faire  partie  des 
souscripteurs.  M.  de  Viel-Castel,  président,  ayant  résumé  les 
avantages  qui  résulteraient  des  travaux  entrepris  pour  la  con- 


DÊPAUTEMENS.  a75 

naissance  de  l'histoire  Lucienne  du  pays,  pour  l'instruction  de 
I.i  jeunesse  el  le  perfectionnement  de  certaines  branches  d'in- 
dustrie, OU  proposa  de  SOUSCrire  de  nouveaux  Couds  pour  la 
continuation  des  ira  vaux  rie  1828;  ce  qui  fut  agréé  et  exécuté 
à  l'unanimité.  L'assemblée  arrêta  aussi  que  le  plan  de  la  cité  de 
Limes  sérail  gravé,  pour  être  joint  au  rapport  de  M.  Fcret, 
qui  serait  imprimé  aux  frais  de  la  Société,  ainsi  que  la  liste  des 
souscripteurs  et  le  procès-verbal  de  la  séance.  **. 

DÔLE.  (Jura.)  —  École  gratuite  des  sciences  appliquées  aux 
arts  et  métiers  et  aux  beaux-arts.  —  Cette  école,  ouverte  le  5 
janvier  de  cette  année,  sous  les  auspices  du  conseil  municipal, 
par  les  soins  de  M.  Dusillkt,  maire,  est  spécialement  des- 
tinée aux  ouvriers;  chacun  d'eux  y  trouve  l'enseignement  des 
élémens  des  sciences  qui  ont  rapport  à  sa  profession  :  il  apprend 
à  réfléchir  sur  ses  opérations,  à  perfectionner  ses  procédés,  a 
exécuter  plus  promptement  et  à  mieux  faire.  On  enseigne  dans 
cette  école  l'arithmétique,  la  géométrie,  la  mécanique,  la  géo- 
métrie descriptive  et  ses  applications,  lé  dessin  graphique,  le 
dessin  et  la  sculpture,  l'architecture,  la  physique  appliquée  aux 
arts,  la  chimie,  l'agriculture,  l'histoire  naturelle,  l'écriture  par 
la  méthode  américaine.  Des  classes  d'un  ordre  plus  élevé  sont 
consacrées  à  l'enseignement  du  droit  commercial,  de  l'anato- 
mie  ,  de  la  musique  vocale  ,  d'après  la  méthode  de  M.  Wilhem  , 
et  de  la  sténographie  (méthodes  de  Taylor  et  de  Cone'n  de  Pré- 
péan).  Les  heures  des  leçons  sont  celles  où  les  ouvriers  ont.  ter- 
miné leurs  travaux  journaliers.  On  ne  peut  qu'applaudir  au  zèle 
d'un  administrateur  qui  marque  l'époque  de  sa  magistrature  par 
des  institutions  aussi  sages  et  aussi  utiles.  M.  Dusillet  mérite  les 
remercîmens de  tous  les  hommes  qui  s'intéressent  à  la  prospérité 
de  la  France.  R. 

Rouen  (Seine -  Inférieure).  —  Société  de  Médecine.  — 
Sujet  de  Prix  pour  1828.  —  La  soeiété,  n'ayant  reçu  aucun 
mémoire  sur  la  topographie  médicale  de  Rouen  ,  retire  ce 
sujet  du  concours  et  propose  à  sa  place  la  question  suivante  : 
Traiter  de  la  croissance  et  des  maladies  qu'elle  occasione  , 
qu'elle  complique  et  qu'elle  guérit.  Le  prix  sera  une  médaille 
d'or  de  la  valeur  de  3oo  francs. 

Les  mémoires  seront  reçus  jusqu'au  icr  novembre  1828, 
ternie  de  rigueur.  Ils  ne  devront  porter  aucune  signature,  mais 
seulement  une  épigraphe  répétée  sur  un  billet  cacheté  ren- 
fermant le  nom  de  l'auteur.  Ils  devront  être  adressés ,  franc  de 
port,  à  M.  Pihorel,  D.  M.,  secrétaire  de  correspondance,  rue 
du  Fardeau  ,  n°  21 ,  à  Rouen. 

Strasbourg  (Bas-Rhin). — Société  des  sciences,   agriculture 


FRANCK. 

ci  arts  du  département  du  Bas-Rhin.  —  La  Société  met  au  con- 
cours, pour  1828  ,  les  questions  suivantes  :  «  Exposer  en  quoi 
consiste  l'éducation  morale,  et  comment  elle  peut  être  donnée, 
le  plus  efficacement,  aux  hommes  des  différentes  conditions 
de  la  société.  »  Le  prix  consiste  en  une  médaille  d'or  de  la 
valeur  de  3oo  francs. 

«  Déterminer  par  l'expérience  et  l'observation  quels  sont  les 
effets  du  mercure  dans  le  traitement  des  inflammations  aiguës 
et  chroniques  qui  ne  sont  pas  de  nature  vénérienne.  »  La 
Société  désire  que  les  concurrens  puissent  s'appuyer  de  faits 
observes  par  eux-mêmes,  indépendamment  de  ceux  qu'ils 
puiseraient  dans  les  auteurs.  Le  prix  est  une  médaille  d'or  de 
200  francs. 

Les  mémoires,  rédigés  en  français  pour  la  première  question, 
en  latin  ou  eu  français,  pour  la  seconde,  seront  adressés, 
francs  de  port,  au  secrétaire  général,  avant  le  icr  mai  1828: 
ce  terme  est  de  rigueur.  Le  nom  de  l'auteur  sera  renfermé  dans 
un  billet  cacheté,  annexé  aux  mémoires,  suivant  les  formes 
académiques. 

La  Société  avertit  de  nouveau  que  les  mémoires  écrits  en 
langue  allemande  ne  seront  pas  admis  à  concourir. 

Le  président,  Désire Oroinaire;  le  secrétaire  général,  Goupil. 

PARIS. 

Institut.  —  Académie  des  sciences.  —  Suite  de  la  séance  du 
m  décembre  1827.  —  MM.  Gay-Lussac  ,  Thénard  et  Chevreul 
font  un  rapport  sur  deux  notes  de  M.  Sérullas.  La  première 
traite  des  bromures  d'arsenic,  d'antimoine  et  de  bismuth  ;  et  la 
seconde  a  pour  titre  :  Observations  sur  Voxibromure  d'arsenic. 
Tous  les  faits  qu'il  a  découverts  sont  parfaitement  conformes 
aux  idées  théoriques  que  l'on  se  faisait  du  brome,  d'après  ce 
que  l'on  sait  déjà  de  ses  propriétés  caractéristiques  et  de  la  place 
qu'il  occupe  dans  la  classification  chimique  des  corps  simples  ; 
mais,  le  brome  étant  encore  rare,  les  expériences  de  l'auteur 
ayant  la  même  exactitude  que  celles  qu'il  a  soumises  plusieurs 
fois  au  jugement  de  l'Académie,  nous  pensons,  dit  en  termi- 
nant le  rapporteur,  que  le  nouveau  travail  qu'il  lui  a  présenté 
mérite  son  approbation.  (Adopté.)  — M.  Girard  Mi  un  rapport 
verbal  sur  les  ouvrages  relatifs  à  l'ouverture  du  canal  de  Hud- 
son  ,  qui  ont  été  envoyés  à  l'Académie  par  M.  Grnest.  — 
M.  Cauchy  lit  un  mémoire  intitulé:  Usage  du  calcul  des  résidus 
pour  la  sommation  ou  la  transformation  des  séries  dont  le  terme 
général  est  une  fonction  paire  du  nombre  que  représente  le  }-ang 


PARIS.  >77 

etertne.  H  lit  nue  noie  imprimée  sur  un  mémoire  d'Euler 
<jiii  a  pour  titre  :     Nota  methodus  fractiones  quàscumque 
notes  in  fractiones  simplictè  resolvendi.  » 

—  Duit\. —  Al  M.  R.ASPAIL  et  Saigey  transmettent  une  note 
relatif  e  au  collage  du  papier  à  la  cm  e  par  un  nouveau  procédé 
de  leur  invention.  Les  auteurs  désirent  que  cette  note  soit  dé- 
posée an  secrétariat  pour  que  les  personnes  qu'elle  intéresse- 
rait puissent  en  prendre  connaissance.  L'Académie  agrée  cet tt 
proposition. — M.  Moreaif  dk  .Ionni.s  donne  leclure  d'une  noie 
relative  à  l'emploi  qu'on  vient  de  faire,  au  lazaret  de  Cépha- 
lonie,  du  traitement  mereuriel  interne  et  externe,  pour  pré- 
venir, dès  les  premiers  symptômes,  l'invasion  de  la  peste  on 
de  ses  effets  moi  tels  (Voy.  ci-dessus,  p.  a 5rj). — Une  commission 
composée  de  MM.  Duméril  et  Blaùwille,  avait  été  chargée  de 
rendre  Compte  d'un  mémoire  de  M.  Jacorson,  intitulé  :  Obser- 
vations sur  le  développement  prétendu  des  œufs  des  moulettes  et 
des  anodontes  dans  leurs  branchies.  Sur  la  proposition  de  plu- 
sieurs membres,  le  rapport  de  M.  Blainville  sera  imprimé. 

—  3i  décembre,  —  M.  Arago  lit  l'extrait  d'un  Mémoire  de 
31.  Auguste  La  Rive,  qui  a  pour  objet  l'étude  des  circonstances 
qui  déterminent  le  sens  et  l'intensité  du  courant  électrique,  dans 
un  élément  voltaïque. — L'Académie  nomme  correspondons  dans 
la  section  de  minéralogie  et  de  géologie  MM.  Mitscherlioii  , 
de  Berlin,  qui  réunit  5o  voix  sur  5i;  et  M.  Conybeare,  de 
Londres,  qui  en  réunit  />7  sur  Si.  —  MM.  Mathieu,  Lcgendre 
et  Dulong  font  un  rapport  sur  le  mémoire  de  M.  Francoeur  , 
relatif  à  la  comparaison  du  mètre  français  avec  les  mesures  an- 
glaises. La  grande  variété  des  mesures  qui  existaient  en  Angle- 
terre détermina,  il  y  a  quelques  années,  le  gouvernement  à 
charger  une  commission  ,  composée  de  savans,  de  rédiger  de 
nouveaux  règlemens,  et  de  proposer  un  système  uniforme  de 
poids  et  mesures  pour  toute  la  Grande-Bretagne,  Cette  com- 
mission a  proposé  l'adoption  générale  de  la  plupart  des  mesures 
déjà  en  usage  à  Londres  et  dans  une  grande  partie  de  l'Angle- 
terre; mais,  pour  que  l'on  pût  aubesoin  retrouver  les  unités  de 
longueur  et  de  poids,  elle  a  cherché  par  des  expériences  pré- 
cises leur  rapport  avec  la  longueur  du  pendule  à  secondes  à 
Londres  et  avec  le  poids  d'un  pouce  cube  d'eau  distillée.  Une  loi 
du  17  juin  182/»  a  consacré  les  mesures  proposées  sous  le  nom 
distinct  if  de  mesures  impériales,  et  a  prescrit,  à  dater  du  1 tr  mai 
1M25  ,  l'abolition  de  toutes  "les  autres  mesures  dans  le  royaume- 
uni.  Voici  les  conclusions  de  M.  Mathieu  ,  rapporteur,  adoptées 
par  l'Académie.  «Le  rapport,  duyard  impérial  anglais  au  mètre 
français  a  été  obtenu  avec  nue  grande  précision  par  une 
comparaison   immédiate    de  ces  deux   étalons.  Le  mètre  vaut 


?:8  FRANCE. 

39,^7079  pouces  anglais,  et  le  yard  o  mètre,  yi438348.  Quant 
à  la  valeur  de  l'once  3 1,091 3  grammes  que  nous  avons  obte- 
nue, en  faisant  par  le  calcul  toutes  les  réductions  convenables, 
et  en  adoptant  les  déterminations  les  plus  précises  sur  la  dila- 
tation de  l'eau  et  le  poids  de  l'air,  nous  pensons  qu'on  peut 
la  regarder  comme  exacte  à  2  ou  4  milligrammes  près,  et  que 
l'on  peut  l'employer,  lorsqu'on  n'aura  pas  besoin  d'une  plus 
grande  précision ,  jusqu'à  ce  qu'on  ait  obtenu  par  des  pesées 
directes,  exécutées  avec  des  étalons  authentiques,  le  rapport 
du  kilogramme  à  la  livre  troy.  Nous  proposons  à  l'Académie 
d'accorder  son  approbation  à  un  travail  dans  lequel  M.  Fran- 
cœur  a.  résolu  avec  adresse  un  problème  intéressant.  ^>  — 
MM.  Dcsfontàines ,  Mirbcl  et  Labillardière  font  un  rapport  sur 
l'ouvrage  de  M.  Jaume  Saint-Hilaire,  intitulé  :  Flore  etPomone 
françaises.  L'auteur  se  propose  de  faire  connaître,  dans  ce 
nouvel  ouvrage,  les  espèces  qui  manquent  à  sa  collection  des 
plantes  de  France,  et  il  en  présente  à  l'Académie  les  douze 
premières  livraisons  avec  figures  coloriées.  Chaque  livraison 
est  accompagnée  de  12  dessins,  les  descriptions  étant  d'ailleurs 
aussi  étendues  que  le  comporte  la  matière.  La  première  livrai- 
son et  une  partie  de  la  seconde  comprennent  les  scabîcuses , 
disposées  dans  l'ordre  adopté  par  les  botanistes.  Il  en  est  de 
même  des  séneçons  qui  se  terminent  à  la  troisième  livraison. 
Les  deux  suivantes  traitent  des  campanules.  Le  genre  hicracium 
est  exposé  dans  les  livraisons  six  ,  sept  et  huit.  On  trouve  dans 
les  quatre  dernières  livraisons  des  poires  de  jardin  et  beau- 
coup de  pommes  à  cidre.  C'est  de  la  juste  proportion  du  mé- 
lange de  ces  dernières  que  dépend  la  bonne  qualité  de  cette 
boisson,  tant  pour  le  goût  que  pour  la  conservation.  C'est  dans 
le  résumé  de  ses  observations  à  ce  sujet  que  l'auteur  terminera 
ses  recherches  concernant  les  pommes  cultivées  en  plein  champ 
dans  certains  cantons  de  la  France.  Cette  partie  de  l'ouvrage 
présente  des  vues  d'utilité  qui  méritent  des  encouragemens. 
Nous  désirons  que  M.  Jaume  Saint-Hilaire  publie  le  travail 
dont  nous  venons  de  rendre  compte,  parce  qu'il  contribuera 
aux  progrès  de  la  botanique  et  de  l'agriculture.  (Approuvé.) 

—  Dit  7  janvier  1828.  —  M.  Mirbel  est  nommé  vice-prési  - 
dent  pour  l'année  1828:  M.  Dulong,  vice-président  de  l'an- 
née dernière,  commence  ses  fonctions  de  président  pour  l'an- 
née 1828.  —  M.  Warden  ,  correspondant,  donne  communica- 
tion d'une  lettre  de  M.  Smith,  employé  du  commerce  dans  le 
haut  Missouri,  qui  a  exploré,  vers  la  fin  de  1826,  un  territoire 
jusqu'alors  inconnu,  situé  au  sud -ouest  du  grand  lac  salé,  à 
l'ouest  des  monts  Rocheux. — M.  Blain ville  lit  une  note  sur  la 
différence  des  mâles  et  des  femelles  dans  une  espèce  de  gelinotte 


PARIS.  2?0 

|  a,  marioms).  MM.  Bote  et  Latreiile  communiquent  quelques 
observations  à  ce  sujet.  —  i\J.  Ivory,  de  Londres,  esl  nommé 
correspondant  de  la  section  de  géométrie.        A.  Michblot* 


Société  £  encouragement  pour  C  industrie  nationale.  —  Séance 
publique  du  28  novembre  dernier.  —  La  séance  a  été  présidée 
par  M.  Chaptal,  pair  de  France.  M.  Dkcûando  ,  secré- 
taire, a  présenté,  dans  nn  rapport  tics- lumineux  ,  le  ré- 
sultat du  concours.  Les  prix  proposés  étaient  au  nombre  de 
vingt-cinq,  montant  ensemble  à  7(>,3oo  fr.  Deux  seulement 
ont  été  remportés,  mais  la  plupart  des  questions  ont  élé  trai- 
tées avec  plus  ou  moins  de  succès  ;  plusieurs  des  con- 
çu rrens  ont  mérité  des  encouragemens  et  des  médailles,  et 
leurs  travaux  présentent  pour  l'avenir  des  gages  assurés  de 
triomphe. 

M.  C/i.  Mollet  a  lu  ensuite  un  rapport  sur  le  concours  ou- 
vert pour  le  perfectionnement  des  scieries  à  bois  mues  par  tenu. 
Une  médaille  d'or  de  2e  classe  a  été  accordée  à  M.  de  Ni- 
cevillk  ,  propriétaire  à  Metz  (Moselle),  qui  a  fondé,  dans 
cette  ville,  un  grand  établissement  de  scierie  à  bois  mue  par 
l'eau  ,  et  où  les  machines  perfectionnées  sont  mises  eu  mou- 
vement par, la  roue  hydraulique  de  M.  Poncelet.  Une  médaille 
de  bronze  a  élé  décernée  à  M.  Hermite,  de  Saint- Martin 
^Basses-Alpes),  pour  avoir  établi  une  scierie  que  la  simplicité 
de  son  mécanisme  permettra  d'imiter  sans  de  grands  frais. 
Le  prix  de  5ooo  fr.  est  remis  à  l'année  i83o. 

Les  conditions  du  programme  rela'if  à  l'application,  en 
grand)  dans  les  usines  et  manufactures ,  des  turbines  h.ydrau- 
licjucs,  ou.  roues  à  palettes  courbes  de  Bclidor,  n'ayant  point  été 
rigoureusement  remplies,  le  prix  n'a  pu  être  décerné;  mais, 
sur  le  rapport  de  M.  le  vicomte  Héricart  de  Thury,  la  Société 
a  accordé  un  encouragement  de  2,000  fr.  à  M.  Burdin,  ingé- 
nieur des  mines  à  Clermont  (Puy-de-Dôme),  comme  un  té- 
moignage particulier  de  l'intérêt  qu'elle  prend  à  ses  travaux, 
qui  promettent  la  solutiou  de  cet  important  problème.  Ce  prix, 
qui  est  de  6000  fr. ,  est  remis  au  1e1'  juillet  1829. 

Sur  le  rapport  de  M.  le  chevalier  Challan ,  un  encourage- 
ment de  5oo  fr.  a  été  accordé  à  M.  Lamotte,  rue  de  Cha- 
ronne,  n°  14,  à  Paris,  qui,  plus  que  tout  autre  concurrent, 
s'est  approché  du  but  proposé  par  la  Société  dans  le  concours 
ouvert  pour  la  construction  (Vun  moulin  simple  et  à  bas  prix , 
propre  à  ccorecr  les  légumes  secs.  Le  prix,  qui  est  de  1,000  fr.  , 

est  prorogé  a  l'année  1829. 


2$o  FRANCE. 

M.  Moliard  jeune  a  fait  un  rapport  sur  les  concours  relatifs, 
i°  à  la  fabrication  du  fil  d'acier  propre  à  faire  les  aiguilles  à 
coudre;  2°  à  In  fabrication  de  ces  mêmes  aiguilles.  La  Soeiété, 
considérant  que  les  fabricans  d'aiguilles  préparent  eux-mêmes 
le  fil  d'acier  nécessaire  à  leur  consommation,  et  que  dès  lors 
il  n'est  pas  possible  qu'il  s'élève  une  fabrique  spéciale  de  fil 
d'acier  propre  à  cet  usage,  a  retiré  du  concours  le  premier  de 
ces  prix,  et  décerné  à  M.  Micnard  Billinge,  de  Belleville, 
près  Paris,  une  médaille  d'or  de  2e  classe,  à  titre  d'encoura- 
gement pour  les  perfeçtionnemensqu'il  a  apportés  dans  la  tré- 
fiierie  de  l'acier.  Les  aiguilles  à  coudre,  envoyées  au  concours 
par  la  fabrique  établie  à  Mérouvel,  près  l'Aigle,  bien  qu'elles 
n'aient  pas  encore  toutes  les  qualités  désirables,  remplissent 
néanmoins  une  partie  des  conditions  exigées  par  le  pro- 
gramme; en  conséquence,  la  Société  a  proclamé  cet  établisse- 
ment comme  étant  toujours  digne  de  la  médaille  d'or  qui  lui 
fut  décernée  en  1823.  Ce  concours  est  prorogé  à  l'année  i83o. 

M.  Grenet  fils,  de  Rouen,  a  été  déclaré  de  plus  en  plus 
digne  de  la  médaille  d'or  de  2e  classe  qu'il  obtint  en  1825 
pour  la  fabrication  de  la  colle  forte.  Les  produits  de  cet  ha- 
bile fabricant  remplacent,  avec  avantage,  la  colle  de  poisson 
dans  tous  ses  usages ,  si  l'on  en  excepte  la  clarification  de  la 
bière,  et  ils  lui  auraient  mérité  la  prime  offerte,  s'ils  eussent 
été  fabriqués  en  plus  graiîde  quantité.  Sur  le  rapport  de 
M.  Payen,  une  médaille  d'argent  a  été  décernée  à  M.  Gom- 
pertz,  au  Banc-Saint-Julien,  près  Metz  ,  pour  avoir  établi 
en  France  une  fabrique  de  colle,  façon  de  Hollande,  dont 
les  produits  luttent  avec  succès  contre  ceux  d'origine  étran- 
gère. MM.  Chassain  et  Valette,  de  Roanne  (Loire),  ont 
obtenu  une  médaille  de  bronze  ,  pour  avoir  introduit  dans 
leur  département  la  fabrication  de  la  colle  forte.  Le  prix  de 
2000  fr.  est  remis  à  l'année  1829. 

Les  conditions  du  programme  relatif  à  la  construction  des 
fourneaux  n'ont  point  été  remplies,  faute  de  tems  pour  ré- 
soudre les  divers  problèmes  dont  il  exige  la  solution;  mais  la 
Société,  sur  le  rapport  de  M.  Gaultier  de  Claubry,  a  décerné 
des  médailles  de  bronze  à  MM.  Koechlin  frères,  de  Mulhouse, 
et  à  MM.  Dollfuss,  Mieg  et  Cie  de  la  même  ville,  pour  les  don- 
nées intéressantes  qu'ils  ont  fournies  sur  cette  grande  ques- 
tion. Elle  a  voté  des  remercîmens  à  la  Société  de  Mulhouse 
pour  avoir  répandu  et  fait  imprimer  à  ses  frais  le  programme 
relatif  à  cet  objet,  et  prorogé  le  prix,  qui  est  de  9,000  fr. , 
jusqu'à  l'année  i83o. 

M.  Hallette,  ingénieur-mécanicien  à  Arras,  a  seul  répondu 


PA.RIS.  aHi 

à  l'appel  <!<'  la  Société,  pour  l'introduction  des  puits  artésiens 
dans  les  partie*  du  territoire  français  où  il  n'en  existe  pa  i 
encore;  mais  l'examen  des  titres  de  ce  concurrent  a  mis  au 
jour  vu  fait  extrêmement  remarquable;  il  a  produit  un  certifi- 
cat constatant  que,  depuis  quinze  ans,  d'inutiles  efforts  avaient 
été  tentés  pour  procurer  de  l'eau  à  ta  ville  de  Roubaix,  et 
qu'en  moins  d'un  mois  il  est  parvenu  à  donner  à  MM.  Mi- 
merci  et  Bitlteau,  négocians  de  cette  ville,  de  l'eau  en  telle 
abondance,  qu'ils  Ont  pu  monter  une  machine  à  vapeur  de 
la  force  de  vingt  chevaux  ,  et  consommant  neuf  cents  hec- 
tolitres d'eàu  pour  chaque  jour  de  travail.  Sur  le  rapport  de 
M.  le  vicomte  SéricaH  de  Tluuj,  une  des  trois  médailles  (for 
de  i,c  classe  promises  par  le  programme  a  été  décernée  à 
M.  Hallette,  et  le  concours  pour  le  percement  des  puits  arté- 
siens a  été  prorogé  à  l'année  prochaine. 

Sur  le  rapport  de  M.  Base,  le  prix,  de  5oo  fr.  proposé  pour 
un  semis  de  pins  d'Ecosse  a  été  décerné  à  M.  Jndrc  Dubois, 
garde  du  domaine  de  Chàlons-le-Vcrgeur  (Marne  ) ,  apparte- 
nant à  M.  le  comte  Amable  de  Thuisy.  Ce  propriétaire  a  dé- 
claré que  tout  le  succès  de  ses  plantations  de  pins  était  dû  à 
M.  Dubois,  et  pour  le  récompenser  de  son  zèle  il  lui  a  tait 
don  de  la  valeur  du  prix  dont  il  s'agit.  Le  môme  sujet  de  prix 
est  remis  au  concours  pour  1828. 

Un  nouveau  prix  d'une  valeur  totale  de  i3,5oo  fr.  a  été 
proposé,  sur  la  demande  de  M.  de  Chabrol,  préfet  du  départe- 
ment de  la  Seine;  il  a  pour  objet  la  fabrication  des  tuyaux  de 
conduite  en  bois,  fonte,  fer  forgé,  tôle  laminée,  pierre  na- 
turelle ou  factice.  Ce  prix  est  divisé  en  différens  lots  énu- 
mérés  par  le  programme. 

Les  prix,  dont  la  nomenclature  suit,  sont  remis  au  concours. 

Prix  à  décerner  en  1828. 

i°  Pour  la  fabrication  des  briques,  tuiles  et  carreaux  par 
machines ,  2,000  fr. 

20  Pour  la  construction  d'une  machine  propre  à  raser  les 
poils  des  peaux  employées  dans  la  chapellerie,  1,000  U\ 

3°  Pour  l'établissement  en  grand  d'une  fabrique  de  creusets 
réfractai res ,  3, 000  fr. 

4°  Pour  la  fabrication  de  la  colle  de  poisson  ou  toute  autre 
substance  qui  puisse  clarifier  la  bière,  2,000  fr. 

5°  Tour  la  découverte  d'un  outre-mer  factice,  6,000  fr. 

6°  Pour  la  fabrication  du  papier  avec  l'écorce  du  mûrier  à 
papier,  3Kooo  fr. 


a8a  FRANCE. 

7°  Pour  des  laines  propres  à  faire  les  chapeaux  communs  à 
poils ,  600  fr. 

8°  Pour  l'étamage  des  glaces  à  miroirs  par  un  procédé  dif- 
férent de  ceux  qui  sont  connus,  2,400  fr. 

90  Pour  le  perfectionnement  des  matériaux  employés  dans 
la  gravure  en  taille-douce,  i,5oo  fr. 

io°  Pour  la  découverte  d'un  métal  ou  alliage  moins oxidable 
que  le  fer  et  l'acier,  propre  à  être  employé  dans  les  machines 
à  diviser  les  substances  molles  alimentaires,  3, 000  fr. 

ii°  Pour  la  dessiccation  des  viandes,  5, 000. 

i2°  Pour  la  découverte  d'une  matière  se  moulant  comme  le 
plâtre  et  capable  de  résister  à  l'air  autant  que  la  pierre,  2,000. 

i'i°  Pour  la  construction  d'un  moulin  propre  à  nettoyer  le 
sarrasin,  600. 

i4°Pouri'importationenFrance  et  la  culture  de  plantes  utiles 
à  l'agriculture,  aux  manufactures  et  aux  arts,  ier  prix,  2,000; 


ie  prix,  1,000. 


Prix  à  décerner  en  i82< 


i5°  Pour  la  construction  d'ustensiles  simples  et  à  bas  prix, 
propres  à  l'extraction  du  sucre  de  betteraves,  deux  prix,  l'un 
de  i,5oo  fr.,  l'autre  de  1,200  fr. ,  ensemble  2,700. 

160  Pour  la  description  détaillée  des  meilleurs  procédés 
d'industrie  manufacturière  qui  ont  été  ou  qui  pourront  être 
exercés  par  les  habitans  des  campagnes;  ierprix,  3, 000  fr. ; 
2e prix,  i,5oo. 

La  valeur  de  tous  ces  prix,  réunie  à  celle  des  prix  déjà  pro- 
posés pour  les  années  1828  ,  1829  et  i83o  ,  forme  un  total 
de  i22,5oo  fr.;  c'est  7,5oo  de  plus  qu'en  1826. 

Non  contente  de  multiplier  ainsi  ses  récompenses,  la  Société 
d'eucouragement  a  cherché  les  moyens  d'en  faciliter  l'accès  et 
de  faire  entendre  son  appel  à  un  plus  grand  nombre  de  con- 
currens;  et  dans  cette  intention  elle  a  pris  différentes  mesures 
pour  assurer  la  propagation  de  ses  programmes. 

Cette  séance  a  été  accompagnée,  comme  à  l'ordinaire  ,  d'une 
exposition  d'objets  d'industrie  où  l'on  a  remarqué  : 

Une  riche  collection  de  modèles  de  machines  propres  à 
fabriquer  les  armes  à  feu  portatives.  Ces  machines  ont  été 
exécutées  en  Russie  sous  la  direction  de  M:  le  colonel  de  Lancry, 
sujet  français  alors  au  service  de  cette  puissance.  On  ne  peut 
trop  louer  le  zèle  et  la  générosité  qui  ont  porté  M.  de  Lancry  à 
faire  jouir  sa  patrie  du  fruit  de  ses  travaux,  en  déposant  cette 
collection  dans  le  cabinet  de  la  Société  d'encouragement  qui 
en  publiera  sans  doute  la  description  dans  son  bulletin.  —  Un 


PARIS.  >83 

pendule  compensateur  exécuté  par  M.  Laebschb,  horloger  à 

Pari* ,  et  dont  le  mérite  consiste  dans  la  régularité  de  ses  oscil- 
lations el  dans  la  simplicité  de  son  mouvement  —  Divers  méca- 
nismes d'horlogerie  dus  à  M.  Perrelbt,  horloger  du  roi,  rue 
du  Bac,  n°  4o,  et  qui  appartiennent  au  cabinet  des  machines 
de  l'École  royale  polytechnique.  —  Des  presses  à  «olant-balan- 
cicr  à  percussion,  inventées  par  M.  Hkvillon  ,  horloger  à 
Màeon,  et  qui  ont  déjà  rendu  a'éminens  services  aux  proprié' 
laires  de  vignobles  de  la  Bourgogne.  —  Des  horloges,  des 
sonnettes  à  battre  les  pieux,  du  même  auteur,  dans  lesquelles 
il  a  fait  une  heureuse  application  t\u  levier  excentrique  de  .son 
invention.  —  Un  microscope,  d'après  Je  professeur  Amici , 
construit,  pour  la  première  fois,  par  M.  Vincent  Chevalier 
et  (ils,  habiles  opticiens,  à  Paris,  quai  de  l'Horloge,  n°  69. — 
Des  agr.lfes  présentées  par  M.  Hoyau  ,  rue  de  Paradis-Pois- 
sonnière, n°  32,  et  fabriquées  par  des  procédés  mécaniques 
très-ingénieux. —  Un  appareil  pour  essayer  la  force  des  bou- 
teilles, imaginé  par  M.  Colardeau,  ingénieur  en  instrumens 
de  physique,  rue  de  la  Cérisaye,  n°  7.  —  Des  instrumens  de 
physique  de  M.  Bcnten,  quai  Pelletier.  —  De  fort  jolies  pote- 
ries, façon  anglaise,  exécutées  comme  essais  dans  la  manufac- 
turc  royale  de  Sèvres  par  M.  de  Saint-Amans,  qui,  après  avoir 
étudié  en  Angleterre  les  procédés  de  Wedgewood,  se  dispose 
à  élever  une  fabrique  où  il  en  fera  l'application  avec  dis 
matériaux  tires  du  sol  fiançais.  —  Un  appareil  de  chauffage  , 
au  moyen  de  la  circulation  de  l'eau,  que  M.  C/i.  Derosne  avait 
exposé  au  Louvre,  et  dans  lequel  il  paraît  avoir  fait  un  heu- 
reux emploi  des  procédés  de  M.  Bonnemain.  —  De  la  bijouterie 
en  platine  de  M.  Bernauda,  place  Dauphine,  n°  32,  qui  a 
donné  une  grande  impulsion  à  ce  genre  d'industrie.  —  Une 
très-belle  collection  de  dessins  d'ameublement  de  M.  Chena- 
vard  fils.  —  Des  colles  fortes  de  M.,  Grenkt,  de  Rouen.  —  Des 
colles,  façon  de  Hollande,  de  Gompertz,  de  Metz.  —  Des 
peignes,  façon  écaille,  qui,  par  la  vérité  de  l'imitation  et  l'ex- 
trême modicité  des  prix,  ont  mérité  à  la  dernière  exposition 
une  médaille  de  bronze  à  l'auteur,  M.  Hénon  iils,  rue  Michel- 
le-Comte,  n°  37.  —  Des  boutons  en  cuir  imitant  la  soie,  de 
MM.  Jamin,  Tronciion  et  Cordier,  rue  Grenetat,  n°  32. — 
Enfin,  des  cartes  de  visite  et  d'adresse  ayant  l'aspect  de  la 
porcelaine,  fabriquées  par  M.  Séouin,  passage  du  Caire. 

G.  S. 
Société  royale  pour  V amélioration  des  prisons.  —  Séance  du  2  3 
janvier  t.S-juS. — Cette  séance  occupera  une  place  distinguée  dans 
les'fastes  de  l'humanité.  On  ne  doute  point  que  les  améliorations 


-iS.i  FRANCE, 

promises  ne  viennent  enfin  soulager  d'affreuses  misères  et  faire 
sentir  aux  innocens  qui  ont  à  supporter  les  imperfections  des 
lois  et  les  erreurs  de  ceux  qui  les  appliquent,  que  la  pairie  ne 
les  perd  point  de  vue,  qu'elle  partage  leurs  souffrances  et  s'oc- 
cupe sans  relâche  des  moyens  de  les  soulager.  Le  discours  pre- 
noncé  dans  cette  séance  par  M.  de  Maiitignac,  nouveau  mi- 
nistre de  l'intérieur,  est  l'exposé  de  ce  que  le  gouvernement  a 
lait  jusqu'à  présent  pour  rendre  au  moins  tolérable  le  séjour 
dans  les  lieux  de  détention.  En  cette  matière,  une  administra- 
tion sage  et  prévoyante  fait  plus  que  les  lois,  et  supplée  à  leur 
insuffisance.  On  a  vu  avec  satisfaction  que  celle  d'aujourd'hui 
connaît  l'étendue  de  ses  devoirs,  et  qu'elle  ne  cherche  point  a. 
les  éluder.  Il  y  a  cependant  quelques  observations  à  faire  sur 
pe  discours  inspiré  par  les  sentimens  les  plus  louables,  et  qui 
a  fait  naître  tant  d'espérances  consolantes.  L'orateur  a  dit  :  «  A 
la  lin  de  1826,  les  prisons  de  quarante  cinq  chefs-lieux  de  dé- 
partement avaient  reçu  les  améliorations  nécessaires.  »  Ces  der- 
niers mots  ne  tiennent-ils  pas  la  place  d'une  expression  plus 
juste,  et  ne  fallait-il  pas  se  borner  à  dire  que  ces  prisons  ne 
dévorent  plus  aussi  promptement  les  infortunés  détenus  et  ne 
provoquent  plus  les  cris  de  l'indignation  publique  ?  Si  l'on  avait 
obtenu  réellement  les  améliorations  nécessaires ,  n'aurait-on  pas 
atteint  le  plus  haut  degré  de  perfection?  car  on  ne  conçoit  point 
ce  que  pourrait  être  une  amélioration  inutile  ou  superflue. 

«  Les  maisons  centrales  (de  détention)  réclament  un  accrois- 
sement déplorable,  mais  nécessaire;  si  la  justice  doit  être  in- 
flexible pour -punir,  l'humanité  doit  être  infatigable  pour  sou- 
lager. »  Cette  pensée  est  très -juste  et  noblement  exprimée. 
Mais,  pour  que  l'application  rigoureuse  des  lois  criminelles  ne 
soit  pas  une  extrême  injustice ,  il  faut  que  ces  lois  soient  raison- 
nables et  sans  passion.  La  société  pour  l'amélioration  des  pri- 
sons ne  devrait-elle  pas  mettre  au  nombre  de  ses  attributions, 
et  par  conséquent  de  ses  devoirs,  d'adresser  au  pouvoir  légis- 
latif de  pressantes  sollicitations  pour  obtenir  la  révision  du 
Code  criminel?  Entendrons-nous  long-tems  encore  les  nations 
étrangères  nous  reprocher  la  criminelle  loi  du  sacrilège?  Il  n'y 
a  point  de  plans  d'architecte,  de  règlemens  d'administrateurs, 
ni  de  surveillance  municipale  qui  puissent  porter  aucun  remède 
au  terrible  fléau  d'une  législation  vicieuse.  Mais  il  est  trop  pé- 
nible de  nous  arrêter  à  ces  pensées;  soulageons-nous  en  citant 
la  fin  de  ce  discours,  que  nous  regrettons  de  n'avoir  pu  insérer 
en  entier. 

«  Ainsi,  messieurs,  nous  pouvons  être  utiles  encore.  A  ous 
continuerez  à  voir,  à  étudier,  à   comparer  ;   vous  enrichirez 


PARIS.  aSÔ 

l'administration  du  fruit  <le  vos  recherches  et  de  vos  travaux. 
De  ootre  <V>tr  ,  n'en  doutez  pas,  non,  profiterons,  autant  qu'il 
Bera  en  nous ,  des  a\  is  salutaires  que  nous  dr\  ions  à  voue  sa 
gesse  ci  à  votre  expérience.  C'est  en  nous  prêtant  ce  mutuel 
appui  que  nous  remplirons  l'heureuse  et  noble  destination  à 
laquelle  l'héritier  du  trône  nous  appelle.  >■  N. 

Société  philotechnique.  —  Séance  publique  tenue  dans  une  des 
salles  de  l*R6tcl-de~ Fille, le  iG  décembre  1827. — M.Vili.kaavk, 
secrétaire  perpétuel,  a  embrassé,  dans  un  assez  court  rapport, 
les  travaux  scientifiques  et  littéraires  de  cinquante  de  :>es  col- 
lègues ;  et  ces  travaux,  tous  utiles  ou  honorables,  ont  été  ca- 
ractérisés avec  une  remarquable  précision. 

I  ne  lecture,  faite  par  M.  Tissot  ,  d'un  fragment  de  ses 
Etudes  sur  Virgile,  a  pleinement  justifié  le  succès  qu'ont  ob- 
tenu les  premiers  volumes  d'un  ouvrage  déjà  placé  parmi  les 
productions  les  plus  estimées  de  notre  littérature. 

On  a  beaucoup  applaudi  un  discours  de  M.  Berville  ,  qui  a 
pour  titre  :  De  l'illusion  et  de  l'imitation  dans  les  arts.  Des  ré- 
flexions ingénieuses,  une  imagination  brillante,  une  grande 
élégance  de  style,  et  l'art  de  l'orateur,  ont  enlevé,  en  les  mérit 
tant,  tous  les  suffrages. 

Une  dissertation  sur  l'état  de  la  peinture  en  France  depuis  le 
règne  de  Louis  XI F  Jusqu'à  la  restauration,  a  été  lue  par 
M.  Alexandre  Le  Noir.  Il  n'a  paru  manquer  au  succès  de  ce 
morceau,  plein  de  faits  et  d'observations  savantes,  que  d'être  lu 
avec  un  organe  assez  fort  pour  être  entendu. 

Trois  fables  de  M.  Naudet  (  Le  Rossignol  et  le  Serin ,  les 
deux  Moineaux y  le  Cheval  et  le  Mulet) ,  une  fable  de  M.  Febvé 
(  La  Girouette  et  le  Paratonnerre) ,  et  une  fable,  imitée  de  l'al- 
lemand, par  M.  Léon  Halevy  (  Les  Furies  ) ,  ont  toutes  offert 
le  mérite  du  style,  et,  à  des  degrés  différens ,  le  naturel  et  la 
grâce,  le  trait  et  l'originalité. 

Des  fragmens  d'une  traduction  en  verà  de  la  Pharsale,  lus 
par  M.  Léon  ïhiessé,  ont  une  seconde  fois  annoncé  au  public 
qu'un  éloquent  et  digne  interprète  allait  enfin  être  trouvé  pour 
un  des  plus  mâles  génies  de  l'antiquité.   , 

Une  des  fables  tirées  du  poeme  des  Métamorphoses  (  Hippo- 
mène  et  Atalante)  par  M.  de  Pongerville,  et  réunies  par  lui, 
sous  le  titre  heureux  à' Amours  mythologiques,  lue  par  M.  Febvé, 
ne  pouvait  plus  rien  apprendre  au  public  sur  le  talent  du  poète 
traducteur  :  mais  elle  pouvait  charmer  ,  et  le  charme  a  été- 
complet. 

Les  lectures  ont  été  terminées  par  M.  Vientvet.  lia  extrait 
d'un  des  derniers  chants  de  sa  Philippide  des  tableaux  ou  des 


a86  FRANCE. 

récits  pleins  d'une  verve  entraînante,  et  de  vers  qu'on  regrette 

de  n'avoir  pas  retenus. 

La  partie  musicale  a  prolongé  l'intérêt  que  trois  heures  de 
lecture  n'avaient  pu  affaiblir.  Un  Trio  de  M.  Brod  pour  le  pia- 
no, le  basson  et  le  hautbois,  exécuté  par  Mlle  Berlot,  M.  Ba- 
risel  et  l'auteur,  a  été  trouvé  riche  d'heureux  motifs,  plein 
d'effet,  et  a  réuni  tous  les  suffrages.  Le  même  succès  a  été  ob- 
tenu par  un  morceau  de  piano  ,  à  quatre  mains,  composé  par 
Czerny  ,  et  exécuté  par  Mile  Berlot  et  par  M.  Fussy  ,  avec  un 
talent  très  -  remarquable  ,  qui ,  déjà  bien  connu  ,  semble  tou- 
jours nouveau.  Ce  sera  suffisamment  louer  des  nocturnes  à  deux 
voix  composés  par  M.  Romagnesi,  chantés  par  lui  et  parMme**** 
ainsi  que  des  romances  et  des  chansons  du  même  compositeur  , 
que  de  dire  :  La  nuit  était  venue,  l'heure  du  dîner  approchait , 
et  une  assemblée  brillante  et  nombreuse  ,  avide  d'écouter  en- 
core le  chanteur,  a  attendu  pour  commencer  à  s'écouler,  qu'il 
se  fut  retiré  lui-même. 

Après  la  séance,  les  membres  de  la  Société  philotc  clinique  se 
sont  réunis  dans  un  banquet,  où  des  artistes  étrangers  sont  ve- 
nus s'asseoir;  et  là  les  liens  d'une  douce  fraternité  ont  été  res- 
serrés encore  entredes  talens,  divers  ou  rivaux,  mais  qui  s'es- 
timent avec  franchise  et  s'aiment  sans  envie.  V. 

Note  du  rédacteur.  M.  Villena  ve  nous  a  communiqué  ce  portrait 
de  Frédéric  11,  tiré  de  son  rapport  : 

«  M.  Paganel  achèvede  préparer, pour  l'impression,  un  grand 
ouvrage  historique  où  il  embrasse  toute  la  vie  de  Frédéric  II , 
prince  qui,  si  remarquable  parmi  les  célébrités  du  dernier  siècle, 
futà  lafois  législateur etpoëte,  philosophe  et  conquérant, esprit 
fort  et  musicien;  qui  occupa  tous  les  salons  et  embarrassa  tous 
les  cabinets  de  l'Europe;  fut,  comme  auteur,  impie;  comme 
roi,  despote;  comme  homme,  citoyen  :  personnage  singulier, 
que  se  disputèrent,  en  sens  inverse,  la  politique  de  son  tems 
et  la  raison  de  tous  les  âges.  Son  épée  et  sa  plume  ,  ses  raison- 
nemens  et  ses  actions  ,  ses  pensées  libérales  et  sa  volonté  abso- 
lue offrent  des  contrastes  étonnans.  L'ami  de  Voltaire  et  le 
seigneur  de  Potzdam,  le  correspondant  de  d'Alembert  et  le 
co-partageant  de  la  Pologne;  celui  que  les  philosophes  ont 
célébré,  que  les  écrivains  catholiques,  et  même  les  jésuites,  ont 
prôné  (i);  celui  qui  aurait  voulu  être  roi  de  Fiance  pour  qu'il 
ne  fut  pas  tiré  ,  disait-il,  un  coup  de  canon  en  Europe  sans  sa 
permission;  celui  qui  exprimait  un  jour  le  désir  de  gouverner 


(i)  Voyez  le  Dictionnaire  historique  de  Fjîller. 


PARIS.  787 

la  Grande-Bretagne,  et  à  qui  L'ambassadeur  «Je  cette  nation  osa 
repoudre  :  «  Sire,  si  nous  étiez  roi  d'Angleterre ,  voua  ne  le 
séné/,  pas  vingt  -  quatre  heures  »  (mot  qui  juge  un  homme  et 
tout  un  règne  ;  celui  enfin  qui,  si  grand  à  la  tête  de  ses  ar- 
mées, et  si  extraordinaire  dans  le  palais  de  Sans-Souci,  a  eu 
tant  de  biographes  sans  avoir  trouvé  encore  un  historien,  va 
nous  être  enfin  montré  avec  toute  son  action  sur  l'époque  où 
il  a  véco  ;  et  on  le  verra  imprimer  à  la  civilisation  du  nord 
un  mouvement  dont  il  voulait  peut-être,  après  sa  mort,  les  ré- 
sultats qu'il  comprima  pendant  sa  vie  :  étrange  allure  d'un  roi 
qui ,  de  la  même  main  ,  moissonnait  le  despotisme  et  semait  la 
liberté!  » 

M.  Villenave  a  parlé  en  ces  termes  de  la  Revue  Encyclopé- 
dique et  de  ses  dîners  mensuels  : 

«  On  sait  que  ce  recueil  justifie  pleinement  son  titre,  et  que 
la  Société phtlo technique  n'est  point  étrangère  à  ses  succès,  puis- 
qu'au  nombre  des  rédacteurs  sont  inscrits  quatorze  on  quinze 
de  ses  membres.  S'il  est  en  France  d'autres  ouvrages  pério 
diques  plus  répandus  à  Paris  et  dans  l'intérieur ,  et  dont  la  ré- 
daction offre  autant  ou  plus  de  mérite  encore,  du  moins  est-il 
vrai  que  la  Revue  Encyclopédique  doit  à  son  plan  et  à  son  titre 
d'être  devenue,  pour  diverses  parties  du  globe,  comme  la  malle- 
poste  de  la  civilisation.  Si  on  ne  peut  dire  des  dîners  mensuels 
de  la  Revue  : 

C'est  avec  des  dîners  qu'on  gouverne  le  monde. 

du  moins  est-il  vrai  encore  que,  dans  ces  banquets  littéraires  , 
les  notabilités  voyageuses  de  tous  les  pays  viennent  se  rattacher 
dans  les  liens  d'une  même  estime,  se  rencontrer  et  se  fixer 
dans  les  mêmes  opinions.  C'est,  en  se  rapprochant,  que  les 
peuples  se  connaissent,  et  c'est  alors,  et  c'est  ainsi  que  les  pré- 
jugés tombent,  que  les  erreurs  s'effacent,  que  le  foyer  des  lu- 
mières s'agrandit,  et  que  l'esprit  du  siècle  marche  avec  plus 
d'ensemble,  plus  d'empire  et  plus  de  liberté.  » 

Collège  royal  de  France.  —  Cours  de  littérature  française  , 
par  M.  Andrieux  de  l'Institut.  —  Depuis  trente  ans,  les 
méthodes  d'enseignement  ont  beaucoup  changé,  elles  se  sont 
améliorées,  et  l'on  travaille  tous  les  jours  à  les  améliorer 
encore  :  nous  ne  sommes  plus  au  tems  où  un  professeur 
de  littérature  n'occupait  ses  élèves  que  des  trois  genres  de 
style ,  et  des  figures  de  pensées  et  de  mots.  Il  est  cepen- 
dant une  vérité  qui  n'est  pas  encore  assez  répandue;  c'est  que 
la  littérature  est  un  instrument ,  et  non  pas  un  but.  Il  ne  s'a-^ 
git  pas  de  venir  dans  une  chaire  pour  y  apporter  des  juge- 


iSS  FRANCK. 

mens  tout  faits  sur  les  auteurs  anciens  et  modernes ,  ni  pour 
frapper  l'imagination  des  jeunes  gens  par  des  périodes  sonores, 
artistement  cadencées  ;  ce  qu'il  faut,  avant  tout,  c'est  répandre 
des  idées  justes  et  des  sentimens  généreux  :  c'est  former  des 
hommes  pour  la  patrie  et  la  famille,  car  tous  vos  auditeurs 
seront  citoyens,  presque  tous  époux  et  pères,  et  comme  tels 
ils  auront  des  devoirs  à  remplir.  Nul  professeur  n'a  mieux  que 
M.  Andrieux  compris  l'importance  et  le  véritable  but  de  ses 
fonctions.  Nous  examinerons  peut-être  un  jour,  dans  ce  recueil, 
quelle  influence  ses  leçons  doivent  exercer  sur  les  destinées  de 
la  France  à  laquelle,  depuis  vingt-quatre  ans,  il  a  préparé  tant 
de  citoyens  amis  du  travail ,  de  la  médiocrité  et  du  bien  public. 
La  reprise  des  leçons  de  ce  professeur  offre  un  spectacle  vrai- 
ment touchant  ;  c'est  une  fête  de  famille  pour  les  jeunes  gens 
qui,  séparés  pendant  quelques  mois  de  ce  bon  vieillard,  sont 
avides  de  le  revoir  et  de  l'entendre  encore.  L'amphithéâtre  du 
collège  de  France  est  encombré  long-tems  à  l'avance,  et  ce 
n'est  pas  sans  peine  que  M.  Andrieux  peut  parvenir  à  sa  chaire, 
au  milieu  des  applaudissemens  et  des  transports  de  cet  audi- 
toire dont  il  est  -si  tendrement  chéri.  Certes,  il  est  bien  digne 
d'un  pareil  attachement  :  comme  homme  de  lettres  ,  il  eût  pu 
prétendre  à  parcourir  d'une  manière  brillante  et  lucrative  une 
carrière  où  il  a  remporté  de  beaux  succès  ;  comme  homme 
public,  à  remplir  d'importantes  fonctions.  Mais  aux  applau- 
dissemens du  théâtre  ou  de  la  tribune,  aux  fastes  des  grandeurs 
et  de  l'opulence,  il  a  préféré  le  modeste  et  paisible  emploi 
d'instituteur.  Entouré  de  cette  jeunesse  qu'il  aime ,  comme  si 
elle  n'était  composée  que  de  ses  enfans,  il  vient  chaque  semaine 
l'entretenir  du  beau  et  du  bon,  développer  en  elle  les  semences 
du  goût  et  de  la  vertu  ,  et  personne  n'est  plus  écouté;  car  il 
appuie  ses  paroles  de  l'autorité  de  sa  vie  publique  et  privée. 

Les  lecteurs  de  notre  Revue  ,  qui  n'ont  pas  oublié  les  articles 
sur  le  théâtre  des  Grecs  (voy.  Rev.  Eric;  tom.  xxi,  pag.  77, 
326  et  269;  t.  xxii,  p.  89  et  36i),  aimeront  sans  doute  à  trou- 
ver ici  une  esquisse  de  ces  charmantes  leçons  oùd'instruction  , 
vraiment  nationale ,  est  appropriée,  comme  on  dit  aujourd'hui, 
aux  besoins  de  la  génération  nouvelle. 

La  littérature,  dit  M.  Andrieux,  se  compose  d'ouvrages  qui 
sont  faits  par  l'homme  et  pour  l'homme.  Si  l'on  veut  bien  ap  - 
précierles  ouvrages  ,  il  faut  commencer  par  étudier  l'homme; 
car  c'est  dans  sa  nature  que  nous  trouverons  les  sources  du 
beau  et  du  vrai  ,  qui  sont  les  causes  du  plaisir  que  nous  éprou- 
vons en  lisant  les  ouvrages. 

On  divise  ordinairement  l'homme  moral  en  entendement  et 


PARIS.  »80 

«•il  tofonté.  Cette  division  n'est  pas  nouvelle <  on  la  trouve  dans 

les  anciens  philosophes;  mais  il  semble  à  M.  Andrieux  (pi'il  y 

a  quelque  coOse  à  placer"  avant  tout  cela,  c'est  Yinstinrt  ;  Via- 
slincl  dont  notre  boB  Dueis  disait,  avec  sa  manière  \n\  peu 
abrupte,  que  c'était  nn  bien  grand  maître,  qu'il  lui  tirait  son 
chapeau,  et  qu'il  était  son  très-humble  serviteur. 

M.  Andrienx  reconnaît  trois  espèces  d'instincts  (i)  :  instincts 
physiques,  mixtes  et  moraux. 

i°  Les  instincts  purement  physiques  sont  ceux  qui  nous  sont 
communs  avec  les  animaux ,  par  exemple,  \zfaim  ,  \asoif,  le 
sentiment  de.  notre  conservation ,  etc. 

2°  las  instincts  mixtes,  qui  tiennent  à  la  fois  des  physiques 
et  des  moraux,  tendent  au  développement  de  ces  deux  autres 
(lasses  d'instincts  ,  et  nous  sont  communs  avec  les  animaux  , 
sauf  des  modifications.  Tels  sont,  par  exemple,  la  locomotivité,  ou 
le  besoin  de  remuer;  c'est  cet  instinct  si  puissant  chez  l'homme 
<'t  chez  les  animaux  qui  produit  l'amour  de,  la  liberté.  Tels  sont 
encore  l'instinct  du  rhythme  et  de  la  cadence,  de  la  poésie ,  de 
Y  imitation,  le  courage,  la  pudeur,  Y  amour,  le  rire ,  enfin  le 
besoin  de  comniuniqmer  nos  idées  et  les  moyens  que  nous  em- 
ployons pour  le  faire;  car  M.  Andrieux  pense  que  la  parole  est 
chez  nous  un  instinct.  L'homme  étant  destiné  à  vivre  en  société 
devait  sentir  le  besoin  de  communiquer  ses  idées,  et  Dieu  lui 
a  donné  l'instinct  de  la  parole,  qui  est  le  premier  et  le  plus  fort 
lien  des  sociétés. 

3°  Les  instincts  moraux  sont  opposés  aux  instincts  purement 
physiques.il  faut  entendre  ici,  par  moral,  l'intellectuel,  ce 
qui  n'est  ni  tangible,  ni  compréhensible,  par  opposition  au 
physique ,  qui  est  le  corporel ,  le  matériel.  IAin  est  le  lot  des 
métaphysiciens;  l'autre,  celui  des  physiologistes.  Ainsi,  moral 
n'est  pas  pris  ici  dans  le  sens  qu'on  lui  donne  le  plus  ordinai- 
rement; car  nous  verrons,  en  parcourant  les  instincts  moraux , 
qu'il  y  en  a  parmi  eux  de  très- immoraux. 

Ces  instincts  moraux  se  subdivisent  eux-mêmes  .en  affection- 
nels  et  intellectuels. 

Le  professeur  passe  alors  successivement  en  revue  l'affection 
des  païens  pour  leurs  enfans,  celle  des  enfans  pour  leurs  pa- 
rens,  et  il  explique  ce  qu'il  faut  entendre  par  cette  espèce  de 
proverbe,  Y  amitié  ne  remonte  point.  Il  place  encore  dans  les 


(i)  Le  professeur  a  eu  grand  soin  de  faire  observer  qu'il  ne  fallait 
pas  confondre  les  facultés  instinctives,  les  dispositions  premières  et 
originelles  de  l'homme  qu'il  appelle  instincts ,  arec  l'instinct  des  ani- 
maux. 

T.  xxxvn.  — Janvier  1828.  jo 


29o  FRANCE. 

iustincts  moraux  affectionnels  l'amour  des  frères  et  sœurs  entre 
eux,  et  rien  n'est  plus  naturel.  On  a  fait  au  théâtre  des  pièces 
dont  le  dénoûment  repose  sur  des  reconnaissances  de  per- 
sonnes qui,  sans  s'être  jamais  vues,  avant  de  savoir  leur  nom, 
devinent,  pour  ainsi  dire,  leur  parenté.  Le  public  goûte  même 
assez  ce  genre  d'intérêt.  Après  tout,  quand  deux  personnes  du 
même  sang  se  rencontrent,  peut-être  y  a-t-il  un  mouvement 
physique  du  sang  qui  veut  remonter  vers  sa  source;  nous 
sommes  faits  du  sang  et  de  la  chair  de  nos  parens  :  serait-il 
donc  si  extraordinaire  que  deux  parties  d'un  même  tout  en 
présence  l'une  de  l'autre  tendissent  à  se  rapprocher? 

Après  les  affections  de  famille,  on  peut  placer  au  premier 
rang  V 'amitié ,  que  Cicéron  appelle  rerum  humanarum  ac  divi- 
narum  cum  miâta  charitate  ac  benevolentia  consentio.  Ce  sen- 
timent est  à  coup  sur  l'un  des  plus  doux  qu'il  soit  donné  à 
l'homme  de  connaître;  c'est  une  communication  continuelle  de 
pensées  et  de  sentimens.  Après  avoir  charmé  notre  adolescence 
au  collège ,  partagé  les  plaisirs  et  les  espérances  de  notre  jeu- 
nesse ,  nous  avoir  aidé  à  supporter  les  peines  de  la  vie  dans 
l'âge  mûr,  elle  prête  à  la  vieillesse  le  charme  des  souvenirs,  et 
adoucit  nos  derniers  instans  par  l'idée  d'une  réunion  éternelle. 
M.  Andrieux  se  plaint  que  nous  ne  connaissions  pas  dans  nos 
tems  modernes  ces  amitiés  héroïques  de  Thésée  et  d'Hercule, 
de  Pylade  et  d'Oreste.  Il  proteste  toutefois  contre  cette  défini- 
tion du  triste  La  Rochefoucauld:  ■<■  Ce  que  les  hommes  ont  nommé 
amitié  n'est  qu'une  société,  un  ménagement  réciproque  d'inté- 
rêts ,  un  échange  de  bons  offices;  ce  n'est  enfin  qu'un  commerce 
où  l'amour- propre  se  propose  toujours  quelque  chose  à  ga- 
gner. »  (N°  81.)  L'amitié  de  l'auteur  des  Maximes  est  celle  des 
courtisans ,  qui  ne  cherchent  que  les  moyens  de  satisfaire  leur 
ambition  ou  de  se  pousser  en  cour. 

Nous  regrettons  vivement  que  les  bornes  de  cet  article  ne 
nous  permettent  pas  de  rapporter  ce  que  M.  Andrieux  a  pu 
dire  de  l'amitié  des  gens  de  lettres.  Il  appartenait  à  l'ami  de 
Collin-d'Harleville  de  réclamer  contre  cette  éternelle  accusation 
de  jalousie  et  d'amour-propre,  qui  éteindrait  chez  les  hommes 
de  lettres  le  plus  doux  des  sentimens. 

On  a  pu  remarquer  que  toutes  les  affections  dont  on  vient 
de  parler  sont  de  bons  instincts  ;  mais  l'homme  a  aussi  de  mau- 
vais instincts.  Il  semble  qu'on  ait  cherché  à  les  rassembler  dans 
les  sept  péchés  capitaux  ,  pour  avertir  l'homme  d'être  sans  cesse 
en  garde  contre  eux. 

Jjorgucil  vient  de  l'amour  excessif  de  nous  mêmes.  Cet  amour 
serait  vraiment  le  plus  déplorable  des  penchans,  si  Dieu  n'avait 


PAULS.  29t 

nus  dans  nos  cœurs,  pour  le  contrebalancer,  la  compassion,  la 
pitié,  ce  que  les  anciens  appelaient  cheiritcp,  mot  louchant  dont 
la  religion  chrétienne  s'est  emparée,  et  qu'elle  nomme  charité. 

Il  n'est  pas  besoin  de  remarquer  que  nous  n'entendons  pas  par 
Ce  mot  une   légère  el  modique  aumône. 

UctH'ic  e.  :  un  instinct  que  nous  retrouvons  chez  les  animaux  ; 
ainsi,  nous  voyons  le  chien  moi  die  son  compagnon  quand  il 
ohlie.it  seul  les  caresses  de  leur,  maître  commun. 

La  colère  est  aussi  un  mauvais  instinct  que  l'éducation  ré- 
forme beaucoup,  mais  que  l'on  aperçoit  dans  toute  sa  force 
chez  les  animaux  el  chez  les  enfaus,  quand  le  moindre  de  leurs 
désirs  est  contrarié.  Il  faut  encore  en  chercher  la  source  dans 
ce  malheureux  égoïsme,  auquel  se  rattachent  peut-être  tous 
nos  mauvais  penchans. 

\1  avarice.  Platon  ,  qui  place  la  colère  dans  la  poitrine,  place 
l'avarice  dans  la  région  du  ventre,  parmi  les  passions  viles  et 
les  appétits  grossiers,  parce  que,  dit-il,  c'est  avec  l'argent  qu'on 
achète  tous  les  grossiers  plaisirs.  En  combattant  l'avarice,  il  ne 
s'agit  point  de  faire  l'éloge  de  la  pauvreté  cynique  de  Diogène  ; 
la  misère  est  une  chose  îriste,  et  c'est  une  affreuse  position  que 
(•(die  d'un  père  qui  voit  souffrir  la  faim  à  sa  femme  et  à  ses  en- 
fans  ,  sans  pouvoir  leur  procurer  du  pain.  Apprenons  à  repous- 
ser la  misère  par  le  travail.  «  La  Faim,  dit  Franklin,  regarde  à 
la  porte  de  l'homme  laborieux ,  et  n'ose  entrer  chez  lui.  »  Il 
faut  dire  aussi  que  la  soif  de  l'or  est  un  vice  bas  et  misérable 
que  notre  éducation  ne  favorise  que  trop;  il  faut  enseigner  aux 
jeunes  gens  qu'avec  du  travail ,  de  l'ordre  et  une  bonne 
conduite,  il  est  presque  impossible  qu'un  honnête  homme  ne 
réussisse  pas  à  se  procurer  une  heureuse  médiocrité  qui  lui 
permette  d'élever  sa  famille.  On  a  beaucoup  crié  contre  une 
certaine  aristocratie  qui  tenait  à  des  préjugés  que  nous  sommes 
loin  de  défendre;  mais  cette  aristocratie  était  sans  contredit 
préférable  à  celle  des  richesses,  qui  est  l'aristocratie  de  la  cor- 
ruption et  des  vices. 

La  gourmandise  et  la  paresse  sont  encore  deux  instincts  que 
le  sentiment  de  notre  conservation  corrige.  «  Pour  moi  j'avoue  , 
dit  M.  Andrieux,  que  j'ai  toujours  un  peu  regretté  que  l'on  ait 
mis  la  paresse  au  nombre  des  sept  péchés  capitaux.  J'ai  eu  en 
effet,  toute  ma  vie,  d'assez  belles  dispositions  à  la  paresse;  et 
si  je  ne  m'y  suis  pas  tout  à-fait  abandonné,  c'est  que,  comme  le 
loup,  la  faim  m'a  fait  sortir  du  bois.»  Il  est,  au  reste,  très- 
étonné  qu'on  ait  oublié  parmi  les  péchés  capitaux  V hypocri- 
sie,  qui  est  le  mensonge  eh  action,  en  permanence,  vice  af- 
freux qui  décèle  de  la  bassesse  d'àme  avec  de  la  perfidie.  Il 

'9- 


•jt92  FRANCK. 

examine  ensuite  le  mensonge,  et  recherche  s'il  est  jamais  permis 
démentir.  Il  faut  convenir  qu'on  rencontre  quelquefois  de  su- 
blimes mensonges;  tel  est  celui  d'Oreste  et  Pylade,  ou  celui  de 
Sophronie ,  dont  le  Tasse  a  dit  :  «  Mensonge  héroïque,  quelle 
est  la  vérité  que  l'on  puisse  te  préférer  ?  »  M.  Andrieux  pense 
qu'il  faut  se  garder  de  mentir,  parce  qu'on  pourraiî'en  contrac- 
ter l'habitude.  Il  flétrit  ce  mot  attribué  à  un  moderne  diplomate, 
que  la  parole  a  été  donnée  à  l'homme  pour  déguiser  sa  pensée; 
mais  il  se  hâte  de  reconnaître  que  la  trop  grande  sincérité  a  ses 
inconvéniens.  Un  homme  d'honneur  ne  doit  jamais  dire  que  ce 
qu'il  pense;  mais  il  n'est  pas  tenu  de  dire  tout  ce  qu'il  pense, 
sans  cela  on  serait  toujours  à  couteau  tiré  dans  la  société.  Mo- 
lière, cet  admirable  penseur,  l'avait  bien  senti.  C'est  cette  vé- 
rité qu'il  a  mise  en  action  dans  le  Misanthrope ,  qui  est  assuré- 
ment un  honnête  homme,  mais  qui  a  des  accès  de  sincérité 
tout-à-fait  à  contre-tems. 

Revenant  aux  bons  instincts,  on  ne  peut  oublier  Vamour  de 
la  patrie  9  sentiment  si  naturel  à  l'homme  ,  qu'après  avoir 
fourni  aux  poètes  une  foule  de  beautés,  on  y  puise  encore 
chaque  jour  des  beautés  nouvelles.  C'est  Ovide  qui  a  dit: 

Nescio  quâ  natale  soluui  dulcedine  cunctos 
Ducit,  et  immemores  non  servit  esse  sui. 

L'un  des  plus  beaux  ouvrages  que  ce  sentiment  ait  inspirés  est 
à  coup  sur  V Horace  du  grand  Corneille,  où  le  poète  nous  montre 
à  côté  du  dévoûment  le  plus  sublime  l'excès  de  ce  même  amour 
dégénérant  en  férocité. 

Vamour  de  la  gloire  est  aussi  un  noble  et  généreux  instinct , 
mais  dont  l'excès  est  dangereux;  n'est-ce  pas  lui  qui  fit  d'Oc- 
tave le  tyran  de  ses  concitoyens,  et  qui  tourmente  ces  rava- 
geurs de  provinces,  comme  les  appelle  Bossuet,  que  les  poètes 
ont  tantôt  maudits,  et  tantôt  exaltés  dans  leurs  vers.  La  gloire 
est  belle  sans  doute  ,  mais  elle  est  rare;  elle  appartient  à  peu 
d'hommes,  même  dans  les  siècles  les  plus  favorisés,  et  il  n'est 
pas  sans  danger  de  vouloir  exciter,  dans  l'enfance  et  dans  la 
jeunesse,  cet  amour  de  gloire  qui  peut  dégénérer  chez  eux  en 
sotte  vanité  et  les  porter  à  se  consumer  en  inutiles  efforts, 
qui ,  faute  de  qualités  supérieures,  ou  seulement  de  talens  dis- 
tingués, les  conduiraient  au  ridicule  et  à  la  misère. 

La  gloire  n'est  pas  chose  facile  à  définir.  Le  Dictionnaire  de 
t Académie  dit  que  la  gloire  est  :  «  l'honneur,  l'estime  ,  les 
louanges,  la  réputation  que  la  vertu,  le  mérite,  les  grandes 
qualités,  les  bonnes  actions  et  les  bons  ouvrages  attirent  à  cha- 
cun. »  A  cette  définition    un  peu   vague  et    un   peu    longue 


PAULS.  ar/3 

M.  Andrieux  propose  de  substituer  la  suivante:  La  gloire  est 
iioe  renommée  éclatante,  durable,  fondée  sur  l'estime,  l'admi- 
ra!ion  et  la  reconnaissance  des  hommes.  Ainsi,  Marc-Aurèle, 
Henri  IV  ,  Franklin  ,  Washington,  et  tous  ceux  qui  ont  con-. 
tribué  avec  éclat  au  bonheur  de  leurs  semblables,  ont  mérité  de 
la  gloire. 

Le  désir  de  la  gloire  est  si  naturel  que,  pour  obtenir  cette 
grande  renommée,  des  hommes  recommandables  sont  descen- 
dus à  des  faiblesses  qu'il  faut  blâmer  et  plaindre.  Cicéron  im- 
portunait tout  le  monde  du  récit  de  son  consulat,  et  demandait 
à  Lucceius  de  violer  les  lois  de  l'histoire  pour  embellir  le  ta- 
bleau de  ses  actions  ;  et  Voltaire,  pour  assurer  le  succès  de  ses 
ouvrages,  flattait  des  grands  seigneurs  dont  il  se  moquait  tout 
bas,  tandis  qu'il  écrasait  avec  colère,  et  parfois  avec  cruauté, 
ces  insectes  qui  le  fatiguaient  de  leurs  piqûres. 

Il  est  peu  de  mots  dont  on  ait  plus  abusé  que  du  mot  gloire  : 
il  y  a  vraiment  des  exemples  incroyables  de  ces  abus.  Dans  l'o- 
raison funèbre  de  la  duchesse  d'Orléans,  Bossuet  faisant  allu- 
sion au  voyage  que  cette  princesse  venait  de  faire  en  Angle- 
terre auprès  du  roi  Charles  ÏI ,  dit  qu'à  son  retour  Madame 
allait  être  précipitée  dans  la  gloire.  Or,  quel  avait  été  le  but  de 
ce  voyage?  La  princesse  avait  été  envoyée  par  Louis  XIV 
auprès  du  roi  Charles  II,  son  frère,  pour  le  détacher  de  l'al- 
liance des  Hollandais.  Elle  y  était  parvenue,  et  avait  fait  ac- 
cepter au  roi  d'Angleterre  une  pension  du  roi  de  France  , 
moyennant  laquelle  il  trahissait  les  intérêts  de  ses  sujets,  mé- 
content qu'il  était  de  son  parlement  qui  ne  lui  fournissait  pas 
assez  d'argent  pour  ses  plaisirs.  C'est  à  propos  c\u  succès  de 
cette  misérable  intrigue  que  l'éloquent  prélat,  empruntant  un 
mot  de  Tacite,  déclare  que  la  princesse  allait  être  précipitée 
dans  la  gloire  :  Prœccps  in  gloriam  agebatur. 

Voltaire,  dans  le  Siècle  de  Louis  XIV t  s'est  servi  presque 
des  mêmes  expressions  :  «  Madame  alla  voir  son  frère  à  Can- 
torbéry ,  et  revint  avec  la  gloire  du  succès  ;  elle  en  jouissait,  lors- 
qu'une mort  subite  et  douloureuse  l'enleva,  à  l'âge  de  '26  ans  , 
le  '^o  juin  1670.  »  Mais  on  est  moins  étonné  de  rencontrer  cette 
phrase  dans  le  Siècle  de  Louis  XIV,  qui  est  presque  continuel-^ 
temeut  écrit  sur  le  ton  du  panégyrique.  Voltaire,  d'ailleurs  , 
avait  passé  sa  jeunesse  au  milieu  d'une  société  qui  se  ressentait 
de  la  corruption  des  mœurs  du  tems  de  la  régence. 

Je  me  suis  arrêté  avec  plaisir  sur  cette  partie  des  leçons  de 
M.  Andrieux,  parce  qu'elle  a  dû  faire  connaître  la  manière  de 
ce  professeur.  Je  n'ai  pu  indiquerta  par  tic  littéraire  des  séances 
du  Collège  de  France:  mais  les  ouvrages  de  M.  Andrieux  sont 


des  garanties  suffisantes  que  ses  préceptes  littéraires  sont  dignes 
île  ses  préceptes  de  morale.  C'est  de  lui  que  Chénier  aurait  pu 
dire  : 

Et  s'il  venge  le  goût  trop  souvent  oublié  , 
Chacun  de  ses  éerits,  au  goût  toujours  fidèle, 
En  offrant  la  leçon  présente  le  modèle. 

Je  regretterai ,  toutefois,  bien  sincèrement  de  ne  pouvoir 
analyser  ses  leçons  sur  X honneur  et  sur  les  idées  religieuses.  Elles 
renferment  une  foule  d'aperçus  neufs ,  toujours  pleins  de  bon 
sens  et  de  goût.  On  a  beaucoup  vanté  l'esprit  de  M.  Andrieux  ; 
mais  on  n'a  pas  assez  parlé  de  sa  haute  raison  et  de  son  iné- 
puisable bienveillance.  Combien  de  jeunes  gens  lui  doivent  ce 
qu'ils  vaudront  pour  la  société  !  Celui  qui  a  essayé  de  donner 
ici  une  idée  des  leçons  de  cet  excellent  homme  aime  à  avouer 
publiquement  que  sa  reconnaissance  ne  pourra  jamais  acquitter 
les  obligations  qu'il  a  contractées  envers  lui.  J.  B. 

Athénée  royal  de  Paris,  ruede  Valois  (  ci-devant  du  Lycée  ), 
n°  2.  — Quarante-deux  années  de  travaux  recommandent  l'Athé- 
née de  Paris  à  la  bienveillance  des  amis  des  lettres,  et  de  tous  ceux 
qui  sentent  le  prix  d'une  instruction  philosophique  et  variée  :  il 
offre  surtout  un  lieu  de  réunion  agréable  et  un  foyer  central 
d'instruction  aux  étrangers  qui  viennent  passer  l'hiver  à  Paris. 
La  43e  année  est  commencée,  depuis  le  i5  novembre  dernier, 
et  doit  finir  le  16  novembre  1828.  Nous  nous  empressons  de 
donner  le  programme  des  cours  qui  viennent  de  s'ouvrir. 

Ire.  Section.  —  Sciences  physiques.  Physique  expérimen- 
tale. M.  Demonferrand.  Chimie.  M.  Dumas.  Géologie.  M.  Cons- 
tant Prévôt.  Physiologie  comparée  des  Végétaux  et  des  ani- 
maux.M.  Adolphe  Brongni  art. Zoo/ogvV.  M.  Bl  a  inville.  Anato- 
mie  et  Physiologie-  M.  àmussat.  Médecine  publique,  A.  Melier. 

2e.  Section.  —  Sciences  morales  et  économiques.  Litté- 
rature. Philosophie  des  facultés  intellectuelles.  Le  Dr.  Gall.  Ci- 
vilisation industrielle  des  nations  européennes  M.  Blanqui.  Elo- 
quence. M.  Francis  Le  Vasseur.  Ecole  romantique  M.  Parisot. 

M.  Artaud  fera  plusieurs  lectures  sur  la  philosophie  de  l'his- 
toire, et  M.  Auzoux  consacrera  quelques  séances  à  des  démons- 
trations générales  d'anatomie  ,  au  moyen  de  pièces  artificielles  de 
son  invention. 

Le  prix  de  la  souscription  est  de  120  fr.  pour  Tannée;  90  fr. 
pour  six  mois;  60  fr.  pour  les  dames  et  pour  MM.  les  étudians. 

Établissement  orthopédique  el  gymnastique  du  Mont  -  Par- 
nasse ,  destiné  au  traitement  de  loutes  les  difformités  dans  les 
deux  sexes  ,  et  dirigé  par  MM.  les  docteurs  Bkllanger  ,  Du- 


PARIS.  iq5 

1  vi  iî(  Maison  a  a*  mm  da  Chevreuse,  n"  .', ,  .1  Paris  ). — 
L'heureux  emploi  des  moyens  mécaniques  dans  !«•  traitement 
des  difformités  qui  affectent  les  diverses  parues  du  corps;, 
1  donné  naissance  à  nue  nouvelle  branche  de  thérapeutique* 
l  m  iage  expérience  a  démontré  que  t'orthouédin  obtient  d<-s 
résultats  aussi  sûrs  que  satisfaisans ,  lorsqu'elle  e§1  appliquée 
par  des  médecins  instruits;  mais  qu'elle  pourrait  avoir  des 
conséquences  funestes  entre  les  mains  du  charlatanisme  ou  de 
l'ignorance.  On  juge  alors  combien  il  est  Important  que  des 

médecins,  déjà  connus  par  leurs  talens,  s'oe<  npcnl  spéciale- 
ment de  celle  partie  de  la  il.  et  réunissent  dans  le  même  établis- 
sement tout  ce  que  les  connaissances  médicales  peuvent  ajouter 
d'efficacité  aux  moyens  orthopédiques.  Tels  sont  les  avantages 
que  présente  la  maison  du  Mont  Parnasse. Tons  les  appareils  ont 
été  perfectionnes  et  produisent  les  plus  heureux  résultats ,  sur- 
tout lorsqu'ils  sont  combinés  avec  les  frictions,  les  bains,  les 
médicamens  et  1rs  exercices  gymnastiques.  Un  Gymnase;  a  été 
institué,  à  cet  effet,  d'après  les  idées  de  M.  àmÔbôs,  de  manière 
à  transformer  en  j<'ux  tous  les  exercices  utiles  au  redressement. 

L'établissement  du  Mont-Parnasse  embrasse  le  traitement 
de  toutes  les  difformités  auxquelles  le  corps  humain  est  sujet, 
dans  les  différentes  époques  de  la  vie;  ainsi,  les  déviations 
de  la  colonne  vertébrale,  la  conformation  vicieuse  des  mem- 
bres, les  pieds-bots,  les  difformités  du  visage,  le  menton  de 
galoche,  le  strabisme,  etc.  ,  la  viciation  des  organes  des  sens, 
sont  corrigés  par  des  appareils  aussi  ingénieux  que  variés. 
Jusqu'à  prisent,  la  plupart  de  ces  maladies,  acquises  on  natives, 
étaient  regardées  comme  incurables,  et  les  en  fans  étaient  con- 
damnes à  porte*  toute  leur  vie  ces  infirmités  qui  aujourd'hui  ne 
peuvent  résister  à  un  traitement  bien  dirigé  et  continué  avec 
constance. 

Les  jeunes  demoiselles  sont  confiées  à  une  dame  recomman- 
dable  pat  son  éducation  et  ses  principes  religieux,  et  placées 
dans  un  grand  pavillon  où  une  institutrice  leur  donne  chaque 
jour  des  leçons.  Les  jeunes  garçons  sont  aussi  surveillés  par  un 
instituteur  qui  continue  leur  éducation.  Le  traitement  ne  souffre 
nullement  des  études  qu'on  fait  :  l'instruction  n'est  qu'un  acces- 
soire utile  et  agréable,  qui  ne  fait  point  perdre  de  vue  la  gue- 
rison  des  malades.  Il  faut,  en  effet,  pour  obtenir  de  bons  résul- 
tats, des  moyens  mécaniques  ,  une  continuité  de  soins,  une 
exactitude  de  surveillance  et -un  discernement  que  ne  peuvent 
avoir  les  parens,  ni  les  personnes  étrangères  à  l'ait  de  guérir. 
Aussi,  dans  l'établissement  du  Mont  Parnasse,  un  des  médecins 
est  toujours  auprès  de>  malades  pour  diriger  et  assurer  les  e.i 


uc)6  FRANCE 

fets  du  traitement.  C'est  à  cause  des  accidens  graves  qui  sonl 
résultés  de  ce  défaut  de  surveillance  dans  les  pensions  et  dans 
les  maisons  particulières,  qu'on  doit  placer  de  préférence  les 
malades  dans  un  établissement  où  leur  éducation  est  cultivée, 
sans  nuire  aux  progrès  de  la  guérison.  Z. 


Réclamation. — Lettre  à  M.  le  Directeur  de  la  Bévue  Encyclo- 
pédique.— Monsieur  ,  je  sais  que  beaucoup  de  personnes  m'ont 
attribué  la  Notice  sur  le  chlore  et  les  chlorures  (Voxides  insérée 
dans  voire  cahier  du  mois  de  novembre  dernier  (  voy.  Rev. 
Jùic\,  t.  xxxvi,  p.  273).  Quelques  erreurs  disséminées  dans  ce 
travail  ne  me  permettent  pas  d'en  prendre  la  responsabilité, 
et  je  vous  prie  de  vouloir  bien  désabuser  vos  lecteurs  à  ce  su- 
jet, en  insérant  ma  lettre  dans  votre  plus  prochain  cahier. 

Agréez,  monsieur  ,  etc.  Dubrunfaut. 

Paris ,  le  9- janvier  1828. 


Théâtres.  —  Théâtre  français.  —  Première  représentation 
de  Racine,  comédie  en  un  acte  et  en  vers;  par  MM.  Briseux 
et  Busoni.  (Jeudi  27  décembre).  — Les  malices  qui  fourmillent 
dans  la  jolie  comédie  des  Plaideurs  qu'on  vient  de  donner  à  la 
Comédie  française,  ameutent  contre  le  poëte  tous  les  Chica- 
neau  et  les  Perrin  Dandin  de  Paris.  Le  pauvre  auteur  dont, 
ce  soir  même,  on  joue  la  pièce  à  Versailles,  est  sur  les  épines; 
lorsque  les  acteurs,  sans  avoir  pris  le  tems  de  se  déshabiller, 
viennent  en  poste  lui  annoncer  le  brillant  succès  des  Plaideurs 
à  la  cour.  Le  roi  a  ri,  c'est  assez;  les  courtisans  se  sont  pàmés- 
d'aise;  et  pour  célébrer  le  triomphe  du  poëte,  on  couronne 
son  buste.  Boileau,  La  Fontaine,  Chapelle,  tous  amis  du  grand 
homme,  figurent  dans  cette  bluetle,  qui  finit  par  le  mariage 
obligé;  c'est  le  comédien  Floridor  qui  parvient  à  épouser  la 
nièce  du  propriétaire  de  la  maison  où  loge  Racine;  le  bon- 
homme la  lui  refusait  d'abord,  à  cause  de  sa  qualité  de  comé- 
dien ;  mais  il  la  lui  accorde  de  grand  cœur,  lorsqu'il  reprend 
qu'il  vient  de  faire  un  héritage.  Il  ne  faut  pas  chercher  d'ac- 
tion dans  un  pareil  ouvrage;  mais  on  y  trouve  des  traits  heu- 
reux ,  de  jolis  vers,  et  quelques  éloges  du  poëte  tournés  avec 
assez  de  délicatesse.  C'était,  ce  jour- là,  la  fête  de  Racine; 
l'ombre  du  poëte  a  dû  accueillir  avec  satisfaction  un  hommage 
spirituel  et  applaudi  du  parterre. 

Première  rcprésenlationde  Molière,  comédie  episodique 

en    un  acte  et  en  vers,  par  M.  François   Dercv.  v  Mardi   1  S 


PARTS.  |g| 

janvier).  —  dette  petite  comédie  est  encore  un  bouquet  potn 
l'un  des  créateurs  de  noire  théâtre;  joute  le  jour  anniversaire 
«le  la  naissance  de  Molière,  elle  était  destinée  à  le  fêter;  le  cadre 
imaginé  par  l'auteur  est  assez  ingénieux ,  avantage  rare  dans  les 
pièces  de  circonstance.  I  ■  directeur  de  comédie,  et  un  de  ses 
acteurs,  occupés  à  composer  une  petite  piÔCC  en  l'honneur  de 
Molière,  sont  incessamment  dérangés  par  une  foule  de  fàeheux. 
Ces  L-ens  de  notre  teins  offrent  les  principaux  traits  des  origi- 
naux peints  jadU  par  Molière,  dont  le  génie  a  deviné  l'homme 
de  tous  les  tems.  (lest  un  bon  bourgeois,  enriehi  dans  le  com- 
merce, et  que  la  représentation  de  George  Dandin  et  du  Bour- 
geois gentilhomme  ont  préservé  de  la  folie  d'épouser  une  demoi- 
selle de  grtfndè  maison  ,  et  d'être  l'ami  intime  de  grands  seigneurs 
(pi  i  vi\  aient  à  ses  dépens.  C'est  une  espèce  d'Arsinoé,jadisaetrice, 
aujourd'hui  mariée  à  un  baron,  et  qui  se  récrie  contre  l'indc- 
cenee  des  comédies  de  Molière.  C'est  un  Chrysalde  nouveau, 
que  désolent  les  dissertations  de  sa  femme  sur  le  romantisme,  et 
qui  supplie  qu'on  joue  Ici  Femmes  savantes  pour  corriger,  s'il 
se  peut,  sa  folie.  C'est  un  autre  Harpagon,  tracé  trait  pour  trait 
sur  celui  de  la  comédie,  et  qui  soutient  que  rien  ne  ressemble 
aujourd'hui  aux  personnages  de  Molière,  et  particulièrement  à 
son  avare.  C'est  un  tartufe  vêtu  en  frac,  etcoifféàla  moderne, 
dont  la  colère  contre  Y  Imposteur  de  Molière  prouve  que  cette 
peirfture  le  blesse  comme  une  personnalité.  C'est  enfin  une 
Célimène,  féconde  en  billets  doux,  et  qui  donne  à  son  amant 
ces  excuses  frivoles  dont  l'autre  Célimène  payait  Alceste.  L'ap- 
parition successive  de  ces  divers  personnages  n'a  pas  laissé  à 
nos  deux  auteurs  le  tems  de  faire  un  seul  hémistiche;  ils  s'ima- 
ginent alors  de  recueillir  les  scènes  qu'ils  viennent  d'entendre, 
et  qui  sont  comme  un  hommage  à  cette  vérité  de  pinceau  qui 
immortalise  Molière.  Des  caractères  bien  esquissés,  des  mots 
piquans ,  des  vers  heureux  ont  assuré  le  succès  de  cette  baga- 
telle, que  les  comédiens  ont  terminée  par  le  couronnement  du 
buste  de  leur  grand  patron. 

Chacun  de  son  côté,  comédie  en  trois  actes  et  en  prose,  par 

M.  Mazères.  (Vendredi,  25  janvier). — Les  principaux  élémens 
d'une  bonne  comédie  sont  l'action  ,  les  caractères  et  les  mœurs; 
or  ici  l'action  est  commune  et  peu  dramatique,  les  caractères 
manquent  d'originalité,  et  les  mœurs  ne  sont  point  celles  de  la 
société  que  l'auteur  a  voulu  peindre.  Il  est  possible  que,  dans 
un  certain  monde,  on  se  quitte  pour  des  torts  graves  ou  pour 
quelque  étonrderie,  et  qu'on  se  reprenne  ensuite  par  sentiment 
ou  par  caprice;  mais,  dans  le  monde  que  M.  Mazères  a  mis 
en  scène ,  ce  sont  de  rares  exceptions  dont  se  sont  déjà  emparés 


ayS  FRANCE. 

les  autours  de  Misanthropie  et  Repentir,  ainsi  que  à' Adolphe  et 
Clara.  Il  suffit  de  citer  ces  deux  ouvrages  pour  indiquer  tout  ce 
qui  manque  ou  de  pathétique  ou  de  piquant  à  la  pièce  nou- 
velle. Le  baron  et  la  baronne  de  Val  Hère  vivent  chacun  de 
son  côté;  le  mari  avait  des  maîtresses,  la  femme  était  étourdie; 
on  s'est  séparé  par  consentement  mutuel  ;  mais  quoique  ma- 
dame de  Vallière  se  console  au  milieu  des  fêtes  et  des  adora  - 
teurs ,  elle  sent  les  inconvéniens  de  sa  situation;  et  si  elle  ne 
regrette  pas  ouvertement  son  mari,  elle  regrette  au  moins 
l'état  de  femme  mariée.  Le  mari  s'est  livré  à  de  grandes  spé- 
culations, elles  n'ont  pas  très  bien  réussi;  il  se  trouve  dans  la 
nécessité  de  vendre  une  terre  qui  reste  encore  dans  la  com- 
munauté; c'est  pour  lui  un  prétexte  de  se  présenter  chez  ma- 
dame. On  voit,  dès  cette  première  entrevue,  que  la  réconci- 
liation est  assurée;  le  mari  repentant  et  malheureux,  la  femme 
fatiguée  de  cette  espèce  de  veuvage,  ne  demandent  qu'à  se 
réunir;  l'amour- propre  seul  retient  encore  les  deux  époux;  et 
de  plus,  un  oncle  qui  fait  le  raisonneur,  mais  qui  est  assez  peu 
raisonnable,  défend  formellement  à  sa  nièce  de  se  rappro- 
cher de  son  mari.  Cependant,  comme  il  est  nécessaire  que 
M.  de  Vallière  ait  ce  soir  même  la  réponse  de  sa  femme,  au 
sujet  de  la  vente  en  question  ,  elle  lui  assigne  un  rendez-vous  à 
sa  maison  de  campagne  de  Saint-Mandé,  où  elle  donne  une 
fête  ,  et  où  il  sera  mystérieusement  introduit  par  la  petite  porte 
du  parc.  Mais ,  tandis  qu'il  attend  sa  femme  près  d'un  pavillon 
isolé,  il  est  rencontré  par  le  jeune  comte  Balcoff,  attaché  à  la 
légation  russe,  et  l'un  des  adorateurs  les  plus  empressés  de 
madame  de  Vallière;  l'air  mystérieux  de  l'homme  qu'il  ren- 
contre, son  costume  négligé,  donnent  des  soupçons  à  Balcoff; 
et,  dans  l'explication  qu'il  demande,  il  parle  assez  légèrement 
de  madame  de  Vallière.  On  devine  qu'un  duel  est  le  résultat  de 
cette  entrevue.  Le  jeune  Russe  est  blessé;  l'affaire  s'ébruite; 
madame  de  Vallière  désespérée  a  une  nouvelle  entrevue  avec 
son  mari,  et  lui  pardonne;  le  petit  Cosaque  vient  faire  ses 
excuses  et  prendre  congé,  attendu  que  l'oncle  de  madame, 
ami  de  l'ambassadeui5 ,  s'est  employé  pour  le  faire  renvoyer  en 
Russie.  Cet  oncle  pardonne;  c'est  le  dénouement  que  tout  le 
monde  avait  prévu.  Nous  n'avons  point  parlé  d'un  notaire, 
personnage  assez  bien  jeté  dans  l'action,  et  dont  le  rôle  serait 
comique  et  vrai,  s'il  ne  se  plaignait  trop  souvent  et  trop  pu- 
bliquement de  la  bêtise  et  des  gaucheries  de  sa  femme,  laquelle 
est  en  effet  un  personnage  ass>ez  ridicule.  La  fatuité  i\u  jeune 
Russe  n'est  pas  mal  peinte,  et  le  rôle  de  madame  de  Vallière, 
tracé  avec  talent,  a  été  admirablement  joue  par  mademoiselle 


p. vins. 
Mars;  il  est  impossible  de  montrer  une  finesse  plus  ingénieuse  i 
une  grâce  pins  exquise,  une  expression  plus  piquante.  Mais 
la  perfection  de  l'actrice  aa  pu  couvrir  les  inconvenances  et 
surtout  le  peu  d'intérèl  delà  pièce.  Le  premier  acte,  rempli  de 
détails  agréables  el  spirituels,  ne  promettait  rien  cependant 
pour  les  autres,   et,  malheureusement  pour,  les  spectateurs, 

l'auteur  leur  a  tenu  parole.  La  pièce,  mal  aeeueillie  le  premier 
jour,  a  mieux,  réussi  les  jours  suivans ,  grâce  à  de  larges 
coupures. 

—  Tiikvtiik  DE  i/Odéon,  —  Première  représentation  de 
Y  Important,  comédie  en  trois  actes  et  en  vers;  par  M.  Ancelot. 
(Mardi  /»  décembre). —  Nous  sommes  chez  M.  Dupré,  bon  bour- 
geois de  Chàlons-sur-Saône.  Ce  Dupré  a  pour  neveu  un  jeune 
bomme  appelé  Frédéric,  lequel  est  lié  avec  Sénarmont,  autre 
jeune  homme  qui ,  pendant  son  séjour  à  Chàlons,  a  été  accueilli 
avec  bonté  chez  Dupré.  Si  l'on  en  croit  Sénarmont  sur  parole, 
c'est  un  homme  de  haute  importance;  il  a  les  plus  belles  con- 
naissances, il  est  ami  des  ministres,  il  est  même  fort  bien  à 
la  cour.  Il  promet  un  emploi  à  Frédéric;  et  bientôt  celui-ci  est 
nommé  inspecteur  des  domaines.  Il  est  évident  que  cette  faveur 
ne  peut  venir  que  de  Sénarmont ,  qui  est  en  ce  moment  à  Paris. 
Cependant  le  ministre  parle  dans  sa  lettre  d'une  recomman- 
dation d'un  duc  de  Séréville;  et  cette  protection,  on  la  doit  sans 
doute  encore  à  Sénarmont,  car  personne  ne  connaît  ce  duc 
chez  Dupré. 

De  retour  à  Châlons,  Sénarmont  est  accablé  de  prévenances 
et  de 'caresses;  chacun  l'invite  et  le  recherche,  le  bruit  de  son 
crédit  met  toute  la  ville  en  mouvement;  Frédéric  surtout  le 
remercie  et  de  l'emploi  et  de  la  protection  du  duc  de  Séréville, 
qu'il  lui  a  procurés.  Sénarmont  parle  en  effet  du  duc  comme 
d'un  ami  particulier  dont  il  obtient  tout  ce  qu'il  veut.  Or,  le 
duc,  qu'il  ne  connaît  pas,  l'écoute,  et  va  bientôt  confondre 
tant  d'impudence.  Il  y  a  depuis  quelques  jours  chez  Dupré  un 
étranger  qu'il  a  connu  à  Reims  et  avec  lequel  il  s'est  lié  ;  cet 
ami,  qu'on  appelle  Gf an  ville,  est  un  bon  homme,  personnage 
sans  façon  et  qui  ne  fait  aucun  étalage.  Cet  étranger  n'est  autre 
que  le  duc  de  Séréville  ,  qui  parcourt  la  France  avec  la  mission 
secrète  de  s'enquérir  des  besoins  et  des  plaintes  du  peuple  , 
ainsi  que  des  vexations  de  l'administration.  Le  duc,  qui  veut 
punir  Y  Impôt  tant ,  fait  annoncer,  dans  le  journal  de  Chàlons,  la 
disgrâce  du  duc  de  Séréville.  Accusé  d'un  complot  contre  le 
gouvernement,  il  s'est  enfui  ,  et  l'ordre  est  donné  de  l'arrêter, 
ainsi  que  tous'  ceux  qui  auraient  avec  lui  quelque  relation 
intime.  Dupe  de  cette  fausse   nouvelle,  un  M.  Doublet.,  sous- 


3oo  FRANCE. 

préfet  par  intérim,  et  qui  espère  arriver  à  une  préfecture  en 
s'attachant  à  tous  les  partis  qui  triomphent,  saisit  avec  empres- 
sement l'occasion  favorable  d'une  conspiration  pour  montrer 
son  zèle,  et  il  fait  arrêter  Sénarmont,  suspect  d'intimité  avec 
ie  prétendu  conspirateur.  Sénarmont,  qui  voudrait  bien  main- 
tenant dire  la  vérité,  mais  qui  ne  voudrait  pas  avouer  son 
mensonge,  est  dans  une  situation  fort  embarrassante,  lorsque 
Doublet  reçoit  l'ordre  de  le  mettre  en  liberté,  attendu  que  la 
conspiration  de  Séréville  n'est  qu'un  conte  de  gazette.  Le  duc 
se  fait  alors  connaître,  et  Sénarmont  part  pour  la  Suisse  en 
offrant  aux  amis  qu'il  quitte  sa  protection  auprès  des  cantons. 
Une  autre  mésaventure,  dont  nous  n'avons  pas  parlé,  arrive 
à  Sénarmont;  il  reçoit  un  coup  d'épée  pour  un  article' de  journal 
dont  il  se  vante,  et  qu'il  n'a  point  fait;  cet  article  a  offensé  un 
jeune  médecin,  qui  connaît  mieux  Rossini  que  Broussais ,  et 
qui  paraît  aussi  avoir  plusieurs  manières  de  tuer  son  monde. 
Un  receveur  de  contributions,  une  femme  poëte,  une  petite 
Emma,  qui  n'est  ici  que  pour  épouser  son  cousin  Frédéric, 
sont  les  autres  personnages  de  la  pièce  dont  nous  venons  de 
donner  une  rapide  analyse. 

Il  est  facile  de  voir  qu'en  plaçant  son  Important  sur  un  petit 
terrain  ,  en  le  faisant  agir  dans  un  espace  étroit,  l'auteur  a  ra- 
petissé son  principal  personnage.  Se  vanter  de  connaître  un  duc, 
et  d'avoir  écrit  un  article  de  journal,  ce  sont  là  ,  il  faut  le  dire, 
des  importances  de  province.  L' Important  serait  mieux  carac- 
térisé ,  plus  dramatique  sur  un  plus  grand  théâtre.  Toutefois 
la  comédie  de  M.  Ancelot  est  un  ouvrage  amusant;  des^Stua- 
tions  plaisantes  ,  un  dialogue  spirituel  et  de  fort  jolis  vers  en 
ont  assuré  le  succès;  elle  tiendra  une  place  honorable  dans  le 
répertoire  de  l'Odéon. 

—  Théâtre' anglais.  —  Le  Marchand  de  Venise,  comédie  en 
cinq  actes  de  Shakspearc.  (Mercredi  s3  janvier.)  — Le  théâtre 
anglais  a  perdu  un  peu  de  cette  première  vogue  qu'il  devait 
chez  nous  à  la  nouveauté;  mais  il  est  toujours  suivi  par  un 
grand  nombre  d'amateurs  qui  saisissent  avec  empressement 
cette  occasion  de  se  familiariser  avec  une  langue  et  une  littéra- 
ture étrangères,  de  jouir  d'un  spectacle  toujours  original  pour 
nous,  et  d'applaudir  trois  ou  quatre  acteurs  dout  le  talent  fait 
oublier  la  médiocrité  des  autres.  Le  Marchand  de  f  en/se  est 
assurément  une  des  compositions  les  plus  dramatiques  de  Shaks- 
peare.  Nous  n'essaierons  pas  d'en  tracer  ici  une  analyse  qui 
serait  fort  longue,  si  nous  voulions  suivre  le  fd  de  ileux  in- 
trigues assez  romanesques,  et  retracer  ces  nombreux  caractères 
dont  la  variété  est  un  des  signes  ordinaires  de  la  fécondité  de 


PARIS.  ioi 

Shtkspeare.  Nous  distinguerons  seulement  celui  du  Juif  Shy- 
lock  ,  le  héros  de  ce  drame.  C'est  une  création,  forte  et  poétique, 
où  le  génie  de  Shakspeare  s'est  empreint  tout  entier.  Ce  Juif, 

abreuvé  idu  mépris  des  chrétiens  qui  lui  empruntent  son  ar- 
gent, en  lui  crachant  sur  la  barbe  et  en  le  chargeant  de  malé- 
dictions, semble  être  le  représentant  de  la  haine  de  sa  nation 
contre  les  oppresseurs  dont  elle  est  victime;  il  déteste -jusqu'aux 
vertus  qu'il  n'a  pas  et  qu'il  rencontre  dans  l'ennemi  sous  lequel 
il  est  obligé  de  se  courber.  «  Je  le  hais,  parce  qu'il  est  chré- 
tien, dit-il,  en  parlant  de  celui  qui  devient  son  débiteur  pour 
rendre  service  à  un  ami;  mais  je  le  hais  bien  davantage  parce  qu'il 
a  l'ignoble  simplicité  de  prêter  de  l'argent  gratis,  et  qu'il  fait 
baisser  le  taux  auquel  nous  prêtons  à  Venise. Si  je  puis  une  fois 
prendre  ma  belle  sur  lui,  j'assouvirai  a  plaisir  la  vieille  aversion 
que  je  lui  porte.  Il  hait  notre  sainte  nation;  et  jusque  dansles 
lieux  où  les  marcliandsse  réunissent,  il  insulte  moi,  mes  marchés 
et  mes  profits  légitimes,  qu'il  appelle  intérêts.  Maudite  soit  ma 
tribu  si  je  lui  pardonne  !»  Lorsque  ce  caractère  a  été  ainsi  exposé 
par  le  poëte,  on  est  préparé  avoir  le  Juif  proposer  en  riant  cet 
abominable  arrangement  en  vertu  duquel  il  sera  maître  de  cou- 
per une  livre  de  la  chair  du  chrétien  si  la  dette  n'est  pas  payée  à 
une  certaine  époque;  à  le  voir,  armé  d'un  couteau,  demander  au 
tribunal  du  doge  l'exécution  de  cette  clause  homicide.  Cette  der- 
nière situation  est  développée  dans  la  pièce  anglaise  avec  un 
admirable  talent;  le  poète  fait  naître  l'émotion,  il  l'accroît,  il 
la  suspend,  il  la  porte  à  son  comble  avec  une  puissance  de 
génie  dont  il  n'a  peut-être  donné  aucune  preuve  plus  éton- 
nante. Des  tableaux  gracieux  produisent  un  heureux  contraste 
avec  cette  situation  principale;  et  malgré  quelques  invraisem- 
blances assez  grossières,  malgré  des  bouffonneries  qui  peuvent 
amuser  les  Anglais,  mais  que  nous  ne  saurions  goûter  ici,  l'en- 
semble de  cet  ouvrage  présente  beaucoup  d'intérêt,  et  l'on 
connaîtrait  mal  Shakspeare  si  l'on  n'avait  vu  et  étudié  le  Mar- 
chand de  Venise.  Mlle  Smithson  ne  trouvait  point  dans  ce  rôle 
les  grands  effets  que  lui  ont  offerts  la  plupart  des  drames  dans 
lesquels  elle  a  paru  chez  nous  ;  mais  elle  a  joué  cependant 
le  personnage  dePortia  en  comédienne  habile;  Abbott  a  rendu 
avec  une  amertume  bien  sentie  l'ironie  d'un  rôle  de  quelques 
lignes;  et  Terry ,  qui  jouait  le  personnage  de  Shylock,  a  dé- 
ployé une  grande  intelligence;  son  organe  favorable  a  la  scène 
et  sa  physionomie  mobile  produisent  de  l'effet;  et,  quoique  le 
rôle  de  Shylock  ne  soit  point  de  l'emploi  qu'il  joue,  dit  -  on  ,  à 
Londres,  i!  l'a  rempli  avec  distinction.  M.  A. 


Sua  FRANCE. 

I>f.aux-arts.  — Expositiondes  tableaux  en  1827.  Second  article 
Voy.T.  XXXVI,  p.  5 26)  — Le  ministère  de  la  Maison  du  Roi  a 
fait  l'acquisition  de  plusieurs  collections  de  monumens  grecs  et 
égyptiens;  on  y  a  réuni  tout  ce  que  la  couronne  possédait  d'ob- 
jets de  même  nature,  ainsi  que àvsfigulines rustiques  de  Bernard 
Palissy  et  des  émaux  de  Limoges;  il  fallait  ensuite  loger  toutes 
ces  richesses;  on  leur  a  consacré  neuf  à  dix  salles  du  Louvre  : 
leîle  est  l'origine  du  Musée  Charles  X,  que  les  principaux  artistes 
de  notre  école  ont  été  appelés  à  décorer. 

On  a  pensé,  aussi,  à  mettre  le  Conseil  d'État  dans  le  même  pa- 
lais, et  les  salles  qui  lui  sont  destinées  ont  été  également  enri- 
chies de  peintures. 

En  France,  on  est  pressé  de  jouir  :  on  a  donc  voulu  que  le 
public  pût  avoir  sous  les  yeux,  tout  à  la  fois,  non-seulement 
l'exposition  ordinaire  qui,  déjà,  devait  être  fort  nombreuse, 
puisqu'elle  avait  été  reculée  d'une  année;  mais  encore  tous  les 
travaux  exécutés  dans  le  Musée  Charles  X  et  les  salles  du  Con- 
seil d'État.  Les  artistes  n'ont  pas  lout-à-fail  répondu  à  ce  désir  : 
Le  Musée  des  antiquités  égyptiennes ,  grecques  et  françaises  n'a 
été  ouvert  que  dans  le  cours  du  mois  de  décembre,  et  les  salles 
du  Conseil  d' E  tat  n'ont  été  offertes  auxregards  du  public  qu'au 
commencement  de  janvier.  A  cetle  même  époque  a  eu  lieu 
l'exposition  des  produits  des  manufactures  royales;  jamais 
Paris  n'avait  vu  une  solennité  de  cette  nature;  il  semblait  que 
ce  fut  la  fête  des  arts. 

Je  crois,  au  reste  ,  que  l'empressement  que  l'on  a  mis  à  ter- 
miner un  aussi  grand  nombre  d'objets,  pour  une  époque  fixée  , 
n'e>t  pas  sans  inconvénient  :  le  talent  ne  souffre  la  gène  qu'a- 
vec une  impatience  dont  ses  travaux  se  ressentent;  or,  c'est  une 
gêne,  et  une  gène  très-grande  pour  un  artiste,  d'être  obligé 
de  faire  un  tableau  dans  un  délai  déterminé  et  assez  court.  Enfin, 
jouissons  des  choses  telles  qu'elles  sont. 

Lorque  le  Musée  Charles  X  a  été  ouvert,  le  public  s'y  est 
porté  avec  empressement.  Un  double  intérêt  l'y  attirait  :  celui 
qui  s'attache  à  tous  les  objets  précieux  qui  y  sont  renfermés, 
et  celui  qu'inspirent  les  hommes  de  talent  qui  ont  été  appelés 
à  le  décorer. 

Pour  donner  une  juste  idée  du  nombre,  de  l'importance  et 
de  la  variété  des  antiquités  de  toute  nature  qu'on  y  a  réunies  , 
il  faudrait  non-seulement  faire  une  longue  énumération,  mais 
encore  établir  des  rapprochemens  qui  se  présentent  continuel- 
lement à  l'esprit;  enfin,  entrer  dans  un  examen  minutieux 
quoique  plein  d'intérêt.  J'ai  abandonne    ce  soin  à  une  plume 


PARIS.  3<>1 

plus  habile  que  la  mienne ,  et  je  me  bornerai  à  rendre  compta 

des  peintures  modernes  qui  sont  là  comme  une  sorte  d'hommage 
rendu  au  génie  de  l'antiquité  (i). 

En  général  ou  a  représenté  dans  les  plafonds  des  sujets 
allégoriques;  c'est,  sans  doute, un  programmejqui  a  été  donné  aux 
artistes  qui  ont  été  chargés  de  les  exécuter;  dès  lors,  l'observa- 
lion  que  je  vais  faire  ace  sujet  s'adresse,  non  aux  peintres, 
mais  à  ceux  qui  ont  donné  le  programme  qu'ils  ont  suivi. 

A  mon  avis,  rien  n'est  plus  froid  que  l'allégorie.  L'exécution 
peut  être  digne  d'éloge;  mais,  en  peinture  comme  en  littérature, 
les  sujets  qui  excitent  l'enthousiasme  ne  sont  pas  ceux  qui  s'a- 
dressent à  l'esprit  :  ce  sont  ceux  qui  saisissent  l'ame;  or,  l'aine 
ne  peut  être  émue  que  par  les  sujets  où  les  passions  sont  en 
action. 

Dans  le  tableau  dont  M.  Gros  a  orné  le  plafond  de  la  salle 
d'entrée,  on  voit  le  Roi  donnant  aux  arts  le  Musée  Charles  X. 
Il  est  facile  de  comprendre  quelles  sont  les  ressources  qu'un 
semblable  sujet  peut  offrir  à  un  peintre.  Le  roi ,  vêtu  de  ses  ha- 
bits royaux,  la  tète  ornée  de  la  couronne,  montre  à  des  figures 
allégoriques  ,  qui  représentent  les  arts  et  les  lettres,  un  temple 
sur  le  frontispice  duquel  est  écrit  :  Musée  Charles  X.  Près  de 
lui  sont  l'abondance  et  la  paix,  pour  indiquer  que  les  arts  et  les 
lettres  ne  peuvent  prospérer  que  sous  l'influence  de  ces  deux 
divinités.  M.  Gros,  voulant  enrichir  cette  scène,  y  a  ajouté  les 
ligures  accessoires  que  le  sujet  comportait,  entr'autres  les  nym- 
phes de  la  Seine,  de  l'Ourcq,  et  même  de  la  petite  rivière  des 
Gobelins,  à  laquelle  le  peintre  n'a  probablement  fait  cet  hon- 
neur que  parce  qu'elle  traverse  l'établissement  dont  elle  porte 
le  nom  à  Paris.  Sous  le  portique  du  musée  sont  réunis  des  sa- 
vans  et  des  artistes. 

Quelque  habileté  que  le  peintre  mette  dans  la  disposition  de 
ses  personnages,  ce  sera  toujours  un  sujet  froid  qui  ne  peut  être 
relevé  que  par  le  mérite  de  l'exécution.  Ce  tableau  n'étant  pas 
achevé,  on  ne  peut  rien  dire  à  cet  égard,  si  ce  n'est  qu'avec 
M.  Gros  on  peut  justement  espérer. 

Je  ne  sais  si  je  me  trompe,  mais  il  me  semble  qu'il  aurait  été 


(i)  Le  cahier  de  décembre  dernier (  t.  xxxvi ,  p.  827  )  contient  un 
article  dans  lequel  on  a  déjà  parlé  des  richesses  que  contient  le  Musée  des 
antiquités  égyptiennes.  Le  rédacteur  de  cet  article  a  dit  quelques  mots 
des  peintures  qui  ornent  ce  Musée;  mais  il  appartenait  à  celui  de  nos 
collaborateurs  qui  est  chargé  de  rendre  compte  de  l'exposition,  d'en 
faire  un  examen  plus  étendu.  Ar.  du  R. 


3o/,  FRANCE. 

bien  vu  de  placer  la  scène  que  cet  artiste  a  représentée,,  dans  le 
L ouvre  même  où  se  trouve  le  Musée  Charles  X,  par  exemple, 
sut  le  pallier  d'un  des  magnifiques  escaliers  dus  à  MM.  Percier 
et  Fontaine.  Non-seulement  le  lieu  aurait  été  d'une  grande 
richesse  architecturale,  mais  encore  c'eût  été  un  hommage  au 
talent  de  ces  deux  habiles  architectes. 

Dans  la  seconde  salle,  M.  H.  Verinet  nous  montre  Jules  II 
ordonnant  les  travaux  du  Vatican  et  de  Saint-Pierre,  au  Bra- 
mante ,  h  Michel- Ange  et  h  Raphaël.  Yoilà  de  l'histoire,  et  per- 
sonne ne  sera  tenté  d'en  faire  un  reproche  à  M.  Vernet.  Cet  ar- 
tiste a  une  liberté  de  pinceau  qui  donne  à  ses  productions  un 
charme  tout  particulier;  on  est  sûr  d'y  rencontrer  de  l'habileté  , 
du  feu;  mais,  on  n'y  trouve  pas  au  même  degré  cette  pureté  de 
contours,  cette  correction  de  dessin  qui  donnent  à  un  tableau 
un  rang  classique;  quelques  parties  offrent  de  la  dureté;  ce- 
pendant, dans  son  ensemble,  ce  plafond  où  règne  une  grande 
puissance  d'effet,  me  paraît  un  des  meilleurs  ouvrages  qui  soient 
sortis  des  mains  de  ce  peintre. 

L'Egypte  sauvée  par  Joseph  :  tel  est  le  sujet  que  M.  Abcl  de 
Pujol  a  exécuté  dans  la  troisième  salle.  Voici  comme  il  Ta  conçu. 
Le  Sirius  dessèche  le  Nil  par  ses  feux;  des  vapeurs  qui  s'en 
exhalent  sortent  sept  spectres  décharnés  qui  s'élancent  sur 
l'Egypte  personnitiée;  celle-ci  se  réfugie  dans  les  bras  de  Jo- 
seph, et  le  fils  de  Jacob  la  couvre  de  son  sceptre  protecteur. 
Dans  le  fond  du  tableau,  Pharaon,  assis  sur  un  trône  placé 
sous  le  portique  de  son  palais ,  admire  dans  Joseph  le  génie  li- 
bérateur de  l'Egypte. 

La  peinture  ne  peut  mettre  sous  les  yeux  du  spectateur  qu'une 
action  instantanée.  Voilà  l'Egypte  dans  les  bras  de  Joseph;  mais, 
comment  le  peintre  peut-il,  matériellement,  rappeler  les  actes 
de  prévoyance  par  lesquels  il  l'a  sauvée  de  la  famine  ?  Si  cela 
était  possible,  cela  n'a  pas  été  fait.  Le  livret  a  beau  dire  que 
Pharaon  admire  dans  Joseph  un  génie  libérateur;  on  ne  voir 
rien  qui  justifie  cette  assertion.  C'est  l'histoire  et  non  le  ta- 
bleau qui  le  dit.  Je  le  répète  :  les  allégories  sont  en  général 
froides ,  parce  que  rarement  le  sujet  est  expliqué  d'une  manière 
complète;  or,  dans  toute  production  de  l'esprit,  il  faut  que  le 
spectateur,  le  lecteur  ou  l'auditeur  sache  immédiatement  de 
quoi  on  veut  lui  parler.  C'est  ce  que  Boileau  a  si  bien  exprimé 
dans  ce  vers  : 

«  Le  sujet  n'est  jamais  assez  tôt  expliqué.  » 

Sous  le  rapport  de  l'exécution,  ce  tableau  n'est  pas  entière- 
ment satisfaisant;  l'harmonie  générale  ne  m'en  a  point  paru 


PARIS-  3of> 

heureuse,  la  figure  de  Joseph  est,  sans  contredit ,  la  plus  belle; 
elle  est  bien  peinte  et  d'une  couleur  assez  puissante. 
M.  Picot  avait  également  à  peindre  le  plafond  d'une  salle  ou 

sont  exposées  des  antiquités  egyptieunes;  il  a  donc  fait  aussi 
un  tableau  allégorique  dont  l'Egypte  est  le  sujet:  l'htude et  le. 
Génie  dévoilant  l'Egypte  à  la  Grèce, 

Il  y  a,  si  je  puis  inVxprinicr  ainsi ,  dans  le  matériel  même  de 
cette  composition,  quelque  chose  qui  aide  à  en  faire  saisir  la 
pensée.  Deux  figures  qui  représentent  le  génie  et  l'étude,  enlè- 
vent effectivement  un  voile  qui  couvrait  une  jeune  femme, 
dont  le  caractère  et  les  attributs  indiquent  clairement  l'Egypte; 
au  reste  ,  ce  voile  ne  cachait  pas  seulement  la  figure  de 
femme,  mais  encore  tous  les  attributs  qui  l'entourent,  tels 
qu'un  sphinx,  un  crocodile,  des  débris  de  monumens,  etc. 
Ainsi  c'est  la  contrée  elle-même  qui  était  tout  entière  couverte 
d'un  voile.  Que  le  personnage  qui  la  considère  avec  un  mé- 
lange de  respect  et  de  satisfaction  soit  la  Grèce,  c'est  ce  qui 
n'est  pas  aussi  clairement  exprimé.  On  pourrait  dire  encore  que 
l'espace  est  un  peu  vide;  mais  le  ton  général  est  harmonieux  , 
il  y  a  de  l'habileté  dans  l'exécution  ;  la  figure  de  l'Egypte  est 
gracieuse,  bien  ajustée:  c'est  donc,  à  beaucoup  d'égards,  un 
bon  tableau. 

Les  peintures  de  la  cinquième  salle,  qui  forme  le  milieu, 
celle  où  Henri  IV  fut  exposé  après  sa  mort ,  ont  été  confiées  à 
M.  Gros.  Celte  salle  est  soutenue  par  des  colonnes  qui  la  di- 
visent en  trois  parties.  Dans  le  plafond  du  milieu,  on  voit  la 
r>éritable  Gloire  s' appuyant  sur  la  Vertu  ;  à  gauche,  Mars, 
couronné  par  la  Victoire  ,  écoutant  la  Modération  ,  arrête  ses 
coursiers  et  baisse  ses  javelots  :  on  aperçoit  au  loin  les  colonnes 
d'Hercule  ;  à  droite,  le  Teins  élève  la  Vérité  vers  les  marches 
du  trône  ;  la  Sagesse  l'y  reçoit  sous  son  égide;  un  génie  nais- 
sant l'écoute  ;  les  armures  royales  sont  à  ses  pieds. 

Avant  d'exprimer  mon  opinion  sur  ces  productions,  que  l'on 
me  permette  de  faire  une  réflexion  qui  s'applique  plus  ou 
moins  à  tous  les  plafonds  du  Musée  Charles  X. 

Ce  qui  me  semble  le  plus  raisonnable,  c'est  de  décorer  les 
plafonds  d'une  manière  architecturale,  ou,  tout  au  moins,  que 
la  peinture  ne  soit  employée  que  comme  accessoire.  Si,  cepen- 
dant, on  veut  les  couvrir  de  peinture,  il  faut,  ce  me  semble, 
supposer  une  voûte  ouverte  où  l'œil ,  en  s'élevant  vers  le  ciel, 
embrasse  tout  ce  qui  s'y  passe.  Alors,  le  peintre  pourra  nous 
montrer,  selon  la  destination  du  monument,  Jupiter  foudroyant 
les  Titans,  Borée  enlevant  Eurydice;  ou,  l'assomptiou  de  la 
t.  xxxvii. — Janvier  1828.  20 


3o6  FRANCE. 

vierge,  Tascension  de  J.-C. ,  etc.  Dans  cette  hypothèse,  les  fi- 
gures, vues  de  bas  en  haut,  doivent  offrir  beaucoup  de  rac- 
courcis; mais  l'œil  embrasse  facilement  l'ensemble  du  sujet 
représenté.  Si,  au  contraire,  le  plafond  est  peint  comme  un 
tableau,  il  en  résulte  nécessairement  plusieurs  inconvéniens. 
D'abord,  c'est  une  invraisemblance  sans  profit,  comme  sans 
motif,  de  placer  des  figures  horizontalement  au-dessus  de  la 
tète  du  spectateur.  Ensuite,  le  peintre  met  ordinairement  son 
point  de  vue  à  la  hauteur  de  l'oeil;  or,  si  le  spectateur  s'en 
écarte,  il  ne  voit  plus  les  objets  tels  que  le  peintre  les  a  ré- 
présentés. C'est  ce  qui  m'est  arrivé  avec  les  trois  plafonds  que 
je  viens  de  désigner;  je  m'étais  placé  près  des  fenêtres  pour 
les  considérer,  et  de  là  les  figures  me  paraissaient  courtes  et 
grosses  :  j'étais  hors  du  point  de  vue;  ce  n'est  que  lorsque  j'ai 
été  perpendiculairement  au-dessous  des  tableaux ,  que  j'ai  pu 
en  saisir  l'ensemble  et  les  détails.  Je  le  répète,  je  ne  crois  pas 
qu'il  soit  bien  vu  d'employer  la  peinture  pour  décorer  les  pla- 
fonds; il  en  coûte  une  fatigue  extrême  pour  la  voir,  consé- 
quemment  on  met  de  la  paresse  à  la  regarder.  Je  sais  que  les 
Italiens  ont  suivi  le  système  que  je  combats ,  et  c'est  d'eux  que 
nous  l'avons  emprunté  ;  mais,  les  Italiens  mettent  de  la  peinture 
partout:  nous  n'en  sommes  pas  là;  avant  de  peindre  les  pla- 
fonds, commençons  par  peindre  les  parois  de  nos  monumens. 
Un  Italien  me  disait:  «Lorsque  vous  irez  à  Parme,  si  vous 
voulez  voir  la  belle  coupole  du  Corrège ,  prenez  le  moment 
où  le  public  n'est  pas  encore  dans  l'église  ;  faites  apporter  un 
matelas  ,  couchez-vous  dessus,  et,  alors  vous  la  verrez  à  votre 
aise.»  En  vérité,  c'est  un  étrange  emploi  de  la  peinture  que 
celui  qui  exige  de  pareils  moyens. 

Je  reviens  à  M.  Gros  :  si  les  sujets  qu'il  a  représentés  et  la 
manière  dont  il  les  a  conçus  ne  satisfont  pas  complètement,  il 
faut  s'en  prendre  au  genre  auquel  ils  sont  empruntés  ,  et  qui 
ne  lui  permettait  pas  de  se  livrer  à  toute  la  chaleur  de  son 
imagination.  Dans  le  plafond  où  il  a  montré  Mars  écoutant  la 
Modération,  il  a  peint  ce  dernier  personnage  sous  les  traits  d'une 
femme  qui  présente  un  frein  au  dieu  de  la  guerre.  Si  l'on  vou- 
lait représenter  la  Modération, isolément,  il  semblerait  parfai- 
tement convenable  qu'on  lui  donnât  pour  attributs  un  frein, 
une  règle,  un  sablier,  etc. ;  mais,  ici,  elle  est  en  action  ,  et  je 
ne  sais  trop  si,  en  lui  mettant  dans  la  main  un  frein  qu'elle 
présente  à  Mars,  l'idée  morale  n'est  pas  indiquée  d'une  manière 
trop  matérielle.  Au  reste,  on  retrouve  dans  tous  ces  tableaux  la 
force  d'exécution  et  l'éclat  de  couleur  qui  forment  un  des 
caractères  distinctifs  du  talent  de  M.  Gros;  cette  figure  de  la 


PAULS  J07 

Modération  doiii  je  v ieiis de pai l<'i •,  m'a  paru  charmante,  comme 
pote  «m  ('1)1111111'  expression. 

II,  Peagohard  a  peint  au  plafond  de  la  salle  où  sont  réunis 
les  émaux  de  Limoges  et  de  Bernard  Palissy,  François  Ier, 

accompagné  de  la  reine  de  Navarre  et  entoure  de.  .sa  cou/  % 
recevant  les  tableaux  et  les  statues  apportes  d'Italie  par  le 
Primat  ire. 

C'est  un  tableau  où  il  y  a  du  fracas.  Je  ne  conteste  pas  à 
M.  Fragonard  de  l'habileté  demain,  mais  ce  n'est  pas  assez; 
il  faut  encore  du  goût,  une  scène  bien  disposée;  en  vérité,  je 
ne  trouve  rien  de  tout  de  cela  dans  ce  tableau  où  il  n'existe  pas 
mie  seule  belle  tète,  et  qui  est  noir  dans  toutes  ses  parties, 
qnand  il  fallait,  au  contraire,  à  raison  de  l'usage  auquel  il  était 
destiné,  se  tenir  dans  un  ton  général  clair. 

Les  nymphes  de  Parthénope,  emportant  loin  de  leurs  rivages 
les  pénates,  images  de  leurs  dieux ,  sont  conduites  par  la  déesse 
<les  Beaux- arts  sur  les  bords  de  la  Seine.  Je  ne  vois  pas  bien 
pourquoi  les  nvmphes  de  Parthénope  fuiraient  le  sol  en- 
chanteur qu'elles  habitent.  La  salle  où  M.  Meynier  a  peint 
vc  sujet  contient  des  antiquités  grecques  dont  plusieurs  ont 
été  apportées  d'Herculaniim  et  de  Pompéia;  mais,  l'irruption 
du  Vésuve  qui  a  englouti  ces  villes  a-t-il  forcé  les  arts  d'aban- 
donner Parthénope  ?  Il  ne  me  semble  pas  qu'il  en  soit  ainsi  : 
les  arts  sont  encore  cultivés  àNaples;  le  sol  de  cette  ville  n'est 
pas  désert.  A  vrai  dire,  je  ne  comprends  pas  bien  le  sens  de 
cette  allégorie.  Je  répète,  au  surplus  ,  que  le  reproche  que  je 
fais  au  choix  des  sujets  s'applique  aux  auteurs  du  programme 
que  les  artistes  ont  suivi. 

Dans  l'exécution,  on  reconnaît  un  peintre  qui  cherche  l'élé- 
gance et  la  beauté  des  formes;  mais,  les  productions  de  l'anti- 
quité, qui  sont  et  resteront  le  type  de  la  beauté,  ne  sont  si 
admirables  que  parce  qu'elles  offrent  une  image  fidèle  et  bien 
sentie  de  la  belle  nature;  or,  il  n'y  a  pas  assez  de  nature  dans 
les  figures  de  M.  Meynier;  c'est  ce  que  l'on  appelle  des  formes 
de  convention.  Il  me  semble  aussi  que  le  ton  général  de  ce 
plafond  est  froid.  C'est  une  idée  heureuse  d'avoir  montré  dans 
le  lointain  la  façade  du  Louvre  pour  désigner  tout  à  la  fois 
les  rives  de  la  Seine  et  le  séjour  des  arts;  cette  partie  de  l'allé  - 
gorie  est  parfaitement  bien  exprimée. 

M.  Heim,  qui  a  décoré  la  huitième  salle,  y  a  représenté 
le  Vésuve  recevant  de  Jupiter  le  feu  qui  doit  consumer  les  villes 
d'Ih-rculanum  ,  de  Pompéia  et  de  Stabia.  Ces  villes  implorent 
Jupiter ,  et  Minerve  intercède  pour  elles  ,  tandis  qa'Éole  tient  les 
lents  e/c  haines  et  attend  l'ordre  du  souverain  des  dieux. 

20. 


3oH  FRANCE. 

Cette  dernière  partie  du  tableau  est  la  plus  faible,  niais  les 
figures  des  trois  villes  sont  bien  agencées.  C'est  en  vain  qu'elles 
supplient  Jupiter;  le  fils  de  Saturne  ouvré  la  main  et  donne  au 
Vésuve  la  foudre  qui  doit  les  détruire;  mais,  l'expression  de 
regret",  de  tristesse  que  le  peintre  lui  adonnée,  indique  qu'il 
obéit  au  destin.  Le  ton  général  de  ce  tableau  est  fort,  vigou- 
reux, et,  dans  son  ensemble,  c'est  un  ouvrage  qui  fait  honneur 
à  M.  Heim. 

La  dernière  salle ,  celle  qui  forme  l'entrée  du  Musée  Char- 
les X,  du  côté  du  salon  des  sept  cheminées,  a  été  décorée  par 
M.  Ingres.  Homère  couronné ,  comme  Jupiter ,  par  In  Victoire , 
reçoit  3  sur  le  seuil  de  son  temple ,  f  hommage  des  grands  /tommes 
reconnaissans  :  tel  est  le  sujet  de  son  tableau. 

Ce  sujet  a  déjà  été  traité  par  un  sculpteur  de  l'antiquité. 
Archelaùs  de  Priène,  ville  d'Ionie,  a  représenté  l'apothéose 
d'Homère  dans  un  bas-relief  dont  le  père  Kircher  a  donné  une 
description,  et  qui  est  gravé  dans  le  recueil  connu  sous  le  nom 
d'Jdmiranda.  Dans  le  bas-relief,  le  prince  des  poètes  est  cou- 
ronné par  le  Tems.  Cybèlc ,  ou  la  terre ,  placée  derrière  lui , 
porte  les  œuvres  d'Homère.  Celui  -  ci  les  tient  également  dans 
une  main  ;  dans  l'autre  est  un  sceptre.  Deux  vierges,  placées 
aux  côtés  duMéonide,  et  à  demi-prosternées,  tiennent,  l'une 
l'épée  d'Achille,  l'autre  cette  partie  de  l'agrès  d'un  bâtiment 
que  les  Romains  nommaient  aplustre.  Le  surplus  de  la  compo- 
sition exigerait  une  longue  description  et  n'offre,  d'ailleurs, 
aucun  point  de  comparaison  avec  le  tableau  de  M.  Ingres. 

Dans  ce  tableau,  Homère  est  assis  sur  un  trône,  la  Victoire 
le  couronne;  deux  figures,  assises  à  ses  pieds,  représentent 
également  Y  Iliade  et  Y  Odyssée.  L'expression  ,  l'attitude,  les  at- 
tributs de  ces  deux  figures  sont  parfaitement  d'accord  avec  le 
caractère  des  poèmes  qu'elles  rappellent  ;  l'une  a  quelque  chose 
de  belliqueux,  ou,  pour  mieux  dire,  elle  exprime  la  colère  dé- 
daigneuse d'Achille  ;  l'autre  est  mélancolique  et  soucieuse  :  c'est 
l'ouvrage  de  la  vieillesse,  ce  sont  de  longues  traverses  ,  de 
longues  infortunes  que  le  poète  raconte.  En  considérant  la  ma- 
nière dont  ces  deux  figures  sont  composées  et  ajustées,  on  re- 
connaît un  peintre  qui  joint  à  un  sentiment  profond  de  l'an- 
tique, une  étude  attentive  de  Raphaël  et  de  Michel-Ange ,  et 
qui  sait  cependant  conserver  son  individualité. 

En  traitant  le  même  sujet  que  le  statuaire  grec,  M.  Ingres 
n'a  conservé  de  la  composition  d'Archelaiis  que  les  deux  figures 
allégoriques  de  l'Iliade  et  de  l'Odyssée,  et  seulement  comme 
pensée ,  car  celles  du  tableau  diffèrent  totalement  du  bas-relief, 
par  la  pose,  le  caractère  et  l'agencement  des  draperies;  THo- 


PARIS.  3o;) 

lucre  ,  \  il  de  profil  ,  dans  le  bas-relief,  fait  face  an  spectateur 
dans  le  tableau,  .le  ne  sais  si  la  crainte  de  faire  des  emprunts  n'a 

pas  entraîné  IM.  Engres  trop  loin;  en  effel  ,  :l  me  semble  plus 
juste  de  faire  couronner  Homère  par  le  Tems  que  parla  Vic- 
toire. Les  moyens  de  la  peinture  et  de  la  sculpture  sont  si  dif- 
férons que  M.  Ingres  pouvait  conserver,  sans  crainte  ,  la  même 
pensée,  et  je  ne  doute  pas  qu'il  ne  l'eut  Ires-bien  exprimée. 
(Test,  au  reste,  une  réflexion  que  je  hasarde. 

Tout  le  reste  de  la  scène  n'a  aucune  espèce  de  relation  avec 
le  bas-relief  grec.  C'est  une  grande  et  belle  idée  que  d'avoir 
l'ait  assister  les  hommes  de  génie  de  tous  les  siècles  à  l'apo- 
théose d'Homère.  On  comprendra  facilement  que,  pour  repré- 
senter ces  personnages  ,  M.  Ingres  s'est  servi  des  meilleurs 
portraits  connus  ;  mais  il  n'est  pas  donné  à  tout  le  monde  d'em- 
ployer ainsi  des  matériaux  existans.  Quelle  belle  tête,  par 
exemple,,  que  celle  du  Poussin  !  On  sent  que  le  peintre  l'a  faite 
avec  amour.  On  peut  en  dire  autant  de  Virgile,  et  de  Raphaël 
qu'Apellc  prend  par  la  main  pour  l'amener  auprès  d'Homère; 
idée  heureuse  dont  tout  le  monde  a  senti  le  charme.  C'est  aussi 
une  idée  heureuse  que  d'avoir  disposé  la  scène  de  manière  à 
ce  que  les  personnages  de  l'antiquité  sont  vus  en  entier,  tandis 
que  les  modernes,  placés  sur  les  gradins  inférieurs  du  temple, 
ne  sont  vus  qu'à  mi-corps.  Par  ce  moyen,  le  peintre  a  exprimé 
une  idée  morale,  savoir,  que  nous  leur  sommes  inférieurs,  ce 
qui  est  certainement  vrai,  à  beaucoup  d'égards;  et  il  a  évité 
de  donner  trop  d'importance  à  nos  misérables  costumes. 

Je  crois  que  ce  tableau  n'a  pas  assez  de  ressort.  La  figure 
d'Homère,  en  particulier,  ne  me  paraît  pas  assez  montée  de  ton  ; 
mais  cet  ouvrage  a  été  arraché  à  M.  Ingres  avant  qu'il  fût 
entièrement  terminé;  il  faut  donc  attendre  qu'il  soit  achevé 
pour  en  juger  définitivement  l'effet. 

Tel  est  l'ensemble  des  travaux  exécutés  dans  le  Musée 
Charles  X;  les  salles  destinées  au  Conseil  d'état  ont  été  égale- 
ment décorées  par  nos  premiers  artistes.  Les  peintures  dont  les 
plafonds  et  les  panneaux  ont  été  ornés  offrent  un  mélange  de 
sujets  allégoriques  et  de  sujets  historiques;  ces  derniers  sont, 
en  général,  empruntés  à  l'histoire  de  France,  ce  qui  est  par- 
faitement convenable  pour  le  lieu  auquel  ils  étaient  destinés. 

Dans  le  nombre  des  tableaux  qui  représentent  des  faits  re- 
latifs à  notre  histoire,  le  plus  important,  sans  contredit,  est 
celui  dont  l'exécution  a  été  confiée  à  M.  H.  Vernet  :  Vliilippe- 
Juguste  avant  la  bataille  de  Bouvincs. 

Ferrand,  comte  de  Flandre,  avait  entraîné  dans  sa  révolte 
contre  Philippe- Auguste,  beaucoup  de  païens,  d'alliés  et  de 


3io  FRANCE. 

sujets  du  roi.  Leur  année  était  considérable;  Philippe  ri 'avait 
à  leur  opposer  qu'une  cinquantaine  de  mille  hommes  ;  il  crai- 
gnait même  des  défections  dans  son  parti.  Avant  la  bataille,  il 
prit  une  de  ces  résolutions  qui  ne  peuvent  être  inspirées  que 
par  des  sentimens  magnanimes,  et  qui  lui  réussit  complète- 
ment. Il  déposa  sa  couronne  en  présence  de  toute  son  armée, 
et  s'écria:  «S'il  en  est  un  parmi  vous  qui  soit  plus  capable  que 
moi  de  porter  ce  diadème,  qu'il  se  présente!  je  jure  de  lui 
obéir.  Si ,  au  contraire,  vous  pensez  que  j'en  sois  le  plus  digne, 
jurçz,  à  la  face  du  eiel,  de  le  défendre;  de  combattre  pour 
votre  roi,  pour  votre  patrie;  jurez  de  vaincre  ou  de  mourir.» 
Tons  jurèrent,  et  la  bataille  de  Bouvines  sauva  la  France  du 
démembrement  dont  elle  était  menacée. 

Le  tableau  de  M.  H.  Vernet  donne-t-il  une  idée  juste  de  cette 
action?  Je  ne  le  pense  pas.  Le  roi  est  debout  près  d'un  autel 
élevé  sous  un  arbre;  il  vient  de  déposer  sa  couronne,  il  parie 
aux  chefs  réunis  devant  lui;  mais  ces  chefs  ne  sont,  pas  assez 
pressés,  assez  nombreux;  la  scène  n'a  pas  assez  de  mouve- 
ment; enfin  les  lignes  de  l'armée  me  paraissent  trop  éloi- 
gnées. Le  centre  du  tableau  est  occupé  par  le  roi,  le  groupe 
des  chefs  est  à  gauche  ;  à  droite,  on  voit  la  suite  du  monarque. 
Cette  disposition  est  fort  bien  entendue  :  les  masses  se  balan- 
cent, et  le  personnage  principal  attire  le  premier  les  regards. 
Quels  sont  ces  deux  évêques  à  cheval,  sur  un  plan  plus  éloi- 
gné que  le  roi?  L'un  est,  sans  doute,  Guérin,  évêque  de  Sen- 
tis, ancien  chevalier  du  temple,  et  qui,  par  ses  dispositions, 
assura  le  gain  de  la  bataille;  l'autre,  l'évêque  de  Beau  vais, 
qui  y  fit  éclater  une  bravoure  extraordinaire.  Mais  pourquoi 
sont-ils  tout-à-fait  en  dehors  de  l'action  ? 

On  a  trouvé  que  le  roi  était  un  peu  pauvre  de  formes.  Ii  ne 
faut  pas  oublier  que,  depuis  l'affreuse  maladie  qu'il  avait 
éprouvée  en  terre  sainte,  il  avait  une  santé  languissante  et  un 
physique  très-frêle.  La  pose,  le  caractère  de  la  tête,  et  l'ex- 
pression générale  de  cette  figure  ont,  d'ailleurs,  de  la  noblesse, 
de  l'élévation. 

Ce  tableau  offre,  en  général,  une  exécution  très  remar- 
quable, et  une  vigueur  de  ton  qui  lui  assurent,  même  dans 
l'avenir,  un  rang  distingué.  Il  n'y  a  qu'un  très  -  habile 
peintre  qui  ait  pu  le  faire  ;  seulement  on  regrette  que  M.  H.  Ver- 
net  abuse  de  sa  facilité,  et  qu'il  n'étudie  pas  assez  les  détails 
de  ses  figures.  Dans  son  ensemble,  c'est  un  fort  bel  ouvrage  , 
mais  beaucoup  de  parties  laissent  à  désirer  sous  le  rapport  de 
la  correction.  Cette  fougue,  cette  verve,  qui  caractérisent  le 
talent  de  M.  H.  Vernet,  sont-ils  donc  incompatibles  avec  la 
correction?  Il  serait  fâcheux  d'être  oblige  de  le  croire. 


PAiUS.  Sii 

La  salle  où  est  placé  le  tableau  dont  je  viens  de  parler,  en 
contient  deux  autres;  l'un  de  M.  Bouillon  :  la  Clémence  d'Au- 
guste envers  Ci/ma  et  ses  eompliees  ;  l'antre  (Je  M.  Guillemot: 
Clémente  de  Marc* .lurèle  envers  les  rebelles  de  ses  provinces 
d'Asie.  La  composition  de  M.  Bouillon  est  sage,  bien  disposée; 
ses  figures  sont  correctes,  mais  on  voudrait  un  peu  plus  de 
chaleur  dans  l'expression  des  personnages,  et  de  feu  dans  l'exé- 
cution. Quant  à  M.  Guillemot,  on  voit  bien  qu'il  sort  d'une 
bonne  école,  celle  de  David;  peut-être  le  voit  on  trop,  car 
sa  manière  me  paraît  dépourvue  d'individualité;  puis,  son 
pinceau  manque  de  grâce. 

Le  plafond  du  grand  salon  a  été  peint  par  M.  Blondel,  qui 
y  a  représenté  la  Fra/tcc,  au  milieu  des  rois  législateurs  et  desju- 
r/seo/isultes •franeaisi  recevant  la  Charte  constitutionnelle.  C'est 
une  scène  aérienne,  ainsi  que  je  disais  qu'on  aurait  dû  le  faire 
pour  les  plafonds  du  Musée  Charles  X.  La  stature  du  défunt  roi 
n'était  pas  du  tout  héroïque,  et  il  faut  convenir  que  c'est  un 
personnage  difficile  à  faire  entrer  dans  un  tableau  de  style. 
M.  Blondel  s'en  est  tiré  le  moins  mal  possible.  En  général,  on 
s'est  accordé  à  dire  que  l'ensemble  de  cet  ouvrage  est  satisfai- 
sant, que  l'effet  est  bien  entende  :  je  me  range  volontiers  à 
cet  avis. 

Ce  même  salon  contient  un  grand  nombre  de  tableaux  qui 
en  ornent  les  panneaux.  La  mort  du  président  Durand,  de 
M.  Delaroche  ,  est  une  scène  très  -pathétique  et  très -bien 
rendue.  L'expression  de  ce  jeune  enfant  qui  se  jette  aux  genoux 
des  assassins  est  bien  sentie;  le  mouvement  de  la  jeune  fille 
qui  se  précipite  dans  les  bras  de  son  père ,  comme  pour  lui 
faire  de  son  corps  un  rempart  contre  les  coups  qui  le  mena- 
cent, est  plein  d'abandon  et  de  vérité;  c'est,  de  tous  points, 
un  bon  tableau.  M.  Gassies  qui  a  représenté  la  mort  d'un  autre 
magistrat,  qui  périt  également,  victime  de  sa  fidélité  et  de  son 
courage,  le  président  Jlrisson ,  a  aussi  fait  preuve  de  talent. 
M.  Lethière  a  une  réputation  depuis  long-tems  établie,  et, 
saint  Louis  refusant  de  créer  chevalier  l'émir  Oclaï,  qui  lui  offre, 
à  ce  prix ,  la  liberté  et  la  couronne  du  sultan  qu'il  vient  d'assassi- 
ner, me  paraît  à  la  hauteur  de  ses  précédens  ouvrages. 

C'est  un  tableau  mal  conçu  ,  à  mon  avis ,  que  celui  de  saint 
Louis  rendant  la  justice  sous  un  chêne  ,  par  M.  Rouget.  Quoi  ! 
une  couronne,  un  sceptre  et  autres  attributs  de  la  royauté  pour 
rendre  la  justice  sous  un  chêne!  Non!  ce  n'est  pas  là  ce  que 
l'histoire  raconte  de  saint  Louis. 

Le  cardinal  Mazarin  ,  au  lit  de  mort ,  présentant  Colbert  à 
Louis  XI F  :  tel  est  le  sujet  de  l'un  des  deux    tableaux  de 


3  i  a  FRANCE. 

M.  Schnetz.  La  figure  du  cardinal  mourant ,  enseveli ,  pour 
ainsi  dire,  dans  un  énorme  fauteuil,  est  bien  posée,  bien  peinte, 
et  d'une  fort  belle  expression.  Le  peintre  a  exprimé  avec  beau- 
coup de  justesse  cet  affaissement  précurseur  de  la  mort,  et  qui 
n'est  combattu  que  par  une  grande  force  morale.  L'attitude  du 
jeune  Colbert  est  modeste;  celle  de  Louis  XIV  annonce  le 
maître.  Le  Mazarin  me  paraît,  à  tous  égards,  la  plus  belle  des 
trois  figures;  au  reste,  c'est  un  tableau  fort  bien  exécuté,  et  il 
est  fâcheux  qu'il  soit  placé  à  contre-jour. 

Le  consul Boëtius ,  enfermé  dans  la  tour  de  Parie,  recevant  les 
adieux  de  sa  fille  et  de  son  petit-fils,  avant  d'aller  au  supplice , 
du  même  artiste,  est  bien  loin  du  précédent  tableau,  comme 
pensée,  et  comme  exécution.  D'abord  ,  le  livret  explique  mal 
la  scène;  en  le  lisant,  on  s'attend  à  voir  la  fille  et  son  fils,  in- 
troduits dans  la  prison  du  consul,  et  à  devenir  spectateur  d'une 
scène  déchirante;  mais  il  n'en  est  pas  ainsi.  Boëtius  passe  les 
bras  à  travers  les  barreaux,  de  sa  prison  pour  prendre  son 
petit-fils  des  mains  de  sa  fille ,  et  l'embrasser.  On  ne  voit  donc 
que  la  tète ,  pour  ainsi  dire ,  du  principal  personnage ,  et  la 
pantomine  de  sa  fille,  qui  s'élève  sur  les  pieds  pour  mettre  son 
fils  dans  les  bras  de  son  père','  ne  pouvait  ajouter  aucun  intérêt 
à  la  scène ,  sous  le  rapport  pittoresque.  L'action  n'est  pas  clai- 
rement exprimée;  rien  n'annonce  la  séparation  cruelle  qu'elle 
précède;  et,  si  les  choses  se  sont  passées  ainsi,  c'était  un  récit 
qu'il  fallait  laisser  à  l'histoire.  Dans  les  situations  fortes,  tous 
ies  membres  ont  une  manière  d'exprimer  l'état  moral  des  êtres 
représentés;  ici,  le  peintre  était  privé  de  cette  ressource;  puis- 
que c'était  un  sujet  rebelle  à  la  peinture ,  il  aurait  dû  le  re- 
jeter; au  moins,  telle  est  mon  opinion. 

Les  Barricades  ,  et  les  Seize  au  parlement,  de  M.  Thomas, 
sont  deux  tableaux  remarquables  par  l'heureuse  disposition 
des  scènes ,  la  vérité  des  expressions  et  l'exécution  franche  et 
hardie  que  l'on  y  trouve.  Le  peintre  a  fort  bien  exprimé  ce 
tumulte  qui  accompagne  toutes  les  scènes  populaires  et  dont 
chacun  de  nous  a  encore  le  modèle  dans  le  souvenir. 

I  e  plafond  de  la  troisième  salle  est  de  M.  Drolling  :  la  Loi 
descend  sur  la  terre;  elle  y  établit  son  empire  et  y  répand  ses 
bienfaits. 

J'ai  déjà  exprimé  mon  opinion  sur  les  sujets  allégoriques,  et 
j'avoue  que  ce  tableau  ne  serait  pas  de  nature  à  m'en  faire 
changer.  La  Loi  est  sur  un  char  que  suivent  l'Abondance  et  la 
Paix;  Mercure  est  auprès  de  la  déesse;  la  Sagesse  dirige  les 
chevaux  qui  traînent  le  char,  lequel  est  précédé  d'un  génie 
portant  une  bannière  sur  laquelle  est  écrit  :  Cuique  suum.  Towt 


PAULS.  5i3 

cela  est  juste,  sans  doute;  mais  tout  cela  est  bien  froid.  Celte 
scène  manque  de  vie.  Au  reste,  si  le  sujet  est  peu  entraînant, 
l'exécution  est  forte,  savante  et  prouve  beaucoup  d'habileté. 

Les  panneaux  de  cette  salle  sont  décorés  de  plusieurs  figures 
allégoriques  de  MM.  Cognirt  ,  Dassy,  Maricny  et  Caminadk 
que  je  ne  puis  malheureusement  qu'indiquer,  tant  le  nombre 
des  ouvrages  de  premier  ordre  est  considérable;  et  de  deux 
tableaux  de  MM.  Sciieffer  aîné  et  Delacroix. 

Le  sujet  du  tableau  de  M.  Scheffer  est  Charlemagnc  présen- 
tant les  eapitulaires  à  rassemblée  des  Francs. 

Je  ne  sais  si  je  me  trompe,  mais  il  me  semble  que  cet  artiste 
traite  les  sujets  de  genre  avec  plus  de  succès  et  de  vérité  que 
les  compositions  historiques.  Sans  doute  il  y  a  du  mérite  dans  le 
tableau  dont  je  parle,  mais  ce  mérite  est  accompagné  de  ma- 
nière; or  la  manière  gâte  tout.  C'est  encore  bien  autre  chose 
chez  M.  Delacroix  qui  a  représenté  Ycmpcreur  Justinicn  com- 
posant ses  lois.  C'est  un  tableau  d'histoire  traité  dans  le  goût 
d'une  vignette  romantique  :  point  de  style,  point  de  noblesse, 
et  surtout  point  de  correction  ;  mais  un  grand  éclat  de  couleur. 
Le  coloris  est  certainement  une  qualité  précieuse  ;  mais  il  faut 
qu'il  enveloppe  de  belles  formes;  puis,  il  faut,  avant  tout,  que 
la  disposition  de  la  scène  soit  juste  ,  convenable;  il  faut  que 
la  vérité  locale,  c'est-à-dire,  l'exactitude  des  costumes,  des 
mœurs,  des  lieux,  des  caractères  de  tete,  soit  observée.  Or  , 
n'est-  ce  pas  une  chose  au  moins  hasardée  que  d'avoir  coiffé 
d'un  turban  Trébonien,  le  secrétaire  de  Justinien  ,  lequel  vivait 
à  la  fin  du  vme  siècle  et  au  commencement  du  vi^e.  Et,  quel  est 
ce  génie  qui  paraît  inspirer  Justinien  ?  Est  -  ce  là  de  l'histoire  ? 
Au  moins  l'école  de  David  ,  tant  décriée  par  les  gens  qui  veu- 
lent faire  autrement,  parce  qu'ils  sont  incapables  de  faire  je 
ne  dirai  pas  mieux,  mais  seulement  aussi  bien,  se  donnait  la 
peine  d'étudier  les  costumes,  les  lieux,  et  surtout  les  figures. 
Pour  beaucoup  d'artistes  delà  nouvelle  école,  il  ne  s'agit  point 
de  cela  ;  dans  leur  impuissance,  ils  cherchent  à  être  bizarres, 
et  ils  réussissent  complètement. 

Nous  voici  arrivés  à  la  dernière  salle  dont  le  plafond  a  été 
peint  par  M.  Mauzaisse.  Ici,  l'artiste  a  montré  la  Sagesse  di- 
vine donnant  des  lois  aux  rois  et  aux  législateurs  ,  ce  qui ,  en 
d'autres  termes  ,  veut  dire  que  toute  justice  émane  du  ciel. 
Dans  une  composition  de  ce  genre,  qui  repose  sur  une  idée 
métaphysique,  ce  que  l'on  pouvait  attendre  du  peintre,  c'était 
que  ses  figures  fussent  bien  groupées,  bien  dessinées;  que  la 
lumière  fût  distribuée  avec  art,  de  manière  à  bien  faire  ressor- 
tir toutes  les  parties  d'une  aussi  vaste  composition,  où  l'on  voit 
les  rois  et  les  législateurs  de  tous  les  âges  et  de  tous  les  pays. 


M  FRANCE. 

M.  Mauzaisse  nie  paraît,  avoir  parfaitemenl  atteint  ce  but,  et , 
de  plus,  il  a  exécuté  ce  tableau  avec  une  grande  hardiesse  ,  ce 
qui  fait  un  peu  oublier  la  froideur  du  sujet. 

Cette  même  salle  contient  plusieurs  autres  peintures,  parmi 
lesquelles  j'ai  remarqué  une  composition  de  M.  Alaux  :  la  Jus- 
tice qui  amène  F  abondance  et  l'industrie  sur  la  terre,  conçue 
avec  grâce,  et  exécutée  avec  un  charme  de  pinceau  remar- 
quable; et  une  figure  allégorique  de  M.  Dejuinne,  représen- 
tant la  Guerre.  Voilà  un  tableau  fait  avec  conscience  et  talent, 
où  tous  les  détails  caractérisent  parfaitement  le  personnage  al- 
légorique que  le  peintre  voulait  représenter.  On  trouve  là  de 
la  pensée,  de  l'étude,  une  exécution  soutenue;  et  cependant 
M.  Dejuinne  est  coloriste. 

MM.  Alaux,  Franque,  Couton,  Colson,  Lancrenon  et 
Steuben  ont  complété  la  décoration  de  cette  salle  par  des  ta- 
bleaux sur  lesquels  je  regrette  de  ne  pouvoir  m'arréter. 

Tournons,  maintenant,  nos  regards  vers  les  salons  d'exposi- 
tion, et  voyons  quelles  sont  les  réputations  qui  s'y  sont  élevées, 
et  quelles  sont  celles  qui  y  ont  reçu  des  atteintes. 

1 1  faut  mettre  dans  la  première  classe  M.  Eugène  Devéria  , 
qui,  dans  un  tableau  dont  le  sujet  est  la  naissance  de  Henri  IV, 
a  beaucoup  attiré  les  regards  du  public.  Le  moment  choisi  est 
celui  où  Henri  d'Albret,  prenant  l'enfant  dans  ses  bras,  le 
montre  au  peuple  en  lui  demandant  comment  il  doit  être  nommé. 
Il  y  a  un  peu  de  confusion  de  plan  et  de  figures  dans  ce  ta- 
bleau ;  mais  on  y  trouve  aussi  de  belles  expressions ,  et  par- 
dessus tout  une  richesse,  un  éclat  de  couleur,  qui  prouvent  que 
M.  Devéria  a  cherché  à  rappeler  l'école  vénitienne. 

Il  est  assez  remarquable  que  les  novateurs,  qui  reprochent 
à  l'école  de  David  de  manquer  d'originalité,  n'ont  pas  su  se 
frayer  une  route  nouvelle;  cependant,  de  combien  d'entraves 
ne  se  sont-ils  pas  débarrassés  !  Au  reste,  il  faut  remarquer  que  les 
maîtres  de  l'école  vénitienne  ne  sont  pas  à  dédaigner  sous  le 
rapport  du  dessin  ,  et ,  à  cet  égard ,  M.  Devéria  est  bien 
loin  de  les  égaler.  Un  de  nos  grands  peintres,  Girodct,  disait  : 
«  C'est  dans  le  dessin  qu'est  l'élégance  des  proportions ,  la 
beauté  des  formes,  la  justesse  de  l'expression ,  qualités  qui 
n'ont  pas  besoin  du  charme  du.  coloris  pour  toucher  et  pour 
plaire;  tandis  que  le  coloris  seul  n'excitera  jamais  les  mêmes 
impressions  (i).»  Eh  bien  !  que  l'on   dépouille  le  tableau  de 


(i)  OEuvres  poétiques  et  didac(îqucs[dc  Girodet.  Rcnouard,  rue  de 
Tournon.  nn  6. 


PAïus.  3r5 

iM.  Devéria  du  charme  <///  coloris,  et  l'on  verra  ce  qui  restera. 
C'est  qu'il  est  bieo  plus  difficile  de  dessiner  de  beaux  contour», 
de  modeler  de  belles  formes  que  de  peindre  de  belles  draperies. 

Que  Ton  me  permette,  à  cette  occasion,  de  rappeler  ce  que  j'ai 

dit,  lorsque  j'ai  rendu  compte  du  tableau  deM.Concr,  repré- 
sentant la  mort  de  Ccsar,  cl  qui  a  reparu  à  l'exposition.  (Voyez 
ci-dessus,  t.  \\\v,p.  8i(>.)  Je  faisais  observer  (pie  les  personnages 
élevés  étaient  ceux  que  le  peintre  avait  le  moins  bien  rendus, 
parce  que,  pour  ceux-là,  il  n'avait  pu  copier  les  modèles  qu'il 
avait  sous  les  yeux,  et  qu'il  fallait  une  noblesse  de  forme,  un 
certain  caractère  de  beauté  que  l'on  n'obtenait  que  par  de 
longues  études.  M.  Court  a  exposé  une  mort  d'Hippolyte  :  voilà 
un  tableau  de  style  ,  le  peintre  y  a  échoué. 

Ce  n'est,  au  reste,  qu'un  échec;  mais  deux  autres  coryphées 
de  cette  nouvelle  école  qui  devait  tout  faire  oublier,  ont  eu 
une  bien  autre  mésaventure.  MM.  Dklacroix  et  Sigalon,  qui 
avaient  attiré  l'attention  à  la  précédente  exposition,  ont  en- 
voyé ,  le  premier,  un  Christ  au  Jardin  des  Oliviers;  le  second, 
A thalie  faisant  égorger  tous  les  enfans  du  sang  royal,  sur  lesquels 
il  est  impossible  d'arrêter  ses  regards. 

Dans  les  premiers  siècles  de  l'ère  chrétienne,  les  pères  de 
l'église  s'opposaient  à  ce  que  Ton  donnât  un  beau  caractère  de 
tète  à  Jésus-Christ,  parce  que,  disaient-ils,  il  n'avait  pas  eu 
besoin  de  l'impression  que  produit  toujours  la  beauté  pour 
remplir  sa  mission  divine.  Il  y  a  bien  long-tems  que  ce  système 
est  abandonné;  M.  Delacroix  l'a  fait  revivre:  rien  de  moins 
noble,  de  moins  élevé  que  la  tête  de  son  Christ.  Il  en  a  agi  de 
même  pour  ses  anges;  et  là,  au  moins,  il  a  l'avantage  d'être  le 
premier  qui  ait  suivi  cette  marche;  car,  jusqu'à  lui,  on  avait 
toujours  pensé  que,  pour  représenter  des  anges,  c'est-à-dire, 
des  êtres  qui  participent  de  l'essence  divine,  on  devait  em- 
ployer tout  ce  que  les  formes  humaines  offrent  de  plus  pur  et 
de  plus  élevé. 

Quanta  M.  Sigalon,  en  admettant  même  que  quelques  parties 
de  son  tableau  soient  bien  exécutées,  il  est  impossible  de  n'être 
pas  frappé  du  désordre  et  de  l'incohérence  de  la  composition,  du 
défaut  d'harmonie  de  l'ensemble  ,  et  de  la  pauvreté  du  dessin. 

M.  Bonnefond,  l'un  des  principaux  artistes  de  l'école  de 
Lyon,  dont  les  tableaux  offraient  un  mérite  d'exécution  re- 
marquable, était  tombé  dans  un  excès  de  sécheresse  et  de 
dureté  qui  en  diminuait  le  prix.  Ces  défauts  ont  disparu  dans 
une  jeune  femme  secourue  par  des  religieux ,  et  il  n'y  a  plus  que 
des  éloges  à  lui  donner.  La  couleur  locale  est  bien  observée,  les 
expressions  sont  justes  et  bien  senties;  c'est,  enfin,  un  tableau 
qui  mérite  d'être  distingué  à  tous  égards. 


3i6  FRANCE. 

Dans  une  vue  de  Denise,  M.  Bonnington  semble  avoir  voulu 
rivaliser  avec  Canaletto.  C'est  un  rude  jouteur  que  Canaletto; 
cependant,  M.  Bonnington  n'est  pas  resté  si  loin  de  son  mo- 
dule que  l'on  n'ait,  avec  raison,  admiré  son  ouvrage. 

M.  Lawrence,  autre  peintre  anglais,  a  envoyé  deux  portraits  : 
celui  de  Mme  la  duchesse  de  JBeny,  et  celui  du  jeune  fds  de 
M.  I.ambton.  En  vérité,  le  premier  de  ces  deux  portraits  res- 
semble à  une  plaisanterie.  Ce  n'est  pas  qu'il  n'y  ait  de  l'habileté 
dans  plusieurs  parties;  mais,  comme  la  poitrine  est  modelée! 
comme  les  bras  sont  dessinés  !  c'est  véritablement  une  dérision. 
Le  portrait  du  jeune  Lambton  est  beaucoup  supérieur ,  sans 
doute;  la  tète  est  fort  belle;  l'expression,  peut-être  au-dessus 
de  l'âge  du  modèle,  est  bien  sentie;  les  yeux  sont  pleins  de  vie; 
la  couleur,  dans  quelques  parties,  est  digne  du  pinceau  de 
Vandyck.  Mais,  comme  tout  le  reste  est  sacrifié  !  Que  l'on  mette 
à  côté  de  ce  portrait  celui  du  pape  ,  par  David  ;  celui  de 
Mme  de  Ryan  ,  par  Girodet;  celui  de  Mme  Récamier,  par  M.  Gé- 
rard ;  enfin  ,  celui  du  général  Lasalle  ,  par  M.  Gros ,  et  la  foule 
aura  bientôt  abandonné  M.  Lawrence;  au  moins,  je  le  pense 
ainsi ,  et  je  me  fonde  sur  ce  que,  dans  les  portraits  que  je  viens 
de  citer,  toutes  les  parties  sont  traitées  avec  la  même  supé- 
riorité ,  tandis  que,  dans  celui  du  peintre  anglais,  tout  est 
sacrifié  à  un  effet  cherché. 

Dans  un  prochain  article,  je  passerai  en  revue  les  autres 
parties  de  l'exposition.  P.  A. 


Nécrologie.  —  Fresixel.  (Augustin  Jeûri)r  membre  de  l'Insti- 
tut (Académie  des  sciences),  né  à  Broglie,  département  de  l'Eure, 
le  10  mai  1788,  mort  à  Ville- d'Avray,  près  Paris,  le  14  juillet 
1 8^7.  Entréà  l'Ecole  polytechnique,  à  l'âge  de  seize  ans,  il  s'y  dis- 
tingua par  ce  zèle  patient  et  observateur  qui,  dans  les  sciences, 
caractérise  le  génie.  Ayant  embrassé  la  carrière  des  ponts  et 
chaussées,  il  fut  successivement  envoyé  par  le  gouvernement, 
au  sortir  de  cette  école,  dans  les  départemens  de  la  Vendée,  de 
la  Drôme,  de  l'Ile-et-Vilaine,  où,  bien  que  tout  entier  aux 
utiles  travaux  qui  lui  étaient  confiés,  il  trouva  le  moyen  de 
commencer  d'ingénieuses  recherches  qui  l'amenèrent  à  l'ob- 
servation de  faits  nouveaux  présentés  par  la  diffraction  de  la 
lumière  ,  inexplicables  d'après  la  théorie  newtonienue  de 
rémission  ,  et  d'accord  au  contraire  avec  celle  d'Huyghens  et 
d'Euler,  qui  attribue  les  phénomènes  lumineux  aux  vibrations 
d'un  fluide  répandu,  dans  l'espace.  Le  mémoire  dans  lequel 
Fresnel  présenta  le  fruit  de  ses  recherches  fut  envoyé,  en 
181 5,  à  l'Académie  des  sciences.  En  1819,  il  remporta  le  prix 


PARIS.  3.7 

que  cette  académie  avail  promis  au  meilleur  mémoire  sur  les 
phénomènes  généraux  de  la  diffraction.  Fixé  à  Paris,  par  le 
directeur  général  (les  ponts  et  chaussées,  Fresnel  s'y  lia  avec 

Un  de  nos  savans  les  plus  célèbres  iM .  A.EAGO,  continua  SCS 
recherches,  et,  à  L'aide  du  principe  qu'il  avait  rendu  incon- 
testable, parvint,  successivement  à  expliquer  la  diffraction , 
C  inflexion  t  la  réflexion,  la  polarisation  t  la  refraction,  la  double 
réfraction,  etc.  Des  travaux  aussi  importans  lui  ouvrirent  les 
portes  de  l'Institut,  où  il  fut  reçu  à  l'unanimité,  en  i8a3.  Eu 
182.1 ,  il  fut  décoré  de  la  Lésion  d'honneur  et  admis,  en  i8i5, 
par  la  Société  royale  de  Londres  qui  lui  accorda,  deux  années 
après,  le  prix  fondé  par  M.  de  Rumford,  pour  un  mémoire  dans 
lequel  il  avait  appliqué  la  théorie  des  ondulations  aux  phénomènes 
de  {^polarisation.  I  )ès  1819,  il  avait  été  attaché  à  la  commission 
des  phares;  et  l'éclairage  des  côtes  et  des  ports  lui  dut  d'utiles 
perfectionnemens.  Les  expositionsde  1823  etde  1827  ontmontré 
les  systèmes  lenticulaires  de  Fresnel,  exécutés  par  MM.  Soleil 
etïabouret.En  1823,  lejury  d'examen  luidécerna  une  médaille 
d'or  et  réclama  pour  lui  le  cordon  de  Saint-Michel.  La  Société 
d'encouragement  lui  décerna  également  une  médaille  d'or,  en 
1824.  En  1821,  il  fut  nommé  à  celle  des  places  d'examinateur 
de  l'École  polytechnique  qu'avait  occupée  Malus,  devenu  cé- 
lèbre comme  lui  par  ses  belles  observations  sur  la  lumière.  La 
constitution  naturellement  faible  de  Fresnel  avait  été  altérée 
par  la  continuité  opiniâtre  de  ses  travaux.  Dans  ces  dernières 
années ,  ses  forces  déclinèrent,  et  après  quelques  alternatives 
de  maladie  et  de  santé,  il  expira  à  Ville-d'Avray  le  14  juillet 
1827,  âgé  de  moins  de  quarante  ans,  et  laissant  un  nom  à 
l'illustration  duquel  une  plus  longue  carrière  eût  sans  doute 
beaucoup  ajouté  encore.  A. 

—  Louis- François  Cassas,  inspecteur  général  de  la  manufac- 
ture des  Gobelins,  chevalier  des  ordres  de  Saint -Michel  et  de  la 
Légion  d'honneur,  né  le  3  juin  1756,  à  Azay-le-Féron  (Indre), 
mort  à  Versailles,  le  ier  novembre  1827 ,  d'une  apoplexie  fou- 
droyante. Comme  peintre  paysagiste  et  comme  architecte, 
Cassas  mérite  les  regrets  des  amis  des  beaux-arts  et  des  admi- 
rateurs de  l'antiquité,  dont  il  contribua  à  faire  connaître  les 
monumens  en  consacrant  à  leur  étude  sa  vie  et  sa  fortune. 
Après  avoir  passé  sa  première  jeunesse  en  Italie  et  formé  des 
collections  précieuses  de  vues  dessinées  dans  la  Sicile,  l'Istrie 
et  la  Dalmatie,  il  accompagna  à  Constantinople  l'ambassadeur 
Choiseul-Goufjîcr  qui  l'avait  choisi  pour  travailler  à  la  conti- 
nuation de  son  beau  voyage  de  la  Grèce.  Peu  de  tems  après 
son  arrivée  dans  la  capitale  de  la  Turquie,  il  partit  avec  le 
savant  auteur  du  Voyage  de  la  Troadc,  M.  Lechcvallier,  pour 


3i8  FRANCE. 

reconnaître  et  dessiner  des  monumens  et  des  sites  dont  l'exa- 
men constata  d'une  manière  frappante  l'admirable  exactitude 
de  la  géographie  et  des  descriptions  d'HOmère.  A  peine  avait-il 
achevé  ces  intéressans  travaux,  qu'il  forma  et  mit  à  exécution 
le  hardi  projet  de  visiter  et  de  mesurer  les  édifices  de  la  terre 
sainte,  les  restes  imposans  des  temples  de  Baalbek  et  les  magni- 
fiques ruines  de  Palmyre.  A  cette  époque,  comme  aujourd'hui, 
ce  voyage  offrait  des  dangers  que  l'enthousiasme  de  l'artisie 
ne  redouta  point;  il  fut  le  premier,  après  Wood,  qui  fit  con- 
naître à  l'Europe  savante  l'état  actuel  des  monumens  restés 
enfouis  pendant  tant  de  siècles  au  milieu  des  déserts,  et  dont 
les  pompeux  débris  surpassent  les  descriptions  créées  par  l'ima- 
gination brillante  des  poètes  orientaux.   M.  Cassas  revint  en 
France  au  commencement  de  la  révolution.  Ses  nombreux  et 
riches  portefeuilles  fixèrent  l'attention  de  tous   les  amateurs 
éclairés  des  arts  et  de  l'antiquité,  et  leurs  suffrages  unanimes 
le  déterminèrent  à  en  tenter  la  publication.  Son  Voyage  d'Is- 
trie  et  de  Dalmatle ,  contenant  les  monumens  les  plus  remar- 
quables et  les  plus  beaux  sites  de  ces  deux  provinces ,  a  été  pu- 
blié en  entier;  mais  il  n'a  paru  que  trente  livraisons  de  son 
grand  Voyage  en  Syrie  et  en  Phénicie.  Cet  ouvrage  dont  le  plan 
était  hors  de  proportion  avec  les  ressources  de  l'auteur,  devait 
offrir  au  public  une  suite  nombreuse  d'édifices  antiques  du 
plus  grand  intérêt,  retracés  dans  leur  état  présent,  accompa- 
gnés de  restaurations  habilement  combinées  et  de  vues  pitto- 
resques. On  ne  saurait  trop  regretter  qu'une  si  belle  entreprise 
n'ait  pas  été  continuée,  ou  que  du  moins  la  partie  déjà  publiée 
n'ait  pas  reparue,  augmentée  d'un  texte  qui  lui  donnerait  un  nou- 
veau prix ,  et  dont  les  itinéraires  et  les  notes  précieuses  de  l'au- 
teur pouvaient  rendre  la  rédaction  aussi  facile  qu'intéressante. 
Dans  cette  énumération  succincte  des  honorables  travaux  de 
M.  Cassas,  nous  ne  devons  pas  omettre  la  collection  de  mo- 
dèles des  plus  beaux  monumens  d'architecture  des  différens 
peuples  qu'il  fit  exécuter  à  grands  frais,  en  y  consacrant  des 
soins  et  des  recherchesqui  l'occupèrent  presque  exclusivement 
pendant  plusieurs  années.  Cette  collection  unique,  d'une  utilité 
inappréciable  pour  l'étude  de  l'architecture,  avait  été  acquise 
par  le  gouvernement  impérial,  au  prix  d'une  modique  pension 
viagère.  Elle  est  aujourd'hui  déposée  dans  les  magasins  du  pa- 
lais de  l'Institut,  en  attendant  le  local  qui  lui  est  destiné  dans 
la  nouvelle  école  des  beaux-ar  ts.  M.  Cassas  remplissait ,  depuis 
douze  ans,  les  fonctions  d'inspecteur  général  de  la  manufacture 
des  Gobelins,   et  avait  contribué  aux  perfectionneir.ens  re- 
marquables des  produits  de  cet  établissement.     T.  Richard. 


TABLE  DES  ARTICLES 

CONTENUS 

DANS  LE  CENT  NEUVIÈME  CAHIER 
JANVIER   1828. 


1.  MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES. 

i.    Considération*  générales  sur  la  république  des  lettres  , 

en  1827 Pag.        5 

2.  De  l'influence  des  futurs  progrès  des  connaissances  écono- 

miques sur  le  sort  des  nations.  .   .  .  Jean-Baptiste  Say.      14 

3.  Forces  productives  et  commerciales  du  midi  de  la  France  ; 

troisième  article  :  Département  de  l'Hérault 

Charles  Dupin ,  de  l'Institut.     34 

IL  ANALYSES  D'OUVRAGES. 

4.  Histoire  naturelle  des  poissons,    par    M.  Cuvier 

Bory  de  Saint-Vincent.      4'> 

5.  Collection  des  chroniques  nationales  françaises;  avec  notes 

et  éclaircissemens  ,  par  M.  J.  A.  Buchon 

J.  C.  L.  de  Sismondi.  5 2 
G.  Guerres  des  Vendéens  et  des  Chouans  contre  la  république 

française;  second  article N.  71 

7.    Discours  du  général  Foy B.  C.  83 

S.    OEuvres  choisies  ,    et    OEuvres  inédites  d'Évariste  Parny. 

X.  P.  D.  90 
9.    O'Neill  ,    ou    Je  Rebelle  ,   poëme   par  E.  Lytton   Bulwer 

(ouvrage  anglais) H.  E.  P.  101 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  i34  ouvrages  ,  français  et  étrangers. 

Amékiqtje  septentrionale.  —  États-Unis,  3,  dont  1  ouvrage 
périodique tog 

AMÉRIQUE    MÉRIDIONALE.  Chili,  6 xll 

Europe.  —  Grande-Bretagne,   i5,dont  I  ouvrage  périodique.  117 

—  Russie,  3 I2g 

—  Pologne,   1.  —  Danemark,   5 j3a 

—  Allemagne,  7 ,34 

—  Suisse,  2 j/_ 

—  Italie,  9,    dont   1   ouvrage  périodique ^o 

—  Pays-Bas,  5 !57 

France,    78,  savoir  :  Sciences  physiques  et  naturelles,  19.   .    .    .    161 

—  Sciences  religieuses  ,  morales  ,  politiques  et  historiques ,   20.    .    .    178 

—  Littérature ,   28 20g 

—  Beaux- Arts-,   5 a3r 

—  Mémoires  et  Rapports  de  sociétés  savantes  ,  1 î35 

—  Ouvrages  périodiques ,  4 238 

—  Livres  en  langues  étrangères ,  imprimés  en  France ,  1 a4r 


H'20  TABLE   DES   ARTICLES. 

IV.    NOUVELLES  SCIENTIFIQUES  ET  LITTÉRAIRES. 

Amériquu  septentrionale.  —  États-Unis  :  De  l'esclavage  des 
noirs 242 

Amérique  méridionale.  —  Chili.  Sant-lago  :  Altération  du 
climat 245 

Asie.-  -Calcutta  :  Navigation  à  la  vapeur 246 

Afkique.  —  Alger  :  Droit  des  gens  ;  Relations  entre  les  États 
chrétiens  et  les  Barbaresques  ;  Moyens  de  faire  enfin  cesser 
la  piraterie  dans  la  Méditerranée lbid. 

EUROPE. 

Grande-Bretagne  —  Londres  :  Société  médico-botanique.  — 
Nouvelle  voiture  à  vapeur  inventée  par  M.  Gurney 247 

Russie. —  Odessa  :  Culture  de  l'olivier 25o 

Danemark.  —  Copenhague  :  Société  établie  pour  propager 
l'étude  de  la  physique  expérimentale;  Société  archéologique 
du  Nord 25  t 

Allemagne.  —  Saxe:  État  de  l'industrie  métallurgique  eu  1826.   253 

Suissb.  —  Appenzell  :  Etat  de  l'instruction  populaire.  —  Canton 
de  Faud:  Législation  criminelle 2o5 

Italie.  —  Parme:  Encouragement  donné  aux  lettres.  —  Milan  : 
Exposition  des  beaux-arts.  —  Nécrologie  :  Bosellini 257 

Iles  Ioniennes.  —  Santé  publique  :  Frictions  mercurielles  em- 
ployées avec  succès  contre  la  peste.  —  Nécrologie  :  lord 
Guilford.  . 259 

Espagne.  —  Statistique  judiciaire.  —  Madrid.  Académie  des 
beaux-arts  :  Exposition  annuelle  des  ouvrages  de  peinture.  263 

Pays-Bas.  — Colonies  de  bienfaisance  de  Frederiks-Oord  et  de 
Wortel.  —  Amsterdam  :  Société  Félix   Meritis 264 

France. — La  Foulte (Ardèche  )  .'Exploitation  du  fer  par  les  pro- 
cédés anglais.  — Sociétés  savantes  et  établissemens  d'utilité 
publique  :  Dieppe  (  Seine-Inférieure)  :  Société  archéologique. 

—  Dole  (Jura)  :  École  gratuite  des  sciences  appliquées  aux 
arts  et  métiers  et  aux  beaux-arts.  —  Rouen  (Seine-Inférieure): 
Société  de  médecine:  Prix  proposé.  —  Strasbourg  (Bas-Rhin): 
Société  des  sciences  ,  agriculture  et  arts  :  Prix  proposés.   .  .   273 

Paris.  — Institut.  Académie  des  sciences:  Séances  du  17  dé- 
cembre au  7  janvier.  —  Société  d'encouragement  pour  l'in- 
dustrie nationale.  —  Société  royale  pour  l'amélioration  des 
prisons.  —  Société  philotechnique.  —  Collège  royal  de 
France  :  Cours  de  littérature  française  ,  par  M.  Andrieux ,  de 
l'Institut.  —  Athénée  royal  de  Paris.  —  Établissement  ortho- 
pédique et  gymnastique  du  Mont-Parnasse.  —  Réclamation. 

—  Théâtres.  Théâtre-Français  :  Premières  représentations  de 
Racine  ,  de  Molière  ,  et  de  Chacun  de  son  côté,  comédies. 
Odéon  :  première  représentation  de  l'Important ,  comédie. 
Théâtre  anglais  :  Le  Marchand  de  Venise ,  comédie  de  Sha- 
kespeare.—  Beaux-Arts  :  Exposition  des  tableaux  en  1827; 
second  article.  —  Nécrologie:  Fresnel;  Cassas 276. 


REJUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RA1SONNÉES 

DES    PRODUCTIONS    LES    PLUS    REMARQUABLES 

DVNS  LA  LITTÉRATURE,  LES   SCIENCES  ET   LES  ARTS. 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES  ET  MÉLANGES. 


NOTICE 

SUR  LA  CIVILISATION  DE  L'AFRIQUE. 

Il  y  a  peu  d'années  encore  ,  l'intérieur  de  l'Afrique  était 
considéré  parmi  nous  comme  une  foret  immense,  entrecoupée 
de  vastes  déserts  de  sable  ,  au  milieu  de  laquelle  erraient  à 
l'aventure  quelques  hordes  sauvages.  De  nombreux  doc u mens 
géographiques  ,  conquis  par  l'audace  des  voyageurs,  ont  enfin 
dissipé  ce  préjugé.  On  sait  aujourd'hui  qu'au  delà  du  Sahara  , 
le  continent  africain  renferme  un  grand  nombre  de  villes  po- 
puleuses et  fortifiées.  Quelques-unes  de  ces  villes  ont  des  mar- 
chés régulièrement  fréquentés  par  les  caravanes,  et  pourvus 
de  plusieurs  marchandises  d'Europe.  Les  échanges  s'y  opèrent 
au  moyen  de  monnaies  de  différentes  espèces  :  ici  ,  ce  sont  des 
cauris  ,  coquillages  des  Maldives  ,  importés  par  les  Arabes  et 
par  les  Anglais;  là,  de  petites  bandes  de  toile  servent  an  même 
t.  xxxvii. —  Février  1828.  21 


322  NOTICE 

usage;  quelques  pays  ont  aussi  une  monnaie  métallique,  gros- 
sièrement fabriquée.  Les  monnaies  d'Europe  ont  cours  sur  ces 
marchés,  et  les  lettres  de  change  n'y  sont  pas  absolument  in- 
connues. Plusieurs  régions  de  l'Afrique  centrale  sont  assez 
bien  cultivées  ;  les  propriétés  y  sont  divisées  et  closes;  mais  , 
dans  d'autres  pays,  la  terre  resiée  en  friche  pendant  un  an 
appartient  au  premier  occupant.  Le  nègre  possède  quelques 
arts  industriels  :  il  bâtit  des  maisons,  des  temples  ,x  surtout  des 
remparts  ;  il  travaille  le  bois ,  le  cuir,  le  fer  ;  il  fabrique  des 
tissus  de  coton  ,  de  lin  ,  même  de  soie.  Il  est  tel  royaume 
africain  qui  peut  mettre  sur  pied  une  armée  de  cent  mille 
combattans,  soit  fantassins,  soit  cavaliers.  La  plupart  de  ces 
guerriers  sont  armés  de  flèches,  de  dards  et  de  lances;  il  en 
est  qui  sont  bardés  de  fer,  comme  les  soldats  romains,  ou 
comme  nos  anciens  chevaliers  ;  quelques-uns  ont  des  armes  à 
feu  ,  et  plusieurs  peuples  connaissent  les  procédés  de  la  fabri- 
cation de  la  poudre.  Ces  troupes  ont  leur  tactique,  leurs  mots 
d'ordre  et  leur  discipline.  Un  certain  art  préside  à  l'attaque, 
aussi  bien  qu'à  la  défense  des  places.  Chez  quelques  nations 
de  l'Afrique  ,  la  justice  est  rendue  dans  des  assemblées  de  no- 
tables et  de  vieillards.  Il  en  est  qui  ont  aussi  des  assemblées 
politiques  et  des  institutions  libres.  Le  nègre  est  naturellement 
bon,  humain  ,  affectueux,  hospitalier.  Il  aime  passionnément 
la  musique,  la  danse,  l'éloquence,  la  poésie.  Il  a  quelques 
instrumens  dont  le  son  ne  manque  pas  de  douceur.  Ses  ora- 
teurs, ses  poètes  ont  du  feu,  de  l'imagination,  de  l'enthou- 
siasme. Les  grands  personnages  du  pays  redoutent  extrêmement 
leurs  satires  et  sont  fort  avides  de  leurs  louanges.  Quelque- 
fois ,  pour  les  obtenir,  ils  vont  jusqu'à  entreprendre  sans  sujet 
des  guerres  désastreuses.  Trop  ordinaire  effet  <l'un  amour 
malentendu  pour  la  gloire,  que  l'Europe  n'a  pas  le  droit  de 
reprocher  à  l'Afrique  ! 

Les  peuples  noirs  paraissent  avoir  fait  de  grands  progrès 
depuis  environ  un  siècle.  L'anthropophagie,  cette  habitude 
féroce  qui  a  probablement  souillé  l'enfance  de  toutes  les  na- 
tions, semble  avoir  disparu  du  continent  africain.  Les  sacri- 


sua  la  en ii.i v\i km  de  lyrique. 

(Ices  humains,  qui  caractérisent  la  seconde  période  des  sociétés» 
n'attristent  plus  1< -s  regards  du  voyageur,  si  ce  n'est  chez  Quel- 
ques peuples  de  la  Guinée  méridionale.  Vers  le  nord  de  f  A  (ri  - 

que,  les  mœurs  des  nègres  ont  des  traits  frappans  de  ressem- 
blance avec  celles  de  la  Grèce  des  siècles  héroïques,  ou  de 
notre  Europe,  bu  tenu  des  troubadours.  Ces  deux  époques 
furent,  pour  l'une  ('i  l'autre  contrée,  l'aurore  de  la  civilisa- 
tion. Le  même  développement  social  est  peut-être  réservé  aux 
Africains.  Ces  peuple!  sont  en  état  de  progrès;  c'est  un  Fait 
important  et  décisif,  car  il  prouve  qu'ils  sont  perfectibles. 

Mais,  dira-bon,  la  race  noire  est-elle  susceptible  d'une 
civilisation  aussi  développée  que  celle  de  la  race  blanche?  Ne 
présente-t-clle  pas,  comparée  à  cette  race  ,  une  infériorité  in- 
tellectuelle qui  semble  provenir  de  la  différente  conformation 
du  cerveau  ?  Le  climat  qu'elle  habite,  en  rendant  ses  besoins 
presque  nuls  ,  n'opposc-t-il  pas  un  obstacle  non  moins  insur- 
montable aux  progrès  de  son  industrie  ? 

Eh  quoi  !  jeté  par  la  nature  sous  un  ciel  brûlant  et  ora- 
geux, exposé  à  une  température  sujette  aux  variations  les 
plus  brusques  ,  entouré  de  bétes  féroces  et  de  reptiles  dé- 
vorans,  assailli  de  myriades  d'insectes  qui  sans  cesse  troublent 
son  repos,  dévorent  ce  qu'il  possède,  et  menacent  jus- 
qu'à sa  vie,  le  nègre  manque  de  besoins!  Mais,  l'ha- 
bitant du  cercle  polaire  excepté,  c'est  de  tous  les  hommes  celui 
qui  en  a  le  plus.  N'a-t-il  pas  d'ailleurs  son  genre  de  luxe,  qui 
les  multiplie  ?  Ses  femmes  ne  sont-elles  pas  fastueuses  et  co- 
quettes,  à  leur  manière?  Ils  manqueraient  de  besoins  réels 
ou  factices,  ces  hommes  qui,  pour  les  satisfaire,  domptant 
l'humanité  et  la  nature ,  s'enchaînent  l'un  l'autre  et  vendent 
jusqu'à  leurs  en  fans  ! 

Serait-il  vrai,  d'un  autre  côté,  que  le  père  commun  des 
hommes  eût  réparti  entre  eux  avec  si  peu  d'équité  le  plus  pré- 
cieux de  ses  dons ,  l'intelligence  ?  Je  pourrais  opposer  ici  au 
préjugé  contraire  à  l'espèce  noire  des  exemples  aussi  nom- 
breux qu'éclatans.  Mais  laissons  là  ce  qu'on  nommerait  sans 
doute  des  exceptions,  et  examinons  les  faits  généraux.  L'esprit 

9  1. 


3*.',  NOTICE 

du  nègre  est  fin;  son  imagination  est  vive;  son  coup-d'œil 
rapide.  Ses  idées  paraissent,  à  dire  vrai  ,  manquer  de  suite  , 
d'application  et  de  persévérance.  Supérieur  peut-être  au  blanc 
dans  tout  ce  qui  dépend  d'une  conception  instantanée  ,  il  lui 
est  inférieur  dans  ce  qui  exige  l'observation  ,  l'étude  et  le  cal- 
cul. D'où  il  suit  que,  de  noir  à  noir,  on  ne  remarque  pas  la 
même  distance  intellectuelle  qui  existe  de  blanc  à  blanc.  Les 
richesses  de  la  pensée  sont ,  chez  les  premiers  ,  plus  également 
distribuées,  et  l'Afrique  connaît  peu  cette  aristocratie  des  lu- 
mières, bien  plus  précieuse  pour  l'Europe  que  celle  des  titres. 
Mais  ,  dans  un  pays  qui  jusqu'à  ce  jour  a  offert  si  peu  de  sé- 
curité, où  le  signe  représentatif  des  richesses  est  à  peine 
connu,  faut-il  s'étonner  qu'un  petit  nombre  d'hommes  se 
soient  livrés  à  des  études  qui  exigent  à  la  fois  l'aisance  et  le 
repos  ;  que  la  science  ,  aussi  bien  que  l'industrie ,  y  compte  peu 
de  capitalistes  ?  Ajoutons  aux  autres  causes  qui  ont  ralenti  les 
progrès  de  l'espèce  noire ,  l'immense  étendue  du  continent 
qu'elle  habite.  Les  nations  ont  besoin  d'être  séparées  par  des 
intervalles  de  mers,  qui  offrent  à  la  fois  une  barrière  au  génie 
des  conquêtes,  et  une  voie  à  celui  du  commerce.  Les  progrès 
des  peuples  ont  été  presque  partout  en  raison  de  la  facilité  de 
leurs  communications  maritimes  ;  et  tous  les  grands  continens 
se  sont  montrés  paresseux  dans  la  carrière  de  la  civilisation. 
Mais  ,  lors  même  que  le  cerveau  des  noirs  serait  moins  heu- 
reusement conformé  que  celui  des  blancs,  le  mal  serait-il  ir- 
rémédiable? Ne  voyons-nous  pas  tout  exercice  développer  la 
partie  du  corps  qu'il  met  en  mouvement  ?  Si  le  jarret  du  dan- 
seur, si  le  bras  du  maître  d'armes,  croissent  en  vigueur  et  en 
volume  par  la  pratique  de  leur  art,  pourquoi  l'étude,  cette 
gymnastique  du  cerveau,  ne  produirait  elle  pas  un  effet  ana- 
logue ?  Pourquoi  le  développement  de  cet  organe  ne  se  trans- 
mettrait il  pas  des  pères  aux  enfans  ?  La  folie  est  bien  héré- 
ditaire. C'est  sans  doute  ainsi  que  les  descendans  de  tant  de 
peuples  barbares,  desGoths  ,  des  Vandales,  de  ces  Huns  dont 
la  difformité  épouvanta  jadis  nos  ancêtres,  ont  pris  place  parmi 
les  peuples  les  plus  civilisés  du  globe.  La  même  modification  a 


SUR  LA   CIVILISATION   DE  L'AI  Rioi  h.        3*6 
dû  s'opérer  chez  toutes  les  nations  policées;  elle  peut  s'opérer 

aussi  chez  la  race  noire. 

Mais,  d'où  vient  que  les  Africains,  depuis  si  [OBg-teiBS  en 
rapport  avec  les  blancs,  ont  si  peu  profité  (le  leur  exemple 
dans  la  culture  des  arts,  tandis  que  ceux-ci,  sans  modèles  et 
sans  maîtres,  se  sont  élevés  à  un  tel  degré  de  supériorité? 
Question  bien  facile  à  résoudre  ,  si  l'on  considère  que  ces 
communications  avec  la  race  blanche  ont  arrêté,  bien  plutôt 
que  favorisé  ,  les  progrès  de  la  race  noire  ;  que  les  efforts  de 
la  plus  instruite  des  deux  ont  eu  constamment  pour  résultat 
d'entretenir  et  d'exploiter  l'ignorance  de  l'autre  ! 

Maîtres  depuis  un  ten.s  immémorial  des  rives  septentrionales 
de  l'Afrique,  les  blancs  d'Asie,  Berbères,  Numides,  Persans, 
Phéniciens  ,  Maures  ,  Arabes  (1)  ,  n'ont  cessé  de  lever  sur  elle 
un  impôt  de  sang.  Les  peuples  chrétiens  ,  après  avoir  exter- 
miné les  paisibles  liabitans  du  Nouveau-Monde,  ont  entrepris 
de  le  «(peupler  d'esclaves,  en  établissant  des  marchés  d'hommes 
sur  la  rive  occidentale  de  l'infortunée  péninsule.  Les  horreurs 
de  la  traite  européenne  sont  connues;  grâce  au  ciel,  il  n'y  a 
plus  sur  ce  trafic,  dans  les  pays  civilisés,  qu'une  opinion  et 
qu'un  sentiment.  La  traite  que  font  les  Maures  est  souillée  des 
mômes  crimes,  et  les  sables  du  désert,  moins  complaisans  que 
les  flots  de  l'Atlantique,  montrent  partout  au  voyageur  les 
traces  sinistres  des  caravanes  qui  traînent  les  esclaves  aux 
marchés  barbaresques.  Au  nord,  comme  à  l'ouest  de  l'Afrique, 
la  race  blanche  s'est  montrée  si  impitoyable  envers  la  race 
noire  ,  que  les  oppresseurs  n'ont  cru  pouvoir  conserver  le  nom 
d'hommes  qu'en  le  refusant  aux  opprimés.  Si  l'on  cherchait  à 
évaluer  la  population  dont  ce  double  fléau  a  privé  l'Afrique 
on  serait  effrayé  des  résultats  d'un  pareil  calcul.  Mais  cette 
perte  est  encore  le  moindre  des  maux  nés  du  commerce  des 
esclaves.  Son  plus  grand  crime  envers  l'Afrique  est  d'y  avoir 


(i)  Quelques  migrations  européennes  se  sont  fondues  parmi  ces 
peuples,  que  je  considère  comme  de  race  blanche,  ainsi  que  le  font 
les  nègres. 


3aG  NOTICE 

fait  de  la  chasse  aux  hommes  la  plus  lucrative  de  toutes  les 
industries.  De  là  ,  le  droit  des  gens  foulé  aux  pieds;  les  liens 
de  la  société  et  de  la  famille  à  chaque  instant  rompus  :  de  là, 
les  habitans  du  littoral  abandonnant  tout  travail  utile  pour  le 
métier  de  marchands  d'hommes  ;  les  princes  toujours  armés 
contre  leurs  voisins,  et  faisant  la  chasse  à  leurs  propres 
sujets;  les  villes  détruites  aussitôt  que  fondées;  les  popula- 
lions  se  précipitant  les  unes  sur  les  autres  ;  tous  les  arts  pai- 
sibles négligés  ,  pour  une  guerre  de  brigandage  dont  l'homme 
est  le  butin. 

Cependant ,  comme  il  faut  être  juste  envers  tout  le  monde, 
môme  envers  les  négriers  ,  je  dirai  qu'il  fut  tel  tems  et  tel 
pays  où  la  traite  put  faire  partiellement  quelque  bien.  Là , 
par  exemple,  où  l'on  avait  pour  coutume  de  dévorer  les 
prisonniers  ou  de  les  immoler  aux  fétiches  ,  l'avarice  a  quelque- 
fois servi  l'humanité.  Mais  ,  aujourd'hui  que  ces  actes  de  bar- 
barie ont  généralement  cessé  ,  la  continuation  d'un  pareil  tra- 
iic  est  le  plus  énorme  des  crimes ,  et  l'Europe  doit  rougir  de 
voir  ses  enfans  entrer,  pour  le  commettre,  en  concurrence 
avec  ces  Maures  qu'elle  refuse  de  compter  parmi  les  peuples 
civilisés. 

Que  serait-ce  si,  en  comparant  les  résultats  des  deux  traites, 
il  se  trouvait  que  le  partage  le  plus  honorable  est  encore  celui 
des  Arabes  ? 

Pendant  trois  siècles,  la  soif  du  gain,  et  d'un  gain  immé- 
diat, a  seule  conduit  les  Européens  en  Afrique.  Bâtir  des 
forts,  envahir  le  territoire  ,  s'emparer  des  habitans  et  de  leur 
or,  tel  était  le  but  de  tous  leurs  actes.  Avec  un  climat  moins 
inhospitalier  et  des  enfans  moins  braves ,  l'Afrique  aurait  eu 
le  sort  de  l'Amérique.  Et  pendant  ces  trois  siècles  ,  les  Euro- 
péens eurent-ils  jamais  la  pensée/  de  communiquer  aux  Afri- 
cains quelque  idée  morale  ou  quelqu'un  de  leurs  arts  ?  Loin 
de  là  :  ils  ne  songèrent  qu'à  les  tromper  pour  les  mieux  as- 
servir. Les  Portugais  toutefois  envoyèrent  quelques  mission- 
naires dans  le  Congo;  et,  bien  que  ces  prêtres  fussent  presque 
aussi  ignorans  que  les   peuples  qu'ils  allaient   catéchiser 


its 


SUB  LA  CIVILISATION  DE  L'AFRIQUE.         »>: 

avaient  fait ,  surtout  parmi  les  chefs,  de  nombreux  prosélytes. 

Quelques  effoi  ts  de  plus,  et  nue  grande  partie  <le  l'Afrique 

serait  aujourd'hui  chrétienne.  Mais  alors,  plus  de  traite!... 
Ce  résultat  fut  bientôt  pressenti  ,  et  la  civilisation  de  l'Afrique 
fut  sacrifiée  au  système  colonial.  Les  déceptions*  les  Violences 

continuèrent  ;  et  les  nègres,  plus  effrayés  que  séduits  par  nos 
arts,  ne  virent  en  nous  que  des  objets  de  baine  et  d'effroi. 
Plus  tard,  quelques  nations  européennes,  au  premier  rang 
desquelles  il  est  juste  de  piacer  l'Angleterre  ,  ont  reconnu 
cotte  faute.  Elles  ont  senti  combien  il  importerait  à  l'Europe 
de  communiquer  ses  mœurs  à  un  immense  continent  situé  si 
près  d'elle,  et  de  ie  rendre  tributaire  de  son  industrie.  Mais  il 
était  trop  tard  :  la  déiiance  avait  pris  racine  dans  l'esprit  des 
nègres;  ils  ont  partout  semé  d'obstacles  les  routes  qui  pou- 
vaient nous  conduire  parmi  eux  ;  et,  dans  cette  carrière  trop 
long-tems  abandonnée  aux  Arabes,  nos  pins  hardis  efforts 
n'ont  encore  obtenu  que  de  faibles  progrès. 

Les  Arabes,  il  faut  l'avouer,  avaient  sur  nous  quelques 
avantages  :  ils  étaient  plus  rapprochés  du  nègre  par  le  climat, 
par  la  couleur,  par  le  degré  de  leur  civilisation.  Après  avoir 
jeté  un  grand  éclat  dans  les  sciences  et  dans  les  arts,  on  les  vit 
tout  à  coup  s'arrêter;  et  comme,  dans  le  mouvement  obligé 
de  l'esprit  humain  ,  il  faut  nécessairement  qu'un  peuple  avance 
ou  recule,  les  Arabes  rétrogradèrent.  Quelle  cause  assignerons- 
nous  à  ce  phénomène  social  ?  J'en  vois  deux  principales  : 
l'union  de  la  loi  civile  à  la  loi  religieuse,  et  la  polygamie.  Rete- 
nu par  ces  deux  liens,  l'Arabe  n'a  point  franchi  la  période 
poétique  de  l'existence  des  sociétés.  Voyager ,  combattre  et 
chanter,  voilà  toute  sa  vie.  A  ses  yeux,  les  maisons  sont  des 
tombeaux,  le  travail  est  le  partage  de  l'esclave.  Il  n'affectionne 
que  deux  professions,  le  brigandage  et  le  commerce.  Ces  deux 
professions,  qu'il  exerce  en  même  tems,  l'ont  conduit  dans  les 
régions  les  plus  lointaines.  Sobre,  courageux,  patient  jusqu'à 
l'héroïsme,  il  se  plaît  à  mesurer  ses  forces  avec  les  rigueurs 
de  la  nature.  A  la  faveur  des  déserts,  dont  il  a  fait  les 
canaux   de  son  industrie,    i!  pénètre  sur  tous  les   points  du 


328  NOTICE 

continent  africain  ;  il  le  parcourt  dans  tous  les  sens;  il  l'en- 
veloppe de  ses  caravanes.  Il  impose  aux  naturels  par 
quelques  restes  de  ses  anciens  arts  et  par  de  mauvais  fusils 
qu'il  achète  à  l'Europe.  Il  excite  ces  peuples  crédules  à 
s'armer  les  uns  contre  les  autres  ;  il  se  met  à  la  tête  de  leurs 
expéditions,  acquiert  comme  marchand  la  part  d'esclaves  qui 
ne  lui  revient  pas  comme  guerrier;  et,  traînant  après  lui  cette 
double  proie,  court  en  approvisionner  les  marchés  musulmans, 
depuis  Fez  et  Maroc  jusqu'à  la  Perse  et  aux  Indes.  Mais,  chemin 
faisant,  il  a  transmis  aux  Africains,  avec  quelques  notions  et 
quelques  habitudes  commerciales,  sa  langue,  son  écriture  et  sa 
religion.  Cette  langue,  cette  religion,  sont  dès  long-tems  ré- 
pandues sur  la  rive  orientale  de  l'Afrique.  Au  nord,  jusqu'au 
10e  degré  de  latitude,  presque  tous  les  peuples  nègres  ont 
adopté  l'islamisme;  chaque  jour,  ce  culte  fait  de  nouveaux 
progrès,  opérant  en  Afrique  une  lente,  mais  non  moins  remar- 
quable révolution.  Parmi  les  résultats  qu'elle  va  produire,  il  en 
est  dont  aucun  ami  de  l'humanité  ne  peut  méconnaître  les  avan- 
tages. Ainsi,  des  superstitions  absurdes  ou  féroces  seront 
abolies;  des  sociétés  secrètes  où  la  religion  sert  d'égide  au 
crime  (i)  seront  dissoutes;  les  mœurs  s'adouciront;  l'abus  des 
liqueurs  fortes  sera  réprimé;  la  polygamie  sera  restreinte;  enfin, 
et  c'est  ici  le  plus  grand  bienfait  de  cette  révolution,  les 
sources  de  la  traite  tariront  peu  à  peu  d'elles-mêmes;  car  la 
loi  de  Mahomet  interdit  au  musulman  de  réduire  en  servitude 
un  autre  musulman.  Aussi,  dans  les  expéditions  qui  ont  pour 
but  d'enlever  des  esclaves,  la  population  mahométane  est 
épargnée  par  ses  coreligionnaires.  On  voit  par  là  quel  puissant 


(i)  Le  pourrait ,  sorte  de  congrégation  ,  ou  de  franc-maçonnerie  de 
voleurs,  qui  gouverne  plusieurs  Etats,  entre  autres  le  Timanni.  Le 
moungo-joungo ,  ou  moumbo-joumbo ,  association  des  maris  pour  le 
châtiment  des  femmes.  Un  roi  ayant  révélé  le  secret  de  cette  association 
à  une  de  ses  femmes  qu'il  aimait  tendrement,  tous  deux  furent  poi- 
gnardés par  un  membre  de  la  société,  revêtu  du  costume  du  mounxo- 
joungo. 


si  \{  LA  CIVILISATION  DE  L'AFRIQUE.  3ag 
véhicule  porte  ce3  peuples  à  embrasser  l'islamisme;  et  l'époque 
n'est  peut-être  paa  bien  éloignée  où,  le  Coran  avant  .soumis 
l'Afrique  entière,  l'exportation  des  esclaves  cessera  sur  tous 
ses  rivages. 

Mais,  à  côté  dé  ces  bienfaits,  viennent  se  placer  des  incon- 
vcniens  graves.  La  loi  civile,  enclavée  dans  la  loi  religieuse, 
deviendra  stationnairc  comme  elle.  Les  institutions  libres  péri- 
ront ,  étouffées  par  l'influence  des  prêtres;  le  Bornou  et  les  pays 
qui  l'avoisinent  semblent  en  offrir  déjà  un  exemple.  Le  fatalisme 
engourdira  les  esprits.  Les  communications  avec  l'Europe 
deviendront  encore  plus  difficiles.  Cette  difficulté  tient  beau- 
coup à  l'influence  des  Arabes,  qui,  dépossédés  du  commerce 
exclusif  de  l'Inde  et  du  Mozambique,  veulent  du  moins  con- 
server le  monopole  de  Tombouctou  et  des  autres  grands  mar- 
chés de  l'Afrique  centrale.  Ils  interceptent  à  main  armée  les 
passages  du  désert;  ils  répandent  parmi  les  nègres  toutes  sortes 
d'erreurs  et  de  préjugés  contraires  aux  chrétiens;  ici,  ils  les 
dépeignent  comme  des  cajîrs ,  ou  idolâtres,  dont  l'aspect  seul 
donne  la  mort;  là,  ce  sont  des  cannibales  qui  dévorent  les 
esclaves  noirs  achetés  à  la  côte,  tandis  que  ceux  des  Maures, 
arrivés  à  leur  destination,  recouvrent,  disent-ils,  la  liberté  et 
sont  même  vêtus  de  rouge.  Entin,  la  conquête  de  l'Inde ,  l'expé- 
dition d'Egypte,  le  bombardement  d'Alger,  l'insurrection  des 
Grecs,  sont  racontés  et  commentés  dans  toute  l'Afrique,  pour 
persuader  à  ses  princes  que  le  but  des  Nazaréens  est  de  s'em- 
parer de  leur  territoire,  qu'ils  ne  sauraient  trop  prendre  de 
précautions  pour  leur  en  fermer  les  chemins.  Que  sera-ce 
quand  tous  les  Africains  auront  adopté  la  croyance  et  les 
mœurs  musulmanes? 

Ajoutons  que  la  polygamie,  limitée  par  la  loi  de  Mahomet, 
n'en  sera  que  plus  enracinée  dans  les  institutions  du  pays;  la 
polygamie,  le  plus  grand  obstacle  que  puisse  rencontrer  la 
civilisation!  Avec  la  polygamie,  une  moitié  de  l'humanité  est 
nécessairement  esclave,  et  l'influence  des  femmes,  si  douce,  si 
féconde  pour  le  progrès  de  la  société  humaine,  est  paralysée 
clans  son  principe.  Avec  la  polygamie,  point  de  foyer  dômes. 


33d  NOTICE 

tique,  point  de  famille!  Environné  d'une  multitude  d'enfans, 
parmi  lesquels  sa  tendresse  est  comme  dispersée,  le  père  est 
toujours  prêt  à  les  traiter  à  l'instar  de  ses  troupeaux.  Ces  en- 
fans,  héritiers  des  jalousies  de  leurs  mères,  sont  Lien  moins 
frères  que  rivaux;  et  le  trône,  que  dis-je  !  l'héritage  d'une 
tente  ou  d'une  hutte  est  souvent  le  prix  du  fratricide.  C'est  la 
polygamie  surtout  qui  a  rendu  l'Orientstationnaire.  Si  les  Grecs, 
si  les  Romains  ont  fait  faire  un  si  grand  pas  a  l'espèce  humaine, 
c'est  à  la  monogamie  qu'ils  en  sont  redevables;  et  les  institu- 
tions matrimoniales  de  ces  deux  peuples,  combinées  d'un  côté 
avec  la  morale  évangéhque ,  de  l'autre  avec  le  respect  des 
peuples  du  Nord  pour  les  femmes,  sont  la  source  de  la  civilisa- 
tion européenne  (i). 

Enfin,  et  c'est  nous  Européens  que  ce  dernier  inconvénient 
concerne,  sera-t-il  sans  danger  pour  l'Europe  d'avoir  vis-à-vis 
d'elle  l'Afrique  devenue  tout  entière  musulmane,  et  recevant 
de  Constantinople  et  de  l'Egypte  notre  discipline  militaire? 
Lorsque ,  par  la  propagation  de  l'islamisme,  les  cafirs  noirs 
viendront  à  manquer  aux  Turcs,  aux  Arabes,  aux  Barbares- 
ques,  ces  peuples  ne  viendront-ils  pas  chercher  parmi  les 
cafirs  blancs  une  plus  forte  recrue  d'esclaves?  Aujourd'hui, 
quatre  ou  cinq  mille  chrétiens,  captifs  à  Alger  et  dans  les  autres 
régences,  suffisent  pour  assouvir  l'avarice  et  l'inhumanité  du 
Maure;  et  quelques  prises  faites  aux  puissances  les  plus  faibles , 
quelques  naufrages  sur  les  rives  septentrionales  de  l'Afrique, 


(i)  Je  n'ignore  pas  que  ,  dans  beaucoup  de  contrées  de  l'empire 
ottoman  ,  et  surtout  dans  celles  que  fréquentent  les  Européens ,  la  po- 
lygamie n'est  plus  en  usage  que  parmi  les  fonctionnaires  publics,  et 
parmi  quelques  riches  voluptueux.  Delà,  sans  doute,  ce  contraste  si 
remarquable  en  Turquie  entre  la  dépravation  des  fonctionnaires  et  la 
morale  rigide  des  particuliers.  Un  jour  peut  -  être  les  gouvernails 
céderont-ils  à  l'opinion  publique  qui  méprise  les  polygames ,  et  nous 
verrons  le  sultan  licencier  son  harem.  Mais  combien  de  siècles  faudra- 
i-il  pour  que  celte  révolution ,  indépendante  de  la  loi  religieuse  ,  s'é- 
tende à  l'Afrique  mahométaneî 


SUR  LA  CIVILISATION  DE  L'AFRIQUE.        33j 
quelques  ealèvemens  de  péeheura  et  de  paysans  sur  les  côtes 

d'Italie  et   de  Sanlaigm* ,  fournissent  sans   peine  ce  continrent 

de  victimes.  Mais,  quand  les  vrais  croyons  ne  trouveront  pins 

d'esclaves    que    parmi    les  chiens    de    chrétiens ,    n'est-il    pas   à 

craindre  que  les  habitai»  de  nos  côtes  et  de  celles  d'Espagne 

ne  soient  un  jour,  comme  dans  le  moyen  âge,  traînés  par 
milliers  sous  Le  bâton  des  lîarbaresques? 

Ainsi,  soit  que  l'on  considère  sa  population  noire,  ou  sa 
population  maure  ,  l'Afrique  doit  fixer  aujourd'hui  l'attention 
de  l'homme  d'état,  aussi  bien  que  du  philantrope.  Eh!  que! 
autre  parti  à  prendre  que  de  la  rapprocher  de  nous  par  la 
ei\  ilisation  ? 

.l'ai  déjà  indiqué  les  principales  causes  qui  ont  empêché  nos 
progrès  parmi  les  peuples  noirs.  La  première  de  toutes,  c'est 
la  défiance  que  leur  inspirent  nos  intentions,  défiance  trop 
bien  motivée  par  nos  actes.  Pendant  trois  siècles,  qu'avons- 
nous  demandé  à  l'Afrique?  de  l'or  et  des  esclaves.  Que  lui 
avons-nous  donné  en  retour?  des  fusils,  de  la  poudre-,  pour 
aider  ses  enfans  à  s'entre-détruire;  des  liqueurs  fortes  pour  les 
abrutir;  quelques  objets  d'un  luxe  frivole  :  de  l'ambre,  des 
grains  de  verre,  des  chapeaux  galonnés,  des  habits  de  char- 
latan; voilà  ce  qui  a  payé  la  liberté  et  la  viedes  hommes!  Aussi  la 
civilisation,  fuyant  notre  approche ,  s'est  comme  cachée  dans  l'in- 
térieur du  pays.  Aussi,  lorsqu'une  nation  qui,  moitié  par  philan- 
tropie,  moitié  par  politique,  s'est  mise  à  la  tète  du  mouvement 
social  du  globe,  a  voulu  dans  ces  derniers  tems  faire  en  Afrique 
quelques  généreuses  tentatives,  les  résultats  ont  mal  répondu  à 
ses  efforts;  la  civilisation  qu'elle  y  avait  transportée,  est  restée 
circonscrite  dans  ses  établissemens  ;  les  villes  qu'elle  avait  fon- 
dées et  peuplées  de  malheureux  enlevés  aux  négriers,  ont  excité 
les  alarmes  des  naturels  du  pays  ;  ils  n'ont  vu  dans  cette  entre- 
prise que  le  dessein  de  s'emparer  de  leur  territoire  et  de  les 
asservir  eux-mêmes;  et  la  fougue  de  ces  barbares,  dirigeant 
tout  son  effort  sur  ce  poste  avancé  de  la  civilisation,  a  plusieurs 
fois  triomphé  de  la  tactique  européenne.  L'Angleterre  paraît 
se  fatiguer  des  pertes  que  lui  cause  l'établissement  de  Sierra- 


33a  NOTICE 

Leone.  Sans  parler  des  eirconstances  antérieures,  peut-être  le 
projet  de  cet  établissement  n'était-il  pas  bien  conçu.  On  ne 
transplante  point  chez  un  peuple  barbare  une  civilisation 
toute  faite.  Cet  arbre  veut  arriver  jeune  sur  le  sol  qu'il  doit 
ombrager  de  ses  rameaux.  Il  faut  que  la  civilisation  approprie 
ses  formes  au  climat,  à  la  nature  et  aux  productions  du  pays, 
au  caractère  des  habitans,  etc.  Elle  ne  consiste  point  dans  telle 
ou  telle  manière  de  se  loger,  de  se  nourrir,  de  se  vêtir,  mais 
dans  le  développement  des  facultés  physiques,  morales,  intel- 
lectuelles, dans  leur  application  aux  devoirs  sociaux  et  au  bien- 
être  de  la  vie.  Ce  développement,  fruit  de  la  liberté  garantie 
aux  personnes,  aux  opinions  et  aux  propriétés,  ne  peut  être 
que  graduel  chez  les  peuples  comme  chez  les  individus.  Si 
donc  les  nations  européennes  veulent  accélérer  le  progrès  social 
des  noirs,  il  faut  qu'elles  s'attachent,  non  pas  à  leur  faire  tout 
d'un  coup  comprendre  et  goûter  l'ensemble  de  notre  civilisa- 
tion ,  mais  à  leur  suggérer  peu  à  peu  les  moyens  de  développer 
celle  dont  le  germe  est  déjà  déposé  parmi  eux.  Il  faut,  en 
proscrivant  sévèrement  la  traite,  donner  à  l'Afrique,  en  échange 
des  nombreux  produits  de  son  sol,  non  plus  des  armes  et  des 
liqueurs  fortes,  mais  des  outils  et  des  instrumens  d'agriculture. 
Il  faut  que  les  esclaves  enlevés  aux  négriers  soient  placés  pour 
quelque  tems  dans  les  ateliers  de  nos  possessions  en  Afrique, 
et  ensuite  renvoyés  dans  leur  pays  natal  avec  les  instrumens 
de  leur  nouvelle  profession.  Ces  hommes  sauront  peu  de  chose, 
sans  doute;  mais  le  peu  qu'ils  sauront,  ils  l'approprieront  aux 
besoins  du  pays.  Il  faut  engager  des  ouvriers,  soit  européens, 
soit  plutôt  hommes  de  couleur  de  nos  colonies,  à  aller  séjourner 
quelque  tems  au  milieu  des  populations  africaines,  afin  d'y 
répandre  les  procédés  de  nos  arts.  Celui  qui  introduirait  parmi 
les  noirs  l'usage  de  la  roue,  du  rouet,  du  moulin;  celui  qui 
leur  enseignerait  à  bâtir  une  digue,  un  pont,  une  chaussée,  à 
préserver  leurs  habitations  de  l'invasion  des  insectes  sans  les 
remplir  de  fumée,  aurait  fait  faire  un  grand  pas  à  la  civilisation 
africaine.  Celui-là  aurait  fait  plus  encore,  qui  aurait  donné  à 
l'Afrique  un  alphabet  propre  à  écrire  les   idiomes  du   pays, 


SI  II  LA  CIVILISATION  DE  L'AFRIQUE.  333 
Jusqu'à  présent ,  l'arabe  est  en  Afrique  à  peu  près  la  seule 
langue  écrite.  Or,  cette  langue  n'y  est  point  vulgaire;  elle 
soumet  les  peuples  africains  à  l'influence  des  Maures  et  des 

Marabouts,  qui  seuls  enseignent  à  la  lire  et  à  l'écrire,  et  qui  ne 
leur  donnent  point  d'autre  livre  que  le  Coran  et  ses  commen- 
taires. La  langue  arabe  est  pour  l'Afrique  ce  qu'était  la  langue 
latine  pour  l' Europe  (lu  moyen  âge.  Pour  échapper  aux  té- 
nèbres de  cette  période,  il  a  fallu  que  chaque  peuple  défrichât 
son  propre  idiome  et  se  fît  une  littérature  nationale. 

L'emploi  des  moyens  que  nous  venons  d'indiquer  ramenant 
peu  à  peu  vers  nous  la  confiance,  et  la  cessation  de  la  traite 
rendant  plus  rares  les  guerres  des  indigènes  entre  eux,  il  de- 
viendra moins  difficile  de  pénétrer  dans  le  pays.  Les  chefs  qui 
le  régissent  se  détermineront  à  ouvrir  les  routes,  c'est-à-dire, 
à  permettre  qu'on  traverse  leur  territoire  pour  aller  commercer 
chez  leurs  voisins.  On  pourra  de  proche  en  proche  les  décider 
à  autoriser  le  transit,  moyennant  certains  droits  de  passage. 
Les  germes  de  cet  établissement  existent  déjà  dans  quelques 
contrées,  et  les  résultats  ne  tarderont  pas  à  convaincre  ces 
princes  qu'il  est  tout  à  leur  avantage.  On  pourrait  alors,  en 
employant  des  hommes  du  pays,  commercer  de  la  côte  avec 
l'intérieur,  soit  en  remontant  les  fleuves  au  moyen  de  bateaux 
à  vapeur,  soit  en  établissant  des  caravanes,  comme  les  Arabes. 
Le  commerce,  en  se  développant,  répandrait  bientôt  sur  ses 
traces  les  lumières,  le  bien-être  et  la  civilisation.  De  notre  tems, 
le  commerce  est  le  plus  persuasif  de  tous  les  missionnaires. 
Néanmoins,  pourquoi  ne  ferait-on  pas  quelques  tentatives  pour 
appeler  au  christianisme  les  nations  africaines?  La  supériorité 
de  cette  religion,  même  sous  les  rapports  humains,  les  seuls 
que  j'envisage  ici,  est  trop  évidente  pour  que  je  cherche  à  la 
prouver.  Le  christianisme  ne  ferait-il  qu'abolir  la  polygamie;  là 
où  il  s'établit,  la  cause  de  la  civilisation  est  gagnée. 

Il  ne  faut  pas  croire  que  la  polygamie  soit  inhérente  aux 
mœurs  et  à  la  constitution  physique  des  peuples  noirs.  Mon- 
tesquieu attribue  cet  usage,  quia  pour  conséquence  nécessaire 
l'esclavage  des  femmes,  à  leur  trop  prompte  nubilité  dans  les 


334  NOTICE 

pays  chauds.  «  Quand  la  beauté  ,  dit-il ,  demande  l'empire,  la 
raison  le  fait  refuser;  quand  la  raison  pourrait  l'obtenir,  la 
beauté  n'est  plus.  Les  femmes  doivent  être  dans  la  dépendance.» 
Eh  bien ,  cette  observation  n'est  point  applicable  à  la  race  noire  : 
tandis  qu'au  nord  de  l'Afrique,  les  femmes  de  race  arabe,  ou 
berbère,  sont  nubiles  à  dix  ans,  celles  du  Bornou,  à  20  degrés  au 
sud,  ne  le  sont  qu'à  quinze,  c'est-à-dire,  plus  tard  qu'en  Italie. 
D'un  autre  côté,  la  polygamie  est  si  peu  fondée  sur  un  excès 
des  facultés  prolifiques  chez  l'homme  noir,  que  les  Européens 
qui  voyagent  en  Afrique  sont  partout  importunés  de  gens  qui 
sollicitent  des  remèdes  contre  l'impuissance.  La  polygamie 
n'existait  point  dans  l'ancienne  Egypte.  Quelle  cause  a  donc  in- 
troduit et  maintenu  parmi  les  Africains  cette  monstrueuse 
institution?  La  même  qui  l'avait  établie  chez  les  barbares  du 
Nord  :  l'abus  de  la  force. 

Le  Nègre  tient  plus  à  l'usage  des  liqueurs  fortes  qu'à  la  plu- 
ralité des  femmes;  et  pourtant,  il  se  range  partout  sous  la  loi 
de  Mahomet;  le  grand  obstacle  à  l'adoption  du  christianisme 
n'est  donc  pas  dans  les  mœurs  du  Nègre.  Il  est  plutôt  dans  les 
progrès  de  cette  autre  loi  préconisée  par  les  Maures  qui,  soit 
marchands,  soit  brigands,  pénètrent,  dominent  partout,  et. 
ont  imprimé  à  l'Africain  une  sorte  de  terreur  superstitieuse. 
Une  autre  difficulté  naîtrait  de  la  concurrence  qui  ne  manque- 
rait pas  de  s'établir  entre  les  sectes  chrétiennes.  Ainsi,  en 
s'abstenant  de  tout  prosélytisme,  on  abandonne  l'Afrique  aux 
sectateurs  du  Coran;  en  y  introduisant  la  foi  chrétienne,  on 
l'expose  au  fléau  des  guerres  de  religion.  Fâcheuse  alternative, 
dont  on  ne  peut  sortir  qu'en  associant  à  la  propagation  du 
christianisme  cette  tolérance  religieuse,  le  plus  grand  bienfait 
que  le  ciel  puisse  accorder  à  la  terre,  le  culte  le  plus  pur  que 
l'homme  puisse  offrir  au  Créateur! 

Nous  avons  osé  tracer  le  plan  que  les  nations  européennes 
devraient  suivre  pour  accélérer  la  civilisation  des  peuples  noirs. 
Résumons-en  les  principales  bases. 

i°  Compléter  le  bienfait  de  l'abolition  de  la  traùe,  en  dé- 
terminant à  y  concourir  les  puissances  qui  tolèrent  encore  ce 


SUR  LA  CIVILISATION  DE  L'AFRIQUE.        535 

trafic,  el  en   redoublant  dYlforts  pour  la  saisie  des  navires 
négriers. 

a°Plaoer  dans  des  ateliers  les  nègres  arrachés  à  la  traite  et 
les  renvoyer  ensuite  dans  leur  pays  natal,  munis  des  instru- 

meni  de  leur  nouvelle  profession. 

>"  Engager  à  Les  suivre,  soit  des  ouvriers  européens,  soit 
«les  hommes  de  couleur  exerçant  des  professions  mécaniques. 

4°  Donner  aux  Africains,  en  échange  des  produits  de  leur 
sol,  des  instrumens  d'agriculture  et  d'autres  outils  dont  on 
ieur  enseignerait  l'usage. 

5"  Engager,  par  le  paiement  de  droits  de  transit,  les  princes 
noirs  à  ouvrir  leur  territoire  aux  marchands  européens,  ou 
autres,  et  faire,  d'abord  aux  frais  des  gouvernemens,  quel- 
ques expéditions,  en  employant  la  voie,  soit  des  bateaux  à 
vapeur,  soit  des  caravanes. 

6°  Approprier  l'alphabet  européen  aux  dialectes  africains 
les  plus  répandus,  et  former,  au  moyen  de  l'enseignement  mu- 
tuel, des  instituteurs  noirs  qui  s'en  iraient  de  proche  en  proche 
propager  l'instruction  dans  l'intérieur. 

7°  Répandre  gratuitement  en  Afrique  des  livres  écrits  dans 
ces  dialectes ,  tels  qu'un  abrégé  de  la  Bible,  quelques  alma- 
nachs,  quelques  traités  contenant  des  notions  simples  d'arith- 
métique, de  géographie,  d'arts  mécaniques,  de  morale,  etc. 

8°  Essayer  d'introduire  le  christianisme  en  Afrique,  en  pre- 
nant toutefois  les  plus  grandes  précautions  pour  le  respect  de 
la  liberté  religieuse. 

Les  résultats  de  ce  plan  seraient  lents  et  insensibles;  mais 
ils  n'en  seraient  que  plus  sûrs.  Hommes  qui  voulez  créer  pour 
un  long  avenir,  imitez  la  nature  dans  le  développement  gra- 
duel de  ses  productions.  Toute  entreprise  qui  a  pour  but  de 
modifier  les  institutions  et  les  mœurs  d'un  peuple  doit  prendre 
le  tems  pour  auxiliaire;  la  lenteur  de  sa  marche  est  presque  une 
garantie  de  son  succès. 

La  population  maure  qui  habite  le  nord  de  l'Afrique  est? 
en  grande  partie  du  moins,  originaire  d'Arabie;  semblables  aux 
couches  de  lave  qui  ont  coulé  d'un  volcan,  les  différentes  masses 


33G  NOTICE 

dont  elle  se  compose ,  portent  encore  dans  leur  caractère  et 
dans  leurs  mœurs  les  dates  diverses  de  leurs  migrations.  Celles 
qui  sont  arrivées  les  premières  sur  le  sol  africain ,  ont  fini  par 
y  prendre  racine  et  sont  devenues  agricoles;  les  autres  subi- 
ront peu  à  peu  la  même  influence,  à  l'exception  des  hordes 
du  désert.  Encore  le  désert,   tout  stérile  qu'il  est,  a-t-il  été 
partagé  par  ces  hordes.  Chaque  tribu  y  reconnaît  des  fron- 
tières et  n'a  pas  le  droit  d'errer  sur  les  sables  de  la  tribu  voi- 
sine. Le  passage  des  caravanes  trace  déjà  sur  ces  sables  quel- 
ques lignes  où  le  commerce  répand  ses  bienfaits.  Que  faut-il 
pour  rendre  ce  passage  plus  fréquent  et  ces  lignes  plus  nom- 
breuses? Que  la  population  de  l'Afrique  centrale  s'accroisse  et 
se  civilise;  que  les  Maures  moins  fanatiques  comprennent  qu'il 
est  de  leur  intérêt  de  favoriser  les  relations  de  l'Europe  avec 
ce  continent,  relations   dont  le  désert  leur  est  garant   qu'ils 
resteront  en  grande  partie  les  intermédiaires.  Or,  si  je  ne 
me  trompe,  la  religion  musulmane  s'adoucit  chez  ses  anciens 
sectateurs.  Le  sultan  appelle,  dit-on,  ses  sujets  sous  les  dra- 
peaux, sans  distinction  de  culte.  Le  pacha  d'Egypte  envoie  les 
siens  s'instruire  parmi  nous.  Celui  de  Tripoli  ouvre  aux  An- 
glais les  routes  du  Bornou  et  du  Soudan.  Un  ambassadeur  de 
Tunis  a  figuré  au  sacre  du  roi  de  France.  Que  les  nations  eu- 
ropéennes encouragent  par  leur  exemple  l'esprit  de  tolérance 
qui  semble  gagner  les  Turcs  et  qu'ils  transmettront  aux  Maures; 
qu'elles  aillent  au  devant  d'eux  pour  leur  communiquer  nos 
arts,  pour  les  éclairer  sur  les  avantages  réciproques  d'un  com- 
merce paisible.  Elles  verront  peu  à  peu  ces  gouvernemeus  si 
terribles  s'adoucir  pour  se  consolider,  ces  peuples  si  sauvages 
se  civiliser  pour  s'enrichir.  Au  milieu  du  mouvement  qui  en- 
traîne tous  les  états  vers  ira  meilleur  ordre  de  choses,  il  en 
est  un  qui  semble  rester  immobile  :  Alger  est  toujours  le  fa- 
rouche Alger.   Mais  de  qui  émane  le  gouvernement  de  cette 
prétendue  régence?  Du  grand-seigneur?  Non.  —  Des  naturels 
du  pays?  Encore  moins.  Quelques  milliers  d'aventuriers  ont 
formé  dans  Alger  une  milice  tyrannique ,  qui  seule  élève  et 
renverse  à  son  gré  un  despote  toujours  choisi  dans  son  sein. 


SUR  LA  CIVILISATION  DE  L'AFRIQUE.  *3? 
Celte  milice  se  recrute  dans  la  lie  de  Constantinople  el  des 
antres  villes  turques.  C'est,  à  proprement  parler,  l'aristocratie 
du  vagabondage;  et,  dès  la  première  génération  de  cette  sin- 
gulière noblesse  ,  les  fils  semblent  tellement  dégénérés  du  bri- 
gandage de  leurs  pères,  qu'ils  ne  sont  admis  dans  leurs  rangs 
qu'avec  défiance.  Or,  voilà  les  hommes  qui,  improprement 
nommés  Algériens,  oppriment  les  naturels  du  pays  exclus, 
comme schisma tiques ,  de  toute  part  au  pouvoir  (ij;  qui,  sou- 
vent maîtres  de  Tunis,  imposent  par  la  terreur  à  toute  la  côte 
voisine  leur  propre  barbarie;  qui  viennent  sur  les  vaisseaux,  et 
jusque  sur  les  rivages  de  l'Europe,  lever  chaque  jour  un  tribut 
d'esclaves!  et  l'Europe  hésite  à  envoyer  vingt  mille  hommes  s'em- 
parer de  cette  ville,  en  chasser  la  soldatesque  qui  l'opprime, 
.délivrer  les  esclaves  noirs  et  blancs  qui  y  gémissent,  détruire 
l'arsenal ,  démanteler  la  place  et  remettre  le  gouvernement,  soit 
au  sultan,  soit  aux  naturels  du  pays,  en  stipulant  le  respect  du 
droit  des  gens  et  le  libre  passage  vers  l'Afrique  centrale  (a)!  Jamais 
armée  n'aurait  mieux  mérité  le  nom  de  libératrice  :  elle  le  serait  à 
l'égard  des  Européens  ,  à  l'égard  des  noirs,  même  à  l'égard  des 
Maures;  et  le  désintéressement  que  l'Europe  montrerait,  en 
restituant  sa  conquête,  donnerait  une  impulsion  efficace  à  ce 
mouvement  général  de  civilisation  qui  se  fait  sentir,  même  en 
Afrique,  et  qui  doit  entraîner  enfin  tous  les  peuples  vers  la 
plus  douce  confraternité  (3). 

Chauvet. 


(i)  Les  Maures  d'Afrique  sont  de  la  secte  d'Abou-Bèkre. 

(■i)  Voyez  ci-après  la  Note  relative  a  Y  Association  anti-pirate. 

(3)  L'auteur  de  cette  Notice  se  trouvait  sur  la  flotte  qui,  en  i8oj  , 
se  rendit  à  Alger,  sous  le  commandement  de  Jérôme  Bonaparte,  pour  le 
rachat  des  esclaves  génois.  Parmi  deux  centsesclaves  environ  qui  furent 
rachetés,  il  se  trouva  un  certain  nombre  de  Français,  pris  sous  divers 
pavillons.  L'un  d'eux,  fort  avancé  en  âge,  et  captif  depuis  quarante 
ans,  avait  presque  entièrement  oublié  la  langue  de  sa  patrie.  lorsque  le 
consul  français,  M.  Duhois-Thainville,  signifia  au  dey  que  ,  Gènes 
étant  réunie  à  la  France  ,  les  Algériens  ne  devaient  plus  courir  sus  aux 
t.  xxxvn.  —  Janvier  1828.  11 


3^8  NOTE 

Aote  (servant   (I'appendicf.   au  mémoire  qui  précède  ) 

SUR     LA      NÉCESSITÉ     ET    LES    MOYENS    DE     FAIRE    CESSER 
LES    PIRATER i ES    DES    ÉTATS    EARRARESQUES. 

L'Europe  civilisée  s'est  occupée  des  moyens  d'opérer  l'abo- 
lition de  la  traite  des  noirs  sur  la  côte  occidentale  de  l'Afrique; 
mais  elle  a  fait  peu  d'attention  à  la  cote  septentrionale  dont  les 
marchés  de  chair  humaine  sont  alimentés  par  des  esclaves  de 
race  blanche,  enlevés  sur  les  rives  européennes, de  la  Méditer- 
ranée. Les  pirates  d'Alger,  de  Tunis,  de  Tripoli,  se  sont  ce- 
pendant fait,  depuis  long-tcms,  une  habitude  d'armer  en  course 
pour  attaquer  les  bàtimens  marchands,  s'emparer  de  leurs 
équipages,  les  conduire  comme  esclaves  en  Afrique;  et  de  faire 
également  des  descentes  sur  les  côtes  de  Sicile,  de  l'Italie,  de 
l'Adriatique,  d'où  ils  enlèvent  des  populations  entières. 

Parmi  les  hommes  qui  se  sont  élevés  avec  le  plus  d'énergie 
contre  ce  honteux  brigandage,  l'amiral  sir  Sidney  Smith  s'est 
distingué  par  l'énergie  de  ses  réclamations  adressées  aux  Souve- 
rains, et  par  le  projet  d'une  Société  anti-pirate  ,  spécialement 
destinée  à  faire  cesser  les  brigandages  des  États  barbaresques. 
lia  fait  voir,  à  diverses  reprises ,  combien  il  était  absurde  et 
monstrueux  qu'un  barbare  put  à  son  gré  s'emparer  des  sujets 
des  princes  chrétiens,  les  réduire  au  plus  horrible  esclavage, 
les  dévouer  à  la  mort,  selon  son  caprice,  et  extorquer  un  tribut 
des  princes  assez  faibles  pour  consentir  a  payer  ces  honteuses 
contributions. 

Il  proposait  aux  nations  les  plus  intéressées  au  succès  de 
cette  noble  entreprise  de  s'engager  par  traité  à  fournir  leur 
contingent  d'une  force  maritime  qui,  sans  compromettre  aucun 
pavillon,  et  sans  dépendre  des  guerres  ou  des  crises  politiques 


navires  génois,  celui-ci  s'écria,  dit-on,  en  langue  franque  :  Che  vulir 
t,tu  Bonaparte  ?  vulir  mangiar  luito  ?  e  mi,  che  mangiar?  «  Que  veut-il , 
<e  Bonaparte?  veut-il  manger  tout?  et  moi,  que  mangerai-je?»  ou  plu- 
tôt :  «  qui  mangerai-je?  » 


SERVANT  D'APPENDICE,  ne,  I3g 

des  peuples,  aurait  été  constamment  chargée  de  la  protection 
des  côtés  de  la  Méditerranée  ,  et  du  soin  de  surveiller,  d'ar- 
rêter et  de  poursuivre  tous  tes  pirates  par  terre  et  par  mer. 

Avoué  et  protégé  par  tonte  l'Europe,  ee  pouvoir  fut  parvenu 
sans  doute  à  rendre  au  commerce  une  parfaite  sécurité,  et  eût 
concouru  à  civiliser  peut-être  les  côtes  septentrionales  de 
l'Afrique.  Le  blocus  des  forces  navales  barbaresques  entrepris 
par  cette  armée  protectrice,  avec  la  coopération  des  ambassa- 
deurs de  tous  les  princes  et  Etats  de  la  chrétienté,  n'eut  point 
tardé  à  amener  le  résultat  désiré. 

Sir  W.  Sldnev  Smith  adressa  des  circulaires  aux  consuls  rési- 
dans  près  des  puissances  barbaresques;  il  publia  dés  adresses  au 
prince  régent,  ainsi  que  les  lettres  des  personnes  influentes  qui 
voulaient  contribuer  à  l'abolition  de  l'esclavage  des  blancs;  il 
mit  également  au  jour  des  rapports  sur  les  horribles  traitemens 
éprouvés  par  les  esclaves  blancs  à  Alger,  et  ouvrit  une  sous- 
cription afin  de  les  racheter.  Le  fonds  devait  en  être  plus  spé- 
cialement consacré  au  rachat  des  Allemands  dont  les  gouver- 
nemens  n'entretenaient  aucune  relation  avec  les  barbaresques. 

Parmi  un  grand  nombre  de  Pièces  annexées  au  Rapport  du 
Président  de  la  Réunion  des  Chevaliers  de  tous  les  Ordres  de 
r Europe,  qui  eut  lieu  à  Vienne,  le  29  décembre  1814,  nous 
placerons  ici  le  Mémoire  n°  1 ,  qui  expose  le  plan  et  le  but  de 

l'iNSTITUTION    ANTI-PIRATE. 

Londres  ,  août  181  4- 
Pendant  que  l'on  discute  les  moyens  d'opérer  l'abolition  de 
la  traite  des  nègres  sur  la  côte  occidentale  de  l'Afrique,  et 
que  l'Europe  civilisée  s'efforce  d'étendre  les  bienfaits  du  com- 
merce, ceux  de  la  sécurité  des  personnes  et  des  propriétés 
dans  l'intérieur  de  ce  vaste  continent,  peuplé  d'hommes  doux, 
industrieux  et  capables  de  jouir  au  plus  haut  degré  des  avan- 
tages de  la  civilisation,  il  est  étonnant  qu'on  ne  fasse  aucune 
attention  à  la  côte  septentrionale  de  cette  même  contrée,  ha- 
bitée par  des  pirates  turcs,  qui,  non-seulement  oppriment  les 
naturels  de  leur  voisinage ,  mais  les  enlèvent  et  les  achètent 
comme  des  esclaves  pour  les  employer,  dans  les  batimens  ar- 

22. 


340  NOTE 

niés  en  course,  à  arracher  à  leurs  foyers  d'honnêtes  cultiva- 
teurs, de  paisibles  habitans  des  côtes  de  l'Europe.  Ce  honteux 
brigandage  ne  révolte  pas  seulement  l'humanité;  mais  il  en- 
trave le  commerce  de  la  manière  la  plus  nuisible,  puisque 
aucun  marin  ne  peut  naviguer  aujourd'hui  dans  la  Méditerra- 
née, ni  même  dans  l'Atlantique,  sur  un  bâtiment  marchand, 
sans  éprouver  la  crainte  d'être  enlevé  par  des  pirates,  et  con- 
duit esclave  en  Afrique. 

Le  gouvernement  d'Alger  se  compose  des  officiers  d'un 
orta  ou  régiment  de  janissaires,  soldatesque  révoltée,  pré- 
tendant ne  pas  reconnaître,  même  en  apparence,  l'autorité  de 
la  Porte  Ottomane,  qui  cependant  n'avoue  pas  cette  indé- 
pendance :  le  dey  est  toujours  celui  des  officiers* de  l'orta  qui 
s'est  le  plus  distingué  par  sa  cruauté.  Il  se  maintient  à  la  tète 
de  la  régence,  ou  divan,  en  enrichissant  ses  confrères,  c'est- 
à-dire,  en  leur  permettant  toutes  sortes  de  violences  en  Afrique, 
et  de  pirateries  par  mer  contre  les  nations  européennes  faibles, 
ou  dont  il  n'a  pas  à  redouter  la  vengeance  immédiate. 

Le  pavillon  ottoman  même  ne  suffit  pas  pour  protéger  sçs 
sujets  grecs,  et  les  mettre  à  l'abri  des  attentats  des  corsaires 
algériens.  Dernièrement  le  dey,  soit  par  un  caprice  de  cruauté, 
soit  par  une  politique  barbare,  dont  le  but  est  de  détruire  le 
commerce  de  ses  rivaux  de  Tunis  et  de  Tripoli,  fit  pendre  les 
équipages  de  quelques  bâtimens  de  l'Archipel  et  d'Égypie, 
chargés  de  blé,  et  tombés  en  son  pouvoir. 

Le  pacha  d'Égypie,  dans  sa  juste  colère,  a  fait  arrêter  tous 
les  Algériens  qui  se  trouvaient  dans  ses  Etats ,  et  réclame  eu 
vain  la  restitution  des  cargaisons  injustement  saisies  par  le 
dey  d'Alger. 

La  Porte  Ottomane  voit  avec  indignation,  et  même  avec 
ombrage,  qu'un  vassal  révolté  ose  se  permettre  les  actes  les 
plus  outrageans,  les  plus  atroces  contre  ses  sujets  paisibles, 
et  qu'il  entrave  un  commerce  dont  elle  a  plus  que  jamais  be- 
soin pour  payer  les  troupes  des  pachas  employés  sur  la  fron- 
tière orientale  de  l'empire  ottoman  à  combattre  les  VTa- 
chabilts   et    les   autres  nombreuses   tribus  arabes  qui,  sous 


SERVANT  D'APPENDICE,  wc.  ; , . 

l'influence  de  ces  sectaires,  ne  cessent,  por  leur  invasion,  u<- 
menacer  l'existence  de  ce  gouvernement..; 

Si  un  barbare,  se  disanl  prince  indépendant,  quoique  hum 
reconnu  tel  par  le  sultan  ottoman,  son  souverain  légitime, 
peut,  à  son  gré,  menacer,  effrayer,  pendre  les  Grecs  et  les 
maiins  des  petits  étais  européens,  qui  seuls  font,  un  commerce 
que  lt's  bàtimens  des  grandes  puissances  ne  trouvent  point 
assez  avantageux  pour  être  suivi,  parce  qu'ils  ne  peuvent 
naviguer  à  aussi  peu  de  frais;  si  ce  chef  audacieux  de  pirates 
peut,  quand  bon  lui  semblera,  intercepter  les  cargaisons  de 
blés  destinés  pour  l'Europe,  les  peuples  civilisés  sont,  par  ce 
fait,  sous  la  dépendance  d'un  chef  de  voleurs  qui,  à  leur  insu, 
pourrait  augmenter  leur  détresse,  ou  même  achever  de  les 
affamer  dans  tin  tems  de  disette. 

Le  barbare  a  aussi  un  moyen  formidable  d'extorquer  de 
l'argent  des  princes  chrétiens  :  il  les  menace  (ce  qu'il  vient 
de  faire  par  rapport  à  la  Sicile)  de  mettre  à  mort  ceux  de 
leurs  sujets  tombés  en  son  pouvoir;  sa  cruauté  connue,  ren- 
dant ses  menaces  très  -  redoutables,  lui  devient  un  moyen 
de  faire  servir  l'argent  d'un  prince  chrétien  à  soutenir  la  guerre 
qu'il  déclare  à  l'autre;  il  peut  ainsi  mettre  toute  l'Europe  a 
contribution,  et  forcer,  pour  ainsi  dire,  les  nations,  à  tour 
de  rôle,  à  payer  un  tribut  à  sa  férocité,  en  achetant  de  lui  la 
vie  de  malheureux  esclaves  et  la  paix. 

Il  est  inutile  de  démontrer  qu'un  tel  état  de  choses  est  non- 
seulement  monstrueux,  mais  absurde,  et  qu'il  n'outrage  pas 
moins  la  religion  que  l'humanité  et  l'honneur.  Les  progrès 
des  lumières  et  de  la  civilisation  doivent  nécessairement  le 
faire  disparaître. 

Il  est  évident  que  les  moyens  militaires  employés  jus- 
qu'à ce  jour  par  les  princes  chrétiens  pour  tenir  en  échec 
ceux  des  États  barbaresques  ont  été,  non-seulement  insuffi  - 
sans,  mais  ont  eu  le  plus  souvent  pour  résultat  de  consolider 
davantage  le  dangereux  pouvoir  de  ces  barbares.  L'Europe  a 
paru  long- tems  se  reposer  sur  les  efforts  des  chevaliers  de 
Saint- Jean  de  Jérusalem,  et  n'a  point  assez  vu  que  cet  ordre 


3/,  2  NOTE 

chevaleresque  n'avait,  dans  les  derniers  tems,  ni  assez  de 
pouvoir,  ni  peut  être  assez  d'énergie  pour  contrebalancer  et 
repousser  les  agressions  toujours  renaissantes  de  ces  nombreux 
pirates.  D'ailleurs,  par  son  institution  même,  l'ordre  de  Malte, 
obligé  de  ne  point  transiger  avec  les  infidèles,  ne  pouvait 
mettre  à  profit  toutes  les  ressources  de  la  politique ,  en  faisant 
des  traités  d'alliance  avec  ceux  d'entre  eux  qui  sont  plutôt 
victimes  eux-mêmes  du  système  pirate  qu'actifs  coopératcurs; 
comme,  par  exemple,  Tunis  et  Maroc,  gouvernés  tous  deux 
par  des  princes  nés  dans  ces  États,  qui  depuis  long-tems  se 
sont  montrés  bien  disposés,  et  sont  capables  de  maintenir  avec 
les  puissances  européennes  des  relations  commerciales  et  de 
bon  voisinage.  Ainsi  la  résurrection  de  cet  ordre,  après  le  sui- 
cide politique  qu'il  a  commis  sur  lui-même,  ne  pourrait  suffire 
seul  au  but  qu'on  se  propose.  Ce  but  honorable  est  de  mettre 
pour  toujours  l'Europe  à  l'abri  des  attentats  des  corsaires  afri- 
cains ,  et  de  faire  succéder  à  des  États  essentiellement  pirates , 
depuis  Barherousse ,  des  gouvernemens  utiles  au  commerce,  et  en 
harmonie  avec  toutes  les  nations  civilisées. 

Maintenant,  quels  sont  les  moyens  à  employer?  Le  soussigné 
voudrait  pouvoir  faire  partager  à  toute  l'Europe  sa  convic- 
tion ,  résultat  de  trente  années  d'étude  et  d'examen  approfondi. 
Il  n'a  cessé,  pendant  son  ministère  à  la  cour  ottomane,  de 
s'occuper  du  sujet  qu'il  traite  aujourd'hui;  il  s'en  est  occupé 
dans  les  camps,  sur  les  flottes  de  cette  même  puissance,  et 
pendant  tout  le  cours  de  ses  rapports  assez  connus  avec  les 
nations  et  tribus  de  l'Afrique  et  de  l'Asie. 

Cette  conviction  intime  de  la  possibilité  de  faire  cesser 
promplement  le  brigandage  des  États  barbaresques  ne  saurait 
être  mieux  prouvée  que  par  l'offre  qu'il  fait  de  prendre  la  di- 
rection de  l'entreprise,  si  l'on  met  à  sa  dispostion  les  moyens 
nécessaires. 

Animé  par  le  souvenir  de  ses  sermens ,  comme  chevalier,  et 
désirant  exciter  la  même  ardeur  dans  les  autres  chevaliers 
chrétiens,  il  propose  aux  nations  les  plus  intéressées  au  succès 
de  cette  noble  entreprise,  de  s'engager  par  traité  à  fournir  leur 


SERVANT  D'APPENDICE*  i-.tc.  ?£S 

contingent  d'une  force  maritime,  et  j)our  ainsi  dire  amphibie, 
qui,  sans  compromettre  Aucun  pavillon,  et  sans  dépendre  des 
guerres  on  des  crises  politiques  des  nations,  aurait  constamment 
la  garde  des  côtes  de  la  Méditerranée,  et  le  soin  important  de 
surveiller,  d'arrêter  et  de  poursuivre  tous  les  pirates  par  terre 
et  par  mer.  (le  pouvoir,  avoué  et  protégé  par  toute  l'Europe, 
non- seulement  rendrait  au  commerce  une  parfaite  sécurité, 
mais  finirait  par  civiliser  les  côtes  de  l'Afrique  ,  en  empêchant 
ses  habit  an  s  de  continuer  Jeur  piraterie,  au  préjudice  de  leur 
industrie  productive  et  de  leur  commerce  légitime. 

dette  force  protectrice  et  imposante  commencerait  par  un 
blocus  rigoureux  des  forces  navales  des  barbaresqiu  s,  partout 
où  il  pourrait  s'en  trouver:  en  même  tems,  les  ambassadeurs 
de  tous  les  souverains  et  États  de  la  chrétienté  devraient  se  soute- 
nir mutuellement,  en  représentant  à  la  Porle  Ottomane  qu'elle 
ne  peut  qu'être  responsable  elle-même  des  actes  hostiles  de  ses 
sujets,  si  elle  continue  de  permettre  flans  ses  états  le  recrutement 
des  garnisons  en  Afrique,  qui  ne  lui  sont  d'aucune  utilité  > 
tandis  que  ces  forces  pourraient  être  mieux  employées  contre 
ses  ennemis  que  contre  les  puissances  européennes  ses  amies; 
en  exigeant  d'elle  un  désaveu  formel  et  une  interdiction  authen- 
tique des  guerres  que  ces  chefs  rebelles  déclarent  à  l'Europe. 

On  pourrait  engager  la  Porte /Ottomane  à  donner  de  l'avan- 
cement et  des  récompenses  à  ceux  des  janissaires,  capitaines 
de  frégates,  et  autres  marins  algériens  qui  obéiraient  à  l'appe 
du  sultan,  et  par  ce  moyen,  le  dey  se  trouverait  bientôt  aban-i 
donné  ,  et  sans  grands  moyens  de  défense. 

Cette  même  influence  pourrait  être  employée  d'autant  plus 
efficacement  à  Tunis,  que  ce  pays  est  souvent  en  guerre  avec 
Alger,  dont  il  a  réellement  tout  à  craindre.  D'ailleurs,  le  chef 
du  gouvernement  tunisien  est  d'un  caractère  tout  opposé  à 
celui  du  dey  d'Alger  :  il  se  prêtera  volontiers  à  tout  ce  qui 
pourra  civiliser  son  pays  ,  et  amener  la  prospérité  de  son  em- 
pire. La  paix  entre  Tunis  et  la  Sardaigne,  qui  a  tant  souffert 
par  l'enlèvement  de  ses  sujets,  doit  être  le  premier  anueau  de 
la  chaîne,  et  l'on  ne  doit  rien  négliger,  dès  à  présent,  pour 
l'obtenir. 


3  i  ',  N<  ) TE  SERVANT  D'APPENDICE ,  etc. 

Les  autres  détails  seront  aisément  développés,  quand  les 
souverains  auront  adopté  le  principe,  et  qu'ils  auront  daigné 
accorder  au  soussigné  la  confiance  et  l'autorisation  nécessaire 
au  succès  de  l'entreprise. 

Reçu  ,  considéré  et  adopté  à  Paris,  en  septembre  1814  ; 
A  Turin,  le  4  octobre  1814  ; 
A  Vienne,  durant  le  Congrès. 

Signé,  W.  SIDNEY  SMITH. 


Sur  un  projet  de  M.  Drovetti  .  consul  général  de 
France  en  Egypte ,  pour  préparer  la  civilisation  de 
V intérieur  de  V Afrique  (1  ). 

Placé  depuis  un  grand  nombre  d'années  aux  portes  de  l'Afri- 
que par  une  mission  dont  le  gouvernement  a  deux  fois  apprécié 
l'utilité,  M.  Drovetti  a  eu  de  fréquentes  occasions  d'étudier 
la  cause  de  l'état  de  dégradation  auquel  fut,  de  tout  tems, 
condamné  l'habitant  des  contrées  centrales  de  cette  vaste  partie 
du  monde.  Nous  ne  saurions  donner  le  nom  d'état  social  à  cet 
état  inerte  des  peuplades  de  l'Afrique  qui,  bornant  leurs  be- 
soins à  des  besoins  physiques ,  vivent  à  peu  près  comme  les 
palmiers  dont  ils  tirent  leur  principale  subsistance. 

Néanmoins,  dans  la  plupart  des  jeunes  Africains  qui,  tous 
les  ans,  arrivent  du  sein  des  déserts  dans  la  vallée  du  Nil, 
M.  Drovetti  a  reconnu  une  rare  intelligence  et  une  sagacité 
native  dont  les  ateliers  européens  du  pacha  d'Égyple  fournis- 
sent d'ailleurs  tous  les  jours  des  preuves  convaincantes. 

De  ces  faits  rapprochés  résultent  des  contradiclions  mani- 
festes. Pourquoi,  si  les  nègres  sont  si  intelligens  comme  indivi- 
dus, restent- ils  comme  peuple  dans  une  torpeur  intellectuelle? 

(1)  La  Note  que  nous  insérons  ici,  comme  servant  de  complément 
au  Mémoire  de  M.  Chauvet  sur  la  civilisation  de  l'Afrique,  a  été  lue  par 
M.  Pacho,  à  la  Société  de  géographie, dans  la  séance  du  19  octobre  1827. 


Pourquoi,  s'ils  paraissent  doués  d'une  grande  sagacité  chez 
nous  ,  u'invontcnl  ils  rien  chez  eux  ?  Pourquoi  n'ont  Us  jamais 
construit  de  navires,  creusé  de  ports  el  sillonné  les  déserts  de 
larges  canaux  ?  Pourquoi,  dans  la  série  dessiècles,  un  Lycurgue 
ne  leur  a-t-il  point  donné  des  lois  et  n'a-t-il  pas  organisé  ces 

hordes  diverses  en  corps  de  nation  ?  Pourquoi  un  Homidus  ne 
s'cst-il  jamais  élevé  parmi  eux,  et  n'a-t-il  point  fait  un  peuple 
de  conquérons  de  ces  peuplades  d'esclaves? 

Le  climat  serait-il  la  cause  de  cette  humiliante  apathie?  Un 
grand  homme  la  avancé;  mais,  depuis  long-tems,  on  lui  a 
répondu  par  l'histoire  que  ni  les  vertus  ni  le  génie  des  nations 
ne  peuvent  être  calcules  aux  degrés  d'un  thermomètre.  Fau- 
drait-il attribuer  cette  cause  à  une  dégradation  innée  ?  Fau- 
drait-il faire  de  l'Africain  une  espèce  d'homme  particulière? 
Mais  ces  rêves  de  quelques  matérialistes  sont  réfutés  par  mille 
faits,  et  il  paraît  désormais  établi  que  l'espèce  humaine  est 
une. 

Nous  croyons  plutôt  trouver  la  vraie  source  de  ce  phénomène 
moral,  non  point  dans  l'influence  du  climat  sur  l'homme,  ni 
dans  une  outrageante  classification  humaine,  mais  dans  la 
simple  disposition  des  lieux  habités  par  rapport  à  l'habitant. 
De  nos  jours,  il  est  permis  de  croire  que  In  peau  de  tigr^  cette 
expression  ingénieuse  par  laquelle  l'antiquité  représentait  la 
Libye  seule,  peut  s'étendre  à  l'Afrique  entière.  Ce  vaste  océan 
de  sables,  au  milieu  duquel  sont  quelques  taches  de  terre,  a  dû 
rendre,  en  effet,  de  tout  tems  les  communications  de  l'une  à 
l'autre  difficiles,  et  la  réunion  de  leurs  habitans  impossible. 
De  plus,  l'immense  Saharali  forme  une  nouvelle  zone  de  sépa- 
ration entre  ces  portions  de  terre,  déjà  séparées  entre  elles,  et 
une  grande  partie  du  littoral  africain.  Cette  zone  ,  solitude 
affreuse  et  brûlante,  placée  entre  le  centre  de  ce  continent  et 
le  monde  civilisé,  lui  a  présenté  une  barrière  que  celui-ci  n'a 
jamais  su  franchir  ;  et  le  monde  civilisé,  pour  excuser  sa  négli- 
gence, a  accusé  la  nature  d'aberration. 

Nous  n'irons  point  nous  perdre  mal  à  propos  dans  les  pro- 
fondeurs de   L'histoire  pour  appuyer  cette   assertion.  On  sait 


3/»6  SURLN  PROJET 

que,  dotons  les  peuples  civilisés  qui  occupèrent,  dans  l'anti- 
quité, les  bords  de  l'Afrique,  aucun  n'a  pénétré  dans  ses  pro- 
vinces centrales;  l'humanité  seule  l'aurait  exigé,  et  l'ambition 
seule  guidait  leurs  conquêtes. 

Dans  les  tems  modernes ,  une  nation  commerçante  a  cherché 
à  connaître  l'intérieur  de  l'Afrique ,  ou  plutôt  ses  mines  et  ses 
ressources.  Elle  a  répandu  de  l'or  pour  avoir  de  l'or.  Une  foule 
de  voyageurs  largement  défrayés ,  envoyés  comme  agens  de 
commerce ,  sont  morts  martyrs  de  la  science. 

D'autres  nations,  plus  généreuses  dans  leurs  vues,  mais  qui 
ont  employé  des  moyens  trop  disproportionnés  au  but  qu'elles 
auraient  voulu  atteindre,  ont  quelquefois  pensé  à  ces  régions 
reculées,  et  d'honorables  missions  ont  été  couronnées  par  de 
pareils  sacrifices. 

Ces  efforts  et  ces  tentatives  louables  ont  procuré  du  moins, 
comme  cela  devait  être,  quelques  notions  géographiques.  On 
a  vu  des  lacs,  des  rivières  ,  des  montagnes  ;  les  cartes  du  pays 
ont  changé,  et  les  habitans  sont  restés  les  mêmes. 

Cependant,  nous  le  répétons,  l'Africain,  malgré  ses  cheveux 
laineux,  son  nez  aplati  et  ses  lèvres  épaisses,  est  homme 
comme  nous.  En  vain,  naguère  encore,  dans  notre  cruelle 
mais  timide  avarice,  n'osant  pénétrer  dans  sa  patrie,  nous  en 
côtoyions  les  bords,  nous  l'enlevions  clandestinement  à  ses 
champs ,  nous  l'enchaînions  dans  nos  navires;  et  dans  des  cli- 
mats lointains  l'appelant  en  sûreté  notre  esclave,  en  dépit  de 
ses  larmes,  nous  en  faisions  l'instrument  de  nos  volontés.  La 
voix  de  l'humanité,  trop  long-tems  étouffée,  s'est  fait  enten- 
dre ;  les  rois  de  l'Europe  l'ont  enfin  écoutée ,  ils  ont  dit  : 
l'Africain  est  libre. 

Mais  il  ne  suffit  point  de  le  rendre  à  la  liberté,  il  faut  lui 
en  donner  le  plus  bel  apanage;  il  faut  éclairer  son  intelligence. 
Le  fanatisme  musulman,  bien  autrement  funeste  que  les  déserts 
et  les  climats,  entoure  de  toutes  parts  la  malheureuse  Afrique; 
il  la  tient  sous  sa  sauvegarde;  il  veille  sans  cesse  sur  sa  proie. 
Cette  hydre  gagne  toujours  du  terrain.  Déjà  il  a  envahi  plusieurs 
provinces  de  l'intérieur  :  il  règne   dans  le  Soudan  ;  il  campe 


Dl    M.  DROVETTÏ.  i/,7 

dans  le  désert  avec  les   nombreux  Touariks  j  dans  l'Abyssioie , 

il  triomphe  de  l'Evangile;  et  Tombouctoti  ost  à  demi  -><>i i m i^<- 

a  Bes  lois. 

Ainsi,  nous  réussirons  peut- être,  par  la  persévérance,  à 

parcourir  toute  l'Afrique  :  l'islamisme,  ébloui  j>ar  notre  or, 
nous  laissera  passer;  niais  il  nous  servira  toujours  d'escorte;  il 
veillera  vins  cesse  sur  nos  pas.  Nous  pourrons,  de  cette  manière, 
dresser  des  cartes,  recueillir  des  plantes  et  des  pierres;  nous 
ferons  des  livres,  nous  enrichirons  nos  cabinets  ;  et  le  malheu- 
reux habitant  continuera  d'être  enveloppé  dans  des  ténèbres 
indignés  de  L'esprit  humain. 

Ce  n'est  donc  point  en  multipliant  les  sacrifices,  en  payant 
des  rançons  à  l'islamisme,  en  livrant  aux  déserts  des  voyageurs 
à  dévorer,  que  nous  parviendrons  à  améliorer  l'état  social  du 
nègre.  C'est  en  créant,  s'il  est  possible,  une  chaîne  de  rap- 
ports entre  ces  régions  reculées  et  l'Europe;  c'est  en  rappro- 
chant L'Africain  de  nous  ,  que  nous  parviendrons  à  le  rappro- 
cher doublement  de  l'état  social. 

Telles  sont  les  vues  généreuses  de  M.  Drovetti.  L'Egypte, 
cet  ancien  foyer  de  civilisation,  ne  peut  plus  les  remplir  par 
elle-même;  mais  elle  peut  du  moins  aider  à  leur  exécution. 
Chaque  année,  un  grand  nombre  déjeunes  nègres,  conduits 
par  les  caravanes,  arrivent  dans  ce  pays  de  différentes  pro- 
vinces de  l'intérieur.  Déjà  Mohammed-Aly  a  commencé  à  les 
retirer  de  l'état  d'abjection  où  ils  étaient  précédemment.  Au 
lieu  de  permettre  qu'ils  fussent  vendus,  comme  autrefois , 
dans  les  marchés  et  qu'ils  allassent  servir  les  caprices  des  ha- 
rems, il  a  mis  des  armes  dans  leurs  mains,  il  en  a  fait  des 
soldats;  mais  il  reste  à  en  faire  des  hommes,  et  ce  soin  nous 
regarde. 

C'est  dans  cette  intention  que  M.  Drovetti  se  propose  d'en- 
voyer chez  nous  ces  intéressans  enfans  de  l'Afrique;  c'est  au 
milieu  de  nos  enfans  qu'ils  pourraient  commencer  à  cultiver 
leur  esprit;  c'est  sur  les  bancs  de  nos  écoles  et  dans  nos  univer- 
sités qu'ils  apprendraient  à  connaître  nos  lois  et  cette  sagesse 
acquise   par  l'expérience  des  siècles.  Leurs  jeunes  cet  veaux. 


3/,S  SUR  UN  PROJET  DE  M.  DROVETTI. 

doués  de  cette  souplesse  qui  rend  propre  à  recevoir  toutes 
sortes  d'impressions,  seraient  bientôt  empreints  de  cette  at- 
trayante philosophie  qui  lie  entre  elles  les  diverses  familles 
du  genre  humain.  Retournant  ensuite  dans  leur  patrie,  ils  T 
propageraient  leurs  nouvelles  idées.  Ces  idées,  pareilles  à  la 
flèche  messagère,  passeraient  de  tribu  en  tribu,  d'oasis  en 
oasis;  les  esprits  réfléchiraient;  les  lumières  se  répandraient, 
et  quelques  enfans  occasioneraient  peut-être  ce  que  tant  de 
siècles  n'ont  pu  produire. 

Tel  est  l'exposé  sommaire  du  projet  de  M.  Drovetti,  projet 
formé  depuis  l'année  181 1.  M.  Drovetti  en  fit  part  à  ses  cor- 
respondans;  mais  lescrises  politiques,  qui  troublaient  l'Europe 
à  cette  époque,  ne  pouvaient  guère  permettre  l'exécution  de 
ces  vues  pacifiques  et  bienfaisantes.  Maintenant  que  le  calme 
a  succédé  à  ces  jours  d'orage,  les  circonstances  paraissent  fa- 
vorables pour  s'occuper  de  ces  contrées  lointaines. 

M.  Drovetti  se  propose  donc  d'envoyer  a  Paris,  à  ses  frais, 
un  certain  nombre  de  jeunes  nègres ,  afin  qu'ils  puissent  être 
enfin  initiés  aux  avantages  de  la  civilisation.  Les  sociétés  sa- 
vantes seconderont  des  intentions  aussi  généreuses;  la  Société 
de  géographie  surtout  doit  être  portée  à  les  seconder,  puisque, 
par  l'objet  de  son  institution,  elle  pourra,  mieux  que  toute 
autre  association,  en  recueillir  les  utiles  fruits.  Et  le  moyen 
le  plus  efficace  de  les  seconder  sera"  d'intercéder  auprès  de 
l'autorité,  pour  en  obtenir  l'admission  gratuite  dans  nos  écoles 
de  ces  jeunes  nègres,  dont  la  seule  disponibilité  aura  coûté 
de  grands  sacrifices  à  M.  Drovetti.  Il  est  même  vraisemblable 
que  non-seulement  en  France,  mais  dans  le  reste  de  l'Europe, 
de  riches  capitalistes,  et  peut  être  aussi  quelques  gouverne- 
mens,  voudront  s'associer  à  cet  acte  de  philanthropie,  et  lui 
donneront  tout  le  développement  qu'il  mérite. 

Pacho. 


ÉTUDE  SI  l\  LA   RÉVOLUTION  GRECQUE.       V,r, 
Etude  sur  la  a  évolution  grecque  ,  et  sue  le  sort 

PROBABLE   RÉSBRVÉ  A    LA   GRECE. 

La  victoire  chrétienne  de  Navarin,  Bile  «le  la  plus  sainte  des 
alliances,  qu'inspirés  par  un  instinct  consolateur,  nous  annon- 
cions, il  y  a  trois  ans(i),  aux  amis  d'un  peuple  de  martyrs,  a 
ranimé  les  espérances  de  tous  les  cœurs  généreux  en  faveur  de 
la  Grèce.  Délivrés  par  ce  mémorable  événement  des  inquié- 
tudes qui  nous  oppressaient,  nous  pouvons  reprendre  la  plume 
pour  indiquer,  d'une  manière  approximative,  les  résultats  dé- 
finitifs de  la  lutte  longue,  sanglante  et  glorieuse  de  nos  compa- 
triotes. En  présence  des  faits,  dans  un  âge  où  les  illusions  com- 
mencent à  s'évanouir,  nous  nous  efforcerons  d'envisager  cette 
lutte  sous  toutes  ses  faces  :  nous  expliquerons  comment  elle  n'a 
pu  se  passer  d'une  intervention  extérieure.  Cette  intervention 
donnée,  nous  hasarderons  quelques  vues  sur  l'établissement 
politique  de  notre  nation,  vues  qui  nous  paraissent  les  condi- 
tions de  sa  prospérité  et  du  repos  de  l'Europe,  et  en  harmonie 
avec  les  vœux  de  l'humanité.  -Heureux  si  cet  acte  de  piété 
filiale  est  accueilli  avec  bienveillance ,  au  moment  où  s'ouvre 
l'ère  si  long-tcms  désirée  de  la  renaissance  de  notre  patrie  ! 

La  tyrannie,  quelles  que  soient  ses  doctrines  et  ses  formes, 
est  une  atroce  illégitimité.  Les  Grecs,  depuis  si  long-tems  livrés 
au  plus  dur  esclavage,  avaient  donc  le  droit  de  prendre  les 
armes  pour  briser  le  joug  ottoman. 

La  population  grecque,  en  admettant  le  calcul  le  plus  rap- 
proché de  la  vérité ,  peut  être  estimée  à  trois  millions  d'ha- 
bitans.  Près  de  la  moitié  de  cette  population,  fortement  com- 
primée par  la  supériorité  numérique  des  Turcs ,  n'ayant  pu 
prendre  aucune  part  à  l'insurrection,  une  portion  de  la  Ro- 
inélie,  la  Morée  et  quelques  îles  ont  dû  seules  entrer  en  lice. 


(i)  YoyezEev.  Eue. ,  t.  xxv,  pag.  293-309,  février  1 8 2 5  ,  la  Notice 
intitulée  :  Tableau  moral el  politique  de  la  Grèce,  en  1824;  par  M.  Michel 
Schiuàs. 


15o  ETUDE 

On  connaît  l'état  de  la  Grèce  sous  la  domination  turque.  L'a- 
griculture et  l'industrie  dans  un  état  de  langueur  et  de  ma- 
rasme, le  commerce  produisant  des  valeurs  destinées  en  grande 
partie  à  fournir  les  moyens  d'émigrer,  les  études  scientifiques 
et  littéraires  à  peine  réveillées,  les  arts  dans  l'enfance,  tels 
sont  les  principaux  traits  du  tableau.  J'ai  parlé  à  dessein  de 
l'émigration.  La  Grèce,  en  effet,  subissait  progressivement 
une  dépopulation  affligeante;  l'opulence,  le  mérite ,  fuyaient 
l'aspect  du  glaive  toujours  menaçant.  Il  n'y  a  pas  de  pays  en 
Europe  qui  n'ait  reçu  de  nos  colonies;  pas  une  ville  considé- 
rable qui  n'ait  consolé  l'exil  de  nos  frères  :  des  gouvernemens 
même  ont  plus  d'une  fois  employé  leurs  talens ,  dont  leur  terre 
natale  était  déshéritée.  Ce  n'est  pas  dans  la  partie  insurgée 
qu'on  trouvait  le  plus  de  lumières.  Les  meilleures  écoles,  les 
moyens  d'instruction  les  plus  nombreux  existaient  dans  la 
région  septentrionale  de  ce  pays.  A  Constantinople  surtout, 
siège  du  gouvernement  oppresseur  (i),  centre  des  intrigues  et 
dernier  refuge  du  commerce ,  on  voyait  établis  ou  attirés  suc- 
cessivement la  plupart  des  hommes  distingués  de  la  nation 
grecque.  C'est  là  que  les  Fanariotes ,  élevés  par  leur  savoir  et 
leur  esprit  d'intrigue  au  rang  de  premiers  esclaves ,  tour  à  tour 
ministres  influens  et  princes  régnans  au-delà  du  Danube  ,  se 
dédommageant  de  leur  servile  et  humiliante  dépendance  et  de 
leur  anéantissement  devant  le  turban ,  par  une  arrogance  sans 
mesure  envers  les  autres  raïas ,  passant,  à  l'aide  d'une  étrange 
combinaison  de  complots,  du  pouvoir  aux  gémonies,  et  de  la 
proscription  au  pouvoir,  ne  laissaient  pas  cependant  de  rendre 
d'importans  services  à  leur  nation.  Je  ne  suis  point  partisan  de 
leur  système  :  je  pourrais  même,  comme  tant  d'autres,  m'é- 
tendre  longuement  sur  leur  machiavélisme  et  leur  corruption; 
néanmoins,  je  dirai  sans  détour  que  cette  caste,  qui  était  le 
plus  utile  instrument  de  la  politique  des  Turcs ,  aurait  pu  de- 
venir pour  eux  un  obstacle  redoutable,  si  elle  n'avait  pas  été 

(i)  On  sait  que,  dans  les  capitales,  on   exerce  toujours  moins  de 
vexations  que  dans  les  provinces. 


Mit   LA   REV0L1  TIOW   GRECQ1  E.  V». 

presque  anéantie.  Habituée  au  maniement  des  affaires,  el  perpé- 
tuellement en  contact  avec  les  négociateurs  européens,  elle  au- 
rail  représenté  notre  pays  avec  plus  de  dignité  que  la  plupart 
de  ces  primats  qui  la  remplacèrent ,  et  qui,  sans  avoir  les  mêmes 
talens,  se  livraient  aux  mêmes  exactions.  (;>si  encore  à  Consr 
tantinople  que  se  trouvait,  pour  employer  le  langage  du  pays*, 
la  grande  église,  placée  par  le  conquérant  lui-même  à  la  tète  de 
la   nation   grecque.   Placé  dans  une  autre  résidence,    le  pa- 
triarche, entoure  du   saint  synode,   et  marchant  à  la  tète  de 
ses  coreligionnaires  armés  pour  soutenir  leurs  droits,  aurait 
paru  plus  imposant  aux  yeux  du  sultan  ,  que  couvert  des  simples 
insignes  de  ^a  dignité  et  traîné  processionnellemcnt  au  sup- 
plice infâme  du  gibet.  Sa  présence  aurait  prévenu  en  partie, 
ou  réprimé  avec  succès  les  passions  funestes  développées  plus 
tard  au  milieu  de  ses  concitoyens.  Des  communications  établies 
avec  l'église  d'Occident  auraient  peut-être  amené  de  bonne 
heure  la  formation  d'un  concile  médiateur,  et  procuré  l'appui 
de  quelques  souverains  à  la  Grèce,  qui  n'aurait  pas  eu  à  dé- 
plorer la  mort  de  tant  d'innocentes  victimes.  Les  princes  chré- 
tiens, réunis  à  Vérone,  n'auraient  pas  eu  la  dureté  de  repousser 
les  doléances  des  vénérables  chefs   de  l'église   d'Orient,   qui 
avaient  traversé  les  mers  pour  plaider  en  personne  la  cause  du 
malheur  immérité  de  leur  nation.  C'était  un  spectacle  nouveau 
de  voir  des  peuplades  qui,  quoique  sœurs,  se  connaissaient  à 
peine,  dont  les  intérêts  étaient  même  souvent  en   collision, 
grâce  à  la  stupidité  de  leur  administration,  se  réunir  sponta- 
nément dans  le  but  de  la  délivrance  commune.  La  guerre  éclata. 
Sur  terre ,  sa  direction  fut  confiée  aux  capitaines  des  Àrmatolis 
et  des  Kleftes  (i),  auxquels  vinrent  s'associer  tous  les  individus 
en  état  de  combattre.  Sur  mer,  la  marine  marchande  devient 
militaire.  Dans  la  première  année  ,  on  obtient  des  succès  tu- 
multueux et  inespérés  :  on  s'assemble  alors  pour  établir  un  gou- 
vernement. Malgré  les  formes  démocratiques  et  représentatives 

(i)  Voyez,  pour  l'intelligence  de  ces  dénominations  ,  l'excellente 
pjéface  des  Chants  populaires  de  la  Grèce,  par  M.  FaurièL. 


352  ÉTUDE 

dont  on  ne  fut  pas  avare,  puisqu'un  sénat  unique  et  un  pou- 
voir exécutif  composé  de  cinq  membres  devaient  se  renouveler 
tous  les  ans,  il  était  aisé  de  voir  que  l'influence  oligarchique 
des  primats  et  des  capitaines  continuait  à  dominer.  On  aperce- 
vait même  déjà  l'ébauche  des  partis.  L'un  s'était  formjl'  autour 
de  Démétrius  Ypsilanti,  qui  avait  jusqu'alors  exercé  l'autorité; 
l'autre,  auprès  d'Alexandre  Mavrocordato,  nommé  président, 
et  de  Théodore  Négris  ,  premier  ministre  :  tous  trois  Grecs  de 
Constantinople,  débris  du  Fanar  ,  et  accourus  de  bonne  heure 
sur  le  tKéâtre  de  l'insurrection.  Qui  dit  parti,  dit  tendance  au 
pouvoir,  aux  honneurs,  et  souvent  à  X enrichissement  :  car  les 
chefs ,  fussent-ils  désintéressés ,  peuvent  difficilement  imposer 
la  même  abnégation  à  leurs  adhérens.  L'esprit  de  parti  produit 
aussi  une  confiance  aveugle  dans  les  moyens  qu'on  se  croit 
exclusivement  pour  opérer  le  bien.  Quelques  combinaisons  que 
l'on  eût  imaginées  pour  satisfaire  les  ambitions,  les  amours- 
propres  et  les  intérêts  de  chacun  des  personnages  influens ,  les 
germes  des  animosités  intestines  existaient  toujours.  Les  insu- 
laires accusaient  les  Moraïtes  de  parcimonie;  les  Roméliotes, 
d'indolence.  On  répondait  par  des  récriminations.  Ainsi,  pour 
avoir  proclamé  un  gouvernement,  on  n'avait  pas  centralisé  le 
pouvoir,  ni  enchaîné  les  volontés  arbitraires  de  tel  primat 
dans  son  district,  de  tel  capitaine  dans  le  ressort  de  son  com- 
mandement :  on  avait  rédigé  des  projets  qui  ne  conduisaient  à 
aucun  résultat.  L'horrible  catastrophe  de  Chios  et  la  capitu- 
lation de  Souli  furent  les  premiers  effets  de  ce  désordre.  Bientôt, 
l'ennemi,  à  la  tète  d'une  nombreuse  armée,  envahit  l'Acarnauie 
et  l'ÉtoUe,  qu'il  est  forcé  d'évacuer  avec  de  grandes  pertes.  Il 
y  revient,  et  il  éprouve  le  même  sort.  Peu  auparavant,  la  région 
nord-est  de  la  Morée  avait  été  le  théâtre  d'événemens  ana- 
logues. Les  manoeuvres  hardies  de  quelques  centaines  de  Grecs 
les  firent  triompher  d'une  armée  de  quarante  mille  Turcs,  dont 
on  était  parvenu  à  couper  les  communications.  Après  avoir 
repoussé  ces  trois  invasions,  le  peupie  grec,  confiant  dans 
l'avenir  ,  se  livrait  déjà  aux  illusions  les  plus  séduisantes. 

On  avait  pu  disposer  de  quelques  récoltes  ,  après  de  longues 


SUR  LA   RÉVOLUTION  GRECQUE, 
iriyations.  Quelques  journaux  vinrent  satisfaire  à  d'autres  he- 

ioitis,  en  offrant  des  points  de  ralliement  à  l'opinion.  Appelés  à 
ptprimer  les  dispositions  des  différentes  fractions  de  la  société, 
ls  devaient  aussi,  en  se  perfectionnant,  contribuer  à  les  diri- 
ger. On  jeta  les  fondemens  de  quelques  écoles  et  d'autres  éta- 
disscmciis  d'utilité  publique.  Sans  doute  alors,  le  gouverne- 
nent  Taisait  approvisionner  et  réparer  les  places  fortes,  tenait 
es  garnisons  au  complet,  se  disposait  à  reprendre  Poffen- 
ive,  en  attaquant  sérieusement  Patras,  Modon  et  Coron;  il 
renforçait  l'armée  et  la  marine,  réglait  les  finances,  établissait 
les  relations  avec  les  puissances  étrangères.  Examinons  ce 
ju'il  fit  réellement.  Mavrocordato  fut  remplacé  dans  la  pré- 
àdence  par  Mavromichalis ,  chef  des  Mainotes.  Ncgris  céda 
la  place  de  secrétaire  d'état  à  l'ex  président,  dont  il  devint 
ïès-lors  l'ennemi.  Créature  de  Mavrocordato,  il  mourut  son 
ival.  Bientôt,  des  malversations  commises  au  sein  du  corps 
exécutif  dont  Colocotroni  était  membre,  déterminent  le  secré- 
aire  d'état  à  la  retraite.  Le  sénat ,  jaloux  de  faire  observer  les 
ois,  veut  mettre  les  coupables  en  accusation.  Mais,  retirés  au 
nilieu  de  leurs  partisans,  ils  répondent  par  des  fusillades: 
le  là,  guerre  civile.  Une  troisième  assemblée  nationale  appelle 
ï  la  présidence  George  Coundouriotis  d'Hydra  ,  qui  s'associe 
Mavrocordato  comme  premier  ministre.  On  proclame  la  patrie 
In  danger.  Les  dissidens  sont  mis  hors  la  loi,  poursuivis,  at- 
einls,  désarmés.  Les  partis  insulaire  etRoméliote  triomphent: 
mtrés  dans  la  Moréc  en  conquérans,  ils  compromettent  la 
■use  générale  par  leurs  excès.  A  la  tète  des  Roméliotes  paraît 
ilors  un  homme  que  Mavrocordato  avait  le  premier  poussé 
feans  les  affaires,  sans  prévoir  qu'il  aurait  en  lui  un  rude  ei 
mplacable  antagoniste  :  c'est  Colettis.  Né  en  Épire,  médecin 
courtisan  près  des  tils  d'Ali  Pacha  de  sanguinaire  mémoire- 
-mis,  patriote  modeste; bientôt  député,  ministre  de  l'intérieur, 
membre  du  corps  exécutif,  mettant  à  profit  les  besoins  pu- 
blics du  moment,  il  sut  exploiter  quelques  torts  de  Mavrocor- 
lato  envers  les  Roméliotes  pour  les  attirer  à  lui  et  s'élever 
)ar  leur  concours.  Ces  ambitions  rivales,  sans  procurer  des 
t.  xxxvn. —  terrier  1828.  -^3 


3:"i4  ÉTUDE 

avantages  réels  aux  individus,  ont  dû  faire  un  mal   incalcu- 
lable à  la  patrie. 

Sous  la  première  présidence,  la  mission  diplomatique  du 
comte  Métaxas  au  congrès  de  Vérone  fut  sans  succès.  Sous  la 
seconde  ;  la  détresse  financière,  de  plus  en  plus  croissante,  lit 
sentir  l'urgence  d'un  emprunt  :  Orlandos  et  Louriolis  furent 
chargés  de  le  contracter  à  Londres.  On  sait  à  quel  point  ces 
deux  hommes  furent  funestes  à  leur  pays.  Pouvant  le  sauver 
par  l'exécution  des  mesures  qui  leur  étaient  prescrites,  ils  !e 
compromirent  gravement  par  leur  coupable  insouciance.  L'or 
seul  parut  être  leur  idole.  Les  comptes  qu'ils  ont  à  rendre  à 
leur  gouvernement  éclairciront  ce  qui  est  encore  obscur  dans 
leur  conduite. 

La  guerre  civile  avait  à  peine  cessé,  lorsque  les  Turcs  s'em- 
parèrent des  îles  d'Ipsara  et  de  Cassos,  et  occupèrent  presque 
en  entier  celle  de  Candie.  L'époque  des  plus  grandes  calamités 
s'avançait  à  grands  pas.  Les  Turcs,  bien  conseillés,  allaient 
enfin  profiter  de  leurs  fautes,  aussi  bien  que  des  nôtres.  Après 
les  expéditions  désastreuses  d'Orner  Pacha  et  de  Scodra  Pacha 
contre  Missolonghi,  de  Koursid  Pacha  contre  la  Morée  ,  Res- 
chid  et  Ibrahim  se  flattèrent  d'être  plus  heureux.  Vassal  redou- 
table et  toléré,  l'heureux  assassin  des  mamelucs,  le  sceptre  de 
Saladin  en  main,  céda  promptement  aux  ordres  du  sultan  de 
Constantinople,  qui  étaient  parfaitement  d'accord  avec  les 
vœux  secrets  de  son  ambition.  Vivre  pour  servir,  et  servir 
pour  l'enrichir,  voilà  le  sort  de  ses  peuples.  Ses  flottes,  ses 
armées,  voilà  les  seuls  moyens  de  civilisation  à  sa  portée.  Les 
arts  de  l'Europe  ne  sont  pour  lui  que  des  instrumens  :  son  but 
unique  est  la  puissance.  Ses  trésors  lui  ouvrent  les  chantiers 
de  la  chrétienté  pour  la  construction  de  ses  vaisseaux,  et  la 
science  militaire  pénètre,  pour  le  malheur  des  peuples,  dans 
le  pays  des  eunuques,  sous  l'escorte  des  renégats.  Ibrahim, 
fils  de  ce  satrape,  nommé  pacha  de  la  Morée,  part  pour  la 
conquérir.  Voyez  ce  farouche  Ottoman  (i);  il  méprise  la  civi- 


(i)  Expression  de  l'amiral  Codrington. 


sur  LA  RÉVOLUTION  GRECQUE.  35$ 

lisation  don',  il  se  sert;  il  reste  fidèle  à  la  barbarie  ('ans  la- 
quelle il  a  été  nourri,  s'il  ne  subjugue  pas,  il  égorgera.  Il  fera 
périr  l'homme  par  les  tortures,  la  végétation  par  l'incendie;  il 
De  respirera  que  dans  une  atmosphère  sanglante.  En  jetant 

les    yeux   sur  les   dispositions   des   Crées  au  moment  de  son 
h  livre,  on  concevra  la  promptitude  de  ses  succès.  Les  Mo- 
raïtes,  découragés  par  la  défaite  de   leurs  principaux  chefs, 
révoltés  naguère  contre  le  gouvernement,  restèrent  par   ven- 
geance inactifs  et  sourds  au  cri  de  la  défense  commune.  Le 
gouvernement  fut  également  privé  de  la  coopération  des  Ro- 
méliotes,  parce  que  Colettis  était  l'ennemi  mortel  de  Mavro- 
rordato.  Ainsi,  rien   n'étant  préparé,  rien  n'ayant  pu  être 
Bbtnbmé  pour  la  résistance,  Ibrahim    ne  rencontrait  aucun 
obstacle.  L'occupation  soudaine  de  Navarin,  la  marche  rapide 
sur  Tripolizza,  la  reddition  de  cette  place,  l'apparition  des 
Arabes  sous  les  murs  de  Napoli,  leurs  incursions  dans  toutes 
les  parties  de  la  presqu'île,  et  la  dévastation  horrible  de  cette 
montrée,  furent  les   tristes  conséquences  des  dissensions  que 
ious  avons  signalées.  Missolonghi  était,  depuis  près  d'un  an, 
'objet  des  attaques  vigoureuses  de  Reschid  Pacha,  généralis- 
sime de  la  Romélie  :  Missolonghi,  création  hardie  du  patrio- 
tisme, mausolée  de  Botzaris,  patrie  adoptive  de  Byron,  hon 
îcur  immortel  de  la   Grèce!  La  garnison,  c'est  l'élite  de  la 
îation  hellénique;  c'est  la  réunion  deshabilans,  des  soldats, 
les   capitaines;   c'est  une  poignée  de  citoyens,  opposée  aux 
barbares  d'Europe,  d'Asie  et  d'Afrique.  L'autorité,  c'est  celle 
les  meilleurs  :  jamais  aristocratie  ne  fut  plus  pure.  Ils  président, 
tu  conseil,  ils  dirigent  la  guerre.  L'expérience  et  la  sagesse 
nspirent  leurs  actions,  leur  exemple  dirige  les  élans  de  la  cite 
'on(iante*j  l'ombre  généreuse  de   l'aigle    de  Souli    plane  sur 
eus.    Notis,  Zavellas ,  Fotomaras,  Véïcos ,   Zervas,   et   vous 
ous,  héros  del'Étolie,  FoTtunati! ...  nulla  unquam  dies  incmoi i 
Vos  adimet  œvol  Race  digne  de  tes  aïeux,  abandonnée  à  toi 
nème,  tu  fus  toute  la  Grèce.  Missolonghi  se  joue  de  la  mort, 
Malgré  les  ravages  d'une  grêle  incendiaire,  les  larges  écrou- 
cmciis  des  remparts  et  la  furie  des  assauts.  Le  peuple  dit  Christ 

2.3. 


356  ÉTUDE 

s'assemble  et  s'écrie:  Point  d'esclavage  !  À  L'instant,  les  glaive* 
tant  de  fois  rougis  du  sang  de  l'infidèle,  les  drapeaux,  ces 
compagnons  vétérans  de  l'héroïsme,  criblés  de  mille  balles, 
s'agitent  dans  les  airs.  La  religion  les  bénit  sous  la  voûte  d>\ 
temple  de  la  nature,  les  prêtres  de  la  liberté  saluent  ses  pro- 
diges par  leurs  cantiques.  Un  silence  mystérieux  succède.  Pré- 
lude du  sacrifice,  il  environne  l'enceinte  où  vont  s'accomplir 
le  dernier  baptême,  la  dernière  communion.  Au  signal  donné, 
la  cohorte  sacrée  opère  sa  sortie  finale.  Les  bras  défaillant  de 
ses  guerriers  sèment  encore  le  trépas  sur  leur  passage.  Tels 
qu'un  robuste  vaisseau,  englouti  momentanément  dans  le 
gouffre  de  l'Océan  courroucé ,  rebondit  sur  l'horizon  et  cingle 
vers  le  port  avec  assurance,  Us  se  plongent  dans  les  rangs 
serrés  des  barbares  et  se  fraient  un  chemin  sous  leurs  yeux 
stupéfaits.  La  population  grecque  accourt  au  devant  de  ces 
immortels  débris.  Spectres  de  Titans,  ils  imposaient  encore 
sous  leurs  armures  brisées,  avec  leurs  corps  mutilés,  sous  leur 
costume  réduit  en  haillons!  Cependant,  les  hordes  d'Ibrahim 
franchissaient  les  portes  désertes  de  Missolonghi,  impatientes 
d'attacher  des  chaînes ,  d'allumer  des  bûchers  pour  leurs  vic- 
times. Soudain  une  vaste  mine ,  éclatant  avec  fracas ,  enve- 
loppe vaincus  et  vainqueurs  dans  la  même  catastrophe.  Mieux 
que  dans  une  ténébreuse  catacombe ,  la  mort  se  plaît  alors  à 
s'allier  avec  la  vie  par  l'attitude  dramatique  de  ces  cadavres 
qui  semblent  se  repousser,  de  ces  visages  qui  ont  encore  l'air 
de  se  provoquer  au  combat,  de  ces  hommes  venus  de  si  loin 
pour  s'entre-détruire.  Hélas!  telle  est  la  moisson  de  la  tyran- 
nie. Numance  et  Sagonte  sont  éclipsées  :  la  fin  de  notre  ville 
sera  le  gémissement  le  plus  sublime  de  l'histoire.  Sur  ce  tom- 
beau s'élève  l'enseigne  de  Mahomet  :  au-dessus  voltige  le  nom 
de  Missolonghi  :  les  âmes  des  martyrs  sont  montées  daus  les 
cieux  ! 

Les  hommes  qui  n'avaient  pu  prévenir  ce  désastre,  effrayés 
de  ses  conséquences,  proclamèrent  aussitôt  leur  désespoir,  en 
appelant  la  Grande-Bretagne  au  protectorat  de  la  Grèce.  Et 
parce  que  Mavrocordato   fut,  dit-on,  le  promoteur  de  cette 


SI  R  LA  aÉVOLl  TIOH  GRECQ1  E. 
mesure  ,  Colettis  crul  devoir  la  combattre.  Delà,  un  parti  an- 
giâis,  el  un  parti  françaii  :  chacun  eut  ses  intrigues,  ses  émis- 
s  ûres,  ses  correspondances.  Quelque  tems  après,  la  forme  primi- 
tive du  gouvernemeui  est  changée.  Deux  commissions  de  plu- 
sieurs membres,  préposées,  l'une  à  la  direction  intérieure, l'autre 
NX  relations  étrangères»  remplacent  les  corps  législatif  et 
exécutif.  Ces  autorités  essaienl  t!e  négocier  avec  la  Porte,  sous 
la  médiation  de  l'ambassadeur  anglais  à  Constantinople  :  mais 
cette  démarche  n'a  pas  plus  de  suite  que  cette  du  protectorat. 
Les  Turcs  continuaient,  en  attendant,  leurs  préparatifs  pour 
attaquer  Athènes.  Reschid-Pacha  ne  tarde  pas  à  camper  devant 
ses  murs,  à  la  tête  d'une  puissante  armée.  La  convocation 
d'une  assemblée  nationale  semble  alors  nécessaire  pour  conju- 
rer le  danger.  Les  partis  s'agitent  :  quelques-uns  des  députés 
se  réunissent  à  Égine ,  d'autres  à  Castri.  Enfin ,  la  divergence 
des  opinions  s'efface  pour  un  moment ,  et  le  comte  J.  Capo- 
d'Istria  est  proclamé,  à  l'unanimité,  président  septennal  de  la 
Grèce  par  rassemblée  nationale,  réunie  à  Damala.  Aucune  me- 
sure ne  peut  sauver  la-citadelle  de  Minerve.  Les  Grecs,  pleu- 
lant  la  mort  infructueuse  d'une  élite  de  braves,  accusent  les 
fautes  de  quelques  étrangers  de  la  reddition  d'Athènes.  Le 
tems  seul  pourra  faire  connaître  la  vérité.  Ici  finissent  les  suc- 
cès et  les  espérances  des  Turcs  :  le  traité  de  Londres  venait 
d'être  signé. 

D'après  l'aperçu  rapide,  mais  fidèle,  que  nous  venons  de 
tracer,  il  est  aisé  d'expliquer  cette  série  de  revers  qui,  acca- 
blant la  nation  grecque  dans  la  plus  légitime  des  luttes,  et  ren- 
dant cette  lutte  de  plus  en  plus  désespérée,  occasionnèrent 
l'intervention  active  des  puissances  prépondérantes  de  la  chré- 
tienté. Si  quelque  chose  peut  encore  nous  étonner,  c'est  que 
ces  revers  n'aient  pas  été  plus  rapidement  accumulés. Qu'est-ce, 
en  effet,  que  cet  amas  d'actes  incohérens,  mal  conçus,  sans 
prévoyance  ;  cette  politique  sans  loyauté ,  sans  union ,  sans 
énergie  (1),  des  hommes  qui ,  depuis  près  de  sept  ans,  ont 


(i)  Incerti  solutique,  et  œagis  sine  domino  quàm  in  liber tate. 

(Tacitk.) 


358  ÉTUDE 

prétendu  gouverner  la  Créée?  Us  voulaient  la  guerre,  et  mal- 
gré le  haut  dévoùment  et  la  capacité  distinguée  d'un  Fabvier, 
craignant  chacun  pour  sa  propre  influence,  ils  négligeaient 
l'armée  comme  institution  nationale.  Ils  voulaient  des  troupes, 
et  négligeaient  les  approvisionnemens.  Ils  voulaient  la  guerre 
et  le  pouvoir,  et  négligeaient  les  finances  et  l'administration. 
Incapables  par  eux-mêmes  de  conduire  au  port  le  vaisseau  de 
l'état,  ils  n'ont  jamais  pu  s'accorder  pour  suivre  des  exemples 
connus  et  appeler  au  timon  quelque  pilote  habile  du  dehors, 
devenu  le  fils  adoptif  et  le  premier  citoyen  de  la  Grèce.  Des 
démarches  tardives  pour  cet  objet,  éminemment  populaire  dès 
le  principe,  ont  pu  être  faites  :  mais  comment  faire  réussir  un 
projet  de  coterie,  d'ailleurs  mal  dirigé  dans  l'exécution?  Il  y  a 
néanmoins  une  haute  justice  à  rendre  aux  chefs  de  la  Grèce;  et 
mon  cœur  palpite  de  joie  et  de  fierté  en  la  proclamant.  C'est 
qu'une  fois  déclarés,  ils  furent  constans  et  inébranlables  dans 
leur  inimitié  contre  la  domination  turque.  Il  n'y  eut  qu'un 
traître  :  c'est  l'infâme  Varnaklolis ,  monstre  de  stupidité  et  de 
dépravation  ,  sans  religion,  sans  famille,  sans  patrie.  Il  serait 
peut-être  intéressant  de  caractériser  quelques-uns  des  person- 
nages marquans  dont  nous  avons  fait  mention.  Nous  trouverions 
un  Ypsilantly  honnête  homme,  brave  soldat,  voulant  le  bien 
et  ne  sachant  ou  ne  pouvant  pas  le  faire;  un  Mavrocordato  , 
homme  instruit,  sobre,  infatigable,  désintéressé,  ruiné  par  des 
libéralités  sans  prévoyance,  peut-être  trop  mobile  dans  ses  af- 
fections et  dans  ses  doctrines,  né  pour  le  second  rang  plutôt 
que  pour  le  premier,  qui  gagna  et  perdit  tour  à  tour  la  con- 
fiance des  partis;  Négris,  intrigant  habile  ,  doué  d'une  grande 
finesse  d'observation  et  d'une  pénétration  remarquable,  orateur 
plutôt  qu'écrivain  ;  Mavromichalis ,  chef  d'une  famille  qui,  par 
son  héroïsme  dans  les  combats ,  a  bien  mérité  de  la  patrie  ; 
George  Coundouriotis ,  heureux  dans  sa  présidence,  lorsqu'il 
fallut  réprimer  les  discordes  civiles,  malheureux  sur  les  champs 
de  bataille;  Colocotrom ,  capitaine  ambitieux  ,  brouillon,  n'en- 
tendant rien  aux  lois,  et  peu  versé  dans  l'art  de  la  guerre; 
Nifàtas,  guerrier  simple  et  modeste,  toujours  le  premier  de- 


SI  R   LA  RÉVOLUTION  GKECQ1  i  Ï5g 

\  .\m  l'ennemi ,   intrépide  comme  un  lion;  Botxaris,  dont  la 
gloire  pure  et  sublime  peut  l'égaler  à  Léonidas,  irréprochable 

dans  sa  vie,  admirable  dans  sa  mort;  Tombasii ,  vaillanl  ma- 
rin; Miaoulis ,  moderne  Ajax;  SaktourÎÉ  ,  brave  jusqu'à  la 
témérité;  Canaris,  dont  les  brûlots  incendiaires  étaient  la  ter- 
reurde  l'ennemi;  Caraïskaki,  enfin,  prématurément  enlevé 
par  la  mort,  qui  savait  entraîner  les  chefs  et  les  soldats  par 
l'ascendant  de  son  génie,  par  l'éclat  de  sa  valeur  et  par  ses  ins- 
pirations soudaines;  qui  dictait  à  la  fois  une  correspondance 
variée  et  préparait  les  plans  de  ses  batailles;  il  avait  conçu  le 
\asfe  projet  de  s'élever  par  des  victoires  sur  les  débris  d'une 
ignoble  oligarchie,  pour  donner  des  lois  indépendantes  et  de 
l'énergie  à  sa  nation.  Voilà  des  hommes  dignes  de  la  cause 
qu'ils  ont  défendue,  et  du  peuple  dont  ils  faisaient  partie; 
peuple  dont  l'existence  est  un  miracle  ,  le  caractère  toujours 
étonnant,  la  conception  brillante,  les  défauts  involontaires  ou 
produits  par  l'infortune;  crédule  par  instinct  et  méfiant  par 
expérience,  fier  parce  qu'il  n'a  pas  oublié  son  origine,  ami  des 
distinctions  parce  que  l'image  du  beau  le  poursuit  et  le  tour- 
mente, persévérant  dans  tout  le  cours  de  sa  lutte,  ne  rendant 
jamais  les  armes,  décimé,  mais  non  abattu;  écrasé,  mais  non 
vaincu,  et  préférant  la  faim,  la  misère,  les  maladies,  la  mort, 
à  la  servitude.  Le  crime  de  piraterie,  imputé  à  quelques  indi- 
vidus ,  ne  saurait  ternir  la  gloire  de  la  nation.  Le  crime  est  tou- 
jours punissable  ,  même  quand  il  naît  de  la  nécessité ,  comme 
dans  les  circonstances  où  se  trouve  la  Grèce.  On  doit  le  répri- 
mer, mais  surtout  en  détruire  les  causes  >  en  procurant  l'indé- 
pendance et  la  liberté  qui  feront  cesser  l'indigence  et  ses  hor- 
ribles suites.  Les  hommes  devenant  meilleurs,  la  société  aura 
une  tranquillité  intérieure  garantie  par  leurs  vertus  sociales. 

Après  avoir  considéré  les  Grecs  sous  le  point  de  vue  mili- 
taire et  politique,  jetons  un  coup  d'œil  sur  les  influences  ex- 
térieures dont  ils  furent  à  même  de  ressentir  plus  ou  moins  les 
effets.  Un  phénomène  inattendu  nous  frappe  et  nous  afflige 
d'abord.  C'est  l'impassibilité  de  l'église  d'Occident,  sourde  aux 
cris  de  détresse  et  de  désolation  de  sa  sœur  éperdue.  Le  dogme, 


36o  ÉTUDE 

inexorable  comme  le  destin,  oublie  trop  souvent  la  charités 
Les  siècles  d'Urbain  II,  d'Eugène  III  ne  sont  plus!  L'huma- 
nité trahie  ne  trouve  de  consolation  que  dans  le  zèle  de  quel- 
ques prédicateurs  protestans ,  et  d'un  rabbin  du  nord  de  l'Al- 
lemagne qu'on  cite  avec  admiration!  Mais  la  sympathie  des 
peuples  européens  veillait  sur  nous.  Ici ,  la  civilisation,  fidèle 
à  ses  nobles  et  impérissables  traditions,  tend  de  bonne  heure  à 
la  Grèce  une  main  secourable.  Une  contrée  de  l'Allemagne, 
patrie  d'un  philosophe  sur  le  trône,  Louis,  roi  de  l'heureuse 
Bavière,  et  la  Suisse,  donnent  le  signal  :  l'Angleterre  et  la 
France  y  répondent.  En  Allemagne,  le  monarque  bavarois 
étend  sur  les  Grecs  les  bienfaits  de  sa  munificence.  Non  loin 
de  son  palais  s'élève  un  institut  spécial  pour  l'instruction  de 
la  jeunesse  hellénique  :  tout  y  respire  l'ordre  et  la  prévoyance. 
L'enfance  de  l'héritier  d'un  beau  nom,  du  fils  de  Botzaris ,  y 
puise  les  connaissances  du  citoyen  utile ,  apprend  les  devoirs 
de  l'âge  mûr.  La  confiance  de  sa  mère  et^le  sa  patrie  ne  sera 
point  trompée  :  orphelin  indigent ,  il  rentrera  dans  ses  foyers, 
enrichi  de  sagesse  et  digne  de  suivre  les  traces  de  son  père.  La 
Suisse  s'honore  d' ' Eynard ,  qui  n'a  respiré  que  pour  la  Grèce, 
dont  l'activité  philantropique  s'est  reproduite  sous  mille  formes 
pour  la  soutenir  et  la  relever.  La  France,  Paris  surtout,  siège  de 
ce  comité  grecoù  brillent  tant  d'illustrations,  et  qui,  par  la  haute 
confiance  qu'il  inspire,  a  su  centraliser  les  offrandes  des  peu- 
ples et  en  faire  l'application  la  plus  avantageuse  à  nos  besoius  ; 
la  France,  où  la  tribune,  le  barreau,  les  chaires  scientifiques 
ont  retenti  de  si  nobjes  accens ,  où  tous  les  arts,  tous  les  ta- 
lens,  toute  l'ardeur  du  génie  se  sont  coalisés  pour  notre  dé- 
fense, se  place  à  la  tête  des  généreux  défenseurs  de  la  Grèce. 
Leurs  solennelles  et  constantes  réclamations  paraissent  avoir 
enfin  pénétré  à  travers  l'atmosphère  épaisse  des  préventions , 
dans  les  palais  des  souverains.  Car  on  doit  attribuer  l'idée  du 
traité  pacificateur  à  l'intérêt  réel  qu'ont  inspiré  aux  trois  puis- 
sans  monarques  la  persévérance  des  Grecs  dans  une  lutte  aussi 
terrible  et  l'attachement  que  les  nations  leur  ont  montré,  plutôt 
qu'à  des  motifs  de  rivalité  politique,  ou  à  des  exigences  pure- 


SUR  LA   RÉVOLUTION  GRECQ1  E  36ï 

tient  commerciales*.  Il  sera  digue  des  Grecs  de  ae  point  con- 
errer  un  souvenir  haineux  des  torts  passés,  et  d'oublier 
néme  ceux  de  cette  puissance  (  l'Autriche  )  qui,  fidèle  à  ses 
toctrinés  d'égoïsme  ,  n'û  jamais  cessé,  soit  par  les  plumes 
c'-uilcs  dé  ses  écrivains,  soit  par  les  exploits  sans  danger  de 
es  amiraux  et  parles  actes  de  ses  commissaires,  d'être  hostile 

li  cause  générale  de  la  Grèce. 

Nous  devons  fixer  notre  attention  sur  les  conséquences  pro- 
tables  des  deux  événemens  principaux,  destinés  à  mettre  fin  aux 
ngoissés  de  la  Grèce  :  i°  l'avènement  de  M.  Capo-d'Istria  au 
gouvernement  de  cette  contrée;  'i°  la  convention  de  Londres. 
3e  traité  a  été  beaucoup  moins  calculé  sur  l'étendue  des  sacri- 
bes  faits  par  la  Grèce  pour  reconquérir  son  existence  poli- 
ique,  que  sur  les  convenances  du  droit  public  européen  et 
br  l'urgente  nécessité  de  prévenir  l'extermination  totale  de  la 
lation  grecque.  Cependant,  les  proportions  primitives  de  cette 
onvcnlion  devront  acquérir  plus  d'extension,  à  mesure  que 
B  sultan  paraîtra  plus  disposé  à  défendre  énergiquement  ses 
rétendus  droits  par  la  force.  S'il  persiste  dans  les  dispositions 
ui  semblent  aujourd'hui  le  diriger,  la  victoire,  qui  ne  peut 
tre  incertaine  ,  rendra  les  princes  médiateurs  arbitres  souve- 
ains  dans  la  question;  et  l'indépendance  absolue  du  territoire 
rec  mieux  circonscrit  résultera  immédiatement  des  sacrifices 
lits  en  commun  par  la  triple  alliance.  Ce  résultat ,  que  nous 
ppclons  de  tous  nos  vœux,  est  le  seul  digne  de  la  puissance  et 
e  la  magnanimité  des  trois  monarques  chrétiens,  sur  lesquels 
i  Grèce  n'aura  pas  vainement  compté.  L'équité  la  plus  rigou- 
euse  ne  saurait  en  indiquer  un  autre.  Nous  ne  demandons  que- 
e  qui  nous  appartient,  la  terre  de  nos  ancêtres.  Peut  -  être 
ussi,  notre  fidélité  à  la  foi  chrétienne,  au  milieu  des  tortures 
ccumulées  par  sa  mortelle  ennemie,  doit  nous  mériter  une  ré- 
ompense  proportionnée  aux  maux  que  nous  avons  soufferts, 
•'indépendance  ,de  la  Grèce  ne  serait-elle  donc  pas  l'acte  le 
lus  religieux  de  notre  siècle?  La  politique  fournit  aussi  des  ar- 
umeus  pour  cette  cause  sacrée.  Puisque  les  déclarations  dé- 
ntéressées  de  la  triple  alliance  ont  exclu  toute  idée  de  démem- 
rement  et  de  partage,  il  est  important  que  la  Grèce  devienne 


362  ÉTUDE. 

un  état  indépendant  et  fort,  un  membre  vigoureux  et  actif  de 
la  confédération  européenne.  Sa  place  semble  marquée  dans  le 
système  de  l'équilibre  social,  autant  par  sa  position  géogra- 
phique que  par  les  richesses  de  son  territoire,  dont  la  liberté 
aurait  bientôt  développé  les  germes.  Avant-garde  de  la  civili- 
sation d'Occident,  elle  serait  l'un  des  boulevards  de  la  chré- 
tienté. L'esprit  mercantile,  qui  se  récrie  au  moindre  froisse- 
ment que  lui  fait  éprouver  le  mouvement  convulsif  d'une  na- 
tion remuée  jusque  dans  ses  fondemens,  s'emparerait  alors  avec 
avidité  des  avantages  immenses  que  lui  présenterait  cette  terre 
privilégiée,  rendue  entin  à  la  paix  et  à  la  sécurité.  La  morale, 
ia  religion  ,  la  politique,  l'intérêt  commercial  s'accordent  pour 
solliciter  l'indépendance  de  la  Grèce.  Et,  je  le  répète,  un  pareil 
résultat  est  le  seul  qui  puisse  assurer  à  l'alliance  des  trois  mo- 
narques l'assentiment  de  la  postérité. 

L'élévation  de  M.  Capo- distria  a  été  un  acte  spontané  et  una- 
nime de  la  nation.  Dans  des  conjonctures  aussi  critiques,  elle 
a  dû  confier  le  dépôt  de  ses  destinées  à  la  maturité  des  talens,. 
au  patriotisme  éprouvé  et  au  crédit  européen  de  cet  illustre 
citoyen.  Il  a  été  seul  regardé  comme  capable  de  rétablir  l'har- 
monie,  d'organiser  la  contrée,  de  la  faire  respecter  des  bar- 
bares et  de  la  rendre  plus  recommandable  à  l'Europe.  M.  Coray 
l'a  ingénieusement  comparé  à  Timoléon,  appelé  jadis  comme 
pacificateur  par  les  colonies  siciliennes  de  Corinthe,  sa  patrie. 
Puisse  un  même  succès  couronner  ses  efforts!  11  ne  s'agit  de  rien, 
moins  que  de  réformer  une  nation  égarée  durant  des  siècles  par 
les  plus  funestes  exemples,  et  travaillée  par  des  passions  haineuses 
que  les  cruautés  de  la  guerre  n'ont  que  trop  alimentées;  de  re- 
planter la  liberté  sur  un  terrain  dont  elle  a  été  arrachée  avec  force 
et  auquel  elle  est  restée  trop  long-tems  étrangère;  de  constituer 
enfin  un  pouvoir  robuste  avec  toutes  les  précautions  qu'exige 
la  conservation  d'un  bien  aussi  précieux.  Il  ne  nous  appartient 
pas  de  donner  des  conseils  :  exprimer  des  vœux  et  rappeler  quel 
ques  principes,  voilà  notre  tache.  Nous  n'improuvons  aucune 
forme  de  gouvernement,  pourvu  que  le  bonheur  national  soit  sou 
Unique  objet.  La  tyrannie,  sous  quelque  dénomination  quelle 
se  cache  ,  voilà  ce  que  repoussent  Les  préceptes  divins,  comme 


si  il  LA   RÉVOLl  TIOH  GRECQ1  l  '<'<  \ 

:s  doctriucs  de  la  sagesse  humaine.  Nous  aimerions  à  von  rc 
aître  tout  ce  qui  a  fail  jadis  la  gloire  <l<-  nos  pères,  moins  le 
»o1  y  théisme ,  l'esclavage  domestique  et  les  orages  d'une  démo- 
ralie  effrénée;  mais  avec  le  christianisme,  dans  sn  pureté  pri- 
aitive,  Les  prodiges  des  découvertes  et  des  inventions  modernes , 
t  les  perfectionnement  de  la  civilisation.  Nous  voudrions  ré- 
alité devant  la  loi,  la  liberté  civile  et  religieuse,  fortement 
;arantie,  l'affranchissement  de  la  pensée,  et  la  répression  lé- 
;alo  de  ses  écarts.  Nous  voudrions  que  l'on  prévînt  les  délits  , 
n  favorisant  l'instruction  publique,  loin  d'entraver  l'exercice 
égitime  des  facultés  humaines;  et  que  la  punition,  après  le 
lédemmagemenl  des  personnes  lésées  et  le  soin  de  la  sûreté 
générale,  procurât  l'amendement  du  coupable  plutôt  qu'une 
rengeance  inutile.  Nous  voudrions  que  l'on  appelât  aux  fonctions 
mbliques,  modestement  rétribuées  et  convenablement  circons- 
rites  dans  leurs  pouvoirs,  la  probité  et  le  mérite  (i);que, 
>our  les  finances,  on  évaluât  les  revenus  avec  une  équitable 
agacité,  qu'on  spécialisât  les  dépenses,  que  l'on  régularisât 
es  comptes  (2)  ;  que,  pour  la  guerre  ,  on  s'occupât  en  tems  de 
>aix  de  l'armée  déterre  et  de  mer;  que,  pour  l'extérieur,  on 
écùt  en  bonne  harmonie  avec  les  autres  nations;  que,  pour 
'intérieur,  on  revînt  irrévocablement  à  l'ordre  et  à  la  justice, 
1  cette  justice  dont  la  Grèce  a  été  si  long-tems  privée  et  qu'elle 
lésire  avec  tant  d'ardeur.  O  Grèce,  relève-toi!  Le  jour  glorieux 
le  Salamihe  luit,  enfin  sur  les  lauriers  de  Navarin  !  O  Grèce  dé- 
iolée  !  réunis  tes  enfans  sous  l'ombrage  du  platane  patriarcal! 
)'une  main,  tu  les  Désiras  :  de  l'autre,  tu  offriras  à  tes  bienfru- 
eurs  les  prémices  de  ta  reconnaissance.  Michel  Schinas. 

(1)  Chez  les  nations  qui,  après  avoir  subi  un  long  asservissement, 
relancent  dans  la  carrière  de  la  régénération  sociale,  il  est  impossible 
ju'une  administration  sage  se  forme,  sans  le  concours  de  plusieurs 
jouîmes  d'une  grande  capacité  venus  du  dehors. 

(a)  Un  point  de  la  plus  haute  importance  et  qui  exige  les  remèdes 
les  plus  prompts,  c'est  la  dépréciation  de  la  monnaie  dont  la  Grèce 
>st  affligée  dans  ce  moment.  Il  se  commet  des  abus  scandaleux  à  cet 
■ard,  et  il  faudra  sévir  avec  la  dernière  rigueur  contre  la  tourbe  des 
aussaires  auxquels  le  gouvernement  une,  qui  spécule  sur  l'altération 
lu  titre  des  monnaies,  donne  lui  même  l'exemple. 


II.  ANALYSES  D'OUVRAGES 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

THE  LIBllARY  OF  USEFUL  KNOWLEDGE,  etC.  BIBLIO- 
THEQUE des  connaissances  usuelles;  Ouvrage  pério- 
dique ,  publié  le  ier  et  le  1 5  de  chaque  mois  par  cahiers 
Je  3a  pages  (i). 

La  Grande-Bretagne  a  vu,  depuis  quelques  années,  s'opérer 
dans  les  sciences  et  les  lettres  une  grande  et  importante  révolu- 
tion. On  n'aurait  qu'une  idée  bien  imparfaite  de  l'étendue  des 
connaissances  d'un  peuple,  si  l'on  n'en  jugeait  que  par  les  pro- 
grès qu'ont  fait  faire  aux  sciences  quelques  hommes  de  génie, 
par  les  ouvrages  de  ses  plus  célèbres  historiens,  ou  par  l'élo- 
quence de  ses  orateurs;  car  il  serait  possible  que  la  lumière 
n'eût  pénétré  que  dans  les  classes  élevées  de  la  société,  et  que 
l'obscurité  couvrît  encore  les  classes  inférieures.  Il  faut,  dans 
une  appréciation  de  ce  genre,  avoir  égard  surtout  à  la  diffusion 
des  connaissances;  la  réflexion  indique,  de  plus,  un  élément 
d'une  haute  importance,  la  nature  môme  de  l'instruction  acquise. 

La  révolution  intellectuelle  dont  nous  parlons  n'a  pas  eu 
d'influence  immédiate  sur  l'extension  des  connaissances  en 
elles-mêmes.  Les  limites  des  sciences  n'ont  pas  été  plus  rapide- 
ment reculées  que  dans  le  cours  des  années  antérieures  ;  la  lit- 
térature ne  s'est  pas  extraordinairement  élevée;  mais  les  études 
ont  été  réparties  dans  de  plus  justes  proportions  et  avec  plus 
d'égalité;  elles  ont  été  propagées  plus  promptement  et  avec 
une  libéralité  mieux  entendue. 

Le  tems  n'est  pas  encore  éloigné  où  les  livres  ne  servaient 

(i)  Londres,  1827;  Baldwin  ,  Cradock  et  Joy.  Grand  in-8°,  avec  de 
nombreuses  figures  gravées  sur  bois  ,  jointes  au  texte.  Prix,  6  pence 
(60  c.)  le  cahier. — M.  Audot  publie  sous  le  titre  à'  Encyclopédie  populaire, 
une  collection  analogue,  traduite  en  partie  de  la  Bibliothèque  anglaise  ; 
et  que  nous  avons  annoncée  (voy.  t.  XXXVI,  p.  717). 


SCIENCES  PHYSIQ1  ES.  16  - 

[lt  aux  indh  idus  dès  classes  supérieures,  où  la  science  était 
enfermée  dans  les  universités,  el  cultivée  uniquement  par  les 
itorson nés  pour  qui  l'étude  était  une  nécessité.  Le  plus  grand 

ombre  même  ne  lisait  guère  que  (les  ouvrages  assez  futiles, 
es  poésies  ,  des  romans,  eï  les  livre:-,  sérieux  ne  pouvaient cap- 

iver  l'attention.  Quant  aux  oui  riers  et  aux  petits  commerçons  , 
kir  esprit  ne  s'était  jamais  appliqué  qu'à  la  lecture  des  co- 
uines d'un  journal. 

L'importauce  graduellement  croissante  des  manufactures, 
•ur  connexion  intime  avec  les  ails  mécaniques,  leur  dépen- 
ancedes  théories  chimiques,  paraissent  d'abord  avoir  porté  les 
Nefs  de  ces  établissemens  à  se  familiariser  avec  ces  sciences, 
.es  avantages  qu'ils  retiraient  de  cet  accroissement  de  connais- 
mees  furent  bientôt  devinés  par  leurs  employés;  le  goût  s'en 
fpandit  ,  et  les  classes  ouvrières  cherchèrent  avec  ardeur  les 
loyens  de  se  procurer,  au  moins  en  partie,  cette  instruction 
ont  toutes  les  heures  du  jour  leur  faisaient  sentir  la  nécessité, 
elle  est  l'origine  des  écoles  d'ouvriers  (  mcchanlc's  instlliitcs  ), 
ablissetnens  que  l'on  rencontre  aujourd'hui  sur  tous  les  points 
u  sol  de  la  Grande  -  Bretagne,  et  où  les  ouvriers  viennent 
liercher  les  élémens  des  sciences  qui  se  rattachent  à  leurs  di- 
L?rs  genres  d'industrie. 

Ces  institutions, si  éminemment  utiles,  se  distinguent  de  tous 
s  établissemens  destinés  jusqu'à  ce  jour  à  l'éducation  du  peu- 
le.  Dans  ces  derniers  créés  par  les  gouvernemens  ,  ou  élevés 
i  moyen  de  souscriptions  particulières,  c'est  toujours  aux  frais 
i  riche,  et  sous  son  influence,  que  le  pauvre  reçoit  de  L'instruc- 
:m.  Les  écoles  d'ouvriers  ,  au  contraire,  ont  été  fondées  par 
lux  même  qui  en  profitent,  de  leurs  propres  deniers,  et  pour 
ur  propre  usage.  Les  heureux  résidais  de  cette  innovation 
fnt  évidens  et  incontestables.  Sans  vouloir  déprécier  les  éta- 
issemens  d'instruction  gratuite  fondés  et  entretenus  si  libéra- 
ient aux  frais  du  public,  on  peut  affirmer  que  l'école  des 
iv  riers  de  Londres,  par  exemple,  {London  mcchanlc's  institutc) 
ipaud  plus  de  connaissances  positives,  donne  des  résultats  plus 
fantageux,  que  les  établissemens  publics  où  l'on  fait  des  dép- 
enses centuples.  En  effet,  les  leçons  que  l'on  y  donne  sont 


wio  SCIENCES  PHYSIQUES, 

mieux  adaptées  aux  besoins  et  à  la  capacité  des  auditeurs  ;  et, 
sans  se  jeter  dans  des  théories  et  dans  des  abstractions  que 
toutes  les  intelligences  ne  peuvent  saisir  facilement ,  on  y  con- 
sidère l'arithmétique,  la  géométrie,  l'algèbre,  la  physique,  la 
mécanique, la  chimie,  dans  leurs  applications  spéciales  aux  arts. 
L'instruction  n'est  cependant  pas  bornée  aux  matières  qui  se 
rattachent  exclusivement  à  la  profession  d'artisan;  aucune  partie 
des  connaissances  humaines  n'est  exclue  de  l'enseignement; 
et  l'attention,  la  décence,  l'intérêt  que  l'on  remarque  dans  le 
maintien  et  sur  le  visage  des  assistans,  feraient  honneur  à  un 
auditoire  d'un  rang  plus  élevé.  Nous  avons  suivi  à  l'institut  de 
Londres  un  cours  iïanatomic  ;  bien  que  ce  cours  n'offrît  d'au- 
tres avantages  que  ceux  qui  résultent  de  l'accroissement  des 
connaissances,  la  salle  était  aussi  remplie,  l'attention  aussi  pro- 
fonde ,  que  si  l'enseignement  donné  se  fût  particulièrement 
rapporté  à  la  profession  de  chaque  individu.  Des  cours  &  éco- 
nomie politique  ont  présenté  les  mêmes  résultats.  On  a  attaché 
à  ces  écoles  des  bibliothèques  de  livres  choisis  que  les  sous- 
cripteurs viennent  emprunter  ou  consulter,  et  j'ai  remarqué, 
f3n  examinant  la  liste  des  livres  en  circulation,  que  les  ouvrages 
élémentaires  sur  toutes  les  parties  des  connaissances  usuelles 
étaient  constamment  dans  les  mains  des  artisans. 

Pour  apprécier  les  motifs  qui  déterminent  ainsi  les  ouvriers 
à  se  porter  en  foule  à  ces  foyers  d'instruction,  après  les  fatigues 
de  la  journée  ;  pour  évaluer  le  prix  qu'ils  atttachent  à  cet  em- 
ploi de  leur  tems  et  les  avantages  qu'ils  espèrent  en  retirer,  il 
n'est  point  inutile  de  savoir  qu'ils  paient  une  rétribution  pour 
chacun  des  cours  auxquels  ils  désirent  être  admis.  Si  leur  ad- 
mission était  gratuite,  ou  si  une  seule  souscription  leur  ouvrait 
l'entrée  de  tous  les  cours,  ils  feraient  peut  -  être  moins  de  cas 
d'une  instruction  acquise  à  peu  de  frais  ;  et  à  l'imitation  des 
étudians  des  hautes  classes  ,  ils  perdraient  le  plus  souvent  leur 
tems,  au  lieu  de  le  mettre  à  profit  par  l'étude.  Mais  ,  comme 
ils  paient  leur  instruction  ,  c'est  le  besoin  d'apprendre  seul  qui 
1rs  excite  à  s'imposer  le  sacrifice  d'une  partie  de  leurs  mo-  : 
diques  salaires ,  des  jouissances  qu'elle  leur  eût  procurées  ,  et 
même  des  besoins  qu'elle  eût  pu  satisfaire. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 
Peu  de  teins  après  la  fondation  de  ers  établissement,  pi,- 
lier  indice  de  la  révolution  intellectuel  le  que  nous  avons  signa 
c,  nn  \  ii  paraître  une  foule  d'écrits  périodiques  surles  science 
i  les  arts;  nous  devons  placer  an  premier  rang,  à  cause  de  son 
idite  réel  et  de  l'antériorité  de  sa  publication,  le  Magasin  des 
Ttisans  [  thr  mec  hante' s  Magazine,  voy.  llcv.  Jùic. ,  t.  \\\l 
.  i/;\  Ce  recueil  hebdomadaire  donnait,  dans  chaque  cahier, 

Dur  la  somme  de  3  pence  (  3occnt.  )  iG  pages  in-8°  à  deux 
donnes.  Des  savans  i\i\  premier  ordre  ne  dédaignaient  pas  de 
•diger  ces  instructions,  et,  ce  qui  n'est  pas  moins  important  , 
b  répondre  aux  observations  et  aux  questions  des  ouvriers  , 
icttant  ainsi  en  contact  la  théorie  et  la  pratique,  au  grand 
Pantage  de  l'une  et  de  l'autre.  Indépendamment  du  bien  pro- 
uit  d'une  manière  directe  par  cette  publication  elle  servit 
icorc  de  modèle  à  une  infinité  d'autres  écrits  du  même  genre 
ni  contribuèrent  plus  ou  moins  à  se  rapprocher  du  grand  but 
Brs  lequel  tend  notre  siècle:  la  diffusion  des  connaissances. 
Le  changement  qui  se  manifesta  parmi  les  chefs  d'ateliers  et 
s  simples  ouvriers  fut  prompt  et.  important.  La  portion  des 
miles  classes  de  la  société  dont  l'esprit  put  s'élever  au-delà 
es  frivolités  de  la  vie  fashionable  (des  gens  du  monde  )  vit 
rec  intérêt  les  progrès  du  peuple  ;  stimulée  par  son  exemple, 
L'ut-étre  même  redoutant  pour  l'avenir  une  comparaison  qui 
l*  pouvait  manquer  de  lui  être  désavantageuse,  elle  sentit  la 
L'cessité  d'acquérir  des  connaissances  utiles,  et  consacra  plus 
ne  jamais  à  des  études  graves  une  partie  du  tems  qu'elle  con- 
unait  naguère  dans  des  lectures  oiseuses  ou  dans  de  futiles 
.'•lassemens.  L'attention  que  les  hautes  classes  accordèrent  aux 
émeus  des  sciences  peut  encore  être  en  partie  attribuée  à 
•x tension  prodigieuse  et  à  l'importance  que  la  science  des 
•chines,  et  en  particulier  le  perfectionnement  de  la  machine 
vapeur,  vinrent  donner  aux  manufactures  nationales.  Leur  in- 
uencesurla  prospérité  publique  ne  pouvait  manquer  d'exciter 
nissamment  l'attention  des  propriétaires  fonciers  dont  la  for 
me  était  intéressée  à  cette  révolution.  Une  curiosité  naturelle 
;   irrésistible   suscita   de   tous  cotés  des   recherches    sur   les 


568  SCIENCES  PHYSIQUES. 

causes  et  les  applications  d'une  puissance  pouf  ainsi  dire  sans 
limites;  mais  il  fallut  d'abord  se  familiariser  avec  les  principes 
des  sciences.  De  là,  cette  multitude  d'ouvrages  élémentaires 
que  la  presse  mit  au  jour. 

Tel  était  l'état  de  l'esprit  public  dans  la  Grande  -Bretagne  ,-' 
quand  M.  Brougham  publia  son  Traité  sur  l'éducation  popu- 
laire (  voy.  Rev.  Enc. ,  t.  XXV  ,  p.  727)  (1825),  dans  lequel  il . 
parla  ,  le  premier,  d'un  projet  de  Société  pour  la  propagation 
des  connaissances  usuelles.  Il  est  évident,  disait-il,  que  ce  qui 
manque  aujourd'hui  à  la  classe  ouvrière  pour  acquérir  de  Pins- I 
t motion,  c'est  le  tems.  Il  faut  donc  trouver  pour  elle  un  mode 
d'enseignement  plus  rapide;  le  plus  grand  nombre  devra  se 
contenter  de  ne  point  dépasser  de  certaines  bornes;  mais  il  faut  I 
qu'il  les  atteigne  par  la  route  la   plus  courte.  C'est  ainsi  quel* 
dans  l'étude  de  la  géométrie,  il  ne  sera  point  nécessaire  de  lui 
faire  parcourir  tous  les  degrés  de  ce  magnifique  système  qui  lie 
les  vérités  les  plus  générales  et  les  plus  éloignées  aux  axiomes 
et  aux  définitions;  il  suffira  de  concevoir  les  principales  pro 
priétés  des   figures.  Ne  sera-t-il  pas  également  possible  d'en-v 
seigner  la  mécanique,  sans  exiger  une  connaissance  préliminair 
aussi  parfaite  de  la  géométrie  et  de  l'algèbre  que  celle  qu'on 
suppose  ordinairement  ?  Les  hommes  instruits  rendraient  donc 
un  éminent  service,  en  consacrant  une  partie  de  leur  tems, 
soit  à  composer  des  traités  élémentaires  de  mathématiques  , 
clairs  et  précis,  pour  former  un  raisonnement  géométrique  et 
pour  donner  une  notion  suffisante  des  principales  propositions 
et  de  leurs  applications,  soit  à  rédiger  des  traités  de  philoso- 
phie naturelle  où  les  principes  de  la  physique  seraient  mis  à  la 
portée  des  lecteurs  peu  avancés  en  mathématiques,  ou  dont 
l'instruction  ne  s'étendrait  pas  au  -  delà  des  formules  les  plus 
simples  de  l'arithmétique.  On  aurait  tort  dépenser  que  le  tems 
ainsi  employé  n'aurait  d'autre  résultat  que  de  répandre  quel- 
ques notions  élémentaires  sur  les  sciences  parmi  le  peuple,  bien 
que  cet  objet  seul  dût  produire  les  plus  grands  avantages.  Les 
idées  de  la  masse  du   peuple  s'élèveraient;  ses  vues  se  porte- 
raient sur  des  sujets  plus  nobles  ;  et  c'est  là,  si  je  ne  me  trompe, 


:; 


SCIENCES  PHYSIQUES.  3Gg 

lu  but  de  la  plus  sublime  philosophie,  aujourd'hui  surtout  que 
les  adeptes  des  sciences  transcendantes  ont  cessé  de  jeter  des 
regards  dédaigneux  sur  la  multitude.  D'ailleurs,  si  l'avance- 
ment de  la  science  a  été  de  tout  tems  le  but  du  philosophe  ,  ii 
y  parviendra  plus  sûrement,  quoique  indirectement,  en  for- 
mant des  milliers  de  spéculateurs  qui  multiplieront  les  obser- 
vations et  les  expériences.  Il  serait  inopportun  de  rien  enseigner 
au-delà  des  clémcns;  car  l'élève  qui  sentira  en  lui  le  goût  et 
l'aptitude  nécessaires  portera  plus  loin  ses  études  ;  et  c'est 
ainsi  que  se  multiplieront  les  hommes  capables  de  faire  des 
découvertes  dans  les  sciences  et  dans  les  arts.  Tout  professeur 
qui  aura  développé  dans  un  traité  simple  et  concis  les  doctrines 
du  calcul,  de  la  géométrie  et  de  la  mécanique  ,  au  moyen 
d'exemples  assez  bien  choisis  pour  frapper  l'imagination,  et  qui 
aura  montré  leur  connexion  avec  les  autres  branches  des  con- 
naissances humaines  et  avec  les  besoins  sociaux,  aura  certai- 
nement acquis  le  droit  de  réclamer  une  grande  part  dans  cette 
moisson  de  découvertes  et  d'inventions,  que  ne  peuvent  man- 
quer de  recueillir  les  milliers  d'hommes  actifs  et  ingénieux  dont 
il  aura  contribué  à  étendre  et  à  fortifier  les  facultés  intellec- 
tuelles et  créatrices. 

Il  est  évident  qu'une  Société  obtiendrait  des  résultats  plus 
avantageux,  que  tout  ce  que  l'on  peut  attendre  des  travaux 
d'individus  isolés.  Cet  objet  a  été  pris  en  considération  ,  et 
l'Angleterre  a  vu  se  former  dans  sa  capitale  une  association 
qui  se  propose  de  rendre  plus  faciles  la  composition  et  la  pu- 
blication d'ouvrages  utiles,  et  à  bas  prix.  Pour  devenir  membre 
de  celte  réunion  ,  il  ne  faut  ni  des  lalens  transcendans,  ni  mi 
savoir  profond,  ni  de  grands  moyens  pécuniaires  ;  bien  que  ces 
qualités  ne  soient  point  sans  importance  dans  une  Société  de 
ce  genre,  elles  ne  sont  pas  indispensables  à  ses  succès. 

Le  projet  de  cette  Société  ne  tarda  pas  eu  effet  à  être  mis 
a  exécution.  Plusieurs  hommes  publics,  connus  par  le  zèle  qu'ils 
avaient  montré  pour  l'éducation  du  peuple,  pour  favoriser  les 
progrès  moraux  et  intellectuels  de  l'humanité  en  général,  s'as- 
socièrent, quelques  mois  après  la  publication  de  Y  Essai  sur 
t.  xxxvn. —  Février  1828.  2.4 


3  :o  SCIENCES  PHYSIQUES. 

/  édacàtién  publique ,  à  l'illustre  auteur  de  cet  ouvrage.  Ils  mi- 
rent en  commun  leurs  talens  et  leurs  efforts,  et  formèrent  le 
noyau  de  la  Société  projetée.  La  détresse  commerciale  de  cette 
époque  apporta  des  retards  dans  les  opérations  de  cette  asso- 
ciation philantropique  ;  mais  ces  délais  furent  mis  à  profit  pour 
discuter  et  faire  connaître  au  public  l'objet  et  les  vues  de  l'in- 
stitution que  l'on  voulait  fonder.  Le  nombre  des  membres  s'ac- 
crut rapidement,  et  vers  la  fin  de  1826  on  publia  le  prospectus 
qui  annonçait  la  formation  de  la  Société,  et  qui  renfermait  son 
plan  et  ses  règlemens  qu'elle  avait  eu  le  tems  de  mûrir  et  de 
perfectionner. 

Ce  plan  d'instruction  publique  et  populaire  est  sans  contre- 
dit le  plus  vaste  que  Ton  ait  jamais  conçu  ,  ou  du  moins  qui 
ait  jamais  été  exécuté.  L'objet  de  la  Société  est  clairement  ex- 
primé et  strictement  compris  dans  le  titre  qu'elle  s'est  donné  : 
elle  veut  répandre  des  connaissances  utiles  à  toutes  les  classes; 
et  pour  atteindre  ce  but,  elle  publie  périodiquement  des  traités 
à  la  portée  de  tous  les  lecteurs  sur  toutes  les  parties  de  ces 
connaissances,  sous  la  direction  et  avec  la  sanction  d'un  comité 
supérieur. 

Chaque  traité  doit  contenir  l'exposé  sommaire  des  principes 
fondamentaux  de  la  science  à  laquelle  il  est  consacré ,  les 
preuves  et  les  éclaircissemens  nécessaires  pour  donner  une 
instruction  solide,  les  applications  pratiques  des  principes  et 
des  théories  que  l'on  a  exposées;  enfin,  l'explication  des  faits 
et  des  apparences  souvent  trompeuses.  Le  comité  chargé  de 
faire  composer  et  de  publier  une  suite  de  traités  méthodiques 
pour  l'instruction  commune  du  peuple,  a  commencé  par  dé- 
terminer toutes  les  divisions  et  les  subdivisions  dont  le  savoir 
humain  paraît  susceptible.  Il  a  désiré  que  chaque  partie  con- 
stituante d'une  science  pût  devenir  le  sujet  d'un  traité  distinct, 
précis  et  substantiel.  Dans  les  cas  où  l'importance  des  matières 
traitées  exigerait  de  plus  grands  développemens,  on  ajoute  au 
iraité  principal  un  traité  supplémentaire  d'une  étenduesuffisante. 

Chaque  traité  doit  être  renfermé  dans  les  limites  de  32  pages 
grand  in-8°,  à  deux  colonnes,  contenant  a  peu  près  autant  de 
matières  que  100  pages  ordinaires  in-8° ,  et  ornées  de  gravures 


SCIENCES  PHTSJQ1  ES.  I71 

en  bois  i  insérées  dam  le  texte.  Le  pi  i v  de  chacun  des  traités 
est  li\r  à  6  pences  ou  Se  centimes  environ,  et  il  en  paraît  un 
régulièrement  !<•  i"  el  le  ïB  de  chaque  mois:  si  l'on  arrive  à 
une  gronde  distribution  de  ces  ouvrages,  on  pourra  les  fournir 

à  un  prix  encore  j > I n s  bas. 

[le!  sujets  choisis  par  la  Société  comprennent  toutes  les 
branches  de  la  philosophie  naturelle,  les  mathématiques  pures, 
leurs  applications  à  la  pratiqué,  les  arts  utiles,  des  extraits 
succincts  et  elairs  des  principes  de  lSKWTON,de  son  optique, 
de  la  mécanique  céleste  de  Laplace,  du  novum  organum  de 
Bacon,  de  son  traité  de  àugfhentîs  seie/itianun.  Toutes  les  sub- 
divisions de  la  philosophie  intellectuelle,  de  l'éthique,  de  la  po- 
litique, seront  successivement  traitées,  ainsi  que  l'histoire  des 
sciences,  des  arts  ,  des  nations  et  des  hommes  les  plus  célèbres. 

Plus  on  examine  ce  plan,  et  plus  on  admire  la  grandeur  du 
projet,  la  sage  distribution  des  détails.  Chaque  traité  sera  pré- 
cisément ce  qu'il  doit  être  pour  une  instruction  populaire;  court 
et  précis,  il  peut  être  lu  aux  heures  des  loisirs  journaliers  ,  et 
cette  lecture  instructive  et  attachante  remplacera,  avec  d'im- 
menses avantages,  les  délassemens  souvent  dangereux  dans 
lesquels  ces  heures  de  loisirs  étaient  dissipées  :  écrit  d'un  style 
simple  et  familier,  il  est  adapté  à  l'intelligence  des  hommes 
qui  n'ont  point  reçu  d'éducation  première;  appuyé  sur  des 
exemples  et  rempli  d'applications  aux  faits  et  aux  phénomènes 
les  plus  ordinaires,  il  sera  facilement  compris  et  lu  avec  in- 
térêt. Son  objet  spécial  étant  traité  à  fond,  le  lecteur  aura  la 
satisfaction  d'acquérir  une  instruction  complète  sur  une  branche 
quelconque  des  connaissances  humaines.  Enfin  la  modicité  ex- 
trême du  prix  permet  aux  hommes  les  moins  favorisés  parla 
fortune  de  se  procurer  les  traités  qui  leur  conviennent ,  sans 
s'imposer  aucune  privation  sensible. 

La  main  qui  avait  créé  cette  immense  machine  d'avance- 
ment intellectuel ,  moral  et  social ,  fut  aussi  celle  qui  lui  donna 
!e  mouvement,  et  le  premier  traité  qui  parut  sortit  de  la  plume 
de  M.  Brough  un,  son  Discours  sur  le  but,  les  avantages  et  1rs plai- 
sirsde  la  teiertee  (voy.  liée.  Ene.,  t.  XXXIV  avril  1827;  p.  1  ',o\ 

24. 


3-2  SCIENCES  PHYSIQUES, 

servit  d'introduction  à  la  série  des  traités  sur  les  sciences 
physiques  par  lesquels  la  Société  devait  commencer  i'exécu- 
lion  de  son  plan.  L'auteur  établit  les  grandes  divisions  du 
savoir  humain:  il  développe  la  nature  et  l'objet  des  mathéma- 
tiques pures,  l'arithmétique,  la  géométrie,  l'algèbre  ,  puis,  les 
diverses  branches  de  la  philosophie  naturelle;  et  c'est  tou- 
jours avec  bonheur  qu'il  trouve  et  décrit  les  applications  les 
plus  frappantes  de  ces  sciences  aux  besoins  et  aux  usages  de 
l'homme  vivant  en  société. 

Dix  autres  traités  suivirent  bientôt  ce  discours  d'introduc- 
tion t  il  nous  suffira  d'en  mentionner  ici  les  titres  :  i°  Hydro- 
statique. 2°  Hydraulique.  3°  Pneumatique.  4°  De  la  chaleur. 
5°  Mécanique.  ier  traité;  Des  agens  mécaniques.  6°  2e  traité; 
Éiémens  de  la  science  des  machines.  70  3e  traité;  Du  frotte- 
ment et  de  la  raideur  des  cordes;  8° De  la  mécanique  animale. 
90  Extrait  du  Novuni  organum.  io°  Optique. 

Tous  ces  traités  sont  en  général  assez  bien  adaptés  au  but 
que  nous  avons  indiqué.  Les  principes  de  la  science  sont  expo- 
sés avec  une  grande  clarté,  dans  un  style  très-simple  et  cepen- 
dant toujours  pur;  tout  en  présentant  les  méthodes  et  les 
applications  les  plus  à  portée  de  la  masse  des  lecteurs,  on 
reconnaît  à  chaque  page  les  maîtres  de  la  science.  Nous  appre- 
nons que  quelques-uns  de  nos  plus  illustres  savans  coopèrent 
aux  différentes  parties  de  cet  important  ouvrage. 

La  circulation  ou  le  débit  de  ces  traités  est  peut-être  la 
meilleure  preuve  qu'on  puisse  donner  de  leur  utilité;  car  si 
le  peuple  les  achète,  il  les  lit;  s'il  continue  à  les  lire,  c'est 
qu'il  les  comprend  ;  et  la  société  a  atteint  son  but.  Or,  nous 
savons  que  trente  mille  exemplaires  du  premier  traité  ont  été 
vendus  dans  l'espace  de  quatre  mois  ;  c'est  une  preuve  sans 
réplique  que  la  population  de  la  Grande-Bretagne  a  senti  la 
force  des  argumens,  et  l'importance  des  conseils  développés 
dans  l'éloquent  discours  de  M.  Brougham.  Il  est  évident  que 
l'esprit  de  la  nation  était  bien  préparé  pour  recevoir  la  masse 
de  connaissances  que  lui  ont  successivement  apportées  les  autres 
traités  élémentaires. 


SCIENCES  HlYMol  ES.  >  I 

La  publication  de  chacun  d'eux  esl  suivie  «l'une  demande 
immédiate  de  quinze  mille  exemplaires ,  el  le  débit  des  exem- 
plaires restant  continue  encore  avec  rapidité.  On  peut  rai- 
sonnablement évaluer  à  quarante  ou  cinquante  mille  le  nombre 
«les  lecteurs. 

Nous  félicitons  la  nation  anglaise  de  l'abondance  et  de  la 
variété  des  richesses  intellectuelles  qui  lui  sont  offertes  par 
celte  voie,  et  de  l'occasion  nouvelle  qui  est  fournie  à  tout 
homme  intelligent  et  laborieux  de  s'instruire  et  de  s'élever 
dans  l'échelle  sociale,  en  se  distinguant  dans  la  profession  qu'il 
exerce.  Nous  la  félicitons  aussi  d'avoir  su  apprécier  et  mettre 
à  profit  cette  institution  bienfaisante,  et  d'avancer  d'un  pas 
rapide  et  sûr  dans  la  carrière  des  améliorations.  Nous  signa- 
lons ce  grand  exemple  à  l'attention  du  monde  civilisé,  a  celle 
des  amis  de  l'instruction,  et  des  pei  fectionnemens  en  tous 
genres.  Cet  appel  sera  sans  doute  entendu,  et  la  France,  où 
l'on  sait  à  la  fois  comprendre  et  agir,  saura  surtout  y  ré- 
pondre (i).  D.  L a. 

(i)  Le  vœu  philantropique  de  notre  savant  collaborateur  et  cor- 
respondant ,  auteur  de  cet  article  ,  est  déjà  rempli.  Grâce  à  l'activité 
infatigable,  et  à  la  noble  persévérance  des  fondateurs  et  des  membres 
les  plus  zélés  de  la  Société  pour  l'amélioration  de  l'instruction  élémentaire  , 
qui  ont  introduit  et  fait  prospérer  en  France  Y  enseignement  mutuel  ; 
grâce  aux  généreux  et  constans  efforts  de  M.  Charles  Dupin,  qui  de- 
puis plusieurs  années  a  réussi  à  faire  sentir  par  ses  écrits  ,  par  sa  cor- 
respondance, par  son  exemple,  et  par  le  cours  qu'il  a  ouvert  gratui- 
tement ,  toute  l'importance  de  Y  enseignement  industriel,  adopté  mainte- 
nant dans  la  plupart  de  nos  villes  les  plus  populeuses  ,  l'instruction 
primaire  et  commune  pour  les  enfans  des  classes  pauvres  ,  l'instruc- 
tion industrielle  et  pratique,  rendue  populaire  pour  les  adultes  dans 
les  classes  ouvrières  et  laborieuses  ,  permettront  bientôt  à  la  France  de 
ne  plus  rien  envier  en  ce  genre  à  l'Angleterre.  Ces  deux  grandes  na- 
tions, destinées  à  mareber,  pour  ainsi  dire,  à  la  tête  de  la  civilisa- 
tion humaine,  n'auront  plus  entre  elles  d'autre  rivalité  qu'une  ému- 
lation salutaire  et  féconde  pour  se  distinguer  à  l'envi  dans  les  vastes 
carrières  de  l'instruction  populaire  ,  de  l'industrie  et  du  bien  public. 

M.  A.  J. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 


Le  petit  Producteur  français,  par  le  baron  Charles 
Dupin,  membre  de  l'Institut  (i). 

L'auteur  de  cet  ouvrage  l'a  dédié  à  l'un  de  ses  collègues  à 
Tlnstitut,  M.  le  comte  Daru  ,  pair  de  France.  Quoique  les 
épîtres  dédicatoires  soient  ordinairement  étrangères  au  sujet  du 
livre ,  et  sans  intérêt  pour  les  lecteurs ,  il  ne  sera  pas  inutile 
de  nous  arrêter  un  moment  à  celle-ci. 

Lorsque  M.  Dupin  aura  terminé  l'œuvre  qu'il  a  commencée 
et  poursuivie  avec  un  courage  si  digne  d'éloges  ,  il  lui  sera 
permis  de  se  reposer,  de  contempler  ce  qu'il  aura  fait,  d'ob- 
server les  mouvemens  de  l'immense  organisation  dont  il  a  pré- 
paré le  développement.  Mais  il  reste  encore  beaucoup  à  faire; 
et,  puisque  c'est  un  grand  bien  qu'il  s'agit  d'obtenir,  il  faudra 
surmonter  des  obstacles,  appeler  des  secours,  réunir  toutes 
les  forces,  et  ne  rien  perdre  de  leur  action.  M.  Dupin  a  dû 
prévoir  qu'on  lui  ferait  acheter  le  bonheur  d'avoir  servi  l'hu- 
manité et  sa  patrie  :  les  opinions  qu'il  heurtait ,  certains  in- 
térêts qu'il  ne  devait  point  ménager,  quelques  passions  peu 
généreuses  que  toute  célébrité  offusque,  l'ont  assailli  de  con- 
cert, et  il  a  eu  le  sort  commun  à  tous  les  fondateurs  d'entre- 
prises grandes  et  difficiles ,  consacrées  au  bien  public.  L'armée 
et  les  alliés  de  l'obscurantisme  ont  attaqué  l'auteur  à  cause  du 
livre,  tandis  que  d'autres  ennemis  attaquaient  le  livre  à  cause 
de  l'auteur.  M.  Dupin  était  ainsi  dans  la  nécessité  de  ne  pas  se 
présenter  seul  à  un  combat  où  ses  adversaires  ne  se  piqueraient 
point  de  loyauté;  mais  il  n'a  pris  qu'un  seul  témoin,  et  tous 

(i)  Paris  ,  1827  ;  Bachelier.  5  vol.  pet.  in- 12  ,  d'environ  100  pages  ; 
prix  de  chaque  volume  ,  75  centimes. 


SCIENCES  MORALES.  '-:  » 

fa  Français  conviendront  i  ainsi  que  les  étrangers ,  qu'il  ne 
pouvait  faire,  un  meilleur  choix. 

I,e  /V//7  Producteur1  est  di\isé  eu  cinq  livrets  ,  dont  retendue 
Q9l  à  peu  près  la  même.  Le  premier  présente  ,  dans  le  cadre  le 
plus  étroit  qu'il  a  été  possible  d'admettre  ,  le  tableau  général 
du  propres  des  forces  productives  et  < .ommcrciales  de  la  France  ; 
dans  le  second  ,  l'auteur  a  résumé  les  notions  les  plus  utiles 
aux  petits  propriétaires  cultivateurs  ;  le  troisième  est  consacré 
au\  petits  fabricans  et  aux  artisans  ;  le  quatrième  est  destiné 
aux  petits  conimereans  ;  et  enfin,  le  cinquième,  aux  simples  ou- 
vriers. Avant  d'entrer  dans  aucun  détail  sur  chacun  de  ces 
ouvrages ,  essayons  d'éclaircir  et  de  fixer  nos  idées  sur  la  nature 
et  le  caractère  propre  des  livres  populaires. 

Si  nous  savions  bien  ce  que  c'est  que  le  peuple,  nous  ne  man- 
querions pas  d'écrivains  dont  la  plume  se  conformerait  au 
goût  et  aux  besoins  de  celte  classe  de  lecteurs.  Mais  il  est  peu 
d'hommes  qui  aient  pris  la  peine  d'étudier  cette  partie  de  la 
population;  plus  elle  s'éloigne  des  formes  de  l'homme  façonné 
par  l'éducation  ,  moins  on  s'attache  à  la  connaître;  et  cepen- 
dant on  prononce  sans  hésiter  sur  le  degré  d'intelligence  dont 
elle  est  capable,  sur  sa  moralité  ,  ses  droits  sociaux ,  ses  des- 
tinées. On  se  mêle  de  régler  la  quantité  d'alimens  intellectuels 
qui  convient  à  son  tempérament  ;  et,  si  l'on  en  croyait  certains 
docteurs,  elle  finirait  par  mourir  d'inanition,  si  la  nature  de 
l'âme  humaine  pouvait  dégénérer,  comme  les  forces  et  l'organi- 
sation physiques.  C'est  pourtant  ainsi  que  la  plupart  des  auteurs 
d'ouvrages  populaires  ont  conçu  ce  qu'ils  nomment  le  peuple  : 
c'est  ainsi  que  le  conçoivent  presque  tous  les  gouvernemens  et 
le  vulgaire  des  législateurs.  Aux  yeux  du  philosophe,  le  peuple 
est  la  nation;  et,  lorsqu'il  s'agit  d'instruction,  tout  ce  qui  est 
capable  de  penser,  et  par  conséquent  d'apprendre  ,  forme  le 
peuple  ,  ou  si  l'on  veut,  la  nation  ;  car  ces  deux  mots  peuvent 
être  substitués  l'un  à  l'autre  sans  inconvénient.  L'usage  ordi- 
naire a  dégradé  le  mot  peuple  ;  on  ne  l'emploie  que  pour  dési- 
gner la  foule  sur  laquelle  on  laisse  tomber  des  regards  de 
protection  ou  de  mépris.   D'un  autre  côté,  depuis  nos   tour 


3-6  SCIENCES  MORALES. 

mentes  révolutionnaires,  le  mot  national  devenu  suspect: 
comment  donc  s'exprimer,  et  de  quels  termes  est-il  encore 
permis  a  la  raison  de  faire  usage  ?  Quoi  qu'il  en  soit,  lorsque 
l'on  veut  instruire  des  hommes,  et  non  des  enfans,  qu'on  ne 
s'amuse  point  à  des  contes;  qu'on  aille  droit  au  fait,  qu'on 
épargne  un  tems  précieux,  soit  pour  le  travail,  soit  pour  le 
repos,  après  les  (alignes  de  la  journée.  Le  paysan  qui  sait  lire 
et  qui  est  capable  d'observer  ce  qui  se  passe  autour  de  lui 
est-il  donc  sans  idées?  Écrivains,  qui  cherchez  à  vous  meltre  à 
sa  portée,  montez,  si  vous  le  pouvez,  au  lieu  de  descendre; 
il  sait  peut-être  plus  que  vous,  et  mieux  que  vous. 

En  général,  l'homme  du  peuple  pour  lequel  on  fait  un  livre 
doit  être  traité  comme  tout  autre  lecteur,  car  son  intelligence 
n'a  rien  qui  la  distingue  de  celle  de  l'homme  placé  plus  haut 
dans  la  hiérarchie  sociale.  C'est  ainsi  que  M.  Dupin  conçoit 
l'enseignement  populaire ,  soit  dans  ses  cours  et  dans  les  ou- 
vrages qui  en  sont  la  rédaction,  soit  dans  le  Petit  Producteur 
français.  On  ne  sera  donc  point  surpris  que  son  premier  livret 
soit  un  tableau  statistique  composé  pour  les  hommes  les  plus 
instruits,  accoutumés  par  de  longues  études  à  généraliser  les 
faits  et  les  observations  :  il  suffit,  pour  tout  comprendre  dans 
cette  série  de  faits,  de  raisonnemens  et  de  calculs,  d'avoir  l'es- 
prit juste,  et  d'être  attentif.  Si  l'on  considère  en  elle-même 
cette  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Dupin  ,  on  trouvera  peut-être 
que  notre  situation  y  est  présentée  sous  des  couleurs  trop  bril- 
lantes; que,  si  la  France  était  aussi  prospère  au-dedans et  au- 
dehors  ,  le  malaise  que  l'on  y  ressent  partout  serait  tout-à-fait 
inexplicable.  Quelques  personnes  promptes  à  s'alarmer,  quand 
il  s'agit  des  plus  chers  intérêts  de  la  liberté,  auraient  voulu 
que  l'auteur  n'employât  pas  le  mot  àe  journalisme  dont  le  sens  , 
nécessairement  vague  ,  indéterminable  ,  convient  beaucoup 
mieux  aux  partis  qu'à  la  raison,  Les  passions  malveillantes  ont 
soin  de  multiplier  ces  dénominations  ;  ce  sont  des  fantômes 
qu'elles  savent  faire  mouvoir  dans  les  ténèbres,  mais  qui  ne 
supportent  pas  la  clarté  du  jour.  Le  journalisme ,  puisqu'il  faut 
en  parler  encore,  cet  épouvantail  dont  certaine  faction  a  la 


SCIENCES  MORALES.  V; 

maladresse  de  contiuuer  l'essai,  ne  méritait  pas  l'honneur 
d'être  nommé  dans  ce  livret. 

Les  observations  de  l'auteur  sur  les  effets  de  Renseignement 
mutuel  contribueront  sans  doute  à  multiplier  les  partisans  de 

Cette  excellente  méthode  d'instruction  ;  mais  elles  redoubleront 
l'aniinosite  de  ses  adversaires,  la  véhémence  des  persécutions 
qu'elle  éprouve.  Comme  cette  lutte  ne  pouvait  être  évitée,  on 
ne  regrette  point  que  les  forces  se  rassemblent  de  part  et  d'au 
tre  ,  et  qu'une  bataille  décisive  s'apprête  :  tout  fait  augurer  que 
la  victoire  sera  fidèle  à  la  cause  de  l'humanité. 

X.  Dupin  rend  justice  à  notre  littérature,  image  fidèle  des 
mœurs  publiques.  Une  expérience  assez  long-tems  continuée 
fait  voir  que  ces  mœurs  se  forment  aujourd'hui  sous  l'influence 
îles  lumières,  sans  que  d'éminens  exemples  y  aient  une  part 
remarquable.  A  l'avenir  les  cours  pourront  être  tout  ce  qu'elles 
voudront  ;  estimables,  si  elles  veulent  être  estimées  ,  futiles  ou 
dissolues  ,  comme  elles  le  furent  quelquefois  :  mais  les  nations 
ne  chercheront  point  à  les  imiter;  le  tems  n'est  peut-être  pas 
loin  où  les  cours  se  laisseront  entraîner  elles-mêmes,  et  se  sou- 
mettront avec  sagesse  au  pouvoir  de  l'opinion. 

Le  premier  livret  était  dédié  à  l'un  des  historiens  modernes 
les  plus  judicieux  ;  le  second  a  paru  sous  les  auspices  d'un  ver- 
tueux prélat  :  nous  imiterons  à  regret  la  discrétion  de  l'auteur 
qui  ne  l'a  point  nommé.  Ce  livret  est  à  l'usage  de  l'homme  des 
champs,  petit  propriétaire  ou  même  fermier.  Que  de  choses  à 
lui  apprendre  !  Mais  il  s'agit  encore  bien  plus  de  l'élever  que 
de  l'instruire;  ce  qui  est  le  plus  important ,  c'est  qu'il  ait  une 
juste  idée  de  sa  position  sociale,  et  des  moyens  de  s'environner 
de  considération  et  de  bonheur.  M.  Dupin  n'omet  aucun  de  ces 
moyens,  et  les  présente  dans  l'ordre  le  plus  propre  à  les  gra- 
ver dans  la  mémoire,  à  les  faire  passer  daus  les  habitudes  de  la 
vie;  car  c'est  là  seulement  que  les  préceptes  de  bon  ordre  do- 
mestique, de  prévoyance  et  de  sagesse  dans  l'administration  de 
ses  affaires,  de  morale  publique  et  privée,  peuvent  être  utiles  ; 
ils  ne  sont  pas  faits  pour  être  déposés  dans  un  livre  que  l'on 
consulte  au  besoin.  M.  Dupin  ne  se  dissimule  point  que  cette 


3;8  SCIENCES  MORALES. 

partie  de  sa  noble  entreprise  est  une  des  plus  difficiles  ;  qu'il 
s'agit ,  dans  la  plus  grande  partie  de  la  France,  d'accoutumer  à 
de  nouveaux  usages  une  classe  obstinée  dans  sa  routine  ,  de  re- 
former des  hommes  isolés,  disséminés  sur  un  immense  terri- 
toire,  et  sur  lesquels  on  n'a  presque  point  d'action.  C'est  ici 
que  l'éducation  publique  présente  à  la  fois  ses  avantages  et  ses 
besoins.  Avec  un  commencement  d'instruction,  l'homme  isolé 
peut  acquérir  les  connaissances  qui  lui  manquent  ;  mais,  s'il  fut 
mal  élevé,  si  ses  premières  années  ne  furent  pas  soumises  à 
l'ordre  et  mises  à  profit  par  un  bon  emploi  du  tems,  il  est  bien 
rare  que  l'homme  fait,  le  citoyen,  le  chef  de  famille  ne  conserve 
point  quelques  vices  ou  quelques  travers  du  jeune  homme ,  à 
moins  que  l'on  ne  mette  à  sa  portée  de  bons  exemples  et  d'u- 
tiles avertissemens.  M.  Dupin  compte  sur  les  ministres  de  la 
religion  dont  l'influence  peut  être  rendue  encore  plus  utile  ,  si 
elle  est  aidée  par  l'autorité  des  magistrats.  Il  cite  l'exemple  mé- 
morable du  sage  Oberlin  ,  bienfaiteur  vénéré  d'une  population 
de  montagnards  dont  il  adoucit  les  mœurs,  qu'il  tira  de  la  mi- 
sère en  leur  apportant  des  connaissances  et  de  l'industrie.  Ces 
montagnards,  devenus  bons  par  les  soins  de  leur  digue  pasteur, 
furent  assez  heureux  pour  le  conserver  pendant  plus  d'un  demi- 
siècle;  sa  mémoire, consacrée  par  la  reconnaissance,  sera  traus- 
miseà  toutes  les  générations  qui  se  succéderont  sur  cette  terre 
qu'il  rendit  fertile. 

Tout  est  précieux  dans  ce  livret.  Si  nous  pouvions  céder  au 
désir  de  citer,  ce  serait  peut-être  encore  une  dédicace  que  nous 
mettrions  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs  :  l'auteur  a  transcrit 
celle  de  l'ouvrage  sur  le  droit  à' aînesse  par  M.  Dupin  aîné  ; 
c'est  à  ses  frères  que  le  savant  jurisconsulte  adresse  cet  élo- 
quent plaidoyer  en  faveur  de  l'équité,  de  la  paix  et  de  l'union 
des  familles. 

Le  fabricant  esfc  ordinairement  pourvu  de  quelque  instruc- 
tion; il  semble  que  son  livret  pourrait  être  plus  court  que  celui 
du  cultivateur.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  chacun  des  cinq 
volumes  du  Petit  Producteur  doit  être  indépendant  des  quatre 
autres,  et  complet  en  lui-même.  D'ailleurs,  quoique  l'agricul- 


SCIENCES  MORALBS.  379 

tint-  soil   incontestablement  le  premier  des  arls,  le  cultivaient 

o*eieroe  pas  une  influence  directe  aussi  grande  que  relie  du  la 

brieanl  ;  il  ne  préside  pas  aux  destinées  (l'une  aussi  nombreuse 

population;  il  n'emploie  cgtie  peu  de  bras;  et  quelquefois  !<• 

travail  de  sa  famille  lui  suffit  pour  obtenir  des  produits  très- 
abondans.  Le  fabricant  dont  l'intelligence  et  la  conduite  hono- 
rent Sa  profession  est  le  chef  et  l'appui  de  plusieurs  familles  ; 
autour  de  lui,  et  par  ses  généreux  soins,  les  enfans  de  ses  ou- 
vriers reçoivent  le  double  bienfait  «l'une  instruction  complète 
pour  la  profession  à  laquelle  ils  se  destinent,  et  d'une  éduca- 
tion où  l'exemple  n'est  jamais  séparé  du  précepte.  M.  Dupin 
s'est  complu  à  dépeindre  ce  fabricant,  à  le  suivre  dans  ses  di- 
verses occupations,  partout  où  ses  qualités  estimables  trouvent 
l'occasion  de  se  développer  :  et  partout  le  lecteur  est  amené  à 
cette  conclusion,  que  le  plus  honnête  homme  est  celui  qui 
comprend  le  mieux  ses  véritables  intérêts.  Ajoutons  à  ce  résul- 
tat de  l'observation  une  autre  vérité  par  laquelle  l'auteur  a  ter- 
miné ce  livret ,  et  qui  est  aussi  l'un  des  précieux  fruits  de 
l'expérience.  «  Les  meilleurs  moyens  qui  mèneront  les  petits  fa- 
bricans  à  la  fortune,  à  l'opulence,  produiront  l'amélioration  du 
sort  des  ouvriers  et  des  ouvrières.  » 

Au  moment  où  ce  troisième  volume  était  prêt  à  paraître,  la 
France  allait  être  rendue  à  l'espérance.  L'auteur  a  dédié  son 
livre  aux  électeurs;  il  y  a  de  l'écho  en  France,  lorsque  la 
voix  de  l'intérêt  public  s'y  fait  entendre.  Ceux  qui  reconnaî- 
traient ici  une  manœuvre  du  comité  directeur,  sont  invités  à 
prendre  leur  revanche;  qu'ils  propagent  l'instruction,  dissipent 
les  erreurs  et  leur  substituent  des  connaissances;  qu'ils  compo- 
sent de  bons  ouvrages  populaires;  qu'ils  obtiennent  la  confiance 
du  peuple,  en  la  méritant,  les  suffrages  électoraux  ne  leur 
manqueront  point. 

Puisque  nous  parlons  accidentellement  d'élections,  à  propos 
de-  dédicace,  intervertissons  un  moment  l'ordre  de  succession 
des  livrets.  Avant  que  la  rédaction  du  cinquième  fût  achevée  , 
le  département  du  Tarn  avait  fait  ses  choix,  et  mis  au  nombre 
de  ses  députés  un  simple  professeur  d'ouvriers,  suivant  l'exprès- 


38o  SCIENCES  MORALES. 

sion  <le  M.  Dupin.  Ce  témoignage  d'une  haute  estime  était  trop 
flatteur  pour  que  le  député  ne  se  hâtât  point  de  publier  sa  re- 
connaissance ,  de  reconnaître  les  devoirs  que  son  nouveau  titre 
lui  impose,  et  les  engagemens  qu'il  ne  craint  pas  d'y  ajouter  : 
afin  d'être  bien  sûr  d'avoir  satisfait  cà  toutes  ses  obligations ,  il 
veut  aller  au  delà  :  puisse-t-il  avoir  beaucoup  d'émulés  de  son 
zèle  civique  ! 

Le  tour  des  comtîîerçans  est  arrivé  :  le  quatrième  livret  leur 
est  consacré;  l'auteur  le  dédie  aux  élèves  des  écoles  du,  com- 
merce établies  à  Paris,  à  Lyon  et  à  Bordeaux.  Il  annonce  qu'il 
s'attachera  principalement  à  combattre  des  erreurs  accréditées 
depuis  des  siècles,  sur  les  intérêts  du  commerce.  Ces  erreurs 
sont  le  système  des  prohibitions,  des  monopoles,  des  privilèges , 
les  vieilles  doctrines  dont  l'Angleterre  se  débarrasse,  et  que  les 
hommes  à  vues  étroites  accueillent  avec  respect.  «  J'ignore  si 
bientôt  les  Français  adopteront  ces  principes  élevés  et  généreux 
que  les  Américains  du  nord  ont  compris  les  premiers,  que  1rs 
Anglais  comprennent  aujourd'hui  :  mais  j'ai  l'intime  et  ferme 
conviction  qu'un  jour  les  propriétaires,  les  fabricans  et  les  né" 
gocians  français  comprendront  qu'il  n'est  rien  de  plus  mutuel 
que  la  prospérité  des  peuples,  des  cités  et  des  individus.  Nous 
apprendrons  à  nous  réjouir ,  par  intérêt  pour  nous-mêmes  et 
pour  l'espèce  humaine  en  général,  de  tous  les  biens  nou- 
veaux qu'acquerront  les  nations  qui  ne  sont  pas  la  nôtre,  les 
villes  qui  ne  sont  pas  la  nôtre,  et  les  hommes  qui  ne  sont  pas 
nous. 

Après  avoir  prouvé  que  le  commerce  paye  à  peu  près  le  tiers 
des  impôts  supportés  par  la  France,  l'auteur  demande  qu'on 
lui  consacre  des  institutions  spéciales,  et  surtout  des  écoles 
pour  les  petits  commerçans.  D'après  ses  calculs,  un  million  pré- 
levé sur  le  budget  produirait  d'autant  plus  de  bien  ,  qu'il  ne 
serait  pas  diminué  par  le  luxe  aussi  ruineux  qu'inutile  d'un 
grand  maître,  d'un  état-major  et  de  tous  les  frais  accessoires 
entraînés  par  ce  faste  de  pure  ostentation.  11  ne  nous  est  pas 
possible  de  transcrire  ici  rémunération  des  services  que  ce  mil- 
lion bien  employé  rendrait  au  commerce,  à  l'état,  à  tous  les 


SCIENCES  MORALES.  ^8i 

Français  :  et,  quand  même  nous  pourrions  insérer  toutes  cea 
intéressantes  notions,  nous  devrions  peut-être  .nous,  en  abste- 
nir; car  ce  livre)  sera  bientôt  entre  les  mains  de  tout  le  monde, 
fauteur  y  a  réuni  deux  discours  qu'il  a  prononcés  en  182G  et 
1S9.7  ,  à  l'école  spéciale  de  commerce  établie  à  Paris.  Dans  le 
premier,  il  démontre  les  avantages  de  l'application  de  la  géo- 
métrie et  de  la  mécanique  au  commerce;  et  dans  l'autre,  il  ex- 
pose les  résultats  remarquables  de  quelques  questions  commer- 
ciales ramenéesà  des  combinaisons  de  nombres,  à  des  calculs. 
Le  cinquième  livret  est  composé  de  deux  discours  prononcés, 
le  premier,  en  1826,  et  le  second  ,  Tannée  suivante,  à  l'ouver- 
ture du  cours  de  géométrie  et  de  mécanique  appliquées  aux  arts. 
Dans  le  premier,  le  professeur  Tait  voir  ce  que  l'on  doit  at- 
tendre d< 'renseignement populaire;  il  prouve  qu'il  peut  devenir 
en  peu  d'années  une  source  abondante  de  bonheur  pour  les 
ouvriers,  et  de  prospérité  pour  la  France.  Le  second  discours 
preud  une  couleur  plus  sombre;  JVI.  Dupin  ne  dit  plus  ce  qui 
pourrait  être,  mais  ce  qui  est;  il  découvredes  maux  trop  nom- 
breux et  trop  réels.  Ses  remontrances  n'ont  rien  de  sévère;  il 
n'irrite  pas  les  plaies  qu'on  ne  peut  guérir  que  lentement,  par 
les  progrès  naturels  d'un  régime  plus  convenable  à  la  nature 
de  l'homme.  Les  vœux  qu'il  formait  alors  ne  sont  pas  encore 
exaucés;  mais  n'oublions  pas  qu'il  s'agit  d'instruction,  d'insti- 
tutions nouvelles,  et  que  les  progrès  du  bien  sont  toujours  lents, 
au  gré  de  notre  impatience.  En  attendant  que  l'esprit  d'associa- 
tion répande  ses  bienfaits  parmi  les  ouvriers,  et  que  des  écoles 
plus  nombreuses  soient  ouvertes  à  l'industrie,  voici  des  livres 
populaires  qui  vont  pénétrer  partout,  accoutumera  lire  et  à 
penser  des  hommes  dont  les  facultés  intellectuelles  n'étaient 
qu'assoupies  :  une  génération  plus  intelligente  et  plus  instruite 
portera  plus  haut  notre  industrie,  multipliera  ses  produits  ,  et 
les  perfectionnera,  M.  Dupin  n'est  qu'à  l'entrée  de  la  carrière; 
les  livrets  se  multiplieront;  et,  à  mesure  qu'ils  passeront  entre 
les  mains,  de  nos  ouvriers,  nos  voisins  ne  manqueront  pas  de 
les  traduire,  hommage  qu'ils  ont  déjà  décerné  à  cette  première 
publication.  Que  la  France  recouvre  au  moins  une  partie  de 


382  SCIENCES  MORALES. 

son  ancienne  prépondérance;  qu'elle  soit  l'institutrice  des  na- 
tions, et  que,  grâces  aux  travaux  denossavans,  nous  servions 
dé  guides  dans  toutes  les  applications  des  sciences  au  perfec- 
tionnement de  l'art  social.  Ferry* 


Du  SYSTÈME  PÉNAL   ET   DU   SYSTEME  REPRESSIF  en  général, 

et  de  la  peine  de  mort  en  particulier  ;  par  M.  Charles 
Lucas  ,  avocat  à  la  Cour  royale  de  Paris  :  ouvrage 
couronné  à  Genève  et  à  Paris  (i). 

Il  n'est  aucune  question  de  morale ,  de  philosophie  et  de 
législation  qui  offre  autant  de  difficultés  à  résoudre  que  celle 
delà  peine  de  mort. 

Deux  principes  fondamentaux  se  présentent  lorsqu'on  veut 
examiner  cette  importante  question.  Ils  consistent  dans  la  re- 
cherche de  la  légalité  et  de  î  utilité  de  ce  terrible  châtiment. 

C'est  dans  l'examen  consciencieux  de  ces  deux  bases  du 
droit  que  l'homme  s'est  arrogé  de  donner  la  mort  à  son  sem- 
blable ,  que  se  sont  renfermés  les  efforts  des  philosophes  et  des 
publicistes  qui  ont  écrit  sur  ce  grave  sujet. 

Dans  cette  cause  de  l'humanité  et  de  la  justice,  divers  partis 
ont  été  adoptés.  Des  écrivains  célèbres,  et  parmi  eux  on  trouve 
Mably,  Montesquieu ,  /.  /.  Rousseau  et  Filangicri,  ont  pensé 
que  la  peine  de  mort  est  dans  le  droit  et  le  devoir  de  la  société. 
D'autres,  dans  les  rangs  desquels  nous  voyons  figurer  Becea- 
ria  y  Jcrèmie  Bentham  et  MM.  Pastoret  et  Livingston ,  ont  mis 
en  doute  non-seulement  sa  légalité,  mais  encore  son  utilité. 
Enfin  ,  quelques  uns  ont  cru  que,  si  la  peine  de  mort  est  néces- 
saire et  légitime  dans  l'intérêt  du  corps  social,  du  moins  son 
usage  doit  être  restreint ,  au  seul  cas  de  l'homicide ,  accompa- 
gné des  circonstances  aggravantes,  qui,  de  nos  jours,  en- 
traînent la  peine  capitale  ehez  toutes  les  nations  polieées. 


(î)  Paris,  1827;  Charles  Béeliet ,  libraire.  1  vol.  in-8°  ;  prix,  8  fr. 


SCIENCES  MORALES.  183 

Quelles  <|"r  soient  la  diversité  des  opinions  éi  1rs  lumières 
déjà  répandues  sui  ce  vaste  <i  intéressant  smel ,  il  n'en  résuite 

pas    moins    qu'il    était    l'un    des  plus  élevés    sur  lesquels   une 

société  littéraire  ou  philosophique  pût  appeler  l'attention  des 
publicistes;  sujet  bien  autrement  util»-  à  L'avancement  des  doc- 
trines sociales  que  les  questions  oiseuses  et.  décréditées  mises 
si  souvent  au  concours  par  les  académies  officielles  et  privilé- 
giées. 

Par  une  circonstance  digne  de  remarque,  tandis  que  la  So~ 
(/<(('■  de  la  morale  clnrticnnc  ouvrait  à  Paris  un  concours  sur 
la  peine  de  mort,  un  généreux  citoyen  de  Genève,  M.  de 
Su  u>\,  en  annonçait  un  semblable  dans  la  patriotique  inten- 
tion de  réclamer  l'assistance  des  étrangers  qui  voudraient  se- 
conder ses  efforts  pour  hâter  l'abolition  de  ce  châtiment  dans 
son  pays. 

M.  Lucas  a  eu  le  double  mérite  de  remporter  la  palme  à 
Genève  comme  à  Paris;  et  c'est  de  l'ouvrage  qui  s'est  annoncé 
sous  d'aussi  honorables  auspices  que  nous  allons  entretenir 
nos  lecteurs. 

M.  Lucas  commence  par  rechercher  quelle  est  la  mission  de 
la  justice  humaine,  et  quelles  sont  les  bases  du  système  pénal 
en  général  et  de  la  peine  de  mort  en  particulier. 

C'est  au  développement  de  cette  théorie  qu'il  consacre  la 
première  partie  de  son  ouvrage,  et  il  arrive  à  ce  principe,  que 
«  Péchafaud  ne  peut  se  maintenir  au  nom  de  la  justice  pénale  , 
parce  que  la  justice  humaine  n'a  point  à  s'occuper  de  pénalité.  » 

Cette  proposition  nous  paraît  renfermer  une  grave  erreur. 
Elle  a  conduit  M.  Lucas  à  cette  conclusion  :  que  la  société  ne 
doit  exercer  qu'une  justice  de  convention  ;  en  d'autres  termes , 
qu'elle  réprime  et  ne  punit  pas. 

Non,  sans  doute,  la  société  ne  peut  empiéter  sur  les  droits 
de  la  justice  divine;  elle  s'arrête  là  où  son  pouvoir  ne  saurait 
s'étendre  sans  usurper  une  portion  de  la  puissance  du  Créa- 
teur. Ainsi,  nous  concevons  parfaitement  que  l'on  proclame 
absurdes  et  iniques  les  supplices  exercés  sur  le  cadavre  (Vun 
malheureux  qui  a  cru  pouvoir  attenter  à  ses  jours.  Ici  aucun 


384  SCIENCES  MORALES, 

dommage  réel  n'est  venu  troubler  la  société  dans  son  exis- 
tence. Nous  concevons  également  que  des  voix  généreuses 
s'élèvent  avec  indignation  contre  les  lois  qui  ont  pour  but  de 
venger  la  Divinité  dans  les  outrages  qu'on  suppose  lui  être 
faits. 

Mais  nous  ne  pouvons,  partant  de  ce  principe,  arriver, 
comme  M.  Lucas,  à  cette  conséquence,  que  la  société  n'exerce 
qu'une  justice  de  convention  et  qu'elle  n'a  point  à  s'occuper  de 
pénalité. 

Ces  derniers  termes  même  nous  paraissent  vides  de  sens. 
Nous  ne  croyons  pas,  en  effet,  que  l'auteur  aille  jusqu'à  dire 
que  les  crimes  et  les  délits  dont  certains  individus  se  rendent 
coupables  doivent  rester  sans  répression.  Or ,  nous  ne  con- 
naissons pas,  dans  le  langage  légal,  la  différence  qui  pourrait 
exister  entre  une  répression  et  une  peine,  surtout  depuis  que 
les  lumières  d'une  saine  philosophie  ont  fait  écarter  de  cette 
dernière  qualification  toute  idée  de  vengeance  brutale.  Une 
peine  étant  donc  infligée  dans  le  but,  d'abord  de  défendre 
celui  qui  en  est  frappé  contre  la  tentation  de  renouveler  l'ac- 
tion qui  la  lui  a  méritée,  et  ensuite  de  donner  un  salutaire 
exemple  aux  autres  membres  du  corps  social  qui  voudraient 
l'imiter  ,  il  en  résulte  que,  toutes  les  fois  qu'il  y  a  peine ,  il  y 
a  répression,  c'est-à-dire  effort  de  la  société  pour  prévenir  les 
progrès  d'un  exemple  dangereux;  et  en  second  lieu,  que 
toutes  les  fois  qu'il  y  a  répression,  il  y  a  peine,  puisque  la  douleur 
morale  ou  physique  qui  la  constitue  a  été  le  moyen  reconnu  in- 
dispensable pour  arrêter  la  contagion  du  vice. 

C'est  donc,  nous  le  répétons,  une  erreur  grave  que  celle 
dans  laquelle  est  tombé  M.  Lucas,  lorsqu'il  a  cru  devoir  avancer 
que  la  justice  humaine  n'a  point  à  s'occuper  de  pénalité. 

Mais  il  ne  faudrait  pas  croire  que  ce  principe  contre  lequel 
nous  nous  élevons  ait  été  jeté  en  avant  par  l'auteur,  sans  qu'il 
ait  pris  à  tâche  d'en  motiver  l'adoption. 

Douze  chapitres  sont  consacrés  au  développement  de  ce 
système,  et  M.  Lucas  y  recherche  la  nature  de  l'homme,  les 
caractères  qui  le  distinguent  des  autres  êtres  animés,  les  con- 


SCIENCES  MORALES, 
dirions  de  son  existence  ,  l'origine  et  le  but  dos  sociétés;  enfin  , 

il  v  traite  d'une  foule  de  théories  de  philosophie  et  de  morale. 

Abordant  l'examen  de  cette  question:  «La  peine  de  mort 
est -elle,  dans  les  mains  de  la  société  ,  l'arme  d'une  légitime 
défense  ?  »  1  /auteur  arrive  à  la  solution  négative  de  cette  ques- 
tion par  ce  singulier  raisonnement  :  «Quand  la  société  dresse 
l'échafaud,  l'assassin  a  été  arrêté,  -enchaîné,  interrogé,  jugé, 
condamné.  Toutes  ces  conditions  ont  dû  être  préalablement 
remplies;  et  cependant,  quelque  nombreuses  qu'elles  soient 
celle  sur  laquelle  repose  l'exercice  du  droit  légitime  de  dé- 
fense ,  le  péril,  ne  s'y  rencontre  pas;  et  il  y  a  mieux  ,  l'idée 
même  a  du  en  être  écartée  comme  ne  devant  point  influer  sur 
le   coup  qu'elle  va  porter.» 

Ainsi,  d'après  M.  Lucas,  la  société,  dont  il  fait  sans  doute 
Un  être  homogène ,  agissant  immédiatement  et  par  une  seule 
impulsion  comme  l'un  de  ses  membres  isolé  ,  n'intervenant, 
pas  aussitôt  que  le  crime  qu'elle  punit  de  mort  a  été  commis  , 
et  ne  se  mesurant  pas  corps  à  corps  contre  le  coupable,  ne 
peut  dire  qu'elle  emploie  ce  châtiment  comme  arme  d'une  lé- 
gitime défense. 

Nous  avons  peine  à  concevoir  comment  M.  Lucas  n'a  pas 
vu,  dans  la  métaphore  qui  représente  la  société,  lorsqu'elle 
frappe  de  mort  l'un  de  ses  membres,  comme  faisant  un  acte 
qui  contribue  à  sa  propre  défense,  une  fiction  purement  mo- 
rale, et  que  l'on  ne  saurait  prendre  à  la  lettre  dans  le  langage 
judiciaire. 

Qu'ont  voulu  dire  les  publicistes  qui  ont  invoqué  comme 
argument  favorable  à  la  légalité  et  à  l'utilité  de  la  peine  de 
mort ,  la  nécessité  d'infliger  le  plus  terrible  châtiment  qui  fût 
entre  les  mains  de  l'homme,  pour  réprimer  les  actions  qui  at- 
tentent à  l'existence  et  à  la  sûreté  du  corps  social  entier,  ou  de 
l'un  de  ses  membres  pris  isolément  ? 

Ils  ont  entendu  établir  le  principe  que  quiconque  commettait 
un  acte  de  nature  à  causer  la  dissolution  du  corps  social  entier, 
comme  un  complot  contre  la  sûreté  de  l'État,  ou  portait  un 
t.  xwvii. —  Février  1828  a5 


386  SCIENCES  MORALES. 

fer  homicide  dans  le  cœur  de  son  semblable,  méritait  d'être 
privé  de  la  vie;  et  pour  rendre  leur  pensée  d'une  manière  plus 
nette  et  plus  sensible,  ils  personnifiaient  la  société  et  disaient 
qu'en  prononçant  la  peine  de  mort  elle  ne  faisait  que  se  dé- 
tendre contre  ceux  qui  lui  avaient  porté  atteinte. 

Nous  savons  qu'il  existe  d'excellens  argumens  pour  montrer 
que,  dans  la  première  hypothèse,  la  peine  de  mort  peut  être  ou 
exorbitante  ou  inutile.  Nous  savons  également  que  l'on  peut, 
même  dans  le  cas  de  l'homicide  accompagné  de  toutes  ses 
circonstances  aggravantes,  opposer  à  cette  peine  des  argumens 
non  moins  clairs  et  revêtus  de  toute  l'apparence  de  la  raison. 
Mais  c'est  la  première  fois  que  nous  voyons  employer  contre 
une  simple  figure  de  rhétorique  qui,  au  fond,  cache  une  vérité 
suivant  nous  incontestable,  toutes  les  garanties  imaginées  pour 
la  plus  équitable  distribution  de  la  justice. 

M.  Lucas  termine  les  conclusions  de  sa  première  partie  par 
le  passage  que  nous  allons  citer  textuellement  pour  donner  une 
idée  de  sa  manière  et  de  la  forme  sous  laquelle  il  développe 
ses  différens  raisonnemens. 

On  a  vu  que  l'auteur  a  employé  toute  la  première  partie  de 
son  travail  à  démontrer  cette  maxime  à  laquelle  on  ne  saurait 
refuser  le  mérite  de  la  nouveauté  :  que  la  justice  humaine  ne 
doit  point  s'occuper  de  pénalité,  et  que  la  société  réprime,  mais 
ne  punit  pas. 

«Après  avoir  étudié  et  compris  l'homme  et  la  société,  ajoute- 
t-il,  car  il  fallait  connaître  les  termes  avant  d'arriver  aux  rap- 
ports ;  après  avoir  ensuite  examiné  les  rapports  de  coexistence,  et 
les  rapports  de  moralité  qui  pouvaient  s'établir  entre  eux, 
c'est-à-dire  la  justice  de  conservation  et  la  justice  pénale,  nos 
conclusions  n'ont  pas  seulement  eu  pour  commun  résultat  l'abo- 
lition de  l'échafaud,  mais  de  plus  l'indication  de  la  liberté 
humaine  comme  contenant  pour  l'ordre  social  toutes  les  garan- 
ties, et  pour  la  justice  purement  répressive  tous  les  moyens 
de  répression. 

«De  toutes  parts,  en  effet,  dans  nos  naïves  recherches, 
nous  avons  senti  la  répression   comme  idée  de  justice ,  et  la 


SCIENCES  MORALES.  ->,S7 

liberté  comme  moyen,  s'opposer  el  se  substituer  à  la  pénalité  <i 
■i  l'échafaud  ;  <le  sorte  que,  dans  notre  marche  agressive ,  après 
avoir  détruit  nu  système,  nous  nous  trouvons  en  avoir  fonde 
on  antre  ,  on  plutôt  il  est  sorti  de  lui- même  de  l'a'uvre  de  notre 

destruction.  A  peine  l'échafaud  est-il  brisé  par  nos  mains,  que 

nous  trouvons  la  liberté  humaine  assise  sur  ses  débris,  et  s'of- 
frant  généreusement  de  faire  régner  la  justice,  sans  avoir  besoin 
d'un  sceptre  ensanglanté,  s 

Tonte  la  deuxième  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Lucas,  se  com- 
pose de  huit  chapitres  et  d'une  conclusion;  elle  traite  de  la  rc- 
pression  en  général  et  de  la  peine  de  mort  en  particulier. 

Sons  le  nom  de  justice  de  prévoyance,  l'auteur  établit  très- 
bien  que  les  gouvernemens  doivent,  par  la  moralité  de  leurs 
actes,  donner  de  bons  et  salutaires  exemples  aux  peuples  qu'ils 
régissent.  C'est  là  certainement  le  plus  équitable  et  le  plus  sûr 
moyen  préventif  qui  puisse  exister. 

Mais  il  est  une  condition  première  et  indispensable  sur  la- 
quelle M.  Lucas  insiste  avec  une  justesse  parfaite.  Nous  vou- 
lons parler  de  l'enseignement  élémentaire  qui  peut  seul  mettre 
les  peuples  à  même  de  bien  comprendre  la  moralité  des  actes 
<le  leurs  gouvernemens  respectifs. 

Pour  mieux  faire  saisir  notre  pensée,  nous  prendrons 
l'exemple  de  notre  pays. 

En  France,  la  moitié  de  la  population  environ  est  dénuée 
de  toute  espèce  d'instruction.  Or,  quel  résultat  avantageux, 
sous  le  point  de  vue  moral ,  pourront  tirer  de  l'abolition  de  la 
traite  des  nègres,  les  paysans  ignares  qui  végètent  dans  les 
bruyères  de  la  Bretagne,  ou  sur  les  montagnes  de  la  Lozère. 
Cependant,  M.  Lucas  remarque,  avec  vérité,  que  l'abolition 
de  la  traite  des  nègres  est  un  fait  qui  honore  le  gouvernement. 
Il  en  serait  ainsi  de  l'accomplissement  des  mesures  libérales 
que  les   philantropes  appellent  de  tous  leurs  vœux. 

Après  avoir  indiqué  les  moyens  qui  concourent,  selon  lui, 
ù  la  justice  de  prévoyance,  M.  Lucas  arrive  à  ce  qu'il  appelle 
la  vertu  préventive  de  la  crainte  dans  la  menace,  expressions 
que  nous  traduirons  ainsi  :  des  effets  produits  dans  le  cœur 


368  SCIENCES  MORALES. 

ùe  l'homme  par  l'indication  du  châtiment  auquel  il  s'expose 

en  commettant  une  action  punie  par  la  loi. 

Le  principal  argument  de  l'auteur  consiste  à  prouver  que  la 
certitude  ou  du  moins  la  probabilité  de  la  mort  n'est  pas  assez 
puissante  pour  empêcher  un  homme  de  commettre  un  crime 
qu'il  médite. 

M.  Lucas  emploie  ici  un  raisonnement  dont  on  avait  fait 
usage  avant  lui.  Il  consiste  à  rappeler,  non  pas,  comme  il  le 
dit,  que  les  progrès  de  l'industrie  ont  ouvert  aux  hommes  une 
foule  de  professions  pleines  de  périls,  car  il  semblerait  que  les 
progrès  de  l'industrie  auraient  dû  tendre,  au  contraire,  à 
dégager  ces  professions  des  dangers  dont  elles  étaient  jadis 
environnées,  mais  à  constater  ce  fait  incontestable  qu'il  est 
plusieurs  états  dont  l'exercice  a  pour  effet  de  compromettre 
gravement  l'existence  et  la  santé  de  ceux  qui  s'y  livrent.  D'où 
l'on  tire  la  conséquence  que,  si  beaucoup  d'hommes  consentent 
volontairement  à  exposer  leurs  jours,  ou  à  réduire  leur  vie  de 
moitié,  moyennant  un  modique  salaire,  la  crainte  de  la  mort 
n'est  pas  tellement  inhérente  à  la  condition  humaine  qu'une 
foule  d'individus  puissent  être  détournés  d'exécuter  un  crime 
par  celte  unique  considération  qu'ils  risquent  d'être  envoyés  à 
l'échafaud  s'ils  sont  découverts. 

Nous  répondrons  à  cet  argument,  spécieux  en  apparence, 
que  parmi  ces  professions  dangereuses  il  en  est  quelques-unes, 
telles  que  l'état  militaire,  qui  offrent  à  ceux  qui  les  ont  em- 
brassées une  compensation  suffisante  dans  la  gloire  résultant 
des  chances  mêmes  qu'on  y  court.  Les  autres  ne  présentent  pas 
un  péril  assez  imminent  pour  que  le  gain  honorable  que  pro- 
cure toujours  le  travail  soit  empoisonné  par  l'idée  que  les 
hommes  laborieux  qui  les  exercent  abrègent  ou  exposent  leurs 
jours. 

Comment  donc  comparer  à  la  profession  du  soldat  qui  dé- 
fend son  pays  sur  les  champs  de  bataille,  et  de  l'artisan  qui 
fait  vivre  sa  famille  du  produit  d'une  industrie  quelquefois 
périlleuse,  le  scélérat  toujours  prêt  à  se  plonger  dans  le  sang? 
Il  en  est,  nous  le  savons,  qui  ont  tellement  étouffé  le  sentiment 


SCIENCES  MORALES.  58^ 

moril  placé  par  le  ("iratcur  dans  la  conscience  de  lou*  les 
hommes,  que  la  vie  <>u  la  mort  est  pour  eux  la  même  chose. 

Ta  question  de  savoir  si  le  nombre  de  ces  eues  dégradés 
n'augmenterait  pas  par  suite  de  l'abolition  de  la  peine  capi- 
tale est  loin  à  nos  yeux  d'être  résolue.  Mais  ,  quoi  qu'il  eu 
soit,  nous  osons  croire  qu'il  est  des  hommes  prêts  à  s'engager 
dans  la  carrière  du  crime,  et  qui  s'en  écartent,  moins  par  la 
conviction  intime  qu'ils  violeraient  toutes  les  lois  divines  et 
humaines,  que  par  la  terreur  que  leur  inspire  l'écbafaud  et  la 
Certitude  de  vouer  leur  mémoire  à  une  éternelle  infamie. 

M.  Lucas  présente  encore  cet  argument  déjà  invoqué  en 
faveur  de  son  opinion,  et  qui  consiste  à  dire  que  les  juges  ou 
les  jurés  se  refusent  souvent  à  constater  la  culpabilité  d'un  in- 
dividu, pour  ne  point  l'envoyer  à  la  mort. 

Sans  doute  c'est  une  absurdité  judiciaire  que  de  ne  pas  me- 
surer avec  toute  l'exactitude  possible  l'étendue  du  châtiment 
sur  la  culpabilité  réelle  de  l'action;  et,  s'il  nous  était  permis 
de  nous  citer  nous-mêmes,  nous  rappellerions  ici  ce  que  nous 
avons  dit  autre  part  :  «Multipliez  les  châtimens  barbares,  et 
alors  vous  tombez  dans  le  double  inconvénient  ou  de  faire 
éluder  la  loi,  si  le  juge  conserve  quelque  sentiment  d'huma- 
nité, ou  de  dépraver  la  société  en  l'accoutumant  au  spectacle 
des  supplices  (i).  » 

Mais  il  est  un  juste  milieu  auquel  tout  législateur  éclairé  doit 
tendre;  et,  lorsqu'il  aura  été  assez  heureux  pour  y  arriver,  on 
peut  affirmer  que  les  crimes  ne  resteront  point  impunis,  et 
que  d'un  autre  côté  le  spectacle  réitéré  des  supplices  ne  vien- 
dra pas  abrutir  des  populations  altérées  de  sang. 

Après  avoir  déduit  les  motifs  qui  doivent,  d'après  lui,  faire 
abolir  la  peine  de  mort,  M.  Lucas  arrive,  dans  sa  troisième 
partie,  à  rechercher  et  à  établir  «par  quelle  combinaison  de 
garanties  répressives,  réunissant  toutes  les  conditions  de  jus- 
tice et  d'efficacité,  la  peine  de  mort  en  particulier  et  le  sys- 


(i)  Réflexions  sur  les  lois  pénales  de  France  et  d'Angleterre  ,  pag.  fi 4. 
(Voy.  Bev.  Enc,  t.  XXIII,  pag.  58.) 


3go  SCIENCES  MORALES. 

tème  pénal   eo   général   auquel  elle  se  rattache  doivent  être 

remplacés.  » 

La  conséquence  de  toutes  ses  théories  serait  de  remplacer 
les  peines  des  divers  codes  criminels  par  une  échelle  qui  a 
pour  base  un  an  de  réclusion  et  pour  hauteur  vingt-cinq. 

Cette  échelle  ne  doit  avoir  que  cinq  degrés,  savoir:  25  à  20, 
20  à  i5,  i5  à  10,  ioà5,  5  à  1. 

Il  est  vrai  que  M.  Lucas  voudrait  que  la  justice  eût  le  droit 
de  placer  entre  ces  cinq  degrés  autant  de  degrés  intermédiaires 
qu'elle  en  aurait  besoin;  et  de  plus  qu'elle  fût  appelée  à  opérer, 
non-seulement  entre  le  maximum  et  le  minimum  de  chaque 
classification,  c'est-à-dire  entre  25  à  20,  20  à  i5,  etc.,  mais 
surtout  l'ensemble  de  l'échelle,  c'est-à-dire  entre  25  et  1. 

Ainsi,  l'auteur  rejette  de  son  système  pénal  toute  peine  à 
perpétuité. 

Ici  encore  nous  ne  saurions  embrasser  son  opinion. 

Adoptant  pour  un  moment  ce  principe  que  la  peine  de 
mort  est  illégale  et  inutile,  du  moins  voudrions-nous  la  rem- 
placer par  un  châtiment  qui  fût  à  la  fois  une  leçon  rigoureuse 
pour  le  criminel  et  un  avertissement  efficace  pour  tous  ceux 
qui  seraient  tentés  d'imiter  son  dangereux  exemple. 

Or,  une  séquestration  limitée,  pour  une  action  placée  au 
plus  haut  degré  de  l'échelle  de  criminalité,  serait,  nous  le 
craignons,  insuffisante  pour  atteindre  ce  double  but. 

N'y  aurait-il  pas  aussi  une  sorte  d'imprudence  coupable  à 
rejeter  dans  le  sein  de  la  société  le  membre  indigne  qui  l'aurait 
affligée  par  le  spectacle  de  l'un  de  ces  crimes  atroces  dont  nous 
sommes  trop  souvent  les  témoins. 

Supposons  que  l'un  de  ces  sombres  frénétiques  qui  ont  épou- 
vanté le  monde  par  d'horribles  forfaits  n'ait  été  condamné 
qu'à  un  emprisonnement  de  vingt-cinq  ans.  Supposons  en 
même  tems  qu'il  n'ait  eu  que  cet  âge,  lorsqu'il  a  commis  le 
crime;  faudra-t-il ,  à  l'expiration  de  sa  peine,  qu'il  vienne 
braver  pendant  de  longues  années  encore  la  famille  qu'il  aura 
plongée  dans  une  éternelle  douleur,  en  frappant  d'une  main 
inhumaine  un  père,  un  époux,  un  ami. 


SCIENCES  MORALES.  3oi 

Nous  le  croyons  sincèrement,  le  meilleur  moyen  d'amener 

d'utiles  réformes  dans  la  législation  pénale  n'est  pas  de  récla- 
mer nue  sorte  d'impunité  pour  remplaeer  un  système  dont 
nous  sommes  loin  de  nous  dissimuler  tous  les  vices.  Riais  c'est 
à  la  lueur  du  Qambean  de  l'expérience  que  nous  voulons  qu'on 
procède  en  une  aussi  grave  matière. 

Aussi  loi  mous- nous  des  vœux,  ardens  pour  que  la  peine  de 
mort  soit  abolie  bientôt  dans  de  petits  États,  tels  que  la  Loui- 
siane et  le  canton  de  Genève.  Nous  sommes  persuadés,  en 
elfct  ,  que,  dans  l'intérêt  même  de  la  cause  à  laquelle  nous  nous 
glorifions  d'appartenir,  quoique  nous  puissions  ne  pas  adopter 
tontes  les  opinions  de  ceux  qui  y  sont  aussi  engagés,  il  est  à 
désirer  que  l'on  fasse  l'application  des  nouvelles  théories  de 
jurisprudence  criminelle  dans  des  contrées  dont  le  peu  d'é- 
tendue permettra  d'en  mieux  apprécier  les  effets. 

C'est  dans  des  États  de  ce  genre  que  l'on  a  essayé  d'abord  le 
régime  disciplinaire  des  prisons.  Lausanne,  Genève  et  diverses 
provinces  des  États-Unis  ont  adopté  ce  régime  salutaire,  et 
commencent  à  en  recueillir  tous  les  bienfaits.  Espérons  que 
nous  ne  tarderons  pas  à  voir  l'application  de  cette  voie  de 
réforme  introduite  dans  nos  nombreuses  maisons  de  répression 
et  de  correction  qui,  dans  leur  état  actuel,  loin  d'offrir  aux 
détenus  les  moyens  de  revenir  à  de  meilleurs  sentimens,  ne 
sont  pour  eux  qu'une  école  d'immoralité  et  de  vices. 

La  troisième  partie  renferme  de  nombreux  et  intéressans 
détails  sur  le  système  disciplinaire  que  l'auteur  préfère,  avec 
raison ,  à  la  déportation  réclamée  cependant  par  quelques 
bons  esprits. 

Ici  nous  éprouvons  une  vive  satisfaction  à  donner  à  cette 
partie  du  travail  de  M.  Lucas  tous  les  éloges  qu'elle  nous 
parait  mériter.  Nous  savons  qu'il  est  dans  l'intention  de  pu- 
blier incessamment  une  traduction  du  Code  disciplinaire  de 
M.  Livingston.  Nous  ne  saurions  trop  l'engager  à  tenir  le  plus 
tôt  possible  sa' promesse;  ses  efforts,  joints  à  ceux,  du  célèbre 
jurisconsulte  américain,  ne  pourront  que  hâter  le  progrès  des 
saines  idées  sur  cet  important  sujet. 


39*  SCIENCES  MORALES. 

Nous  avons  pu  nous  élever  contre  quelques-unes  des  doc- 
trines de  M.  Lucas;  mais  nous  mériterions  de  justes  repro- 
ches, si  nous  ne  nous  empressions  de  déclarer  que  son  ouv.rage 
est  du  petit  nombre  de  ceux  qui  font  penser.  Nous  regrettons 
sans  doute  que  la  forme  en  soit  aride  ,  et  qu'il  ait  enveloppé 
ses  idées  des  nuages  d'une  métaphysique  aujourd'hui  fort  en 
vogue.  Il  faut  avoir  étudié  son  langage  pour  le  bien  saisir,  et 
nous  avons  peine  à  comprendre  un  style  hérissé  de  mots  aussi 
harmonieux  et  aussi  clairs  que  ceux-ci  -.Répression  avcrsive , 
intentionalité ,  nuisibilité  y  etc.  Ce  qui  rend  les  ouvrages  de  ce 
genre  véritablement  utiles ,.  c'est  la  précision  et  la  lucidité  de 
la  pensée  et  de  l'expression.  Tel  est  l'un  des  principaux  mé- 
rites qui  ont  valu  tant  d'influence  aux  livres  de  Montesquieu  y 
de  Bcccaria  et  de  M.  Livingston.  Nous  sommes  persuadés  que 
M.  Lucas  aurait  mieux  atteint  son  but  honorable  s'il  eût  donné 
une  forme  plus  attrayante  à  son  savant  écrit. 

Maintenant  que  la  partie  la  plus  pénible  de  notre  tâche  est 
remplie,  iLest  de  notre  devoir  de  compléter  les  éloges  que  nous 
avons  déjà  donnés  à  l'ouvrage  qui  nous  occupe.  Nous  croyons 
qu'il  est  de  nature  à  fournir  de  nouveaux  et  puissans  argumens 
en  faveur  de  l'abolition  de  la  peine  de  mort.  En  effet,  M.  Lucas 
a  rassemblé  une  foule  de  faits  curieux  qui  ne  peuvent  que  for- 
tifier plusieurs  de  ses  raisonnemens  ;  et  nous  sommes  d'autant 
plus  disposés  à  louer  l'utilité  de  ses  recherches  qu'une  sem- 
blable méthode  nous  paraît  peu  ordinaire  dans  l'école  philo- 
sophique à  laquelle  il  appartient. 

Le  volume  est  terminé  par  les  rapports  de  MM.  Charles 
Renouard  et  de  Chateauvieux.  Le  premier  a  été  fait  au  nom 
de  la  Société  de  la  morale  chrétienne ,  et  le  second  au  nom  du 
jury  chargé  par  M.  de  Sellon  de  décerner  le  prix  qu'il  avait 
offert  au  meilleur  mémoire  en  faveur  de  l'abolition  de  le  peine 
de  mort. 

M.  Renouard  a  analysé ,  avec  une  grande  précision  ,  les 
divers  ouvrages  envoyés  au  concours  de  la  société  dont  il 
était  le  digne  organe.  Le  passage  suivant  nous  a  surtout  frappé 
par  son  extrême  justesse. 


SCIENCES  MORALES. 

En  ^'adressant  à-ses  collègues,  il  leur  dit  :  «  Une  accusation  ba- 
nale ne  manquera  pas  contre  vous,  si  vous  arrives  à  vous  flattei 
que  l'abolition  de  la  peine  (!<*  mort  devienne  le  résultat  die  vos  re- 
cherches; on  vous  dira  que  vous  rêvez  une  utopie.  J'aime  à  croire 
que  vous  ne  vous  défendrez  pas  du  reproche  :  oui,  ce  sont  des 
utopies  que  nous  rêvons.  Mais,  qu'on  nous  dise  laquelle, parmi 
lej  vérités  légales  qui  aujourd'hui  dominent  réellement  sur  le 
monde,  n'a  pas  commencé  par  être  une  utopie?  L'égalité  de- 
vant la  loi,  la  libre  défense  des  accusés,  le  gouvernement  dans 
l'intérêt  général,  le  vote  de  l'impôt,  la  liberté  sous  toutes 
les  formes,  de  pensée,  de  conscience,  de  parole,  de  presse, 
d'industrie  ,  n'étaient-cc  pas  là  autant  de  rêveries  dont  les  phi- 
losophes, dans  leurs  études  solitaires,  osaient  à  peine  entre- 
voir vaguement  la  promesse  pour  un  lointain  avenir  ?  Et  ce- 
pendant, chacune  à  leur  tour,  elles  ont  pris  possession  des 
réalités  de  la  vie.  Hier,  l'abolition  delà  traite  des  noirs  était 
une  utopie;  on  appelle  encore  de  ce  nom  l'extirpation  de  l'es- 
clavage, la  suppression  des  loteries  et  des  jeux,  l'enseignement, 
libre  et  universel  :  qui  osera  dire  toutefois  qu'il  faille  rejeter 
l'espérance  de  voir  sous  peu  de  tems,  ces  utopies-là  devenues 
des  vérités  pratiques?» 

En  prononçant  son  jugement  sur  le  travail  de  M.  Lucas,  le 
rapporteur  reconnaît  que  l'on  peut  lui  reprocher  un  certain 
faste  de  logique,  bien  préférable,  selon  lui,  au  luxe  de  la  rhé- 
torique, mais  fâcheux  encore  «parce  qu'il  donne  souvent  une 
physionomie  étrange  et  paradoxale  à  des  idées  qui  gagneraient 
beaucoup  à  être  exprimées  en  des  termes  vulgaires ,  tels  que 
tout  le  monde  les  sent  ou  peut  les  sentir.  » 

On  voit  que  nous  ne  sommes  pas  les  seuls  à  regretter  que 
l'auteur  ait  fait  usage  d'un  style  que  nos  lecteurs  ont  pu  appré- 
cier dans  les  différentes  citations  que  contient  cet  article.  Il 
est  vrai  que  M.  Renouard  ajoute  qu'il  n'est  donné  d'encourir 
ee  reproche  qu'aux  esprits  élevés  et  vigoureux.  Nous  ne  croyons 
pas,  comme  lui,  que  ce  soit  là  un  caractère  d'élévation  et  de 
vigueur.  Pascal,  J.-J.  Rousseau  et  Montesquieu  ont,  nous  le 
pensons,  possédé   ces    qualités;  cependant,  ils  n'ont  pas  dé- 


394  SCIENCES  MORALES 

daigné  de  se  mettre  à  la  portée  de  toutes  les  intelligences. 
Pour  eux  la  langue  française  offrait  assez  de  ressources;  ils 
n'avaient  pas  besoin  de  créer  des  mots,  et  ils  savaient  trouver 
dans  le  vocabulaire  ordinaire  des  expressions  suffisantes  pour 
rendre  complètement  leurs  pensées.  Ce  n'est  pas  sans  motif 
que  nous  insistons  sur  cette  critique ,  adressée  moins  à  M.  Lucas 
qu'à  l'école  philosophique  et  littéraire  dont  il  est  le  disciple. 
Nous  ne  saurions  trop  rappeler  aux  adeptes  de  cette  école  que 
le  style  seul  fait  vivre  les  ouvrages,  et  nous  osons  prédire  une 
courte  existence  aux  écrits  dont  les  auteurs  ne  se  sont  pas 
donné  la  peine  de  cacher  la  sécheresse  de  leurs  sujets  sous  le 
charme  d'une  diction  pure  et  facile,  sans  pour  cela  tomber 
dans  le  luxe  de  la  rhétorique. 

A.  Taillandier. 

THIRD  REPORT  FROM  THE   COMMITTEE  ON  EMIGRATION,  etC. 

—  Troisième  ravvort  fait,  en  1827,  a  la  Chambre 
des  communes  cV "Angleterre ,  sur  les  émigrations  et 
les  colonisations;  imprimé  par  ordre  delà  Chambre{i). 

Il  faut  accepter  les  conséquences  des  situations  où  l'on  s'est 
placé.  L'Angleterre,  brillante  d'industrie  et  de  richesses,  cou- 
vrant toutes  les  mers  de  ses  vaisseaux  et  toutes  les  côtes  de  ses 
colonies,  est  tourmentée  de  deux  maladies  qui  naissent  de  cette 
pléthore.  Il  résulte  de  l'une  des  deux  que  beaucoup  de 
familles  anglaises  jouissant  d'un  revenu  honnête,  mais  borné, 
n'ont  pas  de  quoi  vivre  dans  leur  île,  s'expatrient,  se  fixent 
en  France,  en  Suisse,  en  Italie,  touchent  leurs  rentes  dans 
leur  pays  et  les  mangent  dans  l'étranger.  Les  lourds  im- 
pôts, la  taxe  des  pauvres,  les  dîmes  du  clergé  anglican, 
ont  tellement  renchéri  les  objets  de  consommation,  que,  pour 
vivre  un  peu  agréablement  au  delà  du  canal  de  la  Manche, 
il    faut  être  plus   riche   qu'en  aucun  autre  pays.  Ajoutez  à 


(1)  Londres,  1827.  1  gros  vol.  in-fol. 


SCIENCES  MORÀLE&  V 

cette  difficulté  que,  dans  ce  pays,  la  considération  qu'on 
obtient  se  mesure  sur  la  dépense  qu'on  fait;  de  sorte  qu'une 
famille  modeste  dans  ses  goûts ,  économe  dans  ses  dépenses, 
consentirait  à  vivre  de  peu,  niais  ne  peut  prendre'  son  parti 
de  n'être  pas  considérée,  quels*que  soient  d'ailleurs  la  régula- 
rité de  conduite  et  le  mérite  personnel  de  chacun  de  ses 
membres  (i).  La  nation  porte  la  peine  de  sa  vanité,  comme 
d'autres  (Sortent  la  peine  de  leur  légèreté. 

Cette  maladie,  quelque  grave  qu'elle  soit,  n'est  pas  encore 
devenue  l'objet  de  la  sollicitude  des  législateurs  de  la  Grande 
Bretagne.  C'est  une  autre  maladie  encore,  qui  est  le  sujet  de 
l'important  rapport  que  nous  avons  sous  les  yeux.  Elle  sera 
mieux  appréciée  que  de  toute  autre  manière,  si  nous  racon- 
tons simplement  ce  qui  se  passe  parmi  la  classe  ouvrière,  dans 
plusienrscanttfns,  et  principalement  dans  les  provinces  méridio- 
nales de  L'Ecosse,  dans  les  environs  de  Glasgow,  de  Paisley,  de 
Lanarck.  Les  ouvriers  y  sont  exposés  à  des  mortes-saisons. 
Lorsque  la  demande  des  produits  manufacturés  se  ralentit,  le 
prix  des  journées  diminue;  beaucoup  d'ouvriers  même  restent 
sans  ouvrage;  c'est  une  extrémité  commune  à  tous  les  districts 
manufacturiers;  mais  les  victimes  de  ces  circonstances  péuibles 
sont  plus  nombreuses  dans  les  pays  où  l'industrie  manufactu- 


(r)  On  demande  comment  il  est  possible  que  les  Anglais  fournissent 
à  l'étranger,  à  si  bon  marché,  des  produits  qui  se  vendent  si  cher 
chez  eux  ;  et  en  effet ,  on  se  procure  ,  dans  les  boutiques  de  Paris , 
la  plupart  des  marchandises  anglaises  à  meilleur  compte  que  dans  les 
boutiques  de  Londres.  Cet  effet  tient  à  beaucoup  de  causes ,  et  surtout 
à  deux  principales  :  le  commerçant  qui  exporte  reçoit  sur  les  princi- 
paux articles  qu'il  envoie  au  dehors  de  fortes  restitutions  de  droits  ; 
et  en  second  lieu  ,  les  contributions  indirectes,  qui  sont  de  beaucoup 
les  principales  en  Angleterre,  tombent  fortement  sur  le  débitant,  qui 
est  forcé  dès  lors  de  se  dédommager  ,  sur  le  prix  de  ce  qu'il  vend  ,  des 
droits  énormes  qu'il  paie  sur  la  bière  et  le  vin  qu'il  boit ,  sur  la  ca- 
rafe où  il  tient  son  eau  ,  sur  le  chapeau  ,  l'habit ,  les  gants  dont  il 
est  contraint  de  se  vêtir;  et  en  général,  sur  tous  les  objets  de  sa  con- 
sommation et  de  se.  plaisirs. 


tyi  SCIENCES  MORALES. 

rière  joue  le  principal  rôle.  Cependant,  ce  n'est  pas  le  plus 
grand  malheur  de  ceux  que  nous  désignons  ici;  et  voici  qu'une 
nouvelle  infortune  vient  ajouter  à  leur  détresse. 

L'Irlande,  la  misérable  et  prolifique  Irlande,  qui,  depuis 
cent  ans  a  vu,  grâce  aux  pommes  de  terre,  quadrupler  sa  po- 
pulation, ne  peut  plus  l'occuper  et  la  nourrir.  Un  canal  de 
quelques  lieues  seulement  la  sépare  de  l'Ecosse,  et  Ton  voit 
arriver  en  Ecosse  des  essaims  de  malheureux  Irlandais  qui 
viennent  offrir,  dans  tous  les  genres  d'occupations,  leur  travail 
pour  la  moùié  du  prix  qui  est  nécessaire  aux  ouvriers  écossais 
pour  vivre.  Il  ne  faut  à  ces  Irlandais  qu'un  méchant  haillon 
pour  se  couvrir,  un  hutte  de  terre  pour  s'abriter,  et  quelques 
pommes  de  terre  bouillies  pour  se  nourrir;  comment  l'ouvrier 
écossais,  qui  a  besoin  de  vivre  dans  une  maison,  de  manger 
un  peu  de  viande,  de  boire  un  peu  de  bière,  et  qui  aune  famille 
à  soutenir,  peut-il  lutter  contre  de  si  redoutables  antagonistes? 
Exigera-t-on  du  maître  manufacturier,  qui  lui-même  lutte 
contre  de  nombreux  concurrens,  qu'il  paie  plus  cher  un  travail 
qu'il  peut  obtenir  à  meilleur  compte?  L'apprentissage,  dans 
beaucoup  d'arts,  se  réduit  à  peu  de  chose;  l'Irlandais  ne  manque 
ni  de  force  ni  d'aptitude;  la  plupart  de  ces  émigrans,  d'ail- 
leurs, ont  en  Irlande  vu  tisser  dès  leur  enfance  et  tissé  eux- 
mêmes  de  la  toile;  au  bout  de  peu  de  jours  ils  sont  propres  à 
fabriquer  toutes  sortes  de  tissus. 

Ce  débordement  de  travailleurs  menace  l'Angleterre,  comme 
l'Ecosse.  Manchester  en  est  infecté.  Il  faudra  repousser  à 
main  armée  ces  infortunés  habitans  d'une  autre  province 
du  même  pays;  ou  bien  il  est  indispensable  que  toute  la  classe 
ouvrière  de  l'Ecosse  et  de  l'Angleterre  ,  c'est-à-dire  des  con- 
trées les  plus  riches  et  les  plus  industrieuses  de  l'Europe  ,  se 
mette  à  coucher  dans  des  cabanes,  à  boire  de  l'eau  et  à  manger 
des  pommes  de  terre  pour  toute  nourriture. 

Telle  est  la  situation  qui  a  fixé  les  regards  du  parlement  de 
l'empire  britannique.  On  lui  a  proposé  d'adopter  une  mesure 
générale  relativement  à  la  colonisation,  pour  que  les  familles 
valides,  sans  ouvrage,  plissent  se  transporter  dans  une  des 


SCIENCES  MORALES.  '><,; 

nombreuses  colonies  anglaises  où  il  se  trouve  encore  beaucoup 

de  terres  à  défricher.  Si  un  grand  nombre  de  familles  nid i 
génies  prenaient  cette  route,  la  métropole'  se  trouverait  débar- 
rassée de  beaucoup  de  pauvres  qu'elle  est  obligée  de  secourir, 
et  ceux  qui  resteraient,  devenant  moins  nombreux,  ne  man- 
queraient pas  d'ouvrage.  La  difficulté  est  de  fournir  aux  frais 
de  leur  passage  et  à  leur  entretien  au  delà  des  mers,  jusqu'au 
moment  où  ils  pourraient  vivre  sur  leurs  récoltes.  On  croit 
que  les  paroisses  qui  sont  obligées  par  les  coutumes  et  par 
les  lois,  à  prendre  soin  de  leurs  pauvres,  trouveraient  leur 
compte  à  faire  l'avance  nécessaire  pour  s'en  débarrasser,  si 
l'on  parvenait  à  leur  garantir  le  remboursement  de  l'avance  et 
même  des  intérêts.  Tel  est  l'objet  des  mesures  législatives  qui 
ont  été  proposées,  et  qui  ont  été  renvoyées  à  une  commission 
spéciale.  Pour  procéder  avec  la  maturité  que  l'on  met  en  An- 
gleterre, et  que  l'on  devrait  mettre  partout,  à  ces  sortes  d'af- 
faires, la  commission  s'est  livrée  à  une  enquête  qui  a  duré 
depuis  le  mois  de  février  jusqu'au  mois  de  juin  1827, 

On  sait  qu'un  comité  du  parlement  a  le  droit  de  mander, 
moyennant  une  indemnité  convenable,  toute  personne  dont  le 
témoignage  peut  concourir  à  l'éclairer.  On  appelle  de  préfé- 
rence celles  qui  ont  des  connaissances  locales  et  qui  jouissent 
d'une  réputation  de  jugement  et  de  probité.  Le  témoin  répond 
aux  nombreuses  questions  qui  lui  sont  adressées;  les  questions 
et  les  réponses  sont  consignées  dans  un  procès-verbal  imprimé 
qui  devient  un  dépôt  de  faits  et  d'avis,  tout-à-fait  propres  à 
servir  d'appui  au  rapport  et  à  éclairer  la  discussion  et  le  pu- 
blic (1). 

Dans  l'enquête  que  nous  avons  sous  les  yeux,  lorsqu'il  s'agit 
de  constater  le  genre  et  le  degré  de  détresse  dont  les  ouvriers 
d'un  certain  district  sont  assaillis,  ou  mande  des  ouvriers  eux- 

(1)  Voyez,  sur  les  enquêtes  parlementaires,  l'excellent  écrit  de 
M.  Charles  Comte  ,  intitulé  :  Des  garanties  offertes  aux  capitaux  et  aux 
autres  genres  de  propriétés.  Brochure  in-8°,  chez  Delaforest,  librairie  , 
rue  des  Filles-Saint-Thomas,  n°  7. 


398  SCIENCES  MORALES. 

mêmes,  des  chefs  de  manufactures,  des  marguilliers  de  paroisse 
charges  de  la  distribution  des  secours,  des  membres  d'asso- 
ciations de  bienfaisance,  l'évêque  même  du  diocèse,  toutes  sortes 
de  personnes  enfin  que  l'on  croit  capables  de  faire  connaître  la 
véritable  situation  des  choses. 

S'agit-il  de  savoir  dans  quel  état  se  trouvent  les  districts  qui 
ne  sont  pas  encore  cultivés  au  Canada,  les  genres  de  culture 
auxquels  ils  sont  propres,  les  facilités  qu'offre  le  pays  pour 
s'y  procurer  les  choses  nécessaires  à  la  vie  et  pour  écouler  les 
produits  d'une  habitation  coloniale ,  on  consulte  les  hommes 
qui  ont  long-tems  habité  la  colonie,  qui  ont  vu  se  former  un 
grand  nombre  d'établissemens  ;  on  interroge  des  marchands 
qui  fournissaient  aux  colons  des  étoffes  ou  des  outils,  et  qui 
recevaient  en  paiement  des  produits;  on  consulte  des  ingé- 
nieurs civils  et  militaires  qui  ont  été  chargés  de  dresser  des 
cartes,  de  tracer  des  limites,  etc.  Les  mêmes  questions  sont 
adressées  aux  personnes  qui  connaissent  la  colonie  du  Cap  de 
Bonne -Espérance,  ou  celle  de  la  Nouvelle-Galle  du  sud  ou 
la  terre  de  Van-Diemen;  et  il  en  résulte  une  masse  d'infor- 
mations au  moyen  desquelles  il  est  impossible  qu'on  adopte  au 
hasard  un  parti  peu  éclairé.  On  connaît  bien  les  maux  aux- 
quels il  s'agit  de  porter  remède;  on  peut  mesurer  les  difficultés 
qui  se  présenteront,  et  les  moyens  qui  peuvent  exister  pour 
les  vaincre.  Le  bon  sens  de  toutes  les  réponses  que  font  les 
témoins  aux  diverses  questions  q\ri  leur  sont  adressées,  est 
très-remarquable.  Jamais  de  divagations;  on  répond  ad  rem;  on 
ne  cherche  point  à  briller,  à  soutenir  ce  qu'on  a  avancé.  Les 
témoins  disent  tous  :  je  crois,  ou  bieny<?  ne  sais  pas.  Il  est  vrai 
que  les  membres  du  comité,  et  notamment  le  président  M.  Wil- 
mot  Horton,  entendent  parfaitement  bien  X économie  des  so- 
ciétés, plus  connue  sous  le  nom  $  économie  politique. 

Si  l'on  veut  un  exemple  pris  au  hasard  de  la  manière  dont 
cette  enquête  est  conduite ,  voici  un  des  témoignages  [évidences) 
obtenus.  Un  ancien  capitaine,  James  Weatherley,  est  interrogé 
par  le  président  de  la  commission. 

«Depuis  quand  avez-vous  quitté  le  Canada?  —  Au   milieu 


SCIENCES  MORALES,  3gjgi 

de  janvier  dernier,  j'ai  quitté  ma  maison  qui  est  située  dans 
l,i  commune  de  Mardi ,  sur  les  bords  de  la  rivière  Ottawa,  dam 
le  haut  Canada. 

«  N'étiez -vous  pas  voisin  des  élablissemens  formés  en  182^, 
et  connus  sous  le  nom  de  colonies  de  M.  Robinson? —  Oui,  et. 
je  les  traversais  fréquemment  pour  aller  aux  sessions  du  dis- 
trict qui  se  tenaient  au  chef-lieu,  à  Perth. 

«  Combien  de  tems  avez-vous  résidé  en  ce  lieu?  — Près  de 
huit  ans. 

»  Avez-vous  quelquefois  songé  à  une  question  dont  on  s'est 
beaucoup  occupé,  c'est-à-dire  à  la  possibilité  de  la  part  du 
colon  de  rembourser,  avec  les  intérêts,  l'argent  qui  lui  serait 
avancé  pour  former  son  premier  établissement  ?  Si  un  mari, 
une  femme  et  trois  enfans  avaient  besoin  de  100  liv.  st.  pour 
s'établir  sur  un  lot  de  terrain  de  cent  acres,  pourraient- 
ils  aisément  ,  au  bout  de  sept  années  ,  commencer  à  en 
payer  l'intérêt  sur  le  pied  de  5  pour  100  ?  —  Je  n'en  fais  aucun 
doute. 

«  Pensez-vous  que  cette  famille  pût  indifféremment  payer 
en  nature,  ou  en  espèces?  —  Bien  avant  sept  années,  je  crois 
qu'elle  pourrait  payer  en  nature;  mais,  au  bout  de  sept  ans, 
elle  pourrait  payer  en  argent. 

«  En  répondant  ainsi,  jugez-vous  d'après  vos  propres  ob- 
servations, et  tenez-vous  compte  du  peu  de  moyens  des  per- 
sonnes dont  il  s'agit?  —  J'en  juge  d'après  ce  que  j'ai  vu,  attendu 
que  je  demeurais  tout  près  d'émigrans  de  cette  condition, 
voyant  ceux  de  M.  Robinson  et  d'autres,  soit  au  moment  où 
ils  arrivaient  sur  leurs  terres,  Soit  au  bout  de  cinq  ans,  de 
six  ans,  voyant  l'étendue  du  terrain  qu'ils  avaient  défriché  et 
des  bâtimens  qu'ils  avaient  construits;  toutes  ces  améliorations, 
au  bout  de  cinq  années  ,  leur  donnaient  assez  de  produits  pour 
payer  en  nature  l'intérêt  de  ce  qu'on  leur  avait  avancé. 

«  Pensez-vous  que  tous  ceux  qui  connaissent  le  Canada  et 
qui  ont  réfléchi  sur  ce  point,  soient  du  même  avis  que  vous? — 
Je  n'en  fais  aucun  doute. 

•<  Ya-t-il  dans  le  haut  Canada  des  districts  considérables  où 


.,oo  SCIENCES  MORALES. 

le  terrain  soit  aussi  bon  que  dans  les  établissemens  Robinson  ? 

—  Sans  doute ,  et  il  y  en  a  beaucoup  qui  valent  mieux. 

«  Y  a-t-il  dans  les  parties  avoisinantes  des  États-Unis  des 
demandes  de  travailleurs  ?  —  Il  y  en  a  dans  ce  moment,  à 
cause  des  canaux  qu'on  y  creuse. 

«  Le  canal  projeté  entre  le  lac  Erié  et  la  rivière  Ohio  est-il 
achevé?  —  Pas  encore. 

«  Des  Colons  de  1VI.  Robinson  ont-ils  passé  la  frontière  pour 
demander  de  l'ouvrage  aux  Etats-Unis?  —  Au  mois  de  dé- 
cembre dernier,  je  m'arrêtai  chez  l'un  d'eux  qui  se  préparait 
à  aller  travailler  au  canal  pendant  la  mauvaise  saison,  et  qui 
avait  l'intention  de  revenir  travailler  à  ses  terres  ,  aussitôt  que 
le  tems  le  lui  permettrait.     r 

«En  supposant  qu'un  colon  pût  commencer  à  s'acquitter  des 
intérêts  au  bout  de  cinq  ans,  combien  pensez-vous  qu'il  lui 
faudrait  de  tems  pour  rembourser  le  principal?  —  Il  me  semble 
qu'il  le  pourrait  en  dix  ans. 

«  C'est-à-dire,  cinq  ans  plus  tard?  —  Oui.  » 

Parmi  les  personnes  appelées  en  témoignage  sont  des  geos 
d'un  mérite  éminent,  tels  que  sir  Henry  Parnell ,  le  major 
Moody.  Voici  quelques-unes  des  questions  proposées  à  M.  Mal- 
thus,  le  célèbre  auteur  de  Y Essai  sur  la  population ,  avec  ses 
réponses. 

Demande:  «.  Etes  -vous  allé  en  Irlande? — Oui,  en  1817, 
pour  un  tems  assez  court. 

«Vous  êtes-vous  occupé  de  la  population  de  l'Irlande?  — 
Oui,  jusqu'à  un  certain  point. 

«  Vous  a-t-elle  fourni  quelques  vues  pour  vos  ouvrages?  — 
Oui,  surtout  pour  mes  principes  d'économie  politique. 

«  A  combien  se  monte-t-elle  à  présent  ?  —  Si  j'en  juge  d'après 
les  documens  que  j'ai  pu  consulter,  elle  est  d'environ  sept  mil- 
lions et  demi  d'habitans. 

«  Ayez  la  bonté  de  dire  au  comité  sur  quelle  base  vous  ap- 
puyez cet  avis.  —  En  comparant  l'estimation  faite  en  1792 
d'après  le  nombre  des  maisons,  avec  le  recensement  de  1821, 
l'augmentation  de  ces  vingt-neuf  années  équivaut  à  un  double- 


SCIENCES  MORALES.  ',01 

imni  dans  l'espace  de  quarante  ans.  Suivanl  cette  progression, 

la  population  actuelle  <le  1S77,  doit  être  de  sept  million,  cl 

demi. 

<«  Avez-vous  réfléchi  sur  l'eliei  probable  d'une  pareille  aug- 
mentation sur  les  basses  classes  en  Irlande?  —  Comme  Les  créa 

tares  humaines  ne  peuvent  vivre  sans  nourriture,  cette  pro- 
gression s'arrêtera  nécessairement ,  mais  après  de  cruelles 
souffrances. 

«  Voulez-vous  dire  au  moyen  d'une  plus  grande  mortalité? 
—  Oui;  mais  les  décès  plus  nombreux  sont  précédés  d'une 
misère  plus  grande. 

«  Prévove/.-vous  quel  peut-être  l'effet  qui  en  résultera  rela- 
tivement à  la  classe  ouvrière  en  Angleterre  ?  —  L'augmentation 
de  la  population  et  de  la  misère  en  Irlande  sera  fatale  aux 
classes  laborieuses  de  l'Angleterre,  parce  que  l'émigration 
d'Irlande  en  Angleterre  ira  croissant,  fera  tomber  de  plus  en 
plus  les  salaires  et  rendra  nulles  les  habitudes  de  prudence  qui 
dominent  dans  ce  pays-  ci.  Peu  à  peu  nos  ouvriers  seront  ré- 
duits à  se  nourrir  uniquement  de  pommes  de  terre. 

«  Quel  en  sera  l'effet  sur  nos  contributions  en  faveur  des 
pauvres?  Cela  augmentera- t-il  le  nombre  de  nos  secourus?  — 
vSans  aucun  doute.  Un  ouvrier  qui  aurait  pu  trouver  de  l'ou- 
vrage dans  sa  paroisse  ou  ailleurs,  n'en  trouvera  plus,  du 
moment  que  sa  place  sera  occupée  par  un  Irlandais. 

fi  Pensez  -  vous  que ,    si   le  nombre  des  classes  laborieuses 
d'Angleterre  était  diminué  par  un  bon  système  de  colonisation 
le  vide  serait  aussitôt  rcmpl^par  la  population  surabondante 
de  l'Irlande?  —  .Sans  aucun  doute.» 

Les  développemens  de  cette  question  ,  et  beaucoup  d'autres 
témoignages  recueillis  conduisent  la  commission  à  penser  que 
tout  système  de  colonisation,  pour  être  efficace,  devrait  com- 
mencer par  l'Irlande. 

Le  président  de  la  commission  fait  ensuite  à  M.  Malthus  la 
question  suivante:  «Si,  au  lieu  d'une  colonisation,  on  intro- 
duisait en  Irlande   le  système  anglais  ,  suivant  lequel   chaque 
paroisse  est  obligée  d'entretenir  ses  pauvres,  que  pensez  vous 
t.  wwii. — février  1828.  16 


/,o9  SCIENCES  MORALES, 

qu'il  arriverait  ?  —  Que  le  revenu  foncier  de  L'Irlande  entière- 
serait  absorbé  par  l'entretien  des  pauvres.  Je  ne  sais  même  pas 
s'il  serait  suffisant.  » 

La  commission  agite  ensuite  la  question  de  savoir  si ,  en 
supposant  qu'un  bon  système  de  colonisation  enlevât  à  l'Irlande 
un  demi-million  de  ses  habitans  les  plus  nécessiteux,  pour  les 
faire  vivre  confortablement  par-delà  les  mers ,  le  vide  qu'ils 
laisseraient  ne  serait  pas  rempli  promptement  par  de  nouveaux 
Irlandais  tout  aussi  misérables  que  les  premiers.  Mallhus  en 
convient;  et  lorsque  cet  habile  publiciste  est  ensuite  consulté 
sur  les  moyens  de  préserver  l'Irlande  et  l'Angleterre  du  fléati 
qui  les  menace  ,  on  demeure  convaincu  qu'on  ne  peut  compter 
sur  l'efficacité  d'aucun  remède,  tant  que  subsisteront  les  lois  et 
les  habitudes  qui  gouvernent  l'Irlande. 

On  sait  que  les  grands  propriétaires  de  terres  irlandaises 
sont  en  général  des  Anglais  ou  des  successeurs  d'Anglais  qui 
les  ont  obtenues  par  suite  de  confiscations.  Les  jésuites,  en  fa- 
natisant les  catholiques  d'Irlande,  firent  massacrer,  comme  on 
sait,  les  protestai»;  et  les  protestans,  par  l'effet  de  la  réaction, 
dépouillèrent  les  catholiques.  Il  n'y  a,  par  cette  raison,  pour 
les  grands  propriétaires,  ni  plaisir  ni  sûreté  à  résider  sur  leurs 
possessions.  Ils  les  louent  par  grosses  masses  à  des  agens  d'af- 
faires qui  les  sous-louent  par  parties  à  de  moindres  agens,  les- 
quels les  sous-louent  par  petites  portions  à  de  pauvres  paysans 
qui  cultivent  des  pommes  de  terre,  seule  nourriture  qui  les 
soutienne  ainsi  que  leurs  enfans.  Ceux-ci,  devenus  grands", 
se  marient  et  louent  une  autre  petite  portion  de  terrain,  un 
seul  acre,  quelquefois  moins;  ils  élèvent  une  hutte  de  boue, 
et  là  ils  font  des  enfans  à  leur  tour  qui  vont  gratter  la  terre  un 
peu  plus  loin  et  multiplient  à  la  manière  des  lapins. 

Malthus,  consulté  sur  les  moyens  de  changer  ces  déplorables 
coutumes,  n'en  trouve  aucun ,  à  moins  qu'on  ne  parvienne  à 
donner  à  cette  population  des  besoins  et  de  la  dignité.  Alors 
pour  jouir  d'un  certain  bien-être  et  d'une  certaine  considé- 
ration ,  on  ne  se  marierait  pas  avant  d'avoir  les  moyens  de 
vivre    honorablement    et    de  donner  quelque  éducation  à  ses 


SCIENCES  MORAL! 

cofans.  Mais,  comment  espérer  une  telle  amélioration  avec  dés 
idées  religieuses  qui  leur  persuadent  que  la  fin  de  l*homm< 
(a  terre  esi  de  croître  el  de  multiplier,  en  remettant  à  la  Pro- 
vidence Le  soin  de  faire  subsister  toui  cela? 

Le  comité  semble  croire  avec  Malthus  que  la  législation 
pourrait  concourir  à  débarrasser  les  propriétés  foncières  de 
cette  multitude  de  petits  cultivateurs  misérables  et  à  les  rem- 
placer  graduellement  par  de  bons  fermiers,  on  imposant  ;uix 
propriétaires  de  fortes  taxes  sur  toutes  les  nouvelles  maisons 
Ou  plutôt  Inities  d'habitation  qu'ils  laisseraient  construire.  Cet 
étal  de  choses  donne  lieu  à  beaucoup  de  questions  d'une  so- 
lution extrêmement  difficile,  surtout  quand  il  s'agit  de  faire 
payer  des  contributions  et  d'imposer  des  gènes  à  des  familles 
qui  jouissent  d'un  grand  crédit,  comme  celles  des  Welling- 
ton, des  Castlereagh  et  autres  qui  ont  profité  des  infortunes 
de  l'Irlande. 

Quoiqu'il  résulte  de  ce  rapport  que  les  colonisations  d'An- 
gleterre, d'Ecosse  et  d'Irlande  ont  déjà  eu  lieu  avec  un  grand 
succès  ;  que  les  sommes  qu'on  avancerait  à  de  nouveaux  colons 
pour  opérer  des  émigrations  beaucoup  plus  considérables, 
seraient  moindres  que  celles  qu'on  distribue  maintenant  à  ces 
mêmes  familles  indigentes,  à  titre  de  secours,  et  que  ces  mêmes 
sommes  seraient  remboursées  avec  les  intérêts,  .au  bout  de 
quelques  années,  le  parlement  n'a  pas  encore  osé  adopter  les 
conclusions  du  rapport.  Il  a  craint  que  ce  ne  fut  un  palliatif, 
et  non  un  remède.  Il  a  craint  que  les  mêmes  causes  qui  ont 
amené  le  mal  (l'ignorance  dc$  Irlandais  et  la  taxe  des  pauvres 
d'Angleterre)  ne  ramenassent  incontinent  les  embarras  dont 
on  aurait  cru  pouvoir  se  délivrer;  et  cette  crainte  n'est  point 
chimérique. 

On  peut  dire  ,  en  attendant,  que  les  travaux  du  comité, 
l'enquête,  le  rapport  ont  procuré  une  masse  de  solide  informa- 
tion qui,  en  tout  état  de  cause,  ne  sera  point  perdue.  Que  de 
renseignemens  précieux  n'y  trouve- t-on  pas  sur  le  genre  de 
vie  des  pays  coloniaux,  non  seulement  du  Canada,  mais  aussi 
de   la   Nouvelle-ËCOSSe,   du  cap  de  Bonne-  Espérance,    de    la 

26. 


/,o',  SCIENCES  MORAXES. 

Nouvelle- Galle  du  sud,  de  la  terre  de  Van-Diemen  !  Des  habi- 
tans  de  toutes  ces  colonies,  des  négocians,  des  navigateurs  sont 
consultés  par  le  comité  ;  on  apprend  quelles  sont  les  ressources 
qu'offrent  ces  pays  aux  personnes  qui  voudraient  s'y  fixer; 
quelles  terres  sont  vacantes  dans  leur  voisinage,  quelles  pro- 
ductions peuvent  y  réussir,  quelle  population  on  y  trouve  déjà, 
ce  qu'on  peut  y  vendre  et  y  acheter.  Un  livre  de  voyage  n'ins- 
truit pas  à  beaucoup  près  autant;  car  un  voyage  ne  présente 
qu'un  seul  témoignage,  portant  presque  toujours  l'empreinte 
des  opinions  et  des  intérêts  de  l'auteur;  tandis  qu'ici  les  témoi- 
gnages se  corrigent  les  uns  par  les  autres.  Que  de  ressources 
de  semblables  enquêtes  offrent  à  des  législateurs,  pourvu  toute- 
fois qu'ils  soient  indépendans,  et  que  leurs  intérêts  individuels 
se  confondent  avec  les  intérêts  nationaux  ! 

J.-B.  S. 

Histoire  de  la  guerre  de  la  péninsule,  sous  Napoléon, 
précédée  d'un  tableau  politique  et  militaire  des 
puissances  belligérantes,  par  le  général  Foy  ;  pu- 
bliée par  madame  la  comtesse  Foy  (i). 

Lorsque  le  général  Foy  vit  la  carrière  des  armes  se  fermer 
devant  lui ,  il  résolut  de  chercher  la  gloire  dans  la  carrière  des 
lettres.  Il  choisit  un  des  sujets  historiques  les  plus  intéressans 
qu'offrent  les  annales  des  âges  modernes,  la  guerre  nationale 
soutenue  par  l'Espagne  contre  Bonaparte,  et  il  se  livra  tout 
entier  au  soin  de  reproduire  de  si  grandes  scènes  dans  leurs 
justes  proportions  et  sous  le  jour  le  plus  vrai.  Mais,  bientôt  dé- 
tourné de  ses  travaux  littéraires  par  ses  devoirs  de  député,  il 
n'avait  encore  écrit  qu'une  faible  partie  de  sa  relation  quand 
la  mort  vint  le  frapper  dans  la  force  de  l'âge  et  du  talent.  On 
pouvait  donc  craindre  qu'il  ne  nous  restât  rien ,  ou  presque 


(i)  Paris  ,  1827  ;  Baudouin  frères.  4  vol-  in-8°  et  un  Atlas  ;  prix  , 
3a  fr.  5o  cent. 


SCIENCES  MORALES.  /,o5 

•  ieu ,  de  s  »u  projet.  Heureusement  pour  sa  renommée ,  te  géné- 
ral Foj  b'étail  pas  de  ceux  qtii  n'étudient  un  sujet  qu'à  mesun 
qu'ils  le  traitent.  Il  savait  que,  sous  peine  de  ne  faire,  au  lieu 
d'un  livre,  qu'un  amas  informe  dopages  Incohérentes,  on  ne 
doit  tracer  le  premier  Irait  d'un  ouvrage  que  lorsqu'on  a  tout 
l'ensemble  devant  les  veux.  Il  savait  qu'avant  d'écrire  le  récit 
d'une  guerre,  un  véritable  historien  doit  rassembler  sur  les  na- 
tions belligérantes  toutes  les  recherches  qui  auraient  été  né- 
cessaires au  général  chargé  de  diriger  en  chef  les  opérations.  Il 
a  fait  ces  recherches;  il  en  a  consigné  les  résultats  dans  une 
introduction  ;  et  quoiqu'il  n'ait  pu  achever  son  travail  ,il  laisse 
iprès  lui  un  important  ouvrage,  qui,  malgré  l'éclat  de  ses 
Discours ,  sera  son  plus  beau  titre  aux  yeux  des  juges  éclairés. 

Ces  recherches  ne  sont  pas  celles  de  1  économiste,  mais  celles 
du  politique;  ce  qui  est  bien  différent.  Jl  faut  sans  doute  con- 
naître la  population  d'un  état,  ses  revenus,  et  les  productions 
de  son  Soi;  mais,  au-delà  de  ces  connaissances  faciles  à  acquérir, 
l'homme  d'état  qui  sait  comment  on  guide  les  nations,  cherche 
sut  tout  quels  sont  les  sentimens  des  peuples  et  les  idées  qui 
dominent  parmi  eux.  Jusqu'à  ce  qu'il  soit  certain  d'apprécier 
avec  justesse  les  passions  des  citoyens,  il  suspend  son  juge- 
ment sur  tout  le  reste.  Il  ne  veut  pas  des  chiffres  trompeurs, 
mais  des  réalités.  11  n'ignore  point  que  tel  pays  peut  contenir 
quarante  millions  d'habitans  et  ne  peser  dans  la  balance  que 
pour  dix  millions ,  être  couvert  de  richesses  et  manquer  d'ar- 
gent pour  sa  défense.  Il  examine,  dans  chaque  nation  :  d'abord 
le  patriotisme,  carie  patriotisme  seul  fait  que  ce  qui  est  dans 
I  étal  est  à  l'état;  secondement,  le  caractère  national,  qui  mo- 
difie les  forces  que  le  patriotisme  doit  mettre  en  jeu  ;  ensuite  , 
l'organisation  sociale  et  militaire,  qui,  plus  ou  moins  bonne  , 
fia  cause  qu'il  y  aura  plus  on  moins  de  forces  perdues;  enfin, 
le  génie  de  l'homme  ou  des  hommes  qui  doivent  dirige!  cette 
organisation,  Voilà  les  recherches  du  véritable  homme  d'état, 
les  seules  qui  puissent  servir  de  base  à  des  raisonnemens  poli- 
tiques. 

(''est  avec  constance,  avec   talent  que  le'général  Fo) 


/,o6  LIVRES  FRANÇAIS. 

Ii\  ré  à  ces  investigations  d'une  sorte  de  statistique  morale.  Sou 
tableau  de  la  France  mérite  particulièrement  l'attention,  j'ai 
presque  dit  la  reconnaissance  des  Français.  Je  ne  connais  au- 
cun ouvrage,  du  moins  aucun  ouvrage  déjà  publié,  où  se  trou- 
vent si  bien  exposés  les  trésors  de  puissance  que  la  liberté  avait 
amassés  pour  la  patrie,  et  qui  furent  dépensés  à  servir  et  à 
détruire  la  fortune  d'un  homme  qui  osa  dire  :  La  patrie  c'est 
moi.  Des  rhéteurs  convaincus  par  \es  argumens  irrésistibles  du 
ministère  de  la  police  impériale,  prenant  à  la  lettre  cette  cou- 
pable saillie  d'un  tyran,  osèrent  se  dire  patriotes,  au  moment 
où  ils  s'efforçaient  de  rapporter  à  lui  seul  toute  la  gloire  de  nos 
armes,  cette  gloire  immense  qu'il  trouva  si  belle,  qu'il  accrut 
un  moment,  mais  dont  il  tarit  la  source,  dont  il  corrompit  la 
pureté,  et  dont  il  nous  a  fait  perdre  le  fruit.  Quelques-uns  , 
par  habitude  sans  doute,  continuent  gratis 'aujourd'hui  un  ma- 
nège naguère  si  bien  payé.  Leurs  déclamations  pourraient  éga- 
rer ceux  des  jeunes  Français  qui  ne  connaissent  que  d'une 
manière  vague  les  guerres  de  la  république  et  de  l'empire. 
Qu'on  mette  entre  les  mains  de  ces  jeunes  gens  l'ouvrage  du 
général  Foy,  ce  sera  leur  rendre  un  véritable  service.  Ils  ne 
pourront  lire  sans  émotion  la  peinture  de  l'admirable  armée  que 
la  liberté  avait  donnée  à  la  France;  de  ces  soldats  qui  portè- 
rent dans  les  camps  toutes  les  vertus  civiques,  qui  lirent  voir 
à  l'Europe  frappée  de  respect  autant  que  de  crainte  l'invasion 
sans  violences  ,  la  conquête  sans  pillage,  et  les  vainqueurs 
souffrant  la  faim  au  milieu  des  vaincus  dans  l'abondance;  de 
ces  chefs  en  qui  le  culte  du  patriotisme  laissait  à  peine  place  à 
l'ambition  de  la  gloire,  qui  se  résignaient  aux  proscriptions 
d'une  assemblée  soupçonneuse  comme  aux  boulets  de  l'ennemi , 
et  mouraientiudifféremmentsur  les  champs  de  bataille  ou  sur  les 
cchafauds,  en  répétant  l'hymne  de  la  patrie.  Ils  sentiront  que 
Bonaparte  ,  s'emparant  du  pouvoir  au  moment  où  les  fruits  des 
institutions  républicaines  commençaient,  après  de  longs  jours 
d'orage,  à  mûrir  sous  les  rayons  de  la  victoire,  et  les  recueil- 
lant sur  l'arbre  de  la  liberté  abattu  par  sa  main  ,  se  para  de  ces 
fruits  qu'il  n'avait  pas  fait  naître  et  dont  il  déshéritait  l'avenir. 


SCIENCES  mou  ILES. 

i  les  réflexious  ne  se  trouvent  point  dans  le  livre  du  général, 
mais  elles  ressorient sans  effort  des  tableaux  qu'il  met  sous  nos 
yeux.  Il  réfute  plus  positivement  une  autre  erreur  ussez  répan- 
due, bien  des  gens  regardent  le  gouvernement  «le;  Bonaparte 
comme  un  despotisme  militaire.  C'était  bien  certainement  du 
despotisme,  et  l'auteur  est  loin  de  le  nier.  C'était ,  dit  -  il ,  la 
carcasse  politique  de  Constantinoplet  moins  l'anarchie  des  pachas, 
l'opposition  sourde  de  l'uléma,  et  la  mutinerie  bruyante  du  janis- 
saire. Mais  ce  despotisme  ne  fut  ni  établi  par  les  soldats,  ni 
soutenu  par  eux.  Ce  fut,  au  contraire,  parmi  eux.  que  fane,  m  - 
tissement  de  la  liberté  trouva  le  plus  d'opposition.  Leurs  rangs, 
privés  de  Hoche,  de  KJéber,  de  Dcsaix  et  d'autres  capitaines 
qui  n'auraient  jamais  fléchi  sous  un  maître,  comptaient  cepen- 
dant encore  une  foule  de  patriotes  qui  gémissaient  de.  ce  que 
tant  de  périls  et  de  travaux  n'aboutissaient  qu'à  renverser  la  ré- 
publique. Ces  nobles  défenseurs  de  la  France  volèrent  contre 
l'empire,  comme  ils  avaient  voté  contre  le  consulat  à  vie.  Ils 
cherchèrent  à  former  un  parti  national.  La  nation  resta  tran- 
quille, muette,  et  toute  l'administration  civile  se  jeta  aux  ge- 
noux du  nouveau  César.  Dès  lors,  L'armée,  n'ayant  plus  à 
choisir  entre  la  liberté  et  Bonaparte,  se  dévoua  à  celui  qui 
semblait  le  représentant  de  la  France.  Elle  crut,  en  le  servant, 
ne  combattre  que  pour  l'indépendance  nationale,  seul  bien  qui 
put  rester  à  un  peuple  assez  malheureux  pour  ne  vouloir  pas  de 
liberté. 

Forcé  de  retracer  les  changemens  que  le  régime  impérial 
opéra  dans  l'esprit  de  l'armée,  le  général  se  dédommage  de 
cette  tache  pénible,  en  faisant  valoir  les  qualités  que  le  des- 
potisme même  ne  put  ôter  à  nos  troupes,  et  qui  adoucirent 
pour  l'Europe  les  funestes  effets  de  ces  entreprises  militaires 
dont  l'étendue  et  la  rapidité  mettaient  sans  cesse  nos  soldats 
dans  l'alternative  de  mourir  de  faim  on  de  dévaster  les  pays 
ennemis.  11  rend  particulièrement  un  brillant  hommage  aux 
simples  officiers  qui ,  étrangers  aux  jouissances  (F amour-propre 
rie  l'officier  général ,  exempts  de  l'ivresse  du  soldat,  n'avaient 
que  le  sentiment  du  devoir  pour  compenser  les  privations  cou 


4o8  SCIENCES  MORALES. 

tinuellcs  auxquelles  ils  refusaient  de  se  soustraire  en  prenant 
part  au  pillage. 

Il  répond  ensuite  aux  reproches  de  déprédations  dont  les 
étrangers  et  leurs  alliés  de  France  ont  poursuivi  les  chefs  d'un 
rang  supérieur.  Il  convient  que  Bonaparte  changea  les  mœurs 
de  la  tête  de  l'armée.  Mais,  malgré  tous  les  soins  que  ce  génie 
funeste  prenait  de  corrompre  ses  généraux  pour  les  mieux  en- 
chaîner par  leurs  vices,  un  petit  nombre  seul  se  rendit  coupable 
d'exactions.  «L'immense  majorité...  a  rejeté  avec  mépris  des 
richesses  qui,  après  tout ,  ne  sont  que  des  dépouilles.  Plus  de 
cinq  cents  officiers  généraux  ont  eu  l'occasion  de  répéter  le 
refus  de  ce  général  de  la  vieille  monarchie  qui  ne  recevait  de 
présens  que  du  roi  son  maître.  »  Ceci  n'est  peut-être  pas,  quant 
au  chiffre,  d'une  exactitude  rigoureuse;  mais  on  avait  mis 
tant  d'exagération  dans  l'attaque  qu'on  ne  doit  pas  s'étonner 
d'en  trouver  un  peu  dans  la  défense. 

Il  n'y  en  a  aucune  dans  l'examen  de  tout  ce  que  fit  l'empe- 
reur pour  suppléer,  par  une  savante  ordonnance  de  l'armée, 
par  l'abondance  du  matériel ,  par  une  instruction  militaire 
plus  complète  et  plus  uniforme  ,  à  la  perte  de  l'esprit  public  et 
de  l'enthousiasme  républicain  qu'il  avait  détruits.  L'auteur  passe 
en  revue  les  modifications  introduites  dans  le  service  des  diffé- 
rentes armes,  dans  l'état -major,  dans  l'administration  des 
troupes ,  et  dans  la  législation  militaire.  Toutes  ses  réflexions 
sont  d'un  observateur  éclairé ,  d'un  militaire  habile ,  et  d'un 
ami  sincère  de  son  pays.  Enfin,  après  avoir  fait  connaître  les 
moyens  de  succès  que  le  chef  de  la  France  avait  sous  sa  main, 
il  retrace  le  caractère  de  Napoléon.  Ce  portrait  laisse  encore 
beaucoup  de  choses  à  peindre;  mais  il  est  rempli  de  traits 
brillans;  il  unit  la  vigueur  à  la  ressemblance.  Ce  n'est  pas 
tout  ce  qu'on  peut  dire,  mais  c'est  ce  qui  a  été  dit  de  plus 
juste  sur  l'homme  qui  depuis  tant  d'années  occupe  tant  d'écri- 
vains. 

Si  l'on  considère  dans  son  ensemble  le  tableau  politicfiie  et 
militaire  de  la  France ,  on  y  trouve  un  grand  vice  de  compo- 
sition, le  manque  de  méthode  et  de  suite.  L'auteur  intervertir 


SCIENCES  lUOilALKS.  409 

iouvenl  l'ordre  des  faits,  il  sépare  par  de  longs  Intervalles  des 
réflexions  et  <1< ;s  peintures,  qui  plus  rapprochées  se  prêteraient 
mutuellement  plus  de  force  ci  de  clarté.  Toutefois ,  je  le  répète , 
< c  tableau  est,  même  sous  le  rapport  littéraire,  un  ouvrage 
remarquable.  On  y  sent  un  esprit  assez  étendu  pour  être  juste 
dans  l'appréciation  des  plus  grands  objets;  des  passions  géné- 
reuses qui,  loin  de  fausser  le  jugement,  ajoutent  par  leur  no- 
blesse à  sa  rectitude;  enfin,  un  talent  que  l'art  n'était  pas  encore 
parvenu  à  mettre  toujours  à  la  disposition  de  l'écrivain  ,  mais 
qui  jette  fréquemment  des  lueurs  brillantes  dont  se  colore  la 
pensée  81  s'enflamme  le  sentiment. 

Les  mêmes  qualités  se  font  remarquer  dans  le  tableau  de 
l'Angleterre.  On  y  trouve  une  égale  connaissance  des  faits  , 
des  hommes,  des  institutions.  C'est  là,  et  non  dans  les  décla- 
mations de  Walter  Scott,  qu'on  peut  apprendre  à  connaître 
toute  la  bravoure  des  soldats  anglais:  jamais  on  n'en  fit  un 
plus  bel  éloge.  Des  rapprochemens  presque  continuels  entre 
nos  troupes  et  celles  de  la  Grande-Bretagne  considérées  sur 
le  champ  de  bataille,  dans  les  marches,  au  bivouac,  dans  la 
chaumière  des  paysans,  peuvent  fournir  aux  guerriers  et  aux 
politiques  des  réflexions  éminemment  fécondes.  Quelquefois, 
ces  rapprochemens  amènent  des  peintures  frappantes  de  viva- 
cité et  de  coloris.  Les  améliorations  successives  introduites  par 
le  duc  d'York  dans  l'organisation  de  l'armée  anglaise,  les  pro- 
grès que  nos  éternels  rivaux  ont  encore  à  faire,  surtout  dans 
les  Armes  Savantes  et  dans  l'instruction  militaire  des  chefs , 
sont  habilement  exposés.  L'auteur  a  fait  jaillir  de  son  sujet  des 
lumières  qui  étonneront  peut-être  les  Anglais  les  plus  versés 
dans  la  connaissance  de  la  guerre  en  général  et  de  l'organisa- 
tion particulière  de  leurs  troupes.  11  ne  juge  pas  avec  moins  de 
justesse  la  politique  du  cabinet  de  Saint-James,  et  les  repré- 
sailles de  Napoléon.  Mes  lecteurs  me  sauront  gré  sans  doute 
de  mettre  sous  leurs  yeux  l'opinion  du  général  au  sujet  de  ce 
blocus  continental ',  tant  blâmé  par  ceux  qui  veulent  juger  une 
mesure  de  guerre,  je  dirais  presque  de  siège,  d'après  les  règles 
de  l'économie  politique,  el  tant,  vanté  par  des  enthousiastes 


;,io  SCIENCES  MORALES. 

comme  la  plus  belle  conception  du  vainqueur  d'Arcole  et  de 

Bfontmirail. 

«  Si  un  champion  cuirassé  descendait  dans  l'arène  que  se 
disputent  des  gladiateurs  dépourvus  d'armes  défensives,  ne 
serait-il  pas  de  l'intérêt  commun  des  combattans  de  suspendre 
leurs  querelles  et  de  se  réunir  contre  celui  qui  porte  des  coups 
sans  en  recevoir?  Ce  champion  cuirassé,  c'était,  selon  les  idées 
de  Napoléon,  l'Angleterre,  restant  invulnérable,  tandis  que 
les  progrès  de  la  guerre  avaient  rendu  les  états  du  continent  si 
faciles  à  déchirer.  Derrière  son  grand  fossé,  l'Angleterre  se 
riait  des  malheurs  du  monde;  Napoléon  essaya  de  l'en  punir, 
et  quoique  cette  entreprise  n'ait  pas  réussi ,  elle  conservera 
dans  la  postérité  un  aspect,  de  grandeur  et  d'éclat. 

«Mais,  en  supposant  même  que  le  système  d'exclusion  fût  un 
moyen  de  prospérité  future  pour  le  continent,  il  n'est  jamais 
faciLe  de  faire  sacrifier  aux  hommes  ce  qui  leur  plaît  aujour- 
d'hui pour  ce  qui  leur  sera  avantageux  demain...  L'assentiment 
sans  réserve  des  princes  et  des  sujets  sur  tout  le  continent 
était  donc  la  première  et  l'indispensable  condition  de  la  mise 
en  action  du  système  continental.  A  quel  titre  Napoléon  eût-il 
obtenu  cet  assentiment  ?  Depuis  qu'il  avait  étouffé  la  liberté 
dans  son  pays,  sa  voix  avait  perdu  le  don  de  persuader;  le  mal 
qu'il  avait  fait  lui  ôtait  même  le  droit  de  faire  du  bien,  et  son 
glaive ,  qui  ne  se  reposait  point ,  était  l'effroi  des  nations  et  des 
monarques...  Les  Anglais  chassés  de  partout,  réduits  à  l'alliance 
du  roi  de  Suède  en  Europe,  et  du  roi  d'Haïti  en  Amérique, 
étaient  plus  près  de  triompher  qu'en  1793,  lors  du  blocus  de 
Cambrai  et  de  la  prise  de  Toulon.» 

Maintenant  je  regrette  de  ne  pouvoir  m'arrèter  un  instant 
sur  les  tableaux  de  l'Espagne  et  du  Portugal,  qui,  quoique 
moins  importans  que  ceux  de  la  France  et  de  l'Angleterre, 
présentent  aussi  de  grandes  beautés;  mais  l'espace  me  manque  et 
je  suis  forcé  de  passer  à  l'examen  de  l'histoire  dont  ces  tableaux 
ne  sont  que  l'introduction.  Comme  je  l'ai  déjà  dit ,  la  narration 
historique  est  restée  incomplète.  Bien  loin  de  nous  conduire  jus- 
qu'au moment  où  les  Espagnols  finirent  en  France  une  lutte  qu'ils 


SCIENCES   MOKALK.s.  \ i  i 

avaient  commencée  quand  presque  toute  l'Espagne  étaii  occupée 
parles  Français,  l'auteur  s'arrête  à  la  convention  de  Cintra  >  conclue 
le  m»  aoal  1808.  Sur  six  ans  de  guerre,  il  n'en  a  retracé  qu'un 
s.ul.  Peut  être  les  éditeurs  auraient  ils  <lù  ne  donnera  l'ouvrage 
que  ce  titre  :  Fragment  d'une  histoire  de  la  guerre  d'Espagne. 
Mais  on  aurait  tort  d'attacher  peu  d'importance  à  un  pareil 
fragment.  11  contient  la  partie  la  plus  intéressante  du  sujet,  la 
peinture  de  cette  insurrection  soudaine  qui  fit  de  L'Espagne 
tout  entière  un  champ  de  bataille,  de  tous  ses  paysans  des  sol- 
dats, de  tous  ses  prêtres  des  tribuns,  de  tous  ses  rochers  des 
forteresses. 

Rien  dans  les  vicissitudes  de  l'espèce  humaine  n'offre  de  si 
beaux  modèles  au  pinceau  de  l'histoire  que  ces  grandes  commo- 
tions politiques  où  les  peuples,  sortant  de  leurs  habitudes  factices, 
n'obéissent  plus  qu'à  leurs  sentimens;  où  chaque  homme,  re- 
prenant, pour  ainsi  dire,  son  individualité  dont  le  dépouillaient 
les  formes  de  la  société  moderne,  peut,  comme  les  citoyens  des 
républiques  anciennes,  déployer  toutes  ses  facultés,  accomplir 
toutes  ses  destinées  ,  peser  tout  son  poids  dans  les  balances  de 
la  gloire.  Le  général  Foy  n'est  pas  resté  au-dessous  d'un  pareil 
tableau.  IXous  voyons  d'abord  les  troupes  françaises,  entrées 
en  Espagne  comme  alliées  ,  s'emparer  par  une  ruse  déloyale 
des  principales  forteresses  du  nord.  Godoy  propose  à  la 
famille  royale  de  s'exiler  au  Mexique.  Le  peuple  indigné  s'op- 
pose à  cette  fuite ,  plonge  le  favori  dans  les  cachots  ;  et  cher- 
chant un  chef  qui  puisse  guider  son  courage ,  il  proclame 
dans  son  aveuglement  le  jeune  Ferdinand  VII.  Ce  roi,  que  les 
espérances  des  Espagnols  environnaient  de  tant  d'amour,  se 
laisse  entraîner  par  les  Français  vers  Bayonne.  Godoy  est 
délivré.  Charles  IV  passe,  comme  son  fils,  les  Pyrénées.  Le 
dernier  infant  resté  à  Madrid  va  partir.  Bonaparte,  maître  de 
tout  le  gouvernement  espagnol ,  se  croit  maître  des  Espagnes. 

Soudain  un  même  cri  s'élève  dans  tous  les  cœurs  castillans. 
L'indépendance  d'une  nation  ne  peut  dépendre  ni  de  l'ineptie, 
ni  de  la  lâcheté  de  quelques  hommes;  là  où  les  chefs  la  trahis- 
sent, les  citoyens  doivent  la  défendre.  Aussitôt  des   artisans 


\ii  SCIENCES  MORALES. 

armés  de  fourches  et  de  bâtons,  des  femmes,  des  piètres  s'é- 
lancent dans  les  rues  de  Madrid  contre  la  garde  impériale.  La 
mitraille  les  disperse.  Les  principaux  habitans  de  la  ville  de- 
mandent merci.  La  journée  du  i  mai  a  donné  l'Espagne  à  Na- 
poléon, s'écrie  orgueilleusement  Murât;  dites  plutôt  qu'elle  la 
lui  enlève  pour  toujours ,  répond  le  ministre  de  la  guerre 
O'Farril.  O'Farril  disait  vrai.  Chaque  fuyard  de  Madrid ,  en 
portant  dans  sa  province  la  nouvelle  du  combat,  y  devient 
le  noyau  d'une  troupe  armée.  Meurent  les  Français  devient 
le  seul  mot  de  ralliement  des  Espagnols,  le  seul  souhait  d'a- 
mitié qu'ils  s'adressent  en  s'abordant,  la  seule  prière  qu'ils 
élèvent  vers  le  ciel.  _ 

«  Ce  n'était  pas ,  dit  l'historien  ,  l'exemple  des  uns  qui  donnait 
aux  autres  le  désir  de  les  imiter.  La  même  sensation  enfantait 
partout  en  même  tems  les  mêmes  prodiges....  Au  midi  comme 
au  nord  on  mesura  l'offense  et  non  le  danger.  Partout  le 
mouvement  vint  des  classes  inférieures;  partout  le  dévoû- 
ment  à  la  patrie  se  déploya  en  raison  inverse  des  avantages 
qu'elle  accordait  à  ses  enfans.  Les  hommes  de  l'autorité ,  les 
soldats,  les  riches ,  voulurent  d'abord  arrêter  le  mouvement 
populaire...  On  chercherait  en  vain  dans  la  plupart  des  villes 
les  noms  de  ceux  qui  ont  poussé  les  premiers  le  cri  de  l'in- 
surrection. Tous  ont  voulu,  tous  ont  agi,  tous  ont  senti  la  né- 
cessité d'autorités  constituées  pour  les  diriger  et  employer  dans 
l'intérêt  commun  les  efforts  de  tous.  » 

Dans  le  Portugal  l'insurrection  fut  plus  tardive;  et  peut-être 
n'aurait-elle  pas  eu  lieu  si  les  Espagnols  n'eussent  pas  donné 
l'exemple.  Junot  s'était  avancé  sans  combat  jusqu'à  Lisbonne. 
Les  Portugais  avaient  pleuré  au  départ  de  leur  roi;  mais  l'éten- 
dard du  Portugal  flottait  encore  sur  leurs  murs,  ils  restaient 
silencieux  et  tranquilles.  Bientôt  un  autre  drapeau  le  remplace 
sur  une  tour  du  palais  des  Maures,  et  des  cris  menaçans  com- 
mencent à  se  faire  entendre.  Les  prélats  du  royaume  comman- 
dent ,  au  nom  du  ciel ,  d'accueillir  en  amis  les  soldats  de 
\'honin;e  des  prodiges ,  du  grand  empereur  que  Dieu  appelait  à 
fonder  la  felieilé  des  nations:  on  attend.  Plus  tard,  les  insignes 


SCIENCES  MORALES.  /,  i  I 

nationales  sont  partout  remplacées  par  des  couleurs  étrangères 
la  justice  esl  rendue  au  nom  de  Napoléon.  On  ordonne  d'illu 
idiikt;  trois  habitans  seuls  obéissent)  le  mécontentement  de- 
vient de  la  haine.  Quelques  espérances  de  formée  encore  nu 

état  Indépendant  apaisent  un  moment  les  esprits.  I.nfin,  la 
nouvelle  de  l'insurrection  espagnole,  les  suggestions  des  juntes 
de  Neville  el  de  Calice  soulèvent  aussi  le  peuple  portugais»  Mais 
l'insurrection  a  chez  lui  un  autre  caractère  que  parmi  les  (Cas- 
tillans. Le  premier  qui  se  déclara  fut  un  officier  général,  un 
vieillard  d'une  haute  naissance.  Le  premier  cri  ne  fut  point 
comme  en  Espagne:  meure/aies  Français}  mais  maure  Napo- 
léon. Les  Espagnols,  en  demandant  à  l'Angleterre  des  armes 
et  de  l'argent,  avaient  refusé  le  secours  des  troupes  anglaises; 
les  Portugais  ne  rêvaient  que  débarquemens  de  bataillons  bri- 
tanniques. Au  lieu  de  cette  secousse  instantanée  qui  s'était  fait 
ressentir  de  Figuières  à  Cadix  comme  la  commotion  électrique, 
on  pouvait  suivre  dans  le  Portugal  la  marche  progressive  de 
l'enthousiasme.  Enfin ,  quoiqu'il  se  commit  beaucoup  d'attentats 
dans  la  première  effervescence  populaire,  ils  furent,  en  géné- 
ral, bien  moins  nombreux  qu'en  Espagne,  où,  dans  presque 
toutes  les  villes,  les  prémices  du  sang  espagnol  coulèrent,  sous 
des  mains  espagnoles,  par  d'horribles  assassinats.  On  ne  vit, 
par  exemple,  rien  de  comparable  au  massacre  des  deux  cents 
négocians  français  qui,  depuis  long-tems  établis  à  Valence,  y 
furent  d'abord  plongés  dans  les  cachots  et  bientôt  égorgés  un 
à  un. 

Toutes  ces  scènes  d'un  caractère  si  varié  sont  habilement 
retracées;  et  l'auteur  ne  peint  pas  avec  moins  de  vigueur  l'effet 
que  les  événemens  de  la  Péninsule  produisirent  sur  nos  plus 
implacables  ennemis.  Un  cri  de  joie  retentit  dans  toute  l'An- 
gleterre. «  Assez  et  trop  long-tems  elle  a  soldé  les  efforts  de 
princes  sans  dignité  et  de  ministres  sans  prévoyance;  elle  sera 
plus  heureuse  en  prenant  la  défense  des  révolutions  et  des  prin- 
cipes populaires.  »  Le  général  Foy  aurait  dû  peut-être  faire 
contraster  avec  cette  joie  la  tristesse  de  la  France,  où  peu  de 
personnes  nous  comprenaient   alors ,  quand   nous  prédisions 


\  i  |  SCIENCES  MORALES, 

les  suites  de  l'insurrection  espagnole,  mais  où  tous  les  hommes 
généreux  sentaient  peser  sans  cesse  sur  leur  poitrine  la  honte 
qu'un  despote  imprimait  à  la  nation. 

Dès  les  premiers  momens  de  la  lutte  on  s'aperçut  que,  des 
deux  côtés ,  ce  serait  une  guerre  de  barbares.  Tandis  que  les 
Français  renouvelaient  dans  Cordoue  les  horreurs  dont  cette 
ville  fut  victime  cinq  siècles  auparavant,  lorsque  Ferdinand  III 
la  ravit  aux  Maures,  les  Espagnols  soumettaient  au  supplice 
de  la  scie  nos  officiers  enlevés  sur  les  routes ,  ou  les  plongeaient 
vivans  dans  des  chaudières  bouillantes.  Les  cruautés  qu'on  a 
tant  reprochées  aux  Grecs  modernes,  ne  sont  rien  en  compa- 
raison de  celles  dont  se  rendirent  coupables  les  insurgés  de  la 
Péninsule,  qui  n'avaient  pas,  comme  les  Grecs,  trois  siècles 
d'oppression  à  venger.  Dieu  me  garde  toutefois  de  prétendre 
que  ces  attentats  ternissent  la  gloire  dont  le  peuple  espagnol 
s'est  couvert  dans  une  si  sainte  lutte  !  Ce  n'est  pas  de  nos  jours 
qu'on  doit  se  montrer  sévère  envers  les  erreurs  du  patriotisme 
et  du  courage. 

Quant  à  la  conduite  de  nos  soldats,  l'auteur,  tout  en  la  blâ- 
mant, présente  les  meilleures  raisons  qu'on  pût  alléguer  pour  la 
faire  paraître  moins  inexcusable.  «Dans  ces  guerres  contre  les 
populations  armées,  dit-il,  la  fureur  du  soldat  est  toujours  en- 
traînée au-delà  de  la  volonté  du  général.  Autant  il  est  disposé  à  la 
générosité  envers  ceux  qui  font  le  même  métier  que  lui ,  autant 
il  est  cruel  pour  les  paysans  armés  :  ce  n'est  pas  un  sentiment 
aveugle  qui  l'anime;  c'est,  au  contraire,  une  appréciation 
exacte  delà  disparité  des  moyens ,  de  l'espèce  de  trahison,, 
et  du  sort  affreux  qu'une  pareille  situation  lui  prépare.  Il  est 
difficile,  pour  ne  pas  dire  impossible ,  de  maintenir  la  discipline 
contre  de  pareilles  résistances.  » 

Tout  cela  est  malheureusement  juste;  mais  qu'on  me  per- 
mette une  réflexion.  Un  chef  généreux  aurait  employé  tout 
son  ascendant  à  calmer  cette  exaspération  naturelle  dans  le 
soldat ,  et  il  ne  l'aurait  pas  employé  en  vain.  Napoléon  ,  au 
contraire,  a,  pour  ainsi  dire,  sanctionné  toutes  les  vengeances 
en  les  racontant  sans  les  flétrir,  en  traitant  de  brigands',  dans 


SCIENCES  MORALES.  /,ir> 

8os  bulletins,  les  paysans  espagnols  .unies  pour  défendre  lew 
patrie.  Empereur  depuis  quatre  ans,  il   avail  déjà  perdu  le 

SOUVenir  de  toute   idée  de  pal.ie  et.  de  liberté;   il  Oubliait  déjà 

que  les  confédérés  de  Pilnitz  avaient  traité  de  la  même  manière 

nos  Volontaires  de  i7<)'>;  et  il  "<■  prévoyait  point  qu'en  181/, , 
Schwartzenberg    ordonnerait  aussi  le  massacre  des  paysans 

français  que  lui  Napoléon  appellerait  à  remplacer  ses  bataillons 
détruits.  Il  suivait  alors  sans  scrupule  et  sans  crainte  l'usage 
ordinaire  des  cours,  que,  seize  ans  plus- tôt,  il  avait  jugé  si 
coupable,  que,  six  ans  plus  tard,  il  devait  trouver  si  fatal. 

Je  n'ignore  point  la  différence  qui  se  trouvait  entre  sa  po- 
sition et  celle  du  duc  de  Brunswick,  ou  du  prince  de  Schwart- 
zenberg. Les  Espagnols  semblaient  par  leurs  cruautés  se  placer 
creux-mêmes  hors  des  lois  de  la  guerre;  les  Français,  au  con- 
traire, n'ont  jamais  été  cruels  envers  les  soldats  étrangers. 
Mais,  quelques  prétextes  que  fournît  la  conduite  des  insurgés, 
Bonaparte  aurait  dû,  par  humanité,  par  politique,  par  respect 
pour  la  dignité  des  troupes  françaises,  arrêter,  de  tout  son 
pouvoir,  les  représailles  du  soldat.  Parmi  les  douleurs  sans 
nombre  qu'il  a  fait  subir  aux  vrais  amis  de  la  France  et  parti- 
culièrement de  l'armée,  l'une  des  plus  difficiles  à  pardonner 
fut  d'apprendre  que  son  avidité  et  ses  nouvelles  maximes 
poussaient  nos  régimens  aux  plus  déplorables  excès  dans  les 
mêmes  lieux  où  nos  brigades  républicaines  avaient  donné  de 
si  grands  exemples  de  discipline  et  de  vertu,  où  l'on  avait  vu 
nos  grenadiers  campés  au  milieu  des  vergers  de  la  Biscaye,  ne 
pas  toucher  aux  fruits  mûrs  qui  pendaient  sur  leurs  tentes,  et 
les  soldats  de  la  garnison  que  la  conquête  avait  placée  dans 
Saint -Sébastien  se  promener  enfouie  dans  la  ville,  sans  étendre 
vers  les  vivres,  dont  les  boutiques  étaient  remplies,  leur  bras 
exténué  par  la  faim. 

Du  reste,  après  avoir  lu  cet  te  histoire,  on  est  sûr  que  l'auteur 
fit  lui-même  tout  ce  qu'il  put  pour  diminuer  les  excès.  La 
noblesse  de  ses  sentimens  ajoute  un  nouvel  attrait  à  toutes 
ses  narrations,  de  quelque  genre  qu'elles  soient.  Quoiqu'il 
n'ait  retracé  que  les  événemens  d'une  année,  on  en  trouve  dans 


,.(»  SCIENCES  MORALES. 

son  livre  tin  certain  nombre  qui  sont  remarquables,  même  à 
côlé  de  ce  fait  immense  de  l'insurrection  d'un  grand  peuple. 
Les  plus  importons  sont  le  premier  siège  de  Saragossc,  les 
débats  de  la  junte  de  Rayonne,  l'entrée  de  Joseph  Bonaparte 
dans  Madrid,  la  victoire  de  Médina  de  Rio  Seco,  la  bataille 
et  la  capitulation  de  Baylen,  enfin  le  combat  de  Vimeiro  et  la 
convention  de  Cintra.  Chacun  de  ces  objets  est  présenté  avec 
les  couleurs  les  plus  vraies  et  les  plus  vives.  La  clarté  du  récit 
ne  laisse  rien  à  désirer,  et  l'énergie  des  peintures  donne  sans 
cesse  des  émotions.  L'auteur  porte  dans  les  palais  où  déli- 
bèrent les  grands  et  dans  les  rues  où  s'agite  le  peuple,  le 
même  talent  d'observation  que  sur  les  champs  de  bataille.  Il 
nous  fait  suivie  de  l'œil  les  anxiétés  de  la  diplomatie  et  le  pro- 
grès des  passions  fougueuses  des  citoyens,  aussi  facilement 
que  les  manœuvres  des  troupes.  El  certes,  ce  n'est  pas  peu 
dire,  car  ses  descriptions  de  batailles  sont  des  modèles  de  net- 
teté. Le  lecteur  qui  connaît  le  langage  militaire  pourrait  se 
passer  de  plans.  Au  lieu  de  ces  images  confuses  dont  tant 
d'écrivains  embarrassent  et  obscurcissent  notre  esprit,  lors- 
qu'ils veulent  retracer  un  combat,  l'historien  nous  fait  voir,  en 
quelque  sorte,  toute  l'action.  Ce  mérite  éminent  se  rencontre 
surtout  dans  le  récit  de  l'affaire  de  Roliça  et  de  la  bataille  de 
Vimeiro. 

Le  général  Foy  écrit  l'histoire  à  la  manière  des  anciens.  Un 
militaire  aussi  distingué  que  lui  ne  pouvait  adopter  un  autre 
système.  Après  avoir  vu  de  près  la  politique,  c'est-à-dire  l'ac- 
tion des  peuples  et  des  armées  ;  il  ne  pouvait  aller  demander 
aux  moines  chroniqueurs  de  lui  apprendre  à  la  représenter 
telle  qu'ils  la  voyaient  à  travers  les  vitraux  de  leur  couvent. 
Toujours  les  regards  fixés  sur  ce  qui  intéresse  les  nations,  il 
ne  se  perd  point  dans  des  détails  minutieux  et  puérils  :  con- 
naissant les  limites  du  genre  qu'il  traite,  il  ne  les  franchit  ja- 
mais pour  tomber  dans  le  domaine  des  Mémoires.  Son  style  a  , 
comme  sa  composition,  les  qualités  de  l'histoire,  la  noblesse 
et  la  clarté  :  il  étincelle  souvent  de  ces  traits  heureux,  rapides 
et  brillans  reflets  d'une  sensation  vive  et  profonde.  .Sans  doute, 


SCIENCES  aioiiai.es.  h,: 

mi  n'y  reconnaît  point  un  écrivain  consommé.  On  v  sent,  au 
contraire,  l'inexpérience  de  l'âuteor  dans  cette  carrière  encore 
nouvelle  pOUT  lui.  Toutefois,  bien  différent  <le  c;  s  prétendus 
j;cns  d«  lettres  qui  croient  pouvoir  écrire  parce  qu'ils  ont  vu 
quelques  laits  et  qu'ils  savent  tenir  une  plume,  le  prierai  l'ov 
avait  compris,  on  le  voit,  que  l'art  d'écrire  est  peut-être  celui 
de  tous  qui  demande  le  plus  long  et  le  plus  laborieux  appren- 
tissage. Dans  cette  noble  lice,  apercevoir  l'immensité  de  la 
carrière  est  un  gage  piesquc  certain  qu'on  saura  la  fournir.  Le 
général  Kov  paraissait  en  avoir  mesuré  l'étendue.  Ses  travaux, 
qui  n'étaient  encore  qu'ébauchés  quand  une  mort  prématurée 
nous  Ta  ravi,  portent  déjà  le  témoignage  des  efforts  qu'il  avait 
faits  pour  se  former  auv  les  vrais  modèles.  Même  lorsque  la 
phrase  manque  de  corrcd.ioii ,  elle  saisit  quelquefois  par  une 
tourne re  savante.  Plusieurs  traits  décèlent  une  étude  pro- 
fonde du  plus  grand  des  historiens,  de  Tacite.  Tels  sont,  ce 
me  semble,  les  mots  suivans  qui  se  rapportent  au  moment  où 
l'indignation  di->  Espagnols  commençait  à  devenir  menaçante  : 
«  Le  grand  duc  appela  à  Madrid,  les  unes  après  les  autres,  les 
divisions  qui  avaient  passé  les  montagnes.il  en  fit  la  revue  sur 
la  belle  promenade  du  Prado,  moins  pour  les  voir  que  pour  Us 
montrer.  »  Telle  est  plus  encore  cette  phrase  qui  termine  le  récit 
de  l'arrivée  de  Joseph  Bonaparte  a  Bayonne:  «  Il  entre  dans  les 
salons.  Les  Grands  d'Espagne  l'y  attendaient.  Ils  baisent  ses 
mains,  le  haranguent ,  le  saluent  comme  leur  souverain,  avant 
même  qu'il  ait  eu  le  tems  de  consentir  à  l'être.  » 

Tu  passage  plus  long,  le  tableau  de  l'insurrection  d'Opotto, 
donnera  une  idée  a^sez  juste  de  la  manière  de  l'auteur,  lots 
que  des  événemens  remarquables,  en  excitant  son  imagination, 
pressenties  monvemensde  son  style  et  donnentà  ses  expressions 
un  nouveau  degré  d'énergie...  «  On  chargeait  du  pain  sur  des 
voitures  devant  le  magasin  militaire.  Les  habitans  1'apprennen; 
et  se  disent  les  uns  aux  autres  que  ce  pain  a  été  demandé  par 
le  juge  de  Fora  de  Oliveira  d'Azemeis  pour  une  colonne  de 
troupes  françaises  qu'on  attend  d'un  moment  à  l'autre.  Tas 
canonniers  du  régiment  de  Vianna,  employés  à  l'arsenal. 
t.  xx xvii.  —  Février  1828.  .»- 


4.1 3  SCIENCES  MORALES. 

avaient  été  quelques  jours  auparavant  sans  recevoir  de  ration. 
Un  homme  dit  dans  la  foule  :  «  Voyez ,  il  n'y  a  que  les  Portu- 
gais pour  lesquels  on  ne  trouve  pas  de  pain.  »  Aussitôt  la 
foule  s'écrie  :  «  Ne  laissons  pas  aller  ce  pain  aux  Français.  »  Le 
convoi  est  pillé.  Les  acclamations  nationales  se  font  entendre. 
Mille  et  mille  voix  les  répètent.  Le  peuple  sort  de  partout.  Il 
court  surla  place  San-Oviedo,  dans  la  partie  la  plus  élevée  de  la 
ville.  On  enfonce  les  portes.  Lesfusils,  la  poudre, les  cartouches 
sont  distribués  à  qui  en  demande.  Un  capitaine  d'artillerie,  Josao 
Manuel  de  Mariz,  dispose  quatre  pièces  de  canon;  on  manque 
de  chevaux  pour  les  conduire,  les  prêtres ,  les  moines,  les 
femmes  s'y  attachent (i)  et  les  traînent  sur  les  hauteurs  de 
Villa-Nova,  de  l'autre  côté  du  Duero.  Plus  de  dix  mille  hommes 
parcourent  les  rues,  Survient  au  milieu  d'eux,  à  la  tête  d'une 
vingtaine  d'Espagnols  armés  et  couverts  de  poussière,  le  major 
Pinheiro,  le  premier  insurgé  de  San-Joâo  da  Foz,  qui  se  tenait 
caché  depuis  le  départ  de  Bellesta.  C'est  une  armée  espagnole 
qui  arrive.  Le  brick  X Antelope  s'approche  et  fait  mine  d'entrer 
dans  la  rivière.  Voilà  une  escadre  anglaise.  Les  cris  de  guerre 
sont  entremêlés  de  coups  de  fusil.  Le  tocsin  sonne  dans  toutes 
les  églises.  L'autorité  est  impuissante  pour  réprimer  une  in- 
surrection populaire  et  turbulente  si  générale.  Luis  d'Oliveira 
est  plongé  dans  un  cachot  comme  traître  à  la  nation.  D'autres 
citoyens  en  grand  nombre  sont  traités  de  la  même  manière, 
parce  qu'ils  sont  réputés  partisans  de  l'étranger.  On  les  cherche 
partout  pour  les  massacrer,  ces  Français  qu'une  hospitalité 
généreuse  a  soustraits,  dix  jours  auparavant,  à  la  main  des 
Espagnols.  » 

Certainement  il  y  a  dans  ce  récit  rapidité,  couleur ,  mouve- 
ment. Le  style  y  reproduit  partout  une  sensation  énergique  et 
noble  qui  passe  de  l'âme  de  l'écrivain  dans  celle  du  lecteur. 
C'est  à  cette   vivacité  de  sentiment  que   tient  le  plus  grand 


(i) N'est-ce  pas  ici  une  faute  d'impression?  l'auteur  n'aurait-il  pas 
écrit  :  s'y  attellent  ? 


SCIENCES  MORALES,  419 

charme  de  tout  l'ouvrage.  On  voit  à  chaque  page  que  le  gé- 
néral Foy  tressaille  en  décrivant  les  efforts  du  patriotisme.  Il 

avait  fait  lui  -  même  une  guerre  d'indépendance;  il  avait 
éprouvé,  dans  sa  première  jeunesse,  combien  le  chant  des 
hymnes  patriotiques  est  doux  au  milieu  du  sifflement  des 
balles  ennemies.  Il  n'était  pas  de  ces  hommes  qui ,  après  avoir 
na versé  le  siècle  des  guerres  nationales,  peuvent  en  revoir  le 
tableau  sans  émotion,  ou  sont  forcés  par  leur  conscience  d'en 
détourner  leurs  regards.  Les  exhortations  du  courage,  les 
conseils  de  la  constance  ne  pouvaient  l'embarrasser;  il  aimait 
à  les  entendre,  et  l'auteur  de  cet  article  a  du  plaisir  à  le  rap- 
peler. 

Auguste  Fabrf.. 


a7. 


LITTERATURE. 


LE    JIOMAIS    DE     ROU    ET    DES    DUCS    DE     NORMANDIE  ,     par 

Robert  Wace  ,  poëte  normand  du  xne  siècle;  publié, 
pour  la  première  fois,  d'après  les  manuscrits  de  France 
et  d'Angleterre,  avec  des  Notes  pour  servir  à  l'intelli- 
gence du  texte,  Tpar  Frédéric  Pluquet,  membre  de  la 
Société  des  antiquaires  de  France,  etc.  (i). 

Après  la  conquête  de  l'Angleterre  ,  lorsque  les  Normands  qui 
avaient  accompagné  Guillaume  le-Bâtard,  se  furent  partagé  les 
terres  des  vaincus,  et  eurent  réduit  à  ia  servitude  ou  du  moins 
à  l'obéissance  la  race  indigène,  les  descendans  de  ces  aventu- 
riers jouissant  paisiblement  dans  leurs  foyers  des  fruits  de  la 
conquête,  se  racontaient,  les  jours  solennels,  aux  banquets 
joyeux  dans  leurs  châteaux  forts,  les  événemens  singuliers 
.qui,  ayant  fait  sortir  leurs  ancêtres  des  mers  brumeuses  du 
Nord,  les  avaient  portés  à  infester  et  à  occuper  les  côtes  de 
France,  et  à  s'emparer  des  terres  de  la  Normandie,  d'où  ils 
s'étaient  élancés  ensuite  jusqu'au  trône  de  l'Angleterre.  Cet 
enchaînement  d'aventures,  arrivées  à  un  peuple  actif  et  entre- 
prenant, devait  avoir  tout  le  charme  d'un  roman  pour  des 
hommes  à  qui  la  chasse  était  plus  familière  que  l'histoire,  et 
qui  s'en  rapportaient  à  leurs  clercs  pour  tout  ce  qui  tenait  à 
l'instruction.  Déjà  deux  moines  de  Normandie,  Dudon  de  Saint- 
Quentin  et  Guillaume  de  Jumièges,  avaient  écrit  en  latin  l'his- 
toire du  peuple  au  milieu  duquel  ils  étaient  cloîtrés;  mais  ces 
pauvres  cénobites  avaient  la  tète  farcie  de  lambeaux  de  poètes 
et  de  prosateurs  classiques  ;  tout  barbares  qu'ils  étaient,  ils 


(i)  Rouen,  1827  ;  Edouard  Frère,  éditeur.  Paris  ,  llenouord.  1  vol, 
in -8°;  prix,  ao  fr. 


UTT.iiATi  KK.  Vai 

voulurent  Paire  de  la  prose,  comme  Tacite  et  Titc-Livc,  ri  des 
vers  comme  Virgile  et  Horace;  leur  latin  historique  ot  leurs 
vers  sont  piloyalm  s.  AI  alij.ii-  l'intérêt  du  fond,  il  c;t  |)i  ol),'ihle 
que  l«\s  seigneurs  normands  ,  après  la  chasse  au  sanglier  ou  au 
renard,  ne  s'amusaient  guère,  lorsque  le  vent  hurlait  autour  de 
leur  donjon,  ou  lorsque  la  pluie  tombait  sur  les  vieux  arbres 
de  leurs  parcs  ,  à  prendre  le  soir  les  chroniques  latines  des 
deux  moines  de  Normandie,  pour  lire  les  hauts  faits  de  leurs 
ancêtres. 

Au^si,  au  xuc  siècle,  Henri  II,  roi  d'Angleterre  et  duc  de 
Normandie,  s'adressa  à  un  clerc  de  sa  cour,  pour  faire  écrire 
par  lui  dans  |a  langue  vulgaire  ce  que  l'on  appelait  un  ?or/ia/i, 
c'est-à-dire  une  histoire  versifiée.  Le  clerc  s'appelait  Robert 
Waec,  ou  ,  comme  il  dit  lui-même,  Malslrc  Wace.  C'était  un 
poète  natif  de  l'île  de  Jersey,  qui  avait  fait  ses  études  à  Caen  , 
et  qui  avait  exercé  ensuite  les  fonctions  de  chapelain  ou  de 
prêtre  domestique  à  la  cour  de  Henri  1,  roi  d'Angleterre  ;  il 
servit  encore  Henri  II  et  Henri  III,  et  obtint  pour  prix  de 
ses  services  un  canonicat  à  la  cathédrale  de  Bayeux. 

A  cette  époque,  la  langue  française,  transplantée  par  les 
conquérais  en  Angleterre,  était  encore  bien  rud-eet  imparfaite; 
moitié  romane,  moitié  tudesque,  cette  langue  manquait  de 
souplesse,  d  harmonie,  d'abondance;  le  génie  poétique  n'avait 
point  élaboré  et  épuré  ce  langage  barbare;  mais  c'était  le  lan- 
gage de  la  nation  :  le  prince  comme  l'homme  de  guerre,  le 
suzerain  comme  le  vassal,  parlaient  cet  idiome.  Maistre  Wace 
avait  acquis  une  habitude  étonnante  à  manier  cet  instrument 
grossier,  et  à  rimer  histoire,  fables  et  moralités.  Il  est  un  des 
premiers  poètes  qu'ait  eus  la  littérature  française;  il  est  aussi 
l'un  des  écrivains  les  plus  féconds  de  ce  tems  d'enfance  de  la 
poésie  nationale.  Mais  avec  quelle  avidité,  avec  quelle  admi- 
ration les  Normands-Anglais  devaient-ils  lire  ou  se  faire  réciter 
par  les  poètes  de  leur  cour,  ou  par  les  jongleurs  ambulans, 
hoi.es  de  leurs  châteaux-forts ,  ces  longs  poëmes  qui  contenaient 
leurs  histoires  vraies  ou  fabuleuses,  exprimées  en  vers  si  faciles 
à  comprendre!  Quelle  différence  entre  ces  rimes  naturelles  eu 


422  LITTÉRATURE. 

langue  vulgaire  et  les  chroniques  en  latin  ampoulé  des  moines 
normands! 

Maistre  Wace  a  d'autres  avantages  encore  qui  devaient  le 
rendre  populaire.  Il  peint  en  décrivant ,  il  fait  des  tableaux  et 
des  portraits,  niais  sans  effort  et  sans  prétention:  sa  langue  ne 
lui  permet  ni  inversions,  ni  termes  recherchés,  ni  tours  variés: 
c'est  avec  des  constructions  toujours  simples  et  toujours  les 
mêmes;  c'est  sans  épithètes,  sans  allusions  savantes,  enfin  sans 
modèles  qu'il  est  obligé  de  faire  ses  vers;  cependant,  ils  cou- 
lent naturellement  :  sa  narration  a  de  l'intérêt,  et  sa  naïveté 
est  charmante.  Quand  les  langues  sont  dans  leur  enfance,  elles 
n'ont  pas  de  fausse  pudeur;  elles  disent  tout,  mais  sans  malice, 
comme  les  en  fans.  Le  chanoine  de  Bayeux  a  quelques  expres- 
sions, quelques  anecdotes  qu'aucun  chanoine  ne  dirait  aujour- 
d'hui en  société.  Quoique  Maistre  Wace  ait  toujours  vécu  à  la 
cour,  je  suis  persuadé  qu'il  avait  une  grande  simplicité  de  cœur 
et  d'esprit. 

Sous  le  rapport  historique,  il  ne  faut  pas  être  plus  exigeant 
que  sous  celui  de  la  poésie.  Au  xue  siècle,  l'histoire  n'était 
pas,  comme  aujourd'hui ,  un  art  qui  consiste  à  écouter  tous  les 
témoignages,  à  les  comparer  judicieusement,  et  à  exposer  avec 
ordre  et  fidélité  ce  qu'ils  apprennent  de  plus  avéré.  Les  peuples 
ignorans  ne  sont  pas  si  difficiles;  il  leur  suffit  d'entendre  des 
traditions  intéressantes,  et  Maistre  Wace  a  servi  ses  contem- 
porains selon  leur  goût.  Il  a  pris  quelques  chroniques  qui 
existaient  de  son  tems,  et  il  en  a  présenté  le  contenu  à  sa  ma- 
nière. Peut  être  a-t-il  interrogé  quelques  vieillards  qui  avaient 
entendu  raconter  à  leurs  pères  les  premiers  événemens  de  l'his- 
toire de  la  nation  ;  peut-être  les  rois,  qui  avaient  encouragé  sa 
plume,  l'avaient -ils  instruit  de  quelques  particularités  que  les 
chefs  d'un  état  seuls  peuvent  connaître;  peut-être  aussi  exis- 
tait-il déjà  des  poésies  historiques,  des  romances,  des  balladts 
sur  les  principaux  événemens,  et  sur  les  traits  saillans  de  la 
vie  et  du  règne  des  ducs  de  Normandie.  Quoi  qu'il  en  soit,  le 
fond  de  son  poëmc ,  à  quelques  détails  près,  est  conforme  à  la 
n  éiité  ou  du  moins  à  l'histoire,  telle  qu'elle  nous  a  été  transmise 


LITTÉRATURE.  4*3 

par  de  véritables  historiens}  el  par  des  docutneus  authentiques* 
Les  événemens  qu'avait  à  raconter  le  chanoine  de  Bayetu 
n'étaient  pas  assez  compliqués  pour  que  sa  mémoire  ait  pu 
les  confondre,  Cl  ils  étaient  assez  récens  pour  n'être  pas  encore 
effacés  du  souvenir  (les  générations.  Ainsi,  Maistre  Wace,  tout 
poète  qu'il  est  ,  a  aussi  l'autorité  d'un  historien;  on  peut  con- 
sulter son  poème  ou  son  roman  comme  une  source  historique. 

Dans  les  âges  incultes,  la  poésie  et  l'histoire  se  confondent; 
les  hommes  inspirés  sont  les  conservateurs  des  traditions  na- 
tionales, qu'ils  rédigent  sous  la  forme  de  vers  pour  mieux  les 
enseigner  aux  peuples,  et  pour  les  graver  plus  facilement  dans 
la  mémoire  de  leurs  contemporains.  C'est  une  belle  mission 
d'être  à  la  fois  poètes,  historiens  et  moralistes  populaires.  Elle 
permet  d'exercer  une  grande  influence  sur  l'esprit  d'une  nation 
entière.  Maistre  Wace  est  pénétré  de  l'importance  de  sa  mis- 
sion. Dès  le  début  de  son  poëme ,  il  fait  sentir  la  dignité  des 
bardes  historiques  :  ce  sujet  lui  inspire  de  graves  réflexions 
qu'il  exprime  naïvement.  Les  conquérans  ,  dit- il,  ont  rempli 
la  terre  de  leur  renommée..  Alexandre  et  César  ont  disposé 
de  la  destinée  des  peuples;  cependant,  un  peu  de  terre  a  suffi 
pour  couvrir  leurs  cendres;  leurs  tombes  ont  disparu,  les 
villes  mêmes  qu'ils  avaient  conquises,  et  qui  étaient  au  nombre 
des  plus  belles  de  la  terre  ,  sont  détruites;  ieurs  exploits  mêmes 
seraient  oubliés,  quelqu'immense  qu'en  ait  été  la  renommée, 
sans  l'histoire  qui  a  pris  soin  de  les  transmettre  à  la  postérité; 
tout  est  périssable  sur  la  terre,  tout  disparaît:  les  écrits  seuls 
des  clercs  survivent. 

Tote  rien  (i)  se  torne  en  déclin  , 
Tôt  chiet ,  tôt  muert,  tôt  vait  à  fin  (2),  etc. 

On  peut  trouver  plaisant  que  le  poëte  et  l'historien  soient 

(1)  Toute  chose. 

(a)  Tout  décline,  tout  meurt,  tout  va  à  sa  fin;  l'homme  meurt,  le 
fer  s'use ,  le  bois  pourrit ,  la  tour  s'écroule  ,  le  mur  tomhe  ,  la  rose  se 
fine ,  le  cheval  hronche  ,  le  drap  vieillit ,  tout  ce  qui  est  l'ait  de  la  main 
des  hommes  périt. 


,i-i  LITTÉRATURE. 

transformés  ici  en  clercs;  mais,  sans  doute,  le  bon  Maistrc 
Waee  ne  connaissait  d'antres  poètes,  ni  d'autres  historiens,  que 
ceux  qui  chantaient  au  lutrin,  et  rimaient  pour  les  princes , 
Ou  écrivaient  la  chronique  dans  le  cloître. 

A  la  manière  des  anciens  chanteurs  de  ballades,  il  com- 
mence ensuite  à  énoncer  le  sujet  de  ses  chants  ou  plutôt  de 
ses.  rimes.  Ittais  quand  il  veut  expliquer  l'origine  des  ancêtres 
de  sa  nation,  le  bon  clerc  prouve  que  la  géographie  n'est  pas 
le  coté  fort  de  sa  science.  Vraisemblablement  il  s'est  borné  à 
copier  le  début  de  quelque  chronique  écrite  par  un  moine 
ignorant.  Danaus,  les  Danois,  les  Daees,  le  Danube,  tout 
cela  est  pour  lui  la  souche  et  la  patrie  des  Normands  :  il  crovait 
qu'ils  avaient  été  voisins  des  Scythes  et  des  Alains  :  cepen- 
dant il  les  fait  venir  du  Nord.  C'est  un  étrange  géographe  que 
ce  clerc  de  la  cour  d'Angleterre;  encore  était-il  probablement 
un  des  plus  savans  hommes  de  la  nation.  Ces  conquérans  con- 
naissaient mieux  les  terriers  de  leur  gibier  que  les  contrées 
du  globe;  un  Henri  II,  ou  un  Henri  III,  s'embarrassait  peu 
de  savoir  au  juste  où  était  situé  le  pays  qui  avait  donné  nais- 
sance aux  premiers  de  leur  race. 

Cependant  Robert  Wace  connaît  bien  le  caractère  de  la 
nation  qui  vint  infester  les  côtes  de  la  France.  Quoique  ce 
fussent  les  ancêtres  de  ce  prince  et  les  siens,  il  ne  les  traite 
pas  en  fils  bien  respectueux. 

La  gent  de  Danemarche  fu  toz  tems  orgueillose, 
Toz  tems  fu  sorkuidée  (i),  è  mult  fu  convoitose; 
Fière  fu,  préisant  (a)  gaie  è  luxuriose. 
Nuz  homs  ne  se  teneit  à  une  famé  expose  ; 
De  plusors  famés  orent  à  merveilles  enfanz, 
Mult  i  outde  petiz,  è  mult  i  out  de  granz 
Mult  i  out  fîlz ,  è  filles  è  famés  è  serjanz  (3)  ; 
Ne  poout  sa  gent  paistre  trestout  li  plus  mananz  (4); 
Ne  poout  pas  sufire  quanque  il  gaignoient, 
A  paistre  lî  enfez,  lu  trop  multiplioient. 

(i)  Présomptueuse,  (a)  Arrogante.  (3)  Domestiques.  (4)  Riche. 


LIMER  vi[  {[>,:. 

l'or  Ç«  iivinl  suvc-ii  K>-  |),ir  sort,  kil  gfttpienl(l) 
Des  for/,  è  des  mcillors  ,  la  terre  délivraient  : 

l'ust  parterre,  fustpar  mer,  du  pafe  les  cachaient  (a)  ; 

Cfl  feseient  granl  mal  kcl  part  ke  il  aloîent. 
Ce  passage  explique  aussi  les  motifs  des  émigrations  et  de 
l.i  piraterie  tîçs  Normand?.  Le  poète  suit  ici  et  dans  foutes  les 
aventures  de  Hastings,  Bier  et  Rou  ou  Rollon,  les.. chroniques 
latines  de  Normandie,  Je  me  suis  étendu  ailleurs  sur  cette  partie 
du  poème  de  Rou,  et  j'aime  mieux  passer  à  une  époque  dont 
les  Faits  sont  plus  avérés,  et  qui  avait  dû  laisser  des  souvenirs 
plus  vifs  dans  L'esprit  de  la  nation  normande  en  Angleterre;  je 
veux  dire  l'histoire  de  l'expédition  de  Guillaumc-lo  Conquérant. 
Un  poëte  de  cour,  un  historien  dont  l'ouvrageest  commandé  par 
le  prince,  ne  tient  aucun  compte  du  bon  droit  des  vaincus: 
c'est  le  vainqueur  qu'il  chante  et  qu'il  loue,  lorsque  ce  vain- 
queur est  l'aïeul  de  son  maître.  Pour  le  chanoine  de  Bayeux, 
Guillaume  est  le  prince  le  plus  juste,  le  plus  grand,  le  plus 
généreux.  Son  expédition  en  Angleterre  est  racontée  avec  tous 
1rs  détails  propres  à  en  rehausser  la  gloire;  le  récit  du  con- 
seil que  tint  Guillaume  avec  ses  barons,  pour  délibérer  sur 
l'expédition  future,  est  un  beau  morceau  comme  poésie  et 
comme  histoire,  il  rappelle  un  peu  Homère,  Virgile  et  Lu- 
cain.  Dans  ce  conseil,  le  poëte  assigne  une  place  aux  princi- 
paux barons  qui,  en  Angleterre,  furent  richement  dotés  de 
terres  et  de  vassaux.  Leurs  descendais  devaient  être  fiers  de 
trouver  leurs  noms  dans  ce  poëmc  .  comme  l'étaient  les  villes 
de  la  Grèce  qu'Homère  avait  immortalisées,  dans  l'énumé 
ration  de  la  flotte  d'AgamemnOn. 

L'histoire  de  la  descente,  de  la  marche  du  roi  Harold ,  de  la 
bataille  d'Hastings,  que  lui  livre  le  duc  de  Normandie,  ainsi 
que  des  négociations  infructueuses  qui  la  précédèrent,  enfin 
de  la  victoire  décisive  des  Normands  qui  la  termina  ,  décèle 
une  connaissance  exacte  de  ce  grand  événement,  que  Wace , 
comme  il  l'avoue,  avait  entendu  raconter  par  son  père.  Quand 

(i)  Jetaient.  (2)  Chassaient. 


426  LITTÉRATURE. 

on  n'aurait  d'antres  documens  sur  la  conquête  d'Angleterre 
que  le  poème  de  Robert  Wace,  on  perdrait  peu  de  détails  inté- 
ressaos.  Il  y  en  a  bien  quelques-uns  qui  ne  s'accordent  pas  avec 
les  autres  historiens,  et  qui  ne  sont  même  pas  exacts  :  c'est 
ainsi  que,  parmi  les  guerriers  de  la  suite  de  Guillaume,  Wace 
en  cite  plusieurs  qui  probablement  n'y  étaient  pas,  ou  qu'il 
confond  avec  d'autres  du  môme  nom,  ou  de  la  même  contrée. 
Mais  tout  le  reste  a  une  certitude  aussi  historique  que  les  Chro- 
niques et  les  Annales.  La  longue  liste  des  compagnons  de 
Guillaume,  contenue  dans  les  vers  de  Maistre  Wace,  dut  vive- 
ment intéresser  les  familles  de  Normandie  et  d'Angleterre  qui 
retrouvaient  là  des  titres  d'illustration. 

Après  le  récit  de  la  bataille ,  le  poète  ne  trouvant  plus  de 
descriptions  à  faire,  expédie  en  quelques  vers  le  règne  de 
Guillaume.  Il  s'accorde  avec  Ordéric  Vital  pour  les  conseils 
que  Guillaume  adressa  en  mourant  à  son  fils  Robert,  à  qui 
ce  prince  laissa  la  Normandie  et  le  Maine;  mais  dans  le  poème 
de  Maistre  Wace,  les  confidences  du  despote  mourant  sont 
exprimées  avec  bien  plus  de  naïveté  que  chez  l'historien  latin 
qui  fait  toujours  parler  ses  personnages  comme  s'ils  étaient  des 
sénateurs  romains.  Les  remarques  de  Guillaume  sur  le  carac- 
tère  des  Normands ,  sur  leurs  bonnes  et  mauvaises  qualités,  et 
sur  la  meilleure  manière  de  les  gouverner,  sont  curieuses  à  lire 
dans  le  roman  de  Rou. 

En  Normendie  a  gent  mult  Gère  , 

Je  ne  sai  gent  de  tel  manière  ; 

Chevaliers  sont  proz  et  vaillanz , 

Par  totes  terres  cunquéranz. 

Si  Normanz  uut  boen  chevetaigne,  (  capitaine.  ) 

Mult  fait  à  criendre  lor  campaigne... 

Orguillos  sunt  Normant  è  fier, 

E  vantéor  èbonbancier; 

Toz  tems  les  devreil  l'en  plaisier  (i) 

Kar  mult  sunt  fort  à  justisier  (a)... 

(i)  Courber,  plier,  (a)  Gouverner. 


UTTÉRÀTXJRE.  /,a7 

Le  conquérant  de  l'Angleterre,  oppresseur  des  Anglo-8axons, 

a  bien  pu  adresser  de  parc  ils  avis   à    son  successeur  futur:  ce 

langage  et  ces*expressions  s'accordent  parfaitement  avec  son 
caractère  alticr  et  despotique. 

Le  poète  de  la  cour  de  Henri  II  raconte  encore  en  détail  les 
principaux  éVénemens  du  règne  de  Robert ,  surnommé  Courte  - 
lieuse,  fils  et  successeur  de  Guillaume,  daus  le  duché  de  Nor- 
mandie :il  ne  traite  des  affaires  d'Angleterre  qu'accessoirement 
et  dans  leurs  rapports  avec  celles  de  la  Normandie.  C'était 
peu!  -  être  mal  faire  sa  cour  au  roi  d'Angleterre,  qui  avait  com- 
mandé ce  roman  historique;  mais  probablement  le  monarque 
anglais  aima  mieux  être  instruit  de  ce  que  ses  devanciers  avaient 
fait  en  Normandie,  que  de  la  partie  de  l'histoire  d'Angleterre 
qui  précédait  immédiatement  son  règne.  Après  avoir  raconté  la 
guerre  de  Robert  Courte  -  Heuse  contre  le  roi  d'Angleterre, 
sa  défaite  àTinchebray,  sa  captivité  en  Angleterre,  et  sa  mort 
dans  le  pays  de  Galles,  Maistre  Wace  termine  son  poëme  par 
une  espèce  d'épilogue  dans  lequel,  apprenant  au  monde  que  ce 
poème  lui  fut  commandé  par  son  souverain ,  il  se  plaint,  avec 
sa  naïveté  ordinaire,  de  ce  que  Henri  II  lui  a  promis  plus 
qu'il  n'a  tenu. 

Li  reis  jadis  maint  bien  me  fist , 
Mult  me  duna,  plus  me  pramist. 

On  est  fâché  de  voir  terminer  par  une  observation  person- 
nelle et  intéressée  un  poëme  dont  le  début  est  d'un  ordre 
élevé,  et  qui  n'aurait  dû  être  inspiré  que  par  le  patriotisme. 
Cependant,  pour  composer  seize  mille  vers  historiques,  le 
chanoine  de  Baveux  a  dû  consumer  bien  du  tems,  et  certes  il 
v  a  mis  du  talent;  il  n'avait  entrepris  sa  tache  que  par  ordre, 
il  l'a  remplie  consciencieusement  :  ce  travail  méritait  un  bon 
salaire.  Les  poètes  du  xne  siècle  écrivant  pour  les  cours  aspi- 
raient aux  faveurs,  tout  comme  ceux  du  xixe.  L'abnégation 
des  intérêts  personnels  a  été  rare  dans  tous  les  âges ,  même 
chez  les  enfans  d'Apollon. 

Il  faut  maintenant  dire  quelques  mots  du  sort  <îe  ce  poëme  , 


,iS  LITTERATURE. 

ou  roman.  Ou  le  Copia  plusieurs  lois;  i't  grâce  à  ces  copies  plus 
ou  moins  fidèles,  ce  vieux  monument  est  parvenu  jusqu'à  nous: 
il  s'en  trouve  plusieurs  exemplaires  à  Paris,  dans  la  bibliothèque 
du  Roi,   dans  celle  de  l'Arsenal;  et   au  Musée  britannique  à 
Londres,  il  existe  un  manuscrit  du  Rou  qui   paraît  être  de  la 
lin  du  xn  siècle  ,  par  conséquent,  très-voisin  du   îems  où  le 
poëte  a  vécu.  Lancelot,  Saiut-Palaye  et  André  Duchesne  pos- 
sédaient des  copies  modernes  du  roman  de  Rou,  et  ces  manu- 
scrits sont  encore  dans  nos  bibliothèques.  Il  y  a  quelques  siècles 
qu'on  a  traduit  les  vieux  vers  de  Maistre  Wace  en  prose  fran- 
çaise :  cette  traduction  a  été  publiée  sous  le  titre  de  Chronique 
de  Normandie.  Brequigny,  l'abbé  de  la  Rue,  Dom  Bouquet  ont 
donné  des  notices  et  des  extraits  du  travail  de  Wace.  Tout  ré- 
cemment, M.  Pîuquet,  en  Normandie,  et  M.  Brœndsted,  en 
Danemark,  en  ont  publié  des  parties  plus  étendues  :  le  premier 
a  pris  en  outre  la  peine  de  collationner  tous  les  manuscrits  du 
Rou  qui  existent  dans  les  bibliothèques  publiques  de  France 
et  d'Angleterre,  afin  d'avoir  un  texte  complet;  et  c'est  ce  texte 
qui  paraît  enfin ,  six  siècles  et  demi  après  la  mort  de  l'auteur  , 
grâce  aux  souscriptions  particulières  recueillies  en  France  et 
dans  les  pays  étrangers.  Les  belles  presses  de  M.  Crapelet ,  et 
plus  encore,  les  notes  de  quelques  savans  de  Normandie,  sur- 
tout de  M.  Le  Prévost  quia  donné,  entre  autres  détails  curieux, 
une  foule  de  renseignemens  sur  les  familles  normandes,  et  qui 
a  soigneusement  comparé  le  récit  de  Wace  avec  celui  des  autres 
historiens,  ont  servi  à  orner  cette  édition  sous  le  rapport  ma- 
tériel, et  à  l'enrichir  sous  le  rapport  littéraire.  L'éditeur  y  a  con- 
tribué aussi  par  l'explication  des  termes  du  vieux  langage,  et 
par  une  table  détaillée  des  matières.  Si  la  Normandie  vient  un 
peu  tard  honorer  un  de  ses  premiers  poètes -historiens,  au 
moins  elle  n'a  rien  négligé  pour  faire  paraître  enfin  son  rornan 
national  d'une  manière  digue  d'elle  et  de  notre  siècle. 

Depping. 


UTTi.Kvn  ki:.  4*g 

Piion  i:niii:s  dii\m  \  ricjrr.s,  p^r  Al.  Théodore  Lr.ci.i  nco. 

Troisième  édition  (i). 
Lis  >oj  uii.s  j)i   ><  i  i  iM,v,  esquisses  dranuitiqucs  ethUtQ* 

r/(/urs,  publiées  par  M.  di  Foncj'.kay  ,  ornées  <lu  por- 
trait de  L'éditeur,  et  d'un  jac  similc  de  son  écriture, 
ÉV€fC  cette  épigraphe:  Le  vrai  est  ce  qu  il  peut.  Troi- 
sième éditiofi  (a\ 

Proverbes  romantiques,  par  A.  Romieu  (3). 

Phoveubes    du  viatiques    de    I\ï.   /.   B.   Sauvage   (4). 

Lorsque  la  comédie  passe  dans  les  salons  et  dans  les  livres, 
on  peut  êtfe  assuré  que  sur  la  scène  elle  n'a  plus  ses  frnn- 
chises.  Qu'il  en  soit  ainsi  chez  nous,  c'est  ce  que  tout  le  monde 
dit,  et  ce  que  feraient  assez  connaître,  quand  on  ne  le  dirait 
pas  ,  les  diverses  publications  dont  nous  venons  de  transcrire 
les  titres. 

Qui  a  pu  éloigner  du  théâtre  des  talens  que  l'heureux  don 
de  l'observation  morale  et  de  l'expression  dramatique  devait 
manuellement  y  appeler?  la  gène  où  l'art  est  retenu  par-  les 
scrupules  et  les  préjugés  littéraires  des  comités,  par  la  rou- 
tine des  coulisses, du  parterre  et  des  feuilletons,  avant  tout  par 
les  rigueurs  préventives  d'une  censure,  chargée  spécialement 
de  la  protection  des  ridicules  en  crédit(5).  Quand  il  faut  tailler 
ses   compositions  sur  l'uniforme  patron  de   théories   suran- 

(i)  Paris,  1827;  Sautelet.  5  vol.  in-8°  ;  prix ,  24  fr. 

(a)  Pari,s,  1827;  Moutardier.  1  vol.  in-8°  de  364  pages  ;  prix,  6  Fr, 

(3)  Paris  ,  1827;  Ladvocat.  1  vol.  in-8°  de  278  pages;  prix  ,  6  fr. 

(4)  Paris,  1828  ;  Ponthieu.  1  vol.  in  8°  de  384  pages  ;  prix,  6fr.  5o  e. 

(5)  Depuis  que  cet  article  est  écrit,  et  livré  à  l'impression  ,  il  s'est 
opéré  dans  le  régime  de  la  censure  des  théâtres  une  amélioration  no- 
table. Les  pei  sonnes  chargées  de  l'exerceront  changé  un  titre  décrié 
contre  celui  d' 'Examinateurs  des  murages  dramatiques  qui  semble  pro- 
mettre ,  pour  l'avenir,  une  modération  plus  conciliante,  une  plus 
grande  indépendance  de  jugement.  Ces  espérances  se  sont  déjà  con- 
firmées par  l'adjonction  de  MM.  Laya  et  ÏSbifàut, â*e  l'Académie  fran- 


/»3o  LITTERATURE.* 

nées,  ménager  les  habitudes  des  vieux  amateurs  ou  des  co- 
médiens émériles,  désarmer  par  des  concessions  timides  l'in- 
flexible jurisprudence  des  pré  vbts  du  Parnasse,  enfin  échapper 
à  ces  yeux  toujours  ouverts  qui  guettent  l'allusion,  et  la  créent 
au  besoin ,  respecter  certaines  sottises  déclarées  inviolables 
et  exceptées  par  privilège  des  justices  de  Thalie;  quand  la 
nouveauté,  l'originalité,  la  vérité,  placées  sous  la  surveillance 
de  cette  douane ,  ne  peuvent  so  produire  que  par  surprise ,  par 
fraude,  comme  une  marchandise  de  contrebande,  on  conçoit 
que  des  esprits  indépendans,  ou  amis  de  leur  repos,  reculent 
devant  une  lutte  fatigante ,  et  gardent  pour  eux  et  pour  leurs 
amis  ce  qu'il  ne  leur  est  pas  permis  de  dire  au  public. 

Le  public  n'y  perd  rien  toutefois.  La  comédie  est  son  bien  ; 
il  faut  que  tôt  ou  tard  il  en  reprenne  possession.  Ces  produc- 
tions, composées  loin  de  son  regard  ,'  pour  la  satisfaction  per- 
sonnelle des  auteurs  et  l'amusement  d'un  cercle  privé,  lui  sont 
restituées  par  la  presse.  La  presse  est  un  théâtre,  comme  une 
tribune;  théâtre  toujours  ouvert  au  ridicule,  où  l'on  n'attend 
pas  pour  en  rire  le  privilège  du  ministre,  la  permission  de 
M.  le  maire,  le  visa  du  censeur;  théâtre  soustrait  à  l'influence 
de  l'ignorante  critique,  de  l'envieuse  cabale,  de  l'admiration 
mercenaire,  où  les  spectateurs  ne  se  reposent  sur  personne  du 
soin  de  juger  pour  eux  et  d'applaudir  à  leur  place,  où  le 
plaisir  et  le  bon  sens  sont  les  arbitres  souverains  des  succès ,  où 
l'on  est  sûr  de  réussir,  si  l'on  est  vrai  et  amusant;  où,  sans 
cela,  on  n'est  sûr  de  rien. 

Parmi  les  écrivains  qui  dans  ces  derniers  tems  ont  paru 
avec  le  plus  d'éclat  sur  cette  scène  d'exception,  on  doit  citer 
à  divers  titres ,  avec  les  auteurs  des  Barricades,  des  États  de 


çaise  ,  pour  remplir  les  places  qu'ont  laissées  vacantes  la  retraite  ds 
M.  Quathf.mf.re  de  Quitvcy,  et  l'honorable  destitution  de  M.  Ch.  de 
Lacretelle.  On  peut  regarder  comme  une  garantie  de  plus  la  con- 
duite délicate  du  nouveau  ministre  de  l'intérieur,  qui  s'est  offert  lui- 
même  comme  examinateur  à  l'un  des  premiers  écrivains  de  notre  scène 
hancaise,  M.  Casimir  Delavigne. 


LITTÉRATURE.  /,'W 

JBIoiSf  du  Théâtre  de  Clara  Gazult  M.  T/téodore  Lkcliicq,  et 
les  spirituels  anonymes  qui  se  sont  cachés  sous  le  personnage 
grotesque  de  NL.de  Foncera}'.  Leurs  ouvrages,  plus  d'une  fois 
imprimés,  lus  et  relus  par  la  foule,  sont  aujourd'hui  trop 
connus  pour  que  nous  en  donnions  la  liste  et  l'analyse.  Il  doit 
suffire  d'en  constater  la  vogue,  et,  ce  qui  n'est  pas  fort  dif- 
ficile, de  l'expliquer. 

Quel  est  l'attrait  principal  de  ces  ouvrages?  C'est ,  sans  con- 
tredit, une  peinture  de  la  société,  plus  ressemblante  qu'il  n'est 
permis  à  notre  scène  comique  de  nous  l'offrir.  A  la  place  d'une 
nature  de  convention  et  de  tradition,  acceptée  par  la  routine 
impuissante,  et  quelquefois  imposée  par  elle  au  talent  créa- 
teur, on  y  a  vu  paraître  cette  nature  nouvelle  qu'a  faite  parmi 
nous  la  révolution  des  idées,  des  mœurs,  des  institutions.  Les 
personnages  s'y  sont  dépouillés  de  ce  costume  vague,  de  cette 
situation,  de  ce  langage  équivoques,  qui  ne  sont  d'aucun  tems 
ni  d'aucun  pays ,  et  se  sont  montrés  à  nous  dans  les  rapports 
sociaux  de  notre  époque,  avec  les  professions,  les  intérêts, 
les  vices,  les  travers,  les  ridicules  que  nous  connaissons.  Une 
liberté  entière  a  permis  d'y  introduire  ce  qui  est  aujourd'hui 
l'élément  nécessaire  de  la  comédie,  puisque  c'est  la  vie  de  la 
société,  la  politique,  si  grave  et  si  divertissante,  qui  mêle  au 
noble  mouvement  de  l'espèce  humaine  vers  un  meilleur  ave- 
nir, les  regrets  d'un  passé  décrépit,  les  prétentions  anciennes 
et  nouvelles  de  la  vanité,  les  calculs  de  l'intérêt,  les  agitations 
de  l'intrigue,  les  manœuvres  de  la  servilité  et  de  l'hypocrisie. 

Il  n'est  personne,  je  pense,  qui,  sous  ces  expressions  géné- 
rales et  abstraites,  ne  replace  les  situations  et  les  acteurs  des 
piquantes  compositions  auxquelles  M.  Théodore  Leclercq  et 
les  auteurs  des  Soirées  de  Ncuilly  ont  donné  le  titre  modeste 
de  Proverbes.  Un  même  caractère,  et,  pour  le  dire  en  passant, 
c'est  celui  qui  a  fait  surtout  les  succès  de  M.  Scribe,  un  même 
caractère  distingue  les  deux  recueils,  l'aversion  du  lieu  com- 
mun dramatique,  qui  n'est  plus  la  vérité,  la  recherche  du  réel, 
de  l'actuel,  la  comédie  contemporaine  et  vivante.  Du  reste, 
c'est  des  deux  parts  une  manière  différente  :  ici    des  nuances 


,3i  LITTERATURE. 

fines,  délicates,  qui  demandent  à  être  regardées  de  près;  là 
une  touche  plus  hardie  et  plus  franche,  des  traits  plus  forte- 
ment prononcés,  et  dont  l  énergique  rudesse  se  prêterait  mieux 
à  la  perspective  du  théâtre.  Les  personnages  de  M.  Théodore 
Leclercq  ,  c'est  un  de  ses  premiers  mérites,  se  confondent  pres- 
que avec  les  spectateurs  qui  les  contemplent;  sa  scène  est  de 
niveau  avec  le  salon;  la  compagnie  se  mire  dans  ses  pein- 
tures comme  dans  une  glace.  Quand  de  ses  proverbes  on  a 
voulu  faire  des  pièces  de  théâtre,  on  en  a  exagéré  les  propor- 
tions; on  leur  a  donné  plus  de  relief;  ils  y  ont  gagné  pour  l'effet, 
et  perdu  en  même  teins  quelque  chose  de  leur  exquise  vérité. 
Les  ouvrages  dont  le  bon  M.  de  Fongeray  se  dit  Y  éditeur  pour- 
raient sans  cette  transformation  passer  de  la  scène  de  Ncuilly 
sur  celle  de  Paris;  la  vérité  y  est  présentée  avec  cette  charge 
comique  qui  blesserait  peut  être  une  société  choisie  et  ris- 
querait d'y  paraître  inconvenante,  mais  qui  saisit  tout  un  pu- 
blic, et  entraîne  par  la  contagion  du  rire,  même  les  plus 
délicats;  c'est  le  dessin  naïf,  l'expression  hardie  de  Charlet , 
transportée  dans  le  drame. 

Les  Soirées  de  Neuilly  ne  sont  pas  seulement  une  produc- 
tion de  l'art  comique.  On  n'en  donnerait  qu'une  idée  impar- 
faite, si  l'on  n'ajoutait  que,  comme  beaucoup  de  livres  de 
notre  tems  qui  ne  l'avouent  pas  aussi  franchement,  c'est  aussi 
une  œuvre  de  critique.  En  se  moquant  des  ridicules  de  l'épo- 
que, les  auteurs  se  sont  égayés  aux  dépens  des  peintres  infidèles 
qui  prétendent  les  reproduire;  ils  ont  fait  des  comédies  de  la 
ressemblance  la  plus  gaie,  et  par  la  même  occasion  une  satire 
fort  spirituelle  de  la  fausse  et  froide  comédie.  Ce  double  esprit 
anime  leurs  pièces,  et  se  montre  surtout  dans  leurs  préfaces , 
petits  chefs-d'œuvre  de  plaisanterie.  On  le  retrouve  dans  la  no- 
tice, le  portrait,  et  le  fac  simile ,  parodies  du  charlatanisme  des 
libraires.  Ce  livre  est  comique  jusque  dans  le  titre  et  sur  la 
couverture. 

Les  Proverbes  romantiques  de  M.  A.  .Romieu,  composes  à 
l'imitation  des  deux  théâtres  dont  nous  venons  de  parler,  et 
dans  les  mêmes  intentions,  ne  l'ont  pas  été  tout-à-fait  avec  un 


LITTÈB  VU  \\l\.  /,^,3 

égal  succès.  L'auteur,  du  reste,  n'y  prétendait  pas  et  avoua 
modestement  el  de  bonne  grflee  son  infériorité.  L'invention 
de  sa  fable  est  généralement  pins  commune  ,  son  langage  moins 
irai  ;  on  trouve  trop  souvent  chez  lui ,  à  la  place  de  la  naïveté 
dramatique,  le  tour  de  lïpigramme  et  de  la  satire,  la  phrase 
un  peu  étudiée  de  l'écrivain  qui  compose  à  loisir,  et  se  sub- 
stitue involontairement  à  ses  personnages  ;  son  livre  enfin 
n'est  pas  assez  étranger  à  la  polémique  quotidienne  des  jour- 
naux, dont  il  semble  quelquefois  une  réminiscence,  et  qu'il 
traduit  en  dialogues.  On  n'y  peut,  du  reste,  méconnaître  un 
mérite  réel ,  de  l'observation,  de  l'esprit,  du  trait,  une  verve 
moqueuse,  une  expression  plaisante,  si  elle  n'est  pas  toujours 
comique. 

Je  ne  saurais  approuver,  je  l'avoue,  cette  qualification  de 
romantiques  que  M.  Romieu  a  donnée  à  ses  Proverbes;   c'est 
m\  mot  vague,   obscur,  équivoque,  que  chacun  entend  à  sa 
manière,  et  qui  l'a  forcé  à   une  préface   interprétative.  Un 
[titre  qui  a   besoin  d'explication  mérite  par  cela  seul  d'être 
rejeté.    M.   Romieu   a-t-il    voulu    promettre   la    recherche 
du  naturel  et  du  vrai?   Molière  et  Lesage,  qui  passent  pour 
classiques,    sont,  je  pense,  aussi  vrais  et  aussi  naturels  que 
peut  l'être  aucun  auteur  de  notre  âge.   A-t-il  prétendu  seu- 
lement indiquer  une  dérogation  aux  vieilles  unités  de  tems 
et  de  lieu?  On  est  aujourd'hui  à  cet  égard  de  si  bonne  com- 
position, on  se  prête  si  facilement  à  cette  licence,  qu'il  était 
peut-être  inutile  de  l'annoncer  si  fastueusement.  Et  puis  il  ne 
faut  rien  outrer.  S'il  y  a  du  pédantisme  à  violenter  un  sujet 
pour  le  renfermer  dans  des  limites  de  tems  et  d'espace  rigou- 
reusement calculées,  il  n'y  en  aurait  pas  moins  à  se  faire  une 
loi  de  sortir  en  toute  occasion  des  règles  ordinaires.  Le  sujet  est 
la  loi  suprême.  S'il  se  concentre  dans  une  heure,  s'il  s'enferme 
dans  une  chambre,  tant  mieux;  on  en  suivra  le  développement 
avec  plus  de  facilité.  Lui  faut-il  une  carrière  plus  vaste,  il  est 
raisonnable  de  se  mettre  à  l'aise.  Mais  il  ne  faut  pas  sans  néces- 
sité nous  fatiguer,  comme  on  l'a  fait  dans  ces  derniers  tems , 
par  de  continuels  changemens  de  décoration,  par  de  brusques 
t.  xxxvii.  —  Février  1828.  28 


434  LITTÉRATURE. 

passages  d'époques  en  époques.  La  routine  est  toujours  la 
routine,  qu'elle  s'appelle  classique  ou  romantique;  et  s'il  fallait 
choisir,  j'aimerais  mieux  encore  celle  qui  s'impose  quelque 
difficulté  à  vaincre,  et  me  demande  moins  d'efforts  d'attention. 
J'étais  chez  moi  aux  arrêts,  où  je  m'ennuyais  fort:  vous  me 
permettez  d'en  sortir;  mais  par  une  autre  tyrannie,  vous  me 
forcez  de  courir  la  ville  sans  fin  et  sans  repos.  Cette  liberté-là 
me  fera  regretter  mon  esclavage;  et,  pour  peu  que  cela  dure, 
je  demanderai  comme  une  grâce  de  retourner  en  prison.  Qu'on 
me  ramène  aux  carrières  y  dirai  -je  à  nos  Denys  littéraires. 
Duclos  prévoyait  que  les  philosophes,  à  force  d'extravagances, 
finiraient  par  le  faire  aller  à  la  messe.  Nous  avons  des  roman- 
tiques qui  ramèneraient  au  giron  d'Aristote  M.  Schlegel  lui- 
même.  Je  me  hâte  de  dire,  pour  corriger  la  sévérité  de  mes 
paroles ,  et  prévenir  une  interprétation  qui  serait  loin  de  ma 
pensée  ,  que  M.  A.  Romieu  n'est  pas  du  nombre  des  écrivains 
qui  entendent  si  mal  les  libertés  de  l'art. 

Une  chose  distingue  d'abord  des  divers  recueils  que  nous 
venons  de  rappeler  celui  de  M.  Sauvage.  C'est  l'intention, 
annoncée  dans  sa  préface,  de  s'interdire  les  ridicules  politi- 
ques. Je  dis  l'intention;  car  ces  ridicules-là  sont  tellement  inhé- 
rens  à  notre  vie  sociale,  et  par  conséquent,  si  nécessaires  à 
notre  comédie,  qu'il  n'a  pu  toujours  réussir,  malgré  ses  efforts, 
à  leur  défendre  l'approche  de  son  théâtre.  Consignés  à  la  porte, 
ils  sont  entrés  par  la  fenêtre.  N'est-ce  pas  de  la  politique,  et 
de  la  plus  contemporaine,  que  ce  parasite ,  qui  se  trouve  porté , 
sans  savoir  pourquoi  et  comment,  sur  une  liste  électorale; 
que  ce  sous-chef,  de  l'année  dernière,  qui  répond  aux  sermons 
consciencieux  de  sa  femme,  «  Conscience,  justice,  raison,  où 
tout  cela  vous  mènera-t-il  aujourd'hui?»  Si  les  salons  eussent 
eu  aussi  leurs  censeurs,  la  fatale  encre  rouge  n'eût  -  elle 
pas  aussitôt  souligné  ces  passages?  Nous  serons  moins  sévères, 
et  nous  nous  plaindrons  seulement  que  M.  Sauvage  se  soit 
inutilement  imposé  une  gêne  toul-à-fait  contraire  à  la  liberté 
de  l'art,  et  à  la  vérité  de  ses  peintures.  En  général,  cette 
vérité  est   ce  qui  manque    le  plus   aux   nouveaux  proverbes. 


LITTÉRATURE.  43$ 

Ce  sont  plutôt  des  réminiscences  un  pou  vagues  du  théâtre. 

que  des  observations  recueillies  dans  le  monde;  ce  sont  des 
situations  et  des  mœurs  de  convention  ,  depuis  long-tcms 
îsécs  par  un  plus  heureux  emploi.  Le  slyle  naturel  et  pur 
de  M.  Sauvage  témoigne  en  faveur  de  son  goût;  plus  d'une 
scène,  plus  d'un  trait,  de  dialogue,  en  faveur  de  son  esprit. 
Ifais  il  n'a  pas  cette  nouveauté  piquante  de  détails  qui  seule 
donne  du  prix  à  des  ouvrages  nécessairement  dépourvus 
d'intrigue,  et  sans  développement  de  passions  et  de  carac- 
tères. On  peut,  dans  de  grandes  pièces,  suppléer  au  comique 
par  l'intérêt  ;  on  ne  le  peut  dans  des  proverbes ,  et  c'est 
ce  qui  fait  surtout  la  difficulté  de  ce  genre  en  apparence  si 
accessible,  et  vers  lequel  on  se  jette  en  foule.  Je  termine  ici  cette 
revue,  avec  quelque  doute  qu'elle  soit  aujourd'hui  complète  , 
mais  bien  certain  seulement  qu'elle  ne  le  sera  plus  demain. 

H.  Patin. 


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III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE. 
ÉTATS-UNIS. 

i35.  —  An  address pronounced  al  the  opening  of  the  New- 
York  high-school,  etc. —  Discours  prononcé  à  l'ouverture  des 
hautes  écoles  de  New- York,  avec  des  Notes  et  des  Éclaircis- 
semens;  par  John  Griscom.  New  York,  i825;  Imprimerie  de 
Mahlon  Day.  In- 12  de  212  pages. 

Dans  ce  discours  de  M.  Griscom ,  outre  des  observations  sur 
la  direction  qu'il  convient  de  donner  aux  différentes  classes  de 
la  société,  et  sur  l'enseignement  offert  à  la  jeunesse  dans  les 
hautes  écoles  de  New- York,  on  trouve  une  histoire  et  une  sta- 
tistique de  l'enseignement  mutuel  jusqu'en  1824.  Depuis  ce 
tems  ,  il  est  probable  que  l'Europe  a  p4us  perdu  que  l'Amérique 
n'a  pu  acquérir  :  sur  ce  point,  il  n'y  a  pas  de  compensation, 
même  pour  l'ensemble  de  la  race  humaine  ;  dans  les  pays  où  la 
raison  publique  a  des  organes,  les  perles  de  cette  nature  sont 
réparables;  espérons  que  la  France  ne  tardera  pas  à  reparaître, 
telle  que  M.  Griscom  l'a  représentée.  Ses  correspondances  et 
les  écrits  des  sociétés  d'instruction  élémentaire  et  des  méthodes 
d'enseignement  ont  dû  lui  faire  concevoir  une  opinion  très- 
avantageuse  de  nos  progrès:  mais  il  n'a  pas  vu  les  forces  en- 
nemies des  lumières  qui  sapaient  l'édifice  élevé  par  les  gens 
de  bien  ,  et  qui  décriaient  les  écoles  d'enseignement  mutuel , 
ou  les  faisaient  proscrire  par  les  autorités  locales. 

Si  l'on  pouvait  douter  encore  que  la  méthode  monitoriale  fût 
applicable  à  tous  les  objets  de  l'enseignement,  l'expérience 
des  écoles  de  New- York  déciderait  la  question.  L'influence  de 


(1)  Nous  indiquons  par  un  astérisque  (*)  ,  placé  à  côté  du  titre  de  chaque 
ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui  paraissent  digues  d'une  atten- 
tion particulière  ,  et  nous  ea  rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des 
Analyses. 


KTAÏS-luMS.  437 

eette  méthode  se  manifeste  dune  autre  manière,  par  l'excel- 
lente conduite  des  élèves  pendant  les  classes,  à  l'entrée  et  à 

la  sortie,  par  le  sentiment  et  l'amour  de  l'ordre,  l'émulation 
du  bien,  le  zèle  pour  l'accomplissement  de  ions  les  devoirs, 
pne  école  d(  demoiselles  est  actuellement  en  activité  dans  la 
même  ville,  sur  le  même  pïau  que  celle  des  jeunes  gens;  nous 
apprendrons  sans  doute  bientôt  que  ses  résultats  n'ont  pas  été 
moins  satisfaisans. 

i36.  —  * Lettcrs  from  Europe,  etc. — Lettres  écrites  d'Europe, 
formant  le  journal  d'un  voyage  en  Irlande,  Angleterre,  Ecosse  , 
France,  Italie  et  Suisse,  pendant  les  années  1825-1827;  par 
X  II.  Carter.  New- York,  1827;  Carvill.  2  vol.  grand in-8°  de 
528—571  pages. 

La  course  de  M.  Carter  en  Europe  a  duré  une  vingtaine  de 
mois,  et  ce  tems  lui  a  suffi  pour  acquérir  une  connaissance 
suffisante  de  seize  capitales,  de  trois  ou  quatre  fois  autant  de 
petites  villes  célèbres  par  leur  industrie  ou  leurs  monumens, 
d'un  nombre  prodigieux  de  lieux  remarquables  :  ce  voyageur 
a  fait  plus;  car  il  a  saisi  les  traits  caractéristiques  de  chaque 
population.  Quelques  lecteurs,  accoutumés  à  juger  plus  len- 
tement, le  trouveront  peut-être  un  peu  trop  expéditif;  en  effet, 
l'extrême  rapidité  de  sa  marche  ne  s'accorde  guère  avec  les 
soins  et  l'attention  d'un  observateur  exact.  De  tems  en  tems, 
on  remarque  l'inévitable  effet  de  cette  précipitation;  M.  Car- 
ter généralise,  étend  à  tout;  un  peuple  une  manière  d'être  qu'il 
a  cru  remarquer  chez  quelques  individus,  dans  une  diligence. 
L'histoire  de  ce  voyageur  allemand  ,  qui  jugeait  de  toutes  les 
femmes  d'une  province  d'après  la  figure  et  le  caractère  de  son 
hôtesse,  n'a  corrigé  aucun  écrivain  de  voyages;  les  lecteurs 
seuls  en  ont  profité.  M.  Carter  doit  s'attendre  qu'en  Europe 
son  ouvrage  sera  lu  avec  quelque  défiance;  en  Amérique,  on 
sera  moins  soupçonneux  :  on  se  laissera  volontiers  séduire  par  le 
talent  de  l'écrivain  et  par  l'intérêt  de  ses  narrations.  On  pensera , 
non  sans  raison  ,  que  de  légères  inexactitudes  ne  peuvent  empê- 
cher qu'un  ouvrage  aussi  considérable  ne  soit  très-digne  d'es- 
time, si  les  observations  justes  y  abondent,  s'il  est  instructif; 
et  les  lettres  écrites  d'Europe  apprendront  beaucoup  de  choses  , 
même  à  des  Européens.  Le  voyageur  écrivait  pour  ses  compa- 
triotes, avec  une  liberté  républicaine;  il  pouvait  négliger  certains 
égards  auxquels  un  traducteur  européen  se  conformerait  :  mais 
après  avoir  supprimé  tout  ce  que  les  convenances  locales  ne 
permettraient  point  de  conserver,  il  faut  avouer  que  l'ouvrage 
perdrait  beaucoup  de  son  prix. 

L'apparition  de  ces  lettres  fait  naître  des  réflexions  qui  peu- 


438  LIVRES  ÉTRANGERS, 

vent  en  amener  d'autres,  et  donner  ainsi  quelques  lumières  de 
plus  sur  les  moyens  de  propager  les  connaissances  utiles  :  c'est 
par  ce  motif  que  nous  les  plaçons  ici. 

Un  voyage  doit  être,  pour  les  contrées  parcourues  par  le 
voyageur,  une  statistique  des  localités,  des  monumens,  des 
sociétés  et  de  leurs  institutions,  des  causes  diverses  dont  elles 
éprouvent  l'influence.  La  nature  change;  les  hommes  varient 
encore  plus  rapidement;  des  monumens  périssent,  et  d'autres 
les  remplacent.  Il  est  donc  indispensable  de  revoir,  dans  chaque 
contrée,  les  nouvelles  générations  qui  i'occupent,  et  la  forme 
nouvelle  dont  le  pays  s'est  revêtu.  Mais  il  y  a  des  contrées 
qu'on  visite  trop,  et  d'autres  qui  n'attirent  pas  assez  l'atten- 
tion. Il  serait  tems  de  laisser  reposer  l'Italie  et  la  Suisse;  l'An- 
gleterre et  la  France  sont,  depuis  quelque  tems,  le  sujet  de 
nombreuses  descriptions;  le  tour  de  la  Grèce  et  de  la  Tur- 
quie d'Europe,  des  nouvelles  républiques  américaines  et  des 
contrées  asiatiques  et  africaines  qui  participeront  aux  progrès 
de  la  civilisation  n'est  pas  encore  venu  :  sachons  bien  ce  qui 
est  à  notre  portée,  avant  de  nous  occuper  de  ce  qui  se  passe 
au  loin,  dans  des  lieux  où  notre  action  ne  s'étend  point  en- 
core, et  qui  ne  peuvent  réagir  sur  nous. 

Les  voyages  les  plus  récens  seraient,  à  coup  sur,  les  plus  in- 
structifs, si  les  voyageurs  qui  les  ont  faits  et  écrits  étaient  assez 
philosophes  pour  bien  observer,  et  pour  discerner  ce  qui  peut 
contribuer  aux  progrès  des  connaissances,  aux  perfectionne- 
xnens  sociaux  :  mais  dans  la  foule  des  aventuriers  qui  courent 
le  monde  par  ennui,  par  désœuvrement,  ou  même  par  spécu- 
lation et  avec  le  projet  de  faire  un  livre,  il  en  est  bien  peu  qui 
rapportent  dans  leurs  pays  quelques  decumens  assez  sûrs  pour 
qu'on  ose  en  faire  usage,  ou  qui  ne  fussent  pas  mis  en  œuvre 
depuis  long-tems.  Coxe  fit  très-utilement  pour  lui-même  ses 
voyages  en  Suisse;  mais  ses  lecteurs  n'en  ont  pas  tiré  autant 
de  profit;  et  il  n'est  pas  le  seul  voyageur  qui  ait  mieux  servi 
ses  intérêts  que  ceux  de  ses  contemporains  et  de  l'huma- 
nité. N. 

EUROPE. 

GRANDE  -  BRETAGNE . 

137.  —  *  Proccedings  at  the  gênerai  court  of proprietors  of  the 
Real  del Monte min in  g  Company. — Rapport  fait  à  l'assemblée  gé- 
aéralede  la  Compagnie  des  mines  de  Real  del  Monte  t  au  Mexique, 


GRANDE-BRETAGNE.  45* 

par  le  directeur,  le  28  février  18/7.  Londres,  1827.  lu-/,0  de 
a8  pages  avec  3  cartes  ou  plans  des  mines. 

Les  premiers  rapports  sur  cesmiqes,  qui  sont  dans  les  mains 
de  tons  les  propriétaires  d'actions  de  la  Compagnie  Jical  del 
Monte  ,  leur  ont  donné  de  grands  détails  sur  ta  situation  gêné' 
raie  de  ces  mines,  sur  les  travaux  entrepris  pOUT  les  mettre  en 

Valeur,  et  sur  les  progrès  de  ces  travaux. 

On  apprend  avec  plaisir,  par  ce  nouveau  Rapport,  que  ces 
progrès  ont  été  uniformes  et  constans.  Les  principales  opéra- 
tions ont  été  régulièrement  suivies;  rien  n'a  été  changé  au  plan 
primitif,  et  les  prévision*  ont  été  couronnées  de  succès.  Une 
ancienne  tranchée,  ou  canal  de  communication,  qui  partait  du 
centre  même  de  la  («brique,  etqui  s'avançait  à  travers  la  mon- 
tagne métallifère  jusqu'aux  veines  les  plus  riches  ,  avait  été 
abandonnée  et  s'était  remplie  de  débris  et  noyée;  on  la  nom- 
mait le  Socabon.  Elle  a  été  déblayée,  desséchée,  réparée,  sur 
une  longueur  de  2,55o  mètres,  et  l'on  est  arrivé  ainsi  à  la  dé- 
couverte des  liions  les  plus  productifs. 

La  difficulté  de  transporter  des  machines  dans  les  lieux  où 
sont  situées  les  mines  de  Real  de l  Monte ,  d'y  faire  parvenir  les 
instrumens  et  outils  nécessaires  pour  les  établir  et  d'y  réunir 
tout  ce  qui  peut  servir  à  leur  entretien  et  à  celui  des  ouvriers, 
était  de  telle  nature  qu'un  observateur  qui  connaît  parfaitement 
la  contrée  disait  qu'une  personne  qui  n'avait  pas  l'habitude 
journalière  des  obstacles  à  surmonter  ne  pouvait  nullement  les 
apprécier,  et  que  ces  obstacles  devaient  paraître  hors  de  pro- 
portion avec  toute  force  humaine  aux  hommes  qui  les  connais- 
saient le  mieux.  Ils  ont  été  vaincus  de  la  manière  la  plus  re- 
marquable par  M.  Colquiioun  et  ses  subordonnés.  Déjà,  à 
l'époque  du  Rapport,  plusieurs  machines  à  vapeur  avaient  été 
établies  pour  épuiser  les  eaux,  et  d'autres  devaient  être  placées 
sous  peu  de  jours. 

En  attendante  résultat  de  ces  nouvelles  machines,  on  a  cherché 
à  tirer  parti  des  portions  de  mines  à  découvert,  et  l'on  a  constaté 
qu'il  existe  un  grand  nombre  de  filons  fort  riches  au-dessus  ou  à 
côté  de  la  galerie  du  Socabon ,  que  l'on  avait  jadis  laissées  intactes 
pour  atteindre  des  veines  plus  riches  encore.  Lepremier  produit 
de  ces  filons  a  donné  environ  620  charges  de  minerai  par  semaine 
(la  charge  équivaut  à  i5o  kilogrammes  environ  ).  L'argent 
contenu  dans  ces  620  charges  s'est  élevé  à  la  somme  de  4,35 4 
dollars.  Or,  la  dépense  totale,  non-seulement  des  mines  en  ex- 
ploitation, mais  de  celles  que  l'on  déblayait  et  que  l'on  prépa- 
rait alors,  ne  se  montait  qu'à  f\yf\^g  dollars  par  semaine;  les 
frais  étaient  donc  déjà  couverts  par  les  rentrées,  et  les  travaux. 


4*p  LIVRES  ETRANGERS. 

de  chaque  jour  ajoutaient  aux  avantages  espérés.  La  propor- 
tion du  métal  au  minerai  était,  dans  cette  première  hypothèse, 
de  800  onces  d'argent  par  semaine  ,  ou  par  1,000  kilo- 
grammes. 

La  mine  de  Régla,  qui  appartient  à  la  Compagnie  de  Real 
del  Monte,  était  réputée  l'une  des  plus  riches  du  Mexique  ;  ses 
puits  principaux  sont  inférieurs  à  la  galerie  du  Socabon  ;  mais 
les  eaux  qui  les  avaient  envahis  seront  épuisées  dans  un  court 
espace  de  tems.  Ces  filons  ont  produit,  de  1794  à  1801 ,  une 
somme  de  six  millions  de  dollars  (environ  33  millions  de  fr.  ), 
et  ils  devenaient  d'autant  plus  riches  qu'on  pénétrait  plus  avant. 
Abandonnés  depuis  cette  époque  par  le  comte  de  Régla,  leur 
propriétaire,  ils  ont  cessé  de  produire;  mais  ils  vont  recouvrer 
leur  ancienne  renommée. 

En  ne  portant  les  mines  de  Régla  que  poar  leur  produit  ac- 
tuel, qui  est  de 4?354  dollars  par  semaine; 

Celui  de  Moran ,  de 4>°oo. 

De  Zimapan,  dans  un  autre  dis- 
trict ,  de 5oo. 

Et  d'Ozimaltan,  id. ,  de 5, 000. 

On  a  déjà  un  produit  total  de  i3,ooo  dollars  par  semaine. 

La  dépense  totale  ,  selon  les 
comptes  produits  à  l'assemblée  des 
actionnaires,  s'élève,  aussi  par  se- 
maine, à   * 9)°°o  dollars. 

Bénéfice  net 4?ooo  dollars. 

Le  dollar  équivaut  à  5  fr.  5o  c. 

Il  serait  fastidieux  d'entrer  dans  les  détails  sur  lesquels. s'ap- 
pesantit le  rapporteur  de  la  Compagnie  de  Real  dcl  Monte  ,• 
car  ils  n'ont  d'intérêt  que  pour  les  actionnaires,  et  à  raison  des 
localités.  Ce  qu'il  importe  à  nos  lecteurs  de  savoir,  c'est  que 
l'entreprise  des  mines  du  Mexique,  connue  sous  le  nom  de  Real 
del  Monte  ,  est  dans  un  état  réel  de  prospérité  ;  que,  grâce  aux 
avances  considérables  et  aux  sacrifices  qu'on  a  faits,  grâce  à 
l'habileté  et  à  la'persévérance  des  directeurs  et  des  ingénieurs, 
on  est  parvenu  à  créer  un  des  plus  beaux  et  des  plus  fructueux 
établissemens  du  monde;  que  tous  les  obstacles  ont  été  sur- 
montés; que  les  filons  sont  en  pleine  exploitation;  qu'ils  don- 
nent des  bénéfices  ;  et  que  cependant  on  n'avait  pas  encore,  à 
l'époque  du  Rapport,  atteint  les  veines  métalliques,  regardées 
comme  les  plus  riches,  ni  tiré  encore  parti  des  nouveaux  filons 
découverts. 

L'assemblée  des  actionnaires  a  voté,  par  acclamation,  de- 


GRANDE  BRETAGNE.  4/,  « 

emerciemens  à  m.  Jones  \W  lob  ,  directeur,  et  aux  administ- 
rateurs, à  sir  James  \  rien  ,  commissaire  principal  de  la  (lom- 

gnie  ,  à  M.  -'aines  Miskf.th  Colquhoun,  pour  le  talent  et  le 
«ractère  qu'il  a  déployés  dans  le  transport  des  machines,  us  - 
ensiles,  approvisionnemens  de  toute  nature ,  depuis  la  cote  du 
Mexique  jusqu'aux  mines,  et  en  général  aux  employés  de  la 
Compagnie  du  Mexique.  R. 

i38. —  Travels  in  Buenos  -  Ayres  and  the  adjacent  provin- 
ce ,  etc.  —  Voyage  à  Buenos  -Ayres  et  dans  les  provinces  du 
ilio  de  la  Plata,  etc.;  par  J.-A.-B.  Beaumont.  Londres,  i8a8  ; 
laines  Uidgway.  In-8°  de  270  pages;  prix,  9  s.  6  d. 

En  182G,  M.  Beaumont  fut  choisi  par  une  compagnie  de  capi- 
alistes  anglais  pour  aller  diriger  dans  la  province  (XEntrc-Rios 
'établissement  d'agriculture  qu'on  avait  l'intention  d'y  former 
isous  le  nom  à' Association  agricole  du  Rio  de  la  Plata.  Deux 
cents  émigrans  anglais,  presque  tous  laboureurs,  et  leurs  fa- 
nilles  accompagnèrent  M.  Beaumont,  et  s'embarquèrent  avec 
uià  bord  du  navire  la  Comtesse  de  Morley.  Arrivés  en  vue  de 
Monlc-Arideo,  l'escadre  brésilienne  ,  qui  bloquait  ce  port,  s'op- 
posa a  leur  débarquement.  Le  découragement  s'empara  bientôt 
'des  passagers  dont  les  trois  quarts  environ  revinrent  en  An- 
gleterre. 5o  à  peu  près  débarquèrent  avec  M.  Beaumont.  Mais 
les  circonstances  malheureuses  dans  lesquelles  se  trouvait  pla- 
cée la  république,  les  besoins  de  tous  genres  qui  la  déveraient, 
la  guerre  qui  épuisait,  toutes  les  ressources,  l'infidélité  et  la 
Cupidité  des  agens,  tout  s'opposa  à  la  réussite  d'un  projet,  qui 
portait  en  lui  -  même  les  élémens  de  sa  propre  destruction. 
M.  Beaumont,  après  dix-sept  mois  d'efforts  inutiles,  revint  en 
Angleterre  ,  au  mois  de  juin  1827. 

C'est  à  ce  voyage,  entrepris  sous  le  charme  des  illusions  les 
plus  brillantes,  et  dont  le  résultat  est  devenu  si  fatal  aux  inté- 
rêts des  capitalistes  associés,  que  nous  devons  l'ouvrage  dont 
nous  avons  à  rendre  compte.  On  conçoit  aisément  que,  dans  la 
disposition  d'esprit  où  il  a  dû  se  trouver,  l'auteur  n'a  pu  voir- 
ies choses  telles  qu'elles  étaient;  aussi  ne  les  a-t-il  pas  repré- 
sentées telles  qu'elles  sont.  Son  ouvrage  ajoutera  donc  fort 
peu  à  la  masse  de  renseignemens  que  nous  ont  fournis  sur  la 
République-Argentine  les  relations  de  MM.  Miers ,  Hcad  et 
Andrews  s  et  surtout  l'ouvrage  du  senor  Ignacio  Nttnez  (  Statis- 
tique des  provinces  de  Rio  de  la  Plata  ).  M.  Beaumont  a  cru  sup- 
pléer au  manque  de  faits  nouveaux  ou  d'observations  intéres- 
santes par  des  déclamations  passionnées  et  par  des  accusations 
injustes  contre  l'administration  de  M.  Rivadavia  (  l'ancien  pré- 
sidente et  contre  le  gouvernement  Buenos  -Ayrien.  Des  espé- 


*/»*  LIVRES  ETRANGERS, 

rances  déçues  et  ûu  désappointement  personnel  ont  empêché 
l'auteur  de  faire  la  part  des  circonstances  malheureuses  clans 
lesquelles  la  république  et  son  chef  étaient  placés.  M.  Beau- 
mont  ne  pourra  jamais  persuader  aux  hommes  éclairés  et  ob- 
servateurs que  M.  Rivadavia  n'est  pas  un  homme  d'un  talent 
supérieur  et  d'un  caractère  honorable;  et  des  attaques  inconsi- 
dérées et  imprudentes  contre  le  gouvernement  de  Buenos- Ayres 
ne  nous  empêcheront  point  de  reconnaître  ici  tout  le  courage, 
toute  la  persévérance,  tout  le  mérite  enfin  qu'ont  montrés  les 
chefs  de  ce  gouvernement,  et  qui  ont  placé  leur  république  nais- 
sante à  la  tête  de  la  grande  fédération  Sud- Américaine.     H. 

i3g. — *  Practical,  moral  and  political  Economy,  etc.  — 
Économie  politique,  pratique  et  morale;  par  T.-R.  Edmonus, 
Londres,  1828  ;  Effingham  Wilson.  In-8°  de  3o4  pages  ;  prix, 

9  sh- 

Beaucoup  de  paradoxes,  un  grand  nombre  de  vérités  et  un 
plus  grand  nombre  d'erreurs,  voilà  en  deux  lignes  l'analyse  de 
l'ouvrage  de  M.  Edmonds.  Cet  ouvrage  paraît  néanmoins  mériter 
un  sérieux  examen.  Nous  indiquerons  ici  les  matières  qui  y  sont 
traitées.  Des  choses  nécessaires  à  la  vie  :  nourriture,  habille- 
ment, logement;  défense  nationale;  travaux  utiles;  du  luxe  et 
du  travail;  population  ,  argent  monnayé.  —  Relations  politiques 
des  hommes  :  division  du  travail, commerce,  grandeur  des  villes; 
de  la  valeur  des  choses;  du  paupérisme;  des  revenus  et  des 
gages  ;  des  profits  et  des  intérêts;  du  papier-monnaie;  des  ar- 
mées de  terre  et  de  mer;  des  impôts;  le  savoir  est  une  puis- 
sance. —  Des  facultés  et  des  affections  morales  et  intellectuelles  de 
l'homme  :  de  l'esprit  en  général  ;  des  mœurs  et  coutumes  ;  de 
l'éducation;  des  langues;  desdélifset  des  peines;  de  la  société; 
le  savoir  est  le  bonheur  ;  applications  de  ces  principes  à  toutes 
les  nations  en  général  et  à  l'Angleterre  en  particulier. 

i4o.  —  *  The  life  of  Napoléon  Buonaparte ,  etc.  —  Vie  de 
Napoléon  Bonaparte,  par  pFilliam  Hazzlitt.  Londres,  1828; 
Hunt  et  Clark.  4  vol.  in-8°. 

Cet  ouvrage,  promis  depuis  plusieurs  mois,  et  dont  l'édi- 
teur a  bien  voulu  nous  communiquer  le  premier  volume,  mé 
rite  un  examen  approfondi.  Ce  que  nous  en  avons  lu  fait  con- 
cevoir une  haute  idée  du  talent  de  M.  Hazzlitt;  mais  nous  1 
reprocherons  une  partialité  trop  marquée  en  faveur  de  Napo 
léon,  et  des  contradictions  nombreuses,  ainsi  que  de  longue 
dissertations  métaphysiques,  déplacées  dans  l'histoire,  mèm 
dans  celle  que  l'on  appelle  philosophique.  Cette  Vie  de  Napo- 
léon est  la  contre  -  partie  de  celle  qu'a  publiée  Walter  Scott. 
Aussi,  quels  que  soient  les  défauts  qu'une  critique  judicieu 


GRANDE-BRETAGNE.  443 

puisse  y  remarquer,  elle  servira  encore  la  cause  de  la  liberté 
dont  01.  ll.i/./.litt  sYst  constitue  depuis long-tems  1»'  aélé  défen- 
seur. F.  I). 

i  .\  i.  —  *  Lord  Byron  (in<l  some  of  lus  contemporttries  ,  etc..  — 
Lord  Byron  et  quelques-uns  de  ses  contemporains,  parLsiofl 
lli  m.  Londres,  18285  Colburn.  In  -  4°  avec  gravures;  prix  , 
3  1.  st.  3  sh. 

Cet  ouvrage  obtient  une  grande  vogue  en  Angleterre,  et  la 
mérite  à  plusieurs  égards.  Peu  d'écrits  destinés  à  faire  connaître 
un  homme  célèbre  contemporain  offrent  autant  d'anecdotes 
intéressantes  et  curieuses.  Le  portrait  de  lord  Byron  est  une 
image  frappante  et  tracée  de  main  de  maître  du  caractère  et 
lies  habitudes  iïvn  homme  qui  s'est  acquis,  de  nos  jours,  la 
plus  liante  renommée  littéraire.  Mais  M.  Leigb  trompera  l'at- 
tente de  tous  etnw  qui  prendront  son  livre,  avec  l'espoir  d'y 
trouver  une  peinture  de  la  vie  domestique  de  lord  Byron,  telle 
que  ses  poésies  en  ont  pu  faire  naître  l'idée  ;  l'auteur  de  (  lnlde- 
Harold  apparaît  ici  comme  un  homme  capricieux,  égoïste, 
difficile  à  vivre  et  livré  à  mille  petits  préjugés.  Et  qu'on  n'aille 
pas  croire  que  ce  soit  une  description  de  fantaisie.  M.  Hunt  a 
réuni  tant  de  faits,  recueilli  tant  d'anecdotes  et  de  conversa- 
tions, que  nous  croyons  impossible  d'échapper  à  ses  conclusions 
sur  le  mérite  réel  de  son  héros.  Les  autres  personnages,  dont 
il  est  encore  question  dans  cet  ouvrage,  ont  obtenu  moins  de 
célébrité  ,_  quoique  c\cux  d'entre  eux,  M.  Colcràlge  et  feu 
M.  Shelley,  fussent  aussi  doués  à  un  degré  bien  éminent  du  génie 
poétique.  Tout  ce  que  l'auteur  rapporte  à  leur  sujet  est  pré- 
senté d'une  manière  si  agréable  et  si  animée,  qu'on  ne  peut, 
quelque  opinion  que  l'on  ait  d'ailleurs  sur  les  sujets  de  sa  cri- 
tique, lui  refuser  un  tribut  d'estime  et  d'admiration  pour  son 
talent.  La  dernière  partie  du  volume  contient  des  mémoires  re- 
latifs à  M.  Hunt  lui-même;  et,  quoique  moins  attrayante  que 
les  précédens  chapitres,  elle  n'en  a  pas  moins  une  grande  va- 
leur. La  relation  do  l'emprisonnement  de  M.  Hunt,  à  cause  de 
la  franchise  de  ses  attaques  contre  le  gouvernement  anglais,  est 
pleine  d'intérêt  et  d'agrément ,  et  nous  en  recommandons  la 
lecture  à  quiconque  doute  encore  que  la  conscience  de  souffrir 
pour  la  bonne  cause  ne  soit  une  compensation  suffisante  des 
tourmens  infligés  par  la  tyrannie.  J.  S. 

l4a.  —  Delisle,  or  tlie  distrustful  man  ,  etc.  —  Delisle,  ou  le 
Soupçonneux.  Londres,  1828;  Edward  Bull.  3  vol.  in-8°  ; 
prix,  1.  1.  11.  6. 

143. — Almach'srcvlshcd,  etc. — Une  nouvelle  visite  à  Almack. 
Londres,  1828;  Saunders  and  Otley.  3  vol.  in-8°;  prix,  1.  1.  n,  G. 


444  LIVRES  ÉTRANGERS. 

1 4/1.  —  The  lifc  in  the  West,  etc.  — Vie  dans  l'Ouest.  Londres , 
1828;  Chapple.  1  vol.  in  8°;  prix,  21  sh. 

Nous  voilà  rentrés  dans  ce  qu'on  appelle  à  Londres  the  season, 
tems  où  les  journalistes  suffisent  à  peine  à  la  critique  des  nom- 
breux romans  dont  les  libraires  accablent  le  public  anglais.  Il 
serait  trop  long  d'indiquer  tous  ceux  qui  ont  paru  depuis  un 
mois;  la  Revue  Encyclopédique  ne  doit  s'occuper  que  des  plus 
importans,  de  ceux  surtout  qui  ont  en  vue  un  but  moral,  ou 
qui  tendent  à  faire  connaître  le  caractère  d'un  peuple,  ou  à 
exposer  ses  moeurs  et  l'état  de  la  société.  C'est  à  ce  titre  que 
nous  accorderons  quelques  lignes  aux  trois  ouvrages  dont  les 
titres  sont -placés  en  tète  de  cet  article. 

Sous  la  désignation  de  Vie  dans  V Ouest,  l'auteur  a  peint  les 
habitudes  d'une  certaine  classe  d'habitans  de  cette  partie  de 
Londres,  occupée  par  l'aristocratie,  et  connue  sous  le  nom 
de  west  end.  Si  ses  tableaux  des  salons  de  la  haute  société 
manquent  de  vérité,  si  la  fable  de  son  roman  est  insignifiante, 
on  peut  dire  qu'il  a  peint  d'après  nature  ces  maisons  de  jeu , 
ces  lieux  de  débauche  et  de  prostitution  qui  fourmillent  à 
Londres  aussi  bien  qu'à  Paris ,  et  dans  lesquels  l'aristocratie 
anglaise  va  dépenser  son  tems  et  sa  fortune,  et  souvent  perdre 
son  honneur.  En  exposant  les  fraudes  et  les  friponneries  de 
toute  espèce  exercées  dans  ces  infâmes  repaires ,  l'auteur  a 
rendu  un  service  à  la  société,  qu'il  met  ainsi  en  garde  contre  les 
manœuvres  d'escrocs  titrés,  en  mène  tems  qu'il  appelle  la 
vigilance  de  l'autorité  contre  des  désordres  que  proscrivent  les 
lois.  Son  ouvrage  est  peu  amusant,  mais  il  est  utile  :  c'est  un 
bon  préservatif  contre  la  funeste  passion  du  jeu. 

Ce  n'est  point  contre  des  vices  aussi  honteux,  contre  des 
désordres  aussi  criminels  ,  que  l'auteur  à! Almack  exerce  sa 
mordante  satire;  c'est  aux  travers  et  aux  ridicules  des fashio- 
nables  qu'il  réserve  ses  attaques.  Son  intention  est  bonne;  mais 
n'exagère- t-il  pas  les  défauts  qu'il  critique?  S'ils  étaient  tels 
qu'il  les  peint,  les  Anglais  seraient  le  peuple  le  plus  frivole,  le 
plus  grossier,  le  plus  corrompu  de  la  terre.  Il  a  pris  des  excep- 
tions pour  la  règle  générale,  et  il  a  prononcé  anathème  contre 
la  nation  entière. 

On  se  tromperait  si  l'on  pensait,  d'après  le  titre,  que  Delislc 
est  un  roman  de  caractère.  L'épithète  de  soupçonneux  ne  con- 
vient pas  plus  au  héros  que  les  qualifications  de  susceptible,  de 
réservé,  de  dédaigneux;  c'est  encore  un  roman  de  mœurs,  un 
ouvrage  destiné  à  peindre  la  société  anglaise.  La  fable  en  est 
plus  attachante  que  celle  des  ouvrages  précédens;  mais  trop  de 
personnages  sont  mis  en  scène,  et  il  n'y  a  pas  assez  de  variété 


GRANDE-BRETAGNE.  /, ,  » 

uns  les  portraits  que  l'auteur  en  a  tracés.  Dans  ce  dernier 
roman,  comme  dans  la  nouvelle  visite  àAlmack,  on  trouve 
beaucoup  de  pages  écrites  avec  un  talent  remarquable.   Y.  D. 

Ouvragt  s  p<  i  indiques . 

i  V>.  —  *  The  foreign  RtPtetv,  etc.  — La  Revue  étrangère, 
n°  I.  Londres,  janvier  1828;- Black,  Young  et  Young.  In-8° 
de  35o  pages;  prix,  6  sh. 

Fn rendant  compte  dans  la  Revue  Encyclopédique  (voy.  t.xxxv, 
p.  382)  de  la  Revue  trimestrielle  étrangère  (the  foreign  r/uar- 
ter/>  Revicw) ,  publiée  à  Londres,  nous  avions  reproché  aux 
rédacteurs  de  ce  recueil  de  ne  faire  connaître  qu'un  trop  petit 
■ombre d'ouvrages.  Nous  leur  avions  conseillé  de  modifier  leur 
plan,  de  manière  à  pouvoir  offrir  à  l'Angleterre  un  tableau  plus 
eomplet  de  l'état  des  sciences  et  de  la  littérature  dans  les  pays 
étrangers.  Ce  conseil  a  été  négligé,  et  un  recueil  rival  vient  de 
s'établir  pour  remplir  la  lacune  que  nous  avions  signalée. 

La  nouvelle  Revue  étrangère  a  adopté  le  plan  de  la  Revue 
Encyclopédique,  en  omettant  néanmoins  la  première  section 
consacrée  aux  Mémoires  et  aux  Notices,  etc.  Son  premier  cahier 
est  composé  de  35o  pages,  dont  les  deux  tiers  sont  remplis  par 
l'analvse  raisonnée  de  vingt-trois  ouvrages  écrits  en  langues 
!  française,  espagnole,  italienne,  suédoise,  allemande,  etc.,  et 
l'autre  tiers  par  des  articles  bibliographiques  sur  une  cinquan- 
taine d'ouvrages  d'un  intérêt  secondaire,  et  par  des  nouvelles 
scientifiques  et  littéraires,  recueillies  dans  les  différens  états 
de  l'Europe. 

«  On  se  formerait,  avons-nous  dit  dans  X Athcnœum  du  29 
janvier  dernier,  une  fausse  idée  de  la  Revue  étrangère,  si  l'on 
jugeait  ce  journal  d'après  son  premier  article,  attribué  au 
Dr  Southey.  L'analyse  de  X Histoire  des  ducs  de  Bourgogne  est 
sans  doute  écrite  avec  élégance;  mais,  sur  quarante  pages,  en 
consacrer  plus  de  trente  à  un  simple  épisode,  à  la  rébellion 
d'Arteveld,  n'est  pas  le  moyen  de  faire  connaître  dans  toutes 
ses  parties  une  histoire  qui,  comme  celle  de  M.  de  Barante,  em- 
brasse une  période  de  1 13  années;  aussi,  malgré  quelques  pages 
très  remarquables,  nous  considérons  cet  article  comme  un  des 
moins  instructifs,  et  nous  lui  préférons  ceux  qui  sont  relatifs  à 
la  vie  et  aux  écrits  de  JVcrner,  et  à  la  littérature  du  Portugal; 
la  critique  spirituelle  et  piquante  de  plusieurs  romans  publiés 
dernièrement  en  France,  en  Italie,  en  Allemagne  et  en  Dane- 
mark; l'article  sur  l'ouvrage  du  général  Foy;  celui  qui  traite 
de  l'histoire  de  la  poésie  espagnole,  et  surtout  ceux  où  se 


446  LIVRES  ETRANGERS. 

trouvent  exposes  l'état  actuel  de  la  Turquie  et  la  situation  du 

parti  prêtre  en  France.» 

Une  critique  sévère  trouverait  pourtant  quelque  chose  à  re- 
prendre dans  les  articles  que  nous  venons  de  citer.  Il  y  a  dans 
l'examen  de  la  vie  et  des  écrits  de  Werner  un  mélange  de  méta- 
physique qui  dépassera  la  portée  de  plus  d'un  lecteur;  l'article 
sur  la  littérature  du  Portugal  annonce  beaucoup  d'érudition, 
mais  contient  des  passages  trop  dénués  d'intérêt,  et  beaucoup 
d'erreurs  dans  l'orthographe  des  noms  propres.  Les  traductions 
en  vers  anglais  de  poésies  espagnoles  font  honneur  à  la  nuise  de 
M.  Wiffen  ;  mais  les  erreurs  graves  dans  lesquelles  il  est  tombe 
prouvent  que  cet  auteur  n'a  fait  qu'une  étude  bien  superficielle 
de  la  littérature  castiilanne.  Malgré  le  défaut  d'impartialité, 
bien  excusable  sans  doute,  quand  il  s'agit  de  la  malheureuse 
et  héroïque  Grèce,  l'article  sur  la  Turquie,  auquel  a  donné 
lieu  l'ouvrage  de  M.  Grassi,  intitulé  :  Charte  Turque,  ne  paraît 
mériter  que  des  éloges. 

Le  tems  nous  a  manqué  pour  pouvoir  examiner  les  autres 
articles  contenus  dans  ce  cahier.  Mais,  ce  que  nous  en  avons 
lu  ,  et  le  coup  d'œil  que  nous  avons  jeté  sur  les  notices  biblio- 
graphiques, et  sur  les  nouvelles  scientifiques  et  littéraires  qui 
complètent  le  volume,  ont  suffi  pour  nous  convaincre  que  des 
écrivains  habiles,  français  et  étrangers,  ont  concouru  à  la 
rédaction  de  ce  nouveau  recueil.  F.  D. 

RUSSIE. 

146.  * — Zapiski,  etc. — Mémoires  publiés  par  le  Département 
de  l'Amirauté;  tome  x.  Saint-Pétersbourg,  1826;  imprimerie 
de  la  Marine.  In-8°  de  xvn-407  pages. 

La  première  mention  détaillée  que  nous  ayons  faite  de  ces  Mé- 
moires importons  est  due  à  un  de  nos  correspondons  étrangers, 
M.  J.  H.  Schnitzler,  et  se  trouve  consignée  dans  notre  cahier 
de  mars  dernier  (t.  xxxm,  p.  732-733);  les  lecteurs  y  ont 
trouvé  l'indication  succincte  des  sujets  renfermés  dans  les 
tom.  vin  et  ix  de  ces  Mémoires.  Depuis,  nous  avons  reçu  de 
notre  correspondant  de  Moscou,  M.  P.  R.  E.,  un  article  sur 
le  vne  volume  de  ce  même  ouvrage,  et  nous  l'avons  inséré 
dans  notre  cahier  d'août  (t..  xxxv,  p.  385),  en  indiquant  les 
années  de  publication  des  volumes  antérieurs.  Nous  nous  em- 
pressons d'emprunter  à  un  journal  russe  que  nous  venons  de 
recevoir  (ï)  un  résumé  sommaire  des  matières  contenues  dans 
le  tome  x  des  Mémoires  de  l'Amirauté. 

(1)  Le  Télégraphe  de  Moscou,  nQ  2a  ;  i8a6,  pag.  104-107. 


RUSSIE.  44? 

On  apprend,  clans  ce  volume,  que  les  paratonnerres,  établis 
pepuis  long-tems  sur  lea  vaisseaux  russes,  vont  L'être  égale- 
ment sur  les  phares.  Plusieurs  cartes  nouvelles  doivent  être 
publiées  par  le  Département,  qui  a  nommé  le  conseiller  d'état 
■  académicien  Vichenepsfy  a  la  place  de  membre,  vacante  dans 
son  sein  par  la  mort  du  célèbre  astronome  Schubert %  sur  lequel 
Ipus  avons  donné  une  courte  Notice  nécrologique  (voy.  Reç. 
Bftt'.j  cahier  d'octobre  1S2O',  t.  xwir,  p.  220)  (1). 

Nous  passons  sur  plusieurs  importations  ou  traductions  d'ou- 
vrages étrangers,  intéressantes  pour  la  Russie,  mais  qui  n'au- 
raient pas  le  mérite  de  la  nouveauté  pour  nos  lecteurs ,  afin 
d'arriver  plus  vite  à  l'indication  d'un  des  derniers  ouvrages 
du  même  académicien,  qui  a  pour  titre  :  Dr,  l'interpolation , 
où  il  donne  la  solution  de  la  question  la  plus  importante  pour 
les  navigateurs,  et  au  moyen  de  laquelle  ,  à  l'aide  du  calen- 
drier nautique,  indiquant  seulement  la  position  du  lever  et  du 
coucher  i\i\  soleil  pour  Greenwieh,  on  peut  prendre  cette 
position  pour  tous  les  lieux  et  pour  toutes  les  heures.  Voici  la 
manière  claire  et  concise  avec  laquelle  ce  problème  est  posé: 
Des  tables  qui  renferment  deux  quantités  A  et  B  liées  entre 
elles  étant  données,  trouver,  au  moyen  de  leur  différence,  la 
quantité  B,  correspondante  à  la  quantité  A,  lorsque  celle-ci 
tombe  entre  deux  nombres  consécutifs  des  tables. 

A  la  suite  de  ce  mémoire  vient  le  compte  rendu  de  la  navi- 
gation effectuée  par  le  vaisseau  X Apollon,  parti  du  port  de 
Cronstadt  en  1821.  Ce  vaisseau,  après  avoir  perdu  son  capi- 
taine de  ier  rang  Touloubirf ,  à  208  milles  du  cap  de  Bonne- 
Espérance,  continua  sa  route  vers  la  Nouvelle- Hollande, 
sous  le  commandement  de  son  capitaine  de  2e  classe  Khrous- 
tsc/ioj ,  visita  le  Kamscbatka,  puis  se  mit  en  croisière  pour  em- 
pêcher le  commerce  des  vaisseaux  étrangers  avec  les  possessions 
russes  de  l'Amérique  jusqu'au  11  octobre  1823.  H  ht  ensuite 
une  visite  au  port  Saint  Francisque,  dans  la  Californie,  et  la 
relation  fait  remarquer  que  le  changement  opéré  à  cette  époque 
dans  le  gouvernement  de  cette  presqu'île,  qui  s'était  soustraite  à 
la  domination  de  l'Espagne  pour  se  mettre  dans  la  dépendance 
du  Mexique,  ne  fut  d'aucun  obstacle  pour  l'équipage  russe, 
qui  put  y  effectuer  son  débarquement,  et  reçut  toute  espèce 
de  secours  et  de  protection  delà  part  des  autorités  locales.  Ce- 


(1)  Nous  avons  reçu  depuis  un  article  plus  détaillé  de  notre  corres- 
pondant de  Moscou  ,  M.  P.  R.  E. ,  mais  beaucoup  trop  tard  pour  en 
faire  usage. 


4/,  8  LIVRES  ÉTRANGERS, 

pendant,  il  ne"  put  s'y  approvisionner  de  biscuit;  le  blé  y 
était  en  grande  abondance,  mais  le  défaut  de  moulin  l'obligea 
à  emporter  le  grain  en  nature,  avec  la  perspective  de  pouvoir 
le  moudre  seulement  au  port  d'Archangel.  Le  vaisseau  rentra 
enfin  dans  le  port  de  Cronstadt  le  9  octobre  1824. 

On  trouve  dans  ce  môme  volume  la  description  du  port  mili- 
taire de  Svéaborg  et  de  la  ville  d'Helsingfors ,  par  le  vice-amiral 
Saritchcf,  destinée  à  accompagner  l'Atlas  des  ports  russes  que 
dresse  le  Département  de  l'Amirauté;  enfin  divers  extraits  du 
journal  de  l'École  des  pilotes  de  Cronstadt  pour  i8a5,  et  un 
tableau  des  observations  météorologiques  recueillies  dans 
ce  port  pendant  la  même  année,  et  qui  donne  pour  résultat 
55  jours  pluvieux,  249  nébuleux,  45  neigeux,  et  seulement 
16  jours  sereins. 

147. —  Razbor  tiiohh  stateï ,  etc. —  Examen  de  trois  pas- 
sages des  Mémoires  de  Napoléon,  par  Denis  Davuidof.  Mos- 
cou, 1825  ;  imprimerie  de  Sélivanovsky.  In  -  8°  de  65  pages,; 
prix,  3  roubles. 

L'auteur  dé  cette  brochure  ,  qui  commandait  .mi  escadron 
de  hussards  au  commencement  de  la  campagne  de  1812,  est 
le  premier  qui  donna  l'idée ,  en  Russie ,  de  cette  guerre  de  par- 
tisans si  utile  à  ses  compatriotes  et  si  funeste  à  nos  armes  pen- 
dant la  retraite  de  Moscou.  Élevé  depuis  (  en  i8i5  )  au  grade 
de  général-major ,  il  a  publié  un  ouvrage  qui  a  pour  litre  :  De 
la  guerre  des  partisans ,  sujet  traité  en  France  par  M.  Lemière 
de  Corvcy  (1). 

Trois  passages  des  Mémoires  de  Napoléon  (  tome  11,  p.  98  , 
112  et  119),  d'où  il  résulterait  que,  pendant  la  campagne  de 
Moscou,  pas  une  estafette  ne  fut  interceptée,  pas  un  convoi 
de  malades  ne  fut  pris,  pas  un  seul  jour  ne  se  passa  sans  qu'on 
reçût  des  nouvelles  de  Paris  au  quartier  général  de  l'armée 
française,  ont  fait  prendre  la  plume  à  M.  Davuidof,  jaloux  de 
défendre  la  gloire  de  ceux  de  ses  compatriotes  qui  ont  marché 
sur  ses  traces,  en  1812.  Il  oppose  à  cette  assertion  de  Napo- 
léon les  bulletins  même  de  la  grande  armée,  les  notes  officielles 
du  Moniteur,  des  passages  des  ouvrages  de  MM.  de  Chambray 


(1)  Des  partisans  et  des  corps  irréguliers.  Paris,  i8a3;  Anselin  et 
Pochard.  In-8°  de  trente  feuilles  et  demie,  avec  une  planche;  prix  , 
G  fr.  (Voy.  Rev.  Eue. ,  t.  xvn  ,  p.  i3o-i3i). 

Nous  connaissons  aussi  :  Considérations  sur  la  guerre  des  partisans  , 
par  un  ex-officier  d'artillerie  ,  ancien  élève  de  l'Ecole  polytechnique. 
Paris  ,  1825;  imprimerie  de  Lachevardière.  In-8°  d'une  demi-feuille. 


RUSSIE.  440 

cl  Vaudoncourt,  des  lettres  du  maréchal  Berthier  et  d'autres 
documens  empruntés  à  la  correspondance,  saisie  par  l'ennemi. 

Toutes  ces  citai  ions  sont  traduites  eu  russe  dans  le  cours  de  sa 
brochure,  et  le  texte  original  est  reproduit  en  français  dans  des 
notes,  au  bas  de  chaque  page,  (le  manière  à  rendre  le  juge- 
ment facile  à  tous  les  lecteurs.  Deux  notes  de  la  page  3 9  lui  pa- 
raissent surtout  être    concluantes  ;  elles   sont    extraites  d'une 
lettre  du  maréchal  Berthier  au  prince  Koutousof  (  en  date  de 
Troïztkoï,  8/20  oct.  )  et  de  la  réponse  de  celui-ci  (en  date  de 
Taroutino,  9/ar  oct.  ).  On  lit  dans  la  première  que  «  le  géné- 
ral Lauriston  avait  été  chargé  de  proposer  des  arrangement 
pour  donner  à  la  guerre  un  caractère  conforme  aux  règles  éta- 
blies et  prendre  des  mesures  pour  ne  faire  supporter  au  pays 
que  les  maux  indispensables  qui  résultent  de  l'état  delà  guerre.» 
Le  maréchal  Koutousof  répond  «  qu'il  est  difficile  d'arrêter  un 
peuple  aigri  par  tout  ce  qu'il  voit,  un  peuple  qui  depuis  trois 
cents  ans  n'a  point  connu  de  guerre  intérieure,  qui  est  prêt  à 
s'immoler  pour  sa  patrie  et  qui  n'est  point  susceptible  de  ces 
distinctions  entre  ce  qui  est  ou  ce  qui  n'est  pas  d'usage  dans  les 
guerres  ordinaires.  »  M.  Davuidof  s'empresse  de  tirer    de   ces 
passages  la  preuve  de  toutes  les  inquiétudes  que  les  partisans 
donnaient  à  l'armée  française,  et  nous  croyons  la  chose  trop 
bien  prouvée  depuis  long-tems  pour  nous  y  arrêter  davantage. 
Mais,  ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable  et  de  plus  important 
pour  l'histoire  dans  les  erreurs  que  relève  M.  pavuidof,  c'est 
cette  assertion  des  Mémoires  de  Napoléon,  que  le  séjour  de 
l'armée  française  à  Moscou  fut  de  20  jours.  «  Ce  séjour,  répond 
l'écrivain  russe,  ne  fut  pas  de  20  jours,  mais  bien  de  34.  Na- 
poléon entra  dans  cette  capitale  le  2  septembre ,  et  n'en  sortit 
que  le  7  octobre.  Cette  remarque  est  très-importante;  car  ces 
14  jours  sont  remplis  par  l'armistice  de  Taroutino,  qui  a  eu 
une  influence  si  directe  sur  le  sort  de  l'armée  française.  En  ef- 
fet, si   les  Français  eussent  quitté  Moscou  14  jours  aupara- 
vant, aucun  des  projets  du  maréchal  russe  n'aurait  atteint  sa 
maturité.  L'armée  russe  n'aurait  pas  eu  le  temsde  se  renforcer 
des  troupes  rassemblées  par  le  prince  Labaunf;  les  recrues  et 
les  nouveaux  soldats   incorporés  dans  les  régimens  de   ligne 
n'auraient  pas  été  suffisamment  exercés;  on  n'aurait  pas  reçu 
le  renfort  des  24  régimens  de  Cosaques  du  Don,  qui,  réunis  à 
ceux  que  possédait  l'armée   russe,    offrirent  plus   de    20,000 
hommes  de  cavalerie  légère,  qui  firent  tant  de  mal  aux  Français 
dans  leur  retraite  ;  l'enthousiasme  des  Russes  n'aurait  pas  été 
excité  par  la  victoire  du  6  octobre.. .Enfin,  si  l'armée  française 
avait  quitté  Moscou  14  jours  plus  tôt, non-seulement  elle  aurait 
t.  xxxyii. — Février  1828.  29 


/,5o  LIVRES  ÉTRANGERS. 

évité  la  famine,  mais  elle  eût  traversé  toute  la  distance  de  cette 
ville  à  Smolensk  par  un  beau  chemin  et  un  beau  tems,  l'au- 
tomne ayant  été  chaud,  contre  l'ordinaire,  et  le  froid  n'ayant 
réellement  commencé  que  le  22  octobre  et  ayant  surpris  les 
Français  sous  les  murs  de  Viazma.  »  Cette  prolongation  de  sé- 
jour à  Moscou,  si  justement  reprochée  à  Napoléon,  ne  peut 
plus  être  un  point  de  contestation;  là  fut  tonte  sa  faute,  de  là 
vinrent  tous  les  désastres  de  notre  armée,  et  le  témoignage  d'un 
écrivain  russe,  qui  se  montre  aussi  impartial  que  zélé  pour  la 
gloire  de  son  pays,  devra  être  d'un  grand  poids  aux  yeux  de 
l'histoire. 

M.  Davuidof,  nous  aimons  à  le  reconnaître,  a  conservé  dans 
cette  discussion  toute  la  décence  et  la  dignité  que  l'on  pouvait 
attendre  d'un  homme  digne  d'apprécier  le  mérite  militaire,  et 
que  son  esprit  et  ses  talens  ont  rendu  aussi  célèbre  dans  la  so- 
ciété que  sur  les  champs  de  bataille  (1).  Soldat  lui-même,  il  a 
respecté  ,  dit-il ,  la  gloire  du  premier  soldat  de  tous  les  siècles , 
et  la  mémoire  de  celui  que  quelques -uns  de  ses  anciens  servi- 
teurs, de  ceux  même  qu'il  avait  comblés  de  bienfaits,  ont  eu 
plus  d'une  fois  la  lâcheté  d'insulter  et  de  calomnier. 

148.  —  Eléguiï  i  drouguiïa  stikhotvoréniïa  ,  etc.  —  Élégies  et 
autres  poésies  de  Dmitri  Glébof.  Moscou,  1827;  imprimerie 
d'Aug.  Sémen,  In-8°  de  ïv-3oi  pages. 

L'art  des  transports  de  l'âme  est  un  faible  interprète  ; 

L'art  ne  fait  que  des  vers  ,  le  cœur  seul  est  poète. 

Ces  deux  vers  français,  que  l'auteur  a  pris  pour  épigraphe  , 
peuvent  s'adresser  aux  poëtes  en  général,  mais  conviennent 
surtout  au  poêle  élégiaque.  Le  recueil  de  M.  Glébof  se  com- 
pose de  deux  livres  d'élégies,  de  ballades,  d'épîtres,  de  ro- 
mances et  d'autres  poésies  légères ,  dont  la  plupart  sont  em- 
pruntées à  Bertin,  à  Legouvé,  à  Millevoye  et  à  divers  poëtes 
français;  ces  emprunts ,  dit  le  Télégraphe  de  Moscou  (  Sept. 
1827,  p.  38),  auquel  nous  devons  les  matériaux  de  notre  ar- 
ticle, sont  faits  en  général  avec  talent  et  avec  goût,  quoique  le 
traducteur  laisse  à  désirer  quelquefois  plus  d'énergie  et  plus  de 
mouvement  dans  certains  passages  où  ses  modèles  brillent  par 
ces  deux  qualités.  L'école  française,  ajoute  le  journal  russe ,  a 
cessé  d'être  en  honneur  parmi  nous;  nous  ressemblons  à  des 
enfans  volontaires  qui,  après  avoir  secoué  le  joug  des  maîtres, 

(1)  M. Davuidof  est  un  des  poètes  modernes  les  pins  distingués  de  la 
Russie.  On  connaît  de  lui  des  pièces  charmantes  ,  surtout  une  qui  a 
pour  titre  le  Jour  de  garde  (  dejourstvo)  ,  et  qui  a  même  été  attribuée 
par  quelques  personnes  au  célèbre  poète  lyrique  Derjavine. 


RUSSIE.    -POLOGNE.  45i 

nous  vengeons  contre  mx  de  l'ennui  que  dons  avons  éprouvé 

dans  les  classes.  Sans  doute  il  ne  faut  pas  toujours  rester  éco- 
liers; niais  nous  n'en  devons  pas  moins  de  la  reconnaissance  à 
nos  maîtres,  quoiqu'en  avançant  dans  la  carrière  nous  /ions 
apercevions  que  leur  exemple  ne  doit  pas  être  servilement 
suivi,  et  que  tOUl  ce  que  nous  avons  appris  d'eux  ne  doit  pas 
être  regardé  comme  sacré.  Gardons-nous  surtout  d'être  exclu- 
sifs, et  ne  quittons  pas  entièrement  une  imitation  pour  une 
autre.  Sans  chercher  à  soutenir  l'infaillibilité  des  modèles  fran- 
çais, on  s'étonne  de  voir  refuser  la  qualité  de  poète  à  Millevoye 
par  ceux  qui  se  déclarent  partisans  de  Schiller,  de  Byron  et  de 
Goethe;  on  peut  reconnaître  tout  à  la  fois  le  génie  de  ces  trois 
poètes  et  celui  de  Millevoye.  Beaucoup  de  ses  vers  se  gravent 
également  dans  la  mémoire  et  dans  le  cœur  ;  il  ne  s'est  point 
d'ailleurs  traîné  en  esclave  sur  les  chemins  battus  par  ses  pré- 
décesseurs; et,  si  la  mort  n'était  pas  venue  le  surprendre  au 
milieu  de  ses  triomphes,  peut-être  occuperait-il  aujourd'hui 
l'un  des  premiers  rangs  parmi  les  poètes  français  contempo- 
rains. Avec  autant  d'imagination  que  l'auteur  des  Méditations 
poétiques ,  il  avait  plus  de  variété  dans  l'esprit,  un  style  plus 
correct  et  plus  de  véritable  sensibilité.  » 

Nous  avons  pensé  qu'on  aimerait  à  trouver  ici  ce  jugement 
d'un  critique  russe  sur  notre  littérature  ;  bientôt  ,  au  milieu  de 
la  confusion  et  de  l'anarchie  qui  régnent  parmi  nos  Aristarques, 
c'est  aux  étrangers  que  nous  irons  demander  pour  nos  chefs- 
d'œuvre,  et  surtout  pour  ceux  que  le  grand  siècle  nous  a  lé- 
gués, la  justice  qu'on  leur  refuse  en  France,  où  le  mauvais 
goût  voudrait  nous  rendre  complices  des  efforts  qu'il  fait  pour 
nous  ramener  au  siècle  des  Dubartas  et  des  Ronsart.  Sachons 
gré  aux  auteurs  étrangers  qui  n'ont  pas  entièrement  renoncé  à 
chercher  des  modèles  parmi  nous;  nous  ne  sommes  pas  encore 
au  point  où  voudraient  nous  voir  les  ennemis  de  notre  gloire 
littéraire;  et  les  productions  des  Ségur,  des  Etienne  ,  des  An- 
drieux,  des  Pongerville  et  de  leurs  émules  protestent  haute- 
ment en  France  en  faveur  du  goût  et  de  la  saine  littérature. 

E.  Héreau. 
POLOGNE. 

i/i9  —  *  Examen  théorique  et  pratique  de  la  méthode  cura- 
t'we  du  D'  Hahnemann,  nommée  homéopathie;  par  le  Dr  Bigel, 
médecin  de  l'école  de  Strasbourg  ,  etc. ,  etc.  Varsovie,  1827  ; 
rducksberg.  Paris,  Ponthieu  et  Cie;  Béchet  jeune.  2  vol.  in-8a 
de  328  et  392  pages;  prix,  à  Paris,  12  fr. 

Le  docteur  Bigel  est  un  Français  qui  a  demeuré  long-tems  à 

29. 


,,,7  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Saint-Pétersbourg.  Ayant  accompagne  à  Dresde,  en  182/i , 
l'épouso  du  grand-duc  Constantin,  il  eut  occasion  d'y  voir  le 
docteur  Hahnemann  ,  de  prendre  connaissance  de  sa  doctrine; 
et,  après  l'avoir  mise  en  pratique  à  son  retour  à  Varsovie,  il 
s'en  constitua  le  zélé  défenseur.  Il  inséra  dans  un  journal  alle- 
mand qui  se  publie  à  Leipzig,  et  qui  est  intitulé  Archives  de  la 
médecine  homéopathique ,  des  dissertations  écrites  en  langue 
française,  qui,  reimprimées  de  nouveau  et  réunies,  forment 
en  grande  partie  l'ouvrage  que  nous  annonçons,  et  que  leur  au- 
teur destine  particulièrement  à  l'instruction  de  ses  compatriotes. 
Les  détails  assez  étendus  que  la  Revue  Encyclopédique  a 
donnés  dans  le  cahier  de  septembre  1827  (  t.  XXXV,  p.  777 
et  suivantes)  sur  l'homéopathie  du  docteur  Hahnemann,  nous 
permettent  de  nous  borner  à  quelques  considérations  sur  ce 
qui,  dans  cette  nouvelle  doctrine,  est  surtout  de  nature  à  ex- 
citer l'éronnement.  Si  l'on  peut  admettre  sans  difficulté  que, 
parmi  les  diverses  manières  d'amener  la  guérison  d'une  mala- 
die, il  en  existe  une  qui  consiste  à  l'accroître  et  qui  produise 
la  cessation  du  mal  par  son  excès  même,  puisqu'on  guérit  une 
brûlure  en  l'approchant  de  nouveau  du  feu,  qu'on  rend  la  vie  à 
un  membre  gelé  en  le  frottant  avec  delà  neige;  il  est,  d'un  autre 
côté,  bien  difficile  de  croire  qu'on  puisse  arriver  à  ce  résultat  par 
l'emploi  d'atomes  aussi  petits  que  ceux  dont  se  servent  les  mé- 
decins homéopathiques.  Ainsi,  par  exemple,  la  douee-amère 
est  une  plante  peu  active,  et  son  extrait  a  été  pris  sans  incon- 
vénient à  la  dose  d'une  once;  suivant  Hahnemann,  dans  les 
cas  où  elle  est  indiquée ,  on  ne  doit,  donner  qu'un  octillionième 
de  goutte  de  sa  teinture,  et  alors  même  son  action  dure  pen- 
dant dix  à  douze  jours.  Le  rapport  de  ces  deux  doses  serait 
donc  comme  576  esta  0,000000000000000000000000001.  Pour 
d'autres  médicamens  la  décilionième  partie  d'un  grain  est  en- 
core trop  active,  et  on  ne  peut  l'administrer  qu'en  plusieurs 
fois.  Ne  semble-t-il  pas  qu'un  monde  nouveau,  celui  des  in- 
finiment petits,  comparable  en  quelque  sorte  à  celui  que  la 
découverte  des  verres  lenticulaires  fit  apercevoir  parmi  les 
atomes,  s'ouvre  pour  la  médecine,  et  qu'elle  est  appelée  à  des 
considérations  du  genre  de  celles  qui,  avec  tant  d'avantages, 
pour  les  sciences  exactes,  donnèrent  naissance  au  calcul 
infinitésimal.  Les  raisonnemens  sur  lesquels  s'appuient  les 
disciples  du  docteur  Hahnemann  pour  faire  concevoir  que  des 
quantités  aussi  minimes  aient  une  action  puissante  et  salutaire 
paraissent  plus  spécieux  que  concluans;  mais  ils  y  ajoutent  le 
récit  de  faits,  d'observations  non  moins  extraordinaires  que 
leur  théorie.  Or,  ces  faits,  il  faut  ou  les  nier  ou  bien  les  atli  i- 


POLOGNE.—  SUÈDE. 
huer  au  régime    sévère  impose  aux  malades,  ou  encore  à  ta 
puissance  dé  l'imagination  qui  quelquefois  a  produit  des  mi 

racles,  on  enfin,    si    on  !e,  regarde  COmme  vrais  el    comme  le 

résultai  de  l'administration  de  médicamens  réduits  à  de  pa- 
reille* doses  ,  il  Tant  élever  des  Statues  an  docteur  llalinomann 
et  proclamer  sa  découverte  comme  la  pins  étonnante,  et  pent- 
étre  la  plus  précieuse  qui  ait  été  faite  depuis  des  siècles  en 
faveur  de  l'humanité.  Du  reste,  ce  n'est  pas  une  doctrine  qui 
puisse  s'amalgamer  avec  les  nôtres  et  seulement  les  modifier; 
il  faut  renoncer  à  ce  que  nous  avons  appris,  refaire  la  patho- 
logie tout  entière,  n'étudier  plus  que  des  symptômes,  en  nous 
résignant  à  ignorer  toujours  la  cause  interne  ou  prochaine  des 
maladies,  recommencer  la  matière  médicale  comme  si  rien 
encore  n'avait  été  fait  dans  cette  science,  n'admettre  que  des 
spécifiques  et  traiter  les  malades  tout  autrement  qu'ils  l'ont 
toujours  été.  Cependant,  pour  savoir  à  quoi  nous  en  tenir  en 
définitive  sur  l'homéopathie,  il  convient  d'attendre  que  le 
teins,  qui  met  les  conceptions  humaines  à  leur  place  et  fait 
justice  des  idées  chimériques,  tandis  qu'il  sanctionne  toutes  les 
vérités,  oit  prononcé  sur  sa  valeur.  Rigoliot  fils,  d.  m. 

SUÈDE. 

i5o.  — *  Recueil  de  lettres,  proclamations  et  discourt  de 
Charles  Jean,  prince  royal,  et  ensuite  roi  de  Suède  et  de 
Norvège.  Stockholm,  i825;  imprimerie  de  C.  Deleen.  In-8° 
de  325  pages.  Ne  se  vend  point. 

Le  bras  qui  est  armé  du  sceptre  le  quitte  rarement  pour  la 
plume,  et  peu  de  têtes  couronnées  se  sont  fait  une  gloire  de 
rendre  hommage  à  l'opinion  ,  en  publiant  leurs  pensées.  Le 
grand  Frédéric  était  jusqu'à  nos  jours  un  exemple  à  peu  près 
unique  en  ce  genre,  et  encore  n'avait-il  cédé,  en  se  faisant 
imprimer,  qu'au  frivole  désir  de  passer  pour  poëte.  Ses  prin 
cipes  sur  les  gouvernemens  et  sur  les  droits  des  nations  n'avaient 
rien  de  commun  avec  ceux  que  proclament  aujourd'hui  les 
rois  constitutionnels.  Une  telle  détermination  cependant  n'au- 
rait rien  que  d'honorable,  el  il  serait  à  désirer  que  les  hommes 
qui  doivent  influer  puissamment  sur  la  destinée  des  peuples 
donnassent ,  dans  quelques  écrits  rendus  publics,  l'exposé  de 
leurs  principes  et  de  leurs  vues  administratives ,  qui  offrirait 
des  garanties  à  leurs  peuples,  des  instructions  utiles  à  leurs 
successeurs.  Les  conseils  de  courtisans  ,  toujours  intéressés  à 
les  tromper,  auraient  inoins  d'influence  sur  leur  conduite  ;  et 
des  liaisons    de  confiance  et  d'affection,  plus  faciles   et  plus 


454  LIVRES  ÉTRANGERS. 

intimes,  pourraient  s'établir  entre  eux  et  les  nations  qu'ils  sont 
appelés  à  gouverner.  C'est  à  défaut  de  sympathie  et  d'harmonie 
entre  les  rois  et  les  peuples,  que  des  ageos  intermédiaires,  dé- 
corés du  nom  d'hommes  d'état  et  habiles  à  spéculer  sur  l'irri- 
tabilité des  uns  et  des  autres,  parviennent  h  se  rendre  néces- 
saires en  divisant,  pour  régner,  et  ne  laissant  aux  princes  que 
le  titre  de  souverains  et  de  vaines  prérogatives  dont  ceux-ci  se 
montrent  d'autant  plus  jaloux  qu'ils  ont  plus  complètement 
aliéné  leur  volonté  personnelle  et  compromis  la  dignité  de 
leurs  trônes. 

Dans  l'ouvrage  que  nous  annonçons,  un  monarque  vient  nous 
exposer  lui-même  sa  profession  de  foi  politique  et  les  vues 
qui  le  dirigent.  Le  roi  de  Suède  Charles  Jean  n'ayant  eu 
aucun  motif  de  s'opposer  à  ce  qu'un  libraire  de  sa  capitale  pu- 
bliât un  recueil  des  lettres  qu'il  a  écrites,  des  proclamations  qu'il 
a  faites,  des  discours  qu'il  a  prononcés  ,  comme  prince  royal 
et  ensuite  comme  roi,  nous  avons  l'avantage  de  pouvoir  ap- 
précier la  manière  dont  il  envisage  les  devoirs  que  sa  position 
élevée  lui  impose.  Les  pièces  réunies  dans  ce  recueil  s'étendent 
du  20  octobre  1820  au  28  janvier  1825.  La  première  est  le 
discours  prononcé  par  le  prince  royal,  à  son  arrivée  à  Hel- 
singbourg,  et  la  dernière  ,  une  allocution  du  roi  de  Suède  et  de 
Norvège  à  l'académie  d'agriculture  de  Stockholm.  Toutes  res- 
pirent un  vif  intérêt  pour  ses  peuples,  et  un  généreux  attache- 
ment aux  principes  constitutionnels.  Partout  il  montre  aux 
Suédois  le  bien  de  la  patrie  comme  le  but  de  leurs  actions,  et 
il  se  propose  de  rendre  la  liberté  de  la  Scandinavie  inébranlable 
comme  ses  montagnes.  Ce  qui  flatte  le  plus  le  roi  de  Suède, 
c'est  d'avoir  été  l'objet  de  l'élection  unanime  d'un  peuple  libre; 
c'est  le  choix  libre  de  la  nation  qui  lui  a  conféré  des  droits 
au  trône;  et  par  là,  ces  droits  sont  devenus  plus  légitimes  et 
plus  sacrés  que  s'il  fût  descendu  d'Odin. 

Ou  aime  à  retrouver  les  mêmes  principes  dans  tous  les  actes 
de  ce  recueil.  Si  Charles  Jean  s'adresse  aux  Etats-Généraux  ,  il 
les  entretient  de  son  respect  pour  la  liberté  constitutionnelle; 
il  déclare  que  le  seul  hommage  national  que  puisse  souhaiter 
un  gouvernement  éclairé  et  libéral ,  c'est  d'être  jugé  sur  ses 
actions  ;  il  sait  que  les  nations  ne  prospèrent  et  ne  s'affermissent 
que  sous  l'égide  des  lois  protectrices  de  la  liberté  individuelle 
et  du  droit  de  propriété  ;  que  la  gloire  des  conquérans  peut 
disparaître  ,  mais  que  celle  des  hommes  qui  défendent  la 
liberté  des  nations  est  pure  et  durable.  Loin  de  s'effrayer  d'une 
divergence  d'opinion  au  sein  de  l'assemblée  législative  ,  il  ne 
conçoit  pas  l'idée  qu'elle  puisse  avoir  d'autre  motif  que  celui 


SI  ÈDE. 
il'un  vrai  patriotisme |   et  il  professe  le  plus  profond  respecl 
pour  la  manifestation  constitutionnelle  de  toute  pensée  en 

opposition  à  la  sienne. 

L'instruction  publiques  été  L'objet  de  la  sollicitude  du  roi 

Charles   Jean.    Con\aiueii  que,    plus    une   nation  est    éclairée, 

plus  on  voit  se  développer  dans  son  sein  un  zèle  patriotique 
qui  est  le  garant  de  .^a  grandeur  et  de  son  indépendance,  il 
cherche  ;•  donner  uo  nouvel  essor  à  l'éducation  par  de  nom- 
breux encouragemens ,  el  il  permet  à  son  fils  de  passera  l'Uni- 
versité  d'T  psal  le  tems  où  ses  devoirs  ne  réclament  pas  ailleurs 
sa  présence,  espérant  qu'il  y  puisera  ces  vrais  principes  de 
morale  publique  et  de  patriotisme  qui  inspirent  le  respect  poul- 
ies droits  «les  citoyens  et  pour  la  dignité  de  l'homme. 

Ou  trouve  dans  ce  recueil  des  morceaux  que  l'on  voudrait 
citer  en  totalité  pour  donner  l'idée  parfaite  d'un  prince  qui 
ne  s'est  pas  laissé  éblouir  par  l'éclat  d'un  trône,  ni  enivrer  par 
les  fumées  de  l'orgueil.  Tel  est  le  discours  que  Charles  Jean 
prononça  au  conseil  d'état  le  jour  où  son  fils  vint  y  prendre 
place  pour  la  première  fois.  «Un  prince  ,  lui  dit-il,  doit 
racheter  la  faveur  du  rang  par  de  grandes  vertus  et  des 
qualités  supérieures.  Par  de  belles  actions,  on  excite  l'admira- 
tion des  peuples;  mais  il  en  faut  faire  de  lDonnes  pour  s'attirer 
leur  amour.  Tout  ce  que  l'intérêt  ou  la  flatterie  ont  inventé 
pour  donner  aux  princes  le  change  sur  leurs  actions  disparaît 
bientôt  à  la  lumière  de  la  vérité.  Utilité,  justice,  c'est  là  le  sceau 
que  respectent  les  tems,  la  seule  illustration  durable.  Gravez 
dans  votre  cœur  ces  profondes  leçons;  songez  que  l'auguste 
couronne  que  décerne  un  peuple  libre  sera  toujours  mal  affer- 
mie sur  une  tète  gonflée  d'orgueil  et  de  caprices,  qu'il  faut  se 
préparer  à  la  porter  par  un  sentiment  profond  des  devoirs  des 
rois  et  des  droits  des  peuples.  Malheur  au  prince  qui  se  per- 
suade qu'en  effaçant  les  traces  des  droits  de  sa  nation,  il  re- 
hausse l'éclat  et  le  pouvoir  du  trône  !  » 

Ces  principes  dans  la  bouche  d'un  roi  sont,  sans  contredit, 
le  garant  réel  de  la  sagesse  et  de  la  libéralité  de  son  adminis  • 
tration  :  la  publication  des  écrits  qui  les  renferment  honore 
son  règne  et  doit  lui  concilier  tous  les  cœurs  ;  des  peuples  assez 
heureux  pour  être  gouvernés  par  de  semblables  doctrines,  ne 
sont  point  ingrats  et  ne  recueillent  qu'avec  reconnaissance  les 
avantages  de  leur  application.  C'est  un  monument  unique  jus- 
qu'à ce  jour  dans  les  fastes  des  princes  et  des  nations.;  c'est  la 
preuve  d'un  grand  caractère,  qui  trouve  en  lui  sa  plus  noble 
récompense.  Lorsqu'un  monarque,  s'a  p  pu  van  t  sur  l'expression 
de  la  raison  publique,  s'est  fait  un  devoir  de  ne  conduire  un 


456  LIVRES  ÉTRANGERS. 

peuple  qu'en  l'éclairant,  le  peuple  ne  réclame  d'autre  liberté 

que  celle  qui  est  fondée  sur  les  lois  et  sur  le  maintien  de  l'ordre 

social. 

Le  Recueil  que  nous  annonçons  renferme  aussi  des  lettres 
écrites  à  Napoléon  ,  dès  l'arrivée  du  prince  royal  en  Suède  , 
à  la  fin  de  1 8 10;  puis,  successivement ,  en  181 1, 1812  et  181 3. 
Elles  tendent  à  expliquer  les  causes  de  la  rupture  du  prince 
avec  Bonaparte,  et  les  motifs  qui  le  déterminèrent  à  prendre 
parti  pour  l'armée  russe.  Ces  lettres  sont  écrites  dans  l'intérêt 
de  la  Suède  ,  et  sons  l'influence  des  événemens  de  cette  mémo- 
rable époque.  Nous  nous  abstiendrons  de  les  juger,  avec  d'au- 
tant plus  de  raison  que  nous  ne  connaissons  qu'imparfaitement 
les  faits  qui  s'y  rapportent,  et  nullement  les  réponses  ou  les 
lettres  antécédentes  de  Bonaparte.  Quant  aux  proclamations 
du  prince  royal  de  Suède,  datées  des  bords  du  Rhin  en  1814, 
elles  avaient  déjà  paru  dans  les  feuilles  publiques,  et  on  les 
trouve  dans  plusieurs  collections  de  documens  historiques.  R. 

ALLEMAGNE. 

i5i.  —  *  Lehrbuch  der practischen  Einleitung  in  aile  Bûcher 
der  heiligen  Schrift.  —  Introduction  pratique  pour  tous  les 
livres  de  l'Écriture  sainte,  par  le  Dr  C.  -  F.  Staudlin.  Goet- 
tingue,  1826;  Vandenhœk  et  Ruprecht.  In -8°  de  xiv  et  3c,3 
pages. 

La  ré  formation,  en  séparant  plusieurs  millions  de  chrétiens 
de  l'église  romaine  et  de  sa  tradition ,  les  renvoya  à  l'Écriture 
sainte,  comme  à  la  base  unique  de  leur  croyance  et  de  leui  en- 
seignement religieux.  Le  libre  examen,  après  avoir  déchiré  le 
voile  doni.  l'influence  hiérarchique  avait  entouré  la  Bible,  se 
porta  bientôt  sur  ce  livre  même.  Cependant,  les  premiers  ré- 
formateurs, ne  pouvant  s'entendre  sur  tous  les  points  de  la  foi 
chrétienne,  se  virent  forcés  de  s'enquérir  des  règles  nécessaires 
à  l'interprétation  de  l'Écriture  sain  le,  et  c'est  ainsi  que  prit 
naissance  une  science  nouvelle,  celle  de  Y  interprétation  scienti- 
fique delà  Bible.  Dans  l'église  catholique  romaine,  la  Bible 
n'avait  été  interprétée  que  par  X autorité  ou  des  pères  de  l'é- 
glise,  ou  d'une  prétendue  inspiration  des  princes  de  l'église  , 
rassemblés  en  concile  général,  ou  enfin  de  l'église  elle-  même 
concentrée  dans  la  personne  du  souverain  pontife.  Les  réfor- 
mateurs, en  rejetant  cette  autorité,  durent  se  replier  sur  eux- 
mêmes,  et  ne  pouvant  prétendre  à  l'infaillibilité,  ils  durent 
abandonner  au  raisonnement  et  au  libre  arbitre  de  chaque  in- 
dividu l'intelligence  de  tel  ou  tel  passage  de  l'Ecriture  sainte. 


ALLEMAGNE.  /,r>7 

L'étttde  du  grec  el  d--  1'héblWI ,  ainsi  (pic  celle  des  autres  langues 

sémitiques  qui  peuvent  servir  à  bien  faire  entendre  Thébreux, 
l'étude  des  mœui  s  et  des  religions  orientales ,  celle  de  l'histoire 

de  l'église  et  (le  l'antiquité,  devinrent  toutes  de  plus  en  plus 
indispensables.    Enfin,    pour    interpréter   <•<•  que   des    hommes 

avaient  écrit  pour  leurs  semblables,  pour  distinguer  ce  qui 
pourrai!  leni  avoir  été  révélé  de  ce  qui  semblait  ne  l'avoir  pas 

été,  pour  prouver  enfin  la  nécessité  dune  révélation,  OU  pour 
la  contester,  il  fallut  compulser  les  systèmes  philosophiques  des 
païens,  comparer  les  différentes  religions  et  analyser  scrupu- 
leusement la  nature  de  l'homme  ;  si  bien  (pie  Tanthiopologie  , 
l.i  psychologie,  la  logique  et  la  métaphysique  devinrent  presque 
des  parties  intégrantes  de  la  théologie. 

[.es  Universités  servaient  de  foyers  à  tous  ces  travaux;  et 
dans  la  foule  des  petits  souverains  allemands,  il  s'en  trouva 
toujours  quelques-  uns  qui  ne  mirent  aucune  entrave  à  ces  dé- 
veloppemens  scientifiques.  D'ailleurs  la  Suisse  et  la  Hollande 
étaient  là  pour  servir  de  points  d'appui  aux  théologiens  alle- 
mands. C'est  donc,  d'une  part,  à  la  division  du  pays  et  de  l'é- 
glise, et  de  l'antre  à  la  réunion  de  tous  les  genres  d'études 
dans  les  Universités,  que  l' Allemagne  doit  son  illustration  scien- 
tifique. C'est  du  moins  en  partie  à  ces  circonstances  qu'elle  doit 
d'avoir  peut-être  devancé  ses  voisins  dans  les  études  philolo- 
giques, historiques,  théologiques  et  philosophiques. 

Parmi  les  Universités  qui  ont  le  plus  contribué  aux  progrès 
de  ces  études,  Goettingue  a  toujours  occupé  une  des  premières 
places,  et  c'est  là  que  l'auteur  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons 
vient  de  terminer  sa  carrière  ,  après  y  avoir  professé  avec  un 
grand  succès,  pendant  plus  de  trente  ans  ,  les  sciences  théolo- 
giques, et  avoir  enrichi  la  littérature  allemande  de  beaucoup 
d'ouvvages  très-remarquables. 

L'Introduction  pratique  à  la  Bible  est  un  des  derniers;  c'est 
le  fruit  d'une  étude  très-approfondie  de  cette  charte  religieuse 
de  l'humanité.  Sans  entrer  dans  des  détails  historiques  ou  cri- 
tiques, l'auteur  expose  successivement  avec  une  noble  simplicité 
les  vues  religieuses  et  morales  qui  constituent  le  fond  de  chaque 
livre  de  la  Bible;  et  en  donnant  ce  résumé  ,  il  n'a  d'autre  but 
que  de  faire  connaître  ces  monumens  historiques  ,  et  de  les  faire 
respecter  pour  tout  ce  qu'ils  contiennent  de  vrai,  de  beau  et 
d'utde,  abstraction  faite  de  la  source  de  laquelle  ils  peuvent 
être  émanés.  Mais,  en  y  signalant  le  progrès  des  idées  reli- 
gieuses en  général  ,  il  ne  manque  pas  non  plus  d'indiquer  les 
erreurs  dans  lesquelles  les  auteurs  de  plusieurs  parties  de  l'É- 
criture sainte  sont   tombés.  Pour  être  pieux,  il  ne  cesse  pas 


458  LIVRES  ÉTRANGERS. 

d'être  juste  ,  et  nulle  part  l'intérêt  de  la  religion  n'est  séparé  de 
l'intérêt  de  la  morale.  Dans  des  siècles  barbares ,  une  égale 
vénération  était  vouée  à  toutes  les  parties  du  livre  sacré,  et  la 
colère  de  Jehovah  envers  les  idolâtres  sert  encore  d'autorité 
au  clergé  romain  d'Espagne  et  d'autres  pays,  pour  réclamer 
l'extirpation  des  hérétiques ,  c'est-à-dire  ,  des  non-catholiques. 
La  civilisation,  en  exerçant  l'esprit  et  en  purifiant  le  sentiment 
moral,  nous  accoutume  à  saisir  les  différences  essentielles  des 
choses  que  la  barbarie  confondait.  C'est  pour  cela  que  l'Intro- 
duction du  professeur  Standlin  mérite  d'être  distinguée  et 
d'être  répandue  chez  les  nations,  qui  sont  encore  arriérées  dans 
la  civilisation  ,  comme  les  Espagnols,  ou  dont  les  travaux  se 
sont  concentrés  sur  d'autres  parties  de  la  littérature  et  des 
sciences.  L'auteur,  en  la  dédiant  aux  Sociétés  bibliques,  lui  a 
donc  assigné  sa  véritable  destination,  et  nous  pensons  qu'en 
joignant  à  chaque  Bible  un  exemplaire  de  cette  Introduction  , 
les  Sociétés  bibliques  feraient  un  grand  bien  et  éviteraient  les 
seuls  reproches  que  jusqu'ici  on  leur  ait  faits  avec  quelque  fon- 
dement. On  pourrait  y  ajouter  les  indications  très  concises  sur 
l'historique  et  l'origine  des  différentes  parties  de  la  Bible,  dont 
M.  le  prélat  Griesinger  les  a  fait  précéder,  dans  la  belle  édition 
de  l'Écriture  sainte  qu'il  a  publiée  en  1824  ,  à  Stuttgart  (  chez 
Metzîer). — Avec  une  pareille  Introduction  ,  la  lecture  des  dif- 
férens  livres  qui  composent  la  Bible  se  trouverait  régularisée; 
et  en  fixant  l'attention  sur  les  variations  qui  ont  été  le  résultat 
du  développement  successif  de  l'humanité,  on  préviendrait  le 
danger  qu'il  y  a  de  confondre  la  doctrine  du  vieux  avec  celle 
du  nouveau  Testament,  celle  de  Moïse  avec  les  prophètes  ,  et 
celle  des  apôtres  avec  celle  de  Jésus-Christ. 

Aujourd'hui,  comme  dans  tous  lestems  ,  on  est  porté  à  croire; 
on  en  sentira  toujours  le  besoin.  Mais,  toujours  aussi,  et  au- 
jourd'hui plus  que  jamais,  à  l'avenir  plus  encore  qu'aujour- 
d'hui, on  ne  veut  pas  être  forcé  à  croire.  On  veut  se  rendre 
raison  de  sa  croyance;  et,  si  même  on  se  résigne  à  ne  pas  vou- 
loir tout  comprendre,  du  moins  on  ne  se  résignera  plus  à  bles- 
ser la  morale  au  nom  de  la  religion,  et  à  croire  qu'il  soit  permis 
de  sacrifier  sa  conscience  à  l'autorité  d'un  clergé  fanatique  ,  et 
sa  raison  aux  superstitions  de  quelques  siècles  barbares. 

F.-GuilL  Carové,  Dr. 

i5a.  —  *  Relias ,  oder  geographisch  antiquarische  Darstellung 
des  alten  Griechen landes.  —  Hellas,  Description  géographique 
et  archéologique  de  la  Grèce  ,  par  M.  Kruse  ,  professeur  à  l'U- 
niversité de  Halle,  membre  de  plusieurs  Sociétés  savantes. 
Leipzig,  1827.  In-8°  avec  un  grand  atlas  (voy.  t.  xxxiv,  p.  4^6> 
l'annonce  du  tome  premier  ). 


ALLEMAGNE.  45g 

(  et  o\\\  rtgfl  eSl  un  des  plus  impoi  lans  cl  «les  plus  intéressant 

à  la  fois  qu'ail  produits  l  érudition  allemande  de  notreépoque, 

M.  kruse,  parcourant  toute  la  Grèce  avec  les  textes  anciens, 
n'énonce  pas  tin  fait  qui  ne  soit  appuyé  par  une  citation.  Et  ce- 
pendant, la  lecture  de  son  livre  est  facile  et  attachante;  l'esprit 
est  sans  cesse  frappé  de  noms  célèbres ,  ou  chers  à  la  cause  de 

la  liberté.  Tous  les  souvenirs  y  sont  retracés,  tous  les  restes  des 
antiquités  v  sont  décrits,  et.  le  voyageur,  avec  ces  volumes  et 
ces  cartes,  n'aurait  besoin  d'aucun  autre  secours. 

La  seconde  partie  du  tome  n  est  consacrée  à  la  Phocide,  a  la 
Doride,  à  la  Locridc,  à  l'Étolie  ,  à  l'Acarnanie  et  aux  îles  qui 
en  dépendent.  Nous  ne  pouvons  mieux  l'aire  connaître  la  ma- 
nière, de  M.  Kruse  qu'en  lui  empruntant  quelques  passages. 
«  N(\ii]Hictos,  la  seconde  ville  des  Locriens  Ozoles,  nommée  par 
Strabon ,  était  située  sur  le  rivage  de  la  mer  de  Crissa  ,  au  pro- 
montoire d'Antirrhium.  Selon  l'historien  Ephore,  ce  nom  lui 
venait  de  ce  qu'avant  la  migration  des  Doriens,  les  Locriens 
avaient  construit  leur  flotte  sur  cette  plage.  Scylax  place  Nau- 
pacte  dans  l'Étolie,  parce  que  par  la  suite  elle  fit  partie  de 
l'Étolie  Épiclète.  Cette  ville  acquit  une  grande  importance  quand 
les  Athéniens  l'occupèrent  (peu  avant  la  guerredu  Péloponèse) 
et  la  remirent  aux  Athéniens  chassés  de  leur  patrie  par  les  Spar- 
tiates. Naupacte  servait  de  port  aux  Athéniens,  lorsqu'ils  pré- 
paraient les  expéditions  qui  tendaient  à  soumettre  ou  à  contenir 
les  colonies  de  la  Grèce  occidentale.  Aussi  entretenaient -ils 
constamment  une  flotte  dans  ce  lieu.  Après  la  défaite  des 
Athéniens  à  Argos- Potamos ,  ils  furent  chassés  de  Nau- 
pacte par  les  Lacédémoniens,  et  les  Locriens  rentrèrent  en 
possession  de  leur  Mlle.  Les  Naupactiens  se  liguèrent  ensuite 
avec  les  Achéens  de  la  côte  opposée;  mais  Épaminondas  les 
expulsa,  et  Philippe,  roi  de  Macédoine,  soumit  l'Étolie  Épiclète 
et  la  ville,  et  la  plus  grande  partie  du  territoire  locrien.  Au 
tems  des  Romains,  Naupacte  était  sous  la  domination  des  habi- 
tans  de  Patrée.  Pausanias  vit  aux  environs  de  Naupacte  un 
temple  de  Neptune  avec  la  statue  d'airain  de  ce  dieu,  un  temple 
de  Diane  Étolienne,  dont  la  statue  était  en  marbre,  une  grotte 
consacrée  à  Vénus,  enlin  un  temple  d'Eseulape,  construit  par 
Phalysius,  en  reconnaissance  de  ce  que  le  dieu  d'Épidaure  l'a- 
vait miraculeusement  guéri  d'une  cécité.  Ptolémée  ne  place 
point  Naupacte  en  Étolie;  il  rend  cette  ville  à  la  Locride.  Selon 
la  table  de  Peutinger,  Naupacte  était  située  à  o,  milles  de  Caly- 
don,  à  20  milles  d'Evanthra.  Elle  figure  encore  parmi  les  villes 
importantes  ,  dans  Hiéroclès  édition  de  Wesseling).  L'itinéraire 
d'Antonin  la  note  aussi  comme  telle.  La  distance  qui  la  sépare 


/,6o  LIVRES  ÉTRANGERS, 

de  l'isthme  deCorinthey  est  évaluée  à  75o  stades.  Il  était  na- 
turel qu'on  n'abandonnât  point  volontairement  une  place  qui 
du  promontoire  d'Antirrhium  dominait  le  golfe  de  Corinthe.  Sa 
position  était  formidable,  et  elle  eut  un  grand  nombre  de  sièges  à 
soutenir.  Le  dessin  qu'on  voit  dans  l'ouvrage  de  Coronelli,  et  qui 
représente  Lépante,  ou  Nepacto  (  car  tel  est  aujourd'hui  son  nom) 
peut  faire  connaître  quels  étaient  les  avantages  d'un  port  qui 
contenait  la  totalité  des  flottes  athéniennes,  et  quelle  était  l'élé- 
vation de  son  acropole.  La  ville  est  appuyéesur  un  rocherpresque 
vertical,  sur  lequel  est  construite  la  forteresse.  Le  port,  demi- 
circulaire  ,  peut  se  fermer  avec  une  chaîne.  Non  loin  de  Nau- 
pacte  ,  au  bord  de  la  mer,  est  une  source  qui  fait  tourner  des 
moulins.  Les  environs  sont  ornés  de  jardins  où  croissent  le 
cèdre ,  le  citronnier  et  l'oranger;  la  vigne  y  produit  d'excellens 
vins.  L'empereur  Emmanuel  confia  cette  ville  aux  Vénitiens,  et 
trente  mille  Turcs  l'assiégèrent  en  vain  pendant  quatre  mois,  en 
i47$;  elle  tomba  enfin  au  pouvoir  de  Bajazet  II  qui  l'attaqua 
par  terre  et  par  mer  avec  i5o,ooo  hommes.  Tous  les  vestiges 
de  l'antiquité  ont  disparu,  à  l'exception  de  la  grotte  de  Vénus 
que  l'on  distingue  au  pied  du  mont  Rigeni.  Les  veuves  et  les 
jeunes  filles  ont  conservé  la  coutume  d'y  apporter  des  gâteaux 
et  du  miel  destinés  aux  Mites,  ou  bonnes  déesses.  Il  paraît  que  le 
temple  de  Ntptune,  dont  nous  avons  parlé,  était  situé  à  une 
lieue  de  la  ville,  près  le  promontoire  d'Antirrhium,  où  se 
trouve  aujourd'hui  le  château  fort  de  Lépante.  »  —  Toutes  les 
pages  de  M.  Kruse  offrent  le  même  intérêt ,  ou  un  intérêt  plus 
grand  encore  à  raison  des  souvenirs  qu'il  retrace.  Les  autorités 
sur  lesquelles  l'auleUr  s'appuie  sont  fidèlement  indiquées  au  bas 
du  texte. 

i53.  —  *  Nachtrag  zu  meinem  Werke.  —  Supplément  à  mon 
ouvrage  intitulé  :  Voyage  au  temple  de  Jupiter  Ammon,  et  vers 
la  Haute-Egypte ,  par  Henri  de  Minutoli  ,  lieutenant-général 
au  service  de  Prusse.  Berlin,  1827.  In-8°. 

Les  additions  que  M.  de  Minutoli  a  faites  à  son  ouvrage 
sont  au  nombre  de  cinquante ,  et  presque  toutes  se  rattachent 
à  l'archéologie.  Il  donne  d'abord  le  journal  d'un  voyage  à  tra- 
vers le  désert ,  rédigé  par  M.  Ginoc  ,  inspecteur  des  ponts  et 
chaussées,  ensuite  des  dissertations  archéologiques,  parmi 
lesquelles  on  peut  citer  ce  qu'il  dit  des  restes  du  temple  d'Umé- 
béda  ou  de  Jupiter  Ammon,  et  des  figures  hiéroglyphiques 
que  l'on  remarque  aux  deux  côtés  de  ce  temple.  On  lit  ensuite 
un  morceau  sur  la  fondation  du  temple  de  Jupiter  Ammon ,  et 
sur  l'établissement  de  colonies  à  Méroé,  et  à  ce  sujet  il  discute 
la  valeur  significative  de  deux  pièces  d'argent  qui  font  partie 


AI.LK-MAGNF.  \G\ 

delà  collection  de  iM.  Bosset de  Neuchâtel,  et  qui  présentent 
des  têtes  que  l'on  regarde  comme  des  têtes  de  nègres,  ei  sui 
le  revers  des  tètes  de  bélier.  Viennent  ensuite  les  chapitres  ln- 
titulés:  Pratiques  superstitieuses  des  Arabes;  Monumens  arabes 
au  Kjire;  Explications  sur  ce  qu'Hérodote  rapporte  du  cro- 
codile (et  il  faut  remarquer  que  les  assertions  de  cet  historien 
y  sont  défendues  :  ;  Rapprochement  des  idées  symboliques  de 
quelques  peuples  de  l'antiquité,  par  exemple,  des  Indiens, 
des  Égyptiens,  des  Perses,  des  Américains  et  surtout  des  Mexi- 
cains. L'écrivain  rassemble  ici  des  traditions  et  des  laits  qui 
semblent  annoncer  quelque  affinité  entre  les  Égyptiens  et  les 
Mexicains.  —  Selon  lui,  Thèbes,  qui  s'élevait  sur  les  deux  rives 
du  Nil,  était  divisée  en  deux  préfectures  :  celle  de  l'est  s'appe 
lait  Thebarum  Nom  us  ;  celle  de  l'ouest,  Phlouris  ou  Phaturites. 
Il  est  question  plus  loin  de  deux  statues  colossales  dont  M.  de 
Minutoli  a  parlé  dans  son  grand  ouvrage,  et  qui  pourraient 
être  celles  de  Sésostris  et  de  Mcmnon.  L'auteur  ajoute  de  nou- 
velles observations  à  celles  que  M.  Jomard  a  publiées  relati- 
vement à  la  conservation  des  morts  dans  le  troisième  volume 
de  la  Description  de  V Egypte.  Non-seulement  il  s'occupe  des 
catacombes  de  l'Egypte  et  des  peintures  qui  les  décoraient, 
mais  il  étend  cette  discussion  à  d'autres  peuples ,  et  de  plus  il 
la  fait  suivre  de  l'analyse  raisonnée  des  passages  d'Hérodote  à 
ce  sujet,  et  de  la  découverte  récente  de  divers  modes  de  con- 
servation des  cadavres.  Ce  morceau  est  le  plus  considérable 
du  recueil.  M.  Minutoli  s'y  est  livré  à  d'immenses  recherches 
qu'il  a  corroborées  par  ses  propres  observations;  mais  il  a  peu 
consulté  les  écrits  publiés  depuis  quelque  tems  sur  ce  sujet.  Il 
donne  ensuite  une  dissertation  sur  le  papyrus,  où  il  constate 
que  cette  plante  est  aujourd'hui  très- rare  en  Egypte.  Comme 
l'atlas  de  Belzoni  est  peu  répandu ,  M.  Minutoli  a  reproduit  les 
figures  de  la  grotte  sépulcrale  de  Psammis,  en  ne  prenant  toute- 
fois qu'une  figure  de  chaque  groupe,  à  l'exception  du  dernier 
qui  est  entier  :  ces  figures  sont  coloriées.  L'auteur  pense  que  le 
sujet  indiquait  quatre  nations  soumises  à  un  même  vainqueur, 
et  conduites  en  triomphe  devant  lui.  La  culture  delà  vigne  chez 
les  anciens  Égyptiens  et  à  Méroé  est  l'objet  d'une  intéressante 
discussion.  Le  dieu  Pan,  représenté  sur  un  vase  de  terre  cuite, 
que  M.  Minutoli  a  vu  à  Venise  ,  lui  semble  le  Mendès  des 
Égyptiens;  cependant,  il  doute  de  l'authenticité  et  de  l'anti- 
quité de  ce  vase.  On  lit  avec  intérêt  ses  observations  sur  les 
nilomètres,  sur  les  hiéroglyphes,  et  sur  quelques  particularités 
de  la  pyramide  de  Sakkara.  Il  croit  que  ces  pyramides  n'étaient 
pas  seulement  des  sépultures,  mais  qu'elles  servaient  aussi  de 


462  LIVRES  ÉTRANGERS, 

lieu  de  réunion  pour  les  sacrifices  et  les  initiations,  et  qu'elles 
doivent  leur  origine  aux  dynasties  de  pasteurs  de  race  sémi- 
tique :  elles  lui  paraissent  plus  appropriées  au  culte  des  Sa- 
béens  qu'à  celui  des  Égyptiens;  enfin  il  relève,  d'après  M.  de 
Humboldt,  la  singulière  ressemblance  qui  existe  entre  les  py- 
ramides d'Asie,  d'Egypte  et  d'Amérique.  Il  s'occupe  aussi  de 
l'inscription  grecque  que  sir  Sidney  Smith  a  communiquée  à 
la  Société  royale  des  antiquaires  de  France.  Il  serait  trop  long 
d'indiquer  tous  les  chapitres  de  l'ouvrage  ;  mais  nous  recom- 
manderons à  nos  lecteurs  un  travail  approfondi  sur  l'art  de 
faire  le  verre,  et  un  autre  sur  les  pylônes.  Nous  devons  pré- 
venir de  nouveau  que  nos  indications  sont  très-incomplètes, 
et  que  ce  volume  contient  une  foule  d'autres  objets,  traités 
avec  talent,  et  d'un  grand  intérêt.  P.  de  Golbéry. 

i54-  — *  Shakespeare' s  Schaaspiele  erlaùtert.  — OEuvres  dra- 
matiques de  Shakespeare,  commentés  par  F.  Horn.  4me  partie. 
Leipzig,  1827;  Brokchaus.  In-8°  de  3^7  pages. 

Les  trois  premiers  volumes  de  cet  ouvrage  ne  nous  étant 
point  parvenus,  nous  ne  pouvons  annoncer  que  le  quatrième, 
que  nous  avons  sons  les  yeux  ,  et  qui  est  destiné  à  le  compléter. 
M.  Horn  a  voulu  faire  connaître  à  ses  compatriotes  les  œuvres 
du  poète  dramatique  par  excellence  de  l'Angleterre  ,  et  il  en  a 
donné  une  analyse  en  prose,  extrêmement  exacte.  Chaque 
scène,  chaque  acte  sont  exposés  avec  une  grande  fidélité.  Il 
faut  savoir  gré  sans  doute  à  l'auteur  d'avoir  mis  les  œuvres  de 
cet  homme  de  génie  à  la  portée  de  ceux  des  Allemands  qui  ne 
comprennent  pas  l'anglais;  mais  il  faut  convenir,  quelque  soin 
qu'ait  apporté  M.  Horn  dans  ses  analyses,  qu'il  y  a  loin  d'une 
traduction  rapide  et  mêlée  de  digressions  historiques  au  tableau 
brillant  que  présente  l'original,  revêtu  des  formes  pompeuses 
et  à  la  fois  énergiques  de  la  poésie.  Le  quatrième  volume  con- 
tient dix  pièces  de  théâtre  ainsi  analysées,  dont  les  plus  re- 
marquables sont  Coriolan,  Périclès  ,  Antoine  et  Cléopâtre , 
Cymbelin ,  Mesure  pour  Mesure,  et  le  Songe  d'une  nuit  d'été , 
cette  production  si  originale  de  l'imagination  de  Shakespeare. 
M.  Horn  n'a  pas  voulu  se  borner  uniquement  au  rôle  d'inter- 
prète; il  a  joint  à  ce  quatrième  volume  un  appendice,  dans 
lequel  il  jette  un  coup  d'œil  sur  l'ancien  théâtre  anglais  et  sur 
celui  de  Shakespeare  en  particulier.  Il  reproche  tant  soit  peu 
aux  auteurs  de  la  Grande-Bretagne  d'avoir  généralement  traité 
d'une  manière  faible  les  caractères  de  femmes  qu'ils  mettent  en 
action;  et  ce  reproche,  il  l'étend  aux  Riehardson,  aux  Golds- 
mith,  aux  Fielding,  et  même ,  avec  assez  de  raison  suivant  nous, 
au  romancier  le  plus  célèbre  de  l'époque  moderne,  à  sir  Walter 


ALLEMAGNE.  463 

Scott  Dans  ce  même  appendice,  M.  Ilnm  fait  connaître  les 
services  qu* a  rendus  à  la  littérature  L.  Tieck,  qu'il  représente 

comme  celui  de  tous  les  écrivains  qui  a  le  mieux  apprécié  le 
lems  où  vivait  Shakespeare  ,  et  qui  a  le  mieux  développé  les 
analyses  des  ouvrages  de  celui  quon  peut  nommer  le  père  du 
théâtre  anglais.  Enfin,  M.  Ho  ru  termine  son  commentaire  par 
quelques  réflexions  sur  l'emploi  de  la  musique  dans  les  pièces 
ne  Shakespeare;  et  d'abord,  après  avoir  fait  un  grand  éloge  de 
sa  pairie,  non  seulement  sous  le  rapport  musical,  mais  encore 
relativement  à  toutes  les  sciences  et  à  tous  les  arts,  il  part  de  l'Al- 
lemagne, terre  classique  de  la  musique,  pour  établir  une  com- 
paraison avec  l'Angleterre  à  laquelle  il  refuse,  d'après  quelques 
exemples,  toute  espèce  de  sentiment  et  d'intelligence  de  cet  art 
si  brillant.  Peut-être  M.  Horn  ,  s'il  eût  mieux  connu  l'état  actuel 
de  la  musique,  se  fût-il  montré  moins  sévère  envers  les  Anglais, 
dont  les  progrès  à  cet  égard  sont  immenses,  et  qui ,  non-seu- 
lement pour  l'exécution,  mais  pour  la  composition  même, 
marchent  à  grands  pas  dans  une  excellente  route.  Quant  à 
l'emploi  de  la  musique  dans  les  pièces  de  théâtre,  M.  Horn 
l'approuve  complètement;  et  à  l'appui  de  son  opinion,  il  re- 
présente au  lecteur  les  situations  des  pièces  conçues  par  Sha- 
kespeare, et  prétend  que  le  secours  de  cet  art  offre  à  l'intérêt 
dramatique  un  ressort  de  plus,  soit  par  les  contrastes  qu'il 
établit  entre  une  douce  mélodie  et  de  fortes  situations,  comme 
la  romance  de  Roméo  et  Juliette,  ou  les  chants  de  la  triste 
Ophélie,  soit  par  l'impression  de  terreur  que  la  musique 
ajoute  à  l'action  même,  comme  dans  l'apparition  du  spectre 
d'Hamlet  ou  dans  celle  des  sorciers  de  Macbeth.         L.  Dh. 

i55. — Matthàtis  Edlen  von  Collin  nachgelassene  Gedichte.  — 
Poésies  posthumes  de  Mathieu  de  Collin,  choisies  et  publiées 
avec  une  préface  de  J.  de  Hammer.  Vienne,  1827;  Gérold. 
2  vol.  in- 12. 

Deux  frères  du  nom  de  Collin,  Henri  et  Mathieu,  se  sont 
distingués  en  Autriche  par  leur  talent  poétique.  Mathieu ,  né 
à  Vienne  en  1779,  avait  suivi  d'abord  la  carrière  de  la  juris- 
prudence. Il  avait  ensuite  été  nommé  professeur  d'histoire  de 
la  philosophie  à  Cracovie,  puis  à  l'Université  de  Vienne.  On 
a  de  lui  quatre  volumes  d'œuvres  poétiques,  publiés  par  lui- 
même  à  Pest,  i8i3  -  1817.  Cette  collection  comprend  ses  tra- 
gédies dont  les  sujets  ont  été  tirés  en  grande  partie  de  l'his- 
toire de  l'Autriche  et  des  pays  environnans  :  il  paraît  que  son 
intention  était  de  composer  une  série  de  douze  tragédies  et 
drames  qui  se  seraient  succédé  par  ordre  chronologique.  On 
trouve  encore,  dans  la  collection  dramatique  de  Mathieu  Collin , 


(6*  LIVRES  ETRANGERS, 

une  tragédie  du  Cid,  une  de  Marins,  et  un  drame  lyrique  lire 
des  poèmes  d'Ossian  ,  Kakhon  et  Kohnal.  Aucune  de  ces  pièces 
n'a  réussi  sur  la  scène.  Mathieu  Collin  a  été  aussi  l'éditeur  des 
œuvres  poétiques  de  son  frère  Henri,  qui  ont  paru  à  Vienne 
en  six  volumes.  Jusque-là  sa  carrière  avait  été  indépendante; 
mais  Collin  s'étant  attaché  au  gouvernement  autrichien  reçut 
des  missions  qui  devaient  gêner  son  essor  poétique.  Il  fut 
chargé  de  la  rédaction  des  Annales  de  la  littérature,  publiées 
par  ordre  et  aux  frais  de  l'État,  pour  répandre  ce  qu'on  appe- 
lait les  bonnes  doctrines,  c'est-à-dire,  le  goût  du  régime  absolu 
et  de  l'esclavage  de  la  pensée.  Collin  fit  ce  qu'il  fuit  pour  ins- 
pirer aux  Allemands  les  maximes  autrichiennes.  Mais  abstrac- 
tion faite  de  la  partie  politique  de  ce  journal,  qui  est  pi- 
toyable et  n'a  jamais  joui  d'aucune  considération,  les  Annales 
de  littérature  de  Vienne  sont  devenues  un  des  meilleurs  recueils 
de  l'Allemagne.  Les  articles  sur  la  littérature  orientale,  sur 
l'histoire,  la  philologie,  sont  pleins  d'instruction,  et  n'ont  point 
cette  pesanteur  qui  rend  pénible  la  lecture  des  articles  des 
journaux  critiques  de  Halle  et  de  Jéna.  Collin  renonça,  quelque 
tems  avant  sa  mort,  à  la  rédaction  des  Annales;  peut-être  était-il 
las  du  rôle  qu'on  lui  faisait  jouer.  Une  autre  mission  plus  im- 
portante, l'éducation  du  jeune  Napoléon,  dup  de  Reichstaedt, 
lui  fut  confiée  par  le  gouvernement  d'Autriche.  Collin  avait 
donné  auparavant  des  leçons  de  littérature  aux  jeuues  archi- 
duchesses, et  ce  fut  probablement  ce  qui  le  mit  en  évidence 
pour  la  place  d'instituteur.  Il  serait  curieux  de  connaître  les 
instructions  secrètes  qui  lui  furent  données  pour  cette  éduca- 
tion ;  mais  Collin  était  discret;  nous  ne  savons  rien  à  cet  égard. 
Ses  œuvres  posthumes  ne  contiennent  que  des  ouvrages  poé- 
tiques. On  y  trouve  la  tragédie  tfEssex  qu'il  avait  été  chargé 
de  refaire  et  qu'il  a  rendue  plus  poétique,  mais  en  délayant 
l'action  un  peu  trop  dans  ses  vers.  Le  premier  volume  de  ses 
œuvras  posthumes  contient  encore  deux  autres  pièces  drama- 
tiques assez  froides,  Fortunat  et  la  Demande  d'Amour.  Le 
second  volume  se  compose  de  ses  poésies  lyriques,  de  ses 
romances,  sonnets,  etc.  Parmi  les  romances  historiques,  plu- 
sieurs ont  eu  beaucoup  de  succès,  surtout  chez  les  Autri- 
chiens auxquels  elles  étaient  spécialement  destinées.  Collin 
n'était  pas  un  poëte  doué  de  beaucoup  de  verve;  mais  il  avait 
de  l'imagination  ,  et  il  écrivait  très-correctement. 

i56.  —  Aglaja ,  Tasc/ienbuch,  etc.  — Aglaé,  almanach  pour 
l'année  1828.  14e  année.  Vienne,  1827;  Wallishauser. 

Les  poètes  autrichiens  semblent  s'être  donné  rendez-vous 
dans  cet  almanach.  En   Autriche,  l'horison  de  la  littérature, 


ALLEMAGNE.-  SI  ISSE. 
•  i  pur  conséquent  Je  la  poésie  est  plus  étroit  que  dans  le  re  te 
<!<•  l'Allemagne.  Quand  ou  6te  tout  coque  la  censure  trouve 
blâmable,  il  reste  peu  d'objets  à  traiter.  Aussi  In  poésie  de 
Vjéglaéesi  pâMe  et  sans  éclat.  M.  <!<■  IKmmiu.i  donné  des  vers 
fort  insignifians ,  traduits  de  l'arabe  ou  <1"  persan;  SI.  C\s- 
ï!  mi  a  inséré  un  conte,  le  Livre  du  destin,  qui  n'a  pas  coûté 
grands  frais  d'invention  et  de  versification;  le  baron  Zed- 
ii  r/  a  tressé  des  couronnes  funéraires*  Sous  ce  titre  lugubre, 
l'auteur  décrit  assez  poétiquement  sa  visite  dans  les  lombeajix 
des  hommes  oélèbres.  Il  est  curieux  de  voir  de  combien  de 
circonlocutions  il  est  obligé  de  se  servir  pour  obtenir  la  per- 
mission de  parler  du  tombeau  de  Napoléon  ;  encore  n'a-l  -il 
nas  osé  le  nommer.  Le  célèbre  Beethoven  reçoit  des  hommages 
bien  mérités  dans  des  élégies  de  divers  auteurs  qui  déplorent 
la  mort  de  ce  grand  compositeur.  M.  West  adonné  un  frag- 
ment d'un  roman  de  moeurs  qui  annonce  un  esprit  fin  et  obser- 
vateur. Le  reste  de  YAglaé  est  médiocre.  Quand  il  y  aura  plus 
de  liberté  décrire  en  Autriche,  les  almanachs,  comme  les 
autres  produits  de  la  presse,  y  deviendront  meilleurs.    D — o. 

SUISSE. 

157.  —  *  Nette  Ferhandltingen,  etc.  —  Nouveaux  Mémoires 
de  la  Société  suisse  d'utilité  publique  concernant  l'éducation, 
l'industrie  et  les  pauvres.  T.  IV.  Zurich,  1828.  In-S°  de 
■).-■).  pages. 

ï  58.  —  *  Bcrieht  an  die srln\  eizerische,  etc.  —  Rapport  (ait  à 
la  Société  suisse  {futilité  publique  sur  les  établissemens  de  déten- 
tion de  la  Suisse;  par  M.  Charles  Iïouuckiiardt,  docteur  en 
droit,  président  du  tribunal  civil  de  Eàle.  Zurich,  1828.  In-8° 
de  iv  et  ni  pages. 

159.  — *  Rapport  sur  la  maison  de  détention  de  Lausanne  , 
fait  à  la  Société  d'utilité  publique  du  canton  de  Vaud,  par 
M.  D.  A.  Chavannes.  Lausanne,  1827.  Io-8Q  de  3/»  pages. 

iôo. —  *  Geschichte  der  baslcrislien  Gescllschaft ,  etc.  — 
Histoire  de  la  Société  bdloise  pour  l'avancement  du  bien ,  pi vi- 
dant les  cinquante  premières  année»  de  son  existence,  par 
M.  Charles  BoueckharoT,  président  du  tribunal  civil.  Bàle, 
1827.  In-8°  de  îv  et  1 V,  pages. 

Le  nouveau  volume  des  Mémoires  de  la  Société  suisse  d'uti- 
lité publique y  dont  les  travaux  influent  sur  la  prospérité  géu 
raie,  parce  qu'ils  forment  l'opinion,  contient  la  relation 
taillée  delà  17e  session  annuelle.  Cette  session  ,  qui  a  eu  lieu 
à  Pâle,  au  mois  de  septembre  dernier,  a  été  l'une  des 
t.  wwii.  —  Février  1828.  3o 


dé- 


466  LIVRES  ÉTRANGERS, 

marquantes  sous  le  rapport  de  l'importance  des  questions  trai- 
tées. L'une  des  trois  questions  a  concerné  l'éducation  des  en- 
fnns  employés  dans  les  fabriques;  une  autre,  les  établissemens 
de  détention  de  la  Suisse.  Des  mémoires  sur  les  prisons  de 
onze  cantons  ont.  été  adressés  à  la  Société;  M.  le  président 
Charles  Bourckhardt  les  a  résumés  dans  un  rapport  qui  est  un 
chef-d'œuvre  d'analyse  et  de  clarté.  Ce  travail,  élément  d'une 
partie  essentielle  de  la  statistique  de  la  Suisse,  a  été  imprimé 
dans  les  mémoires  de  la  Société  et  tiré  à  part;  répandu  da- 
vantage par  ce  moyen,  en  éclairant  l'opinion  publique  et  les 
gouvernemens  de  la  Suisse,  il  hâtera  sans  doute  les  améliora- 
tions dans  le  régime  des  prisons  et  propagera  le  système  péni- 
tentiaire dont  deux  cantons,  Genève  et  Vaud ,  éprouvent  déjà 
les  bons  effets.  Le  Rapport  sur  la  Maison  de  détention  de  Lau- 
sanne, rédigé  par  M.  le  professeur  Cha vannes,  avec  le  talent 
qui  caractérise  tous  ses  écrits,  n'a  pu  être  compris  dans  l'ana- 
lyse de  M.  Bourckhardt;  mais,  inséré  dans  la  Feuille  du  can- 
ton de  Vaud  et  imprimé  séparément,  il  forme  le  complément 
nécessaire  des  Mémoires  et  du  Rapport  ci-dessus  mentionnés. 
L'ensemble  des  faits  exposés  dans  ces  écrits  émanés  de  la 
Société  suisse  d'utilité  publique  présente  aux  yeux  de  l'obser- 
vateur impartial  les  résultats  suivans  : 

i°  La  Suisse  a  reçu  une  forte  impulsion  du  mouvement  phi- 
lantropique  que  le  xixe  siècle  propage  dans  toutes  les  parties 
du  monde  civilisé. 

20  Ce  mouvement  tout  moral  est  si  prononcé ,  que  les  gou- 
vernemens  cantonaux  n'ont  plus  que  le  choix  de  le  suivre  de 
gré,  ou  de  se  laisser  entraîner  par  lui.     . 

3°  Si,  à  quelques  égards,  la  Suisse  est  en  arrière  des  pays 
les  plus  civilisés,  à  d'autres  elle  revendique  une  place  au  pre- 
mier rang  des  nations  de  l'Europe. 

4°  Tous  les  cantons  ne  marchent  point  du  même  pas;  mais 
quelques-uns  des  plus  jeunes  devancent  leurs  aînés  dans  la 
carrière  des  améliorations  sociales. 

5°  La  publicité,  ce  principe  vital  si  lent  à  pénétrer  dans  les 
vieux  membres  du  corps  helvétique,  commence  à  dégourdir 
ceux  d'entre  eux  qui  semblaient  à  jamais  glacés  par  une  tor- 
peur invétérée. 

Une  relation  française  de  la  session  à  laquelle  se  rapportent 
les  trois  publications  dont  nous  venons  de  rendre  compte  est 
sous  presse  et  paraîtra  en  même  tems  que  cet  article. 

Le  quatrième  ouvrage  que  nous  réunissons  aux  précédera 
renferme  l'histoire  d'une  association  qui  n'est  point  affiliée  à 
la  Société  suisse  d'utilité  publique,  quoiqu'elle  ait  à  peu  près 


SUISSE.  iS>: 

les  mêmes  vu.  s  avec  une  tendance  plus  immédiatement  pra- 
tique. La  ville  et  le  canton  de  r>àlc  sont  exclusivement  le 
théAtre  de  son  activité.  XIÊistoire  de  la  Société  bâloise  pour 
(avancement  <Ik  bien  ,  pendant  les  cinquante  premières  années 

<lc  son  existence,  est  un  précieux  document  cjui  montre  quels 
obstacles  renverse  la  persévérance  d'un  homme  de  bien,  de 
quelle  indifférence  opiniâtre  elle  parvient  à  triompher.  Isaae 
Iskmn,  fondateur  delà  Société,  lutta  dix  ans  contre  l'apathie 
publique,  avant  de  pouvoir  trouver  des  coopéraient^  ;  c'est  à 
la  publicité  périodique  qu'il  dut  la  victoire.  En  1777,  il  posa 
avec  quelques  amis  les  fondemens  de  l'association  qu'il  avait 
long-tems  rêvée.  Déjà,  à  la  fin  de  cette  première  année,  la 
Société  comptait  17/,  membres;  à  la  fin  de  1826  elle  en  avait 
/198.  Dans  cet  espace  de  teins  elle  a  reçu  au  delà  de  200,000  fr. 
de  France,  et  elle  en  a  employé  plus  de  180,000  à  des  fonda- 
tions de  toute  espèce  et  à  ces  œuvres  d'une  charité  éclairée 
qui  guérit  réellement  et  souvent  prévient  la  misère  au  lieu 
d'offrir  des  primes  à  la  paresse,  comme  le  font  souvent  des 
hommes  trop  paresseux  eux-mêmes  pour  faire  le  bien  avec 
circonspection.  Malgré  sa  forme,  purement  historique,  le  livre 
de  M.  le  président  Bourckhardt  est  un  vrai  manuel  des  philan- 
tropes.  Il  n'est  guère  d'association  qui  ne  puisse  y  apprendre 
quelque  nouveau  moyen  de  soulager  l'humanité,  quelque  nou- 
velle application  à  faire  de  ses  ressources.  Ce  guide  est  d'au- 
tant plus  sûr  que  tous  ses  préceptes  sont  des  faits  et  que  toute 
sa  science  est  expérimentale.  C.  Monnard. 

1 G 1 . — *  Notice  sur  M,ne  de  Krudncr,  par  Mme  Adèle  du  Thon  , 
auteur  de  Y  Histoire  de  la  secte  des  amis,  d'une  Notice  sur  Pes~ 
talozzi,  etc.  Genève,  1827;  Cherbuliez.  Paris,  Paschoud.  In-8° 
de  20  pages. 

M,ne  de  Krudner  a  brillé  à  Paris,  comme  jolie  femme,  comme 
femme  auteur,  comme  chef  de  secte.  De  la  beauté  ,  des  talens  , 
de  l'enthousiasme  porté  à  l'extrême,  voilà  plus  de  litres  qu'il 
n'en  faut  pour  devenir  promptement  célèbre.  Mme  de  Krudncr 
le  fut  beaucoup,  durant  sa  courte  mais  orageuse  carrière.  Elle 
essaya  d'abord  de  l'empire  de  la  beauté.  11  serait  inouï  qu'une 
femme,  douée  de  cet  entraînant  prestige,  ne  l'eût  regardé 
que  comme  un  accessoire  aux  charmes  de  son  esprit;  une  foule 
d'adorateurs  tomba  à  ses  pieds.  Elle  eut  un  moment  de  bon- 
heur; mais  son  cœur  impatient  voulut  aller  au-delà  même  de 
ce  qu'elle  avait  désiré  avec  tant  d'ardeur,  et  de  cruels  mé- 
comptes la  désabusèrent.  Détrompée  sur  la  puissance  persévé- 
rante de  la  beauté  ,  elle  voulut  conquérir  un  autre  sceptre 
qu'elle  était  digne  s.ins  doute  de  porter;  et  elle  composa  Va 

3o. 


/,f>8  LIVRES  ETRANGERS. 

li-ric.  Le  succès  qu'obtint  cet  agréable  ouvrage  plaça  Mme  Je 
Ki -miner  au-dessus  de  Mme  Cotlin,  et  à  côté  de  M,ne  Flahaut 
de  Souza.  Les  lauriers  se  mêlèrent  alors  aux  myrtes  pour  for- 
mer sa  couronne  ;  mais  elle  prétendit  les  relever  merveilleuse- 
ment en  v  joignant  les  épines  de  la  pénitence  et  les  palmes  du 
martyre.  Toute  l'énergie  de  la  tète  masculine  la  plus  fortement 
constituée  eût  à  peine  suffi  pour  supporter  le  fardeau  qu'elle 
s'imposait;  car  il  ne  s'agissait  de  rien  moins  que  de  subjuguer, 
que  d'entraîner,  à  la  fois,  les  rois  et  les  peuples,  les  armées 
combattantes  et  les  spectateurs  inoffensifs  dont  les  intérêts  ve- 
naient de  se  discuter  à  coups  de  canon  et  de  se  régler  sans  leur 
avis.  «  La  Providence  est  grande,  disait  Mme  de  Krudncr;  Jé- 
sus-Christ naquit  dans  une  étable,  et  son  adorable  mère  partage 
aujourd'hui  la  gloire  ineffable  du  Dieu  des  chrétiens.  »  Toute- 
fois elle  ne  se  présenta*  que  comme  une  Madelaine  pénitente; 
mais  elle  se  mit  à  prêcher.  Il  y  avait  du  charme  dans  ses  (Us- 
cours,  bien  qu'à  force  de  torturer  le  dogme,  qu'elle  ne  compre- 
nait certainement  pas,  eile  finît  par  poser  des  principes  que  la 
religion  chrétienne  et  la  morale  universelle  pouvaient  considé- 
rer comme  des  blasphèmes.  Elle  fit  spectacle,  et  c'est  là  surtout 
ce  qu'elle  ambitionnait.  L'empereur  Alexandre  parut  à  ses  con- 
férences mystiques,  à  Paris.  J'eus  l'honneur  d'y  assister,  et 
son  entourage  me  rappela  les  scènes  fantasmagoriques  de  Ro- 
berlson,  ou  plutôt  les  mystérieuses  soirées  de  Cagli.estro.  Vê- 
tue de  blanc,  prosternée  d'abord  ,  se  relevant  ensuite  avec 
grâce,  les  cheveux  épars,  l'air  inspiré,  la  voix  haute  ,  elle  sem- 
blait jouir  de  îétonnement  qui  se  peignai*  dans  les  regards  des 
assistans.  Sa  fille,  jeune  et  belle,  l'accompagnait  sous  le  même 
costume;  ses  charmes  purs,  et  l'innocence  qui  brillait  dans  toute 
sa  personne,  détournaient  plus  d'un  néophyte  de  l'attention 
qu'on  devait  aux  discours  de  la  mère.  Je  l'avouerai,  je  ne  fus 
nullement  touché.  Cette  comédie,  jouée  à  Paris,  me  parut  une 
honteuse  profanation  des  cérémonies  des  religions  chrétiennes. 
La  présence  de  plusieurs  grands  personnages  me  donna  lieu  de 
supposer  que  ces  réunions  avaient  un  but  politique  que  l'on 
cachait  sous  ce  voile  singulier.  En  effet,  on  a  long  tems  pré- 
tendu que  Mme  de  Krudncr  avait  été  l'inspiratrice  du  traité 
connu  sous  le  nom  de  Sainte- Alliance.  Je  ne  puis  le  croire  en- 
core. Un  traité  conçu  dans  l'ombre,  et  sous  le  honteux  attirail 
rie  la  déception,  ne  pouvait  être  qu'une  œuvre  de  ténèbres  ,  et 
des  princes  chrétiens  ne  l'eussent  pas  hautement  avoué.  D'ail- 
leurs, Mme  de  Krudncr  avait  un  cœur  tout  dévoue  à  l'amour 
du  prochain,  et  ce  n'est  pas  exactement  là  le  sentiment  qui  do- 
mine dans  le  traité. 


si IISSE.  i6  ) 

Qu  n'est  pas  long  i;  iiis  dupe  a  Paris  des  prétendues  inspi- 
re t  ions  divines.  Mmede  l\ riidnci-  sentit  qu'à  l'étonnemcnt  al- 
laient succéder  le  dédain  et  le  ridicule;  elle  se  hâta  de  partir 

pour  l.i  Suisse  ,  où  elle  ouvrit  son  temple  ,  qui  se  remplit  à  l'in- 
stant d'une  foule  degrot  Vèutthes%  suivant  l'expression  de  .!.-.!. 
Rousseau,  gens  essentiellement  admiratifs,  et  peu  portés  à  la 
réflexton.  I.a  prétresse  se  trouva  bientôt  à  l'étroit  dans  l'en- 
ceinte des  édifices  construits  par  la  main  des  hommes  ;  elle 
éleva  sou  autel  en  plein  ait  ;  quatre  ou  cinq  mille  personnes  la 
suivirent  de;  village  en  village;  et,  comme  la  charité  est  encore 
de  l'amour,  une  troupe  nombreuse  tic  mer.dians  dut  à  l'auteur 
de  Valérie  la  nourriture  et  le  logement.  Alors  commencèrent 
les  miracles  et  les  persécutions.  Mmc  Krudncr  annonça  la  (in 
du  monde,  imposa  les  mains  aux  malades,  et  enseigna  une  doc- 
trine quelque  peu  contraire  à  la  fidélité  conjugale.  Il  en  résulta 
que  plusieurs  femmes  ou  filles  abandonnèrent  leurs  maris  et 
leurs  familles  ,  et  suivirent  la  Madclalnc  qui  leur  ouvrait  des 
routes  inusitées  pour  gagner  le  ciel.  Mais  les  ^ouvernemens 
ne  goûtèrent  pas  oui  code  de  morale  d'une  si  étrange  nature. 
In  virée  à  quitter  la  Suisse,  et  successivement  le  grand  duché  de 
îiade,  la  Prusse  et  la  Russie,  M'ne  de  Krudncr  prêcha  et  vou- 
lut convertir  les  officiers  de  police;  un  peu  de  martyre  eût  as- 
suré sa  mission;  on  lui  refusa  jusqu'à  ce  plaisir;  et  tout  ce 
qu'elle  put  obtenir,  ce  fut  la  permission  d'aller  en  Crimée  se 
faire  des  prosélytes  parmi  les  Cosaques,  les  Baskirs  et  les  Ta- 
tares  du  Konban.  Elle  y  trouva  le  dénouaient  de  son  roman  , 
et  ses  cendres  reposent  sur  les  bords  de  la  mer  d'Asov. 

Voilà  l'histoire  de  la  vie  publique  de  Mlue  de  Krudner  ,  telle 
(pie  je  l'ai  connue.  Elle  possédait  toutes  les  qualités  qui  peuvent 
faire  une  femme  accomplie  ;  il  ne  lui  manquait  que  du  bon  sens. 
Tourmentée  d'un  désir  insatiable  de  célébrité,  elle  y  sacrifia 
jusqu'à  ce  vernis  de  décence  qu'aiment  à  conserver  les  femmes 
les  plus  corrompues;  et  cependant,  si  elle  fut  faible,  elle  n'é- 
tait point  dépra\  ée.  Sa  conduite,  durant  ses  dernières  années,  ne 
fut  qu'un  long  accès  de  folie.  Il  faut  la  plaindre;  il  faut  gémir 
sur  le  triste  sort  d'un  être  si  remarquable,  si  bien  fait  pour 
plaire  et  pour  être  aimé,  et  qui  a  manqué  sa  destinée. 

La  Notice  de  M,ne  Adèle,  du  Tho\  retrace  une  partie  des  faits 
que  j'ai  rapportés.  Elle  est  purement  écrite  et  généralement 
bien  pensée.  Je  partage  sa  vertueuse  indignation  contre  c.  s 
femmes  (pu  se  couvrent  du  masque  de  l'inspiration ,  profanent 
le  dogme  et  la  morale  religieuse  par  vanité,  «  et  négligent  les 
devoirs  sacrés  d'épouse  et  de  mère  sous  le  prétexte  de  réfor- 
mer la  société.  >  L'hypocrisie,  qui  ne  sied  à  personne,  Ici:   \ 


4:o  LIVRES  ÉTRANGERS, 

plus  mal  encore  qu'aux  hommes.  Mais,  à  part  cet  excès,  pres- 
que incompréhensible  dans  une  femme  qui  fut  aussi  belle  et 
aussi  spirituelle  que  Mme  de  Krudner,  et  qui  pouvait  prétendre 
à  tous  les  succès,  n'y  a-t-il  pas  beaucoup  de  sévérité  dans  le 
jugement  que  porte  M,nc  Adèle  du  Thon  sur  la  première  moi- 
tié de  la  vie  de  cette  personne  extraordinaire  ?  Je  veux  croire 
que  les  passions  physiques  étaient,  en  elle,  aussi  exaltées  que 
celles  de  l'imagination;  mais  fallait -il  ajouter,  à  propos  de 
Valérie ,  (pie  Mme  de  Krudner  n'eût  pas  permis  que  l'on  mou- 
rût d'amour  pour  elle  ,  faute  de  quelques  faveurs  ?  Fallait-il , 
en  la  comparant  à  Mme  de  Staël ,  dire  «  qu'elles  ne  voyaient 
dans  les  hommes  que  des  amans,  et  que  toutes  leurs  pensées  , 
leurs  paroles,  tout  leur  être  enfin  était  concentré  sur  un  seul 
objet,  l'amour  illégitime  ?  »  J'ai  eu  l'honneur  d'être  admis  près 
de  IVI'ne  de  Staël ,  et  je  ne  me  suis  pas  douté  un  instant  de  ce 
travers;  et  certes,  je  lui  ai  témoigné  vivement  mon  admiration 
de  cette  force  de  conception ,  de  cette  éloquence  ravissante  , 
de  ces  traits  de  feu  qui  donnaient  à  sa  conversation  un  charme 
et  une  puissance  inexprimables.  L'indulgence  pour  les  erreurs 
des  femmes  serait-elle  donc  le  partage  exclusif  des  hommes? 
Mme  Adèle  du  Thon  est  une  fort  belle  personne,  elle  a  beau- 
coup d'esprit,  et  je  suis  persuadé  qu'elle  regrette  quelques  ex- 
pressions un  peu  hasardées,  que  la  conscience  de  sa  beauté  même 
et  de  ses  talens  remarquables  devaient  l'engager  à  repousser. 

R. 

ITALIE. 

ïda.  —  *  Filosofia  délia  statistîca ,  etc.  —  Philosophie  de  la 
statistique,  par  M.  Melchior  Gioja.,  auteur  des  Êlémens  de  la 
philosophie.  T.  II.  Milan,  1826.  In- 4°. 

Nous  avons  donné  quelque  idée  du  premier  volume  de  cet 
ouvrage  (Voy.  Rev.Enc.,  t.  xxxv,  p.  394);  le  second,  que 
nous  venons  de  recevoir,  doit  également  fixer  notre  attention. 
M.  Gioja  très-versé  dans  l'histoire  de  la  science  et  familiarisé 
avec  les  auteurs  qui  ont  le  plus  contribué  à  ses  progrès,  se  plaint 
de  ce  qu'on  ne  veut  voir  dans  leurs  ouvrages  que  de  simples 
aperçus  de  prétendues  découvertes  dont  les  écrivains  de  notre 
siècle  ne  manquent  pas  de  s'attribuer  la  gloire.  Refuser  à  nos 
devanciers  leur  propriété  serait  une  injustice  manifeste;  ne  pas 
connaître  ce  qu'ils  ont  enseigné  depuis  long-tems  dans  leurs 
écrits,  annoncerait  une  ignorance  positive,  selon  la  pensée  de 
l'auteur.  M.  Gioja  nous  fait  remarquer  aussi  que  plusieurs  des 
maximes  et  des  méthodes  que  renferme  son  ouvrage  avaient 
été  présentées  au  public  avant  que  d'autres  écrivains  contem- 


IIALIi;.  .,;. 

porains  les  eussent  remises  su  jour,  mais  sans  les  développe- 
mens  donnés  par  M.  Gioja,  En  effet)  on  trouve  réalisée  dans 
l.i  Philosophie  de  la  statistique ,  une  pensée  de  M.  Ch.  Dupin 
i|ui  avait  dit  que  la  statistique  comparée  est  une  science  à 
créer,  etc. ,  voy.  la  Situation  progressive  des  forces  de  la  France); 
et  il  faut  remarquer  que  l'ouvrage  de  M.  Gioja  avait  précède 
tir  quelque  tems  celui  de  M.  Dupin.  Dans  la  plupart  des  écrits 
(le  I  économiste  italien  et  spécialement  dans  la  philosophie  de 
la  statistique,  on  rencontre  des  rapprockemens  et  des  compa- 
raisons entre  divers  phénomènes  économiques  du  même  genre, 
appartenant  à  des  nations  ou  à  des  époques  différentes,  de 
sorte  qu'on  pourrait  bien  regarder  ce  dernier  traité  comme  une 
statistique  comparée. 

L'auteur  cherche,  en  outra,  a  établir  des  règles  fondamen- 
tales pour  comparer  l'état  de  l'industrie  d'une  même  espèce , 
dans  les  divers  pays.  «  La  somme  des  avantages  dont  un  pays 
est  susceptible,  dit-il,  comparée  avec  !a  somme  des  avantages 
réalisés,  sert  à  mesurer  les  degrés  de  l'industrie  ou  de  l'indo- 
lence des  nations  :  si  ces  deux  sommes  sont  égales,  l'industrie 
est  au  maximum;  leur  différence  en  indique  les  degrés  moindres 
ou  les  défauts. y  De  l'application  de  ce  principe,  l'auteur  tire 
un  grand  nombre  de  résultats  comparatifs. 

Ce  qui  nous  surprend  dans  la  lecture  de  M.  Gioja,  c'est 
l'érudition  qu'il  déploie  et  qui,  trop  souvent  stérile  et  fati- 
gante dans  les  écrits  d'une  certaine  classe  de  savans,  devient, 
dans  les  siens  uni  source  féconde  de  faits  et  d'expériences. 
C'est  par  ce  moyen  qu'il  justifie  ses  principes  et  ses  inductions. 
Citons,  par  exemple,  ce  qu'il  dit  des  symptômes  de  l'igno- 
ranee  d'une  nation.  Il  la  reconnaît  dans  une  idée  fausse  res- 
pectée par  ie  gouvernement,  ou  par  les  personnages  influens 
de  la  société,  ou  bien  encore  qui  sert  de  règle  aux  tribunaux  ; 
il  en  trouve  des  indices  dans  l'usage  de  sonner  les  cloches  pen- 
dant les  orages;  dans  le  nombre  des  morts  par  suite  de  la 
petite  vérole;  dans  le  débit  des  livres  consacrés  au  récit  des 
miracles,  etc.;  dans  le  succès  des  loteries;  dans  le  nombre 
des  charlatans  de  toute  espèce;  dans  l'opulence  de  quelques 
loyers  de  superstition;  dans  le  maintien  du  polythéisme;  dans 
l'intolérance;  dans  l'usage  delà  question,  de  la  confiscation  des 
biens,  etc.  L'auteur  passe  de  même  en  revue  les  symptômes  de 
la  science:  ce  sont  sans  doute  les  écoles  primaires,  les  impri- 
meries ,  les  journaux  ,  les  établissemens  scientifiques  ,  les  uni- 
versités, les  bibliothèques,  les  académies,  etc.  Nous  ne  pour- 
rions suivre  l'auteur  dans  toutes  ses  recherches  sans  dépasser 
les  borne*  qui  nous  sont  prescrites.  Quelques  questions  d'une 


4;*  LIVRES  ÉTRANGERS. 

grande  importance  s'y  trouvent  traitées,  telles  que  les  sui- 
vantes :  Comment  se  forme  la  loi?, Quels  sont  les  symptômes 
d'une  administration  publique,  plus  ou  moins  bonne  ou  mau- 
vaise, quelle  que  soit  la  forme  de  l'autorité  supérieure?  Il 
montre  aussi  combien  il  faut  d'attention  et  de  sagacité  pour 
apprécier  exactement  les  phénomènes  statistiques  moraux ,  et 
pour  en  déterminer  les  véritables  causes,  etc.  Partout,  môme 
méthode,  même  précision,  même  esprit  philosophique. 

Pour  faire  mieux  comprendre  son  travail,  M.  Gioja  donne, 
à  la  lin  de  son  ouvrage,  trois  grandes  tables  synoptiques  con- 
tenant ies  parties  et  les  objets  divers  de  la  statistique,  tels 
que  les  ont  dernièrement  déterminés  M.  Zizius,  en  1810,  pour 
l'Allemagne  et  Vienne;  M.  Férussac,  en  1819,  pour  la  France 
et  Paris;  et  M.  Gioja  lui-même,  depuis  1808,  pour  l'Italie  et 
Milan.  En  comparant  ces  trois  tableaux,  l'auteur  paraît  con- 
vaincu que  sa  manière  de  considérer  la  statistique,  telle  qu'il 
l'a  développée  dans  les  deux  dernières  tables,  est  beaucoup 
plus  complète  que  les  aperçus  de  MM.  Zizius  et  Férussac. 

N.  B.  Ce  n'est  pas  la  première  fois  que  nous  rendons  compte 
des  ouvrages  et  des  idées  de  M.  Gioja,  et  que  nous  décidons 
en  faveur  des  Italiens  la  question  de  priorité  dans  les  recher- 
ches de  l'économie  politique.  Nous  apprenons  cependant  [Bi- 
bliothèque italienne,  n°  14 3,  p.  3o6)  que  M.  Gioja  se  plaint 
d'une  note  jointe  à  un  de  mes  articles,  et  qui  semble  rejeter 
son  opinion  que  j'avoue  partager  avec  lui  (voy.  Rev.  Enc.  . 
t.  xxxv,  p.  i4?^  Il  adresse  deux  mots  à  li.  Revue  Encyclopé- 
dique >  et  deux  mots  de  M.  Gioja  remplissent  six  longues  pages 
de  la  Bibliothèque  italienne.  Il  semble  ne  point  distinguer  le 
rédacteur  de  l'article  et  ceiui  de  la  note  ;  comme  il  veut  que 
chacun  puisse  jouir  de  la  propriété  de  sa  pensée,  nous  récla- 
mons l'exercice  de  ce  droit.  Il  a  dû  remarquer,  dans  la  Reçue 
Encyclopédique,  que  chaque  collaborateur  expose  librement  sa 
propre  opinion.  Ainsi  le  rédacteur  de  la  note  a  profité  de  celte 
liberté,  comme  je  l'avais  fait  avant  lui.  M.  Gioja  oublie  que 
j'ai  manifesté  une  manière  de  voir  toute  différente  dans  plu- 
sieurs articles  précédens  (1).  Je  pourrais  dire  encore,  quant 
à  la  priorité  des  Italiens  dans  l'histoire  de  l'économie  publique, 
que  j'avais  émis  mon  opinion  bien  avant  que  M.  Gioja  l'eût  con- 
firmée et  éclairée  dans  ses  ouvrages,  et  même  avant  la  publica- 
tion de  la  belle  collection  des  économistes  italiens,  faite  par 
M.Custodi.  C'est  en  1802  que  je  publiai  Y  Éloge  d' Antoine  Serra, 


(1)  Voyez  t.  xxx,  pag.  454  ;  t.  xxxiv,  p.   4.5.8;  t.  xxxy,  p.  3<p, 


ITALIE.  4t3 

où  je  rendais  compte  de  son  traité  sur  les  (anses  àe  la  ricltesse 
nationale,  imprimé  en  i'm>,  et  où  je  montrais  de  combien  les 
Italiens  avaient  devancé  les  étrangers  <laus  ce  genre  de  con- 
naissance. J'offris  même  Un  exemplaire  for!  rare  de  ce  traité  à 
M.  Custodi  qui  l'inséra  dans  sa  collection  ,  avec;  une  notice  de 
ge  de  Serra,  iv.  Salfi. 

Il  —  *  lUzinnario  tcoi  ico-pratico,  etc.  —  Dictionnaire  théo- 
rique et  pratique  du  notariat,  par  M.  Cm. /a,  notaire  royal 
Turin,   iH-2(>;  Jîianco.   ;>  vol.  in  8°. 

Le  dictionnaire  de  M.  Calza  est  un  ouvrage  substantiel,  dans 
lequel  Hauteur  a  résumé  les  notions  de  droit  les  plus  impor- 
tantes, et  (lotit  la  lecture  peut  être  avantageuse,  non-seule- 
ment aux  notaires,  mais  aussi  à  tous  les  jurisconsultes.  11  est 
facile  de  jnger  par  ce  recueil  de  l'état  actuel  des  lois  qui  ré- 
gissent le  Piémont.  On  y  voit  figurer  alternativement  des  sta- 
tuts locaux,  les  constitutions  royales  de  l'an  1770,  les  ordon- 
nances ou  édits  qui  les  ont  modifiées  en  toutou  en  partie,  la 
jurisprudence  des  sénats,  l'opinion  des  anciens  arrêtistes ,  et  au 
milieu  de  ces  nombreuses  autorités,  des  lambeaux  du  droit 
romain.  Il  est  à  désirer  que  l'administration  qui  a  déjà  jeté 
les  fondemens  de  quelques  améliorations  utiles  dans  la  législa- 
tion piémontaise,  s'occupe  de  faire  disparaître  les  inégalités 
que  nous  venons  de  signaler,  par  la  publication  d'un  code  civil 
digne  de  notre  époque  et  de  l'état  des  connaissant  es  humâmes. 
Cette  mestuc  serait  toute  au  profit  du  pouvoir;  elle  mettrait 
les  citoyens  dans  le  cas  d'apprécier  leurs  obligations  et  de  s'y 
attacher  par  le  sentiment  de  leur  intérêt  personnel.  Le  peuple 
le  plus  sunmis  sera  toujours  celui  chez  lequel  on  aura  fait 
naître  le  plus  d'idées  de  droit  et  de  justice,  et  ces  idées  ne  se 
répandent  que  lorsque  les  lois  sont  précises,  clairement  énon- 
cées et  susceptibles  d'être  universellement  connues  et  enten- 
dues. C.  R— 1. 

164.  —  Relazioue,  etc.  —  Relation  du  voyage  littéraire  fait 
en  Suisse  par  le  professeur  Alexandre  Volta.  Milan,  1827; 
Classiques  italiens.  In- 8°. 

La  relation  de  ce  voyage,  fait  par  l'auteur  en  1777,  fut 
présentée,  en  1779,  au  comte  de  Firmian  ,  ministre  plénipo- 
tentiaire du  gouvernement  autrichien  en  Lombardie.  On  y  trouve 
une  description  particulière  du  mont  Saint- Gotard  et  du  lac  de 
Lucerne  ;  mais  ,  ce  qui  la  rend  plus  intéressante,  ce  sont  les 
diverses  observations  barométriques  et  géologiques  que  Volta 
fit  alors  sur  les  lieux.  Ce  manuscrit  était  conservé  dans  la  bi- 
bliothèque de  l'avocat  Reina  ;  et  on  l'a  publié  pour  célébrer  les 
noces  d'un  parent  de  ce  savant. 


/,-4  LIVRES  ETRANGERS. 

1 6  5 .  —  Sopra  Luigi  Cicconl  e  la  tragedia  estemporanea  :  Oà- 
seivazioni  Jilologiche  t  etc.  —  Observations  philologiques  de 
31.  Ferdinand  Malvica,  sur  Louis  Cicconi  et  sur  la  tragédie  im- 
provisée. Rome,  1827;  Ch.  Mordacchini.  In -8°. 

M.  Cicconi  est  un  jeune  improvisateur  qui  vient  de  se  lancer 
dans  la  carrière  ouverte  par  M.  Sgricci.  Après  avoir  débuté  par 
la  Mort d' 'Achille,  il  a  dernièrement  improvisé  la  Mort  de  F *om- 
/>eV..Mais,  ayant  adopté,  pour  la  première  pièce,  la  méthode 
et  le  stylej'de  l'école  romantique  qui,  à  dire  vrai,  offrent  plus  de 
facilités  aux  improvisateurs,  il  a  préféré,  dans  la  dernière,  la 
méthode  plus  sévère,  et  le  style  plus  correct  des  partisans  du 
classicisme.  M.  Malvica,  classique  zélé,  croit  avoir  contribué  , 
par  ses  conseils,  à  cette  espèce  de  conversion;  il  se  réjouit  du 
succès  du  jeune  auteur,  et  lui  donne  encore  de  nouveaux  avis. 
Les  préceptes  qu'il  réunit  ne  sont  point  nouveaux;  mais  il  les 
expose  avec  beaucoup  de  chaleur.  Il  n'admet  aucune  transac- 
tion ;  tout  ce  qui  sent  le  romantique,  lui  paraît  absurde  et  ridi- 
cule. Il  s'appuie  de  l'autorité  de  M.  Botta  qui  regarde  comme 
des  barbares  les  promoteurs  de  ces  bizarreries,  et  à  qui  son  ou- 
vrage est  dédié.  Enthousiaste  des  tragédies  d'Alfieri,  c'est  là 
qu'il  voit  le  plus  haut  degré  de  perfection  dans  ce  genre.  Tout 
en  partageant  l'admiration  que  l'auteur  a  conçue  pour  cet 
écrivain  ,  nous  ne  voudrions  pas  qu'elle  dégénérât  en  une  sorte 
de  culte  superstitieux,  nuisible  aux  progrès  de  l'art.  Allieri  s'é- 
tait imposé  des  lois  dramatiques  trop  sévères,  et  dont  la  pra- 
tique fatigue  quelquefois  les  poètes  aussibien  que  les  spectateurs. 
Ce  que  nous  ne  pouvons  guère  pardonner  à  notre  critique,  c'est 
de  se  donner  tant  de  peine  pour  seconder  le  perfectionnement 
d'un  jeune  poète,  dans  un  genre  qui  n'admet  guère  de  perfec- 
tion. Et  comment  pourrait  -  on  y  parvenir,  en  improvisant  la 
tragédie  ?  C'est  ne  pas  avoir  une  juste  idée  de  cette  composition 
que  de  l'espérer.  Non  moins  jaloux  de  la  gloire  littéraire  de 
l'Italie  que  M.  Malvica,  nous  avons  manifesté  ailleurs  notre  ma- 
nière dépenser  sur  les  essais  de  M.  Sgricci  dont  nous  estimons 
les  talens  poétiques.  Mais  nous  aurions  désiré  que  M.  Malvica 
eût  plutôt  cherché  à  détourner  le  jeune  improvisateur  d'une  car- 
rière qui  ne  lui  promet  pas  celte  gloire  durable  à  laquelle  tous 
les  vrais  poêles  devraient  aspirer.  Il  l'aurait  dû  faire  d'autant 
plus,  qu'il  s'est  déclaré  l'ennemi  des  romantiques  ,  qui  ne 
sont  autre  chose  que  des  improvisateurs  qui  se  laissent  aller 
à  leurs  inspirations,  sans  vouloir  s'assujétir  à  aucune  règle. 

F.  Salfi. 

166. — *  M.  Viïruvii  Pollionis  architectura,  etc. —  Traité  d'ar- 
chitecture de  Vitruve,  dont  le  texte  a  été  rectifié  d'après  les. 


ITALIE.  4:5 

manuscrits,  et  auquel  on  a  joint  les  commentaires  de  plusieurs 
savais,  les  exercices  el  les  notes  de  Jean  Toi. km  et  de  Simon 
Siivvtk o,  que  l'on  n'avait  pas  encore  réunis  à  l'original.  Udine, 
i8a5«i  826-1827,  etc.;  1rs  frères  Mattiuzai.  i,r  vol.  part.  1  et  2  : 
7'"' vol.  part.  1.  3  vol.  in  folio,  aven  des  planches  gravées  en  bois, 
ou  sur  cuivre;  L'ouvrage  entier  sera  composé  d  environ  10  vo- 
lumes, dont  le  prix  variera  suivant  le  nombre  des  planches 
et  le  genre  de  gravures;  une  feuille  d'impression  est  estimée 
à  5o  c.  d'Italie  (  5o  c.  );  chaque  planche  en  bois  à  5  c,  et 
chaque  planche  en  taille-douce  à  1  lire  d'Italie  (  1  franc).  La 
première  livraison  coule  26  l.,6a-£-:  la  seconde  3i  1.,  00,  et  la 
troisième,  47  1.,  5o  :  il  y  a  dans  celle-ci  3a  feuilles  d'impression, 
14  planches  gravées  sur  bois,  et  28  planches  gravées  sur-  cuivre. 

Plusieurs  causes,  indépendantes  de  notre  volonté,  nous  ont 
empêchés  d'annoncer  plus  tôt  cette  magnifique  édition  de  Vi- 
truve,  monument  (pie  l'Italie,  cette  terre  classique  de  l'archi- 
tecture et  de  tous  les  beaux  arts,  érige  au  plus  ancien  institu- 
teur des  architectes,  dont  les  préceptes  dureront  aussi  long-tems 
que  l'art,  c'est-à-dire,  aussi  long-tems  que  la  civilisation.  Lors- 
qu'il nous  sera  possible  de  consacrer  à  ce  grand  ouvrage  un 
article  assez  étendu  pour  le  faire  bien  connaître,  nous  aurons 
à  traiter  une  multitude  de  questions  que  cet  important  sujet 
renferme,  et  dont  il  semble  que  les  écrivains  ne  se  sont  pas 
assez  occupés.  Il  faudra  que  la  philosophie  soit  consultée,  et 
nous  ne  donnons  ce  nom  qu'aux  pensées  et  aux  inspirations 
de  la  sagesse,  aux  applications  de  l'intelligence  et  du  savoir  à 
des  objets  dignes  de  notre  attention,  à  la  recherche  de  ce  qui 
est  grand,  noble,  utile. 

«Notre  travail,  disent  les  éditeurs,  sera  distribué  en  quatre 
volumes  dont  chacun  sera  divisé  en  parties.  Nous  y  réunirons  : 
i°  les  exercices  sur  Vitruve  de  Jean  Poleni,  qui  ont  déjà  paru, 
et  ceux  de  Simon  Stratico  qui  sont  encore  inédits;  20  le  texte 
de  Vitruve,  corrigé  par  les  critiques  les  plus  dignes  de  foi; 
3°  les  Commentaires  et  les  Notes  d'un  grand  nombre  d'auteurs, 
depuis  Philander  jusqu'à  Poleni  ci  Stratico ;  4°  les  exercices  de 
Poleni  qui  n'ont  pas  encore  vu  le  jour;  5°  les  derniers  ouvrages 
de  Stratico  sur  le  même  sujet;  6°  le  dictionnaire  de  Vitruve,  le 
plus  complet  qui  ait  encore  paru,  avec  les  Synonymes  italiens 
et  français;  70  la  table  générale  des  matières  du  texte  de  Vi- 
truve, des  commentaires  et  des  notes;  8°  la  correspondance  de 
Poleni  et  de  Stratico  avec  les  érudits  de  leur  tems,  relative- 
ment à  Vitruve. 

«  L'ouvrage  contiendra  près  de  100  planches  gravées  sut 
cuivre,  et  le  double  de  planches  gravées  sur  bois.  » 


476  LIVRES  ÉTRANGERS. 

On  voit  que  MM.  Mattitizzi  ont  entrepris  la  publication  d'une 
bibliothèque  vitritvienne ,  et  rassemblé  tous  les  moyens  qui 
peuvent  garantir  le  succès  de  cette  belle  entreprise.  i\ous  au- 
rons soin  de  tenir  nos  lecteurs  au  courant  des  progrès  de  leur 
travail.  N. 

167.  —  *  Dizionario  e  Bibliografia  délia  musica,  etc.  —  Dic- 
tionnaire et  Bibliographie  de  la  musique,  par  le  Dr  Pierre 
Lichtenthal.  Milan,  1826;  Antonio  Fontana.  tom.  I  de  vin 
et  368  pages;  tom.  II de 3oo  pages;  tom.IIIdexvni  et 388 pages; 
tom.  IV  de  545  pages,  plus  16  pages  gravées. 

Durant  une  longue  époque  ,  l'Italie  a  occupé  le  premier  rang 
dans  toutes  les  parties  de  la  musique,  composition,  exécution 
vocale  et  instrumentale,  érudition  musicale ,  lutherie;  à  partir 
de  Zarlino,  né  en  1617,  jusqu'à  la  mort  du  père  Martini (1784), 
se  déroule  une  longue  suite  de  talens  du  premier  ordre  dont 
les  travaux  ou  les  exemples  contribuent  à  l'avancement  de  l'art 
et  à  l'illustration  de  leur  patrie.  Depuis  quarante  ans,  les  hou- 
leversemens  qui  ont  tant  de  fois  changé  la  face  de  ce  pays  n'ont 
fait  déchoir  la  musique  que  jusqu'à  un  certain  point  :  ce  sont 
encore  ses  écoles  qui  forment  les  premiers  chanteurs  du  monde; 
à  la  vérité,  il  faut  avouer  que  tous  les  jours  les  élèves  devien- 
nent moins  nombreux ,  et  que  les  bonnes  traditions  menacent 
de  se  perdre;  l'Italie  ne  compte  plus  guère  de  professeurs  de 
chant  et  de  composition,  tels  que  les  Léo  ,  les  Scarlati ,  les 
Dînante ,  les  Porpora  et  autres  célèbres  directeurs  de  ,ces 
conservatoires ,  d'où  s'élançaient  durant  le  siècle  dernier  tant 
d'artistes  du  plus  haut  mérite.  L'Italie  a  donné  naissance  à 
Rossini ,  c'est-à-dire  au  génie  le  plus  inventif  qui  ait  paru  dans 
le  premier  quart  de  notre  siècle.  Elle  possède  encore  un  grand 
nombre  de  maîtres  de  chapelle  dont  les  talens  dans  la  musique 
sévère  sont  incontestables  :  en  un  mot,  elle  peut  encore  reven- 
diquer la  première  place  dans  la  composition  et  le  chant. 
Quant  à  l'exécution  instrumentale,  les  Français  ont  généra- 
lement la  supériorité,  en  partage  avec  les  Allemands,  et  ces 
derniers  ne  cèdent  à  personne  le  sceptre  de  l'érudition  musi- 
cale qui  paraît  leur  être  dévolu  pour  long-  tems.  Il  n'y  a  donc 
pas  lieu  de  s'étonner  si  l'on  voit  leurs  auteurs  porter  le  tribut 
de  leurs  veilles  jusqu'au- dehors  de  leur  pays.  M.  le  docteur 
Lichtenthal ,  né  à  Presbourg  et  établi  depuis  une  vingtaine 
d'années  à  Milan,  s'est  chargé  de  donner  à  l'Italie  un  livre  dont 
le  besoin  était  incontestable. 

Son  ouvrage  contient  deux  parties  tout-à-fait  distinctes ,  le 
Dictionnaire  et  la  Bibliographie.  Pour  examiner  convenablement 
de  tels  livres ,  il   faut   un  espace  bien  plus  considérable  (pie 


Il  AMI',.  /,77 

celui  <jui  nous  est  accordé;  à  peine  pourrons-nous  donner  aux 
lecteurs  une  idée  des  travaux  <1<'  M.  Lichtenthal,  sur  lesquels  il 
nous  aurait  été  agréable  de  nous  .ur. 'ici-  long  tems.  Depuis 

le  Ih-finitoritim  de  Jean  Teinturier,  imprimé  selon  le  doctCUT 
liurnev  en  i  \~  \ ,  il  a  paru  plusieurs  dictionnaires  plus  OU  moin 
estimables:  l'un  des  plus  mauvais,  el  celui  pourtant  qui  a  ob- 
tenu le  plus  de  succès,  est  celui  de  .l.-.l.  Rousseau.  Dépourvu 
de  toutes  connaissances  pratiques,  exposant  des  .systèmes  qu'il 
ne  comprenait  pas,  Housseau  n'est  bon  à  consulter  que  pour 
ce  qui  concerne  la  métaphysique  et  la  rhétorique  de  l'art  : 
encore  rloit-il  dans  tous  les  cas  être  lu  avec  réserve,  et  sévè- 
rement  interdit  aux  commençons.  Plusieurs  ouvrages  du  même 
genre  ont  été  publics  en  France  depuis  celui  de  Rousseau;  le 
Dictionnaire  de  musique  de  V Encyclopédie  méthodique  ,  assem- 
blage informe  de  toutes  sortes  d'erreurs  et  de  quelques  vues 
utiles,  et,  en  Allemagne,  celui  de  Koch  sont  les  plus  remar- 
quables. Ce  dernier  dictionnaire  paraît  être  celui  dont  M.  Lich- 
tenthal a  le  plus  profité  pour  composer  le  sien.  Il  a  traité  la 
partie  philosophique  avec  une  grande  supériorité,  et  les  autres 
parties  en  général  avec  succès.  L'histoire  n'y  entre  qu'avec  une 
juste  mesure,  et  sans  occuper  une  trop  grande  place.  L'auteur 
s'est  beaucoup  aidé  des  travaux  de  Ginguené  ,  insérés  dans 
X Encyclopédie  méthodique.  Les  articles  relatifs  aux  instruirons 
sont  écrits  avec  sagesse  et  de  manière  à  intéresser  généralement. 
Quelquefois  l'auteur  donne  aux  morceaux  de  ce  genre  une 
assez  grande  étendue  :  l'article  organo ,  par  exemple,  offre  une 
histoire  abrégée  de  l'orgue  et  des  détails  importans  sur  la 
structure  de  ce  souverain  desinstrumcns.il  n'est  pas  étonnant 
que,  dans  un  si  long  travail,  il  se  soit  glissé  plusieurs  erreurs 
et  quelques  omissions.  M.  Lichtenthal  parait  n'avoir  sur  l'école 
française  que  des  notions  fort  incomplètes  ,  et  en  tous  cas  fort 
inexactes;  je  n'en  veux  pour  exemple  que  la  liste  qu'il  donne 
des  compositeurs  dramatiques  de  notre  école  moderne;  on  v 
trouve  sur  la  même  ligne  Lemoinc  et  Mêhul ,  Jadin  et  Chéru- 
hini ,  Lebrun  et  Lesueur:  en  vérité,  cela  passe  raillerie.  Puisque 
j'en  suis  sur  les  noms  propres,  je  remarquerai  que  M.  Lich- 
tenthal les  altère  très-fréquemment.  Ainsi,  dans  son  ouvrage, 
on  rencontre  Boildieu  pour  Boïcldieu  ,  Francour  pour  Fran- 
cœur,  Saveur  pour  Sauveur,  Rasa  pour  Roze  ,  etc.  Ces  défauts 
n'empêchent  pas  le  dictionnaire  de  M.  Lichtenthal  d'être,  à 
ma  connaissance,  ce  que  l'on  a  publié  de  mieux  en  ce  genre 
jusqu'à  nos  jours.  C'est  un  de  ces  livres  utiles  qui,  sans  obtenir 
un  succès  très- éclatant ,  sont  extrêmement  profitables  à  Part 
musical,  et  qui  valent  à  leur  auteur  la  reconnaissance  des  al- 
tistes et  des  amateurs. 


478  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Il  en  est  de  môme  de  la  Bibliographie.  L'exeellent  ouvrage 
de  Forkel  sur  ce  sujet,  mis  au  jour  en  1792,  n'avait  perdu  de 
son  prix  que  parce  qu'il  devenait  tous  les  jours  plus  incomplet» 
M.  Lichtenthal  n'a  fait  qu'achever  Forkel;  il  a  reproduit  en 
entier  la  littérature  de  la  musique  publiée  par  le  savant  allemand, 
en  conduisant  le  travail  jusqu'à  nos  jours;  il  a  suivi  la  même 
classification,  la  même  méthode;  on  trouve  à  la  suite  du  titre 
des  ouvrages  importans,  une  courte  note  sur  l'auteur  et  quel- 
quefois l'analyse  de  la  table  de  l'ouvrage.  Nous  reprocherons  à 
M.  Lichtenthal  de  défigurer  les  n©ms  et  les  dates,  ainsi  que 
dans  son  dictionnaire ,  et  de  donner  quelquefois  des  jugemens 
très-hasardés.  Par  exemple,  eu  citant  un  ouvrage  de  Roussier 
sur  la  musique  des  anciens  (tom.  III,  pag.  33)  ;  il  place  avec 
Laborde  cet  écrivain  au  nombre  des  premiers  auteurs  du  siècle. 
Il  y  a  plus  de  vingt  ans  qu'il  a  été  démontré  que  Roussier, 
grand  algébriste  aux  yeux  des  musiciens,  et  habile  musicien 
selon  les  algébristes,  n'était  en  effet  ni  l'un  ni  l'autre  :  on  sait 
aussi  maintenant  que  la  compilation  du  fermier -général  La- 
borde n'est  plus  estimée,  même  en  France,  que  par  rapport 
aux  nombreuses  et  utiles  gravures  qu'elle  renferme.  Quoi  qu'il 
en  soit,  nous  osons  nous  faire  l'interprète  de  tous  les  amis  de 
l'art  musical,  en  remerciant  M.  Lichtenthal  de  ses  deux  nou- 
veaux ouvrages.  Écrits  dans  une  langue  beaucoup  plus  ré- 
pandue que  l'allemand,  ils  peuvent  contribuer  très-efficacement 
aux  progrès  de  ceux  qui  veulent  s'instruire  à  fond  dans  la 
musique.  Nous  savons  que  deux  ouvrages  du  même  genre  se 
préparent  actuellement  en  France.  Il  n'est  pas  douteux  que 
l'auteur  ne  se  félicite  d'avoir  été  devancé  par  M.  Lichtenthal; 
car  il  ne  pourra  manquer  de  lui  avoir  de  grandes  obligations 
qui  contribueront  nécessairement  à  l'amélioration  de  son  ou- 
vrage. J.  Adrien-Laf^sge. 

PAYS-BAS. 

168.  —  Mémoire  sur  la  cataracte  congéniale ,  par  M.  Lusardi, 
médecin  oculiste,  etc.;  troisième  édition.  Bruxelles,  1H27;  im- 
primerie de  P.  J.  de  Mat.  In-8°  de  93  pag.  avec  planches. 

169 — De  Meet'kumt opde Kunstcn  enJmbachtcn  toegepast. — 
La  géométrie  appropriée  aux  arts  et  métiers  ,  par  M.  Lemaire  , 
professeur  de  mécanique  industrielle  à  l'université  de  Gand. 
In-8°. 

170  —  Résumé  du  cours  normal  de  géométrie  et  mécanique  des 
arts  et  métiers ,  etc. ,  par  M.  Dupin  ,  ou  texte  des  leçons  don- 
nées par  M.  Pag ani, professeur  de  mécanique  industrielle  à  l'u- 
niversité de  Louvain.  In- 12. 


PAYS- Il  \V  .',;o 

I/enseignement  de  la  mécanique  industrielle  se  propage  <l« 
plus  en  plus  dans  les  Pays-Bas;  l'artisan  peut  trouver  aujour 
d'bui  une  instruction  facile  et  gratuite  dans  les  principales  \  i  1  les 
de  ce  royaume.  Nous  avons  déjà  fait  connaître,  dans  noire  Jir 
vue  ,  des  leçons  publiées  par  M.  Daitoblim,  professeur  à  l'école 
royale  des  mines,  à    Liège,  et  (elles  que  MM.  Pagatvi  et  Van- 

ni-.n-J.u.T  ont  l'ait  paraître  à  Lo u vain  et  à  Amsterdam.  M.  Le- 
mairc  vient  de  publier  également  le  texte  des  leçons  de  méca- 
nique industrielle  qu'il  donne  à  l'université  de  Gand.  Jusqu'à 

présent,  quatre  leçons  seulement  ont  parti;  elles  traitent  de 
la  ligne  droite,  du  cercle ,  des  angles,  des  triangles  et  des  pa- 
rallèles. De  nombreux  exemples  de  calcul  et  de  construction 
servent  de  développement  à  la  théorie  qui -est  présentée  avec 

concision  et  clarté.  M.  Lemaire  a  fait  usage  des  leçons  de  mé- 
canique de  M.  Dupin,  comme  M.  Vander-Jagt,  et  il  l'a  fait  avec 
discernement  et  conscience.  M.  Pagani  s'est  également  servi  de 
l'ouvrage  de  M.  Dupin;  mais  pour  en  présenter  le  résumé  il  a 

omis  les  démonstrations  des  théorèmes  et  s'est  contenté  de  pré- 
senter la  substance  du  livre  français.  On  sent  que  ce  résumé  a 
été  fait  par  un  géomètre,  mais  on  trouvera  peut-être  que  ta 
concision  a  été  portée  trop  loin.  Nous  pensons,  comme  M.  Pa- 
gani,  que  l'artisan  peut  fort  bien  se  passer  des  démonstrations 
du  peu  de  vérités  mathématiques  qu'il  est  dans  le  cas  d'employer; 
mais  il  faut  qu'il  en  comprenne  l'usage  par  des  exemples.  Les 
formules  surtout  ne  peuvent  lui  devenir  intelligibles,  qu'autant 
qu'on  y  applique  les  nombres.  Il  nous  semble  que  M.  Pagani, 
dans  la  publication  de  son  premier  ouvrage,  que  nous  regret- 
tons de  ne  pas  voir  terminé,  avait  mieux  senti  ce  qui  convient 
au  peuple. 

171.  —  *  Jaarbœkje  over  1 828  ,  etc.  —  Annuaire  pour  1828 , 
publié  aux  frais  de  S.  M.  le  roi  des  Pays-Bas.  La  Haye,  1827  ; 
imprimerie  de  l'état.  In- 12;  prix,  80  cent. 

Cet  Annuaire,  rédigé  à  peu  près  sur  le  même  plan  que  celui 
du  bureau  des  longitudes  de  France,  est  le  troisième  de  la 
collection  que  publie  M.  Lobatto.  On  y  trouve  un  calendrier 
complet,  l'indication  du  lieu  des  planètes  et  des  principales 
étoiles  aux  différentes  époques  de  l'année,  les  longitudes  et 
latitudes  des  villes  du  royaume,  les  époques  et  les  hauteurs 
des  marées  ,  etc.  Cette  première  partie  est  suivie  d'explications 
et  de  notices  sur  différens  points  scientifiques  qu'il  nous  inté- 
resse  généralement  de  connaître.  On  y  lit,  par  exemple,  des 
recherches  sur  les  services  rendus  par  nos  navigateurs  des 
Pays-Bas  dans  la  Nouvelle-Hollande  et  dans  le  pays  de  Van- 
Diemen;  l'exposition  d'une  méthode  du  célèbre  Gauss  sur  le 


48o  LIVRES  ÉTRANGERS. 

calcul  de  la  fête  ilr  Pâques;  des  renseignemens  sur  le  système 

métrique  el  sur  nos  poids  et  mesures. 

La  partie  statistique  a  reçu  dé  nouveaux  développemens 
qu'on  ne  lira  pas  sans  Intérêt.  Il  résulte  de  ces  documens  à  peu 
près  officiels,  que  la  population  du  royaume,  au  premier  janvier 
1827  ,  était  de  6,116,935  aines.  Les  autres  éiémens  de  popula- 
tion étaient  les  suivans,  pour  l'année  1826  qui  venait  de  suivre. 

VILLES.  CAMPAGNES. 

Naissances 67,915  1 54, 080 

Décès 58,899  1  1  o,i  53 

Relativement  à  la  population,  on  avait  compté  1  naissance  par 
27  individus  à  peu  près,  comme  les  années  précédentes;  et  1  dé- 
cès par  36  individus;  ce  qui  annonce  une  mortalité  plus  forte 
que  celle  qu'on  avait  observée  antérieurement.  Cette  grande 
mortalité  s'est  fait  ressentir  surtout  dans  la  Nord-Hollande, 
dans  la  Zélande  et  dans  les  provinces  de  Frise  et  de  Groningue , 
où  l'on  a  compté  1  décès  sur  20  individus.  Le  rapport  des  nais- 
sances masculines  aux  naissances  féminines  conserve  une  valeur 
a  peu  près  constante  de  1  à  0,949.  On  a  aussi  compté,  pendant 
Tannée  1826  ,  un  mariage  par  126  individus,  terme  moyen. 

M.  le  général  Krayenhoff  a  donné  une  série  d'observations 
sur  la  déclinaison  et  l'inclinaison  de  l'aiguille  aimantée  obser- 
vée à  Nimègue  pendant  les  neuf  premiers  mois  de  1827.  Il  ré- 
sulte de  ces  observations  ,  que  la  déclinaison  est  de  210  35'  12", 
valeur  moyenne  ,  et  l'inclinaison  de  690  35\  L'annuaire  de 
M.  Lobaito  contient  encore  une  notice  intéressante  sur  le  ba- 
romètre, suivie  de  quelques  tableaux  météorologiques.  Ce  petit 
ouvrage  est  rédigé  avec  conscience  et  discernement,  et  con- 
tinue à  justifier  l'accueil  favorable  qu'il  a  reçu  dès  sa  naissance. 

A  •  Q- 

172.  —  *  Mémoires  sur  les  colonies  de  bienfaisance  de  Frédé- 

ricks-  Oord  et  de  JFortel ,  par  le  chevalier  de  Kirckhoff. 
Bruxelles,  1827;  Frank,  rue  de  la  Puterie.  In-8°. 

Le  but  de  l'auteur  de  ce  Mémoire  n'a  pas  été  de  rappeler  à 
ses  compatriotes  tout  ce  qui  a  été  fait  pour  extirper  la  men- 
dicité dans  les  Pays-Bas ,  ainsi  que  tout  ce  qui  concerne  la 
formation  des  colonies  de  bienfaisance.  L'impulsion  donnée 
par  un  de  nos  princes  ,  la  protection  accordée  par  notre  au- 
guste monarque,  le  zèle  philantropique  avec  lequel  plusieurs 
milliers  d'actionnaires  contribuèrent  aux  dépenses  premières 
de  ces  établissemens,  et  enfin  les  succès  qui  ont  été  le  résultat 
de  tant  d'efforts  réunis,  voilà  ce  qui  lie  pouvait  rester  ignoré 
-sur  aucun  point  du  royaume. 


■  s  BAS.  4Qj 

M,  de  Kitckhoff,  en  publiant  cel  écrit,  s'esl  proposé  un  J>ut 
plus  honorable  pour  la  nation,  celui  de  faire  connaître  aux 
étrangers  l'organisation  dé  m>s  colonies  de  bienfaisance,  de 
les  mettre  à  même  d'en  apprécier  l'utilité,  el  de  leur  donner 
l'idée  (le  les  imiter.  Il  paraît  même  que  plusieurs  sociétés 
d'agriculture  françaises  et  américaines  lui  avaient  témoigné  le 
désir  d'avoir  sur  ces  colonies  des  détails  exacts  et  étendus, 
et  que  <Vst  d'après  leur  demande  qu'il  sVsi  occupé  de  la 
rédaction  du  mémoire  que  nous  annonçons.  Nous  ne  nous 
étendrons  point  sur  les  documens  qu'on  y  trouve.  On  pourra 
s'en  former  une    idée  ,  lorsqu'on  saura  que   les  deux    sociétés 

des  provinces  septentrionales  ei  des  provinces  méridionales, 
formées  l'une  en  1S1K,  ci  l'autre  en  1822,  comptent  mainte- 
nant près  de  quarante  mille  souscripteurs,  et  disposent  d'un 
capital  de  cinq  millions  de  florins,  et  que  pins  de  8,000  pauvres 
trouvent,  dans  les  établissemens  qu'elles  ont  (ormes,  le  travail, 
l'existence,  le  bonheur.  Ces  résultats,  qui  deviennent  chaque 
jour  plus  satisfaisant ,  parlent  assez  hautement  en  faveur  de 

celle  belle  el   utile  institution   (ij.  J.  D.  L.  B. 

173. —  Verslag,  etc.  —  Rapport  sur  l'état  des  colonies  de  bien- 
faisance établies  dans  les  provinces  septentrionales  du  royaume 
des  Pays-Bas,  par  le  chevalier  Caaa,  membre  de  l'ordre  équestre 
de  Hollande, etc.  La  Haye,  1827;  imprimerie  du  gouvernement. 
In-8°  de  1 9  pag. 

Parmi  le  grand  nombre  d'institutions  philanlropiques  créées 
sous  l'influence  des  progrès  de  la  civilisation  de  notre  époque 
on  pourrait,  sans  crainte  d'être  taxé  d'exagération,  placer  au 
premier  rang  les  colonies  de  bienfaisance  qui  existent  dans  les 
Pays-Bas;  de  là,  on  conçoit  tout  l'intérêt  que  doit  inspirer  la 
brochure  de  M.  Caan.  On  y  lit  avec  plaisir  qu'au  8  novembre 
dernier,  l'état  des  colonies  de  bienfaisance  des  provinces  septen- 
trionales du  royaume  ne  laissait  rien  à  désirer  :  l'exercice  du 
culte  religieux  ,  l'instruction  ,  la  santé  des  colons,  le  travail,  les 
magasins,  la  nourriture,  les  bàtimens,  l'agriculture,  le  service 
sanitaire,  etc. ,  sont  passés  en  revue  par  M.  Caan.  (Voy.  ci-des- 
sus ,  p.  264-271,  une  Notice  sur  les  colonies  de  bienfaisance  de 
Frederiks-Oord  et  de  Wortel.)  be  K. 

17/».  —  *  Guide  des  jeunes  employés,  par  N.  L.  RiNSOif. 
Bruxelles,  1828  ;Tarlicr.  In-i8  de  2/,  2  pag. 

(r)  L'article  inséré  dans  notre  précédent  cahier  (p.  264  et  suivantes) , 

relatif  aux  colonies  de  bienfaisance  du  royaume  des  Pays-Bas  ,  a  été 
extra it  du  Mémoire  de  M.  de  Kircrhoff,  dont  on  avait  conserv  la 
signature,  défigurée  par  une  faute  d'impression.  j\.  du  ft. 

t  .  x  x  x  v  1 1 .  —  Février  1828.  3 1 


48a  LIVRES  ÉTRANGERS. 

il  était  difficile  de  concevoir  un  ouvrage  plus  mile  et  de 
l'exécuter  d'une  manière  plus  satisfaisante  que  ne  l'a  fait  M.  Ren- 
son;  ses  trente-cinq  chapitres  s'enchaînent  avec  un  ordre  par- 
fait, et  je  ne  sais  par  quel  art  l'auteur  a  su  jeter  un  véritable 
intérêt  sur  une  matière  qui  semblait  en  comporter  si  peu;  cela 
tient  indubitablement  à  ses  vues  toujours  morales  et  qui  dé- 
cèlent partout  l'homme  de  bien9  non  moins  que  l'administrateur 
instruit.  Les  honorables  souvenirs  qu'a  laissés .,  parmi  les  Belges, 
M.  de  Chaban  ,  préfet  de  la  Dyle,  ne  permettent  pas  de  douter 
du  plaisir  qu'ils  éprouveront  à  lire  ce  qu'en  rapporte  M.  Ren- 
son  dans  son  chapitre  sur  les  audiences.  Nous  terminerons  cet 
article,  en  formant  le  vœu  que  bientôt  ce  petit  volume  se  trouve 
dans  les  mains  de  toutes  les  personnes  qui  suivent  la  carrière 
des  emplois  publics,  ou  qui  s'y  destinent.  Stassart. 

it5.  — *  Hugo  de  Groot,  etc.  —  Hugues  de  Groot  (Grotius), 
et  Marie  deReigersbergen,  par  Jérôme  de  Vries.  Amsterdam, 
]  827.  în-8°  de  255  pag. 

Il  n'est  personne  qui  soit  un  peu  versé  dans  l'histoire  des 
Pays-Bas  et  qui  ignore  les  grands  talens  et  les  revers  de  Hugues 
Grotius;  il  n'est  personne  qui  méconnaisse  les  grands  services 
qu'il  a  rendus  aux  différentes  sciences  morales  et  politiques  telles 
que  le  droit,  l'histoire,  la  théologie,  etc.  Il  y  a  pourtant  encore 
une  partie  de  sa  vie  à  laquelle  on  n'avait  pas  jusqu'ici  accordé 
une  attention  assez  particulière  ,  c'est  sa  vie  privée  et  ses  vertus 
domestiques;  M.  de  Tries  s'est  acquis  des  titres  à  la  reconnais- 
sance publique,  en  se  chargeant  de  la  tâche  honorable  de  pré- 
senter la  vie  de  Grotius  sous  ce  nouveau  rapport.  Le  volume  que 
nous  annonçons  contient  quatre  discours:  le  premier  (pag.  i-5o) 
nous  fait  connaître  la  première  partie  de  la  vie  de  Grotius  jus- 
qu'à son  emprisonnement  à  la  Haye  i583-i6i8;  le  second, 
(pag.  5i-io5),  se  rapporte  à  l'époque  de  1619- 1632 ,  jusqu'à 
son  départ  pour  Hambourg;  le  troisième  (pag  106-  170)  traite 
de  la  partie  qui  nous  paraît  la  plus  intéressante,  (entre  autres 
de  la  résidence  de  Grotius  comme  ambassadeur  de  Suède  à  la 
cour  de  France,  )  jusqu'à  sa  mort  en  1 6 4  r>  ;  le  quatrième  dis-" 
cours  enfin  s'attache  à  faire  ressortir  les  vertus  delà  digne  épouse 
de  Grotius,  la  célèbre  Marie  de  Reigersbergen ,  qui  s'est  mon- 
trée toujours  sa  digne  et  courageuse  compagne,  au  milieu  des 
revers  qu'il  a  éprouvés. 

Certes,  M.  de  Vries  aurait  pu  choisir  un  sujet  plus  vaste  et 
plus  brillant.  On  se  demande  peut-être  quel  intérêt  peuvent  nous 
offrir  les  détails  de  la  vie  privée  des  époux  Grotius.  IVlais  par  la 
manière  dont  M.  de  Vries  a  traité  son  sujet,  il  nous  initie  à  une 
foule  de  preuves  touchantes  d'amour  conjugal,  de  piété,  de  n  - 


PAYS  bas.  -FRANGE.  /,»'» 

signatioo  el  <1<%  courage,  qui  nous  font  chérir  ceux  que  nous 
étions  déjà  accoutumés  à  estimer  el  à  admirer.  Souvent  l'auteur 
nous  présente  le  texte  même  <l«'s  lettres  que  Grotius  el  son 
épouse  se  sont  adressées  mutuellement,  et  on  est  touché  de  la 
simplicité  et  de  la  candeur  qui  s'y  montrent  partout.  Puissent 
les  vertus  domestiques  de  ces  dignes  époux  trouver  beaucoup 
d'imitateurs  parmi  les  familles  de  notre  époque,  et  puisse  la 
lecture  de  cet  excellent  ouvrage  contribuer  à  les  répandre!  Alors 
ci:  ne, sera,  pas  seulement  un  bon  ouvrage  cpie  M.  de  Vries  aura 
aussi  une  bonne  action.  X.  X. 

LIVRES  FRANÇAIS. 
Sciences  physiques  et  naturelles. 

i--().  —  Essai  sur  les  modifications  apportées  à  la  conformation 
de  la  terre  depuis  sa  création,  par  Joseph  J.  D. ,  ancien  capitaine 
d'artillerie.  Paris,  1828;  Jules  Rcaouard;  Bachelier.  In-8°; 
prix  ,  1  fr.  5o  cent. 

Si  l'auteur  avait  eu  moyen  de  bien  connaître  quel  fut  l'état 
de  la  terre  à  la  création,  et  rapprochait  de  cet  antique  inven- 
taire celui  de  nos  connaissances  actuelles,  pour  en  déduire 
l'histoire  des  vicissitudes  subies  par  notre  planète,  son  essai 
serait  incontestablement  le  livre  le  plus  curieux  qui  eut  jamais 
paru,  et  la  géologie  serait  une  science  désormais  complète.  Il 
n'en  est  malheureusement  pas  ainsi;  M.  J.  D.  ne  nous  donne 
sur  l'état  primitif  du  globe  que  des  conjectures,  plus  ou  moins 
ingénieuses,  plus  ou  moins  neuves,  et  il  en  déduit  des  suppo- 
sitions sur  la  manière  dont  ont  dû  se  Former  les  montagnes,  les 
mers,  les  rivières.  Il  présume  que  la  terre  a  dû  n'être  qu'une 
masse  dans  laquelle  les  corps  solides,  liquides  et  gazeux,  d'a- 
bord confondus,  ont  dû  bientôt  se  ranger  dans  l'ordre  de  pe- 
santeur, par  l'effet  de  l'attraction,  qu'alors  elle  a  dû  former  un 
sphéroïde  parfait,  entièrement  recouvert  d'une  couche  d'eau  ; 
que,  dans  cet  état  de  mollesse,  la  rotation  a  produit  l'exhaus- 
sement de  l'équateur,  que  les  mers  se  sont  formées  par  affaisse- 
ment, les  montagp.es  primitives  par  une  sorte  de  Cristallisation; 
L'auteur  appartient  à  cette  classe  de  géologues  qui  voulant, 
malgré  la  pénurie  de  données  précises  où  nous  sommes  encore , 
remonter  à  l'origine  des  choses,  font  de  la  science  avec  leur 
imagination,  et  sont  condamnés,  s'ils  rencontrent  juste,  à  ne 
jamais  pouvoir  le  prouver;  il  nous  permettra  de  continuer  à 
regarder  comme  le  plus  poétique  et  le  plus  raisonnable  d\n- 
Ir'eux  l'illustre  auteur  du  Génie  du  christianisme t  qui  pense  que 
je  monde  a  été  créé  vieux.  D'autres  géologues  s'occupent  à 

3i. 


m  LIVRES  FRANÇAIS. 

constater  des  fails ,  à  réunir  les  matériaux  du  grand  édifice  sur 
le  plan  duquel  M.  J.  D.  a  voulu  donner  un  aperçu  :  ceux-là 
reconnaîtront,  à  plusieurs  observations  pleines  de  sagacité,  que 
l'auteur  de  l'essai  pourrait,  s'il  dirigeait  ses  recherches  sur  des 
choses  plus  à  notre  portée,  rendre  à  la  science  de  véritables 
services.  J.  J.  B. 

177 . — *  Encyclopédie  portative  ou  Résumé  universel  des  sciences, 
des  lettres  et  des  arts.  —  Précis  de  minéralogie  moderne,  donnant 
la  connaissance  de  la  structure,  la  nature  ,  les  caractères  et  la 
classification  des  minéraux ,  avec  la  description  et  l'histoire 
naturelle  de  chacune  de  leurs  espèces;  précédé  d'une  intro- 
duction historique ,  et  suivi  d'une  biographie ,  d'une  bibliographie 
et  d'un  vocabulaire  formant  table  synonymique;  parG.  Odolant 
Desnos,  membre  de  plusieurs  sociétés  savantes.  Paris,  1827; 
au  bureau  de  l'Encyclopédie  portative,  rue  du  Jardinet-Sain t- 
André-des-Arcs,  n°  8.  2  vol.  in- 18;  prix,  7  {je. 

On  peut  apprendre  beaucoup  dans  ce  petit  ouvrage.  On 
désirera  sans  doute  plus  de  développemens  en  quelques  par- 
ties, plus  de  cette  sorte  d'érudition  dont  les  sciences  ne  peu  - 
vent  se  passer  que  lorsqu'elles  sont  très-près  de  leur  perfec- 
tion :  mais  il  fallait  borner  à  deux  petits  volumes  ce  traité 
d'une  science  immense,  et  y  joindre,  sans  étendre  l'espace, 
l'histoire  de  cette  science  et  celle  des  hommes  qui  ont  accu- 
mulé successivement  les  richesses  qu'elle  possède  aujourd'hui. 
C'est  dans  cette  partie  historique,  biographique  et  bibliographi- 
que que  l'on  remarquera  le  plus  de  lacunes,  sans  que  l'on  puisse 
les  reprocher  à  l'auteur:  entre  les  limites  qu'il  lui  était  interdit 
de  franchir,  il  devait  réserver  pour  l'exposition  des  doctrines 
le  plus  grand  nombre  de  ses  pages;  et,  s'il  était  dans  la  néces- 
sité de  traiter  moins  favorablement  quelque  partie  de  son 
travail ,  ce  n'est  pas  à  celle  qui  constitue  la  science  qu'il  lui 
était  permis  d'imposer  un  tel  sacrifice. 

Au  sujet  de  ces  limites,  presque  toujours  trop  étroites,  qui 
sont  prescrites  aux  ouvrages  portatifs-,  élémentaires ,  popu- 
laires, etc.,  qu'il  nous  soit  permis  de  dire,  au  nom  de  l'intérêt 
public,  que  ce  que  l'on  doit  fixer  avant  tout,  s'il  est  possible, 
c'est  l'étendue  que  doit  avoir  un  ouvrage  réellement  utile,  et 
par  conséquent  un  bon  ouvrage.  Si  quelque  incertitude  sur  les 
méthodes  d'enseignement  et  d'exposition  empêche  quelque  fois 
de  résoudre  cette  question ,  qu'on  donne  la  préférence  aux 
longs  ouvrages;  il  y  a  moins  d'inconvénient  à  excéder  la  me- 
sure du  savoir  profitable  qu'à  rester  en- deçà,  d'autant  plus 
que,  lorsqu'on  s'attache  à  ne  pas  dépasser  cette  mesure,  il 
arrive  très-rarement  que  les  étudians  sachent  bien  ce  qu'ils 
croient  avoir  appris. 


SCIENOTS  PHYSIQl  ES.  /,8r> 

Les  entreprises  d*o\i\  ragea  abrégés  se  multiplient  ;  une  sorte 
de  ri\  alité  s'établit  entre  les  écrivains  zélés  pour  la  propagation 
des  connaissances  usuelles.  Afin  que  cette  concurrence  soif  aussi 
profitable  an  public  qu'elle  peut  le  devenir,  il  serait  peut-être 
nécessaire  de  traiter  spécialement)  à  fond,  avec  étendue,  les 
questions  encore  plus  neuves  qu'on  ne  le  pense:  comment  les 
livres  élémentaires  doivent- ils  être  rédîgésPQuels  développemens  ■ 
Les  rédacteurs  peuvent-ils  admettre?  Est-il  possible  de  trouver 
des  règles  qui  puissent  diriger  la  composition  de  ces  ouvrages, 
et  en  garantir  le  succès  ?  Le  philosophe  qui  résoudrait  ces 
questions  aurait  bien  mérité  des  étudians,  des  professeurs  et 
J< is  ailleurs  qui  écrivent  pour  les  uns  et  pour  les  autres.     N. 

178. — *  Discussion  sur  l'antiquité  de  la  découverte  et  de 
l'usage  du  platine  ;  citations  de  divers  auteurs  anciens  à  ce  sujet , 
par  M.  F.  Rêver.  Rouen,  1827;  M,uc  veuve  Renault.  In-8U 
de  67  pages. 

M.  F.  Rêver,  correspondant  de  l'Institut,  aujourd'hui  l'un 
des  patriarches  de  la  science  archéologique,  élève  une  discus- 
sion d'un  haut  intérêt.  L'épigraphe  qu'il  a  choisie  indique  par- 
faitement son  intention  :  «  Et  cela  fesoy-jc  en  partie  pour  voir 
si  je  pourrais  tirer  quelque  contradiction  qui  eut  plus  d'assu- 
rance de  vérité  que  non  pas  les  preuves  que  je  mettois  en  avant.» 
[Bernard  Palissy,  traité  des  Pierres,  pag.  75».)  M.  Rêver, 
ainsi  queCaylus  et  Winckelmann  ,  s'est  occupé  de  ce  que  furent 
les  arts  chez  les  anciens;  et  ses  divers  écrits  sont  marqués  au 
coin  de  la  plus  saine  critique.  Les  anciens  connaissaient-ils  le 
platine?  Savaient-ils  l'employer  ?  Telles  sont  les  deux  questions 
que  cet  antiquaire  s'est  proposées  à  lui-même,  d'après  la  des- 
cription du  plomb  blanc  qui  se  trouve  dans  Pline  ,  et  qu'il  offre 
ensuite  aux  archéologues.  Il  présente,  pour  sa  part,  son  con- 
tingent de  renseignemens  pour  et  contre;  car  il  s'agit  ici  d'é- 
cîaircir  un  fait,  et  non  de  plier  les  textes  à  une  idée  dominante. 
M.  Rêver  est  très  porté  à  voir  le  platine  dans  le  métal  que  Pline 
appelle  le  plomb  blanc,  et  qui  a  été  pris  pour  ïétain,  si  ce  n'est 
par  un  petit  nombre  de  gens  de  mines ,  suivant  l'expression 
d'un  ancien  traducteur  de  Pline.  Il  établit  un  parallèle  entre  la 
description  du  plomb  blanc  donnée  par  le  naturaliste  latin  et 
celle  du  platine  par  notre  célèbre  Fourcroy-  L'auteur  soupçonne 
que  le  platine  était  connu  des  Grecs,  et  qu'ils  le  mettaient  en 
œuvre  sous  le  nom  de  cassitems  ;  il  allègue  les  raisons  qu'il  a 
de  regarder  quelques  descriptions  qui  sont  dans  Homère, 
comme  pouvant  porter  à  penser  que  le  cassilerôs  était  notre 
platine,  antérieurement  à  la  discussion  qui  vient  d'être  impri- 
mée à  la  fin  de  1827,  M.  Rbteb  avait  fait  connaître  l'exposé 


486  LITRES  FRANÇAIS, 

des  idées  que  l'étude  du  xvie  chapitre  de  Pline,  îiv.  xxxiv,  lui 
avait  suggérées  sur  l'identité  du  platine  moderne  et  de  l'ancien 
plomb  blanc;  il  avait  fait  également  imprimer  cet  exposé, 
comme  mémoire  à  consulter  ,  afin  d'obtenir  des  hommes  ins- 
truits quelques  avis  dans  l'intérêt  de  la  science.  M.  Leboyer 
répondit  à  cet  appel  par  des  réflexions  imprimées  dans  le  Lycée 
armoricain.  M.  Rêver  examine,  dans  son  nouvel  écrit,  l'opinion 
de  M.  Leboyer.  Pour  donner  un  aperçu  de  la  manière  dont  la 
discussion  est  posée  ,  nous  terminerons  cet  article  par  une  série 
de  questions  qui  en  est  le  résumé  exact.  Quel  était,  chez  les 
anciens  ,  le  métal  qu'ils  ont  dit  :  i°  Ne  se  recueillir  que  dans 
les  mines  d'or  et  parmi  les  sables  aurifères?  i°  Ne  s'y  montrer 
que  sous  la  forme  de  grenaille  noirâtre,  bigarrée  de  tons  blancs? 
3°  Ne  pouvoir  être  employé,  s'il  n'était  allié  avec  quelque  autre 
métal  ?  4°  Être  toujours  plus  dur  a  fondre  que  l'argent?  5°  Avoir 
été  connu  des  Grecs,  qui  le  portaient  au  plus  haut  prix,  et  l'em- 
ployaient à  des  ouvrages  précieux  ?  6°  Être  aussi  lourd  que 
l'or?  7°  Avoir  été  mis  en  plaqué  par  les  Gaulois  qui,  d'après 
cette  invention,  firent  aussi  au  plaqué  d'argent  ?  8°  Enfin  avoir 
été  désigné  sous  la  dénomination  d'or  blanc,  qu'il  ne  garda 
point,  et  qui  fut  remplacée  chez  les  Romains  par  celle  de  plomb 
blanc?  Faut-il  croire  que  ce  métal  était  l'étain  même  que  nous 
connaissons?  ou  bien  les  qualités  que  les  anciens  lui  trouvaient 
ressemblaient-elles  aux  qualités  du  platine  ?  Peut-on  recon- 
noître  ces  qualités  dans  quelque  autre  métal  que  le  platine? 

P.  J.  F. 

I79-  —  *  Atlas  des  oiseaux  d'Europe,  pour  servir  de  complé- 
mentau  Manueld 'ornithologie deM.  Temminnck;  par  M.  J.  C.  Ver- 
ner,  peintre  d'histoire  naturelle.  Septième  livraison.  Paris, 
18:28;  A.  Belin,  rue  des  Ma  thurins  St. -Jacques,  i4-In-8°.  Prix 
de  la  liv.  5  fr.  Le  texte  se  vend  également  par  livraisons. 

Les  dix  planches  dont  se  compose  cette  livraison  représentent 
deux  espèces  du  genre  éiourneau  (Siurnus),  et  une  du  genre  mar- 
tin  (Pastor),  qui  appartiennent  toutes  trois  à  l'ordre  des  om- 
nivores; cinq  espèces  du  genre  Pie-griècÂes  (Lanius),  et  une  du 
genre  Gobe  mouches  (muscicapa);  ces  deux  derniers  genres  font 
partie  de  l'ordre  des  insectivores. 

On  reconnaît  toujours  dans  les  planches  le  talent  qui  place 
M.  Werner  au  rang  de  nos  meilleurs  peintres  d'histoire  natu- 
relle; la  réputation  du  Manuel  d'ornithologie  de  M.  Temminek  est 
bien  établie  depuis  long-temps,  et  nous  ne  pouvons  rien  ajou- 
ter à  l'éloge  que  nous  en  avons  déjà  fait.  A.  31 — t. 

180. — *  Plantes  cryptogames  du  nord  de  la  France;  par 
J.-B.-H.  J.  Desmazières.  /te  et  5e  fascicules.  Lille,  1826-  i8,>-. 


SCIENCES  PHYSIQ1  /,8; 

Letcux.  Paris,  Tn  miel  el  Wurlz.  lu-/|°  ai ce  5o  échantillons; 

j-ii\,  S  IV. 

L'empressement  avec  lequel  nous  avons  rendu  compte  des 
trois  premières  livraisons  de  cet  ouvrage  prouve  l'importance 
que  nous  attachons  à  cette  laborieuse  entreprise,  que  M.  De-. 
mazières  continue  avec  une  persévérance  et  des  soins  éclairés, 

qui  lui  méritent  les  suffrages  des  hommes  studieux.  Ct  n'est 
point  par  le  luxe  typographique  qu'il  cherche  à  captiver  les 
amateurs  d'histoire  naturelle ,  mais  par  un  choix  de  bons  échan- 
tillons, bien  caractérisés,  et  par  des  notes  raisonwées  fort  éten- 
dues. Les  deux  fascicules  (pic  nous  annonçons,  le  /je  et  le  5e  de 
la  collection,  renferment,  comme  les  prcVédens,  5o  espèces 
de  cryptogames,  appartenant  aux  hydrophytes ,  aux  champi- 
gnons, aux  lichens,  aux  mousses  et  aux  fougères.  Les  bornes 
de  cet  article  ne  nous  permettent  pas  d'énumérer  les  genres  et 
les  espèces  inédites  mentionnés  dans  l'ouvrage;  toutefois,  nous 
devons  citer  parmi  les  plantes  marines  cloisonnées  ythalassio- 
phftt  s  diaphûistéçs  )  ,  les  genres  boryna  de  grateloup,  chloroni» 
tutu  gailloo,  sphacelaria  lyngbye,  sur  les  caractères  desquels 
!  auteur  donne  des  explications  précises,  comme  aussi  sur  ceux 
dans  lesquels  doit  être  désormais  restreint,  le  genre  cera- 
mium.  L'examen  attentif  des  échantillons  renfermés  dans  le 
5e  fascicule  prouve  avec  quel  succès  l'auteur  explore  les  dé- 
partemens  du  nord  de  la  France,  et  combien  ils  lui  ont  fourni  de 
cryptogames  rares  et  nouvelles,  échappées  aux  recherches  des 
botanistes  du  même  pays.  Des  cent  espèces  de  plantes  exposées 
dans  ces  deux  fascicules,  nous  en  avons  remarqué  près  de  la 
moitié  qui  ne  sont  pas  mentionnées  dans  la  dernière  édition 
[1827)  de  la  Botanographie  belgiqùc  par  M.  Th.  Lestiboudois, 
quoique  ce  dernier  ouvrage  ait  cité,  comme  appartenant  à  la 
Belgique,  des  espèces  observées,  à  la  vérité,  en  Danemark, 
mais  qui  n'ont  pas  encore  été  rencontrées  en  France. 

181.  — *  Tableau  analytique  de  la  flore  parisienne ,  d'après 
la  méthode  adoptée  dans  la  flore  française  de  MM.  De  Lamarck 
et  De  Candole;  par  Alex.  Bautier.  Paris,  1827;  Béchet  jeune. 
Ii.-i8de284  pages;  prix,  11  fr. 

On  connaît  les  avantages  de  la  méthode  dichotomique  que 
nous  devons  à  M.  De  Lamarck,  el  à  l'aide  de  laquelle  les  com- 
mençans  en  botanique  arrivent  avec  beaucoup  de  facilité  à  la 
connaissance  du  nom  des  plantes.  Cette  facilité  dans  les  moy<  1 
de  recherches  offrant  aux  élèves  qui  n'ont  pas  beaucoup  de 
tems  à  consacrer  à  la  plus  agréable  des  sciences  les  moyens 
d'obtenir  de  prompts  résultats  et  de  surmonter  sans  maître  el  à 
tout  instant  les  premières  difficultés  inséparables  de  toute  étude 


486  LIVRES  FRANÇAIS. 

scientifique,  a  été  un  des  motifs  qui  ont  déterminé  l'auteur  de 
cet  ouvrage  à  le  composer  et  à  le  publier.  Pour  obvier  à  l'in- 
convénient que  l'on  a  souvent  reproché  à  la  méthode  dichoto- 
mique de  ne  pas  offrir  assez  de  points  de  repos  et  d'exiger  une 
attention  trop  soutenue ,  M.  Dautier  a  placé  l'analyse  des  es- 
pèces après  la  description  du  genre,  de  manière  à  ce  que  ce 
dernier  puisse  servir  de  terme  iixe  pour  la  mémoire.  La  dé- 
couverte d'un  grand  nombre  d'espèces,  depuis  la  publication 
du  travail  de  M.  De  Lamarck,  la  nécessité  de  réduire  en  un 
volume  plus  portatif  un  tableau  si  utile  d;ms  les  herborisations, 
et  d'appliquer  plus  spécialement  son  usage  aux  terrains  qui 
entourent  la  capitale  ;  telles  sont  les  raisons  qui  paraissent 
avoir  dirigé  l'auteur  dans  la  conception  et  la  publication  de 
son  travail.  Il  a  su,  d'après  l'avis  officieux  de  M.  De  Candole, 
multiplier  les  moyens  d'arriver  à  la  connaissance  des  genres  et 
prévenîr  les  différentes  anomalies  qui  auraient  pu  entraver  les 
recherches.  Ce  petit  ouvrage,  Vade  mecurn,  indispensable  aux 
amateurs  de  la  botanique,  renferme  la  description  des  familles 
naturelles  et  de  tous  les  genres  de  phanérogames  qui  appar- 
tiennent à  la  flore  parisienne.  Ces  genres  Sont  suivis  de  l'ana- 
lyse des  espèces.  L'ordre  adopté  dans  la  disposition  des  familles 
est  celui  qui  commence  par  les  êtres  les  plus  composés  en  des- 
cendant aux  plus  simples.  Quant  aux  raisons  qui  ont  empêché 
l'auteur  de  compléter  son  ouvrage  par  la  publication  de  la 
cryptogamie  et  la  description  détaillée  des  espèces,  elles  seront 
appréciées  diversement  par  les  lecteurs,  que  nous  renvoyons 
avec  confiance  à  l'ouvrage  même.  Ils  trouveront,  au  commen- 
cement,  des  Notes  préliminaires  sur  les  organes  des  végétaux, 
et  à  la  fin ,  un  Vocabulaire  des  mots  techniques  employés  dans 
l'ouvrage.  B.  G. 

182.  —  *  Le  Bon  Jardinier,  almanach  pour  l'année  1828, 
contenant  les  principes  généraux  de  la  culture;  l'indication, 
mois  par  mois,  des  travaux  à  faire  dans  les  jardins;  la  descrip- 
tion, l'histoire  et  la  culture  de  toutes  les  plantes  potagères  éco- 
nomiques ou  employées  dans  les  arts;  de  celles  qui  sont  propres 
aux  fourrages;  des  arbres  fruitiers;  des  oignons  et  plantes  a 
fleurs;  des  arbres,  arbrisseaux  et  arbustes  utiles  ou  d'agré- 
ment, disposés  selon  la  méthode  du  Jardin  du  Roi;  suivis  d'un 
vocabulaire  des  termes  de  jardinage  et  de  botanique;  d'un  jar- 
din des  plantes  médicinales;  d'un  tableau  des  végétaux  grou- 
pés d'après  la  place  qu'ils  doivent  occuper  dans  les  parterres  , 
bosquets  ,  etc.  ;  et  précédé  d'une  Revue  de  tout  ce  qui  a  paru 
de  nouveau  en  jardinage  ,  en  France  et  dans  les  pays  étrangers. 
pendant  le  cours  de  L'année  ;  par  A.  Poiteai  ,  ancien  jardinier 


SCIENCES  PHYSIQUES.  489 

des  pépinières  royales  de  \  ersaiUi  s,  rie.  et  Vilmorin,  membre 
delà  Société  royale  a* agriculture t  etc.  Paris ,  182$-;  Audot.  ln-n 
de  10A0  pages,  avec  '1  planches  et  a  gravures*;  prix,  7  francs, 
et  <)  IV.  2.5  cent,  par  la  poste. 
Cet  intéressant  almanacfa  offre  cette  année  à  ses  lecteurs, 

même  avant  le  titre,  une  instruction  qui  serait  peut-être  per- 
due, si  l'on  n'y  joignait  pas  un  commentaire  :  une  gravure  re- 
présente le  jardin  et  les  serres  de  la  Société  d'horticulture  de 

Bruxelles.  Cette  Société  ne  se  borne  donc  point  à  des  disserta- 
tions; elle  veut  faire  plus  que  propager  le  résultat  d'expériences 
faites  par  autrui  '  avis  aux  Sociétés  de  même  nom,  en  quelque 
lieu  qu'elles  soient  instituées  (1). 

La  Revue  horticole  est  très-intéressante.  Depuis  182G,  plus  de 
200  noms  d'espèces  ou  de  variétés  nouvelles  ont  été  introduits 
dans  le  Bon  Jardinier.  Si  chaque  année  était  aussi  féconde  en 
découvertes  botaniques  et  horticoles,  l'embarras  du  choix  de- 
viendrait extrême;  car  on  ne  peut  tout  cultiver,  tout  placer 
dans  les  plus  grands  jardins ,  dans  les  serres  les  plus  vastes. 
Mais  ces  acquisitions  végétales  ne  sont  pas  les  seuls  objets  pas- 
sés en  revue;  de  nouveaux  procédés  de  culture,  des  moyens 
de  perfectionner  ou  de  conserver  les  fruits,  des  Notices  sur  les 
travaux  et  les  services  des  Sociétés  d'horticulture,  et  sur  les 
hommes  instruits  qu'elles  ont  perdus.  Toutes  ces  matières,  qui 
forment  une  agréable  liaison  entre  les  lettres,  les  arts  et  les 
sciences,  peuvent  être  recherchées,  même  ailleurs  que  dans  un 
almanach,  et  en  touttems.  Cet  ouvrage  devient,  chaque  année, 
plus  instructif  et  plus  attrayant  :  les  lecteurs,  satisfaits  de  la 
manière  dont  les  rédacteurs  se  sont  acquittés  de  leur  tâche, 
ne  penseront  nullement  à  examiner  s'il  était  possible  de  faire 
encore  mieux.  F. 

18 3.  —  *  Annuaire  pour  Van  1828,  présenté  au  Roi  par  le 
bureau  des  Longitudes)  Paris,  1827;  Bachelier.  In  12  de 
212  pages;  prix ,  1  fri 

L'Annuaire  du  bureau  des  Longitudes,  rédigé  par  des  sa  vans 
illustres,  est  une  espèce  de  manuel  des  faits  les  plus  utiles  à 
connaître  dans  l'astronomie,  la  physique,  la  chimie  et  la  sta- 
tistique :  il  comprend  en  outre  tout  ce  que  contiennent  les  ca- 
lendriers ordinaires.  Dans  celui  de  1828  on  a  retranché  deux 
extraits  du  Système  du  Monde  de  feu  M.  de  La  Place,  que  l'on 


(1)  Le  magnifique  jardin  de  plantes  et <F arbres  exotiques  de  M.  Sou- 
1  \ngk  Bodib  ,  à  Ris,  sur  la  route  de  Paris  à  Fontainebleau  ,  est  ,  en 
quelque  sorte,  grâce  à  la  munificence  éclairée  tiu  propriétaire,  une 
forte  de  jardin  affecté  à  la  Société hortiadttirale  de  Paris. 


4oo  LIVRES  FRANÇAIS. 

voyait  figurer  depuis  plusieurs  années  dans  ce  Recueil  ;  et  ce 
changement  nous  conduit  à  remarquer  que ,  si  ses  rédacteurs 
variaient  davantage  les  fragmens  scientifiques  dont  ils  l'enri- 
chissent ,  la  collection  en  serait  plus  précieuse. 

Parmi  les  morceaux  détachés  qui  paraissent  pour  la  première 
fois,  nous  avons  lu  avec  beaucoup  d'intérêt  un  aperçu  stati- 
stique sur  la  Caisse  d'épargne  et  de  prévoyance,  instituée  à  Paris 
en  1818,  duquel  il  résulte  qu'en  1826  il  y  a  eu  8z,3oo  ver- 
semens,  dont  l'ensemble  a  produit  3,625,985  francs,  et  que 
depuis  son  origine  en  1818  jusqu'au  3r  décembre  1826,  la 
Caisse  a  reçu  plus  de  vingt- huit  millions  de  francs.  La  somme 
totale  des  versemensa  été  chaque  année  en  augmentant;  niais  la 
valeur  moyenne  des  dépôts  tend  aussi  à  s'accroître  :  elle  était 
de  l\i  fr.  en  i823;  elle  est  aujourd'hui  de  f\\  fr.  5o  cent.,  c'est- 
à-dire,  près  du  maximum,  5o  fr. ,  que  les  statuts  permettent 
de  recevoir.  Ce  fait  remarquable  prouve  que  le  nombre  des 
déposans  n'augmente  pas  dans  le  rapport  de  l'accroissement  des 
fonds  versés.  Si  l'on  veut  connaître  maintenant  dans  quelle  pro- 
portion les  diverses  classes  de  la  société  participent  à  ces  dé- 
pôts, il  suffit  de  jeter  les  yeux  sur  le  tableau  suivant,  qui  offre 
des  relevés  faits  à  deux  époques  différentes,  sur  une  masse 
d'environ  1  5, 000  déposans;  on  y  voit  figurer  des  individus  ap- 
partenant aux  diverses  classes  de  la  société,  clans  les  propor- 
tions ci-après  : 

i°  — Domestiques pour  j 


20  —  Ouvriers 


3°  —  Déposans  sans  désignation  de  profession  .  7 

4°  —  Enfans  mineurs y 

5°  —  Employés tV 

6°  — Marchands 7^ 

70  —Rentiers tî 

8°  —  Professions  libérales  ,  artistes  ,  etc.  ...  ^ 

90  —  Militaires rj 

io°  —  Diverses  associations  de  secours  mu- 
tuels, des  cultivateurs  et  quelques  ecclé- 
siastiques ,  magistrats  ou   fonctionnaires 

publics  ,  forment  ensemble  ......  ^ 

Les  notices  scientifiques  fournies  par  M.  Arago,  de  l'Acadé- 
mie des  Sciences,  et  spécialement  celles  qui  traitent  de  la  con- 
gélation des  rivières ,  de  la  théorie  de  la  grêle  ,  et  par  suite  des 
paragrèles  qui  occupent  depuis  quelque  temps  l'attention  des 
physiciens  et  de  plusieurs  sociétés  savantes,  i;ous  ont  paru  sur- 
tout dignes  d'être  mentionnées.  M.  Arago  explique  par  terayonnp- 


SCIENCES    PHYSIQUES.  491 

ménl  nocturne  quelques  circonstances  delà  congélation  des 
rivières,  dont  les  observateurs  avaient  c*  1  <•  frappés,  sans  pou 
voir  en  assigner  la  cause.  C'est  ainsi  qu'il  attribue  à  l'abondance 
des  eaux,  et  principalement  à  la  faiblesse  d'un  rayonnement 

nocturne,  résultant  d'un  ciel  couvert,  le  défaut  de  congélation 
de  la  Seine  dans  son  milieu,  lors  du  froid  si  intense  de  i^<>f), 
quand  le  thermomètre  centigrade  marquait — a3  °.  Au  con- 
tinue, en  17G2,  la  rivière  fut  totalement  prise  à  la  suite  de  six 
jours  dégelée,  dont  la  température  moynne  était  de  — 3° 
9  centigr. ,  et  sans  que  le  plus  grand  froid  eût  dépassé  —  90,  7  : 
c'est  qu'à  cette  seconde  époque  les  six  jours  qui  précédèrent  la 
congélation  totale  de  la  rivière  furent  parfaitement  sereins:  cir- 
constance qui ,  favorisant  le  rayonnement  nocturne  ,  rendait  la 
.température  de  l'eau  beaucoup  plus  basse  que  celle  de  l'atmo- 
sphère, d'après  la  théorie  connue  du  calorique  rayonnant. 
Après  un  exposé  savant  et  impartial  des  remarques  et  des  opi- 
nions auxquelles  le  météore  de  la  grêle  a  donné  lieu  jusqu'à 
présent,  M.  Arago  se  prononce  contre  le  système  des  para- 
grêles,  fondé  sur  la  théorie  erronée  du  célèbre  Volta;  système 
qui  ne  lui  paraît  avoir  aucune  efficacité  préservative  :  il  finit 
par  déclarer  qu'une  explication  satisfaisante  du  phénomène 
de  la  grêle  est  encore  à  trouver. 

Nous  citerons  encore  les  observations  du  même  savant  sur 
l'aiguille  aimantée,  dont  les  mouvemens  singuliers  intéressent 
si  vivement  les  physiciens  de  nos  jours.  L'extrémité  nord  de 
l'aiguille  aimantée  a  continué,  en  1  827,  à  se  rapprocher  du  mé- 
ridien terrestre;  le  8  juillet  à  i\  8'  ,  M.  Arago  a  trouvé  pour 
la  déclinaison  absolue,  22  °  20' — .  L'inclinaison  de  l'aiguille 
a  peu  changé  depuis  l'année  dernière;  l'ensemble  des  observa- 
tions indique  à  peine  une  diminution  de  1'  ~.    Ad.    Gondinet. 

184.  — *  Anatomie  de  l'homme,  ou  Description  et  fiigures 
lithograpliiées  de  toutes  les  parties  du  corps  humain;  par //«tes 
Cloqdet,  i).  m.,  membre  de  l'Académie  de  médecine,  etc  .5 
publiée  par  C.  de  Lasteyrie,  éditeur;  33e  et  34e  livraisons. 
Paris,  1827  ;  Brégeaut,  imprimeur-lithographe;  Lasteyrie  ,  rue 
de  Grenelle  -Saint- Germain.  Deux  cahiers  in -fol.;  prix  de 
la  livraison,  17  fr.  5o  c.  (vov.  Rcv.  Enc.  t.  XXXII,  p.  ^29,'  et 
t.  XXXVI,  p.  i6'i.) 

Cette  importante  publication,  l'un  des  plus  utiles  monumens 
que  l'on  ait  encore  élevés  à  la  science  de  l'auatomie,  base  es- 
sentielle des  connaissances  et  des  recherches  médicales  ,  se 
continue  avec  le  zèle  et  les  soins  éclairés  qui  ont  déjà  mérité 
plus  d'une  fois  nos  éloges  ,  adressés  à  l'auteur  aussi  bien  qu'à 
l'habile  éditeur. 


•îya  LIVRES  FRANÇAIS. 

1 85.  —  *  Traité  pratique  des  maladies  syphilitiques ,  contenant 
les  diverses  méthodes  de  traitement  qui  leur  sont  applicables, 
et  les  modifications  qu'on  doit  leur  faire  subir,  suivant  l'âge, 
le  sexe,  le  tempérament  du  sujet,  les  climats,  les  saisons  et  les 
maladies  concomitantes;  ouvrage  où  sont  spécialement  dé- 
taillées les  règles  de  traitement  adoptées  à  l'hospice  des  véné- 
riens de  Paris;  par  L.  V.  Lagneau,  D.  M.,  etc.  Sixième  édi- 
tion,  corrigée  et  considérablement  augmentée.  Paris,  1828; 
Gabon,  rue  de  l'École  de  Médecine,  n°io;  l'auteur,  rue  du 
Helder,n°  12.  2  vol.  in-8°de  io58  pages;  prix,  16  fr. 

Depuis  que  la  médecine  physiologique  est  venue  changer  ou 
modifier  toutes  les  idées  médicales ,  les  maladies  syphilitiques 
étaient  les  seules  dont  le  traitement  fût  presque  entièrement 
resté  sous  l'empire  de  la  routine.  Cet  état  de  choses  ne  pouvait 
durer  long- tcms,  et  déjeunes  médecins  militaires  conçurent 
le  projet  d'exécuter  ce  que  leur  maître  avait  annoncé.  Ils  aban- 
donnèrent les  anciennes  méthodes  et  soumirent  un  grand 
nombre  de  vénériens  à  un  traitement  purement  antiphlogis- 
tique  qui,  selon  eux,  eut  pour  résultat  d'obtenir  une  guérison 
plus  prompte  et  d'avoir  un  moins  grand  nombre  de  récidives. 
Aux  yeux  des  praticiens  sages,  ces  résultats  brillans  ne  sont 
pas  encore  assez  bien  prouvés,  et  le  mercure  entre  leurs  mains 
a  été  si  souvent  administré  avec  succès  qu'ils  auront  bien  de  la 
peine  à  bannir  de  leur  thérapeutique  un  médicament  si  éner- 
gique. 

Les  recherches  faites  sur  les  maladies  syphilitiques  depuis 
quelques  années,  ont  fait  sentir  à  M.  Lagneau  que  son  ouvrage 
avait  besoin  d'être  retouché,  et  les  changemens  qu'il  a  fait  subir 
à  cette  sixième  édition  placent  toujours  ses  travaux  au  nombre 
de  ceux  que  les  praticiens  consulteront  avec  le  plus  de  fruit. 

D. 

186. — Élémens  de  géométrie  descriptive,  à  l'usage  des  élèves 
qui  se  destinent  à  l'École  polytechnique,  à  l'Écolejnililaire ,  à 
l'École  de  marine;  par  E.  Duchesne,  professeur  de  mathéma- 
tiques spéciales  au  collège  de  Vendôme.  Paris,  1828;  Malher, 
passage  Dauphine.  In-J2  de  190  pag.  avec  un  allas  d'épurés  de 
18  pi.  in-40;  prix,  4  fr.  5o  c. 

Cet  ouvrage  n'offre  rien  de  remarquable  et  ne  paraît  pas  de- 
voir être  préféré  à  ceux  qui  traitent  le  même  sujet  et  que  l'on  a 
coutume  démettre  dans  les  mains  des  élèves,  tels  que  ceux  de 
Monge  f  Hachette,  Lacroix ,  etc.,  toutefois,  il  convient  de  dire 
que  les  explications  de  M.  Duchesne  sont  claires,  surtout  ce  qui 
se  «apporte  à  la  ligue  droite.  On  peut  lui  reprocher  de  donner 
aux  démonstrations  des  développerions  trop  étendus,  qui,  loin 


SCIENCES  PHYSIQUES.  fgl 

d'éclairer  l'esprit,  lui  sont  quelquefois  oui  libles  par  leur  surabon- 
dance. INous  l'inviterons  S  faire  disparaître  de  la  page  !\>.  une 

erreur;  les  deux  plan, dont  les  (races  sont  parallèles  à  la  ligne 
de  terre  et  qu'il  déclare  ne  pouvoir  pas  se  rencontrer,  se  coupent 

derrière  le  plan  vertical  de  projection.  \\\  reste,  les  disciples 
auxquels  ce  livre  est  destiné  pourront  en  tirer  parti  ;  l'étude  en 
831  facile  et  le  style  convenable.  Francoki  i;. 

187.  —  Art  de  fabriquer  toutes  sortes  et  ouvrages  en  papier  pour 

l'Instruction  et  l'amusement  des  jeunes  gens  des  aeiix  sexes,  par 
A.  dz  lii'xoi  ht.  Paris  1828;  Audot.  In-18  de  106  palg.  avec 
22  planches  gravées;  prix,  2  l'v.  5o  cent. 

1  S. s.  —  .ht  de  construire  en  cartonnage  tondes  sortes  d'ouvrages 
d'utilité  et  d'agrément ,  par  A  de  Hécourt.  Paris,  1828;  Audot, 
In-18  de  vin-  etio7  pag.  avec  huit  planches  gravées;  prix,  a  fr. 
et  2  fr.  25  cent,  par  la  poste. 

Ces  deux  ouvrages  ,  offerts  à  la  jeunesse  qui  aime  à  occuper 
utilement  ses  loisirs  ,  nous  ont  paru  devoir  atteindre  le  but  que 
l'auteur  s'est  proposé.  Avec  leur  aide ,  il  sera  facile  de  se  mettre 
promptement  an  fait  d'un  grand  nombre  d'ouvrages  utiles  dont 
la  confection  est  elle-même  un  plaisir.  Nous  croyons  qu'il  est  bon 
de  mettre  de  pareils  livres  dans  les  mains  des  jeunes  gens;  ils 
contribueront  à  les  rendre  adroits  et  à  les  habituer  de  bonne 
heure  au  calcul  et  à  la  réflexion.  OE. 

189.  —  *  Atlas  de  Géographie  ancienne,  pour  servir  à  l'intel- 
ligence des  Œuvres  de  Rollin ,  publié  sous  la  direction  de 
M.  Letronne,  membre  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres.  Paris,  1827;  Fi r min  Didot,  rue  Jacob.  In-4° 
obîong;   prix  ,  12   fr. 

On  a  réimprimé  de  nos  jours,  et  sous  différens  formats,  la 
vaste  collection  historique  qui  comprend  l'Histoire  Ancienne  et 
l'Histoire  Romaine;  celle  des  Empereurs  et  l'Histoire  du  Bas- 
Empire.  La  première  partie,  continuée  par  Crevierqin  a  com- 
posé l'Histoire  des  Empereurs,  est  due  à  Rollin,  et  la  dernière 
est  l'ouvrage  de  Le  Beau  ,  qui  eut  pour  continuateur  Ameilhon. 

Les  Œuvres  historiques  du  vertueux  recteur  de  l'Université 
de  Paris,  qui  servit  l'enseignement  par  ses  utiles  travaux,  qui 
s'est  immortalisé  par  sa  bonté  et  par  son  excellent  Traité  des 
Études,  avaient  besoin  d'être  enrichies  de  notes  critiques, 
propres  à  rectifier  des  erreurs  de  détail  qui  s'étaient  glissées 
dans  la  rédaction  de  son  grand  ouvrage,  ou  à  indiquer  des  par- 
ticularités historiques  qui  avaient  été  négligées.  Des  modifica- 
tions dans  l'évaluation  des  mesures  et  des  monnaies  anciennes 
devenaient  également  nécessaires,  afin  de  mettre  l'ouvrage  au 
niveau  des  connaissances  les  plus  récentes,  acquises  depuis  sa 


/l94  LIVRES  FRANÇAIS. 

publication.  Un  semblable  travail  ne  pouvait  être  mieux  confié 
qu'à  M.  Letronne,  savant  dont  la  réputation  est  européenne. 
Cet  académicien  a  réduit  à  leur  juste  valeur  les  critiques  dont 
les  écrits  de  Rollin  ont  été  l'objet,  en  publiant  pour  la  première 
fois  une  édition  qui  offre  sur  les  endroits  vraiment  fautifs  les 
rectifications  et  les  éclaircissemens  nécessaires.  Les  notes  de 
M.  Letronne,  précises  et  concluantes,  portent  le  cachet  de  sa 
profonde  érudition;  loin  de  dénaturer  l'ouvrage,  il  a  respecté 
religieusement  le  texte  du  grand  maître,  en  rejetant  au  bas  des 
pages  les  notes  et  les  observations  qui  se  trouvent  entièrement 
séparées  du  textes 

La  Géographie  ,  compagne  inséparable  de  l'histoire,  lui  sert 
aussi  de  guide  :  elle  trace,  après  une  succession  de  siècles  ,  la 
forme  des  diverses  contrées  habitées  par  les  peuples  anciens, 
la  marche  et  la  stratégie  des  armées;  elle  assigne  la  position 
des  villes  même  dont  il  n'existe  plus  de  ruines,  et  montre  la 
place  où  les  événemens  mémorables  se  sont  passés.  Un  Atlas 
devenait  donc  indispensable  pour  servir  à  l'intelligence  des 
OEuvres  de  Rollin.  Cet  atlas  qui,  à  l'exception  de  la  Ire  carte, 
a  été  rédigé  sous  la  direction  de  M.  Letronne,  par  M.  Du- 
four,  élève  distingué  de  M.  Lapie,  vient  de  paraître:  il  est 
composé  de  dix-sept  planches.  Les  dix  premières  donnent  les 
cartes  du  Monde  connu  des  anciens,  d'après  M.  Gosselin;  de 
l'empire  romain  (  partie  occidentale  );  de  l'empire  romain 
(partie  orientale  );  de  l'empire  d'Assyrie;  de  la  Grèce,  et  d'une 
partie  de  ses  colonies;  de  la  Grèce  septentrionale  et  méridio- 
nale; de  l'Italie,  avec  les  deux  mêmes  divisions;  de  la  Gaule. 
Les  sept  autres  planches  présentent  les  plans  de  Rome,  de  ses 
environs;  des  environs  de  Carthage;  de  Syracuse;  du  combat 
naval  d'Ecnome;  de  Cunaxa;  d'Athènes,  de  ses  environs;  de 
lit  bataille  de  Marathon,  de  Platée;  du  combat  naval  de  Sala- 
mine;  du  passage  des  ïhermopyles. 

Les  cartes  générales  donnent  de  grands  ensembles,  et  le 
géographe  a  réservé  les  cartes  de  détail  pour  les  pays  théâtres 
des  événemens  importans  ,  afin  que  le  lecteur  puisse  suivre  les 
récits  de  l'historien.  Cet  atlas,  sur  lequel  nous  reviendrons, 
en  rendant  compte  de  celui  que  l'on  grave  en  ce  moment  pour 
l'Histoire  des  Empereurs  par  Crevier,  a  été  dressé  avec  exacti- 
tude, et  le  choix  des  cartes  et  des  plans  qui  le  composent 
prouve  que  M.  Dufour  a  médité  sur  son  objet.  Quant  à  son 
exécution  matérielle,  elle  est  digne  de  la  belle  édition  qu'il 
accompagne.  Sueur -Merlin. 

190.  — *  Le  Monde  en  estampes,  ou  Géographie  des  cinq 
parties  du  inonde ,  précédée  d'un  Précis  de  géograj>hic  unh'cr- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  4ç5 

telle  ;  ouvrage  consacré  à  l'instruction  et  à  l'amusement  de  la 
jeunesse,  orné  de  cent  quarante  quatre  gravures  en  taille  douce 
et  de  cartes;  par  le  chevalier  deRoujoux.  Paris,  1828.  J11-80 
de  390  pages;  piix,  i5  IV.  en  noir,  et  35  fr.  fig.  color. 

Dans  les  sciences  dont  L'étude  est  principalement  du  ressort 
de  la  mémoire,  voir  est  le  meilleur  moyen  de  s'instruire.  C'est 
surtout  dans  l'enfance,  OÙ  l'attention  est  si  mobile,  les  impres- 
sions si  fugitives,  qu'il  est  utile  de  parler  à  l'esprit  par  les 
yeux.  L'ouvrage  de  M.  de  Roujoux  nous  paraît  donc,  sous  ce 
rapport,  heureusement  conçu;  l'exécution  n'en  est  pas  moins 
heureuse  :  des  gravures  d'une  finesse  admirable  et  d'une  vé- 
rité frappante  exposent  aux  regards  du  lecteur  ce  que  chaque 
description  contient  de  remarquable,  et,  pour  me  servir 
d'une  expression  de  L'auteur,  présente  une  image  vivante  du 
monde. 

Si  nous  passons  à  l'examen  de  la  partie  descriptive,  nous  y 
trouverons  les  deux  principales  qualités  d'un  ouvrage  élémen- 
taire; méthode  et  clarté.  M.  de  Roujoux  n'a  point,  comme 
tant  d'autres,  oublié  qu'il  écrivait  pour  la  jeunesse.  Il  a  su 
se  tenir  toujours  à  la  portée  de  ses  lecteurs.  Nul  développe- 
ment de  théories  abstraites,  nulles  discussions  approfondies 
sur  les  points  litigieux  de  la  science  ;  un  exposé  simple,  mais 
fidèle  ;  un  résumé  succinct,  mais  complet,  de  nos  connaissances 
actuelles,  recueilli  dans  les  ouvrages  des  plus  savans  géogra- 
phes et  des  voyageurs  les  plus  célèbres;  tel  est,  en  peu  de 
mots,  ce  précis  géograghique. 

Le  premier  volume,  le  seul  qui  ait  encore  paru,  est  entière- 
ment consacré  à  des  aperçus  généraux;  les  spécialités  seront 
développées  dans  les  volumes  qui  doivent  suivre.  Nous  ne 
dirons  rien  du  plan  adopté  par  l'auteur,  c'est  celui  qu'ont 
suivi  ses  devanciers;  comme  eux,  il  parcourt  successivement 
les  différentes  parties  de  l'ancien  et  du  nouveau  continent; 
seulement,  avec  les  géographes  modernes,  il  considère  et 
décrit,  comme  une  cinquième  partie  de  la  terre,  l'Océanie. 

Le  plaisir  que  nous  avons  éprouvé  en  parcourant  cet  ou- 
vrage, les  éloges  mérités,  que  nous  aimons  à  lui  donner,  ne 
sauraient  cependant  nous  empêcher  d'y  signaler  quelques 
taches  légères.  L'auteur  nous  a  paru  négliger  trop  souvent  les 
laits  principaux  pour  des  détails  accessoires;  son  style,  géné- 
ralement pur  et  facile  ,  manque  parfois  de  justesse  et  de  pré- 
cision. Enfin  ,  quelques  erreurs  géologiques  se  sont  glissées 
dans  ses  notions  préliminaires  sur  la  géographie  physique. 
Nous  le  répétons  ,  ces  taches  sent  légères,  mais  elles  sont  ren- 
dues plus  saillantes,  peut  être  par  le  mérite  même  du  reste 
île  l'ouvrage.  Pu. 


/,96  LIVRES  FRANÇAIS. 

îgt.v — *  Notice  sur  le  gouvernement ,  les  mœurs  et  les  su- 
perstitions des  nègres  du  Pays  de  IValo  (  Afrique  )  ;  par  M.  le 
baron  Roger,  ex- gouverneur  de  la  colonie  française  du  Séné- 
gal. Paris,  1828.  în-8°. 

Le  pays  de  AValo  est  situé  sur  la  rive  gauche  et  vers  l'em- 
bouchure du  Sénégal.  Les  Français  viennent  d'y  fonder  des 
établissemens  de  culture  coloniale  libres,  dont  les  résultats  in- 
calculables peuvent  exercer  une  grande  influence  sur  toute  cette 
partie  de  l'Afrique. 

Le  Walo  est  gouverné  par  un  roi  qui  porte  le  titre  de  Brak. 
Ce  mot  n'a  aucune  valeur  par  lui-même;  c'était,  suivant  les 
nègres,  le  nom  du  premier  de  leurs  rois ,  et  ses  successeurs  se 
font  un  honneur  de  le  porter,  comme  les  empereurs  romains 
portaient  le  nom  de  César  ou  à9 Auguste. 

L'ordre  de  succession  au  trône  est  établi  d'une  manière  assez 
singulière,  dans  l'intention  de  se  préserver  des  malheurs  qu'en- 
traînent les  minorités  et  les  régences.  A  la  mort  d'un  Brak , 
ses  frères  lui  succèdent  par  rang  de  naissance.  Quand  cette 
première  série  est  épuisée,  on  retourne  au  fils  aîné  du  pre- 
mier ,  et  ainsi  de  suite.  On  doit  remarquer  que  les  princes  issus 
des  femmes  de  sang  royal  sont  les  seuls  qui  puissent  prétendre 
au  trône.  Au  reste,  on  exige  de  l'héritier  légitime  qu'il  ne  soit 
ni  aveugle,  ni  infirme,  qu'il  sache  monter  à  cheval,  tirer  un 
coup  de  fusil ,  etc.  S'il  n'a  point  ces  qualités  ,son  droit  est  dé- 
volu à  un  autre.  Les  cérémonies  de  son  couronnement  sont 
allégoriques.  Le  nouveau  roi  doit  passer  par  tous  les  états  de  la 
société,  sans  en  excepter  celui  de  pêcheur,  qui  appartient  ce- 
pendant à  une  caste  méprisée.  Le  Brak  se  met  clans  l'eau  avec 
les  principaux  pêcheurs  au  milieu  d'une  rivière  désignée  ,et  il 
en  sort,  tenant  à  la  main  un  poisson  qu'il  paraît  avoir  péché 
lui-même,  mais  qu'on  a  eu  soin  de  lui  remettre  en  secret. 

Il  est  assez  bizarre  de  retrouver  à  la  cour  du  Brah ,  et  dans 
les  lieux  soumis  à  son  autorité,  les  coutumes  et  les  cérémonies 
qui  furent  en  usage  parmi  nous  aux  siècles  de  la  féodalité. 
Ainsi,  par  exemple  ,  le  peuple  croit  que  la  famille  royale  pos- 
sède le  don  de  guérir  par  l'imposition  des  mains.  Dans  ses 
voyages,  le  Brak  et  ses  gens  sont  défrayés  et  nourris  aux  dé- 
pens des  villages  qu'ils  traversent,  tandis  que  les  Griot ,  ou 
musiciens  et  bouffons,  chantent  les  louanges  du  souverain  aux 
malheureux  que  l'on  dépouille  de  leurs  moutons  ,  de  leur  lait 
et  de  leurs  poules.  Le  Boukanèk ,  domestique  de  confiance, 
majordome  et  premier  ministre,  représente  par  ses  attribu- 
tions nos  anciens  maires  du  palais.  Cette  charge  importante 
est  réservée  à  une  famille  qui  se  dit  l'esclave  du  Brak ,  et  qui 
le  gouverne. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  /ly7 

Los  dignités  sortent  rarement  des  familles  qui  les  possèdent, 
et  chaque  chef  porte  le  nom  de  In  province  qu'il  régit  hérédi- 
tairement. Ils  afferment  des  villages  et  des  territoires  à  des 
vassaux  ([ni  pavent  des  redevances  annuelles;  ceux-ci  sous- 
louent  des  subdivisions  de  districts;  et  la  chaîne  fiscale  et  féo- 
dale descend  ainsi  jusqu'au  dernier  habitant.  Les  seigneurs  , 
propriétaires  de  villages,  ont  adopté  le  mémo  ordre  de  succes- 
sion que  pour  I»  couronne;  mais  quelques  réunions  d'habitans 
se  sont  soustraites  à  ce  système,  et  ont  formé  des  espèces  de 
communes  qui  oui  leurs  officiers  civils,  chargés  de  la  mesure 
des  terres,  de  la  perception  des  impôts,  de  la  police  et  du  ju- 
gement des  procès.  Le  chef  de  celte  magistrature  municipale 
est  quelquefois  un  marabout  qui  prend  le  titre  de  sérign ,  ou 
prêtre ,  et  qui  oblige  leshabitans  à  payer  la  dîme  des  récoltes  ; 
cette  dîme  se  partage  entre  ce  prêtre  et  un  chef  militaire,  à  la 
nomination  du  Brak.  A  la  possession  du  sol  est  attaché  le  pou- 
voir de  rendre  la  justice,  et  la  maxime  nulle  terre  sans  sei- 
gneur est  la  base  du  droit  coutumier  du  pays  de  Walo. 

Un  fait  attesté  par  M.  le  baron  Roger  doit  amener  de  pro- 
fondes réflexions  sur  l'état  d'inculture  stationnaire  et  déplo- 
rable dans  lequel  on  laisse  l'éducation  des  habitans  de  nos 
campagnes.  Dans  la  plupart  des  villages  du  Walo,  il  existe 
plus  de  nègres  sachant  lire  et  écrire  l'arabe,  qui  est  pour  eux 
une  langue  morte  et  savante,  qu'on  ne  trouverait  aujourd'hui, 
dans  beaucoup  de  campagnes  de  France,  de  paysans  sachant 
lire  et  écrire  le  français. 

Les  habitans  du  AValo  sont  extrêmement  polis  entre  eux,  et 
poussent  très-loin  les  recherches  de  la  civilité.  Ils  sont  gais, 
démonstratifs,  ils  aiment  les  récits  de  voyages,  de  combats,  les 
traditions  de  leurs  pays;  ils  s'exercent  à  des  jeux  d'esprit  dans 
leurs  réunions  au  clair  de  lune.  L'hospitalité  est  une  vertu  qui 
les  distingue  particulièrement.  Ils  sont  superstitieux  comme  - 
on  l'était  en  Europe  au  ixe  siècle. 

Tels  sont  les  hommes  que  naguère  on  ne  croyait  propres 
qu'à  faire  des  esclaves. 

M.  Roger  se  propose  de  publier,  sous  le  titre  de  Mémoires 
philosophiques  et  politiques  sur  la  Sénégambie  ,  un  ouvrage  ex- 
trêmement intéressant.  Il  y  joindra  un  recueil  de  contes  nègres 
et  de  fables  qui  lui  ont  paru  très-remarquables.  R. 

i()i. —  *  Lettres  d'un  voyageur  à  V embouchure  de  la  Seine, 
contenant  des  détails  historiques,  anecdoliques  et  statistiques 
sur  les  contrées  de  la  Normandie  connues  sous  le  nom  de  Pays 
de  Catix,  de  Lieuvin  et  de  Roumois,  dans  les  départemens  de 
la  Seine-Inférieure ,  du  Calvados  et  de  Y  Eure;  par  M.  A.  M.  de 
t.  xxxvn. —  Février  1828.  \x 


.,yS  LIVRÉS  FRANÇAIS. 

Saint- Amaïïd,  auteur  de  la  promenade  ati  château  royal  du 
.lard,  etc.  Paris,  1828;  Guibert,  rue  Gît-le-Coeur ,  n°  10.  In-8" 
de  280  pages  avec  une  gravure  et  une  carte;  prix  ,  5  fr. 

La  Normandie  est  peut-être,  de  toutes  les  provinces  de 
France,  celle  qui  a  le  plus  excité  le  zèle  et  les  recherches  des 
voyageurs.  On  pourrait  former  une  bibliothèque  considérable 
des  ouvrages  qui  sont  relatifs  à  ce  pays  si  intéressant  par  son 
histoire ,  par  sa  littérature  ,  par  ses  richesses  agricoles,  par  son 
activité  industrielle  et  par  ses  sites  enchanteurs;  et  le  nom  de 
St.-Amand  figurerait  plus  d'une  fois  clans  cette  collection  ;  car 
c'est  à  l'ancien  préfet  de  l'Eure,  père  de  l'auteur  des  Lettres 
que  nous  annonçons  aujourd'hui,  que  sont  dus  une  Statistique 
du  département  de  l'Eure ,  et  des  Essais  historiques  et  anecdo- 
tiques  sur  le  comté,  les  comtes  et  la  ville  a"Èvreux. 

Les  lettres  et  un  voyageur  à  C  embouchure  de  la  Seine ,  sans 
ajouter  beaucoup  à  la  masse  des  renseignemens  déjà  recueillis 
sur  la  Normandie,  ne  seront  pas  lues  sans  plaisir,  ni  sans  profit. 
C'est  l'ouvrage  d'un  homme  instruit  et  spirituel,  qui  se  plaît 
surtout  à  décrire  les  magnifiques  paysages  dont  sont  ornées  les 
rives  du  fleuve  français,  à  rassembler  des  détails  curieux  sur 
les  mœurs  de  leurs  rustiques  habitans,  et  qui  évoque  souvent, 
<lans  sa  narration,  les  nombreux  souvenirs  des  vieux  tems  et 
même  de  l'époque  contemporaine.  Quittant,  à  Bolbec,  la  grande 
route  de  Rouen  au  Havre,  il  conduit  ses  lecteurs  d'abord  à 
Lillebonne  dont  il  visite  les  antiquités  célèbres;  puis,  aux  restes 
de  l'antique  manoir  de  Tancarville;  à  Harfleur  dont  il  rappelle 
les  folles  et  superstitieuses  saturnales  du  moyen  âge,  connues 
sous  le  nom  de  la  scie  d'Harffeur;  à  Gra  ville,  où  le  sarcophage 
de  sainte  Honorine  possédait  le  précieux  privilège  de  guérir  les 
sourds;  au  Havre  et  sur  les  délicieux  coteaux •d'Ingouville, 
qui  occupent  plusieurs  chapitres.  Le  bateau  à  vapeur  le  mène 
à  Honfleur,  d'où  il  se  rend  à  la  foire  de  St-Clair,  dont  la  cha- 
pelle est  encore  le  rendez-vous  d'une  foule  d'aveugles  qui 
viennent  redemander  la  vue  au  bienheureux  habitant  du  pa- 
radis. Ici  se  place  naturellement  une  espèce  d'en umé ration  des 
pratiques  superstitieuses  des  Normands,  qui,  comme  le  dit 
M.  de  St-Amand,  plus  frappés  par  les  sens  qu'éclairés  par  la 
raison,  croient  pouvoir  être  guéris  des  maux  de  cou  ou  des 
écrouelles  par  saint  Marcou,  de  la  surdité  par  saint  Ouen  ,  des 
éruptions  et  des  furoncles  par  saint  Clou;  et  chez  qui  les  en- 
fans  débiles  sont  voués  à  saint  Fort;  les  aliénés,  à  saint  Lau- 
rent ;  les  brûlés,  à  saint  Laurent;  et  les  infirmes  ,  à  saint  Firmin. 
C'est  au  même  endroit  que  l'auteur  est  témoin  de  la  louée  des 
domestiques ,  espèce  de  marché  où  «  les  femmes  qui  veulent 


SCIENCES  PHYSIQUES.  .',,,,, 

embrasser  Pétai  de  domestique  se  présentent  vêtues  de  leurs 
plus  beaux  s  tours,  portant  au  côté  un  bouquet  qui  les  distingue. 
Les  hommes  y  tiennent  en  main,  pour  le  même  motif,  une 
branche  <le  verdure.  Mon  aubergiste  cherchait  une  servante; 
il  s'approcha  d'un  groupe  de  jeunes  paysannes,  en  regarda 
une  sous  le  nez,  examina  si  les  callosités  dé  ses  mains  étaient 

une  garantie  de  son  travail,  la  (it  marcher  quelques  pas  pour 
juger  si  des  défauts  corporels  pouvaient  mettre  obstacle  à  son 
activité;  puis,  avec  un  signe  d'approbation,  loi  mettant,  dans  la 
main  une  pièce  de  monnaie,  le  marché  fut  conclu.  Rien  ne  me 
rappelait  mieux  ces  marchés  d'esclaves  dont  tant  de  voyageurs 
nous  ont  fait  des  descriptions.»  Nous  ne  suivrons  pas  M.  de 
St.-Amand  dans  son  voyage  au  château  de  La  Pommeraye,  à 
Quillebœuf,  à  Car  bec,  à  Reuzeville,  à  Pont-Audemer,  à  Gre>- 
tain  etc.,  etc.  Renvoyons  le  lecteur  à  son  livre  qui  possède  le 
rare  avantage  d'instruire  en  amusant.  a.. 

io,3. —  Paris  et  ses  environs;  promenades  pittoresques. 
Paris,  1828;  Louis  Janet.  In-:8  de  21.2  pages,  orné  de  douze 
gravures;  prix,  5  fr. 

Ce  petit  ouvrage,  remarquable  par  l'agrément  des  gravure:, 
représentant,  les  sites  les  plus  agréables  des  environs  de  Paris, 
l'est  aussi  par  la  précision  et  l'élégance  des  descriptions.  On 
peut  le  regarder  comme  un  élégant  résumé  de  l'ouvrage  de 
M.  Dulaure  sur  le  même  sujet.  Toutefois,  l'auteur  ne  s'est 
point  borné  à  faire  une  compilation  :  plusieurs  de  ses  articles 
prouvent  qu'il  a  observé  avec  soin  les  lieux  qu'il  voulait  dé- 
crire. Pour  prouver  que  cet  éloge  est  mérité ,  il  suffit  de  trans- 
crire la  description  du  village  d' Eaabdnne.  «Au-dessus  de 
Saint-Gratien  ,  au  pied  du  coteau  que  couvre  îa  forêt  de  Mont- 
morency, on  trouve  Soissy,  petit  village  où  le  maréchal  Kel- 
lermann  passa  les  dernières  années  de  sa  vie.  L'aucien  châ- 
teau du  duc  de  Valmy,  propriété  actuelle  de  M.  Fermont,  est, 
ainsi  que  la  maison  de  plaisance  de  M.  Javon,  tout  ce  qui  re- 
commande ce  pays  à  l'attention  des  curieux.  Mais  ,  en  suivant 
une  avenue  charmante  bordée  de  beaux  cerisiers,  vous  des- 
cendez, par  une  pente  extrêmement  douce,  dans  un  joli  val- 
lon, au  fond  duquel  est  Eaubonne...  C'est  sous  ces  bosquets 
enchanteurs  que  Saint-Lambert  écrivait  son  poème  des  Sai- 
sons; c'est  dans  une  maison  que  possédait  MmeHoudetot  «à  Eau- 
bonne,  que  Jean-Jacques,  amoureux  timide,  venait,  de  son 
Ermitage,  visiter  la  dame  de  ses  pensées;  c'est  dans  le  séjour 
paisible  d'Eaubonne  que  l'âme  généreuse  de  Franklin  méditait 
et  préparait  en  silence  l'œuvre  de  l'indépendance  de  sa  patrie  : 

32. 


5oo  LIVRES  FRANÇAIS, 

le  chêne  qu'alors  il  planta  en  honneur  de  cet  événement  mé- 
morable s'y  voit  encore...» 

Le  petit  volume  que  nous  annonçons  mérite  d'être  recherché, 
tant  à  cause  des  anecdotes  peu  connues  qu'il  renferme,  qu'à 
cause  des  jolies  gravures  qui  transportent  l'imagination  du 
lecteur  au  milieu  des  sites  les  plus  agréables  des  environs  de 
Paris.  Brès. 

Sciences  religieuses ,  morales ,  politiques  et  historiques. 

194.  —  *  Accord  de  la  foi  avec  la  raison,  ou  exposition  des 
principes  sur  lesquels  repose  la  foi  catholique.  Paris,  1827;  Po- 
tey  et  Adrien  Leclère.  In-8°;  prix,  6  fr. 

Nous  avons  plusieurs  apologies  de  la  religion  qui  portent 
le  même  titre;  mais  aucune  n'est  écrite  avec  autant  de  talent 
que  celle  dont  il  est  ici  question.  Il  y  règne,  d'un  bout  à  l'autre , 
une  admirable  vigueur  de  logique  et,  un  enchaînement  continu 
de  raisonnemens.  Le  style  en  est  pur  et  élégant  :  on  voit  que 
l'auteur  s'est  formé  à  la  bonne  école.  Il  ne  dissimule  aucune 
difficulté,  parce  qu'il  connaît  la  bonté  de  sa  cause,  et  qu'il 
compte  sur  ses  forces  pour  la  faire  valoir.  Si  tous  ceux  qui  se 
mêlent  d'écrire  en  faveur  de  la  religion  le  prenaient  pour  mo- 
dèle, la  réflexion  très- judicieuse  qu'on  lisait  dernièrement  dans 
le  Globe  deviendrait  bientôt  inutile.  «  Dans  les  séminaires,  di- 
sait ce  journal,  on  entend  autrement  que  nous  la  science  et  la 
défense  de  la  religion;  on  n'en  est  pas  encore  venu  ,  dans  l'église 
catholique,  à  penser  que  la  voie  la  plus  sûre  aujourd'hui,  même 
pour  l'intolérance,  c'est  d'emprunter  à  la  tolérance  et  à  la  phi- 
losophie leur  large  impartialité  et  leur  franche  liberté  :  le  si- 
lence ne  cache  rien,  ne  détruit  rien,  et  l'injustice  aliène  souvent 
les  esprits  que  la  vérité  complète  ,  quoique  en  apparence  hos- 
tile à  l'église,  aurait  cependant  retenus  dans  la  foi.  » 

Il  n'est  pas  de  moyen  plus  propre  à  donner  une  idée  nette 
et  précise  d'un  ouvrage  que  d'en  présenter  l'analyse,  en  em- 
pruntant, autant  qu'il  est  possible,  les  expressions  de  l'auteur; 
c'est  ce  que  nous  allons  faire.  Le  nouvel  apologiste  s'attache  à 
prouver  :  i°  que  la  religion  est  pour  l'homme  le  premier  des 
devoirs  ,  comme  elle  est  pour  la  société  le  premier  des  besoins; 
2°  que  la  raison,  incapable  de  connaître  par  elle-même  les  vé- 
rités les  plus  importantes,  ne  suffit  pas  pour  éclairer  l'homme 
sur  les  objets  nécessaires  de  sa  croyance,  et  que,  du  moment 
qu'on  veut  soumettre  à  son  examen  tous  les  dogmes  de  la  reli- 
gion, elle  commence  par  tout  mettre  en  problème,  et  finit 
bientôt  par  tout  rejeter;  3°  que  le  christianisme,  en  tirant  le 
monde  des  épaisses  ténèbres  et  de  la  corruption  profonde  où 


SCIENCES  MORALES.  Soi 

il  était  plongé,  a  fourni  la  preuve;  la  plus  complète  de  la  divi- 
nité île  sou  auteur,  et  «pu*,  dès-lois,  c'est  pour  tous  les  hommes 

une  obligation  indispensable  de  croire  aux  dogmes  qu'il  révèle, 

et  de  suivre  la  morale  qu'il  prescrit;  /,"  qu'en  supposant  la  ré- 
vélation nécessaire  el  existante,  c'est  une  inconséquence  et  un 

tort  grave  d'en  rejeter  un  seul  article,  sous  prétexte  qu'on  ne 
le  comprend  pas;  qu'en  établissant  l'esprit  humain  juge  de  ce 
qu'elle  enseigne,  on  est  inévitablement  conduit  à  la  destruction 
de  tout  culte,  de  toute  croyance,  et  que,  par  conséquent,  il  faut 
nécessairement  admettre  un  tribunal  infaillible,  juge  de  toutes 
contestations  et  de  toutes  disputes,  qui  prononce  en  dernier 
ressort,  et  auquel  la  raison,  malgré  ses  répugnances,  soit  forcée 
de  se  soumettre.  J.  L. 

i<)j.  —  Nouvel  Essai  sur  lu  certitude,  par  M.  l'abbé  Vrindts. 
Paris,  1828;  Rusand.  In-8°  de  383  pages  ;  prix,  5  fr.,  et  6  fr. 
par  la  poste. 

Ce  livre  peut  être  considéré  comme  un  appendice  de  celui 
de  M.  l'abbé  de  la  Mennais  sur  l'indifférence  religieuse;  c'est 
dire  qu'il  appartient  à  la  même  école,  et  que  l'auteur  partage 
les  doctrines  de  l'écrivain  dont  il  offre  aujourd'hui  une  sorte 
de  commentaire.  Simplifier  la  question  fondamentale  du  prin- 
cipe de  la  conviction  humaine,  agitée  en  particulier  dans 
l'Essai  sur  l'indifférence  en  matière  de  religion,  tel  est  le  but 
indiqué  par  M.  l'abbé  Vrindts.  L'a-t-il  complètement  atteint? 
a-t-iî  beaucoup  simplifié  des  matières  abstraites,  et  qui  sont, 
il  faut  l'avouer,  difficiles  à  traiter  d'une  façon  intelligible  pour 
tout  le  monde?  nous  croyons  pouvoir  en  douter  jusqu'à  un 
certain  point.  Ce  n'est  pas  pourtant  qu'il  manque  à  cet  ouvrage 
une  sorte  de  clarté,  et  M.  Vrindts  déduit  sans  doute  ses  con- 
séquences d'une  manière  logique;  mais,  lorsqu'on  traite  des 
questions  de  philosophie  et  surtout  de  philosophie  religieuse, 
il  est  d'une  haute  importance  de  bien  s'entendre  sur  les  défi- 
nitions et  sur  les  points  de  départ;  c'est  là  ce  que  prescrit  la 
méthode,  et  l'auteur  n'a  peut-être  pas  toujours  suivi  parfaite- 
ment ce  mode  de  procéder;  la  langue  qu'il  parle  n'est  peut- 
être  pas  toujours  non  plus  celle  de  tout  le  monde.  M.  Vrindts 
n'aime  pas  beaucoup  l'état  actuel  de  la  civilisation.  On  peut 
en  juger  par  le  passage  suivant,  tiré  d'un  de  ses  premiers  cha- 
pitres :  «  (le  portrait  divin  du  Créateur  (l'ame)  naît  ébauché 
par  l'habile  main  du  souverain  artiste;  il  se  réserve  comme 
dominateur  de  son  propre  ouvrage  à  le  façonner...  Nul  autre 
que  lui,  s'il  ne  s'en  charge,  n'a  droit  d'y  porter  la  main... 
atteinte  de  toutes  la  plus  grave  qu'on  puisse  porter  à  l'auto- 
rité du  dominateur  des  intelligences;  aussi,  comment  peindre 


5oa  LIVRES  FRANÇAIS. 

assez  vivement  l'horreur  dos  attentats  commis  par  notre  siècle 
des  lumières  ?  Proteclion  égale,  active  même,  accordée  à  toutes 
les  sectes;  oppression  réelle  de  la  religion  véritable;  liberté  de 
penser  et  d'égarer  les  générations  présentes  et  futures;  liberté 
de  la  presse.  Il  ne  manque  plus  que  de  détrôner  l'ancien  des 
jours ,  après  avoir  détrôné  tous  les  potentats  du  monde.  »  La 
tolérance  religieuse,  la  libre  communication  de  la  pensée, 
voilà,  aux  yeux  de  l'auteur,  les  crimes  irrémissibles  de  notre 
pauvre  siècle;  au  moins  y  a-t-il  de  la  franchise  dans  cette  dé~ 
cîaration.  Mais  ne  nous  engageons  pas  sur  un  terrain  qui 
s'étendrait  trop  devant  nous,  et  laissant  là  les  antipathies  de 
I\ï.  Vrindts,  tâchons  de  faire  connaître  le  plan  de  son  écrit. 

Dieu  est  l'auteur  souverain  de  notre  raison  et  de  tous  ses 
moyens  de  connaître;  l'idée  de  Dieu,  source  de  vérité,  est  le 
fondement  de  la  certitude;  c'est  sur  ce  principe  que  M.  l'abbé 
Vrindts  appuie  la  base  de  ses  doctrines.  De  l'influence  de 
l'existence  de  Dieu  sur  la  conviction ,  il  déduit  le  principe,  que 
l'homme,  bien  qu'il  soit  raisonnable  par  instinct,  du  mo- 
ment où  son  ame  est  créée,  reçoit  l'usage  de  sa  raison  de 
la  société  exclusivement.  Il  soutient  cette  assertion  au  moyen 
d'exemples,  qui  ne  nous  ont  pas  paru  tous  concluans,  et  tirés 
de  la  correspondance  de  saint  François  Xavier,  de  l'histoire 
d'une  fille  sauvage  trouvée  en  1781 ,  de  l'état  des  sourds-muets 
de  naissance;  d'où  il  conclut  que  l'intelligence  humaine,  dé- 
veloppée par  l'état  social  seul,  ne  pense  sensiblement  pour 
elle-même,  que  par  la  parole,  ou  par  une  éducation  qui  la 
supplée.  Cependant  il  signale  plusieurs  écueils  du  raisonnement 
humain.  Ce  sont  d'abord  les  erreurs  auxquelles  il  est  sujet;  et, 
à  ce  propos,  M.  Vrindts  déplore  le  dédain  du  siècle  pour  cette 
haute  morale,  celte  métaphysique  transcendante,  qu'il  trouve 
renfermées  dans  les  dogmes  et  les  livres  religieux.  Les  autres 
écueils  qu'il  indique  sont  l'imperfection  du  langage  et  l'empire 
que  le  cœur  exerce  sur  la  raison.  De  là,  combattant  le  scepti- 
cisme des  philosophes  modernes,  il  leur  reproche  ,  par  exem- 
ple, de  rejeter  ce  qui  ne  leur  est  pas  démontré  par  raisons 
évidentes,  de  douter  des  miracles,  qui  ne  paraissent  étonnans , 
dit-il ,  à  notre  ignorance  et  à  notre  stupidité,  que  parce  que  nous 
ne  sommes  pas  habitués  à  ce  qui  est  rare.  A  ce  sujet,  M.  Vrindts 
rapporte,  à  l'appui  de  ses  raisonnemens,  le  miracle  de  la  croix 
de  M  igné  près  Poitiers,  dont  les  feuilles  publiques  ont  entretenu 
leurs  abonnés.  Est-il  bien  prudent  de  citer  ainsi  dans  un  livre 
grave  un  fait  sur  la  réalité  duquel  on  s'est  tant  soit  peu  égayé? 
c'est  la  réflexion  que  nous  a  fait  naître  la  lecture  de  ce  passage, 
réflexion  que  nous  soumettons  à  i'auteur,  lorsque  surtout  il 


SCIENCES  MORALES. 

tire  do  ce  fait  des  conclusions  peu  flatteuses  pour  le  siècle  e( 
qu'il  est  bon  de  lire  dans  l'ouvrage  même.  Enfui,  M.  Vrindla 
s  élève  encore  contre  l'esprit  d'aveuglement  qui  fait  mécon- 
naître à  ses  contemporains  l'autorité  unique,  celle  de  l'église  , 
qui  seule  peut  assurer  Ja  possession  de  cette  vérité,  de  cette 
certitude  née  de  Dieu  et  qui  n'existe  qu'en  Lui  seul.  La  direc- 
tion de  cet  ouvrage  nous  a  semblé  tendre  particulièrement  à 
rapporter  à  Dieu,  comme  centre  unique,  toutes  nos  connais* 
sauces  et  nos  élémens  de  certitude;  doctrine  fort  sage,  sans 
doute,  et  que  nous  croyons  au  dessus  de  toute  controverse, 
m. lis  qui  est  professée  par  M.  Vrindts  peut-être  d'une  manière 
trop  absolue  et  soutenue  par  des  argumens  qui  no  sont  pas 
tous,  à  beaucoup  près ,  de  la  même  force.  L.  Dh. 

196.  —  *  Corps  du  droit  français  ou  Recueil  complet  des  lois  , 
décrets  t  ordonnances ,  arrêtés,  scnatus-consultes ,  règlemens  , 
avis  dtc  Conseil  d'État ,  publiées  depuis  1789  jusqu'à  1825  in- 
clusivement; mis  en  ordre  et  annoté  par  Galisset,  avocat.  Paris, 
1827-1828;  Malher  et  compagnie.  L'ouvrage  se  composera  de 
1  vol,  formant  70  livr.  de  4  feuilles  (6/j  pag.j;  il  en  a  paru  36'. 
Prix  de  la  livr. ,  2  fr.  2.5  cent. 

Celte  intéressante  collection  qui  doit  joindre  à  l'avantage  d'être 
économique  l'avantage  plus  grand  encore  d'être  complète,  se 
poursuit  avec  exactitude.  Déjà  nous  avons  rendu  justice  au 
mérite  des  premières  livraisons  (Voy.  Rev.  Eue.  t.  XXXV, 
p.  442)  '•  aujourd'hui,  nous  devons  confirmer  ce  jugement  fa- 
vorable. L'ouvrage  est  arrivé  à  sa  36e  livr. ,  qui  s'arrête  au  mois 
d'octobre  1801  (  brumaire  an  X) ,  et  comprend  ,  par  consé- 
quent, une  grande  partie  de  l'époque  du  consulat.  Ainsi  le  pre- 
mier volume  est  terminé,  et  la  moitié  de  l'entreprise  accomplie. 
Lorsque  la  publication  en  sera  entièrement  achevée,  nous  nous 
proposons  de  lui  consacrer  un  article  plus  étendu.        St. -A.  B. 

197.  — *  Manuel  du  jury,  ou  Commentaire  sur  la  législation 
relative  à  l'organisation  du  jury,  à  l'examen  et  au  jugement 
parjurés  :  précédé  de  la  théorie  du  jury,  etc..  ;  par  M.  Bour- 
guignon, conseiller  honoraire  et  avocat  à  la  Cour  royale  de 
Paris.  Paris,  1827;  Moreau  •  rue  Montmartre,  n°  3y.  In-8° 
de  5  |8  pages;  prix,  7  fr.,  et  8  fr.  5o  cent,  par  la  poste. 

Ce  nouvel  ouvrage  est  digue  de  la  réputation  que  M.  Bour- 
guignon s'est  acquise  par  ses  préeédens  écrits.  Il  forme  pour 
lui  un  nouveau  titre  à  la  reconnaissance  du  public,  à  la  portée 
duquel  il  s'est  appliqué  à  mettre  tout  ce  qui  concerne  la  salu- 
taire institution  du  jury,  en  réunissant  dans  un  cadre  cir- 
conscrit l'exposé  de  ses  caractères  essentiels,  le  tableau  his- 
torique   de    son    origine    et  de    ses    progrès,   l'indication    des 


5o4  LIVRES  FRANÇAIS. 

moyens  d'amélioration  dont  elle  est  susceptible,  l'analyse  de 
notre  législation  à  cet  égard,  antérieure  au  Code  d'instruction 
criminelle,  et  un  commentaire  précis  et  substantiel  des  lois 
qui  régissent  aujourd'hui  le  jugement  parjurés.  L'importance 
de  cet  ouvrage,  qui  deviendra  le  vade  mecum  des  jurés ,  mérite 
que  nous  le  lassions  connaître  avec  quelques  détails. 

L'auteur  le  divise  en  deux  parties.  Dans  la  première ,  il 
donne  le  résultat  de  ses  recherches  et  de  ses  méditations  sur  la 
théorie  du  jury  :  après  en  avoir  indiqué  rapidement  les  attri- 
butions, il  détermine  les  caractères  qni  lui  sont  propres.  Il 
(race  avec  beaucoup  de  justesse  les  règles  de  la  capacité  de 
ceux  qui  peuvent  être  appelés  à  remplir  les  fonctions  de  jurés: 
il  suffit  pour  cela  qu'ils  aient  l'âge  requis  par  la  loi,  l'usage  de 
leurs  facultés  intellectuelles ,  et  une  certaine  expérience  des 
hommes  et  des  choses.  Un  citoyen  est  capable  d'être  juré, 
lorsqu'il  a  le  degré  de  connaissances  nécessaires  pour  comparer 
et  juger,  par  distinguer  le  vrai  du  faux  ;  la  loi  n'exige  de  lui 
d'autres  conditions  pour  former  son  opinion,  que  la  conviction 
produite  par  la  preuve  portée  au  plus  haut  degré  d'évidence, 
sans  l'astreindre  à  calculer  le  plus  ou  moins  de  probabilité  des 
faits  soumis  à  son  examen.  Il  insiste  avec  beaucoup  de  raison 
sur  ce  principe  conservateur  de  l'innocence,  que,  dans  le  doute, 
les  jurés  ne  doivent  jamais  se  laisser  influencer  par  la  crainte 
de  laisser  un  coupable  impuni  ;  et  qu'ils  doivent  toujours  re- 
culer à  l'aspect  du  danger  de  condamner  un  innocent.  «  Un 
jury,  dit-il,  qui  déclarerait  coupable  un  accusé  non  convaincu, 
jetterait  par  cette  déclaration  l'épouvante  et  l'effroi  dans 
l'âme  des  honnêtes  gens ,  sans  intimider  davantage  les  mal- 
faiteurs. » 

M.  Bourguignon  déduit  les  raisons  qui  ont  dû  porter  à  cir- 
conscrire le  choix  des  jurés  parmi  ceux  qui  sont  le  plus  inté- 
téressés  au  maintien  de  l'ordre  social.  Sous  un  gouvernement 
représentatif,  les  fonctions  doivent  en  être  dévolues  non-seu- 
lement aux  propriétaires  payant  un  cens  déterminé ,  mais  aux 
propriétaires  industriels,  et  à  ceux  qui,  par  la  nature  de  leur 
profession  et  leur  existence  sociale,  offrent  des  garanties  non 
moins  grandes  de  leur  intérêt  à  la  répression  des  crimes ,  et  à 
la  protection  due  aux  innocens  et  aux  citoyens  paisibles. 

Notre  auteur  veut,  et  tous  les  bons  esprits  partagent  son  sen- 
timent à  cet  égard,  que  les  jurés  soient  indépendans  du  pouvoir, 
amovibles ,  récusables.  Il  n'appartient  pas  aux  agens  de  l'au- 
torité de  les  imposer;  un  pareil  choix  les  transformerait  en 
commissaires.  L'influence  que  ces  agens  exerceraient  sur  eux 
serait  une  véritable  calamité  publique  :  au  lieu  d'être  les  or- 


SCIENCES  MORALES.  5»>5 

gênes  des  jugemens  du  pays ,  ils  pourraient  devenir  les  instru- 
mens  de  sa  tyrannie.  L'expérience  a  trop  prouvé  que  L'homme 
constamment  occupé  à  l'exercice  de  la  justice  criminelle  con- 
tractait une  certaine  dureté  de  caractère  qui  ne  lui  permettait 
pas  de  démêler  facilement  la  vérité ,  et  qui  l'exposait  à  de 
cruelles  méprises.  La  faculté  de  la  récusation  présente  une 
garantie  contre  les  dangers  de  la  prévention,  et  de  l'influence 
des  passions  de  ceux  qu'on  soupçonnerait  d'avoir  reçu  des 
impressions  antérieures  à  celles  qui  doivent  naître  des  débats 
et  qui  ,  seules,  doivent  former  la  conviction  des  jurés.  C'est  une 
sorte  d'épuration  exercée  j  par  le  ministère  public,  dans  l'intérêt 
de  la  société  qui  réclame  la  punition  du  coupable;  et, par  l'ac- 
CUsé,  dans  l'intérêt  de  sa  justification  qu'il  lui  importe  de  ne 
présenter  qu'à  des  esprits  accessibles  à  la  vérité. 

L'opinion  que  l'auteur  se  forme  sur  l'origine  du  jury,  après 
avoir  discuté  celles  des  différens  publicistes  qui  ont  écrit  sur 
cette  matière,  peut  être  résumée  dans  ce  peu  de  mots  :  «La 
source  de  cetteinstitution  est  dans  la  nature  mêmede  l'homme... 
Son  origine  remonte  à  l'origine  des  peuples,  c'est-à-dire  à  la 
transition  de  l'état  de  barbarie  à  celui  de  la  civilisation,  où 
l'homme,  renonçant  à  se  faire  justice  lui-même,  confia  ses 
droits  de  défense  et  de  vengeance  à  des  hommes  libres  comme 
lui...  Le  jury  est  un  des  élémens  de  l'administration  de  la  jus- 
tice sous  le  régime  de  la  liberté,  sans  lequel  ce  régime  ne 
peut  subsister...  Le  pouvoir  absolu  ne  peut  se  concilier  avec 
cette  institution.  .  Elle  doit  renaître  de  ses  cendres,  partout 
où  la  liberté  a  repris  ou  reprendra  son  empire...  » 

M.  Bourguignon  signale  les  difficultés  qui  s'opposent  au 
rétablissement  immédiat  du  jury  chez  un  peuple  qui ,  dès  long- 
tems,  abruti  par  le  despotisme ,  en  secoue  tout  à  coup  le  joug. 
Un  tel  peuple  a  besoin  de  vaincre  bien  des  résistances  pour 
recouvrer  ce  qu'il  a  perdu  ;  les  pas  rétrogrades  qu'il  avait  faits 
dans  la  carrière  de  la  civilisation  mettent  dans  la  nécessité  de 
recommencer  en  quelque  façon  son  éducation  politique  pour  qu'il 
soit  mis  en  état  de  profiter  d'une  si  belle  institution.  Ces  obstacles 
n'existaient  pas  chez  nous,  lorsqu'elle  fut  rendue  à  la  France, 
en  1790;  et  cette  époque,  au  contraire,  était  favorable  à  son 
rétablissement  :  les  esprits  se  trouvaient  disposés  à  ce  notable 
changement  dans  l'administration  de  la  justice,  par  les  nom- 
breux écrits  publiés  depuis  plusieurs  années,  où  les  vices  de 
l'ancienne  procédure  criminelle  étaient  mis  au  grand  jour.  La 
loi  de  l'Assemblée  Constituante  n'eut  pas  tout  le  degré  de 
perfection  qu'où  pouvait  désirer;  toutefois,  elle  offrait  assez, 
de  garanties  aux  accusés  :  mais  elle  fut  dénaturée  par  le  Code 


5u6  LIVRES  FRANÇAIS, 

d'instruction  criminelle  qui  fit,  à  peu  de  choses  près,  de 
l'institution  du  jury  une  commission  au  choix  et  à  la  nomina- 
tion du  gouvernement;  la  loi  récente  de  1827  y  apporte  des 
améliorations  telles  qu'elle  peut  être  considérée  comme  ayant 
reconstitué  le  jury,  mais  cette  loi  elle-même  est  susceptible 
d'autres  améliorations  encore,  notamment  dans  la  partie  qui 
appelle  le  concours  des  préfets  dans  la  formation  annuelle  de 
la  liste  des  jurés.  Cette  institution  salutaire  manquera  d'un  de 
ses  principaux  caractères  ,  tant  qu'elle  ne  sera  pas  entièrement 
affranchie  de  l'influence  des  agens  du  pouvoir,  tant  qu'on 
n'étendra  pas  davantage  le  nombre  des  récusations  qui  peuvent 
être  faites  par  l'accusé,  tant  qu'on  ne  restreindra  pas  celles 
accordées  au  ministère  public. 

On  lira  avec  fruit  les  observations  judicieuses  de  l'auteur 
sur  la  compétence  du  jury  et  sur  le  nombre  des  suffrages  qui 
doivent  être  exigés  pour  condamner  ou  pour  absoudre  un 
accusé.  Il  termine  cette  première  partie  par  le  tableau  ana- 
lytique de  la  législation  relative  à  l'organisation  et  aux  fonc- 
tions des  jurés  depuis  1791  jusqu'à  la  publication  du  Code 
d'instruction  criminelle;  le  lecteur  y  trouvera  la  facilité  d'éta- 
blir le  rapprochement  et  la.concordance  de  ces  lois,  avec  celles 
qui  nous  régissent  aujourd'hui. 

La  seconde  partie  contient  tout  ce  qui  est  relatif  à  l'organi- 
sation actuelle  du  jury,  à  sa  convocation ,  et  à  la  manière  dont 
les  jurés  doivent  siéger  et  remplir  leurs  fonctions  dans  les 
Cours  d'assises.  L'exposé  des  motifs  de  la  loi  nouvelle  par  le 
garde  des  sceaux  sert  d'introduction  à  cette  seconde  partie, 
où  M.  Bourguignon  présente  l'ensemble  de  notre  législation, 
telle  qu'elle  existe  définitivement  d'après  les  modifications 
qu'elle  a  éprouvées,  en  intercalant  parmi  les  articles  du  Code 
d'instruction  criminelle  qui  ont  été  conservés  les  dispositions 
nouvelles  substituées  aux  articles  abrogés.  Chacun  de  ces  ar- 
ticles, chacune  de  ces  dispositions  nouvelles,  sont  accompa- 
gnés d'un  commentaire  clair  et  succinct,  propre  à  en  faciliter 
l'intelligence,  et  où  les  difficultés  qui  se  sont  présentées  dans 
la  pratique,  et  les  doutes  qui  peuvent  s'élever  dans  leur  inter- 
prétation, sont  éclairés  par  î'esprft  qui  les  a  dictés,  par  la 
jurisprudence  des  arrêts,  par  la  doctrine  des  jurisconsultes  qui 
les  ont  expliqués  ,  et  par  les  sages  réflexions  de  l'auteur. 

Il  ne  suffisait  pas  qu'il  eût  fait  connaître,  dans  sa  Théorie  du 
jury,  les  conditions  que  doivent  réunir  en  général  ceux  qui  sont 
appelés  à  en  faire  partie;  il  devait  encore  signaler  celles  qui 
sont  exigées  spécialement  par  nos  lois,  des  citoyens  auxquels 
elles  confient  les  importantes  fonctions  de  jurés.  Il  retrace, 


SCIENCES  MORALES-  5o7 

«laits  cette  partie  de  son  travail,  les  dispositions  de  la  loi  du 
a  mai  1827,  et  la  belle  discussion  de  laquelle  elle  sortit  à  la 
chambre  des  pairs ,  à  qui  la  France  en  est  redevable.  11  s'y  livre 
à  l'examen  de  chacune  de  ces  conditions ,  dont  il  détermine 
l'importance,  les  limites,  et  le  mode  suivant  lequel  on  doit  en 
justifier  l'accomplissement.  Il  indique  les  formalités  que  doivent 
observer  dans  leurs  réclamations  les  citoyens  admis  dans  la 
formation  des  listes  des  jurés,  et  qui  ont  droit  d'y  être  portés  ; 
les  cuises  qui  peuvent  en  motiver  la  radiation,  et  celles  qui 
rendent  les  fonctions  de  jurés  incompatibles  avec  d'autres  fonc- 
tions. Il  ne  Ucglige  aucun  des  objets  de  détail  propres  à  assurer 
la  régularité  de  l'exécution  de  la  loi  dans  l'intérêt  de  la  société, 
dans  celui  des  accusés,  et  dans  celui  des  jurés  eux-mêmes  ,  en 
ce  qui  concerne  les  motifs  d'excuse  de  ceux-ci,  les  peines  qu'ils 
encourent  pour  n'avoir  pas  répondu  à  l'appel  qui  leur  est  fait, 
les  causes  et  le  mode  de  leur  récusation  ,  leurs  relations  avec  les 
présidens  des  cours  d'assises  ,  la  place  qu'ils  doivent  y  occu- 
per, le  serment  qu'ils  sont  tenus  de  prêter,  les  points  sur  les- 
quels leur  déclaration  est  exigée,  la  forme  suivant  laquelle  ils 
doivent  la  donner,  etc.... 

L'ouvrage  est  terminé  par  une  table  indicative  des  lois ,  et  des 
articles  du  Code  d'instruction  criminelle,  qui  y  sont  commentés 
ou  transcrits,  et  par  une  table  sommaire  des  matières,  pour 
rendre  les  recherches  plus  faciles. 

M.  Bourguignon  a  fait  un  livre  très-utile,  à  notre  avis;  il 
offre  à  toutes  les  classes  des  lecteurs  une  instruction  bien  di- 
gérée; les  jurisconsultes  eux-mêmes  ne  le  liront  pas  sans  fruit; 
et  nous  croyons  pouvoir  lui  prédire  un  succès  non  moins  grand 
que  celui  qu'a  obtenu  sa  Jurisprudence  des  codes  criminels ,  dont 
nous  avons  rendu  compte  dans  le  tems.  (Voy.  Rev.  Enc%>  t.  XXVI, 
page  833;  tome  XXVII,  page  829,  et  tome  XXVIII,  page  219.) 

Crivf.lli,  avocat. 

198.  —  *  Cours  de  droit  rural ,  ou  Conférences  villageoises  , 
dans  lesquelles  un  juge  de  paix  explique  aux  habitans  de  son 
canton,  les  lois,  les  règlemens  et  les  usages  qui  régissent  les 
biens  ruraux  de  toutes  les  espèces;  par  M.  Guichard  père, 
avocat  à  la  cour  de  cassation.  Paris,  1826;  Dentu,  libraire. 
In- 8°  de  plus  de  5oo  pages;  prix  ,  7  fr. 

Rien  de  plus  compliqué  que  notre  droit  dit  rural;  le  Code 
civil  a  renvoyé  aux  usages  ruraux  et  a  laissé  au  législateur  à 
venir,  ce  qu'alors  le  tems  ne  lui  permit  pas  de  faire.  Le  savant 
I'ournel,  l'un  des  avocats  les  plus  distingués  de  la  capitale, 
mort  il  y  a  peu  d'années,  avait  recueilli  avec  un  soin  particu- 
lier les  lois  rurales  de  France,  en  trois  forts  volumes  in-8°.  11 


5o8  LIVRES  FRANÇAIS. 

chercha  à  rapprocher  les  dispositions  des  coutumes  les  unes  des 
autres  et  à  présenter  dans  son  recueil  une  uniformité  au  moins 
approximative  de  législation.  Depuis,  on  sait  que  l'on  s'est 
occupé  à  différentes  reprises  d'un  projet  de  code  rural ,  et 
chaque  session  s'écoule  sans  qu'il  soit  présenté.  Rendre  fami- 
lières aux  habitans  des  campagnes  les  lois  qui  régissent  les 
biens  ruraux  de  toutes  les  espèces,  réunir  dans  un  cadre  res- 
serré les  règlemens  et  les  usages  qui  s'y  rattachent  :  c'est  ce  qu'a 
fait  M.  Guichard  avec  l'exactitude  que  l'on  rencontre  dans  ses 
autres  ouvrages.  La  forme  qu'il  a  choisie  convient  parfaitement 
à  ceux  auxquels  s'adresse  particulièrement  son  traité. 

J.  Doublet  de  Boisthibault,  avocat. 

199.  —  *  Code  des  maîtres  de  poste ,  des  entrepreneurs  de  di- 
ligences et  de  roulage,  et  des  voituriers  en  général  par  terre  et 
par  eau,  ou  Recueil  général  des  arrêts  du  conseil,  lois,  décrets , 
arrêtés,  ordonnances  du  roi,  règlemens,  instructions,  ordon- 
nances de  police  et  autres  actes  de  l'autorité  publique,  con- 
cernant les  maîtres  de  poste,  etc.;  avec  des  commentaires  et 
un  résumé  des  décisions  de  la  jurisprudence  sous  chaque  ar- 
ticle; suivi  d'un  Traité  de  la  responsabilité  des  voituriers  en 
génétal;  par  A.  Lanoe,  avocat  à  la  cour  royale  de  Paris. 
Paris,  1827  ;  Roret,  rue  Hautefeuille.  2  vol.  in-8°;  prix,  12  fr. 

Quand  nous  mettons  le  pied  dans  une  voiture  ou  sur  un 
bateau,  nous  ne  nous  doutons  guère  que  nous  entrons  dans 
une  espèce  d'état  séparé,  régi  par  des  lois  et  des  chartes 
spéciales,  dont  la  collection  forme  un  très-gros  volume  in-8*. 
(Les  deux  volumes  que  nous  annonçons  sont  disposés  pour  être 
reliés  en  un  seul  de  754  pages.)  M.  Lanoe  a  réuni  tout  ce  qui, 
dans  la  législation  ou  l'administration,  se  rapporte  aux  trans- 
ports à  l'intérieur  par  terre  ou  par  eau,  et  Ta  divisé  ,  pour  la 
commodité  des  recherches,  en  six  livres. 

Le  premier  contient  toutes  les  dispositions  relatives  aux  voi- 
tures publiques,  par  terre  et  par  eau,  destinées  au  transport 
des  voyageurs.  Dans  le  second  se  trouvent  toutes  les  ordon- 
nances sur  la  police  des  rivières,  les  droits  de  navigation  par 
bassins,  les  tarifs  des  divers  canaux.  Le  troisième  concerne 
exclusivement  le  service  des  postes,  et  offre,  outre  les  lois  et 
règlemens  sur  cette  matière,  le  tableau  des  routes  de  France, 
avec  l'étendue  des  relais,  tel  qu'il  est  imprimé  dans  le  livre  de 
poste.  Toutes  les  lois  financières  de  douanes ,  de  droits  réunis , 
d'octrois,  dans  leurs  rapports  avec  la  circulation  des  mar- 
chandises, sont  l'objet  du  quatrième  livre.  Le  cinquième 
traite  de  la  responsabilité  civile  des  voituriers  de  toute  es- 
pèce,  soit  vis-a-vis    des  personnes  qu'ils  transportent,  soit 


SCIENCES  MORALES.  gog 

vis-à-vis    de  celles    qui    leur   confient    des    marchandises.   Le 

sixième  présente  l'ensemble  des  dispositions  pénales  appli- 
cables aux  crimes,  délits,  ou  contraventions  qui  peuvent  se 
Commettre  dans  les  diverses  opérations  des  transports,  et  l'ex- 
posé delà  jurisprudence  des  tribunaux  relativement  à  cet  objet. 

Si  les  ire,  2l  et  /,e  parties  donnent  lieu  à  des  rapprochemens 
ridicules,  si  l'on  y  voit  à  chaque  pas  une  fiscalité  irréfléchie 
et  la  manie  d'administrer  et  de  donner  des  places  inutiles  aux 
prises  avec  l'industrie;  si,  en  un  mot,  notre  code  des  transports 
est  un  assez  mauvais  livre,  ce  n'est  assurément  pas  la  fan  le 
de  IM.  Lanôe.  La  simple  exposition  des  vices  de  la  matière  qu'il 
traite  constitue,  au  contraire,  la  principale  utilité  de  son  tra- 
vail. La  classe  nombreuse  à  laquelle  cet  ouvrage  est  destiné  y 
trouvera  la  réunion  de  documens  qui  sont  pour  elle  d'un  usage 
journalier;  les  économistes  y  étudieront.,  dans  le  rapproche- 
ment des  tarifs  de  canaux,  une  des  plus  intéressantes  questions 
de  l'administration  intérieure;  le  publiciste  y  pourra  voir  une 
très-bonne  enquête  sur  l'état  actuel  d'une  partie  importante  de 
la  législation.  Le  progrès  qu'on  remarque  d'après  l'ordre  des 
tems  dans  les  dispositions  recueillies  par  M.  Lanôe,  ne  permet 
de  désespérer  d'aucune  amélioration.  Il  y  a  cinquante-deux  ans 
que  le  conseil  prenait  des  arrêts  concernant  les  précautions  à 
prendre  pour  l'envoi  des  volailles:  le  gouvernement  du  roi  pa- 
raît s'être  aujourd'hui  déchargé  de  ce  soin  sur  ceux  qui  les 
vendent  ou  qui  les  mangent,  et  l'on  ne  remarque  pas  que  les 
poulardes  soient  moins  bonnes  à  Paris  qu'avant  la  révolution. 
En  parcourant  le  code  des  transports,  ou  verra  combien  il 
reste  à  faire  de  nombreuses  applications  de  la  liberté  sans 
licence  dont  nous  jouissons  pour  l'emballage  de  la  volaille. 

Les  règlemens  relatifs  aux  chemins  de  fer  semblaient  de 
nature  à  être  admis  dans  le  recueil  de  M.  Lanoe;  nous  lui  re- 
commandons, pour  une  autre  édition,  ce  mode  de  transport 
qui  commence  à  être  en  usage  sur  une  étendue  de  82,000  m. 
dans  les  départemens  du  Rhône  et  de  la  Loire;  il  aurait  aussi 
dû  comprendre,  parmi  les  nombreux  documens  qu'il  donne  sur 
les  voitures  de  place  de  Paris,  lçs  perceptions  illégales  aux- 
quelles les  soumet  la  police  :  celles  ci  méritent  d'autant  plus 
d'être  signalées,  qu'elles  sont,  aux  yeux  de  la  morale  et  de  la 
loi ,  de  véritables  vols.  J.  J.  R. 

200.  — ■  *  Almanacli  philanlropùjue  ou  Tableau  des  sociétés 
et  institutions  de  bienfaisance,  d'éducation  et  d'utilité  publique 
de  la  ville  de  Paris,  à  l'usage  des  personnes  charitables,  et  de 
celles  qui  ont  besoin  de  secours;  par  M.  Eugène  Cassin,  agent 
général  de   la  Société  pour  l'instruction  élémentaire ,  etc.,  etc. 


Sio  LIVRES  FRANÇAIS. 

Paris,  1828;  au  bureau  de  la  Société  de  la  morale  chrétienne, 

rue  Taranne,  n°  12.  In-18  de  216  pages;  prix,  2  fr. 

Cet  intéressant  recueil  est  un  guide  précieux  pour  les  amis 
dei'humanité.  On  ne  manque  pas,  en  général,  d'esprit  de  bien- 
faisance ou  de  philantropie;  mais  on  ignore  la  plupart  des  in- 
stitutions où  l'on  trouverait  à  exercer  ces  vertus,  sans  craindre 
de  se  tromper  dans  l'emploi  de  ses  fonds,  ou  d'être  abusé  par 
le  récit  de  quelques  malheurs  imaginaires.  Si  le  travail  émi- 
nemment utile  de  M.  Cassin  peut  exciter  une  émulation  féconde 
parmi  les  personnes  vraiment  charitables,  il  peut  également 
contribuer  à  augmenter  la  bonne  opinion  que  les  étrangers  doi- 
vent prendre  de  la  France,  en  leur  donnant  les  moyens  de  com- 
parer les  nombreux  établissemens  de  bienfaisance  fondés  à  Paris, 
avec  ceux  qui  existent  dans  les  autres  capitales  de  l'Europe.    R. 

201.  —  Quelques  observations  sur  la  discipline  des  collèges  et 
de  la  nécessité  d'y  établir  des  salles  pénitentiaires  ;  par  F.  Hum- 
bert,  officier  de  l'Université,  principal  du  collège  d'Étampes. 
Paris,  1827;  Brunot-Labbe.  I11-80  ;  prix,  1  fr.  25  c. 

M.  F.  Humbert ,  ex-professeur  très-distingué  du  collège 
Louis-le- Grand,  éclairé  par  une  longue  expérience  sur  les  iu- 
convéniens  qui  résultent  des  punitions  infligées  dans  les  collèges  , 
propose ,  dans  cet  opuscule,  d'en  raffermir  la  discipline  en  la 
rendant  plus  conforme  à  la  justice. 

L'auteur  signale  avec  beaucoup  de  justesse  et  de  vérité  l'inef- 
ficacité de  certaines  punitions  elles  dangers  de  plusieurs  me- 
sures répressives.  Je  lui  reprocherai  cependant  de  n'avoir  pas 
insisté  sur  les  dangers  de  l'emprisonnement ,  moyen  si  funeste 
aux  mœurs,  quelque  surveillance  qu'on  exerce. 

Trouvant  que  la  discipline  établie  dans  les  collèges  est  insuf- 
fisante pour  dompter  certains  élèves  intraitables,  qu'il  est  ce- 
pendant pénible  de  rendre  à  leurs  parens,  sans  avoir  essayé 
tous  les  moyens  possibles  de  corrections,  ce  sage  instituteur 
propose  dans  chaque  grand  collège  l'établissement  d'une  salle 
pénitentiaire,  c'est-à-dire,  un  corps  de  logis  distinct,  où  ces 
élèves,  séparés  de  leurs  condisciples,  excepté  pour  les  classes, 
seraient  soumis  à  un  règlement  austère,  et  où  cependant,  par 
une  sage  combinaison  de  sévérité  et  de  bienveillance,  tout 
concourrait  à  les  ramener  insensiblement  à  leur  devoir. 

Nous  regrettons  de  ne  pouvoir  entrer  ici  dans  les  intéressant 
détails  de  ce  projet,  qui  sans  doute  éveillera  l'attention  du  con- 
seil royal  de  l'Université,  et  dont  quelques  idées  du  moins 
pourront  être  un  jour  accueillies. 

Développer  simultanément  dans  les  enfans  le  corps,  le  cœur 
et  l'esprit;  faire  naître  et  entretenir  en  eux,   avec  l'amour  rie 


SCIENCES  MORALES.  5it 

l'étude  ,  dos  sentimens  de  bienveillance  et  une  douce  piété,  gage 
de  leur  bonheur  à  venir,  tel  est.  le  but  que  paraît  sétre  pro- 
posé JM.  Hurabert,  el  «ju'il  a  déjà  sans  doute  atteint  dans  le 
collège  qu'il  dirige  avec  tant,  de  succès.  A.  lî. 

aoa.  —  Mémoire  sur  tes  moyens  à  employer  pour  punir  Al<^<  •, 
et  détruire  la  piraterie  despuissances  barbaresques,  précédé  d'un 
Précis  historique  sur  le  caractère,  les  mœurs  et  la  manière  de 
combattre  des  Musulmans  habitant  la  côte  d'Afrique,  et  d'un 
Coup  d'oeil  sur  les  expéditions  françaises  tentées  contre  eux  à  di- 
verses époques;  par  le  chevalier  Châtelain,  lieutenant-colo- 
nel de  cavalerie,  auteur  du  Guide  des  ojfîcicrs  de  cavalerie; 
Paris,  1828;  Ansclin.  In-8°de  104  pag.;  prix,  3  fr. 

L'auteur  de  ce  mémoire  n'ayant  jamais  habité  Alger,  ne  nous 
donne  sur  la  situation  du  pays  que  des  renscignemens  vagues  et 
superficiels.  La  plus  grande  partie  de  sa  brochure  est  relative 
ii  l'expédition  d'Egypte  dont  il  a  fait  partie  en  qualité  de  capi- 
taine. Ce  qu'il  dit  de  véritablement  applicable  à  une  expédition 
contre  Alger,  se  trouve  aux  pages  58  à  61.  Suivant  lui ,  id  mille 
hommes  (dont  1200  de  cavalerie  et  mille  artilleurs)  et  60 
pièces  de  canon,  formeraient  une  armée  suffisante  pour  réduire 
cette  régence.  Nous  ne  détaillerons  point  ici  les  conseils  qu'il 
adresse  à  nos  troupes  sur  la  manière  dont  elles  doivent  se 
comporter  en  Afrique.  Ces'couseils,  généralement  sagesen  eux- 
mêmes,  sont  de  plus  fondés  sur  l'expérience  que  l'auteur  a 
acquise  en  Egypte.  Il  est  à  regretter  toutefois  qu'en  traçant  cet 
ouvrage,  inspiré  par  des  sentimens  honorables  d'humanité  et 
de  patriotisme,  sa  plume  n'ait  pas  été  guidée  par  une  connais- 
sance plus  précise  des  localités.  C. 

ao3.  —  *  L'Espagne  sous  les  rois  de  la  maison  de  Bourbon  , 
ou  Mémoires  relatifs  à  l'histoire  de  cette  nation,  depuis  l'avè- 
nement de  Philippe  V  en  1700 ,  jusqu'à  la  mort  de  Charles  III , 
en  1788;  écrits  en  anglais  sur  des  documens  originaux  inédits; 
par  William  Coxe,  auteur  de  Y  Histoire  de  la  maison  d'Autriche  ; 
traduits  en  français ,  avec  des  notes  et  des  additions ,  par  don 
Andrès  Muriel.  T.  III  -  VI.  Paris,  1827  ;  Debure  frères  ,  rue 
Serpente,  n°  7.  4  vol.  in-8°  ;  prix  du  vol.,  6  fr. 

L'impression  de  cet  ouvrage  ,  que  nous  avons  recommande 
à  l'attention  de  nos  lecteurs,  lorsque  les  deux  premiers  tomes 
parurent  (voy.  t.  xxxiv,  p.  745) ,  est  maintenant  terminée.  Les 
éditeurs  n'avaient  annoncé  que  cinq  volumes.  Comme  on  vient 
de  le  voir,  ils  ont  dépassé  ce  nombre.  Mais  leurs  souscripteurs, 
loin  de  s'en  plaindre,  les  en  remercieront.  Le  sixième  volume 
contient  neuf  chapitres  additionnels  qui  nous  ont  paru  <X\\\\ 
grand  intérêt.  Ils  jettent  un  nouveau   jour  sur  le  caractère  de 


5i2  LIVRES  FRANÇAIS. 

Charles  III,  sur  son  gouvernement,  et  sur  l'état  des  lettres,  des 
arts,  du  commerce  et  de  l'industrie  pendant  son  règne  mémo- 
rable. Il  appartenait  à  un  Espagnol  du  mérite  de  M.  Muriel 
de  compléter  ainsi  le  tableau  tracé  par  l'historien  anglais.  Le 
reste  du  tome  vi  est  rempli  par  un  compte  rendu  de  l'adminis- 
tration de  Florida  -  Blanca  ,  secrétaire  d'état  au  département  des 
affaires  étrangères ,  présenté  à  S.  M.  Charles  III ,  pièce  impor- 
tante et  qui  paraît  en  français  pour  la  première  fois.  Dans  notre 
prochain  cahier,  nous  consacrerons  un  article  plus  étendu  à 
l'examen  de  l'ouvrage  original  et  des  additions  du  traducteur. 

E. 

204. — *  Le  Combat  de  Trente  Bretons  contre  Trente  Anglais , 
publié  d'après  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  du  Roi;  par 
G.  A.  Crapelet  ,  imprimeur.  Paris,  1827  ;  Crapelet,  rue  de 
Vaugirard.  Grand  in-8°  ;  prix  ,  12  fr. 

Le  Combat  des  Trente,  c'est  ainsi  qu'on  le  nomme  dans 
l'antique  province  de  Bretagne ,  est  un  fuit  d'armes  chevale- 
resque ,  aussi  célèbre  parmi  les  Bretons  que  le  fut  chez  les  Ro« 
mains  le  combat  des  Horaces.  Il  n'eut  point  pour  objet  ou  pour 
résultat  l'asservissement  d'une  nation  à  une  autre;  ce  ne  fut 
pas,  comme  on  l'a  tant  répété,  pour  savoir  qui  avait  plus  belle 
amie  des  Anglais  ou  des  Bretons  ,  ni  pour  jouter  en  l'honneur 
des  dames,  que  trente  braves  allèrent  défier  l'ennemi  et  s'expo- 
sèrent à  la  mort  ou  à  la  captivité.  On  a  calomnié  ces  généreux 
chevaliers ,  en  leur  prêtant  des  motifs  aussi  frivoles.  Leur  ré- 
solution fut  inspirée  par  un  vif  sentiment  d'humanité,  et  leur 
dévouement  fut  honorable  de  tout  point. 

Les  querelles  de  la  comtesse  de  Blois  et  de  la  comtesse  de 
Montfort  pour  la  possession  du  duché  de  Bretagne,  avaient 
couvert  cette  malheureuse  contrée  de  sang  et  de  ruines.  Les 
Français  défendaient  les  droits  de  la  comtesse  de  Blois ,  et  la 
veuve  du  comte  de  Montfort  avait  appelé  les  Anglais  sous  ses 
bannières.  Le  capitaine  Daggeworth  ,  que  les  écrivains  de  cette 
époque  nomment Dagorne,  commandait,  au  nom  de  celte  prin- 
cesse, la  ville  et  le  territoire  d'Auray.Ce  Daggeworth ,  ou  Dagorne, 
en  chef  prévoyant  et  expérimenté,  défendit  à  ses  troupes  de  piller 
et  de  maltraiter  les  marchands  et  les  cultivateurs;  il  savait  se 
faire  obéir;  mais  il  fut  défait  en  bataille  rangée  parles  barons  de 
Bretagne,  et  i!  perdit  la  vie  dans  le  combat. A  peine  fut-il  mort 
que  les  exactions  et  les  meurtres  recommencèrent.  Le  capitaine 
qui  lui  succéda,  nommé  Bemborough  ,  s'empara  de  Ploermel, 
ravagea  la  contrée  et  la  remplit  de  deuil  et  de  misère.  Beau- 
manoir,  chevalier  de  haute  renommée,  accompagné  d'un  autre 
vaillant  personnage,  nommé  Jean,  alla   trouver  les  Anglais 


m  ii.NU.s  mohairs.  »«  ; 

Us  inviter  à  faire  cesser  ces  inutiles  désordres.  Les  deux 
Bretons  rencontrèrenl  en  route  une  foule  de  pauvres  paysans 
hoi  i  ihlt-nuMii  maltraités,  dont  ils  eurent  grand1  pitié;  les  vins 
avaient  les  fers  aux  pieds  et  aux  mains,  d'autres  étaient  attachés 
bar  les  pouces,  tous  étaient  liés  deux  à  deux ,  trois  a  trois,  comme 

1rs  animaux  que  Ton  mène  an  marché.  Beaumanoir  les  vif,  et 
son  coeur  se  brisa.  Il  s'adressa  à  Bemborough  avec  fierté:  «  Che- 
valiers d'Angleterre,  dit-il,  vous  vous  rende/ bien  coupables, 
de  tourmenter  ces  pauvres  habiîans ,  eux  qui  sèment  le  blé., 
et  qui  vous  procurent  en  abondance  le  vin  et  la  bonne  chère. 
le  VOUS  dis  toute  ma  pensée;  s'il  n'y  avait  pas  de  laboureurs, 
ne  faudrait-il  pas  aux  nobles  défricher  et  cultiver  la  terre  en 
leur  plaee  ,  battre  le  blé  et  endurer  la  pauvreté?  et  ce  serait 
grande  peine  pour  ceux  qui  n'y  sont  point  accoutumés.  Qu'ils 
aient  donc  la  paix  dorénavant,  ear  ils  ont  trop  souffert  depuis 
que  l'on  a  oublié  les  sages  ordonnances  et  les  dernières  vo- 
lontés de  Da^oi  ne.  »  Bemborough  en  colère  répondit  au  che- 
valier :  i  Taisez-vous,  Beaumanoir,  et  ne  nous  rompez  pas  la 

èie.  Edouard  sera  couronné  roi  de  France,  et  les  Anglais  se- 
ront partout  les  maîtres,  malgré  vous  et  tous  les  Français.  » 
Beaumanoir  reprit  naïvement  :  «  Songez  un  autre  songe ,  celui-ci 
est  mal  songe.  De  telles  forfanteries  ne  valent  néant,  et  il  en 
arrive  souvent  mal  à  ceux  qui  le  plus  en  disent.  »  Le  héros 
breton  ,  ne  pouvant  rien  obtenir  de  Bemborough  ,  lui  porta 
alors  un  défi;  et  il  fut  résolu  que  de  chaque  côté  on  combat- 
trait loyalement ,  à  cheval,  trente  contre  trente.  Les  barons  de 
Bretagne,  avertis  de  l'entreprise,  se  rassemblèrent  pour  rendre 
grâces  à  Dieu,  et  espérèrent  que  leurs  campagnes  seraient 
bientôt  délivrées  du  joug  de  l'avide  Bemborough  et  de  ses  sol- 
dats. Ou  connaît  le  résultat  du  combat  qui  se  livra  dans  la 
lande  de  Mi-Voie  ,  l'an  i35o,  le  samedi  tenant  Lœtare  Jérusa- 
lem. Bemborough  et  la  plupart  de  ses  compagnons  furent  tués; 
!e  reste  se  rendit  à  rançon.  Quatre  Bretons  succombèrent  dans 
l'action,  qui  fut  terrible.  Beaumanoir,  blessé,  demanda  à 
boire;  mais  Geoffroy  Dubois  lui  répondit:  Bois  ton  sang, 
Beaumanoir,  ta  soif  se  passera,  et  tout  l'honneur  de  la  journée 
sera  pour  nous!  Il  le  fut  en  effet. 

Cette  belle  et  généreuse  action  a  été  mise  au  rang  des  fables 
par  quelques  critiques  qni  s'étayaient  de  ce  qu'aucun  historien 
français  n'en  avait  fait  mention,  et  de  ce  que  les  historiens 
bretons  n'en  avaient  parle  que  sur  la  foi  d'un  manuscrit 
de  i/»70,  conservé  dans  la  bibliothèque  de  Rennes.  Cependant 

le  fait  avait  été  raconté  par  Froissart,  qui  lui  a* ait  accordé 
Imites  les  louanges  qu'il  mérite;  mais,  dans  un  grand  nombre 
wvii.  —  Janvier  1828,  33 


5i4  LIVRES  FRANÇAIS. 

de  manuscrits  de  cet  écrivain,  et  dans  toutes  les  éditions  qu'on 
en  a  publiées,  il  se  trouve  que,  par  un  singulier  hasard,  les 
chapitres  des  années  i35o,  i35i  ,  et  jusqu'à  i356,  ont  été 
remplacés  par  un  extrait  des  grandes  chroniques  de  Saint-Denis. 
M.  Buclion  a  retrouvé,  dans  un  manuscrit  du  prince  de  Sou- 
bise  ,  les  morceaux  enlevés  à  Froissait,  et  il  s'est  assuré  de  leur 
authenticité,  en  comparant  ce  nouveau  texte  à  celui  de  deux 
autres  manuscrits  qui  appartiennent  à  M.  Johnes  en  Angle- 
terre. Il  a  donc  publié,  dans  ses  Chroniques  nationales  et étran- 
gères ,  le  récit  du  Combat  des  Trente  ,  extrait  des  chroniques 
de  Froissart  (  tom.  III,  7e  addition  ).  D'une  autre  part,  M.  de 
Fréminrille,  ancien  officier  de  marine,  occupé  de  recherches 
historiques  sur  les  antiquités  de  la  Bretagne,  a  découvert  à  la 
bibliothèque  du  Roi  un  récit  en  vers  du  Combat  des  Trente, 
manuscrit  du  XTVe  siècle.  Ainsi,  la  réalité  de  cet  épisode  des 
guerres  de  la  Bretagne  au  xive  siècle  est  maintenant  établie 
par  des  pièces  irrécusables. 

M.  Crapelet  ,  dont  le  nom  est  honorablement  connu  dans  - 
l'art  typographique  ,  vient  de  publier  le  récit  en  vers ,  ou  ,  pour 
mieux  dire,  le  poëme  du  Combat  des  Trente,  ouvrage  aussi  re- 
marquable par  l'originalité  du  fait  qu'il  célèbre,  que  par  la 
grâce  et  la  naïveté  du  style.  On  y  trouverait  facilement  plu- 
sieurs passages  qui,  rapprochés  du  langage  actuel,  par  de  lé- 
gères corrections,  feraient  honneur  à  nos  poêles  les  plus  distin- 
gués. Un  fac  simile  du  manuscrit  original ,  une  copie  du  poëme 
en  caractères  gothiques,  une  traduction  littérale  en  langue  mo- 
derne ,  un  extrait  des  Chroniques  de  Froissart;  en  ce  qui  se 
rapporte  au  Combat  des  Trente,  des  notes  explicatives  et  com- 
posées avec  une  sage  érudition,  font  de  ce  volume  un  ouvrage 
destiné  à  enrichir  les  bibliothèques  les  mieux  choisies.  Il  est 
complété  par  une  lithographie  qui  représente  le  monument 
élevé  dans  la  lande  de  Mi-Voie  ,  par  le  procès-verbal  dressé  à 
l'occasion  de  la  pose  de  la  première  pierre,  et  les  discours  qui 
furent  prononcés  à  cette  cérémonie,  et  enfin  par  les  armoiries 
des  trente  Bretons  qui  combattirent  pour  délivrer  les  paysans 
du  joug  odieux  des  partisans  anglais.  La  Bretagne  tout  en- 
tière, qui  a  conservé  tant  d'attachement  à  ses  anciens  héros, 
doit  savoir  gré  à  M.  Crapelet  d'une  entreprise  qui  tend  à  per- 
pétuer une  si  haute  renommée.  R. 

20 5.  —  *  Résumé  des  principaux  éoénemens  qui  ont  eu  lien 
en  Portugal  à  la  fin  de  18-26  et  pendant  une  partie  de  l'année 
actuelle  (1827);  par  H.  S.  Paris,  180.7;  Le  Norman  t.  In-40  de  2 
feuilles;  prix,  1  fr.  5o  c. 

206.  —  *  4 perçu  géographique  sur  le  Portugal,  pour  faire 


SCIENCES  MORALES.  5i5 

suite  au  Résumé  des  principaux  (ivrricmens  arrivée  clans  ce 
royaume  en  1826  et  1827;  par  le  même.  Paris,  1827;  même 
■dresse.  Io-4°  de  \  feuilles;  prix,  1  fv.  (1). 

Ces  deux  cahiers,  qui  sont  destinés  à  se  compléter  l'un  par 
l'autre,  et  pour  lesquels  on  pourrait  blâmer  l'auteur  d'avoir 
choisi  le  format  in-/»°,  peu  commode  pour  les  livres  d'un  usage 
habituel,  offrent  en  résumé  tout  ce  qu'il  est  important  de  con- 
naître sur  un  peuple  et  sur  un  pays  qui  fixent  depuis  quelque 
teins  tous  les  yeux.  Les  faits,  puisés  à  de  bonnes  sources,  y  sont 
exposés  avec  concision  et  clarté.  Nous  reprocherons  cependant 
à  M.  S***  de  n'avoir  pas  cité  les  écrivains  qu'il  a  mis  à  contri- 
bution, et  nous  saisirons  cette  occasion  de  rendre  à  l'un  d'eux 
toute  la  justice  qu'il  mérite,  et  que  lui  ont  déniée,  par  un  es- 
prit de  calcul  peu  honorable,  tous  ceux  qui  sont  venus  après 
lui,  et  qui  ont  mis  ses  travaux  à  profit.  Nous  voulons  parler 
de  M.  jrfrien  Balbi,  auteur  d'un  Essai  statistique  en  2  vol., 
sur  le  royaume  de  Portugal  et  d'Algarvc  (2),  ouvrage  auquel 
il  manque  peut-être  une  rédaction  plus  soignée  sous  le  rapport 
<Hi\  style,  mais  qui  pourra  long-tems  servir  de  modèle  à  tous 
les  auteurs  de  statistique,  par  l'immense  quantité  de  faits  et  de 
documens  qu'il  renferme,  et  par  la  méthode  avec  laquelle  ils 
sont  classés.  On  y  trouve  la  situation  actuelle  du  Portugal,  com- 
parée avec  celle  des  autres  états  de  l'Europe,  et  accompagnée 
d'un  coup  d'œil  sur  les  sciences,  les  lettres  et  les  beaux-arts 
cultivés  par  les  Portugais  des  deux  hémisphères.  C'est  une  vé- 
ritable statistique  complète,  dans  toute  l'acception  du  terme 
Scientifique;  car  nous  ne  connaissons  de  statistique  digne  de 
ce  nom  et  de  la  science  que  celle  qui  offre  des  données  cer- 
taines, non-seulement  sur  un  État,  mais  encore  sur  la  situation 
respective  des  autres  étals  à  son  égard.  E.  H. 

207.  —  *  Histoire  de  Napoléon  ,  par  M.  de  Nokvins  ,  ornée 
de  portraits,  vignettes,  cartes  et  plans.  Tome  III,  9me  livraison. 
Paris,  1828;  Ambroise  Dupont.  In-8°;  prix  de  lalivr. ,  2  fr. 
5o  c.  (  Voy.  Rev.  Enc. ,  t.  XXXVI,  pag.  186  ). 

Cet  important  ouvrage  se  publie  avec  une  activité  digne  d'é- 
loges. La  neuvième  livraison  ,  qui  vient  de  paraître,  comprend 
les  célèbres  campagnes  de  1807  et  des  premiers  mois  de  1808. 
Dans  la  première  année,  les  batailles  d'Eylau  ,  de  Friedland, 
h  prise  de  Dautzig,  amènent  la  paix  deTilsitt,  la  création  du 


(i)A  ces  deux  cahiers  doit  être  jointe  une  carte  ou  tableau  figuré,  du 
prix  de  1  fr.  5o  c.  Les  trois  ouvrages  réunis  en  un  seul  coûtent  3  fr.  5o  c. 
(1)  Paris,  1822  ;  Rey  et  Gravier.  2  forts  vol.  in-8°  ;  prix ,  2a  fr. 

33. 


LIVRES  FRANÇAIS. 
royaume  de  YVestphalie  et  celle  du  grand-duché  île  Varsovie , 
donné  au  roi  de  Saxe.  Au  commencement  de  la  seconde,  les 
Russes,  fidèles  alors  au  système  de  Napoléon  qui  servait  leurs 
intérêts,  font  la  conquête  de  la  Finlande;  la  révolution  d'Es- 
pagne commence;  le  fils  détrône  son  père;  le  père  abdique  en 
faveur  de  Napoléon,  qui  jette  la  couronne  ibérique  sur  la  tète 
de  son  frère  Joseph  ,  et  livre  à  Murât  le  trône  de  Naples.  Ces 
muuvcmcns  immenses  qui  déplacent  les  'hommes,  les  nations, 
les  dynasties,  qui  tendent  à  rajeunir  la  vieille  Europe  ,  qui  évo- 
quent, qui  créent  des  principes  sociaux  devenus  impérissables  , 
bien  qu'ils  soient  encore  méconnus  aujourd'hui  par  quelques 
souverains,  s'opèrent  en  peu  de  mois.  Le  lecteur  marche  de 
miracle  en  miracle;  courage,  énergie,  talent,  dévoûment, 
abnégation  ,  adresse,  tout  sert,  tout  est  mis  en  usage.  Pourquoi 
de  si  grandes  choses  n'eurent-elles  d'autre  but  que  l'élévation 
d'un  seul  homme  ?  Pourquoi  tant  de  supériorité  ne  servait-elle 
pas  la  cause  des  peuples  qui  la  servaient  si  bien? 

La  9me  livraison  ,  imprimée  avec  le  même  soin  que  les  pre- 
mières, est  ornée  du  portrait  du  général  Lasalle,  du  plan  de 
la  bataille  d'Eylau,  de  l'entrevue  des  deux  empereurs  à  Tilsitt, 
et  d'une  vue  de  la  bataille  de  Friedland.  Nous  ne  dirons  rien  de 
l'ouvrage  en  lui  -  môme,  ni  du  plan  adopté  par  l'auteur,  ni  de 
son  style  à  la  fois  élégant  et  vigoureux.  Le  succès  a  parlé  plus 
haut  que  tous  les  échos  de  la  renommée;  cinq  mille  souscrip- 
teurs ont  comblé  les  espérances  du  libraire,  qui  avait  bien  jugé 
du  besoin  de  l'époque,  au  moment  où  Walter  Scott  venait  de 
déverser  sur  la  France  i\ne  haine  à  l'expression  de  laquelle  on 
eût  pu  accorder  quelque  indulgence,  si  elle  n'eût  retombé  que 
sur  l'ennemi  de  l'Angleterre.  R. 

Littérature. 

20  8.  —  Méthode  pour  se  former  en  peu  de  tems  et  sans  étude 
a  une  prononciation  facile  et  correcte  des  langues  étrangères  ; 
extrait  d'un  ouvrage  inédit  sur  V étude  des  langues,  par  M.  le 
comte  d'H***.  Paris,  1828;  Filleul,  rue  Castiglionc,  n°  12. 
In-8°  de  24  pages;  prix,  1  fr. 

Il  y  a  dans  l'étude  des  langues,  dit  M.  le  comte  d'Hauterive, 
des  choses  qui  ne  sauraient  être  enseignées,  et  que  l'on  ne 
peut  apprendre.  Telles  sont  la  prononciation  et  la  prosodie, 
riche  et  merveilleuse  mélodie  qui  échappe  à  toute  étude  et  à 
toute  analyse,  parce  que  le  diapason  sur  lequel  la  voix  hu- 
maine doit  suivre  l'échelle  de  ses  sons  est  soumis  à  un  si 
grand   nombre   de   divisions,   que   l'imitation  n'en  peut  être 


obtenue  que  pat'  le  produite  mécanique  d  un   apprentissage 

iout-à  fut  il  ullcrlii ,  .-i  même  inatlentif,  qui  doii  fifre  fait, 
pour  ainsi  dire,  à  DOtrc  insu   par  nos  organes. 

D'à prèa  ce  principe,  on  seniir.i  combien  est  vicieuse  ta  m. 

tliode  des   m. litres  qui   étourdissent  l'oreille  (le  leur-.  élèVes,  Cl 

<jni  tourmentent  leur  langue  pom  leur  faite  prononcer  des  sons 
qu'il  est  impossible  qu'ils  aient  compris,  dans  le  court  espace 
de  rémission  d'un  son.  L'attention  de  l'écolier  se  refroidit,  et 

ses  efforts  même  ne  font  (pie  rendre  plus  difficile  à  saisir  l'as- 
sociation des  cordes  acoustiques  qui  doivent  vibrer  ensemble. 
Là  nature  agit  autrement.  L'oiseau  que  l'on  instruit  au  moyen 
iVuva'  serinette  reste  long-lems  sans  essayer  de  répéter  les 
sons  qu'il  a  entendus;  mais  tout  à  coup,el  connue  s'il  acquérait, 
un  nouveau  sens,  il  rend  purement,  complètement  et.  facile- 
ment des  sons  d'une  parfaite  similitude  avec  reu\  qu'on  lui  a 
fait  en  tend  re. 

AI.  le  comte  d'il***  connaissait  parfaitement  la  langue  an- 
glaise, mais  il  ne  l'avait  jamais  parlée.  Après  {\va[\  ans  de 
séjour  aux.  États-Unis,  il  n'était  pas  plus  avancé  (pie  le  pre- 
mier jour,  et  ne  comprenait  rien  aux  conversations.  Le  basard 
l'introduisit  dans  une  famille  où  l'on  faisait  tous  les  soirs  une 
lecture  en  commun.  Il  obtint  la  faveur  d'y  assister,  et  son 
oreille  se  fit  tellement  aux  sons  et  à  la  prosodie  de  la  langue, 
qu'en  moins  de  trois  mois  il  parvint  sans  efforts  à  la  parler 
convenablement. 

Il  pense  donc  que  la  meilleure  méthode  à  suivie  dans  l'é- 
tude des  langues  est  d'apprendre  d'abord  la  langue  écrite,  et 
de  se  mettre,  quand  on  la  sait,  en  relation  avec  des  personnes 
qui  la  parlent  habituellement.  Le  sens  de  l'ouïe  se  développe, 
la  prononciation  devient  facile  et  nette  en  peu  de  tems,  et  l'on 
eU  tout  surpris  des  progrès  que  l'on  a  faits,  sans  même  s'en 
douter.  Cet  opuscule  est  lire  d'un  plus  grand  ouvrage  où  sans 
doute  les  principes  de  M.  le  comte  d'il***  seront  exposés 
dans  tout  leur  jour.  Nous  ne  doutons  pas  de  leur  extrême  uti- 
lité. R. 

•>.oo,.  —  *  Tableaiuc  poétiques }  par  le  comte  Jules  de  Ressé- 
glier.  Paris,  18*28;  Urbain  Canet.  In  8°  de  â55  pages,  orné 
de  gravures  ;  prix,  6  fr. 

•Sous  ce  titre  bien  vague  de  Tableaux  poétiques,  M.  Jules  de 
Hességuier  nous  offre  quarante  pièces  de  vers  où  s'annonce 
un  véritable  talent.  Toutes,  à  l'exception  de  deux  ou  trois, 
appartiennent  au  genre  élégiaque,  selon  que  Boiieau  l'a  déli- 
ni;  mais  le  poète  a  plus  fréquemment  demandé  des  inspira- 
tions à    l'amour  qu'à   la    douleur.    Nous  avons  entendu   cirer 


5i3  LIVRES  FRANÇAIS, 

comme  un  chef-d'œuvre  la  pièce  qui  est  intitulée  le  Bal,  et 
que  plusieurs  journaux  se  sont  empressés  de  reproduire  dans 
leurs  feuilles;  nous  ne  partageons  pas  cet  avis.  Quelques  vers 
gracieux  qui  se  rencontrent  dans  cette  pièce  n'empêcheronE 
pas  la  critique  d'y  signaler  plusieurs  détails  communs,  qui 
auraient  eu  besoin  d'être  relevés  par  l'expression.  Nous  croyons 
pouvoir  recommander  avec  plus  de  raison  à  nos  lecteurs  On- 
dinc,  le  Voile,  le  Convoi  d'habeaii  de  Bavière,  et  surtout  X Oda- 
lisque et  la  Consolation  d'une  mère. 

Le  style  de  ces  élégies  est  en  général  pur  et  correct,  et  l'au- 
teur paraît  cire  de  l'école  de  M.  Soumet,  auquel  il  offre  un 
hommage  mérité  dans  la  pièce  qui  ouvre  son  recueil.  Nous 
soumettrons  cependant  une  observation  critique  à  M.  de  Res- 
séguier  sur  ces  expressions  vos  troubles  et  vos  peurs  (p.  107), 
que  rien  ne  nous  paraît  motiver  dans  les  vers  suivans  : 

Ainsi  que  les  bouleaux  tremblent  sur  nos  fontaines , 
Vous  tremblez  au  doux  bruit  des  louanges  humaines. 
Vos  troubles  sont  charmans  ,  on  dit  qu'ils  sont  trompeurs  ; 
Moi  je  ne  le  dis  pas  ,  et  je  crois  à  vos  peurs. 

La  Fontaine,  auquel  l'auteur  a  emprunté  l'épigraphe  de  celte 
pièce,  l'une  des  plus  faibles  du  volume,  ne  lui  a  point  donné 
sans  doute  l'exemple  de  ces  deux  mots  employés  au  pluriel. 

Nous  remarquons  à  cette  occasion  que  chacune  des  pièces 
du  recueil  de  M.  de  Rességuier  est.  précédée  d'une  épigraphe 
prise  à  quelque  auteur  ancien  ou  moderne,  et  dont  le  sens  n'est 
pas  toujours  bien  en  rapport  avec  le  sujet  annoncé.  L'amitié 
sans  doute  lui  a  fait  illusion  sur  le  talent  de  quelques  jeunes 
poètes  dont  il  a  placé  les  noms  à  côté  de  ceux  de  La  Fontaine  , 
Boileau,  Massillon,  Racine,  Mille voye,  André  Chénier,  Cha- 
teaubriand, quoiqu'ils  ne  paraissent  pas  destinés  à  obtenir  la 
même  célébrité.  Une  autre  alliance  plus  heureuse  est  celle 
que  le  poète  a  faite  avec  M.  de  Sénonnes,  dont  les  crayons  gra- 
cieux ont  fourni  de  jolis  sujets  au  burin  de  M.  Godefroy. 

E.  Héreau. 

210.  —  *  Chants  helléniens  de  fVil/iem  Muller.  Paris,  1828  ; 
Ambroise  Dupont.  In- 18  de  ia3  pag.  ;  prix,   1  fr.  25  c. 

Il  n'est  pas  de  cœur  généreux  que  n'ait  fait  palpiter  la  régé- 
nération de  la  Grèce  ;  il  n'en  est  pas  qui  n'ait  admiré  ses  nobles 
efforts  pour  secouer  le  joug  infâme  qui  pesait  depuis  si  long- 
tems  sur  cette  terre  classique  de  la  civilisation  et  des  arts.  Par- 
mi les  peuples  d'Europe  dont  les  vœux  et  les  secours  ont  con- 
tribué au  triomphe  de  la  sainte  cause  delà  liberté,  les  Allemands 
ont  plus  peut-être  que  tout  autre  des  droits  à  la  reconnaissance 


LITTÉRATURE.  îig 

des  Hellènes.  Disposés  naturellement  à  l'enthousiasme!  facile* 
à  céder  aux  transports  d'une  imagination  puissante,  les  nations 
allemandes  ont  répété  le  cri  de  guerre  qui  retentissait  dans  le 
Peloponèse;  les  Universités  ont  payé  leur  tribut,  elles  ont  éié 
décimées  pour  la  défense  de  la  Grèce.  Au  milieu  des  portes 
dont  (es nobles  accens  ont  contribué  à  échauffer  le  courage  de 
leurs  compatriotes,  il  faut  distinguer  IVdhelm  Muller,  dont 
les  muses  de  la  Germanie  déplorent  la  perte  prématurée.  Enlevé 
à  la  fleur  de  l'Age  et  dans  la  force  de  son  talent,  Millier  a  fait  assez 
pour  sa  gloire  dans  sa  patrie;  il  fallait  le  faire  connaître  aussi  à 
cette  France  qui  aime  à  applaudir  aux  actions  comme  aux  pa- 
roles généreuses,  parce  qu'elle  sait  également  sentir  et  exécuter. 
Un  anonyme  a  prisée  soin,  et  sa  traduction  que  nous  annonçons, 
peut  faire  apprécier  la  vigueur  et  l'énergie  qui  distinguent  l'ori- 
ginal. Plusieurs  de  ces  chants  nous  ont  paru  mériter  une  mention 
particulière  :  l'un  d'eux,  intitulé  La  Mainottc ,  respire  l'ardeur 
belliqueuse  des  femmes  Spartiates,  et  ses  accens  guerriers  rap- 
pellent encore  d'une  manière  fort  heureuse  la  concision  pleine 
de  nerf  des  Lacédémoniennes.  Un  autre,  Constantin  Canaris,  est 
empreint  du  sentiment  profond  d'une  religion  noble  et  simple; 
c'est  une  espèce  d'épitaphe  qui  renferme  en  quelques  mots  toute 
la  vie  et  les  derniers  vœux  du  héros  qu'elle  rappelle.  Missolon- 
ghi  devait  inspirer  celui  qui  célébrait  le  dévouaient  à  la  patrie: 
Missolonghi  a  été  le  sujet  de  trois  chants  de  W.  Muller,  qui  a 
payé  également  en  beaux  vers  son  tribut  à  la  mémoire  de  Bvron. 
L'espace  nous  manque  pour  faire  connaître  les  différens  mor- 
ceaux qui  nous  ont  semblé  respirer  le  feu  des  batailles,  l'enthou- 
siasme delà  liberté,  et  parfois  aussi  de  touchaus  regrets  sur  les 
victimes  immolées  à  la  patrie.  Enfin  l'auteur  de  cette  traduction 
a  placé  à  la  suite  des  poésies  de  Millier  quatre  autres  petites 
pièces  de  vers  de  mesdames  Bracluuann,  Brun  et  de  /.  Marer, 
qui  ne  déparent  point  celte  collection.  L.  Dh. 

aii.  — *Lc  barde  des  Vosges,  recueil  de  poésies,  par 
M.  PiiLLET,  d'Épinal.  Paris,  1828;  Brissot-Thivart.  In-8°  de 
186  pages;  prix  ,  3  fr.  5o  c. 

Ce  recueil  est  un  choix  de  poésies  de  l'auteur,  qui  paraît 
avoir  un  portefeuille  aussi  riche  que  varié.  Il  a  écrit  principa- 
lement des  tragédies  et  des  odes,  mais  le  genre  lyrique  est  celui 
dans  lequel  il  a  le  mieux  réussi  ;  nous  en  avons  pour  preuve 
les  chants  dont  se  compose  son  opuscule  ;  on  y  voit  que 
M.  Pellet  a  monté  sa  lyre  au  milieu  des  montagnes,  car  ses  ac- 
cens sont  fiers,  audacieux  ,  élevés  et  libres  comme  l'aigle  qui  les 
habite;  il  a  soin,  d'ailleurs,  de  nous  l'apprendre  dans  ce  passage 
de  >es  inspirations  : 


fao  LIVRES  FRANÇAIS. 

Moi ,  que  le  ciel  plaça  près  du  bruit  fies  cascades  ?. 
Qui,  trompant  des  mortels  les  regards  indiscrets, 
Et  gravissant  ces  rocô  suspendus  en  arcades, 
Cent  fois  des  Oréades 
Ai  surpris  les  secrets; 

Fidèle  ami  des  lieux  qui  m'ont  vu  naître, 
Attaché  sans  retour  à  mes  lacs  ,  mes  torrens  , 

J'y  coulerai  mes  jours  indifferens  ; 

Heureux  de  fuir,  peu  jaloux  de  connaître 
Et  le  séjour  des  rois  et  la  faveur  des  grands. 

Cette  citation  donne  une  idée  du  style  de  l'auteur.  Il  noua 
serait  facile  d'en  offrir  d'autres  d'un  genre  plus  mâle  et  plus 
sévère,  en  les  tirant  surtout  de  l'ode  sur  les  Vicissitudes  des 
empires ,  et  de  celle  qui  a  pour  titre  les  Tombes  royales  des  Pha- 
raons. Nous  pourrions  également  extraire  des  passages  gracieux 
ou  tendres,  et  des  morceaux  d'une  philosophie  voltairienne; 
mais  l'espace  nous  manquerait,  et  nous  préférons  renvoyer  nos 
lecteurs  au  recueil  même,  en  le  leur  signalant  avec  confiance 
comme  une  production  empreinte  d'un  beau  talent  et  d'un  vé- 
ritable patriotisme.  Albert-Montémont. 

212.  —  Le  Combat  de  Navarin,  par  E.  IYÏichelet,  capitaine 
au  43e  régiment  de  ligne.  Perpignan,  1827  ;  imprimerie  d'An- 
toinette Tastu.  In-8°. 

Le  triomphe  récent  des  escadres  combinées  anglaise,  fran- 
çaise et  russe  sur  la  flotte  d'Ibrahim  pacha  dans  le  port  de 
Navarin,  devait  naturellement  inspirer  à  nos  poètes  philhel- 
lèues  plus  d'une  hymne  à  la  gloire  des  braves  marins  qui  ont 
si  noblement  soutenu  la  cause  de  la  croix  contre  le  turban; 
mais  notre  capitale  ne  leur  a  pas  seule  payé  son  tribut.  Nos 
muses  méridionales  aussi  se  sont  reconnues  leurs  tributaires. 
Nous  en  avons  pour  preuve  l'espèce  de  dithyrambe  publié  à 
Perpignan,  dont  nous  allons  rendre  un  compte  sommaire. 

Nous  ignorons  si  l'auteur  débute  aujourd'hui  clans  la  car- 
rière des  lettres,  ou  s'il  s'est  déjà  recommandé  par  quelques 
essais. 

Son  ouvrage  nous  paraît,  en  général,  manquer  de  couleur 
locale.  L'indication  plus  ou  moins  positive  de  trois  ou  quatre 
des  vaisseaux  qui  ont  pris  part  à  la  bataille  navale  qu'il  veut 
célébrer  ne  semble  pas  la  caractériser  avec  assez  de  préci- 
sion; et  peut-être  y  avait-il  un  parti  plus  avantageux  à  tirer 
de  sa  prosopopée  de  lord  Byron  ,  fiction  poétique  d'ailleurs 
un  peu  rebattue. 

Nous  aurions  bien  aussi  quelques  observations  de  détail  à 
lui  présenter;  nous  l'engagerions,  par  exemple,  à  ne  pas  in- 


MTTKIIATI  IWv  S*1 

Mtir  les  vainqueurs  ;\  essuyer  leurs  larmes  a#rc  les  étendards 
conquis,  si  quelques  regrets  suivent  les  honneurs  acquis^  image, 
selon  nous,  aussi  fausse  que  déplacée]  mais  nous  aimons  mieux 

rendre  hommage  à  la  pureté  de  son  style,  généralement  dégagé 
dû  faux  goût  de  l'école  moderrie;  et  nous  applaudissons  ù 
l'enthousiasme  vrai  que  respirent  plusieurs  passages  du  poème, 

dont  nous  citerons  le  début  et  la  lin. 

Victoire  à  la  triple  alliance 
Qui  de  l'humanité  vient  de  venger  les  droits  ! 

Honneur  aux  soldats  de  la  croix  ! 
La  Grèce  a  répété  ce  cri  de  délivrance, 
Ce  cri  dont  Albion  .  la  Russie  et  la  France , 
D'un  accord  fraternel  ont  salué  les  rois  : 

Victoire  à  la  triple  alliance  ! 


Les  têtes  des  vaincus ,  déplorable  ruine, 

Vont  manquer  cette  fois  au  château  des  Sept-Tours  ; 

Elle  éclate  à  la  fin,  la  justice  divine! 

Et  les  barbares  de  nos  jours 

Trouvent  une  autre  Salamine. 

Mais  vous  ,  princes  chrétiens  ,  contre  un  peuple  infidèle 
Dont  on  a  trop  souffert  l'audace  criminelle  , 
Prêtez-vous  à  jamais  un  mutuel  appui  ; 

Et  si,  se  liguant  avec  lui 
L'étendart  de  Lépante  a  renié  sa  gloire  , 
Qu'à  jamais  vos  drapeaux  restent,  comme  aujourd'hui, 
Unis  aux  champs  de  la  victoire  ! 

P.  E.  R. 
2i3. —  Chansonnier  des  Dames.  Paris,  1828;   Louis  Janet, 
rue  St.-Jacques,  n°  59.  In-18  de  2 1  2  pages  avec  vignettes  et 
20  airs  notés;  prix,  3  fr. 

Si  la  gaîté  devait  être  le  caractère  de  la  chanson,  peut-être 
notre  siècle  offrirait-il  peu  de  chefs-d'œuvre  dans  ce  genre  de 
poëme.  On  n'en  peut  douter,  le  sérieux  domine  aujourd'hui 
dans  tous  les  ouvrages  d'imagination.  La  tristesse  devient  une 
des  muses  du  Parnasse  français.  Un  des  tributaires  <\u  Chan- 
sonnier des  Dames y  M.  Delon,  en  invoquant  la  tristesse,  s'ex- 
prime ainsi  : 

Le  beau  sexe  en  est  idolâtre  : 
Il  la  décore  dans  Byron  ; 
Il  court  l'applaudir  au  théâtre  , 
Il  court  l'admirer  au  salon. 


5*»  LIVRES  FRANÇAIS. 

Bien  que  je  n'admette  point  qu»  le  beau  sexe  dévore  la  tristesse 
dans  Byron  ,  je  suis  de  l'avis  de  la  chanson. 

Ce  n'est  sûrement  point  la  muse  de  Latiaignant  dont  M.  Hoff- 
nian  a  reçu  les  inspirations,  lorsqu'il  a  composé  la  chanson 
philosophique  intitulée  La  Mort,  et  dans  laquelle  on  trouve 
ces  vers  : 

Tout  meurt ,  tout  fuit,  tout  s'écroule; 
Tout  à  souffert ,  expiré; 
Du  sable  que  mon  pied  foule 
Chaque  atome  a  respiré. 

L'auteur  du  Mérite  des femmes  avait  dit  : 

Quelle  poussière,  hélas!  n'a  point  été  vivante? 

En  faisant  l'annonce  d'un  chansonnier ,  j'ai  cru  qu'il  était  per- 
mis de  se  montrer  sévère  envers  des  couplets  dans  le  style  sé- 
rieux. M.  Levasseur  n'abuse-t-il  point  de  la  permission  donnée 
aux  poètes  modernes  de  gémir  et  de  faire  des  doléances,  lors- 
qu'il termine  ainsi  sa  romance  intitulée  l'Homme  à  plaindre  ? 

Hélas!  hélas!  dans  la  nature  entière 

Il  n'est  plus  rieu  pour  occuper  mon  cœur  ! 

Après  avoir  blâmé  le  ton  lamentable  de  plusieurs  pièces  du 
Chansonnier  des  Dames,  je  puis  donner  des  éloges  aux  auteurs 
qui  respectent  la  poétique  du  genre.  Parmi  eux,  je  rémarque 
M.  Antier,  qui  chante  avec  gaîté  la  Crémaillère  : 

Amis  ,  selon  moi ,  nos  aïeux 
Ne  nous  ont  rien  laissé  de  mieux 
Que  cet  usage  respectable 
De  saluer  gaîment  à  table 
Des  vins  vieux  de  notre  caveau  , 
Les  lares  d'un  logis  nouveau  , 
En  répétant ,  à  la  vieille  manière  : 
Mes  amis,  pendons  ta  crémaillère. 

On  doit  aussi  remarquer  les  productions  agréables  de 
MM.  Naudet,  Dusaulchoy,  Brazicr,  Mignet,  Blonde au ,  Srgur, 
Eérangcr,  et  de  Mine  Tastu.  Quelques  anonymes  méritent  des 
éloges,  et  principalement  celui  à  qui  nous  devons  le  Bal  de  la 
commune.  M.  Charles  Malo,  éditeur  de  ce  recueil,  ne  s'est 
point  borné  à  lui  donner  des  soins  ,  il  l'a  enrichi  d'une  chanson 
intitulée  :  Prenez  une  femme,  et  qui  annonce  que  l'auteur  est  à 
la  fois  bon  poète  et  bon  mari.  Brks. 

a  14. — Le  Fablier  de  Flore,  ou  Choix  de  fables  sur  les  fleurs  ? 


LITTÉRATURE.  5»3 

dédié  aux  (laines.  Paris,  iSvtt;  Fr.  Louis.  In- 1 H  de  \\\  pages, 

avec  une  gravure  et  un  fleuron;  prix ,  !»  fr.  et  *>  fr.  5o  c. 
Quoique  le  champ  delà  fable  soit  vaste,  quoique  tons  les 

êtres  animes  ou  inanimés  soient  de  son  domaine,  il  faut  cepen- 
dant reconnaître  que  les  premiers  sont  plus  favorables  à  ses 
desseins,  parce  qu'ils  sont  plus  rapprochés  de  notre  nature, 
plus  propres  à  nous  émouvoir  et  à  nous  fournir  des  leçons. 
Tous  les  animaux  d'ailleurs  ont  un  langage  que  nous  pou- 
vons interpréter  avec  plus  ou  moins  de  facilité,  tandis  qu'il 
faut  beaucoup  plus  d'efforts  de  la  part  de  notre  imagination 
pour  supposer  des  actions  et  un  langage  aux  objets  inanimés. 
Ces  considérations  doivent  sans  doute  faire  accorder  la  préfé- 
rence aux  premiers  sur  les  derniers,  dans  le  choix  des  person- 
nages que  le  fabuliste  veut  mettre  en  scène.  Les  fleurs,  cepen- 
dant, ont  souvent  servi  d'heureux  interprètes  aux  moralistes 
et  aux  poètes;  nous  possédons  un  grand  nombre  de  jolies  fables 
où  ces  aimables  filles  du  printems  apparaissent  en  première 
ligne.  La  rose  seule  a  inspiré  des  milliers  devers,  et  l'on  pou- 
vait s'étonner  qu'on  n'eût  pas  encore  songé  à  faire  un  choix 
dans  toutes  les  pièces  morales  où  leur  emblème  a  été  employé. 

Le  recueil  que  nous  annonçons  renferme  des  fables  de  tous 
nos  bons  auteurs,  La  Fontaine  excepté;  car,  par  une  singularité 
assez  remarquable,  l'interprète  heureux  du  Chêne  et  du  Roseau, 
celui  qui  n'a  pas  même  dédaigné  de  faire  parler  le  Pni  de  fer  et 
le  Pot  de  terre,  et  qui  l'a  fait  avec  un  égal  bonheur,  n'a  pas  une 
seule  fois  choisi  ses  sujets  parmi  les  fleurs. 

M.  De  ville,  déjà  connu  par  des  essais  dans  ce  genre,  a 
voulu  joindre  son  nom  à  ceux  de  MM.  Jrnault ,  Jubcrt*  Boi- 
sard,  Dardcnne ,  Dorât,  Florian,  Grozelier,  Guichard,  Hof/man, 
Jaujfrct,  Jony,  Le  Bailly,'  Le  Filleul ,  Pesselier,  Reyrn ,  llic/ier, 
Ségur,  Stassarty  Vitallls ,  etc.;  77  fables  de  sa  composition  oc- 
cupent les  pag.  i83  à  268  du  volume,  et  il  les  a  fait  suivre  de 
notes  dont  l'utilité  était  indispensable  pour  familiariser  le  lec- 
teur avec  l'histoire  des  plantes  que,  le  premier,  il  a  introduites 
dans  le  champ  de  la  fable.  Sans  doute  quelques  noms,  tels  que 
Yulnmirc,  la  patience  et  le  pissenlit ,  blessent  autant  nos  oreilles 
que  nos  habitudes  poétiques;  mais  si  l'auteur  s'est  dévoué  en 
abordant  de  pareils  sujets,  son  dévouaient  sera  récompensé  en 
ce  qu'il  nous  aura  ouvert  la  route,  et  qu'il  aura  agrandi  le  champ 
de  l'apologue  pour  ceux  qui  viendront  après  lui.  Quelques-uns 
de  ses  sujets,  d'ailleurs,  sont  traités  avec  assez  de  talent  pour 
qu'il  n'y  eût  pas  quelque  présomption  et  quelque  danger  à  s'en 
emparer  après  lui,  tels  sont  lu  Rose  blanche  et  le  Papillon ,  le 
Sainfoin  et  les  Cuscutes ,  les  Oiseaux  et  le  Figuier,  le  Chêne  et 
la  Mousse ,  etc.  E.    Hlreàu. 


5i4  LIVRES  FRANÇAIS. 

21 5.  —  Peyronnct  devant  Dieu ,  poëmc  en  quatre  chants  pat* 
C/i.  Lepage  et  Ènï.  Debraux,  auteurs  de  Fidèle  aux  enfers. 
Seconde  édition.  Paris,  1828;  Jehenne,  passage  Colbert,  n°  i5. 
In- 8°  de  xvi  et  72  pages;  prix,  a  fr.  5o  c. 

C'est  une  triste  et  malheureuse  idée  que  de  faire  un  p  ëme 
en  trois  ou  quatre  chants,  lorsqu'on  n'a  pas  même  un  sujet  : 
c'est  une  idée  non  moins  funeste  à  la  poésie  que  de  réunir  deux 
talens  pour  composer  un  seul  ouvrage.  Déjà  nous  avons  adressé 
cette  double  observation  aux  auteurs  de  la  Vtlléliade  ;  elle  s'ap- 
plique avec  plus  de  force  encore  à  MM.  Lepage  et  Debraux. 
Une  juste  indignation  les  anime  sans  doute  contre  l'ex -ministre 
repoussé  par  le  vœu  unanime  de  la  France.  Mais,  si  Juvénaî 
a  dit  que  l'indignation  lui  inspirait  ses  vers,  il  n'a  pas  dit  qu'elle 
fît  un  poëme,  et  surtout  un  poëme  en  quatre  chants  :  jamais  un 
ouvrage  de  ce  genre  ne  sera  le  fruit  de  la  passion. 

Mais ,  si  le  poëme  ne  vaut  rien ,  la  versification  n'est  guère 
meilleure.  On  trouve  (p.  6  )  cet  hémistiche  : 

Dans  vingt  duels  engagés. 

On  voit  (p.  1  5  )  rimer  à  peine  avec  la  peine.  Un  vers  com- 
mence ainsi  :  Des  hordes  de  Cosaques  ;  il  est  vrai  que  les  auteurs 
écrivent  Cosahs  ;  mais  cette  faute  d'orthographe  vaut  au  moins 
la  faute  de  versification.  Enfin,  le  langage  n'y  est  pas  plus  res- 
pecté que  les  règles  de  notre  prosodie.  On  lit  ce  vers  (  p.  i5  ) 

Et  sans  être  coupable  il  en  porte  la  peine  ; 

ce  qui  veut  dire  qu'il  porte  la  peine  du  coupable  ,  véritable  non- 
sens.  On  dit  en  parlant  de  Bonaparte  (p.  3i  )  : 

Que  de  nos  libertés  s'il  bâillonna  l'écho  , 

Il  a  sauvé  la  France  aux  champs  de  Marengo. 

Prions  les  auteurs  de  nous  dire  comment  un  écho  peut  être 
étouffé  à  l'aide  d'un  bâillon. 

Nous  pourrions  multiplier  à  l'infini  ces  citations  :  elles  inté- 
resseraient peu  nos  lecteurs  :  que  ce  que  nous  avons  dit  suffise 
aux  jeunes  auteurs  pour  leur  rappeler  que  l'art  des  vers  est 
prodigieusement  difficile,  et  que  l'on  ne  doit  pas  compromettre 
sa  réputation  littéraire  par  des  publications  improvisées.    B.   J. 

•ai  6. — *  Faust ,  tragédie  de  Goethe ,  nouvelle  traduction  com- 
plète, en  prose  et  en  vers,  par  Gérard  ;  avec  cette  épigraphe: 
«  Il  fait  réfléchir  sur  tout ,  et  même  sur  quelque  chose  de  plus 
que  tout.  »  M,nc  de  Staël.  Paris,  1828;  Dondcy-Duprc.  In- 18 
de  xij  et  3  c  %  pages  ;  prix ,  3  fr.  5o  c. 


nTiKUAimu:.  r>a$ 

s  oici  nue  tragédie  auprès  de  laquelle  les  drames  de  Shakes- 
peare sont  des  modèles  de  pureté  de  goût,  de  sagesse  et  de 
régularisé.  Je  ne  trouve  qu'un  seul  ouvrage  qui,  pour  l'obs- 
curité, le  vague  ei  le  décousu,  puisse  être  nais  en  parallèle 
avec  la  pièce  ae  Goethe.;  c'est  le  roman  de  Rabelais.  On  trouve 
en  effet,  dans  l'un  et  dans  l'autre,  le  même  soin  de  cacher  la 
hardiesse  de  la  philosophie  et  de  la  satire  parmi  les  divagations 
de  la  pensée  et  les  bizarreries  du  style;  l'un  et  l'autre  semblent 
être  1<"  produit  du  g'-nie  en  délire.  Mais  Rabelais  plaisante  tou- 
jours et  amuse  davantage  Coethe,  au  contraire,  vent  souvent 
émouvoir  et  attendrir,  et  il  y  parvient  quelquefois ,  surtout 
dans  l«i  seconde  partie,  bien  plus  attachante  que  la  première. 
Je  ne  pousserai  pas  plus  loin  cet  examen  de  Faust:  pour  juger, 
il  faut  comprendre.,  et  je  déclare  que  les  deux  tiers  de  celte 
tragédie  échappent  à  mon  intelligence.  Je  n'en  accuse  point  le 
traducteur  à  qui  je  reprocherai  seulement  de  n'avoir  pas  accom- 
pagné son  travail  d'un  commentaire.  Il  paraît,  du  reste,  l'avoir 
l'ait  en  conscience.  Peut-être  même  a-t-il  poussé  trop  loin  son 
système  de  fidélité  littérale,  et.  de  traduction  complète;  car  ce 
système  l'a  entraîné  à  faire  beaucoup  de  vers  baroques,  à  em- 
ployer des  expressions  qui  répugnent  à  la  délicatesse  de  notre 
langue.  Mais,  dans  les  observations  qui  précèdent  l'ouvrage, 
dans  le  prologue  qui  est  en  vers  et  dans  plusieurs  autres  mor- 
ceaux, M.  Gérard  a  fait  preuve  à  la  fois  de  talent,  d'esprit  et 
de  goût.  Déjà  31  M.  Saint-  Auiairc  et  Stapfer  nous  avaient  donné 
une  traduction  de  Faust.  C'est  dpnc  pour  la  troisième  fois  de- 
puis peu  d'années  que  cette  pièce  est  reproduite  dans  notre 
langue.  Elle  vient  d'être  imitée  sur  un  de  nos  théâtres;  d'autres 
imitations  s'en  préparent,  dit-on.  Faust  et  les  ouvrages  du 
même  genre  seraient- ils  destinés  à  recevoir  un  jour  droit  de 
cité  dans  la  littérature  française?  J'en  doute.  Malgré  les  efforts 
des  adeptes  du  germanisme,  le  public  français  s'obstinera  en- 
core long-tems  à  vouloir  comprendre  avant  d'admirer.    Ch. 

217. — *Ismalie  ou  la  Mort  et  l'Amour,  roman-poëme;  par 
M.  d'Arlincourt.  Paris,  1828;  Ponthieu.  2  vol.  in-8°de  lxiv- 
i65  et  2'3'3  pages;  prix,  6  fr. 

L'inconstance  naturelle  à  l'esprit  humain,  les  rapports  fré- 
(juens  de  notre  nation  avec  les  peuples  de  l'Europe,  ont  donné 
une  direction  nouvelle  aux  arts  et  à  la  poésie;  et  l'immensité 
de  nos  richesses  littéraires,  en  rendant  le  public  moins  sen- 
sible aux  productions  récentes,  a  inspiré  aux  jeunes  écrivains 
le  désir  de  se  frayer  des  routes  inconnues.  Séparés  de  leurs 
anciens  guides,  ils  ont  invoqué  les  muses  étrangères,  et  se 
croyant  libres,  ils  ont  marché   sans  frein;  ceux  qui  n'avaient 


Si6  LIVRES  FRANÇAIS. 

d'autre  but  que  d'essayer  des  modifications  légères,  ont  été, 
comme  tous  les  novateurs,  au-delà  des  limites  qu'ils  s'étaient 
tracées.  Les  arts  ont  leur  culte,  tout  culte  a  son  fanatisme: 
après  avoir  choisi  d'autres  idoles,  on  a  outrage  les  autels  qu'où 
avait  désertés.  Il  est  vrai  que  le  prestige  n'a  duré  qu'un  mo- 
ment; des  esprits  fermes  au  milieu  des  dissensions  ont  conservé 
pur  le  type  des  beautés  que  la  nature  seule  avait  confié  au 
génie  des  anciens.  Le  peuple  le  plus  éclairé  de  la  terre  se  hâte 
aujourd'hui  de  revenir  aux  premiers  objets  de  sa  vénération. 
Plus  l'étude  a  rendu  son  goiit  sévère,  plus  il  se  montre  fidèle 
aux  principes  qui  ont  enfanté  les  chefs  d'oeuvre  dont  il  doit  être 
si  lier.  L'erreur  a  cessé,  mais  l'impulsion  donnée  se  fait  encore 
sentir,  et  l'auteur  du  roman-poème  Ismalie  n'est  point  à  l'abri 
de  l'entraînement;  il  cherche  encore  cette  terre  promise  de  la 
littérature,  qui  se  dérobe  sans  cesse  aux  efforts  des  fidèles. 
Certes,  nous  ne  lui  reprocherons  pas  les  tentatives  qu'il  veut 
bien  faire  pour  varier  nos  plaisirs;  mais  nous  l'avertissons  que 
dans  la  composition  de  son  dernier  ouvrage,  il  embrasse  avec 
une  nouvelle  ardeur  un  système  qu'il  est  plus  aisé  de  qualifier 
que  de  définir,  et  que  lui-même,  dans  sa  préface,  semble  ne 
défendre  qu'à  demi.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'auteur  du  Solitaire , 
cClpsiboê,  de  l'Étrangère,  du  Siège  de  Paris,  a  trouvé  le  secret 
de  captiver  l'attention  publique:  son  roman-poème  a  produit 
l'effet  accoutumé.  Nous  n'en  ferons  ni  l'analyse,  ni  la  critique; 
l'une  serait  trop  compliquée,  l'autre  absolument  superflue. 
Nous  ne  pourrions  rien  apprendre  au  public  sur  la  nouvelle 
production  de  M.  d'Arlincourl;  et  nos  avis  seraient  inutiles  à 
cet  écrivain,  qui ,  sans  doute,  se  voit  avec  plaisir  dans  une  po- 
sition où  il  jouit  d'une  célébrité  particulière.  M.  d'Arlincourt 
en  paraît  satisfait;  nous  le  félicitons  de  son  bonheur,  et  nous 
aimons,  du  reste,  à  rendre  justice  à  l'esprit  facile,  à  l'imagina- 
tion variée  dont  il  a  donné  des  preuves  dans  chacun  de  ses 
ouvrages.  de  P. 

218.  —  *  Romans  historiques ,  par  C.  -  F.  Van  der  Velde  ; 
traduits  de  l'allemand,  et  précédés  de  Notices ,  par  A.  Loève- 
Veimars.  ivme  livraison  contenant  :  Contes  et  Légendes  histo- 
riques. Paris,  1827;  Jules  Renouard.  4  vol.  in- 12  ;  prix  de 
chaque  volume,  3  fr.  (  Voyez  Rev.  Enc. ,  t.  xxxi ,  p.  777,  et 
xxxvi,  p. 196.) 

Van  der  Velde  a  de  véritables  obligations  à  son  interprète  : 
M.  Loève-Veimars  a  su  approprier  ses  romans  au  goût  du  pu  - 
blic  parisien  ;  et,  sans  rien  leur  enlever  de  la  couleur  originale, 
il  les  a  dépouillés  de  quelques  longueurs,  de  quelques  traits  de 
mauvais  goût  qui  auraient  pu  déplaire  aux  lecteurs  français  , 


LITTÉRATURE.  5i7 

peut-être  plus  susceptibles  que  ceux,  auxquels  Le  romancier  si- 
lésien  avait  d'abord  adressé  ses  ouvrages.  Et  ceux -ci,  loin 
d'être  déformés  par  les  utiles  coupures  qu'on  leur  a  fait  subir, 

leur  doivent,  au  contraire.,  une  allure  plus  vive  et  un  intérêt 
pins  pressant.  Ces  observai  ions  s'appliquent  surtout  à  la  der- 
nière livraison,  dans  laquelle  le  traducteur  a  réuni  cinq  ou  six 
Nouvelles,  plus  courtes  et  peut-être  moins  importantes  que  les 
productions  dont  se  composaient  les  précédentes  livraisons. 

Elles  justifient,  d'ailleurs,  l'épithete  de  romancier  cosmopo- 
lite que  Van  der  Acide  avait  déjà  méritée  par  ses  premiers  ro- 
mans. Il  nous  transporte  encore  dans  de  nouveaux  pays  :  en 
France,  où  nous  trouvons  Henri  IV  et  Mornay,   les  ligueurs 
devenus  royalistes  et  accaparant  les  faveurs  du  prince,  et  les 
huguenots  mécontens  de  l'abandon  où  les  laisse  quelquefois 
celui  qui  leur  doit  sa  couronne  ;  Henriette  d'Entragucs  prêtant 
ses  charmes  et  ses  séductions  aux  intrigues  d'un  parti,  et  le 
brave  Sully  dont  l'austère  franchise  triomphe  auprès  du  roi  de 
la  flatterie  et  de  la  beauté.  L'horoscope  qui  fait  intervenir  ces 
personnages  dans  l'histoire  des  amours  du  capitaine  huguenot 
Moussard  avec  la  fille  du  sire  de  Fianvilliers ,  l'un  des  plus 
forcenés  ligueurs  de  la  Picardie,  annonçait  la  mort  fatale  des 
deux  jeunes  époux  ;  cette  mort  termine,  en  effet,  le  roman  qui 
se  distingue  par  la  peinture  animée  de  plusieurs  scènes  intéres- 
santes où  l'auteur  a  su  mêler  avec  art  les  faits  historiques  aux 
détails  purement   d'imagination.  Dans   Axel  ,   Histoire  de  la 
guerre  de  Trente  Ans  ,  c'est  un  jeune  officier  suédois  qui  se  dé- 
guise en  pal  frenier  pour  se  rapprocher  delà  belle  Tugendreich 
de  Starschedel,  et  qui   enfin   voit  triompher  son  amour,   en 
même  tems  que  les  armes  de  ses  compatriotes.  Le  Flibustier 
ravage  avec  une  armée  de  ses  pareils  les  côtes  de  l'Espagne 
américaine;  mais,  après  avoir  assouvi  dans  une  guerre  sangui- 
naire la  soif  de  vengeance  qui  l'avait  entraîné  au  milieu  d'êtres 
corrompus  et  cruels  dont  les  mœurs  répugnent  à  ses  senti  mens 
d'honneur  et  d'humanité,  il  retrouve  auprès  de  la  jeune  Maria, 
fdle  du  gouverneur  d'iiispaniola,  le  bonheur  et  la  récompense 
due  à  de  nombreux  actes  d'héroïsme  et  de  dévoûment.  Les  Tar- 
tares  en  Silrsie  nous  font  remonter  à  des  tems  bien  anciens; 
c'est  en  i  24  1, qu'une  invasion  de  Tartares  vient  porter  la  déso- 
lation dans  les  belles  vallées  où  s'élèvent  les  clochers  de  Liegnitz 
et  de  Glogau  ;  mais  la  légende  de  la  guerre  des  Servantes,  date 
encore  de  plus  loin,  et  nous  transporte  à  l'époque  fabuleuse  de 
l'histoire  de  Bohème,  lorsque,  peu  de  tems  après  l'introduc- 
tion du  christianisme  dans  ce  pays,  la  duchesse  Libussa  mou- 
rut, laissant  après  elle  tous  les  élémens  d'une  guerre  civile  dont 


SaS  LIVRES  FRANÇAIS, 

les  annales  des  peuples  offrent  peu  d'autres  exemples.  Sous  U 
conduite  de  Wlaska,  suivante  et  favorite  dcLibussa,  chez  la- 
quelle la  cruelle  trahison  d'un  séducteur  a  laissé  de  profonds 
ressentimens,  les  femmes  bohémiennes  secouent  le  joug  des 
hommes,  et,  nouvelles  amazones,  déclarent  à  leurs  compa- 
triotes surpris  une  guerre  terrible  et  dévastatrice.  Peut-  être 
IV.iiteur  n'a  -  t  -  il  pas  tiré  tout  le  parti  possible  des  contrastes 
piquans  qui  s'offraient  ici  entre  les  passions  et  les  qualités  d'un 
sexe  qui  est  tout  amour  et  faiblesse,  et  les  habitudes  guer- 
rières et  farouches  que  cherche  à  lui  imposer  l'altier  génie  de 
son  chef.  Peut-être  n'a-t-il  point  assez  adouci  les  teintes  un  peu 
grossières,  et  quelquefois  trop  crues,  de  ses  peintures,  où  le 
bon  goût  pourrait  trouver  bien  des  choses  à  effacer  ,  sans  trop 
altérer  pour  cela  l'imitation  fidèle  des  tems  de  barbarie  et  de 
brutale  corruption.  La  Druldessc  est  un  joli  conte  de  fées,  moins 
spirituel  et  moins  brillant  que  ceux  d'Hamilton ,  mais  d'une  lec- 
ture agréable,  et  où  du  reste  on  chercherait  vainement  un  es- 
sai de  roman  historique;  car,  quoique  puisse  faire  préjuger  son 
titre,  il  ne  se  rapporte,  par  les  noms  de  ses  héros,  ou  par  la 
couleur  de  ses  descriptions,  ni  à  aucune  époque,  nia  aucun 
pays  connu. 

Maintenant,  après  avoir  examiné  tous  les  ouvrages  de  Van 
der  Velde  ,  ou  du  moins  tous  ceux  dont  s'est  enrichie  la  littéra- 
ture française,  et  ce  sont  les  meilleurs,  nous  pouvons  résumer 
en  peu  de  mots  notre  opinion  sur  son  compte.  Van  der  Velde, 
moins  original  que  Walter  Scott  dans  la  conception  des  carac- 
tères, moins  pathétique  et  moins  pittoresque  dans  le  récit  des 
principales  situations,  le  cède  aussi  à  ce  grand  maître  sous  le 
rapport  de  la  fidélité  historique.  Moins  fécond  que  l'infatigable 
fournisseur  de  Coustable  et  de  Murray,  il  ne  peut  citer  aucun 
ouvrage  aussi  parfait  cyi  Ivanhoë  ou  Les  Puritains  d'Ecosse.  Et 
cependant,  si  ses  productions  ne  doivent  point  espérer  une 
existence  aussi  longue  que  celle  de  l'Écossais,  du  moins  peut-on 
assurer  qu'on  lira  long-tems  encore  avec  plaisir  les  Patriciens, 
Christine  et  sa  cour,  les  Hussites  et  peut-être  deux  ou  trois  de 
ses  Nouvelles. 

M.  Loève-Veimars  vient  à  peine  de  terminer  la  tâche  longue 
et  difficile  qu'il  s'était  imposée,  en  entreprenant  la  traduction 
des  romans  de  Van  der  Velde,  qu'il  reparaît  de  nouveau  devant 
le  public  avec  les  ouvrages  de  Zschorke  ,  l'écrivain  le  plus  po- 
pulaire de  la  Suisse,  dont  il  a  dépeint  les  sites  pittoresques  et 
les  mœurs  singulières  dans  une  série  de  romans  fort  estimés  et 
(pie  nous  ne  négligerons  pas  d'annoncer.  L'Allemagne  s'honore 
d'un  troisième  écrivain,  M.  Buomkowsxi  ,  qui ,  né  en  Pologne, 


LITTÉRATURE.  5ag 

célèbre,  il  est  vrai,  les  faits  historiques  de  ce  pays;  mais  qui , 
réfugié  à  la  cour  de  Dresde,  a  emprunte  l'idiome  de  sa  patrie 
d'adoption  pour  rendre  pins  populaires  l'histoire  et  les  tradi- 
tions desa  terre  natale  (i).  Si  nous  signalons  ici  ce  romancier 
el  ses  écrits,  ce  n'est  pas  sans  concevoir  l'espérance  que  l'habile 
interprète  de  Van  dev  \  elde  et  de  Zschokke  pourra  plus  tard 
leur  consacrer  aussi  sa  plume  élégante  et  facile.  A. 

219.  —  Llrbin  Fosanô,  ou  la  Jcttatiua ,  histoire  napolitaine , 
par  M.  dk  Caradkuc.  Paris,  1828;  les  marchands  de  nou- 
veautés. .'1  volumes  in»  \i\  prix,  \i  (V. 

«  La  Jettatura  est  une  croyance  populaire  fort  en  crédit  à 
Naples;  elle  y  lient  lieu  <lu  prétendu  pouvoir  de  jeter  des  soris, 
qu'un  vieux  préjugé  accordait  aux  sorciers  et  aux  bergers. 
('es!  l'expression  générique  de  tout  ce  qui  est  du  domaine  des 
sorts  jetés.  Pour  vous  donner  une  idée  de  l'influence  qu'elle  a 
sur  les  esprits,  sachez  que  le  feu  roi  de  Naples,  Ferdinand, 
sYeiia,  quand  on  lui  annonça  l'insurrection  qui  venait  d'écla- 
ter en  faveur  de  la  constitution  des  cortes  :  Je  savais  bien  qui/, 
m 'arriverait  quelque  malheur  ;  f  ai  vu  ce  matin  un  Jcttatore  a 
la  citasse  ».  (Introduction.  ) 

L'éditeur  de  ce  roman,  que  l'on  assure  être  1*11  jeune  écri- 
vain auquel  nous  devons  plusieurs  ouvrages  distingués,  raconte 
d'une  manière  fort  intéressante  comment  M.  de  Caradeuc,  fa- 
vori des  dévotes  de  son  endroit,  entreprit  le  pèlerinage  de 
Rome  dans  l'espoir  d'augmenter  le  nombre  des  saints  du  ca- 
lendrier; comment,  malgré  ses  pieuses  dispositions ,  il  devint 
sceptique;  comment,  noble  de  vieille  souche  et  élevé  dans  les 
principes  du  bon  vieux  tems,  il  devint  partisan  de  l'égalité 
et  de  la  liberté  ,  et  fut,  à.  son  retour  ,  un  objet  de  scandale  pour 
ses  anciennes  protectrices.  Cette  conversion  nous  étonne  peu  ; 
nous  en  avons  vu  plus  d'une  de  ce  genre. 

M.  de  Caradeuc  se  trouva  à  Naples,  pendant  la  révolution 
de  1820.  C'est  aussi  à  Naples  et  à  cette  époque  qu'il  a  placé  la 
scène  de  son  roman.  Il  semble  que  l'auteur  ait  donné  involon- 
tairement à  sou  héros  quelques  traits  de  sa  propre  physionomie. 
Urbin,  duc  de  Fosano,  a  été  élevé  par  le  méticuleux  marquis 
de  Thénésay,  émigré  français  ,  daus  les  doctrines  les  plus  pures 
des  anciens  jours;  mais  il  se  laisse  séduire  par  les  idées  nou- 
velles :  la  lecture  de  l'histoire  de  la  révolution  française  et  l'en- 


(1)  Nous  espérons  pouvoir  donner  dans  un  de  nos  prochains  cahiers 
une  Notice  sur  M.  Alexandre  Bkomkowski  ,  et  sur  ses  principaux  ou- 
vrages. 

t.  xxxvxi.  —  Février  1828.  34  * 


53o  LIVRES  FRANÇAIS. 

thousiasme  qu'il  y  puise  pour  ses  grands  hommes  ;  de  conver- 
sations avec  le  fameux  curé  Ménéchini ,  président  d'une  vnndita  ; 
l'amour  qu'il  éprouve  pour  une  femme  dont  le  caractère  est 
élevé,  les  sentimens  généreux,  qui  a  été  l'amie  d'Éléonora 
Fonseca,  de  Cirillo ,  de  Caracciolo,  etc.,  qui  n'a  point  fré- 
quenté la  cour  de  Murât,  et  qui  fronde  celle  de  Ferdinand;  tout 
cela  fait  d'LÎrbin  un  démocrate;  il  devient  carbonaro,  il  prend 
part  à  la  révolution  de  son  pays  ,  et  finit  par  être  assassiné,  à 
l'époque  de  la  restauration  ,  par  les  lazzaroni  napolitains. 

Tel  est  le  sujet  de  ce  roman  dans  lequel  on  remarque  plusieurs 
portraits  heureusement  dessinés  ;  des  mœurs  et  des  superstitions 
bien  observées,  des  caractères  qu'on  ne  rencontre  qu'en  Italie, 
et  qui  ne  laissent  aucun  doute  sur  le  voyage  de  M.  de  Caradeuc 
dans  ce  pays;  mais  aussi  quelques  longueurs  et  quelques  dis- 
sertations oiseuses  qui  disparaîtront  sans  doute  dans  une  nou- 
velle édition.  H.  C. 

220.  —  Les  Amours  de  Camoëns  et  de  Catherine  d'Ataïdc  ; 
par  Mme  Gautier.  Paris,  1827;  C.  J.  Trouvé.  2  vol.  in-12, 
ornés  de  deux  lithographies;  prix ,  6  fr. 

«  Les  romans,  a  dit  La  Harpe,  sont,  de  tous  les  ouvrages 
d'esprit ,  celui  dont  les  femmes  sont  le  plus  capables.  L'amour, 
qui  en  est  toujours  le  sujet  principal,  est  le  sentiment  qu'elles 
connaissent  le  mieux.  Il  y  a  dans  la  passion  une  foule  de  nuances 
délicates  et  imperceptibles  qu'en  général  elles  saisissent  mieux 
que  nous,  soit  parce  que  l'amour  a  plus  d'importance  pour 
elles,  soit  parce  que,  plus  intéressées  à  en  tirer  parti,  elles  en  1 
observent  mieux  les  caractères  et  les  effets.  »  La  république 
des  lettres  compte  en  France  plus  d'un  auteur  dont  les  ou- 
vrages ont  depuis  long-tems  confirmé  cette  vérité. 

Mme  Gautier,  déjà  connue  par  son  poëme  de  la  Tombe  royale, 
(voy.  Rev.  Enc. ,  t.  xxviii  ,  p.  go3),  a  peint,  dans  la  personne 
de  Camoëns ,  le  noble  caractère  du  grand  poëte  qui  chanta  la 
gloire  de  sa  patrie,  et  du  guerrier  qui  combattit,  pour  elle;  de 
l'infortuné  qui,  délaissé  par  son  pays  qu'il  chérissait ,  prononça 
en  le  quittant  les  paroles  que  Cornélius  Scipion  lit  mettre  sur 
son  tombeau  :  Ingrate  patrie  !  ta  n'auras  pas  metne  ma  cendre; 
et  qui,  poursuivi  par  une  décevante  fatalité,  vint  plus  tard, 
après  avoir  épuisé  la  coupe  du  malheur,  terminer  misérable- 
ment, dans  un  hôpital  de  Lisbonne,  une  vie  orageuse  et  per- . 
séeulée.  Nous  nous  abstiendrons  de  donner  l'aixilyse  de  cet-, 
ouvrage  dont  la  lecture  fait  naître  un  intérêt  toujours  crois- 
sant :  inspir^  par  l'excellente  et  fidèle  traduction  des  Lusiades 
de  M.  Millié  (voy.  Rev.  Enc.,  t.  XXVI,  p.  4 16),  l'auteur  a  groupé 
autour  du  chantre  lusitanien  des  personnages  intéressans  dont 


in  i  lit  LTURE.  53 1 

les  uns  appartiennent  i  l'histoire,  et  les  autres  sont  de  son 
invention.  Des  pièces  de  vers  dues  à  la  plume  de  M""*  Gautier 
elle  même  ,  insérées  dans  ces  deux  volumes,  ajoutent  au  mé- 
rite littéraire  de  ce  roman  poétique  «  qui  n  l'histoire  pour  fon- 
dement et  la  morale  pour  DU  t.  »  S.  M. 

aai. —  Botzaris  et  Chryseïs  et  quelques  héros  de  la  Grèce  rao- 
dénie ,  roman  historique  par  iMinr  Darixto,  traducteur  de  Rob 
Hood,  Paris,    i  8  >  7  ;  Lccointeel  Durey.  2  vol.  in-  la;  prix,  G  fr 

«  Ce  n'est  tlone  point  assez  que  ce  peuple  perfide, 
De  la  sainte  cite  profanateur  stupide, 
Ait  dans  tout  l'Orient  porté  ses  étendards  : 
Et ,  paisible  tyran  de  la  Grèce  abattue  , 

Partage  a  notre  vue 
La  plus  belle  moitié  du  trône  des  Césars? 


un 


O  honte!  o  d«  l'Europe  infamie  éternelle  !  » 

J.  B.  Rousseau  ,  Ode  v,  aux  Princes  chrétiens. 

Markos  Botzaris  fut  un  homme  extraordinaire,  et  la  Grèce 
moderne  peut  l'opposer  avec  orgueil  aux  plus  illustres  enfans 
de  la  Grèce  antique.  C'était  un  de  ces  rares  caractères,  forte- 
ment trempés  d'héroïsme  ,  et  que  la  vertu  enflamme.  Si  Botzaris 
n'eût  point  été  sitôt  enlevé  à  sa  patrie,  tout  annonce  qu'il  eût 
exercé  sur  les  destinés  de  ses  concitoyens  une  immense  influence, 
car  il  était  doué  d'une  intelligence  supérieure  et  d'un  courage 
éclairé.  Tel  est  le  personnage  qui  a  inspiré  le  livre  que  nous  an- 
nonçons. 

«  Cet  ouvrage  a  été  composé,  dit  l'auteur,  avant  que  les  puis- 
sanecs  de  l'Europe  fussent  intervenues  auprès  du  divan  en  fa- 
veur des  Hellènes. 

«  Les  faits  qu'il  contient  sont  presque  tous  historiques;  on  a 
seulement  été  forcé  d'altérer  leurs  dates,  afin  de  les  lier  l'un  à 
l'autre,  et  de  les  présenter  au  lecteur  dans  un  espace  de  tems 
limité. 

«  J'avoue  avec  franchise  au  public  ,  et  avec  reconnaissance 
à  M.  Pouqueville  que  j'ai  pris  mes  matériaux  dans  ses  ouvrages 
sur  la  Grèce,  et  que  j'en  ai  même  extrait  plusieurs  passages. 
J'ai  cherché  à  joindre  ensemble  les  traits  ies  plus  marquans  de 
son  histoire  ,  et  en  même  tems  à  les  rattacher  à  quelques-uns  de 
ses  personnages  principaux.  Ainsi  qu'un  voyageur,  le  lecteur 
peut  se  plaire  à  considérer  l'esquisse  des  lieux  qu'il  a  parcourus, 
des  événemens  qui  l'ont  frappé,  et  des  objets  qu'il  a  observés. 
Ils  sont  imparfaitement  représenté,,  niais  ils  aident  à  la  mé- 
moire, et  son  imagination  colore,  étend  et  perfectionne  ce 
tabb-au.  » 


;>».»  LIVRES  FRANÇAIS. 

Autour  cie  Botzaris  et  de  Chryséï  sa  compagne  fidèle,  l'au- 
teur a  donc  groupé  quelques-uns  des  héros  de  la  Grèce  actuelle, 
avec  les  principaux  événemens  de  ce  grand  drame;  mais,  ainsi 
que  madame  Daring  le  reconnaît  elle-même,  sans  s'asireindre 
à  la  rigueur  chronologique,  sans  mettre  toujours  les  hommes 
et  les  choses  a  la  vraie  place  que  leur  assigne  l'histoire.  Ce  cadre 
est- il  heureux  ?  Convient-il  à  un  sujet  si  récent,  à  des  person- 
nages si  connus  ?  La  solution  d'une  telle  question  est  en  partie 
subordonnée  à  l'intérêt  que  peut  offrir  l'ouvrage  et  au  mérite  de 
l'exécution. 

Bu  reste,  on  trouvera  dans  ce  livre,  des  tableaux  pathétiques, 
des  récits  attachans,  une  sympathie  profonde  pour  la  gloire  et  le 
malheur.  Il  honore  à  la  fois  le  cœur  de  Mme  Daring,  son  esprit 
et  sa  plume.  C.  P. 

m.  —  Contes  Irlandais y  précédés  d'une  introduction  par 
M. P.  A.  Dufau,  e  tornés  de  gravures  .Paris,  1828;  Moutardier, 
rue  Gît-le-Cœur  x\°  [\.  1  vol.  in- 18;  prix,  6  fr. 

C'est  une  heureuse  idée  que  celle  de  recueillir  ces  traditions 
populaires  et  ces  histoires  superstitieuses  qui,  dans  les  contrées 
où  la  civilisation  est  peu  avancée  encore,  forment  comme  une 
sorte  d'héritage  que  se  transmettent  les  générations.  Les  êtres 
surnaturels  qui  figurent  dans  les  récits  de  cette  nature  «  amusent 
quand  ils  n'effrayent  plus  »  et,  comme  le  dit  fort  bien  l'auteur 
de  l'introduction,  «  après  avoir  secoué  le  joug  de  ce  monde  de 
chimères,  on  aime  à  pouvoir  sourire  des  terreurs  supersti- 
tieuses qu'on  eût  éprouvées  quelques  siècles  auparavant.  C'est 
là  aussi  un  sujet  d'observations  que  ne  doit  point  dédaigner  le 
véritable  philosophe.  Il  est  curieux  d'étudier  ces  fables  à  leur 
source,  de  chercher  à  surprendre  ie  nom  de  ces  créations 
étranges  auxquelles  l'homme  semble  consacrer  les  premiers 
efforts  de  son  esprit,  quoiqu'elles  n'aient  pourtant  d'autre  ré- 
sultat que  de  rendre  sa  vie  soucieuse  et  d'imposer  des  chaînes 
à  sa  raison.  Des  recherches  dirigées  dans  ce  but  ne  sauraient 
être  infructueuses;  il  semble  qu'envisag»  r  le  cœur  humain  sous 
cet  aspect,  c'est,  pour  ainsi  dire,  reconnaître  le  côté  faible 
d'une  place  qu'on  veut  surprendre.  »  Les  Contes  Irlandais  sont 
assez  variés  et  en  général  empreints  d'une  sorte  d'originalité 
qui  caractérise  l'esprit  de  ce  peuple.  Il  y  a  de  la  naïveté  dans  la 
narration;  mais  peut-être  est-elle  par  fois  un  peu  négligée. 
Quant  aux  histoires,  quelques-unes  ont  de  l'intérêt.  J'ai  remar- 
qué, dans  le  ie  volume,  celle  qui  a  pour  titre  :  Maître  et  Valet. 
Ce  petit  être  de  trois  ou  quatre  pouces,  toujours  oeeuppé  à 
battre  la  semelle,  et  dont  la  bourse  offre  toujours  un  schelling  à 
celui  qui  parvient  à  s'emparer  du  possesseur,  est  une  création 


LPTTÉRAT1  RE.  153 

Joui  l'absurdité  est  amusante,  L'histoire  de  /'/";  urga,  dans  le 
mriiii'  volume,  n'est  pas  non  plus  dépourvue  de  grâce.  —  Il  est 
facile  de  reconnaître  que  l'introduction  dont  nous  avons  cité 
quelques  lignes  n'appartient  pas  à  la  même  plume  qui  a  traduit 
les  contes.  Cette  introduction,  à  ta  fois  historique  et  philoso- 
phique, annonce  une  plume  exercée  et  un  écrivain  qui  con- 
naît bieu  la  nation  irlandaise,  et  qui  a  étudié  les  sources  OÙ  l'on 
a  puisé  les  traditions,  souvent  bizarres,  qu'il  reproduit  sons 
les  yeux  des  lecteurs  français.  A. 

2  23. — *  La  France  littéraire,  ou  Dictionnaire  hibiiographique 
des  savans,  historiens  er.  gens  de  lettres  de  la  France,  ainsi  que 
des  littérateurs  étrangers  qui  ont  écrit  en  français ,  plus  parti- 
culièrement pendant  les  wiu"" 'et  \i\n"  siècles,  par  «/•  -  M. 
Gi  i  i;àni).  Paris,  1827  —  1828;  F.  Didot.  La  France  littéraire 
formera,  non  compris  la  table  des  matières  ,  environ  cinq  vol. 
in  8°,  de  600  pages  au  moins,  imprimés  sur  deux  co- 
lonnes, en  petit  texte  et  en  nonpareille.  Chaque  volume  est 
publié  en  deux  livraisons.  Prix  de  chaque  livraison ,  sur  papier 
ordinaire  7  fr.  5o  cent.  ;  surpapier  vcl.  collé,  i5  i'v.  Tros  livrai- 
sons sont  en  vente. 

Les  ouvrages  peu  nombreux  du  genre  de  celui-ci,  fruitd'un  im- 
mense travail  et  d'une  infatigable  persévérance,  rie  doivent  point 
être  recommandés  par  les  formules  usées  de  l'éloge.  Il  suffit  d'ex- 
poser clairement  ce  qu'ils  contiennent,  pour  en  faire  pressentir  l'u- 
tilité et  le  mérite.  La  France  littéraire  de  M.  Guérard  doit  être 
considérée  sous  deux  rapports  distincts  :  comme  Dictionnaire  des 
écrivains  français  y  et  comme  Bibliographie  française.  Sons  le  pre- 
mier point  de  vue,  elle  a  le  mérite  d'être  plus  étendue  que  nul 
autre  dictionnaire  des  écrivains  français;  parmi  ces  écrivains, 
deux  classes  ont  particulièrement  attiré  les  recherches  de  l'au- 
teur :  ce  sont  les  plus  éciatans  et  les  plus  obscurs.  Les  uns  et  les 
autres  ont  dû  coûter  des  travaux  infinis:  les  premiers,  à  cause 
de  la  multitude  presque  innombrable  d'éditions  et  de  commen- 
taires don!  ils  n'ont  cessé  d'être  l'objet;  les  seconds,  à  cause  de 
la  difficulté  de  percer  leur  obscurité  même.  Un  travail  non  moins 
précieux  et  tout- à  -  fait  neuf  qu'offre  la  France  littéraire ,  c'est 
l.i  bibliographie  de  tous  les  savans  dont  les  travaux  souvent 
très-célèbres  sont  consignés  dans  des  mémoires  qui,  n'étant 
pas  assez  volumineux  pour  formel- un  ouvrage  à  part,  restent 
cachés  dans  les  recueils  académiques  ou  périodiques  consacrés 
aux  sciences.  Une  autre  mine  bibliographique,  aussi  neuve  et 
plus  curieuse  encore,  était  celle  des  écrits  composés  en  langue 
française,  imprimés  dans  les  pays  étrangers  :  Bf.  Guérard  l'a 
oigneusement  exploité»  rée  comme  bibliographie  na 


53/,  LIVRES  FRANÇAIS. 

tionale,  la  France  littéraire  ne  sera  pas  moins  précieuse  à  l'a- 
mateur de  livres  et  au  libraire,  puisqu'elle  comprend  l'ensemble 
de  toutes  les  productions  de  la  presse,  écrites  en  langue  française, 
depuis  i5oo  jusqu'à  ce  jour  ;  ce  qui  embrasse  l'indication  des 
réimpressions  des  auteurs  français  de  tous  les  âges  et  des  di- 
verses traductions  en  notre  langue  des  auteurs  étrangers,  an- 
iens  ou  modernes;  et  enfin,  les  réimpressions  exécutées  en 


France  des  ouvrages  originaux  de  ces  mêmes  auteurs  étran- 
gers. La  forme  de  l'ouvrage  est  celle  d'un  dictionnaire,  où  les 
noms  des  auteurs  sont  classés  d'après  l'ordre  alphabétique  ; 
chaque  nom  est  suivi  de  l'indication  des  lieux  de  naissance  et 
de  décès  des  écrivains;  vient  ensuite  le  catalogue  alphabétiq«e 
des  ouvrages  de  chacun  d'eux.  Ces  catalogues,  rédigés  avec  la 
simplicité  que  l'ordre  et  le  bon  goût  commandaient,  offrent 
souvent  des  rapprochemens  très-piquans,  et  sont  accompagnés 
d'éclaircissemens  aussi  agréables  qu'instructifs. 

Il  est  impossible  d'éviter  absolument  les  inexactitudes,  quand 
on  imprime  une  si  prodigieuse  quantité  de  noms  propres  et  de 
titres;  mais  nous  ne  craignons  pas  d'affirmer  que  M.  Guérard 
a  poussé  la  correction  aussi  loin  que  possible,  sous  le  rapport 
que  nous  venons  d'indiquer,  soit  par  suite  de  ses  connaissances 
approfondies  en  bibliographie ,    soit  à  cause  du  soin  extrême 
qu'il  a  apporté  à  la  rédaction  et  à  l'impression  de  son  livre.  C'est 
ainsi,  pour  ne  citer  qu'un  exemple  de  l'infatigable  activité  de 
M.  Guérard,  que  la  plupart  des  auteurs  vivans  ont  été  consultés 
touchant  la  rédaction  de  leur  article. — Le  dernier  volume  de  cette 
vaste  collection  sera  rempli  par  l'indication  des  ouvrages  ano- 
nymes, des  ouvrages  périodiques  et  des  collections,  les  uns  et 
les  autres  classés  alphabétiquement  d'après  leur  titre.  Cette  es- 
quisse du  plan  de  M.  Guérard  démontre  que  son  ouvrage  est 
véritablement  une  Encyclopédie  de  la  bibliographie  française, 
et  nous  pensons  qu'il  peut  tenir  lieu,  seul,  de  presque  toutes 
les  bibliographies  spéciales  qu'il  reproduit  dans  i'ordre  qui  lui 
est  propre.  Le  mérite  de  l'exécution  répond  à  l'étendue  et  à 
l'importance  du  plan.  De  pareils  ouvrages  ne  sauraient  être  trop 
encouragés,  puisqu'ils  sont  éminemment  utiles  ,  absolument 
inoffensifs,  qu'ils  exigent  des  sacrifices  considérables  et  un  dé- 
vouaient sans  bornes  à  la  science.  Il  faut  remarquer  aussi  que 
la  France  littéraire  offre  encore  un  avantage  spécial  pour  les  li- 
braires. L'auteur,  versé  dans  le  commerce  de  la  librairie ,  a  pris 
soin  d'enrichir  son  travail  de  toutes  les  indications  qui  peuvent 
être  utiles  à  cette  branche ,  devenue  si  importante,   de  notre 
commerce  national.  A.  M. 

224.  —  Lettre  de  M.  Asurieux,  de  l'Académie  française,  à 


I. 


LITTÉRATURE.—  BEAU*    \RT8.  5*5 

M'4*,  an  sujet  d'un  article  de  la  Gazette  universelle  de  Lyon. 
Paris,  1828,  lu  S"  de  19  pages. 
Remercions  l'txcetienl  professeur  de  ce  qu'il  a  pris  la  peine 

«le  répondre,  dans  une  lettre  pleine  de  sel  et  de  grâce,  aux 
plates  calomnies  dont  il  était  l'objet  dans  la  Gazette,  de  Lyon; 
DOn  qu'il  en  eût  aucun  besoin  pour  lui,  ni  pour  sa  réputation. 
Mais  il  a  fait  de  son  ennemi  une  critique  si  fine,  si  gracieuse, 
qu'en  \ériié  elle  vaut  une  de  ses  leçons  de  littérature,  c'est  un 
uodéle  de  douceur  et  d'urbanité,  Il  n'y  a  rien  à  ajouter  à  ce 
qu'il  dit  sur  son  calomniateur  anonyme.  Rappelons  pourtant , 
à  propos  de  l'allusion  que  M.  Andrieux  fait  à  dom  Bazile, 
la  phrase  que  Beaumarchais  met  dans  la  bouche  de  Figaro,  elle 
exprimera  la  pensée  de  tous  les  honnêtes  gens  sur  le  Bazile  de 
la  Gazette.  «  C'est  un  grand  maraud  que  ce  Bazile  :  heureuse- 
ment il  est  encore  plus  sot.  11  faut  un  état,  une  famille,  un 
nom,  un  rang,  de  la  consistance,  enlin,  pour  faire  sensation 
dans  le  monde  en  calomniant;  mais  un  Bazile,  il  médirait  qu'on 
ne  le  croirait  pas.  »  B.  J, 

Beaux-Arts. 

225. —  Examen  du  Salon  de  1827,  avec  cette  épigraphe  : 
•  Rien  n'est  beau  que  le  vrai.  »  Paris,  1827  ;  Roret.  In-8°  de  52 
pages;  prix,  1  fr.  5o  cent. 

«  Je  ne  sais  si  l'on  peut  contin-uer  à  donner  le  nom  d'expo- 
sition publique  des  artistes  vivans,  à  l'exposition  actuelle,  qui 
parait  uniquement  destinée  à  constater  les  décisions  d'un  jury 
secret,  qui  décerne  ou  refuse  à  qui  bon  lui  semble  ce  qu'il 
s'obstine  à  appeler  les  honneurs  du  Louvre.  » 

Ce  début  semble  annoncer  que  Fauteur  est  un  des  artistes 
qui  ont  cru  avoir  à  se  plaindre  de  la  rigueur  du  jury.  Au  fait, 
les  observations  contenues  dans  ce  petit  écrit  décèlent  un 
peintre,  et,  quoique  sa  mauvaise  humeur  le  rende  dur  et  tran- 
chant,  ses  critiques  sont  souvent  justes.  Au  surplus,  le  titre 
n'est  pas  d'accord  avec  le  contenu.  Il  ne  fallait  pas  dire  :  Exa- 
men du  Salon  de  1827  ;  mais  Examen  de  quelques-uns  des 
paysages  exposés  en  1827;  car  c'est  principalement  des  paysages 
que  l'auteur  s'est  occupé  ;  et  puis ,  à  l'époque  où  il  écrivait  sa 
brochure,  l'exposition  n'était,  pour  ainsi  dire,  pas  commencée; 
on  n'y  trouve  donc  aucun  des  principaux  ouvrages  qui  ont 
réellement  paru  à  cette  exposition. 

226.  —  Esquisses,  croquis ,  pochades ,  ou  tout  ce  que  l'on 
vaudra,  sur  le  Salon  de  1827;  par  A.  Jal.  Paris,  1828;  Amb. 
Dupont.  Trois  livraisons  in-8°,  formant  400  p.,  avec  des  dessins 
lithographies  ;  deux  ont  déjà  paru;  prix  de  la  livr. ,  3  fr,  5o  c. 


536  LIVRES  FRANÇAIS. 

Je  ne  puis  mieux  faire,  pour  donner  une  idée  juste  de  cet 
ouvrage,  dont  le  titre  est  déjà  passablement  burlesque,  que 
de  rapporter  ce  que  M.  Jal  dit,  dans  sa  préface  en  forme  de 
lettre. 

«Des  aperçus,  des  ébauches,  des  chapitres  détachés,  point 
de  plan  suivi.  Diversité,  c'est  si  bon  !  Ici,  un  dialogue;  là  , 
une  scène;  plus  loin,  un  article  biographique  ou  une-discussion 
sérieuse.  Les  hommes,  les  choses,  l'époque  ,  l'avenir,  le  passé  ; 
philosophie,  morale,  politique  et  même  peinture,  il  y  aura  de 
de  tout  dans  cette  macédome...» 

Effectivement,  il  y  a  de  tout:  des  dialogues,  des  scènes,  des 
anecdotes,  et  même  des  jugemens  sur  les  tableaux.  L'auteur 
qui  a  déjà  publié,  en  1819,  un  Examen  du  salon  ,  traité  dans 
le  même  genre,  paraît  s'y  être  attaché.  Beaucoup  de  personnes 
prendront  du  plaisir  à  lire  les  facéties  de  M.  Jal;  car  elles  ne 
manquent  ni  d'originalité,  ni  d'esprit.  Mais,  les  gens  qui  ac- 
cordent une  certaine  estime  aux  productions  de  l'esprit,  trou- 
veront peut-être  qu'il  eût  été  plus  convenable  d'examiner  avec 
soin  les  ouvrages  exposés  ;  de  discuter  sérieusement  les  doc- 
trines que  l'on  oppose  l'une  à  l'autre,  etc.  Exécuté  de  cette 
manière,  l'écrit  de  M.  Jal  n'aurait  peut-être  pas  fait  naître  ces 
bouffées  de  gaieté  un  peu  commune  à  laquelle  l'auteur  paraît 
mettre  beaucoup  de  prix;  en  revanche,  il  aurait  attiré  l'atten- 
tion des  artistes  et  de  toutes  les  personnes  qu'une  semblable 
discussion  peut  intéresser.  Probablement,  ce  n'est  pas  à  ces 
deux  classes  de  lecteurs  que  M.  Jal  a  destiné  son  livre.  Quant 
aux  lithographies  qui  l'accompagnent  ,  ce  sont  de  véritables 
travestissemens ,  et  je  suis  persuadé  que  les  peintres  dont  les 
tableaux  sont  mis  de  cette  manière  sous  les  yeux  des  lecteurs , 
auraient  autant  aimé  qu'ils  prissent  la  peine  de  venir  les  voir 
eux-mêmes  au  salon.  P.  A. 

227.  — *  L'Inde  française,  ou  Collection  de  dessins  lithogra- 
phies, représentant  les  divinités,  temples,  pagodes,  costumes, 
phvsionomies,  meubles,  armes,  ustensiles,  etc.,  des  peuples 
hindous  qui  habitent  les  possessions  françaises  dans  l'Inde,  et 
en  général  la  côte  de  Coromandel  et  celle  du  Malabar;  pu- 
bliée par  MM.  Gcringer,  Marlet  et  Chabrelle  ^  avec  un  texte 
explicatif  par  M.  Eugène  Burnouf.  Cinquième  livraison  ;  Paris  . 
1828;  Géringer,  rue  du  Roule,  n°  i5;  un  cahier  in-folio. 
Prix  de  la  livraison,  i5  fr.  (  Voy.  ci-dessus  p.  a3i.  ) 

Cette  livraison  contient ,  entre  autres  sujets  curieux  ,  le  por- 
trait et  la  vie  d'un  Hindou,  que  ses  malheurs  et  son  dévoû- 
ment  à  la  cause  des  Français ,  pendant  nos  guerres  avec  les 
Anglais  dans  l'Inde,  rendent  très  intéressant.  Son  père,  foi 


BEAUX-ARTS. 

..  ur  général  des  troupes  françaises  sous  Lally,  était  un  de  ces 
hommes  d'action  comme  il  ne  s'en  trouve  que  rarement  dans 
l'Inde.  Enfermé  dans  Candjevaram  assiégé  pai  les  Anglais,  cl 
manquanl  de  munitions ,  il  Gt  charger  ses  canons  avec  des  rou 

leaux  de  roupies.  NOUS  avons  distingué  aussi  une  danse  de  ]$ava- 

dères,  composée  avec  beaucoup  de  goût.  RI.  Marlet  a  donné  à 
eeite  livraison  les  mêmes  soins  qu'aux  précédentes,  el  <>n  n< 
peut  qu'en  féliciter  les  éditeurs.  Deux  sujets  sont  destinés  à 
Caire  connaître  les  troupes  célèbres,  connues  .sous  leXnom  de 
IMaliratles  el  Kadjpoutes.  Les  notices  de  M.  E.  Burnouf  nous 
oui  paru  d'un  grand  intérêt.  Au  lieu  de  s'arrêter  à  décrire  des 
particularités  de  costumes  que  la  planche  même  explique  suf- 
fisamment, il  s'est  attaché  à  rassembler,  dans  l'espace  peu 
étendu  qui  lui  est  accordé,  Le  plus  grand  nombre  de  faits  pos- 
sible; et  il  a  surtout  choisi  ceux  qui  peuvent  satisfaire  les 
hommes  curieux  de  connaître  les  mœurs  des  peuples  éloignés. 

a. 

228.  —  *  Deux  A  rinces  à  Constantinople  et  en  Morêe  (1825 — 
l8a6),  ou  Esquisses  historiques  sur  Mahmoud ,  les  janissaires , 
les  nouvelles  troupes,  Ibrahim -Pacha,  Soliman -Bey;  par 
M.  C...  D...,  élève  interprète  du  roi  a  Constantinople;  orné 
d'un  choix  de  costumes  orientaux  soigneusement  coloriés,  et 
Lithographies  par  M.  Collin,  élève  de  Girodet.  Paris,  1827; 
Nepveu.  Grand  in-8°  avec  planches;  prix,   3o  fr. 

C'est  une  idée  heureuse  ,  et  dont  il  faut  louer  l'auteur  et  l'é- 
diteur, que  d'avoir  publié  ,  dans  les  circonstances  actuelles, 
des  documens  sur  le  nouvel  état  des  troupes  turques,  et  sur 
l'influence  qu'a  déjà  pu  exercer  le  système  adopté  par  le  sultan. 
Quelque  opinion  qu'on  embrasse  sur  l'issue  des  événemens, 
ces  renseignemens  sont  d'une  incontestable  utilité,  et  ils  ne 
peuvent  manquer  d'exciter  ce  genre  d'intérêt  qui  s'attache  à 
tout  ce  qui  jette  quelque  jour  sur  une  aussi  grande  et  aussi 
importante  question  que  la  lutte  des  Turcs  et  des  Grecs.  Si 
l'Europe  reste  en  paix  avec  la  Turquie  ,  cette  lutte  se  prolon- 
gera long-tems  encore,  et  une  des  conséquences  immédiates 
de  cet  événement  sera  de  montrer  aux  Musulmans  la  supério- 
rité de  la  tactique  européenne  sur  la  leur  ,  et  d'augmenter  dans 
leur  chef  ce  besoin  d'innovations  auquel  il  a  déjà  Osé  sacrifier 
les  janissaires.  D'un  autre  côté,  si  une  ou  plusieurs  puissances 
européennes  déclarent  la  guérie  à  la  Turquie,  il  est  encore 
curieux  de  connaître  ses  moyens  de  défense  ,  et  d'apprécier 
au  juste  ce  qu'elle  a  pu  gagner  par  l'adoption  des  nouvelles 
mesures.  Enfin,  sanss'élevei  à  des  considérations  politiques, 
on  doit  désirer  de  recueillir  des  détails  exacts  sur  l'état  inté- 


538  LIVRES  FRANÇAIS. 

rieur  d'un  peuple,  qui  attirera  sans  doute  encore  long-tems  les 
regards  de  l'Europe.  Le  livre  de  M.  C.  D.  a  de  quoi  satisfaire 
la  curiosité  la  plus  exigeante;  sous  une  forme  concise,  il  con- 
tient des  faits  nombreux  et  nouveaux.  Il  faut  lire  surtout  de- 
puis le  chapitre  vin  jusqu'au  chapitre  xYn;  c'est  la  partie  la 
plus  intéressante  de  l'ouvrage.  Tout  ce  qui  est  relatif  au  grand- 
seigneur,  au  massacre  des  janissaires,  à  l'organisation  des 
nouvelles  troupes,  y  est  exposé  avec  clarté  et  méthode.  Dans 
les  derniers  chapitres,  les  Turcs  sont  considérés  dans  leurs 
guerres  avec  les  Grecs ,  et  l'intérêt  de  ce  sujet  passe  dans  le 
récit  de  M.  C.  D.  Au  milieu  des  horreurs  qui  de  part  et  d'autre 
ont  ensanglanté  cette  terrible  lutte,  l'auteur  embrasse  toujours 
la  cause  de  la  justice;  il  aime  à  raconter  les  nobles  actions, 
et  il  y  a  entre  autres  quelque  chose  d'honorable  dans  le  soin 
qu'il  prend  de  rapporter  les  faits  qui  peuvent  mériter  encore 
au  renégat  Selves  l'estime  de  ses  compatriotes.  M.  C.  D.  a  été 
vivement  ému  des  spectacles  qu'il  avait  sous  les  yeux,  et  il  les 
a  reproduits  avec  chaleur.  Grâce  à  son  talent,  et  aux  facilités 
que  lui  donnait  son  nom,  que  nous  ne  révélerons  pas  puis- 
qu'il a  voulu  le  taire,  il  a  fait  un  livre  intéressant  et  vrai. 

E.  B. 

229.  —  Perspective  à  t 'usage  des  gens  du  monde  ,  enseignée  en 
peu  de  teins  ;  suivie  d'un  Dictionnaire  de  peinture ,  à  l'aide  du- 
quel on  peut  apprendre  soi-même  à  connaître  le  mérite  d'un 
tableau,  la  manière  d'un  maître,  l'art  de  la  composition,  du 
dessin,  du  coloris,  etc.  ;  ouvrage  traduit  de  X anglais  sur  la 
dixième  édition ,  par  M.  Bulos.  Paris^  1827  ;  Audin.  In-12  ,  de 
478  pages,  avec  3  planches;  prix,  5  fr. 

Si  les  gens  du  monde  prenaient  un  jour  de  l'humeur  contre 
les  écrivains  qui  se  chargent  de  leur  instruction,  ils  seraient 
tout  au  moins  excusables.  On  prétend  épargner  leur  lems  et 
leurs  peines;  mais,  dans  la  réalité,  ils  apprennent  encore  moins 
que  ne  le  comportent  la  durée  de  leurs  études  et  les  efforts 
qu'ils  ont  faits.  Nous  le  disons  à  regret,  en  dépit  de  nous:  quel 
que  soit  l'auteur  de  cet  ouvrage,  il  n'a  pas  atteint  son  but  ;  il 
ne  formera  ni  dessinateurs,  ni  peintres,  ni  connaisseurs.  Les 
gens  du  monde  qui  voudront  acquérir  des  talens  ou  des  con- 
naissances, n'ont  rien  de  mieux  ,  rien  autre  chose  à  faire  que  de 
suivre  lcsvoies  ordinaires;  il  n'y  en  a  point  qui  soient  à  leur  usage 
particulier,  et  celles  qui  sont  désignées  comme  telles  n'abou- 
tissent qu'à  un  faux  savoir  qui ,  pour  eux  comme  pour  les  autres 
hommes,  est  un  ridicule  de  plus.  Ces  voies  ordinaires  de  l'in- 
struction que  l'on  fuit  avec  tant  de  soin,  et  dont  on  s'efforce  île 
détourner  ceux  que  la  nécessité  ne  force  pointa  les  suivre,  ne 


III  A  l  vakts.  53g 

sont  pas  aussi  fatigantes  qu'on  ledit,  ni  rebutantes  par  la  con- 
tinuité des  eflbrts  qu'elles  imposent:  de  précieuses  compensa 
lions  en  adoucissent  les  peines, les  fout  oublier ,  rechercher  , 
regretter,  lorsqu'on  né  les  éprouve  plus.  Qui  ne  se  souvient 
avec  délices  du  tems  où  son  intelligence  se  développait  par  la 
salutaire  influence  d'une  instruction  réelle,  profonde,  péné- 
trante ?  Cette  époque  de  la  \  ie  est  aussi  celle  où  des  amitiés  du- 
rables et  généreuses  unissent  des  condisciples,  préparent  et 
réservent  pour  Page  mûr  des  conseillers  désintéressés,  des  sou- 
tiens dans  la  carrière  de  la  vertu,  des  consolateurs  dans  l'in- 
fortune. La  vieillesse  même  sourit  au  souvenir  de  ce  tems  des 
pins  pures  jouissances  intellectuelles  et  morales.  Pourquoi  donc 
n'y  pas  appeler  les  gens  du  inonde,  aussi  bien  (pie  ceux  aux- 
quels on  n'applique;  pas  cette  dénomination  ?  Nous  l'avouons 
sans  peine  ;  ces  reflexions,  qui  nous  ont  détournés  de  l'ouvrage 
dont  nous  avions  à  rendre  compte ,  nous  empêchent  d'y  reve- 
nir. Aussi  bien,  que  pourrions  -  nous  en  dire  ,  sinon  qu'il  ne 
faut  point  y  chercher  ce  que  le  titre  annonce ,  et  qu'il  ne  ren- 
dra ni  plus  savans  ,  ni  meilleurs  juges  en  peinture,  ceux  qui 
l'auront  lu  avec  le  plus  d'attention?  Y. 

23  o.  —  Art  de  peindre  à  l'aquarelle,  enseigné  en  vingt- 
huit  leçons;  traduit  de  l'anglais  de  Thomas  Smith.  Paris,  1828; 
Audot;  Alphonse  Giroux.  In  4°  oblong,  avec  des  planches 
coloriées;  prix,  i5  fr. 

Dans  ces  vingt- huit  leçons,  l'auteur  passe  en  revue  les 
différentes  manières  de  peindre  à  l'aquarelle  ;  il  expose  les 
règles  particulières  à  chacune  d'elles,  et  donne  plusieurs  moyens 
ingénieux  pour  surmonter  les  difficultés  que  présente  ce  genre 
de  dessin.  Cet  ouvrage  mérite  un  accueil  favorable  de  la  part 
des  nombreux  amateurs  d'un  des  plus  agréables  délassemens 
que  puisse  offrir  la  culture  des  beaux-arts.  L.  R. 

23 1.  —  *  Isographie  des  Hommes  célèbres ,  ou  Collection  de 
Fac-similé  de  lettres  autographes  et  de  signatures,  etc.;  7e, 
8e  et  9e  livraisons.  Paris,  1827 — 1828;  Bernard  et  Delarue, 
rue  Notre-Dame-dcs-Victoires,  21.  16;  trois  cahiers  in -4°; 
prix  de  la  livraison,   5  fr. 

Nous  avons  annoncé  lc^six  premières  livraisons  de  cet  ou- 
vrage; l'intérêt  s'accroît  par  le  choix  des  hommes  célèbres  dont 
il  nous  donne  les  autographes.  (  Voy.  Rcv.  Eric,  tom.  xxxvi , 
pag.  469.  )  Les  éditeurs,  pour  satisfaire  tous  les  goiits  et  tous 
les  genres  de  curiosité,  ont  fait  un  mélange  piquant  des  noms 
anciens  et  modernes,  et  des  célébrités  les  plus  opposées.  Nous 
ne  citeronspas  les  soixante-douze  signatures  dont  se  composent 
ces  trois  livraisons.  Nous  nous  contenleronsde  désigner  les  noms 
les  plus  marquans,  parmi  lesquels  se  trouvent  Amyot%  la  reine 


54o  LIVRES  FRANÇAIS. 

Elisabeth)  l'illustre  Fénélon,  V&ttrevjLFouquier  Tinville  deman- 
dant  une  place  et  offrant  clos  renseignemens  sur  sa  probité. 
Au  milieu  des  lettres  de  Gassendi,  de  Leibnitz  ,  de  Bujfon ,  de 
Malherbe  ,  de  Métastase,  de  Winch clman  ,  du  président  Achille 
de  Harlay ,  s'en  trouve  une  de  Joseph  Lcbon  qui  écrit  à  un  dé- 
tenu qu'on  lui  fera  voir  qu'il  n'y  a  point  d  homme  nécessaire 
dans  une  république.  Nous  avons  remarqué  la  lettre  qui  est 
écrite  en  commun  par  Henri  II  et  Diane  de  Poitiers.  Les  édi- 
teurs nous  donnent  un  placet  que  l'on  croit  être  de  la  main  de 
Moiière;  il  est  fâcheux  que  l'on  n'ait  pas  de  certitude  à  cet 
égard.  On  ne  peut  qu'engager  les  éditeurs  à  continuer  cette 
collection  avec  le  même  zèle  et  la  même  ex-actitude.      D.  M. 

Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes. 

232.  — *  Journal  de  la  Société  d'émulation  du  département  des 
Vosges.  Cahier  VI  et  VIL  Épinal,  1827.  In-8<>. 

Le  sixième  cahier  termine  le  premier  volume  de  cet  intéres- 
sant recueil  ,  consacré  à  l'agriculture,  à  l'économie  domestique 
et  à  l'archéologie,  et  rédigé  avec  le  plus  grand  soin  sous  la  di- 
rection de  M.  le  professeur  Parisot.  On  remarque  dansce  sixième 
cahier  un  très-bon  article  de  M.  Mathieu  sur  l'asphyxie  et  sur 
les  secours  à  donner  en  pareil  cas;  des  préceptes  sur  l'em- 
ploi du  plâtre  en  agiiculture,  sur  la  météorisation  des  herbi- 
vores, etc.  etc.  Nous  avons  distingué  plus  particulièrement  un 
travail  sur  les  antiquités  découvertes  à  Lamerey,  par  MM.  Mes- 
chin  et  Jollois.  La  présence  de  ce  savant  avait  donné  une  im- 
pulsion extraordinaire  aux  travaux  de  l'ancienne  commission 
d'Épinal.  Cette  commission  n'existe  plus;  mais  le  département 
des  Vosges  a  prouvé  qu'on  peut  bien  licencier  les  corps  savans 
sans  licencier  le  savoir.  Beaucoup  d'hommes  instruits  ont  con- 
tinué les  investigations  de  M.  Jollois  ;  et ,  privés  désormais  de 
son  assistance,  ils  publient  aujourd'hui  des  extraits  de  ses  mé- 
moires. Sans  nous  arrêter  à  ce  qui  concerne  les  bains  de  Lame- 
rey, nous  citerons  un  autel  à  quatre  faces ,  qui  porte  sur  chacune 
d'elles  une  divinité  gauloise.  On  établit  ingénieusement,  et  de 
manière  à  convaincre,  que  ces  divinités  sont  Hercule,  Diane  Ar- 
duine,  Vénus,  et  la  Minerve  à  laquelle  nos  ancêtres  avaient 
donné  le  nom  de  Bclisana.  Ces  conjectures  prennent  de  la  con- 
sistance ,  si  l'on  compare  les  reliefs  aux  figures  de  Mont  faucon 
et  de  D.  Mangin.  La  Diane  Arduinc  et  la  Vénus,  plus  mutilées 
que  les  autres,  ne  sont  reconnaissables  qu'à  l'aide  des  accès 
suites.  Des  vestiges  de  route  romaine,  découverts  près  de  La- 
merey, par  M.  Magin  ,  donnent  à  penser  que  Lamerey  se  trou- 
vait placé  sur  une  communication  delà  Saône  à  la  Moselle.  Le 
septième  cahier  n'a  pas  moins  d'intérêt  pour  les  antiquaires; 


MÉMOIRES  ET  RAPPORTS.—  OUV;  PÉR.         »,i 

i  question  des  mémorables  antiquités  du  Donon,  dans  nu 
extrait  d'un  mémoire  du  savant  M. Gravie*,  qui  résume  tout 
ce  que  l'on  a  accumule  depuis  1).  A  il  loi  et  I).  Cafmet,  pour 
constater  l'étal  <lcs  monumeps  de  cette  montagne  célèbre.  Mont 
faucon,  Schœplin  el  I).  Martin  s'en  sont  occupés;  et,  plus  ré 
comment,  M.  Schweighaeuser  en  a  fait  l'objet  de  plusieurs  mé- 
moires.  Nous  regretterons  toujours  qu'ils  n'aient  point  été 
publies  :  c'était  le  vœu  de  l'Institut;  niais  un  fatal  statu  quo 
en  a  paralysé  l'effet.  Il  frappe  les  recherches,  et  ne  protège 
point  les  monumens  qui  disparaissent  tous  les  jouis  de  notre 
sol  On  plan  topographique  du  Donon,  lorsque  D.  Àillotlc  vi- 
sita en  ifyp,  tend  à  prouver  avec  quelle  rapidité  la  destruction 
s'empare  de  ces  précieux  débris. —  La  poésie  n'est  pas  négligée 
dans  le  département  des  Vosges;  on  a  imprimé  dans  le  sixième 
cahier  une  Ode  sur  les  révolutions  des  Empires ,  qui  eut  des 
éloges  ,  en  181 i,  dans  la  plupart  des  feuilles  publiques,  et  dont 
M.  de  Boufûers  rendit  un  compte  très-favorable  dans  le  Mer- 
cure. M.  Pellet,  son  auteur,  a  encore  publié  un  morceau  ly- 
rique sur  les  Tombes  royales  des  Pharaons.  Nous  citerons  éga- 
lement une  fable  charmante,  imitée  de  l'allemand;  elle  est 
intitulée  :  l'Amour,  la  Pudeur  et  l'Amitié.  C'est  l'ouvrage  d'un 
SOUS-officier  du  5'  régiment  de  hussards,  en  garnison  à  Épinal. 
Les  vers  de  M.  Martel  sont  élégans  et  faciles  ,  et  se  distinguent 
par  une  extrême  pureté  et  une  grande  propriété  d'expression. 
M.  le  professeur  Parisot  a  terminé  ce  cahier  parla  météorologie 
du  département  des  Vosges,  suivi  d'un  tableau  pour  1826. 
Nous  ne  devons  pas  omettre  que  ce  mémoire  sur  Lamerey  se 
ti  ouve  complété  dans  ce  cahier  par  la  publication  du  catalogue 
des  médailles  en  argent  qui  y  ont  été  découvertes;  mais  on  n'a 
pas  songé  à  donner  assez  de  détails  sur  les  revers.  Le  ier  jan- 
vier 1827  ,  le  nombre  total  îles  médailles  d'argent,  extraites  du 
sol  de  Lamerey,  s'élevait  à  972,  parmi  lesquelles  on  en  a  rcconn* 
5  qui  manquaient  au  Cabinet  du  Roi  :  elles  lui  ont  été  envoyées. 
Les  eaux  de  Saint- Vallier  sont  analysées  par  une  commission 
dont  le  rapport  est  placé  eu  tète  du  septième  cahier.  Il  en  pa- 
raît un  tous  les  trois  mois.  Le  prix  d'abonnement,  très-médiocre, 
n'est  que  de  6  h.  pour  l'année.  P.  de  Golbéry. 

Ouvrages  périodiques. 

»33.  —  *  L' Ami  des  champs ,  journal  d'agriculture,  de  bo- 
tanique, et  bulletin  littéraire  du  département  de  la  Gironde. 
Janvier  1828.  Bordeaux,  la  Guillotière,  rue  du  Grand-Can- 
cera,  n°  17.  Parait  par  livraisons  mensuelles  de  3  feuilles  d'im- 
pression; prix,  10  i'v.  par  année. 


54a    OUV.  PÉR.— LIV.  EN  LANGUES  ÉTRANGÈRES 

Ce  recueil  existe  depuis  plusieurs  années,  et  son  succès  n'a 
pas  été  équivoque.  Sa  plus  importante  destination  est  un  sage 
enseignement  de  la  culture  des  lettres;  aussi,  l'exploitation  ru- 
rale remplit  une  partie  de  ses  articles.  Les  cultures  spéciales 
v  tiennent  une  place  remarquable,  et  l'horticulture  n'y  est  point 
oubliée.  Tous  les  arts,  toutes  les  sciences  qui  se  rapportent 
à  l'agriculture  et  à  l'économie  des  champs,  concourent  à  don- 
ner de  l'intérêt  à  ce  recueil,  et  les  ouvrages  sur  l'art  vété- 
rinaire, sur  la  botanique  en  général,  et  sur  la  botanique  mé- 
dicale, y  sont  soigneusement  annoncés 

V Ami  des  champs  rend  un  compte  exact  et  régulier  des 
séances  des  académies  et  des  sociétés  savantes  de  Bordeaux, 
parmi  lesquelles  on  distingue  la  Société  linnéenne  et  la  So- 
ciété philomatique.  Son  Bulletin  littéraire,  quoique  fort  abrégé  , 
est  fait  avec  soin ,  et  publie  quelquefois  des  morceaux  de  poésie 
intéressans.  R. 

Livres  en  langues  étrangères,  imprimés  en  France. 

a34«  —  *  Nouveau  dictionnaire  de  poche ,  français-anglais , 
et  anglais-français .  contenant  tous  les  mots  généralement  en 
usage  et  autorisés  par  les  meilleurs  auteurs,  ainsi  que  l'accent 
des  mots  anglais,  les  prétérits  et  les  participes  passifs  des  verbes 
anglais  irréguliers;  le  genre  des  noms  français,  les  termes  de 
marine  et  d'art  militaire,  avec  un  dictionnaire  mythologique  et 
historique,  et  un  dictionnaire  géographique;  par  Th.  Nugent , 
nouvelle  édition  entièrement  revue  et  corrigée  sur  les  diction- 
naires de  Laveaux,  de  Levizac ,  de  Bonifacc ,  etc.,  d'après 
l'édition  publiée  à  Londres  par  Ouiskau.  io,me  édition,  premier 
tirage  stéréotype.  Paris,  1827;  Baudry,  rue  du  Coq-St. -Honoré 
n°  9,  2  vol.  in-18  brochés  en  un  seul  ;  Dictionnaire  français-an- 
glais de  280  pag. ,  et  anglais-français  de  3/j2  pag.  ;  prix,  5  fr. 

Si  quelque  chose  peut  motiver  l'éloge  d'un  ouvrage,  et  sur- 
tout d'un  dictionnaire,  c'est  le  nombre  d'éditions  qui  en  ont 
paru,  car  on  n'achète  que  les  livres  utiles  et  les  meilleurs  dans 
chaque  genre.  Dix-neuf  éditions  du  Dictionnaire  de  poche  de 
M.  Nugent  ont  constaté  la  bonté  de  cette  production,  et  les  édi- 
teurs, afin  de  lui  obtenir  et  de  lui  conserver  une  correction  par- 
faite, ont  pris  le  parti  de  la  faire  stéréotyper.  C'est  le  premier 
tirage  stéréotypé  qui  forme  cette  dix- neuvième  édition.  Il  parait 
que  rien  n'a  été  négligé  pour  la  rendre  aussi  complète  qu'il  est 
possible;  aucune  expression  usuelle  n'a  été  omise,  et  les  carac- 
tères, malgré  leur  finesse,  ont  une  netteté  qui  en  rend  la  lecture 


IMPRIMÉS  EN  FRANCE, 
facile.  Nous  ne  connaissons  pas  de  dictionnaire  de  poche  que 
nous  paissions  recommandea  avec  plus  de  confiance.       El. 

■)  v>.  -  *  Obras  Uter arias )  etc.  —  Œuvres  littéraires  de  flou 
François  M artin»z  db  n  Rosa.  T.  III.  Paris,  1827  ;  J.  Didot, 
rue  du  Pont-de-l.oni,  n°fi;  Bossange  père.  In-12;  prix,  5  fr. 
;  Voj.Rev.  Enc.  1.  \\\\ ',  pag.  ai3,  l annonce  du Ier vol.) 

Ce  troisième  volume  contient  les  morceaux  suivants: 

i°  Le  poème  sur  le  siège  de  Saragosse.  — Peu  de  tems  après 
la  reddition  de  cette  ville,  en  [809,  un  concours  proposé  par 
le  gouvern  Muent  invita  les  poètes  nationaux  à  célébrer  i'hé- 
roïsmedes  Arragonais,  qui,  dans  une  ville  tout-à-fait  ouverte  , 
Mins  compter  sur  la  protection  de  ses  remparts,  et  sans  écou- 
ter d'autres  conseils  que  ceux  du  patriotisme  et  du  courage, 
avaient  osé  braver  la  plus  forte  puissance  militaire  des  tems 
modernes.  M.  IMaitinez  de  la  Rosa,  jeune  encore  alors,  n'en 
éprouva  que  plus  vivement  le  désir  de  chanter  les  actions  glo- 
rieuses qui  ont  immortalisé  la  courageuse  résistance  de  ses 
compatriotes.  On  est  fondé  à  croire  que  son  poème  aurait  rem- 
porté les  honneurs  du  concours;  car  des  juges  aussi  compétans 
que  don  G  a s par  Mclclior  de  Jovellanos ,  et  don  Manuel  José 
Quintana  ,  étaient  bien  décidés  à  lui  accorder  leurs  suffrages  : 
mais  des  circonstances  qu'il  serait  inutile  de  rapporter  ici  ayant 
empêché  que  le  prix  fût  décerné,  l'auteur  fit  imprimer  pour  la 
première  fois  son  poëme  en  181 1 ,  a.  Londres,  lors  du  voyage 
qu'il  fit  dans  cette  ville., 

2°  La  viuda  (la  veuve)  de  Padilla ,  tragédie.  —  L'histoire 
.d'Espagne  offre,  sous  le  règne  de  Charles  Ier  (l'empereur 
Charles-Quint),  une  de  ces  époques  mémorables,  dont  l'in- 
fluence sur  l'avenir  des  peuples  est  décisive,  et  pendant  la- 
quelle les  Castillans  montrèrent  le  plus  grand  enthousiasme 
pour  la  défense  de  leurs  droits  politiques.  Moins  heureux  ce- 
pendant que  d'autres  nations,  ils  succombèrent  dans  les  com- 
bats qu'ils  eurent  à  livrer  contre  les  ennemis  de  leurs  libertés; 
et  la  fortune  qui  joue  un  si  grand  rôle  dans  toutes  les  affaires 
de  ce  monde,  et  qui  ne  favorise  pas  toujours  la  cause  de  la 
justice,  ayant  trahi  leur  courage,  ils  furent  asservis  au  mo- 
ment même  où  ils  déployaient  le  plus  d'ardeur  pour  leur  noble 
cause.  Ce  fut  un  grand  malheur  pour  l'Espagne,  et  ce  malheur 
ne  fut  pas  moins  grand  pour  le  souverain  qui  ne  saurait  jamais 
séparer  ses  intérêts  de  ceux  du  peuple  sans  éprouver  des  pertes 
réelles  de  pouvoir,  de  grandeur  et  de  considération.  C'est  de 
cette  époque  que  date,  en  Espagne,  l'anéantissement  progressif 
de  toute  influence  des  assemblées  politiques.  L'ivresse  du 
triomphe  ayant  fait  oublier  au  gouvernement  tout  respect  pour 


LIVRES  EN  LANGUES  ÉTRANGÈRES 

les  anciennes  lois,  et  méconnaître  les  conseils  de  la  sagesse,  le 
pouvoir  marcha  tête  levée,  et  sans  aucun  ménagement,  vers  une 
domination  illimitée  et  affranchie  de  tout  contrôle.  Le  lendemain 
de  la  bataitlede  VïUalar,  les  chefs  de  l'arméedes  communautés  de 
Castillc,  Jean  de  Padilla  ,  pour  Tolède;  Jean  Bravo,  pour  Sé- 
govie;  et  François  Maldonado  ,  pour  Salamanque,  étant  tom- 
bés entre  les  mains  des  vainqueurs,  furent  publiquement  exé- 
cutés. Mais  la  veuve  du  premier,  sans  se  laisser  abattre  par  la 
défaite  de  l'armée  ,  ni  par  l'exécution  sanglante  de  son  mari  qui 
avait  su  mourir  en  héros,  et  conserver  dans  ses  derniers  mo- 
mens  la  noble  fermeté  et  le  calme  heureux  d'une  conscience 
exempte  de  reproches,  puisa,  au  contraire,  dansées  tristes 
événemens,  une  force  et  une  exaltation  nouvelles.  Grâce  à  ses 
efforts  et  à  son  influence,  Tolède  persista  à  soutenir  la  cause 
des  communautés  ,  sans  vouloir  reconnaître  d'autre  chef  que  la 
veuve  de  l'infortuné  Padilla.  De  son  côté,  cette  héroïne  de  !a 
liberté  castillane  n'épargna  aucun  sacrifice  ni  aucune  démarche 
pour  exciter  ses  habitans  à  défendre  leur  ville.  Elle  se  présen- 
tait souvent  à  eux,  tenant  dans  ses  bras  son  fils  encore  enfant , 
et  les  conjurant  de  venger  la  mort  de  son  père,  immolé  pour 
avoir  combattu  en  faveur  de  leurs  droits.  Les  efforts  de  la  veuve 
de  Padilla  furent  héroïques;  mais  Tolède  ,  malgré  la  plus  belle 
défense,  dut  ouvrir  enfin  ses  portes  à  l'armée  royale.  La  veuve 
de  Padilla  fut  assez  heureuse  pour  échapper  à  l'échafaud,  et 
trouva  un  refuge  en  Portugal. 

Il  serait  à  désirer  que  celte  intéressante  période  de  l'histoire 
d'Espagne  exerçât  la  plume  d'un  historien  éclairé  et  impartial; 
car  les  chroniqueurs  espagnols  auxquels  nous  devons  «à  la  vérité 
la  conservation  de  précieux  documens  surcette  époque  ont  borné 
là  tous  leurs  soins.  On  annonce  comme  devant  paraître  sous 
peu  un  travail  relatif  à  cette  partie  intéressante  de  l'histoire 
de  Castille;  nous  souhaitons  vivement  que  le  mérite  de  l'exécu- 
tion réponde  à  l'importance  du  sujet. 

L'exposé  rapide  que  nous  venons  de  tracer  suffit  pour  dé- 
montrer que  la  courageuse  résistance  de  Tolède  sous  les  ordres 
de  la  veuve  de  Padilla  est  uu  fait  éminemment  propre  à  être 
représenté  sur  la  scène  tragique.  Mais  combien  ne  devait-il  pas 
émouvoir  un  peuple  qui  se  trouvait  dans  des  circonstances 
analogues,  comme  celui  de  Cadix  en  181 1 ,  assiégé  depuis  deux 
ans  par  une  armée  ennemie,  exalté  par  ses  sentimens  patrio- 
tiques, et  occupé  dans  ce  moment  dangereux  de  changemens 
essentiels  dans  les  lois  du  royaume.  M.  Martinez  de  la  Rosa  eut 
l'heureuse  idée  de  traiter  ce  sujet  national  et  de  le  revêtir  des 
brillantes  couleurs  d'une  versification  élégante  et  harmonieuse. 


IMPRIMÉS  EN   FRANCE. 

Lé  succès  fut  des  plus  complets,  l'nc  circonstance  vint  encore 

•jouter  à  L'enthousiasme  et  à  l'exaltation  des  esprits  pendant 
la  mise  en  scène  de  la  nouvelle  tragédie,  qu'il  fallut  représenter 

dans  une  salle  bâtie  à  la  hâte  hors  de  la  portée  du  canon  enne 
mi, les  bombes  lancées  sur  la  place  ayant  failli,  quelques  jouis 
auparavant,  faire  du  théâtre  de  Cadix  un  monceau  de  ruines, 
l.a  l'indu  de  Padîlla  fut  représentée  plus  tard  à  Madrid,  s  près 

que  les  troupes  françaises  eurent  abandonné  cette  capitale.  Elle 
y  fut  imprimée  en  181/,. 

Un  Abrégé  historique  sur  l'insurrection  des  villes  de  la  Cas- 
tille  ,  nécessaire  pour  bien  faire  sentir  les  intentions  et  les  beau- 
tés de  l'ouvrage,  précède  la  tragédie  :  il  est  écrit  avec  la  faci- 
lité et  l'élégance  qui  distinguent  toutes  les  productions  de 
M.  Martine/  de  La  llosa. 

3°  La  Nina  en  casa  y  la  Madrc  en  la  mascara  ,  comédie.  — 
L'auteur  se  propose  dans  cette  pièce  le  but  très-moral  de  cor- 
riger le  travers  des  mères,  à  qui  le  goût  de  la  dissipation  et  le 
désir  de  plaire  font  voir  dans  leurs  filles  des  témoins  irrécu- 
sables et  incommodes  de  leur  âge  ;  il  y  fronde  le  coupable  oubli 
des  mères  coquettes  et  légères,  qui,  pendant  qu'elles  courent 
les  bals  et  les  sociétés,  laissent  leurs  filles  à  la  maison,  exposant 
ainsi  leur  innocence  et  leur  bonheur  à  d'imminens  dangers. 
C'est  cette  comédie  qui  a  fourni  le  sujet  ou  plutôt  l'idée  du  joli 
vaudeville  la  Mère  au  bal  et  la  fille  à  la  maison,  qu'on  joue  de- 
puis long-temps  à  la  rue  de  Chartres  avec  un  succès  toujours 
soutenu. 

Muriel. 


t.  kxxvii.  —  Février  i8'i8.  33 


IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET    LITTÉRAIRES. 


AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE. 
ÉTATS-UNIS. 

Boston.  — Droits  sur  l'importation  des  étoffes  aux  États-  Unis. 
—  Après  de  longues  délibérations,  les  fabricans  d'étoffes  de 
laine  dans  l'état  de  Massachusetts  ont  résolu  de  présenter  au 
congrès  un  mémoire  où  ils  demandent  que  les  droits  d'impor- 
tation des  étoffes  étrangères  soient  augmentés,  afin  qu'ils  soient 
en  état  de  soutenir  la  concurrence,  et  que  les  fabriques  nalio- 
nales  ne  soient  point  condamnées  à  un  funeste  abandon.  Comme 
leur  mémoire  est  la  conclusion  d'une  délibération  de  plusieurs 
mois,  publiée  dans  les  journaux,  et  sur  laquelle  on  a  consulté 
les  citoyens  les  plus  éclairés,  on  ne  peut  l'apprécier  qu'après 
un  examen  très-approfondi,  en  ayant  sons  les  yeux  les  faits  et 
les  discussions  de  l'assemblée  des  fabricans  de  Massachusetts. 
Ces  discussions  sont  une  enquête  faite  de  bonne  foi,  dans  la- 
quelle le  sentiment  de  l'intérêt  privé  n'affaiblit  point  le  senti- 
ment de  la  patrie,  ni  celui  des  intérêts  de  l'humanité.  En 
cherchant  la  vérité  avec  cette  disposition  d'esprit  et  cette  droi- 
ture d'intention,  on  s'en  approche  au  moins,  si  l'on  ne  peut 
«ncore  y  arriver.  Il  est  à  désirer  que  l'on  réunisse  tout  ce  que 
l'on  a  écrit  sur  les  manufactures  des  États-Unis,  sur  les  moyens 
de  les  faire  prospérer,  sur  l'influence  qu'elles  auront  tôt  ou 
tard,  et  dont  la  république  éprouvera  les  effets,  au  dehors  et 
au  dedans.  On  formerait  de  ces  documens  épars  un  ouvrage 
très-instructif,  non-seulement  pour  l'Amérique ,  mais  pour 
l'Europe;  car  les  objets  y  seraient  considérés  sous  un  aspect 
dont  l'Europe  ne  peut  faire  naître  l'idée.  Cet  ouvrage  peut  être 
fait  en  Europe  ou  en  Amérique  :  pour  les  intérêts  de  l'instruc- 
tion générale,  il  serait  peut-être  à  désirer  qu'un  publiciste  eu- 
ropéen se  chargeât  de  cette  rédaction. 

New-York.  —  Nouveau  Journal  intitule  :  le  Courier  des  Etats- 
Unis,  journal  français,  politique  et  littéraire.  —  Un  de  nos 
compatriotes,  devenu  citoyen  des  États-Unis,  se  dispose  à  pu- 
blier ce  nouveau  recueil  périodique,  destiné  à  faire  connaître 


Ê TATS-UINIS.  -ANTILLES.  547 

r Amérique  à  l'Europe  el  KEurope  à  l* Amérique.  Il  a  conçu 
l'ambition  de  pénétrer  dans  tous  les  lieux  où  Les  ouvrages  fian- 
çais trouvent  des  lecteurs,  çequi  lui  imposera  une  sage  réserve 
dans  l'exposition  des  faits  et  des  doctrines;  car  il  rencontrera 
dans  plusieurs  de  ces  lieux,  non-seulement  la  connaissance  de 
notre  langue,  niais  des  opinions,  des  maximes  d'état,  des  forces 
trop  supérieures  à  l'ascendant  du  journal  le  plus  accrédité,  et 
qu'il  serait  imprudent  de  provoquer.  Le  rédacteur  se  propose 
de  ne  rien  omettre  de  ce  qui  peut  exciter  la  curiosité  et  propa- 
ger les  connaissances  dans  les  deux  mondes;  son  plan  renferme 
tout  ce  qu'il  peut  être  utile  ou  intéressant  de  savoir.  L'immen- 
sité des  matériaux  entre  lesquels  il  devra  faire  un  choix  l'em- 
barrassera, sans  doute,  plus  d'une  fois;  mais  enfin,  il  faut  choi- 
sir; et,  si  l'on  est  constamment  dirigé  par  l'amour  du  bon,  de 
l'honnête,  de  ce  qui  mérite  et  obtient  l'estime  des  gens  de  bien, 
on  ne  sera  point  exposé  à  la  désapprobation  publique  pour 
aucun  des  articles  que  l'on  aura  publiés. 

Le  Courier  des  États-  Unis  paraîtra  le  samedi  soir,  format 
in- 4°>  sur  beau  papier  de  la  plus  grande  dimension  qui  soit 
employée  pour  les  journaux  des  Etats  -  Unis.  Le  caractère  sera 
petit  texte  ;  l'intention  du  rédacteur  est  que  sa  feuille  soit  aussi 
pleine  qu'il  sera  possible,  et  qu'elle  se  recommande  par  l'abon- 
dance et  la  variété  des  matières.  Le  prix  de  l'abonnement  est 
de  8  dollars,  par  an,  (  environ  [\i  fr.  ),  payables  par  semestre. 
On  souscrit  à  New-York,  au  Bureau  du  Courier  des  États-Unis , 
n°  55  ,  IVall  slrect. 

Nous  nous  félicitons  d'avance  de  l'apparition  de  ce  nou- 
veau journal.  La  France  y  tiendra  certainement  une  place 
remarquable,  et  par  sa  littérature,  et  par  sa  politique.  Nous 
ne  doutons  point  non  plus  que  cette  publication  n'offre  un 
nouveau  modèle  de  tolérance  religieuse  et  politique,  d'indul- 
gence morale,  de  cette  sage  réserve  qui  est  une  vertu,  même 
dans  les  pays  libres.  La  Revue  Eneyclnpédiquc  et  le  Courier  des 
États  -  Unis  parcourent  la  même  carrière  ,  et  se  rencontreront 
toujours  avec  satisfaction.  Y. 

ANTILLES. 

Tremblemens  de  terre   (i).  —    Dans    le    cours  des  six  der- 
niers mois  de  l'année  qui  vient  de  s'écouler,    les  tremble- 


(i)  Cette  note  a  été  communiquée  à  l'Académie  des  Sciences,  dans  sa 
séance  du  4  février  1818. 


35. 


548  ANTILLES. 

ruons  de  terre  se  sont  multipliés  exti  aordinairement  aux 
Antilles.  Outre  celui  du  3  juin,  dont  il  a  été  rendu  compte 
«à  l'Académie,  il  y  en  a  eu  neuf,  depuis  la  fin  de  juillet  jusqu'au 
milieu  de  décembre  dernier. 

La  date  précise  de  ces  phénomènes  pouvant  jeter  quelques 
lumières  sur  la  direction  des  commotions  souterraines  et  sur  la 
rapidité  de  leur  propagation,  il  est  utile  d'en  indiquer  l'époque 
précise. 

Le  premier  tremblement  de  terre  éprouvé,  en  1827,  à  la 
Martinique,  a  eu  lieu  le  3  juin,  à  2  heures  du  matin;  le  se- 
cond, le  i'.\  juillet,  à  5  heures  45  minutes  après  midi  :  ces  deux 
secousses  ont  été  très-fortes;  le  troisième,  le  dimanche  5  août, 
à  10  heures  3o  minutes  du  matin,  lorsque  la  plus  grande  partie 
de  la  population  était  rassemblée  dans  les  églises;  ce  qui  a 
augmenté  le  tumulte  et  la  terreur.  Le  désastre  de  Caracas  était 
arrivé  dans  une  occurrence  semblable,  et  son  souvenir  con- 
tribuait à  accroître  l'épouvante. 

Le  quatrième  s'est  fait  ressentir,  le  25  septembre,  à  5  heures 
3o  minutes  du  matin;  le  cinquième,  le  27,  à  4  heures  3o  mi- 
nutes du  matin;  le  sixième,  le  2  octobre,  à  4  heures  après 
midi;  le  septième,  le  3o  novembre,  à  2  heures  45  minutes  du 
matin;  le  huitième,  le  ier  décembre,  à  10  heures  du  matin; 
le  neuvième,  le  môme  jour,  à  5  heures  i5  minutes  après  midi; 
enfin,  le  dixième,  le  8  décembre,  à  5  heures  20  minutes  du 
matin. 

Les  trois  derniers  ont  été  formés  d'un  mouvement  ondula- 
toire du  sol,  faible  et  lent;  mais  le  tremblement  de  terre  du 
3o  novembre,  avant  le  jour,  a  été  singulièrement  violent  et 
prolongé.  La  moindre  estimation  de  sa  durée  la  porte  à  5o  se- 
condes; on  assure  qu'on  n'en  a  point  éprouvé*  d'aussi  fort  et 
d'aussi  prolongé  depuis  70  ans.  Il  n'a  point  produit  d'autres  acci- 
dens,  par  ses  effets  immédiats,  que  d'ébranler  et  de  lézarder 
quelques  édifices;  mais  beffroi  qu'il  a  causé  a  fait  abandonner 
les  maisons  avec  une  telle  précipitation  qu'il  en  est  résulté 
plusieurs  malheurs. 

Des  lettres  de  la  Guadeloupe  font  connaître  que  ce  trem- 
blement de  terre  a  été  éprouvé  dans  celte  île,  à  environ 
35  lieues,  au  nord-ouest  de  la  Martinique,  avec  une  violence 
non  moins  grande,  mais  un  quart  d'heure  plus  tard,  s'il  était 
possible  de  croire  à  l'exactitude  rigoureuse  des  heures  indi- 
quées par  la  correspondance  du  Fort-Royal  et  celle  de  la  Pointe 
à  Pitre. 

L'opinion  commune  aux  Antilles  que  ces  phénomènes  ne 
sont  point  étrangers  à  l'état  de  l'atmosphère  s'est  appuyée  de 


ANTILLES.— AFRIQUE.  54g 

nouveaux  indices.  On  a  remarqué  que  la  pluie  avait  commencé 
a  tomber,  immédia temeiri  après  que  la  terre  avait  tremblé,  <-t 
l'on  a  si  constamment  observé  cette  coïncidence  singulière  que 

plusieurs  personnes  inclinent  maintenant  à  ne  point  l'ait i  iont  r 
tu  hasard.  A.  Moreau  dk  Jonni.s. 

Haïti.  —  Établissement  du  jury.  —  L'art.  190,  de  la  consti- 
tution d'Haïti  est  ainsi  conçu:  «Le  pouvoir  législatif  pourra 
établir  la  procédure  par  jury,  en  matière  criminelle.  »  En  effet  , 
Ifl  Code  d  instruction  criminelle,  qui  a  été  publié  au  commen- 
cement de  1827,  et  mis  en  vigueur  le  ier  février,  a  institué  le 
jury  dans  cette  république.  C'est  le  i5  novembre  1827  qu'a 
eu  lieu  l'ouverture  des  assises,  au  Port-au-Prince,  dans  le  pa- 
lais de  justice  qui  avait  été  restauré  et  rendu  plus  vaste  pour 
cet  objet.  Avant  l'audience,  le  tirage  au  sort  de  douze  jurés 
s'était  opéré  dans  la  chambre  du  conseil,  en  présence  de  l'ac- 
cusé assisté  de  sou  défenseur.  Nous  avons  sous  les  yeux  les 
deux  discours  prononcés  dans  la  solennité  de  l'installation  du 
jury  (1),  par  M.  le  doyen  du  tribunal  criminel  et  M.  le  com- 
missaire du  gouvernement,  et  ils  prouvent  que  les  véritables 
principes  de  législation  criminelle  et  de  civilisation  ont  pris 
aussi  racine  dans  la  république  d'Haïti,  et  qu'ils  y  ont  trouvé 
des  organes  dignes  de  les  proclamer  et  de  les  défendre.  Nous 
ne  connaissons  pas  le  nouveau  Code  d'instruction  criminelle; 
mais  nous  avons  lieu  de  le  croire  en  grande  partie  conforme  au 
nôtre.  Dès  qu'il  nous  sera  parvenu,  nous  en  exposerons  som- 
mairement les  principales  dispositions  à  nos  lecteurs,  comme 
nous  l'avons  fait  pour  le  Code  civil  de  la  même  république. 
(Voy.  Rev.  Enc.}  t.  XXXIII ,  p.  8/, 2.)  A.  T. 

AFRIQUE. 

Sénégal.  —  Saint- Louis.  —  Esclavage  des  nègres  dans  V éta- 
blissement français. — Voici  quelques  extraits  d'une  Lettre  d'un 
jeune  instituteur  qu'un  zèle  philantropique,  ou,  pour  mieux 
dire,  une  véritable  charité  chrétienne  a  conduit  en  Afrique 
pour  y  propager  l'instruction  parmi  les  nègres.  Ce  jeune  homme 
rend  compte  uses  parens  (honnêtes  et  laborieux  habitans  de 
Liancourt  )  de  l'emploi  qu'il  a  fait  de  ses  épargnes. 

«■  Ce  que  j'aurais  pu  épargner  a  servi  à  délivrer  deux  malhcu- 


(i)On  peut  voir  les  détails  de  cette  ;solennité  et  lire  les  discours 
auxquels  elle  a  donné  lieu,  dans  le  Moniteur  (n°  du  a5  février  1838;. 


55o  AFRIQUE. 

peux  captifs  détenus  dans  les  fers,  l'un  depuis  deux  ans  et  l'autre 
depuis  neuf  mois:  ce  dernier  se  nomme  Saër,  et  l'autre  Dhiambo. 
Saër  est  fils  d'une  veuve,  son  pays  est  à  200  lieues  de  Saint- 
Louis  du  Sénégal,  ou  nous  sommes  établis.  C'est  un  nègre  d'un 
caractère  très-doux,  d'une  famille  de  marabous  (prêtres  du 
pays  ),  et  sachant  écrire  l'arabe.  Il  fut  pria  dans  une  guerre  et 
conduit  à  Saint-Louis ,  où  on  le  vendit  comme  esclave  ,  au  di- 
recteur de  l'école.  Depuis  long  tems  je  le  voyais  traîner  ses  fers 
dans  la  cour  de  l'école;  et,  dans  la  saison  de  janvier  où  il  fait 
froid  ,  le  soir,  la  nuit,  et  surtout  le  matin,  il  était  nu  et  excitait 
la  compassion.  Je  lui  donnai  un  pagne  de  toile  de  coton  pour  se 
couvrir,  mais  la  femme  du  directeur  le  lui  ôta  et  me  le  renvoya. 
Peu  de  tems  après  cette  femme  mourut,  et  Saër  me  dit  :  Celle 
qui  n'a  pas  voulu  que  tu  me  fisses  la  charité  d'un  pagne  est  morte 
maintenant  ;  si  tu  veux  encore  me  soulager,  elle  ne  t'en  empê- 
chera plus.  Je  lui  donnai  le  pagne,  et  il  s'en  couvrit  avec  em- 
pressement. Sa  mère  vint  pour  le  racheter;  la  pauvre  veuve 
n'avait,  pour  le  rachat  de  son  fils ,  qu'un  sac  de  mil  apporté  sur 
sa  tête,  de  la  valeur  de  36  francs;  cette  mère  désolée,  après 
avoir  laissé  à  compte  tout  ce  qu'elle  possédait,  fut  réduite  à 
s'en  retourner  seule  dans  son  pays  ,  laissant  son  fils  dans  les 
fers....  Chers  parens!  mettez-vous,  je  vous  prie,  à  la  place  de 
cette  veuve  affligée  :  si  Dieu  permettait  que  je  fusse  un  jour 
comme  son  fils  réduit  à  l'esclavage ,  et  qu'en  me  voyant  vous 
éprouvassiez  la  douleur  de  ne  pouvoir  me  délivrer,  ne  béniriez- 
vous  pas  mille  fois  le  seigneur,  s'il  vous  présentait  une  main 
charitable  pour  briser  mes  fers  ?  Eh  bien  !  c'est  ainsi  que  j'ai 
fait,  comme  j'aurais  voulu  qu'il  nous  fût  fait  à  nous-mêmes; 
vous  ne  m'accuserez  certainement  pas  d'avoir  eu  le  cœur  trop 

sensible Pour  achever  la  rançon  exigée  par  le  directeur  de 

l'école,  je  m'adressai  à  une  personne  de  confiance  qui  s'en  ac- 
quitta fidèlement.  Ce  fut  le  dernier  trafic  de  sang  humain  que 
fit  notre  directeur,  car,  bientôt  après,  il  fut  emporté  par  une 
maladie  violente. 

«  Saër  ayant  appris  que  c'était  moi  qui  l'avais  racheté ,  vint 
s'offrir  à  moi  comme  mon  esclave  :  Non,  lui  dis-je,  tu  es  libre , 
je  te  regarde  comme  mon  frère  malheureux ,  dont  Dieu  a  brisé 
les  fers  par  ma  main  ;  c'est  pour  te  rendre  à  ta  mère  affligée. 
Toutefois,  si  tu  veux  rester  quelque  tems  avec  moi,  tu  pourras 
travailler  dans  l'île  et  gagner  quelque  chose ,  avant  d'aller  re- 
joindre ta  mère.  Ma  proposition  lui  fit  plaisir,  et  il  demeura 
quelque  tems  chez  moi.  Sa  mère,  ayant  su  que  son  fils  était 
libre,  fit  encore  une  fois  le  voyage  pour  venir  le  chercher,  et 
cène  fut  qu'avec  peine  qu'il  me  quitta, me  promettant  de  venir 


ai ■•moi  f-.-ij frope.  r>5* 

me  retrouver  ira  jour  pour  ne  plus  me  quitter.  Les  adieux  de 
b.t  mère  ne  furent  pas  moins  affectueux;  elle  ne  savait  comment 
m'exprimer  sa  reconnaissance.  Je  lui  dis  que  c'était  a   Dieu 

qu'elle  devatil  rendre  grâces  «lu  service  qu'il  m'avait  mis  dans 
le  cas  de  rendre  ;  elle  me  répondit  :  «  Dhicrcdhieufy  alla  ah  yo  ; 
je  remercie  Dieu  avec  toi.  » 

h  Dhiambo,  esclave  depuis  deux  ans,  était  un  des  serviteurs 
i!e  llamet  Ibrahim,  roi  de  Cayor.  Lorsque  ce  roi  nègre  eut 
appris  que  j'avais  rendu  la  liberté  à  son  serviteur,  il  désira  me 
voir,  et  il  envoya  une  ambassade  au  gouverneur  de  l'île,  a(in 
d'obtenir  qu'il  me  fût  permis  d'aller  le  trouver.  Cette  permis- 
mou  me  fut  accordée;  je  m'embarquai  sur  le  fleuve  (i),  ac- 
compagné de  six  nègres  de  Cayor,  de  Saër,  de  Dhiambo  et  du 
jeune  Dixi  qui  me  servit  d'interprète;  c'est  le  fds  des  anciens 
maîtres  de  Dhiambo.  Je  ne  vous  dirai  rien  de  mon  voyage,  qui 
dura  vingt  jours.  Avant  d'entrer  dans  la  ville,  qui  me  parut 
assez  Considérable ,  mais  très-mal  bâtie,  nous  fûmes  reçus  avec 
des  cérémonies  très  extraordinaires  ;  je  vous  en  parlerai  dans 
une  autre  lettre.  Le  roi  nous  retint  dans  son  palais,  qui,  en 
Fiance,  serait  tout  au  plus  une  maison  bourgeoise.  C'est  un 
homme  d'une  quarantaine  d'années,  grand  et  bien  fait.  Il  me 
combla  d'amitiés,  me  fit  asseoir  à  ses  cotés,  et  après  une  au- 
dience assez  longue,  il  me  lit  présent  d'une  peau  sur  laquelle  il 
couchait.  En  me  reconduisant,  il  me  dit  :  Français!  je  suis  con- 
tent de  toi.  Si  tu  veux  t'établir  ici,  tu  seras  le  bienvenu;  je  te 
fournirai  une  maison  et  du  couscou  en  abondance » 

N.  D.  R.  Le  jeune  instituteur,  qui  remplit  si  dignement  les  de- 
voirs qu'il  s'est  imposés,  est  M.  Epinat,  de  Liancourt,  l'un  des 
moniteurs  de  l'école  d'enseignement  mutuel  de  ce  canton,  élève 
du  curé  du  même  lieu.  Et  l'on  ose  accuser  l'enseignement  mu- 
tuel de  n'être  pas  religieux!  Lés  amis  de  l'humanité  appren- 
dront aussi  avec  douleur  que  l'établissement  du  Sénégal  n'a  pas 
pour  but  l'abolition  de  l'esclavage  en  Afrique,  et  qu'on  vend 
publiquement  des  esclaves  à  Saint-Louis,  comme  à  la  Martini- 
que et  à  la  Guadeloupe.  Y. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

Londres.  —  Société  royale.  —  Expériences  sur  le  pendule.  — E 
M.  le  capitaine  d'artillerie  Sabine,  profitant  d\m  congé  qu'il 

(i)  Le  royaume  de  Cayor  est  près  de  l'embouchure  du  Sénégal. 


55*  EUROPE. 

avait  obtenu  pour  se  livrer  aux  sciences,  était  venu  à  Pari* 
avec  deux  pendules  dont  l'un  était  l'ouvrage  de  M.  Schuma- 
cher, et  l'autre  appartenait  au  Bureau  des  longitudes.  L'un  et 
l'autre  furent  mis  en  mouvement  à  l'Observatoire,  dans  la  salle 
de  la  méridienne,  et  MM.  Biot  et  Mathieu  secondèrent  le  ca- 
pitaine dans  ses  observations.  En  employant  les  moyens  les  plus 
exacts  pour  déterminer  le  nombre  de  leurs  oscillations  pen- 
dant un  jour  moyen  solaire  à  Paris,  on  trouva,  pour  l'un  t 
85o,22",o6  ,  et  pour  l'autre  ,  85933",29.  Les  observations 
avaient  commencé  au  mois  d'avril.  Au  mois  de  septembre,  les 
pendules  furent  renvoyés  à  Londres  ,  sans  éprouver  aucun 
transport  par  terre.  Une  nouvelle  série  d'observations  fut  com- 
mencée, et  M.  Sabine  eut  pour  coopérateur  M.  Quételet,  de 
l'Académie  de  Bruxelles.  Le  nombre  des  oscillations  de  chaque 
pendule  fut  respectivement  de  85933",2o.  et  de  85945",85. 

M.  Sabine  conclut  de  ces  résultats  que  l'accélération  du 
pendule  de  longueur  exacte  pour  battre  les  secondes  à  Paris , 
battrait  à  Londres  12"  de  plus.  Il  faudrait  donc,  pom  l'appli- 
quer aux  horloges  de  Londres  ,  l'allonger  de  0,00023  de  pouce 
anglais.  Borda  avait  estimé  cet  allongement  à  0,00079  de  pouce- 
Ces  variations  entre  ces  résultats  du  calcul  ne  vont  pas  à  un 
cent-millième  de  pouce  sur  une  longueur  de  plus  de  3  pieds,  et 
n'excèdent  guère  la  dix-millionième  partie  du  tout.  On  peut  juger 
parla  du  degré  de  précision  auquel  on  peut  arriver  dans  l'état  ac- 
tuel des  sciences  et  des  arts  qu'elles  aident  et  dont  elles  sontaidées. 

—  artillerie  à  vapeur  :  Canons  de  M.  Perkins.  —  Les  espé- 
rances et  les  promesses  de  l'inventeur  de  ces  nouvelles  ma- 
chines de  guerre  vont  toujours  croissant  :  M.  Perkins  est 
actuellement  persuadé  que  l'action  de  la  vapeur  sur  les  pro- 
jectiles peut  être  décuple  de  celle  de  la  poudre  à  canon.  Il 
n'estime  qu'à  5o  atmosphères  la  force  moyenne  de  ce  formi- 
dable agent,  ou  tout  au  plus  à  900  livres  de  pression  par 
chaque  pouce  carré,  ce  qui  est  fort  éloigné  des  résultats 
obtenus  par  Rumford ,  d'après  lesquels  on  ne  peut  douter 
que  le  fluide  élastique  formé  par  la  poudre  exerce  sur  la  même 
surface  une  pression  de  plus  de  3oo,ooo  livres.  On  dit  que  des 
ingénieurs  français,  qui  ont  assisté,  par  ordre  de  leur  gouverne- 
ment, aux  expériences  des  nouveaux  canons  à  vapeur,  en  ont 
témoigné  leur  satisfaction,  quoique  l'inventeur  ait  assuré  que 
sa  machine  ne  produisait  pas  encore  tout  l'effet  dont  elle  est 
capable,  et  que  le  tems  lui  ait  manqué  pour  la  perfectionner, 
et  la  rendre  telle  qu'il  l'a  conçue.  On  nous  fait  entendre  que 
des  chaloupes  canonnières  à  vapeur  pourront  être  mises  à 
l'essai  par  l'escadre  française  devant  Alger,  et  peut-être  même 


GRANDE-BRETAGNE.— RUSSIE.  553 

contre  les  Turcs;  exemple  dangereux  pour  noire  puissance 

navale,  puisqu'il  tend  a  donner  aux  petits  bàlhnoui  une  Corée 
qui  les  nielle  eu  état  de  se  mesurer  contre  les  plus  grands  vais- 
seaux (i).  F. 
RUSSIE. 

Pktkb.sboub.0  et.  Moscou.  —  Presse  périodique.  —  Nous  re- 
cevons de  Al.  S.  P y,  de  Moscou,  un  article  fort  long  et  fort 

détaille  sur  les  journaux  el  recueils  périodiques,  rédigés  dans 
1<:>  langues  russe,  française  ou  allemande,  qui  se  publient  dans 
les  deux  capitales  de  la  Russie.  Les  limites  dans  lesquelles  nous 
devons  nous  renfermer  ne  nous  permettent  point  de  satisfaire 
au  désir  exprimé  par  notre  zélé  correspondant,  qui  nous  de- 
mande d'insérer cel  article  en  entier  dans  notre  recueil,  et  nous 
sommes  forcés  à  l'abréger  beaucoup,  pour  n'en  conserver  que 
la  substance,  en  nous  arrêtant  surtout  à  ce  qu'il  peut  renfer- 
mer de  neuf  pour  nos  lecteurs. 

Et  d'abord  ,  nous  ferons  à  notre  amour-propre  le  sacrifice 
facile  de  tous  les  éloges  adressés  par  notre  correspondant  à  la 
Revue  et  de  ses  principaux  collaborateurs.  Par  un  autre  motif 
de  convenance ,  non  moins  puissant  à  nos  yeux ,  nous  passerons 
sous  silence  les  reproches  mérités  qu'il  adresse  à  plusieurs 
autres  recueils,  français  ou  étrangers,  qu'il  accuse  surtout  de 
donner  sur  la  littérature  russe  des  articles  où  tout  est  faux  et 
méconnaissable.  Nous  lui  ferons  cependant  remarquer,  à  ce 
sujet,  que  si  l'on  ne  peut  assez  blâmer  ;  comme  il  le  fait,  les 
écrivains  qui  hasardent  des  jugemens  sur  des  matières  qui  leur 
sont  entièrement  étrangères,  on  ne  peut  non  plus,  avec  jus- 
tice, comparer  entre  eux  ceux  qui  jugent  sur  ouï- dire,  avec 
de  bonnes  intentions  d'ailleurs,  et  ceux  qui,  ayant  les  pièces 
sous  les  yeux,  sont  à  même  d'appuyer  leur  opinion  sur  des 
faits,  avantage  que  nous  devons  à  notre  position  et  aux  rela- 
tions qu'elle  nous  a  permis  d'ouvrir  avec  la  Russie. 

Nous  serons  également  sobres  d'éloges  et  de  critiques  envers 
des  journaux  russes  auxquels  nous  avons  déjà  fait,  dans  la 
Revue,  la  part  qui  leur  revient;  puisse  cette  indulgence  pour 
les  uns  les  engager  à  mieux  faire,  et  le  silence  momentané  que 
nous  nous  imposons  sur  les  autres  être  un  motif  pour  eux  de 


(i)  Si  ces  bruits  répandus  par  les  journaux  anglais  avaient  quelque 
fondement,  il  serait  fort  étrange  que  nous  apprissions  par  les  feuilles 
étrangères  ce  qui  se  passe  dans  nos  arsenaux,  et  qui  est  un  mystère  pour 
les  Français. 


5  H  EUROPE. 

nous  forcer  bien  rôt  à  de  nouveaux  éloges  par  de  nouveaux 

succès!  Aujourd'hui,  nous  tacherons  de  nous  borner  à  des  faits. 

Les  journaux  les  plus  anciens  qui  existent  en  Russie 
sont  :  i°  La  Gazette  de  Pétcrsbourg ,  fondée  au  commencement 
du  xvme  siècle,  sous  le  règne  de  Pierre-ie-Grand  ;  i°  la  Gazette 
de  Moscou,  qui  date  de  l'année  1756;  3°  le  Journal  historique , 
statistique  et  géographique ,  entrepris  en  1790;  4°  le  Courrier 
de  l'Europe  ,  fondé  par  Karamsine  en  1802;  5°  et  6°  le  Fils  de 
la  patrie  et  l'Invalide  russe ,  dont  l'existence  remonte  seulement 
à  l'époque  de  la  dernière  guerre,  c'est-à-dire  à  18 12  et  181 3. 
—  Le  Journal  d'agriculture  de  Moscou  ,  créé  en  1821  par  la 
Société  d'économie  rurale  de  cette  ville ,  a  vu  ses  succès  s'ac- 
croître au  point  qu'une  réimpression  de  ses  premiers  cahiers  est 
devenue  nécessaire. —  Le  Télégraphe  de  Moscou,  auquel  nous 
avons  rendu  plusieurs  fois  toute  la  justice  qu'il  mérite,  vient 
d'ajouter  à  chacun  de  ses  cahiers,  à  dater  de  1828 ,  un  supplé- 
ment, publié  séparément,  et  qui  donne  des  dessins  et  des  des- 
criptions de  meubles,  d'équipages,  d'étoffes,  etc.  Ce  recueil,  qui 
joint  à  des  mémoires  originaux  et  à  un  choix  de  poésies  mo- 
dernes,  des  analyses  et  des  annonces  raisonnées  sur  les  prin- 
cipales productions  russes  et  étrangères ,  a  souvent  fait  des 
emprunts  à  notre  Revue,  et  les  noms  de  MM.  Francoeur,  Ferry, 
Jomard  ,  Lemercier,  Say,  Sismondi,  etc. ,  se  retrouvent  fré- 
quemment dans  ses  feuilles  (1).  —  Tels  sont  les  seuls  rensei- 
gnemens  que  nous  ayons  jugé  à  propos  d'extraire  de  l'article 
de  notre  correspondant  relativement  aux  journaux  dont  l'exis- 
tence remonte  au-delà  de  1826  ,  et  dont  nous  avons  entretenu 
déjà  plusieurs  fois  nos  lecteurs.  Dans  un  article  du  cahier  de 
décembre  i8a5  (tom.  XXVIII,  pag.  947-951),  nous  avons 
donné  la  liste  de  ceux  qui  ont  pris  naissance  dans  les  années 
i8s3,  1824  et  i825;  nous  allons  indiquer  maintenant  ceux 
qui  ont  été  fondés  depuis. 

L'année  1826  a  vu  naître  à  Pétersbourg  un  recueil  destiné 
à  la  première  éducation,  sous  le  titre  de  Dietskui  SobécedniA 


(ï)  Nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  remercier  personnellement  les 
rédacteurs  du  Télégraphe  de  l'honneur  qu'ils  nous  ont  fait  d'adopter 
et  de  reproduire  dans  leur  journal  les  jugemens  que  nous  avons  por- 
tés dans  la  Revue  sur  la  littérature  russe.  Notre  correspondant  donne 
la  liste  des  articles  qu'ils  nous  ont  ainsi  empruntés  ;  nous  nous  borne- 
rons à  citer  celui  que  nous  avons  consacré  à  Y  Anthologie  russe  y  de 
M.  Dupré  de  Saint-Maure  (  t.  xxxn),  et  qu'ils  ont  traduit  en  entier 
4ans  leur  cahier  d'octobre  de  l'année  dernière  (n°  19).  F.  H. 


RUSSIE. 
(  le  Compagnon  de  t'enfonce),  et  dont  la  rédaction  est  due  k 
MM.  Gnvrca  et  Bouloa&uib  ,  éditeurs  de  trois  autres  jour* 

nnux,  connus  de  nos  lecteurs  sous  les  titres  iV  Archives  du  Nord , 
du  l''ils  de  la  patrie  et  d' Abeille  dit  Nord.  NOUS   ajournerons  le 

jugement  de  notre  correspondant  sur  leur  nouvelle  publica- 
tion^ dans  l'espoir  qu'ils  lui  donner  ont  lieu  de  le  modifiera  leur 
avantage  et  à  BOtre satisfaction.  Nous  remarquerons  seulement 
qu'il  est  plus  difficile  qu'on  ne  pense  d'écrire  pour  les  enfans, 
et  de  savoir  se  mettre  à  leur  portée,  et  nous  proposerons  pour 
modèle  a  MM.  Greteh  et  Botrïgarine  le  Bon  Génie,  journal  ré- 
digé à  Paris  par  M.  de  Jussieu  ,  et  annoncé  plusieurs  fois  dans 
notre  Revue  (voy.  t. XXII,  p.  7 1 6 ;  t.  XXVIII,  p.  922  ;  cl  t.  XXIX, 
p.  466  ).  —  Un  second  recueil,  écrit  en  langue  française,  a 
paru  dans  la  même  année  et  dans  la  même  ville  sous  le  titre 
de  Journal  des  Foies  de  communication  ;  il  est  rédigé  par  les 
officiers  de  ce  corps  ,  et  a  pour  principaux  collaborateurs  trois 
Français  au  service  de  Russie,  le  général  Bazaine  et  les  lieu- 
tenans -colonels  Clapeyron  et  Lamé.  Il  est  divisé  en  neuf 
parties,  savoir  :  i°  Renseignemens  historiques  sur  les  divers 
moyens  de  communication  par  terre  et  par  eau;  a°  Partie 
descriptive  et  statistique;  3°  Partie  scientifique  ou  technique; 
4°  Projets  de  communications  et  de  constructions  nouvelles; 
5°  Routes  et  ponts  militaires,  Architecture  civile  et  militaire; 
6°  Partie  industrielle;  70  Partie  administrative;  8°  Extrait  des 
états  de  navigation,  Événemens  remarquables;  90  Précis  des 
lois  et  règicmeiis  concernant  les  voies  de  communication  (1). 
—  Moscou  n'a  eu  d'autre  nouveau  journal  eu  1826  qu'une 
Feuille  quotidienne ,  publiée  sous  le  format  in- 4°  pendant  les 
mois  de  mai,  juin  ,  juillet ,  août  et  septembre  ,  et  destinée  prin- 
cipalement à  offrir  la  liste  des  personnes  qui  arrivaient  chaque 
jour  dans  cette  ville,  ou  qui  en  partaient,  à  l'époque  du  cou- 
ronnement de  l'empereur  Nicolas;  elle  n'a  pas  survécu  à  la 
circonstance  qui  l'avait  vu  naître. 

Quatre  nouveaux  recueils  périodiques  russes  ont  été  en- 
tre pris  en  1827,  savoir  :  trois  à  Pétersbourg  et  un  à  Moscou  : 
i°  le  Journal  militaire  (  Voïenni  journal  )  ;  2°  le  Slave  (  Slavia- 
nine),  journal  militaire  et  littéraire;  3°  la  Nouvelle  Bibliothèque 
pour  t  enfance  (  Novaïa  dietskaïa  Biblioteka  )  ;  4°  le  Courier  de 
Moscou  (  Moskovskii  Vestnik  ).  Le  premier,  publié  par  un  co- 
mité scientifique  militaire,  sous  la  direction  du  général  Goguel, 


(i)Nous  avons  reçu  les  premiers  cahiers  de  ce  nouveau  journal, 
dont  nous  avons  confié  l'examen  à  l'un  de  nos  collaborateurs.  A*,  du  h 


556  EUROPE. 

paraît  six  fois  par  an  ,  dans  le  format  in-8°  ;  le  second  est  hel'h* 
do  m  ad  aire,  et  a  pour  principal  rédacteur  M.  Voeïkof,  auquel 
est  également  confiée  la  rédaction  de  l'Invalide  russe  ;  le  troi- 
sième paraît  tous  les  mois,  format  in-16;  il  est  rédigé  par 
M.  Fédorof.  Le  Courier  de  Moscou ,  dont  la  rédaction  princi- 
pale est  due  aux  soins  de  M.  Pogodine  ,  paraît  tous  les  quinze 
jours.  C'est,  dit  notre  correspondant,  le  meilleur  recueil  russe 
après  le  Télégraphe  de  Moscou. 1\  doit  sans  doute  cet  avantage, 
du  moins  en  grande  partie,  à  la  collaboration  du  poète  Alexandre 
Pouschkine  ,  qui  l'enrichit  exclusivement  de  ses  nouvelles  pro- 
ductions. Le  ier  cahier  contenait  un  fragment  d'une  tragédie 
de  ce  jeune  poète,  qui  a  pour  titre  Boris  Godounof,  et  dont  on 
fait  les  plus  grands  éloges  en  Russie. 

Le  mois  de  janvier  1828  a  vu  naître  trois  nouveaux  journaux 
à  Moscou,  savoir  :  X Athénée  (Aîénéi),  le  Spectateur  russe 
(Rôuski  Zritcl  )  et  le  Bulletin  du  Nord  (en  français).  Le  pre- 
mier de  ces  recueils  ,  rédigé  par  M.  Pavlof  ,  paraît  deux  fois 
par  mois;  son  prix  est  de  3o  roubles.  Il  est  consacré  aux 
sciences,  à  la  littérature,  à  la  bibliographie  et  aux  événemens 
contemporains.  Le  second  ,  dirigé  par  M.  Kalaïdovitch  ,  bien 
connu  dans  la  littérature  et  surtout  dans  l'archéologie  russe, 
est  destiné  à  l'histoire  et  à  l'archéologie  du  pays,  à  la  biogra- 
phie ,  à  la  bibliographie  ancienne  et  moderne ,  à  la  philologie, 
à  la  littérature  et  à  la  critique,  enfin  aux  modes  anciennes  et 
modernes;  il  paraît  également  deux  fois  par  mois,  et  le  prix  de 
ses  24  cahiers  in -8°  est  de  35  roubles.  Le  Bulletin  du  Nord, 
destiné  à  servir  d'intermédiaire  entre  la  Russie  et  les  autres 
pays,  paraît  à  Moscou.  Notre  correspondant  nous  fait  espérer 
qu'il  nous  sera  adressé  directement,  et  nous  pourrons  juger 
alors  s'il  atteint  le  but  qu'il  s'est  proposé.  Ce  journal  a  repro- 
duit dans  un  de  ses  derniers  cahiers  l'article  que  nous  avons 
publié  dans  la  Revue  (t.  XXXIII,  p.  284)  sur  les  anciens  jour- 
naux russes,  et  notre  correspondant  nous  apprend  à  ce  sujet 
que  les  rédacteurs  du  Télégraphe  de  Moscou,  excités  par  les 
recherches  auxquelles  nous  nous  sommes  livrés,  ont  donné, 
dans  leurs  derniers  cahiers  (  nos  21,  22  et  23)  de  1827,  une 
notice  plus  détaillée  sur  le  même  objet ,  et  qui  peut  servir  de 
complément  à  la  noire.  Le  rédacteur  de  cette  notice  a  retrouvé, 
entre  autres  choses  curieuses,  des  traces  de  trois  anciens  jour- 
naux qui  ont  paru  jadis  en  langue  française  à  Pétersbourg, 
savoir  :  i°  le  Caméléon  littéraire ,  publié  sous  forme  hebdoma- 
daire, en  1755;  20  le  Mercure  de  Russie,  journal  mensuel 
(1786)  ;  et  3°  Y  Agréable  et  l'Utile  (  également  en  1786  ),  qui 
donnait  à  Voltaire  le  surnom  de   Cuisinier  littéraire. 


T'j'.s.SlK.— rOUHi.NT..  55} 

Après  avoir  parlé  des  nouveaux  journaux  russes,  il  ne  nou 
reste  qu'à  indiquer  les  unes  de  ceux  qui  cul  cessé  de  paraître  de- 
puis lda6  J  ils  sont  an  nombre  de  six,  savoir  :  i°  les  Feuilles  lu- 
hUographiqueSj  entreprises  en  1 8a5  par  M.  Kfu.i'i  r.v,  et  que  leur 

utilité  incontestable  et  le  tal<  nt  de  leur  rédacteur  nous  (ont  dé- 
sirer de  voir  reprendre  bientôt  an  point  on  elles  ont  été  suspen- 
dues; a0  le  Courier  russe,  qui  a  existé  pendant  quatorze  ans  j 
?>"  le  Bien-intentionné)  pendant  neuf  ans;  /,°  le  Journal  du  Dé- 
partement de  l'instruction  publique ,  pendant  trois  ans  et  deux 
mois;  5°  le  Courier  asiatique ,  pendant  trois  ans;  6°  le  Journal 
des  Beaux- JrtS,   pendant  un    an    et   demi. 

I  ne  lettre  particulière  (pie  nous  recevons  de  Pétersbourg 
non»  apprend  que  le  journal  allemand  de  Pétersbourg  (Zeit- 
schrift,  etc.) a  également  cessé  de  paraître.  Ainsi,  les  entreprises 
et  les  travaux  de  l'homme  sont,  comme  lui,  périssables  ;  il  n'v 
a  de  différence  entre  eux  que  le  plus  ou  le  moins  de  longueur 
du  terme  qui  leur  est  assigné.  Honneur  aux  hommes  et  aux  tra- 
vaux qui  sont  la  continuation  en  bien  de  ceux  qui  les  ont  pré- 
cédés ,  auxquels  L'expérience  du  passé  prolile,  et  qui  la  font 
servir  aux  besoins  de  la  génération  actuelle  !         E.  HlrEau. 

POLOGNE. 

Varsovie.  —  Université.  —  C'est  un  décret  de  l'empereur 
Alexandre,  en  date  du  19  novembre  1816,  qui  a  constitué  l'U- 
niversité royale  de  Varsovie  en  cinq  facultés  :  i°  Théologie  ; 
2°  Droit  et  Administration  ;  3°  Médecine  ;  4°  Sciences  physiques 
et  mathématiques;  5°  Belles  -  Lettres  et  Beaux-Arts.  Ce  décret 
attribue  l'administration  de  l'Université  à  un  recteur  et  aux 
cinq  doyens  des  facultés;  il  garantit  la  protection  spéciale  du 
gouvernement  à  tous  les  membres  de  celte  école  suprême,  et 
assure  aux  professeurs  le  droit  d'obtenir  des  titres  héréditaires 
de  noblesse  après  dix  années  de  service  public.  Il  accorde,  en 
outre,  à  l'Université  le  privilège  de  décerner  les  grades  scien- 
tifiques de  maîtres  et  de  docteurs,  et  celui  de  n'être  soumis  qu'à 
une  censure  émanée  de  son  sein.  Une  commission  nommée  ad 
hoc  a  rédigé  un  règlement  provisoire,  basé  sur  les  principes 
émanés  du  diplôme,  ou  acte  fondamental.  La  surveillance  et 
la  direction  de  l'Université  sont  confiées  à  un  conseil  perma- 
nent, composé  du  recteur  et  des  doyens  nommés  à  la  majorité 
des  suffrages;  le  premier,  tous  les  quatre  ans;  les  seconds, 
tous  les  trois  ans,  et  choisis  parmi  les  professeurs  ordinaires  de 
l'Université,  auxquels  l'autorité  suprême  a  accordé  le  titre  de 
conseillers.  Les  professeurs  sont  divisés  en  plusieurs  classes;  il 


f>58  KUROPE. 

y  a  des  professeurs  ordinaires  et  conseillers,  des  professeurs 
ordinaires  non  conseillers  ,  des  professeurs  extraordinaires  ou 
supplcans,  des  professeurs  autorisés,  et  des  lecteurs  publics. 

Tous  les  membres  de  l'Université  se  réunissent  en  séance 
publique  et  solennelle,  pour  honorer  la  mémoire  de  leurs  com- 
patriotes cpii  ont  rendu  des  services  aux  sciences  et  aux  lettres, 
pour  célébrer  l'anniversaire  de  sa  fondation  ou  l'installation  d'un 
nouveau  recteur.  Une  séance  annuelle  est  consacrée  à  la  lecture 
d'un  rapport  public  fait  par  le  recteur  sur  l'état  de  l'Université, 
et  à  des  dissertations  lues  par  des  professeurs. 

Les  étudians  sont  astreints  à  subir  devant  leurs  professeurs 
des  examens  annuels  et  privés  sur  les  connaissances  qu'ils  ont 
dû  acquérir.  Le  cours  d'études  fini ,  ils  sont  tenus  de  soutenir 
un  examen  public,  précédé  d'une  thèse  écrite,  qui  a  pour  but 
l'obtention  du  grade  de  maître.  Us  ne  peuvent  prétendre  à  celui 
de  docteur  que  deux  années  après  leur  première  promotion. 
Toutes  les  facultés  proposent  chaque  année  des  sujets  de  prix 
pour  des  concours  ouverts  parmi  Jes  jeunes  étudians,  et  les 
auteurs  des  meilleurs  mémoires  obtiennent  des  médailles  d'or 
d'une  valeur  assez  considérable,  et  des  accessits.  Le  nombre 
moyen  des  étudians  est  de  600;  ils  ne  jouissent  d'aucun  privi- 
lège ,  excepté  celui  d'être  exempts  de  la  conscription  militaire 
pendant  la  durée  de  leurs  études  ;  ils  sont  soumis  à  des  règlemens 
universitaires  assez  sévères,  et  ne  sont  pas  à  l'abri  pour  cela  des 
autres  juridictions  civiles. 

Les  cours  de  l'Université  sont  annuels,  gratuits  et  publics. 
La  durée  du  cours  public  pour  les  étudians  est  de  trois  ans  au 
moins;  de  quatre  pour  les  étudians  de  droit  et  d'administration; 
de  cinq  pour  les  élèves  en  médecine.  Les  professeurs  ont  li- 
berté pleine  et  entière  d'exposer  leurs  théories;  on  leur  recom- 
mande seulement  d'éviter  tout  ce  qui  pourrait  blesser  la  religion, 
le  gouvernement  et  les  bonnes  mœurs  ;  d'appliquer  autant  que 
possible  les  théories  à  la  pratique  et  aux  besoins  du  pays  ;  de 
faire  enfin  des  efforts  pour  avancée  leurs  sciences  respectives , 
et  de  hâter  les  progrès  des  lumières  dans  le  pays. 

Les  études  sont  ainsi  divisées  :  i°  Faculté  de  théologie  (  rit 
catholique  romain  ).  Six  professeurs  qui  enseignent  la  théolo- 
gie dogmatique,  morale  et  pastorale;  l'histoire  ecclésiastique, 
l'exégèse  des  écritures  saintes,  les  langues  anciennes  et  orien- 
tales. —  20  Faculté  de  droit  :  A,  Section  du  droit.  Six  professeurs 
qui  enseignent  le  droit  romain,  le  droit  canon,  le  droit  ancien 
polonais,  le  Code  civil,  le  Code  criminel,  la  procédure  civile  et 
criminelle,  l'histoire  du  droit;  B,  Section  des  sciences  écono- 
miques et  administratives.  Deux  professeurs  enseignent  l'écono- 


POLOGNE  Vm, 

laie  politique,  la  science  des  linances,  les  principes  de  la  légis 
lalion  administrative  cl  de  la  police,  la  statistique.  —  >"  Faculté 
tir  médecine*  Dix  professeurs  qui  enseignent  L'anatomie  théoré- 
tique ,  pratique  ei  comparée;  la  ehirurgie,  la  thérapeutique, la 
physiologie,  la  pathologie,  La  toxicologie,  l'art  des  accouchc- 
mens,  la  pharmacologie}  la  médecine  [égale, etc. 

,"  Faculté  d(s  sciences  physiques  et  mathématiques*  Dix  pro- 
fesseurs qui  enseigueut  la  philosophie  proprement  dite  dans 
toutes  ses  branches,  la  physique  et  la  chimie  expérimentales , 
la  botanique, la  minéralogie)  la  zoologie,  la  chimie  appliquée, 
l'astronomie,  la  mécanique  analytique,  l'algèbre  supérieure,  le 
calcul  différentiel  et  intégral,  la  géométrie  deseriptive,  la 
géodésie,  la  mécanique  appliquée, 

5°  Faillit,-  des  belles-lettres  et  des  beaux- arts.  A.)  Section  des 
belles  lettres.  Six  professeurs  enseignant  l'histoire  universelle, 
les  antiquités  grecques  et  romaines,  la  littérature  ancienne,  la 
littérature  moderne,  la  littérature  polonaise,  la  langue  russe; 
]}.;  Section  des  bcnti.v-arts.  Huit  professeurs  enseignant  le  des- 
sin d'après  la  bosse,  la  peinture  d'après  le  modèle  vivant,  la 
sculpture,  l'architecture,  la  perspective,  la  gravure,  la  théorie 
de  la  musique. 

Il  existe  auprès  de  l'université  plusieurs  institutions  qui 
viennent  compléter  les  ressources  qu'elle  offre  pour  l'instruc- 
tion; nous  pouvons  citer  un  séminaire  général  pour  les  jeunes 
ecclésiastiques  catholiques  romains  ;  un  établissement  pour  la 
clinique  interne  et  externe;  un  musée  d'anatomie;  une  école 
pratique  pour  les  sages- femmes,  jointe  à  un  hospice  de  ma- 
ternité; un  observatoire;  un  vaste  jardin  botanique;  un  musée 
d'histoire  naturelle;  un  musée  de  minéralogie;  un  cabinet  de 
physique  ;  un  laboratoire  de  chimie  ;  un  musée  de  modèles 
en  plâtre  d'après  les  statues  antiques  les  plus  célèbres. 

Depuis  la  fondation  de  l'université  (  1817  )  jusqu'à  l'année 
1826-27,  elle  a  compté  121  étudians  en  théologie,  dont  26 
ont  été  nommés  magistri  theologiœ.  La  faculté  de  droit  et  d'ad- 
ministration publique  a  décerné  le  grade  de  maître  à  /J20 
étudians,  dont  25 4  qui  appartenaient  à  la  section  du  droit 
proprement  dit,  99  qui  avaient  suivi  les  cours  des  deux  sec- 
tions, et  67  qui  tenaient  à  celle  d'administration  seulement. 
La  faculté  de  médecine  a  donné  3i  diplômes  de  médecin  de 
ire  classe,  24  de  2c,  68  de  pharmacien,  et  i63  de  sage-femme. 
Elle  a  confirmé,  après  un  mûr  examen,  19  diplômes  de  méde- 
cins étrangers,  14  de  magisêri  chirurgiœ ,  3  de  pharmaciens,  et 
a  d'accoucheurs. 

75  candidats,  dont  52  pour  les  mathématique*  et  les  science» 


5oo  EUROPE. 

naturelles  et  23  pour  les  beaux-arts,  se  sont  successivement 
présentés  pour  l'enseignement  ;  ils  sont  destinés  à  professer 
dans  les  écoles  des  palatinats  et  des  districts,  dans  les  écoles 
militaires  et  dans  l'université  même. 

L'architecture  et  l'arpentage  ont  compté  283  étudians,  sur 
lesquels  l'université  n'en  a  choisi  que  u  pour  leur  donner  le 
grade  de  maître  (magister),  car  la  plus  grande  partie  avait  été 
employée  par  le  gouvernement  avant  la  fin  de  leurs  cours. 

En  général,  depuis  1817  jusqu'à  1826-27,  l'université  a. 
compté  191 1  étudians,  dont  818  seulement  ont  obtenu  le 
diplôme  de  maître. 

Les  professeurs  de  l'université  ont  soutenu  par  leurs  tra- 
vaux les  écoles  spéciales,  comme  V  Ecole  forestière,  Y  Ecole  d'ap- 
plication militaire,  etc.  Grâce  à  l'appui  de  l'université  royale  de 
Varsovie ,  on  a  fondé  V  Ecole  des  ponts  et  chaussées,  Y  Ecole 
d'arpentage,  Y  Ecole  des  ingénieurs,  Y  Ecole  préparatoire  cen- 
trale, destinée  à  former  les  professeurs  de  l'institut  polytech- 
nique, qui  sera  formé  à  Varsovie  pour  les  jeunes  gens  qui  . 
voudront  s'adonner  aux  arts  et  aux  métiers.  M.  P. 

ALLEMAGNE. 

Berlin.  —  Instruction  populaire.  —  Le  magistrat  de  cette 
ville  vient  de  voter  la  somme  de  200,000  thalers,  pour  fonder 
des  écoles  primaires  gratuites  dans  tous  les  quartiers  de  Ber- 
lin. Malgré  le  grand  nombre  d'écoles  déjà  existantes,  il  y  avait 
au  moins  6000  enfans  pauvres  qui  ne  recevaient  aucune  ins- 
truction. La  grande  difficulté  sera  maintenant  d'engager  les 
parens  à  seconder  les  intentions  paternelles  du  gouvernement. 
Dantzig,  Breslau,  Kœnigsberg,  ont  également  des  écoles  gra- 
tuites. 

Grand-Duché  de  Saxe-Weimar.  —  Instruction  publique. — 
D'après  un  décret  du  grand-duc,  du  i5  septembre  1827,  tous 
les  parens  sont  tenus  d'envoyer  leurs  enfans  à  l'école  dès  l'âge 
de  six  ans.  (  Revue  germanique.  ) 

Vienne. — Encouragement  aux  sciences.  — S.  M.  l'empereur 
d'Autriche  vient  de  faire  remettre  la  grande  médaille  d'or  à 
M.  Balbi  ,  auteur  de  Y  Atlas  ethnographique  du  globe.  Cet  ou- 
vrage, dont  les  principaux  journaux  savans  d'Europe  et  d'Amé- 
rique ont  rendu  le  compte  le  plus  favorable,  avait  déjà  mérité 
à  l'auteur  une  pareille  distinction  de  la  part  du  roi  des  Pays-Bas. 
M.  Adrien  Balbi  a  également  reçu  des  encouragemens  du  gou- 
vernement français,  du  feu  roi  de  Saxe  et  du  grand -duc  de 
Toscane.  L'empereur  Alexandre   avait    agréé   l'hommage   de 


ALLEMAGNE.  —  SUISSE.  56t 

t  Atlus  ethnographique  du  globe,  qui  n'a  paru  qu'en  1826,  dédie 

à  la  mémoire  de  et*  prince. — Netts consacrerons  bientôt  (me  ana- 
lyse àcel  important  ouvrage,  dont  nous  avons  long-tems  différé 
tic  rendre  compte,  parce  que  nous  attendions  la  publication 
du  second  volume,  tpii  en  formera  le  complément,  sons  le  titre 
de  Tableau  physique  ,  moral  et  politique  des  cinq  parties  du 
monde.  Z. 

—  Nécrologie.  —  II\sciïkf.  —  Nous  avons  perdu  le  Nestor 
des  poètes  allemands,  mort  à  l'âge  de  81  ans.  M.  Léopold 
Hasch&e  était  professeur  émérite  et  bibliothécaire  de  l'Uni- 
veiMlé  de  Vienne.  11  était  l'un  des  membres  de  la  belle  asso- 
ciation poétique  qui  comptait  Blumauer ,  Denis,  Maslalicr 
parmi  ses  plus  célèbres  appuis.  Il  se  distinguait  plus  particu- 
lièrement dans  le  genre  de  l'ode.  Kant ,  Wwland ,  Herder  et 
Klopstock  ont  été  liés  avec  lui  de  correspondance  et  d'amitié. 
On  n'a  pas  encore  un  recueil  de  ses  œuvres  ;  mais  on  a  lieu  de 
croire  que  ses  poésies  dispersées  vont  être  réunies  et  publiées 
par  M.  Deinharstein ,  son  ami  et  son  successeur.  Pi  G. 

SUISSE. 

Réclamation.  —  Notes  additionnelles  à  la  Notice  sur  Pesta- 
lozzi  (  voy.  Rev.  Eue. ,  t.  xxxvi,  p.  2j)5  ).  —  M.  /os.  Schmid  , 
ancien  élève  et  ensuite  collaborateur  de  Pestalozzi,  et  honoré 
de  l'entière  confiance  et  de  la  bienveillance  particulière  de  ce 
vénérable  philantrope,  auquel  nous  avons  consacré  une  Notice 
étendue,  pour  honorer  sa  mémoire,  vient  de  nous  adresser 
quelques  Pièces  authentiques,  dont  la  lecture  est  presque  indis- 
pensable pour  porter  un  jugement  impartial  sur  Pestalozzi  et 
sur  les  hommes  qui  ont  été  associés  à  ses  travaux. 

Ces  pièces  sont  :  i°  des  Extraits  de  lettres  écrites  par  M.  Nie- 
derer  «à  M.  Schmid,  en  date  d'Yverdun  des  25  décembre  i8i3, 
16  février  181 4,  10  et  i5  février  i8i5.  —  i°  Une  Déclaration 
de  Pestalozzi ,  datée  d'Yverdun,  du  18  février  1825,  insérée 
dans  la  gazette  d'Ara  11. —  3°  La  Déclaration  des  dernières  vo- 
lontés de  feu  Henri  Pestalozzi,  datée  de  Neuhof,  près  Brougg 
(  canton  d'Argovie),  du  i5  février  1827  (  douze  jours  avant 
sa  mort  ). 

L'étendue  de  ces  pièces,  dont  quelques-unes  d'ailleurs  ren- 
ferment plusieurs  passages  propres  à  offenser  des  personnes 
généralement  estimées,  ne  nous  permet  pas  de  les  insérer  en 
entier  dans  ce  recueil.  Nous  nous  contenterons  d'en  donner 
f  une  courte  analyse. 

i°  Les  Lettres  de  M.  Niederer  à  M.  Schmid  contiennent  l'é- 


562  EUROPE. 

loge  le  plus  positif  des  talons  et  du  caractère  de  cet  ami  de 
Pestalozzi  ;  c'est  le  type  idéal  de  M.  Niederer  :  //  veut  le  bien 
avec  un  sentiment  ferme.  M.  Niederer  ajoute:  «  L'Institut  n'a 
besoin  que  d'un  peint  d'appui  assuré  pour  émouvoir  et  péné- 
trer le  monde  intellectuel.  Ce  point  est  uniquement  et  exclusi- 
vement dans  la  réunion  de  ceux  qui  aiment  Pestalozzi,  et  qui 
comprennent  leur  tâche.  Ainsi  donc,  courage,  et  mets  avec 
moi  la  main  à  l'œuvre,  etc.  a 

i°  Pestalozzi,  dans  sa  Déclaration  du  18  février  1825,  af- 
firme que  le  conseil  d'état  du  canton  de  Vaud  n'a  pas  intimé  à 
M.  Schmid  l'ordre  de  quitter  son  territoire  dans  l'espace  de  six 
semaines;  sa  décision  était  de  ne  l'éloigner  de  la  personne  de 
Pestalozzi  que  lorsque  le  règlement  définitif  des  affaires  de  ce 
philantrope  permettrait  de  lui  accorder  sa  retraite.  Pestalozzi 
ajoute  qu'il  a  remué  ciel  et  terre  pour  connaître  les  accusa- 
tions clandestines  qui  ont  pu  provoquer  celte  mesure  ;  il  a  sup- 
plié qu'on  examinât  sa  conduite  [sans  ménagement;  mais  il  n'a 
rien  obtenu.  (  Nota.  Le  conseil  du  canton  de  Vaud  a  la  faculté 
d'éloigner  les  étrangers,  sans  être  tenu  de  faire  connaître  ses 
motifs.  M.  Schmid  est  Tyrolien.  ) 

3°  La  Déclaration  de  Pestalozzi  du  i5  février  1827  ,  écrite 
douze  jours  avant  sa  mort,  contient  un  éloge  complet  de  Schmid, 
et  l'expression  de  la  reconnaissance  du  mourant  pour  les  ser- 
vices de  toute  nature  que  cet  ami  lui  a  rendus.  11  somme  ses 
ennemis,  parmi  lesquels  il  place,  sans  aucun  fondement,  des 
hommes  dont  on  gémit  de  rencontrer  les  noms  dans  un  pareil 
écrit;  il  les  somme,  sur  son  lit  de  mort,  et  au  nom  de  la  jus- 
tice du  ciel,  de  porter  leurs  accusations  devant  les  tribunaux  et 
de  faire  examiner  et  punir,  de  la  manière  la  plus  rigoureuse, 
les  fautes  que  lui  et  Schmid  peuvent  avoir  commises.  Il  termine 
par  ces  paroles  remarquables:  «  Puisse  ma  cendre  faire  taire 
les  passions  sans  bornes  de  mes  ennemis,  et  mon  dernier  appel 
les  porter  à  faire  ce  qui  est  juste,  avec  la  tranquillité,  la  dignité 
et  la  décence  qui  conviennent  à  des  hommes!  Puisse  la  paix 
dans  laquelle  je  vais  entrer  amener  aussi  mes  ennemis  à  la  paix! 
Dans  tous  les  cas,  je  leur  pardonne.  Je  bénis  mes  amis,  et  j'es* 
père  qu'ils  se  souviendront  avec  amour  de  leur  ami  mort,  et 
que,  même  après  lui,  ils  favoriseront  de  toutes  leurs  forces  les 
projets  auxquels  il  avait  consacré  sa  vie.  » 

Nécrologie. — Staël  [Auguste  de). — M.  deStaël,  mort  à  l'âge 
de  37  ans,  a  porté  un  nom  que  ses  vertus  seules  auraient  rendu 
honorable,  s'il  n'eût  été  illustré  d'avance  par  le  talent  justement 
admiré  de  sa  mère.  Pleuré  de  tous  ceux  qui  l'ont  connu ,  re- 
gretté des  hommes  qui  avaient  fondé  des  espérances  sur  lap- 


SUISSE.  5G3 

plication  des  connaissances  variées  qu'il  avait  acquises  dans 
l<>  sjlence  du  cabinet ,  il  a  laissé  un  grand  vide  dans  cette  société 
de  philosophes  et  d'amis  de  l'humanité  qui  voient  dans  la 
liberté  la  condition  fondamentale  de  la  civilisation.  Il  est  im- 
possible d'être  meilleur  que  ne  le  fut  M.  de  Staël;  il  eût  éié 
difficile  d<-  l'égaler  dans  les  talens  qu'il  possédait  à  un  haut  de- 
gré, et  dont  il  voulait  consacrer  toute  l'énergie  à  seconder  le 
mouvement  philantropique  qui  entraîne  les  esprits  généreux 
de  notre  époque. 

Nous  voudrions  rendre  une  justice  complète  à  la  mémoire 
de  ce  jeune  éerivain  ,  en  retraçant  à  la  fois  la  beauté  de  son 
âme,  la  profonde  affection  que  lui  avaient  vouée  toutes  les 
personnes  qui  vivaient  dans  son  intimité,  et  ses  efforts,  ses 
nombreux  travaux  pour  améliorer  l'industrie,  le  sort  des 
pauvres  et  l'éducation  du  peuple.  Il  consacrait  une  partie  con- 
sidérable de  ses  revenus  à  des  expériences  sur  les  diverses 
branches  de  l'économie  rurale;  et  si  ses  tentatives  nombreuses 
exigèrent  de  continuels  sacrifices,  il  les  fit  avec  constance  et 
sans  aucune  vue  d'intérêt  personnel.  M.  de  Staël  faisait  lui- 
même  avec  une  noble  simplicité  les  honneurs  de  la  ferme  qu'il 
avait  créée;  cette* simplicité  était  en  lui  une  vertu,  il  la  portait 
jusque  dans  la  bienfaisance,  et  sa  main  aimait  à  se  cacher  dans 
l'ombre  pour  essuyer  les  pleurs  de  l'infortune.  Sa  bienfaisance 
éclairée  et  généreuse  ne  se  contentait  pas  de  répandre  l'au- 
mône; il  visitait  les  infortunés  jusque  dans  les  prisons;  il  se 
rendait  secrètement  dans  les  demeures  des  pauvres  malades, 
et  ne  craignait  pas  le  contact  des  plus  dégoûtantes  infirmités, 
toutes  les  fois  qu'il  pouvait  les  soulager. 

M.  de  Staël,  d'un  esprit  éminemment  religieux,  ne  deman- 
dait à  l'amour  du  bien  d'autre  récompense  que  le  bonheur  de 
le  faire,  et  ne  recherchait  point  la  célébrité;  mais  elle  vint  le 
trouver,  quand  il  coopéra  à  la  fondation  de  la  Société  de  la  mo- 

Irale  chrétienne,  à  celle  de  la  Caisse  d'épargne  et  de  prévoyance 
de  Paris,  dont  il  fut  un  des  plus  utiles  administrateurs  ;  à  celle 
de  la  Société  de  prévoyance  mutuelle  des  ouvriers  protestons y  de 
la  Société  biblique,  de  la  Société  des  traités  religieux,  etc.;  et 
quand  il  publia  ses  Lettres  sur  l'Angleterre ,  où  l'on  remarqua 
cette  parfaite  rectitude  de  raison  qui  ne  lui  permettait  jamais 
de  substituer  l'esprit  de  système  à  celui  d'observation.  Cet  ou- 
vrage, qui  annonçait  un  écrivain  philosophe,  faisait  connaître 
l'objet  auquel  M.  de  Staël  avait  dévoué  sa  vie  entière.  Son  but 

1  était  de  rendre  l'homme  et  la  société  à  leur  dignité  naturelle; 

2  d'affranchir  le  peuple  de  la   misère  par  l'industrie;  de  l'ar- 
I  racher  à  sa  minorité  intellectuelle  en  disséminant  les  lumières, 


564  EUROPE. 

au  vice  par  la  religion,  et  au  monopole  religieux  parla  liberté 
de  conscience.  Il  voulait  émanciper  la  société  par  de  bonnes 
institutions  et  par  la  publicité,  garantie  unique  de  tous  les 
droits  et  de  toutes  les  franchises,  et  replacer  la  liberté  poli- 
tique sur  sa  base  la  plus  solide  et  la  plus  large,  le  christia- 
nisme. «Telle  fut,  a  dit  M.  Monnard,  dans  une  Notice  lue 
Dat  lui  à  la  Société  vaudoisc  d'utilité  publique  (i),  telle  fut  la 
noble  cause  qu'il  ne  cessa  de  défendre,  tantôt  avec  une  heu- 
reuse élégance  et  une  énergie  spirituelle,  tantôt  à  l'aide  de 
l'éloquence  ,  qui  n'était  pas  la  plus  faible  des  qualités  dont  le 
ciel  l'avait  doué,  m 

M.  de  Staël  est  mort  dans  la  force  de  l'âge;  il  a  disparu  au 
moment  peut-être  où  le  progrés  toujours  croissant  des  lu- 
mières, où  celui  de  l'éducation  politique  de  la  France  allait 
lui  permettre  de  développer  les  nobles  conceptions  qu'il  avait 
mûries  pr.r  les  voyages,  l'étude  et  la  réflexion.  C'est  une  perte 
irréparable  pour  l'humanité. 

M.  de  Staël  a  laissé  un  fds,  destiné  sans  doute  à  faire  revivre 
un  jour  les  vertus  d'un  père  dont  il  n'a  pas  même  reçu  le  pre- 
mier embrassement.  R. 
ITALIE. 

Rome.  —  Publication  prochaine.  —  On  annonce  l'apparition 
d'une  nouvelle  Bibliothèque  dramatique 3  dont  on  publiera 
un  vol.  in-» 2  chaque  mois.  Elle  sera  enrichie  de  notes  histo- 
riques et  critiques,  et  de  planches  relatives  aux  costumes 
des  différentes  époques  et  des  diverses  nations.  Ce  qui  nous 
semble  digne  d'être  remarqué,  c'est  que  les  éditeurs  proposent 
un  prix  de  1 5  sequins  à  l'auteur  de  la  pièce  italienne  jugée  la 
meilleure  dans  un  délai  fixé  par  l'académie  des  arcades  de 
Rome.  La  même  société  littéraire,  qui  a  contribué  à  détruire 
l'influence  de  l'école  marinesque,  contribuera  aussi  à  garantir 
l'Italie  des  écarts  dangereux  de  l'école  appelée  romantique. 

Rome.  —  Monument  en  l'honneur  du  Tasse.  —  On  va  élever 
à  Rome,  dans  l'église  de  S.  Onofrio,  un  monument  digne  enfin 
delà  mémoire  Au  chantre  de  la  Jérusalem  délivrée.  Le  projet 
est  dû  tout  entier  à  M.  le  chevalier  P.  E.  Visconti,  et  M.  Joseph 
Fabuis,  sculpteur,  a  composé  le  dessin  du  monument.  Cet  ar- 


(i)  Nous  avons  emprunté  les  principaux  traits  de  cet  article  à  la 
Notice  de  M.  C.  JIonsmi!)  ,  sur  IU.  le  baron  Auguste  de  Stvi£l,  lue  à  la 
Société  vaudoise  d'utilité  publique,  et  publiée  aux  frais  de  la  Société, 
Lausanne;  Hignonaîné,  1827.  Iu-8°  de  3a  pag. 


JTVUF.       PAYS-BAS.  GG5 

tisu-  m*  propose  <h>  retracer  dans  le  bas-relief  «lu  soubassement 
le  cortège  funèbre  de  l'infortuné  poète.  Ce  êUjet  est  un  peu 

coiiimim,  el  l'on  eûl  préféré  qu'il  eut  choisi  (les  traits  plus  ca- 
r. ieleristiqe.es,  tels  que  V  annonce  d  On  liée  au  Tasse  Cui  son  cou- 
ronnement nu  Capitule.)  la  prise  de  Jérusalem  ,  etc.  Pourquoi  ne 
retracerait  on  pas  allégoi  iquement  quelque  sujet  do  X'Aminla  , 
ouvrage  inCmiincnt  pi  US  remarquable  que  celui  des  Se/jt  Jour- 
nées ?  Qnoi  qu'il  en  soit,  tous  les  admirateurs  de  cegrand  homme, 
c'est-à-dire  tous  ceux  qui  cultivent  les  lettres,  SOU t  appelés  à 
prendre  part  à  l'érection  de  co  monument.  On  reçoit  les  sous- 
criptions, à  Home,  chez  le  comte  Dominique  Layacci,  et  chez 
ses  correspondais  dans  les  autres  filles  de  l'Europe.  On  j)eut 
également  souscrire  à  Paris,  au  bureau  central  de  la  Revue  En- 
eyclûpédique  i  rue  d'Enfer  St.- Michel ,  n°  18.         Fr.  Salfi. 

PAYS-BAS. 

Amsterdam.  —  Institut  royal  des  Pays-Bas.  —  La  'J>*  classe 
a  tenu  sa  séance  publique,  le  28  août  dernier,  sous  la  prési- 
dence de  M.  JM.-C.  Vaiî  Hall,  qui  a  exposé  dans  son  discours 
éloquent  le  but  de  la  réunion.  Après  lui,  M.  Den  Tex,  Secré- 
taire perpétuel,  a  lu  un  rapport  succinct  sur  les  travaux  delà 
classe  pendant  les  deux  dernières  années.  Il  a  fait  mention  d'une 
dissertation  archéologique  de  M.  Reuvens  sur  quelques  idoles 
de  Java,  qui  se  trouvent  à  l'Institut,  dissertation  insérée  dans 
le  tome  11 1  des  Mémoires.  —  Conjointement  avec  les  2mc  et 
/ime  classes,  la  troisième  a  été  consultée  par  le  gouvernement 
sur  le  dessin  cl  les  inscriptions  de  deux  médailles  projetées  par 
M.  Braemt,  membre  de  la  /jmc  classe  :  l'une  destinée  à  consa- 
crer l'avènement  du  roi  actuel;  l'autre,  la  création  de  l'ordre 
militaire  des  Pays-Bas.  Le  gouvernement  se  propose  de  faire 
frapper  une  suite  de  médailles  relatives  aux  événemens  les  plus 
remarquables  qui  ont  eu  lieu  depuis  la  restauration.  D'après 
l'invitation  i\u  ministre  de  l'intérieur,  la  classe  a  donné  son 
avis  sur  quelques  mémoires  rédigés  par  M.  le  docteur  Van 
Sieiîoi.d,  résidant  à  l'établissement  hollandais  de  Décima  au 
Japon,  touchant  les  idiomes  japonais  et  de  la  presqu'île  de 
Corée,  et  l'histoire  de  ces  pays  lointains.  M.  Den  Tex  a  fait 
ensuite  m-ntion  des  lectures  faites  parles  divers  membres  dans 
les  réunions  otdinaires.  En  voici  rénumération  : 

31.  Van  11\ll,  avantageusement  connu  par  ses  ouvrages  &tf* 
Fline  le  Jeune  et  M<  ssala  Corvinus ,  a  lu  une  ode  sur  Cotiu  lie, 
mère  des  (Marques.  — M.  Van  Hkusde  a  fait  l'éloge  de  F.  Hem 
Merhilis  ,    qu'il   considète  sut  tout  dans  ses    ouvrages  philo.-o- 


566  EUROPE. 

phiques,  où  il  se  plaît  à  reconnaître  et  à  louer  un  digne  élève 
de  la  Grèce  et  surtout  de  Platon.  M.  Van  Lennep  s'est  attaché 
a  démontrer  la  supérioriré  du  système  de  M.  Champollion  jeune 
sur  celui  de  M.  Stjffartli  qui  de  l'écriture  démotiqne  veut  remon- 
ter à  l'hiératique,  de  laquelle,  avec  quelques  additions  et  des 
embellissement,  serait  résultée  l'écriture  hiéroglyphique.  M.  Van 
Lennep  a  payé  un  juste  tiibut  d'éloges  au  savant  français,  dont 
les  recherches  et  le  zèle  infatigable  ont  dissipé  les  ténèbres  qui 
couvraient  jusqu'à  nos  jours  les  antiques  contrées  de  l'Egypte  , 
berceau  des  connaissances  humaines. — M.  Koopmans  a  présenté 
des  considérations  sur  le  système  philosophique  de  Leibnitz  ,et 
principalement  sur  sa  Théodicée.  — M.  Pareau  a  présenté  l'a- 
nalyse d'un  poème  arabe  & Amralkcis  ,  et  il  a  comparé  les  des- 
criptions du  cheval  et  d'une  tempête  qui  s'y  trouvent  avec.dcs 
descriptions  de  même  nature  contenues  dans  les  poètes  sacrés 
de  la  Bible. — M.  Van  Gondoever  a  donné  un  aperçu  de  la  lit- 
térature politique  des  anciens  Grecs,  en  résumant  les  écrits  que 
les  divers  auteurs  de  cette  nation  ont  composés  sur  ce  sujet. — 
M.  Van  Hengel  a  lu  une  dissertation  sur  le  but  que  l'orateur 
chrétien  doit  se  proposer;  il  a  démontré  que  la  persuasion 
était  celui  des  orateurs  de  l'antiquité  et  que  clocere  et  delectare, 
instruire  et  plaire,  n'étaient,  chez  eux  que  des  moyens  pour  ar- 
river à  ce  but.  —  M.  Bake  a  communiqué  des  observations  sur 
l'invention  et  la  nature  de  l'alphabet  grec.  —  M.  Van  Voxst  a 
fait  l'éloge  du  mérite  littéraire  de  Hugues  Grotius,  et  il  a  cher- 
ché à  indiquer  les  circonstances  qut  ont  contribué  à  dévelop- 
per son  génie.  —  M.  Van  Assen  a  présenté  des  observations 
historiques  et  critiques  sur  l'oraison  de  Cicéron  pour  Roscius. 
—  M.  Geel  a  essayé  de  former  un  ensemble  du  peu  de  frag- 
inens  qi;i  nous  restent  d'une  tragédie  d'Euripide.  —  M.  Warn- 
koenig  a  communiqué  une  notice  sur  la  vie  et  les  écrits  du 
jurisconsulte  Jourdan  ,  l'un  des  restaurateurs  de  l'étude  histo- 
rique du  droit  romain  en  France,  trop  tôt  enlevé  à  la  science 
et  à  ses  amis. — M.  1)en  Tex  s'est  efforcé  d'expliquer  comment  les 
divers  systèmes  d'économie  politique,  d'abord  en  Italie,  puis 
en  France,  ont  pris  leur  origine  dans  l'état  civil  où  se  trouvaient 
alors  ces  peuples,  et  comment  le  système  industriel  de  nos 
jours  a  dû  prendre  naissance  en  Angleterre.  Le  même  membre 
a  présenté  des  réflexions  sur  les  anciennes  lois  maritimes  des 
Pays-Bas,  dont  il  a  tâché  de  faire  connaître  le  vrai  texte  et  la 
nature,  en  s'aidant  de  plusieurs  manuscrits  des  xive,  we  et 
xvie  siècles.  M.  Den  Tex  a  ensuite  donné  un  aperçu  d'une 
hi&toire 'générale  de  la  jurisprudence.  Ni  l'Orient  ni  la  Grèce 
n'ont  connu  cette  science;  ce  n'est  qu'à  Rome  qu'elle  a  pris 


PAYS-BAS.  !>G7 

naissance,  et  seulement  en  ce  qui  concerne  le  droit  civil.  Les 
anciens  ignoraient  l'analyse  philosophique  du  droit;  elle  était 
réservée  à  nos  jouri.  Enfin',  le  même  membre  a  communiqué 
la  première  partie  d'un  commentaire  sur  quelques  édits  du  pré- 
fet d'Egypte  sous  l'administration  des  Romains. 

Après  ce  rapport  sur  les  travaux  de  la  classe,  M.  Din  Tex 
a  payé  un  tribut  à  la  mémoire  des  membres  dont,  elle  déplore 
la  perte,  en  lisant  une  courte  notice  nécrologique  sur  chacun 
d'eux.  Ce  sont  MM.  F.  D.  Wriarua,  connu  par  des  disserta- 
tions historiques  et  juridiques  sur  les  anciens  droits  frisons 
et  d'autres  ouvrages.  M.  KooriuANs,  professeur  de  théologie, 
déjà  nommé  dans  cet  article.  Philosophe  éclectique  et  chrétien 
éclairé,  fidèle  aux  préceptes  de  L'Évangile,  il  pratiquait  dans 
la  société  les  vertus  qu'il  enseignait  aux  autres.  Divers  prix 
j  qui  lui  ont  été  décernés  par  des  sociétés  savantes ,  ainsi  que 
divers  mémoires  lus  à  la  classe ,  surtout  un  mémoire  sur  les 
écoles  des  prophètes  chez  les  Juifs,  et  d'autres  ouvrages  pu- 
bliés, attestent  sou  esprit  juste  et  ses  connaissances  étendues. 
M.  Stuart,  secrétaire  de  la  classe  dès  l'origine,  était  prédica- 
teur des  réformés  remont rans.  Ses  ouvrages  originaux  sont 
une  Histoire  romaine  et  Y  Histoire  de  la  république  batave  de- 
puis 1748.  Le  roi  l'avait  nommé  historiographe  du  royaume. 
Comme  orateur  chrétien,  M.  Stuart  était  très-estimé.  Dans  les 
Mémoires  de  la  classe,  on  en  trouve  un  de  lui  sur  le  fatum 
des  anciens,  et  un  autre  sur  l'ironie  de  Socrate.  — M.  Was- 
senberg  était  professeur  de  littérature  ancienne  à  Francher. 
On  a  de  lui  un  commentaire  sur  le  Ier  livre  de  l'Iliade  ,  une 
traduction  des  vies  de  Plutarquc,  etc. 

M.  Par  eau  a  terminé  la  séance  par  un  discours  latin  sur 
le  sentiment  éminemment  religieux  des  anciens  peuples. 

Les  questions  proposées  en  1S25  n'ayant  obtenu  qu'une 
seule  réponse  qui  n'a  pas  été  jugée  satisfaisante,  elles  sont 
remises  au  concours  : 

i°  Comme  il  existe  une  grande  variété  d'opinions  relative- 
ment à  la  science  du  droit  naturel ,  la  classe  demande  qu'on 
établisse  enfin  en  quoi  consiste  cette  science,  si  elle  existe 
véritablement,  et  quels  sont  sa  nature,  ses  principes,  et  les 
causes  qui,  à  différentes  époques,  l'ont  fait  juger  si  différem- 
ment. Elle  ne  désire  point  un  nouveau  système  de  droit  natu- 
rel,  mais  une  critique  de  ce  qui  a  déjà  été  dit;  elle  prévient 
qu'elle  ne  comprend  sous  la  dénomination  de  droit  naturel 
ni  la  morale  en  général,  ni  la  philosophie  dite  du  droit 
positif. 

20  En  quoi  les  anciens  Grecs  sont-ils  redevables  aux  peuples 


i68 


EUROPE. 


de  l'Orient  pour  leur  langue,  leur  écriture,  leurs  arts  et  leurs, 
sciences?  Comment  ont -ils  pu  approprier  à  leurs  mœurs  et 
à  leur  caractère,  ce  qu'ils  avaient  emprunté  à  ces  peuples? 

3°  Quelle  influence  ont  exercée  sur  la  civilisation  des  peu- 
ples européens  les  établisseniens  de  colonies  romaines  dans  la 
parue  occidentale  de  notre  continent? 

Le  prix  est  une  médaille  de  l'Institut,  de  la  valeur  de  3oo 
florins.  Les  mémoires  doivent  être  envoyés  à  l'hôtel  de  l'Insti- 
tut, avant  la  fin  de  l'année  1828.  X.  X. 

Louvain.  —  Statistique  de  l' Université.  —  Voici  le  relevé  du 
nombre  des  élèves  qui  ont  fréquenté  l'Université  de  Louvain 
depuis  sa  restauration,  avec  l'indication  des  Facultés; 


ANNÉES 

ACADEMIQUES. 

FACI 

JLTKS    L 
Droit. 

)E 

TOTAUX.      ! 

Médecine. 

Sciences. 

Lettres. 
42 

Collège 
philosoph. 

I8l7—l8l8 

Si 

7 

IOO 

» 

3              5 

23o     fr 

l8l8—l8l9 

96 

32 

IOO 

53 

» 

281 

1819 — 1820 

80 

49 

89 

61 

» 

279 

1820 — 1821 

5S 

43 

94 

78 

» 

272 

1821  — 1822 

60 

44 

93 

70 

B 

272 

1822 — iS23 

59 

44 

126 

75 

» 

3o4 

1823—1824 

67 

52 

i34 

82 

» 

335 

i8a4— 1S25 

G8 

56 

i57 

84 

» 

365 

1825— j  826 

77 

68 

i63 

**9 

<93 

620 

1826— 1827 
Totaux.  .. 

87 

79 

179 

97 

249 

697 

733 

437 

1240 

76* 

442 

3649 

—  Société  d'étudians.  —  Quand  les  intelligences  particu- 
lières se  sont  éclairées,  il  se  forme  une  sorte  de  raison  publi- 
que, juge  des  pensées  comme  des  actions  individuelles,  et 
devant  laquelle  les  moindres  licences  restent  sans  excuse, 
parce  qu'elle  n'entre  point  en  composition  avec  l'élégance 
corrompue,  l'indulgence  perverse  des  salons,  ou  les  froids 
calculs  de  l'intérêt.  Chez  un  peuple  où  se  manifeste  ce  per- 
fectionnement moral,  il  serait  utile  de  provoquer  les  associa- 
tions ,  de  mettre  les  individus  en  présence:  car,  si,  dans  les 
sociétés  barbares  ou  peu  avancées  en  civilisation,  une  réunion 
devient  souvent  un  attroupement,  le  délassement  un  tumultes 
le  mérite  y  cherchant  la  solitude  et  y  abandonnant  tout  au 
vice  et  à  l'impéritie;  on  peut  dire  que  parmi  les  aggloméra- 
tions d'hommes  policés,  instruits,  le  vice  seui  reste  solitaire  : 


PAYS-BAS.— FRANCE.  *6g 

l'esprit  de  désordre  s'y  cache,  certain  qu'il  est  de  se  voir  con- 
damné par  l'opinion  générale,  s'il  se  montrait  au  jour.  —  Au 
milieu  de  tels  homme-;,  je  \eux  dite  dans  une  nation  comme 
la  DOtre,  cnootiragpr  l'esprit  d'association,  c'est  éviter  les  dé- 
penses et  les  embarras  d'une  police  active  :  il  y  aurait  bien 
peu  de  sens  à  s'effrayer  d'une  disposition  qui  s<>  réprime  d'elle- 
même,  et  qui  porte  en  soi  des  principes  infaillibles  d'amen- 
dement. —  Les  étudions  de  l'université  de  Lonvain  se  sont 
réunis  pour  causer  entre  eux  de  leurs  éludes,  lire  de  bons  li- 
vres, de  bons  ouvrages  périodiques,  au  nombre  desquels  ss 
trouvent  la  Revue  Encyclopédique  et  le  Globe,  et  pour  se  dé- 
lasser des  travaux  de  leur  journée  :  dirigés  par  des  cama- 
rades, par  des  amis  qu'ils  ont  choisis  eux-mêmes,  et  dont 
les  observations  n'auraient  rien  de  pénible  pour  l'amour- 
propre,  ils  donnent  aux  personnes  d'un  âge  plus  mur  l'exem- 
ple de  la  décence,  de  l'application,  et  semblent  deviner  ces 
convenances  fines  et  délicates  que  Ton  apprend  dans  un 
monde  où  ils  ne  sont  pas  encore  entrés.  Une  pareille  institu- 
tion prouve  beaucoup  en  faveur  de  l'esprit  qui  anime  l'uni- 
versité, et  il  est  à  souhaiter  qu'on  l'imite  ailleurs.  Cette  an- 
née, quelques  membres  de  cette  société  ont  publié  deux 
almanachs,  l'un  en  flamand,  l'autre  en  français.  On  aime  à  y 
voir  la  raison  relevée  par  la  finesse  et  par  une  teinte  légère 
de  malice  qui  ne  messied  point  à  la  jeunesse. 

DE    FlEIFFENBlRG. 

FRANCE. 
PARIS. 

Institut.  —  Académie  des  sciences.  —  Séance  du  1 4  Jan- 
vier 1828.  —  M.  Biot  lit  un  mémoire  sur  la  double  réfraction. 
—  M.  Ozenne  lit  un  mémoire  sur  un  nouveau  mannequin  pour 
les  accouchemens. 

Du  22  janvier.  —  Le  ministre  de  la  guerre  demande  la  com- 
munication d'un  ancien  rapport  sur  des  fours  chauffés  au 
charbon  de  terre.  L'expédition  de  ce  rapport  sera  adressée  au 
ministre.  —  M.  Arago  fait  deux  communications  \ei  baies. 
L'une  est  relative  à  une  aurore  boréale  qui  n'a  pas  étéapeiçne 
à  Paris,  mais  dont  M.  Arago  avait  cru  pouvoir  annoncer  l'ap- 
parition d'après  les  dérangemens  de  l'aiguille  aimantée.  Cette 
aurore  boréale  s'est  en  effet  montrée  en  Angleterre  ,  le  29  mars 
1826,  de  8  heures  à  10  heures  du  soir.  Elle  avait  la  forme  d'un 
«ic  que  le  méridien    magnétiqne   partageait  en   denx   parties 


5;o  FRANCE. 

égales.  En  rassemblant  les  observations  faites  par  divers  phy- 
siciens dans  des  villes  situées  entre  Manchester  et  Edimbourg, 
RI.  Dai.ton  a  trouve  que  la  matière  lumineuse  dont  l'arc  était 
formé  se  trouvait  à  ioo  milles  anglais  de  hauteur  verticale; 
que  la  largeur  de  Tare  visible  était  de  8  ou  9  milles,  et  qu'il  y 
avait  Soo  milles  de  distance  entre  les  deux  extrémités  qui  tou- 
chaient l'horizon  à  l'est  et  à  l'ouest.  La  seconde  communication 
est  relative  à  une  lettre  de  M.  le  capitaine  Scoresby,  concer- 
nant les  effets  singuliers  produits  par  la  foudre  sur  le  bâtiment 
le  New-  York ,  dans  la  traversée  d'Amérique  à  Liverpool.  Cette 
1  dation  donne  lieu  à  M.  Arago  de  faire  un  rapport  verbal  sur 
un  travail  de  M.  Savary  qui  fournit  l'explication  de  plusieurs 
effets  de  ce  genre.  —  M.,  Ch.  Dupix  lit  une  notice  sur  l'ensei- 
gnement primaire  de  la  Touraine,  et  répond  à  diverses  re- 
marques contenues  dans  un  mémoire  lu  par  M.  Duvau  à  Tune 
des  dernières  séances.  —  M.  Warden  lit  une  lettre  relative  à 
des  îles  nouvellement  découvertes,  non  loin  des  côtes  du  Japon, 
par  le  capitaine  Coffen.  —  M.  Legexdre,  qui  avait  récemment 
entretenu  l'Académie  de  nouvelles  découvertes  faites  dans  la 
théorie  des  fonctions  elliptiques  par  M.  Jacobi  ,  annonce  que, 
dans  le  n°  127  du  Journal  astronomique  d'Altona,  on  trouve 
un  Mémoire  de  ce  jeune  géomètre  qui  contient  la  démonstration 
d'un  théorème  très-général  pour  (a  transformation  des  fonc- 
tions elliptiques  de  la  première  espèce.  Cette  démonstration 
suppose  dans  son  auteur  une  très-grande  sagacité,  et  justifie 
pleinement  l'opinion  favorable  que  M.  Legendre  avait  exposée 
dans  une  des  séances  précédentes.  On  voit  déjà,  par  l'article 
cité,  combien  est  général  et  fécond  le  principe  analytique  d'où 
est  parti  M.  Jacobi.  Ce  savant  s'occupe  maintenant  de  mettre 
en  ordre  l'ensemble  de  ses  découvertes,  et  il  doir  les  publier 
successivement  dans  le  même  Journal  astronomique.  Elles  ne 
peuvent  manquer  d'exciter  au  plus  haut  degré  l'intérêt  des  ana- 
lystes. —  M.  Arfwkdson  ,  résidant  à  Stockholm  ,  est  élu  cor- 
respondant de  l'Académie  ,  dans  la  section  de  chimie.  — 
M.  Cauchy  présente  un  mémoire  sut  les  résidus  des  fonctions 
exprimées  par  des  intégrales  définies. 

—  Du  28  janvier.  —  M.  DelessëH'Cdmma nique  à  l'Académie 
une  lettre  qui  lui  a  été  adressée  d'Amérique,  et  qui  contient 
des  nouvelles  de  M.  IîOnpland.  —  M.  de  Blainville  donné  corti  - 
munication  d'une  lettre  de  MM.  Quoy  cïGaymard  ,  concernant 
diverses  observations  zoologiques  qu'ils  ont  faites  sur  les  côles 
de  la  Nouvelle-Zélande.  —  M.  Arago  lit,  pour  M.  Becqiterel, 
une  note  dans  laquelle  ce  physicien  rend  compte  de  quelques 
expériences  qu'il   a  faites  sur  les  propriétés  électriques  de  ia 


riras.  571 

tourmaline.  —  Le  même  membre  communique  une  lettre  de 
M.  \  m/, il»-  Nîmes,  qui  renferme  les  éléuoens  des  deux  der- 
nières comètes,  [/orbite  de  l'une  d'elles  a  quelque  ressemblance 
avec  celle  de  la  comète  tir  1780 ,  calculée  par  Méchain;  M.  Valz 
annonce  qu'il  discutera  avec  soin  L'ensemble  des  observations 
pour  rechercher  si  l'on  peul  croireà  l'identité  des  deux  astres. 
—  IMaVI.  Girard  et  ISavier  font  un  rapporl  sur  un  mémoire  de 
M.  LisnoEMT ,  intitulé  :  Recherches  sur  les  poids  et  le$  dimen- 
sions à  donner  aux  volans  pour  qu'ils  produisent  l'effet  qu'on 
désire  en  obtenir,  «  Les  commissaires  pensent  que ,  l)ien  que  le 
sujet  de  ce  mémoire  soit  digne  d'intérêt,  ce  sujet  n'a  pas  été 
traité  avec  la  rigueur  mathématique  dont  il  est  susceptible,  et 
que  les  notions  qui  y  son!  contenues  sont  dénuées  de  la  justesse 
et  de  l'exactitude  indispensables  pour  obtenir  l'approbation  de 
1  académie.  »  (Adopté.J — M.  Geoffroy  lit  un  mémoire  sur  deux 
espèces  nommées  Trochilus  et  BdcVa  par  Hérodote  ,  sur  la 
guerre  que  se  font  ces  espèces  et  le  soulagement  qu'en  reçoit  le 
crocodile. 

—  Du  4  février.  M.  Moreau  de  Joxnès  communique  des  dé- 
tails sur  lés  trcmblemcns  de  tei  re  qui  se  sont  multipliés  extraor- 
dinairement  aux  Antilles,  pendant  le  cours  des  six  derniers  mois 
de  l'année  1827.  —  M.  de  Freyeinet  donne  lecture  d'une  lettre 
qui  lui  a  été  écrite  par  MM.  Quo\*et  Gaymard,  en  date  de  Ton- 
ga-Tabou, l'une  des  îles  des  Amis,  le  i/i  mai  1827.  —  M.  Jrago 
ajoute  à  la  communication  qu'il  a  faite  dans  la  séance  précé- 
dente que  M.  Schwerd  avait  remarqué,  avant  M.  Vaîiz,  que 
les  élémens  d'une  des  comètes  de  1827  ressemblent  à  ceux  de 
la  comète  de  1780,  calculés  par  Qléchain.  —  MM».  Latreille  et 
Duméril  font  un  rapport  sur  le  mémoire  de  M.  Bretonneau, 
intitulé:  Notice  sur  les  propriétés  vésicantes  de  quelques  insectes 
de  la  famille  des  cant h  arides.  «  La  matière  essentiellement  active 
de  la  cantharide  réside  dans  un  principe  particulier,  découvert 
et  appelé  canthàridiae  par  M.  Robiquet.  Ce  principe  est  soluble 
dans  les  huiles  et  dans  les  autres  corps  gras,  de  sorte  qu'en  cou- 
vrant un  emplâtre  vésicaioire  (.Yun  papier  fin  non  collé  et  huilé, 
et  en  le  fixant  solidement  il  produit  toujours  son  effet;  niais 
IYpidermc  est  toujours  ménagé,  la  cloche  reste  le  plus  souvent 
entière,  aucune  parcelle  de  la  matière  vésijcante  ne  reste  en  con- 
tact avec  la  peau,  circonstance  qui  obvie  à  beaucoup  d'incon- 
véniens  et  souvent  aux  taches  indélébiles  que  laissent  les  vési- 
catoires  dans  les  cicatrices.  Ce  sont  probablement  ces  pre- 
mières recherches  sur  l'action  des  cantharides  qui  ont  engagé 
M.  Bretonneau  à  tenter  les  nouvelles  expériences  dont  il  rend 
compte.  Ce  savant  a  trouvé  sur  les  rives  de  l'Indre  et  du  Cher 


572  FRANCE. 

une!  lès-grande  quantité  d'insectes  coléoptères  t\w  genre  mylabra 
qui  étaient  fixés  à  des  pieds  de  chicorée  et  de  fleurs  de  !a  même 
famille.  Cette  espèce  de  mylabre  diffère  peu  de  celle  de  !a 
chicorée;  elle  est  appelée  variabifis  par  M.  le  comte  Dejean; 
c'est  bien  la  même  que  celle  qui  est  appelée  cantharis  par  Pline 
et  par  Dioscoride.  A  l'instant  où  l'on  veut  saisir  ces  mylabres, 
ils  se  contractent,  deviennent  iflimobiles,  en  laissant  suinter  des 
articulations  de  leurs  membres  des  gouttelettes  d'un  liquide  jau- 
nâtre, transparent  et  visqueux  ,  qui  probablement  est  pour  eux 
un  moyen  de  défense  qui  les  empêche  de  devenir  la  proie  des 
oiseaux.  Ce  liquide  a  l'odeur  de  la  rose,  et  contient  la  matière 
vésieante.  M.  Bretonneau  a  comparé  avec  beaucoup  de  soin 
l'action  vésieante  des  mylabres  desséchés  et  réduits  en  poudre 
avec  celle  des  cantharides  ;  il  a  mis  en  usage  des  procédés  ab- 
solument semblables  pour  la  préparation,  le  poids  de  la  matière, 
les  surfaces  sur  lesquelles  le  médicament  a  été  appliqué.  Dans 
tous  les  cas,  l'action  produite  parles  vésicatoires  de  mylabre  a  été 
plus  vive. La  cirocome  de  Scheffer,  et  toutes  les  espèces  du  genre 
miloa  ou  pioscarabée  ont  été  reconnues  douées  de  la  même  pro- 
priété vésieante.  M.  Bretonneau  décrit  ensuite  le  procédé  simple 
et  expéditif  qu'il  a  employé  pour  obtenir  \ucant/iaridine,  mêlée,  il 
est  vrai,  avec  la  graisse  et  quelque  organe  extérieur  de  l'insecte, 
mais  dont  il  a  pu  la  séparer  parla  suite.  Si  l'on  étend  la  matière 
grasse,  ainsi  obtenue,  dans  de  l'huile  fixe,  on  a  une  huile  qui 
jouit  à  un  très-haut  degré  de  la  propriété  vésieante.  Un  morceau 
de  papier  de  figure  et  de  dimension  déterminées,  qui  en  est  im- 
bibé, devient  un  vésicatoire  qui  s'adapte  aisément  aux  surfaces 
les  plus  irrégulières,  et  qui  convient  surtout  pour  le  traitement 
de  l'érysipèle  de  la  face.  Nous  citerons  encore  les  recherches  de 
l'auteur  sur  la  nature  et  la  quantité  variable  de  la  graisse  des 
insectes;  ses  expériences  sur  l'administration  à  l'intérieur  de  la 
cantharidine,  dont  les  propriétés  aphrodisiaques  lui  ont  paru 
exagérées,  mais  qui,  donnée  à  certaine  dose,  produit  tous  les 
phénomènes  de  l'empoisonnement,  en  ralentissant  la  circula- 
tion et  en  déterminant  une  léthargie  mortelle.  »  Cet  intéressant 
mémoire  sera  imprimé  dans  le  recueil  des  sa  vans  étrangers. 

—  MM.  Sylvestre  et  Coqucbert-Montbret  font  un  rapport  sur 
un  mémoire  de  M.  Duvau,  intitulé  :  Estai  statistique  sur  le 
département  d'Indre-et-Loire  ou.  Cancicnne  Touraine.  L'auteur 
du  mémoire  se  plaint  de  ce  qu'on  a  attribué  à  tout  le  départe- 
ment d'Indre-et-Loire  un  manque  d'instruction  qu'il  ne  saurait 
admettre  que  pour  une  partie  de  ce  départemental  qu'il  motive 
sur  des  circonstances  locales  fort  étrangères  aux  inclinations  et 
à  la  volonté  de  ceux  qui  sont  l'objet  de  ce  reproche.  On  n'a  pas 


PARIS.  573 

li'im  compte  ,  suivant  lui,  de  ce  que  celte  partie  de  la  France 
Comprend  dans  une  même  division  administrative  deux  sorics 
de  pays,  qui,  quoique  coulions,  diffèrent  essentiellement  entre 
eux  par  la  nature  du  sol  et  des  productions,  par  l'étal  de  l'agri* 

Culture  et  par  le  degré  d'aisance  de  leurs  habilans.  Ces  commis- 
saires  ont  JUgé  que  les  remarques  de   M.  Duvau  devaient  élre 

généralisées  ci  appliquées  seulement  à  la  statistique  en  général. 

11  croit  que  si,  pour  recueillir  les  laits  sur  lesquels  reposent 
cette  science,  on  doit  se  renfermer  dans  les  divisions  adminis- 
tratives, il  Tant,  dès  qu'Us  sont  élaborés,  eu  revenir  aux  divisions 
naturelles  pour  classer  ces  faits,  cl  eu  tirer  des  conséquences 
applicables  aux  différentes  parties  des  connaissances  bumaincs, 
telles  que  la  météorologie,  l'agriculture,  l'hygiène,  l'anthropo- 
logie, et  même  l'économie  politique.  En  conservant  les  divisions 
administratives,  on  serait  exposé  à  mille  répétitions  (fui  aug- 
menteraient d'une  manière  effrayante  le  nombre  de  volumes 
consacré  à  la  statistique,  et  à  une  très-grande  confusion;  en 
adoptant  les  divisions  naturelles,  les  faits  du  même  genre  se- 
ront rapprochés,  par  une  méthode  analogue  à  celle  d-s  fa- 
milles naturelles,  et  on  aura  des  considérations  statistiques, 
telles  que  1  académie  doit  s'en  occuper.  Le  travail  de  M.  Duvau 
obtient  l'approbation  de  l'Académie  qui  l'engage  à  étendre  ses 
recherches  à  une  plus  grande  partie  du  bassin  delà  Loire,  et  à  v  ap- 
pliquer les  connaissances  géologiques  et  botaniques  dont  il  a  fuit 
preuve.  —  M.  Gay- Lussac  annonce  que  M.  Guimkt,  commis- 
saire des  poudres  et  salpêtres ,  est  parvenu  à  faire  l'outremer 
de  toutes  pièces,  en  réunissant  les  principes  que  MM.  Clément 
et  Désormes  avaient  trouvés  par  l'analyse  du  lapis  naturel.  Ce 
nouveau  produit  est  plus  riche  en  couleur  et  plus  éclatant  que 
le  lapis  naturel.  A.  Miciiklot. 


Société  de  Géographie.  —  Prix  annuel  pour  la  découverte  la 
plus  importante  en  géographie.  —  La  Société  de  Géographie 
offre  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  1,000  ï\\  au  voyageur 
qui  aura  fait  une  découverte  marquante,  et  jugée  la  plu;  impor- 
tante parmi  celles  dont  elle  aura  eu  connaissance  peu  dan  tic  cours 
de  l'année  1828.  Il  recevra  en  outre  le  titre  de  correspond mt 
perpétuel  s'il  est  étranger,  ou  celui  de  membre  s'il  est  IVan- 
çais;  et  il  jouira  de  tous  les  avantages  qui  sont  attachés  à  ces 
titres. 

A  défaut  d'une  découverte  de  cette  espèce,  une  médaille  d'or 
du  prix  de  5oo  fr.  sera  décernée  au  voyageur  qui  aura  adressé 
pendant  le  même  tems  à  la  Société  les  notions  ou  les  conimu- 


574  FRANCE. 

nications  les  plus  neuves  et  les  plus  utiles  aux  progrès  de  la 
science.  Il  sera  porté  de  droit,  s'il  est  étranger,  sur  la  liste  des 
candidats  pour  la  place  de  correspondant.  La  Société  désire 
que  les  mémoires  soient  écrits  en  français  ou  en  latin;  cepen- 
dant elle  laisse  aux  concurrens  la  faculté  d'écrire  leurs  ou- 
vrages en  anglais,  en  italien,  en  espagnol  ou  en  portugais. 

Tout  ce  qui  est  adressé  à  la  Société  doit  être  envoyé  franc 
de  port ,  et  sous  le  couvert  de  M.  le  président,  à  Paris,  rue  et 
passage  Dauphin e ,  n°  36. 

Propagation  de  l'enseignement  élémentaire.  —  Au  moment  où 
la  France  cherche  à  s'assurer  pour  le  présent  la  jouissance  de 
ses  libertés  légales,  il  est  indispensable  de  songer  à  fixer  aussi 
ses  destinées  pour  l'avenir.  La  propagation  des  lumières  et  de 
l'instruction  primaire  en  est  le  plus  sûr  moyen.  Sur  une  popu- 
lation de  trente -un  millions  huit  cent  mille  âmes,  on  compte 
encore  aujourd'hui  en  France  quinze  millions  au  moins  d'habi- 
tans  qui  ne  savent  point  lire. 

Six  millions  d'enfans  seraient  en  âge  de  fréquenter  les  écoles; 
elles  en  reçoivent  à  peine  un  million  et  demi,  dont  un  million 
de  garçons  et  cinq  cent  mille  jeunes  filles  seulement.  Ce  sont 
quatre  millions  et  demi,  d'enfans,  outre  dix  millions  d'adultes  , 
au  moins,  qui  sont  dénués  de  toute  instruction  même  élémen- 
taire ,  et  qu'il  s'agirait  d'en  pourvoir. 

Mais  ,  sur  près  de  quarante  mille  communes  ,  il  en  est  encore 
seize  mille  qui  manquent  totalement  d'écoles  pour  les  garçons  , 
et  vingt-cinq  mille  peut-être  qui  sont  dépourvues  d'écoles  pour 
les  filles. 

Des  vingt  sept  mille  écoles  qui  subsistent ,  il  en  est  à  peine 
quatre  cent  cinquante  qui  pratiquent  la  méthode  d'enseignement 
mutuel,  les  autres  continuent  à  suivre  les  anciens  erremens. 

Cependant,  le  nombre  moyen  des  enfans  admis  dans  les 
écoles  ordinaires  n'est  que  de  trente -huit,  tandis  qu'il  est  de 
cent  quatre  dans  celles  d'enseignement  mutuel,  et  ce  nombre 
pourrait  même  y  être  plus  considérable  sans  inconvénient. 

Aussi  l'instruction,  qui  revient,  d'après  tes  anciens  procédés, 
à  dix-sept  ou  dix- huit  francs  par  an,  pour  chaque  enfant  ,  ne 
coûte-t-elledans  les  écoles  d'enseignement  mutuel  que  sept  ou 
huit  francs;  sans  compter  qu'elle  y  est  en  même tems  plus  com- 
plète et  surtout  plus  prompte.  «* 

On  évalue  à  dix  -sept  millions  la  somme  dépensée  annuelle- 
ment pour  l'entretien  des  écoles  de  garçons  par  les  familles  et 
les  communes  (  car  les  fonds  affectés  par  le  gouvernement  à  cet 
objet  ne  s'élèvent  pas  au-delà  de  5o,ooo//\  ).  Avec  la  même 
somme  on  pourrait,  au  lieu  d'un  million  de  garçons,  en  instruire 


PARIS.  575 

deux  millions  an  moins,  et  pourvoira  l'enseignement  si  néces- 
saire et  M  négligé  des  jeunes  filles  pauvres.  On  pourrait. ,  en 
outre,  recevoir  dans  les  mêmes  écoles,  avec  une  très  «légère 
augmentation  de  dépenses,  quatre  millions  d'adultes  dans  les 
classes  du  soir  et  du  dhnanelie. 

Il  existe,  (mi  France,  plusieurs  Sociétés  qui  s'occupent  de  l'a- 
mélioration et  de  la  propagation  de  l'enseignement  élémen- 
taire, et  particulièrement  de  la  méthode  d'enseignement  mutuel, 
laquelle  est  a  la  fois  moins  pénible  pour  lesenfans,  plus  favo- 
rable à  leur  santé  et  au  développement  de  leurs  facultés  phy- 
siques et  morales. 

11  serait  à  désirer  que  de  semblables  Sociétés  fussent  fondées 
dans  les  principales  villes  du  royaume.  Un  grand  nombre  d'as- 
sociation analogues  sont  établies  dans  les  pays  étrangers,  et 
notamment  en  Angleterre,  en  Danemark,  en  Suède  ,  en  Alle- 
magne et  dans  les  Pays-Bas. 

Les  Sociétés  d'Irlande  sont  parvenues  à  établir  et  à  soutenir 
depuis  peu  ,  onze  mille  huit  cent  vingt-trois  écoles.  En  Dane- 
mark, deux  mille  écoles  d'enseignement  mutuel  ont  été  fondées 
en  quatre  ans. 

La  Société  pour  l'instruction  élémentaire  de  Paris,  qui  compte 
déjà  dans  son  sein  une  foule  depcisonnes  honorables  (i),  en- 
tretient à  .ses  frais  trois  grandes  écoles  modèles  (deux  de  filles, 
une  de  garçons)  qui  renferment  constamment  et  instruisent 
gratuitement  de  mille  à  onze  cents  enfans. 

Un  comité,  formé  parmi  les  dames  qui  font  partie  de  cette 
Société,  est  chargé  de  la  surveillance  spéciale  des  écoles  de 
filles  (a). 

La  Société  distribue,  en  outre,  journellement  des  secours 
en  ardoises,  livres,  tableaux,  crayons,  etc.,  à  a58  écoles  de 
département  avec  lesquelles  elle  est  en  correspondance. 

Elle  s'occupe  de  l'examen  de  tous  les  moyens  de  perfection- 
nement qu'on  veut  bien  lui  soumettre. 

Enlin,  la  Société,  malgré  le  peu  de  ressources  qu'elle  pos- 


(i)  Le  Bureau  de  la  Société  se  compose,  cette  année,  de  MM.  Mollien, 
pair  de  France  ,  président  ;  Lasteyrie  et  Ternaux  aîné ,  député  ,  vice- 
présidens  ;  Dcgérando,  secrétaire-général;  Jomard,  Francœur,  Ch.  Re~ 
nouard,  Maliul,  A.  Taillandier,  Courboricu ,  secrétaires;  Al.  LamcOi  et 
Al.  Delabordc,  députés,  censeurs;  Fourchy ,  jeune ,  notaire  ,  trésorier. 

(t)  Ce  comité  se  compose  de  MMmcs  Pastcret,  Gautier,  Delesscrt,  de 
Crillon  ,  de  Broglie ,  Dode  ,  Pérignon  ,  de  Ludre ,  Dclaborde,  de  Sainte- 
Aulaire  ,  de  Lascours ,  Gabriel  Delessert. 


5;6  FRANCE. 

si\!e,  m  borne  pas  là  tous  ses  soins.  Deux  concours  annuels 
sont  ouverts  par  elle  pou»-  répandre  l'habitude  et  améliorer  le 
choix  îles  lectures  populaires.  Par  L'un  de  ces  concours,  elle 
provoque  la  composition  de  livres  instructifs  et  élémentaires 
propres  à  être  donnés  en  lecture  au  peuple.  Par  l'autre,  elle 
s'efforce  de  substituer  aux  misérables  productions  desMathieu- 
Laensberg  des  almanachs  qui  ne  renferment  que  des  notions 
utiles  et  morales.  Dix  ouvrages  ont  été  déjà  couronnés  par  elle, 
et  publiés  aux  prix  de  3o  et  40  c.  par  volume. 

Pour  faire  partie  de  cette  Société,  ii  suffit  d'être  présenté 
par  un  membre  eî  de  s'engager  à  payer  25  francs  par  année. 
Moyennant  cette  somme,  suffisante  pour  fournir  à  l'instruction 
annuelle  de  trois  enfans,  chaque  souscripteur  reçoit  tous  les 
mois  un  numéro  du  Journal  d' 'Éducation ,  publié  sous  les  aus- 
pices de  la  Société,  et  peut  envoyer  trois  enfans  aux  écoles  fon- 
dées et  entretenues  par  elle. 

Toutes  les  personnes  amies  du  bien  public  sont  invitées  à 
coopérera  l'action  bienfaisante  de  cette  Société. 

Société  royale  des  bonnes  lettres  (  rue  de  Grammont  n°  i3). 
—  Celte  Société,  fondée  il  y  a  huit  ans  par  un  parti,  a  vu  de- 
puis, à  mesure  que  ce  parti  s'est  décomposé  et  dissous,  et  que 
la  raison  publique  a  fait  des  progrès,  l'esprit  qui  l'animait  à 
son  origine  dégénérer  et  presque  disparaître.  C'était  un  club  ; 
ce  n'est  plus  qu'une  Société  littéraire.  On  ne  peut  trop  la  féli- 
citer d'une  décadence  qui  l'élève  au  rang  des  établissemens 
utiles  de  la  capitale,  et  offre  aux  talens  qu'elle  appelle  dans 
son  sein  le  plus  honorable  emploi. 

Voici  le  programme  des  cours  et  des  lectures  qu'elle  annonce 
pour  cet  hiver  : 

Sciences  physiques. 

Physique  expérimentale  :  M.  Despretz. 
Hygiène  :  M.  le  Dr  Paiuset. 

Histoire  et  Littérature. 

Histoire:  M.  Rio. 

Essai  sur  la  tragédie  grecque  :  M.  Patin. 

Morale:  M.  Laurent  de  Jussieu. 

Poésie  anglaise  :  M.  Fallon. 

Littérature  italienne:  M.  Paolï. 

Parmi  les  hommes  de  lettres  qui  feiont  en  outre  des  lectures 
variées,  soit  en  vers,  soit  en  prose,  on  lemarque  MM.  Juger. 
Bignan,  Brifaut ,  Campenon ,  de  Chénedcllé ,  le  barou  d'£VX- 
stei/z,  Garcia  de  Tassi  ,  Guiraud ,  de  Halhr ,  l'ictor  Hugo, 
Charles  Lacrclelle ,  M'chaud,  Charles  Nodier,   Quatre;),' 


PARIS  577 

Quitter ,  Abél Rémusat ,  Raoul- -Rochette ,  Roger,  Soumet,  Saim- 
Prosper  ,  etc. ,  etc. 

La  Société  des  bonnes  lettres  propose,  pour  sujet  du  prix 
de  poésie  à  décernei  en  1 8 ->. «S ,  ^Entrée  de  HeUri  If  dans  Paris. 
Le  j>ri\  ,  consistai! I  m  une  médaille  d'or  de  la  valeur  (le  j5oo  f., 
mi  a  décerné  dans  la  séance  publique  du  3i  mai  1828. 

Le  prix  de  rabonnemenl  est  de  ioo  francs  pour  l'année,  et 
de  5o  francs  pour  les  étudians.  Z 


IV- 


Tn  :  vtuks.  —  Tlirdtrc  roj  al  de  /'Odkon.  —  Première  rep 
sentation  ftÀmy  Robsart,  drame  en  cinq  actes,  par  M.  Paul 
Foi  en  i  (mercredi,  l3  février).  —  Nous  avons  rendu  compte, 
dans  notre  cahier  du  mois  de  septembre  dernier  (t.  xxw, 
p.  810),  de  VÉmilia  de  M.  Soumet 5  l'auteur  à'Jmy  Robsart 
a  puisé  à  la  même  source.  Le  Théâtre  de  ta  Porte-Saint-Martin 
avait  déjà  eu  son  Château  de  Kenihvorth,  et  Feydeau  son 
Léycester.  Il  semble* qu'un  auteur  qui  entreprend  de  traiter  un 
sujet  déjà  mis  si  souvent  sur  la  scène  va  chercher  quelque 
combinaison  nouvelle,  quelques  traits  originaux,  propres  à 
rajeunir  un  fond  usé.  M.  Fouché  a  fait  tout  le  contraire.  II  y  a 
plus  de  frais  d'imagination  dans  les  ouvrages  de  ses  prédéces- 
seurs que  dans  le  sien  ;  on  dirait  qu'il  n'a  eu  d'autre  intention 
que  de  coudre  ensemble  plusieurs  chapitres  du  roman  de  Wal- 
ter  Scolt,  afin  de  montrer  combien  ce  romancier  est  drama- 
tique. Les  situations,  les  caractères  et  des  pages  entières  de 
dialogue  ont  été  fournis  par  Walter  Scott;  mais  cet  exemple 
même  a  dû  convaincre  l'auteur  que  le  meilleur  roman  peut  se 
transformer  en  un  drame  languissant  et  ennuyeux.  Sans  doute 
on  reconnaît  encore  la  main  du  maître  dans  Amy  Robsart;  mais 
on  y  trouve  aussi  toute  l'inexpérience  d'un  auteur  qui  ne  con- 
naît pas  ta  scène.  La  pièce,  mal  accueillie  dès -le  premier  acte, 
a  été  jouée  au  milieu  i\c>  marques  continuelles  de  désapproba- 
tion. La  patience  des  sp  .■•dateurs,  qui,  ce  jour-là,  ne  paraissait 
pas  a  l'épreuve  de  l'ennui,  a  été  poussée  à  bout  par  une  repré- 
sentation qui  a  duré  plus  de  quatre  heures;  et  lorsque  le  nom 
de  l'auteur  a  été  demandé  par  quelques  amis,  l'acteur  n'a  pu 
parvenir  à  faire  entendre  ces  mots:  «Messieurs,  les  passage5 
que  vous  avez  eu  la  bonté  d'applaudir  sont  de  Walter  Scott.  » 
On  savait,  au  reste,  que  la  pièce  était  donnée  sous  le  nom  de 
M.  Fouché,  beau-frère  de  M.  Victor  Hugo;  et  l'on  affirmait  que  ce 
jeune  poète,  connu  par  un  grand  talent,  et  une  bizarrerie  non 
moins  remarquable,  avait  beaucoup  de  part  à  ce  malencon- 
treux ouvrage;  ce  bruit  a  donné  lieu  à  une  lettre  de  M.  V.  Hugo, 
imprimée  dans  plusieurs  journaux,  et  où  Ton  trouvé  cette 
t.  x\x vu.  —  Ft'criei    1S28.  Zj 


5;8  FRANCE. 

phrase  :  «  Il  y  a  dans  ce  drame  quelques  mots,  quelques  frag- 
niens  de  scène  qui  sont  de  moi  ;  et  je  dois  dire  que  ce  sont  peut- 
être  ces  passages  qui  ont  été  le  plus  siffles».  Amy  Robsart  n'a  pas 
eu  une  seconde  représentation. 

—  Première  représentation  des  Éphémères,  ou  la  Vie  en 
un  jour,  tragi-comédie  en  trois  actes,  avec  prologue  et  épi- 
logue; par  MM.  Picard  et  ***  (jeudi,  14  février).  —  Un  cer- 
tain Lucidor,  comédien  et  directeur  de  province,  est  très- 
épris  d'Élomire,  actrice  de  sa  troupe;  ses  amours  vont  fort 
bien,  il  n'en  est  pas  de  même  de  son  théâtre.  La  ville, 
qu'on  ne  nomme  pas,  est  divisée  en  deux  factions  littéraires, 
les  classiques  et  les  romantiques;  de  sorte  que,  de  quel- 
que façon  que  s'y  prenne  notre  directeur,  qu'il  joue  selon 
Aristole  ou  selon  Shakespeare,  il  n'a  jamais  que  la  moitié  de  la 
salle  pleine.  Voilà  qu'un  ami  de  Lucidor,  M.  Staff,  grand  ama- 
teur du  magnétisme  ,  se  met  en  tête  de  tirer  notre  directeur  de 
l'embarras  où  il  se  trouve;  il  va  sur-le-champ  lui  fournir  une 
pièce  qui  satisfera  tous  les  goûts;  romantique  par  la  multipli- 
cité et  la  bizarrerie  des  événemens,  classique  par  sa  durée 
bornée  à  vingt-quatre  heures;  et  cette  pièce  ne  coûtera  pas 
beaucoup  de  frais  d'imagination  à  Lucidor;  Staff  ne  lui  de- 
mande que  de  se  laisser  endormir.  Il  l'assied  vis-à-vis  de  sa 
chère  Élomire,  lui  met  dans  la  main  le  pouce  de  la  belle,  fait 
sur  le  couple  je  ne  sais  quelles  simagrées,  et  voilà  nos  deux 
amans  qui  s'endorment,  et  la  toile  tombe.  Elle  se  relève  bien- 
tôt; nous  sommes  dans  l'île  des  Éphémères;  les  habitans  sont 
gens  fort  pressés;  une  vie  d'un  jour  ne  donne  pas  beau  jeu 
aux  musards.  Là  les  enfans  croissent  à  vue  d'œil ,  une  veuve 
d'un  quart  d'heure  est  déjà  lasse  du  veuvage;  l'homme  qui 
se  marie  au  premier  acte  est  grand -père  au  troisième,  et  la 
vieillesse  ride  les  fronts  qui  tout  à  l'heure  encore  étaient  bril- 
lans  de  fraîcheur.  Là,  les  pétitionnaires  n'ont  pas  le  loisir  de 
fatiguer  leurs  patrons,  ils  donnent  des  placets  en  courant;  les 
poètes  en  font  autant  de  leurs  épithalames,  et  si  leurs  vers 
sont  mauvais,  du  moins  on  n'a  guère  le  tems  de  s'en  ennuyer. 
Nos  deux  amans  débarquent  dans  cette  île,  Lucidor  en  devient 
le  roi;  Élomire  s'arrange,  à  ce  qu'il  paraît,  avec  quelques  per- 
sonnages de  la  cour;  enfin,  sur  le  déclin  du  jour,  tous  deux, 
devenus  vieux,  se  rencontrent  et  se  raccommodent;  puis,  ils 
cherchent  les  moyens  d'échapper  de  cette  île,  afin  de  ne  point 
partager  la  destinée  des  Éphémères;  ils  se  jettent  dans  une 
barque,  et  la  mer  les  emporte.  La  toile  tombe  de  nouveau  et  se 
relève  pour  la  seconde  fois.  Nous  nous  retrouvons  chez  le  co- 
médien Lucidor;  il  est  encore  endormi  devant  Élomire  dont  il 
tient  toujours  le  pouce,  et  l'ami  contemple  l'effet  de  sa  puis- 


PARIS.  57(j 

sauce  magnétique.  Enfin,  les  deux  amans  s'éveillent  et  leur 

songe  est  la  pièce  que  Staff  a  promise;  on  se  liàle  de  l'écrire, 
et  Luctdor  espère  bien  voir  enfin  la  salle  remplie.  Cette  bouf- 
fonnerie est  très-rapide  et  très-gaie,  c'est  là  son  grand  mérite. 
Acteurs  et  spectateurs  riaient  à  l'envi ,  la  première  fois,  et  l'on 
est  indulgent  quand  on  s'amuse.  Les  jours  suivans,  on  a  pu  dé- 
sirer plus  de  traits  spirituels,  plus  d'observations  satiriques; 
on  a  pu  remarquer  que  le  troisième  acte,  où  tous  les  person- 
nages sont  vieux  et  plusieurs  misérables ,  finit  un  peu  tristement; 
mais,  à  tout  prendre,  les  Éphémères  sont  une  pièce  de  carna- 
val qui  doit  durer  plus  long-tems  que  cette  époque  de  folie, 
parce  qu'il  y  a  de  l'originalité  et  du  comique,  deux  élémens  de 
succès  assez  rares  aujourd'hui.  M.  A. 

Science  musicale.  —  M.  Albert  Sowinski,  de  Pologne.  —  La 
Revue  Encyclopédique  accueille  toujours  avec  un  vif  intérêt  et 
regarde  comme  un  devoir  de  faire  connaître  au  public  les  étran- 
gers recommandables  par  un  talent  supérieur,  qui  choisissent 
la  France  pour  leur  patrie  d'adoption.  Un  jeune  Polonais, 
M.  A Ibcrt  Sowinski  ,  pianiste  très  distingué  ,  s'est  fait  entendre 
à  la  dernière  réunion  mensuelle  encyclopédique.  Cet  artiste , 
qui  a  obtenu  les  plus  beaux  succès  en  Allemagne  et  en  Italie, 
a  exécuté  un  adagio  et  un  rondo  de  sa  composition,  avec  au- 
tant d'éclat  que  de  sentiment  et  de  charme;  il  a  joué  ensuite 
une  polonaise ,  qui  a  produit  un  grand  effet,  et  dont  il  est  aussi 
l'auteur.  La  manière  de  M.  Sowinski  nous  a  paru  aussi  savante 
que  gracieuse.  La  pureté  de  son  jeu,  sa  netteté,  son  élégance, 
portent  à  la  fois  l'empreinte  d'une  extrême  facilité  donnée  par 
la  nature,  et  d'un  talent  acquis  par  des  études  complètes.  Il  a 
réuni  tous  les  suffrages. 

L'attention  des  artistes  et  des  nombreux  amateurs  de  la  ca- 
pitale ne  peut  manquer  de  se  fixer  sur  M.  Albert  Sowinski ,  qui 
se  propose  de  passer  quelques  années  à  Paris.  Son  beau  talent, 
les  souvenirs  qui  se  rattachent  à  une  nation  dont  les  guerriers 
ont  long-tems  combattu  sous  nos  drapeaux,  lui  procureront 
sans  doute  l'accueil  bienveillant  qu'il  mérite  à  tous  égards.  Les 
annales  musicales  de  la  Pologne  ont  déjà  placé  son  nom  près 
de  ceux  des  Lipinski,  des  Elsner,  des  Kulpins/d,  etc.,  et  celles  de 
la  France  l'inscriront  également  au  premier  rang.  N. 


Beaux- Arts.  —  Exposition  des  tableaux  en  1827.  —  Troi- 
sième article.  (  Voy.  T.  xxxvi ,  p.  326  et  T.  xxxvii  ,p.  3o2  ). 
—  Le  genre  historique  est  à  la  peinture,  ce  que  le  poème 
épique  ou  la  tragédie  sont  à  la  littérature;  dans  chacun  de  ces 

37. 


d&>  FRANC 

ouvrages  il  faut  une  action  qui  appartienne  à  l'histoire,  ou 
qui  soit  digne  de  lui  appartenir;  niais  ce  n'est  pas  tout  :  i!  faut 
.encore  que  cette  action  offre,  dans  ses  circonstances  princi- 
pales, une  disposition  pittoresque  pour  le  peintre»,  et  un  en- 
semble dramatique  ou  poétique  pour  le  poêle.  Il  suit  de  là 
que  lotis  les  faits,  que  l'historien  consigne  dans  ses  annales  ,  ne 
sont  pas  susceptibles  d'être  reproduits  par  le  peintre,  ou  par  le 
poêle  C'est  faute  de  ne  point  faire  cette  distinction,  si  impor- 
tante, que  nous  voyons  tant  de  tableaux  qui  ne  sont  histo- 
riques que  par  la  dimension. 

M.  ViNCHON  me  parait  mériter  ce  reproche  :  il  a  représenté 
un  Vieillard gui -,  assis  sur  les  ruines  de  sa  maison  incendiée , 
tenant  dans  ses  bras  l'enfant  qu' 'allaitait  sa  fille  étendue  ,  morte, 
près  de  lui.  C'est  une  scène,  et  non  une  action;  représentée 
dans  les  dimensions  d'un  tableau  de  chevalet  ,  elle  aurait  eu 
pins  d'intérêt  ;  en  lui  donnant  les  proportions  historiques  , 
M.  Vinchon  est  tombé  dans  le  même  inconvénient  qu'un  poète 
qui  voudrait  étendre,  dans  line  pièce  de  vers,  le  sel  d'un  dis- 
tique. 

Je  ferai  un  antre  reproche  à  M.  Dufré  :  il  a  représenté  un 
Grec  arborant  l'étendard  des  Hellènes  sur  les  murs  de  Salone.  Le 
Grec  victorieux  foule  aux  pieds  un  Turc  auquel  il  vient,  sans 
doute,  d'arracher  la  vie;  près  de  lui,  un  antre  Grec  ,  sur  le- 
quel la  pâleur  de  la  mort  est  déjà  répandue,  tourne  ses  yeux 
mourans  vers  le  drapeau  de  la  croix.  Ses  regards  expriment 
un  mélange  de  douleur  physique  et  de  satisfaction  morale  que 
M.  Dnpié  a  fort  bien  rendu;  mais,  ces  trois  personnages  qui 
occupent  seuls  le  premier  plan,  ne  suffisent  pas  pour  donner 
une  idée  complète  de  l'action  que  le  peintre  voulait  représen- 
ter. Il  fallait  agrandir  la  toile,  montrer  le  tumulte  d'une  ville 
prise  d'assaut,  les  deux  partis  se  précipitant  l'un  sur  l'autre 
avec  fureur,  et,  au  milieu  de  ce  désordre,  le  Grec  Mitropolos 
renversant  tout  sur  son  passage,  et  plantant  son  étendit]  d  sur  les 
murs  de  la  ville.  Je  crois  que  l'action  aurait  été  mieux  déve- 
loppée, et  que  le  tableau  aurait  eu  plus  d'intérêt.  Te!  qu'il  est, 
c'est  un  ouvrage  dont  l'exécution  prouve  de  l'habileté  et  des 
études  fortes;  la  tête  du  Grec  vainqueur  est  peinte  avec  fer- 
meté; peut-être,  même,  y  a-t  il  un  peu  de  sécheresse  ;  celle  de 
son  compatriote  mourant  est  d'une  belle  couleur. 

Malgré  la  défaveur  qui  semblé  s'attacher  aux  compositions 
de  style,  M.  Changer  n'a  pas  craint  d'emprunter  un  sujet  à 
Euripide  :  Pelée  délivrant  Andromaque  et  Molossus  qu  Hermione 
faisait  conduire  à  la  mort.  On  sait  que  Racine  ,  dans  sa  tragédie 
d' Andromaque,  n'a  point  adopté  la  même  fable  qu'Euripide; 


TARI.;.  5fii 

le  peintre  a  suivi  le  porte  gi  ec ,  el  il  a  en  raison  ;  mais  l'ordon- 
nance, cette  partie  si  importante  d'un  tableau  de  style,  ri'a  pas 
paru  heureuse  ;  la  pose  de  quelques  personnages  n'est  p.is  bien 
entendue,  et  c'est  ce  quia  einpèehé  (pie  ee  tableau,  où  les 
yeux  exercés  trouvent  beaucoup  de  punies  très-bien  étudiées, 

obtint  le  succès  (jue  l'auteur  pouvait  en  attendre. 

C'est  aussi  parce  que  ses  figures  sont  mal  agencées  que  l'on 
ne  s'arrête  pas  déviant  le  tableau  de  W.  Lanolois,  représen- 
tant la  Mort  (f  llyr/ivt/io  ;  puis,  qui  est-ce  qui  connaît  Hyrnetho? 
Entre  tant  de  sujets  que  l'histoire  et  la  mythologie  grecque  of- 
frent à  la  peinture,  comment  M..  Lai. -lois  a-t  il  été  en  choisir 
un  qui  ne  s'explique  pus,  et  qui,  d'ailleurs,  n'offre  rien  de  ce 
qui  frappe  l'attention. Sans  doute,  on  reconnaît,  dans  l'exécu- 
tion, un  artiste  dont  la  main  est  exercée;  mais  il  lie  suffit  pas 
de  posséder  la  partie  matérielle  de  l'art;  il  fdui  encore  savoir 
choisir  un  sujet  OÙ  l'on  puisse  utilement  l'employer.  Ce  n'est 
que  par  l'accord  de  ces  deux  moyens  que  l'on  est  peintre  ou 
poète  :  je  ne  saurais  trop  le  répéter. 

Sous  ce  rapport,  le  tableau  de  JVI.Delorme  mérite  uriéattenlion 
particulière.  Élevé  à  l'école  deGirodet,  nourri  de  ses  exemples  et 
deses  préceptes,  il  a  su  choisir  un  sujet  qui  lui  offrait  les  condi- 
tions les  plus  favorables  à  la  peinture  :  Hector  reprochant  à  Pa- 
ris sa  lâcheté.  A  la  voix  de  son  frère  ,  Paris  se  lève  précipitam- 
ment, laisse  tomber  sa  lyre,  et ,  s'élançant  vers  ses  armes,  il 
arrache  de  son  front  les  fleurs  dont  Hélène  l'avait  couronné. 
Celle  scène  o(n'c  des  oppositions  heureuses  :  une  femme  à  demi- 
nue  se  voilant  à  la  vue  d'Hector;  Un  jeune  homme  qui,  dans 
son  mouvement,  développe  de  belles  formes;  enfin,  un  guer- 
rier dont  le  maintien  doit  avoir  un  caractère  mâle  et  lier. 

SI.  Delorme  est  mon  ami;  mais,  j'ai  trop  d'estime  pour  sa 
personne  et  son  talent  pour  ne  pas  lui  dite  franchement -mon 
opinion.  Je  trouve  que  le  ton  général  de  son  tableau  est  trop 
rose;  ce  défaut  a  dû  devenir  plus  sensible  nu  salon  que  dans 
l'atelier,  où  l'absence  de  toute  comparaison  pouvait  empêcher 
le  peintre  de  l'apercevoir.  Je  crois  aussi  que  les  ombres  de  la 
tète  d'Hector  sont  trop  noires;  sans  doute,  elle  doit  être  d'un 
ton  soutenu;  il  faut  reconnaître  le  guerrier  qui  passe  sa  vie  au 
milieu  des  combats  et  à  l'ardeur  du  soleil;  mais  cela  n'exclut 
pas  une  certaine  transparence  qui  me  paraît  avoir  été  négligée; 
heureusement,  avec  quelques  glacis,  tout  cela  peut,  se  réparer. 
Maintenant  je  m'empresse  d'ajouter  que,  dans  cet  ouvrage,  on 
retrouve  partout  un  beau  sentiment  de  dessin  ,  des  formes  bien 
étudiées  ,  enfin  les  plus  belles  comme  les  plus  difficiles  parties 
(!••  l'art;  la  figure  d'Hélène,  particulièrement ,  est  Charmante, 


582  FRANCE. 

sous  le  rapport  du  mouvement ,  de  l'expression  et  de  l'exé- 
cution. 

Le  tableau  de  Mme  Mongez  m'a  causé  quelque  surprise  ,  je 
l'avoue;  il  m'a  paru  périlleux  pour  elle  d'entrer  en  lutte  avec 
Girodet.  Il  est  vrai  que  ce  grand  peintre  n'a  laissé  qu'un  des- 
sin des  Sept  Chefs  devant  Thèbes  (voyez  Rev.  Enc.,  t.  xxvni, 
p.  654  )  5  mais  il  est  impossible ,  en  considérant  le  tableau  de 
Mme  Mongez ,  de  ne  pas  se  rappeler  la  composition  de  Girodet, 
ainsi  que  les  études  peintes  qu'il  avait  préparées;  or  cette  com- 
paraison ne  pouvait  pas  lui  être  favorable.  Au  reste,  il  faut 
savoir  gré  à  cette  dame  de  ne  point  se  laisser  influencer  par  les 
idées  actuelles,  et  de  continuer  à  faire  de  la  peinture  héroïque: 
assez  d'autres  cherchent  des  succès  faciles. 

Que  dirai  -  je  du  Sardanapale  de  M.  Delacroix  ?  Si  c'est  là 
le  but  de  la  peinture,  je  confesse  humblement  que  je  m'étais 
trompé,  et  que  Raphaël ,  Michel  Ange  ,  Jules  Romain,  Titien  , 
David,  Girodet,  Gérard,  Gros  et  tant  d'autres,  ne  l'ont  pas 
mieux  compris  que  moi.  A  la  vérité,  j'ai  un  peu  d'espérance  en 
considérant  les  nommes  derrière  lesquels  je  puis  me  retran- 
cher ;  mais  ,  qu'est-  ce  que  l'autorité  des  noms  que  je  viens  de 
citer,  pour  M.  Delacroix?  C'est  une  route  nouvelle  qu'il  veut 
suivre,  jusque-là  inconnue  au  génie  :  voyons  donc  ce  qu'il  y  a 
trouvé. 

Autour  d'un  homme  couché  sur  un  lit  immense  qui  occupe 
presque  toute  la  toile ,  on  voit  des  scènes  horribles  auxquelles 
il  reste  complètement  indifférent.  Ici,  une  femme  est  tuée  par 
un  esclave  ,  là  ,  une  autre  s'enfonce  elle  -  même  un  poi- 
gnard dans  le  sein;  plus  loin,  une  autre  femme  se  pend  à  une 
colonne;  d'un  autre  côté,  un  nègre  fait  gravir  un  cheval  au 
milieu  de  tous  ces  personnages.  Qu'est-ce  que  cela  ?  Le  livret 
prend  la  peine  d'en  instruire  le  spectateur  qui,  sans  lui,  pour- 
rait bien  ne  s'en  pas  douter.  C'est  la  Mort  de  Sardanapale.  On 
sait  que  ce  prince,  pour  ne  pas  tomber  vivant  entre  les  mains 
des  révoltés  qui  assiégeaient  Ninive,  fit  élever,  dans  l'une  des 
cours  de  son  palais,  un  bûcher  d'une  hauteur  considérable  ,  y 
plaça  ses  objets  les  plus  précieux,  ainsi  que  ses  femmes  et  ses 
eunuques ,  et  y  mit  lui  -  même  le  feu.  Ainsi ,  c'est  le  sommet  du 
bûcherque  M.  Delacroix  nous  a  montré.  Rien,  d'ailleurs,  n'in- 
dique le  lieu  de  la  scène,  au  moins  d'une  manière  suffisante; 
puis ,  toutes  ces  figures  sont  rendues  avec  un  dédain  de  la 
forme  dont  il  est  difficile  de  se  faire  une  idée.  On  trouve  çà  et 
là,  il  est  vrai,  un  assez  beau  sentiment  de  couleur;  mais,  en 
conscience,  ce  n'est  pas  assez  pour  que  l'on  puisse  arrêter  ses 
regards  sur  un  semblable  ouvrage,  et  pourtant,  il  a  une  fort 


paris.  5ft 

belle  place  dans  le  grand  saloo)  tandis  que  celui  de  Mf.  The>  eitim 

es!  relégué  à  l'extrémité  du  Louvre. 

Ce  dentier  tableau,  que  j'ai  cherché  pendant  long-tems,  re- 
présente Henri  IV  donnant  audience  aux  professeurs  du  Collège 

lunut,  après  la  reddition  de  Paris. 

Le  peintre  a  supposé  que  le  roi  était  occupé  à  travailler  dans 
une  des  salles  du  Louvre  avec  les  hommes  d'état  de  cette  épo- 
que :  Sully,  leannin  ,  de  Thou,  le  duc  de  Villeroi  ,  etc.  C'est 
lévêque,  depuis  cardinal  Duperron,  qui  lui  présente  les  pro- 
fesseurs. Derrière  cet  évèquc,  protecteur  des  gens  de  lettres, 
s<-  trouvent  Malherbe,  Scaliger  et  Casanbon. — Cette  disposition 
esl  Fort  bien  entendue;  les  tètes  sont ,  en  général ,  belles  d'ex- 
pression et  de  couleur;  c'est,  enfin,  un  tableau  qui  mérite  de 
fixer  l'attention  des  connaisseurs.  P.  A. 

(  La  fin  au  prochain  cahier.  ) 


RÉCLAMATION.  —  A  Monsieur  le  Directeur  de  la  Revue 
Encyclopédique.  —  M. ,  j'ai  lu,  dans  le  cahier  du  mois  de 
décembre  dernier  (  t.  xxxvr ,  p.  832),  une  réclamation  de 
M.  Ferry,  relative  a  un  article  de  moi,  inséré  dans  le  cahier 
du  mois  de  juin  précédent  (  voy.  t.  xxxiv,  p.  816).  Le  ton 
de  cette  réclamation,  où,  selon  moi,  toutes  les  convenances 
sont  oubliées,  m'a  causé  une  extrême  surprise (i). 

Il  était  question,  dans  l'article  attaqué  par  M.  Ferry,  de 
ponts  et  de  monumens  publics,  et  je  rappelais  que  les  ingé- 
nieurs des  ponts  et  chaussées  et  les  architectes  prétendaient 
également  au  droit  de  bâtir  les  ponts;  j'ai  dit  «  que  je  me  ran- 


N.  B.  Pour  n'avoir  plus  à  revenir  sur  une  controverse  entre 
deux  hommes  également  honorables ,  dont  les  différences  d'opi- 
nion ne  pourraient  guère  attirer  l'attention  que  d'un  petit 
nombre  de  nos  lecteurs,  si  des  questions  d'un  intérêt  général 
ne  se  trouvaient  mêlées  à  la  discussion,  nous  allons  placer  im- 
médiatement ,  au  bas  de  cette  lettre,  là  Réplique  de  M.  Ferry, 
rédigée  sous  la  forme  de  JSotes,  avec  des  numéros  de  renvois 
aux  passages  auxquels  il  a  cru  devoir  répondre. 

(r)  Dans  les  cas  douteux,  je  consulte  des  juges  sévères  en  fait  de 
convenances,  et  je  n'ai  point  manqué  de  leur  soumettre  ma  réclama- 
tion ;  ils  l'ont  approuvée,  quant  à  la  forme,  et  quant  au  fond.  Tout 
lecteur  de  sang  froid  reconnaîtra  sur-le-champ  le  but  que  j'avais  en 
vue,  et  c'est  à  son  impartialité  que  j'en  appelle.  J'ai  voulu  réparer  un 
tort ,  et  défendre  une  cause  qui  m'a  paru  être  celle  de  la  vérité.     F. 


58|  FRANCE. 

geais  sous  la  bannière  des  architectes»  :  telles  sont  mes  exprès- 
sioiis.  M.  Ferry  avoue  qu'il  n'est/?/  ingénieur,  ni  architecte  ;  dès 
lors,  je  voudrais  bien  savoir  pourquoi  il  intervient  clans  la 
cause,  et  sur  quoi  il  se  fonde  pour  me  traiter  avec  tant  de 
hauteur  (i).  Il  prétend  que  mon  article  a  encouru  la  désappro- 
bation publique,  et  il  convient,  cependant,  (\\\  aucun  ingénieur 
des  ponts  et  chaussées  n'a  réclamé,  ni  pour  lui,  ni  pour  le  corps 
dont  il  est  membre  (i\  Mais  comment  donc  est  justifiée,  cette 
désapprobation  publique  que  j'aurais  encourue?  C'est  évidem- 
ment, et  d'après  M.  Ferry  lui-même,  \\\\^  assertion  entière- 
ment gratuite  (3).  Reste  donc  l'opinion  personnelle  de  M.  Ferry. 
Certes,  s'il  se  fût  borné  à  combattre  celle  que  j'ai  exprimée,  je 
me  serais  tu  :  d'abord,  parce  que  je  ne  me  cfoïs  pais  tlu  tout 
infaillible  ;  ensuite ,  parce  que  chacun  est  bien  libre  d'avoir  une 
opinion  différente  delà  mienne.  J'exprime  mon  sentiment  avec 
conscience;  lorsqu'il  s'agit  des  personnes,  j'y  mets  une  réserve 
peut-être  trop  méticuleuse;  quand  il  s'agit  des  choses,  des  doc- 
trines ,  comme  cela  ne  blesse  personne,  je  m'exprime  plus  li- 
brement. C'est  donc  en  conscience,  et  parce  que  je  le  pense 
ainsi,  que  j'ai  dit  que  les  ponts  en  fer  ne  valaient  pas  les  ponts 
en  pierre;  que,  pour  ceux-ci,  je  préférais  les  arcs  en  plein 
ceintre  aux  arcs  surbaissés,  et  que,  comme  une  nation  ne 
mourait  jamais,  il  fallait  que  les  mon u mens  publics  fussent 
i bâtis  en  conséquence. 

A  l'occasion  des  doutes  que  j'ai  élevés  sur  la  solidité  du  pont 
d'Austerlitz,  M.  Ferry  prétend  que  «  c'est  prononcer  légère- 
ment  sur  un   genre    de  construction    qui  n'a   pas  même   un 


/i)  Pour  avoir  le  droit  de  défendre  les  doctrines  des  maîties  de 
l'art,  il  n'est  pas  indispensable  d'être  artiste. D'ailleurs  ,  mes  anciennes 
<  ceupations  m'avaient  imposé  le  devoir  d'approfondir  les  parties  de 
l'art  de  construire,  auxquelles  les  sciences  mathématiques  et  physiques 
sont  applicables  ;  parties  qu'on  néglige  trop  dans  les  cours  d'archi- 
tecture, F. 

(a)  J'ai  dit  qu'on  devait  s'attendre  qu'aucun  ingénieur  des  ponts  et 
chaussées  ne  reclamerait,  ni  pour  lui-même  ,  ni  pour  le  corps  dont 
il  est  membre.  Je  n'ai  fait  qu'indiquer  très-brièvement  les  motifs  de 
cette  réserve;  puisqu'il  faut  les  développer  entièrement,  les  voici: 
Tout  homme,  tout  corps  qui  sent  ce  qu'il  vaut,  ne  daigne  répondre 
qu'aux  provocations  qui  lui  fournissent  l'occasion  de  dissiper  quelques 
obscurités,  d'établir  quelques  vérités  importantes.  L'article  dont  il 
s'agit  n'est  pas  de  ce  nombre;  on  a  dû  le  négliger;  ainsi  ont  fait  les 
ingénieurs  des  ponts  et  chaussées.  F. 

(3)  L'étrange  construction  de  cette  phrase  semble  m'attribuer 
l'aveu  que j  ai- fa: t  une  assertion  gratuite.  F. 


I'.WWS.  585 

demi-siècle  d'expérience  en  grand  »  Remarquez  d'abord  qui 
!M.  Ferry  u'a  p;is  dit  un  mol  pour  prouver  que  le  pont  d'Aus- 
lerltta  (Vit  solide  (i  ,  pi  cela  pour  de  bonnes  raisons:  c'est  qu'il 
ne  peut  ignorer  que  ce  pont  est  continuellement  en  réparation; 
pu. s ,  il  n'a  pas  oublié  er  qui  est  arrivé  au  ponl  des  Arts ,  antre 
pont  en  (ci-,  lors  d'une  fctê  publique.  La  foule  s'y  étant  porté, 
pour  voir  nu  feu  d'artifice  que  l'on  tirait  sur  le  Pont  Royal , 
il  yeut  un  mouvement  d'oscillation  el  des  craquement  tels  que, 
Celte  foule  s'élant  précipitée  avec  violence  vers  les  issues, 
beaucoup  de  personnes  lurent  blessées  Je  ne  voudrais  pas 
abuser  «le  mes  avantages,  en  rappelant  à  M.  Ferry  la  durée  du 
pont  du  Gard,  et  de  cette  chuiva  iwirinia,  bâtie  par  Tarquin 
l'ancien,  et  qui  porte  encore  une  partie  des  principaux  édiliecs 
de  Rome,  etc. 

«  On  oublie,  ai-je  dit,  que  ce  qui  nous  donne  une  grande 
idée  des  Égyptiens,  des  Romains  et  des  Grecs,  ci;  sont  les 
nionnmensqui  leur  ont  survécu.  »  M.  Ferry  !  épond  :«Si  l'auteur 
parle  des  monumens  d'architecture,  il  est  dans  l'erreur;  les 
Carthaginois,  dont  il  ne  reste  que  la  mémoire,  ne  seront  mis 
au-dessous  des  Romains  que  parce  qu'ils  furent  vaincus;  et 
l'auréole  de  Sparte,  sans  industrie ,  est  plus  brillante  que  celle 
de  la  ville  de  Minerve,  ornée  de  tant  de  chefs-d'œuvre.  » 

Voilà  une  assertion,  exprimée  en  termes  pompeux,  sans 
doute,  mais  bien  nette  et  bien  tranchée.  M.  Ferry  qui  veut 
«que,  dans  tout  procès,  l'instruction  précède  le  jugement,  » 
aurait  peut-être  bien  fait,  pour  mieux  convaincre  ses  lecteurs, 
de  faire  précéder  cette  assertion  de  quelques  considérations  qui 
auraient  piffia  justifier.  Quant  à  moi,  j'avoue  en  toute  humi- 
lité que  je  ne  saurais  l'admettre.  Dussé-je  encourir  le  blâme 
de  M.  Ferry,  je  persisterai  à  préférer  les  Athéniens  aux  Spar- 
tiates, et  il  ne  serait  peut-être  pas  impossible  de  prouver  que 
la  célébr  ité  de  ces  derniers  doit  beaucoup  aux  arts  de  leurs 
rivaux.  Au  reste,  c'est  un  sujet  de  controverse  sur  lequel  il  est 
permis  à  chacun  de  penser  comme  bon  lui  semble;  et,  pour  en 


(i)  J'ai  parlé  des  peints  en  fer  en  général ,  et  non  de  celui  d'Auster- 
litz  en  j'ai  ticulier.  11  ne  s'agissait  point  dediscuier  une  question  d'ar- 
ebiteclurc ,  mais  d'exposer  quelques  règles  dont  les  articlesd'un  recueil 
périodique  ne  doivent  jamais  s'écarter.  Quelques  mots  jetés  en  pas- 
sant, clans  l'un  de  ses  articles,  sur  les  avantages  ou  les  inconvéniens 
d'une  construction  nouvelle,  ne  répandent  aucune  lumière,  et  ne 
donnent  pas  le  droit  de  prononcer  un  arrêt  définitif  en  faveur  des 
ponts  de  pierre.  «  F. 


586  FRANCE. 

revenir  au  point  principal  de    la  discussion,  je  demande   à 

M.  Ferry  la  permission  de  préférer  les  ponts  en  pierre  aux  ponts 

en  fer,  lors  même  que  je  devrais  passer  pour  être  de  la  vieille 

école. 

M.  Ferry,  qui  avoue  qu'aucun  ingénieur  n'a  réclamé  contre 
mon  article,  dit  que  je  serai  peut-être  blâmé  par  les  archi- 
tectes mêmes.  Je  m'empresse  de  le  rassurer  :  les  architectes 
auxquels  j'ai  montré  mon  article  et  sa  réponse  ont  approuvé 
ce  que  j'ai  dit.  Je  puis  lui  citer,  entre  autres,  M.  Gau,  dont  le 
nom  ne  lui  est  peut-être  pas  inconnu.  M.  Gau  a  ajouté  qu'en 
Allemagne,  sa  patrie,  c'étaient  toujours  les  architectes  qui 
donnaient  les  plans  des  ponts ,  et  que  l'exécution  en  était  con- 
fiée aux  ingénieurs. 

J'ai  prétendu  qu'une  grande  nation  ne  devait  construire 
que  des  monumens  durables,  et  j'ai  rappelé  que  c'était  ainsi 
que  les  Romains,  qui  rêvaient  l'éternité,  en  avaient  agi. 
M.  Ferry  veut  «  que  notre  nation  s'occupe  des  moyens  d'être 
grande  et  heureuse,  florissante  au  dedans  et  respectée  au-de- 
hors,  et  non  du  soin  puéril  de  laisser  un  jour,  à  ses  vainqueurs, 
des  témoins  durables  de  sa  gloire  évanouie.  » 

Ici,  je  n'ai  pas  le  courage  de  répondre;  en  lisant  la  dernière 
partie  de  ce  passage,  les  souvenirs  de  1814  et  de  181 5  sont 
venus  se  présenter  en  foule  à  ma  pensée,  et  m'ont  pénétré 
d'une  profonde  tristesse.  Je  laisse  donc  à  M.  Ferry  le  triste 
avantage  de  célébrer,  par  avance,  le  moment  où  nous  serons 
vaincus  et  où  notre  gloire  sera  évanouie  (1)  :  j'avoue  que  je  n'y 
avais  pas  pensé. 

J'ai  l'honneur  d'être,  Monsieur,  etc. 

P.  A.  Coupix. 


(1)  A  moins  que  l'on  ne  soit  très  prévenu,  il  est  impossible  de  se 
méprendre  sur  ma  pensée.  Au  heu  de  cette  flatterie  banale  :  les  nations 
ne  meurent  point,  il  est  plus  raisonnable,  plus  conforme  aux  intérêts  de 
la  patrie  de  rappeler  avec  persévérance  cette  dure  vérité  :  «  Les  na- 
tions meurent  ,  si  elles  méconnaissent  ou  négligent  les  moyens 
de  prolonger  leur  existence.  »  Et  en  quels  lieux  vient  -  on  nous 
parler  de  l'immortalité  des  nations  ?  il  n'est  aucune  contrée  qui  ne  con- 
serve quelques  vestiges  des  peuples  qui  ont  disparu;  dans  toute  l'Eu- 
rope méridionale,  dans  la  Grande-Bretagne  même,  on  foule  aux  pieds 
les  tombeaux  du  peuple  romain;  les  Français  ont  tenté  vainement  de 
ressusciter  les  Egyptiens,  et  les  malheureux  Grecs  auront  bien  de  la 
peine  à  retrouver  une  existence  tolérable.  Les  monumens  des  arts  ont 
pu  conserver  leur  mémoire;  mais  ce  n'est  pas  assez  pour  un  peuple  : 
c'est    de  sa  force,  de  sa  prospérité,  des  causes  de  sa  durée  qu'il  doit 


PARIS,  r»a7 

\  i  <  noi  ix.ii .  — François  db  Nxufchatsaij  (Nicolas), né  en 
Lorraine,  Ici  7  avril  17^0.  Le  jeune  François  (iule  bonnes  études 
et  lui  d'abord  destiné  au  barreau;  mais  son  goût  pourla  poésie  se 
Bianifesta  dès  ses  plus  jeunes  années,  et,  encore  adolescent,  il 
publia  un  recueil  de  poésies  où  Voltaire  remarqua  quelques 
morceaux  distingués.  En  1766,  il  ajouta  à  son  nom  celui  de 
WeufchâteaUy  pour  se  distinguer  de  ses  nombreux  homonymes. 
ï'u  1777,  \m  arrêt  du  parlement  de  Nancy  l'autorisa  à  le  garder. 
L'année  d'avant,  il  avait  épousé  Mllc  Dubus,  nièce  du  célèbre 
comédien  Prévu, le ,  et  acheté  la  charge  de  lieutenant-général 
au  présidial  de  Mirecourt.  En  1781,  il  y  devint  subdélégué  de 
l'intendant.  Dans  les  intervalles  que  lui  laissaient  les  travaux 
de  sa  charge,  il  essayait  ses  forces  en  traduisant  l'Arioste  en 
vers.  En  178*2,  François  de  Neufchàteau  fut  envoyé  à  Saint- 
Domingue  comme  procureur-général;  il  en  revint  quelques 
années  après,  et  fit  naufrage  dans  la  traversée.  La  révolution 
le  trouva  disposé  à  seconder  avec  ardeur  le  noble  élan  qu'elle 
semblait  avoir  communiqué  à  la  France  entière.  En  1790,  il  fut 
successivement  nommé  juge  de  paix,  administrateur  du  dépar- 
tement des  Vosges  et  député  à  l'assemblée  législative,  qu'il 
présida  l'année  d'après.  Elu  à  la  convention  nationale  par  le 
même  département,  il  n'accepta  pas  ces  nouvelles  fonctions 
législatives.  En  1793,  on  représenta  son  drame  de  Paméla,  où 
le  parti  dominant  crut  voir  des  principes  anti-révolutionnaires; 
il  fut  envoyé  en  prison,  et  n'en  sortit  qu'après  le  9  thermidor. 
A  cette  époque  il  fut  nommé  juge  au  tribunal  de  cassation,  puis 
commissaire  du  gouvernement  dans  le  département  des  Vosges. 
En  1797,  les  hautes  dignités  de  l'État  lui  furent  ouvertes;  il  de- 
vint successivement  minisire  de  l'intérieur,  puis  membre  du 


6'occuper  avant  tout  ;   voilà  ce  que  j'ai  dit,  et  aucun  Français  ne 
m'en  saura  mauvais  gré. 

On  fait  plus  de  bien  par  la  sagesse  que  par  l'enthousiasme  ,  et  la 
sagesse  calcule.  Au  lieu  d'une  construction  ruineuse  si  l'on  eût  voulu 
qu'elle  parvint  à  la  postérité  la  plus  reculée,  elle  en  fait  à  moindres 
frais  deux,  trois,  qui  dureront  moins  ,mais  rendront  beaucoup  plus 
de  services  :  dans  tous  les  cas  ,  elle  tire  le  parti  le  plus  avantageux  des 
moyens  qui  sont  à  sa  disposition.  Les  Anglais  écoutent  plus  souvent 
que  nous  les  conseils  de  cette  sagesse,  et  ils  ne  s'en  trouvent  pas  mal. 

Je  ne  dis  rien  des  insinuations  par  lesquelles  M.  Coupin  termine  sa 
lettre.  Je  ne  doute  nullement  qu'il  ne  s'étonne  plus  tard  lui-même  de 
ce  qu'il  a  écrit.  Quant  à  mon  style  ,  je  l'abandonne  sans  réserve  aux 
critiques  présentes  et  futures  ,  si  toutefois  on  daigne  s'en  occuper. 

Fkrhy. 


588  FRANCE. 

directoire  exécutif,  puis  de  nouveau   ministre  de  l'inférieur, 

et  il  donna  des  soins  particuliers  à  l'instruction  primaire.  Les 
lettres  et  les  sciences  lui  durent  alors  beaucoup.  En  1799,  H 
quitta  le  ministère  et  rentra  dans  la  condition  privée.  Après  le 
18  brumaire,  il  devint  membre  du  sénat  conservateur,  puis 
grand-officier  de  la  légion-d'honneur  et  comte  de  l'empire. 
Vers  cette  époque,  il  se  livra  à  des  recherches  importantes  sur 
l'agriculture,  les  haras,  etc.  Les  évétiemcns  de  181  4,  en  le  fai- 
sant 1  entrer  de  nouveau  dans  la  condition  privée,  le  rendirent 
tout  entier  aux  lettres,  auxquelles  ses  dernières  années  furent 
consacrées.  Son  nom  ne  fui  plus  dès  lors  rappelé  à  l'attention 
publique  que  jwr  quelques  lectures  faites  au  sein  de  l'Académie 
française,  corps  dont  il  faisait  partie  depuis  son  rétablissement. 
Il  est  mort  le  8  janvier  18-28,  âgé  de  78  ans.  Voici  l'indica- 
tion des  principaux  produits  scientifiques  ou  littéraires  de  cette 
longue  et  honorable  carrière  :  1  °  Poésies  diverses,  in  12,1  765; 
1°  Pièces  fugitives ,  in-12,  1766;  3°  Ode  sur  les  parlemens , 
1771;  4°  Le  mois  d'Auguste ,  épître  à  Voltaire,  1774;  5°  Dis- 
cours sur  la  manière  de  lire  les  vers,  1775;  6°  Anthologie  mo- 
rale ,  in- 16,  1784;  7°  Recueil  des  ordonnances  de  Lorraine , 
1  vol.  in-8°,  1 784;  8°,  les  Études  du  magistrat,  au  Cap  français, 
1786;  cfPaméla,  comédie  en  cinq  actes  et  en  vers,  179^  ;  io°  les 
Vosges,  poème;  in-8°,  1796;  n°  Des  améliorations  dont  la 
paix  doit  être  l'époque ,  in-8°,  1797;  12°  Conseils  cl  un  père  à 
son  fils,  imité  de  Muret,  in- 8°,  1798;  i'3°  le  Conservateur, 
ou  Recueil  de  morceaux  ,  1  vol.  in  8%  etc. ,  i  800;  i4y  Tableau 
des  vues  que  se  propose  la  politique  anglaise  ,  etc. ,  in- 8°  ,  1 804  ; 
i5°  Voyage  agronomique  dans  la  sénatorerie  de  Dijon,  in-4°, 
1806;  160  Vart  de  multiplier  les  grains ,  in-8°,  1810;  170  Fables 
et  contes  en  vers ,  1  vol.  in-12,  181  4;  180  Lettres  a  M.  Suard, 
relativement  à  l'Histoire  de  Charles-Quint  par  Robertson. 

P.  A.  D .... 
— Michel  Pichat,  né  à  Vienne  (Isère),  auteur  de  la  tragédie 
de  Léonidas,  vient  d'être  enlevé  à  la  poésie  dans  toute  la  force 
de  l'âge,  au  moment  où  il  était  appelé  à  recueillir  le  fruit  de 
ses  longs  travaux.  Pichat  n'était  pas  seulement  recommandable 
par  un  talent  qui  le  mettait  au  premier  rang  des  poètes  dont 
s'honore  aujourd'hui  la  France;  il  l'était  aussi  par  la  pureté  de 
ses  mœurs  et  par  ses  qualités  sociales.  Bon  époux,  tendre  père, 
ami  fidèle  et  dévoué,  il  meurt  pleuré  de  tous  ceux  qui  l'ont 
connu.  Sa  vie,  peu  fertile  eu  événemens,  est  tout  entière  dans 
ses  ouvrages.  Doué  d'une  imagination  éminemment  poétique, 
qui  agrandissait  et  embellissait  tous  les  objets  ,  il  dédaigna  tou- 
jours cette  partie  positive  de  l'existence,  qui  excite  l'ambition 


US.  58q 

ou  la  cupidité  du  commun  des  hommes^  sa  pensée  recombor 

sait  le  monde  au  gré  des  illusions  qu'elle  savait  se  créerj  la 
poésie  et  l'espérance  ,  triomphant  des  progrès  d'une  longue 
ci  douloureuse  maladie,  l'ont  entouré  de  prestiges  jusque  sur 
son  lit  de  mort.  —  Pichat,  très  -  jeune  encore  ,  s'élait  fait  cou  - 
naître  parmi  les  littérateurs  par  une  tragédie  de  'J'ur/w.s ,  dont 
quelques  Scènes  seulement  ont  été  représentées  ;.  elles  (ai •„ nient 
paille  d'un  prologue  joné  au  théâtre  dp  l'Odéou,  en  102/», 
Sons  le  titre  des  Trois  Genres.  L'auteur  de  Ttirrms  t  avant  vu 
le  '»''  acte  de  sa  tragédie  impilovablement  suppi  iiné  par  la  cen- 
sure ,  renonça  à  la  faire  représenter.  Cet  ouvrage  était  sut  tout 
remarquable  par  In  beauté  des  détails  et  par  la  vigueur  et  l'é- 
clat du  coloris.  L'amour  de  la  patrie,  qui  semblait  être  pour 
Pichal  une  seconde  muse,  lui  inspira  le  desseiu  de  mettre  sur 
la  scène  le  dévouaient  des  héros  des  Thermopyles.  Ses  amis 
essayèrent  en  vain  de  le  détourner  d'un  sujet  plus  propre  à  l'é- 
popée qu'au  drame;  et  leur  élonnement  fut  extrême  lorsqu'ils 
virent  avec  quelle  puissance  d'imagination  il  était  parvenu  à  le 
féconder.  Le  succès  de  Lconulas  fut  \\\\  des  plus  brillans  qu'ait 
vus  le  théâtre  :  don  bout  de  la  France  à  l'autre,  tous  lescœurs 
répondirent  aux  sublimes  acçens  du  poète. — Jusqu'ici ,  la  noble 
antiquité  avait  fourni  à  Pichet  toutes  ses  inspirations  drama- 
tiques :  fidèle  au  patriotisme  et  à  !a  liberté,  mais  jaloux  de  va- 
rier l'expression  de  ses  sentimens  généreux,  Pichal  prit  son 
troisième  sujet  dans  l'histoire  moderne;  et  sur  les  traces  de 
Schiller,  il  essaya  de  nous  peindre  le  libérateur  de  la  Suisse. 
Cet  ouvrage,  dont  le  public  jouira  bientôt,  décèle  un  progrès 
immense  dans  le  talent  de  l'auteur.  A  h  louche  mâle  et  fière  , 
mais  un  peu  uniforme  ,  qui  a  tracé  Léorddns ,  se  mêlent  ici  des 
couleurs  doutes,  tendres,  des  traits  naïts  et  familiers,  paifai- 
teinent  appropriés  aux  mœurs  modernes,  je  ne  sais  quoi  de 
rustique  et  de  pastoral  comme  les  personnages  qui  occupent 
la  scène.  Guillaume  Tell  eût  placé  son  auteur  à  la  tête  de  nos 
poètes  tragiques  et  ouvert  devant  lui  une  longue  carrière  de 
succès  et  de  gloire. — Pichat  avait  reçu  de  la  nature  la  plus  bril- 
lante imagination ,  qu'il  fécondait  encore  par  un  travail  opi- 
niâtre. Vivant  sans  cesse  avec  ses  héros,  ii  épuisait  toutes  les 
combinaisons  de  son  drame  avant  de  s'arrêter  à  celle  qu'il 
adoptait.  Il  consacrait  aux  pensées  et  au  style  les  mêmes  études; 
et,  lorsqu'il  sortait  de  son  cabinet,  tout  pénétré  de  ses  longues 
méditations  poétiques  ,  c'était  un  grand  plaisir  pour  ses  amis 
de  l'entendre,  d'un  ton  inspiré  et  avec  une  chaleur  entraînante, 
réciter  des  scènes  et  des  actes  entiers  qu'il  venait  de  compo- 
ser. Son  débit,  animé  par  la  chaleur  de  son  aine  et  relevé  par  la 


59o  FRANCE. 

noblesse  de  sa  taille  et  de  ses  traits,  donnait  un  nouveau  prix 
à  ses  ouvrages,  qui  devenaient  ainsi  célèbres  avant  d'être  pu- 
bliés. On  recherchait  avec  avidité  l'occasion  de  les  entendre, 
et  la  complaisance  qu'il  mettait  à  satisfaire  ce  désir  est  proba- 
blement la  source  de  la  maladie  qui  l'a  ravi  aux  lettres  et  à  ses 
amis. — Mort  le  a5  janvier,  il  a  été  transporté  le  27  au  cime- 
tière de  l'Est,  suivi  d'un  nombreux  concours  de  poètes  et  de 
littérateurs  distingués,  parmi  lesquels  on  remarquait  MM.  Sou- 
met,  de  l'Académie  française,  Taylor ,  commissaire  du  roi 
près  le  Théâtre  -  Français  ,  de  Pongervilîe  ,  Alfred  de  Vigny  , 
fuies  Lefèvre ,  Emile  Deschamps  ,  Coffinières  ,  Jvcncl >  Fcbvé  , 
Gary,  etc.  MM.  Pongervilîe,  Lefèvre,  Deschamps  et  Coffi- 
nhières  ont  prononcé  sur  sa  tombe  des  discours  où  le  talent  s'é- 
tait rendu  l'interprète  de  la  sensibilité.  «  Ton  caractère,  a"  dit 
M.  Pongervilîe ,  ennoblissait  encore  tes  talens.  Le  sourire  amer 
de  l'envie  n'erra  jamais  sur  tes  lèvres...  Constant  ami  de  la  vé  - 
rite ,  tu  fus  souvent  le  plus  ardent  apologiste  de  tes  rivaux... 
Ta  candeur,  ta  sincérité,  l'élévation  de  ton  esprit  indépendant, 
semblaient  annoncer  qu'il  y  avait  en  toi  du  La  Fontaine  et  du 
Corneille...  Mais  ,  quand  je  rappelle  tes  succès  sur  le  bord  de 
ta  tombe,  la  scène  est  prête  à  retentir  de  tes  derniers  chants... 
L'interprète  du  héros  des  Thermopyles  va  ranimer  le  héros  de 
la  liberté  helvétique.  Tout  Paris  va  t'applaudir  encore;  il  est 
avide  de  l'entendre...  Ton  dernier,  ton  plus  cher  ouvrage,  que 
tu  perfectionnais  encore  quand  la  mort  glaça  ta  main  défail- 
lante, deviendra  pour  tes  concitoyens  un  précieux  héritage... 
Et,  tandis  que  ton  ombre  recevra  sur  la  scène  les  hommages 
des  spectateurs  attendris  et  charmés  ,  nous  viendrons  sur  ta 
cendre  déposer  tes  palmes  nouvelles.  »  Ces  éloges  donnés  à 
l'auteur  de  Léonidas  par  le  célèbre  traducteur  de  Lucrèce  disent 
assez  quelle  perte  les  lettres  viennent  de  faire  dans  ce  jeune 
poète  dont  le  talent  surpassait  encore  la  réputation. 

Chauvet, 


TABLE  DES  ARTICLES 

CONTENUS 

DANS  LE  CENT  DIXTÈME  CAHIER. 

1  ÊVR1ER  1828. 


I.  MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES. 

i.    Notice  sur  la  civilisation  de  l'Afrique Chauvet.  Pag.  32i 

a.    Note  sur  la  nécessité  de  l'aire  cesser  les  pirateries  des  États 

b;ubaresques.  .  - 338 

3.  Sur  un  projet  de  M.  Drovetti ,  pour  préparer  la  civilisation 

de  l'Afrique Pachb  344 

4.  Étude  sur  la  révolution  grecque Michel  Schinas.   34g 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 

5.  Bibliothèque    des  connaissances   usuelles;   (ouvrage  an- 

glais)  d.   L—r.   3G/i 

6.  Le  Petit  Producteur  français,  par  M.  Charles  Dupin.  Ferry.  3yi 
y.    Du  système  pénal  et  du  système  répressif  en  général ,  et  de 

la  peine  de  mort  en  particulier,  par  M.  Charles  Lucas. 

A.  Taillandier.   38a 

8.  Troisième  rapport  sur  les  émigrations  et  les  colonisations; 

(ouvrage  anglais  ) J.  B.  S.   3g4 

9.  Histoire  de  la  guerre  de  la  Péninsule  ,  par  le  général  Foy. 

Auguste  Fabrc.   4o4 

10.  Le  roman  de  Rou  et  des  ducs  de  Normandie  ,  par  Robert 

Wace Depping.    420 

11.  i°  Proverbes  dramatiques,  par  M.   Théodore  Leclercq  , 

20  les  soirées  de  Neuiily  ;  3°  Proverbes  romantiques  ,  par 
A.  Romieu  ;  4°  Proverbes  dramatiques,  de  M.  J.  B.  Sau- 
vage  H.  Patin.  429 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  101  ouvrages  ,  français  ci  étrangers. 

Amérique  septentrionale.  —  Etats-Unis ,  2 436 

Europe.  —   Grande-Bretagne,  9  ,  dont  1  ouvrage  périodique.   438 

—  Russie,  3.  —  Pologne,    1 446 

—  Suède,    1 45  t 

—  Allemagne,  6 456 

—  Suisse,  5 46$ 

—  Italie  ,   M 4-0 

—  Pays-Bas,  8 4j8 

France,   Mo  ,  savoir  :  Sciences  physiques  et  naturelles,  18.   .   .   .  4^3 

—  Sciences  religieuses ,  rncrales  ,  politiques  et  historiques ,   14.   .   .   5oo 


2y2  TABLE   DE*   ARTICLES. 

—  Littérature,   17 5i6 

—  Beaux-Arts ,  7 535 

—  Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes,  1 5^o 

—  Ouvrages  périodiques ,  1 54 1 

—  Livres  en  langues  étrangères •,,  imprimés  en  France ,2 54^ 

IV.    NOUVELLES  SCIENTIFIQUES  ET  LITTÉRAIRES. 

Amérique  septentrionale.  — États-Unis.  Boston  :  Droits  sur 
l'importation  des  étoffes  aux  États-Unis.  — New-York  .-Nou- 
veau Journal  intitulé  :  le  Courier  des  Etats-Unis 546 

Antilles.  —  Tremblement  de  terre. —  Haïti  :  ÉtaMissement  du 

iuiy 547 

Afrique.  —  Sénégal.  Saint-Louis  :  Esclavage  des  nègres  dans  l'é- 
tablissement français 549 

EUROPE. 

Grande-Bretagne — Londres.  Société  royale  :  Expériences  sur 
le  pendule.  —  Artillerie  à  vapeur;  Canons  de  M.  Perkins.    .   55  r 

Russie. —  Pétenbourg  et  Moscou:  Presse  périodique 553 

Pologne. —  Farsoyie:  Université 557 

Allemagne.  —  Berlin  :  Instruction  populaire. —  Grand-Duché  de 
Saxr-  Weimar  :  Instruction  publique.  —  Vienne  :  Encourage- 
ment aux  sciences.  Nécrologie  :  Haschke 56o 

Suisse. — Réclamation  :  Notes  additionnelles  à  la  Notice  sur  Pes- 
talozzt.  —  Nécrologie  ;  Augustes  de  Staël 56 1 

Italie.  Borne  :  Publication  prochaine.  —  Rome  :  Monument  en 
l'honneur  du  Tasse 5(i4 

Pays-Bas.  —  Amsterdam  :  —  Séance  publique  et  travaux  de  la 
3e  classe  de  l'Institut  royal.  —  Louvain  :  Statistique  de  l'Uni- 
versité ;  Société  d'étudi.ms 565 

Paris.  —  Institut  :  Académie  des  sciences  :  Séances  du  14  janvier 
au  4  février.  —  Société  de  géographie  :  Prix  annuel  pour  la 
découverte  la  plus  importante.  —  Propagation  de  l'enseigne- 
ment élémentaire.  —  Société  royale  des  Bonnes  Lettres.  — 
Théâtres.  Odéon  :  Premières  représentations  d'Amy  Robsart , 
drame,  et  des  Ephémères,  comédie.  —  Science  musicale: 
M.  Albert  SowinsAi.  —  Beaux-Arts:  Exposition  des  tableaux 
en  i8'*y;  troisième  article.-  Réclamation  de  M.  A.  Cou  pin. 
—  Nécrologie  :  François  de  Neufcliàteau;  Pi  chat  - 56q 


TÀÏUS. DF.  L  IMPRIMERIE  UE  RIGIfOUX, 

rue  drs  francs-Bourgeois-S. -Michel,  n°  8. 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RA1SONNÉES 

DES    PRODUCTIONS    LES    PLUS   REMARQUABLES 

DANS   LA  LITTÉRATURE,  LES   SCIENCES  ET   LES   ARTS. 


I.  MEMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES  ET  MÉLANGES. 


EsSA.1  STATISTIQUE  SUR   LA.   PRESSE  PERIODIQUE  DU  GLOBE, 

ou  Comparaison  de  la  population  des  cinq-parties  du 
monde  et  de  leurs  principaux  Etats  avec  le  nombre 
correspondant  des  Journaux  qu'on  y  publie. 

N.  B.  Cet  Essai  statistique,  entièrement  neuf  et  d'une  haute 
importance,  a  été  rédigé,  d'après  les  titres  exacts  de  plus  de 
2000  journaux  politiques  ou  littéraires,  publiés  dans  les  dif- 
férentes parties  du  monde,  et  d'après  les  renseignemens  qu'un 
géographe  très-instruit,  et  qui  jouit  d'une  réputation  euro- 
péenne, a  obtenus  sur  l'existence  de  ceux  dont  les  titres  ne 
sont  point  parvenus  en  Europe.  Ce  géographe,  M.  Adrien 
IUlbi  ,  a  calculé  ,  pour  chaque  partie  du  monde  et  pour  chaque 
État,  le  rapport  de  la  population  aux  produits  de  la  presse 
périodique.  Les  résultats  de  ses  recherches  forment  une  des 
colonnes  du  beau  travail  qu'il  va  faire  paraître  à  Paris,  sous 
t.  xxxvii.  —  Mars  1828.  38 


5g4  ESSAI  STATISTIQUE 

ce  titre  :  La  Monarchie  française  comparée  avec  les  principales 
États  du  monde,  en  1828.  Les  lecteurs  de  la  Revue  Encyclopé- 
dique peuvent  compter  sur  l'exactitude  de  ces  calculs;  ils  ouï: 
pour  garans  la  sagacité,  le  soin  extrême,  la  conscience  qui  di- 
rigent M.  Balbi  dans  ses  travaux,  et  de  plus,  la  coopération 
de  beaucoup  de  savans  et  d'hommes  d'état  distingués  qui  con- 
courent généreusement  avec  lui  à  la  rédaction  du  Complément 
de  £  Atlas  Etnographique  du  globe,  que  M.  Balbi  doit  publier  in- 
cessamment sous  ce  titre  :  Tableau  physique ,  moral  et  poli- 
tique des  cinq  parties  dit  monde  ;  ouvrage  dont  la  première  par- 
tie a  mérité  à  ce  savant  les  suffrages  les  plus  honorables  dans 
les  journaux  des  deux  mondes ,  et  les  témoignages  d'estime  et 
de  bienveillance  de  plusieurs  princes  souverains. 


NOMS 

des 
PARTIES  DU   MONDE 

ET    DES    ÉTATS. 


EUROPE.  .  . 
France.  .  .  . 
Paris.  .... 
Lyon.  .  .  .  . 
Toulouse.  .  . 
Bordeaux.  .   . 

Rouen 

Marseille.  .  . 
Strasbourg.  . 
Nantes.  .  .  . 
Le  Havre.    .    . 

Nanci 

Boulogne.  .   . 

Lilb 

Besançon.  .  . 
Amiens.  .  .  . 
Dunkerque.  . 
Orléans.  .  .  . 
Yesonl.  .  .  . 
Saint-Étienne. 

Metz 

Le  Pay.   .   .  . 


POPULATION. 


127,700,000 

32,000,000 

890,000 

146,000 

70,000 

94,000 

90,000 

1 16,000 

5o,ooo 
72,000 
21,000 
29,000 
19,000 
70,000 
29,000 
42,000 
25,000 
40,000 
5,ooo 
3  1,000 
45,000 
i5,ooo 


1142 

49° 
176 
i3 
i3 
10 
8 
6 
5 
4 
4 
4 
4 
3 
3 
3 
3 
3 
3 
1 
2 
2 


OBSERVATIONS. 


La  population  mentionnée 
dans  ce  tableau  est  celle  qui 
existait,  à  la  fin  dei 8 26,  dans  les 
Etats  principaux  des  divtvses 
parties  du  globe,  et  notamment 
dans  l'Europe  et  dans  l'Améri- 
que.La  population  des  villes  est 
prise  des  recensemens  les  plus 
modernes;  mais  toutes  les  don- 
nées ne  datent  pas  de  1826, 
un  grand  nombre  remonte  aux 
années  1817,  181 8,  18 19,  1820 
et  182t. 

On  a  compris  dans  le  nombre 
total  des  journaux  non  seule- 
ment les  feuilles  politiques  et 
litléi  aires,  mais  aussi  les  feuil- 
les d'annonces,  d'affiches,  et 
les  prix-courans,  en  un  mot, 
tout  ce  qui  forme  la  presse 
périodique,  à  l'exception  des 
produits  annuels  ,  tels  que  les 
ahnanachs,  les  mémoires  des 
sociétés  savanti  s;  quelques -uns 
des  correspondans  de  l'auteur 
n'ont  pas*  compris  dans  leurs 
renseignemens  les  feuilles  d'an- 
nonces et  les  prix-courjns.  Ce- 
pendant,   M.    Balbi,    tout    en 


SUR   LA   PRESSE  PÉRI0DIQ1  1 


')' 


NOMS 
de. 

PARTIS!    DO    -»!<>•<  lu 

ii     DU     ».  i  »  1 1. 


l'oins , 

[faïence 

Minores 

All.i.' 

Castres 

Iris     r.>',Il'ANNl<v'KHS. 

Londres 

Dublin 

Edimbourg 

Glasgow 

Manchester 

Birmingham 

Ltvernool. 
Limerick. 
BristQ 
Cork. 

Kxt'h'l'. 

York. 

ttatb ,    . 

Brigbton 

Canterbnry 

Leed 

Nottingham 

BelfaM 

Gbester 

Prymoutb 

jSheffield 

Sonthainpton.    .    .    . 
Port  S. -Pierre,  île   Gi 

nescy 

Wolverhampton.   .   . 
S.-Hfllier,  ile  Jersey. 

Galway. 

Londouderry.    .    .    . 
Ballinâ. 
PTaterford. 
Coitpédéb  \tk 

Zurich. 

Lngant 

Gci:c\<  . 


ropuiA  i  io.n. 


a  r,ooo 

10,000 

9.(>,000 

I  t,ooo 

[  6,000 

?.  >,4oo,ooo 

1,975,000 

997*000 

r  38, 000 

i  ;  7,000 

1  3  ;,ooo 

107,000 

1  19,000 

5q,ooo 

<SS,ooo 

xo  1,000 

a3,ooo 

39,000 

37,000 

2.4,000 

1 3,ooo 

84,000 

40,000 

37,000 

20,000 

fi  r, 000 

r>2,ooo 

1  3,ooo 

1  1,000 

1  8, 000 

10,000 

28,000 

9,000 

4,000 

29,000 

1 ,980,000 

18,000 

10,000 

4,ooo 

25*000 


2 
2 

9 
2 
2 

i83 

97  ' 
28  i 
18 
i4 

19 

9 
9 

9 


ODS  I  Kl  A  T/<>  \  S. 


modifiant  les  sommes  relative! 
aux  dirTérens  Etats .  !  cru  de- 
voir adopter  Hé  préférence  les 
nombres  les  plus  faible  ,  dans 
la  crainte  de  présenter  dei  cVa- 
[nations  trop  fortes.  1 1  le 
teur»  doivent  donc  regarder, 
'h  général^  ces  sommes  comme 
des  //lin/ma ,  et  non  comme  des 

nuixima.  .Nous  croyons   inutile 

<le  faire  observer  que  lea  éva- 
luation* ne  sont  souvent  qu'ap- 
proximatives, attendu  qu'elles 
se  composent  d'élémens  très- 
variables,  rothme  les  popnla-| 
tions  des  villes  et  des  liais  ,  et 
le  nombre  des  journaux,  oui, 
à   l'exception  des  principal»  , 

dont  l'importance  garantit  la 

durée  ,  naissent,  meurent  et  se 
reproduisent  sous  d'autres  ti- 
tre, avec  une  telle  rapidité 
qu'il  est  impossible  de  suivre 

les  phases  de  leur  courte  exis- 
tence. On  doit  aussi  remarquer 
que,  si  le  détail  des  nombres 
partiels  ne  s'élève  pas  au  total 
exprimé  en  tête  de  la  colonne, 
c'est  qu'on  s'est  borne  à  citer 
Us  villes  qui  publient  un  cer- 
tain nombre  de  journaux. 

1  Ce  nombre  est  exactement 
celui  des  journaux  politiques  , 
ou  de  tout  autre  genre,  qui 
paraissent  actuellement  dans 
l'archipel       Britannique      et 

dans  ses  dépendances  polili- 
ques.  M.  Balbi  en  doit  la  com- 
munication à  l'obligeance  de 
M.  César  Moekao,  vice-consul 
français  à  Londres.  Les  longues 
recherches  de  a  s,, vaut  l'ont 
conduit  à  la  rédaction  d'un  ta- 
bleau d'une  grandeexactitode, 
qui  fait  partie  de  l'ouvrage  qu'il 
vient  de  publier  à  Londres,  j'or 
tes  finances  de  t  Angleterre,  de- 
Buii  tei  Romains  jusqu'à  nos  jours. 
Comme  le  tableau  de  M.  César 
Moreaa    ne    porte    point    les 

noms  des  villes  OQ  s'int  pu- 
bliés les  journaux  périodiques, 
M.  Balbi  a  eu  rc<  ours  s  d'au- 


5$6 

se™ 


ESSAI  STATISTIQUE 


NOMS 

des 
rARTIES   DU   MONDE 

ET   DES  ÉTATS. 


Lausanne 

Arau 

Empire  d'Autriche. 

Vienne 

Milan 

Prague 

Pest 

Salzbourg 


Venise 

Lemberg 

Padone 

Jung-Bunzlau 

Bude,  ou  Offen.    .,  .    . 
Monarchie  prussienne. 

Berlin 

Breslau 

Cologne 

Konigsberg 

Halle.  .  . 

Erfurt. 

Aix-la-Chapelle.    .   .    . 

Magdebourg 

Schweidnitz 

Coblentz 

Bonn 

Halberstadt 

Posen 

Dasseldorf. 

Burg 

Jauer. 

Clèves 

Harom 

Lignitz 

Munster 

Hircbsberg 

Naumbuig 

Postdam 

Guujbinnen 

Stettin 

Royaume  des  Pays  Bas. 


POPULATION, 


10,000 

4,000 

32,000,000 

3oo,ooo 

i5i,ooo 

95,000 

5g, 000 

1 3,ooo 

41,000 

101,000 

52,ooo 

35,ooo 

4,000 

33,ooo 

12,464,000 

220,000 

82,000 

64,000 

64,000 

24,000 

21,000 

35,ooo 

37,000 

to,ooo 

i5,ooo 

11,000 

i5,ooo 

25,ooo 

27,000 

10,000 

5,ooo 

8,000 

5,ooo 

10,000 

18,000 

6,000 

9,000 

25,000 

6,000 

26,000 

'  6,143,000 


o  2 


3 
3 

80? 
24 

9 

5 

5 

4 

3 

3 

2 

2 

2 

2 

288 

53 

i3 

10 

8 

8 

7 
6 
5 
5 
5 
4 
4 
4 
4 
3 
3 
3 
3 
3 
3 
3 
3 
3 
3 
2 
i5oi 


OBSERVATIONS. 


très  sources  pour  conuaitre 
leur  nombre ,  et  déterminer 
ainsi  pour  chaque  ville  la  mas- 
se des  journaux  politiques  et 
autres  que  l'on  y  publie  an- 
nuellement. 1 


NOMS 

t  LU  i  lis   dit  RtOlTDI 


Dl 


Amsterdam.  ...     ... 

Bruxelles 

lidg« 

("..nul 

Lonvatn 

COftl  l   cll'uATluN    OtRMAN. 

Royaume  de  Wurtemberg. 

Btnttçardt 

Tubiugeu 

Royaume  de  Bavière.    .    . 

Munich 

Nuremberg 

Erlangen 

Batnberg 

Augsbourg 

Spire 

Snlzbach 

Royaume  de  Saxe.    .    .     . 

Dresde 

Leipzig 

Royaume  de  Hanovre.    .    . 

Hanovre 

Lunebourg 

G'ïttingue 

Grand  duché  de  Rade.  .  . 

Heidelberg 

Carlsrubc 

Manheim 

Freiburg 

Gr.  D.  de  Hesse-Darmsiadt. 

Darmstadt 

Mayence 

Hesse  électorale 

Cassel 

Schmalkalden 

Mecklembourg-Schwerin.  . 

Schwerin 

Gr.  D.  de  Saxe-W  eimar .  . 

Weimar 

Jena 

Autres  petits  États.    .    .    . 


PRESSE  PÉRIODIQUE.                    5<J7 

j 

l»OPUI.ATIOIf. 

=2    ■ 

«    x 

—    0 
a 

OBSERVATIONS. 

201,000 

35? 

100,000 

33 

47,000 

8 

()  1,000 

5 

I  5,000 

4 

I  3.6>JO,OO0 

3o5f 

'  Orinr  comprend  point  dans 

I,5?.0,000 

32,000 

29 
18 

ce  nombre   les    journaux    pu- 
blics dans  l'empire  d'Autriche, 
dans    les    Ktats    Prussiens   et 

7,000 

2 

Danois,   ni   dans  le    royaume 

3,960  000 
70,000 

48 
20 

des  Pays-Bas,  bien   qoe   truel- 
ques-unes  de   leurs  provinces 
en    fassent  partie. 

40,000 

7 

12,000 

5 

* 

a  1,000 

4 

34,ooô 

2? 

6,000 

2 

2,000 

2 

1,400,000 

54 

70,000 

8 

40,000 

38 

i,55o,ooo 

*9 

28,000 

4 

12,000 

3 

10,000 

1 

i,i3o,ooo 

22 

10,000 

7 

19,000 

5 

22,000 

4 

10,000 

2 

700,000 

18 

20,000 

1 1 

25,ooo 

4 

592,000 

i3 

26,000 

D 

5,ooo 

3 

43i,ooo 

9 

12, 000 

4 

220,000 

l7 

10,000 

9 

5,ooo 

5 

■1, 104,000 

80 

598 


ESSAI  STATISTIQUE 


NOMS 

des 
PARTIES    DU    MONDE 

et  des  États. 


Gotha   (  Duché  de   Saxe- 

Cobourg-Gotha).  .    .    . 

Hildburghauseu    (  Duché 

de   Saxe  -  Meiuungen- 

Hildburghausea  ).  .  .   . 

Géra  (Princîp.  de  Reiss- 
Schleitz  ) 

Wisbaden  (D.  de  Nassau). 

Hambourg  (  Répuhl.  de  ). 
Francfort  (  Républ.  de).  . 

Brème  [Républ.  de).    .    . 

Monarchie  danoise,  .    . 

Copenhague 

Altona.    ........ 

Royaumes  de  Suède  et 
de  Norvège 

Stockholm 

Gothembourg 

Christiania 

Upsal 

Lund 

Bergen 

Drontheim 

Drammen 

Christiansand 

Gefle 

Monarchie   espagnole.   . 

Madrid 

Cadix.    .    .    , 

Barcelone 

Monarchie  portugaise  , 
y  compris  les  Açores.  . 

Lisbonne 

Porto 

Coimbra.    ..'..... 

États  du  Roi  de  Sard". 

Turin 

Gênes 

Duché  de  Parme   .... 

Parme 

Roy.  des  Deux-Siciles.    .  ! 

Naples 


POPULATION. 

w  'i 
|S 

0  g 

w 
a 

OBSERVATIONS. 

I  1,000 

5 

4,000 

2 

8,000 

2 

7,000 

2 

112,000 

22 

48,000 

38,000 

I,95o,000 

109,000 

2  7,000 

18 

3 

80 

57 
6 

Voyez  ,  ci-après  ,    dans  la 
section  des  Nouvelles  littéraires  1 
l'état    détaillé    des   journaux   1 
publiés    dans  le  royaume  de   | 
Danemark.          f 

3,866,000 
78,000 

82? 
3o? 

2  1,000 

4 

20,000 

4 

5,000 

2 

3,000 

2 

2  1,000 

2 

12,000 

5,000 

7,000 

6,000 

13,900,000 

16? 

201,000 

4 

53,000 

120,000 

3,53o,ooo 

260,000 

70,000 

i5,ooo 

43oo  ,000 

114,0  00 

17 
12 

4 
1 
8 
3 

Ce    nombre   est    celui    des 
journaux  qu'on  y  publiait  en 
182a.  Les  écrits  périodiques  y 
paraissaient  et  disparaissaient, 
selon  la  volonté  des  personnes 
placées  à  la  tète  de  l'adminis- 
tration du  royaume. 

80,000 

3 

440,000 

1 

3o,ooo 

1 

420,000 

6? 

. 

364,000 

3 

■  ! 

si  R   LA  PRESSE  PÉRI0DIQ1  i 


^99 


NOMS 
du 

F1BTIU    Dl     m.im.i 

I    I      IMS      I    I    V   I   s. 


Païenne 

1-  r  vis  du  Paît.     .    .     . 

Rome 

Bologne 

Gr.  Dichk  Dl  Toscane. 

Florence 

LivouriH" 

Kse 

Duché  de  Modene.  .   . 

Modèue 

Emiure  kusse  et  Pologne 

Pétersbourg 

Moscou 

Varsovie 

Rîga 

Wilua 

Dorpat 

Millau 

Abo 

Odessa 

Kasan 

Grèce 

Hydra  (  île   d' ) 

Napolî  de  Roiuauie  (  Pé 

loponèse  ) 

Rép.  des  it.es  Ioniennes 
Coi  fou  (  île  de  ).    .    .    . 
Zaute  (  île  de) 

RÉPUBLIQUE   DE   CrACOVIE 

AMÉRIQUE 

États-Unis,  ou  Conféd 
Anglo-Américaine.  . 
Kew-York  {État  de).    . 
bCew-York  (Ville  de).  .    . 

Albany , 

Pcnsylvanie 

Philadelphie 

Pittsborg 

O/iio 

(  inciini.iti , 

f'irgiriic 


i  <>8,ooo 

2,5()0,000 

1 54,ooo 

65, 000 

'    1,275,000 

80,000 

66,000 

20,000 

35o,ooo 

27,000 

56,5 1 5,ooo 

320,000 

25o,ooo 

126,000 

36, 000 

25,000 

8,000 

1 1,000 

1 1,000 

40^00 

5o,ooo 

1,100,000  ? 

25,000 

10,000  ? 

I  76,000 
1 5,000 
19,000 

1 14,000 

39,3.00,000 

1 1,600,000 

1,373,000 

169,000 

20,000 

1,049,000 

1 14,000 

1 1,000 

:*)S2,ooo 

16,000 

1,066,000 


2 
84 

29 
17 
i3? 

7 
4 
3 
3 
3 
1 
1 
3 
2 


1 
3 

978 

840 

i37 

3oi 

8 

1 10 

29 
3  i 

48' 
9 


Les  limites  de  cet  Empire 
du  côté  de  l'Asie  sont  don- 
nées par  l'Oural  et  par  la  crête 
du  (l.mcase.  Voy.  ci-dessus, 
Jiev.  Enc. ,  t.  xxxvii  ,  p.  553, 
l'élat  de  la  presse  périodique 
en  Russie. 


'Avant  l'incendie  qui  a  con- 
sumé presque  entièrement 
cette   ville. 

Quoique  la  Grèce  fasse  en- 
core nominalement  partie  de 
l'empire  ottoman  ,  elle  est  de 
l'ait  entièrement  indépendante. 


Ce  nombre  se  rapporte  à  la 
fin  de  l'année  1827;  en  182J,  I 
il  n'en  paraissait  que  598  ;  les  I 
nombres  suivans,  relatif-.  ;iux 
litatset  territoires  en  particu-  J 
lier,  se  rapportent  aussi  à  l'an-  ; 
née  1825.  Le  directeur  général  I 
tles  postes  annonçait,  dans  son 
rapport  au  congrès,  que  l'on 
pouvait    regarder  ce  nombre 
comme  complet,  aucun  jour- 
nai  important  n'ayant  été  omis.  | 
EntSifi,  on  en  publiait  62. 


6oo 


ESSAI  STATISTIQUE 


NOMS 

des 
rARTIES   DU    MONDE 

ET  DES  ÉTATS. 


POPULATION. 


Richmond 

Norfolk ' 

Massachussets 

Boston 

Salem 

Connecticut 

Maryland 

Baltimore 

New-Jersey 

Kentucky 

Loniswille 

Tenessee 

Nashville 

Georgia 

Savannah 

Sud-Caroline .'    . 

Charleston 

Indiana 

Maine 

New-Hampshire 

Alabama 

Nord- Caroline. 

Rhode-hland 

Providence     

Vermont 

District  de  Colombie.    .    . 

Washington 

Louisiane.  ........ 

Nouvelle-Orléans.    .    .    . 

Mississipi 

Natchez , 

Missouri 

Saint-Louis 

Illinois 

Delaware 

Micldgan 

République  de  Colombie 
Santa  -  Fé  de  Bogota.    . 

Caraccas 

Panama 

Quito 

Guayarmil 


12,000 

8,000 

523,ooo 

55,ooo 

i3,ooo 

275,000 

407,000 

70,000 

278,000 

564,ooo 

8,000 

421,000 

4,000 

409,000 

8,000 

5o3,ooo 

37,000 

147,000 

298,000 

244,000 

208,000 

639,000 

83,ooo 

16,000 

236,ooo 

34,ooo 

12,000 

i53,ooo 

40,000 

75,000 

5,ooo 

67,000 

7,000 

55,ooo 

73,000 

9,000 

3,000,000 

3o,ooo 

35,ooo 

20,000 

70,000 

•22,000 


OBSERVATIONS. 


4? 
3? 
35 

20? 

4? 

23 

22 
H? 
18 
18 

4? 
i5 

2? 
14 

4? 
xi 

4 

12 
12 
11 
10 
10 

9 
3? 

8 

5? 

7 
18? 

7 
3 
6 
3 
,  5 

4 
1 
20 
4 
2 


La  liste  publiée  dans  le  sa 
vant  journal  intitulé  :  t/ie  IVi7es 
IFeekly  Remisier,  ne  porte  que 
ce  nombre.  Comme  les  infor- 
mations que  nous  nous  som- 
mes procurées  sur  la  ville 
de  la  Nouvelle-Orléans  nous 
donnent,  dans  la  même  année 
et  pour  cette  ville  seule,  un 
nombre  supérieur  à  celui 
qu'on  assignait  à  toat  l'Etat, 
nous  croyons  qu'il  s'est  glisse 
quelques  erreurs  dans  la  liste 
susmentionnée  ;  nous  nous  con- 
tentons d'en  faire  la  remarque, 
n'ayant  pas  la  possibilité  de 
rectifier  ces  erreurs. 


SUB   LA  PRESSE  PERIODIQUE. 


601 


■■■■  "" 

aepM^«K««x«a«xK»a» 

NOMS 

m  ii 

îles 
PARTIES    DU    MONDE 

l'Ol'Ul.AIION. 

OBSERVATM  AS. 

ri    1  •  i  •-   i  i'  \  i    - 

s     1 

Confédér.  del'Amériqi  i. 

CENTRAT.K 

x,6oo,ooo 

5? 

Nouveau- Guatemala.  .    . 

4o,ooo 

i 

(  'i>M  1  \U   !..     MEXICAINE   .        . 

7,5oo,ooo 

28 

Mexico 

180,000 

7 

(ruadalaxara 

70,000 

4 

Oaxaca 

/to,ooo 

2 

Pnebla 

70,000 
1 5,000? 

2 
2 

Vera-Crux 

Merida 

10,000 

2 

Ki  p.  nu  Bas-Pérou.  .  .    . 

1,700,000 

19 

Lima 

80,000 

9 

Arequipa ,   .    .    . 

36, 000 

4 

Cusco 

46,000 
9,000 

4 
2 

Truxillo 

Rép.  nu  Haut-Pérou  ,  ou 

Bolivia 

i,5oo,ooo  ? 

4? 

Charcas,  la  Mata  ,  ou  Chi- 

quisaca 

20,000 

1 

Potosi 

40,000? 
65o,ooo 

1 
M) 

Conf.  du  Rio  de  la  Plata. 

Pmenos-Ayres 

80,000 

17 

1,400,000 

16 

Santiago 

55,ooo 

10 

Empire  DU  BrÉSIL.     .     .      . 

5,ooo,ooo 

8 

Ce  nombre  do  journaux  pa- 

Rio-Janeiro  

140,000 

3 

raissait  en   1822.  Nom   nous 
sommes     assurés     que,     non 

120,000 

3 

seulement  il  n'a  pas  augmenté, 

Pernarabnco 

60,000 

2 

mais   qu'il  a  même  diminué; 

2,290,000 

3o 

car   il   n'eu  parait  plus  qu'un 

Qnebeck  (Canada.)    .     .     . 

22,000 

2 

Montréal  (A/.) 

25,000 

4 

Kingston  (Jamaïqne).  .    . 

33,ooo 

2 

1,240,000 

4? 

La  Havane  (île  de  Cuba). 

i3o,ooo 

3 

Amérique  néerlandaise. 

114,000 

(  Paramaribo.) 

2 

240,000 

3 

• 

(Guadeloupe,  Martinique 

Amérique  danoise.  .    .    . 

1 10,000 

4 

5  00 

r 

Ce  journal  wt  actuellement 

6o2 


ESSAI  STATISTIQUE 


NOMS 

des 
PARTIES  du  monde 

ET    DES    LTATS. 


République  d'Haïti.  .  .  . 
Port-au-Prince 

ASIE 

Calcutta  (Inde  anglaise).  . 

Serampore 

Madras 

Bombay 

Surate 

Colombo  (capitale  de  l'île 

de  Ceylan) 

Malacca 

Georgstown  (cap.  de  l'île 

du  Prince  de  Galles).  . 
Sincapoure   (cap.   de  l'île 

du  même  nom  ).  .  .  . 
Smyrne  (Turquie  d'Asie). 
Pékin  (empire  chinois).  . 
Macao.    . 

OCÉANIE 

Sidney  (N.  Galles  du  Sud, 

dans  la  N.  Hollande).  . 
Hobarttown  (  île  de  Van 

Dieuaen) 

Launceston    (île   de   Yan 

Dieinen) 

Batavia  (île  de  Java).  .  . 
Bencoulen  (île  de  Sumatra) 
Otaïti  (île  de  l'archipel  de 

la  Société) 

AFRIQUE 

Freetown  (  Sierra  Leona  , 
dans  la  Senegambie  an- 
glaise).   .    .    .    .    . 

Cap-Coast  (Côte-d'Or,  en 
Guinée) 

Bathurst  (île  Sainte-Marie, 
Gambie  ) 

Le  Cap  (Afrique  australe). 


POPULATION. 

M  5 

ta  o, 

O  \ 
Éi  « 

OBSERVATIONS. 

950,000 

3o,ooo 

390,000,000? 

5oo,ooo  ? 
12,000  ? 

5? 
3 

27? 

9 

.  2 

le  plus  boréal  du  globe.  11  pa- 
raît  in  -  8°,   sous   le   titre  de 
Klostei-Posten  (  poste  du  mo- 
nastère), parce  que  la  maison 
de  M.  Stephanson,  qui  en   est 
le  rédacteur,  était  autrefois  un 
couvent. 

3oo,ooo 

4 

162,000 

3 

- 

45o,ooo 

1 

1 

5o,ooo 

1 

8,000? 

1 

1O5O00 

1 

, 

1 5,ooo 

2 

i3o,ooo 

1 

i,3oo,ooo  ? 

1 

1 5,ooo 
20,000,000  ? 

1 
9 

Ce  journal  est  écrit  en  lan- 
gue portugaise,  et  se   distin- 
gue par  la  beauté  de  son  exé- 
cution typographique. 

10,000 

4 

4,000 
2,000 

1 
1 

C'est  le  journal  le  plus  mé- 
ridional du  globe. 

46,000 

1 

10,000 

1 

7,000 

1 

60,000,000? 

12 

6,000 

1 

8,000 

1 

2,000 

18,000 

1 
2 

Ce  journal   a   ccss»   de  pn- 
raître. 

si  i;  LA  PRESSE  PÉRI0DIQ1  E. 


5o3 


•-_-.«  wmmm 

--   - 

NOMS 

des 

POFUL4TIOH. 

£    a 

OBSERVAT  10  Y. S. 

Pi  |  I  IhS    1)1      Sl'iNDI 

c  S 

j 

2 
a 

Port-Looia  (île  de  France). 

18,000 

2  ■ 

'  L'un  «le  ers  journaux  est 

rédigé   en  anglais,  l'autre  en 

français. 

Saint-Denis  (île  liourbon). 

1  4,000  ? 

2a 

'Ces  deux  joti maux,  rédigés 
tous  deux  en  français,  profes- 
sent des  principes  opposés. 

rrFpoli  (Barbarie).   .    .    . 

Le  Ci  ire  (  Egypte  ).  .   .     . 

1  5,ooo 

1  3 

3  Ce   journal  est  rédigé    en 

afio,ooo 

I 

français.    Il   n'est  point   rendu 
public  par  la  voie  de  l'impres- 

Fonchal (ile  Madère).    .    . 

20,000 

I 

sion,  mais  par  un  grand  nom- 
bre do  copies  faites  à  la  main. 

RÉSUMÉS  GÉNÉRAU. 

X  PAR 

TIELS. 

CONFEDERATION         AnGI.O- 

Américaine,  ou  ÉtATS- 

Unis  de  l'Amérique  du 

Nord 

1 1,600,000 

800 

' 

Mo.VARCHIE   ANGLAISE.   .     . 

142,180,000 

578 

Totat,  des  Etats  d'origine 

anglaise 

153,780,000 

i378 

Tôt  ai,  de  tous   les  autres 

Etats  du  globe 

583,220,000 

1790 

RÉSUMÉ  GÉ! 

VÉRA 

lL. 

Europe 

227,700,000 

2142 

Amérique 

39,300,000 

978 

Asie 

390,000,000 
60,000,000 

27 
12 

Afrique 

OcÉANIE 

20,000,000 

9 

Total  générai,  pour  tout 

LE  GLOBE 

737,000,000 

3i68 

j 

A.  Ralbi. 


604  VOYAGE 

Voyage  aux  eaux  de'Pietrapola,  canton  de  Fiumorbo , 
1  en  Corse  ;  (juin  1827.  ) 

N.  du  R.  —  Cette  relation ,  qui  nous  a  été  envoyée  par  l'un  de  nos 
corresponclans  les  plus  dignes  de  confiance  ,  nous  a  paru  propre  à 
donner  une  idée  de  la  Corse,  de  ses  habitans  ,  des  ressources  que  la 
culture  pourrait  y  trouver  et  des  moyens  d'en  tirer  le  meilleur  parti. 
Lorsque  l'industrie  et  les  arts  auront  atteint ,  dans  cette  île  ,  le  degré 
de  prospérité  qu'ils  peuvent  y  atteindre,  aucune  partie  du  territoire 
français  ne  surpassera  son  opulence  ,  l'activité  de  son  commerce  ,  les 
agrément  de  ses  sites  ,  et  peut-être  même  la  salubrité  et  les  délices  de 
son  climat. 

Le  12  juin,  à  trois  heures  du  soir,  nous  quittâmes  le  port  de 
Bastia.  Le  tems  était  calme,  la  brise  de  terre  nous  manqua.  Le 
lendemain  au  lever  du  soleil  nous  n'étions  encore  qu'en  face 
du  mont  Sant-Angelo  ,  qui  domine  le  riche  canton  de  Casinca, 
dont  les  collines  offrent  un  agréable  mélange  de  champs ,  de 
vignes,  de  vergers,  de  bocages  d'oliviers  et  de  châtaigniers; 
Vescovato  se  cachait  à  nous  dans  le  vallon  où  il  est  enseveli. 
Mais  les  villages  de  Loreto,  de  Porri,  de  la  Penta  ,  de  la  Ven- 
zolasca,  et  de  Castellare,  présentaient  leurs  élégans  clochers  et 
leurs  masses  compactes,  au  milieu  des  forêts  de  châtaigniers  qui 
s'élèvent  majestueusement  presque  jusqu'au  sommet  de  la  mon- 
tagne. Plus  loin,  les  cantons  de  Tavagna  et  de  Moriani  conti- 
nuaient ce  magnifique  rideau  de  verdure. 

A  midi,  nous  avions  en  vue  la  petite  ville  de  Cervione,  au- 
trefois résidence  de  l'évêque  d'Aleria ,  et  qui,  jusqu'à  la  der- 
nière organisation  judiciaire,  fut  le  siège  d'un  tribunal  civil. 
Elle  est  située  sur  le  flanc  de  la  montagne  qui  borne  au  sud 
l'horizon  de  Bastia.  Les  hauteurs  qui  la  dominent  sont  dépour- 
vues de  grands  bois.  Au-dessous  se  déploient,  sur  de  charmans 
coteaux,  les  vignobles  renommés  qui  ont  ajouté  depuis  quelque 
tems  à  la  liste  des  vins  les  pins  exquis  et  les  plus  recherchés.  Il 
est  à  regretter  que  l'air  de  ces  collines  soit  peu  salubre  pen- 
dant les  chaleurs  de  l'été ,  et  qu'on  ne  puisse  habiter  sans  dan- 
ger les  maisons  de  campagne  qui  couronnent  ces  hauteurs. 


AUX   EAUX  DE  PIETRAPOLA.  6o5 

Le  soleil  se  cacha  le  soir  derrière  les  hantes  cimes  de  Pie- 

trtde  Verdé  el  des  monté  qui  donnent  naîsssance  à  la  rivière 

d'Alésant  Nous  passâmes  durant  la  nuit   devant,  la  plage  d'A- 

leriâ  el  près  dos  étangs  dé  Diane  et  d'Urbino.  Le  lendemain,  i  4> 
nous  côtoyâmes  la  forêt  de  pins  qui  borde  le  rivage  jusque 
près  des  bords  de  la  rivière  dû  l'iumorbo.    , 

Nousavions  devant  nous  un  tableau  de  la  plus  grande  magni- 
ficence. Les  monts  de  Ghisoni  et  de  Raparo  ceignent  en  amphi- 
théâtre une  plaine  de  plus  de  trente  milles  de  longueur,  sur  cinq 
de  profondeur.  Les  neiges  arrêtées  dans  les  déchiremens  de 
leurs  sommets  rendent  plus  sensible  la  chaleur  extrême  qu'on 
ressent  sur  la  plage.  Les  villages  d'Isolaccio,  de  Prunelli,  d'Or- 
naso  et  de  Sari,  les  débris  du  château  de  Covasina  ne  sont  que 
des  points  presque  imperceptibles  au  milieu  des  masses  de  ro- 
chers qui  les  environnent.  Sous  nos  yeux  ,  le  Fiumorbo  ,  retenu 
derrière  une  barrière  de  sable,  forme  un  canal  sinueux  ,  bordé 
d'ormes  et  de  frênes,  que  surchargent  les  rameaux  de  la  vigne 
sauvage.  Dans  ce  bocage,  on  se  croit  on  instant  transporté  sur 
une  de  ces  îles  riantes  que  la  Loire  forme  en  traversant  l'Anjou. 
Mais  la  mort  attend  ici,  dit-on,  l'imprudent  qui  voudrait  y  fixer 
son  séjour. 

Une  trentaine  de  paysannes ,  prévenues  de  notre  arrivée  ,  se 
disputent  nos  bagages.  Pour  3o  sous,  elles  transportent  dans  la 
montagne  de  Pietrapola  ,  à  une  distance  de  douze  milles,  des 
fardeaux  du  poids  de  70  à  80  livres,  de  100  quelquefois.  On 
leur  abandonne  les  ballots,  les  sacs,  les  corbeilles  ouvertes, 
qu'elles  chargent  sur  leur  tête.  On  peut  être  assuré  qu'il  ne 
manquera  rien  à  l'arrivée.  Les  hommes  amènent  des  montures 
et  des  mules  de  charge  dont  la  course  se  paie  trois  francs. 

Nous  partons  ,  faiblement  gauantis  par  nos  parasols  des 
rayons  d'un  soleil  presque  perpendiculaire.  Nous  laissons  der- 
rière nous  les  frais  et  dangereux  ombrages  du  Fiumorbo;  nous 
traversons  le  domaine  du  Migliaciaro ,  fameux  par  son  immense 
étendue,  la  fertilité  de  ses  terres,  et  par  les  démêlés  qu'il  a  ex- 
cités long-tems  entre  ses  possesseurs  ,  les  Spînola  de  Gênes  ,  et 
les  habitans  d'Isolaccio  :  plus  d'une  fois  les  récoltes  en  furent 


6oÔ  VOYAGE 

enlevées  à  main  armée.  Nous  passâmes  entre  des  enclos  fermés 
de  haies  sèches.  A  voir  les  épines,  les  fougères  et  les  énormes 
chardons  qui  couvrent  ces  champs,  et  à  travers  lesquels  on  a 
peine  à  démêler  les  épis  ,  on  reconnaît  à  quel  point  la  culture 
est  arriérée  ou  a  rétrogradé.  L'air  de  cette  plaine  est  considéré 
comme  très-dangereux,  à  partir  du  solstice  d'été  jusqu'au  milieu 
du  mois  d'octobre (i). 

Après  trois  quarts  d'heure  de  marche  ,  nous  passons  à  côté 
des  ruines  du  château  Spinola,  incendié  lors  des  derniers  trou- 
bles. Les  murs  ,  en  brique  et  en  moellon,  sont  encore  debout 
et  ne  donnent  pas  une  grande  idée  de  ce  qu'il  a  pu  être. 

Nous  entrons  bientôt  sous  un  épais  couvert  de  châtaigniers  , 
aux  pieds  desquels  coule  un  ruisseau  retenu  dans  un  canal , 
et  qui  fait  tourner  un  moulin  peu  éloigné.  Nous  faisons  halte 
au  milieu  de  hautes  fougères  qui  couvrent  tout  le  terrain  envi- 
ronnant. 

A  un  demi  -  mille  de  là,  on  entre  dans  une  gorge  de  mon- 
tagne, côtoyant  la  rive  gauche  delà  rivière  d'Abbatesco,  qu'on 
aperçoit  à  peine  au  milieu  des  énormes  blocs  de  granit  gris  et 
verdâtre  qui  encombrent  son  lit  ;  mais  ses  mugissemens  se  mê- 
lent au  chant  des  oiseaux  qui  remplissent  les  bois  environnans. 
A  droite  ,  la  montagne  s'élève  par  une  coupe  presque  verticale, 
où  croissent,  parmi  des  rochers  entassés  les  uns  sur  les  autres, 
le  chêne  vert  {leccid)  et  les  lièges;  au-dessous,  l'alaterne,  l'ar- 
bousier, le  lentisque  et  la  bruyère  arborescente  forment,  d'é- 
pais massifs.  L'aulne,  que  l'on  trouve  en  Corse  sur  le  bord  de 
tous  les  torrens,  occupe  le  lit  même  de  la  rivière,  qu'il  couvre 
ça  et  là  d'une  ombre  impénétrable. 

On  suit  pendant  deux  heures  les  sinuosités  de  l'Abbatesco 
en  traversant  un  grand  nombre  de  ruisseaux  qiw  s'y  jettent; 


(i)  L'état  actuel  des  arts  permettrait  d'entreprendre  avec  succès  l'as- 
sainissement de  cette  côte  ,  le  creusement  des  canaux  pour  l'écoule- 
ment des  eaux  stagnantes  et  le  dessèchement  des  marais  :  ce  serait  un 
des  plus  louahles  emplois  des  dragues  mues  par  des  machines  à  vapeur. 

A.  du  II. 


U  \   EAUX  DE  PIETRAPOLA.  60^ 

l'on    arrive:  enfin  à    un    monticule   séparé  par  des  ravins  d<  ; 

deux  lianes  de  la  montagne  :  c'est  le  site  qui  recèle  les  sources 
de  Pietrapola. 

Du  point  le  plus  élevé  du  sentier  étroit  qu'il  faut  gravir,  <  1 
OÙ  M.  le  commandant  du  poste  de  PrunelH  a  fait  construire 
une  maisonnette  solide  et  fort  propre,  on  aperçoit  les  vapeurs 
qui  s'échappent  sans  cesse  de  ce  lieu,  et  une  partie  du  tèrre- 
plein  où  se  plantent  les  tentes.  Le  propriétaire  de  ce  champ 
perçoit  pour  chacune  d'elles  une  somme  de  trente  sous,  et  au- 
tant pour  l'emplacement  d'un  frascalo  qui  estime  tonnelle  en 
feuillage  où  l'on  se  procure  un  abri  contre  ia  chaleur  du  jour. 
Ceux  qui  ne  peuvent  ou  ne  veulent  pas  faire  cette  dépense 
s'établissent  à  droite  et  à  gauche  du  petit  sentier  qui,  de  la 
maisonnette  du  commandant,  conduit  au  terre-plein.  Un  drap 
tendu  sur  une  perche  posée  sur  deux  fourches  élevées  de  trois 
à  quatre  pieds  de  terre,  forme  ordinairement  le  seul  abri  des 
pauvres  gens. 

On  a  fait  dans  les  dernières  années  une  si  grande  consom- 
mation de  bois  pour  les  supports  et  la  couverture  desfrascati, 
qu'il  commence  à  manquer  aux  environs  (la  camp.  Dans  peu  , 
on  sera  obligé  de  l'aller  chercher  à  d'assez  grandes  distances. 
Les  arbres  de  trois  à  quatre  pouces  de  diamètre  coupés  dans 
cette  saison  ne  repoussent  plus. 

Les  sources  chaudes  sortent  à  différentes  hauteurs  du  monti- 
cule, à  partir  de  son  sommet  jusqu'au  bord  de  la  rivière  dans 
le  lit  de  laquelle  elles  s'écoulent. 

Celle  qui  alimente  les  deux  grands  bassins,  remis  depuis 
quelques  années  en  état,  l'un  pour  les  hommes  ,  l'autre  pour  les 
femmes,  s'échappe  horizontalement,  avec  une  force  remar- 
quable, des  débris  d'un  ancien  conduit  en  ciment,  au  pied 
dune  vieille  muraille  de  trente  pouces  de  hauteur,  sur  laquelle 
passe  le  sentier  dont  nous  avons  parlé.  La  température  de  cette 
source  est  de  44  degrés  1/2  de  Réaumur.  Le  volume  d'eau 
qu'elle  fournit  peut  être  évalué  à  trente  litres  par  minute.  Les 
deux  bains  qu'elle  entretient  sont  construits  à  ciel  ouvert,  dans 
le  plan  de  l'escarpement  de  la  rive  gauche  de  l'Abbatesco.  On 


6o8  NOY^GE 

n'y  est  garanti  du  soleil  et  de  la  pluie  que  par  une  couverture 
en  feuillage,  soutenue  par  des  traverses  trop  basses  pour  qu'on 
puisse  se  tenir  debout  sur  le  gradin  qui  règne  alentour.  Cha- 
que bassin  peut  recevoir  vingt  -  quatre  personnes  à  la  fois. 
Comme  l'eau  s'y  épanche  presque  immédiatement,  la  tempéra- 
ture en  est  si  élevée  qu'au  bout  de  12  ou  1 5  minutes  on  en  sort 
en  hâte,  et  la  sueur  ruisselant  sur  le  visage,  pour  aller  transpirer 
dans  une  couverture,  sous  la  tente. 

Des  grands  bassins  au  camp,  d'autres  sources  ,  à  droite  et  à 
gauche  du  sentier,  sur  une  longueur  de  35  à  40  pas,  forment 
de  petites  flaques  vaseuses ,  du  fond  desquelles  l'eau  s'élève  en 
émettant  de  tems  à  autre  des  bulles  d'air.  Auprès  de  la  maison- 
nette du  commandant,  une  de  ces  sources,  plus  abondante 
remplit  un  bassin  taillé  dans  le  roc  et  qui  peut  contenir  quatre 
ou  cinq  personnes.  Cet  ouvrage  qu'on  doit  à  M.  B. ,  est  surtout 
apprécié  par  les  dames,  qui  s'en  partagent  la  jouissance  à  diffé- 
rentes heures  du -jour. 

Le  long  de  l'escarpement,  du  côté  de  la  rivière,  coule  une 
autre  source  à  une  certaine  hauteur;  ceux  qui  sont  affectés  de 
tumeurs,  de  plaies,  ou  de  douleurs  locales,  en  forment  des 
douches,  au  moyen  de  roseaux  creux  ou  de  tubes  de  fer-blanc; 
le  tout  en  plein  air,  à  l'ardeur  du  soleil,  au  milieu  de  rochers 
entassés,  et  dans  ia  situation  la  plus  incommode  que  l'on  puisse 
se  figurer. 

A  quelques  pas  de  là  ,  un  autre  jet ,  aussi  abondant  que  celui 
des  grands  bassins,  et  d'une  température  plus  élevée  encore, 
s'écoule  inutilement  dans  le  lit  de  la  rivière. 

En  gravissant  le  rocher,  qui  domine  de  12  ou  i5  pieds  le 
sentier,  on  arrive  à  un  plateau  formant  au  nord  un  marais 
tourbier,  de  cinq  ou  six  arpens  d'étendue,  et  où  croissent, 
parmi  les  joncs,  le  myrte  et  la  bruyère.  Ce  marais  est  formé  par 
d'autres  sources  chaudes,  mais  d'une  température  plus  basse. 
Elles  ne  peuvent  être  amenées  ainsi  au  point  le  plus  élevé 
du  monticule  que  par  le  moyen  d'un  siphon  naturel.  Au 
midi,  et  sur  un  espace  découvert,  est  posté,  sous  des 
tentes,  le  détachement  de  troupes  de  ligne  envoyé  de  Prunelli 


AUX   KA1\   DE  PIETRAPOLA.  Coy 

pour  maintenir  l'ordre  sur  le    lieu  ,    pendant  la  saison   des 
bains. 

M.  L.,  l'un  des  propriétaires  les  plus  aisés  d'Isolaccio,  et  sous- 
lieutenant  <  I  *  *  s  voltigeurs  corses,  fait  construire  sur  ce  point 
nue  maison  distribuée  en  douze  ou  quinze  chambres,  avec  un 
bain  au  re/.  -  de-  chaussée,  où  se  réuniront  en  partie  les  eaux 
perdues  au  sommet  du  plateau.  Au  moyen  de  quelques  tran- 
élues,  le  marais  sera  facilement  desséché  et  cette  position  as- 
sainie. 

Toutes  ces  sources,  quel  que  soit  leur  degré  de  chaleur, 
donnent  une  eau  très-limpide ,  ayant  l'odeur  et  le  goût  d'œufs 
durs.  On  vante  leur  efficacité  contre  les  maladies  cutanées  et 
les  plaies  rebelles.  Elles  conviennent  aussi  aux  douleurs  rhu- 
matismales, aux  paralysies  et  aux  engorgemens  des  systèmes 
glandulaires;  mais  on  y  a  souvent  recours  pour  des  affections 
auxquelles  elles  sont  contraires. 

Il  existe  à  Guagno,  canton  de  Vico ,  dans  l'arrondissement 
d'Ajaccio,  des  eaux  thermales  de  même  nature.  L'administra- 
tion n'a  rien  épargné  pour  y  fonder,  dans  ces  derniers  tems, 
un  établissement  militaire  important,  dont  l'industrie  a  profité 
pour  y  offrir  des  logemens  commodes  au  public.  On  espère 
cpie  l'autorité  portera  maintenant  son  attention  sur  les  sources 
de  Pietrapola.  Il  faut  convenir  que ,  jusqu'à  présent,  l'état  du 
Fiumorbo  n'avait  pu  permettre  de  tourner  les  vues  de  ce 
côté. 

Le  dimanche  24  juin  ,  M.  L.  nous  a  envoyé  des  chevaux,  et 
nous  sommes  montés  au  village  d'Isolaccio.  Il  faut  une  heure 
pour  s'y  rendre.  Chemin  faisant, nous  observâmes  combien  ces 
montagnes  sont  riches  en  cours  d'eau  ,  en  bois  de  chênes  verts 
et  en  terrains  propres  au  châtaignier.  Un  grand  nombre  de 
plateaux  et  de  pentes  douces  pourraient  former  des  prairies 
artificielles.  On  voit  quelques  clos  de  vignes  sur  les  croupes  les 
mieux  exposées;  mais  pas  un  arbre  fruitier  n'a  frappé  nos  re- 
gards, et  nous  n'avons  aperçu  qu'un  seul  jardin  potager,  tout 
récomment  défriché  et  enclos. 

Quoique  la  commune  d'Isolaccio  comprenne  3i2  feux,  le 
t.  xxxvn. —  Mars  1828.  3p 


f)io  VOYAGE 

village  n'oflVe  qu'un  groupe  d'une  vingtaine  de  maisons.  Le 
reste  des  habitans  est  éparssurune  surface  de  plusieurs  lieues, 
dans  des  maisonnettes  placées  au  milieu  d'un  champ,  dans  l'é- 
paisseur d'un  bois,  près  d'une  rivière  ou  d'une  source. 

Isolaccio  est  situé  dans  une  région  assez  élevée  pour  qu'on  y 
soit  garanti  des  chaleurs  de  l'été.  A  cent  pas  coulent  d'abon- 
dantes sources  d'une  eau  excellente  et  d'une  fraîcheur  déli- 
cieuse ;  tout  auprès  croissent  d'énormes  châtaigniers  sous  les- 
quels un  gazon  fin  forme  un  tapis  qui  n'est  jamais  flétri  par 
l'ardeur  du  soleil. 

Des  blocs  de  granit  entassés  en  désordre  tout  autour,  et  om- 
bragés de  chênes  verts ,  que  la  main  de  la  nature  a  plantés 
dans  leurs  crevasses,  forment  de  vastes  grottes  qui  offrent  des 
retraites  aux  troupeaux  et  aux  bergers,  en  cas  de  pluie.  A  quel- 
ques lieues  de  'là  sont  les  petits  glaciers  qui  alimentent  les 
cours  d'eau  sans  nombre  dont  le  canton  est  arrosé. 

Avant  la  messe,  nous  allâmes  visiter  l'école  tenue  par  les 
frères  de  la  doctrine  chrétienne.  Elle  est  établie  à  Isolaccio,  de- 
puis dix-huit  mois.  Les  habitans  rendent  chaque  jour  des  ac- 
tions de  grâces  au  gouvernement  pour  cet  inappréciable  bieu- 
fait.  M.  L.  y  a  contribué  pour  sa  part ,  en  faisant  bâtir  pour 
les  frères  un  local  commode  et  agréable,  et  dont  l'administra- 
tion paie  le  loyer. 

Cette  maison,  d'où  la  vue  s'étend  sur  les  montagnes,  sur 
l'immense  plaine  du  Fiumorbo  et  d'Aleria  et  sur  la  mer  qui 
borne  l'horizon  à  l'est,  renferme  une  chapelle  où  les  enfans  se 
réunissent  plusieurs  fois  le  jour  pour  la  prière;  un  dortoir,  un 
réfectoire ,  une  petite  cuisine.  Le  comble  forme  la  classe,  qui 
peut  contenir  cent  élèves.  Tout  y  est  dans  un  ordre  et  une  pro- 
preté admirables.  La  maison  est  environnée  d'une  clôture  qui 
comprend  un  jardin,  arrosé  d'eaux  vives,  et  où  les  frères  se 
délassent,  par  les  travaux  de  l'agriculture,  de  ceux  que  com- 
portent leur  évangélique  et  philantropique  vocation  (1). 

(i)  Uii  trait  aidera  n  peindre  le  caractère  du  Fiumorbais  En  voyant 
les  frères  préparer  la  terre  pour  ensemencer  des  légumes  ,  et  planter 


AUX  EAUX  DE  PIETRAPOLA,  Cn 

Le  supérieur ,  frère  J..,  est  un  homme  d'environ  quarante  ans, 
Biais  que  les  travaux  de  son  ministère,  de  pénibles  voyages  dans  les 
régions  les  plus  éloignées  du  globe,  et  la  sévérité  de  sa  règle 
peut-être,  ont  vieilli  avant  le  tems.  Il  a  bien  voulu  nous  mettre 
au  fait  de  sa  méthode  d'enseignement.  Aidé  d'un  seul  jeune 
frère  (le  troisième  paraît  voué  aux  détails  de  l'intérieur) ,  il  peut 
instruire  à  la  fois  plus  de  cent  enfans  ,  sans  le  secours  des 
moniteurs,  qui  sont,  comme  on  sait,  le  caractère  distinctif  de 
l'enseignement  mutuel.  Tandis  que  ce  dernier  système  l'emporte 
ailleurs  sur  la  méthode  des  frères,  on  peut  avancer,  comme 
une  chose  certaine,  qu'eux  seuls  pouvaient  obtenir,  dans  une 
contrée  comme  celle-ci,  les  succès  étonnans  qui  ont  déjà  cou- 
ronné leurs  soins. 

Le  canton  du  Fiumorbo  (  composé  des  paroisses  qui  for- 
maient anciennement  la  pieve  de  Corsa  ),  quoique  l'un  des 
mieux  partagés  de  l'île  pour  la  fertilité  du  sol ,  le  nombre  des 
rivières  ,  et  l'inépuisable  richesse  des  pâturages  et  des  forêts, 
était  resté  jusqu'ici  un  des  plus  pauvres  et  des  plus  sauvages. 
Outre  ce  qu'on  pouvait  dire  sans  injustice  des  mœurs  de  ses 
hnbitans,  le  Fiumorbo  était  ordinairement  le  refuge  des  mal- 
faiteurs de  tous  les  autres  cantons  ,  qui  s'y  trouvaient  protégés 
par  la  nature  du  terrain  et  par  d'autres  causes. 

On  doit  à  la  mémoire  du  général  Montélégier,  qu'une  mort 
prématurée  a  enlevé  à  l'amour  des  Corses  au  mois  de  novembre 
1825,  la  justice  de  dire  que  c'est  lui  qui  a  commencé  la  civili- 
sation de  ce  canton,  où  la  force  seule  avait  été  reconnue  in- 
suffisante pour  soumettre  les  habitans  au  joug  salutaire  de 
l'autorité. 

L'établissement  d'un  poste  militaire  permanent  sur  les  hau- 


des  arbres  fruitiers  ,  les  habitans  s'étonnaient  qu'ils  prissent  tant  de 
peine  pour  si  peu  de  chose.  Pourquoi  vous  fatiguer  ainsi ,  leur  disaient- 
ils  ,  lorsque  le  gouvernement  pourvoit  à  votre  nourriture  et  à  votre 
entretien  ?  Quant  à  nous,  lorsque  nous  avons  notre  provision  de  blé  , 
de  porc  et  de  fromage  ,  nous  ne  connaissons  pas  de  plus  grand  plaisir 
(jne  de  dormir  à  l'ombre  d'un  chi'ne  ou  d'un  rocher. 

39. 


fiia  VOYAGE 

leurs  de  Prunelli,  la  clef  du  Fiumorbo,  est.  un  de  ces  actes  de 
prévoyance  bienveillante  qui  décident  du  sort  de  toute  une 
contrée.  L'heureuse  adresse  qu'il  eut  de  métamorphoser  insen- 
siblement en  un  bâtiment  solide  et  propre  à  recevoir  deux 
compagnies  de  troupes  de  ligne  les  tentes  et  les  barraques  du 
détachement  de  Prunelli,  fonda  le  premier  point  d'appui  de 
toutes  les  opérations  qui  ont  assuré  depuis  au  Fiumorbo  le 
règne  de  la  loi,  l'action  de  l'administration  et  l'autorité  de  la 
justice, 

Il  entra,  en  outre,  dans  son  plan  d  accorder  sa  confiance  à 
l'un  des  hommes  les  plus  influens  du  canton,  M.  L.,  alors  maire 
d'Isoîaccio,  et  en  même  lems  l'un  des  contumaces  qu'y  pour- 
suivait, de  loin  et  sans  fruit ,  la  force  armée.  Son  père,  ancien 
notaire  et  juge  de  paix  à  Isolaccio,  avait  été  une  des  victimes 
qu'immola,  aussi  inhumainement  qu'impolitiquement,  dans  le 
Fiumorbo,  le  pouvoir  arbitraire,  en  t8ii.  Lui  -même,  impli- 
qué depuis,  sur  une  fausse  dénonciation,  dans  les  désordres 
commis  au  Migliaciaro,  se  constitua  prisonnier  en  1823,  et 
fut  acquitté  honorablement.  Il  reçut,  peu  de  tems  après,  le 
grade  de  sous-  lieutenant  dans  le  corps  des  voltigeurs  corses  , 
où,  quoique  dans  une  position  délicate  ,  il  a  continué  à  justifier 
la  confiance  dont  il  avait  été  l'objet. 

C'est  à  partir  de  cette  époque  que  le  Fiumorbo  a  joui  d'une 
tranquillité  constante;  il  s'y  est  commis  peu  de  délits,  et  les 
contributions  y  ont  été  perçues  sans  difficulté  et  avec  régu- 
larité. 

On  ne  doit  pas  moins  à  M.  le  commandant  B. ,  lieutenant  de 
roi  à  Prunelli.  Quoique  son. autorité  paraisse  bornée  à  cette 
place  ,  sa  sagesse,  la  confiance  qu'il  a  inspirée  aux  habitans  le 
font  jouir  d'une  grande  influence  dans  le  canton. 

Le  frère  J...  nous  assura  qu'il  était  impossible  d'annoncer 
plus  d'intelligence  que  n'en  montraient  les  petits  Fiumorbais.  Il 
nous  fit  voir  leurs  cahiers  d'écriture  française  très-  correcte  et 
très-nette.  Un  grand  nombre  de  ces  enfans  est  doué  d'une  faci- 
lité surprenante  pour  le  calcul.  Le  respectable  frère  se  loue , 
d'ailleurs,  beaucoup  de  leur  exactitude  et  de  leur  docilité.  Les 


Al  \   EA1  X   DE  WETRAPOLA.  $i3 

punitions  soni  rares ,  les  récompenses  recherchées  ave*  une 
vive  émulation,  et  les  corrections  i*eçues  aVbc  résignation  et 
avec  fruit.  Il  a  paru  regretter  qu'aucun  de  ces  enfans  ne  mon- 
trât de  vocation  pour  son  institut. 

Le  nombre  de  cenx  qui  fréquentent  l'école  cFIsolaccio  est 
de  8S.  il  était  de  plus  de  rooj  avant  qu'un  maître  d'école  se 
fut  établi  à  Prunelli,  distant  d'une  heure  de  chemin. 

Nous  nous  rendîmes  à  l'église  [>our  entendre  la  messe.  Les 
femmes  étaient  séparées  des  hommes,  et  plus  proprement  vê- 
tues qu'on  ne  le  voit  dans  beaucoup  d'autres  riches  cantons  de 
l'île.  Leurs  coiffes  blanches  ont  un  fond  qui  est  formé  par  les 
tresses  de  leurs  cheveux  qu'elles  roulent  autour  de  leur  tète. 
Les  enfans  étaient  propres  et  assistaient  à  l'office  divin  avec  at- 
tention et  recueillement.  Combien  ce  tableau  était  déjà  différent 
de  ce  que  j'avais  vu  ,  il  y  a  deux  ans,  à  pareille  époque! 

Lorsque  les  enfans  entonnèrent  harmonieusement  le  Domine, 
sah'iun  fa'c  regem  ,  je  fus  vivement  ému  de  cet  hommage  rendu 
par  une  jeune  population  naguère  sauvage  au  père  de  fa 
patrie. 

Le  premier  signe  de  l'aisance  et  de  l'esprit  public  dans  la 
plupart  des  villages  de  la  Corse  s'annonce  par  la  construction 
d'une  église  paroissiale  que  toutes  les  classes  du  peuple  déco- 
rent à  l'envi.  Souvent  cela  se  fait  avec  un  luxe  qui  dépasse  les 
moyens  des  paroissiens,  et  obère  pour  long-tems  la  fabrique. 
On  peut  avec  justesse  appliquer  aux  Corses  en  général  ce  que 
dit  d'un  autre  peuple  un  historien  célèbre  : 
In  stippliciis  Deoriun  magnifici ,  domi parce,  in  amicoi fidèles. 

Sàll. 

En  aidant  les  Isolacciens  à  rebâtir  leur  église,  qui  est  dans  un 
état  affligeant  de  dégradation  et  de  pauvreté,  et  qui,  d'ailleurs 
est  beaucoup  trop  étroite  pour  leur  nombreuse  population,  le 
gouvernement  ajouterait  un  immense  bienfait  à  ses  autres  bien- 
faits. Une  église  vaste  et  propre  offrirait  aux  babitans  éoars 
sur  une  aussi  grande  surface,  et  dont  l'isolement  perpétue  l'état 
sauvage  ,  le  motif  le  plus  louable  de  se  réunir  fréquemment. 

Le  curé  d'I&olaCcio  est  un  homme  qu'on  eût  dû  choisir  exprès 


<5i4  VOYAGE 

pour  cette  commune.  Ses  mœurs  simples,  son  désintéressemen?, 
sa  tolérante  charité  ,  le  zèle  généreux  qui  le  porte  à  aller  visiter 
et  consoler  ses  paroissiens,  même  dans  la  saison  la  plus  rigou- 
reuse ,  au  milieu  des  bois,  dans  les  profondes  vallées  et  à  de 
grandes  distances,  le  rend  précieux  à  son  agreste  troupeau. 

L'état  sanitaire  du  canton  nous  a  été  décrit  avec  une  sagacité 
remarquable  par  le  chirurgien  major  du  poste  de  Prunelli  , 
M.  D... ,  jeune  Bernois,  qui,  depuis  un  an,  a  rendu  les  plus 
grands  services  à  ce  pays  isolé,  privé  ,  avant  lui ,  de  toute  es- 
pèce de  secours  de  l'art.  Les  Fiumorbais  envisagent  comme  un 
jour  de  deuil  celui  où  le  retour  sur  le  continent  du  régiment 
capitulé  leur  enlèvera  leur  docteur  chéri. 

Pour  les  cœurs  bien  faits,  les  services  rendus  sont  des  liens 
aussi  forts  que  ceux  de  la  reconnaissance  elle  -  même.  M.  D..., 
en  parcourant  les  montagnes  et  les  plaines  de  Fiumorbo,  secou- 
rant les  pauvres  malades,  fournissant  gratuitement  des  remèdes, 
enseignant  aux  habitans  à  se  garantir  d'une  foule  de  maux  par 
une  diète  et  des  habitudes  tout  autres  que  celles  qu'ils  avaient 
suivies  jusqu'ici,  s'est  insensiblement  attaché  à  eux.  Si  l'auto- 
rité accueille  le  vœu  que  doivent  lui  soumettre  les  communes 
qui  composent  le  canton,  M.  D...  sera  fixé,  en  qualité  de  chi- 
rurgien major  en  titre,  dans  la  place  de  Prunelli.  Cette  mesure 
peut  concourir  très-utilement  aux  plans  d'amélioration  de  toute 
cette  contrée.  Les  connaissances  solides  que  possède  M.  D... 
dans  les  différentes  branches  de  l'art  de  guérir,  ainsi  que  dans 
les  autres  sciences  naturelles ,  rendront  en  outre  son  séjour 
a  Prunelli  précieux  pour  les  personnes  qui  recourent  aux  eaux 
de  Pietrapola ,  et  dont  un  si  grand  nombre ,  cette  année,  ont  eu 
à  se  louer  de  ses  connaissances  pratiques ,  de  son  zèle  £t  de  son 
urbanité. 

De  retour  d'une  promenade  à  la  pointe  de  Vacilé,  où  l'on 
jouit  d'une  vue  admirable,  nous  trouvâmes  sur  la  place  une 
foule  d'enfans  qui  attendaient  l'heure  des  vêpres.  Ils  portaient 
tous  un  assez  gros  livre  sous  le  bras.  Nous  en  prîmes  deux,  au 
hasard,  qui  nous  lurent  couramment,  et  sans  la  moindre  hési- 
tation, plusieurs  pages  en  français,  prose  et  vers  (évangiles, 


M  \  EAUX  DE  P1ETRA.P0LÀ.  6i5 

prières  el  cantiques  ).  Us  répondirent  en  français  à  toutes  les 
questions  que  non,  leur  adressâmes.  On  peul  prévoir  qu'avant 
dix  ans  [solacçio  scia  de  tous  les  villages  de  la  Corse  celui 
où  la  langue  de  la  métropole  sera  le  plus  en  usage.  Si  cette 
instruction  primaire  éveille  l'industrie  de  la  génération  qui  s'é- 
lève, il  sera  facile,  en  répandant  des  livres  élémentaires  d'a- 
griculture, de  jardinage  et  de  mécanique,  de  mettre  le  peuple 
à  même  de  lirer  parti  des  biens  que  la  Providence  lui  a  pro- 
digues. 

Nous  redescendîmes  aux  bains,  en  passant  par  Prunelli , 
dont  les  magnifiques  aspects  surpassent  tout  ce  que  les  plus 
riches  tableaux  peuvent  réunir  pour  charmer  la  vue. 

Lorsque  nous  arrivâmes  au  camp,  un  groupe  nombreux  était 
formé  autour  du  commandant.  Un  paysan  du  canton  de  Sorba 
.  refusait  aux  entrepreneurs  du  nettoyage  des  bassins  les  trois 
sous  qui  forment  la  rétribution  i\uc  par  chaque  baigneur  pour 
tonte  la  saison.  Le  pauvre  diable,  affecté  d'une  obstruction  de 
ia  rate  et  du  foie,  qui,  chez  lui,  avaient  pris  une  extension 
monstrueuse,  refusait  de  payer  le  droit,  sous  le  motif  qu'il 
s'avait  pris  qu'un  seul  bain  ,  le  docteur  lui  en  ayant  après 
interdit  l'usage.  Le  commandant,  choisi  pour  arbitre,  était 
d'autant  plus  embarrassé  de  vider  le  différend  que  le  défen- 
deur ne  voulait  ni  payer  ni  qu'on  payât  pour  lui.  Le  juge  l'en 
dispensa,  par  le  motif  que  le  jour  où  le  bain  unique  avait  été 
pris ,  l'eau  du  bassin  était  sale  et  infecte  au  dernier  degré, 
faute  d'avoir  été  renouvelée  à  l'époque  prescrite,  moyen  au- 
quel l'homme  de  Sorba  n'avait  point  songé,  mais  qui  aurait 
pu  lui  être  suggéré  par  plus  d'un  de  ses  compagnons  d'in- 
fortune. 

Arriva  dans  ce  moment  une  femme  tout  éplorée  ,  disant 
que  le  paysan  qui  s'était  chargé  de  la  garde  des  deux  mules 
qui  l'avaient  amenée  avec  sa  famille  les  lui  faisait  attendre 
depuis  cinq  jours.  Toutes  ses  provisions  étaient  épuisées.  Qu'al- 
lait-elle devenir,  sans  amis  et  sans  argent  ?  Son  adversaire  ob- 
jectait que  les  mules  s'étaient  écartées  du  lieu  où  on  les  avait, 
mises  paiîrc  et  que,  n'ayant  reçu  que  vingt-cinq  sous  pour  la 


6i6  VOY.  AUX  EAUX  DE PIETRAPOLA.— DISCOURS,  etc. 
garde  de  ces  animaux  durant  quinze  jours,  il  ne  pouvait  être 
astreint  à  la  responsabilité  qu'on  voulait  faire  peser  sur  lui. 

L'arbitre  estima  néanmoins  que  l'homme  devait  fournir  im- 
médiatement, et  à  ses  frais,  deux  montures  à  l'étrangère,  tous 
droits  réservés  pour  la  perte  réelle  ou  prétendue  des  animaux. 
Il  ajoute  que  si  25  sous  étaient  peu  pour  i5  jours  de  garde, 
les  deux  mules  étaient  beaucoup  trop.  Un  règlement  municipal 
pour  la  saison  des  bains  préviendrait  *àe  pareils  inconvéniens. 

Le  3o  juin,  nous  fîmes  nos  dispositions  de  départ.  Le  camp 
s'éclaircissait  d'heure  en  heure,  tant  par  la  crainte  du  mauvais 
air,  qui ,  à  cette  époque,  envahit,  dit-on,  le  site  de  Pietrapola, 
qu'à  cause  de  l'horrible  infection  que  répandaient  les  corps 
des  chiens  tués  par  les  soldats,  pour  vols  de  fromage  et  de 
lard  dans  les  tentes.  Le  poste  militaire  allait  être' levé;  le  com- 
mandant quittait  le  lendemain  sa  maisonnette  pour  remonter 
à  Prunelli. 

Le  2  juillet,,  à  midi,  j'étais  rentré  dans  mon  asile,  plus  ba- 
sanné,  mais  beaucoup  mieux  portant  que  lorsque  je  l'avais 
quitté. 


Discours  sur  la  Vérité  (i). 

Si  nous  portons  nos  regards  sur  les  sociétés  humaines,  nous 
voyons  que  tous  les  maux  qui  les  ont  désolées  ont  pris  leur 
source  dans  quelque  erreur.  Si  nous  demandons  à  là  philo- 
sophie quels  sont,  entre  les  hommes  les  plus  célèbres ,  ceux  que 
l'humanité  place  au  premier  rang  parmi   ses  bienfaiteurs,  la 


(i)  Ce  discours,  lu  par  l'auteur  dans  uue  séance  publique  de  la 
Société  philotecJinique  et  dans  une  séance  d'ouverture  de  V Athénée 
de  Paris,  a  déjà  obtenu  d'honorables  suffrages  qui  nous  assurent 
d'avance  que  nos  lecteurs  aimeront  à  le  trouver  dans  ce  Recueil ,  émi- 
nemment consacré  au   culte  de  la  vérité  et  à  l'utilité  publique. 

M.  A.  J. 


DISC01  lis  Si  II  LA   \  ÉRITÉ.  6i} 

philosophie  nomme  l<-  petit  nombre  de  sages  dont,  la  vie  fut 
v  ouée  à  li  vérité,  ions  les  témoignages  se  réunissent  donc  pour 
noua  montrer  dans  la  vérité  l'un  des  Mens  les  plus  chers  à 
f homme, l'un  des  premiers  besoins  de  la  société.  Je  n'aurai 

donc  point    accompli  une  tâche  inutile,  si  je  parviens  à  retra- 
cer la  nature  et  les  caractères  delà  vérité  ,  si  je  rappelle  quel 
que*-uns  de  ses  bienfaits,  si  j'offre  à  ses  augustes  favoris  un 
hommage  avoué  par  la  vérité  elle-même. 

Qu'est-ce  que  la  vérité?  La  réponse  paraît  peu  difficile.  Nous 
nommons  la  vérité  ce  qui  est  ;  nous  nommons  le  faux  ce  que 
n'est  pas.  Rien  de  ce  qui  existe  n'est  faux  ;  rien  de  ce  qui  n'existe 
pas  n'est  vrai. 

Ainsi,  en  cherchant  la  source  de  toute  vérité  ,  nous  sommes 
ramenés  à  la  source  de  toute  existence,  à  la  Divinité  :  ainsi,  le 
plus  parfait  des  êtres  mortels  est  aussi,  des  êtres  mortels,  le 
plus  fait  pour  la  vérité.  Sa  lumière  émane  de  Dieu  même,  et 
c'est  pour  l'homme  qu'elle  descend  sur  la  terre. 

Honneur  à  ce  noble  attribut  de  la  nature  humaine,  qui  l'é- 
lève au-dessus  de  toutes  les  autres  natures!  Honneur  à  cet  ins- 
tinct inné  ,  à  cet  attrait  impérieux  qui  nous  porte  incessamment 
vers  la  vérité  !  La  brute  ignore  et  jouit  :  l'homme  s'inquiète  et 
veut  connaître.  La  vérité  est  l'aliment  de  son  esprit,  le  besoin 
de  sa  raison,  la  divinité  de  son  cœur.  Pour  elle,  il  embrasse  les 
plus  pénibles  travaux;  il  dispute  sa  vie  aux  charmes  du  som- 
meil; il  affronte  les  menaces  de  l'Océan,  et  la  foi  douteuse 
d'une  plage  inconnue.  A  sa  voix,  il  triomphe  de  tous  les  obs- 
tacles ;  il  fait  plus  :  il  triomphe  de  lui-même.  C'est  la  vérité  qui, 
sous  le  nom  de  conscience,  érige  au  fond  de  son  ame  un  tribu- 
nal incorruptible  ,  cite  l'homme  en  jugement  devantson  propre 
cœur,  appelle  de  sa  volonté  à  sa  volonté  même ,  et  pèse  les  pas- 
sions à  la  balance  du  devoir.  Faut -il  rendre  témoignage  à  la 
vérité?  En  vain,  vous  lui  montrez  l'exil,  les  fers,  la  mort:  il 
les  brave,  fier  de  souffrir  pour  une  aussi  noble  cause.  O  su- 
blime épreuve,  où  triomphe,  la  dignité  morale  de  l'homme  !  Il 
est  donc  un  bien  que  le  cœur  humain  préfère  aux  richesses  , 
au  repos  ,  à    la  liberté,  à   la  vie,  la  vérité  !  C'est  elle  qu'i  1 


618  DISCOURS 

revendique  au  milieu  des  dangers,  qu'il  atteste  au  milieu  des 
souffrances  :  c'est  elle  qui  conduit  Descartes  sur  la  terre  de 
l'exil,  Galilée  d;ms  les  cachots  de  l'inquisition,  La  Peyrouse 
aux  confins  du  monde,  Barnevelt  à  l'échafaud. 

Assistons  un  moment  par  la  pensée  à  cette  noble  victoire  : 
descendons  ensemble  sous  ces  voûtes  obscures  qu'habitent  le 
crime  et  la  douleur.  Là  repose,  chargé  déchaînes  et  promis 
à  la  mort,  un  martyr  de  la  vérité.  Sous  le  règne  des  faux:  dieux, 
il  a  proclamé  un  Dieu  suprême ,  et  ils  l'ont  condamné  à  mourir. 
Il  a  pu  racheter  sa  vie  en  se  reconnaissant  coupable  :  «  Non, 
a-t-il  répondu  ;  je  ne  donnerai  point  aux  hommes  l'exemple  de 
préférer  la  vie  à  la  vérité.»  Ses  amis,  ses  disciples  venaient,  en 
pleurant,  baiser  ses  chaînes;  il  les  a  consolés,  et  maintenant , 
calme  et  résigné,  il  s'eutretient  avec  eux  du  Dieu  qu'il  adore  et 
de  l'immortalité  qu'il  espère.  Enfin ,  le  moment  est  arrivé  ;  l'es- 
clave lui  présente  la  coupe  empoisonnée  :  Socrate  le  bénit, 
reçoit  le  vase  en  souriant,  l'épuisé,  reprend  l'entretien  qu'il 
n'a  fait  qu'interrompre,  et  près  de  s'endormir  de  l'éternel  som- 
meil,  sa  dernière  parole,  sa  pensée  dernière  est  encore  pour 
la  vérité. 

A  côté  de  ce  tableau,  contemplons  un  tableau  bien  diffé- 
rent. 

Un  grand  homme  a  dérobé  le  secret  de  la  nature  et  dévoile 
le  système  du  monde.  L'inquisition  l'a  jeté  dans  les  fers.  Moins 
heureux  que  Socrate,  il  a  fléchi ,  et  le  génie  à  genoux  vient  de 
prononcer  le  désaveu  menteur  imposé  par  la  violence.  Étonné 
de  son  parjure,  accablé  sous  le  poids  de  la  vérité  qu'il  vient 
d'abjurer,  d'abord  il  reste  immobile,  silencieux  et  l'œil  fixé 
vers  la  terre.  Tout  à  coup,  un  cri  s'est  échappé  de  sa  conscience , 
en  face  des  juges  qui  viennent  de  le  condamner,  frappant  du 
pied  cette  terre  que  leurs  arrêts  déclarent  immobile  :  «  Elle 
marche,  »  dit-Il;  et  l'histoire  a  recueilli  cette  éloquente  pro- 
testation de*la  vérité  subjuguée  par  la  tyrannie. 

Tel  est  l'ascendant  suprême  de  cette  vérité  ,  qu'on  peut 
proscrire  et  qu'on  ne  peut  étouffer.  Tous  les  siècles  sont  pleins 
de  ces  témoignages  de  son  pouvoir  :  tout  le  manifeste,  tout , 


SUR  LA.  VÉRITÉ.  (>\<j 

jusqu'à  l'erreur  elle-même.  L'erreur  existerait- elle  si  L'esprit 

humain  était  moins  avide  de  vérité?  Indifférent  pour  elle,  il 

se  reposerait  dans  son  ignorance,  s'il  s'égare,  c'est  en  cherchant 
le  vrai  ;  *» ' i l  se  trompe,  c'est  qu'il  veut  connaître.  L'erreur,  par 
sa  tente  existence,  proclame  L'empire  de  la  vérité. 

Disons  plus  :  si  le  faux  parvient  quelquefois  à  nous  séduire  , 
e'est  encore  à  la  vérité  qu'il  doit  ce  triomphe  usurpé.  C'est  en  se 
mêlant  avec  clic,  c'est  en  revêtant  son  apparence,  qu'il  fascine 
nos  sens  et  se  glisse  dans  nos  esprits.  S'iLnous  abuse,  c'est  à  la 
laveur  de  la  vraisemblance  dont  il  sait  s'entourer.  La  vraisem- 
blance est  un  hommage  que  le  mensonge  rend  à  la  vérité. 

Mais  cette  ardeur  de  l'homme  pour  la  vérité  est-elle  l'effet 
d'un  aveugle  et  stérile  instinct,  ou  l'effet  d'un  rapport  intime 
entre  la  nature  de  la  vérité  et  la  nature  de  l'homme  ? 

Rappelons  tour  à  tour  a  notre  pensée  les  principaux  élémens 
de  notre  destinée,  et  nous  reconnaîtrons  que  toute  la  félicité  , 
toute  la  grandeur  de  l'homme  se  fonde  sur  la  vérité. 

Qu'est-ce  que  la  liberté  ?  C'est  la  vérité  dans  les  institutions. 

Qu'est-ce  que  la  justice?  C'est  la  vérité  dans  les  lois  et  dans 
leurs  organes. 

Qu'est-ce  que  la  religion ,  cette  religion  pure  et  sainte ,  que 
n'altèrent  point  les  superstitions,  et  qui  n'apporte  sur  la  terre 
que  des  consolations  et  des  bienfaits  ?  C'est  la  vérité  dans  les 
croyances. 

Qu'est  -  ce  que  la  philosophie  ?  C'est  la  recherche  de  la 
vérité. 

Qu'est-ce  que  les  sciences?  Des  collections  de  vérités  ou  de 
méthodes  pour  trouver  la  vérité. 

Qu'est-ce  que  l'éloquence?  L'expression  énergique  de  la 
vérité. 

Qu'est-ce  que  les  beaux-arts,  ce  luxe  charmant  de  la  vie  et 
de  la  civilisation  ?  L'imitation  de  la  vérité. 

Justice,  religion ,  liberté,  sagesse,  science,  génie,  tel  est  donc 
le  cortège  de  la  vérité.  Homère,  Socrate,  Newton  ,  L'Hôpital, 
l'énélon,  Franklin,  toutes  ces  gloires  si  diverses  reposent  éga- 
lement sur  elle. 


trio  DISCOURS 

Pour  apprécier  l'étendue  dé  ses  bienfaits,  est  -  il  besoin  de 
leur  opposer  le  souvenir  des  maux  causés  par  l'erreur  ?  L'er- 
reur! Tous  les  malheurs  du  genre  humain  ne  sont-ils  pas  son 
ouvrage?  Parcourez  l'un  et  l'autre  hémisphère;  remontez  le 
cours  des  siècles  :  partout  où  vous  verrez  du  sang  ou  des  larmes, 
attendez-vous  à  rencontrer  l'erreur. 

Qui ,  dans  les  forêts  celtiques,  offre  à  d'effroyables  divinités 
des  victimes  humaines?  Qui,  sur  les  rives  de  l'Inde,  entraîne 
une  veuve  égarée  sur  le  bûcher  d'un  époux?  Qui,  dans  Rome 
dégénérée,  dévoue  à  d'horribles  supplices  les  martyrs  dune 
religion  naissante?  Qui  soulève  l'Europe  et  précipite  sur  l'Asie 
ses  hordes  fanatiques  ?  Qui  suscite  entre  Rome  et  Genève  ces 
divisions  homicides?  Quidéchaîne  le  monstre  de  l'inquisition? 
Qui  sonne  les  sanglantes  matines  de  la  Saint-Barthélémy  ?  Qui 
porte  le  poignard  dans  le  cœur  du  plus  français  de  nos  rois? 
Qui  rejette  du  sol  natal  ces  tribus  fugitives  ?  Qui  promène  l'é- 
chafaud  sur  les  Cévennes  épouvantées?  Qui,  sous  les  yeux  de 
la  philosophie  indignée,  condamne  aux  tortures  ce  vieillard  in- 
nocent, plonge  cet  enfant  dans  les  flammes?  Qui  livre  au  cime- 
terre des  barbares  les  premiers  nés  de  la  civilisation  euro- 
péenne ?  Qui  sème  avec  une  prodigalité  cruelle,  dans  les  codes 
de  la  moderne  Europe,  l'infamie  et  la  mort?  Qui  réfléchit  sur 
une  famille  entière  la  honte  d'un  seul  coupable  ?Qui  commande 
à  l'honneur  abusé  de  laver  dans  le  sang  une  légère  injure?  L'hu- 
manité gémissante  répond  :  L'erreur,  toujours  l'erreur! 

Et  c'est  en  présence  de  ces  excès  que  des  esprits  légers  ou 
dépravés  osent  regarder  l'erreur  avec  indifférence,  jouer  avec 
elle  ,  et  répondre  par  un  froid  sourire  aux  défenseurs  de  la  vé- 
rité !  Que  dis  -  je  !  n'entendons-nous  pas  tous  les  jours  répéter 
que  l'erreur  est  souvent  utile  au  bonheur  des  sociétés  ,  que 
l'homme  a  besoin  d'être  trompé,  qu'il  est  des  déceptions  néces- 
saires, qu'il  est  des  préjugés  respectables  ?... 

Professeurs  de  mensonge,  portez  vos  maximes  aux  tyrans. 
C'est  à  la  tyrannie  à  les  accueillir  :  la  tyrannie  seule  a  besoin 
de  tromper.  La  déception  est  sa  constante  auxiliaire.  «  Le  plus 
fort,  a  dit  un  grand  écrivain,  n'est  jamais  assez  fort  pour  être 


m  R  LA  VÉRITÉ  c>?.i 

tpujoura  le  maître,  s'il  oe  transforme  sa  force  endroit  el  l'o- 
béissance en  devoir.  >  J  )e  là  i -i 1 1 1  d'efforts  pour  égarer,  L'espril 
«les  peuples  et  pour  les  retenir,  à  l'aide  de  mille  (.tusses  croyances, 
dans  les  liens  d'un  «loeile  servage;  de  là  cette  éternelle  alliance 
de  l'erreur  et  de  la  servitude,  dont  les  exemples  remplissent 
les  annales  du  genre  humain.  En  doutez-vous?  Jetez  seulement 
les  yeux  sur  deux  sociétés  diverses  d'origine,  plus  diverses 
de  constitution.  La  société  européenne  naquit  de  la  conquête; 
l'invasion  des  barbares  y  fonda  le  droit  du  glaive  et  le  code  de 
la  force  :  dès  ce  moment ,  vous  voyez,  par  un  système  suivi  sans 
relâche  depuis  quinze  siècles,  toutes  les  institutions  en  guerre 
.ivec  la  vérité  et  le  progrès  de  la  raison  universelle;  l'histoire 
de  cette  longue  période  n'est  que  l'histoire  des  combats  livrés  à 
la  pensée,  aux  lumières,  à  la  perfectibilité  sociale.  Traversez 
maintenant  les  mers  ;  abordez  sur  un  autre  hémisphère;  inter- 
rogez la  patrie  de  Penn  et  de  Washington.  Ici  la  société,  s'em- 
parant  d'un  sol  vierge  encore,  ne  s'est  fondée  que  sur  la  na- 
ture; ici  tout  appelle  la  vérité;  ici  pas  une  institution  qui  ne 
tende  au  développement  des  facultés  humaines  :  les  lois  y  sont 
vraies,  parce  que  l'homme  y  est  libre. 

Ouvrez  les  fastes  des  nations  :  vous  ne  voyez  pas  une  insti- 
tution oppressive  qui  ne  repose  sur  une  erreur;  vous  ne  voyez 
pas  une  erreur  qui,  pour  se  conserver  ,  n'appelle  une  institu- 
tion oppressive.  Trouvez-vous  chez  un  peuple  des  lois  ombra- 
geuses, des  tribunaux  d'intolérance  ,  une  censure  contre  les 
écrits,  une  inquisition  contre  les  croyances,  un  code  contre  la 
pensée?  les  peines  y  sont-elles  exorbitantes, les  jugemens  arbi- 
traires? prononcez  sans  crainte  :  ici  le  pouvoir  nient  à  In  société. 

Si  la  vérité  n'a  que  des  bienfaits,  si  l'erreur  n'a  que  des  maux 
pour  le  genre  humain,  je  n'ai  pas  besoin  de  vous  dire  à  quels 
signes  nous  pouvons  juger  l'œuvre  des  législateurs,  ou  pro- 
fanes ou  sacrés.  Sous  vos  institutions,  la  société  apparaît-elle 
paisible  et  florissante?  gloire  à  vous!  vous  avez  fondé  sur  la 
vérité.  Sous  vos  institutions,  la  société  apparaît-elle  souffrante, 
inquiète,  incessamment  déchirée  par  la  discorde  ou  le  crime  ? 
honte  à  vous!  vous  n'avez  fondé  que  sur  Terreur. 


6*a  DISCOURS 

N'allons  donc  plus  chercher  ailleurs  que  dans  la  vérité  les 
sources  de  la  solide  gloire.  Le  premier  rang  dans  l'estime  des 
peuples  appartient  aux  sages  qui  les  éclairent.  C'est  par  leur 
secours  que  l'homme  améliore  sa  condition ,  qu'il  perfectionne 
son  être,  qu'il  s'affranchit  des  préjugés  destructeurs  de  sa  féli- 
cité, qu'il  rompt  les  liens  de  la  servitude,  qu'il  apprend  à  mar- 
cher d'un  pas  ferme  vers  le  bonheur  et  la  vertu.  Socrate  nous 
enseigne  à  connaître  la  Divinité  :  Newton  prouve  son  existence 
par  la  contemplation  de  ses  ouvrages.  Galilée,  par  ses  décou- 
vertes ,  commence  d'ébranler  les  opinions  intolérantes  dont 
Voltaire  consommera  la  ruine.  D'autres  révèlent  aux  peuples 
leurs  droits  :  d'autres  annoncent  aux  grands  leurs  devoirs.  A  la 
voix  de  la  vérité  tombent  les  chaînes  de  l'industrie  et  du  com- 
merce, les  voiles  delà  superstition.  La  législation  s'adoucit, les 
mœurs  s'épurent.  L'égalité  descend  dans  les  rangs  de  la  société, 
les  larmes  du  pauvre  se  tarissent.  L'esclavage  est  banni  du 
code  des  empires  civilisés.  Le  terrible  droit  de  la  guerre  mo- 
dère lui-même  sa  sévérité  :  les  rivalités  des  nations  disparais- 
sent :  leurs  haines  héréditaires  s'effacent  :  un  lien  de  fraternité 
commence  à  réunir  tous  les  peuples  de  la  terre.  Demandez  à 
l'histoire  qui  prépara  tant  d'heureux  changemens.  L'histoire 
vous  redira  le  nom  de  quelques  sag«s  qui ,  dans  des  siècles 
d'erreur  et  d'infortune,  ont  les  premiers  fait  briller  aux  yeux 
des  hommes  le  flambeau  de  la  vérité. 

Tel  est  le  prix  de  la  vérité  qu'elle  semble  régénérer  celui  qui 
se  dévoue  à  sa  cause.  Eu  acceptant  cet  auguste  ministère,  il  ef- 
face les  fautes  de  sa  vie,  et  dès  ce  moment,  il  peut  prétendre 
aux  honneurs  de  la  vertu.  Apportait-il  la  recommandation 
d'un  caractère  irréprochable,  cet  orateur  dont  la  voix  puis- 
sante inaugura  si  glorieusement  la  tribune  française?  Long- 
tems  égaré  par  des  passions  trop  ardentes,  encore  froissé  des 
écarts  d'une  jeunesse  orageuse ,  il  avait  l'estime  publique  à 
conquérir,  en  même  tems  que  la  liberté.  Il  ose  aspirer  à  cette 
double  victoire.  Il  se  fait  l'orateur  de  la  vérité  :  il  consacre  à 
cette  noble  cliente  le  reste  de  sa  vie  et  les  prodiges  de  son  ta- 
lent. La  vérité  triomphante  a  couvert  de  son  éclat  légitime  les 


mi;  LA  fÉRÏTÈ.  6*3 

faiblesses  de  son  défenseur  :  les  erreurs  de  l'hommo  sont  ou- 
bliées; la  postérité  De  verra  plus  que  le  grand  citoyen. 

Quelle  est  ,  dans  cet  asil<;  champêtre',  cette  tombe  qu'envi- 
ronnent les  hommages  d'une  génération  tout  entière  ?  Là  re- 
pose le  lils  d'nn  simple  artisan.  Dès  l'enfance,  séparé  de  sa  fa- 
mille et  (le  sa  patrie,  Vong-tems  il  promena  d'erreurs  en  erreurs 
sa  jeunesse  vagabonde  :  long  -  tems  il  porta  dans  un  monde 
pervers  la  dangereuse  alliance  d'une  ame  active  et  d'un  ca- 
ractère indolent.  Bon  mais  faible,  généreux  mais  imprudent, 
plus  d'une  fois  il  s'est  brisé  sur  lesécueils  de  ce  monde  séduc- 
teur. Soudain  la  vérité  apparaît  à  son  aine  :  elle  v  allume  la 
flamme  des  plus  nobles  vertus.  Il  jure  de  ne  vivre  que  pour 
elle  :  vîtam  impenderç  vero ,  voilà  désormais  sa  devise;  il  ne  la 
démentira  plus.  Dès  lors,  il  devient  un  autre  homme;  dès  lors, 
de  son  génie  épuré  s'échappent  des  torrens  de  sublime  élo- 
quence. Il  étonne  son  siècle;  il  contraint  ce  siècle  frivole  d'être 
attentif  aux  sévères  enseignemens  du  devoir.  En  vain  le  des- 
potisme qu'il  détrôna,  en  vain  la  superstition  qu'il  coufondit 
s'unissent  pour  l'abattre  :  poursuivi  de  retraite  en  retraite  , 
d'exil  en  exil,  il  soutient,  sans  se  démentir,  l'épreuve  du  mal- 
heur. Cet  homme,  vulgaire  au  sein  de  la  société,  s'est  agrandi 
dans  la  solitude  et  dans  le  commerce  de  la  vérité.  Il  lui  rend 
témoignage  jusqu'à  son  dernier  soupir,  et  lorsque,  succombant 
sous  le  poids  de  l'infortune,  il  a  payé  le  dernier  tribut  à  la  des- 
tinée, la  vérité  vient  consacrer  sa  tombe,  aux  acclamations  de 
l'humanité  reconnaissante. 

Pour  vous,  que  votre  ministère  appelle  à  la  produire  devant 
les  hommes,  écrivains,  poètes,  orateurs,  c'est  à  vous  surtout 
que  la  vérité  doit  être  respectable  :  c'est  vous  surtout  qui  seriez 
coupables  d'immoler  à  des  intérêts  humains  cet  intérêt  sacré 
dont  votre  destin  vous  a  fait  dépositaires..  Prêtres  de  la  vérité, 
de  quel  front  oseriez -vous  trahir  la  Divinité  dont  vous  êtes  les 
ministres?  Et,  quand  vous  pourriez  y  consentir,  croiriez-vous 
consommer  impunément  cette  honteuse  apostasie  ?  Malheur  au 
talent  qui  se  sépare  de  la  vérité!  A  l'instant  même,  il  tombe 
frappé  d'impuissance:  pour  lui,  plus  de  nobles  pensées,  plus 


6ilk  DISCOURS  SUR  LA  VERITK. 

de  liantes  inspirations:  pour  lui,  plus  de  triomphes,  plus  d'as- 
cendant sur  les  âmes,  plus  de  sympathie  avec  la  conscience 
publique.  C'est  le  géant  séparé  de  la  terre  dont  il  empruntait 
sa  vigueur. 

Mais  honneur  au  talent  noble  et  pur  qui  se  consacre  à  ser- 
vir la  vérité;  qui,  libre  d'ambition ,  n'a  jamais  prostitué  à  l'er- 
reur le  plus  beau  don  du  ciel;  dont  la  pensée  fut  toujours 
indépendante  et  l'organe  toujours  sincère!  C'est  pour  lui  que 
les  nations  ont  des  hommages  et  l'avenir  des  couronnes.  Peut- 
être  n'est-ce  pas  lui  qu'iront  chercher  les  dons  de  la  fortune  et 
les  sourires  de  la  faveur  :  mais  les  peuples  croiront  en  lui; 
mais  les  cœurs  iront  au  devant  de  ses  paroles;  mais  son  nom 
sera  cher  aux  hommes  et  retentira  glorieux  dans  la  postérité. 
Que  le  sort  l'appelle  aux  combats  de  la  tribune,  et  sa  voix, 
forte  de  franchise  et  de  vérité,  commandera  le  respecta  ses 
ennemis  eux-mêmes  :  les  passions,  les  préjugés  s'arrêteront  de- 
vant son  éloquence,  et  feront  silence  pour  l'écouter.  Souvent, 
presque  seul  contre  une  armée  d'adversaires,  on  le  verra,  pa- 
reil à  l'Achille  des  Grecs,  balancer  les  destins  et  partager  les 
dieux;  et  quelque  jour,  la  patrie  en  pleurs  suivra  son  cercueil 
«et  s'inclinera  devant  son  tombeau! 

Saint-  Albin  Berville,  Avocat. 


FI.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Recueil  des  actes  de  la  séance  solennelle  de 
l  académik  imperiale  des  sciences  de  saint-péters- 
BOURG ,  tenue  a  l'occasion  de'  sa  fête  séculaire ,  le 
20,  décembre  1826  (i). 

Ce  u'est  qu'en    1828  qu'il  nous  est  possible  d'offrir  à  nos 
lecteurs  une  noticesur  ces  actes  mémorables,  et  sur  une  séance 
académique  dont  l'histoire  des  sciences  conservera  précieuse- 
ment le  souvenir.  Des  obstacles  qu'il  n'était  pas  en  notre  pou- 
jvoir  de  surmonter  nous  avaient  privés  des  moyens  de  nous 
i  procurer  les  documens  nécessaires  pour  écrire  convenable- 
ment sur  un  sujet  où  l'exactitude  des  faits  est  un  devoir  ri- 
goureux. Enfin ,  nous  sommes  actuellement  en  état  de  rendre 
compte  de  cette  séance  où  deux  monarques  ont  reçu  le  titre 
d'académicien,  l'un  dans  la  capitale  de  ses  états,  et  l'autre,  à 
l'exemple   du    grand  Frédéric  II;  où  l'héritier  du   trône  de 
Russie,  les  grands  ducs  Constantin  et  Michel,  des  savans 
d'Angleterre,  d'Allemagne,  de  France  et  d'Italie,  portés  sur 
la  même  liste  et  proclamés  en  même  tems,  ont  donné  un  bel 
exemple  de  l'égalité  littéraire,  et  sanctionné  la  république  dos 
lettres.  Ces  témoignages  d'une  haute  estime  accordés  au  savoir 
sont  venus  d'autant  plus  à  propos  qu'ils  serviront  à  contreba- 
lancer  des  attaques  obstinées,   d'astucieuses  insinuations  et 
des  persécutions  ouvertes  dont  le  progrès  des  connaissances 
éprouve  encore  les  atteintes  dans  des  pays  qui  se  croient  civi- 
lisés, qui  ont  aussi  des  académies,  des  universités,  des  écoles, 


(1)  Saint-Pttersbourg,  1817;    imprimerie  de  l'Académie  impérâU 
•  des  Sciences.  In-48  de  70  pages. 

t.  xxxvii. — Mars  1828.  4o 


6-iG  SCIENCES  PHYSIQUES. 

et  un  appareil  d'instruction  qui  tromperait  des  observateurs 
peu  attentifs.  Le  vaste  empire  de  la  Russie  suit  des  maximes  et 
une  direction  tout  opposées;  loin  de  repousser  la  lumière  ou 
de  limiter  l'espace  qu'il  est  permis  d'éclairer,  on  y  sent  par- 
tout le  besoin  de  développer  l'intelligence  nationale ,  de  se 
mettre  au  niveau  de  ce  que  l'on  sait  et  de  ce  que  l'on  fait  par- 
tout ailleurs.  Ces  conseils  de  la  raison  ne  seraient  point  écoutés, 
si  les  esprits  n'étaient  préparés  d'avance  à  recevoir  beaucoup 
d'autres  instructions  puisées  à  la  même  source,  et  déduites 
des  mêmes  principes;  peu  à  peu,  par  la  salutaire  influence  des 
lettres,  des  arts,  de  la  prospérité  publique  et  privée,  les  insti- 
tutions publiques  seront  améliorées,  les  droits  de  l'humanité 
mieux  connus;  on  sera  plus  près  de  la  vérité,  et  par  consé- 
quent de  la  justice.  Le  tems  des  révolutions  violentes  est  passé; 
celui  des  changemens  gradués,  insensibles,  prévus  par  la  sa- 
gesse et  amenés  par  la  prudence  est  enfin  venu  pour  con- 
soler et  indemniser  les  peuples  de  tous  les  maux  que  l'ignorance 
présomptueuse  leur  a  causés. 

\J  Académie  de  Saint-Pétersbourg  fut  fondée,  le  21  décembre 
1725,  et  tint  une  première  séance  le  27  du  même  mois  :  mais 
ce  ne  fut  que  Tannée  suivante  qu'elle  fut  solennellement  ins- 
tallée par  l'impératrice  Catherine  première,  dans  une  séance 
solennelle  tenue  le  i'r  du  mois  d'août.  En  1776  la  fête  semi- 
séculaire  de  son  institution  fut  célébrée  en  présence  de  Ca- 
therine la  grande,  le  29  décembre  :  la  cérémonie  avait  été 
différée  de  quatre  mois  par  des  motifs  qu'il  serait  inutile  d'ex- 
poser ici.  Par  respect  pour  cette  première  commémoration  ,  la 
fête  séculaire  fut  fixée  au  29  décembre  1826.  L'empereur  et 
l'impératrice  y  assistaient,  ainsi  que  les  grands  ducs  Alexandre 
et  Michel ,  et  la  grande  duchesse  Hélène;  et  parmi  les  membres 
de  la  famille  impériale,  les  regards  s'arrêtaient  avec  attendris- 
sement sur  l'impératrice  mère  qui  avait  été  présente  à  la  solen- 
nité de  1776. 

Parmi  les  membres  honoraires  et  les  correspondans  procla- 
més dans  cette  séance,  on  regrette  de  ne  trouver  aucun  savant 
de  la  patrie  de  Linné,  ni  de  celle  de  Franklin.  Cependant  la 


SCIENCES    PHYSIQUES.  C27 

Suède  n'a  pas  encore  vieilli  pour  les  sciences,  et  les  Etats-Unis 

soin  mura  pour  les  cultiver  :  on  verra  des  géomètres  se  former 
au  pied  des  Alléghanys  et  des  Apalaches,  comme  on  vit  auti  < 
(ois  Euler  au  |>icd  des  Alpes  s'offrir  tout  à  coup  au  monde 
savant,  tenant  à  la  nia  n  des  Mémoires  sur  l'application  des 
mathématiques  aux  sciences  navales.  Quant  à  l'histoire  natu- 
relle, il  est  tems  que  les  principales  Académies  de  l'Europe 
s'associent  au  Nouveau-Monde  où  tant  de  découvertes  restent 
à  faire;  et  cette  association  semble  convenir  surtout  à  l'Aca- 
démie de  Saint-Pétersbourg,  puisque  la  domination  de  la 
Russie  s'étend  jusqu'en  Amérique,  et  puisque  les  savans  russes, 
joints  à  ceux  des  Etats-Unis,  sont  appelés  spécialement  à  ter- 
miner l'étude  de  la  nature  et  des  phénomènes  qu'elle  présente 
au  nord  des  deux  continens. 

Les  discours  prononcés  dans  cette  séance  étaient  parfaite- 
ment assortis  à  la  solennité,  aux  souvenirs  qu'il  s'agissait  de 
rappeler,  à  l'auditoire  qui  les  écoutait.  Le  secrétaire  perpétuel, 
M.  Fuss,  conseiller  de  collège,  a  tracé  le  vaste  tableau  des  di- 
verses régions  de  la  science  parcourues  par  l'Académie  depuis 
sa  fondation,  et  il  y  a  joint  l'histoire  des  variations  éprouvées 
par  l'Académie  à  différentes  époques,  et  de  l'influence  de  ces 
changemens  sur  l'ensemble  des  travaux  scientifiques.  Ce  dis- 
cours, où  les  difficultés  de  la  rédaction  sont  vaincues  avec  un 
succès  remarquable,  où  le  nombre  prodigieux  des  objets,  ni 
leur  diversité  ne  causent  aucune  confusion,  tombe  de  plein 
droit  dans  le  domaine  de  la  Revue  Encyclopédique,  d'autant 
mieux  que  son  étendue  n'excède  pas  les  bornes  que  nous 
sommes  forcés  de  prescrire  à  nos  articles.  Nous  l'insérerons 
donc  en  entier,  et  nous  nous  bornerons,  quant  à  présent,  à 
des  extraits  du  discours  du  président,  M.  Ouvaroff  ,  conseiller 
privé.  L'orateur  débute  ainsi  : 

«  La  fête  séculaire  de  l'Académie  des  sciences  de  Saint-Pé- 
tersbourg, que  nous  célébrons  aujourd'hui,  nous  offre  non- 
seulement  le  triomphe  du  plus  ancien  dépôt  des  connaissances 
utiles  dans  notre  pays,  mais  renouvelle  en  même  tems  la  série 
des  grands  souvenirs  du  siècle  qui  vient  de  s'écouler.  L'Acadé- 

ko. 


M  SCIENCES  PHYSIQUES. 

mie  des  sciences,  dernière  pensée,  dernière  création  du  génie 
infatigable  de  Pierre-le-Grand  ,  pour  laquelle  il  traça  d'une 
main  mourante  le  plan  de  ses  hautes  conceptions;  l'Académie 
prit  naissance,  pour  ainsi  dire,  sur  le  lit  de  mort  du  réfor- 
mateur de  la  Russie.  Cette  réflexion  donne  à  cette  solennité  une 
teinte  particulière  d'attendrissement,  et  nous  met  en  présence 
des  événemens  qui  remplissent  les  annales  du  siècle  le  plus 
mémorable  de  notre  histoire.  Dans  ses  profondes  méditations 
sur  la  gloire  et  la  prospérité  de  la  Russie,  Pierre  Ier  aperçut  la 
place  qu'occupent  les  sciences  et  les  lettres  dans  l'existence 
d'une  nation  puissante.  Cette  main  vigoureuse,  habituée  tour 
à  tour  à  manier  le  glaive  et  le  trident,  à  tenir  avec  force  les 
rênes  de  l'empire  et  à  répandre  au  loin  les  germes  de  sa  grandeur 
future;  cette  main  qui  avait  façonné  tous  les  élémens  du  corps 
de  l'état,  saisit  enfin  le  flambeau  des  lettres  et  de  la  civilisation  , 
et  en  fit  jaillir  les  rayons  sur  son  magnifique  ouvrage.  En  par- 
courant l'Europe,  ce  monarque  avait  reconnu  l'influence  des 
sciences  et  des  arts  sur  les  destinées  des  nations;  il  sentit  que, 
sans  leur  puissant  coucours,  il  ne  pourrait  achever  sa  gigan- 
tesque entreprise.  Il  vit  que  la  civilisation  ,  intimement  liée  à 
la  vie  des  peuples  de  l'Europe,  est  l'une  des  indispensables 
conditions  de  toute  société  régulière  et  permanente.  Il  ravit 
pour  nous  quelques  étincelles  du  feu  sacré  dont  brillaient  de- 
puis long-tems  les  contrées  les  plus  florissantes  de  l'Europe, 
et  fit  élever  sur  les  bords  de  la  Newa  un  sanctuaire  des  sciences 
destiné  à  répandre  les  connaissances  utiles  jusqu'aux  confins 
les  plus  éloignés  de  son  vaste  empire,  à  inspirer  un  généreux 
élan  vers  de  paisibles  conquêtes,  vers  une  illustration  nou- 
velle acquise  par  les  vertus  civiles  :  il  fonda  l'Académie  des 
sciences.» 

M.  Ouvaroff  suit  les  progrès  de  l'Académie  sous  les  règnes 
de  Catherine  Ire  et  d'Elisabeth,  jusqu'au  tems  où  Lomonossoff, 
poète  et  naturaliste  ,  créait  à  la  fois  la  langue  poétique  de  la 
Russie  et  le  vocabulaire  des  sciences  physiques.  Arrivant  au 
règne  de  Catherine  IIe,  il  représente  cette  souveraine  répan- 
dant autour  du  trône  de  Russie  un  éclat  jusqu'alors  inconnu. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  6?$ 

■  i'.u  la  força  d'un  génie  prompt  et  plein  de  sagacité,  par  une 

profonde    Connaissance  des  hommes,  et    un    raie  talent  de  1rs 

gouverner;  enfin  ,  par  la  magie  d'un  esprit  fin,  souple,  délicat , 
propre  ;%i  son  sexe,  Catherine  II  se  lit  décerner  la  première 

place  parmi  les  souverains,  et.  à  noire  lientvmr  patrie,  la 
place  la  plus  éminente  parmi  les  États  de  l'Europe...  L'Aca- 
démie conserve  jusqu'à  présent,  avec  une  vénération  particu- 
lière, le  fruit  de  ses  méditations  législatives  et  de  ses  longues 
pbservations  «le  l'esprit  humain,  dans  ses  rapports  avec  la 
science  du  gouvernement.» 

Sous  ce  régne  glorieux  ,  le  monde  savant  eut  de  grandis 
obligations  à  l* Académie  de  Saint-Pétersbourg.  Des  académi- 
ciens furent  envoyés  dans  la  Russie  asiatique,  Le  Caucase  fut 
visité,  tontes  les  divisions  de  l'histoire  naturelle  s'enrichirent 
de  découvertes:  les  élèves  les  plus  distingués  du  Gymnase  ot- 
taché  alors  à  l'Académie  étaient  envoyés  dans  les  pays  étran- 
gers, pour  se  mettre  au  niveau  des  connaissances  acquises  : 
Eulcr  était  revenu  à  Saint  -  Pétersbourg;  l'Académie  recevait 
le  télescope  d'Herschell,  les  manuscrits  de  Kepler,  et  devenait 
dépositaire  du  manuscrit  autographe  de  l'instruction  donnée  par 
la  souveraine  à  la  commission  chargée  de  rédiger  le  Code  des 
lois.  Le  jour  même  de  sa  fête  séculaire  ,  l'Académie  reçut  un 
autre  don  qui  mérite  de  trouver  place  à  côté  de  celui-ci;  c'est 
X instruction  originale  ,  écrite  sous  les  yeux  de  Catherine  Jl,  pour 
diriger  l'éducation  des  grands-ducs  Alexandre  et  Constantin.  Ce 
présent,  offert  par  le  prince  Serge  Soltykoff  ,  est  un  monu- 
ment historique  dont  notre  tems  ne  profiterait  peut-être  pas 
beaucoup  ,  mais  d'une  haute  importance  pour  l'époque  où 
l'histoire  sera  écrite  comme  elle  devrait  l'être  ,  et  donnera  tout 
ce  qu'il  faut  pour  connaître  les  hommes  qui  influèrent  le  plus 
sur  le  sort  de  L'humanité. 

«Le  nouveau  règlement  du  25  juillet  i8o3  fut  le  premier 
témoignage  des  hautes  faveurs  de  l'empereur  Alexandre.  Ce 
règlement  a  doublé  les  revenus  de  l'Académie,  augmenté  ses 
droits,  étendu  la  sphère  de  ses  occupations.  Alexandre  fut , 
pendant  vingt-cinq  ans  ,  le  protecteur  de  l'Académie  ,  et  son 


63o  SCIENCES  PHYSIQUES. 

règne  heureux  et  brillant  sera  Tune  des  plus  belles  époques  <le 
nos  annales.  Quel  est  le  Russe  qui  ne  se  retrace  point  avec 
transport  ces  tems  d'épreuve  où  notre  patrie  sauvée  par 
Alexandre  s'éleva  par  ses  soins  au  plus  haut  degré  d'une  gloire 
inimitable  et  magique  ?  mais  qui  d'entre  nous  ne  se  rappelle 
aussi,  avec  émotion  et  reconnaissance,  ces  années  de  paix 
et  de  sécurité  où  l'empereur  ,  plein  d'enthousiasme  et  de 
confiance,  fort  de  la  pureté  de  son  âme  généreuse,  avait 
déjà  signalé  son  règne  par  un  noble  élan  vers  tout  ce  qui 
agrandit  et  honore  l'espèce  humaine  ?  Tantôt  réglant  l'admi- 
nistration de  son  vaste  empire,  tantôt  méditant  un  Code  de 
lois,  tantôt  élevant  des  autels  aux  sciences  et  aux  arts,  et 
d'une  main  assurée,  rapprochant  son  siècle  des  siècles  de  Pé- 
riclès  et  d'Auguste.  Mais  Alexandre  n'est  plus  !  et  cette  perte 
est  trop  récente  (i),  le  sentiment  qui  pénètre  nos  cœurs  est 
trop  profond  pour  pouvoir  énurnérer  aujourd'hui  tous  les 
bienfaits  qu'il  a  répandus  sur  l'ouvrage  de  Pierre-le-Grand, 
sur  le  plus  ancien  dépôt  de  la  civilisation  en  Russie.  Si  la 
mort  ne  brise  pas  tout  ce  qui  lie  le  périssable  à  l'immortel ,  tous 
les  chaînons  qui  attachent  cette  vie  bornée  et  fugitive  au  lumi- 
neux séjour  d'une  existence  sans  terme  et  sans  limites;  si  les 
sentimens  des  âmes  pures  et  élevées  qui  ont  brûlé  ici-bas  du 
saint  amour  de  la  patrie,  en  remontant  à  leur  céleste  origine, 
ne  s'y  absorbent  pas  sans  retour,  l'ombre  de  Pierre,  l'ombre 
de  Catherine  et  celle  d'ALEXANDRE  planent  en  cet  instant  sur 
ce  sanctuaire  des  sciences  fondé  et  conservé  par  eux.  Il  semble 
que  ce  temple  des  lettres  se  remplit  tout  à  coup  de  tous  les 
hommes  éminens  qui,  durant  le  siècle  le  plus  mémorable  de 
notre  histoire,  ont  exécuté  les  hautes  conceptions  des  monar- 
ques éclairés,  et  décoré  notre  pays  de  l'immortel  laurier  des 
sciences  et  des  vertus  civiles.  La  présence  de  cette  invisible 
mais  imposante  assemblée  donne  à  ma  faible  voix  la  force  de 
retracer  encore  une  fois  devant  vous  Pierre-  le-Grand,  frappé 


(i)  Ce  discours  a  été  prononcé  à  la  fin  de  1826. 


SCIENCES  PHYSioi  ES.  63j 

par  li  mort  au  milieu  de  s;i  brillante  carrière  ,  et  sur  son  lii  de 

douleur'  baigné  des  larmes  de  la  Russie  ,    reco;nin,iu.l  in(  T  \<  fl 

demie  à  la  sollicitude  «le  ses  successeurs  ,  et  les  progrès  des 
sciences  en  Russie  au  zèle  de  l' Académie.  » 

M.  STORCH,  bien  connu  dans  toute   l'Europe  par  scs  écrits 

sur  l'économie  politique,  était  chargé  d'exprimer  la  reconnais- 
sance de  l'Académie,  à  la  clôture  de  l«i  séance:  il  a  rempli  ce 
devoir  avec  noblesse*,  simplicité  et  concision.  11  termine  ainsi 
son  discours  de  deux  pages  :  «Puisse  le  récit  des  travaux  qui  ont 
signalé  l'existence  de  l'Académie  avoir  satisfait  l'attente  des 
hommes  éclairés,  et  puisse  le  nouveau  siècle  qui  va  commencer 
pour  celte  compagnie  rehausser  sa  gloire  en  augmentant  ses 
succès  !  » 

Le  siècle  que  l'Académie  de  Saint  -  Pétersbourg  a  commencé 
est  appelé  à  fixer,  dans  la  république  des  lettres,  la  place  qui 
appartient  à  la  Russie.  Jusqu'à  présent,  cet  empire  a  reçu  plus 
qu'il  n'a  donné,  et  les  savans  les  plus  illustres  dont  les  noms 
sont  cités  par  M.  Fuss  n'étaient  pas  russes.  Aujourd'hui  cette 
nation  est  en  état  d'acquitter  sa  dette  envers  ses  instituteurs; 
espérons  qu'elle  s'imposera  l'obligation  d'accomplir  cet  hono- 
rable devoir. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 


Lettre  de    l'auteur   du  concours  ouvert  a   Genève 

EN    1826,    EN   FAVEUR  DE  l'aBOLITION    DE  LA    PEINE    DE 

mort  ,   a  l'un  de  ses  honorables  collègues  du  conseil 
souverain  (1). 

De  la  justice  de  prévoyance  ,  et  particulièrement  de 
V influence  de  la  misère  et  de  V aisance  y  de  V ignorance 
et  de  V instruction  sur  le  nombre  des  crimes  ;  par 
M.  Edouard  Ducpétiaux  (2). 

La  persévérance  est  une  des  qualités  les  plus  nécessaires  à 
ceux*qui  veulent  faire  le  bien.  Cette  vérité,  les  auteurs  des 
ouvrages  qui  font  l'objet  de  cet  article  l'ont  parfaitement  sen- 
tie; et  les  amis  de  l'humanité  doivent  surtout  rendre  hommage 
à  la  constance  avec  laquelle  M.  de  Sellon  poursuit  la  noble 
tâche  qu'il  s'est  imposée,  lorsqu'il  a  entrepris  de  réclamer 
l'abolition  de  la  peine  de  mort  dans  le  canton  de  Genève.  Les 
opinions  fondées  sur  une  conviction  sérieuse  et  profonde  se 
reconnaissent,  entre  autres  caractères,  à  la  foi  inébranlable 
qu'elles^mettent  dans  l'avenir,  et  à  leur  certitude  d'arriver  au 
succès,  pourvu  qu'elles  restent  persévérantes,  et  qu'elles  fassent 
connaître  leurs  droits  avec  la  plus  grande  publicité  possible. 
M.  de  Sellon  a  compris  que  plus  d'un  jour  est  nécessaire  pour 
déraciner  des  usages  établis,  quelque  vicieux  qu'ils  soient;  et, 
comme  il  ne  ne  lui  suffisait  pas  de  jeter  en  avant  une  propo- 
sition généreuse,  sauf  à  la  laisser  suivre  elle-même  sa  chance, 

(1)  Genève,  1827.  1  vol.  in-4°  de  178  pages  ,  suivi  d'un  supplément 
de  91  pages ,  contenant  les  lois  et  ordonnances  sur  l'organisation  mi- 
litaire fédérale  en  Suisse. 

{%)  Bruxelles,  1827;  Cautaerts  et  compagnie.  In-8°  de  36  pag. 


SCIENCES  Mon  LLES.  6^3 

il  a  voulu  provoquer  et  soutenir  l'attention  générale  sur  l'illé- 
gitimité et  sur  l'inutilité  de  ta  peine  de  mort ,  sachant  t  rès-bien 

que  les  préjugés  touchent  à  leur  terme,  lorsqu'on  en  est  venu 
à  Us   forcer  de  se  tenir,   à   tous   les  instanS|   en  présence  des 

raisonnement  et  des  faits. 

L'abolition  de  la  peine  de  mort  n'est  point  une  question 
nouvelle;  ce  n'est  pas  d'aujourd'hui  que  l'humanité  s'est  émue 
au  spectacle  sanglant  des  supplices,  et  qu'elle  s'est  trouvée 
conduite  de  la  pitié  au  doute  pour  passer  du  doute  à  l'horreur. 
Plus  la  civilisation  s'avance,  plus  la  vie  acquiert  de  prix.  Le 
xvni0  siècle  était  assez  cultivé  pour  qu'on  s'y  soulevât  de  toutes 
parts  contre  les  meurtres  juridiques;  il  était  assez  interroga- 
teur pour  qu'on  s'y  demandât  si  l'homme  a  droit  de  disposer  de 
l'existence  de  l'homme.  Des  publicistes  avaient  plaidé  pour 
l'abolition  de  la  peine  capitale;  des  législateurs  y  avaient  con- 
senti; plusieurs  voix  s'étaient  élevées  pour  faire  entendre  ce 
vœu  dans  le  sein  de  nos  diverses  assemblées  nationales. 
Mais  à  quoi  servaient  quelques  protestations  isolées,  lorsque 
tant  de  drames  terribles  ensanglantaient  les  mœurs  et  ac- 
coutumaient les  peuples  à  contempler  les  échafauds?  À  quoi 
pouvaient-elles  servir  encore,  lorsque  dans  l'embrasement  gé~ 
néral  des  guerres  de  la  république  et  de  l'empire  les  habi- 
tudes militaires  couvraient  de  meurtres  légitimes  l'Europe  et  le 
monde,  et  apprenaient  à  trancher  l'existence  des  hommes  sans 
murmure  de  conscience,  et  au  milieu  de  l'enivrement  des  fan- 
fares de  victoires?  La  paix  et  le  règne  des  lois  avaient  besoin 
de  naître  pour  que  la  même  question  reparût,  et  pour  que  le 
respect  de  la  vie  humaine  se  fît  de  nouveau  comprendre.  La 
disposition  générale  des  esprits  les  entraîne  maintenant  à  l'exa- 
men des  plus  hauts  problèmes  de  la  politique  et  de  la  morale. 
C'est  là  surtout  que  l'attention  publique  se  complaît.  Le  besoin 
de  demander  compte  à  la  société  du  droif  qu'elle  s'arroge  en 
appliquant  la  peine  capitale  s'est  manifesté  simultanément  en 
Portugal,  par  l'abolition  de  cette  peine  dans  la  législation  qui 
a  cessé  d'exister  avec  les  précédentes  cortès  ;  dans  la  Loui- 
siane, par  la  proposition  du  Code  pénal  de  M.  Livingston;  à 


63  4  SCIENCES  MORALES. 

Genève,  par  le  concours  qu'y  a  ouvert  M.  de  Sellon;  à  Paris, 
par  celui  de  la  Société  de  la  morale  chrétienne;  en  Russie,  par 
la  suppression  de  la  peine  de  mort  que  l'empereur  Nicolas  a 
décrétée  en  1826,  pour  son  duché  de  Finlande,  continuant 
ainsi  les  tentatives  d'Elisabeth  et  de  Catherine. 

On  sait  que  les  deux  concours  de  Paris  et  de  Genève  ont  eu 
pour  premier  résultat  un  fort  bel  ouvrage.  le  livre  de  M.Lucas 
est  maintenant  bien  connu.  Ceux  même  qui  l'ont  critiqué  le  plus 
se  sont  empressés  de  rendre  justice  aux  talens  de  l'auteur,  à 
l'élévation  de  ses  principes,  à  la  fermeté  de  ses  déductions  lo- 
giques, à  la  conscience  de  ses  citations,  à  l'abondance  de 
faits  dont  il  a  soutenu  et  comme  enveloppé  ses  raisonnemens. 
L'introduction  remarquable  dont  il  a  enrichi  son  ouvrage  en 
est  l'application,  le  contrôle,  et  en  quelque  sorte  la  traduc- 
tion en  chiffres  officiels. 

M. Taillandier  ,  en  rendant  compte  de  ce  livre  dans  la  Revue 
Encyclopédique  (1) ,  a  reproché  avec  raison  àM.  Lucas  de  ne  pas 
toujours  se  faire  assez  bien  comprendre.  Aussi,  l'auteur  de  l'ar- 
ticle s'est-il  mépris  sur  quelques  points  essentiels,  et  notamment 
sur  ce  qui  concerne  le  défaut  de  mission  pénale  de  la  part  de 
la  société.  En  déniant  à  la  justice  humaine  le  droit  de  châtier, 
et  en  bornant  son  droit  à  celui  de  légitime  défense,  M.  Lucas 
ne  se  montre  aucunement  partisan  d'une  justice  de  pure  con- 
vention, ni  d'une  impunité  quelconque;  il  veut  dire  seulement 
qu'un  châtiment,  proprement  dit,  ne  peut  exister  que  de  la 
part  de  Dieu  sur  l'homme,  et  que  les  actes  légaux  que  nous 
appelons  des  peines  sont  uniquement  fondés  sur  le  besoin  de 
défendre  les  droits  de  chacun.  Ce  principe  est-il  vrai?  J'en 
doute.  Je  crois  plutôt  que  les  lois  pénales  réunissent  le  double 
caractère  de  répression  et  de  peine,  et  que  la  société,  en  frap- 
pant les  délits,  le  fait  tout  à  la  fois  afin  de  défendre  et  de  pro- 
téger les  droits  de  ses  membres,  et  afin  de  faire  expier  à  l'agent 
l'immoralité  de  son  crime,  ce  qu'elle  n'a  droit  de  faire  qu'en 
encourageant  le  repentir  au  lieu  de  le  trancher  avec  la  vie,  et 

(1)  T.  xxxvii  ,  pag.  38*. 


SCIENCES  MORALES.  635 

qu'en  se  mettant  en  garde  contre  sa  propre  faillibilité.  Quelque 
opinion  que  Ton  se  forme  sur  cette  question  délicate,  il  n'en 
est  pas  moins  \  r.ii  que  la  distinction  entre  le  caractère  répressif 
et  le  caractère  pénal  n'est  nullement  illusoire,  et  que  M.  Lucas 
devait  la  faire. 

Le  Mémoire  qui,  dans  le  concours  de  Paris,  a  valu  à 
M.  Adolphe  C.arnier  une  médaille  d'argent,  a  aussi  été  pu- 
blié (i).  Beaucoup  moins  complet  que  le  livre  couronné,  ii  est 
remarquable  par  la  sagacité  avec  laquelle  la  question  histo- 
rique y  est  envisagée.  Pendant  le  même  tems,  l'attention  pu- 
blique était  entretenue  par  d'autres  ouvrages.  M.  Salaville 
publiait  un  volume  auquel  la  Revue  Encyclopédique  a  donné 
des  éloges  (2);  M.  Victor  Guiciiard  discutait  la  question  dans 
la  première  partie  du  Manuel  du  juré  (S);  plusieurs  médecins 
écrivaient  sur  la  monomanie  homicide,  et  signalaient  l'injustice 
ou  le  danger  de  punir  de  mort  cette  cruelle  et  peut-être  con- 
tagieuse aberration  de  l'intelligence  humaine;  M.  Edouard 
Bucpétiaux  publiait  à  Bruxelles  un  volume  fort  recom- 
mandable(4),  qui  est  surtout  utile  par  le  nombre  et  le  choix 
des  documens  qu'il  renferme,  et  qui  a  été  suivi  d'une  bro- 
chure dont  il  sera  parlé  avant  la  fin  de  cet  article.  La 
publication  la  plus  récente  qui  soit  arrivée  à  ma  connais- 
sance sur  ce  sujet  est  un  Discours  contre  la  peine  capitale ,  par 
M.  d'Ulin  de  la  Ponneraye.  L'auteur  qui  développe  quel- 
ques-uns des  principaux  argumens  habituellement  invoqués 
dans  la  discussion  de  cette  question,  insiste  principalement 
sur  le  caractère  anti-religieux  de  la  peine  de  mort  (5). 

Alors  même  que  l'on  n'en  serait  encore  qu'à  ces  publications 
sur  une  question  aussi  grave  que  celle  de  l'abolition  de  la  peine 
de  mort,  on  aurait  déjà  fait  un  pas  immense.  Il  y  a  un  grand 
profit  pour  la  vérité  à  obliger  l'attention  publique  de  se  porter 
nettement  sur  un  pareil  sujet;  et  voici  en  quoi  ce  proût  cou- 


(1)  T.  xxxvi ,  pag.  18a.  —  (2)  T.  xxxtii ,  p.  532.  —  (3)  T.  xxxt, 
p.  719  et  t.  xxxvi  ,  p.  45.   —  (4)  Voyez  Fev.  Knc.  ,  t.  xxxv,  pag.  696. 
(5) Paris,  1828;  Selligue  et  Dolaunay.  Brochure  in-8°  de  j3  pag. 


636  SCIENCES  MORALES. 

siste  :  c'est  que  de  toutes  parts  les  observateurs  se  multiplient, 
et  que  par  là  il  devient  impossible  que  l'expérience  des  faits 
tombe  et  s'écoule  sans  être  aperçue.  Sans  doute,  pour  tout 
homme  qui  n'est  ni  brut,  ni  dépravé  ,  le  spectacle  des  exécu- 
tions publiques  est  hideux;  mais  combien  d'instructions  se 
mêlent  à  l'horreur  qu'il  inspire,  lorsque,  préoccupé  sur  la  lé- 
gitimité de  la  peine,  on  prend  soin  de  s'enquérir  des  srntimens 
qu'elle  inspire,  et  des  effets  immédiats  qu'elle  produit  dans 
toutes  les  classes,  et  sur  les  esprits  de  toute  trempe?  Les  causes 
capitales,  au  lieu  de  servir  d'aliment  à  une  déplorable  et  vaine 
curiosité,  ne  deviennent-elles  pas  une  matière  féconde  d'ob- 
servations et  d'études,  lorsque  l'on  peut,  à  mesure  qu'on  saisit 
les  circonstances  que  leur  développement  révèle,  se  demander 
jusqu'à  quel  point  la  société  serait  mise  en  péril  par  la  vie  du 
coupable;  jusqu'où  il  faut  attribuer  de  force  répressive  à  la 
crainte  de  la  mort;  jusqu'où  le  repentir  est  impossible  et  le 
crime  indigne  de  pardon  ?  Avertis  que  le  pouvoir  de  vie  et  de 
mort  que  l'homme  se  donne  sur  l'homme  est  problématique, 
beaucoup,  qui  n'y  songeaient  pas,  se  mettent  à  regarder  ce  qui 
est  devant  eux,  et  à  réfléchir  sur  ce  qu'ils  voient,  ne  fût-ce qu'un1  n 
de  reconnaître  par  eux-mêmes  lesquels  meltent  la  société  le 
plus  en  péril,  de  ceux  qui  veulent  que  l'on  tue,  ou  de  ceux 
qui  prétendent  que  le  droit  de  punir  ne  va  pas  jusqu'au  droit 
de  tuer.  Le  fil  des  raisonnemens  philosophiques  invoqués  d'une 
et  d'autre  part  leur  échappera  peut-être,  mais  le  bon  sens 
suffira  pour  les  éclairer  sur  les  conséquences  des  faits;  et  le 
bon  sens  est  le  maître  du  monde. 

Je  doute  fort  que  les  supplices  juridiques  puissent  rien  ga- 
gner à  cette  épreuve  de  l'expérience.  Diverses  personnes,  que 
j'ai  questionnées  sur  leurs  impressions,  m'ont  assuré  que.  de- 
venues plus  attentives  aux  débats  criminels,  depuis  que  l'abo- 
lition de  la  peine  de  mort  est  devenue  un  objet  de  discussion 
à  l'ordre  du  jour,  elles  se  sont  étonnées,  en  considérant  de 
près  les  procès  capitaux,  de  ne  voir  dans  les  condamnations 
capitales  qu'un  luxe  inutile  de  peines.  Luxe  horrible!  et  que 
l'on  comprendra  moins,  à  mesure  qu'on  le  regardera. 


SCIENCES  MORALES.  C37 

l  h  de  nos  journaux  quotidiens,  consacrés  à  la  relation  des 

débats  judiciaires,  le  Courrier  des  Tribunaux,  contenait  récem- 
ment [a  mars),  dans  son  feuilleton  littéraire,  un  article  de 
mœurs,  ayant  pour  titre  Une  exécution %  auquel  on  peut  quel- 
quefois reprocher  un  ton  trop  léger  pour  le  sujet  qu'il  traite  , 
mais  qui  contient  des  détails  pleins  de  vérité.  L'auteur,  qui  dit 
an  commencement  de  son  article  :  «  Que  d'autres  argumentent, 
moi  j'observe  et  je  raconte:  à  moi  les  faits,  à  vous  les  consé- 
quences», s'est  montré  observateur  très-fidèle.  Le  passage 
suivant  est  une  excellente  réponse  à  cette  prétendue  efficacité 
de  l'exemple,  donnée  toujours  comme  argument  principal  par 
les  partisans  de  la  peine  de  mort  : 

«  Prêtez  l'oreille  aux  discours  qui  se  tiennent,  et  vous  cher- 
cherez en  vain  un  mot  touchant,  une  phrase  qui  peigne  l'at- 
tendrissement ou  même  la  sensibilité.  La  charrette  parcourt 
lentement  l'espace  qui  sépare  la  place  du  Palais  de  la  place  de 
l'Hôtel- de- Ville;  tous  les  yeux  sont  fixés  sur  l'homme  qu'elle 
conduit ,  la  plupart  des  spectateurs  se  tiennent  sur  la  pointe  des 
pieds  ,  l'œil  fixe  et  le  col  tendu,  taudis  que  quelques  polissons 
et  quelques  voleurs  profitent  de  la  foule  pour  commettre  des 
vols  ou  se  permettre  des  insultes,  bien  sûrs  que,  si  l'on  blâme 
beaucoup  lents  actions,  on  ne  plaindra  guère  leurs  victimes. 
Voilà  les  propos  que  j'ai  entendus  :  «  Tiens,  ma  chère,  disait 
une  jolie  dame,  comme  il  a  le  col  blanc l  quelle  belle  carnation! 

—  J'aimais  mieux  M.  C ,  répliqua  son  amie. — Ah!  a-t-il 

l'air  capon,  ajoute  un  ouvrier!.... 

«  Et  un  dialogue  s'établitentre  deux  gamins,  dont  le  plus  au- 
dacieux, narguant  et  implorant  tour  à  tour  la  puissance  des 
gendarmes,  est  parvenu  à  se  placer  au  niveau  d'une  lanterne. 
Du  haut  de  cet  observatoire  ,  Bertrand  fait  part  de  tout  ce  qu'il 
voit,  tandis  que  Jacques,  perdu  dans  la  foule,  à  cause  de  sa 
petite  taille,  se  querelle  avec  un  conscrit  qui  le  gène  :  «  Otez- 
vous  donc  delà,  militaire;  allez  vous  en  voir  fusiller  à  mort, 
c'est  votre  affaire;  mais  la  guillotine,  c'est  pour  le  peuple  ,  la 
guillotine,  c'est  pour  l'exemple,  et  il  faut  bien  que  je  la  voie, 
l'exemple!  » 


$38  SCIENCES  MORALES. 

«  Enfin,  le  patient  est  placé  sur  la  planche  fatale,  le  silence 
est  universel,  mais  bientôt  un  bruit,  que  fait  en  tombant 
l'instrument  de  mort,  annonce  que  le  sacrifice  est  consommé; 
une  exclamation  indéfinissable  y  répond  de  toutes  parts ,  et 
Bertrand  dit  froidement ,  en  mettant  pied  à  terre  :  enfoncé l plus 
d* homme  /.... 

«  La  toile  est  tombée,  le  public  se  retire,  et  je  n'aperçois  en- 
core, comme  résultats  évidens  de  l'exemple  qui  devait  être  si 
salutaire,  que  les  évanouissemens  de  quelques  femmes  qui, 
jugeant  la  force  de  leurs  nerfs  sur  la  sécheresse  de  leur  âme, 
auraient  trop  présumé  d'elles-mêmes,  elles  terreurs  supersti- 
tieuses de  quelques  autres,  qui  ne  pourront,  pendant  huit 
jours,  passer  une  minute  seules,  attendu  l'apparition  très-pro- 
bable du  coupable  défunt  dont  la  figure  les  poursuit. 

«  Il  est  cependant  des  spectateurs  qu'on  ne  rassasie  pas  faci- 
lement. A  peine  un  panier  rouge  a-t-il  reçu  et  caché  le  ca- 
davre du  supplicié,  que  Bertrand  s'écrie,  avec  une  joie  qui 
dénonce  son  avenir  aux  tribunaux  criminels  :  Dis  donc,  Jac- 
ques, suis-tu  le  corps  jusqu'à  Clamait?  je  t'y  ferai  toucher!....  et 
tous  deux,  réunis  à  trois  ou  quatre  cents  autres  mauvais  su- 
jets, courent  après  la  charrette  qui  s'éloigne  rapidement,  et 
poussent  des  cris  à  peu  près  semblables  à  ceux  d'une  meute 
qi.i  attend  la  curée.  » 

La  vérité  de  ce  tableau  fait  frémir.  Il  faut  en  dire  autant  de 
deux  scènes  spirituellement  tracées,  que  l'on  trouve  sous  le  titre 
de  la  Morale  de  la  Fable,  dans  un  volume  de  proverbes,  inti- 
tulé :  Scènes  contemporaines.  C'est  le  jour  de  l'exécution  de  ce 
malheureux  Asselineau,  que  les  maisons  de  jeu  ont  entraîné 
vers  sa  perte ,  et  dont  le  nom  restera  comme  un  opprobre 
éternel  contre  les  budgets  corrupteurs  qui  osent  classer  la  dé- 
pravation publique  au  rang  de  leurs  ressources  financières. 
Dans  la  première  scène  on  voit  des  gens  de  bon  ton,  jouant 
auprès  de  la  fenêtre  qu'ils  ont  louée  pour  assister  au  plus 
atroce  des  spectacles  :  dans  la  seconde  scène,  des  femmes  du 
ppuple,qui  ont  longuement  moralisé,  finissent  par  s'enquérir 
de  1  âge  du  malheureux,  et  de  son  jour  de  naissance.  « —  Pour- 


SCIENCES  MORALES.  63g 

quoi? —  c'est  qu'avec  le  s  que  nous  sommes  aujourd'hui ,  ci 
ferait  trois  bons  numéros  à  la  loterie.* 

Il  s'en  fuit  de  beaucoup  que  ces  détails  de  mœurs  soient  a 

dédaigner  dans  l'examen  d'une  question  pour  la  solution  de 
laquelle  il  importe  beaucoup  de  savoir  constater  quelle  est  la 

nature  des    sensations  que  le   publié  éprouve  Quand   on  s'est 

appuyé  sur  les  faits,  et  affermi  par  leur  observation,  l'on 
éprouve  une  satisfaction  merveilleuse  à  trouver  que  le  raison- 
nement théorique  les  explique  et  s'en  accommode  Mais  il  e  I 
fort  à  remarquer  que  les  gens  qui  élèvent  le  plus  haut  la  voix 
pour  déclamer  contre  les  théories  sont  d'ordinaire  les  plus 
inhabiles  à  regarder  les  faits,  et  les  plus  paresseux  à  les 
étudier. 

31.  de  Sellon  a  senti  toute  l'utilité  que  l'on  peut  se  promettre 
d'une  longue  et  consciencieuse  préparation  de  l'opinion  pu- 
blique; mais  ce  n'est  pas  là  qu'il  a  voulu  se  borner.  Depuis 
long-toms  sa  conduite  témoigne  qu'il  croit  la  question  assez 
avancée  pour  qu'il  soit  permis  d'entreprendre  de  la  faire  passer 
dans  les  lois.  C'est  pour  cela  que,  dès  1816,  il  a,  dans  le  con- 
seil souverain  de  Genève  dont  il  est  membre,  fait  la  proposi- 
tion formelle  de  rayer  la  peine  de  mort  de  la  législation  du 
canton.  Cette  proposition,  il  l'a  renouvelée  en  1825,  et  l'a 
fait  suivre  immédiatement  par  la  mise  de  la  question  au  con- 
cours. Pour  éclairer  la  discussion,  et  rendre  plus  faciles  les 
recherches  des  concurrens,  il  a  fait  paraître ,  en  1826,  une 
brochure  ayant  pour  titre  :  Un  mot  sur  la  proposition  de  M.  J.  J . 
Sellon  pour  la  suppression  de  la  peine  de  mort  (1).  En  décembre 
1827,  il  a  réitéré  sa  proposition  dans  le  conseil  souverain  de 
Genève,  et  il  annonce  la  ferme  volonté  de  la  reproduire  en- 
core ,  si  elle  ne  réussissait  pas  cette  fois.  C'est  ainsi  que  l'infa- 
tigable ff'ilberforce  est  venu  à  bout  de  vaincre  par  sa  géné- 
reuse opiniâtreté  les  défenseurs  de  la  traite  des  noirs;  c'est 
ainsi  que  Romilly ,  que  Mackintosh ,  après  avoir  essuyé  tant 
d'apparentes  défaites,   et  vu  rejeter  tant  de  fois  leurs  bills  de 

(1)  Voy.  Rcv.  Luc. ,  t.  xxx  ,  [».  î  j  5. 


6^o  SCIENCES  MORALES. 

réformation  des  lois  criminelles,  ont  fini,  à  force  de  ténacité, 
par  accoutumer  les  législateurs  d'Angleterre  à  se  relâcher  un 
peu  de  leur  amour  pour  des  habitudes  et  des  usages  introduits 
à  d'autres  époques  de  la  civilisation. 

Le  volume  que  M.  de  Sellon  publie  aujourd'hui  contient  de 
nouveaux  documens.  Il  est  à  regretter  que,  dans  sa  généreuse 
impatience  de  servir  la  cause  à  laquelle  il  s'est  voué,  l'auteur 
n'ait  pas  pris  le  tems  de  coordonner  avec  plus  de  méthode  les 
matériaux  réunis  dans  sa  lettre,  et  qu'il  les  ait  présentés  avec 
une  sorte  de  confusion,  dénature  à  embarrasser  le  lecteur,  et 
qui  ôte  à  cette  publication  quelque  chose  de  son  utilité.  M.  de 
Sellon  y  a  eu  principalement  en  vue  de  faire  connaître  les 
argumens  épars  dans  les  mémoires  qui  ont  concouru  et  qui 
n'ont  pas  été  publiés.  Les  concurrens,  qui  étaient  au  nombre  de 
trente  à  Genève  et  de  onze  à  Paris,  se  sont  livrés  à  des  travaux 
dont  il  était  bon  que  les  principaux  résultats  ne  demeurassent 
pas  ignorés.  M.  de  Sellon  rend  compte  également  de  plusieurs 
communications  qui  lui  ont  été  faites  et  de  divers  ouvrages  que 
leurs  auteurs  lui  ont  transmis.  Parmi  les  personnes  fort  nom- 
breuses qu'il  cite,  nous  avons  principalement  remarqué,  outre 
les  écrivains  déjà  nommés  dans  cet  article,  M.  Helberg,  qui  a 
publié  de  très  bons  travaux  sur  la  question,  notamment  dans 
la  Revue  Encyclopédique  (yoj.  t.  x,  p.  33 1),  et  dans  un  recueil 
qui  a  paru  en  1820,  sous  le  titre  de  Journal  général  de  légis- 
lation et  de  jurisprudence,  et  M.  Grohmann,  professeur  de  psy- 
chologie à  Hambourg,  qui ,  frappé  des  exemples  de  monomanie 
homicide  qu'on  a  vu  si  tristement  se  multiplier  dans  ces  der- 
niers tems,  a  écrit  une  dissertation  sur  la  nécessité  de  ne  point 
appliquer  la  peine  de  mort  à  des  individus  qui ,  par  des  causes 
physiques,  n'auraient  pas  agi  avec  liberté,  et  auxquels  par 
conséquent  on  ne  saurait  imputer  leurs  crimes.  M.  de  Sellon, 
en  réimprimant  à  la  fin  de  son  volume  le  Code  fédéral  mili- 
taire pour  les  cantons  suisses,  remarque  avec  douleur  que  ce 
code  autorise  à  prononcer  la  peine  de  mort  pour  trente  cas 
différens;  aussi  annonce-t-il  l'intention  de  provoquer"  des  ré- 
formes à  cet  égard  auprès  de  la  diète. 


SCIENCES  MORALES.  fiji 

Plusieurs  feuilles  publiques  ont  anuoncé  récemment  que  le 
grand-conseil  do  canton  du  Valais  venait  d'abolir  la  peine 
capitale,  il  n'y  a  malheureusement  rien  de  vrai  dans  cette  nou- 
velle (|in  a  dû  sou  origine  à  ce  que  1"  grand-conseil  a  accord»' 
I.i  grâce  dune  femme  condamnée  a  mort. 

Le  moment  actuel  est  fort  opportun  pour  s'occuper  des 
grandes  questions  de  législation  criminelle.  Kn  Amérique,  en 
Bavière,  dans  les  Pays-Ras,  des  codes  pénaux  se  trouvent  sou- 
mis aux  délibérations  des  assemblées  publiques.  De  toutes 
parts,  les  meilleurs  esprits  rallient  leurs  efforts  en  faveur  du 
système  pénitentiaire  qui  doit  tôt  ou  tard  figurer  dans  le  pre- 
mier rang  des  institutions  destinées  à  améliorer  la  condition  de 
l'humanité,  mais  qui  ne  saurait  prospérer  sans  de  vastes  tra- 
vaux préparatoires  et  sans  des  réformes  effectives  dans  le 
régime  intérieur  des  prisons.  Quand  les  prisons  auront  pu  en- 
tièrement cesser  d'être  des  foyers  de  perdition  où  la  débauche 
et  l'oisiveté  fomentent  le  vice  et  engendrent  l'abrutissement,  et 
qu'au  contraire  elles  seront  enfin  devenues  des  ateliers  et 
des  écoles,  alors  on  verra  les  codes  pénaux  s'épurer  rapide- 
ment. Partout  on  l'on  n'en  sera  pas  encore  arrivé  là ,  on  fera 
plus  de  progrès  dans  les  théories  et  dans  les  opinions  que  dans 
la  pratique;  mais  tout  insuffisans  qu'ils  soient,  ces  progrès-là 
même  ne  sont  pas  à  dédaigner;  ce  sont  eux  qui  provoquent  et 
qui  assurent  les  autres. 

Le  Code  pénal  qui  va  entrer  en  discussion  dans  les  Pays- 
Bas  s'annonce  comme  devant  être  l'objet  de  démêlés  très-vifs. 
La  faculté  de  modifier  par  des  amendemens  les  projets  pré- 
sentés étant  malheureusement  refusée  aux  États-généraux,  il 
résulte  de  là  qu'on  se  trouve  placé  dans  la  bizarre  et  fâcheuse 
alternative  de  tout  rejeter  pour  une  seule  disposition  qui 
choque,  ou  d'adopter  ce  qui  blesse,  afin  de  ne  pas  perdre 
des  améliorations  désirables.  Le  projet  de  Code  pénal  pèche 
par  de  tels  endroits  que  l'on  s'empressera  très-probablement 
de  rejeter  le  tout.  Les  discussions  publiques  n'en  seront  pas 
moins  utiles,  puisqu'elles  pourront,  en  cas  de  rejet,  engager 
le  gouvernement  à  s'amender  lui-même  et  à  présenter  à  une 
t.  xxx vu.  —  Mars  1828.  41 


6li*  SCIENCES  MORALES, 

autre  session  son  projet  modifié,  ou  un  projet  différent. 
M.  Edouard  Ducpétiaux  a  pensé  avec  raison  que  la  circons- 
tance était  favorable  pour  présenter  une  analyse  du  traité  de 
M.  Lucas,  en  y  mêlant  le  résultat  de  ses  propres  travaux  et  de 
ses  nombreuses  recherches.  Voici  les  quatre  parties  de  son 
analyse:  i°  mission  de  la  justice  humaine;  justice  des  peines 
en  général  et  de  la  peine  de  mort  en  particulier;  2°  justice  de 
prévoyance;  3°  justice  de  répression  en  général  et  utilité  de 
la  peine  de  mort  en  particulier;  4°  garanties  répressives,  réu- 
nissant toutes  les  conditions  de  justice  et  d'efficacité  propres 
à  remplacer  le  supplice  capital  en  particulier  et  le  système 
pénal  en  général.  Chacune  de  ces  parties  devant  former  un 
traité  à  part,  il  s'est  hâté  de  publier  la  seconde,  parce  qu'il 
Vest  senti  pressé  par  la  discussion  du  nouveau  Code  pénal, 
auquel,  dans  sa  préface,  il  n'épargne  aucun  des  reproches 
que  peut  dicter  une  indignation  profonde ,  espérant  que  pas 
une  voix  apologétique  ne  s'élèvera  pour  le  défendre  de  l'ou- 
bli, ou  même  du  mépris. 

Dans  cette  brochure  sur  la  justice  de  prévoyance,  M.  Duc- 
pétiaux insiste,  par  dessus  toutes  choses,  sur  la  nécessité  de 
multiplier  les  écoles.  A  l'exemple  de  M.  Lucas,  il  fait  fré- 
quemment usage  des  comptes  rendus  par  le  dernier  garde-des- 
sceaux  sur  l'administration  de  la  justice  criminelle  en  France 
en  1825  et  en  1826.  On  doit  espérer  des  lumières  du  ministre 
actuel  que  ce  travail,  entrepris  si  utilement  sous  son  prédé- 
cesseur ,  et  dont  on  assure  que  la  première  idée  appartient  au 
ministère  de  M.  De  Serres,  ne  manquera  pas  d'être  continué. 
Voilà  du  moins  un  point  sur  lequel  il  est  possible  de  faire 
des  vœux  pour  l'acceptation  d'un  héritage  dont  tant  d'autres 
charges  sont  à  répudier,  autant  par  pudeur  que  par  calcul. 
Je  voudrais  qu'à  ces  tableaux  on  ajoutât  une  colonne  pour 
indiquer  si  les  accusés  ou  les  condamnés  savent  ou  non  lire 
ou  écrire;  ce  qu'il  serait  facile  de  constater,  si  les  magistrats 
siégeant  dans  les  cours  d'assises  et  les  tribunaux  correctionnels 
en  étaient  chargés  par  des  instructions  spéciales.  Je  voudrais 
aussi  qu'un  certain  nombre  d'exemplaires  de  ces  tableaux  fût 


SCIENCES  MORALB&  G^ 

mis  eu  vente  :  c'est  un  très  faux  scrupule  que  d'imaginer  qu'une 
publication  entreprise  sous  les  auspices  du  gouvernement  ne 
doit  se  distribuer  que  par  cadeaux.  I /utilité  d'une  telle  pu- 
blication consiste  surtout  en  ce  qu'elle  puisse  arriver  le  plus 
facilement  possible  à  la  connaissance  de  tous  ceux  qui  vou- 
dront s'en  servir  pour  leurs  travaux;  et  c'est  un  résultat  que 
les  distributions  par  cadeaux  ne  font  pas  atteindre  :  en  outre, 
il  faut  convenir  qu'on  se  montrerait  susceptible  bien  à  contre- 
sens, si  l'on  entrevoyait  la  plus  légère  inconvenance  à  ce  q tic 
le  gouvernement  se  couvrît  d'une  partie  quelconque  de  ses 
frais,  en  vendant  à  qui  voudrait  l'acheter  un  livre  que  lui 
seul  pouvait  entreprendre.  Il  n'y  a  de  honte  pour  un  gouver- 
nement à  être  marchand,  que  s'il  veut  faire  du  monopole,  ou 
s'il  s'arroge  de  vendre  ce  qui  n'est  pas  vénal,  comme,  par 
exemple,  la  liberté. 

Ch.  Renouard  ,  avocat. 


HlSTORIA  DE  LA  REVOLUCION  DE  CoLOMBIA  ,  etc.  HIS- 
TOIRE DE  LA  RÉVOLUTION  DE  LA  REPUBLIQUE  DE  CO- 
LOMBIE ,  par  José  Manuel  Restrepo  ,  ministre  de 
l'intérieur  (i). 

C'est  une  grande  et  généreuse  entreprise  que  celle  de 
M.  Restrepo.  Plus  les  belles  actions  de  ses  compatriotes  étaient 
dignes  de  mémoire,  plus  il  devait  craindre  de  ne  point  s'élever 
dans  son  récit  à  la  même  hauteur. 

Nous  allons  voir  comment  il  a  rempli  la  tâche  difficile  qu'il 
s'est  imposée.  Des  trois  parties  de  son  ouvrage  ,  consacrées' 
l'une  à  l'histoire  de  la  Nouvelle  -  Grenade  jusqu'en   1819;  la 

(1)  Paris,  1827;  librairie  américaine,  rue  du  Temple,  n"  fig. 
10  vol.  in-ia  ,  en  tout  à  peu  près  2,000  pages,  avec  un  Atlas  conte- 
nant la  carte  de  la  Colombie  et  des  cartes  séparées  de  tous  les  départe- 
mens  ;  prix  ,  80  fr. 

/,  !. 


644  SCIENCES  MORALES, 

seconde,  à  celle  de  Venezuela  jusqu'en  1822;  la  troisième, 
enfin,  à  celle  de  ces  deux  États  réunis  en  une  même  républi- 
que ,  nous  n'avons  encore  que  la  première.  Les  deux  autres 
parties  ne  seront  publiées  que  dans  quelque  tems.  Mais  celle-ci 
est  déjà  assez  étendue  et  contient  une  période  assez  intéres- 
sante de  la  révolution  ,  pour  nous  mettre  en  état  de  porter  un 
jugement. 

La  contrée  dont  il  veut  nous  entretenir  est  encore  peu  con- 
nue. Il  fallait  commencer  par  donner  une  idée  de  la  physio- 
nomie et  des  mœurs  de  ses  habitans,  avant  la  révolution;  c'est 
ce  qu'a  fait  M.  Restrepo  dans, son  introduction.  Après  avoir 
exposé  la  situation  antérieure  de  la  Nouvelle-Grenade  et  de 
Venezuela  ,  colonies  de  la  tyrannique  et  superstitieuse  Es- 
pagne, il  trace  une  esquisse  rapide  de  la  Colombie,  nation 
indépendante  et  gouvernée  d'après  les  principes  de  la  saine 
raison  (en  1824)'  Cette  immense  étendue  de  côtes  baignées 
par  deux  océans,  dont  les  ports  attendent  d'un  côté  le  com- 
merce de  l'Asie  et  de  l'autre  celui  de  l'Europe;  ces  llanos, 
vastes  comme  une  mer,  arrosés  par  des  fleuves  immenses  et 
couverts  de  troupes  innombrables  de  chevaux  sauvages;  ces 
montagnes  dont  le  sommet  est  couronné  de  neiges  éternelles, 
dont  la  base  est  brûlée  des  feux  de  l'équateur,  et  qui  entre  ces 
deux  extrêmes  présentent  successivement  tous  les  climats;  enfin, 
cette  terre  qui,  négligée  par  la  paresse  espagnole,  se  livre 
vierge  encore  aux  travaux  assidus  d'un  peuple  libre  :  voilà 
ce  qui  s'offre  à  nous  sur  le  premier  plan  du  tableau.  On  éprouve 
une  douce  et  vive  émotion  ,  en  songeant  qu'un  gouvernement 
libre  est  enfin  établi  sur  un  sol  aussi  riche  et  aussi  fécond.  Il 
sera  beau  de  voir  un  peuple  affranchi  d'entraves  déployer 
toute  son  énergie  et  toutes  ses  facultés  au  milieu  de  cette  na- 
ture colossale. 

Sur  cette  terre  où  gémissait  un  peuple  d'esclaves,  l'inquisi- 
tion avec  toutes  ses  superstitions  et  ses  cruautés ,  le  système 
colonial  avec  son  cortège  de  monopoles,  de  vexations  et  d'in- 
justices, ont  présenté,  pendant  trois  siècles,  un  contraste  ré- 
voltant avec  la  prodigalité,  l'énergie  et  la  majesté  de  la  r.a- 


SCIENCES  MORALES.  G45 

ture.  Mais  la  scène  a  changé;  les  anciens  colons  de  L'Espagne 
ont  secoué  le  joug  :  ils  se  sont  formés  en  corps  de  nation; 
ils  ont  conquis  ce  libre  arbitre  auquel  les  peuples  ont  droit 
Comme  les  individus,  dès  qu'ils  sont  arrivés  à  leur  majo- 
rité; cependant,  ils  n'ont  pu  passer  en  un  jour  de  la  dé- 
bilité d'un  peuple  esclave  à  toute  la  force;  d'un  peuple  libre. 
Le  gouvernement  a  pensé  qu'il  était  des  réformes  qu'ils  ne  pour- 
raient supporter,  des  institutions  qui  ne  sauraient  leur  con- 
venir; et  content  d'avoir  posé  pour  bases  de  la  constitution  le 
système  représentatif,  la  liberté  individuelle  et  la  liberté  delà 
presse,  il  a  ,  bien  à  tort  sans  doute,  cru  devoir  remettre  à 
d'autres  tems  le  jugement  par  jurés,  la  liberté  des  cultes  et 
plusieurs  autres  innovations,  qui  heurtaient  ses  préjugés  ou 
ceux  qu'il  supposait  au  peuple. 

L'auteur,  en  terminant  son  introduction,  s'adresse  à  ses  com- 
patriotes; il  leur  rappelle  éloquemment  les  souffrances  et  les 
sacrifices  dont  leur  liberté  est  le  prix  ,  et  il  les  engage  à  persé- 
vérer dans  les  vertus  qui  peuvent  seules  leur  assurer  la  pos- 
session de  cette  liberté,  si  chèrement  achetée.  Il  les  conjure 
surtout  de  repousser  ces  idées  de  fédéralisme  qui  causèrent 
leurs  premières  dissentions,  qui  les  livrèrent  aux  armes  espa- 
gnoles, et  qui,  suivant  lui,  exigeraient  une  civilisation  plus 
avancée  que  la  leur. 

Au  second  volume  commence  l'histoire  de  la  révolution. 
M.  Restrepo  jette  un  coup  d'ceil  sur  les  premières  époques  de 
la  fondation  de  la  Nouvelle-Grenade.  On  n'y  trouve  aucun 
événement  remarquable.  Depuis  la  conquête  jusqu'en  1765, 
cette  contrée  conserva  cette  paix  du  despotisme,  qui  ressemble 
si  bien  à  celle  de  la  tombe.  Mais,  en  1765,  le  peuple  se  sou- 
leva, exaspéré  par  la  rigueur  avec  laquelle  on  levait  l'impôt 
dit  alcabalas  (1).  On  le  réduisit,  facilement  au  silence,  et  tout 
était  redevenu  tranquille,  lorsqu'en  1781  ,  l'établissement  de 
plusieurs  monopoles  donna  lieu  à  une  révolte  ,  qui  fut  presque 
une   révolution.  Le  vice -roi,   don   Manuel  Antonio  Flores, 


(r)  Impôt  sur  les  marchandise!». 


646  SCIENCES  MORALES. 

s'était  transporté  à  Carlhagène  pour  veiller  à  la  défense  des 
côtes  menacées  par  les  Anglais  avec  lesquels  l'Espagne  était 
en  guerre.  L'insurrection,  née  dans  le  Socorro ,  eut,  en  son 
absence,  la  facilité  de  s'étendre  et  de  s'organiser.  Les  révoltés 
se  donnèrent  des  chefs,  prirent  des  villes,  dispersèrent  un  dé- 
tachement de  cent  hommes  qu'on  avait  envoyés  contre  eux,  et 
marchèrent  enfin  sur  Santafé  où  il  ne  restait  pas  un  soldat. 
Mais  ce  grand  mouvement  eut  le  résultat  qu'on  devait  en  at- 
tendre chez  un  peuple  qui  ne  pouvait  alors  avoir  un  but  dé- 
terminé. L'audience  de  Santafé,  où  résidait  le  gouvernement 
en  l'absence  du  vice-roi,  accorda,  promit,  jura  tout  ce  qu'on 
voulut.  Les  insurgés  emportèrent  en  triomphe  des  copies  du 
traité  qui  supprimait  les  impôts,  et  retournèrent  paisiblement 
à  leurs  demeures  et  à  leurs  occupations.  A  peine  furent-ils  ren- 
trés dans  leurs  foyers  qu'on  rétablit  la  plupart  des  taxes  sup- 
primées, d'après  la  maxime  du  vice-roi  Flores,  qu'une  conces- 
sion arrachée  par  la  violence  ne  pouvait  être  valable. 

Peu  d'années  après  cette  révolution  éphémère  et  stérile, 
une  révolution  d'une  nature  bien  différente  éclata  en  Europe. 
Un  peuple  placé  au  centre  de  ce  continent  jeta  un  cri  de 
liberté,  qui  retentit  dans  les  cœurs  de  tous  les  peuples  voisins, 
et  même  dans  les  contrées  lointaines.  Un  trône  fut  renversé, 
tous  les  autres  parurent  ébranlés.  L'Espagne  craignit  que  les 
idées  nouvelles  qui  agitaient  J'Europe  ne  passassent  les  mers, 
et  ne  pénétrassent  dans  l'Amérique  du  sud.  En  effet,  la  décla- 
ration des  droits  de  l'homme  fut  imprimée  et  secrètement 
répandue  dans  la  Nouvelle-Grenade.  Don  Antonio  Narifio, 
auteur  de  cette  publication,  et  dont  le  nom  est  souvent  repro- 
duit dans  le  cours  de  cette  histoire,  paya  de  sa  fortune  et  de 
sa  liberté  la  hardiesse  d'avoir  fait  connaître  les  droits  de 
l'homme,  sous  un  gouvernement  qui  les  violait  sans  cesse. 

Tel  fut  le  seul  effet  de  la  révolution  de  France  dans  cette 
partie  de  l'Amérique.  Le  xix6  siècle  commença  ,  et  la  position 
de  l'Espagne  relativement  à  ses  colonies  restait  la  même  en 
apparence  qu'au  xvne  et  au  xvme.  Tout  y  semblait  calme,  et 
les  idées  de  liberté  civile  et  politique  ,   renfermées  dans    la 


SCIENCES   MORALES.  647 

sphère  étroite  d'an  petit  nombre  d'hommes  instiuits,  n'ef- 
frayaient  pas  encorda  puissance  de  la  métropole,  lorsque  l'évé- 
nement le  pins  inattendu  changea  la  face  des  choses.  On  con- 
naît les  scènes  de  lîavonnc,  si  honteusement  célèbres,  où  le 
roi  d'Espagne  se  déshonora  par  sa  faiblesse  et  Napoléon  par 
son  astuce.  L'Espagne  en  masse  parut  reconnaître  le  nouveau 
pouvoir  devant  lequel  toute  l'Europe  était  prosternée;  mais 
ses  habitans  se  promirent  de  résister ,  et  toutes  leurs  forces 
lurent  employées  dans  celte  lutte.  Il  ne  leur  en  restait  plus 
pour  contenir  leurs  colonies;  et,  dès  ce  moment,  l'Espagne 
perdit  sa  prépondérance  sur  leurs  destinées.  Ainsi ,  ce  furent 
en  effet  les  actes  d'usurpation  de  Napoléon  qui  brisèrent  les 
chaînes  de  l'Amérique.  L'édifice  qu'il  éleva  à  l'aide  du  despo- 
tisme est  tombé;  mais  les  questions  soulevées  par  son  génie  et 
par  celui  des  peuples  qui  l'admirèrent  le  plus  ne  se  sont  pas 
éteintes  avec  lui,  et  son  passage  sur  la  terre  a  puissamment 
contribué  à  produire  les  événemens  qui  ont  donné  des  consti- 
tutions libres  à  l'Amérique  du  sud. 

L'Europe,  tout  occupée  de  ses  propres  destinées,  ne  s'aper- 
çut point  du  grand  changement  qui  s'accomplissait  au-delà  des 
mers.  L'Espagne  seule  le  reconnut  en  frémissant.  Le  sceptre 
sous  lequel  elle  retenait  avec  peine  ses  colons  s'échappait  de 
ses  mains;  elle  se  flattait  encore  que  l'habitude  de  l'obéissance 
suffirait  pour  les  retenir  sous  sa  domination.  Elle  s'indigna  èe 
ce  qu'ils  osaient  prétendre  a  cette  indépendance  pour  laquelle, 
en  Europe,  elle  versait  elle-même  des  ilôts  de  son  sang.  Tel 
est  le  caractère  de  la  plupart  des  métropoles.  Elles  regardent 
leurs  colonies  comme  des  propriétés.  Leur  étonnement  est  au 
comble,  quand  celles -ci  déchirent  leur  bandeau  et  rompent 
leurs  lisières;  elles  ont  une  sorte  de  conviction  que  tous  les 
moyens  leur  sont  bons,  la  cruauté,  la  dissimulation,  le  par- 
jure, pour  faire  redescendre  ces  filles  ingrates  au  rang  de  vas- 
sales et  de  sujettes.  L'Espagne  a  adopté  ces  cruelles  maximes , 
el  l'on  ne  doit  point  s'en  étonner.  L'Angleterre,  qui  se  disait  si 
éclairée  et  si  philanthrope,  les  avait  mises  en  usage,  trente  ans 
auparavant,  avec  ses  colonies  du  nord. 


648  SCIENCES  MORALES. 

Si  la  Nouvelle-Grenade  eût  ressemblé  à  l'Amérique  du  nord, 
à  l'époque  où  la  fortune  replaça  Ferdinand  sur  le  trône,  ce 
prince  l'eut  trouvée  défendue  par  une  constitution  vigoureuse 
contre  laquelle  eussent  échoué  tous  les  efforts.  Mais  il  existait 
encore  plus  de  distance  sous  le  rapport  de  la  civilisation  entre 
les  colonies  anglaises  et  les  colonies  espagnoles,  qu'entre  leurs 
deux  métropoles;  et  le  véritable  malheur  de  la  Nouvelle-Gre- 
nade, comme  de  toute  l'Amérique  du  sud,  fut  de  ne  pas  s'en 
douter.  Les  États-Unis  attiraient  naturellement  ses  regards,  et 
son  premier  mouvement  fut  d'adopter  une  forme  de  gouverne- 
ment semblable  à  la  leur,  sans  examiner  si  elle  convenait  à  ses 
mœurs,  à  ses  habitudes  ,  à  sa  situation  sociale. 

Les  trois  quarts  de  la  population  n'eurent  aucune  part  à 
cette  décision.  Ils  étaient  hors  d'état  d'émettre  un  avis.  Le  ré- 
gime colonial  avait  constamment  tenu  le  peuple  de  la  Nouvelle- 
Grenade  en  dehors  du  mouvement  que  trois  siècles  de  lumières 
avaient  imprimé  au  reste  du  monde.  L'inquisition  n'avait  pu 
rendre  féroce  ni  dépravé  un  peuple  généralement  doux  et 
tranquille;  mais  il  était  ignorant  et  superstitieux  :  il  avait  plus 
de  mœurs,  mais  peut-être  moins  d'instruction  encore  que  les 
Européens  du  moyen  âge.  Ce  désir  ardent  de  liberté,  cette 
haine  vigoureuse  du  despotisme  qui  animent  les  peuples  ro- 
bustes et  développés,  n'existaient  point  encore  pour  lui.  Mais, 
tandis  que  la  masse  était  plongée  dans  une  profonde  nuit, 
le  besoin  d'instruction  s'était  éveillé  chez  le  petit  nombre 
d'hommes  qui  pouvait  en  acquérir  en  dépit  des  obstacles 
qu'opposait  un  gouvernement  ombrageux,  jaloux  et  tyran- 
nique.  Irrités  par  ces  obstacles  mêmes,  ils  poursuivaient  leur 
but  avec  d'autant  plus  d'ardeur  qu'on  mettait  plus  de  soin  à 
les  empêcher  d'y  parvenir.  Ils  se  livraient  au  fond  de  leurs 
cabinets  à  des  études  que  le  mystère  et  le  danger  leur  rendaient 
encore  plus  chères.  Leurs  tètes  s'exaltaient;  ils  rougissaieut 
pour  eux-mêmes  et  pour  ce  peuple  insensible  à  ses  propres 
maux;  c'est  alors  qu'ils  jetaient  un  œil  d'envie  sur  ces  colonies 
anglaises,  leurs  cadettes,  déjà  parvenues  à  l'émancipation* 
C'est  alors  que,  dans  leur  pensée,  ils  embrassaient  du  moins 


SCIENCES  MORA.LES.  6/,y 

une  noble  image  de  Cette  liberté  qui  semblait  si  loin  d'eux, 
et  m-  créaient  des  systèmes  de  gouvernement  d'autant  plus 
parfaits  qu'ils  n'en  étaient  encore  qu'à  la  théorie  de  la  liberté, 
et  qu'ils  ne  connaissaient  pas  les  difficultés  de  l'exécution. 

Lorsqu'un  événement  fortuit  eut  enfin  réalisé  ces  rêves  gé- 
néreux et  brisé  le  joug  sous  lequel  étaient  courbés  leurs 
compatriotes,  ils  les  engagèrent  à  quitter  l'attitude  de  l'escla- 
vage. Ils  dictèrent  les  résolutions  de  la  junte  de  Quito,  et  de 
celles  qui  s'élevèrent  bientôt  après  dans  toutes  les  provinces. 
Ce  furent  eux  qui  dictèrent  le  refus  de  se  soumettre  au  roi  d'Es- 
pagne, remonté  sur  le  trône,  et  qui  avait  fait  sommer  l'Amé- 
rique du  sud  de  rentrer  dans  l'obéissance.  Leur  enthousiasme 
et  leur  patriotisme  suffirent  pour  accomplir  ces  grandes  choses  ; 
mais,  quand  il  fallut  aller  plus  loin  encore  et  donner  des  lois  au 
corps  de  nation  qui  venait  de  naître,  on  ne  vit  plus  que  trouble 
et  confusion.  Chacun  s'attacha  à  son  système,  et  le  soutint 
contre  les  systèmes  des  autres.  L'esprit  de  fédéralisme  se  mani- 
festa sur  tous  les  points  par  des  prétentions  exagérées.  Toutes 
les  provinces  se  déclarèrent  indépendantes;  toutes  les  villes 
un  peu  importantes  voulurent  l'être  également;  et  de  cette 
dissolution  de  l'ordre  social  naquit  la  guerre  civile  qui  con- 
duisit ce  peuple  égaré  à  la  filiale  issue  de  la  première  révolu- 
tion. 

C'est  dans  l'ouvrage  de  M.Restrepo  qu'il  faut  voir  le  tableau 
de  cette  déplorable  époque.  La  discorde  sans  cesse  renais- 
sante entre  INarino,  président  de  Cuudinamarca,  et  le  congrès 
qui  représentait  les  provinces-unies  de  la  Nouvelle-Grenade  ; 
le  coupable  égoïsme  des  provinces,  leur  répugnance  particu- 
lière à  se  soumettre  aux  plus  légers  sacrifices  pour  le  salut  de 
tous,  leurs  ébauches  de  constitutions  détruites  aussitôt  qu'éle- 
vées ,  et  remplacées  par  de  véritables  dictatures;  le  parti  roya- 
liste triomphant  dans  Santa-Marta  et  dans  le  midi  du  Po- 
payan;  enfin,  les  troupes  espagnoles,  trop  faibles  pour  asservir 
de  nouveau  ce  peuple  divisé,  continuant  à  rester  campées  sur 
les  frontières,  comme  pour  lui  rappeler  sanscesseque  l'Espagne 
saisirait  le  premier  moment  favorable  pour  tourner  contre  lui 


65o  SCIENCES  MORALES. 

ses  armes  et  sa  vengeance;  tels  sont  les  traits  qui  caractérisent 

la  situation  du  pays  dans  ces  tristes  circonstances. 

Le  moment  approchait  où  la  Nouvelle-Grenade  allait  ac- 
quérir par  de  sanglantes  leçons  l'instruction  nécessaire  pour 
fonder  son  gouvernement.  Les  discordes  y  étaient  plus  vio- 
lentes que  jamais.  Bolivar,  que  l'on  voit  déjà  briller  dans  cette 
histoire,  quoiqu'il  appartienne  plus  particulièrement  à  celle 
de  Venezuela,  avait  soumis  Cundinamarca  au  congrès.  Mais 
une  nouvelle  guerre  civile  éclata  dans  Carthagène.  Cette  guerre, 
principalement  dirigée  contre  l'autorité  de  Bolivar,  le  força 
de  mettre  le  siège  devant  la  ville  qui  en  était  le  foyer;  mais , 
comme  le  siège  traînait  en  longueur,  Bolivar  sacrifia  ses  opi- 
nions personnelles  au  rétablissement  de  la  paix  ,  et  quitta  la 
Nouvelle-Grenade.  Au  moment  même  où  celle -ci  bannissait 
son  plus  brave  défenseur,  elle  vit  paraître  à  l'horizon  la  flotte 
de  Morillo. 

Les  habitans  de  Carthagène  furent  assiégés  de  nouveau  ; 
mais,  cette  fois,  un  véritable  ennemi  se  trouvait  à  leurs  portes. 
Des  hommes,  qui  n'avaient  jamais  eu  avec  eux  d'autres  rap- 
ports que  ceux  du  maître  avec  son  esclave ,  menaçaient  de 
renverser  leurs  remparts.  Leurs  fautes  passées  furent  alors 
cruellement  expiées;la  constance  la  plus  inébranlable,  la  résis- 
tance la  plus  héroïque  ne  purent  les  sauver.  Durant  les  hor- 
reurs du  blocus,  ils  offrirent  à  l'Angleterre  de  reconnaître  ses 
lois  :  leur  proposition,  inspirée  par  le  découragement  et  le 
désespoir,  fut  rejetée.  Il  ne  leur  resta  que  l'alternatisre  de  su- 
bir le  joug  espagnol,  ou  de  quitter  la  ville.  Ils  n'hésitèrent  pas; 
tous  ceux  qui  purent  réunir  quelques  ressources  abandonnèrent 
une  patrie  qui  allait  retomber  sous  le  plus  odieux  esclavage. 
Voici  comment  M.  Restrepo  raconte  cet  événement  déplorable. 
«  Le  5  décembre  au  soir,  l'émigration  commença  dans  un  si- 
lence et  un  ordre  admirables  :  on  ne  saurait  imaginer  une  scène 
plus  profondément  douloureuse.  Le  père,  l'époux,  le  frère 
laissaient  sur  le  lit  de  mort  les  objets  les  plus  chers  à  leurs 
cœurs.  Ils  partaient  sans  vivres  et  sans  défense.  Ils  n'empor- 
taient, en  quittant  leur  terre  natale,  que  le  souvenir  de  ce 


SCILXCKS  MOHALES.  65i 

qu'ils  avaient  souffert  ou  vain  pour  la  rendre  indépendante.... 
Au  soleil  levant ,  deux  mille  personnes  de  tout  sexe  et  de  tout 
Àjc  étaient  à  bord  de  la  petite  eseadre  destinée  à  les  porter 
loin  de  Carlhagènc.  A  trois  heures  du  soir,  on  mit  à  la  voile. 
L'ennemi  qui  observait  ce  mouvement  avait  disposé  quatre 
batteries  de  chaque  coté  de  la  baie,  et  vingt-deux  esquifs  ar- 
més en  guerre  se  formèrent  dans  le  canal  pour  en  défendre  le 
passage.  Mais  les  émigrés,  entourés  de  leurs  femmes  et  de  leurs 
en  fans,  animés  par  les  sentimens  les  plus  naturels  et  les  plus 
énergiques,  se  résolurent  à  mourir  ou  à  vaincre;  ils  repous- 
sèrent l'ennemi.  Ils  continuèrent  leur  navigation  entassés  par 
centaines  dans  de  petits  beâtimens,  sous  le  soleil  brûlant  des 
tropiques;  les. deux  tiers  périrent  de  faim,  de  soif,  de  mala- 
die ;  quelques-uns  tombèrent  au  pouvoir  des  Espagnols.  Enfin , 
de  six  cents  hommes  qui  parvinrent  à  Saint-Domingue  et  à  la 
Jamaïque,  deux  cents  succombèrent  encore  à  la  misère  et  à 
l'épuisement.  Honneur  aux  mânes  de  ces  généreuses  vic- 
times !  » 

La  soumission  de  la  Nouvelle-Grenade  tout  entière  suivit 
promptement  celle  de  Carthagène.  Nous  ne  nous  étendrons  pas 
sur  la  domination  de  Morillo  et  de  ses  troupes:  on  sait  qu'elle  fut 
aussi  cruelle  que  courte.  Un  seul  trait  en  donnera  l'idée.  «  Au- 
cune exécution,  dit  M.  Restrepo,  ne  lit  une  impression  aussi 
profonde  que  celle  de  Policarpa  Solvarrieta  :  c'était  une  jeune 
fille ,  enthousiaste  de  la  liberté,  et  qui  portait  des  secours  à 
tous  les  patriotes  opprimés.  Alexis  Sobarain,  qui  avait  été  offi- 
cier à  l'époque  de  la  république,  et  que  les  Espagnols  avaient 
condamné  à  servir  comme  soldat,  l'aimait  et  en  était  aimé. 
Elle  l'engagea  à  sortir  d'esclavage  et  à  fuir  avec  quelques 
amis  vers  les  llanos  de  Casanore  où  s'étaient  déjà  réfugiés 
un  grand  nombre  d'indépendans.  Ce  départ  convenu,  elle  lui 
remit  un  état  très-exact  des  forces  espagnoles,  et  la  liste  des 
patriotes  épars  dans  les  diverses  provinces.  Sobarain  ayant 
été  arrêté,  les  papiers  qu'il  portait  trahirent  la  malheureuse 
Policarpa.  Elle  comparut  avec  lui  et  ses  compagnons  devant  le 
tribunal   militaire   qui   ne  put   parvenir  à    lui  faire  avouer  le 


652  SCIENCES  MORALES, 

nom  de  la  personne  qui  lui  avait  fourni  les  renseignement 
qu'elle  avait  confiés  à  son  amant.  Celui-ci,  elle-même  et  six 
autres  patriotes  furent  condamnés  à  être  fusillés  dans  \zplaza 
major,  et  la  sentence  fut  exécutée  à  l'instant.  Mais  Policarpa, 
en  face  des  bourreaux,  reprocha  aux  Espagnols  leur  atroce 
barbarie  et  exhorta  ses  compagnons  à  mourir  eu  hommes 
libres,* en  annonçant  que  leur  mort  serait  bientôt  vengée,  v 
Elle  ne  se  trompait  pas.  Les  proscriptions  produisirent  leur 
effet  accoutumé.  L'esprit  de  liberté  se  ranima  dans  le  sang, 
loin  de  s'éteindre.  Celui  des  patriotes  égorgés  fit  naître  de 
nouveaux  patriotes.  La  province  de  Casanore  n'était  point 
soumise,  l'indépendance  s'y  réfugia,  et  il  devint  impossible  de 
l'y  atteindre.  Bolivar  s'«avança  vers  les  côtes  de  Venezuela  avec 
quelques  soldats  intrépides.  Le  peuple  qui  s'était  flatté  de  re- 
trouver le  repos  sous  la  domination  étrangère,  et  qui  n'avait 
eu  en  partage  que  la  misère  et  les  supplices,  instruit  désor- 
mais par  cette  cruelle  expérience,  appela  la  liberté  avec  au- 
tant d'ardeur  que  la  classe  éclairée.  Tout  annonça  dès  lors  une 
nouvelle  révolution,  plus  rapide  que  la  première  et  vraiment 
décisive. 

Ici  s'arrête  la  première  partie  de  l'histoire  de  la  Colombie. 
Elle  remplit  six  volumes.  Les  trois  volumes  qui  suivent  con- 
tiennent des  pièces  historiques  et  justificatives  d'un  grand  in- 
térêt. On  y  trouve  le  texte  des  lois  fondamentales  de  la  Co- 
lombie, les  déclarations  d'indépendance  des  provinces,  tous 
les  documens  relatifs  aux  discussions  de  Narino  avec  le  congrès 
et  de  Carthagène  avec  Bolivar;  enfin,  les  proclamations  de 
Morillo  et  les  instructions  qu'il  avait  reçues  de  la  cour  d'Es- 
pagne. Ces  actes  que  le  poste  honorable  occupé  par  M.  Res- 
trepo  lui  a  permis  de  rassembler,  ajoutent  beaucoup  au  mérite 
et  à  l'intérêt  de  son  ouvrage,  et  nous  devons  lui  savoir  gré 
d'avoir  mis  sous  nos  yeux  tout  ce  qui  pouvait  attester  la  vérité 
de  ses  récits  et  l'exactitude  de  ses  jugemens.  «  Il  eût  souhaité, 
dit-il ,  y  joindre  un  tableau  de  la  statistique  de  la  Colombie. 
Mais  la  rareté  des  matériaux,  presque  nuls  sous  l'ancien  ré- 
gime,  et   très-imparfaits  sous  le   nouveau,   eût  rendu  cette 


SCIENCES  MORALES.  G",7, 

entreprisa  fort  longue  et  peu  satisfaisante.  »  Il  en  a  remis  L'exé- 
cution à  une  époque  plus  réculée,  et  il  a  placé  à  la  suite  do 
son  introduction  les  docuxnens  les  plus  exacts  et  les  plus  im- 
portans  qu'il  a  pu  recueillir.  On  y  puisera  une  idée  approxi- 
mative, sinon  absolument  exacte,  de  la  population  et  des  reve- 
nus de  la  république. 

Sous  le  double  rapport  de  la  vérité  et  de  l'impartialité, 
M.  Restrepo  nous  semble  avoir  rempli  les  devoirs  d'un  histo- 
rien. Il  n'altère  point  les  faits;  il  ne  met  aucune  exagération 
dans  les  louanges  qu'il  donne  à  ses  compatriotes;  et  s'il  peint 
des  plus  vives  couleurs  la  tyrannie  et  les  cruautés  des  Espa- 
gnols, on  peut  affirmer  qu'il  n*a  rien  inventé  et  n'a  rien  ajouté 
à  l'affreuse  réalité.  L'indignation  sied  à  l'écrivain  généreux, 
quand  il  retrace  les  souffrances  de  ses  concitoyens;  mais  elle 
ne  s'éloigne  pas  des  bornes  d'une  justice  rigoureuse,  quand 
tous  les  faits  que  rapporte  l'historien  sont  attestés  et  authen- 
tiques :  il  ne  cesserait  d'être  impartial  qu'en  cessant  d'être  vrai. 

Le  style  de  M.  Restrepo  s'élève  quelquefois  jusqu'à  l'élo- 
quence, quelquefois  aussi  il  est  trop  prolixe.  Ce  défaut  se  fait 
surtout  sentir  dans  la  première  partie  de  l'introduction,  etdans 
les  volumes  qui  contiennent  l'histoire  de  la  guerre  de  Cundi- 
namarca  avec  le  congrès  :  la  narration  manque  alors  d'ordre 
et  de  rapidité.  L'auteur  prodigue  les  épi th êtes  et  les  grandes 
phrases,  quand  il  devrait  courir  au  but;  et  par  un  défaut  assez 
commun  aux  auteurs  espagnols ,  au  lieu  de  suivre  une  marche 
régulière,  il  passe  d'un  sujet  à  un  autre  par  des  transitions  si 
brusques  qu'elles  fatiguent  l'attention  et  refroidissent  l'intérêt. 
L'histoire  du  siège  de  Carthagène  et  celle  de  la  conquête  de  la 
Nouvelle-Grenade  sont  exemptes  de  ces  taches,  rachetées  d'ail- 
leurs, dans  le  cours  de  l'ouvrage,  par  l'abondance  et  la  jus- 
tesse des  pensées,  la  noblesse  des  expressions,  et  enfin  par 
cette  chaleur  et  cette  énergie  qui  nous  rappellent  s^ns  cesse 
que  l'ouvrage  n'est  point  écrit  par  un  homme  étranger  aux 
malheurs  et  aux  triomphes  de  la  Colombie,  mais  par  un  des 
généreux  fondateurs  de  l'indépendance  de  sa  patrie. 

L.  L.  O. 


LITTÉRATURE. 


Gromwell,  drame  par  Victor  Hugo  (i). 

Si  j'étais  de  ces  critiques  qui  regardent  comme  une  bonne 
fortune  l'occasion  de  s'égayer  aux  dépens  d'un  auteur,  je  pour- 
rais sans  effort,  en  détachant  avec  choix  certains  passages, 
mettre  le  drame  de  M.  Hugo  au  niveau  du  chef-d'œuvre  de  feu 
maître  André,  de  ridicule  mémoire.  Si,  au  contraire,  dominé 
par  l'amitié  ou  par  l'enthousiasme ,  je  voulais  porter  aux  nues 
ce  même  ouvrage,  il  me  serait  aisé  d'en  citer  telle  scène  qui 
soutiendrait  la  comparaison  avec  les  beaux  morceaux  de  nos 
grands  maîtres.  Mais  présenter  en  quelques  pages  une  appré- 
ciation approfondie  et  impartiale  d'une  composition  telle  que 
Cromwell,  et  d'un  système  littéraire  tel  que  celui  de  M.  Hugo, 
voilà  ce  qui  présente  les  plus  grandes  difficultés. 

Parlerai-je  d'abord  de  la  dissertation  qui  précède  le  drame? 
Mais ,  dans  ce  morceau  écrit  de  verve  et  copieusement  assai- 
sonné d'esprit  et  d'originalité  ,  le  vrai  et  le  faux  sont  tellement 
mêlés  qu'un  volume  suffirait  à  peine  à  l'examen  d'une  préface. 
Essayons  pourtant  de  faire  connaître  une  doctrine  qui  ne  tend 
à  rien  moins  qu'à  refaire  de  fond  en  comble  la  théorie  des 
beaux-arts,  ou  plutôt,  comme  le  dit  quelque  part  l'auteur,  à 
détruire  toute  théorie. 

Après  avoir  posé  en  fait  que  la  poésie ,  d'abord  lyrique ,  a 
pris  plus  tard  le  caractère  de  l'Épopée ,  après  avoir  dit  que  la 
muse  purement  épique  des  anciens  n'avait  étudié  la  nature  que 
sous  une  seule  face ,  rejetant  sans  pitié  de  l'art  presque  tout  ce 
qui,  dans  le  monde  soumis  à  son  imitation,  ne  se  rapportait  pas 
à  un  certain  type  du  beau ,  M.  Hugo  ajoute  :  «  Le  christianisme 
amène  la  poésie  à  la  vérité.  Comme  lui,  la  muse  moderne  verra 


(i)  Paris,  i8a8;  Amb.  Dupont  et  compagnie,  i  vol.  in-8°  (le  Ixiv 
et  476  pages  ;  prix  ,  8  fr. 


LlTTÉ&ATUHEt. 

les  choses  d'un  coup  d'œil  plus  haut  et  plus  largo.  Elle  sentira 
que  tout  dans  la  création  n'est  pas  humainement  beau,  que  le 
laid  y  existe  à  côté  du  beau,  le  difforme  près  du  gracieux  ,  le 
grotesque  au  revers  du  sublime,  le  ma!  avec  le  bien,  l'ombre 
avee  la  lumière,  Elle  se  demandera  si  la  raison  étroite  et  rela- 
tive de  l'artiste  doit  avoir  gain  de  cause  sur  la  raison  absolue 
du  créateur,  si  c'est  à  l'homme  à  rectifier  Dieu,  si  une  nature 
mutilée  en  sera  plus  belle,  si  l'art  a  le  droit  de  dédoubler, 
pour  ainsi  dire  ,  l'homme,  la  vie,  la  création  ;  si  chaque  chose 
marchera  mieux,  quand  on  lui  aura  ôté  son  muscle  et  son  res- 
sort; si  enfin  c'est  le  moyen  d'être  harmonieux  que  dètre  in- 
complet. C'est  alors  que,  l'œil  fixé  sur  des  événemens  tout  à  la 
fois  risibles  et  formidables,  et  sous  l'influence  de  cet  esprit  de 
mélancolie  chrétienne  et  de  critique  philosophique  que  noui 
observions  tout  à  l'heure,  la  poésie  fera  un  grand  pas,  un  pas 
décisif,  un  pas  qui,  pareil  à  la  secousse  d'un  tremblement  de 
terre,  changera  toute  la  face  du  monde  intellectuel.  Elle  se 
mettra  à  faire  comme  la  nature,  à  mêler  dans  ses  créations, 
sans  pourtant  les  confondre,  l'ombre  à  la  lumière,  le  grotesque 
au  sublime,  en  d'autres  termes,  le  corpsà  l'âme,  la  bete  à  l'esprit.» 

Ainsi,  d'après  M.  Hugo,  ce  progrès  immense  de  la  poésie 
consiste  à  imiter,  non  pas  seulement  le  beau  (et  l'on  sait  quelle 
étendue  a  cette  expression  dans  le  langage  des  arts),  mais  en- 
core le  laid,  le  difforme,  le  grotesque;  elle  doit  reproduire 
aujourd'hui  la  création  tout  entière. 

Ce  principe  serait  vrai,  si  l'artiste  avait  pour  public  le  créa- 
teur et  les  esprits  célestes.  Alors,  sans  doute,  sa  raison  relative 
ne  devrait  pas  avoir  gain  de  cause  sur  la  raison  absolue  ;  alors  , 
pour  bien  dire,  la  nature  et  l'art  ne  feraient  qu'un ,  et  tout  co- 
pier serait  l'unique  règle  à  suivre;  car  les  choses  qui,  hors  de 
nous  et  dans  nous-mêmes,  nous  inspirent  le  plus  de  répugnance 
et  de  dégoût ,  ne  sont  pas  celles  qui  fout  le  moins  éclater  le  pou- 
voir et  l'intelligence  divine.  Mais  comment  faire  ?  l'artiste  a 
pour  juges  des  hommes  ;  il  faut  bien  qu'il  choisisse  entre  tous 
les  objets  les  plus  propres  à  leur  plaire,  c'est-à-dire,  qu'il  s'ac- 
commode à  cette  raison  relative  qu'il  partage  avec  son  espèce; 


<*>56  LITTÉRATURE. 

ce  qui  ne  l'empêchera  pas  de  mêler  l'ombre  à  la  lumière,  le 
corps  à  l'ame  ;  ces  procédés  sont  aussi  anciens  que  les  arts; 
mais,  quant  au  grotesque,  il  en  usera  avec  réserve  et  parci- 
monie; car  le  grotesque  est  la  caricature  du  laid,  et  le  laid 
déplaît  aux  hommes  (ceci  n'a  pas  besoin  d'être  prouvé),  ou  du 
moins  il  ne  peut  leur  plaire  que  relativement,  en  faisant  res- 
sortir le  beau.  Est-ce  ainsi  que  l'entend  l'auteur  de  Cromwell  ? 
Eh  !  qui  a  mieux  connu  cet  artifice  que  le  peuple  qui  donna 
Vulcain  pour  époux  à  Vénus?  Tantôt  la  laideur  physique  lui 
servit  à  mettre  en  relief  la  force  ou  l'adresse ,  comme  chez  les 
Titans  et  les  Cyclopes;  tantôt  la  laideur  morale  développa  l'é- 
nergie des  passions  ou  des  caractères,  source  de  terreur  et 
d'intérêt  dans  la  tragédie;  tantôt,  dans  la  comédie,  elle  marqua 
plus  vivement  les  traits  plaisans  de  la  société  humaine.  Mais 
jamais  le  laid  ne  fut  employé  avec  succès  qu'à  faire  ressortir  le 
fort,  l'adroit,  l'énergique,  le  plaisant,  etc.,  c'est-à-dire,  une 
nuance  quelconque  du  beau  auquel,  quoi  qu'en  dise  M.  Hugo, 
il  dut  être  sacrifié.  Le  beau  seul  eu  effet  excite  l'intérêt  de 
sympathie.  Pour  peu  que  le  laid  lui  dispute  la  place,  l'ouvrage 
le  plus  habile  n'offre  plus  qu'un  intérêt  de  curiosité,  intérêt  le 
plus  faible  de  tous.  C'est  une  partie  de  la  composition  qu'il  faut 
traiter  comme  les  musiciens  traitent  la  dissonnance,  qu'ils  se 
hâtent  de  sauver  sous  l'éclat  des  accords  voisins. 

Il  est  encore  une  raison  pour  que,  dans  les  productions  de 
l'art,  l'emploi  du  laid  soit  toujours  circonscrit  et  subordonné  : 
le  beau,  c'est  la  règle;  le  laid,  c'est  l'exception.  S'agit-il  du  phy- 
sique, le  laid  n'est  autre  chose  qu'une  exception  à  la  régularité 
des  formes.  S'agit-il  du  moral ,  c'est  une  exception  à  la  justice 
et  à  la  raison.  Mais,  direz-vous,dans  le  monde  réel,  l'exception 
domine.  Soit!  Sachez  donc  alors,  vous  artiste,  me  transporter 
dans  un  monde  meilleur.  Sinon,  laid  pour  laid,  je  préférerai 
cent  fois  l'original  à  la  copie. 

Quel  est  donc  ce  goût  nouveau  pour  la  vérité,  qu'on  nous 
donne  comme  une  découverte  ?  Ce  goût  mal  dirigé  mène  au 
trivial  et  à  la  caricature.  Chose  remarquable  !  La  décadence 
dans  les  arts  commence  toujours  par  un  retour  inconsidéré 


L1TTÉRÀT1  BLE.  rj£,7 

Vlîrj  cotte  imitât  ion  exacte  qui  caractérise  leurs  premiers  essais. 
Aiii^i,  chez  l'homme,  la  vieillesse  se  rapproche  de  l'en  fan  Ce. 
Dans  les  siècles  barbares  ,  on  ne  sait  pas  encore  choisir.  Dans 
les  siècles  de  décadence,  OU  veut  être  neuf  à  tout  prix,  et  ne 
Sachant  plus  rien  découvrir  dans  le  domaine  du  beau,  on  croit 
reculer  les  limites  de  l'art  en  exploitant  celui  du  laid  ;  on  veut 
cire  plus  vrai  que  les  anciens;  on  veut  reproduire  toute  la  na- 
ture, toute  la  création  :  or,  toute  la  création,  toute  la  nature 
n'est  pas  bonne  à  montrer  (i).  N'importe  !  A  l'une  et  à  l'autre 
époque  ,  le  génie  lui  -même  se  livre  à  ces  ignobles  écarts.  Voyez 
Dante  ! 

E  Faltro  del  suo  cul  facea  trombetta. 

vers  assurément  très-grotesque!  Voyez  Goethe  ! 
Das  Kiud  erstickt ,  die  Mutter  platzt  (2). 

Comme  ce!a  est  vrai!  M.  Hugo  n'est  pas  encore  à  cette  hauteur; 
mais  il  y  viendra,  s'il  continue.  Suivant  lui ,  «  le  grotesque  est 
un  type  nouveau,  qui  sépare  l'art  moderne  de  l'art  antique.  » 
Il  ne  tarit  pas  sur  ce  sujet  :  «  C'est  le  grotesque  qui  nous  a 
donné  la  comédie»  (que  nous  tenons  pourtant  des  anciens  si 
féconds  dans  le  genre  plaisant)  ;  mais,  chez  eux,  «  l'épopée  pèse 
sur  le  grotesque  et  l'étouffé.  Dans  la  pensée  des  modernes  ,  au 
contraire,  le  grotesque  a  un  rôle  immense  :  il  crée  le  difforme 
et  l'horrible,  le  comique  et  le  bouffon.  Il  attache  autour  de  la 
religion  mille  superstitions  originales.  11  fait  tourner  dans  l'om- 
bre la  ronde  effrayante  du  sabbat;  il  donne  à  Satan  les  cornes, 
les  pieds  de  bouc,  les  ailes  de  chauve-souris.  Il  crée  les  Sca- 
ramouches,  les  Crispins,  les  Arlequins,  grimaçantes  silhouettes 
de  l'homme.  A  l'Hydre  un  peu  banale  de  Lerne  il  substitue  la 
Gargouille  de  Rouen,  le  Gra-Ouilli  de  Metz,  la  Chair-Salée  de 
TroyeSj  etc.  Les  Euménides  sont  bien  moins  horribles,  et  par 


(1)  On  connaît  la  réponse  de  Préville  à  certain  auteur  :  «  Mon  der- 
rière aussi  est  dans  la  nature,  et  pourtant  je  ne  le  montre  pas.  •- 
(7)  LVnfant  crie  et  !a  mère  pète. 

FAU69,  traduction  de  M.  Gérard. 

t.  xxxvii. —  Mars  1828.  42 


658  LITTERATURE. 

conséquent  bien  moins  vraies  que  les  sorcières  de  Macbeth. 
Pluton  n'est  pas  le  diable.  Les  vampires  ,  les  ogres ,  les  aulnes  , 
les psylles ,  \es  goules,  les  bru cola q nés  ,  les  aspioles  donnent  aux 
fées,  par  l'effet  du  contraste,  cette  pureté  d'essence  dont  ap- 
prochent si  peu  les  nymphes  païennes.  L'antiquité  n'aurait  pas 
fait  la  Belle  et  la  Bête,  »  etc. 

«  Le  beau,  dit  encore  l'auteur,  n'a  qu'un  type;  le  laid  en  a 
mille.  »  Erreur!  L'impression  de  la  beauté  varie  au  contraire  à 
l'infini,  tandis  que  celle  de  la  laideur  est  presque  uniforme: 
elle  déplaît,  elle  dégoûte;  la  cause  a  beau  changer,  l'effet  reste 
le  même,  et  l'effet  est  tout  dans  les  arts. 

Nous  ne  suivrons  pas  M.  Hugo  dans  le  tableau  qu'il  fait  de 
V avènement  du  grotesque.  On  peut  dire  en  deux  mots  que  ses 
progrès  suivirent  ceux  du  mauvais  goût ,  qu'Arioste  et  Cer- 
vantes, qu'il  qualifie  d'Homèrcs  bouffons,  sont  devenus  immor- 
tels pour  s'être  moqués  avec  génie  des  fictions  qu'il  préconise  ; 
et  que  le  plus  heureux  effort  de  la  poésie  moderne  est  d'avoir 
assez  débarbouillé  le  diable  du  moyen  âge  pour  en  tirerlebcau 
Satan  de  Mil  ton. 

«  Enfin,  poursuit  M.  Hugo,  l'équilibre  entre  les  deux  prin- 
cipes (le  sublime  et  le  grotesque)  s'établit.  Les  deux  génies  ri- 
vaux unissent  leur  double  flamme,  et  de  cette  flamme  jaillit 
Shakspeare.  Shakspeare,  c'est  le  drame,  caractère  de  la  poésie 
moderne.  Ainsi,  la  poésie  a  trois  âges,  dont  chacun  corres- 
pond à  une  époque  de  la  société  :  l'ode,  l'épopée,  le  drame. 
L'ode  vit  de  l'idéal,  l'épopée  du  grandiose,  le  drame  du  réel  : 
et,  comme  le  réel  résulte  de  la  combinaison  des  deux  types,  le 
drame  est  la  poésie  complète.» 

A  travers  de  nombreuses  bizarreries,  un  instinct  de  vérité, 
qui  n'abandonne  jamais  les  esprits  d'une  certaine  force,  a 
conduit  M.  Hugo  à  des  aperçus  dont  la  justesse  est  évidente; 
sans  doute,  la  poésie  lyrique  a  dû  naître  la  première;  l'épo- 
pée, qui  mêle  aux  grands  événemens  humains  l'intervention 
de  la  Divinité,  n'a  pu  se  développer  qu'à  la  seconde  époque 
de  l'état  social;  enfin,  le  drame,  plus  compliqué  dans  ses 
moyens  d'imitation  et  moins  asservi  à  l'emploi  du  merveilleux, 


umaiATUiu;.  o59 

appartient  à  une  civilisation  plus  avancée.  D'où  M.  Hugo  c<>n- 
«"lut  encore  avec  raison,  et  cette  opinion  est  remarquable  chez 
U)l  partisan  aussi  prononce  de  la  littérature  romantique,  que 
l'ode  et  l'épopée  ne  sont  plus  guère  de  notre  tems,  que  la 
foi  nie  dramatique  doit  désormais  dominer  dans  la  poésie.  Mais, 
lorsqu'il  pivtrud  que  le  drame  moderne  est  la  poésie  complète, 
que  ce  drame  peut  embrasser  l'ode  et  l'épopée,  comment  être 
encore  de  son  avis?  (l'est,  au  contraire,  dans  le  drame  antique 
qu'existait  visiblement  cette  réunion  des  trois  genres.  La  rai- 
son en  est  simple  :  les  anciens  avaient  derrière  eux  un  passé 
tout  poétique;  les  personnages  de  leur  histoire  étaient  des 
dieux  ou  des  héros;  ils  pouvaient  sans  invraisemblance  parler 
le  langage  de  l'ode  et  de  l'épopée.  De  plus,  ils  étaient  toujours 
présentés  dans  des  rapports  de  famille:  de  là  ,  cette  simplicité 
dans  l'action  et  dans  les  passions,  ce  contraste  de  la  naïveté 
des  moeurs  avec*  la  grandeur  des  caractères,  qui  permettaient 
jà  la  poésie  de  prendre  tout  son  essor.  Chez  les  modernes,  on 
[voit  le  drame  faire  divorce  avec  l'ode  et.  avec  l'épopée,  pour 
s'allier  au  moins  poétique  de  tous  les  genres,  à  la  comédie.  Le 
besoin  de  cette  alliance  est  encore  une  vérité  que  M.  Hugo  a 
pressentie;  seulement  il  nous  donne  comme  un  perfectionne- 
ment ce  que  nous  devons  subir  comme  une  nécessité. 

Cette  nécessité  est  la  conséquence  d'un  grand  change- 
ment survenu,  non  dans  l'art,  mais  dans  la  société  qui  lui 
sert  de  modèle.  La  société,  telle  que  nous  la  voyons  aujour- 
d'hui, est  grave,  réfléchie,  morale,  mais  politique,  compli- 
quée, philosophique  ,  et  nullement  poétique.  C'est  un  modèle 
qui  pose  pour  les  Thucydide  et  les  Robertsou,  non  pour  les  Ho- 
mère et  les  Milton.  Mais  ce  n'est  pas  tout  :  entre  la  civilisation 
moderne  et  la  civilisation  antique  il  existe  un  chaos  social 
appelé  moyen  âge.  Durant  cet  intervalle,  le  monde  n'a  offert 
que  confusion,    contradictions,  chimères  et  ridicules (i).  Le 

(i)  Le  lecteur  qui  serait  curieux  de  quelques  développemens  sur  ce 
sujet  pourrait  parcourir  un  article  intitulé  :  Observations  générales  sur 
le  genre  appelé  romantique  et  sur  quelques  modifications  de  notre  système 
llicéiral.  /?cc.   /Oir.,  ln:n    \xyii  .  parg.    5l3. 


Mo  LITTÉRATURE. 

voila,  ce  règhe  du  grotesque,  si  pompeusement  eélébré  par 
Mi  Hugo!  Serait-il  vrai  (pie  la  poésie  eût  fait  alors  quelque 
acquisition  précieuse?  Bien  loin  de  là,  la  poésie  a  failli  mourir 
de  cette  crise  du  genre  humain,  et  elle  n'a  pu  se  relever  que 
lorsque  le  principe  du  beau  idéal  a  ressuscité  avec  les  mo- 
dèles antiques.  Pour  qu'il  existât  encore  une  poésie,  il  a  fallu , 
d'abord  copier,  ensuite  imiter  ces  grands  modèles,  dépositaires 
des  secrets  de  l'art.  Mais,  lorsqu'on  a  voulu  appliquer  rigou- 
reusement aux  sujets  du  moyen  âge  ce  principe  du  beau  idéal 
qui  avait  si  bien  guidé  les  anciens,  l'effet  a  dérouté  les  com- 
binaisons des  artistes  ;  leurs  figures  semblaient  n'avoir  qu'une 
vie  d'emprunt;  c'étaient  des  êtres  fantastiques  et  comme  les 
ombres  des  personnages  modernes  parodiant  les  héros  de  l'an- 
tiquité. Nous  l'avons  dit:  le  modèle  avait  changé.  Par  cela 
seul  que  le  ridicule  occupait  une  grande  place  dans  les  mœurs 
des  personnages ,  il  fallait  qu'il  en  eût  une  dans  le  drame. 

Je  pense  donc,  comme  M.  Hugo,  pour  des  motifs  à  la  vérité 
bien  différens,  qu'en  traitant  les  sujets  empruntés  à  l'histoire 
moderne,  le  poète,  s'il  veut  que  sa  peinture  soit  vraie,  doit 
mêler  au  sublime  le  familier,  le  plaisant,  même  le  ridicule.  Qu'il 
y  prenne  garde  toutefois:  le  ridicule  des  caractères  est  éternel, 
et  c'est  l'objet  de  la  comédie  pure.  Mais  le  ridicule  des  mœurs 
est  passager;  il  naît  du  contraste  qui  existe  entre  les  préjugés  d'une 
époque  et  la  raison  de  tous  les  tems.  Si  donc,  dans  cette  partie 
de  la  composition,  vous  allez  au-delà  des  traits  indispensables 
pour  caractériser  cette  époque,  si  vous  vous  attachez  à  peindre 
minutieusement  tout  ce  qu'elle  offre  de  spécial,  votre  drame 
ne  sera  plus  qu'un  tableau  de  mœurs ,  l'action  languira  aussi 
bien  que  l'intérêt,  l'homme  disparaîtra  sous  le  ccstume,et 
le  public  ne  verra  dans  vos  personnages  que  des  visionnaires 
inintelligibles  pour  quiconque  n'a  pas  fait  les  mêmes  étude 
que  l'auteur.  Ces  observations  nous  conduisent  naturellement 
au  drame  de  Cromwell. 

Une  analyse  détaillée  de  ce  drame  occuperait  plus  d'espace 
qu'il  n'en  est  accordé  à  cet  article.  Le  sujet  est  pourtant  assez 
simple  :   Cromwell ,  non   content  de  régner  sous  le  titre   de 


LITTÊ&àïURK.  SBi 

protecteur,  ;i  formé  le  dessein  de  placer  la  couronne  sur  sa 
tète.  Les  cavaliers  et  les  tëtew-tondes  des  royalistes  et  les  répu~ 

blicain\)  ont  pénétré  ses  intentions  :  les  uns  et  les  autres  cons- 
pirent pour  renverser  l'usurpateur,  cl  une  entrevue  a  lien  entre 
les  chefs  (1rs  deux  pu  lis.  l'n  accord  semble  conclu  entre  eux, 
du  moins  jusqu'à  la  chute  de  l'ennemi  commun.  Mais  un  pu- 
ritain fanatique,  nommé  Carr,  s'a  percevant  que  la  double 
conspiration  va  tourner  au  profit  des  Stuarl,  se  détermine  à 
la  révéler  à  Cromwell,  en  ne  lui  nommant  toutefois  (pie  les 
conspirateurs  loyalistes.  Un  traître  qui  s'est  glissé  parmi  ceux- 
ci  (  A\  illis  )  déclare  de  son  côté  au  prolecteur  les  noms  des 
tetes-rondes;  de  sorte  que,  dès  le  deuxième  acte,  Cromwell 
connaît  les  conjurés  et  leurs  projets.  Bientôt,  le  comte  de  Ro- 
chester,  déguisé  en  tète-ronde,  s'étant  introduit  auprès  de  lui 
en  qualité  de  chapelain,  Cromwell  le  découvre  et  le  force  à 
boire  lui-même  un  narcotique  qu'il  venait  lui  présenter  pour 
seconder  une  tentative  des  royalistes;  et,  quand  ceux-ci  vien- 
nent la  nuit  au  palais  dans  l'espoir  d'enlever  le  protecteur,  ils 
se  trouvent  pris  comme  dans  un  piège.  Enfin,  Cromwell,  ins- 
truit que  les  républicains  doivent  l'assassiner  au  moment  où 
il  recevra  la  couronne,  voyant  d'ailleurs  le  mécontentement 
du  peuple  et  de  l'armée,  refuse  ce  dangereux  présent  et  semble 
se  faire  violence  pour  accepter  l'hérédité  du  pouvoir.  Aussitôt, 
un  vif  enthousiasme  éclate  de  toutes  paris  et  comprime  les 
murmures  des  puritains.  Cependant,  les  royalistes,  qu'on  mène 
au  supplice,  demandent  à  parler  au  protecteur.  Celui-ci  croit 
qu'ils  viennent  implorer  leur  pardon;  mais  non  :  conduits  au 
gibet  par  ses  ordres,  ils  réclament  le  privilège  des  gentils- 
hommes, d'être  décapités.  Cromwell,  après  avoir  balancé- 
quelques  instans,  leur  fait  grâce,  et  se  contente  de  bannir  les 
plus  audacieux. 

Sur  ce  sujet,  qui  ne  présente  pas  le  germe  d'un  vif  intérêt 
dramatique,  M.  Hugo  a  composé  un  drame  qui  a  près  de  sept 
mille  vers  ;  c'est  l'étendue  de  cinq  tragédies.  Comment  a-t  -il  pu 
remplir  un  pareil  cadre?  Il  s'est  piqué  de  nous  montrer  Crom- 
well dans  toutes  les  circonstances  de  sa  vie  publique  et  pfivce, 


662  LITTÉRATURE. 

recevant,  des  ambassadeurs,  travaillant  avec  ses  ministres, con- 
trarie par  sa  famille,  diverti  par  ses  fous,  interrogeant  son  cha- 
pelain sur  des  arguties  théologiques,  déguisé  en  sentinelle  à  la 
porte  de  son  palais,  consultant  un  astrologue,  présidant  son 
conseil,  haranguant  le  parlement  ou  le  peuple,  etc. ,  etc.  For- 
cée de  parcourir  cette  lanterne  magique,  l'action  se  traîne  pé- 
niblement, dépourvue  d'effet  théâtral,  embarrassée  d'épisodes 
sans  nombre,  étouffée  sous  les  détails  de  mœurs.  L'auteur  ou- 
blie à  chaque  instant  que  les  passions  qu'il  met  en  jeu  ne  peu- 
vent s'accommoder  des  détours  qu'il  leur  fait  faire.  Dans  les 
situations  les  plus  critiques,  il  place  tranquillement  des  à  parte 
de  cinq  ou  six  vers,  des  tirades  de  raisonnement  ou  des  con- 
versations oiseuses.  Ici,  ce  sont  des  scènes  de  fous  parlant , 
chantant  dans  le  langage  qui  leur  est  propre.  Là,  Rochesler, 
obligé  par  Cromwell  d'épouser  une  duègne,  épuise  avec  elle  les 
lazzi  de  nos  vieilles  farces.  Plus  loin,  la  foule,  attendant  l'arri- 
vée du  protecteur,  mêle  à  ses  réflexions  politiques  des  remar- 
ques telles  que  celles-ci  : 

—  Je  6ais  là  des  balcons  qui  se  sont  loués  cher. 

—  On  m'étouffe. 

—  Qu'il  fait  chaud  !  Qu'on  est  mal  ! 

—  Voisin ,  Yotre  coude  est  pointu  ,  etc. 

Ce  qui,  comme  on  voit,  est  plein  de  vérité,  mais  de  cette  vérité 
insipide  que  dédaignent  les  arts,  de  cette  vérité  affectée  qui 
exclut  le  naturel.  Partout,  dans  le  fond  comme  dans  le  style ,  le 
grotesque  occupe  bien  plus  de  place  qu'il  n'en  eut  jamais,  je  ne 
dis  pas  dans  les  convenances  de  l'art,  mais  même  dans  la  réa- 
lité. Enfin,  pour  comble  de  malheur,  le  poëte ,  en  haine  de  la 
coupe  régulière  de  l'alexandrin,  donne  souvent  à  ses  vers  un 
tour  dur  et  bizarre  qui  fait  regretter  la  prose. 

Je  pourrais  me  dédommager  de  ces  critiques  par  de  nom- 
breux éloges.  A  chaque  instant  M.  Hugo  prend  sur  les  détails 
sa  revanche  des  défauts  de  l'ensemble.  Son  drame  offre  des  ta- 
bleaux d'un  grandeffet,  des  scènes  excellentes.  Mais  ces  tableaux, 
ces  scènes  (  à  l'exception  de  celle  de  Carr  ) ,  font  si  peu  avan- 
cer l'action  que  j'ai  pu  les  passer  sous  silence  dans  mon  ana- 


LNII  KAJIKE.  h(W 

l\sc  Telle  est ,  ;ui  .V    acte,  la  SCèûÇ  très-originale  DÛ  (à.nnwell 

extorque  au  poète  Davonanl  une  partie  «les  secrets  (1<-  la  eons- 
piratiun  que  (lui-  et  Willis  lui  avaient  déjà  révélée.  Te]  esl  le 
long  discours  de  Milton  à  (iromwcll.Tel  est  encore  l'Admirable 
entretien  du  protecteur  aVêc  la  j)!us  jeune  de  ses  filles. 

Le  teu's  est  passé  où  quelques  parties  brillances,  bien  ou 
mal  rattachées  au  sujet,  suffisaient  pour  faite  vivre  un  ouvrage. 
Depuis  que  les  secrets  île  f'artunt  été  divulgués  par  les  .maîtres, 
le  public  juge  su  i-  l'effet  de  l'ensemble.  Si  cet  ensemble  est  com- 
pliqué, confus,  prolixe,  s'il  fatigue  plus  qu'il  n'émeut  ou  qu'il 
n'amuse  ,  l'ouvrage  esjt  condamné  sans  appel. 

Ces  défauts,  il  faut  bien  le  dire,  se  retrouvent  presque  tou- 
jours ici  jusques  dans  les  plus  beaux  détails.  Doué  d'une  imagi- 
nation vive  et  forte,  qui  enfante  avec  profusion  les  pensées  ori- 
ginales et  les  mots  énergiques, M.  Hugo  semble  dépourvu  de  ci; 
goût  qui  sait  s'arrêter  à  propos  ,  là  où  la  grandeur  va  devenir 
endure,  là  où  la  vérité  est  prête  à  tomber  dans  le  trivial  ou  dans 
la  charge.  J'ai  déjà  indiqué  ia  scène  où  Carr  révèle  à  Cromwell 
la  conspiration  ,  scène  dont  la  conception  est  fort  dramatique  el 
où  les  personnages  sont  très  -heureusement  posés.  On  aime  à 
voir  l'orgueil  de  Cromwell  réduit  à  dévorer  des  affronts  devant 
la  rigidité  du  puritain  qui  l'accable  d'injures  en  lui  rendant  le 
plus  grand  de  tous  les  services.  Pour  que  le  lecteur  puisse  mieux 
juger  l'exécution  ,  je  choisis  tout  exprès  un  morceau  dont  la 
pensée  me  paraît  excellente. 

carr  ,  avec  une.  douceur  grave. 
Quoiqu'Olivier  Croimvell  ne  compte  point  ses  crimes  , 
Qu'il  n'ait  pas  un  remords  ,  certes,  par  cent  victimes, 
Que  sans  cesse  il  enchaîne  ,  en  ses  jours  pleins  d'horreur*, 
L'hypocrisie  au  schisme  et  la  ruse  aux  fureurs... 

CROMWELL  ,  se  levant  indigne. 
Monsieur  ! 

C  A  R  l<  . 

Tu  m'intonomps  ! 
Cromwell  se  rassied  d'un  air  de  résignation  forcée.  Carr  j    «nuit  : 
Quoiqu'Olivier  habite 
Dans  li  tene  d'Egypte  a\cc  le  Moahite, 


664  miter  ni ;rk. 

I  e  Babylonien ,  le  païen ,  l'arien  ; 

Qu'il  fasse  pour  soi  tout  et  pour  Israël  rien  ; 
Qu'il  repousse  les 'saints,  se  livrant  sans  limite 
An  peuple  amalécite  ,  ammonite,  édomite; 
Qu'il  adore  Dagon  ,  Astaroth,  Elimi , 
Et  que  l'ancien  serpent  soit  son  meilleur  ami  ; 
Quoiqu'enfiu,  du  Seigneur  méritant  la  colère , 

II  ait  brisé  du  pied  le  vieux  droit  populaire  , 
Chassé  le  parlement  que  Sion  convoqua  , 

Et  qu'aux  frères  du  Christ  sa  bouche  ait  dit  :  Raca  ! 

Malgré  tant  de  forfaits,  pourtant  je  ne  puis  croire 

Qu'il  ait  le  cœur  si  dur  ,  qu'il  ait  l'âme  si  noire  , 

Non  !  qu'à  ce  point  tu  sois  abandonné  du  ciel , 

De  ne  pas  confesser  en  face  d'Israël 

Que  pour  ce  peuple  anglais,  sanglant,  plein  de  misères, 

Sur  le  fumier  de  Job  étalant  ses  ulcères, 

Entre  tous  les  bienfaits  qu'il  peut  devoir  au  sort, 

Le  plus  grand  des  bonheurs,  Cromwell ,  serait  ta  mort. 

On  reconnaît  là  le  langage  des  puritains  de  Walter  Scott.  Mais 
combien  la  touche  spirituelle  et  légère  du  romancier  écossais 
contraste  avec  cette  lourde  période  !  Walter  Scott,  d'ailleurs, 
mettant  au  second  rang  les  personnages  historiques,  peut  donner 
plus  de  développement  à  la  peinture  des  mœurs  et  des  travers 
du  tems.  Walter  Scott,  n'écrivant  pas  pour  le  théâtre,  est  as- 
servi à  des  convenances  moins  rigoureuses  et  n'a  pas  un  si 
grand  besoin  de  précision  et  de  rapidité. 

Mais ,  répondra  M.  Hugo  ,  pourquoi  supposer  que  mon 
drame  a  été  fait  pour  être  joué  ?  Ne  vous  î'ai-je  pas  dit  :  «  Placé 
entre  le  Charybde  académique  et  le  Scylla  administratif,...  dé- 
sespérant d'être  jamais  mis  en  scène,  je  me  suis  livré,  libre  et 
docile,  aux  fantaisies  de  la  composition,...  aux  développemens 
que  le  sujet  comportait,  et  qui,  s'ils  achèvent  d'éloigner  mon 
drame  du  théâtre,  ont  du  moins  l'avantage  de  le  rendre  pres- 
que complet  sous  le  rapport  historique.  S'il  arrivait  que  la  cen- 
sure dramatique...  lui  permît  l'accès  du  théâtre,  l'auteur,  maïs 
dans  ce  cas  seulement  ,  pourrait  extraire  de  ce  drame  une 
pièce  qui  se  hasarderait  alors  sur  la  scène,  et  serait  sifflée.  * 


LITTÉRATURE.  défi 

Je  le  craint.  El  pourtant,  sans  s'occuper  de  lacvnsuré,  l'au- 
teur aurait  bien  fait,  je  crois,  de  commencer  par  où  il  veut 
finir.  OuVst-ce  qu'une  pièce  qui  n'est  pas  propre  à  être  repré- 
sentée ?  Le  premier  mérite  de  l'artiste  n'est  -  il  pas  de  remplir 
les  conditions  de  l'art?  A  force  de  vouloir  faire  du  drame  un 
moyen  d'enseigner  l'histoire,  nous  n'aurons  bientôt  plus  ni  his- 
toire, ni  drame.  Le  spectateur  veut  être  ému  ;  il  lui  faut  à  tout 
prix  mie  action  vive  et  un  intérêt  toujours  croissant.  Pœunir 
celle  action  et  cet  intérêt  à  la  peinture  des  opinions  et  des 
mœurs  du  tems, comme  l'exige  le  dramehistorique,  c'est  un  des 
problèmes  les  plus  difficiles  qui  puissent  être  proposés  à  l'es- 
prit humain.  Une  faut  pas  croire  que  Shakspeare  l'ait  résolu.  Si 
vous  retranchez  du  problème  les  conditions  nécessaires  pour  le 
succès  au  théâtre,  vous  éludez  la  question.  Votre  ouvrage  aura 
peut-être  beaucoup  de  mérite;  mais,  sous  le  rapport  de  l'art, 
il  sera  nui,  il  sera  même  nuisible,  puisqu'il  écartera  du  but. 
Certes,  M.  Hugo,  dans  son  Cromvt'cll ,  a  fait  preuve  d'un  rare 
et  vigoureux  esprit  ;  mais  il  a  prouvé  aussi  qu'il  n'a  pas  une 
idée  juste  de  ce  qui  convient  à  la  scène.  Pour  cueillir  la  palme 
qu'il  ambitionne,  il  lui  faut,  je  ne  dirai  pas  plus  de  talent,  mais 
un  plus  heureux  sujet  et  un  meilleur  système. 

Chauvet. 


Le   Voyage    de  Grèce  ,    poème   par  M.  Pierre 
Lebrun  (i). 

Ce  Voyage,  comme  l'appelle  modestement  M.  Lebrun,  se 
divise  en  deux  parties,  qui  ont  chacune  leur  intérêt  propre. 
L'une  ,  dans  des  Notes  d'une  prose  facile  et  élégante,  offre  sur 
les  mœurs  de  la  Grèce,  que  l'auteur  a  visitée  en  1820,  des 
détails  curieux  et  souvent  nouveaux.  Dans  l'autre  sont  repro- 
duites en  beaux  vers  les  émotions  et   les   images  que   lui  a 


(1)  Paris,  1828;  Pohfhieu  et  compagnie.   1  vol.  in-8n  âc  379  pàg.; 
pm ,  (i  fr. 


666  MTTKKAiURi:. 

données  la  vue  de  cette  belle,  de  cette  malheureuse  ,  de  cette 
héroïque  contrée.  C'est  vraiment  le  journal  d'un  observateur 
et  d'un  poète,  qui  note  au  passage  ses  remarques  et  ses  impres- 
sions ,  et  les  jette  en  courant,  selon  leur  nature,  tantôt  dans 
les  formes  du  langage  ordinaire ,  tantôt  dans  le  moule  poé- 
tique. 

Le  poeme ,  ainsi  écrit,  est  ce  qu'il  devait  être,  plutôt  une 
suite  de  chants  qu'une  composition.  Et  toutefois,  ces  diverses 
pièces  sout  rattachées  ensemble,  et  ramenées  à  un  même  des- 
sein par  le  sentiment  qui  les  anime  toutes  ;  celui  de  cette  géné- 
reuse sympathie,  qui,  malgré  les  lenteurs  de  l'indifférence  ou 
les  manœuvres  de  i'égoïsme  et  de  l'intérêt,  a  fait  de  la  liberté 
grecque  une  cause  européenne  :  en  même  tems  la  marche  des 
évenemens,  à  laquelle  s'est  abandonnée  l'imagination  du  poète, 
lui  a  communiqué  quelque  chose  de  rapide  et  d'entraînant 
comme  elle:  de  sorte  que,  sans  calcul,  disposée,  en  quelque 
sorte,  à  son  insu  par  le  sujet  lui-même,  son  œuvre  ne  manque 
pas  plus  de  progression  que  d'unité.  Ce  sont  souvent  d'excelleus 
artistes  que  la  nature  et  l'histoire,  et  alors  l'art  n'a  rien  de 
mieux  à  faire  que  de  les  copier. 

M.  Lebrun  n'aurait  guère  pu  imaginer  de  plan  plus  heureux 
que  celui  qu'il  a  rencontré  sur  sa  route,  sans  le  chercher.  C'est 
d'abord  sa  vive  attente  de  la  terre  de  Grèce,  ses  transports 
lorsqu'il  la  voit  et  qu'il  la  touche  ;  puis  le  contraste  doulou- 
reux de  tant  de  beauté  et  d'antique  gloire  avec  l'abaissement  de 
l'esclavage*,  plus  tard,  le  réveil  inattendu  de  la  liberté,  et  son 
glorieux  appel,  auquel  répondent  à  la  fois  les  îles,  les  mon- 
tagnes et  la  plaine;  enfin  la  stupeur,  la  colère,  les  cruelles 
vengeances  du  despotisme.  Ici  s'est  arrêté  le  poêle,  réservant 
pour  d'autres  chants  cette  suite  de  succès  et  de  revers,  qui  , 
dans  une  lutte  de  sept  années  ,  ont  si  vivement  intéressé  notre 
admiration  et  notre  pitié.  Espérons  que  cette  providence  de  la 
Grèce,  dont  il  a  fait  sa  muse,  ne  refusera  p;is  à  son  poème  le 
dénoûmcnt  heureux  dû  à  une  si  sainte  cause. 

L'auteur  d'Uiysse,  de  Marie  Stuart,  du  Cid  (V Andalousie  , 
d'un  discours  charmant  sur  V Étude  ,  couronné  en  1817  parla 


UTTKRAÏTIŒ.  M*) 

célèbre  compagnie  (jui  l'admet  aujourd'hui  dans  son  srin(i), 

De  pouvait  manquer  de  porter  dans  un  pareil  sujet  sou  talent 
ordinaire,  et  de  se  ph.cer  au  premier  rarig  parmi  la  foule  nom- 
breuse des  poètes  (jui  l'ont  traité.  Mais  il  •'•  sur  Ions,  sans 
exception,  un  avantage  singulier,  celui  d'avoir  vu  ce  qu'il 
peint.  Jusqu'ici  c'était  la  Grèce  antique  dont  on  nous  parlait 
toujours  pour  nous  émouvoir  sur  la  Grèce  moderne.  Ces  sou- 
venirs ne  manquent  pas  à  M.  Lebrun  :  eh  !  qui  pourrait  n'en 
pas  être  préoccupé?  Mais,  dans  ses  tableaux  ,  il  ne  les  place 
que  sur  Un  plan  éloigné,  comme  ces  ruines  des  vieux  âges,  au 
pied  desquelles  combattent,  sans  les  connaître  même  de  nom,  le 
klephte  et  le  musulman.  Ce  sont  les  Grecs  a aujourd'hui ,  avec 
leur  héroïsme  barbare,  leurs  mœurs  rudes  et  gracieuses,  leurs 
noms  ignorés  et  leurs  illustres  exploits,  qu'il  s'attache  surtout 
à  représente*  dans  ses  vers.  Il  les  a  approchés  ,  il  leur  a  parlé, 
il  a  vécu  avec  eux  sur  cette  terre  ,  sur  ces  mers  toujours  bril- 
lantes de  lumière,  sous  ce  ciel  d'un  éternel  azur,  dont  sa  poésie 
réfléchit  quelquefois  l'éclat.  Cette  teinte  contemporaine  et  lo- 
cale, dont  l'a  coloré  le  voyage,  est  certainement  le  plus  grand 
charme  du  poëme  de  M.  Lebrun ,  et  suffirait  à  son  succès. 

Les  exemples  de  ce  genre  de  mérite  se  présentent  en  foule, 
et  on  n'a  que  l'embarras  du  choix  parmi  des  passages  vrai- 
ment délicieux.  Tel  est  celui  où  il  exprime  son  émotion  à  la 
vue,  à  la  pensée  de  Sparte,  qu'il  découvre,  ou  plutôt  qu'il 
devine  de  loin  ,  du  bord  de  son  vaisseau  : 

De  Sparte  en  ce  moment  les  montagnes  lointaines 
Montraient  a  l'horizon  leurs  nuages  d'azur, 
Et  les  rayons  nouveaux  d'un  jour  suave  et  pur 
Du  Taygète  doraient  les  cimes  incertaines. 
Sparte  était  là  ,  cachée;  et  moi,  du  haut  des  mâts  , 
Vers  elle ,  sur  ses  monts  poriant  mes  yeux  rapides  , 
Je  plongeais  des  regards  fixes,  tendus,  avides; 
Je  la  cherchais  partout;  je  la  nommais  tout  bas; 


(1)  M.  P.  Lkbkun  vient  d'être  élu  membre  de  l'Académie  française, 
en  remplacement  de  feu  M.  le  comte  Kkançois  Dit  Nr.i  m:ii  <n.\e. 


668  LITTÉRATURE. 

Je  riais  ;  je  pleurais.  La  liberté,  la  gloire  , 
Léonidas,  Hélène,  et  la  fable  et  l'histoire, 
La  Grèce  avec  ses  arts  ,  ses  sages,  ses  héros, 
Tout  devant  moi  montait  à  l'horizon  des  flots. 
Et  je  voyais  la  Grèce ,  et  je  n'osais  le  croire  ! 
Et  lorsque  de  plus  près  je  la  sentis  venir... 
D'un  semblable  moment  qui  perdrait  la  mémoire? 
O  mon  cœur  !  comme  il  bat  à  ce  seul  souvenir  ! 

L'auteur  débarque,  et  mettant  le  pied  sur  cette  terre  qu'il 
a  saluée  avec  tant  d'amour,  il  se  croit  un  moment  le  compa- 
triote de  ses  compagnons  de  voyage,  les  matelots  du  Thémis- 
tocle ,  et  de  Tombasis. 

Je  suis  Grec  avec  eux  :  oui,  c'est  là  ma  patrie, 

Oui ,  comme  eux  je  reviens  à  la  rive  chérie  ; 

J'en  sais  tous  les  sentiers  ,  j'en  connais  tous  les  noms. 

Laissez-moi  parcourir  cette  terre  de  gloire 

Ces  sentiers  nouveaux  et  connus, 

Où  mes  pas  semblent  revenus , 
Et  qu'avant  mes  yeux  même  habitait  ma  mémoire. 
Je  marche  et  je  me  sens  de  ma  joie  agité  , 
Plein  d'une  émotion  inquiète  et  contente  , 
Comme  en  ces  jeunes  soirs  ,  où  quelque  chère  attente 
Faisait  battre  mon  cœur  heureux  et  tourmenta. 
Des  héros  sous  mes  pas  la  poussière  est  vivante  ! 

Oh  !  fouler  à  mon  tour  le  sol  qu'ils  ont  foulé  ! 
Respirer  le  même  air  sur  les  mêmes  collines 

Où  furent  ces  races  divines  , 
Où  s'arrêtaient  leurs  yeux  ,  où  leur  voix  a  parlé  ! 

Qui  disait  que  la  Grèce  était  deshéritée  ? 
Montrez-lui ,  montrez-lui  cette  voûte  enchantée  , 
Ce  transparent  azur,  ouvert  de  toutes  parts  , 
Où  si  profondément  j'enfonce  mes  regards  ; 
Ce  jour  si  lumineux,  scintillante  rosée 
Qui  descend  sur  les  monts  ,  s'élève  de  la  mer, 

Redescend  ,  remonte  dans  l'air, 
Kt  pleut  encor  du  ciel  ,  sans  cesse  inépuisée. 


LITTÉRATURE^  <">(i<j 

Montrez-lui  de  cet  moûts  le  suave  contour, 
Bt  de  leurs  horizons  rindicil>le  harmonie  ; 
Montrez-lui  cette  nier  sereine  ,  Mené,  unie, 
Belle  des  bords  charmons  qu'elle  pare  à  son  tour. 

Ah  .'  de  ses  (ils  perdus  la  Grèce  est  attristée  , 
Biais  pour  la  consoler  la  nature  est  restée; 
Mais  sous  son  beau  soleil,  son  sol ,  fécond  encor, 
Sourit  même  à  des  mains  avares  de  culture  ; 
Mais  des  bois  d'oliviers  y  donnent  leur  trésor; 
Mais  l'oranger  prodigue  y  répand  son  fruit  d'or, 
La  vigne  ses  raisins,  le  myrte  sa  verdure, 
Le  glatinier  ses  fleurs;  les  platanes  épais, 
Près  des  sources  encor  se  plaisent  à  s'étendre; 
En  dômes  transparens,  leurs  rameaux  n'ont  jamais 
Sur  la  terre  laissé  tomber  un  jour  plus  tendre: 
Et  ces  riches  vallons  ,  aux  sites  enchanteurs  , 
Où  du  sommet  des  monts  l'œil  charmé  se  repose , 
Jamais  au  lit  des  eaux  n'ont  vu  du  laurier  rose 
Serpenter  plus  riants  les  méandres  de  fleurs. 

Cette  peinture  ravit  l'imagination  par  l'éclat  des  couleurs  et 
la  vivacité  du  sentiment  ;  c'est  de  la  description  passionnée,  de 
la  véritable  poésie  descriptive.  Des  teintes  plus  sombres,  quoi- 
que, par  intervalles,  liantes  encore,  succèdent  sous  le  pinceau 
du  poëte,  lorsqu'au  sein  de  cette  nature  charmante  il  repré- 
sente l'oppression  barbare  et  insolente  du  Turc,  et  avant  ces 
jours  de  régénération  qui  ont  rendu  à  la  Grèce  le  souvenir  de 
sa  gloire,  de  sa  dignité,  de  ses  droits,  sa  docile  et  insou- 
ciante servilité.  Le  pays,  ses  habitans,  ses  maîtres,  ses  sou- 
venirs, cette  gracieuse  et  paisible  apparence,  qui  déguise  sa 
honte,  et  voile  encore  ses  espérances  et  ses  vœux,  tout  cela 
ne  se  trouvc-t-il  pas  résumé  dans  ce  paysage  à  la  Théocrite, 
à  la  Poussin  : 

Dans  la  belle  vallée  où  fut  Lacédémone  , 
Non  loin  de  l'Eurotas  ,  et  près  de  ce  ruisseau, 
Qui ,  formant  son  canal  de  débris  de  colonne  , 
Va  sous  des  lauriers-rose  ensevelir  son  eau  , 
Regardez  :  c'est  la  Grèce  :  et  toute  en  un  tableau. 
Une  femme  est  debout,  de  beauté  ravissante, 


(i;o  l.ITTIlWTiRK. 

Pieds  nus  ;  et  sous  ses  doigts  un  indigent  fuseau 
File,  d'une  quenouille  empruntée  au  roseau  , 
Du  coton  floconneux  la  neige  éblouissante. 
Un  pâtre  d'Amyclée,  auprès  d'elle  placé, 
Du  bâton  recourbé,  de  la  courte  tunique , 
Rappelle  les  bergers  d'un  bas-relief  antique. 
Par  un  instinct  charmant ,  et  sans  art  adossé 
Contre  un  vase  de  marbre  à  demi  renversé  , 
Comme  aux  jours  solennels  des  fêtes  d'Hyacinthe, 
Des  fleurs  du  glatinier  sa  tête  encore  est  ceinte. 
Sous  sa  couronne,  à  l'ombre  ,  il  regarde,  surpris, 
Trois  voyageurs  d'Europe  ,  au  pied  d'un  chêne  assis. 
Le  chemin  est  auprès.  Sur  un  coursier  conduite  , 
La  Musulmane  y  passe ,  et  de  l'œil  du  mépris 
Regarde  ;  et  l'Africain  marche  et  porte  à  sa  suite 
Dans  une  cage  d'or  sa  perdrix  favorite  : 
Cependant  qu'Un  aga,  dans  un  riche  appareil, 
Rapide  cavalier,  au  front  sombre  et  sévère , 
Sous  un  galop  bruyant  fait  rouler  la  poussière. 
De  ses  armes  d'argent  que  frappe  le  soleil 
Parmi  les  oliviers  scintille  la  lumière. 
Il  nous  lance  en  passant  des  regards  scrutateurs. 
Voilà  Sparte  :  voilà  la  Grèce  tout  entière  : 
Un  esclave  ,  un  tyran,  des  débris  et  des  fleurs. 

Je  céderais,  si  je  le  pouvais,  au  plaisir  de  citer  encore,  et  je 
me  fais  réellcmeut  violence  pour  ne  pas  transcrire'  le  discours 
de  l'Albanais,  qui  retrace  au  voyageur,  dont  ils  semblent  igno- 
rés, ces  exploits  par  lesquels  la  Grèce  des  montagnes,  la 
Grèce  toujours  libre,  n'a  cessé  de  protester  contre  l'esclavage. 
C'est  une  revue  éloquente  de  tous  ces  souvenirs,  consacrés  par 
la  muse  populaire,  dans  ces  chants  que  leur  savant  et  ingé- 
nieux interprète,  M.  Faurieî ,  a  traduits  et  commentés  avec 
une  fidélité  si  élégante,  une  si  délicate  simplicité  (i).  Je  vou- 


(i)  Chants  populaires  de  la  Grlcc  moderne  ,  recueillis  et  publiés  ,  avec 
une  traduction  française  ,  des  éclaircissemens  ,  et  des  notes  ,  par 
C.  Fauriel.  Paris,  1824;  Firmln  Didut.  2  vol.  in-S°.  (  Voy.  Rev. 
Enc.}  t.  xxii,  png.  699.  ) 


LITTÉRATURE.  '.;i 

drais  avoir  de  la  place  pour  la  chanson  de  Klephte,  pour  celle 
«le  l'Ilvdriote,    morceaux    d'une   originalité   puisé*"  a   la    iikiim- 

source.  Je  regrette  les  heureux  emprunt?  que,  je  pourrais  faire 
aux  brillantes  et  énergiques  peintures  de  U  pompeuse  barbarie 

de  CODStantiuople  et  de  Smvrne;  mais  cet  article  s'allonge 
et  touche  à  sa  fin;  une  analyse  d'ailleurs  n'est  point  .lue  édi- 
tion abrégée  ,  et  il  faut  laisser  nu  lecteur  quelque  chose  à  cher- 
cher dans  le  livre  même. 

Les  passages  que  j'ai  rapportés  suffisent  pour  donner  une 
idée  de  la  manière  de  INI.  Lebrun.  On  y  a  pu  voir  qu'à  cette 
vérité  de  détails,  qu'il  tient  de  la  disposition  naturelle  de  son 
esprit,  et  sans  doute  aussi  de  l'étude  du  modèle,  il  joint  une 
naïveté,  un  abandon,  une  souplesse  de  mouvemens  ,  qui  me 
semblent  également  former  les  traits  les  plus  caractéristiques 
de  son  talent.  Son  expression  généralement,  élégante  et  harmo- 
nieuse vise  à  la  simplicité,  et,  ennemie  de  la  périphrase  ,  dont 
elle  s'est  dégoûtée  avec  le  public,  ne  craint  pas  de  nommer, 
comme  le  fait  si  heureusement  aussi  celle  de  Bélanger,  les 
choses  par  leur  nom.  Quelqu'un,  je  crois,  avait  défié  notre 
orgueilleuse  poésie  de  descendre,  par  exemple,  au  mot  pis- 
tolet; M.  Lebrun  semble  avoir  répondu  à  ce  défi  par  ce  vers 
heureux: 

Du  pistolet  joyeux  il  fait  siffler  la  balle. 

Ce  n'est  pas  qu'il  ne  retombe  quelquefois  dans  les  circonlo- 
cutions ordinaires.  Je  n'aime  point,  et  surtout  chez  lui  , 
cette  définition  de  la  lorgnette,  qui,  outre  l'inconvénient 
d'une  forme  trop  commune,  a  encore  celui  d'une  ellipse  peu 
agréable. 

Le  tube  qui  s'allonge  ou  resserre  à  leur  clioix. 

La  poésie  de  M.  Lebrun  est,  il  faut  le  dire,  assez  souvent 
déparée  par  des  défauts  fort  opposés  à  ses  mérites.  Cet  écri- 
vain si  élégant  et  si  harmonieux  se  permet  avec  trop  peu  de 
scrupule,  soit  des  duretés,  comme  dans  ces  vers  : 

Mon  oreille  deux  luis  put-elle  être  in  certaine  ? 


6:i  LITTERA/TUKF.. 

Jour  qui  poins  ,  et  jamais  ne'clos. 

Soit,  comme  dans  ceux-ci,  des  prosaïsmes: 
L'avilissement  est  funeste 
A  qui  peut  en  rester  témoin. 

La  coupe  de  parfum  au  matelot  qui  prie, 
A  présenté  du  soir  l'encens  habituel... 

Brisez  le  despotisme  et  son  trône  arbitraire. 
Les  Klephtes  ,  braves  cœurs ,  mais  esprits  versatiles... 
Tous  les  écueils  essaiment  de  vaisseaux. 

Des  expressions  d'un  tour  étrange,  et  souvent  plus  latin  que 
français;  d'un  air  incuricux ; 

Sa  barbe  aux  flots  épais,  noire,  et  qui  sur  son  sein 
Descendait  puissamment  parfumée  et  brillante. 

Quelquefois  même,  des  constructions  contraires  à  la  gram- 
maire ,  comme  ces  singuliers  inusités  '.d'exemple  fertiles,  oc- 
cupé -de  plaisir,  pour  de  plaisirs,  en  exemples. 

Relever  de  ces  fautes  chez  des  poètes  du  mérite  de  M.  Le- 
brun, ce  n'est  point  purisme,  pédantisme;  c'est  souci  de  leur 
gloire,  amour  de  leur  talent.  On  ne  fait  point,  ou  l'on  devrait 
s'abstenir  de  faire  aux  méchans  auteurs  de  pareilles  critiques. 
Qu'ont -ils  à  gagner  à  plus  de  pureté  et  de  correction?  Ils  n'en 
deviendraient  pas  meilleurs.  Mais,  pour  ceux  que  la  na- 
ture a  faits  écrivains,  orateurs,  poêles,  on  ne  peut  trop  leur 
recommander  avec  Horace  ce  soin  attentif  et  sévère,  ce  tra- 
vail opiniâtre,  cette  perfection  achevée,  ce  limœ  labor  et 
mora,  qui  assure  à  leurs  productions,  après  les  séductious 
fugitives  du  prefnier  succès,  une  longue  durée;  qui  fait  qu'on 
les  relit  avec  charme,  qu'on  les  retient,  qu'on  les  répète,  que 
ce  qu'ils  ont  créé  ne  s'efface  plus,  et  reste  comme  un  monu- 
ment impérissable,  une  œuvre  à  toujours ,  selon  la  belle  expres- 
sion de  Thucydide.  Cette  longue  patience  à  laquelle  Buffon  a 
peut-être  eu  tort  de  réduire  le  génie,  est,  sinon  son  essence, 
du  moins  une  de  ses  conditions,  et  M.  Lebrun  ne  s'offensera 

pas  si  la  critique  le  condamne  à  la  subir. 

H.  Patin. 


LHTÉRAT1  RE.  G:1 

Ki'iriiou,  histoire'  africaine,  recueillie  et  publiée  par 
M.  le  baron  Roger,  ex-commandant  et  administra- 
teur du  Sénégal  et  dépendances  (i). 

Le  teins  n'est  pas  très-loin  de  nous  où  la  géographie  était 
reléguée  parmi  les  études  stériles,  presque  sans  but,  sans 
charme  et  sans  utilité.  Alors,  la  science,  mal  comprise  par  le 
vulgaire,  était  le  domaine  d'un  petit  nombre  d'hommes  de 
génie  ou  de  mérite,  qui  devinaient  à  peine  ses  destinées  fu- 
tures. Il  fallait,  pour  la  mettre  à  sa  place,  des  événemens  tels 
<pie  ceux  qui  ont  remué  le  monde  depuis  cinquante  ans;  à 
présent,  la  géographie,  loin  d'être  une  étude  isolée,  tient  à 
toutes  les  sciences,  que  dis-je,  à  tous  les  intérêts  de  la  so- 
ciété; l'industrie  et  le  commerce  dépendent  de  ses  progrès,  et 
ceux-ci  influent  à  leur  tour  sur  le  perfectionnement  de  l'espèce 
humaine.  Aujourd'hui,  on  peut  l'affirmer,  il  est  impossible  que 
la  civilisation  neprofitepas  de  l'avancement  de  cette  science; et 
celle-ci  des  progrès  de  la  civilisation  :  cette  influence  réciproque 
de  l'une  sur  l'autre  est  un  fait  que  tout  le  mondesent  trop  bien, 
une  vérité  qu'il  est  trop  facile  d'établir  pour  les  développer  ici 
davantage,  et  je  les  indique  seulement  pour  expliquer  l'intérêt 
qu'inspire  le   nouvel  ouvrage  qui  vient  de  paraître  sur  l'A- 


(i)  Paris,  1828;  A.  Nepveu.  1  vol.  in-3°  de  xvi-aji  pages; 
prix  ,  5  fr. 

N.B.  Cet  ouvrage  appartient  par  sa  forme,  celle  du  roman,  à 
la  Littérature.  Cependant,  nous  en  aurions  pu  placer  l'analyse  dans  la 
section  des  Sciences  morales  ,  puisque  VW&toirc  africaine  n'est  qu'un 
cadre  destiné  à  réunir  des  détails  géographiques  et  descriptifs  sur 
l'état  de  la  Sénégamhie,  les  mœurs  et  les  usoges  de  ses  habitans  , 
l'histoire  et  les  progrès  de  leur  civilisation  encore  dans  l'enfance.  Le 
compte  rendu  de  cet  important  et  intéressant  ouvrage  a  été  lu  ,  par 
l'auteur,  à  la  Commission  centrale  de  la  Société  de  géographie ,  et  nous 
croyons  intéresser  nos  lecteurs  ,  en  lui  donnant  place  dans  la  Revue 
Encyclopédique.  N.  du  R. 

t.  xxxvii.  —  Mars  i8a8.  43 


674  LITTÉRATURE. 

frique,  sous  le  nom  de  Kelédor ,  Histoire  africaine.  L'aride 
géographie  de  nomenclature  n'y  tient  pas  une  grande  place; 
niais  quiconque  voudra  approfondir  les  circonstances  morales 
et  locales  qui  caractérisent,  les  peuples  et  le  territoire  de  la  Sé- 
négambie  occidentale  le  lira  avec  fruit ,  surtout  la  première 
moitié,  ainsi  que  les  notes  qui  terminent  l'ouvrage;  et  tout  le 
reste  sera  lu  avec  un  véritable  intérêt,  car  l'ouvrage  n'est 
romanesque  que  par  la  forme  seulement.  Rendre  compte  du 
récit  des  aventures  qui  servent  de  cadre  au  tableau  convien- 
drait peu  dans  ce  recueil;  mais  ,  emprunter  quelques  couleurs 
aux  scènes  variées  et  animées  par  lesquelles  M.  le  baron  Roger 
a  peint  le  climat  et  la  population  du  pays,  l'état  physique  et 
moral  des  habitans;  faire  bien  saisir  le  but  et  la  pensée  de 
l'auteur;  enfin,  parler  de  la  division  géographique  de  la  Séné- 
gambie,  d'après  les  données  d'un  homme  qui  a  habité  et  gou- 
verné le  Sénégal  pendant  six  ans,  sera,  je  pense,  remplir 
convenablement  la  tâche  qui  m'est  imposée.  Si  un  voyageur 
qui  passe  rapidement  dans  un  pays  peu  connu  inspire  l'intérêt 
et  la  confiance,  quelle  confiance  et  quel  intérêt  ne  mérite  pas 
un  habile  administrateur,  quand  il  prend  la  plume  pour  ex- 
primer le  résultat  des  observations  mûres  et  approfondies  que 
lui  ont  permis  de  faire  de  fréqucns  entretiens  avec  les  princi- 
paux du  pays,  la  discussion  des  intérêts  et  des  droits  réci- 
proques; enfin,  le  caractère  et  les  passions  des  habitans,  mis 
en  jeu  dans  des  circonstances  graves  et  importantes  !  Ce  n'est 
pas  seulement  au  chef-lieu  de  la  colonie  que  M.  Roger  a  ob- 
servé les  indigènes;  il  était  porté  par  son  activité  naturelle, 
par  son  ardent  désir  derendre  l'établissement  utile  à  la  mère- 
patrie,  à  se  transporter  partout  où  sa  présence  pouvait  faire 
du  bien.  Dans  son  zèle  infatigable,  il  visitait  les  établissemens 
formés  ou  projetés  dans  les  provinces,  et  il  recueillait  dans 
ses  momens  de  loisir  les  traits  de  ses  descriptions (i).  Le  lecteur 

(i)  M.  Rogkk  a  adressé  à  la  Société  de  géograpliie  un  écrit  très  inté- 
ressant en  réponse  à  des  questions  sur  le  Sénégal  ,  et  elle  en  a  or- 
donné l'impression.  (  Consultez  le  tome  n  du  recueil  de  la  société.  ) 


LtTTÉRATl  :.;  fi7r> 

peut  donc  espérer  de  trouver  dans  cci  ouvrée  des  couleurs 
|;lus  neuves  el  plus  exactes  que  celles  cjui  nous  sont,  fournies  par 
les  relations  existantes,  et  des  faits  qui  ont  échappé  aux  précé- 
dées voyageurs,  malgré  de  bonnes  descriptions  du  Sénégal ,  on 
h  a  pas  encore  en  Europe  des  idées  1res  -pistes  sur  certains  détails 
de nuruis et  d'institutions  qui  sont  d'uneassez liante  importance. 
Je  citerai  seulement,  pour  oxerople,  la  population  du  pays  et  son 
étal  social.  Peu  s'en  faut  qu'on  le  regarde  comme  presque  désert 
OU  mal  peuplé,  et  ses  habitans  comme  des  demi-sauvages.  Et 
cependant,  tOUS  les  voyageurs  s'accordent  à  dire  que  la  popu- 
lation est  très-nombreuse,  les  villages  très-multipliés,  et  les 
nommes,  en  général,  plus  avancés  dans  la  civilisation  qu'on  ne 
le  croit  communément.  Indépendamment  de  l'industrie  qui  est 
propre  aux  habitans  primitifs,  les  rSénégambiens  ont  reçu  des 
Arabes1,  avec  la  loi  musulmane,  certains  arts,  certaines  insti- 
tutions qui  ne  sont  pas  indignes  d'examen.  Il  faudra  bien  des 
années  pour  que  l'Européen  superbe  s'aceoutume  ù  croire  à 
l'aptitude  intellectuelle  de  l'Africain,  et  convienne  de  sa  per- 
fectibilité; mais  enfin,  avec  le  tems,  il  se  fera  à  cette  idée;  une 
erreur,  funeste  au  bonheur  d'une  partie  considérable  du  genre 
humain,  s'évanouira  et  la  vérité  se  fera  jour.  Déjà  les  plus 
puissantes  nations  de  l'Europe  ont  renoncé  au  commerce  im-^ 
pie  de  la  traite,  et  l'ont  condamné  comme  un  crime.  Qui  eût 
pu  l'espérer,  un  siècle  plus  tôt,  et  même  il  y  a  quarante  ans?  Il 
est  aussi  des  esprits  philosophiques  trop  préoccupés  d'une 
différence  d'organisation,  et  qui  sont  enclins  à  conclure  de  la 
différence  des  races,  non  passeulement  a  une  infériorité  d'intel- 
ligence et  de  facultés,  mais  une  sorte  d'incapacité  sociale. 
L'ouvrage  de  M.  Roger  fournit  plus  d'un  argument,  ou,  pour 
mieux  dire  (car  les  faits  sont  ici  les  meilleurs  argumens),  plus 
d'un  fait  pour  répondre  aux  détracteurs  des  noirs,  et  en  cela 
i!  est  peu  d'accord  avec  la  plupart  des  écrivains.  Heureusement 
il  pense  et  il  s'exprime  comme  presque  tous  les  voyageurs  quiles 
ont  vus  chez  eux,  et  non  pas  dans  l'esclavage.  Muxgo-Park. 
r.'avait-ilpas  porté  déjà  le  même  jugement  sur  les  noirs  de  la  Séaé- 


676  LITTÉRATURE. 

gambie?N'avait-il/pas  éprouvé  leur  bon  sens,  leur  sensibilité, 
leur  intelligence?  Je  remarque  le  même  langage  chez  le  major 
Laing  et  le  major  Gray.  à  Sierra  Leone,  ce  dernier  trouva 
des  écoles  florissantes  peuplées  d'indigènes.  «  Les  progrès  des 
élèves  noirs  de  Freetown,  dit  le  major  Gray,  en  arithmétique, 
en  géographie  et  en  histoire,  prouvent  une  capacité  bien  supé- 
rieure au  peu  de  moyens  attribués  jusqu'à  présent  aux  nègres, 
et  démontrent  clairement  qu'on  peut  arriver  à  les  rendre 
d'utiles  membres  de  la  société,  en  leur  donnant  l'éducation 
nécessaire.  »  Récemment,  on  a  trouvé  à  ioo  milles  de  cette  co- 
lonie, dans  l'intérieur,  une  nation  gouvernée  régulièrement, 
ayant  des  arts,  des  lois  et  des  magistrats.  Enfin,  la  colonie 
des  Noirs  américains,  c'est-à-dire,  des  esclaves  devenus  libres 
dans  l'Amérique  du  nord,  et  ramenés  dans  leur  patrie,  où  ils 
s'administrent  par  eux-mêmes,  est  une  preuve  évidente  et  vi- 
vante de  l'aptitude  des  Africains  pour  la  civilisation.  J'en 
pourrais  citer  une  autre  encore  plus  décisive;  mais  elle  m'écar- 
terai t  trop  du  but  que  je  me  suis  proposé. 

Passant  sous  silence,  comme  je  dois  le  faire  ici,  le  récit  que 
fait  de  ses  voyages  le  héros  de  Y  Histoire  africaine,  je  m'arrêterai 
au  tableau  de  la  Sénégambie,  tableau  en  action  ,  qui  forme  les 
trois  premiers  livres  de  l'ouvrage;  seulement  je  dirai  que 
Kélédor ,  né  dans  la  province  de  Walo ,  élevé  dans  le  pays 
de  Fouta  -  Toro  ,  république  théocratique  ,  tombé  très- 
jeune  encore  au  pouvoir  des  marchands  d'esclaves,  est  trans- 
porté en  Amérique,  vers  l'an  1797,  avec  ses  compagnons  d'in- 
fortune ,  et  ne  revient  dans  sa  patrie  qu'après  avoir  subi  toutes 
sortes  de  vicissitudes,  propres  à  former  son  jugement  et  à 
éclairer  son  esprit;  il  y  arrive  préparé  à  jouer  un  rôle 
dans  le  mouvement  qui  fait  marcher  insensiblement  cette 
contrée  vers  une  nouvelle  existence,  fruit  de  ses  rapports 
continuels  avec  la  civilisation  européenne ,  et  surtout  du 
commerce  et  des  améliorations  agricoles  et  industrielles 
qu'a  introduites  le  gouvernement  de  la  colonie  française. 
Dans  ce  qui  suit,  je  rapprocherai  et  je  fondrai  ensemble  les 


LITTÉRATURE.  677 

notions  fournies  par   le  texte  et  celles  qui  résultent  des  notes 

nombreuses  et  instructives  placées  à  la  fin  de  l'ouvrage  1  et 

«les  renseignemens    inédits  que  je  dois  à  la  complaisance  de 


31.  Roger. 


Après  avoir,  en  peu  de  mots,  rendu  compte  de  la  révolu- 
tion politique  arrivée  en  1775  dans  le  pays  de  Fouta,  et  qui  a 
fait  passer  le  pouvoir  royal  aux  mains  des  prêtres  (ils  élisent 
entre  eux  X Almami >  prince  temporel  et  spirituel,  et  forment  un 
Conseil  qui  le  révoque  à  volonté  ),  l'auteur  donne  quelques 
détails  sur  la  division  de  la  Sénégambie  à  l'ouest  du  Bambouk; 
elle  diffère  sensiblement  de  ce  qui  a  été  admis  jusqu'à  pré- 
sent ,  et  elle  est  plus  précise  et  plus  complète.  Près  de  l'Océan 
sont  le  Waloct  Cayor,  aujourd'hui  indépcndansduGhiolof  Baol 
et  Salum;  le  long  de  la  rive  gauche  du  Sénégal,  est  le  Fouta- 
Toro,  et  au  dessus  du  Walo  le  royaume  Ghiolof,  qui  s'étend 
presque  jusqu'à  la  Gambie;  plus  à  l'est  et  au  sud,  le  Bondou 
jusqu'à  la  Falémc;  entre  laFalémé  et  leBâ-Fing,  le  Bambouk, 
pays  riche  en  mines  d'or;  sur  le  Sénégal,  au-dessus  deBakel,  l'an- 
cien pays  de  Galam  où  était  situé  le  fort  Saint- Joseph,  aujourd'hui 
ruiné;  plus  à  l'est,  leKasson  etîeKaartaou  bas  Bambarah,  deux 
pays  aujourd'hui  confondus  en  un  seul  par  un  même  intérêt 
et  leur  état  de  guerre  perpétuel  avec  le  haut  Bambarah,  dont 
Sego  sur  le  Dhiolî-Bà  est  la  capitale.  De  là,  jusqu'à  ce  fleuve 
et  jusqu'à  Tombouctou,  est  un  espace  beaucoup  moins  étendu 
qu'on  ne  le  suppose  et  qui  ne  serait  pas  très-difficile  à  franchir 
par  le  commerce;  nous  en  avons  la  preuve,  et  dans  les  ex- 
cursions de  Park,  et  dans  le  trajet  continuel  des  caravanes; 
c'est  l'intervalle  entre  les  deux  bassins  principaux  de  cette 
contrée;  son  élévation  est  médiocre,  peu  de  semaines  suffisent 
à  le  traverser.  La  nouvelle  position  qui  vient  d'être  choisie  à 
portée  de  la  dernière  cataracte,  sera  un  point  de  départ  excel- 
lent: d'autres  détails  sur  ce  sujet  seraient  aujourd'hui  préma- 
turés, et  il  suffit  d'ajouter  que  les  sciences  et  le  commerce  ne 
peuvent  manquer  d'en  retirer  des  avantages  prochains.  Quant 
aux  Maures  Darmankous,  Trarzas  ,  Braknas  et  Dowichs,  on 
sait  qu'ils  sont  les  maîtres  de  la  rive  droite  du  fleuve  et  qu'ils 


<>8  LITTÉRATURE. 

font  la  loi  du  commerce  dans  les  escales  et  presque  dans  tous 

1rs  marchés  (i). 

La  population  de  toutes  ces  peuplades  est  plus  considérable 
qu'on  ne  le  suppose.  En  voici  un  aperçu  en  gros  :  Waîo,4o,ooo 
habitans  ;  Cayor,  25o,ooo;  Ghiolof,  200,000;  Fouta  -  Toro  , 
800,000;  Bondou  ,  3oo,ooo;  Galam  ou  Kajaga ,  100,000;  nè- 
gres restés  soumis  aux  Maures  ,  60,000;  Trarzas  „  3o,ooo; 
Braknas,  60,000  ;  Maures  Dowichs  et  Oualad  Barek,  100,000; 
sans  compter  les  populations  qui  avoisinent  la  Gambie,  celles 
duhautSénégal  au-dessus  de  Galam;  celles  du  Kaarta  et  du  bas 
Bambarah.  Les  États  occidentaux  ont  conservé  leur  population 
primitive;  mais  le  grand  État  de  Fouta-Toro  a  reçu  sa  popu- 
lation actuelle  du  dehors  ;  les  Foulhs  ou  Peulhs  y  sont  venus 
du  Bondou,  du  Fouta-Dhialon  et  duDentilia,  sous  le  nom  de 
Toukouleurs,  nom  aujourd'hui  limité  aux  marabouts  ou  prêtres 
du  Fouta.  Entre  deux  bras  du  fleuve  est  une  île  très-riche, 
appelée  Ile  à  Morfil,  qui  a  ko  lieues  de  longueur  sur  6  à  7  de 
largeur  moyenne.  Le  Walo,  patrie  de  Kélédor,  est  aujourd'hui 
tout  entier  acquis  à  la  France  ;  il  s'étend  de  Dagana  à  St.-Louis, 
c'est-à-dire,  d'une  trentaine  de  lieuesdelongueur(2);  sa  largeur 
est  de  i5  à  20  lieues.  Des  plantations  nouvelles,  au  nombre  de 
plus  de  40  ,  y  sont  partout  distribuées;  la  colonisation  y  pros- 
père; des  Noirs  libres  viennent  y  louer  leurs  services;  ils  s'y 
rendent  de  100  ,  môme  de  200  lieues  de  distance.  L'industrie 
et  la  liberté  qui  amènent  l'aisance,  la  justice  qui  en  assure  le 
fruit,  commencent  à  parlera  la  raison  et  à  l'intelligence  des  in- 
digènes ;  que  ne  doit-on  pas  attendre,  pour  l'amélioration  du 
pays,  de  ces  premiers  essais,  surtout  si  le  commerce  de  France 
les  seconde,  si  l'opinion  les  encourage! 


(1)  Voyez  le  Mémoire  que  M.  Eyriès  a  joint  au  voyage  de 
M.  Mollien,  et  ses  autres  remarques  sur  le  Sénégal. 

(a)  4°  lieues  de  l'ouest  à  Test,  selon  l'ouvrage  ,  s'il  n'y  a  pas  faute 
d'impression  ;  mais,  si  l'on  compte  les  sinuosités  du  fleuve,  ce  serait 
trop  peu,  et  c'est  trop  en  ligne  directe.  La  position  de  Dagana  est 
fixée  aujourd'hui. 


UTTÉRATl  aE.  «79 

Plusieurs  détails  de  otoeurt  (jue  rapporte  M.  Roger  appar* 
1 1  «  -  r  1 1 1  «  >  1 1 1  plutôt  aux  Arabeset  à  la  religion  mahométane  qu'aux 
indigènes,  et  d'autres  sont  empruntés  visibletMOtà  l'Egypte 
Du  à  la  Nubie,  tels  que  l'hrt  de  masser,  l'enfourcbenient  des 
captifs,  les  formules  de  salut,  do  missives  et  de  serment,  les 
règles  de  la  prière,  l'enseignement  simultané,  L'attachement  du 
marabout  pour  son  eheval  et  pour  ses  armes,  les  mouczzin 
choisis  parmi  les  aveugles,  ete.  ;  mais  je  n'avais  point  entendu 
parler  eu  Afrique  du  magnétisme  animal  que  l'auteur  a  obser- 
vé dans  ees  contrées.  Quant  aux  bouffons  de  cour,  aux  clian- 
leurs,  farceurs  et  musiciens  (  les  gawcndos  et  les  griots),  tous 
les  voyageurs  qui  ont  visité  la  Sénégambie,  ont  décrit  plus  ou 
moins  bien  les  folies  bizarres  des  uns,  les  jeux  des  autres,  et 
surtout  leurs  excès  et  leur  insolence.  Ces  derniers  ne  se  ma- 
rient qu'entre  eux,  c'est  une  caste  dégradée;  ils  sont  privés 
même  de  la  sépulture  commune.  On  sait  de  même  ce  que  sont 
\cs  grisgris,  c'est-à-dire,  les  amulettes  ou  talismans  d'écriture; 
tout  le  monde  connaît  ces  singuliers  préservatifs  contre  les 
bêles  féroces,  l'incendie,  la  guerre  et  tous  les  maux  de  la 
vie.  Il  est  tel  voyageur  qui  a  dû  la  sienne  à  l'innocent  artifice 
des  griffonnages  les  plus  insignifians;  je  ne  voudrais  pas  qu'ils 
perdissent  leur  crédit.  Que  les  Européens  profitent  encore 
quelque  tems  de  cette  faiblesse  des  nations  africaines;  puis- 
qu'elle leur  sert  de  passe-port,  et  qu'elle  avance  les  découvertes  , 
qui  pourrait  s'en  plaindre? 

Le  langage  du  pays  de  Fouta  est  le  foulh;  celui  des  pays  de 
Ghiolof  et  de  WaJo  est  le  wolof,  langue  indigène  qui  est  de 
toule  ancienneté,  idiome  intéressant  qui  vient  de  fixer  l'atten- 
tion des  savans  parles  particularités  singulières  de  sa  compo- 
sition et  de  sa  grammaire  (i);  mais  on  ne  l'écrit  pas,  l'écriture 
ne  sert  que  pour  exprimer  le  langage  arabe  des  marabouts  et 

(i)  M.  Rogf.r  prépare  un  Mémoire  sur  la  langue  wolof c.  En  iSaS  , 
nous  avons  publié  le  Dictionnaire  wolof \  rédigé  au  Sénégal  par 
M.  D.vitn,  instituteur  de  l'École  de  Saint-Louis,  et  imprimé  à  l'im- 
primerie royale,  i  vol.  in-8°,  avec  un  avant-propol  et  des  tableaux  , 
d'après  h  grammaire  wolof',  de  M.  Dard  à  Potis. 


68o  LITTÉRATURE. 

de  ceux  des  indigènes-  qui  ont  appris  cette  langue.  C'est  ce  qiu 
avait  laissé  l'Europe,  jusqu'à  ces  derniers  tems  ,  dans  l'igno- 
rance de  la  nature  et  de  la  composition  de  la  langue  wolofe; 
aussi,  le  premier  Européen  qui  est  parvenu  àrécrire,y  a  fait 
des  découvertes  intéressantes,  et  il  l'a  dû  à  une  circonstance 
qui  mérite  d'être  rapportée,  c'est  aux  efforts  que  les  pliilan- 
tropes  français  ont  faits,  en  ;8i6,  pour  faire  donner  un  peu 
d'instruction  aux  jeunes  Wolofs  qui  habitent  le  Sénégal.  Une 
école  a  été  établie  à  Saint-Louis  ;  le  maître,  comme  les  disciples, 
ignorant  respectivement  les  deux  langues  écrites,  l'arabe  et  le 
français ,  il  a  fallu,,  au  premier,  écrire  un  dictionnaire  entier  de 
l'idiome  des  seconds,  et  sous  leur  dictée:  ce  qui  l'a  conduit  à 
découvrir  peu  à  peu  les  règles  grammaticales. 

Le  salut  de  la  lance  est  un  usage  antique  et  solennel  pratiqué 
au  commencement  d'une  campagne.  Chacun  des  guerriers  doit 
passer  devant  une  lance  très-haute  et  jurer  devant  le  prince  de 
combattre  vaillamment  l'ennemi.  En  racontant  les  circonstances 
delà  cérémonie,  l'auteur  parle  ,  à  cette  occasion,  d'une  autre 
coutume,  celle  qui  veut  qu'un  esclave  puisse  quitter  le  maître 
qui  l'a  maltraité,  et  devenir  celui  d'un  autre  ,  en  lui  faisant  une 
injure  grave;  pareille  chose  existe  dans  le  Kakougo  et  chez  les 
Aschantées.  Autrefois,  au  Sénégal,  l'esclave,  pour  obtenir 
cette  même  faveur,  pouvait  couper  un  morceau  de  l'oreille  au 
maître  qu'il  choisissait ,  ou  bien  à  son  fils. 

Les  Wolofs  sont  régis,  de  tems  immémorial,  par  une  sorte 
de  féodalité.  Au  sol  appartiennent  les  droits  de  justice,  d'a- 
mende,  de  confiscation  ,  de  péages,  d'aubaine.  Les  vassaux 
payent  la  dîme  au  suzerain  ,  qui  la  partage  quelquefois  avec 
les  prêtres;  mais  déjà  comme  en  Europe,  des  communes  com- 
mencent à  se  former.  L'influence  du  régime  français  ne  tardera 
pas  à  se  faire  sentir. 

Rien  n'est  plus  fait  pour  surprendre,  à  côté  de  la  facilité 
d'humeur  et  de  la  douceur  des  nègres  de  Sénégambie ,  que  le 
caractère  prononcé,  la  fermeté  et  l'esprit  d'indépendance  des 
Fouhls;  mais  leur  fierté  n'est  pas  exempte  d'arrogance  :  ils  pas- 
sent même  pour  médians  et  perfides.  M.  Roger  leur  rend  plu* 


Lirn-RATl  HIv  Ml 

de  justice,  et  il  remarque  que,  chez  ce  peuple,  oVst  nue  suite 
du  même  esprit  qui  leur  i  faii  leeouer  !<•  joog  de  leurs  tyrans. 

Ils  sont  passionnés  pour  la  liberté,  ni. lis  ambitieux  et  turbulcns, 
souvent  livrés  à  la  guerre  eivile  :  ce  n'est  pas  leur  seule  res- 
semblance avec  les  républiques  de  Rome  et  de  la  Grèce.  Après 
leur  révolution,  en  1775,  l'esclavage  lut  proscrit,  on  n'y  admit 
plus  aucun  nouvel  esclave;  chose  bien  remarquable,  tout  es- 
clave ancien  devint  libre,  dès  qu'il  sut  lire.  Les  Foulhs  vont  jus- 
qu'à croire  que  nous  avons  suivi  leur  exemple  en  proserivant 
la  traite.  Au  reste,  aujourd'hui,  ces  mêmes  hommes  viennent 
chaque  année  par  centaines  sur  les  plantations  françaises  et 
se  livrent  au  travail  agricole.  Ils  sont  d'ailleurs  moins  robustes 
et  moins  grands  que  les  Wolofs.  On  sait  qu'au  lieu  d'un  noir 
foncé',  leur  teint  tire  sur  le  rouge.  D'autres  traits  encore  les 
distinguent  du  reste  des  noirs. 

L'auteur  remarque  la  différence  des  usages  des  Serrères, 
petit  peuple  de  Baol,  au  sud  de  Cayor.  Plus  sauvages  ,  ils  ont 
résisté  au  mahométisme,  et  ils  s'éloignent  aussi  des  Européens. 
Leurs  funérailles  ne  ressemblent  point  à  celles  des  autres  Séné- 
galais. Le  mort  est  assis ,  couvert  de  ses  plus  riches  vêtemens; 
un  parent  lui  adresse  ainsi  la  parole  :  «.Pourquoi  veux-tu  nous 
quitter  ?  >î  'avais  -tu  pas  parmi  nous  tout  ce  qui  t'était  néces- 
saire? Quel  est  le  sorcier  ,  l'ennemi  qui  t'a  fait  périr?  »  Un 
autre,  placé  derrière  le  mort,  répond  pour  lui  qu'il  demande 
à  être  inhumé.  Alors  commencent  de  grands  cris  de  douleur; 
mais,  dès  que  le  corps  est  enterré  ,  la  joie  succède,  on  chante 
et  l'on  danse,  et  les  fêtes  durent  neuf  jours. 

Les  plus  beaux  nègres  sont  les  Ghiolofs;  ils  n'ont,  dit 
M.  Roger,  d'Africain  que  la  couleur.  Le  nez  est  régulier  et  les 
cheveux  mêmes  sont  alongés.  Cet  angle  facial  et  les  autres 
signes  physionomiqnes  qu'on  a  regardés  comme  la  mesure  de 
l'intelligence  des  noirs,  se  rapprochent  considérablement  de 
ce  qu'on  observe  en  Europe.  Que  diront  donc  ceux  qui  éta- 
blissent sur  la  conformation  de  la  face  l'infériorité  de  la  race 
noire?  Que  diront-ils  de  cette  variété  ghiolofe,  pour  ain>i  dire, 
européenne?  Au  reste,  tout  ce  que  j'ai  voulu  faire  ici,  c'est  de  si- 


6g*  LITTÉRATURE. 

gnaler  un  fait  attesté  par  bien  des  voyageurs,  et  un  peu  trop 

négligé  par  les  philosophes  et  les  anatomistes... 

On  a  déjà  rapporté  plusieurs  traits  qui  prouvent  que 
les  nègres  ne  sont  pas  dépourvus  de  courage  moral ,  et  d'une 
sensibilité  vive  et  profonde.  On  pourrait  en  trouver  d'autres 
encore  dans  l'ouvrage  de  M.  Roger  ;  mais  il  faut  se  borner,  et 
citer  seulement  les  expéditions  que  firent,  il  y  a  peu  d'années, 
une  soixantaine  d'individus  qui  avaient,  par  le  travail,  racheté 
leur  liberté.  De  la  Havane,  ils  se  firent  transporter  à  leurs  frais 
au  Sénégal,  en  1819  et  en  1822  :  l'amour  de  la  patrie  et  de 
l'indépendance  éclate  au  plus  haut  degré  dans  ces  expéditions, 
et  dans  la  conduite  de  ces  hommes  qui  n'avaient  d'autre  pers- 
pective, en  prenant  une  aussi  courageuse  résolution  ,  que 
d'embrasser  leurs  vieux  pères  ou  de  mourir  sur  le  sol  natal  : 
qu'y  a-t-il  de  plus  touchant  ?  En  arrivant,  il  faut  le  dire,  on 
les  voit  quitter  leurs  habits  et  reprendre  la  pagne,  et  même 
substituer  bientôt  le  salam  aux  prières  accoutumées. Les  femmes, 
plus  constantes  dans  les  habitudes  européennes,  mêlaient  confu  - 
sèment  les  symboles  des  deux  cultes,  et  usaient  jusqu'au  bout 
leurs  mantilles  et  leurs  soies  brodées  ,  pour  reprendre  à  leur 
tour  la  pagne  modeste,  dont  leurs  mères  ou  leurs  sœurs  étaient 
drapées.  Mais  après  tout  qu'importent,  pour  ces  hommes,  le  cos- 
tume et  Ieshabitudes  des  colonies  européennes?  c'est  le  spectacle 
de  la  civilisation,des  arts  et  de  l'industrie  qu'ils  ont  besoin  d'avoir 
constamment  sous  les  yeux,  et  heureusement  ils  le  trouvent 
aujourd'hui  dans  les  établissemens  français.  Les  Maures,  re- 
poussés sur  la  rive  droite  du  fleuve  ,  ne  désolent  plus  le  TValo. 
Les  cultures  se  rétablissent,  la  population  et  le  bien-être  aug- 
mentent avec  le  travail  libre;  des  maisons  s'élèvent,  des  végé- 
taux utiles  se  multiplient.  Voilà  enfin  une  colonie  où  des  Afri- 
cains libres  s'adonnent  à  l'agriculture  ;  ils  perfectionnent  les 
races  de  bestiaux;  avec  le  prix  de  leur  travail ,  ils  achètent  nos 
instrumens,  les  produits  de  nos  arts,  et  les  emportent  à  200 
lieues;  ils  emportent  aussi  avec  eux  le  nom  de  la  France,  ou- 
vrant ainsi  la  première  porte  à  un  commerce  qui  ne  peut  plus 
que  s'accroître  avec  le  tems.  Il  faut  lire  les  dernières  pages  du 


LITTÉRATURE.  W^ 

livre  pour  connaître  et  apprécier  legénéreus  enthousiasme  qui 
anime  railleur,  à  l'idée  de  l'avenir ,  a  l'aspect  des  premiers 
Bruits  d'une  ooble  entreprise.  Qui  ne  partagerait  de  si  hono- 
rables sentimens  ?  Qui  même,  en  traitant  un  tel  espoir  d'illu- 
sion, ne  rendrait  une  éclatante  justice  aux  efforts  de  l'adminis- 
trateur habile  et  infatigable  qui  s'est  voué  à  une  œuvre  de  bien 
si  difficile  et  si  ingrate?  Combien  on  prend  une  part  vive  à  sa 
sollicitude  ,  à  ses  vœux,  à  ses  efforts  ,  que  rien  n'a  pu  décou- 
rager  pendant  plus  de  six  années  d'administration  ! 

Ce  ne  serait  pas  donner  une  idée  complète  de  cet  intéressant 
volume  que  de  passer  sous  silence  le  mérite  du  style;  l'exac- 
titude seule  ne  peindrait  pas  assez  bien  les  mœurs,  les  hommes 
et  le  climat.  Quoique  l'auteur  ait  été  inspiré  pnr  des  événemens 
historiques  d'un  véritable  intérêt,  par  des  traditions  vivantes , 
par  les  paroles  mêmes  des  personnages,  paroles  dont  le  pays  a 
gardé  la  mémoire,  cependant  il  importait  de  présenter  au  lec- 
teur européen  des  tableaux  à  la  fois  vrais  et  expressifs,  parce 
qu'on  ne  connaît  guère  le  Sénégal  que  par  des  descriptions 
un  peu  arides.  Choisissons  la  scène  du  passage  du  désert  qui 
sépare  le  Fouta  de  Cayor  ,  quand  l'armée  d'Abdoulkader , 
en  1797  ,  porta  la  guerre  an  dainel  ou  roi  de  cette  dernière 
contrée  (1).  En  voici  un  fragment  : 

«  Le  lendemain ,  le  soleil  se  leva  moins  favorable  ;  il  ne  dar- 
dait que  des  rayons  obscurcis,  rougis  par  une  quantité  de 
sable  soulevé  de  l'horizon  et  répandu  dans  l'air.  Tout  annonçait 
le  règne  de  ces  vents  d'est  redoutés  du  voyageur,  de  ces  vents 
brùlans  qui,  après  avoir  balayé  le  grand  désert,  en  rapportent 
la  sécheresse,  l'aridité,  et,  pour  ainsi  dire,  des  vapeurs  de 
poussière. 

«  A  peine  étions-nous  en  marche,  que  nous  aperçûmes  comme 

(1)  On  sait  que  lirak ,  Daniel,  Almami  sont  les  noms  divers  que 
prennent  les  rois  de  ce  pays.  Le  premier /que'pbrtait  le  roi  de  Walo  , 
n'a  plus  d'application;  le  second  est  celui  du  roi  de  Cayor;  le  troi- 
sième appartient  au  roi  de  Bôndoa,  c  t  le  prince  de  Fouta-Toro  le 
porte  également. 


684  LITTÉRATURE. 

un  petit  nuage  roux,  qui  changeait  à  chaque  instant  de  forme, 
et  qui  faisait  les  oscillations  les  plus  singulières  et  les  plus  su- 
bites. En  approchant ,  il  grossissaitau  point  de  nous  intercepter 
le  soleil  et  même  la  lumière.  Bientôt  nous  fûmes  assaillis  de  la 
plus  effroyable  quantité  de  grosses  sauterelles  qu'on  ait  jamais 
vue.  Les  arbres,  les  buissons,  en  un  instant  dépouillés  de  leur 
jeune  écorce,  furent  surchargés  de  ces  insectes;  le  sol  en  était 
jonché  de  plusieurs  couches;  l'air,  pour  ainsi  dire,  en  était 
épaissi.  Nous-mêmes  en  fûmes  couverts;  et  dans  leur  odieux 
bourdonnement,  ces  animaux  maudits,  froissant  continuelle- 
ment notre  figure,  nous  forçaient  à  nous  boucher  les  narines, 
à  fermer  les  lèvres  et  les  yeux. 

«  Ceux  qui  connaissent  par  expérience  les  nuées  de  saute- 
relles qui  fondent  quelquefois  sur  les  campagnes  d'Afrique, 
peuvent  seuls  juger  des  effets  du  fléau  qui  nous  accablait,  plus 
terrible  qu'il  ne  s'était  jamais  montré  ;  les  autres  refuseraient 
d'y  croire.  Nous  nous  ouvrions  péniblement  un  passage  au 
milieu  de  cet  immense  tourbillon ,  foulant  aux  pieds  à  chaque 
pas ,  écrasant  à  chaque  mouvement  des  quantités  de  ces  dégoû- 
tans  insectes.  Isolés  ainsi,  ne  distinguant  plus  notre  chemin, 
ne  nous  guidant  que  par  la  voix,  plusieurs  de  nous  tombèrent 
suffoqués  ;  beaucoup  d'autres  furent  égarés.  Heureusement 
encore ,  dans  cette  calamité,  les  deux  malencontreuses  cohues 
s'avançaient  en  sens  contraire.  Au  bout  de  deux  heures  d'in- 
quiétude, de  fatigues  inouïes ,  nous  commençâmes  à  retrouver 
l'air  et  le  grand  jour. 

«  Qui  pourrait  compter  le  nombre  prodigieux  d'oiseaux  de 
toute  espèce  qui  suivait  ce  monde  aérien ,  ce  grand  météore 
animé?  Combien  d'aigles,  de  faucons,  de  milans  !  combien  d-e 
grues  et  de  cigognes  !  combien  de  marabouts  aux  vastes  ailes  , 
à  la  queue  ornée  d'un  duvet  riche  et  léger  !  Tous  semblaient 
mus  par  l'esprit  de  la  destruction;  ils  dévoraient,  massacraient 
et  couvraient  la  terre  de  morts  et  de  débris.  Affreux  avertisse- 
mens  du  ciel  !  ne  montrait-il  pas  assez  l'empire  de  la  force  sur 
la  faiblesse?  ne  devait- il  pas  nous  inspirer  d'utiles  pressen- 
timens  ? 


!  ITTÈIIATI  RE.  685 

'  Nous  traversions  un  pays  que  ces  insectes  innombrables 
venaient  de  dépouiller  entièrement  de  verdure;  plus  un  frag- 
ment de  feuille,  plus  un  brin  d'herbe.  In  veut  sec  et  brûlant 

beur tait  avec  bruit  la  poussière  contre  les  rameaux  des  arbres 

et  contre  les  buisson,,  semblables  maintenant  à  des  balais  usc< 
et  blanchis.  C'était  un  spectacle  de  désolation  ,  que  complétait 
une  population  errante,  harassée. 

«Dès  que,  par  une  marche  pénible,  nous  eûmes  al  teint  quelque 
ombrage,  Almaini  lit  (aire  halle,  afin  de  rallier  ses  gens  et  de 
leur  donner  un  repos  bien  nécessaire:  c'est  là  qu'on  fut  forcé  de 
passer  la  seconde  nuit.  Il  s'en  fallait  bien  qu'elle  ressemblât  à  la 
première.  Des  fatigues,  d'affligeant  souvenirs,  des  inquiétudes 
pour  les  absens  ,  une  température  accablante  imposaient  à 
tout  le  monde  un  morne  silence;  il  n'était  troublé  que  par  les 
recherches  et  les  cris  de  ceux  qui  s'efforçaient  de  retrouver  le 
père,  la  sœur,  l'ami  dont  ils  avaient  été  séparés. 

«  Le  même  vent  souffla  toute  la  nuit;  mais,  comme  on  l'ob- 
serve ordinairement  dans  ces  contrées,  il  devint  alors  aussi 
froid  qu'il  avait  été  chaud  pendant  le  jour.  Du  reste,  il  ne  per- 
dit rien  de  sa  sécheresse;  la  nuit  n'apporta  pas  une  goutte  de 
rGsée,  pas  la  plus  légère  humidité. 

«  Il  était  évident  qu'une  journée  encore  plus  difficile  que  la 
précédente  se  préparait.  Nous  avions  fait  à  peine  la  moitié  du 
chemin,  et  la  foule  ne  pouvait  parvenir  en  un  jour  aux  fron- 
tières de  Cayor.  Cependant  les  provisions  manquaient,  on  s'in- 
quiétait principalement  pour  remplacer  l'eau  qui  tirait  à  sa  fin. 
La  nature  du  pays,  surtout  dans  la  saison  où  nous  étions,  ne 
permettait  pas  d'espérer  qu'on  pût  s'en  procurer  autrement 
qu'aux  puits  des  villages  dont  on  était  encore  trop  éloigné. 
Almaini  sentit  tout  ce  qu'avait  de  critique  sa  position;  il 
entrevit  dès  lors  les  résultats  affreux  de  l'entreprise  dans  la- 
quelle il  s'était  imprudemment  engagé.  Dès  le  matin  de  la  troi- 
sième journée,  il  fit  publier  que  tous  les  individus  hors  d'état 
de  porter  les  armes  étaient  invités  à  retourner  chez  eux;  qu'on 
était  content  de  leur  dévouement;  que  Dieu  leur  en  tiendrait 
sans  cloute  compte;  mais  que  leur  présence  serait  désormais 


G88  LITTERATURE. 

plus  nuisible  qu'utile,  et  qu'il  appartenait  aux  guerriers  seuls 

de  continuer  la  campagne. 

«  On  éprouva  dans  cette  occasion  qu'il  est  plus  facile  d'exalter 
les  esprits  que  de  les  apaiser.  Très -peu  se  rendirent  à  l'invi- 
tation qui  leur  était  faite;  presque  tous  résolurent  de  suivre 
l'armée.  Tous  criaient  qu'ils  voulaient  souffrir  pour  le  prophète, 
afin  de  mériter  la  récompense  promise;  que,  plus  les  obstacles 
étaient  grands,  plus  le  succès  serait  éclatant.  Le  péril  semblait 
exciter  encoreleur  aveugle  confiance,  et  donner  un  nouvel  aliment 
à  leur  enthousiasme.  La  honte  de  reculer  et  d'abandonner  leurs 
compagnons,  la  crainte  de  traverser  seuls  le  désert,  en  retinrent 
un  bon  nombre  aussi;  car,  en  se  montrant  courageux,  beaucoup 
d'hommes,  à  l'ombre  de  considérations  avouées,  cèdent  réelle- 
ment à  des  motifs  secrets,  souvent  peu  honorables. 

«Quoi  qu'il  en  soit,  la  troupe  presque  tout  entière  se  mit 
encore  en  marche.  Je  ne  décrirai  pas  cette  terrible  journée, 
pendant  laquelle  l'inclémence  des  airs  surpassa  tout  ce  qu'on 
peut  imaginer  de  plus  désastreux.  Le  ciel  était  en  feu.  Le  vent 
dévorant  du  désert,  soufflant  sans  relâche,  soulevait  en  tour- 
billons le  sable  léger  sur  lequel  nous  marchions.  Chaque  grain 
brûlant  qui  frappait  notre  peau,  nous  causait  un  sentiment  aigu 
de  douleur.  En  se  réfractant  dans  cette  atmosphère  chargée  de 
poussière  ,  les  rayons  du  soleil  devenaient  insupportables. 
Accablés  de  chaleur,  les  corps  étaient  brûlans ,  corrodés  et 
sans  aucune  transpiration;  la  langue  se  collait  dans  la  bouche 
aride;  la  gorge,  la  poitrine  desséchées,  laissaient  à  peine  passage 
à  un  air  qui  semblait  enflammé.  Le  reste  de  l'eau  qu'on  avait 
emporté  fut  bientôt  épuisé;  mais  elle  ne  servit  en  quelque  sorte 
qu'à  exciter  encore  une  soif  inextinguible.  >.• 

Les  lettres  de  FAlmamiau  Damel,  et  les  réponses  de  celui-ci 
ne  sont  pas  d'un  moindre  intérêt.  Il  faut  les  lire  dans  l'ouvrage 
même.  En  voici  quelques  traits;  ils  peignent  avec  vivacité  la 
force  de  raison  et  les  senlimens  énergiques  de  ces  Africains  que 
nous  jugeons  peut-être  un  peu  trop  légèrement.  «Nous  sommes 
chargés  par  l'assemblée  de  Fouta  (  disent  au  roi  de  Cayor  les 
envoyés  de  l'Almami)  de  vous  déclarer  que  ,  si  vous  ne  voulez 


LITTÉIUTTURE.  5&J 

pas  réformer  voire  conduite  ri  celle  de  vos  gens ,  nous  vous  y 
contraindrons  par  la  force;  voici  les  emblèmes  que  nous  vous 

apportons.  Choisissez  cuire  ces  i\cu\  couteaux  :  avec  celui-ci 

Alm.tmi  rasera  la  tête  de  Damel,  si  Damel  veut  se  faîte  mara- 

l)oui  et  suivre  la  loi  de  Mahomet;  avec  celui-là,  si  Damel  refuse, 
Almair.i  lui  coupera  la  gorge.  >•  Le  Damel  de  Cayor  lui  répond 
en  ces  mois  :  «  Almami,  salut.  Il  ne  me  plaît  pas  de  choisir;  je 
ne  veux  de  toi  ni  pour  barbier,  ni  pour  bourreau.  De  quoi  te 
méles-lu  ?  Ne  sais-tu  pas  que  le  prophète  a  dit  :  Ne  disputez  pas 
avec  les  ignorons?  Garde  donc  ta  science  et  reste  tranquille. 
Moi ,  je  me  souviens  qu'on  m'a  lu  dans  le  Koran  cette  sentence: 
Pardonnez  à  qui  vous  offense  ;  c'est  pour  cela  que  j'e  te  renvoie 
tes  gens  sans  leur  avoir  fait  couper  les  oreilles  ;  mais  qu'ils  ne 
reviennent  plus.  Mahomet  a  dit  :  Résignez-vous  à  votre  destinée  ; 
si  tu  me  fais  la  guerre  ,  je  me  résigne  à  te  battre.»  Tout  cela  est 
historique,  l'ambassade,  le  discours,  la  réponse  et  les  événe- 
mens  de  la  guerre. 

M.  le  baron  Roger  prépare  d'autres  ouvrages  sur  le  Sénégal , 
des  remarques  sur  la  langue  wolofe,  le  tableau  de  la  révolution 
du  Fouta,  et  un  recueil  de  fables  sénégalaises.  On  ne  peut  que 
l'inviter  et  l'encourager  à  effectuer  son  projet.  Ces  productions 
utiles  contribueront  à  étendre  nos  connaissances  ,  à  intéresser 
le  public  français  au  sort  de  cette  partie  de  l'Afrique  ,  et  par 
conséquent  à  avancer  l'œuvre  de  la  civilisation  sur  ce  grand 
continent  (i).  Jomabd. 


(i)  Il  faut  faire  aussi  la  part  de  la  critique,  ello  sera  légère;  voici 
quelques  points  que  je  soumets  à  l'auteur.  Yallah  est  une  exclamation 
fréquente  chez  les  Sénégalais,  et  originaire  des  Arabes,  pag.  n.lfi. 
En  adoptant  cette  origine,  l'auteur  se'demande  si  1'/,  signe  du  pluriel 
en  Avolof ,  n'indique  pas  ici  l'idée  de  la  pl'tralitidesdieux\  mais  Yallah 
signifie  en  arabe  ,  O  Dieu  ,  par  Dieu  ;  les  Arabes  ont  apporté  cette  ex- 
clamation ,  en  même  tems  que  le  nom  même  de  Dieu. 

Page  25 1  ;  le  Delta  du  Nil  est,  suivant  M.  Roger,  tout-à-fait  dé- 
pourvu d'arbres.  Le  fait  est  que  les  plus  beaux  sycomores  et  une 
foule  d'autres  arbres  y  abondent.  Voyez  la  Description  de  t  Egypte  , 
t.  j  ,  État  mod. ,  peut-être  est-il  question  des  arbres  croissant  sponta- 
nément. 


68S  BEAUX-ARTS. 

BEAUX- ARTS,     (antiquités.) 

Description  dk  l'Égyptb  ,  ou  Recueil  des  observations 
et  des  recherches  qui  ont  été  faites  en  Egypte  pendant 
V  expédition  de  V  armée  française.  Seconde  édition, 
dédiée  au  Roi,  et  publiée  par  G.  L.  F.  Panckoucke. 

Dernières  livraisons  de  /'Atlas. 

Grâce  au  zèle  de  M.  Panckoucke  et  à  son  active  prévoyance , 
les  dernières  planches  de  cette  seconde  édition  ont  pu  être  pu- 
bliées au  moment  même  où  elles  venaient  de  paraître  dans  la 
première.  C'est  ainsi  que,  par  un  concours  de  circonstances 
assez  remarquable,  deux  éditions,  commencées  à  plus  de  vingt 
années  d'intervalle  l'une  de  l'autre  ,  ont  été  terminées  en  même 
tems,  et  presque  le  même  jour.  Ce  qu'il  faut  surtout  admirer 
dans  ces  dernières  livraisons,  ce  qui  est  réellement  digne  de 
l'attention  des  savans ,  c'est  la  belle  Carte  topographique  de 
l'Egypte  et  de  la  Sy rie ,  composée  de  quarante-sept  feuilles  sé- 
parées ,  et  dressée  à  l'échelle  d'un  millimètre  pour  cent  mètres  : 
cet  immense  travail,  qu'on  doit  regarder  comme  un  des  plus 
importans  résultats  de  l'expédition  d'Egypte,  et  qu'on  peut  jus- 
Introduction  ,  il  met  la  girafe  au  nombre  des  animaux  des  rives 
du  Sénégal;  mais  il  néglige  de  dire  d'après  quelle  autorité  :  jusqu'à 
présent,  les  voyageurs  ne  l'ont  pas  aperçue  auprès  de  ce  fleuve. 
M.  Roger  assure  que  les  Indigènes  ont  vu  la  girafe  sur  le  Haut-Séné- 
gal, et  même  dans  le  pays  de  Ghiolof ,  qu'on  en  apporte  des  peaux  à 
Saint-Louis  et  que  cet  animal  a  un  nom  en  wolof. 

Page  208  ;  les  Félicitas  lui  paraissent  de  la  même  race  que  les  Foulhs 
et  même  les  Fellahs  d'Egypte.  La  ressemblance  des  noms  a  entraîné 
l'auteur   un  peu   trop  loin ,    surtout  pour  les  Fellahs. 

La  méthode  d'instruction  mutuellesci  ait,  selon  lui ,  établie  au  Séné- 
gal de  tems  immémorial.  Il  est  plus  vraisemblable  que  l'enseignement 
simultané,  seulement,  a  été  apporté  par  les  Arabes,  qui  le  pratiquent 
au  Caire  et  en  d'autres  lieux  :  voy.  Y  Abrégé  de  la  Méthode  des  écoles  élé' 
ment aires ,  Paris,  18 1 6.  Colas,  ru  eDauphine.  D'ailleurs,  puisque  les 
Wolofs  n'écrivent  pas  leur  langue  et  ne  l'écrivaient  pas  davantage 
avant  la  conquête  ,  quelle  aurait  été  l'occupation  de  leurs  écoles? 


îïr  \  (  \  LRTS.  689 

temcnt  appeler  monumental,  fut  COI1ÇU  dans  des  proportions 
inusitées  jusqu'alors:  fruit  des  observations  et  des  efforts  réunis 

d'un  grand  nombre  d'ingénieurs  et  d'artistes  habiles,  il  a  été 
exécuté  sous  la  direction  du  colonel  Jacotiit,  dont  lés  sciences 
géographiques  ont  eu  à  déplorer  la  perte  récente,  mais  qui  a 
laissé  dans  le  cœur  de  tous  ceux  qui  ont  eu  le  bonheur  de  le 
connaître  l'ineffaçable  souvenir  de  ses  vertus.  C'est  à  l'achève- 
ment de  cette  grande  entreprise  qu'il  consacra  plusieurs  années 
d'une  vie  laborieuse  ,  tout  entière  écoulée  dans  des  travaux 
utiles  ou  dans  l'accomplissement  des  plïis  austères  devoirs. 

Comme  la  seconde  édition  de  la  Description  de  l'Egypte  ne 
contient  aucune  planche  coloriée,  M.  Panckouckc,  pour  offrir 
à  ses  nombreux  souscripteurs  unfac  simile  des  peintures  égyp- 
tiennes, a  ett  l'heureuse  idée  de  mettre  sous  leurs  yeux  une 
copie  du  tableau,  peint  à  l'huile,  qui  orne  sa  galerie  égyptiennc(i). 

Nous  allons  en  donner  ici  la  description  : 

Ce  tableau  est,  à  lui  seul ,  un  abrégé  de  toute  l'Egypte.  La 
conception  en  est  à  la  fois  ingénieuse  et  hardie  :  elle  nous 
montre,  dans  un  lointain  immense,  et  comme  dans  une  appa- 
rition magique,  tout  le  cours  du  Nil  depuis  le  Delta  jusqu'à  la 
cataracte  de  Syène  (2).  Qu'on  suppose  un  homme  debout  sur 
le  sommet  de  la  grande  pyramide  ;  si  de  là  son  œil  pouvait 
atteindre  jusqu'à  la  dernière  limite  méridionale  de  la  vallée  et 
embrasser  d'un  regard  tous  les  monumens  delà  Thébaïde,  le 
spectacle  qui  se  déploierait  alors  devant  lui  serait  en  réalité 
la  riche  perspective  qui  sert  de  fond  à  ce  tableau. 

(1)  Cette  seule  planche,  dont  l'original  a  sept  pieds  de  hauteur  sur 
quatre  kt  nEMi  de  largeur,  peut  aidera  colorier,  par  la  pensée  , 
1rs  neuf  cents  planches  de  la  Description  de  l'Egypte. 

(2)  On  a  dû  exagérer  les  sinuosités  du  fleuve  ,  afin  de  le  renfermer 
en  moins  d'espace,  et  de  lui  faire  embrasser  dans  ses  contours  les 
ruines  les  plus  importantes  de  la  Haute-Egypte.  Une  composition 
semblable  n'exigeait  pas,  dans  la  position  respective  de  chaque  mo- 
nument, une  fidélité  rigoureuse:  il  suffisait  à  l'auteur  du  dessin  de 
disposer  les  matériaux  qu'il  avait  choisis  dans  l'ordre  le  plu3  favorable 
à  l'effet  qu'il  voulait  produire. 

T.  xxxvii.  —  Mars   1828.  44 


6ijo  BEAUX-ARTS. 

Parcourons  d'abord  d'un  coup  d'œil  les  siles  les  plus  éloi- 
gnés de  cette  perspective ,  et  après  en  avoir  reconnu  à  la  hâte 
les  principaux  édifices,  rapprochons-nous  par  degrés  du  pre- 
mier plan,  pour  examiner  plus  à  loisir  les  objets  qui  sont 
immédiatement  sous  nos  yeux. 

Au  pied  de  la  montagne  qui  termine  au  loin  l'horizon ,  on 
aperçoit  confusément  les  ruines  de  l'antique  Phila? ,  île  jadis 
sacrée,  où  ,  selon  1rs  traditions  religieuses  des  Egyptiens  ,  était 
renfermé  le  tombeau  d'Osiris.  Située  à  deux  lieues  au-delà  de 
Syènc,  aux  portes  môme  de  la  Nubie ,  l'île  de  Philae  fut  la  limite 
où  s'arrêta  l'empire  romain.  Il  suffirait  d'un  quart  d'heure  de 
marche  pour  en  parcourir  la  circonférence;  et  sur  une  si  petite 
étendue,  elle  offre  encore  au  voyageur  étonné  les  ruines  de 
plusieurs  édifices  somptueux ,  éloquens  témoins  de  son  an- 
cienne splendeur. 

A  la  droite  de  Philœ,  on  reconnaît  la  cataracte  de  Syène, 
et  un  peu  au-dessous  l'île  d'Éléphantine,  qui,  à  cause  de  son 
étonnante  fertilité  au  milieu  de  la  contrée  aride  qui  l'environne, 
fut  surnommée  autrefois  le  Jardin  du  Tropique. 

Les  édifices  qu'on  voit  groupés  au-dessous  de  l'île  de  Philae, 
dont  ils  sont  séparés  par  le  fleuve ,  sont  les  restes  confondus 
des  anciennes  villes  d'Ombos,  d'Apollinopolis  et  d'Esné.  A  l'ex- 
ception de  quelques  colonnes  encore  debout  du  temple  d'Her- 
monthis,  tous  les  autres  monumens,  qui  sont  distribués  sur 
l'une  et  l'autre  rive  du  Nil,  appartiennent  à  l'antique  capitale  des 
Pharaons,  à  cette  fameuse  Thèbes  aux  cent  portes,  dont  Homère 
chanta  la  puissance,  et  qui  fut  le  siège  de  l'une  des  premières 
monarchies  delà  terre:  arts,  sciences,  systèmes  religieux  ,  pacte 
social ,  législation,  c'est  là  que  tout  a  commencé;  c'est  là  que 
s'est  allumé  le  flambeau  dont  les  reflets  ont  éclairé  le  monde. 

Parmi  ces  magnifiques  débris  de  la  grandeur  égyptienne,  ce 
qui  frappe  d'abord  les  regards  du  voyageur,  ce  sont  les  deux 
énormes  colosses  qui  semblent  dominer  au  loin  toutes  les 
ruines,  et  qui  sont  assis  depuis  quarante  siècles  dans  la  plaiue 
de  Thèbes.  L'un  d'eux,  et  cela  est  attesté  par  une  foule  d'ins- 
criptions grecques  et   latines  dont  les  pieds  du  colosse  sont 


JIKAIX-ARTS.  f>()l 

chargés,  esl  la  célèbre  statue  (!<•  Memnon  qui ,  selon  une  tradi- 
tion accréditée  dans  toute  l'antiquité,  rendait  chaque  jour-dés 
sons  harmonieux  au  levé*  de  l'aurore. 

Plus  bas  61  immédiatement  au  dessus  de  la  rangée  de  sphinx 
à  tête  dt  bélier,  se  montrent,  dans  u\i  développement  pitto- 
resque, les  belles  ruines  i\n  tombeau  dOsvinandias.  Diodorc 
de  Sicile,  qui  nous  a  laissé  une  si  brillante  deseription  de  ce 
monument  funéraire  ,  assure  qu'on  y  voyait  entre  autres  mer- 
veilles un  cercle  d'or  d'une  coudée  de  hauteur  et  de  36V5  cou- 
dées de  circonférence,  sur  lequel  on  avait  indiqué,  pour  chaque 
jour  de  l'année,  le  lever  et  le  coucher  des  astres.  C'est  là 
qu'était  aussi  renfermée  la  bibliothèque  célèbre  où  le  génie  mys- 
térieux des  Égyptiens  avait  gravé  ces  mots  :  Recèdes  de  l'a  me. 

Quelques-unes  des  galeries  du  tombeau  d'Osymandias  ont, 
au  lieu  de  colonnes,  des  piliers  carrés  auxquels  sont  adossées 
debout  de  grandes  statues  de  divinités  égyptiennes  :  cette  atti- 
tude a  probablement  suggéré  aux  Grecs  l'idée  de  leurs  caria- 
tides. Mais  une  autre  statue,  la  plus  gigantesque  qu'ait  jamais 
produite  le  ciseau  égyptien,  c'est  celle  du  roi  Osymandias, 
dont  il  reste  encore  un  immense  débris  sur  le  sol  de  Thèbes. 
Elle  était  taillée  dans  un  seul  bloc  de  granit  rose,  et  ses  dimen- 
sions étaient  telles  que  son  pied  seul  avait  plus  de  sept  coudées. 
Si  ce  colosse  eût  été  placé  devant  le  Louvre,  quoique  assis,  sa 
tète  se  fut  élevée  jusqu'au  sommet  de  la  colonnade. 

Ces  sphinx  qu'on  voit  au  dessous,  rangés  en  file,  formaient 
jadis  de  longues  et  majestueuses  avenues  qui  conduisaient  au 
palais  de  Karnak ,  le  plus  vaste  des  édifices  connus.  Une  seule 
de  ses  salles  contiendrait  tout  entière  l'église  de  Notre-Dame,  et 
ses  plus  grosses  colonnes  égalent  en  proportions  celle  de  la  place 
Vendôme.  Leur  fût  a  près  de  trente- trois  piedsde  circonférence. 

Quelques  autres  monumens  sont  encore  disséminés  çà  et  là 
dans  la  perspective  du  tableau  ;  mais  il  est  tems  d'arriver  au 
beau  portique  qui  en  forme,  pour  ainsi  dire,  le  cadre. 

La  première  surprise  qu'éprouve  un  voyageur  à  l'aspect  d'un 
édifice  égvptien,  c'est  de  le  voir  décoré  sur  toutes  ses  faces,  et 
jusque  dans  ses  réduits  les  plus  obscurs,  d'une  innombrable 


G9*  REAUX-A.RTS. 

quantité  de  sculptures  dont  la  profusion  tient  du  prodige. 
Mais  son  étonnement  augmente  lorsque,  sons  la  poussière  qui 
les  couvre,  il  aperçoit  les  couleurs,  fraîches  encore,  dont  elles 
sont  partout  revêtues.  Cette  alliance  extraordinaire  de  la  pein- 
ture et  de  la  sculpture,  dont  on  ne  trouve  aucune  trace  dans 
les  monuniens  des  autres  peuples,  est  un  des  traits  caractéris- 
tiques de  l'architecture  des  bords  du  Nil.  Les  Égyptiens  em- 
ployaient les  couleurs  par  teintes  plates  et  sans  dégradation  ; 
ils  ne  connaissaient  point  encore  l'art  de  reproduire  les  ombres 
par  la  diversité  des  nuances,  et  se  contentaient  de  peindre  tou- 
jours les  mêmes  objets  par  les  mêmes  couleurs.  Ces  peintures 
n'étaient  d'ailleurs  destinées  qu'à  donner  plus  de  richesse  et 
d'éclat  aux  orneméns  sculptés  d'un  édifice,  et  ce  but  était  suf- 
fisamment rempli  :  le  tableau  que  nous  avons  sous  les  yeux 
peut  faire  juger  de  l'effet  que  devait  produire  ce  système  com- 
plexe de  décoration. 

Le  portique  du  plus  grand  temple  de  Philae  se  compose  de 
dix  colonnes  formant  galerie.  L'auteur  du  dessin  ,  pour  dé- 
gager ici  la  perspective  et  laisser  au  lointain  tout  l'espace  qu'il 
réclamait ,  n'a  emprunté  de  ce  portique  que  la  partie  néces- 
saire à  la  composition  de  son  tableau.  On  y  voit  cinq  colonnes 
dont  trois  seulement,  celles  du  milieu,  sont  entièrement  dé- 
tachées :  leurs  chapiteaux,  décorés  avec  goût,  sont  une  heureuse 
imitation  de  la  nature  ;  ce  sont  des  bouquets  de  plantes  indi- 
gènes, où  il  est  facile  de  distinguer  les  feuilles,  la  fleur  et  les 
boutons  du  lotus,  le  jonc,  les  jeunes  pousses  du  dattier,  et 
d'autres  orneméns  empruntés  à  la  Flore  égyptienne.  Quant 
aux  deux  colonnes  qui  occupent  les  extrémités  du  portique,  et 
qui  ne  se  montrent  ici  qu'en  partie,  elles  doivent  principale- 
ment fixer  notre  attention  :  le  chapiteau  qui  les  couronne  est 
sans  contredit  le  plus  gracieux  et  le  plus  svelte  qui  ait  été  ima- 
giné par  les  artistes  égyptiens.  L'idée  première  en  est  pourtant 
si  simple  qu'elle  doit  être  regardée  comme  une  bonne  fortune 
plutôt  que  comme  une  invention  laborieuse  et  méditée  :  ce 
sont  huit  branches  de  palmier  attachées  autour  de  la  campane, 
et  dont  les  extrémités  recourbées  en  saillie  dessinent  un  galbe 


BEAUX-ARTS.  rUJ\ 

élégant  :  leurs  tigea  sont  livres  au  rïïl  de  la  colonne  par  cinq 
bandes  horizontales  qui  semblent  être  les  liens  de  cette  gerbe 
artificielle.  Ce  chapiteau,  que  les  savans  ont  désigné  sous  le 
nom  de  ilictyUformv ,  a  toute  la  légèreté  du  chapiteau  corin- 
thien dont  peut-être  il  est  l'origine. 

Parmi  les  nombreuses  sculptures  qui  ornent  toutes  les  parties 
de  ce  portique,  nous  ferons  surtout  remarquer  la  décoration 
de  la  corniche,  qui  étant  partout  la  même  dans  les  édifices  de 
l'Egypte,  a  pris  le  nom  de  corniche  égyptienne.  Elle  consiste  en 
un  fond  cannelé  au  milieu  duquel  est  sculpté  un  disque  entre 
<\cux  serpens.  Ces  serpens,  que  les  archéologues  nomment 
ubœus  ou  urceusy  sont  ici  représentés  la  tète  dressée  et  dans 
une  attitude  menaçante.  Derrière  eux  se  déploient  deux  grandes 
ailes  qui  donnent  à  l'ensemble  de  cette  décoration  un  aspect 
élégant  et  majestueux. 

Au-dessous  de  la  corniche  et  sur  la  face  antérieure  de  l'ar- 
chitrave, on  a  sculpté  une  barque  symbolique  dont  l'image 
se  trouve  fréquemment  répétée  dans  les  temples;  elle  y  reparaît 
presque  partout  avec  plus  ou  moins  de  variété  dans  ses  formes 
allégoriques  et  dans  la  richesse  de  ses  ornemens  :  celle  qu'on 
voit  ici  est  des  plus  simples.  Soit  qu'elle  ait  rapport  à  la  mi- 
gration des  âmes,  soit  qu'il  faille  y  voir  un  attribut  particulier 
de  chacune  des  divinités  de  l'Egypte,  ce  qui  expliquerait  la 
diversité  de  ses  formes,  cette  barque  mystérieuse  est  évidem- 
ment un  emblème  religieux. 

Derrière  la  colonne  du  milieu  s'élève,  bien  au-dessus  du 
portique,  un  obélisque  égyptien,  décoré  de  plusieurs  bandes 
de  sculptures  hiéroglyphiques,  tel  qu'on  en  voit  encore  à 
Phila?,  à  Louqsor,  à  Héliopolis.  A  gauche  et  dans  le  lointain 
apparaît,  dans  toute  sa  hauteur,  la  grande  pyramide  de 
Memphis ,  que  les  anciens  placèrent  au  nombre  des  sept  mer- 
veilles du  monde.  En  deçà  du  portique,  la  gauche  du  tableau' 
est  occupée  par  un  de  ces  piliers-cariatides  que  nous  avons 
déjà  signalés  dans  le  tombeau  d'Osymandias  :  adossée  contre 
le  pilier  qu'elle  semble  elle-même  soutenir,  la  statue  n'a  pas 
moins  de  vingt-neuf  pieds  de  haut,  sans  comprendre  dans  cette 
mesure  le  double  socle  qui  lui  sert  de  base. 


%',  BEAUX-ARTS. 

Nous  voici  tout- à- fait  sur  le  premier  plan  du  tableau  :  ici 
notre  attention  vivement  excitée  se  partage  entre  une  foule 
d'objets  qui  jonchent  le  sol  dans  un  désordre  apparent ,  mais 
où  l'art  du  peintre  a  réuni  un  choix  bien  entendu  de  ce  que 
l'antiquité  égyptienne  nous  a  transmis  de  plus  précieux.  Com- 
mençons par  ce  bas-relief  colorié  qui  est  appuyé  sur  les  jambes 
mêmes  du  colosse,  et  qui  a  été  copié  dans  l'une  des  catacombes 
de  Thèbes  :  il  représente  un  joueur  de  harpe  qui  semble 
adresser  ses  hymnes  religieux  aune  divinité  assise  devant  lui. 
Une  autre  scène,  absolument  semblable ,  est  peinte  sur  les 
murs  du  même  tombeau;  ce  qui  a  fait  surnommer  ce  monument 
souterrain  la  Catacombe  des  harpes.  L'examen  de  ces  peintures 
conduit  à  penser  que  l'art  musical  avait  déjà  fait  de  grands 
progrès  chez  les  anciens  Égyptiens  :  l'une  des  deux  harpes  n'a 
pas  moins  de  vingt  et  une  cordes,  et  toutes  deux  sont  d'une  forme 
si  élégante  qu'aujourd'hui  même  les  facteurs  les  plus  ingénieux 
de  l'Europe  y  trouveraient  encore  à  imiter.  La  harpe  égyp- 
tienne aurait  pourtant,  sous  le  rapport  musical,  un  désavan- 
tage manifeste;  elle  était  ssms  pédales.  Les  Egyptiens  n'avaient 
probablement  pas  encore  imaginé  cet  utile  accessoire  qui  ajoute 
aux  ressources  de  l'exécution  et  complète  en  quelque  sorte 
l'instrument. 

Continuons  notre  examen  en  avançant  vers  la  droite,  et 
arrêtons-nous  devant  ce  magnifique  chapiteau ,  emprunté  au 
portique  du  grand  temple  de  Denderah,  l'ancienne  Tentyris. 
Si  le  chapiteau  dactyliforme  est  le  plus  simple  et  le  plus  gra- 
cieux de  tous  ceux  que  l'Egypte  a  produits ,  celui-ci  en  est  sans 
contredit  le  plus  riche  et  le  plus  imposant.  Il  se  compose  de 
quatre  tètes  d'une  proportion  colossale,  dans  lesquelles  on 
retrouve  l'image  delà  Vénus  des  Égyptiens,  qui,  au  rapport 
de  Strabon,  avait  en  effet  un  temple  à  Tentyris.  Sur  le  front  de 
la  déesse  est  disposée,  en  forme  de  turban,  une  élégante  dra- 
perie dont  les  deux  extrémités  retombent  le  long  des  joues.  A 
son  cou  est  suspendu  un  collier  de  plusieurs  rangs  de  perles 
auxquelles  se  mêlent  d'autres  ornemens  précieux.  On  lui  a 
donné  ici  des  oreilles  de  vache,  parce  que  la  vache  était  parti- 
culièrement consacrée  à  la   déesse  Athor ,  X Aphrodite  égvp- 


BEAUX    ARTS.  69S 

tienne.  Ces  quatre  tôles*  soutiennent  un  éé  quadrilatère  dont 
chaque cété  représewwte  façade  d'un  temple,  surmontée  de  la 
corniche  égyptienne. 

A  la  droite  de  Ce  chapiteau  sont  rangées  plusieurs  pierre, 
de  dimensions  di\  erses  et  couvertes  de  bas  reliefs  coloriés;  on 
y  remarque  entre  outres  un  tableau  religieux  sculpté  sous  le 
portique  du  grand  temple  de  Phila?,  et  une  scène  copiée  dans 
les  tombeaux  des  rois,  qui  parait  relative  à  l'embaumement 
des  corps. 

La  plus  grande  de  ces  pierres  est  appuyée  à  droite  sur  une 
tête  colossale  trouvée  dans  le  tombeau  d'Osymandias.  Elle 
est  d'un  beau  granit  rose  de  Syène,  et,  d'après  ses  proportions  , 
elle  a  du  appartenir  à  une  statue  de  vingt-deux  à  vingt-trois 
pieds  de  haut.  Le  travail  en  est  délicat  et  pur;  c'est  un  des 
monumcns  les  plus  corrects  de  la  statuaire  des  Égvptiens.  Cette 
tète  n'est  pas  cependant  le  seul  morceau  de  sculpture  égyp- 
tienne où  l'on  ait  retrouvé  cette  même  correction  et  cette  même 
pureté.  On  peut  citer  encore  le  débris  d'une  statue  en  granit 
noir,  recueilli  sur  l'emplacement  de  l'antique  Abydus,  et  un 
groupe  de  six  personnages,  découvert  dans  les  fouilles  de 
Thèbes  ;  l'auteur  du  dessin,  pour  réunir  sous  un  même  coup 
d'œil  les  trois  produits  les  plus  parfaits  du  ciseau  égyptien ,  a 
copié  ici  ces  deux  autres  fragmens.  Dans  le  premier,  qui  paraît 
avoir  appartenu  à  la  statue  d'un  jeune  prince  agenouillé,  on  a 
remarqué  l'exactitude  avec  laquelle  l'artiste  a  su  assujétir  aux 
conditions  anatomiques  les  formes  extérieures  des  pieds,  des 
genoux  et  des  jambes.  Le  second  morceau  est  un  bloc  quadri- 
latère autour  duquel  sont  adossés  six  personnages  qui  se  tien- 
nent par  la  main  :  il  y  a  une  certaine  souplesse  dans  la  pose, 
et  de  la  grâce  dans  les  contours.  Les  Français  avaient  résolu 
de  transporter  ce  monument  dans  leur  patrie  :  déjà  le 
bloc  précieux,  charrié  près  du  Nil,  était  sur  le  point  d'y  étro 
embarqué,  lorsque  des  événemens  militaires,  brusqucmtmi 
survenus,  l'ont  fait  abandonner  sur  le  rivage. 

Au  devant  de  ce  groupe  l'œil  attentif  du  lecteur  s'est  déjà 
fixé  sur  ce  fameux  zodiaque  de  Denderah,  qui,  à  son  arrivée 


GaG  r>KAUX-ARTS. 

à  Paris,  suscita  parmi  les  savans  de  si  vives  contestalions  chro- 
nologiques. Ces  débats  encore  récens  lui  ont  valu  une  célébrité 
presque  populaire.  On  a,  ce  me  semble,  ajouté  trop  d'impor- 
tance au  plus  ou  moins  d'antiquité  du  bas- relief;  ce  n'est  pas 
là  peut-être  la  solution  qui  intéresse  le  plus  l'histoire  de  la 
science  :  que  cette  pierre  ait  été  sculptée  par  les  anciens  Égyp- 
tiens à  une  époque  plus  ou  moins  reculée,  au  tems  des  Pha- 
raons comme  au  tems  des  Césars,  qu'importe  la  date,  s'il  de- 
meure prouvé  ,  si  nul  ne  révoque  en  doute  qu'elle  n'a  été 
sculptée  que  par  les  Égyptiens  mêmes  et  d'après  leurs  propres 
doctrines  astronomiques?  Ce  point  principal  n'ayant  été  l'objet 
d'aucune  controverse,  il  faut  nécessairement  arriver  à  cette 
conclusion ,  que  le  zodiaque  qui  nous  a  été  transmis  par  la 
Grèce,  et  que  l'on  croyait  inventé  par  elle, a  été  primitivement 
emprunté  au  système  astronomique  des  anciens  Égyptiens  , 
puisque  nous  en  retrouvons  aujourd'hui  tous  les  élémens  dans 
le  planisphère  de  Denderah  :  abstraction  faite  de  la  différence 
des  styles,  ce  sont  absolument  les  mêmes  signes,  représentés 
sous  les  mêmes  figures ,  dans  le  même  ordre  et  avec  les  mêmes 
attributs.  Or,  comme  il  est  reconnu  que  l'astronomie  était  es- 
sentiellement liée  aux  dogmes  sacrés  des  Égyptiens,  il  nous- 
faudra  presque  remonter  à  l'origine  de  leurs  institutions  re- 
ligieuses pour  marquer  l'époque  de  leurs  premières  observa- 
tions astronomiques. 

Afin  de  ne  rien  laisser  inaperçu  dans  la  description  d'un 
tableau  où  tout  intéresse,  il  nous  reste  encore  à  signaler  à  la 
curiosité  du  lecteur  quelques  autres  objets  dispersés  sur  le  sol 
et  qu'il  suffira  de  nommer  :  derrière  le  zodiaque  se  montre 
une  statue  colossale  à  tète  de  lion  ,  trouvée  à  Thèbes.  A  droite 
et  sur  le  devant  on  voit  un  chapiteau  renversé  qui  a  été  copié 
dans  le  beau  portique  d'Esué,  l'ancienne  Latopolis.  Vers  la 
gauche  ,  plusieurs  vases  égyptiens  se  font  remarquer  par  l'élé- 
gance de  leur  forme.  Cette  momie,  qui  fixe  principalement  les 
regards  ,  est  celle  qui  fut  apportée  ,  il  y  a  trois  ans,  par 
M.  Cailliaud,  à  qui  la  science  archéologique  doit  ses  con- 
quêtes les  plus  récentes.  Cet  intrépide  voyageur  a  aussi  rapporte, 


BEAUX-ARTS.  697 

du  fond  d»'  l'Ethiopie,  on  oreiller  en  bois,  taillé  ea  forme  de 
croissant ,  dont  se  servent  encore  aujourd'hui  les  habitant  de 
ces  contrées  sauvages;  il  est  peint  ici  à  quelque  distance  de  la 
momie  et  à  la  droite  d'un  papyrus  déroulé.  On  a  retrouvé  des 
oreillers  semblables  dans  les  sarcophages  de  l'Egypte,  ce  qui  en 
fait  remonter  l'usage  à  une  antiquité  reculée.  Au-  dessus  des 
bras  de  la  momie  se  montre  une  tête  monstrueuse;  c'est  L'i- 
mage du  redoutable  Typhon,  qui,  dans  la  théogonie  égyp- 
tienne, était  le  génie  du  mal  et  le  meurtrier  d'Osiris.  A  sa 
d ioi te  est  une  Canopc ,  et  un  peu  plus  loin,  au  pied  d'un  vase 
à  deux  anses,  on  aperçoit  un  scarabée  en  lapis  lazuli.  Cette 
plante  ,  qui  s'élève  à  l'extrémité  gauche  du  tableau,  au-dessous 
de  la  scène  du  harpiste,  est  celle  dont  la  tige  précieuse  four- 
nissait aux  Egyptiens  le  papyrus. 

Notre  examen  est  achevé  ,  et  jusqu'ici  nous  n'avons  point  en- 
core parlé  des  personnages  vivans  qui,  groupés  çà  et  là  au 
milieu  des  ruines,  animent  à  nos  yeux  cette  scène  majestueuse. 
Mais,  à  l'aspect  de  cet  appareil  militaire,  et  sous  cet  uniforme 
européen  illustré  par  tant  de  triomphes,  qui  n'a  d'abord  re- 
connu, qui  n'a  déjà  nommé  les  généreux  vainqueurs  des  Pyra- 
mides ,  du  Mont-Thabor  et  d'Héliopolis?  On  les  voyait,  comme 
ici,  confondus  dans  un  même  camp  et  quelquefois  sous  la  même 
tente  ,  avec  le  peuple  reconnaissant  dont  ils  étaient  venus  com- 
battre les  oppresseurs.  Des  ingénieurs  français,  des  membres  de 
l'Institut  du  Caire,  le  crayon  à  la  main,  dessinent  les  belles 
ruines  de  la  Tliébaïde,  et  préparent  déjà  les  élémens  de  l'ou- 
vrage monumental  qui  doit  immortaliser  l'expédition.  Ce  mé- 
lange pittoresque  des  costumes  de  l'Asie  et  de  l'Europe  était 
alors  pour  l'Egypte  le  présage  d'une  glorieuse  régénération: 
avenir  trop  tôt  déçu,  dont  l'Angleterre  fit  avorter  l'espérance, 
et  qui  eût  aujourd'hui  prévenu  bien  des  maux!  La  civilisation 
de  l'Egypte  était  pourtant  déjà  ébauchée,  et  les  Français,  en 
quittant  les  rivages  du  Nil,  y  laissèrent  des  germes  féconds  et 
impérissables. 

J.  Acolb. 


Ilf.  BULLETIN  BIBLIOGHAPIIIQUL 

LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE. 
ÉTATS-UNIS. 

Ou v rages  périodiques. 

2  3 6. — *  The  northa  merican  médical  and  surgical  journal 
—  Journal  médical  et  chirurgical  de  F  Amérique  du  nord,  publié 
par  la  Société  de  Kappa-Lambda,  aux  États-Unis,  dirigé  par 
MM.  Hugh  L.  Hodgk,  Franklin  Bâche,  R.  La  Roche,  doc- 
teur-médecin, etc.,  n°  9.  Janvier,  1828.  Philadelphie,  J.  Dobson, 
n°  108  ,  Chestnut  streeL Paris,  Arthus Bertrand. 

Cette  importante  publication  se  continue  avec  un  grand  suc- 
cès à  Philadelphie.  Nous  avons  sous  les  yeux  le  cahier  du 
mois  de  janvier  dernier,  qui  se  compose  de  diverses  parties, 
selon  le  plan  adopté  par  ses  savans  rédacteurs.  La  première 
division  est  remplie  par  des  communications  directes,  des  ob- 
servations et  des  rapports  remis  par  des  médecins  mêmes  de 
l'Amérique  du  nord;  la  seconde  comprend  des  revues  analy- 
tiques d'ouvrages;  la  troisième  forme  ce  que  les  auteurs  ap- 
pellent la  littérature  médicale  :  c'est  un  aperçu  des  oeuvres 
complètes  de  quelques  savans  physiologistes.  La  quatrième  se 
compose  de  notices  bibliographiques ,  et  fait  connaître  les  ou- 
vrages nouveaux  les  plus  remarquables  des  médecins,  chirur- 
giens et  chimistes;  la  cinquième  est  un  sommaire  de  toutes  les 
nouvelles  médicales  ,  cas  graves,  observations  ,  opérations  dé- 
licates, découvertes,  essais,  théories  singulières,  qui  sont  par- 
venus à  la  connaissance  des  éditeurs,  durant  le  trimestre  pré- 
cédent. 


(l)  Nous  indiquons  par  un  astérisque  (*)  ,  placé  à  côté  du  titre  de  chaque 
ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui  paraissent  dignes  d'uue  atten- 
tion particulière  ,  et  uous  en  rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  df  » 
Analyses t 


A.MÉRIQUB  SEPTENTRIONALE.  t*g 

Nous  avons  remarqué  que  les  médecins  et  ïea  physiologistes 

Français  ne  sont  point  oubliés  dans  cel  mile  recueil.  Noua  y 

avons  retrouvé  avec  intérêt  les  noms  des  Lurrcy,  des  Lalle- 
matid,  des  Civialc,  des  Magcndic,  des  ('/trier,  etc.,  entourés  de 
tout  le  respect  qu'inspirent,  leurs   talens  et  leurs  ouvrages. 

La  Société'de  médecine  de  Philadelphie  maiche  à  grands  pas 
sur  les  traces  des  sociétés  les  [1ns  illustres  de  l'Kurope.  Parmi 
les  diverses  mesures  qu'elle  a  prises  dans  l'intérêt  de  l'huma- 
nité, et  pour  conserver  toute  la  dignité  de  la  profession  de 
médecin,  on  peut  citer  la  Création  d'un  comité  chargé  de  re- 
chercher quels  sont  les  avantages  réels  des  spécifiques  distri- 
bués en  ce  moment  à  Philadelphie  sous  les  noms  de  panacée, 
catholicon  ,  pilules  de  Minerve,  etc.  Le  comité  doit  s'adresser 
à  toutes  les  personnes  qui  ont  fait  usage  de  ces  spécifiques  ,  et 
qui  ont  délivré  des  certificats  aux  distributeurs,  s'informer  de 
leur  «âge,  île  leur  constitution,  du  traitement  qu'elles  ont  suivi 
antérieurement ,  des  cas  où  l'usage  de  ces  ruédicamens  a  amené 
des  résultats  avantageux,  et  de  ceux  où  ils  ont  échoué,  etc. 
Le  comité  est  composé  de  MM.  Harris,  Horricr ,  Professeur, 
Klapp,  Meigs  et  John  Bell.  R. 

237.  —  *  The  american  journal  of  science  and  arts  t  etc.  — 
Journal  américain  des  sciences  et  des  arts,  dirigé  par  Benjamin 
Nilliman,  professeur  de  minéralogie  et  de  chimie  au  collège 
d'Yale,  etc.  Newhavcn  1828;  A.  H.  Maltby.  I11-80.—  N.  B.  A 
l'avenir  ce  journal  sera  trimestriel;  deux  cahiers  formeront 
un  volume,  et  par  conséquent  il  y  aura  deux  volumes  par  an. 
Prix  de  l'abonnement,  3  dollars  payés  d'avance,  pour  chaque 
volume.  On  s'abonne  à  Ncwhaven  ,  chez  M.  Maltby  :à  Londres, 
chez  M.  John  Miller,  40  Pall  Mail. 

Heureusement  pour  les  sciences,  la  publication  de  ce  journal 
n'avait  été  que  suspendue;  il  reparaît  maintenant  tel  qu'on  l'a  vu, 
aussi  digne  de  l'attention  des  savans  dans  les  deux  contiuens.  Le 
cahier  publié  en  janvier  contient  une  notice  sur  les  mines  d'or  de 
la  Caroline  du  nord,  par  un  bon  juge  de  ces  sortes  d'exploita- 
tions, M.  Rothe,  mineur  saxon,  très-instruit  en  minéralogie. 
L'étude  géognostique  des  districts  aurifères  lui  a  donné  lieu 
dépenser  que  les  mines  deviendraient  plus  productives  qu'elles 
ne  le  sont  maintenant.  Elles  lui  ont  paru  plus  riches  que  celles 
du  Brésil;  mais,  au  Brésil,  les  vivres  et  le  travail  sont  beau- 
coup moins  chers  que  dans  la  Caroline.  La  culture  du  coton  a 
pris  dans  ce  pays,  et  dans  beaucoup  d'autres,  une  extension 
qui  ne  pourra  se  soutenir. Une  détresse  sera  l'inévitable  résultat 
de  celte  imprévoyante  activité;  et  alors  le  travail  des  mines  de- 
viendra une  ressource  pour  les  bras  qnele  coton  n'occupera  plus. 


700  LIVRES   ETRANGERS. 

M.  Van  Rensselaer  donne  des  détails  intéressons  sur  l'en- 
tomologie du  comté  d'Orange,  dans  l'état  de  New-York;  il 
les  a  extraits  des  manuscrits  d'un  observateur  de  ce  pays,  et  il 
exprime  le  vœu  que  des  observations  aussi  attentives  soient 
faites  et  continuées  dans  le  plus  grand  nombre  de  lieux  qu'il 
sera  possible.  Une  remarque  très- singulière,  c'est  qu'une  es- 
pèce de  cigale  apparaît  dans  le  comté  d'Orange,  à  des  inter- 
valles égaux,  comme  on  peut  en  juger  par  les  dates  de  l'ap- 
parition de  ce  fléau  :  1775,  1792,1809,  j  826.  D'où  peut  venir 
cette  période  de  dix-sept  ans  ?  On  a  remarqué  aussi  que  le 
nombre  de  ces  insectes  allait  en  décroissant,  et  que ,  selon  toutes 
les  probabilités,  cette  cause  de  destruction  des  récoltes  ne  cau- 
serait bientôt  plus  de  dommages  sensibles. 

M.  Hake,  professeur  de  chimie  à  l'Université  de  Pensylvanie, 
paraît  n'avoir  pas  connu  les  derniers  écrits  des  physiciens  fran- 
çais sur  les  paratonnerres  :  son  mémoire  sur  les  causes  de  l'inef- 
ficacité de  ces  appareils,  dans  certaines  circonstances,  et  sur 
les  propriétés  conductrices  de  plusieurs  substances  non  mé- 
talliques, ne  nous  apprend  rien  de  nouveau. 

La  géologie  occupe  beaucoup  de  place  dans  ce  cahier,  parce 
que  M.  Silliman  y  a  placé  l'analyse  de  l'ouvrage  de  M.  Daubf.ny 
sur  les  volcans.  On  y  trouve  aussi  une  Notice  sur  la  partie 
inférieure  de  la  Caroline  du  nord,  et  sur  l'époque  et  le  mode 
de  ses  formations  successives;  c'est  à  M.  le  professeur  Mitchell 
que  l'on  doit  ces  observations.  —  M.  J.  E.  Dekay  combat  l'hy- 
pothèse du  transport  de  certaines  roches  par  des  raisonnemens 
qui  ne  seront  ni  rejetés,  ni  admis,  parce  qu'ils  auraient  besoin 
de  plus  de  développemens. 

Plusieurs  autres  Mémoires  enrichissent  aussi  l'histoire  natu- 
relle, et  seront  bien  reçus  en  Europe,  parce  qu'ils  augmentent 
la  collection  de  faits  relatifs  à  l'Amérique.  Espérons  que  cet 
important  recueil  sera  désormais  à  l'abri  des  causes  qui  pour- 
raient interrompre  la  régularité  de  ses  publications.         F. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

a38.  — *  Tableau  comparatif  du  commerce  de  France  arec 
toutes  les  parties  du  monde  ,  avant  la  révolution  et  depuis  la.us- 
t aurai ion  ,  par  M.  César  Moreau  ,  vice-consul  de  France.  Lon- 
dres ,  1828  ;  lin  grand  Tableau  lithographie. 

Ce  Tableau  fait  connaître,  durant  deux  périodes  de  paix, 


GRANDE-BRETAGNE.  7*1 

avant  ta  révolution  el  depuis  L'établissement  de  la  monarchie 
constitutionnelle  j  M  comparaison  du  commerce  d<-  France  éva- 
lué approximativement)  quant  aux  importations  et  aux  expor- 
tations avec  chaque  royaume  ,  état  ou  colonie  de  toutes  les 
parties  du  monde  ,  d'après  des  documens  officiels. 

Si  ,  par  le  moyen  de  ce  Tableau  ,  on  veut  s'assurer  (le  la  si- 
tuation du  commerce  français  avec*  les  nations  étrangères,  de 
1787  à  1789,  et  de  1819  à  1821  ,  époques  choisies  par  Tau- 
leur  du  Tableau,  et  si  l'on  prend  pour  exemple  la  Russie,  on 
verra  que,  dans  la  première  période,  les  exportations  de  France 
en  Russie  ont  été,  en  objets  manufacturés,  de  1,2,29,100  fr. , 
et  dans  la  seconde,  de  7,71 6", 700  fr.;  en  boissons  et  comes- 
tibles, de  15,670,200,  fr.  pour  les  années  1787  à  1789,  et  de 
21,821,800  fr. ,  de  1819a  1821.011  trouvera  des  résultats  de 
même  nature  pour  les  bêles  de  somme,  les  matières  premières, 
les  métaux,  etc.  Et  il  en  résulte  que  la  France  a  envoyé  en  Rus- 
sie, de  1787  à  1789,  une  valeur  de  19,670,000  fr.  ;  et  de  1819 
à  1821  ,  une  valeur  de  40,^62,000  fr.  ;  ce  qui  prouve  que  ses 
exportations  ont  doublé.  Les  importations  ont  subi  une  pro- 
gression encore  plus  forte;  de  20,563,ooo  fr.  elles  ont  monté 
à  48,176,000  fr.  La  masse  des  importations  et  des  exportations 
avec  la  Suède  a  considérablement  diminué,  ainsi  qu'avec  le  Da- 
nemark ;  elle  a  beaucoup  augmenté  avec  la  Prusse,  la  Suisse,  les 
Pays-Bas  ,  l'Angleterre,  les  états  d'Allemagne,  et  diminué  avec 
les  villes  anséatiques,  l'Autriche,  la  Sardaigne,  la  Turquie, 
même  avec  nos  colonies,  tandis  qu'elle  augmentait  avec  les 
États-Unis.  Au  total,  les  importations  en  France  ont  diminué 
de  206,127,000  fr. ,  et  les  exportations  se  sont  accrues  de 
123,790,000  fr. 

Une  série  de  colonnes  indique  dans  cet  utile  Tableau  le  rang 
d'importance  de  chaque  article  de  commerce  reçu  en  France  , 
ou  exporté,  avec  la  désignation  des  royaumes,  états  et  colo- 
nies. 

239.  —  *  Tivo  years  in  Ava.  —  Deux  années  à  Ava,  de  mai 
182/,  à  mai  1826;  par  un  officier  attache  à  l'état-major- général 
(M.  Traiît).  Londres,  1827;  John  Murray,  Albemarle  street. 
In- 8°,  avec  gravures. 

M.  Trant,  le  jeune,  auteur  de  cet  intéressant  ouvrage,  l'avait 
composé  d'après  l'invitation  de  quelques  amis,  et  seulement 
pour  leur  instruction-.  Ils  l'ont  engagé  à  le  présenter  au  public, 
et  cet  officier  distingué  a  osé  espérer  que  la  critique  ne  serait 
pas  trop  sévère  pour  les  incorrections  et  les  négligences  de 
style  qui  auraient  pu  échapper  à  un  jeune  soldat  écrivant  sa 
première  campagne.  Il  n'a  eu  d'autre  prétention  que  de  rap- 


702  LIVPES  ÉTRANGERS. 

porter  fidèlement  les  événemcns  de  la  dernière  guerre  des 
Anglais  contre  les  Birmans,  et  de  décrite  les  mœurs  et  les 
usages  des  peuples  qu'il  a  eu  l'occasion  d'étudier  pendant  sou 
séjour  dans  l'Àva  et  le  Pégu. 

Toujours  présent  au  quartier-général  de  l'armée  de  sir  Ar- 
cliibald  Campbell,  depuis  le  commencement  jusqu'à  la  cessa- 
tion des  hostilités,  l'auteur  a  rapporté,  comme  témoin  ocu- 
laire, les  divers  incidens  qui  ont  eu  lieu  durant  les  opérations 
militaires  et  les  négociations.  11  pense  n'être  pas  entré  dans 
des  détails  superflus;  mais,  si  quelquefois  il  s'est  arrêté  à  des 
points  qui  sembleraient  de  peu  d'importance,  c'est  qu'ils  ten- 
daient à  jeter  du  jour  sur  le  système  particulier  et  les  plans 
des  Birmans.  En  décrivant  les  mœurs  des  Birmans,  l'auteur  ne 
s'est  pas  dissimulé  qu'il  s'emparait  d'un  sujet  déjà  traité  avec 
beaucoup  de  talent  par  le  lieu  tenant-colonel  Symes.  Il  était 
cependant  nécessaire  de  jeter  du  jour  sur  le  caractère  de  ce 
peuple  pour  éclaircir  divers  points  du  récit,  et  l'auteur  a  pu- 
blié toutes  les  observations  qu'il  a  eu  l'occasion  de  faire  lui- 
même,  lorsque  la  prise  de  Prome  eut  établi  entre  les  Anglais 
et  les  Birmans  des  relations  libres  et  journalières.  Il  lui  restait 
encore  beaucoup  à  dire,  mais  le  tems  lui  a  manqué.  D'autres 
écrivains  feront  un  jour  sans  doute  une  histoire  plus  détaillée 
de  ce  peuple  curieux  à  étudier. 

La  modestie  de  M.  Trant  ne  fait  qu'ajouter  au  puissant  in- 
térêt inspiré  par  son  récit.  Son  ouvrage,  bien  qu'il  arrive 
après  celui  du  lieulenant-colonel  Symes  ,  est  neuf  et  amusant  ; 
et  il  est  démontré  qu'il  a  vu  les  événemens  et  les  lieux  dont" 
M.  Symes,  qui  n'avait  guère  quitté  Rangoun,  avait  seulement 
entendu  parier.  Plusieurs  cartes  éclaircissent  la  marche  de  l'ar- 
mée anglaise  :  l'une  représente  l'empire  birman  en  totalité; 
une  autre,  le  fort  de  Dcnobiou;  une  troisième,  la  route  suivie 
par  un  détachement  qui  se  rendit  de  Pakangyeh  dans  l'Ava,  à 
Aeng  en  Aracan.  La  plupart  de  ces  cartes,  et  notamment  la 
dernière,  oui  été  levées  par  M.  Trant  lui-même  avec  un  soin 
extrême,  et  elles  renferment  des  particularités  topographiques 
intéressantes.  Quelques  planches  sont  consacrées  à  des  vues,  à 
des  dessins,  qui  représentent  des  costumes  de  prêtres,  de 
danseuses  ,  des  généraux  birmans,  des  bateaux  de  guerre  ,  des 
tombeaux,  etc. 

Comme  nous  sommes  avertis  qu'une  traduction  de  cet  ou- 
vrage va  paraître  incessamment  chez  un  des  premiers  libraires 
de  Paris,  nous  renonçons,  quoiqu'avec  regret,  à  en  donner 
l'analyse  dès  ce  moment ,  et  nous  la  réservons  pour  l'époque 
où  cette  traduction  sera  mise  au  jour.  Nous  parlerons  alors  de 
''attaque  de  la  pagode  invulnérable,  des  combats  contre  les 


GRA.NDJ&-BRETAGN&  ?o3 

elcpluns,    des  cérémonies   du    iikii  iage   chez    les   JJirm.m-» ,   de 

leurs  jeux  <t  de  leurs  il  anses*  de  la  captivité  jUi  Dr  S.indford, 
el  spécialement  d  ii  système  féodal  en  usage  dans  cette  contrée, 
(les  revenus i  du  commerce!  des  productions,  des  système* 
astrologiques j  de   la  jurisprudence,  el  de  célèbre  Mcngyee- 

Mdltd  -Mcri-  UUi'i  -  ï'/iit-ILih  -  'ilioo-Atlavcn-  U  on  ,  ministre  des 
(in  i nées  dn  roi  aux  pieds  d'or,  qui  a  signe  pour  son  maître  le 
traité  fait  entre  la  compagnie  des  Indes  Of  ienlales  et  l'empe- 
reur d' A  va.  R. 

'i.\o.  —  *  Résumai  historico  de  la  revolucion  de  lus  este/dos  uni- 
dos  mcjicanos,  etc.  —  Résumé  historique  de  la  révolution  des 
elats-unis  mexicains,  par  I).  Pabh  uk  Mkndikil.  Londres, 
ib'JtS;  Ackcrmaun.  In  8°  de  42.)  pages  avec  figures. 

Il  existait  déjà  une  histoire  de  la  révolution  mexicaine, écrite 
par  don  Carlos  Maria  RuvrwiKViT..  P. I a i s  cet  ouvrage  d'un  ci- 
toyen du  Mi  xique,  d'un  acl  ur  qui  avait  pris  part  aux  der- 
niers événemens  qui  amenèrent  la  délivrance  de  ce  pays,  man- 
quait des  qualités  essentielles  à  toute  production  historique. 
H  était  souvent  partial,  déclamatoire  et  diffus,  incomplet  en 
plusieurs  points,  et  pourtant  trop  volumiucux  pour  devenir 
populaire. 

C'est  de  cette  composition  indigeste  et  confuse  que  M.  Men- 
dibil est  pu  venu  à  tirer  iu\  excellent  résumé.  Les  faits  exis- 
taient :  il  ne  s'agissait  que  de  les  classer,  de  les  débarrosserde 
tous  leurs  faux  ornemens,  de  les  lier  ensemble  par  une  narra- 
tion serrée  et  rapide,  et  M.  Mendibil  pouvait  mieux  que  per- 
sonne remplir  une  semblable  tâche.  Espagnol  ,  il  juge  avec 
impartialité  les  hommes  que  cornbattit  long-temssa  patrie,  et 
n'hésite  pas  à  se  déclarer  pour  leur  indépendance.  Son  ouvrage 
est  divisé  en  quatre  livres;  il  s'ouvre  par  un  tableau  de  l'état 
du  Mexique  en  1808,  à  l'époque  des  premiers  symptômes  in- 
surrectionnels, et  retrace  toutes  les  phases  de  succès  et  de  re- 
vers par  lesquelles  la  révolution  mexicaine  a  passé,  depuis  que 
les  curés  Motclos  et  Hidalgo  levèrent  l'étendard  de  la  rébel- 
lion, jusqu'en  1 819  où  l'Espagne  réussit  à  replacer  sous  le  joug 
(  mais  pour  quelques  instans  seulement  )  son  ancienne  colonie. 
Les  scènes  affligeantes  et  les  actions  héroïques,  les  meurtres 
horribles  et  les  dévoùmens  sublimes  abondent  dans  ce  résumé 
historique.  L'humanité  gémit  à  la  vue  de  ces  massacres  de  pri- 
sonniers dont  se  souillèrent  tour  à  tour  les  républicains  et  les 
royalistes  ,  et  il  faut  des  traits  d'héroï-me  semblables  à  celui 
qu'on  doit  an  général  Bravo,  ou  des  exploits  aussi  éclatans 
que  ceux  d'un  Mina,  pour  faire  excuser  les  excès  qu'animent 
les  révolutions.  On  assure  que  I).   Pablo  Mendibil  s'occupe  de 


704  LIVRES  ÉTRANGERS, 

donner  une  suite  à  ce  premier  ouvrage,  pour  conduire  jusqu'en 
1827  l'histoire  de  la  république  du  Mexique.  Nous  lui  conseil- 
lons d'être,  dans  ce  second  volume,  un  peu  plus  sobre  de  ré- 
cits de  petits  combats  sans  importance,  et  de  nous  offrir  plutôt 
quelques  considérations  philosophiques  sur  l'état  actuel  et  sur 
l'avenir  probable  de  la  république  mexicaine. 

2/ji.  —  Manoirs  of  sir  Kenehn  Digby  >  etc.  —  Mémoires  de 
sir  Kenelm  Digby,  gentilhomme  de  la  chambre  de  Charles  Ier, 
écrits  par  lui-même,  publiés  pour  la  première  fois  ,  et  précédés 
d'une  introduction.  Londres  ,  1828;  Saunders  et  Otley.  In-8° 
de  328  pages. 

242.  —  Castrations  from  the  privaie  memoirs ,  etc.  —  Ro- 
gnures des  Mémoires  privés  de  sir  Kenehn  Digby.  Londres, 
1828.  In-8°  de  5o  pages. 

Ces  Mémoires  donnent  des  détails  très  curieux  sur  les  mœurs 
des  cours  d'Angleterre  ,  d'Espagne  et  de  France ,  à  l'époque  de 
Charles  Ier  et  du  protecteur  Cromwell.  C'est  l'histoire  d'un 
courtisan  distingué  dans  son  tems  par  son  instruction,  et  devenu 
fameux  par  ses  aventures  tout  à-fait  romanesques.  L'éditeur 
de  ces  Mémoires  a  été  obligé  d'y  supprimer  des  passages  con- 
traires à  la  décence;  mais  ces  passages,  recueillis  par  un  libraire 
de  Londres,  ont  été  imprimés  dans  une  brochure  séparée  sous 
le  titre  de  Castrations ,  que  pourront  consulter  des  lecteurs 
moins  sévères,  ou  qui  voudront  voir  dans  toute  leur  nudité 
souvent  révoltante  les  mœurs  des  grands  de  cette  époque. 

F.  D. 

243.  —  *  Lettersfrom  Greece.  —  Lettres  sur  la  Grèce  ,  avec 
des  remarques  sur  le  traité  d'intervention,  par  Ed.  Blaquière. 

,  Londres,  1828;  James  Ilberg.  In-8°  de  35 1  pages. 

Cet  ouvrage  est  un  recueil  de  lettres  écrites  par  M.  Blaquière, 
pendant  son  dernier  séjour  en  Grèce,  et  qui  ont  paru  succes- 
sivement dans  divers  journaux  anglais,  notamment  dans  le 
Morning  herald. 

On  trouve  dans  ces  lettres,  comme  dans  tous  les  ouvrages 
précédons  du  philhélène  anglais,  l'expression  animée  de  senti- 
mens  généreux,  des  observations  curieuses  et  souvent  carac- 
téristiques sur  le  génie  du  peuple  grec  ;  et  des  détails  intéres- 
sans  sur  les  mœurs,  les  ressources,  les  espérances  de  cette 
nation  infortunée.  On  sent  à  chaque  instant,  en  parcourant  ce 
recueil,  que  la  délivrance  de  la  Grèce  est  pour  l'auteur  un 
objet  d'affection  et  un  besoin.  «  Ayant  épousé  la  défense  des 
Grecs  par  principe  autant  que  par  affection,  dit  l'auteur,  et 
la  regardant  comme  une  question  essentiellement  britannique, 
je  m'y  suis  constamment  voué,  au  milieu  de  toutes  les  cruelles 


<;R\M)K-mu  -TA G  NE.  7o5 

vicissitudes  qui  onl  vingt  t'ois  menacé  d'anéantir  !.i  natioii. 
Rien  n'a  |>u  ralentir  nus  efforts,  parce  qu'ils  ont  toujours  été 
âmes  yeux  l'accomplissement  d'un  devoir.  M  les  événemens, 
ni  les  hommes,  n'ont  pu  diminuer  dans  mon  esprit  l'importance 
de  la  cause  grecque,  ou  me  rendre  moins  saintes  les  obligations 

qu'elle  impose.  J'ai  toujours  considéré  'es  grands  intérêts 
qui  se  rattachent  à  la  régénération  de  la  Grèce  comme  trop 
importons  pour  que  la  conduite  criminelle  de  quelques  indi- 
vidus, ou  l'inexpérience  d^  grand  nombre  pût  fournir  même 
un  prétexte  pour  justifier  l'abandon  de  celte  cause  sacrée.» 

JM.  BJaquière,  comme  le  prouve  ce  qu'on  vient  de  lire,  n'est 
point  un  enthousiaste  extravagant  de  la  cause  grecque.  Il  voit 
les  choses  et  les  hommes  tels  qu'ils  sont,  et  il  a  trop  de  bon 
sens  et  trop  de  respect  pour  la  vérité  pour  représenter  les 
Grecs  sous  les  couleurs  poétiques  qu'ont  employées  quelques 
écrivains  à  imagination  ardente,  et  trop  préoccupés  du  sou-. 
venir  des  grandes  ombres  antiques.  Il  les  a  vus  tels  qu'ils 
sont,  tels  que  les  a  faits  le  despotisme  féroce  des  Turcs;  mais, 
à  travers  leurs  fautes,  leurs  vices  mêmes,  il  a  su  retrouver 
quelques  beaux  restes,  quelques  débris  vivans  du  plus  grand 
peuple  qui  ait  jamais  existé.  Et  quand  ce  malheureux  peuple 
serait  encore  plus  avili,  plus  dégradé  ,  plus  coupable  qu'on  ne 
le  prétend,  ne  suffirait-il  pas  qu'il  voulut  être  libre,  qu'il  voulût 
briser  le  joug  insupportable  dont  on  l'accable,  qu'il  voulût 
enfin  remonter  au  rang  des  nations,  pour  qu'un  si  noble  projet 
excitât  le  plus  profond  intérêt  dans  tous  les  cœurs  généreux  ? 
Est-ce  à  la  France  d'ailleurs ,  est-ce  aux  enfans  de  la  révolution 
française,  qui  a  révélé  aux  peuples  leurs  droits  ,  et  qui  leur  a 
appris  à  repousser  l'agression,  qu'il  siérait  de  déserter  la 
cause  des  Grecs,  parce  que  quelques  individus  se  sont  montrés 
coupables,  et  de  ne  voir  que  des  criminels,  là  où  sont  tant 
de  héros  ?  Soyons  justes,  nous  qui  nous  sommes  montrés  si 
grands,  quand  nous  étions  les  fils  de  la  liberté;  et  osons  pro- 
clamer enfin  qu'il  n'y  a  peut  être  pas  en  Europe  une  seule 
nation  qui,  dans  la  position  où  se  trouvait  le  peuple  grec,  au 
moment  de  l'insurrection,  eût  osé  la  commenta  r,  et  eût  sup- 
Dortu  avec  tant  de  constance  les  maux  sans  nombre  qui  pen- 
dant cinq  années  consécutives  l'ont  accablé.  Nous  ne  serions 
pas  ciignes  d'être  une  nation  libre  et  de  [/résider  bientôt  peut- 
être  aux  destinées  des  autres  peuples  qui  aspirent  à  la  liberté, 
si  un  tel  héroïsme  ne  nous  faisait  pas  oublier  toutes  les  fautes 
commises. 

Tout  ce  qui  s'est  passé  d'important  en  Grèce  est  trop  connu 
en  France  pour  que  nous  suivions  M.  Blaquière  dans  le  récit 
t.  xxxvii.  —  Mars  1828.  4j 


7o6  LIVRES  ÉTRANGERS, 

des  événemens  qui  se  sont  succédé  si  rapidement,  depuis  le 
mois  de  décembre  1826  ,  époque  à  laquelle  commence  la  cor- 
respondance que  nous  avons  sous  les  yeux,  jusqu'à  la  bataille 
de  Navarin.  Espérons,  avec  M.  Blaquière  et  avec  tous  les  amis 
de  la  cause  grecque,  que  les  résultats  de  cette  victoire,  la  seule 
qui  depuis  long-tems  ait  été  gagnée  au  profit  de  la  liberté,  ne 
seront  pas  étouffés  sous  les  combinaisons  d'une  politique  ma- 
chiavélique. 

Nous  terminerons  cet  article  par  un  trait  qui  peint  admira- 
blement et  le  génie  grec  et  le  caractère  de  la  lutte  dans  la- 
quelle il  est  engagé.  Les  dames  françaises  ,  qui  se  sont  montrées 
si  empressées  de  voler  au  secours  des  malheureuses  mères 
grecques  ,  apprécieront  mieux  que  personne  la  sublimité  des 
motifs  qui  animèrent  l'héroïne  de  la  scène  que  nous  allons  es- 
sayer de  retracer. 

Nous  emprunterons  les  expressions  de  M.  Blaquière  :  «  Lors 
de  la  chute  de  Missolonghi,  Sophia  Condulimo ,  veuve  d'un 
brave  officier  grec,  tué  pendant  le  siège,  essaya  de  se  faire 
jour  avec  ses  deux  enfans  à  travers  la  foule  de  femmes  et  d'en- 
fans  qui  s'efforçaient  aussi  d'échapper  à  la  férocité  des  vain- 
queurs. Suivie  de  son  fils  et  de  sa  fille  âgée  de  seize  ans,  et 
belle  comme  une  vierge  antique ,  elle  venait  à  peine  de  quitter 
la  ville  héroïque  ,  quand  elle  s'aperçut  qu'un  parti  turc  les 
poursuivait.  A  l'idée  du  sort  infâme  qui  attendait  sa  fille,  ce^tte 
mère  désespérée  se  tourne  vers  son  fils  et  lui  ordonne  de  sous- 
traire ,  parla  mort,  sa  malheureuse  enfant  à  la  brutalité  sau- 
vage des  musulmans.  Cette  prière  fut  exaucée  ;  et  le  jeune 
homme,  saisissant  aussitôt  dans  sa  ceinture  un  pistolet  chargé 
de  quatre  balles,  le  tira  sursa  malheureuse  sœur,  qui  tomba  bai- 
gnée de  sang  à  ses  pieds.  Cette  mère,  déchirée  de  douleurs,  s'em- 
pressa de  quitter  ce  lieu  funeste  ,  et  essaya  de  se  réfugier  avec 
son  fils  dans  une  caverne;  mais,  au  moment  où  ils  y  entraient, 
un  éclat  de  mitraille  yint  frapper  le  fils  à  la  jambe.  Il  tombe,  et 
sa  mère  avait  à  peine  réussi  à  l'entraîner  avec  elle,  qu'un  piquet 
de  cavalerie  turque  les  entoure;  et  l'un  des  soldats,  appliquant 
le  bout  d'un  pistolet  à  la  tète  de. la  malheureuse  Sophia,  allait 
lui  donner  la  mort,  quand  le  sentiment  des  devoirs  maternels 
qui  lui  restaient  encore  à  remplir  envers  son  unique  enfant 
couché  tout  sanglant  à  ses  pieds,  ranima  de  nouveau  l'âme 
héroïque  de  la  Grecque,  qui,  se  relevant  tout  à  coup  et  fixant 
sur  le  soldat  un  œil  de  feu,  s'écrie:  «  Barbare,  ne  vois-tu  pas 
que  je  suis  une  femme  !  »  Cet  appela  l'humanité  fut  entendu  : 
les  jours  de  la  mère  et  du  fils  fureDt  épargnés,  et  tous  les  deux 
furent  conduits  en  esclavage.  Grâce  à  l'activité  des  directeurs 


G]\  \M)K  BRETAGNE.  707 

des  comités  ^rrcs  de  P.iris  et  île  Genève,  les  <\cux  infortunés 
ne  tardèrent  pas  a  être  rachetés  avec  deux  cents  autres  (le  leurs 
Compatriotes,  el  conduits  à  Coi  fou  où  se  trouvaient  alors  un 
grand  nombre  de  familles  grecques  rachetées  aussi  de  l'escla- 
vage. Quels  furent  rétonnement  el  la  joie  délirante  de  la  pauvre 
mère,  lorsqu'elle  reconnut  parmi  les  captifs  rachetés  sa  Cres- 
sula,  sa  fille  adorée,  qu'elle  avait  vue  tomber  morte  à  ses  pieds  ! 
Après  les  premiers  transports,  qu'il  n'est  donné  à  aucune  plume 
de  représenter',  Cressuta  apprit  à  sa  mère  que  les  soldats  turcs 
qui  les  poursuivaient,  s'étant  aperçus  qu'elle  était  une  femme, 
et  qu'elle  respirait  encore,  la  conduisirent  à  Missolonghi.  Là, 
les  soins  de  l'art  lui  ayant  été*  donnés,  elle  recouvra  prompte- 
ment  la  santé,  et  fut  quelque  tems  après  rachetée  par  les  soins 
du  même  comité  qui  avait  aussi  rendu  sa  mère  et  son  frère  à  la 
liberté.» 

Quand  de  telles  âmes  apparaissent  au  milieu  d'une  telle  lutte, 
comment  pourrions  nous  refuser  notre  sympathie  et  notre  as- 
sistance au  peuple  qu'elles  honorent.  Et  puisqu'une  telle  action 
a  été  suivie,  grùce  à  nos  offrandes,  d'un  résultat  aussi  heu- 
reux, ne  devons -nous  pas  redoubler  d'efforts,  de  sacrifices 
même,  en  faveur  du  peuple  opprimé,  quand  surtout  nous  ré- 
fléchissons que  c'est  à  la  généreuse  sollicitude  de  nos  femmes  de 
France  que  la  postérité  attribuera  le  bonheur  que  ces  trois 
individus  ont  goûté  en  se  retrouvant.  H.  H. 

il\l\.  — An  impartial  examination  of  the  hamiltonian  System 
of  teaching  languages ,  etc.  —  Examen  impartial  du  système 
d'IIamilton  sur  l'enseignement  des  langues,  auquel  on  a  joint 
quelques  idées  relatives  à  la  meilleure  méthode  d'enseigner  les 
langues  ;  par  M.  Santagicrixo.  Deuxième  édition.  Londres 
1827.  In  8°. 

2  45.  —  A  Para  lie  l  between  the  hamiltonian  System  and  tha» 
ivhich  N.  Hamilton  calls  the  old  system,  etc.  —  Parallèle  entre 
le  système  hamiltonien  et  celui  que  M.  Hamilton  appelle  le  vieux 
système,  avec  l'examen  de  la  théorie  des  verbes  italiens  à  l'u- 
sage des  élèves  hamiltoniens  ;  par  F,-X.  Donato.  Bristol,  1827. 
In-8°. 

246.  —  Outlincs  of  an  improved  system  of  teaching  langua 
ges,  etc.  —  Esquisse  d'un  système  raisonné  sur  l'enseignement 
des  langues,  ou  moyen  de  réunir  les  avantages  des  méthodes 
anciennes  et  modernes,  par  Joachim  de  Prati.  Londres,  1827. 
In-8°. 

Les  auteurs  de  ces  trois  opuscules  ,  professeurs  habiles  de 
langue  italienne,  se  sont  fait  un  devoir  d'examiner  sérieusement 
le  nouveau  svstème  de  M.  Hamilton,  au  lieu  de  l'adopter  aveuglé- 

45 


7o8  LIVRES  ETRANGERS. 

ment ,  comme  tant  d'rutres  qui  se  laissent  imposer  par  la  simple 
annonce  d'une  innovation.  Il  résulte  de  leurs  analyses  que  la 
méthode  ancienne,  lorsqu'elle  est  bien  appliquée,  mérite  d'être 
préférée  à  la  nouvelle,  si  l'on  veut  donner  une  connaissance 
complète  de  la  langue  qu'on  enseigne.  M.  Donato  avait  étudié  les 
doctrines  de  Dumarsais  que  d'autres  grammairiens  paraissent 
avoir  entièrement  oubliées;  et[il  tes  appliquait  à  renseignement, 
lorsque  d'autres  sont  venus  se  les  approprier,  et  souvent  les 
dénaturer.  Il  assure  en  même  tems  que  la  plupart  îles  profes- 
seurs de  langue  italienne,  d'après  l'exemple  de  ce  grammairien 
philosophe,  font  usage  des  traductions  littérales  et  interlinéaires, 
et  qu'elles  ont  cette  correction  qu'on  cherche  en  vain  dans  la 
traduction  de  Y  Evangile  de  saint  Jean  ,  que  M.  Hamilton  em- 
ploie dans  ses  cours.  M.  Donato  fait  aussi  sentir  les  avantages 
qu'on  peut  retirer  des  dictionnaires  et  des  grammaires,  s'ils 
sont  bien  rédigés.  Il  montre  comment,  au  moyen  des  uns  ,  on 
rend  facile  l'explication  des  mots  inconnus  ,  et  comment  les  au- 
tres servent,  pour  ainsi  dire,  de  mémoire  artificielle  pour  en 
diriger  la  construction.  Ce  critique  présente  des  observations 
très -justes  sur  la  prononciation  et  l'accent  de  la  langue  ita- 
lienne. Nous  croyons  que  la  lecture  de  ces  trois  opuscules  sera 
profitable  à  ceux  qui  s'occupent  de  ce  genre  d'enseignement  ; 
nous  distinguons  surtout  celui  de  M.  de  Prati.  Animé  de  cet 
esprit  philosophique  qui  ne  cherche  que  ce  qui  est  vrai,  bon  et 
utile,  il  profite  des  remarques  des  partisans  des  deux  systèmes, 
lorsqu'il  les  trouve  raisonnables.  Il  regarde  cependant  le  sys- 
tème de  M.  Hamilton,  surtout  dans  la  partie  qui  lui  appartient 
véritablement,  comme  défectueux  et  incomplet.  Aussi préfère- 
t-il  celui  qu'on  appelle  l'ancien,  surtout  si  l'on  le  dégage  des 
préjugés  invétérés  que  la  routine  et  lepédantismeont  consacrés. 

F.  Salfi. 

a  47.  —  Verbal  analyses  ,  etc.  —  Analyse  verbale  de  V Histoire 
de  la  conjuration  de  Venise,  en  1628,  par  Saint-Réal,  em- 
ployée comme  moyen  d'enseigner  et  d'apprendre  le  français, 
suivant  la  Méthode  ^/'Hamilton;  on  y  a  joint  un  traité  de  la 
conjugaison  des  verbes  français,  extrait  du  Cours  de  langue 
française  de  Lemare.  Londres,  182"  ;  Longman.  In-8°  de 
27/,  pages. 

L'écrit  de  Saint  Real  est  très-bien  choisi  pour  servir  de  texte  à 
l'étude  de  notre  langue.  On  le  trouve  inséré  ici,  avant  son  analyse 
grammaticale,  afin  que  le  lecteur  puisse  avoir  sous  les  yeux  la 
phrase  qu'il  vient  de  traduire  mot  à  mot,  et  observer  sa  cons- 
truction. Il  est  bon  de  remarquer  que  celte  méthode  analytique, 
qui  porte  le  nom  d'Hamilton,  n'est  guère  autre  chose  que  celle 


GRANDE-BRETAGNE.  70$ 

de  Diiinarsais  pour  l'étude  des  langues  en  général,  et  que 
notre  grammairien  appliquait  spécialement  aux  langues  an- 
ciennes. 

L'auteur  a  placé  dans  sa  préface  des  avèrtissemens  que  le» 
lecteurs  ne  devront  pas  négliger  ;  ils  sont  adressés  spécialement 
1UX  instituteurs;  on  y  trouve  plusieurs  observations  qui  res- 
treignent l'application  de  la  méthode  d'Hamilton ,  et  ia  rendent 
par  conséquent  plus  sûre,  et  qui  font  mieux  connaître  si  s 
principes  et  son  but.  Cet  ouvrage  pourrait  être  imité  dans  noire 
langue,  à  l'usage  dll  grand  nombre  de  Français  qui  étudient  la 
langue  anglaise  ,  non  par  spéculation  ,  mais  comme  moyen  d'ac- 
quérir une  instruction  plus  étendue,  de  puiser  immédiatement 
aux  sources  de  tant  de  connaissances  indispensables  pour  les 
progrès  de  l'art  social,  objet  de  recherches  que  l'on  n'aban- 
donnera point,  puisqu'on  a  commencé  a  s'en  occuper  sérieu- 
sement. Etudions  la  langue  des  peuples  qui  peuvent  nous  ap- 
prendre quelque  chose  de  plus,  et  ne  consumons  pas  une  grande 
partie  du  tems  de  la  jeunesse  à  des  langues  qui  nous  ramènent 
constamment  au  point  de  départ,  et  semblent  s'attacher  à  l'es- 
prit humain,  comme  le  r-'nmra  à  la  carène  du  vaisseau,  pour 
arrêter  sa  marche.  N. 

Ou  vrages  périodiques. 

248.  — The  Athcnœum  ,  etc.  —  L'Athénée,  journal  critique 
et  littéraire ,  N°  i3.  Londres,  7  mars  1828;  Lewer.  Paris, 
Bobéc  Hingray.  Grand  in-4"  de  16  pages  ;  prix,  7  p. 

2/19.  —  The  Sphinx ,  etc.  — Le  Sphinx,  journal  politique  et 
littéraire,  N0  i5.  Londres,  5  mars  1828;  Lewer.  Paris,  Ro- 
bée  Hingray.  Grand  in-4°  de  16  pages;  prix,  7  p. 

Le  premier  de  ces  i\cux  journaux  n'a  pas  encore  trois  mois 
d'existence,  et  il  compte  déjà  plus  de  deux  mille  abonnés;  il 
est  le  seul  ,  de  tous  les  recueils  purement  littéraires  publiés  à 
Londres,  qui  paraisse  deux  fois  par  semaine;  ce  qui  lui  per- 
met de  n'omettre  dans  ses  colonnes  aucun  des  ouvrages  impor- 
tons qui  s'impriment  en  Angleterre,  et  de  signaler  plusieurs  de 
ceux  qui  font  du  bruit  sur  le  continent.  Le  second  de  ces  deux 
journaux,  le  Sphinx,  paraît  aussi  deux  fois  par  semaine;  mais 
c'est  moins  à  la  littérature  qu'à  la  politique  qu'il  consacre  ses 
colonnes. 

L'un  et  l'autre  de  ces  journaux  ont  pour  directeur  M.  Buc- 
ringham,  cet  éditeur  courageux  du  Joumnl  de  Calcutta,  qui 
fut  obligé  de  quitter  l'Inde  pour  avoir  osé  faire  entendre  une 
voix  libre  à  une  population  d'oppresseurs  et  d'opprimés,  qui 


7io  LIVRES  ÉTRANGERS. 

continue,  dans  le  Héraut  de  f  Orient,  à  défendre  les  intérêts 
du  peuple  indien.  Le  monde  littéraire  lui  doit  aussi  trois  ou- 
vrages importans  :  les  Voyages  en  Palestine,  parmi  les  tribus 
arabes  et  en  Mésopotamie. 

On  trouve  dans  le  Sphinx  cette  indépendance  de  principes, 
cet  amour  delà  liberté,  cette  haine  des  abus  qui  firent  le  succès 
du  Journal  de  Calcutta,  et  qui  attirèrent  sur  cet  écrit  les  ven- 
geances des  tyrans  subalternes  de  la  compagnie  des  Indes.  On 
yjuge  avec  impartialité  et  avec  plus  de  soin  ,  de  profondeur  et 
d'indépendance  que  dans  les  autres  journaux  de  Londres,  les 
diverses  mesures  du  cabinet  anglais.  On  s'y  occupe  davantage 
de  la  politique  de  l'Europe,  et  spécialement  de  celle  de  la 
France,  à  laquelle  on  a  consacré  un  assez  grand  nombre  d'ar- 
ticles. Nous  signalerons  un  article  fort  remarquable  sur  la  Tur- 
quie ,  une  série  d'articles  sur  Y  état  et  la  politique  de  l'Europe  en 
1827;  des  observations  sur  les  dernières  élections  françaises  ; 
plusieurs  analyses  d'ouvrages,  parmi  lesquelles  on  distingue 
celles  sur  Y  Histoire  de  la  guerre  de  fa  Péninsule  par  le  général 
Foy,  et  Y  Histoire  de  la  bataille  d'Jgincourt  par  N.-H.  Nicolas, 
esq.  ;  enfin,  les  portraits  de  quelques  membres  du  parlement 
britannique ,  et  une  esquisse  sur  la  vie,  le  caractère  et  le  genre 
d'éloquence  de  M.  Roycr-Collard ,  insérée  dans  le  dernier  nu- 
méro du  Sphinx,  et  qui  commence  une  série  de  portraits  des 
hommes  d'état  les  plus  célèbres. 

JjAthenœum  abandonne  au  Sphinx \es  discussions  politiques, 
et  s'occupe  entièrement  des  sciences  et  des  lettres.  Ce  journal 
promettait,  clans  son  prospectus,  une  plus  grande  quantité  de 
matières  qu'on  n'en  trouve  dans  les  autres  feuilles  hebdoma- 
daires consacrées  à  la  littérature  ,  plus  de  variété  dans  son  plan 
et  une  entière  indépendance  dans  ses  critiques.  Il  a  rempli  ses 
promesses.  «  A  nos  yeux,  dit  le  rédacteur  ,  la  critique  est  une 
magistrature  d'autant  plus  importante,  d'autant  plus  utile,  que, 
de  l'exercice  de  ses  hautes  fonctions  dépend  la  gloire  ou  l'a- 
baissement des  lettres;  faite  avec  haine  ou  partialité,  elle  cor- 
rompt le  goût,  encourage  la  médiocrité  et  dégoûte  le  génie; 
faite  avec  indépendance  et  équité  ,  elle  renverse  les  fausses 
idoles,  et  ne  laisse  sur  le  piédestal  que  les  écrivains  dont  les 
productions,  dictées  par  le  goût,  libres  de  toute  erreur,  de 
tout  fanatisme,  peuvent  instruire  les  hommes  et  agrandir  l'ho- 
rizon de  la  science.  »  Ainsi,  l'Athenaeum  livre  à  la  risée  publique 
les  productions  monstrueuses  de  certains  romantiques,  prônés 
par  quelques  coteries,  et  applaudit  franchement  aux  beautés 
que  l'on  trouve  dans  les  œuvres  de  Chateaubriand.  Ses  analyses 
d'ouvrages  sont   en  général  faites  avec  conscience  ;  mais  ces 


GRANDE-BRETAGNE.  — RUSSIE.  71 1 

ouvrages  ont  quelquefois  une  date  ancienne,  et  la  critique  heu  • 
tjomaaaire  doit  s'attacher  aux  productions  nouvelles.  L'A  thé- 
nseura  renferme  d'agréables  poésies;  mais  ce  sont  surtout  ses 

articles  que  nous  nommerons  de  genre y  qui  le  placent  au-des- 
sus de  tous  scs  rivaux.  Nous  n'aimons  pas  les  longues  et  fas- 
tidieuses attaques  contre  la  Quarterfy  Revietv  ;  mais  nous  ne 
trouvons  rien  de  plus  amusant  que  la  série  d'articles  ayant 
pour  titie«  Piétines  of  Society  »  dans  lesquels  Tailleur  esquisse 
avec  une  grâce  charmante  les  mœurs  de  la  société  dans  les 
principales  capitales  de  l'Europe  ,  et  nous  fait  connaître  des 
particularités  curieuses  sur  différens  personnages  qui  jouaient 
un  rôle  à  Paris,  à  l'époque  du  Directoire.  Les  portraits  des  au- 
teurs contemporains  anglais  ,  (que  suivront  bientôt  des  portraits 
d'auteurs  étrangers  indiquent  dans  leur  auteur  une  âme  jeune 
et  belle  qui  manque  sans  doute  encore  de  l'expérience  du 
monde,  mais  dont  la  plume  a  du  nerf  et  surtout  de  l'indépen- 
dance. Les  esquisses  sur  le  pamphlétaire  Cobbett ,  l'avocat  Brou- 
gharn  ,  le  poète  IVordsivorth  ,  fourniront  des  preuves  de  ce  que 
nous  avançons.  F.  D. 

RUSSIE. 

a5o.  —  Jpologi  cztero  wicrszowc,  etc.  —  Apologues  en  quatre 
vers,  traduits  du  russe,  de  J.  J.  Dmitrtef,  en  polonais,  par 
B.  Reutta.  Pétersbourg,  1827;  imprimerie  de  Kray.  In-16 
de  iv- 123  pages. 

25 1.  —  Sonety  Adama  Michicwïcza ,  etc.  — Sonnets  iï  Adam 
MicRiEwicz.  Moscou,  1826.  lu  4°  de  48  pages. 

Ces  deux  ouvrages,  dont  nous  plaçons  ici  1  annonce  pour 
nous  conformer  à  l'ordre  géographique  adopté  dans  la  Revue 
pour  le  classement  des  ouvrages  étrangers,  appartiennent  à  la 
littérature  polonaise,  sur  laquelle  nous  regrettons  d'avoir  trop 
rarement  à  appeler  l'attention  de  nos  lecteurs.  Le  premier  n'est 
qu'une  traduction  d'un  recueil  qui  a  paru  à  Moscou,  en  1826, 
sans  nom  d'auteur,  mais  avec  les  initiales  J.  D.,  sous  lesquelles 
s'était  caché  un  des  poètes  les  plus  distingués  de  la  Russie. 
Lorsque  nous  avons  rendu  compte  de  ce  recueil  (tom.  XXXI, 
pag.  i33)  sur  la  foi  d'un  de  nos  correspondais,  nous  voulions 
encore  douter  que  l'idée  d'imiter  le  malencontreux  essai  de 
M.  Mollevaut  fût  venue  dans  l'esprit  d'un  poëte  auquel  la  Russie 
doit  une  des  meilleures  traductions  qui  «lient  jamais  été  faire?, 
celle  des  fables  de  La  Fontaine,  si  parfaite  à  notre  avis  qu'on 
pourrait  se  faire  illusion  en  la  lisant,  et  croire  que  le  lîonhomine 
a  lui-même  écrit  ses  chefs-d'œuvre  en  russe.  Depuis,  nous 
avons  reçu  les  nouveaux  apologues  de  M.  Dmitrief,  et  nous  de- 


712  LIVRES  ÉTRANGERS, 

vons  à  la  vérité  d'avouer  qu'il  est  resté  fidèle  à  son  ancienne 
réputation,  et  qu'il  a  tiré  d'un  fond,  bien  ingrat  sous  la  plume  de 
l'académicien  fiançais,  un  parti  tellement  avantageux  qu'il  nous 
fei  ait  presque  renoncera  l'opinion  que  nous  avons  émise  sur 
une  pareille  tentative.  Il  est  vrai  de  dire  qu'il  n'a  emprunté 
M.  Molievaut  que  les  sujets  qui  prêtaient  le  mieux  à  la  con- 
cision ,  qu'il  y  en  a  joint  quelques  autres,  pris  ailleurs  ou 
dont  il  est  lui-même  l'inventeur,  et  qu'il  les  a  revêtus  des 
charmes  d'un  style  aussi  pur  et  aussi  gracieux  que  celui  des 
fables  françaises  était  lourd  et  incorrect. 

Le  critique  russe  qui  rend  compte  de  la  traduction  polonaise 
dansle  Télégraphe  de  Moscou  (n°  8  de  i8'27)accorde  des  éloges 
au  travail  de  M.  Reutta  ,  dont  le  nom  était  encore  inconnu 
dans  la  littérature; il  cite  plusieurs  de  ses  fables  comme  des  mo- 
dèles de  traduction  ,  sous  le  rapport  de  la  clarté  ,  de  la  conci- 
sion, et  surtout  de  la  fidélité.  Il  engage  l'auteur  à  revoir  son 
premier  livre,  qu'il  trouve  au-dessous  du  dernier,  quoique 
presque  toutes  les  pièces  qui  le  composent  renferment  des  vers 
heureux ,  et  il  croit  principalement  devoir  appeler  son  atten- 
tion sur  le  choix  des  épithètes,  qui  est  une  des  parties  les  plus 
difficiles  de  l'art  de  faire  des  vers. 

Un  des  rédacteurs  les  plus  distingués  du  même  recueil  (i). 
M.  le  prince  Viazemsky,  a  consacré  (n°  7  1827)  une  trentaine 
de  pages  à  l'examen  des  sonnets  de  Mickiewicz;  nous  allons 
lui  emprunter  les  principaux  traits  de  son  article 

D'Alcmberta  dit  qu'un  poëte,  au  milieu  d'un  désert,  cesserait 
de  rimer,  tandis  qu'un  géomètre  n'en  continuerait  pas  moins  de 
tracer  des  lignes  et  des  angles.  M.  Mickiewicz  n'est  pas  le  pre- 
mier poëte  qui  démente  cette  assertion;  mais  il  peut  aussi  être 
cité  comme  exemple,  lui  qui  a  composé  et  publié  ses  sonnets 
dans  une  ville  où  il  n'y  a  peut-être  pas  dix  lecteurs  en  état  de 
le  comprendre.  Ce  fait  en  lui-même,  est  du  reste  fort  remar- 
quable, et  l'on  ne  peut  assez  accuser  l'indifférence  des  Russes 
pour  l'étude  d'une  langue  qui  a  tant  de  rapports  et  d'analogie 
avec  la  leur.  Le  même  reproche  sans  doute  peut  être  fait,  avec 
le  même  fondement,  aux  Polonais  à  l'égard  de  la  langue  russe; 
mais  il  faut  tenir  compte  delà  rivalité,  disons  plus,  de  l'inimitié 
qui  a  régné  si  long-tems  entre  ces  deux  nations.  Espérons  que 


(1)  Nous  citons  souvent  ce  recueil  parce  qu'il  est  à  peu  près  le  seul, 
avec  X Abeille  du  Nord,  qui  renferme  des  analyse-,  satisfaisantes  d'ou- 
vrages russes  ;  ne  recevant  point  ce  dernier  journal  ,  nous  ne  pouvons 
lui  faire  les  mêmes  emprunts  qu'au  Télégraphe. 


RUSSIE.  7i3 

ces  btinea  et  ces  préjugés  de  peuples  disparaîtront  de  plus  en 
plus  .nu  flambeau  de  la  véritable  philosophie]  h  que  des  inté- 
rêts moraux  réuniront  nn  jour  ceux  que  désintérêts  matériels 
avaient  divisés. 

Un  sonnet  sans  défaut  vaut  seul  un  long  poème. 

a  dit  l'auteur  de  V Art  poétique ,  qu'un  jeune  poète  russe, 
M.  Pouschkine,  appelle  le  Coran  français.  Sans  pai  tager  entiè- 
remenl  L'opinion  de  Boileau  pour  un  genre  de  poésie  totalement 
abandonné  aujourd'hui  en  France,  on  peut  trouver  encore 
quelque  mérite  à  ce  genre  de  composition  ,  et  l'on  peut  regretter 
qu'il  n'exerce  plus  la  verve  de  nos  auteurs.  Ceux  de  M.  Mickie- 
■wiez  sont  divisés  en  deux  livres  ,  dont  le  premier  renferme  des 
essais  dans  le  genre  des  sonnets  de  Pétrarque,  c'est-à-dire  qu'à 
l'exception  de  quelques-uns  où  se  trouve  une  légère  empreinte 
satirique  ,  ils  sont  tous  consacrés  à  chanter  les  rigueurs  ou  ies 
faveurs  de  l'amour.  L'autre  partie  se  compose  de  sonnets  cri- 
méenSy  ainsi  nommés  parleur  auteur,  parce  qu'il  en  a  puise- 
les  inspirations  dans  un  voyage  en  Crimée;  ils  appartiennent, 
tic  leur  nature,  au  genre  didactique,  et  peuvent  être  comparés, 
dit  le  critique  russe,  pour  la  couleur  locale  et  l'exécution,  aux 
meilleures  strophes  de  Childe  Harold  ,  où  Byron  a,  pour  ainsi 
dire,  consigné  le  journal  poétique  de  ses  voyages. 

Après  avoir  donné  la  traduction  en  prose  de  deux  sonnets 
du  i'1'  livre  qu'il  examine  ,  M.  A  iazemsky  donne  celle  de  toutes 
les  pièces  qui  composent  le  second  livre,  et  nous  met  ainsi  à 
même  de  juger  l'auteur  et  le  traducteur  ,  et  de  déclarer  qu'ils 
nous  paraissent  dignes  l'un  de  l'autre.  On  sent,  en  lisant  ce 
dernier,  que  la  richesse  des  idées,  l'élégance  du  style  et  le 
sentiment  poétique  ont  été  fidèlement  saisis  dans  cette  traduc- 
tion en  prose,  qu'il  n'appartenait  peut-être  qu'à  un  poêle  de 
faire  aussi  bonne.  Nous  regrettons  de  ne  pouvoir  donner  ici  une 
idée  de  ces  sonnets  par  des  fragmens  qui  perdraient  d'ailleurs 
beaucoup  de  leur  prix,  en  passant  par  l'épreuve  dangereuse 
d'une  seconde  traduction.  E.  Héreau. 

Ouvrages  périodiques. 

iS'i.  —  *  Journal  poutey  soohstchëniïa  ,  etc.  —  Journal  des 
voies  de  communication,  pour  l'année  1826.  Pétersbourg,  im- 
primerie des  voies  de  communication.  Six  cahiers  avec  des 
planches  et  des  tableaux.  Prix,  20  roubles  pour  six  mois. 

a53.  — *  Journal  des  voies  de  communication   eu  français.)  — 


714  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Môme  prix  (  l'un  des  journaux  est  la  traduction   exacte   de 

l'autre  ). 

Les  circonstances  qui  nous  ont  fait  connaître  ce  journal  mé- 
riteraient de  trouver  place  dans  l'histoire  des  progrès  des 
sciences  en  Russie.  Commencé  au  milieu  de  l'année  1826,  il  n'a 
pu  être  continué  en  1827  :  aucun  journal  russe  n'en  a  parlé; 
quelle  est  la  cause  d'un  silence  aussi  généralement  observé  ?  On 
ne  peut  l'attribuer  qu'à  l'indifférence  du  public  pour  les  sujets 
traités  par  les  rédacteurs,  et  pour  les  mémoires  qu'ils  insé- 
raient dans  leur  journal.  Hors  de  Russie,  on  regrettera  que  cette 
intéressante  publication  n'ait  pu  continuer,  et  on  désirera 
qu'elle  puisse  reprendre,  ne  fût-ce  qu'avec  la  ressource  des 
abonnemens  étrangers,  si  les  secours  du  gouvernement  ne  lui 
rendent  pas  une  suffisante  activité.  Ce  regret  se  fera  sentir  en 
France  plus  que  partout  ailleurs  ;  le  journal  russe  nous  eût  mis 
en  correspondance  avec  quelques  -  uns  de  nos  compatriotes , 
d'anciens  élèves  de  l'École  polytechnique,  zélés  propagateurs 
des  connaissances  utiles ,  en  quelque  lieu  que  le  sort  puisse  les 
placer. 

On  aura  peine  à  concevoir  comment  un  journal  destiné  à 
répandre  ces  connaissances  dans  un  pays  où  elles  sont  rares 
encore  n'ait  pas  été  mieux  accueilli;  on  s'en  étonnera  plus  en- 
core, après  avoir  lu  ce  que  nous  allons  extraire  du  prospectus. 

«  L'ouvrage  périodique  que  le  Corps  des  voies  de  communica- 
tion publie  aujourd'hui  sous  les  plus  augustes  auspices  a  pour 
but  principal  de  faire  connaître  dans  tous  leurs  détails  toutes 
les  voies  de  communication  ouvertes  dans  l'empire ,  et  surtout 
cette  savante  combinaison  des  ressources  naturelles  de  la  Russie 
et  du  parti  que  l'art  en  a  tiré  pour  produire  cette  navigation 
colossale,  unique  dans  le  monde  entier.  De  quel  intérêt  ne  sera- 
t-il  pas  de  suivre  dans  leur  marche  les  produits  de  la  nature 
et  de  l'industrie,  partis  des  confins  de  la  Sibérie  ou  des  bords 
de  la  mer  Caspienne,  pour  être  chargés  ensuite  sur  les  batimens 
de  toutes  les  puissances  de  l'Europe  et  du  monde  qui  les  atten- 
dent sur  la  mer  Baltique  et  la  mer  Blanche;  de  voir  comment 
le  génie  et  l'art  leur  ont  rendu  commode  une  route  si  longue  , 
et  l'ont  débarassée  des  obstacles  dont  elle  était  hérissée  ?...  Les 
applications  intéressantes  des  sciences  physiques  et  mathéma- 
tiques à  l'art  de  l'ingénieur,  dues  aux  recherches  et  à  l'expé- 
rience, tant  des  membres  du  corps  que  des  savans  russes  et 
étrangers ,  trouveront  naturellement  leur  place  dans  cet  ou- 
vrage qui,  tout  en  remplissant  une  grande  lacune  dans  les  con- 
naissances statistiques  de  l'Europe,  présentera  aux  Russes  eux- 
mêmes  de  nouveaux  movens  de  connaître  encore  mieux  leur 


RUSSIE.  7i5 

pays.  Ils  y  puiseront  de  nouveaux  motifs  pour  aimer  la  patrie, 
et  pour  se  sei fer  de  plus  en  plus  autour  d'un  gouvernement 
(jui,  après  être  parvenu  à  créer  mu:  nation  foi  le  et  puissante  , 
n'a  d'autre  sollicitude  aujourd'hui  que  d'en  assurer  le  bon- 
heur. » 

Nous  ne  pouvons  en  ce  moment  donner  qu'une  idée  très- 
superficielle  de  ce  qui  est  contenu  dans  ce  journal.  Il  ne  pouvait 
se  dispenser  de  paver  un  tribut  de  reconnaissance  au  savant 
Bétancourt  auquel  la  science  des  machines  a  tant  d'obligation, 
et  qui  a  répandu  tant  d'éclat  sur  le  corps  des  ingénieurs  russes. 
On  y  trouve  le  mémoiresur  la  stabilité  des  voûtes,  par  MM.  Lamé 
et  (li.vi'EYRON  ,  approuvé  par  l'Académie  des  sciences  de  Paris, 
sur  le  rapport  de  MM.  de  Prony  et  Ch.  Dupin.  —  M.  Bazaine 
traite  avec  le  secours  de  l'analyse  algébrique  d'importantes 
questions  relatives  aux  bassins  d'épargne,  destinés  à  économiser 
l'eau  dans  les  canaux  de  navigation,  et  il  en  fait  l'application  au 
canal  du  Ladoga. — Les  ponts  suspendus  font  le  tour  du  monde 
civilisé,  et  s'y  établissent  en  dépit  de  quelques  faibles  résis- 
tances; mais,  avant  de  procéder  à  leur  construction  ,  on  com- 
mence par  des  expériences  sur  la  ténacité  du  fer.  Ces  ponts 
ont  multiplié  les  communications  entre  les  différens  quartiers 
de  Pétersbourg,  en  franchissant  les  canaux  par  les  moyens  les 
plus  prompts  à  mettre  en  œuvre ,  et  les  moins  dispendieux.  — 
bes  descriptions  d'ouvrages  exécutés,  l'exposition  d'ouvrages 
à  faire,  les  comptes  rendus  de  travaux  relatifs  aux  sciences  , 
voilà  ce  qui  compose  ce  journal.  Nous  ne  nous  abstiendrons 
point  d'en  tirer  deux  faits  qui  doivent  trouver  place  dans  l'his- 
toire des  sciences  et  des  arts. 

En  1812,  toute  la  Russie  prit  part  à  la  défense  de  l'État 
contre  l'attaque  de  Napoléon.  En  revenant  de  cette  fameuseex- 
pédition  ,  le  colonel  Maïoroff,  aujourd'hui  conseiller  d'état, 
professeur  de  hautes  mathématiques  à  l'école  des  ingénieurs 
des  voies  de  communication,  publia  une  Géométrie  dans  l'es- 
pace ,  résumé  des  connaissances  qu'il  avait  puisées  à  l'Ecole 
polytechnique  et  augmentées  par  ses  relations  avec  les  savans 
de  toute  l'Europe. 

Il  y  a,  dans  la  Sibérie  occidentale,  un  canal  qui  fut  creusé 
en  i584  par  le  célèbre  Yermar  ,  Cosaque,  conquérant  de  la 
Sibérie  qu'il  soumit  à  la  domination  des  tsars.  Ce  canal  fut  en- 
trepris par  les  mêmes  motifs  qui  engagèrent  les  Français  à  cou- 
per l'isthme  d'une  grande  presqu'île  formée  par  le  Mississipi  ; 
Yermak  conçut  et  fit  exécuter  le  même  travail  sur  l'isthme  d'un 
circuit  fort  incommode  que  faisait  alors  la  rivière  d'Irtische , 
près  de  l'embouchure  du    Vagaï.  En  Amérique  et  en  Asie,  le 


716  LIVRES  ÉTRANGERS. 

résultat  fut  le  même  :  le  grand  courant  s'établit  clans  la  voie  la 
plus  courte  et  la  plus  droite,  et  le  circuit  que  les  eaux  formaient 
auparavant  fut  presque  mis  à  sec.  F. 

POLOGNE. 

254.  —  *  Fontanna  tv  Bakczyseraiu ,  etc.  —  La  Fontaine  de 
Bakhtchi-saraï,  poème  à' Alexandre  Pouschkine,  traduit  en 
polonais.  Vilna,  1826.  Iri-8°  de  xvm-27  pages. 

Cette  production  d'un  des  poètes  les  plus  distingués  de  la 
Russie,  publiée  à  Moscou  en  1824,  et  annoncée  dans  la  Revue 
Encyclopédique  (tome  xxiii  ,  p.  643),  avait  déjà  eu  les  hon- 
neurs de  deux  traductions,  l'une  en  langue  française,  et  l'autre 
en  langue  allemande  (1).  Le  Télégraphe  de  Moscou(n°  3,  février 
1827,  p.  226-230)  parle  de  cette  dernière  comme  de  la  plus 
mauvaise  traduction  qu'il  connaisse  dans  une  langue  très-riche 
en  ce  genre,  et  qui  se  plie  merveilleusement  à  tous  les  tons. 
Quant  à  la  première,  nous  renvoyons  à  l'article  que  nous  en 
avons  donné  (tome  xxx,  p.  219),  lequel  article  a  été  traduit 
depuis  dans  deux  journaux  russes,  le  Télégraphe  de  Moscou 
(n°  17,  sept.  1826,  page  75),  et  X Abedle  du  Nord  (  n°  i52, 
21  déc.  1826). 

La  traduction  polonaise  que  nous  annonçons  ici,  et  dont 
nous  devons  la  connaissance  au  premier  des  deux  journaux 
que  nous  venons  de  citer  (n°  8,  avril  1827,  p.  3 10),  paraît 
être  l'ouvrage  d'un  jeune  poète  trop  confiant  dans  ses  forces, 
et  dont  le  succès  n'a  pas  entièrement  couronné  l'attente.  Outre 
le  défaut  de  fidélité  que  lui  reproche  le  critique  russe,  et  dont 
il  rapporte  plusieurs  exemples,  on  pourrait  encore  adresser 
au  traducteur  des  observations  sur  le  mécanisme  de  son  vers 
et  sur  la  négligence  de  ses  rimes.  Quelques  passages,  écrits 
avec  plus  de  correction  et  rendus  avec  bonheur,  ne  suffisent 
point  pour  racheter  les  défauts  de  cette  traduction;  ils  prouvent 
seulement  qu'avec  du  travail  son  auteur  pourra  prendre  sa 
revanche,  et  devenir  un  plus  digne  interprète  de  celui  dont  il 
n'a  pas  craint  d'aborder,  pour  son  début,  un  des  poèmes  les 
plus  difficiles  peut-être  à  traduire,  autant  par  le  mélange  d'é- 
nergie et  de  grâce  dont  il  offre  un  heureux  modèle  que  par 
la  couleur  souvent  un  peu  vague  qui  règne  dans  quelques-unes 
de  ses  parties. 


(1)  Der  TraucrqueU ,  verfasst  -von  Jlexandcr  Puschkin  ,  ans  dem 
Russischen  ueberzetst  von  Alcxandev  Wulfert.  Saint-Pftersbourg  , 
1826.  In- 16  de  48  pages. 


POLOGNE— DANEMARK.  7,7 

Le  traducteur  a  fail  précéder  ce  p  »ëme  dune  préface  où  il 

examine  la  question  du  romantisme,  morceau  que  le  critique 

russe  ne  nous  a  pas  mis  à  même  d'apprécier.  Sans  daigner  en- 
trer  en  discussion  avec  lui,  ii  lui  reproche  son  attachement  à 
l'ancienne  école  classique,  et,  enveloppant  dans  le  même  ana- 
thème  tom  ceux  qui  ne  veulent  pas  ou  qui  ne  peuvent  se  rendre 
compte  des  nouvelles  théories  littéraires,  il  termine  son  article 
par  eette  comparaison,  qui  a  sinon  le  mérite  de  la  justesse, 
du  moins  celui  de  la  clarté  :  «  Le  siècle,  semblable  à  un  fleuve 
majestueux,  s'avance  entre  des  rives  fleuries,  laissant  ces 
pauvres  gens  (  les  classiques)  attachés  comme  la  vase  aux  bords 
qu'il  a  quittés.  »  E.  Héreau. 

DANEMARK. 

255.  —  Plantegcographi.sk  Atlas. — Atlas  pour  servir  à  la  géo- 
graphie des  plantes;  par  M.  Schouv.  Copenhague,  1824. 

'±56. — Sfùldring  af  Vcirligcts  Tilstand  i  Damnai/,. — Tableau 
de  l'état  du  climat  en  Danemark;  par  le  même.  Copenhague  , 
1826. 

257.  —  Beylrœge  zur  verglcichenden  Climatologie.  —  Obser- 
vations pour  servir  à  la  climatologie  comparée  ;  par  le  même. 
Copenhague, 1827. 

En  1822,  M.  Schouv  publia  un  Essai  sur  la  géographie  des 
plantes ,  qui  depuis  a  été  traduit  en  allemand;  c'est  pour  faire 
suite  à  ce  travail  neuf  et  estimable  qu'il  a  composé  l'Atlas  que 
nous  annonçons.  Les  observations  nombreuses  de  l'auteur  l'ont 
mis  à  même  de  composer  les  deux  autres  ouvrages,  nommés  ci- 
dessus,  riches  de  faits  ,  intéressaus  par  eux-mêmes,  et  qui  sans 
doute  contribueront  aux  progrès  d'une  science  qui ,  pour  ainsi 
dire,  sort  à  peine  de  son  berceau. 

258.  — "*  Eddalœrcn  og  dens  Oprindelse ,  etc.  —  L'Edda  et 
son  origine,  ou  Tableau  détaillé  des  fables  et  des  opinions  des 
anciens  Scandinaves  sur  la  création,  la  nature  et  le  soit  du 
monde,  des  dieux  et  des  hommes,  soigneusement  confrontées 
avec  le  grand  livre  de  la  nature,  aussi  bien  qu'avec  les  systèmes 
mythologiques  et  les  opinions  des  Grecs,  des  Perses,  des  In- 
diens et  d'autres  peuples  anciens,  et  mêlées  de  recherches  his- 
toriques sur  l'origine  et  les  premiers  rapports  des  nations  les 
plus  remarquables  du  monde  ancien;  par  M.  Finn  Magnlsen. 
Copenhague.  4  volumes  in-8°. 

Composé  d'abord  pour  un  concours  ouvert  par  la  Société 
des  sciences,  cet  ouvrage  a  ensuite  reçu  des  dévcloppemens  et 
des  augmentations  considérables,  et  c'est  sous   cette  dernière 


7i8  LIVRES  ETRANGERS. 

forme  que  l'auteur  l'a  fait  imprimer.  Le  titre  que  l'on  vient  de 
transcrire  en  entier  donne  une  idée  assez  complète  du  contenu 
du  livre. 

259.  — *  Danskc  Recesscr ,  etc.  —  Édits  et  Ordonnances  des 
rois  de  la  maison  d'Oldenbourg,  publiés  avec  des  notes  et  des 
éclaircissemens  ,  par  M.  Colderup-Rosenvinge  ,  professeur 
de  jurisprudence  à  l'Université  de  Copenhague.  Copenhague  , 

1824. 

260. —  DanskeGaards  retterog  Stadsrctier. — Tribunaux  danois 
delà  cour  et  des  villes;  publiés  par  le  même.  Copenhague,  1827. 

Ces  deux  ouvrages  forment  le  4me  et  le  5me  volume  d'un  re- 
cueil d'anciennes  lois  danoises  que  le  savant  auteur  a  en- 
trepris pour  l'usage  de  ceux  qui  étudient  l'histoire  de  la  légis- 
lation du  Danemark.  Autant  M.  Colderup  a  acquis  de  réputation 
par  son  enseignement  public  à  l'Université  de  Copenhague, 
autant  il  acquiert  de  droits  à  l'estime  et  à  la  reconnaissance  de 
ses  compatriotes  par  la  publication  des  anciennes  lois  de  leur 
pays.  Il  rend  ce  recueil  doublement  utile  et  intéressant  par  ses 
recherches  profondes  et  ses  commentaires  instructifs.  La  col- 
lection entière  aura  8  volumes.  M***. 

ALLEMAGNE. 

261. —  *  Geschichte  der  geographischen  Entdeckungsreisen. 
—  Histoire  des  voyages  de  découvertes  géographiques,  par 
Charles  Falkenstein  ,  secrétaire  de  la  bibliothèque  royale  de 
Dresde.  Cahiers  1  et  2.  Dresde,  1828;  Hilscher.  In-12. 

On  a  entrepris  à  Dresde  une  petite  Encyclopédie  dans  le 
genre  de  X Encyclopédie  portative  que  publie  à  Paris  M.  Bailly 
de  Merlieux.  Une  série  ou  section  de  cette  collection  compren- 
dra les  sciences  historiques  et  géographiques.  Il  en  a  déjà  paru 
plusieurs  volumes  que  nous  n'avons  pas  eu  occasion  de  voir; 
mais  nous  avons  sous  les  yeux  Y  Histoire  des  découvertes  géogra- 
phiques ,  par  M.  Falkenstein,  qui  fait  également  partie  de 
cette  section ,  et  qui  aura  quatre  cahiers.  Les  deux  derniers  ne 
tarderont  probablement  pas  à  paraître.  L'auteur  annonce,  dans 
la  préface,  qu'il  s'est  aidé  des  travaux  de  Forstcr,  Sprengcl , 
Malte-Brun*  Hugh-Murray,  Barroiv,  etc.  Son  résumé  indique, 
par  ordre  chronologique  ,  les  découvertes  qui  ont  successive- 
ment agrandi  la  sphère  de  la  géographie,  et  mis  le  monde 
civilisé  en  contact  avec  les  peuples  barbares.  M.  Falkensteix 
résume  cette  histoire  des  progrès  de  la  géographie  et  de  la  civi- 
lisation d'une  manière  substantielle  et  instructive.  Son  ouvrage 
est  ce  qu'il  doit  être,  court,  précis,  dépouillé  de.  tous  les  dé- 
tails oiseux,  et  réduit  aux  faits  essentiels.  Parmi  les  voyageurs 


ALLEMAGNE.  7 '9 

du  moyeu  âge,  l'auteur  aurait  pu  en  citer  quelques-uns  qui, 
à  la  vérité,  manquent  dans  toutes  les  histoires  de  voyages,  tels 

(jue  Hicold  de  Mnntccroic  ,  Marignolc ,  moine  bolonais  qui  ,  au 
XIVe  siècle,  se  rendit  par  la  Tartarie  à  la  Chine,  et.  dont,  les 
observations  ont  élé  recueillies  par  M.  JMe'mert  dans  les  Mé- 
moires de  /,/  Société  de  /to/ième ,  ainsi  que  d'autres  moines  qui 
avaient  été  envoyés  précédemment  par  Louis  IX  chez  les  Tar- 
fcares,  et  sur  lesquels  M.  AbelRémubatz  donné  quelques  détails 
dans  ses  Mémoires  sur  les  relations  des  Européens  avec  lesMon- 
gols  au  moyen  âge.  Les  découvertes  des  Hollandais  ont  été  récem- 
ment éclaircies  par  un  ouvrage  de  MM.  Beimet  et  Van  IVijk , 
couronné  par  la  Société  d' Ulrecht.  Ce  travail  pourra  fournir  à 
M.  Falkenstein  quelques  données  pour  une  autre  édition.  Le 
deuxième  cahier  de  son  précis  s'arrête  à  l'année  1G16.  A 
la  fin  de  l'ouvrage  l'auteur  résumera  sans  doute  les  expédi- 
tions intéressantes  des  Anglais  à  la  mer  Glaciale,  cl  les  voyages 
récens  des  Français,  des  Russes,  des  Anglais,  etc.  autour  du 
monde.  Depping. 

161.  —  Naclirichtcn  ùber  die  frùliercn  Eimvohner  von  Nord- 
Amer  ik- a.  —  Notice  sur  les  indigènes  de  l'Amérique  septen- 
trionale et  sur  les  antiquités  indiennes  ;  par  F.  W.  Assal,  ins- 
pecteur des  mines  de  l'État  de  Pensylvanie ,  publiée  par 
S.  J.  Mone,  professeur  d'histoire.  Heidelberg ,  1827.  In-8°  , 
accompagné  de  planches  lithographiées. 

Depuis  Grotius  et  Jean  de  La  et  jusqu'à  nos  jours,  on  a  sou- 
vent discuté  sur  la  manière  dont  l'Amérique  a  été  peuplée. 
Pour  cette  grande  question,  on  manque  de  documens  écrits; 
i  mais  c'est  aller  droit  au  but,  que  d'interroger  le  sol  de  l'Amé- 
rique; car  les  hommes  laissent  toujours,  là  où  ils  ont  passé 
ou  habité  ,  des  traces  qui  peuvent  donner  lieu  à  des  rappro- 
chemens  positifs.  Cette  méthode  parait,  être  celle  qu'a  suivie 
M.  F.  W.  Assal.  Cet  antiquaire  a  visité ,  étudié  et  interrogé  des 
monumens  qui  existent  dans  les  forêts  de  l'Amérique  du  nord. 
Il  décrit  deux  sortes  d'antiquités  ,  celles  qui  lui  paraissent 
appartenir  aux  ancêtres  des  indigènes  actuels,  et  celles  qui 
semblent  annoncer  dans  la  partie  méridionale  l\u  Nouveau- 
Monde,  la  présence  d'un  peuple  plus  civilisé  que  ne  durent 
l'être  les  Indiens  dont  la  race  subsiste.  Les  vestiges  que  ce 
peuple  a  laissés  consistent  en  retranchemens  de  terre  ou  de 
pierres,  en  tumull  ou  sépultures,  en  momies,  en  idoles  et 
ustensiles. 

Les  États  de  New-York  ,  d'Ohio  ,  de  Pensylvanie  sont  ceux 
où  l'on  découvre  le  plus  grand  nombre  d'enceintes  retranchées  : 
on  en  voit  une  au  midi  du  lac  Ontario;  les  autres,  peu  éloi- 


:,io  LIVRES  ÉTRANGERS. 

gnées  entre  elles,  sont  placées  sur  une  ligne  qui  se  dirige  au 
sud-ouest  jusqu'au  fleuve  Chenango,  près  d'Oxford.  Ces  en- 
ceintes n'affectent  pas  de  formes  constantes;  les  remparts  en 
sont  tantôt  de  5,  tantôt  de  3o  pieds  de  hauteur;  elles  ont 
depuis  10  jusqu'à  5o  acres  d'étendue.  Le  voisinage  d'une  rivière 
poissonneuse,  une  exposition  où  les  inondations  n'étaient  pas 
à  craindre  ont  toujours  déterminé  le  choix  de  ceux  qui  élevè- 
rent ces  retranchemens.  I^e  nombre  des  entrées  ou  portes  ne 
paraît  pas  avoir  été  réglé;  une  espèce  de  chemin  couvert  fait 
communiquer  l'enceinte  avec  la  rivière  voisine.  L'entrée  n'est 
pas  toujours  directe;  on  trouve  quelquefois  en  face,  et  inté- 
rieurement, un  petit  rempart  qui  déhnd  cette  entrée.  Cette 
disposition  a  de  l'analogie  avec  la  fortification  que  les  Romains 
plaçaient  aux  portes  de  leurs  camps,  et  qu'ils  nommaient 
clavicule  ;  mais,  chez  les  Romains,  cet  ouvrage  était  extérieur. 
On  rencontre  aussi  dans  ces  enceintes  des  monticules  élevés 
de  main  d'homme  et  destinés  à  ajouter  à  la  défense  ou  à 
surveiller  l'ennemi.  De  semblables  tertres  se  remarquent  dans 
des  retranchemens  où  les  Normands  ont  campé,  lorsqu'ils  sont 
venus  attaquer  les  côtes  de  l'empire  de  Charlemagne.  Une  de 
ces  enceintes  américaines  formée  de  pierres  brutes,  et  il  serait 
curieux  de  comparer  celte  construction  avec  les  murs  dits 
cyclopéens,  se  trouve  sur  un  plateau  dénué  d'eau;  ce  qui  fait 
supposer  à  M.  Assal  qu'elle  est  plutôt  un  monument  religieux 
qu'une  forteresse.  Nous  avons  sur  notre  vieux  continent 
des  enceintes  semblables  élevées  par  les  Celtes,  et  situées 
également  sur  des  montagnes  arides,  dépourvues  de  tout  ce 
qui  peut  être  utile  aux  besoins  de  la  vie;  cependant,  il  est 
constant  que  ces  lieux  ont  servi  de  refuge  à  toute  une  po- 
pulation. Tant  il  est  vrai  que  les  hommes  dans  l'état  de  na- 
ture ou  de  demi- civilisation  se  font  une  guerre  si  cruelle  que 
les  horreurs  de  la  faim  et  de  la  soif  leur  semblent  préférables 
au  sort  que  leur  destine  le  vainqueur.  Près  de  Cereleville,  dans 
l'État  de  i'Ohio  ,  on  voit  une  fortification  circulaire  qui  eu  ren- 
ferme une  de  forme  carrée  et  tellement  orientée  d'aprè*  les 
quatre  points  cardinaux  ,  que  l'on  croit  y  reconnaître  quelques 
notions  de  l'astronomie.  Nous  sommes  portés  à  croire  qu'un 
système  religieux  a  pu  entrer  dans  cette  disposition.  Quelques 
fers  de  flèches,  des  débris  d'une  poterie  très-fine  où  l'on  dé- 
couvre quelques  traces  d'un  beau  vernis,  voilà  tout  ce  que  Ton 
a  trouvé  jusqu'à  présent  dans  ces  enceintes. 

Les  monticules  artificielles  destinés  aux  sépultures  .sont  de 
proportions  très-différentes,  puisque  les  uns  n'ont  que  4  pieds 
de  hauteur,  tandis   que  d'autres  présentent  une  élévation  de 


ALLEMAGNE.  721 

100  pieds.  Ils  ont  un  grand  rapport  avec  les  monnmcns  que 
nous  rencontrons  dans  l'ancien  continent,  et  qui  sont  connus 
sous  les  noms  de  tunudi.  Les  corps  que  les  tunudl  américains 
renferment  paraissent  avoir  subi  l'action  du  [eu;  on  a  trouvé 
dans  ces  sépultures  dc>,  bossettes  de  cuivre  plaqué  d'argent, 
des  fraginens  de  fourreau,  une  poignée;  d'épée  en  cuivre  et  en 
argent;  un  miroir  de  mica  nicmbranacca ,  des  couteaux  et  des 
bâches  en  pierre.  Les  idoles  ne  présentent  qu'un  torse  in- 
forme et  une  tète  d'un  travail  des  plus  grossiers.  Les  espèces 
de  momies  que  l'on  découvre  dans  des  souterrains  ont  été  ôé- 
crilcs  dans  des  ouvrages  assez  connus  pour  que  nous  n'en  par- 
lions pas  ici. 

M.  Assall  pense  que  le  peuple  qui  a  laissé  ces  vestiges  est 
venu  de  l'Asie  ,  en  traversant  le  détroit  de  Behring;  il  est  bon 
de  voir  comment  cette  opinion  est  développée  dans  l'ouvrage 
publié  par  M.  le  professeurs.  J.  Mone,  ce  que  nous  ne  pou- 
vons indiquer  dans  les  limites   qui  nous  sont  prescrites. 

P.  J.  F. 

263.  —  Gcschielitlichc  Darstellung  des  Rùcktritts  ,  etc. —  Re- 
lation historique  de  la  conversion  de  S.  E.  le  ministre  d'état, 
comte  C/ir.  -  E.  de  Benzel-Sternau  ,  et  de  son  frère  le  comte 
Gode/roi  de  Benzel- Sternau,  quittant  l'église  catholique  ro- 
maine pour  rentrer  dans  la  communion  de  l'église  évangélique 
protestante.  Francfort-sur-le-Mein,  1827;  Saucrlœnder.  In-8° 
de  64  pages. 

Si  notre  siècle  se  distingue  favorablement  des  siècles  qui  le 
précédèrent,  c'est  surtout  par  l'empire  que  la  vérité  commence 
à  exercer  dans  toutes  les  relations  de  la  vie.  Il  paraît  que  la 
conscience  devient  plus  énergique,  à  mesure  que  nos  connais- 
sances s'étendent,  et  que  la  franchise  devient  une  vertu  de  plus 
en  plus  générale,  à  mesure  que  la  liberté  s'étend  et  se  trouve 
garantie  par  des  institutions  politiques.  Alors  se  constitue,  par 
la  publicité,  une  conscience  générale  et  publique  ,  et  chacun 
sentie  besoin  de  justifier  ses  actions  et  la  place  qu'il  occupe, 
devant  ce  juge  suprême.  Alors  les  relations  diplomatiques 
sortent  du  mystère  honteux  des  intrigues;  les  gouvernemens 
exposent  aux  citoyens  les  motifs  de  leurs  mesures,  et  les  ci- 
toyens eux  -  mêmes  ne  veulent  plus  paraître  ni  plus,  ni  autre 
chose  que  ce  qu'ils  sont  en  effet.  Voilà  pourquoi,  dans  ces  der- 
nières années,  nous  voyons,  surtout  dans  les  états  libéralement 
constitués,  tant  de  personnes  passer  d'une  église  à  une  autre, 
et  exposer  au  public  les  motifs  de  ce  changement;  et  certaine- 
ment ,  leur  nombre  ne  pourra  qu'augmenter  encore  ,  dès  qu'en 
respectant  la  liberté  absolue  de  la  conscience,  les  constitutions 
t.  xxxvii  — Mars  1828.  46* 


722  LIVRES  ÉTRANGERS, 

ne  reconnaîtront  pas  une  religion  de  l'état ,  et  que  les  législa- 
tions seront  débarrassées  des  dispositions  qui  mettent  des  ob- 
staeles  à  la  formation  de  nouvelles  communautés  religieuses; 
enfin,  dès  que  des  communautés  chrétiennes  se  seront  établies 
sur  des  bases  plus  larges  et  plus  rationnelles  que  celles  des  con- 
fessions de  Luther  et  de  Calvin.  —  Il  est  vrai  que  ni  MM.  de 
Benzel-Sternau  ,  ni  plusieurs  autres  personnes,  qui  récemment 
en  Allemagne  ont  passé  de  l'église  catholique  à  l'église  proles- 
tante ou  réformée,  n'ont  été  astreints  à  accéder  formellement 
aux  confessions,  qui  donnent  leur  nom  à  ces  églises.  Mais  une 
pareille  liberté  n'est  évidemment  qu'une  concession  particu- 
lière. On  pourrait  même  demander  si  les  ministres  qui  se  sont 
permis  une  pareille  concession  n'ont  pas  outre -passé  leurs 
pouvoirs,  en  tant  qu'ils  pourraient  de  cette  manière  avoir  reçu 
dans  leur  église  des  hommes,  qui  ne  seraient  reconnus  ni 
comme  protestans  ,  ni  comme  réformés  dans  d'autres  contrées. 
Car,  on  ne  saurait  disconvenir  que  ces  communautés  reli- 
gieuses n'existent  encore  publiquement  ou  politiquement  , 
comme  églises,  qu'autant  qu'elles  se  fondent  sur  une  des  an- 
ciennes confessions  de  foi.  Aussi,  le  ministre  protestant,  qui  a 
célébré  la  réception  des  comtes  de  Benzel-Sternau  ,  a  formel- 
lement déclaré  les  recevoir  dans  la  communauté  de  Véglise 
êvangélique-protestante purifiée  (gelaùtcrtc  evangelischc  protesta n- 
tische  Kirche),  dénomination  qui  s'explique  parce  que  nous 
venons  d'indiquer,  et  qui  en  elle-même  pourrait  bien  être  jus- 
tifiée, mais  qui  cependant  ne  se  retrouve  encore  dans  aucune 
statistique  religieuse  ou  politique. 

Au  reste  ,  cette  réception,  qui  a  été  célébrée  avec  une  grande 
simplicité*,  est  d'autant  plus  remarquable,  que  les  récipiendaires 
sont  arrivés  à  un  âge  et  à  une  position  qui  ne  permettent  pas 
de  croire  qu'aucun  intérêt  mondain  les  ait  engagés  à  cette  dé- 
marche. L'aîné  des  deux  frères,  qui  était  autrefois  ministre 
d'état  et  des  finances  du  grand  -  duc  de  Francfort,  est  né  en 
1767  ,  et  vit  actuellement  dans  ses  domaines  en  Bavière,  où  il 
jouit  de  l'estime  générale  ,  qu'il  doit  à  ses  qualités  personnelles 
et  à  ses  travaux  littéraires.  Il  est  auteur  de  plusieurs  bons  ro- 
mans du  genre  humoristique  et  d'une  excellente  traduction  des 
Nuits  cl' Young.  Son  frère,  après  avoir  commandé  un  régiment 
dans  l'armée  russe,  passa  au  service  de  France  ;  depuis  quel- 
ques années,  il  a  pris  sa  retraite  pour  se  rapprocher  de  son 
frère  aîné  auprès  duquel  il  s'est  établi  pour  le  reste  de  ses  jours. 

Après  le  rapport  sur  leur  réception  se  trouvent  trois  séries 
d'articles  de  l'aîné  des  deux  frères,  qui  ont  pour  but  d'établir 
plusieurs  grandes  vérités  religieuses,  en  même  tems  qu'elles 


ALLEMAGNE.  72I 

foudroient  les  extravagances  les  plus  saillantes  de  l'église  que 
l'auteur  vient  de  quitter.  Il  Etui  cependant  remarquer  ,  qu'à 

proprement  parler  Ce  n'est  pas  de  croyance  qu'il  vient  de  chan- 
ger, mais  seulement  de  nom  confessionnal;  car,  comme  il  le 
dit  lui-même,  depuis  qu?i\ pensait  véritablement,  il  n'était  chré- 
tien que  par  et  pour  F  Évangile,  dégagé  de  tout  ce  que  les 
hommes  vont  ajouté;  par  conséquent,  depuis  long-tcms,  il  avait 
réellement  quitté  le  catholicisme  et  il  ne  s'était  décidé  à  sortir 
formellement  de  cette  église  que  lorsque  l'intolérantisme  y 
reparut.  Car  à  présent,  dit-il,  tout  honnête  homme  est  obligé 
d'ajouter  à  sa  croyance  intérieure  sa  profession  extérieure,  de 
défendre  sa  liberté  de  conscience,  de  donner  témoignage  à  la 
vérité  qu'il  a  reconnue,  et  de  s'en  constituer  le  défenseur.  On 
trouve,  en  effet,  que  déjà,  en  1809,  dans  un  journal  littéraire 
publié  sous  le  titre  ûeJason,  par  31.  de  Benzel  -  Sternau,  il 
avait,  au  nom  de  tous  les  catholiques  éclairés,  réclamé  une 
«  réformation  du  catholicisme,  réformation  par  laquelle  ils 
devraient ,  à  son  avis,  se  séparer  de  Rame ,  protester  contre  l'in- 
faillibilité de  f  église ,  réduire  et  simplifier  les  moyens  de  sancti- 
fication et  les  rites  et  les  cérémonies  de  l'église ,  élever  enfin  les 
prêtres  à  la  dignité  de  citoyens  y  en  leur  permettant  de  devenir 
époux  et  pères.  » 

Ce  sont  là  les  points  principaux,  auxquels  se  réduisent  les 
réclamations  toujours  plus  fréquentes  de  beaucoup  de  catho- 
liques très-éclairés.  Biais,  comme  Véglise  catholique  romaine  ne 
paraît  devoir  jamais  accéder  à  aucune  de  ces  demandes,  nous 
avons  vu  éclater  la  réformation,  il  y  a  trois  siècles,  et  nous  la 
voyons  recommencer  aujourd'hui.  C'est  ainsi  que  même  le  cé- 
lèbre prédicateur  de  la  cour  à  Se  ville,  M.  Blanco  White,  s'est 
fait  protestant  en  Angleterre;  que  31.  GEgger ,  premier  vicaire 
de  la  cathédrale  de  Paris,  a  renoncé  à  ses  fonctions;  que 
31.  Hcnnhocfer ,  en  Allemagne,  a  changé  sa  cure  catholique  en 
un  ministère  protestant;  et  sans  vouloir  rappeler  ici  beaucoup 
d'autres  changemens  semblables  et  les  conversions  en  masse 
qui  se  sont  faites  dans  quelques  parties  de  l'Allemagne,  de 
l'Angleterre,  de  l'Irlande,  de  la  France,  et  tout  récemment  en 
Corse,  nous  avons  encore  vu,  Tannée  passée,  M.  Fise/ier,  pro- 
fesseur à  Landshut,  et  3t.  Fell,  directeur  de  l'école  catholique 
à  Franefort-sur-le-Mein,  passer  à  l'église  protestante. 

Fréd.-Guill.  Carovk,  Dr. 

264.  —  *  Vergleicluuig  der  Jranzôsùchen  und  preussischen 
Gesetze. — Comparaison  des  lois  françaises  et  prussiennes;  Essai 
de  31.  O.Von  Oppen.  Cah.  1  et  1.  Cologne,  1827.  In-  &?. 

On  sait  que  le  gouvernement  prussien  a  fait  des  efforts  pour 

46. 


724  LIVRES  ÉTRANGERS. 

ôter  aux  habitans  de  la  rive  gauche  du  Rhin  les  lois  françaises 
qui  les  régissent  depuis  le  commencement  de  ce  siècle,  et  pour 
y  substituer  les  lois  prussiennes.  Cette  tentative  était  vivement 
secondée  par  les  fonctionnaires  prussiens  et  par  tous  ceux  qui 
croyaient  ainsi  plaire  au  gouvernement.  Cependant ,  l'opinion 
publique  sur  la  rive  gauche  du  Rhin  se  prononça  presque  una- 
nimement contre  ces  projets.  On  ne  s'opposait  pas  à  quelques 
réformes;  mais  on  craignait  que,  sous  prétexte  de  réforme,  on 
ne  dépouillât  les  citoyens  des  avantages  précieux  que  leur  as- 
sure la  législation  française.  La  Prusse  a  eu  le  bon  esprit  de 
suspendre  sa  prétendue  réforme.  La  question  de  la  préférence 
à  accorder  soit  à  la  législation  prussienne  ,  soit  à  la  législation 
française ,  a  été  agitée  dans  un  grand  nombre  de  brochures  et 
d'ouvrages  périodiques.  Les  Prussiens  se  prononçaient  pour  les 
lois  de  leur  pays;  les  habitans  des  bords  du  Rhin  s'en  tenaient 
au  Code  français.  L'auteur  de  la  Comparaison  des  deux  législa- 
tions tient  la  balance  assez  égale;  il  fait  sentir  les  différences  et 
les  avantages  relatifs.  Il  commence  par  l'histoire  de  la  législa- 
tion en  France  et  en  Prusse.  Au  jurisconsulte  français  Pothier 
il  oppose  le  jurisconsulte  allemand  Suarez,  à  qui  l'on  doit  la 
rédaction  du  droit  civil  (  landrechl)  de  Prusse  ,  quoique  le 
chancelier  Carmcr  en  ait  tout  l'honneur.  L'auteur  expose  en- 
suite les  principes  sur  lesquels  sont  fondées  les  diverses  parties 
de  la  législation  dans  les  deux  pays.  En  voici  un  seul  exemple. 
Le  Code  français  interdit  la  recherche  de  la  paternité  pour  les 
en  fan  s  illégitimes;  le  Code  prussien ,  ayant  eu  en  vue  la  posi- 
tion abandonnée  de  la  mère ,  a  voulu  qu'elle  pût  forcer  le  père 
à  payer  une  pension  alimentaire.  Le  but  du  législateur  prus- 
sien a  été  de  prévenir  le  désespoir  de  la  mère  et  par  conséquent 
l'infanticide;  M.  Von  Oppen  tait  voir  que  le  nombre  des  infan- 
ticides n'a  point  diminué  pour  cela  en  Prusse,  et  que  ce  crime 
est  plus  souvent  le  résultat  de  la  honte  que  du  besoin.  L'auteur 
s'étend  beaucoup  sur  la  justice  criminelle  et  sur  la  procédure 
civile.  En  Prusse  l'accusé  est  privé  de  deux  avantages,  de  la  pu- 
blicité et  du  jury  ;  cela  seul  ferait  pencher  la  balance  du  coté 
du  Code  français. 

a65. —  Liber  die  Anspruche  der  Krone  Baiera  an  Landes- 
thede  des  Gross-Herzogtluuns  Baden.  —  Des  prétentions  de  la 
couronne  de  Bavière  à  la  possession  territoriale  d'une  portion 
du  grand-duché  de  Bade.  Manheim,  1827;  Schwan  et  Goz. 
In- 8°. 

Il  n'y  a  pas  de  nation  qui  soit  plus  habituée  à  être  morcelée, 
divisée,  cédée,  que  les  Allemands.  Chaque  guerre  a  pour  résul- 
tat un  nouveau  morcellement,  par  lequel  le  vainqueur  s'adjuge 


ALLEMAGNE.  7*5 

\u\  certain  nombre  d'ames,apparemmmez)t  pour  remplaceriez 
aiitts  ([ne  les  batailles  lui  ont  enlevées.  Quand  ces  prétentions 
se  compliquent,  chaque  puissance,  ou  chaque  petit  prince  in- 
téressé réclame  son  lot  fiâmes,  et  il  fait  prendre  la  plume  i  ses 

conseillers  pour  exposer  la  justice  de  ses  prétentions.  Ce  fut 
surtout  après  les  guerres  de  la  révolution  française  que  l'on 
coupa  l'Allemagne  dans  tous  les  sens  :  les  petits  princes  et  les 
ambassadeurs  accouraient  à  Paris,  pour  solliciter  quelques  mil- 
liers d'ames  de  plus.  Quelques-uns  furent  assez  adroits  pouf  se 
faire  adjuger  des  supplémens  ;  d'autres  murmurèrent,  niais 
tout  bas  ,  de  n'avoir  pas  obtenu  leur  portion  congrue.  Au  con- 
grès de  Vienne,  ce  scandale  se  renouvela;  là  aussi  il  y  eut  des 
faveurs  et  des  injustices  dans  la  distribution  des  pauvres  aines 
allemandes.  La  Bavière,  à  ce  qu'il  paraît,  ne  fut  pas.  cou  tente; 
elle  aurait  voulu  i  5o,ooo  âmes  de  plus,  pour  compenser  une 
cession  faite  en  faveur  du  grand-duché  de  Bade.  Elle  les  ré- 
clame depuis  le  congrès  ,  sans  pouvoir  les  obtenir,  et  cette  ré- 
clamation a  été  l'objet  d'un  écrit  diplomatique  de  M.  fîignon. 
Le  gouvernement  de  Bade  repousse  la  prétention  ;  il  ne  veut 
pas  perdre  les  âmes  qu'il  a  :  dans  le  nouvel  écrit  qu'il  vient  de 
lancer,  il  invoque  même  sa  nouvelle  constitution  qui  proclame 
comme  loi  fondamentale  l'intégrité  du  territoire  badois.  Il  est 
heureux  que  les  petits  souverains  sentent  enfin  que  les  cons- 
titutions sont  bonnes  à  quelque  chose,  ne  fût-ce  que  pour 
prévenir  dans  la  suite  le  retour  de  l'abus  scandaleux  des  mor- 
cellemcns  territoriaux  dont  l'Allemagne  a  été  si  souvent  la  vic- 
time. 

?.G6.  —  Heir  von  Schmidt  -  PJdscldech  and  die  ôffentlic/te 
Meinung.  —  M.  de  Schmidt  Phiseldcck  et  l'opinion  publique. 
Helmstaedt,  1827;  Fleckeisen.  In-8 :j  de  29  pages. 

Nous  avons  récemment  parlé  d'une  apologie  oilicielle  du  roi 
d'Angleterre,  publiée  par  le  comte  de  Munster,  ministre  d'Ha- 
novre, en  réponse  à  une  espèce  d'accusation  dressée  par  le  duc 
de  Brunswick  contre  son  aijcien  tuteur,  ou  plutôt  contre  ceux 
qui  ont  exercé  la  tutelle  au  nom  du  roi  d'Angleterre.  Depuis 
ce  tems  ,  une  demi-douzaine  de  brochures  publiées  en  Alle- 
magne, entre  autres  celle  dont  on  lit  le  titre  en  tète  de  cet  article, 
nous  ont» appris  wn  épisode  curieux  de  celte  grande  querelle 
entre  le  comte  de  Munster  et  le  duc  de  Brunswick.  Le  roi 
d'Angleterre,  ou  plutôt  son  ministre,  avait  confié  pendant  la 
minorité  du  duc  de  Brunswick  ,  l'administration  de  ses  états  à 
deux  conseiller*  intimes,  MM.  Schmidt- Phise.ldeck  et  Schleinitz  , 
et  à  un  ministre  d'état,  probablement  tout  dévoué  à  l'Angle- 
terre. Les  deux  conseillers  intimes   furent  aussi  en   tout,  à  ce 


7*6  LIVRES  ÉTRANGERS 

qu'il  paraît ,  de  l'avis  de  l'Angleterre ,  à  laquelle  ils  devaient  leur 
charge.  Aussi,  lorsque  George  IV  ou  plutôt  le  comte  de  Muns- 
ter, voulut  prolonger  la  tutelle  du  jeune  duc  jusqu'à  vingt- 
un  ans,  M.  Schmidt - Phiseldeck  fut  en  tout  point  de  cet  avis; 
cependant ,  le  roi  d'Angleterre ,  fatigué  des  instances  pressantes 
du  jeune  prince,  renonça  enfin  à  la  tutelle  et  émancipa  son 
pupille  à  l'âge  de  dix-neuf  ans.  M.  Schmidt-Phiseldeck  recon- 
nut alors  qu'il  n'avait  pas  grande  faveur  à  espérer  du  jeune 
prince  dont  il  avait  voulu  prolonger  la  minorité.  Il  s'assura 
très- prudemment  une  retraite  dans  les  états  du  roi  d'Angle- 
terre ;  il  attendit  à  la  vérité  l'arrivée  du  jeune  duc  de  Bruns- 
wick; mais  ayant  eu  peur  ensuite  du  ressentiment  de  son 
maître,  il  disparut  un  jour,  et  se  retira  dans  le  Hanovre  où 
une  place  lui  était  assurée.  Le  jeune  duc  en  fut  tellement  cour- 
roucé qu'il  fit  mettre  dans  les  gazettes  le  signalement  de  son 
ancien  conseiller,  comme  on  signale  un  criminel  évadé.  Un  des 
griefs  que  le  duc  de  Brunswick  articule  dans  sa  diatribe  contre 
le  roi  d'Angleterre ,  c'est  d'avoir  non-seulement  reçu  à  Hanovre , 
mais  employé  et  récompensé  ledit  Schmidt-Phiseïdeck,  malgré 
les  conventions  existantes  entre  le  Hanovre  et  le  Brunswick, 
relativement  à  l'extradition  des  déserteurs  et  des  criminels.  Par 
ordre  du  nouveau  duc,  ou  pour  faire  la  cour  à  ce  prince, 
quelques  fonctionnaires  publics  ont  pris  la  plume  afin  de  signa- 
ler la  conduite  et  la  fuite  de  M.  Schmidt-Phiseldeck  comme 
une  haute  trahison,  quoique  dans  le  fait  la  peur  seule  ait  déter- 
miné le  conseiller  intime  à  se  retirer  en  Hanovre.  De  son  côté, 
M.  Schmidt-Phiseldeck  a  fait  paraître  une  apologie  qui  est  aussi 
modérée  qu'elle  peut  l'être.  L'ancien  fonctionnaire  bruns - 
wickois  expose  toutes  \ez  tribulations  qu'il  a  essuvées,  les  dan- 
gers qu'il  a  courus,  la  nécessité  qui  l'a  forcé  de  chercher  un 
asile  chez  le  tuteur  contre  les  persécutions  du  pupille  ;  il  pré- 
tend ne  devoir  compte  de  sa  gestion  ,  pendant  la  minorité  du 
prince,  qu'au  tuteur  seul;  il  soutient  qu'il  n'a  commis  aucun 
abus,  qu'il  a  rendu  ses  comptes,  etc.  Toute  cette  histoire, 
quoique  peu  importante  dans  le  fond,  fait  pourtant  voir  com- 
ment sont  gouvernés  les  États  d'Allemagne,  et  combien  les 
Allemands  gagneraient  à  avoir  moins  de  princes  et  plus  de 
garanties  sociales.  D — c. 

267  — *  Euripidis  Ion.  —  Ion,  tragédie  d'Euripide  :  Nou- 
velle édition  ,  publiée  par  Godefroi  Hbrmann.  Leipzig,  1827. 
Jn-8°  de  174  pages. 

Cette  tragédie  est  demeurée  dans  la  collection  des  œuyres 
d'Euripide  sans  qu'aucun  poêle  ait  essayé  de  la  naturaliser 
parmi  nous.  En  effet,  que  la  fille  cTÉrechtée  ait  été  honorée 


ALLEMAGNE.— SUISSE.  727 

de  la  part  d'Apollon  d'une  visite  particulière;  qu'un  fila  soit, 
ne  «le  cette  entrevue;  que  ce  fils,  appelé  Z0/1,  ait  été  d'abord 

exposé  dans  la  grotte  OU   rende/,  vous  ,   puis  enlevé   par   M<i 

cure,  et  que  ce  dieu  l'ait  porté  à  Delphes ,  ou  sa  mère  le  vient. 
chercher  on  interrogeant  les  oracles,  quand  déjà  il  est  arrivé  à 
l'âge  mûr...  tout  cela  nous  importe  peu, et  il  n'y  a  point  là  le  su 
jet  d'une  tragédie  dans  le  sens  moderne  :  c'est  le  destin  ,  ton 
jours  le  destin;  point  d'intrigue,  point  de  vraisemblance;  le  chant 
religieux  des  Grecs,  leurs  chœurs,  Leurs  apparitions  ne  sont  plus 
«le  mise  sur  la  scène.  Ion  est  donc  devenu  la  propriété  des 
philologues  ,  et  l'on  se  félicite  de  voir  M.  Hermann  s'en  em- 
parer pour  sa  part.  Il  défend  cette  pièce  contre  Schlcgel  et 
Wielaud,  et  fixe  le  tems  où  elle  a  où.  être  composée  vers  la 
89*  olympiade.  Ion,  selon  M.  Hermann ,  ne  faisait  partie 
d'aucune  trilogie,  non  plus  que  la  tragédie  iVErcchtéc.  C'est 
Creuse,  et  non  pas  Ion,  qui  parait  tenir  la  principale  place  dans 
la  pièce.  M.  Hermann  fait  voir  avec  combien  d'art  le  poète  a  tra- 
vaillé la  plupart  (.\r^>  scènes,  et  de  combien  de  beautés  brillent 
les  morceaux  lyriques.  L'éditeur  a  beaucoup  amélioré  le  texte  : 
on  sait  que  cette  pièce  est  l'une  de  celles  qui  réclamaient  sur 
tout  le  secours  de  l'érudition.  Ce  n'est  pas  tout  que  d'avoii 
suivi  les  traces  de  Porson  et  d'Emsley  ;  M.  Hermann  a  fait  des 
remarques  et  des  corrections  qui  s'appuient  sur  les  manuscrits  , 
sur  les  règles  de  la  métrique,  sur  les  notions  historiques  les 
plus  précises.  Il  y  a  aussi  d'utiles  supplémcns  où  se  trouvent 
des  conjectures  empruntées  à  d'autres  savans ,  et  surtout  à 
VI  M.  Boissonnade  et  Serdler.  On  y  trouve  des  discussions  très,- 
intéressantes  pour  l'histoire  delà  Grèce:  telle  est  celle  qui 
concerne  la  leçon  TtAewou  TiXiav.  Deux  inscriptions  deTéosqui 
font  mention  d'une  tribu  de  Géléontes,  déterminent  le  dire  de 
VI.  Hermann,  qui  n'entreprend  pas  cependant  de  discuter  a 
fond  ce  que  signifie  ce  nom,  ni  ce  que  faisaient  ces  Gélcontcs , 
s'ils  étaient  agriculteurs  ou  s'ils  s'adonnaient  à  tout  autre  génie 
d'occupation.  La  première  supposition  pourrait  s'appuyer  sur 
un  passage  de  Plutarque  dans  la  vie  de  Solon;  mais  pour  cela 
d  faudrait  lire  Gédéontes ,  et  cette  leçon  n'a  pas  de  soutien 
solide,  même  dans  ce  passage,  en  sorte  que  lélvuiologie  qu'on 
pourrait  lui  demander  serait  au  moins  hasardée.  La  tragédie 
d'Ion  avait  besoin  de  nombreux  éclaircisseraens;  et,  quoique 
l'édition  actuelle  n'ait  pas  fermé  entièrement  la  discussion,  elle 
lui  a  fait  faire  de  très-grands  progrès.  P.   de  Golbkry. 

SUISSE. 

\.  —  Mciii  Bcsuch  Amerikats\  vie  —  \  oyagt  en  \méi  ique 


728  LIVRES  ÉTRANGERS. 

dans  l'été  de  1824,  par  S.  de  N.  Aarau ,  1827;  Sauerlœnder. 

1  vol.  in- 12  de  25 1  pages. 

C'est  en  amateur  que  M.  S. ,  habitant  d'une  petite  ville  de  la 
Suisse,  s'est  décidé  à  faire  un  voyage  de  plaisir  et  de  curiosité 
à  la  chute  du  Niagara ,  observant  sur  son  passage  les  mœurs  et 
les  coutumes  de  diverses  peuplades  des  États-Unis.  Le  livre, 
résultat  de  cette  course  rapide,  a  été  rédigé  par  une  plume 
étrangère,  d'après  ies  notes  que  le  voyageur  avait  écrites  en 
français.  Il  n'est  ni  scientifique,  ni  littéraire,  ni  industriel; 
mais  il  rend ,  simplement  et  avec  beaucoup  de  netteté ,  les  im- 
pressions d'un  observateur  qui  se  plaît  à  étudier  les  habitudes 
des  peuples.  Les  humbles  détails  auxquels  le  voyageur  ne  dé- 
daigne pas  de  descendre  sont  parfois  caractéristiques,  et  par 
cela  même  précieux.  Auprès  de  ce  chef-d'œuvre  de  peinture 
auquel  le  génie  de  M.  Chateaubriand  pouvait  seul  prêter  la 
majesté  de  la  nature  la  plus  grandiose,  toute  description  du 
saut  du  Niagara  est  nécessairement  plus  ou  moins  pâle.  Mais  il 
restait  encore  à  dire,  après  lui,  que,  dans  l'île  d'où  l'on  va 
contempler  ce  grand  spectacle,  on  trouve  un  billard.  Rien  de 
ce  genre  n'est  perdu  pour  l'étude  des  hommes  et  des  peuples. 
Nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  relever  une  pensée  de  l'au- 
teur sur  l'influence  morale  du  sentiment  du  beau  et  du  désir 
de  plaire:  «Un  colporteur,  dit-il  (pag.  x8),  qui  vend  des  ru- 
bans, des  fichus,  etc.,  exerce  une  influence  plus  salutaire  sur 
la  civilisation  d'un  village  barbare  que  tous  les  ecclésiastiques 
et  les  maîtres  d'école,  »  ou ,  en  d'autres  termes,  que  la  religion 
et  l'éducation.  Ce  n'est  là  ni  de  la  philosophie,  ni  même  un 
industrialisme  raisonnable;  c'est  tout  simplement  de  la  manie. 

269.  —  Description  topographique  et  historique  de  la  ville  et 
des  environs  de  Berne,  par  Rod.  Walthard.  Berne,  1826; 
J.  J.  Bourgdorfer.  In-8°  de  xi-267  pages. 

Les  topographies  qui  embrassent  l'ensemble  d'un  pays  ne 
pouvant  pas  entrer  dans  assez  de  détails  sur  chaque  localité 
intéressante,  elles  ne  rendent  point  superflues  les  monographies 
du  genre  de  celle  que  nous  annonçons.  La  ville  de  Berne,  re- 
marquable par  sa  situation,  par  sa  construction,  par  l'aspect 
d'ordre  et  de  propreté  qu'elle  présente  ,  enfin  par  le  rôle  qu'elle 
a  joué  dans  l'histoire,  a  déjà  eu  plusieurs  historiens  topogra- 
phes. Cependant,  la  littérature  nationale  réclamait  un  nouvel 
ouvrage  dans  lequel  d'anciennes  erreurs  fussent  relevées  ,  les 
traditions  incertaines  distinguées  des  faits  avérés,  les  super- 
fluités  élaguées  et  l'état  actuel  de  la  ville  de  Berne  fidèlement 
reproduit.  Ces  conditions  ont  été  remplies  par  M.  Walthard, 
qui  a  fait  preuve  de  goût  dans  le  choix  des  détails,  et  de  saga- 


SUISSE.  72<j 

cité  critique  dans  l'appréciation  des  faits  douteux.  Les  recher- 
ches d'érudition  historique,  rejetées  dans  des  cotes,  satisfont 

les  gens  instruits  et  n'entravent  pas  les  lecteurs  simplement 
curieux.  Une  revue  trop  peu  Complète  des  Bernois  qui  se  sont 
distingues  dans  fctf  sciences ,  les  lettres  et  les  arts  ,  et  une  table 
des  principales  dates  des  annales  bernoises,  terminent  ce  volume, 
enrichi  d'un  plan  très-exact  de  la  ville  et  des  enviions  de  Berne  , 
ainsi  que  de  plusieurs  vues  dessinées  avec  une  fidélité  parfaite  et 
gravées  avec  talent.  Si  la  correction  typographique  et  la  pureté 
du  style  répondaient  toujours  aux  autres  mérites  du  livre, 
celte  production  de  M.  "Walthard  ne  laisserait  presque  rien  à 
désirer. 

270. — *  Quels  sont  les  caractères  distinctifs  de  la  langue  grecque 
et  en  quoi  consiste  sa  prééminence  ?  Dissertation  présentée  au 
concours  pour  la  chaire  de  littérature  grecque,  à  Lausanne, 
par  Rodieux,  étudiant  à  l'Académie.  Lausanne,  1827;  impri- 
merie d'Hignou  aîné.  lu- 4°  de  75  pag. 

La  chaire  de  grec  dans  l'Académie  de  Lausanne,  moitié  théo- 
logique,  moitié  littéraire,  a  embrassé  jusqu'à  présent  l'explica- 
tion exégétique  du  Nouveau  Testament  et  la  littérature  grecque 
profane.  L'année  dernière,  pendant  la  vacance  survenue  par 
la  mort  du  professeur  chargé  de  ce  double  enseignement,  une 
décision  législative  a  séparé  deux  parties  aussi  essentiellement 
différentes:  l'une  est  rentrée  dans  les  attributions  de  la  faculté 
de  théologie;  l'autre  forme  désormais  exclusivement  les  attri- 
butions d'un  professeur.  Suivant  la  loi,  la  chaire  réorganisée  a 
été  mise  au  concours,  et  la  dissertation  que  nous  annonçons  est 
le  résultat  de  l'une  des  épreuves  subies  par  les  aspirans.  Quoi- 
que composée  en  quinze  jours ,  elle  est,  comme  on  le  voit  à 
chaque  page,  le  fruit  d'études  profondes  faites  de  longue  main, 
et  elle  mérite  à  plus  d'un  titre  l'attention  des  savans.  Au  pre- 
mier coup  d'œil ,  littérateurs  et  lecteurs  profanes  sont  tentés  de 
croire  le  sujet  rebattu.  Le  fait  est  cependant,  qu'il  n'avait 
jamais  été  traité  ex  professa  :  des  idées  vagues,  des  exclama- 
tions, de  la  pompe,  une  admiration  vide  d'instruction,  voilà 
ce  qu'on  trouve  épars  dans  quelques  écrits  où  l'on  effleure  à 
peine  occasionnellement  la  question  de  la  prééminence  de  la 
langue  grecque.  M.  Rodieux  a  donc  eu  le  bonheur  assez  rare 
de  traiter  un  sujet  neuf,  et  le  bonheur  plus  grand  de  l'aborder, 
riche  d'un  vaste  trésor  de  connaissances  acquises  par  une  étude 
persévérante,  dans  des  voyages  en  Italie  et  en  Allemagne,  enfin 
à  l'école  et  sous  la  direction  personnelle  du  célèbre  professeur 
Thiersch  de  Munich.  Hâtons-nous  d'ajouter  que  chez  lui  ce  sont 
la  sagacité,  le  goût  et  le  talent  qui  disposent  de  ces  richesses. 


73o  LIVRES  ÉTRANGERS. 

L'auteur  considère  la  langue  grecque  sous  le  point  de  vue  de 
la  clarté,  de  la  richesse  et  de  l'harmonie;  et  il  fait  voir  que,  sous 
chacun  de  ces  rapports,  elle  a  une  prééminence  réelle  sur  les 
autres  langues  qu'il  connaît  (le  français,  l'italien,  l'anglais, 
l'allemand,  l'hébreu  et  le  grec  moderne),  et  que  cette  triple 
prééminence  forme  son  caractère  distinctif.  Un  mérite  surtout 
rend  la  dissertation  de  M.  Rodieux  remarquable,  c'est  le  grand 
nombre  d'observations  fuies  et  précises  qui  annoncent  une  étude 
attentive  de  tous  les  élémens  et  de  toutes  les  particularités  de 
la  langue  grecque;  à  côté  de  ce  savoir  grammatical,  s'y  déploient 
les  connaissances  et  le  sentiment  d'un  littérateur.  Nous  désirons 
vivement,  dans  l'intérêt  des  lettres,  que  le  jeune  et  savant  écri- 
vain donne  à  sa  dissertation,  tirée  à  un  petit  nombre  d'exem- 
plaires, une  publicité  plus  étendue.  Elle  n'est  point  destinée  à 
passer  avec  la  circonstance  qui  l'a  fait  naître,  mais  elle  doit 
servir  la  cause  de  la  science  et  prouver  d'ailleurs  à  combien 
juste  titre  le  gouvernement  du  canton  de  Vaud  a  donné  une 
place  parmi  les  professeurs  de  l'Académie  à  celui  qui  peu  au- 
paravant était  leur  élève.  Ce  travail  nouveau,  que  nous  rëcla 
mons  comme  l'accomplissement  d'un  devoir,  fournira  d'ailleurs 
à  l'auteur  l'occasion  de  retoucher  le  style  d'un  ouvrage  écrit 
nécessairement  avec  précipitation,  et  dont,  suivant  l'usage  éta- 
bli, il  ne  lui  a  pas  été  permis  de  revoir  les  épreuves,  bien  qu'il 
n'ait  guère  eu  le  tems  de  relire  son  manuscrit  avant  de  le  livrer 
à  l'impression.  S'il  obtempère  à  nos  désirs,  nous  l'engagerons 
à  donner  dans  son  ouvrage  une  place  à  un  caractère  éminem- 
ment distinctif  de  la  langue  grecque,  c'est  l'analogie.  A  défaut 
d'autres  preuves,  la  parfaite  harmonie  des  lois  de  la  langue 
grecque,  l'exacte  correspondance  des  diverses  parties  de  sa 
grammaire,  prouveraient  jusqu'à  l'évidence  que  le  peuple  qui 
la  parla  était  doué  des  sens  les  plus  délicats  et  de  l'esprit  le  plus 
fin.  En  effet,  quand  on  s'applique  à  une  étude  suivie  de  cette 
langue  admirable,  on  ne  sait  laquelle  était  la  plus  conséquente 
de  l'oreille  dans  ses  plaisirs,  ou  de  la  logique  dans  ses  exigences. 
Nous  engageons  enlin  M.  Rodieux  à  faire  disparaître  de  son 
introduction  le  membre  de  phrase  que  nous  allons  souligner  et 
qui  nous  paraît  renfermer  une  erreur:  «  Les  vainqueurs  (les 
Romains  ),  étudièrent  la  langue  des  vaincus,  contre  l'ordre  or- 
dinaire des  choses ,  beaucoup  plus  que  les  Grecs  n'étudièrent  le 
latin.  »  L'histoire  des  peuples  et  des  langues  atteste  que  l'ordre 
ordinaire  des  choses,  ou  la  loi  de  la  nature,  est  que,  dans 
les  fusions  opérées  par  la  conquête,  le  peuple  le  plus  ci\ilisé, 
vainqueur  ou  vaincu,  impose  sa  langue  et  ses  usages  au  peuple 
moins  avancé  dans  la  civilisation,  ou  du  moins  que,  dans  Ta- 


SUISSE.— ITALIE.  7^1 

gbalgame,  l'élément  le  plus  éclairé  prédomine.  Cela  doit  être: 
l'homme,  comme  la  plante,  est  fait  pour  chercher  la  lumière 
et  une  atmosphère  libre;  il  saisit  avec  empressement  les  bienfaits 
le  la  civilisation  qui  le  poussent  à  la  liberté.  La  Providence 
ne  saurait  permettre  le  triomphe  définitif  de  la  force  matérielle 
sur  les  forces  de  l'esprit;  la  victoire  momentanée  que  celle-là 
obtient  quelquefois  n'est  qu'un  moyen  de  l'amener  captive'  sons 
l'empire  de  l'intelligence.  Voyez  les  barbares  de  l'Asie  et  du 
Nord  conquérant  l'Europe  chrétienne.  C.  Monnard. 

ITALIE. 

271.  —  Sullo  stato  de  If  âgricoltura  ,  ecc.  —  De  l'état  de 
l'agriculture  dans  le  nord  de  l'Europe,  et  du  commerce  des 
blés  en  général.  Milan,  1828.  In-8°  de  /|5  pages. 

Cet  écrit  de  M.  Lampato,  directeur  des  Annales  de  statistique, 
qui  se  publient  à  Milan,  est  la  répétition  d'un  grand  article 
élaboré  qui  se  trouve  faire  partie  de  cette  estimable  publication. 
On  sait  que  M.  Jacob,  un  des  plus  savans  économistes  d'An- 
gleterre, avait  été  chargé,  en  1825,  par  son  gouvernement, 
de  visiter  les  provinces  qui  approvisionnent  les  marchés  de 
Dantzig,  pour  savoir  jusqu'à  quel  point  les  cultivateurs  anglais 
sont  exposés  à  souffrir  de  la  concurrence  des  blés  qui  peuvent 
être  importés  venant  de  la  Baltique.  Le  résultat  de  ce  rapport, 
qui  fixa  vivement  l'attention,  fut  que  des  droits  d'importation 
très-modérés  seraient  sufiisans  pour  protéger  les  intérêts  des 
cultivateurs  anglais  et  qu'ils  permettraient  un  approvisionne- 
ment suffisant  pour  les  consommateurs.  L'article  que  nous  avons 
sous  les  yeux  a  pour  objet  de  faire  connaître  aux  lecteurs  ita- 
liens les  faits  et  les  raisonnemens  contenus  dans  le  rapport  de 
M.  Jacob,  et  d'y  joindre  quelques  autres  considérations  sur  le 
commerce  des  blés  en  général.  L'auteur  conclut  que,  quoique 
la  liberté  illimitée  du  commerce  soit  un  principe  à  suivre  , 
néanmoins  dans  certains  cas  particuliers,  notamment  dans  ce 
qui  a  rapport  au  commerce  des  grains,  il  y  a  des  raisons  de 
convenance  et  même  de  nécessité  qui  doivent  prévaloir  quel- 
quefois. J.  B.  S. 

272  —  *  Che  cosa  è  la  mente  sana  ?  Indovinello  massimo  che 
potrebbe  valerc  pocoo  niente ,  etc.  —  Qu'est-ce  qu'est  l'enten- 
dement dans  son  état  sain  ?  Énigme  dont  l'importance  peut  être 
plus  ou  moins  grande.  Discours  de  /.  -  D.  Romagnosi.  Milan  , 
1827;  J.  Rusconi.  In-8°. 

L'énoncé  du  problème  que  M.  Romagnosi  tâche  de  résoudre 
semblerait  annoncer  une  espèce  de  parodie   des  livres  de  cer 


7 3*  LIVRES  ÉTRANGERS. 

tains  psychologistesqui  construisent  dos  théories,  en  apparence 
transcendantes,  mais  dont  le  résultat  ordinaire  est  de  très- peu 
d'importance.  L'auteur ,  qui  est  peut-être  le  savant  italien  le 
plus  exercé  à  ce  genre  de  recherches,  au  lieu  de  nous  présen- 
ter unbadinage  philosophique,  entreprend  une  analyse  sérieuse 
de  l'entendement  humain.  Il  est  assez  difficile  de  le  suivre  dans 
ses  raisonnemens  ;  mais  il  ne  faut  pas  attribuer  cette  difficulté 
au  langage  technique  particulier  à  l'auteur;  souvent  elle  provient 
de  la  nature  même  du  sujet  et  de  la  grande  précision  du  style  et 
des  démonstrations.  Pythagore,  Platon  et  Aristote  parmi  les 
anciens,  Descartes,  Leibnilz  et  liant  parmi  les  modernes,  ont 
souvent  encouru  le  même  reproche.  Sans  dire  ici  s'ils  l'ont  quel  - 
quefois  mérité,  nous  convenons  volontiers  que  le  métaphysi- 
cien dont  les  écrits  seront  aussi  clairs  que  profond,  prendra 
le  premier  rang  avant  tous  les  autres.  Quoi  qu'il  en  soit ,  on 
trouve  parmi  les  idées  de  M.  Romagnosi  des  vérités  impor- 
tantes dans  leur  genre,  des  théories  ingénieuses ,  des  vues  n.cmc 
nouvelles  qui  pourraient  donner  lieu  à  des  résultats  plus  graves 
qu'on  ne  pense. 

273.  —  Tentative per  ritardave  Vcstlnzionc  delC  ehquenza  in 
Italia.  —  Tentative  pour  retarder  l'entière  décadence  de  l'élo- 
quence en  Italie,  par  le  professeur  Charles  Antoine  Pezzi. 
Milan,  1827;  J.  Sonzogno.  In  8°. 

M.  Pezzi,  auteur  de  cet  ouvrage,  est  avantageusement  connu 
par  plusieurs  autres  productions  de  différens  genres.  Dans 
l'ouvrage  que  nous  annonçons,  il  combat  les  rhétorieiens  qui 
prennent  pour  de  l'éloquence  une  sorte  de  déclamation  em- 
phatique, quelquefois  élégante  ,  mais  presque  toujours  dénuée 
de  sens.  Il  donne  une  idée  de  la  véritable  éloquence ,  qui  n'a 
pour  objet  que  la  couvietion  de  l'esprit  et  la  persuasion  du 
cœur;  il  en  esquisse  l'histoire  depuis  sa  naissance  jusqu'à  nos 
jours;  :î  parcourt  ses  vicissitudes  et  détermine  l'état  actuel  de 
décadence  où  elle  se  trouve  en  Italie.  L'auteur  expose  ensuite 
ses  vues  sur  les  moyens  de  donner  à  l'éloquence  une  nouvelle 
vie,  et  il  fortifie  ses  préceptes  par  son  exemple.  11  offre  à  ses 
lecteurs  vingt  morceaux  de  harangues  de  sa  composition  : 
quelques  uns  sont  tirés  des  ouvrages  qu'il  a  déjà  publiés,  les 
autres  sont  inédits.  Peut-être  lui  reprochera- ton  d'avoir  \\\\ 
peu  trop  négligé  cette  élégance  dont  quelques  autres  ont  abusé; 
mais  l'importance  des  sujets  qu'il  traite  fait  oublier  ce  reproche. 
Tels  sont  X éloge,  de  la  vertu  politique  ,  l'empire  de  la  vérité ,  les 
effets  de  la  superstition  ,  l'amour  rie  la  patrie ,  etc.  De  t <-* I s  sujets 
sont  dignes,  sans  doute,  de  la  véritable  éloquence;  niais  serait-il 
maintenant  permis  à  un  Italien  de  les  aborder  et  de  les  traiter 


[TALIE.  jîl 

convenablement?  L'éloquence  ne  vit  jamais  sur  la  terre  de 
^esclavage,  et  cVsi  par  cette  raison  que  l'Italie  rie  possède  que 
des  poètes  insignifians  et  point  d'orateurs. 

■j.-\.  —  *  Le  Géorgie  fie  di  Virgilio  in  ottàve  rima,  etc. — Les 
Géorgiquea  de  Virgile,  traduites  en  ottave  rima  par  l'auteur  de 
Y  Iliade  italia/ia.  Florence,  1827.10-8°. 

On  trouve,  en  tête  de  celte  traduction,  une  pièce  de  vers  se  iolti, 
adressée  à  \  irgile.  L'auteur  se  plaint  de  ce  que  beaucoup  de 
versificateurs,  au  lieu  d'imiter  le  style  pur  et  touchant  de  ce 
poète,  effraient  les  Muscs  italiennes  par  des  fantômes,  des 
sorciers  et  des  démons  qu'ils  ('vaquent  des  antres  ténébreux  du. 
nord y  pour  troubler  le  beau  ciel  de  l'Italie.  A  l'entendre,  ces 
réformateurs  ne  veulent  que  ressusciter  les  bizarreries  du  style 
ÉHarinesque,  et  ont  la  prétention  de  nous  rendre  meilleurs  au 
moyen  des  contes  et  des  vieilles  chroniques  du  moyen  Age. 
C'est,  aux  yeux  de  l'auteur,  un  scandale  grave  que  d'avoir  mis 
au-dessus  de  la  Jérusalem  délivrée  de  Tasso,  on  ne  sait  quel 
poème  dont  le  seul  mérite  est  d'offrir  les  horreurs  les  plus  re- 
butantes des  croisades.  Tout  en  louant  le  zèle  du  critique,  nous 
ne  pouvons  lui  pardonner  d'avoir  mis  au  nombre  de  ces  écri- 
vains celui  qui  les  a  souvent  foudroyés  par  ses  préceptes  et 
par  son  exemple.  A  l'en  croire,  M.  Mont i  lui  même  emploie 
quelquefois,  dans  sa  belle  traduction  âcYlliade,  des  locutions 
triviales  et  peu  dignes  de  l'épopée.  Mais,  quand  même  quelques 
passages  de  cette  traduction  auraient  mérité  ce  reproche,  il  ne 
convenait  nullement  de  placer  un  écrivain  si  recommandable  à 
coté  des  novateurs  qui  suivent  une  route  tout  opposée.  Cette 
critique  trop  sévère  nous  rappelle  que  l'auteur  a  été  un  émule 
courageux  de  M.  Monti,  dans  la  traduction  de  Y  Iliade  qu'il  a 
aussi  publiée,  et  dont  nous  avons  rendu  compte  [\oy.Rei\  £nc.y 
t.  xnvit,  p.  7cS()).  Si  alors  nous  ne'lui  jfûmes  pas  tout-à-fait 
favorables,  nous  aimons  à  rendre  aujourd'hui  justice  à  sa 
traduction  des  Géorgir/ues.  Bien  que  rédigée  en  octave  rima , 
elle  est  a>sez  claire  et  assez  fidèle  pour  être  considérée  comme 
supérieure  à  tant  d'autres,  faites  en  vers  sciofti,  et  qui  se  res- 
Eentent  de  l'esprit  de  spéculation  ou  de  vanité  qui  les  a  dictées. 
Nous  avons  parcouru  les  notes  dont  le  traducteur  a  enrichi 
son  travail.  Elles  sont  instructives ,  sans  être  fatigantes.  On 
trouve,  à  la  fin  de  l'ouvrage,  la  traduction  du  premier  livre 
de  Y  Enéide  dans  le  même  mètre.  Puisque  l'auteur  a  tant  de 
prédilection  pour  les  octaves,  nous  respecterons  son  goût,  et 
nous  l'invitons  à  continuer  et  à  terminer  son  travail. 

'i-'>  . —  //  Paradiso  perduto ,  etc. —  Le  Paradis  perdu  de 


7 34  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Milton,  traduit  par  Lazaro  Papt.  Milan,  1827;  Betloni.  3  vo 
in-16. 

On  se  plaint  en  Italie,  avec  quelque  raison,  que  le  Journal 
des  Débats ,  en  parlant  des  diverses  traductions  italiennes  du 
Paradis  perdu  de  Milton ,  à  l'occasion  de  celle  de  M.  Sorelli, 
ait  oublié  celle  de  M.  Papi,  qui  surpasse  toutes  les  autres  en 
exactitude.  Cet  oubli  semble  d'autant  plus  étonnant,  qu'on  a 
donné  dernièrement  plusieurs  éditions  de  ce  beau  travail. 

On  ne  peut  attribuer  une  pareille  omission  qu'à  l'oubli  des 
auteurs  ou  des  éditeurs,  qui,  au  lieu  de  faire  déposer  leurs 
ouvrages  aux  bureaux  des  recueils  où  ils  désirent  être  annon- 
cés ,  croient  qu'il  suffit  d'y  envoyer  les  prospectus  pompeux 
qu'ils  ont  eux-mêmes  rédigés.  Nous  prévenons  nos  lecteurs 
que  nous  ne  rendrons  compte  que  des  ouvrages  italiens  dont 
nous  recevrons  un  exemplaire;  et  lorsque  nous  ne  pourrons 
pas  lire  les  ouvrages  originaux ,  du  moins  nous  ne  nous  en 
rapporterons  qu'au  jugement  des  journaux  italiens  les  plus 
accrédités,  tels  que  X Anthologie  de  Florence,  la  Bibliothèque 
italienne  de  Milan  ,  et  quelques  autres. 

276.  —  *  La  Sposa  di  Messine ,  etc. — La  Fiancée  de  Messine, 
tragédie  de  J.  Schiller ,  traduite  par  le  chevalier  Maffei,  avec 
un  discours  de  François  Ambrosoli.  Milan,  1827.  I11-80. 

Le  traducteur  a  voulu  faire  connaître  à  ses  compatriotes  les 
beautés  originales  de  la  pièce  de  Schiller ,  et  il  a  donné  une 
preuve  nouvelle  de  la  richesse  et  de  la  flexibilité  de  la  langue 
italienne,  en  rendant  complètement  les  images  et  les  couleurs 
étrangères  et  même  bizarres  de  son  modèle  que  les  autres  tra- 
ducteurs ont  à  peine  indiquées.  Il  y  ajoute  aussi,  et  c'est  ce 
qui  distingue  particulièrement  M.  Maffei,  cette  harmonie ,  cette 
variétéde  rhythmes,  presque  toujours  imitative,  que  les  autres 
langues  ne  peuvent  qu'envier  à  la  poésie  italienne.  Nous  invi- 
tons ceux  qui  cultivent  les  littératures  allemande  et  italienne  à 
lire  cette  belle  traduction  pour  les  comparer  l'une  à  l'autre. 
M.  Ambrosoli  les  dispose  à  cette  lecture  par  un  discourt  qui 
prouve  en  même  tems  combien  il  est  versé  dans  la  connaissance 
du  théâtre  allemand  et  dans  la  littérature  de  son  pays.  On  peut 
lui  reprocher  de  se  laisser  quelquefois  aller  trop  loin  et  de  s'ar- 
rêter plus  qu'il  ne  faut  à  ce  qui  est  trop  vague  ou  trop  commun. 
Mais,  écrivant  spécialement  pour  ses  compatriotes,  il  saisit  les 
occasions  de  dire  des  choses  qu'il  leur  croit  utiles.  Nous  l'esti- 
mons d'autant  plus  que,  reconnaissant  le  mérite  des  vrais  clas- 
siques, il  ne  rejette  pas,  par  esprit  d'intolérance,  ce  que  les 
novateurs  appelés  mal  à  propos  romantiques  produisent  de  plus 
digne  d'attention. 


ITALIE.  735 

277. —  *  Canto  funèbre ,  etc.  -  Chanl  funèbre  sur  la  mort 
cl  1 1  célèbre  astronome  Joseph  Piazii,  par  Jugustin  G  allô. 
Palerme,  1827;  L.  Dalo.  In-8". 

Nous  ne  pouvons  qu'applaudir  à  l'heureux  cbdîx  du  sujet; 
■  si  les  vers  de  M.  Gallû  n'ont  pas  tonte  la  perfection  dési- 
lahle,  on  doit  ton  jours  Un  savoir  gré  de  les  avoir  consacrés  au 
célèbre  astronome  quî  a  reculé  les  homes  de  la  science,  et 
dont  le  monde  savant  regrette  encore  la  perte.  Ce  chant  est 
dédié  à  M.  le  comte  Oriani,  astronome  non  moins  célèbre  que 
celui  dont  le  poète  rappelle  les  qualités.  F.  S. 

Ouvrages  périodiques. 

278. — *  Animait  universàli  di  statistica ,  etc. —  Annales  uni- 
verselles de  statistique,  d'économie   publique,  d'histoire,  de 

voyages  et  de  commerce.  Milan,  1828. 

278.  — *  Tecnologia. — Aiwall  universàli  :  i°  di  agricoltura, 
di  economia  rurale  ,  etc.  —  Technologie.  —  Annales  univer- 
selles :  i°  d'agriculture  ,  d'économie  rurale  et  domestique; 
20  des  arts  et  métiers.  Milan,  1828. 

280. —  *  Giornale  di  far m ne in- chimie a  ,  etc.  —  Journal  de 
pharmacie-chimique  et  des  sciences  accessoires,  ou  Annales 
universelles  des  découvertes,  des  reproductions  de  doctrines 
et  de  procédés,  et  des  perfectionnemens  obtenus  en  pharmacie 
et  en  chimie  ;  rédigées  par  Antoine  Cattaneo,  docteur  es-lois, 
pharmacien-chimiste,  etc.  —  Milan,  1828;  les  éditeurs  des 
Annales  universelles  des  sciences  et  de  l'industrie. 

Ces  trois  ouvrages  périodiques,  dont  nous  avons  déjà  eu 
l'occasion  d'entretenir  nos  lecteurs,  continuent  à  mériter  le 
succès  qu'ils  obtiennent;  les  rédacteurs  surveillent  toujours 
avec  la  même  attention  chacun  de  leurs  cahiers.  Mais,  afin 
qu'ils  répondent  encore  mieux  à  l'attente  du  publie  hors  de 
l'Italie  (nous  ne  dirons  pas  des  étrangers,  il  n'y  en  a  point 
dans  la  république  des  lettres,  si  ce  n'est  les  barbares  )  ,  nous 
exprimerons  nos  vœux  et  nos  besoins  ,  ce  que  les  savans  ré- 
dacteurs peuvent  faire  pour  nous,  et  sans  doute  aussi  pour 
une  grande  partie  du  public  européen.  Nous  serions  tentés  de 
nous  plaindre,  nous  Français,  de  ce  que  nous  trouvons  dans 
le  Journal  de  pharmacie-chimique  un  au<si  grand  nombre  d'ar- 
ticles sur  des  écrits  ou  des  travaux  de  nos  compatriotes,  en 
comparaison  de  ceux  d'Italie  ou  des  autres  contrées  de  l'Eu  - 
rope.  Ce  n'est  pas  que  nous  soyons  insensibles  aux  hommages 
rendus  à  nos  écrivains  et  à  nos  savans;  mais,  dans  l'intérêt  de 
et  afin  d'acquérir    plus  de   connaissances 


;36  LIVRES  ÉTRANGERS, 

avec  moins  do  peine,  nous  recherchons  principalement  dans 
les  journaux  du  dehors  ce  qui  abonde  le  moins  dans  ceux  de 
notre  pays.  Par  le  même  motif,  nous  désirons  que  les  Annales 
de  statistique  et  celles  de  technologie  nous  entretiennent  fré- 
quemment de  ce  qui  se  passe  en  Italie,  des  progrès  vers  le 
bien-être  des  habitans,  vers  le  perfectionnement  des  institu- 
tions, de  l'instruction,  des  arts,  des  industries  locales  qui 
méritent  quelque  attention,  et  pourraient  être  imitées  ailleurs. 
Nous  les  dispensons,  pour  cause  assez  connue,  de  nous  parler 
de  l'Espagne  :  ce  malheureux  pays  sera  peut-être  long- tems, 
pour  tous  les  peuples,  un  objet  d'épouvante  et  non  d'instruc- 
tion. Il  semble  que  le  plan  des  rédacteurs  est  susceptible  de 
s'agrandir;  que  la  connaissance  des  forces  navales  et  militaires 
de  chaque  nation  est  une  partie  essentielle  de  la  statistique, 
et  que  la  technologie  doit  pénétrer  dans  les  arsenaux  et  les 
chantiers  de  constructions  navales,  y  voir  les  machines  nou- 
velles, les  procédés  perfectionnés,  et  surtout  ceux  dont  l'in- 
dustrie civile  peut  faire  un  usage  profitable.  Au  reste,  soit 
que  ces  Annales  se  renferment  dans  leurs  limites  actuelles, 
soit  que  les  rédacteurs  jugent  à  propos  de  les  reculer  encore, 
l'ouvrage  sera  utile  ,  et  l'attente  du  monde  savant  ne  sera  point 
trompée. 

Dans  le  journal  de  pharmacie-chimique  (janvier  1828),  on 
trouve  une  Notice  sur  le  comte  Moscati  dont  la  longue  carrière 
fut  utile  aux  sciences  et  à  l'humanité,  dans  les  diverses  fonc- 
tions dont  ce  vertueux  citoyen  fut  successivement  chargé.  La 
pharmacie  lui  est  redevable  de  la  préparation  mercurielle  qui 
porte  sou  nom.  F. 

PAYS-BAS. 

281.  —  Recherches  sur  la  sommation  de  quelques  séries  trigo- 
nométriques ,  par  R.  Lobatto.  Delft ,  1827;  L.  Degroot.  In-40 
de  12  pages. 

282.  —  Gronden  der  Slerrefunde.  —  Astronomie  élémentaire, 
par  A.  Quetelf.t,  traduite  du  français  en  hollandais,  par 
R.  Lobatto,  avec  des  Notes,  première  partie.  Amsterdam,  1 827  ; 
C.Portielse.  In- 12. 

M.  Lobatto  a  déduit  la  sommation  des  séries  trigonométri- 
ques  qu'il  considère  de  deux  formules  ,  composées  de  deux 
termes  combinés  par  addition  et  par  soustraction  ,  et  qu'il  ne 
s'agit  plus  que  d'évaluer  à  l'aide  de  la  loi  donnée  des  coefficiens 
de  la  série  trigonométrique  qu'il  se  propose  de  sommer.  La 
marche  qu'il  suit  est  simple  et  uniforme;  il  est  parvenu,  dans 
plusieurs  cas,  à  vaincre  avec  adresse  les  difficultés  que  pré- 


PATS-BAS.  737 

sentait  l'analyse.  L'autour  termine  SOI!  Irav.ul  par  montrer  en 
peu  de  mois  comment  lei  séries  infinies  qu'il  a  considérées 
(Rappliquent  à  la  division  du  cercle  en  parties  égaies. 

Le  second  ouvrage  de  M.  Lobatto  est  la  traduction  d'une 

astronomie  élémentaire,  qui  fait  partie  de  la  Bibliothèque  indus- 
trielle, publiée  à  Paris,  par  MM.  JMalher  et  comp.  Cet  ouvrage 
ayant  déjà  été  annoncé  dans  la  Revue  Encyclopédique,  par 
M.  F&AXTCQEUR  (voy.  tom.XXXil,  p.  717),  je  me  dispenserai  d'en 
parler,  autrement  que  pour  témoigner  ma  reconnaissance  au 
traducteur  pour  les  notes  intéressantes  dont  il  a  enrichi  mon 
travail. 

283. —  Théorie  Balistique  y  par  J.-F.  Scheer  de  Lionastre, 
lieu  tenant  -  colonel  d'artillerie  au  service  de  S.  M.  le  roi  des 
Pays-Bas.  Gand,  1827;  Vandelvcrckhove.  In-8°  avec  planches. 

«  S.  A.  II.  le  prince  Frédéric  des  Pays-Bas,  grand  maître  de 
l'artillerie  du  royaume,  ayant  ordonné,  sur  la  proposition  de 
S.  Exe.  le  lieutenant -général  Voct,  directeur  de  l'école  royale 
d'artillerie  et  du  génie,  des  expériences  à  entreprendre,  aux 
exercices  ordinaires  des  élèves,  dans  les  années  1823  et.  182/», 
l'auteur,  chargé  de  ces  exercices  annuels,  fut  aussi  chargé  de 
l'exécution  de  ces  expériences,  dont,  le  but  était  de  trouver 
d'une  manière  pratique  un  nombre  suffisant  d'ordonnées,  pour 
tracer  la  trajectoire  pour  le  tir  de  but-en- blanc  des  pièces  de 
campagne.  »  M.  Scheer  de  Lionastre  conçut  l'idée  de  tirer  à 
travers  un  certain  nombre  de  filets  de  pécheurs  dressés  vertica- 
lement l'un  derrière  l'autre  datts  la  ligne  du  tir  :  ces  filets  étaient 
construits  de  ficelle  très-  mince,  dont  les  mailles  n'avaient  que 
o,m02  d'équarrissage  ;  il  fut  facile  d'obtenir  ainsi  les  données 
nécessaires  pour  construire  la  trajectoire  par  points;  on  pourra 
voir  dans  l'ouvrage  les  précautions  qui  servaient  à  assurer 
l'exactitude  des  résultats. 

L'auteur,  après  avoir  exposé  la  méthode  suivie  dans  les  ex- 
périences, passe  à  la  solution  de  trois  problèmes  sur  la  para- 
bole, et  rappelle  les  principes  mathématiques  des  différensmou- 
vemens,  soit  dans  le  vide,  soit  dans  un  milieu  résistant;  ce  qui 
le  conduit  à  déterminer  les  principales  circonstances  du  mou- 
vement d'un  boulet  de  canon  lancé  sous  certaines  conditions. 
Cette  première  partie,  qui  peut  être  considérée  comme  une 
introduction  aux  recherches  de  M.  Scheer  de  Lionastre,  est 
terminée  par  un  tableau  de  toutes  les  formules  précédemment 
établies. 

On  trouve  dans  la  partie  suivante  l'application  des  formules 
aux  expériences  des  années  182^ et  1824.  L'auteur  détermine 
d'abord  la  vitesse  initiale  du  boulet  tiré  par  la  pièce  de  douze 
t.  xxxvii.  —  Mars  1828.  kl 


733  LIVRES  ÉTRANGERS. 

courte;  il  cherche  ensuite  la  plus  grande  hauteur  tic  la  trajec- 
toire, une  ordonnée  quelconque  de  la  trajectoire,  et  en  géné- 
ral tout  ce  qui  peut  être  de  quelque  intérêt  dans  le  tir  du  canon. 
Ces  recherches  sont  suivies  d'applications  de  la  théorie  au  jet 
des  bombes.  Quinze  grands  tableaux  numériques  présentent 
tous  les  résultats  des  exercices  que  Fauteur  a  dirigés;  ainsi  l'on 
y  trouve  l'indication  de  la  hauteur  des  trous  dans  les  filets,  celle 
de  l'élévation  du  centre  de  la  bouche  du  canon ,  du  rayon  du 
boulet,  etc. ,  les  filets  généralement  au  nombre  de  dix,  et  quel- 
quefois plus  nombreux,  étant  placés  de  5o  en  5o  mètres  de 
distance,  à  partir  d'un  espace  plus  ou  moins  grand.       À.  Q. 

aS/j.  —  Mémorial  des  camps.,  par  M.  J.  H.  Urbain  ,  premier 
lieutenant  à  la  i3e  division  d'infanterie.  Arnhem,  1827  ;  im- 
primerie de  Thième.  I11-80  de  481  pages,  avec  planches. 

Cet  ouvrage  était  attendu  depuis  long-tems  par  un  grand 
nombre  de  souscripteurs  qui  s'étaient  empressés  d'encoura- 
ger l'auteur.  Il  contient  des  préceptes,  des  instructions  et  des 
exemples  sur  le  choix  des  camps  et  des  positions,  sur  les  re- 
connaissances, les  avant-postes,  les  patrouilles  ,  les  détache! 
mens,  les  marches,  les  embuscades,  etc.,  sur  la  guerre  des 
tirailleurs  et  des  partisans;  une  introduction  à  la  défense  des 
petits  postes,  à  la  construction  des  ouvrages  de  campagne  ;  en 
un  mot,  ce  livre  embrasse  presque  tout  ce  qui  a  rapport  à  l'art 
rie  la  guerre.  *  *  * 

285.  —  Calendrier  du  dix  -  neuvième  siècle.  Bruxelles  ,  1 827. 
Une  feuille  de  o  mètres  8  sur  o,m  4« 

286.  —  Carte  figurative  de  f  instruction  populaire  des  Pars- 
Bas.  Bruxelles,  1827.  Une  feuille'de  o111 ,  9  sur  om6. 

287.  —  Carte  figurative  des  proportions  statistiques  entre  les 
provinces  du  royaume  des  Pays  -  Bas ,  dressée  d'après  les  sys- 
tèmes les  plus  exacts,  et  sur  les  rapports  officiels  les  plus  ré- 
cens; par  H.  Somerhausen.  Bruxelles,  1827.  Une  feuille  coloriée 
de  Om,  9  sur  om,  7. 

Nous  n'avons  vérifié  que  Fun  de  ces  trois  tableaux  synop- 
tiques, la  Carte  figurative  de  V  instruction  populaire.  Il  parait,  que 
l'auteur  attache  peu  d'importance  à  l'exactitude  des  calculs  dont 
il  faudrait  cependant  tenir  compte  dans  lesquestionsde  chiffres. 
Ainsi,  par  exemple,  on  lit  sur  la  carte  que,  dans  la  Flandre 
occidentale,  1726  habitans  envoient  100  en  fans  aux  écoles; 
au-dessous  de  la  carte ,  dans  le  tableau  statistique  de  la  popu- 
lation et  de  l'enseignement,  on  trouve  que  la  même  province 
fournit  aux  écoles  57,122  en  fans  :  en  admettant  ces  données,  la 
population  de  la  Flandre  occidentale  serait  de  984, 9^5  habi- 
tans; mais  le  tableau  ne  lui  en  donne  que  671,034.  Cette  province 


PATS  lus.  iiç, 

est  traitée  avec  une  rigueur,  disons  le  mot,  arec  une  injustice 
(jui  certainement  n'es;  pas  dans  les  intentions  de  l'auteur  :  une 
louche  de  noir  foncé  la  recouvre,  connue  si  elle  était  plongée 
tlans  une  ignorance  absolue,  comme  si  aucun  de  ses  babitans  no 
savait  ni  lire,  ni  ('(rire.  Mais,  si  on  la  compare  à  la  province 
voisine,  la  Flandre  orientale,  couverte  seulement  d'un  gris  fai- 
ble, on  verra  que  la  lumière  est  plus  forte  à  l'ouest  qu'à  l'est. 
En  effet,  la  population  de  la  Flandre  orientale  est  de  68û,i58 
habitans,  et  surpasse  de  18,12/1  celle  de  la  Flandre  occidentale, 
et  elle  n'envoie  aux  écoles  que  55,872  enfans,  et  par  conséquent 
i?5o  moins  que  la  Flandre  occidentale.  Ainsi,  la  teinte  noire, 
appliquée  sur  cette  dernière  province,  est  une  erreur  grave 
dont  on  ne  peut  expliquer  la  cause.  Il  est  fort  étrange  que  pas 
un  seul  des  résultats  figurés  sur  la  carte  ne  se  trouve  d'accord 
avec  les  données  fournies  par  le  tableau  statistique,  imprimé  sur 
la  même  feuille. 

Encore  un  mot  en  faveur  de  la  Flandre  occidentale,  si  mal- 
traitée sur  cette  carte.  L'auteur  y  a  joint  une  partie  de  la  carte 
de  France  ,  par  M.  Dupin  :  d'après  ce  modèle  qu'il  voulait  imi- 
ter, la  teinte  à  mettre  sur  la  Flandre  occidentale  était  inter- 
médiaire entre  celles  des  départemens  de  l'Oise  et  de  la  Somme, 
foi  t  éloignée  du  noir  dont  il  l'a  couverte.  F. 

288.  —  *  Fcrhandeling  over  der  Nedcrlandschen  Koophan- 
dcl y  etc.  —  Traité  sur  le  commerce  des  Pays-Bas,  par  M.  J. 
Y  v\  Omverrerk  de  Vrif.s;  ouvrage  couronné  et  publié  par 
la  Société  des  sciences  de  Harlem.  Harlem,  1827;  Loosjes. 
In  8°  de  vi  et  270  pages. 

La  Société  de  Harlem  avait  demandé  un  exposé  des  causes 
qui  ont  amené  la  décadence  du  commerce  des  Pays-Bas  et  des 
moyens  propres  à  le  relever  et  à  l'étendre.  Le  Mémoire  que 
nous  annonçons  est  l'ouvrage  d'un  négociant  instruit  et  esti- 
mable d'Amsterdam;  il  a  été  couronné  dans  la  séance  du  19 
mai  dernier. 

L'auteur  présente  d'abord  un  aperçu  historique  des  faits  et 
des  circonstances  ,  qui  ont  donné  lieu  à  la  décadence  du  com- 
merce (  pag.  7-75),  aperçu  rempli  de  détails  intéressans;  il  a 
pris  comme  point  de  départ,  la  guerre  de  1 780 ,  qui  éclata  entre 
la  Grande-Bretagne  et  la  république  des  Pays-Bas-Unis, 
guerre  qui  sans  doute  a  fait  éprouver  à  notre  commerce  les 
dommages  les  plus  sensibles.  Il  tâche  ensuite  de  faire  ressortir 
des  faits  historiques  dont  il  vient  de  tracer  l'exposé,  les  vraies 
iauses  de  la  décadence  du  commerce  (pag.  75-in  ).  Parmi  ces 
causes,  il  s'en  trouve  une  dont  il  s'attache  à  signaler  tous  les 
effets  pernicieux.  Les  Pays-Bas  étant  en  guerre  avec  les  puis- 

47- 


74o  LIVRES  ETRANGERS. 

sances  maritimes,  surtout  avec  la  Grande-Bretagne,  nos  com- 
merçans  se  sont  vus  forcés  de  faire  leur  commerce  sous  pa- 
villon neutre  étranger.  Ainsi,  les  étrangers  ont  appris  nos  se- 
crets el  nos  voies  commerciales;  ils  ont  appris  à  se  passer  de 
nous  ,  et  à  se  procurer  directement  ce  qu'auparavant  ils  n'ob- 
tenaient que  par  notre  intermédiaire.  La  guerre  empêchant 
notre  commerce,  les  étrangers  qui  avaient  toujours  recherché 
nos  marchandises,  les  achetèrent  des  Anglais  ou  des  autres  peu- 
ples qui  purent  les  leur  offrir.  Les  colonies,  dont  le  commerce 
est  si  important  pour  notre  pays  ,  étaient  occupées  par  les  An- 
glais. Enfin,  ne  trouvant  pas  chez  nous  d'emploi  pour  nos  ca- 
pitaux, nous  les  prêtâmes  à  des  étrangers,  et  nous  leur  four- 
nîmes ainsi  justement  ce  qui  leur  manquait  encore  pour  faire 
le  commerce  eux  -  mêmes.  Car  autrefois,  le  défaut  de  capitaux 
les  avait  contraints  de  se  servir  de  notre  intermédiaire.  La 
troisième  partie  de  l'ouvrage  (  p.  1 1 1  -  i5S  )  traite  du  rétablis- 
sement du  commerce  des  Pays  -  Bas  depuis  la  restauration,  et 
des  causes  les  plus  probables  de  la  diminution  qu'il  a  éprouvée 
depuis.  L'auteur  en  distingue  surtout  trois  :  i°  On  se  promet- 
tait de  trop  grands  avantages,  et  l'on  ne  fit  pas  attention  que 
la  situation  de  l'Europe  était  tout-à-fait  changée;  2°  le  gouver- 
nement prit  quelques  mesures  très-défavorables  au  développe- 
ment du  commerce;  3°  la  réunion  avec  la  Belgique  donna  lieu 
à  des  altercations  entre  les  fabricans  de  la  Belgique  et  les  com- 
me! çans  de  la  Hollande;  les  premiers  réclamèrent  des  mesures 
prohibitives  fort  pernicieuses  au  commerce. 

Après  ces  questions  principales,  l'auteur  traite  les  suivantes  : 
i°  Quelles  sont  les  causes  de  décadence  qui  résultent  de  nos 
propres  fautes  ?  a ,  Nous  avons  donné  lieu  nous-  mêmes  à  la 
guerre  de  1780,  en  assistant  les  colons  américains,  révoltés  contre 
leur  mère  patrie;  b ,  en  prêtant  nos  capitaux  aux  étrangers, 
nous  leur  avons  fourni  les  moyens  de  faire  le  commerce  sans 
nous  (  page  i5g-  164.  )  Nous  sommes  entièrement  de  l'avis  de 
l'auteur,  quand  (  p.  164  )  il  observe  qu'il  n'est  pas  invraisem- 
blable que  notre  commerce  serait  déchu,  même  sans  que  nous 
y  eussions  donné  lieu  par  les  raisons  déjà  exposées. — 20  Quelle 
partie  du  commerce  antérieur  des  Pays-Bas  doit-on  considérer 
comme  perdue  ,  soit  en  partie ,  soit  en  totalité  ?  L'auteur 
(  p.  165-169  )  fcspère  n1113  "en  encore  n'est  perdu  pour  le  com- 
merce de  sa  patrie.  —  3°  Quelles  sont  les  raisons  qui  font  espé- 
rer que  notre  commerce  pourra  se  relever?  Il  porte  notre  at- 
tention: a,  sur  la  force  morale  que  la  nation  a  déployée  dans 
différentes  circonstances  ;  b,  sur  le  degré  de  développement  au- 
quel l'industrie  commerciale  est  déjà    parvenue  ;   c ,   les  res- 


PAYS  BAS.  7/,i 

sources  .sont  encore  abondantes  9  et  les  eapilaux,  niênie  après 
le>  perles  éprouvées  ,  considérables.  On  n'a   (ju'à  les  eniplo\  <r  a 

Ides  entreprises  commerciales  l)ien  entendues;  d  ,  les  institutions 
pareilles  à  celles  des  courtiers  sont  des  garans  de  la  célérité 
et  de  la  bonne  lui  dans  les  transactions  commerciales  (  p.  169- 

189.)  —  Enfin,  T'  l'auteur  examine  par  quels  moyens,  par 
quelles  voies  le  commerce  des  Pays  -  Bas  pourra  s'étendre.  Il 
nous  indique  principalement  i\cu\  nouvelles  routes: a,  le  Le- 
vant, la  mer  Noire  et  l'Egypte;  b,  l'Amérique  méridionale  et 
ses  îles  p.  iM()-';o'»  ),  "Mais  les  bornes  de  cet  article  ne  nous 
permettent  pas  d'entrer  dans  de  plus  grands  détails.  Le  système 
commercial  de  l'Angleterre  est  développé,  d'après  les  disposi- 
tions et  les  effets  de  la  loi  du  5  juillet  1825.  M.  de  Vries  nous 
démontre  clairement  que  nous  n'avons  pas  du  tout  à  nous  louer 
de  la  libéralité  anglaise  (p.  2i3-2i5) ,  puisque  les  lois  anglaises 
sont  beaucoup  plus  favorables  aux  autres  nations  qu'à  la  nôtre. 
L'examen  de  l'influence  de  la  société  dite  Société  de  commerce 
(  Nederldndsche  llundc.lmactschappy  (p.  22/,-24i  )  est  impar- 
tial et  judicieux.  Trois  autres  questions  d'un  intérêt  majeur, 
sur  le  commerce  de  la  Chine  et  du  Japon  (  p.  241  -  29,5  ) ,  sur 
tes  pêcheries  (  p.  249  -  199  ) ,  et  sur  le  grand  canal  de  la  Nord- 
Hollande,  etc.  (p.  256-299)  conduisent  à  la  conclusion  de  l'ou- 
vrage (  p.  270-297  ),  dont  nous  avons  taché  de  faire  connaître 
l'importance.  En  regrettant  que  notre  langue  nationale  ne 
soit  pas  assez  répandue  pour  que  cet  écrit  intéressant  soit  aussi 
généralement  connu  qu'il  mériterait  de  l'être  dans  les  pays 
étrangers,  nous  nous  félicitons  sincèrement  de  ce  que  notre 
commerce  offre  encore  des  hommes  instruits,  entreprenans  et 
intègres,  dont  on  peut  espérer  qu'ils  ne  négligeront  rien  pour 
mettre  à  exécution  les  heureuses  idées  que  l'auteur  a  dévelop- 
pées. X.  X. 

289.  —  *  Plu  turque  des  Pays-Bas ,  ou  Vies  des  hommes 
illustres  de  ce  royaume ,  précédé  d'une  introduction  historique , 
par  M.  Akf.r,  avec  cette  épigraphe  :  Aux  grands  hommes,  la 
patrie  reconnaissante.  Bruxelles,  1828;  Laurent  frères,  impri- 
meurs-libraires. I11-80,  orné  du  portrait  de  Guillaume  1er.  Il  y 
aura  quatre  volumes. 

Concevoir  le  projet  d'offrir  aux  Belges  la  galerie  de  leurs 
grands  hommes,  c'est  acquérir  des  droits  à  leur  gratitude.  Rien 
n'est  propre  à  perpétuer  les  belles  actions,  comme  le  tableau 
des  vertus  et  des  talens  dont  s'honore  la  patrie...  Nous  avons 
ici,  sous  les  yeux,  Guillaume  Ier,  Ruvtcr,  Rubens,  Jean  second, 
Grotius  ,  Brauwer,  de  "NVit,  Vondel,  Boerhave,  Grétry,  Swam- 
merdam,  Huygens,  Erasme  et  Charles-Quint.  La  Vie  de  Ruyter 


74a  LIVRES  ETRANGERS. 

est  fort  intéressante;  j'aurais  voulu  seulement  qu'à  propos  de 
la  mort  de  l'amiral  d'Opdam,  qui  préféra  l'honneur  de  son 
pavillon  à  la  vie  ,  on  en  fit  ressortir  l'héroïsme.  Le  prénom  de 
Ruy  ter  (Michel)  est  omis ,  ainsi  que  la  date  de  sa  mort  (29  avril 
1676).  Les  traits  du  poète  Jean  second  me  paraissent  bien 
saisis,  et  son  mérite  est  apprécié  avec  goût.  La  notice  sur 
Grotius,  mort  le  28  ou  le  29  août  1 64 5  (ce  qu'on  ne  dit  point) 
se  fait  également  lire  avec  charme;  j'en  transcrirai  la  dernière 
phrase  :  «  Cet  écrivain  avait  de  l'originalité  dans  l'esprit,  et  il 
rendait  ses  pensées  avec  beaucoup  de  bonheur  et  de  facilité; 
c'est  ainsi  que  voulant  peindre  la  Hollande  sa  patrie,  il  dit: 
C'est  un  pays  où  les  quatre  élémens  ne  sont  qu'ébauchés.  Un 
Hollandais  devant  lequel  on  rapporta  ce  mot,  s'écria  :  Cela 
peut  être  vrai,  mais  ce  pays  a  vu  naître  Grotius.  »  Les  articles 
Brauwer,  de  Wit,  Vondel,  Swammerdam,  Erasme  et  Boer- 
have  ne  laissent,  pour  ainsi  dire,  rien  à  désirer:  je  dois  re- 
marquer cependant  que  l'Hippocrate  batave  est  mort,  non 
dans  sa  62e,  mais  dans  sa  70e  année.  La  Vie  de  Huygens,  par 
la  nature  même  des  choses,  doit  moins  plaire  aux  gens  du 
monde  qu'aux  savans  de  profession.  Il  s'y  est  glissé  un  ana- 
chronisme relativement  à  la  déplorable  révocation  de  l'édit  de 
Nantes  :  loin  d'être  antérieure  à  l'année  1681  et  au  départ  de 
Huygens,  elle  est  du  22  octobre  i685;  ainsi  toutes  les  con- 
jectures, auxquelles  cette  date  erronnée  permet  à  l'auteur  de 
se  livrer,  manquent  de  fondement.  Les  pages  consacrées  à 
Grétry  présentent  quelques  anecdotes  dont  l'authenticité  pour- 
rait être  contestée.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  y  rend  justice  aux 
talens  de  notre  Orphée;  peut-être  aurait-on  pu  faire  sentir 
davantage  la  piquante  originalité  de  ses  mémoires.  Quant  à 
son  ouvrage  sur  la  vérité,  il  n'a  pas  le  moindre  rapport  avec 
la  musique;  c'est  une  production  tout-à-fait  littéraire  ou  plutôt 
philosophique. 

J'avoue  avec  l'illustre  auteur  d'Atala  :  «  que  je  préfère  m'at- 
tacher  à  montrer  les  beautés  plutôt  qu'à  compter  curieusement 
les  défauts  d'un  livre.»  Toutefois,  lorsqu'il  est  question  d'un 
livre  d'histoire,  et  surtout  d'un  livre  qui  doit  circuler  dans 
les  mains  des  jeunes  gens,  il  importe  d'en  signaler  les  erreurs  : 
je  ne  puis  passer  sous  silence  celles  que  j'ai  remarquées  dans 
ce  volume,  d'ailleurs  recommandable  sons  plus  d'un  rapport 
Je  commence  par  la  vie  de  Guillaume  Ier  :  il  est  très-inexact 
de  dire  que  les  états  de  Hollande  et  de  Zélande  reconnurent 
ce  prince,  en  i58i,  pour  leur  souverain.  On  indique  l'hor- 
rible attentat  de  Gérard  au  10  juin,  au  lieu  du  10  juillet  1 584- 
Maurice  de  Nassau   n'est  point  né  d'une    fille  de  l'amiral  de 


PATS-BAS.  74^ 

Coligoi;  6a  mère  était  Anne  de  Saxe,  seconde  femme  de  Guil- 
laume l,r;  c'est  Frédéric  Henri  qui  naquit  (le  28  février  i584J 
de  Louise  de  Coligni,  La  Vie  de  Charles-Quint  s'annonce  aveu 
éclat.  Le  début  mérite  d'être  cité:  (Les  circonstances  où  ce 

prince  fut  placé  dès  son  avènement  à  la  couronne  le  mirent 
dans  l'alternative  ou  de  perdre  une  partie  de  ses  états,  ou  do 
déployer  constamment  toutes  les  ressources  de  la  guerre  et  do 
Lait  de  négocier.  D'un  côté,  la  possession  usurpée  de  la  Na- 
varre l'exposait  aux  agressions  de  la  France;  de  l'autre,  il  était 
en  contact  avec  la  même  puissance  par  ses  états  héréditaires 
de  Bourgogne.  Pendant  ses  voyages  dans  les  Pays-Bas,  des 
troubles  compromettaient  sa  couronne  d'Espagne,  et  pendant 
sou  séjour  en  Espagne,  ses  sujets  flamands  se  révoltaient.  Pos- 
sesseur de  Naples  et  de  la  Sicile,  il  avait  besoin  de  l'affection 
ç\u  pape,  qui  lui  demandait  des  rigueurs  contre  la  réforme, 
tandis  que  la  guerre  avec  Soliman  lui  rendait  indispensable 
l'alliance  des  princes  réformés  pour  repousser  l'invasion  des 
Turcs.  Afin  de  faire  pencher  en  sa  faveur  la  balance  contre 
François  1er,  il  avait  à  captiver  l'esprit  de  Wolscy,  premier 
ministre  de  Henri  VIII,  lequel  aspirait  à  la  tiare,  en  mémo 
tems  qu'il  faisait  donner  cette  dignité  à  son  précepteur  Adrien. 
Cette  divergence  d'intérêts  et  de  passions,  qu'il  fut  de  la  mis- 
sion de  Charles  de  concilier  par  l'adresse,  ou  d'enchaîner  par 
la  force,  lit  de  sa  vie  politique  une  longue  agitation,  une  suite 
non  interrompue  de  traités  ,  de  guerres  et  de  voyages.  Enfin, 
après  avoir  chassé  François  de  la  Navarre  et  du  Milanais,  as- 
servi l'esprit  turbulent  et  Hbrc  des  Espagnols,  apaisé  ses  Fla- 
mands, garanti  la  sûreté  de  l'Allemagne  contre  la  Turquie, 
soumis  Tunis,  combattu  la  réforme,  sans  avoir  peut-être  ja- 
mais donné  un  plan  suivi  à  ses  conquêtes;  épuisé  de  tant  d'ef- 
forts d'esprit  et  de  fatigues  de  corps,  il  transmet  à  son  fils  la 
propriété  de  son  immense  empire,  et  échange  les  agitations 
d'un  palais  contre  le  repos  d'un  cloître.  C'est  de  cette  exis- 
tence si  occupée  et  d'un  intérêt  d'autant  plus  vaste  que  Charles- 
Quint  a  pesé  de  tout  son  poids  surce  xviesiècle,  quifut  comme 
l'avant-scène  de  notre  civilisation  actuelle,  que  nous  entrepre- 
nons de  tracer  le  tableau.  »  La  suite  ne  se  soutient  malheureu- 
sement pas  sur  ce  ton.  L'auteur  affiche  une  trop  grande  portée 
de  vue;  il  a  voulu  faire  un  tableau  d'histoire  au  lieu  du  portrait 
de  Charles-Quint;  et  la  physionomie  du  monarque  se  perd  en 
quelque  sorte  dans  les  détails  de  cette  composition.  Le  style 
est  trop  tendu,  il  manque  de  cette  facilité  sans  laquelle  il  u'v 
a  point  de  charme;  on  s'en  aperçoit  à  ces  pénibles  pronoms 
celui-ci,  celle-ci,  qui  reviennent  perpétuellement.  On  y  parle  de 


744  LIVRES  ÉTRANGERS. 

la  reine  mère,  de  François  Ier;  mais  celte  princesse  n'a  jamais 
porté  que  le  titre  de  duchesse  d'Angoulème;  elle  n'a  reçu  son 
brevet  de  reine  que  du  poëte  Dupaty,  dans  l'opéra  de  Françoise 
de  Foix.  Bonnivet  avait  la  dignité  d'amiral;  il  n'a  jamais  été 
maréchal  de  France.  Je  ne  sais  ce  que  c'est  qu'un  duc  de  Condé, 
chef  deconspirateurs  sous  François  Ier;  c'est  vraisemblablement 
encore  du  connétable  de  Bourbon  qu'il  s'agit.  La  Notice  sur 
Rubens,  bien  écrite  et  fort  attachante,  renferme  aussi  quelques 
légères  inexactitudes.  Le  nom  de  sa  deuxième  femme  est  défi- 
guré; elle  s'appelait  Forment.  Les  prénoms  Pierre-Paul  ne  se 
trouvent  nulfe  part  ;  on  nous  représente  Rubens  comme  s'étant 
occupé  déjà  de  l'étude  du  droit  lorsqu'il  devint  page  de  la 
comtesse  de  Lalain;  ce  qui  supposerait  un  jeune  homme  d'une 
vingtaine  d'années  et  pourrait  faire  naître  d'étranges  conjec- 
tures. Le  fait  est  qu'il  avait  alors  de  douze  à  treize  ans  ;  on 
affirme  que  Rubens  était  un  historien  profond  :  d'après  cela, 
qui  ne  le  croirait  auteur  de  quelque  ouvrage  historique... 
Il  fallait  se  borner  à  dire  qu'il  avait  fait  une  étude  approfondie 
de  l'histoire.  Le  Raphaël  Belge  a  publié  plusieurs  ouvrages 
relatifs  à  son  art  :  Pétri  Pauli  Rubenii  de  imitatione  slatuarum 
grœcarum  schediasma ,  etc.  Son  biographe  n'en  parle  point. 

L'introduction  historique  par  M.  Ader  (sauf  quelques  ex- 
pressions néologiques  et  quelques  mots  précieux,  comme  :  sur 
le  reste  du  territoire  se  posèrent  Jes  Ménappîens,  etc.)  est 
écrite  avec  autant  d'élégance  que  d'esprit.  Mais,  je  dois  le  dire, 
sa  manière  de  juger  les  hommes  et  les  choses  me  semble  sou- 
vent superficielle  et  presque  toujours  beaucoup  trop  tran- 
chante. Il  traite  Philippe-le-Bon  avec  une  rigueur  extrême; 
c'est  un  prince  auquel  l'historien  impartial  fera  sans  doute  de 
graves  reproches  ,  mais  dont  il  n'oubliera  pas  les  grandes  qua- 
lités et  les  services  rendus  à  ses  peuples.  Charles-Quint  n'eut 
qu'un  seul  gouverneur,  Guillaume  de  Croy,  seigneur  de  Chiè- 
vres;  l'auteur  parle  d'un  second,  le  prince  de  Chimay;  c'est 
encore  le  même  personnage;  la  terre  de  Chimay  pour  lors  ap- 
partenait à  la  maison  de  Croy.  Ce  n'est  pas  l'empereur  qui  fit 
choix  d'un  gouverneur  pour  le  jeune  Charles;  c'est  le  roi  de 
France,  Louis  XII,  en  vertu  du  testament  de  l'archiduc  Phi- 
lippe-le-Beau.  En  nous  représentant  Charles-Quint  sous  les 
traits  du  fanatisme,  M.  Ader  s'écarte  tout-à-fait  de  l'histoire. 
Le  luxe  de  Léon  X  n'a  jamais  passé  pour  dégoûtant  :  c'était 
un  luxe  protecteur  des  arts;  l'Anglais  Roscoe  en  parle  d'une 
manière  plus  favorable.  Granvelle  n'a  jamais  été  évèque  d'Ath 
(ville  sans  évèché),  mais  d'Arras.  Ce  n'était  pas  un  prêtre 
étranger,  puisqu'il  était  de  la  Franche-Comté ,  province  sous 


PAYS-BAS.  •—  LIV RKS  FRANÇAIS.  ;  Y> 

la  mècÊB  domination  que  la  Belgique  :  le  portrait  qu'en  trace 
M.  Ader  manque  «le  vérité.  Aucun  historien  jusqu'ici  ne  s'est 
montré  juste  entera  Le  prélat  franc-comtois. 

«  Toujours  blAtnt  excessif,  ou  l)ien  louange  outrée!  • 
Schiller  est  celui  qui  l'apprécie  le  mieux.  Un  académicien  de 
Besançon,  M.  Grapin,  vient  de  prouver  jusqu'à  l'évidence, 
dans  un  mémoire  très-fort  de  raisonnement,  que  Granvclle, 
loin  de  provoquer,  avait  combattu  le  projet  d'érection  des 
nouveaux  évéchés.  M.  Ader  ne  dit  mot  du  règne  d'Albert  et 
d'Isabelle;  ce  règne  ne  méritait  pourtant  pas,  non  plus  que  la 
fermeture  de  l'Escaut  et  le  traité  de  barrières,  cette  espèce  de 
dédain.  «  Le  gouvernement  autrichien,  même  sous  Marie-Thé- 
rèse ,  était  un  joug  stupidè!...  Nos  champs  étaient  hérissés  de 
ronces!...  Nous  ne  connaissions  pas  les  douceurs  de  la  liberté, 
le  bonheur  de  l'indépendance!.  .»  Tout  cela  sent  l'étranger  qui 
nous  connaît  d'hier  et  qui  n'a  pu  s'identifier  avec  nos  anciennes 
institutions. 

En  rappelant  la  mort  tragique  de  Corneille  de  "Wit,  l'auteur 
oublie  d'y  associer  celle  de  Jean:  les  deux  frères  furent  massacrés 
en  même  tems,  par  une  populace  effrénée.  Il  appelle  demande  de 
concessions  iniques  la  prétention  qu'eut  Joseph  II  d'affranchir 
l'Escaut;  cela  ne  se  conçoit  point:  Joseph  remplissait  les  devoirs 
du  trône;  c'est  Charles  VI  qui  avait  fait  des  concessions  iniques, 
en  consentant  à  la  ruine  de  ses  sujets  d'Anvers  par  l'injuste  fer- 
meture de  l'Escaut.  Joseph,  du  reste,  en  s'arrangeant  avec  la 
Hollande,  n'y  fut  pas  contraint  par  ce  qui  se  passait  alors 
dans  ses  provinces  bclgiques,  puisque  les  troubles  n'y  écla- 
tèrent que  plusieurs  années  après.  L'auteur  fait  dater  notre 
incorporation  à  la  république  française  du  14  décembre  1792; 
mais  il  a  perdu  de  vue  la  rentrée  des  Autrichiens  au  bout  de 
deux  mois.  La  conquête  définitive  est  de  1794»  et  les  écha- 
fauds  de  la  terreur  n'étaient  guère  propres  à  disposer  l'esprit 
public  en  faveur  de  nos  nouvelles  destinées.  Notre  roi  fit  sa 
rentrée  à  La  Haye,  le  3  décembre  18 i3,  et  non  en  18 14. 

Je  ne  pousserai  pas  plus  loin  mes  observations  ;  j'aime  bien 
mieux,  en  finissant  cet  article,  applaudir  à  la  péroraison  qui 
termine  le  discours  historique  de  M.  Ader  :  on  y  trouve  tout 
le  talent  de  l'auteur  des  Campagnes  en  Egypte  cl  d'autres 
écrits  justement  estimés.  Stassart. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

Sciences  physiques  et  naturelles. 
290.  — *Élémcns  d'anatomie  générale ,  ou  description  de  tous 


746  LIVRES  FRANÇAIS. 

les  genres  d'organes  qui  composent  le  corps  humain;  par 
P.  A.  Béclard  (û'Jlngers),  professeur  à  la  Faculté  de  méde- 
cine de  Paris,  etc.  Deuxième  édition  ,  accompagnée  d'une 
Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  l'auteur ,  par  le  D'  Olivier 
(  d'Angers).  Paris,  1827;  Béchet  jeune.  In-8°  de  676  pages, 
avec  un  portrait  gTàvé  d'après  le  buste  de  M.  David;  prix,  9  fr. 
Les  recherches  anatomiques  des  anciens  s'étaient  bornées  à 
la  description  topographique  du  corps  humain;  et,  quoique 
leurs  idées  religieuses  les  empèchas-sent  d'étudier  l'homme  dans 
l'homme  lui-même,  ils  étaient  parvenus  à  posséder  des  notions 
assez  exactes  sur  la  position  et  les  usages  des  organes  de  l'ad- 
mirable machine  humaine.  Le  traité  de  Usu partium  de  Galien 
est  l'ouvrage  le  plus  remarquable  que  l'antiquité  nous  ait  légué 
sur  la  science  de  l'anatomie  ;  là  s'arrêtèrent  long-tems  ses  pro- 
grès. Les  grands  événemens  qui  bouleversèrent  l'empire  ro- 
main ne  permirent  pas  à  cette  science,  non  plus  qu'aux  autres, 
de  marcher  vers  la  perfection ,  et  les  querelles  religieuses  des 
Grecs  l'exilèrent  avec  les  sciences  naturelles  chez  les  Arabes. 
Les  Nestoriens  bannis  de  Constantinople  portèrent  sur  les  rives 
de  l'Euphrate  les  livres  d'Aristote  et  de  Galien.  Avides  de 
sciences,  les  Arabes  s'en  emparèrent;  mais  la  loi  du  prophète 
prescrivant  un  religieux  respect  pour  la  dépouille  mortelle  de 
l'homme,  ils  s'en  tinrent  à  commenter  les  livres  des  anciens,  et 
la  science  resta  immobile.  Les  croisades,  la  conquête  de  Cons- 
tantinople, reportèrent  en  Europe  les  sciences  de  la  Grèce  et 
celles  de  l'Arabie;  mais  le  préjugé  religieux  vint  encore  mettre 
obstacle  aux  progrès  de  l'anatomie.  Il  fallut  que  les  hommes, 
éclairés  par  les  lumières  que  les  autres  sciences  répandaient  en 
se  développant,  comprissent  enfin  que  la  première  des  connais- 
sances, sous  le  rapport  moral  comme  sous  le  rapport  physique, 
est  celle  de  soi-même,  et  que  le  seul  livre  à  consulter  pour 
acquérir  cette  science  est  la  nature.  On  trouva  tant  de  charme 
dans  cette  étude  ,  que  l'anatomie  fit  rapidement  d'immenses 
progrès;  et  à  la  fin  du  xvme  siècle,  on  se  flattait  de  l'avoir 
portée  au  plus  haut  point  de  perfection.  Mais  un  génie  extraor- 
dinaire s'élança  dans  la  carrière  avec  le  siècle  nouveau.  Bichat 
parut,  et  révéla  à  ses  contemporains  étonnés  que  l'anatomie 
avait  encore  d'importans  secrets  à  arracher  à  la  nature.  Peu 
satisfait  de  connaître  le  nombre,  la  position,  l'usage  des  or- 
ganes, il  voulut  connaître  encore  leur  composition  intime; 
l'anatomie  générale  fut  créée.  On  sut  alors  que  l'organe  élémen- 
taire des  corps  organisés  est  le  tissu  cellulaire;  que,  par  ses 
replis  divers,  par  ses  différentes  manières  de  croiser,  de  dis- 
poser, d'entrelacer  ses  réseaux  et  ses  aréoles,  ce  tissu  forme 


SCIENCES  PHYSIQUES.  74; 

la  trame  des  OS,  des  cartilages,  des  muscles,  des  vaisseaux,  des 

viscères,  etc.  On  étudia  de  quelle  manière  les  substances  sa 

lines,  acides,  alkalincs  ,  métalliques,  gélatineuses ,  albumi- 
neuses,  etc.,  se  déposant  dans  les  mailles  de  ce  tissu,  constituent 
les  différens  genres  d'organes.  On  vit  que  le  muscle  et  l'os  , 
ayant  tous  deux,  pour  trame  le  tissu  cellulaire,  diffèrent  en  ce 
que  le  premier  remplit  son  tissu  cellulaire  de  fibrine ,  partie 
contractile  du  sang,  tandis  que  le  second  dépose  dans  le  sien 
du  phosphate  calcaire,  des  sels,  de  la  gélatine. 

Bichat  publia  un  traité  d'anatomie  générale;  mais  une  mort 
prématurée  l'ayant  enlevé  à  ses  travaux,  il  ne  put  les  conduire 
au  point  de  perfection  qu'il  avait  entrevu.  L'impulsion  était 
donnée  ;  des  recherches  d'anatomie  générale  furent  faites  avec 
ardeur  dans  toute  l'étendue  du  monde  savant,  et  accrurent  le 
domaine  de  cette  nouvelle  science.  Professeur  d'anatomie  à  la 
Faculté  de  Paris,  Béclard,  dont  les  célèbres  leçons  avaient 
attiré  dans  cette  école  une  foule  d'étudians  de  tous  les  points 
de  la  France  et  des  pays  étrangers;  Béclard,  qui  lui-même  avait 
contribué  d'une  manière  remarquable  aux  progrès  de  l'ana- 
tomie  générale  ,  entreprit  de  publier  sur  cette  science  un 
nouveau  traité  enrichi  des  découvertes  modernes  :  l'ouvrage 
obtint  un  succès  brillant.  L'illustre  professeur  s'occupait  de 
préparer  les  matériaux  de  cette  seconde  édition,  quand  la  mort 
vint  l'arracher  à  ses  élèves  et  à  ses  nombreux  amis.  Le  docteur 
Olivier,  d' Angers ,  son  compatriote,  se  chargea  de  sa  publi- 
cation y  elle  commence  par  une  notice  sur  Béclard ,  pleine  d'in- 
térêt, de  sensibilité,  et  écrite  d'une  manière  remarquable. 

L'analyse  de  l'anatomie  générale  de  Béclard  demanderait  de 
longs  développemens;  nous  ne  pouvons  qu'en  indiquer  ici  la 
division.  Sous  le  titre  modeste  d'introduction,  l'auteur  traite, 
avec  une  rare  supériorité  détalent,  des  corps  organisés,  dont 
il  fait  voir  les  analogies  et  les  différences;  puis  il  traite  de  l'or- 
ganisme, de  la  vie,  des  altérations  de  l'organisation,  et  de  la 
mort.  Il  entre  ensuite  en  matière,  et  passe  en  revue  les  diffé- 
rens  tissus  qui  composent  les  corps  vivans  ;  élément  primitif, 
le  tissu  cellulaire  avec  ses  modifications,  est  décrit  le  premier; 
les  membranes  séreuses  ,  synoviales  ,  muqueuses,  la  peau  et  ses 
dépendances,  les  ongles  et  lcs-poils,  le  tissu  ligamenteux,  le 
tissu  fibro- cartilagineux,  le  système  osseux,  le  système  muscu- 
laire, le  système  nerveux,  forment  les  matières  des  chapitres 
suivans;  enfin,  l'ouvrage  est  terminé  par  l'étude  des  tissus  ac- 
cidentels qui  se  développent  au  milieu  des  tissus  normaux  du 
corps,  par  des  recherches  sur  les  concrétions  pierreuses,  et  par- 
la description  des  corps  étrangers  animés,  tels  que  les  vers  in- 


7 43  LIVRES  FRANÇAIS. 

testinaux  ,  et  les  animaux  parasites  qui  naissent  ,   vivent  et 

meurent  dans  les  différentes  parties  de  l'économie  animale. 

Cil.    D.    DE   RoUGEMONT. 

291.  —  *  Anatomie  de  l'homme,  ou  Description  et  ligures 
lithographiées  de  toutes  les  parties  du  corps  humain  ,  par 
M.  Jules Cloquet,  d.  m.,  publiée  par  M.  de  Lasteyrie.  36e,  37" 
livraisons.  Paris,  1828;  l'éditeur,  rue  de  Grenelle  Saint-Ger- 
main, n°  59.  2  cahiers  in-folio;  prix  de  la  livraison,  9  fr.  Cet 
ouvrage  sera  terminé  à  la  45e  livraison.  (Voy.  ci-dessus,  p.  491.) 

S'il  s'agissait  d'un  ouvrage  nouveau,  de  longs  développe- 
mens  seraient  peut-être  nécessaires  pour  en  exposer  le  plan  ou 
pour  eu  faire  comprendre  l'utilité;  mais  l5 Anatomie  de  V homme 
est  déjà  connue  depuis  plusieurs  années.  Commencée  en  1821, 
elle  touche  au  terme  de  ses  publications,  et  les  honorables  suf- 
frages qu'elle  a  mérités,  le  grand  nombre  de  souscripteurs, 
français  et  étrangers,  qu'elle  a  obtenus  ne  nous  laissent  guère 
que  la  possibilité  de  constater  son  succès.  Ce  succès,  d'ailleurs, 
est  facile  à  expliquer  pour  ceux  qui  se  sont  fait  une  idée  exacte 
de  l'objet  et  de  l'importance  de  l'anatomie  descriptive.  Cette 
science ,  en  effet,  est  toute  du  ressort  des  sens  et  de  la  mémoire; 
elle  n'emprunte  presque  rien  à  l'expérience,  ne  procède  point 
par  induction,  et  dédaignant  en  quelque  sorte  les  secours  de 
l'analyse,  elle  ne  descend  jamais  jusqu'à  l'investigation  des 
matières  premières.  Une  observation  attentive  est  seule  capable 
de  nous  dévoiler  la  structure  du  corps  humain.  Aussi  l'anato- 
mie doit -elle,  plus  que  toute  autre  science,  tirer  de  grands 
avantages  des  pièces  artificielles,  ou  des  dessins  exécutés  avec 
exactitude;  non  que  cette  fidèle  représentation  de  la  nature 
puisse  dispenser  des  dissections,  mais  parce  que  son  utilité  est 
de  tous  les  teins  comme  de  tous  les  lieux,  et  qu'elle  offre  un 
puissant  secours  au  praticien  que  ses  souvenirs  peuvent  égarer, 
et  qui  a  souvent  besoin  de  réaliser  dans  son  cabinet  les  études 
de  l'amphithéâtre. 

Mais  pour  cela  il  faut  que  les  figures  soient  d'une  exacti- 
tude rigoureuse;  il  faut  qu'on  puisse,  non-seulement  considérer 
isolément  les  diverses  parties  du  corps  humain,  mais  encore 
les  étudier  dans  leur  ensemble  pour  bien  en  connaître  la  disposi- 
tion et  les  rapports.  Ces  avantages  se  trouvent  réunis  dans  l'ou- 
vrage publié  par  M.  de  Lasteyrie.  Le  format ,  grand  in-folio,  a 
permis  de  donner  aux  dessins  tous  les  développemens  dési- 
rables, et  un  examen  attentif  de  ce  grand  travail  nous  a  prouvé 
que  l'artiste  s'est  acquitté  avec  une  merveilleuse  habileté  de  la 
tâche  qui  lui  était  imposée.  Bien  plus,  le  texte  n'offre  point 
une  aride  et  fatigante  nomenclature ,  mais  un  cours  complet 


SCIENCES  PHYSIQUES.  749 

d'anatomie,  dans  lequel  les  diverses  parties  du  corps  humain 

sont  décrites  avec  beaucoup  de  talent  et  d'exactitude. 

Cet  ouvrage  ne  pouvait  paraître  dans  un  teins  plus  favorable. 
La  tendance  presque  générale  des  bons  esprits  vers  L'étude  des 
scienees  naturelles,  les  faits  impôt  tans  dont  ces  sciences  s'enri- 
chissent chaque  jour ,  l'enchaînement  de  toutes  leurs  parties, 
les  rapports  qui  les  unissent  entre  elles,  le  perfectionnement 
des  connaissances  physiologiques  en  particulier  devenues  plus 
exactes  et  plus  positives ,  telles  sont  les  circonstances  qui 
doivent  faire  de  l'étude  de  l'anatomie  un  des  premiers  besoins 
de  notre  époque  ,  et  qui  font  espérer  que  le  moment  n'est  pas 
éloigné  où  les  principes  de  cette  science  deviendront  comme  la 
base  ou  le  complément  d'une  bonne  éducation.  Z. 

299..  — *Rccherches  anatomiques ,  physiologiques  et  patholo- 
giques sur  le  système  veineux ,  et  spécialement  sur  les  canaux 
veineux  des  os;  par  M.  Breschet,  d.  m.,  etc.  iere  livraison. 
Paris,  1827  ;  Villeret  et  comp.,  rue  de  l'École-de-Médccine , 
n°  i3.  Cahier  in-folio  de  8  pages  et  6  planches;  prix,  10  francs 
la  livraison.  Il  y  en  aura  12  à  16. 

Lorsque  M.  Breschet  obtint  au  concours  ,  en  1819,  la  place 
de  chef  des  travaux  anatomiques  delà  Faculté  de  Médecine  de 
Paris,  il  fit  paraître  sous  le  titre  d1 Essai  sur  les  veines  du  raclas 
un  travail  fort  remarquable  par  les  notions  nouvelles  qu'il 
donnait  sur  la  disposition  de  ces  vaisseaux  et  sur  la  manière 
dont  le  sang  circule  autour  de  la  moelle  épinière.  L'ouvrage 
que  nous  annonçons,  à  en  juger  par  la  livraison  que  nous  avons 
sous  les  yeux,  est  destiné  à  reproduire  avec  plus  de  détails 
encore,  et  à  l'aide  de  tous  les  moyens  que  l'art  du  dessinateur 
possède,  non-seulement  cette  circulation  veineuse  delà  co- 
lonne vertébrale,  que  M.  Breschet  avait  en  quelque  sorte  dé- 
voilée, mais  encore  tout  ce  qui  dans  l'anatomie  des  veines  exige 
le  secours  de  préparations  difficiles  et  trop  délicates  pour 
pouvoir  être  étudié  dans  les  dissections  ordinaires.  On  a  quel- 
quefois regardé  les  planches  anatomiques  comme  nuisibles  aux 
études  ,  en  ce  qu'elles  favorisent  la  paresse  ou  la  répugnance 
des  jeunes  médecins  qui,  au  lieu  de  séjourner  dans  les  amphi- 
théâtres, se  contentent  de  feuilleter  des  gravures  qui,  quelque 
bien  exécutées  qu'elles  puissent  être,  ne  sont  jamais  qu'une 
pâle  copie  des  objets  qu'elles  imitent.  Nous  pensons  que  ces 
reproches  sont  fondés  pour  ces  ouvrages  qui  consacrent  de 
nombreuses  livraisons  à  figurer  des  os  ou  des  muscles  qu'il  est 
si  facile  d'observer  par  soi-même;  mais,  lorsque  les  planches 
représentent  des  particularités  anatomiques  peu  connues,  dont 
la  préparation  demande  une  grande  adresse  et  la  réunion  dune 


75o  LIVRES  FRANÇAIS, 

multitude  de  sujets,  alors  elles  avancent  réellement  la  science 
et  rendent  un  véritable  service  à  ceux  qui  la  cultivent.  Telles 
sont  celles  que  publie  M.  Breschct;  il  lui  a  fallu  ouvrir  et  pré- 
parer plusieurs  centaines  de  cadavres,  seulement  pour  étudier 
la  distribution  des  veines  de  la  colonne  vertébrale  dont  elles 
donnent  une  représentation  si  nette ,  et  nous  ajouterons  si 
neuve  pour  la  plupart  des  médecins.  En  les  examinant,  ils  ap- 
précieront facilement  à  quelle  compression  est  exposée  la  moelle 
épinière,  placée  au  milieu  d'un  lacis  veineux  aussi  considé- 
rable et  si  disposé  à  s'engorger,  et  quels  graves  accidcns  peu- 
vent dériver  d'une  pareille  cause  ,  trop  long-tems  ignorée. 

Cette  première  livraison  se  compose  d'une  feuille  de  texte 
qui  commence  la  description  anatomique  des  veines  ;  d'une 
autre  feuille  où  se  trouve  l'explication  des  figures  ;  et  de  six 
planches  îithographiées  ,  d'une  fort  belle  exécution,  et  colo- 
riées avec  beaucoup  de  soin,  représentant ,  de  grandeur  natu- 
relle, le  rachis  et  le  crâne  avec  les  veines  qui  s'y  rendent,  vus 
extérieurement  et  intérieurement,  au  moyen  d'une  coupe  lon- 
gitudinale. 

Le  prospectus  de  cet  ouvrage  annonce  que  les  recherches 
auxquelles  s'est  livré  M.  Bresehet,  sur  la  circulation  veineuse, 
l'ont  conduit  à  des  résultats  importans,  et  tout- à-fait  impré- 
vus. Nous  aurons  soin,  en  rendant  compte  des  livraisons  sui- 
vantes, à  mesure  qu'elles  paraîtront,  d'indiquer  quelles  sont 
ces  découvertes.  Ricollot  fils,  d.  m. 

20,3. —  Gymnastique  des  jeunes  gens  ,  ou  Traité  élémentaire 
des  différens  exercices  propres  à  fortifier  le  corps,  à  entrete- 
nir la  santé,  et  à  préparer  un  bon  tempérament.  Paris ,  1828; 
Audot.  In- 18  de  xn-114  pages,  avec  33  planches  gravées; 
prix,  air.  5o  c. 

20,4.  —  Calisthénie  ,  ou  Gymnastique  des  jeunes  filles  ;  Traité 
élémentaire  des  différens  exercices  propres  à  fortifier  le  corps, 
à  entretenir  la  santé,  et  à  préparer  un  bon  tempérament.  Paris, 
1828;  Audot.  In-18  de  xv-128  pages,  avec  i5  planches  gra- 
vées; prix,  2  fr.  5oc. 

On  ne  peut  trop  recommander  ces  deux  petits  traités  aux 
pères,  aux  mères  de  famille  et  aux  instituteurs.  La  gymnasti- 
que doit  devenir  une  partie  essentielle  de  l'éducation;  toutes 
les  préventions,  tous  les  préjugés,  toute  l'insouciance  qui  neu- 
tralisent encore  les  efforts  de  ses  propagateurs  ,  céderont  enfin 
à  l'évidence,  qui  démontre  si  clairement  l'utilité  de  l'éducation 
du  corps  et  de  ses  facultés  extérieures.  Ces  deux  ouvrages  que 
publie  M.  Audot,  sont  en  partie  traduiude l'anglais; un  médecin 
instruit  a  été  chargé  de  revoir  la  traduction  et  de  la  compléter. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  7r>* 

Nous  saisissons  cciic  occasion  pour  rappeler  à  nos  lecteurs 

un  établissement  éminemment  bon  et  utile,  [e  gymnase  normal, 

civil  et  militaire,  fondé  et  dirigé  à  Paris  par  M.  AmOROS,  dont 

nous  avons  fait  souvent  mention  dans  ce  recueil.  «. 

2j)5. — *  Cours  complet  de  mathématiques  pures  ,  par  L.  Ii. 
1Y.  \NeoK.i  n,  professeur  à  la  faculté  des  sciences,  ancien  exami- 
nateur des  candidats  de  l'école  polytechnique,  etc.  :  ouvrage 
destiné  aux  élèves  des  écoles  normale  et  polytechnique,  et  aux 
candidats  qui  se  préparent  à  y  être  admis.  Troisième  édition, 
revue  et  augmentée.  Paris  ,  1828;  Bachelier.  2  volumes  in-8°, 
formant  ensemble  io3o  pages,  accompagnées  de  i5  planches 
gravées  en  taille  douce;  prix,  i5  fr. 

Dans  la  composition  d'un  traité  de  mathématiques ,  deux 
écueils  sont  également  à  éviter  :  on  peut  tomber  dans  le  défaut 
des  écrivains  qui  ne  quittent  jamais  un  sujet  sans  l'avoir  épuisé, 
en  surchargeant  l'idée  fondamentale  ,  qui  sert  de  base  a  une 
théorie, de  cas  particuliers,  de  corollaires,  de  scholies,  détails 
minutieux  qu'un  bon  professeur  sait  faire  deviner  à  ses  élèves, 
sous  la  forme  de  problèmes  ou  d'autres  exercices  utiles.  Ce  vice 
décomposition  n'est  peut-être  pas  étranger  à  quelques  auteurs 
<le  nos  jours.  On  peut  encore  donner  dans  un  autre  excès,  en 
présentant  l'exposition  des  principes  théoriques  avec  toute  la 
sécheresse  et  toute  l'aridité  d'opérations  purement  techniques, 
sans  entrer  jamais  dans  les  considérations  générales  qui  éclai- 
rent cette  science  si  abstraite,  et  répandent  de  l'intérêt  sur  son 
enseignement,  M.  Francœur,  dans  ses  traités  depuis  long-tems 
connus  et  estimés  de  toutes  les  personnes  qui  cultivent  cette 
partie  de  nos  connaissances,  sans  donner  peut-être  assez  de 
place  à  la  métaphysique  des  mathématiques,  nous  paraît  garder 
un  juste  milieu.  Il  est  sobre  de  détails  et  ses  exemples  sont 
bien  choisis  :  sa  diction  est  précise,  claire,  rapide.  Commen- 
çant par  l'arithmétique  et  la  géométrie  élémentaire,  il  conduit 
le  lecteur  par  une  gradation  bien  entendue  jusqu'aux  parties 
les  plus  élevées  de  la  science  des  grandeurs,  savoir  :  les  calculs 
différentiel,  intégral  et  des  variations.  Les  personnes  qui  ont 
assisté  à  ses  leçons,  ou  qui  l'ont  vu  jadis  interroger  avec  une 
rare  sagacité  les  candidats  qui  se  destinaient  à  l'école  poly- 
technique ,  n'auront  pas  besoin  de  nos  éloges  pour  apprécier  le 
mérite  de  cet  ouvrage  que  tous  les  professeurs  ont  placé  dans 
leur  bibliothèque  à  côté  de  ceux  de  Bezont  et  de  Lacroix.  Deux 
éditions  épuisées  font  assez  connaître  avec  quelle  faveur  il  est 
accueilli  des  élèves,  des  professeurs  ,  et. même  des  ingénieurs  , 
qui  le  consultent  toujours  avec  fruit. 

29G. — Arithmétique  pratique ,  par  M.  Desx.vxot,  inspecteur 


}5i  LIVRES  FRANÇAIS, 

de  L'Académie  de  Nîmes.  Nîmes,  i8a5;  Gaude.  Première  partie, 
in-8°  de  65  pages,  suivies  de  tables;  prix,  5o  c.  Seconde  partie 
de  12.',  pages;  prix,  i  fr.  25  c.  Troisième  partie  de  120  pages; 
prix,  1  fr.  25  c.  ;  impression  compacte  en  petit-texte. 

Vnimé  du  désir  de  remplir  le  vide  que  laisse  dans  l'instruc- 
tion populaire  renseignement  des  mathématiques,  jusqu'à  pré- 
sent trop  théorique  pour  les  classes  laborieuses,  M.  Desnanot 
avait  déjà  composé  une  Géométrie  pratique  à  l'usage  des  écoles 
primaires  et  des  nouvelles  écoles  de  géométrie  appliquée  aux 
arts  et  métiers  (voy.  Rcv.  Enc. ,  tome  XXXIV,  page  455); 
il  a  complété  son  travail  en  publiant  cette  Arithmétique  pratique, 
où  se  trouvent  réunies  toutes  les  conditions  d'un  bon  livre, 
et  que  recommande  d'ailleurs  suffisamment  le  nom  de  son  auteur, 
connu  dans  le  monde  savant  par  son  Complément  de  la  théorie 
des  équations  du  premier  degré ,  et  par  son  Traité  de  la  diffé- 
rence et  de  l'interpolation  des  séries ,  ouvrages  où  des  vues  pro- 
fondes et  des  développemens  nouveaux  sur  quelques  ihéories 
délicates  de  l'algèbre  annoncent  un  véritable  esprit  d'invention. 

Pour  atteindre  plus  directement  son  but,  il  a  eu  l'idée  heu- 
reuse de  diviser  son  traité  en  trois  parties  distinctes  et  qui  se 
vendent  séparément,  correspondantes  aux  trois  degrés  des 
écoles  primaires.  Cependant ,  sans  double  emploi ,  le  tout  se 
lie  avec  beaucoup  d'ordre  et  d'enchaînement,  de  manière  à 
conduire  l'élève  des  premières  notions  sur  les  nombres  à  des 
études  plus  hautes  dans  les  mathématiques.  La  première  partie 
peut  être  considérée  comme  l'arithmétique  des  écoies  primaires 
inférieures  :  elle  comprend  la  numération  des  nombres  entiers 
et  des  fractions  décimales,  le  système  des  nouveaux  poids  et 
mesures,  les  quatre  règles  opérées  sur  ces  nombres  concrets, 
l'addition  et  la  soustraction  des  nombres  complexes,  ainsi  que 
leur  conversion  en  nombres  décimaux,  dans  le  but  de  les  mul- 
tiplier et  de  les  diviser  entre  eux. 

La  première  et  la  seconde  partie  réunies  composent  l'arith- 
métique des  écoles  primantes  du  deuxième  degré,  qui  renferme, 
outre  ce  qui  précède,  le  calcul  des  fractions,  celui  des  nombres 
complexes  par  la  méthode  des  parties  aliquotes,  la  règle  de 
trois  et  ses  diverses  applications  aux  besoins  de  la  sodiété. 

Les  trois  parties  ensemble  forment  l'arithmétique  des  écoles 
primaires  du  premier  degré,  qui  renferme  encore  le  calcul  des 
intérêts  composés  avec  des  tables,  l'extraction  des  racines 
carrée  et  cubique,  les  calculs  sur  les  escomptes,  les  annuités, 
les  changes  et  tout  ce  qui  peut  intéresser  le  commerce. 

Cet  ouvrage,  conçu  sur  un  plan  nouveau  et  rédigé  avec  une 
extrême  clarté,  sera  sans  doute  accueilli  avec  faveur  et  recon- 


SCIENCES  PHYSIQ1  ES.  ?51 

naissance  par  1rs  |><  imiiidcs  (|iii  s'iut.  le  -en!  .1  l'i  ::  .1  rUCtiOD  pri- 
maire, iMicoiv  trop  peu  répandra  parmi  nous. 

\  1  ) .     C.OM.IM    I  . 

a;)7.  —  *   Géométrie  appliquée  à  l' industrie ,  a   l'usage  «les 

artistes  et  des  ouvriers;   par   /••    /.    i'i  ROI  B  ï  ,  ancien  élève  de 

ll.cole  polytechnique,  membre  de  la  Société  académique,  et 
professeur  de  si-clins  appliquées  de  l'Ecole  royale  d'artillerie 
du  Mate.  Seconde  édition ,  corrigea  al  augmentée  de  notions 

élémentaires   sur  les  tnm scei  sales  t    tir    I  imitation    des    combes 

par   mes  de  cercle,  et  des  traces  (fui  résultent  des  principes 

tes  pins  récemment  dé&mverts.  Mets,    1 8*8  ;   M \e  Thiel; 

Paris,  Bachelier.  In  tt"  (K-  ',70  pag.,  accompagné  de  i3  plan- 
ches; ju  i\.  o'  fr. 

L'impulsion  donnée  si  utilement  par  Mf.  Cb.  Dirpfa  à  l'en- 
seignement des  classes  industrielles  continue  de  faire  des  pro- 
grès,  et  l'on  conçoit  que,  lorsque  des  hommes  d'wn  mérite 
aussi  justement  reconnu  que  celui  <)<■  M.  Bergery  consentent 
à  consacrer  leurs  soins  à  remplir  la  tâche  pénible  de  seconder 
ces  efforts,  il  serait  difficile  que  le  sucres  fût  douteux.  L'ou- 
vrage que  nous  annonçons  est  digne  de  son  auteur;  les  addi- 
tions nombreuses  et  les  importantes  corrections  qu'il  a  fait 
subir  à  son  premier  travail  ajoutent  à  l'intérêt  que  ce  livre 
avait  fait  naître,  et  cette  seconde  édition  ne  sera  sans  doute 
pas  moins  bien  accueillie  que  la  première.  Ces  éloges  cepen- 
dant doivent  être  modérés  par  une  réflexion  qui  viendra  à  l'es- 
prit de  tous  les  lecteurs  ;  c'est  qu'il  eût  été  convenable  ,  en 
écrivant  pour  des  ouvriers,  de  resserrer  davantage  les  matières, 
d'élaguer  tout  ce  qui  ne  tendait  pas  directement  au  but,  et  de 
proportionner  les  éclaii  cissemeiis  à  la  faiblesse  des  esprits  des 
auditeurs.  Mais  on  ne  voit  pas  que  celte  géométrie  soit  plus 
propre  à  l'enseignement  de  cette  classe  d'hommes  qu'à  celui 
de  toute  espèce  d'étudians  ;  et,  sauf  le  choix  des  exemples, 
qui  sont  en  effet  appropriés  à  l'industrie,  l'ouvrage  pourrait 
tout  aussi  bien  être  mis  entre  les  mains  de  tous  les  genres  de 
lecteurs.  Il  me  paraît  qu'une  géométrie  pour  les  artisans  devrait 
être  un  simple  recueil  de  propositions,  éclairées  par  des  dé- 
monstrations faciles,  lorsque  cela  se  peut,  et  par  de  nom- 
breuses applications  aux  arts.  Sous  ce  dernier  rapport,  le  livre 
de  31.  Bergery  DSI  exécuté  d'une  manière  tres-satifaisante; 
mais  sous  le  premier,  et  surtout  sous  celui  de  la  concision 
dans  l'exposition  des  choses  purement  de  théorie,  il  me  paraît 
laisser  à  désirer.  On  ne  sait  pas  assez  combien  il  est  plus  utile 
à  l'étudiant  de  lui  faire  saisir  l'enchaînement  des  vérités  qui 
composent  un  traité  élémentaire,  que  d'ert  concevoir  nettement 
t.  xxxvii.  —  Mars  1H28.  \S 


754  LIVRES  FRANÇAIS. 

les  détails,  et  combien  ces  détails  eux-mêmes,  lorsqu'ils  sont 
trop  multipliés ,  nuisent  à  l'instruction  générale  qu'on  veut 
donner.  La  théorie  des  transversales  ,  tout  ingénieuse  qu'elle 
est,  ne  me  semble  pas  de  nature  à  entrer  dans  le  plan  de  l'en- 
seignement qu'on  a  en  vue,  et  je  crains  bieu  qu'en  général 
l'ouvrage  ne  soit  trop  savant  pour  les  ouvriers.  J'espère  que 
cette  légère  critique  ne  sera  pas  considérée  comme  une  con- 
damnation portée  contre  un  livre  très-estimable,  et  dont  je 
me  plais  à  reconnaître  le  mérite  :  je  n'ai  l'intentiou  que  d'ap- 
peler les  réflexions  de  l'auteur  sur  une  réforme,  dont  l'expé- 
rience lui  a  déjà  peut-être  suggéré  l'idée.  Francoeur. 

298.  —  *  Traité  du  mouvement  de  Veau  dans  les  tuyaux  de 
conduite,  à  l'usage  des  ingénieurs  et  architectes;  par  M.  d'Au- 
buisson  de  Voisins,  ingénieur  en  chef  au  corps  royal  des 
mines,  correspondant  de  l'ïnstitut  de  France,  etc.  etc.  Paris, 
1827;  Bachelier.  In-8°  de  44  pagres;  prix,  1  fr.  5o  c. 

Cet  écrit  de  M.  d'Aubuisson  serait  inutile  à  la  plupart  de 
nos  architectes  qui  ne  peuvent  s'accoutumer  à  la  vue  des  signes 
algébriques,  si  l'auteur  n'y  joignait  point,  dans  une  nouvelle 
édition,  un  bon  nombre  d'exemples  où  l'application  des  théo- 
ries hydrodynamiques  serait  convertie  en  méthodes  de  calcul 
arithmétique.  Quant  aux  ingénieurs,  il  faut  convenir  qu'en 
France,  avant  l'introduction  de  l'enseignement  industriel,  l'ins- 
truction mathématique  était  encore  moins  répandue  parmi  les 
constructeurs  de  machines  et  d'appareils  que  parmi  les  architec- 
tes: on  peut  juger  par  là  de  l'importance  dujiouvel  enseignement, 
et  des  services  qu'il  rend  à  la  classe  laborieuse  et  à  la  société  tout 
entière.  Le  traitéde  M.  d'Aubuisson  seradonebientôt  à  la  portée 
des  ingénieurs  ,  quoique  l'on  n'en  puisse  guère  compter  aujour- 
d'hui qui  soient  en  état  d'en  faire  usage.  Tel  qu'il  est,  cet  écrit, 
facile  à  lire,  méthodique  ,  instructif,  peut  être  considéré 
comme  un  très -bon  chapitre  d'un  traité  d'hydrodynamique. 
Il  serait  injuste  d  attribuer  à  tous  les  architectes  sans  excep- 
tion une  répugnance  insurmontable  pour  les  formules  algébri- 
ques, sans  lesquelles  on  ne  va  pas  loin  en  mathématiques. 
Quelques  érudits  se  souviennent  peut-être  encore  des  formi- 
dables batteries  de  radicaux  dressées  contre  la  coupole  de 
Sainte-Geneviève  ,par  M.  Patte,  auteur  d'un  traité  d'architec- 
ture. Soufflot,  épouvanté  à  la  vue  de  ce  nouveau  moyen  d'at- 
taque, sollicita  les  secours  du  géomètre  Bossut,  de  l'Académie 
des  sciences,  et  il  en  résulta  que  la  question  de  la  solidité  des 
voûtes  sphériques  fut  traitée  avec  les  moyens  que  procuraient 
alors  les  expériences,  les  observations  et  l'analyse  mathéma- 
tique. Le  mémoire  de  Patte  est  tombé  dans  l'oubli ,  ainsi  que 


SCIENCES  PHYSIQUES.  755 

la  réponse  de  cet  architecte  au  mémoire  de  lîossut,  où  l'on  ne 
trouve  plus  de  radicaux,  mais  certaines  insinuations  politiques; 
be  qui  est  à  la  portée  de  tout  le  monde,  et  n'exige  que  très-peu 
d'invention  et  aucune  sorte  desavoir.  F, 

2<)().  —  *  Manuel  du  jwelier  fumiste ,  ou  Traité  complet  et 
simplifié  de  cet  art,  indiquant  les  moyens  d'empêcher  les  che- 
minées de  fumer,  de  chauffer  économiquement  et  d'aérer  les 
habitations,  les  ateliers,  les  manufactures,  etc.,  par  M.  P/i. 
Ardenni,  caminologiste  et  poélier  fumiste.  Paris,  1828;  Roref. 
In- 18  de  36o  pages,  accompagné  de  4  planches  gravées; 
prix,  3  fr. 

Le  mode  généralement  adopté  pour  chauffer  nos  demeures 
est  si  défectueux  qu'on  peut  affirmer  que  ceux  qui  l'ont  ima- 
giné ont  réussi  à  trouver  le  moyen  de  dépenser  beaucoup  pour 
obtenir  le  moins  de  chaleur  possible  :  encore  est-on  le  plus 
souvent  incommodé  par  la  fumée  qui  a  plus  de  facilité  pour 
s'introduire  dans  les  chambres  que  pour  s'exhaler  au  dehors. 
Nos  cheminées  sont  très-bien  inventées  pour  se  procurer  de 
la  fraîcheur  et  une  ventilation  soutenue;  car  il  suffirait  d'éle- 
ver le  foyer  à  la  hauteur  du  dessus  de  la  tablette  pour  en 
obtenir  cet  avantage,  parce  qu'on  détruirait  ainsi  le  rayonne- 
ment qui  est  la  seule  chaleur  dont  on  profite,  l'air  échauffé 
s'élevaut  sans  cesse  par  le  tuyau  et  s'échappant  au  dehors.  On 
a  calculé  que  les  meilleurs  foyers  ne  donnent  guère  que  5  à  6 
pour  cent  de  la  chaleur  développée  par  la  combustion,  et 
même  très -souvent  moins  encore:  le  reste  est  perdu.  C'est 
rendre  un  grand  service  à  l'économie  domestique  que  d'indi- 
quer les  moyens  de  tirer  un  meilleur  parti  des  dépenses  de 
combustibles,  et  d'éviter  les  incommodités  de  la  fumée.  Le 
manuel  que  nous  annonçons  est  bien  rédigé  ,  et  au  niveau  des 
connaissances  physiques  sur  celte  matière.  Il  est  vrai  que  ce 
n'est  qu'une  compilation  de  divers  ouvrages,  et  particulière- 
ment du  Diction/mire  de  technologie ,  et  qu'on  n'v  trouve  ni 
expériences  nouvelles,  ni  innovatious.  Mais,  tel  qu'il  est,  ce 
livre  est  utile  à  consulter.  Après  avoir  fait  l'exposition  des 
principes  de  la  théorie  de  l'air  échauffé  et  de  la  combustion, 
l'auteur  indique  les  différentes  constructions  de  cheminées, 
de  poêles,  de  calorifères,  etc.;  il  donne  les  procédés  pour  le 
chauffage  à  la  vapeur,  ceux  dont  on  peut  faire  usage  pour 
régler  la  température  intérieure  et  diminuer  la  perte  de  cha- 
leur. Il  termine  par  ce  qui  se  rapporte  au  ramonage,  et  à 
l'extinction  des  feux  de  cheminée.  Le  petit  traité  de  M.  Ar- 
denni est  fait  pour  être  accueilli  du  public.  Nous  l'invitons  à 
en  faire  disparaître  une  erreur  :  les  cheminées  dont  l'âtre  est 

48. 


7 56  LIVRES  FRANÇAIS, 

parabolique  n'augmentent  pas  le  rayonnement;  cette   forme 
n'a  pour  objet  que  de  diriger  les  rayons  parallèlement  à  l'axe. 

Franco?.  i.tr. 

3oo.  —  Géographie  physique  et  historique  de  la  France,  par  bas- 
sins, par  V.A..  Loriol,  chef  d'institution,  membre  de  la  société 
de  géographie.  Paris,  1828; l'auteur,  rue  Neuve-Sainte-Gene- 
viève, nos  g  et  11.  In-18  de  206  pages,  avec  une  carie  co- 
loriée; prix  ,  2  fr.  2  5  c. 

La  méthode  adoptée  par  l'auteur  de  cette  nouvelle  géo- 
graphie de  la  France  doit  être  recommandée  à  toutes  les  per- 
sonnes qui  veulent  instruire  les  autres  ou  s'instruire  elles- 
mêmes,  comme  la  plus  susceptible  d'aider  la  mémoire  et  de 
rendre  les  progrès  faciles.  Cette  division  des  départemens  fran- 
çais, fondée  sur  le  fait  naturel  et  immuable  de  la  distribution 
du  sol  par  bassins  de  fleuves,  est  en  effet  très-judicieuse.  Il 
n'y  a  rien  là  d'arbitraire,  et  il  en  résulte  au  contraire  un 
ordre  rigoureux  qui  doit  frapper  l'esprit  de  l'élève.  Les  bassins 
étant  au  nombre  de  cinq,  on  voit  que  tous  nos  départemens 
se  trouvent  distribués  de  la  sorte  en  cinq  groupes  :  chaque 
groupe  présente  successivement  d'abord  tous  les  départemens 
situés  à  la  droite  du  fleuve;  ensuite  tous  ceux  de  la  rive  gauche; 
et  chaque  département  dans  cet  ordre  est  amené  par  le  con- 
fluent de  la  rivière  qui  lui  donne  son  nom  avec  le  fleuve  <,lont  on 
suit  le  cours.  Les  notions  offertes  sur  les  villes  principales  sont 
suffisantes.  Quelques  inexactitutes  disparaîtront  dans  les  édi- 
tions subséquentes  que  doit,  selon  toute  apparence,  avoir  un 
ouvrage  de  cette  nature.  En  résumé,  ce  travail  fait  honneur 
à  M.  Loriol,  chef  d'une  institution  qui  s'est  placée  parmi  les 
meilleures  que  possède  la  capitale  par  ses  succès  au  concours 
général,  et  où  un  grand  nombre  de  jeunes  étrangers,  de  Bré- 
siliens surtout,  viennent  puiser  les  lumières  et  les  principes  de 
l'Europe  civilisée,  précieux  trésor  qu'ils  sont  destinés  à  ré- 
pandre un  jour  sur  le  sol  de  la  patrie.  A. 

3oi.  —  Atlas  géographique  et  statistique  des  départemens  de 
la  France  et  de  ses  colonies.  Paris,  1827;  Baudouin.  Prix  de 
chaque  carte  enluminée:  1  fr.  80  c.  prise  séparément,  et  1  fr. 
25  c.  pour  les  souscripteurs  de  l'Atlas  entier.  (  Voy.  Rev.  Enc, 
t.  xxxv,  p.  433.) 

Cet  Atlas  est  terminé.  Les  dernières  cartes  continentales  pu- 
bliées sont  celles  des  départemens  de  VJriège,  du  Cantal,  de 
la  Haute- Garonne,  de  Y  Isère?  du  Jura,  de  la  Loire,  du  Morbi- 
han, du  Far,  de  la  Haute-Saône  et  de  la  Seine,  La  carte  du 
département  de  la  Seine  a  pour  appendice  un  Plan  de  Paris, 
oui  offre,  dans  des  colonnes  de  texte,  les  notions  les  plus  inté- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  7r»7 

MKftautes  et  les  plus  détaillées  sur  cette  capitale  du  monde  ci- 
viîisé. 

Une  carte  dé  l'iîfe  din  Corse,  et  six  autres  cariée  de  nos  colo- 
nies de  la  Guyane,  ôé  la  Martinique)  de  la  Guadeloupe  t  du 
Sénégal,  àt  Y  lie  Bourbon  et  de  nos  possessions,  comptoirs, 
factoreries  et  établissemens  de  Poridichèrv,  de  Karikal,  de  J/a- 
wulipatam ,  QlYanon,  de  Chandernagor  et  de  ses  Loges,  de 
Mullé,  de  Surate  dans  l'Inde;  de  Muscate  et  de  Moka,  dans 
l'Arabie,  complètent  cet  Atlas,  dont  nous  avons  déjà  fait  ap- 
précier l'utilité.  Sueur-Merlin. 

3o2. — *  Forces  électorales  de  la  France  à  la  fin  de  1827,  ££ 
situation  progt  essive  des  forces  de  la  France  depuis  181/»;  par 
le  baron  Chartes  Dupin,  membre  de  l'institut ,  député  i\\\  Tarn. 
Huitième  édition.  Paris,  1828;  Bachelier.  lu- 18  de  126  pages; 
prix ,  2  fr. 

Eu  rendant  compte  du  Petit  Producteur  de  M.  Dupin ,  nous 
avons  déjà  fait  mention  de  la  Situation  progressive  des  forces  de 
la  France;  mais  la  huitième  édition  de  ce  livret  contient  une 
importante  addition  dont  nous  devons  parler,  en  raison  des 
circonstances.  Que  les  électeurs  lisent  attentivement  la  Situation 
des  forces  électorales  de  la  France,  a  la  fin  de  1827;  ils  auront 
plus  de  confiance  en  eux  mêmes,  et  ne  désespéreront  point  de 
la  patrie  dont  les  plus  chers  intérêts  dépendent  du  choix  des 
députés.  Ils  seront  convaincus  de  la  légitimité  de  leurs  droits; 
ils  connaîtront  la  part  qu'ils  peuvent  réclamer  justement  dans 
la  chambre  en  raison  de  ce  qu'ils  font  pour  l'état,  et  les  parti- 
sans des  privilèges  seront  réduitsausilence:  pénétrés  deeeitevé- 
rité,  qu'une  chambre  constitutionnelleest  absolument  nécessaire 
à  la  Franco,  ils  s'imposeront  le  devoir  de  ne  donner  leurs  voix 
qu'à  des  hommes  éminemment  remplis  de  l'esprit  de  la  charte, 
et  capables  de  la  faire  rétablir  dans  son  entier,  au  lieu  de  la 
fausser  et  de  la  détruire  peu  à  peu,  comme  on  l'avait  fait  jus- 
qu'à présent.  Les  inflexibles  calculs  de  M.  Dupin  le  conduisent 
à  ce  résultat  que  L'immense  majorité  de  la  population,  des  ri- 
chesses, de  l'industrie,  des  lumières  et  des  talens ,  «  veut  la 
charte  tout  entière  ,  y  compris  les  devoirs  qu'elle  impose  et  les 
droits  qu'elle  garantit.  » 

Nous  avons  parlé  des  dédicaces  de  chacun  des  livrets  du  Petit 
Producteur  ;  nous  ne  passerons  pas  sous  le  silence  celle  de  cette 
nouvelle  production.  M.  Dupin  l'adresse  spécialement  aux 
électeurs  qui  ont  à  faire  de  nouveaux  choix  pour  compléter  la 
chambre, et  renforcer  la  majorité  patriotique  dont  on  a  déjà 
reconnu  l'heureuse  influence.  Ce  n'est  point  ici  l'hommage  vul- 
gaire qu'un  écrivain  rend  quelquefois  à  un  mérite  éminent,  et 
trop  souvent  à  un  protecteur  titré;  c'est  une  noble  et  pressante 


7 58  LIVRES  FRANÇAIS. 

invitation,  an  nom  de  la  France  entière  :  on  Ta  comprise,  elle 

ne  sera  pas  négligée.  F. 

303.  — *  Almanach  du  commerce  de  Paris ,  des  départemens 
de  la  France  et  des  principales  villes  du  monde,  de  J.  de  la 
Tynna ;  continué  et  mis  dans  un  meilleur  ordre;  contenant  : 
i°  la  statistique  élémentaire ,  revue  chaque  année,  des  86  dé- 
partemens de  la  France ,  considérés  sous  les  rapports  topogra- 
phique, agricole,  industriel,  commercial  et  administratif;  une 
Revue  statistique  commerciale  sommaire  des  principaux  Etats 
des  cinq  parties  du  monde  ;  3°  la  Nomenclature  d'environ  cent 
mille  maisons  de  commerce,  dont  près  de  moitié  avec  adresses 
vérifiées  à  domicile,  des  fabricans,  manufacturiers,  commer- 
çans  et  principaux  habitans  de  la  capitale  et  des  principales 
villes;  4°  une  table  géographique  des  5,4oo  localités  comprises 
dans  l'almanach;  5°  une  table  très  détaillée  des  matières  ;  par 
Séb.  Bottin,  membre  de  la  Société  d'agriculture,  etc.  :  Année  1828; 
3ie  de  la  publication;  10e  de  la  continuation  par  l'éditeur  ac- 
tuel. Paris,  1828;  au  bureau  de  l'almanach  du  commerce,  rue 
J.  J.  Rousseau,  n°  20.  Grand  in-8°  decccxu-916  pages;  prix, 
12  fr.,  et  10  fr.  pour  les  souscripteurs. 

Voici  un  des  ouvrages  les  plus  indispensables  que  nous  con- 
naissions :  c'est  un  recueil  de  faits  d'une  application  et  d'un 
usage  journaliers.  Chaque  année, son  laborieux  éditeur  le  per- 
fectionne, et  l'enrichit  de  nouvelles  indications  qui  viennent 
augmenter  la  masse  de  renseignemens  que  X Almanack  du  com- 
merce offre  aux  négocians,  aux  hommes  d'affaires,  et  à  tous 
ceux  qui  ont  des  relations  étendues  et  multipliées.  Aussi  mé- 
rite-t-il  d'être  recommandé  spécialement,  et  de  préférence  aux 
autres  annuaires  du  même  genre, 

304.  —  *  Almanach  parisien,  ou  liste  de  5 5, 000  principaux 
habitans  de  Paris,  classés  en  deux  parties,  par  ordre  de  rues 
et  numéros  des  maisons,  et  par  ordre  alphabétique  de  noms  , 
avec  indication  de  professions  et  demeures,  suivi  d'une  table 
des  rues,  pour  l'année  1828.  Deuxième  année.  Paris,  1828;  les 
éditeurs,  rue  des  Marais  du-Temple,  n°  14.  Petit  in- 8°  de  iv-716 
pages;  prix,  9  fr.  broché  ,  et  9  fr.  75  c.  cartonné. 

Cet  almanach,  où  les  adresses  ne  sont  pas  seulement  classées 
par  ordre  alphabétique,  et  où  chaque  rue  amène  l'indication 
des  habitans  qui  occupent  ses  principales  maisons,  doit  rem- 
placer avec  succès  l'almanach  des  25,ooo  adresses.  A  l'avantage 
que  nous  venons  d'indiquer,  il  joint  encore  celui  d'être  plus 
complet  que  son  prédécesseur  ,  et  celui  de  renfermer  cette 
énorme  quantité  de  renseignemens  sous  un  format  comparati- 
vement très-resserré.  u. 


SCIENCES  PHYSIQUES.— SCIENCES  MORALES.     759 
3o5. —  Notice  historique  et  géographique  sur  le  fleuve  Syr  ou 

Sihoun  y  jadis  nommé  Jaxartcs  ;  écrite  en  russe  par  A.  LlW- 
caxxs,  membre  des  Sociétés  de  géographie  et  asiatique  de  Paris  ; 
traduite  en  français  par  le  même.  Paris,  1828;  imprimerie  de 
J.  Smith.  In- 8°  de  35  pages. 

Il  sera  impossible  d'obtenir  des  notions  complètes  sur  la  géo- 
graphie de  l'Asie  centrale,  tant  qu'on  ne  pourra  pas  y  voyager, 
comme  en  Europe,  avec  des  livres  et  des  instrumens.  La  mé- 
fiance et  la  barbarie  des  habitans  de  cette  contrée  présentent 
une  barrière  presque  insurmontable  aux  efforts  de  l'observa- 
teur; et  cela  est  d'autant  plus  fâcheux  que  les  rives  du  Syr  et 
les  ruines  qui  les  couvrent  eussent  offert  aux  savans  un  immense 
intérêt.  En  reconnaissant  ces  difficultés,  M.  A.  Lewchine  n'en 
a  pas  moins  rendu  un  véritable  service  à  la  science  dans  la  No- 
tice qu'il  publie  sur  le  Syr  ou  Silwun ,  jadis  le  Jaxartcs.  Il  a 
réuni  tout  ce  que  les  auteurs  anciens  et  les  voyageurs  modernes 
ont  écrit  sur  ce  fleuve  qui  se  jette  dans  la  mer  d'Aral,  vaste  lac 
qui  a  pu  faire  autrefois  partie  de  la  mer  Caspienne.  I!  paraît 
que  plusieurs  rivières  qui  grossissaient  jadis  les  eaux  du  Sihoun 
sont  aujourd'hui  totalement  desséchées,  ou  que  leurs  eaux  se 
perdent  dans  les  sables,  avant  d'atteindre  le  point  de  leur  an- 
cien confluent.  On  remarque  aussi  que  le  Sihoun  est  beaucoup 
plus  profond  et  plus  large  dans  la  partie  supérieure  de  son  cours 
(pie  près  de  son  embouchure,  parce  qu'il  se  partage  en  deux 
bras,  dont  l'un  disparaît  entièrement  par  l'un  des  nombreux 
canaux  que  l'on  en  tire  pour  l'irrigation  des  terres. 

La  notice  de  M.  Lewchine  est  purement  écrite  et  annonce  un 
géographe  et  un  archéologue  distingué.  R. 

Sciences  religieuses ,  morales ,  politiques  et  historiques. 

!îo6\  —  *  Sainte  Bible  de  Vcnce ,  en  latin  et  en  français ,  avec 
des  Notes  littéraires ,  critiques  et  historiques  ,  des  Préfaces  et 
des  Dissertations  ,  tirées  du  commentaire  de  dom  Calmet ,  abbé 
de  Sénones ,  de  l'abbé  de  Vcnce ,  et  des  autres  auteurs  les  plus 
célèbres, pour  faciliter  l'intelligence  de  l'Écriture  sainte  ;  enri- 
chie d'un  Atlas  et  de  Cartes  géographiques.  Cinquième  édition , 
revue  et  corrigée.  T.  III  et  IV.  Paris,  1827  ;  Méquignon  -  Ha- 
vard.  1  vol.  in  -  8°.  Prix  de  chaque  livraison  de  deux  volumes, 
14  f-  ,  et  i5  fr.  satiné.  Il  y  aura  a5  volumes  (  vov.  ci -dessus 
p.  178). 

Les  livraisons  de  cette  importante  publication  se  succèdent 
avec  une  rapidité  bien  digne  d'éloges.  M.  Méquignon  s'attache 


:6o  LIVRES  FRANÇAIS, 

a.  remplir  exactement  ses  engagemens;  c'est  le  moyen  de  satis- 
faire ses  souscripteurs  et  d'en  augmenter  le  nombre. 

La  lecture  de  la  Bible  faisait  les  délices  de  Voltaire,  qui  la 
préférait  à  celle  d'Homère,  à  cause  de  la  peinture  des  mœurs 
patriarcales  et  de  la  naïveté  du  récit,  et  peut-être  aussi  du 
merveilleux.  Les  dissertations  qui  ornent  la  Bible  de  Vence  ne 
peuvent  que  lui  donner  un  nouvel  attrait,  par  les  immenses  re- 
cherches qu'elles  épargnent  aux  antiquaires,  aux  philosophes, 
et  même  aux  jurisconsultes.  On  y  trouve  de  tout  avec  profusion  ; 
il  ne  s'agit  plus  qwe  de  savoir  s'en  servir. 

Nous  félicitons  les  éditeurs  d'avoir  adopté  le  calcul  décimal , 
dans  la  réduction  des  mesures  hébraïques  :  ils  accoutumeront 
ainsi  peu  à  peu  aux  innovations  introduites  par  la  science  ceux 
qui  ne  s'en  montrent  que  trop  éloignés. 

On  remarque  quelques  améliorations  dans  le  quatrième  vo- 
lume. Les  éditeurs  traitent  la  dissertation  sur  le  retardement  d<i 
soleil  et  de  la  lune  par  Josné  ,  d'après  les  principes  généraux  ce 
la  philosophie  et  suivant  le  système  de  Copernic  ,  déclarant 
toutefois  qu'aucun  autre  système  astronomique  ne  peut  nuire 
à  leur  manière  d'envisager  cet  effet  admirable  de  la  bonté  de 
Dieu  pour  son  peuple  choisi  et  de  sa  toute  -  puissance ,  qu'il 
manifeste  quand  il  veut  et  comme  il  veut  à  toutes  les  nations 
de  la  terre. 

Dans  ses  Remarques  sur  la  carte  géographique  de  la  terre 
première ,  Roivdet  avait  hasardé  plus  d'une  conjecture  qui  ne 
serait  plus  en  harmonie  avec  les  géographes  modernes;  on  a 
remédié  à  cela  dans  la  nouvelle  édition,  par  des  extraits  de 
d'Anvilie  ,  qu'on  a  ajoutés. 

On  y  trouve  enfin  une  Dissertation  nouvelle  sur  la  prophétie 
de  Moïse  touchant  le  prophète  promis  de  Dieu  ,  par  M.  Drach. 
L'auteur  expose  ainsi  son  sujet  :  «  Nous  y  soutenons  le  sens  que 
l'on  a  toujours  donné  à  cette  prophétie.  C'est  aussi  celui  que  le 
savant  père  Houbigant  a  solidement  défendu  dans  ses  r.otes; 
et  c'est  avec  une  vraie  satisfaction  que  nous  nous  joignons  à  ce 
docte  hébraïsant,  pour  montrer  la  solidité  de  cette  interpré- 
tation. » 

Nous  allons  maintenant  continuer  nus  réflexions  critiques, 
ainsi  que  nous  nous  y  sommes  engagés. 

i°  La  dissertation  sur  la  lèpre  n'est  point  en  harmonie  avre 
les  progrès  de  la  médecine,  et  les  éditeurs  auraient  dû  con- 
sulter le  Dictionnaire  des  sciences  médicales. — 1°  La  dissertation 
sur  Moloch,  Cbamos  et  Béelphégor  ;  celle  sur  les  divinités  phé- 
niciennes, Baal,  Astarté  et  Adonis,  auraient  pu  être  enrichies 
de  notes  curieuses,  tirées  des  ouvrages  de  Duply,  de  VoLHET 


Sciences  morales.  7r;i 

et  ée  MM.  Dui.auiu.  et  Uoli.k,  sur  ces  niâmes  divinités  on  sur 
.d'autres  analogues. —  3°  On  aurait  pu  joindre  a  la  disserta- 
tion sur  les  quarante  -  dnnx  campeiuens  des  Israélites  dans  le 
désert  des  notions  plus  positives  sur  la  géographie,  puisées 
dans  le  grand  Voyage  d'Egypte  et  dans  d'autres  ouvrages  mo- 
dernes. Sans  doute,  je  condamne  tout  changement  de  textequi 
le  dénature;  et,  sous  ce  rapport,  je  ne  saurais  trop  blâmer  la 
Société  catholique  des  bons  livres;  mais  n'y  a  —  t  —  il  pas  moyen 
de  renvoyer  les  éclaircissemens  au  bas  des  pages,  ou  à  la  fin 
des  dissertations,  ainsi  que  cela  se  pratique  ordinairement  ?  — 
t\°  Puisque  M.  Drach  avoue  que  la  version  du  P.  de  Carrières 
manque  de  justesse  dans  deux  endroits  (  tome  ni,  page  /ti8  et 
5o3  ) ,  pourquoi  n'a  t— il  pas  étendu  cette  remarque  à  un  grand 
nombre  d'autres  endroits  qui  ne  sont  pas  moins  inconvenans 
que  ceux -là? — 5°  M.  Drach  avance,  page  77,  tome  ni,  que 
l'usage  de  l'oblation  en  pain  azyme  a  été  pratiqué  de  tout  tems 
dans  la  sainte  église  catholique  romaine;  a-t-  il  bien  pensé  à  la 
hardiesse  de  son  assertion  et  à  la  valeur  de  chacun  de  ses  ter- 
mes? —  6°  Il  veut,  page  197,  que  les  trompettes  destinées  à 
célébrer  le  premier  jour  du  septième  mois  fussent  de5  cornes 
de  bélier,  en  mémoire  du  bélier  qui  fut  substitué  à  Isaac  comme 
sacrifice;  cependant  Moïse  (  Nombres ,  chap.  x  )  ordonne  de 
faire  deux  trompettes  d'argent,  battues  au  marteau,  pour  an- 
noncer les  festins  de  religion,  les  jours  de  fêtes  et  les  premiers 
jours  des  mois,  sans  exception. 

Terminons  par  une  réflexion  générale.  Suivant  dom  Calmet* 
La  police  des  Juifs  a  fort  varié  et  s'est  fort  ressentie  des  di- 
verses révolutions  de  l'état  des  Hébreux  ,  un  des  peuples  les 
plus  agités  et  les  plus  sujets  aux  vicissitudes  que  Von  connaisse. 
Cet  aveu  est  précieux.  Dieu  lui-même  avait  donné  des  lois  à  la 
nation  juive,  selon  qu'elle  pouvait  les  porter;  et  cependant, 
cette  nation  ne  cessa  de  s'agiter  et  de  se  tourmenter  dans  tous 
les  sens.  Si  une  législation  toute  divine  n'a  pas  mis  à  l'abri  des 
révolutions  le  peuple  qui  l'avait  reçue,  quel  gouvernement  hu- 
main peut  se  croire  solidement  établi  sur  ses  bases  ?        J.  L. 

307.  —  *  Explication  des  Instituts  de  Justinien  ,  avec  le  texte 
et  la  traduction  en  regard,  précédée  d'un  Résumé  de  l'Histoire 
du  droit  romain  ,  par  M.  J.-L.-E.  Ortolan  ,  avocat  à  la  Cour 
royale  de  Paris.  2e  livraison.  Paris,  i828;Béthune,  imprimeur- 
libraire;  l'auteur  rue  des  Francs-Bourg.eois-St.-Michel ,  n°  18. 
In-8°  de  3s8  pages  (267-584  );  prix,  3  fr.  (voy.  Rrv.  Enc, 
t.  xxxv,  p.  717  ). 

Les  Instituts  de  Justinien  sont  mis  entre  les  mains  des  éfu- 
dians,  dès  leur  entrée  dans  les  écoles,  en  même  tems  que  nos 


:6i  LIVRES  FRANÇAIS. 

Codes  nouveaux  ;  et  tandis  que  ceux-ci  offrent  aux  jeunes 
élèves  des  principes  d'équité  faciles  à  saisir,  des  dispositions 
parfaitement  d'accord  avec  nos  mœurs  et  nos  usages  ,  le  droit 
romain ,  an  contraire,  ne  leur  présente  que  des  allusions  à  des 
institutions  qu'ils  connaissent  à  peine,  à  des  mœurs  qui  ne 
sont  plus,  que  des  dispositions  bizarres  ou  subtiles  dont  ils  ne 
comprennent  ni  le  but  primitif,  ni  le  rapport  possible  avec  les 
lois  qui  nous  régissent, 

Montesquieu  a  dit  que  les  coutumes  d'un  peuple  libre  étaient 
une  partie  de  sa  liberté,  sans  doute  parce  qu'elles  sont  la  pre- 
mière source  de  ses  lois,  parce  qu'elles  les  expliquent  et  sou- 
vent les  suppléent.  Or,  il  est  constant  que  rien  n'est  plus  su- 
perficiel que  nos  connaissances  sur  la  vie  privée  des  Romains, 
sur  leurs  mœurs  et  leurs  usages,  qui  cependant  ont  empreint 
leurs  lois  du  caractère  qui  leur  est  particulier.  Jusqu'ici,  leur 
histoire  n'a  été  pour  nous  que  l'histoire  de  leurs  guerres  et  de 
leurs  grands  hommes;  nous  n'avons  connu  de  cette  immense 
société  que  les  dehors,  c'est-à-dire  tout  ce  qui  n'avait  pas 
trait  à  sa  législation;  mais  les  ressorts  intérieurs  qui  faisaient 
mouvoir  ce  vaste  corps,  ses  préjugés,  son  esprit,  ses  cou- 
tumes; en  un  mot,  tout  ce  dont  la  loi  est  l'expression,  tout  ce 
qui  explique  cette  loi,  nous  l'ignorions  profondément.  L'ou- 
vrage de  M.  Ortolan  a  pour  but,  en  rapprochant  l'étude  de  la 
législation  de  celle  de  l'histoire,  de  les  expliquer  l'une  par 
l'autre  ,  et  de  réunir  ce  qui  n'aurait  jamais  dû  être  divisé. 

Déjà  nous  avons  rendu  compte  du  Résumé  de  l'Histoire  du 
droit  romain,  Ve  livraison.  La  2e  livraison,  que  nous  annon- 
çons aujourd'hui,  comprend  le  premier  livre  des  Instituts; 
elle  contient  le  texte  et  la  traduction  en  regard  ;  mais  cette 
traduction,  quoique  facile  et  exacte,  n'est  là,  pour  ainsi  dire  , 
que  l'accessoire.  La  partie  spéciale  et  importante  de  cette  com- 
position, ce  sont  les  explications  qui  sous  chaque  texte  de  loi, 
présentent  avec  concision  et  clarté  les  motifs  du  législateur, 
les  détails  historiques  qui  se  rattachent  à  la  loi;  ce  sont  les 
résumés  qui ,  terminant  chaque  matière  grave,  remettent  sous 
les  yeux  du  lecteur,  dans  un  cadre  très-resserré,  tout  ce  qu'il 
vient  d'examiner  en  détail. 

Fidèle  au  plan  et  surtout  à  la  manière  qu'il  avait  suivis  dans 
son  Résumé,  M.  Ortolan  a  continué,  dans  les  Explications  des 
Instituts,  la  tentative  heureuse  et  neuve  de  donner  aux  lois 
romaines  le  degré  d'intérêt  que  pouvaient  leur  cc-mmuniquer 
l'étude  approfondie  des  mœurs  domestiques  et  cette  couleur 
locale  qui  fait  renaître  le  passé.  Pour  expliquer  un  texte  de  loi , 
l'auteur  nous  fait  pénétrer  dans  les  foyers  du  peuple  romain  , 


SCIENCES  MORALES.  763 

<luns  ses  temples,  dans  ses  tribunaux  ,  sur  le  Forum.  Les  céré- 
monies ,  les  habitudes  sont  retracées  avec  cette  fidélité  sans  la- 
quelle 00  ne  saurait  désormais  intéresser  dans  quelque  genre 

que  ce  SOÎt  ,  niais  qui  n'avait  pas  encore  été  appliquée  à  l'étude 
des  lois.  Toutefois,  liàtons-nous  de  dire  que  l'auteur  a  usé  deces 
ressources  avec  sobriété.  Rien  d'ailleurs  de  hasardé  dans  ses 
assertions  ,  ni  de  chimérique  dans  ses  tableaux  :  les  sentences  (îe 
Paul,  les  fragmens  d'Ulpicn,  surtout  les  commentaires  de  Gains, 
tels  sont  ses  matériaux  et  ses  pièces  justificatives. 

Parmi  les  matières  du  premier  livre,  les  plus  travaillées  et  con- 
sidérées sous  un  nouveau  point  de  vue,  on  distinguera  les  obser- 
vations sur  le  pouvoir  dominical ,  sur  la  puissance  paternelle ,  des 
aperçus  et  des  détails  entièrement  neufs  sur  les  noces ,  et  parti- 
culièrement sur  la  tutelle  des  femmes. 

Les  instituts  de  Gains,  découverts  en  18 16  à  Vérone,  ont  jeté 
un  jour  tout  nouveau  sur  cette  tutelle,  partie  de  la  législation 
primitive  de  Home,  que  n'indiquaient  pas  les  instituts  de  Justi- 
nien.  T.  D. 

3o8.  —  Coup  d'œil  sur  les  progrès  de  la  civilisation  en  1827  ; 
par  JM.  Adolphe  Gondinet.  Paris ,  1828;  Delaunay,  Verdière. 
Jn-8°  de  32  pages;  prix,  1  fr, 

L'auteur  avait  destiné  à  la  Revue  Encyclopédique  cette  esquisse 
des  principaux  faits  relatifs  aux  progrès  de  la  civilisation  pen- 
dant le  cours  de  l'année  1827.  Son  travail,  terminé  trop  tard  , 
n'ayant  pu  trouver  de  place  dans  notre  Cahier  de  janvier,  a 
été  imprimé  séparément.  L'auteur  offre  une  espèce  de  résumé  , 
tant  des  nouvelles  théories  scientifiques  que  des  applications 
récentes  auxquelles  les  anciennes  ont  pu  donner  lieu.  Bien  que 
M.  Gondinet  ait  été  un  peu  restreint  par  les  limites  naturelles 
d'un  simple  article  de  journal,  son  travail  n'est  point  une  aride 
énumération  des  acquisitions  nouvelles  dans  les  sciences;  les 
faits  sont  liés  entre  eux  par  des  réflexions  souvent  ingénieu- 
ses, par  des  aperçus  consolans  sur  l'influence  de  la  civilisa- 
tion, et  par  des  pensées  qui  décèlent  dans  l'auteur  des  con- 
naissances étendues,  et  un  esprit  capable  de  les  mettre  en  œuvre. 

T.  R. 

309. — Aperçu  de  l'état  de  la  civilisation  en  France;  par 
M.  Smith,  avocat  à  Saint- Etienne  (Loire).  Lyon,  1828.  In-8°. 

Dans  cet  écrit,  qui  annonce  du  talent  et  surtout  de  la  droi- 
ture, l'auteur  s'est  particulièrement  appliqué  à  définir  la  situa- 
tion morale  et  religieuse  de  la  France,  à  montrer  combien, 
sous  ce  rapport ,  le  présent  est  préférable  au  passé  ,  et  rassu- 
rant sur  l'avenir.  La  question  des  jésuites,  si  heureusement 
simplifiée  par  les  dernières  élections,  a  occupé  M.  Smith.  LTne 


764  LIVRES  FRANÇAIS, 

fâché  lise  réunion  de  circonstances  a  fait  de  la  soutane  de  ces 
pères  la  bannière  sous  laquelle  l'hypocrisie  et  l'avidité  accou- 
raient au  banquet  servi  par  nos  derniers  ministres,  aux  dé- 
pens de  la  France.  L'expulsion  de  ces  serviteurs  infidèles  amène 
la  retraite  des  conviés  qui,  malgré  la  réciprocité  de  mépris, 
partageaient  avec  eux  :  du  moment  où,  dans  chaque  régiment 
monté  à  quatre  cents  chevaux,  on  n'en  compte  plus  six  cents 
pour  passer  deux  cents  rations  de  fourrage  aux  chefs  de  la  con- 
grégation ,  les  jésuites  cessent  d'être  dangereux.  Une  année  de 
comptabilité  fidèle  réduira  ceux  qui  nous  resteront  à  n'être  plus 
que  des  gens  portant  soutane  sans  rabat  et  chapeau  à  la  Basile. 
Cette  politique  n'est  pas  tout  à- fait  celle  de  M.  Smith;  suivant 
lui ,  les  jésuites  auraient  dû  se  retirer  devant  les  arrêts  des  par- 
lemens  qui ,  nous  l'avouons  ,  nous  paraissent  aussi  bien  annulés 
par  la  législation  actuelle  que  peut  l'être  la  révocation  de  l'édit 
de  Nantes  ,  devant  les  inquiétudes  qui  s'attachaient  à  leurs  pas, 
et  cette  application  d'une  règle  que  nous  croyons  fausse  mène- 
rait bien  loin.  La  liberté  politique  et  religieuse ,  largement  com- 
prise ,  prévient  tous  les  maux  et  tous  les  combats  qui  résultent 
du  monopole.  L'écrit  de  M.  Smith  respire  un  patriotisme  trop 
vrai  pour  que  cette  doctrine  ne  devienne  pas  la  sienne,  aujour- 
d'hui que  les  faits  se  pressent  pour  en  établir  l'autorité. 

Nous  avons  prononcé  le  mot  de  monopole.  Le  monopole  de 
fait  qu'exerce  chez  nous  la  capitale,  en  tout  ce  qui  tient  à  la 
littérature,  s'atténuera  sans  préjudice  pour  elle,  et  au  grand 
avantage  de  la  Frauce ,  a  mesure  que  les  départemeas  grandi- 
ront à  leurs  propres  yeux.  On  ne  saurait  trop  applaudir  aux 
hommes  qui,  comme  M.  Smith,  savent  penser  par  eux-mêmes  : 
toute  manifestation  d'opinion,  même  erronée,  conduit  à  la  lu- 
mière en  provoquant  la  discussion.  J.  J.  B. 

3 10. — *  Examen  de  nos  lois  électorales,  des  explications,  modifi- 
cations, changemens  et  additions  qu'elles  nécessitent;  de  l'applica- 
tion à  en  faire  à  l'organisation  des  conseils  municipaux,  des  conseils 
d' arrondissement  et  des  conseils  généraux  de  département  ;  par 
M.  Duchesne,  avocat  à  Grenoble.  Paris ,  1828  ;  Dondey  -  Du- 
pré.  In-8°  de  202  pages;  prix,  3  fr.  5o  c. 

Dans  cette  courte  brochure,  pleine  à  la  fois  de  choses  et  de 
faits,  l'auteur,  qui,  en  1814,  avait  déjà  publié  les  Réflexions 
d'un  royaliste  constitutionnel  sur  la  Charte ,  examine  d'abord 
quels  seraient  les  perfectionnemens  à  apporter  à  notre  sys- 
tème électoral  actuel  et  les  améliorations  de  détail  que  récla- 
merait la  rédaction  de  nos  lois  sur  cette  matière.  Pour  marcher 
avec  prudence  et  fermeté  vers  le  but  qu'il  se  propose,  l'écri- 
vain commence  par  tracer  le  tableau  historique  des    fraudes 


SCIENCES  MORALES.  7G5 

pratiquées  depuis  1820  jusqu'à  1827  inclusivement,  dans  les 
élections  <Yiui  département  qu'il  ne  nomme  pas,  mais  que  plus 
d'un  administrateur,  soit  du  nord,  soit  du  midis  croira  sans 
doute  reconnaître  pour  le  sien;  h  moins  toutefois  que  la  cir- 
constance, assurément  singulière  de  l'ignorance  dn  président 
iWm  des  collèges  électoraux  de  ce  département  (  fonctionnaire 
que  l'auteur  n'a  pas  même  désigné  par  ses  initiales,  mais  qui, 
(lit-il,  ne  connaissait  ni  l'article  5  de  L'ordonnance  du  10  oc- 
tobre 1 820,11/  Partiel*  i5  qui  veut  qu'ai  soit  nomme  par  la  ma- 
jorUé  plus  ut>  des  suffrages  exprimés)  ne  serve  à  déchirer  le 
voile  sous  lequel  le  narrateur  officieux  a  cru  devoir  cacher  le 
lieu  de  la  scène,  et  ne  dissipe  les  incertitudes  de  ceux  qui  seraient 
tentés  de  s'approprier  Y  honneur  d'une  tactique  si  compliquée 
et  si  bien  peinte.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  appuyé  sur  une  masse 
imposante  Me  faits,  d'autant  plus  effrayans  qu'ils  seraient  moins 
rares,  que  l'auteur,  ne  pouvant  faire  le  procès  ni  aux  faux 
électeurs,  ni  aux  présidens  de  collège,  ni  aux  préfets,  ni  aux 
ministres,  s'avise  de  faire  le  procès  à  la  loi.  Ce  n'est  pas  là  , 
quoi  qu'il  en  dise,  s'en  prendre  au  premier  coupable  ;  mais  c'est 
faire  une  chose  assurément  bonne  et  utile  en  soi.  —  Nous  ne 
suivrons  pas  l'honorable  publiciste  dans  le  détail  des  change- 
mens,  modifications  et  améliorations  qu'il  propose  et  dont  on 
peut  voir  le  résumé  p.  160  à  169  de  sa  brochure.  Mais, 
tout  en  regrettant  qu'il  ne  nous  soit  pas  accordé  assez  d'espace 
pour  discuter  ici  la  justice  et  la  nécessité  de  quelques  conces- 
sions que  lui  arrache  l'existence  aujourd'hui  trop  enracinée 
peut-être  de  certains  vices,  qu'il  déplore  ,  ainsi  que  nous,  mais 
qu'il  respecte,  dans  notre  système  électoral  actuel,  nous  di- 
rons que  partout  cet  écrivain  procède  avee  une  méthode  qui 
paraît  être  le  résultat  de  la  maturité  et  de  l'expérience,  et  une 
circonspection  qui  pourtant  n'est  rien  moins  que  de  la  faiblesse. 
Nous  terminerons  par  deux  mots  sur  la  seconde  partie  de  cet 
opuscule,  dans  laquelle  il  traite  de  l'organisation  départe- 
mentale et  municipale.  Pour  expliquer  la  liaison  qui  existe 
dans  la  pensée  de  l'auteur  entre  ces  deux  parties  d'un  même 
plan  ,  il  faut  dire  que  l'une  des  principales  améliorations  qu'il 
réclame  consisterait  à  enlever  aux  préfets  le  soin  de  la  confec- 
tion des  listes  d'électeurs  ,  et  surtout  au  conseil  d'état  le  droit 
de  statuer  sur  les  difficultés  qu'elle  fait  naître,  pour  transporter 
ces  attributions  aux  conseils  municipaux,  et  aux  conseils  d'ar  - 
roedissement  et  de  département  dont  l'organisation  présente 
est,  d'un  aveu  commun,  vicieuse  à  tel  point  que  ces  conseils 
sont  pour  les  administrés  (à  part  toutefois  le  mal  qu'ils  peuvent 
faire,  et  qu'ils  leur  font  quelquefois),  comme  s'ils  n'existaient 


766  LIVRES  FRANÇAIS. 

point.  L'auteur  demande,  et  avec  raison,  qu'on  fasse  enfin  de 
ces  assemblées  de  véritables  chambres  représentatives  des  inté- 
rêts locaux.  Espérons  que  nous  touchons  au  moment  cù  vont 
se  trouver  exaucés  les  vœux  des  véritables  amis  de  l'ordre  légal 
et  des  libertés  publiques. 

3i  i .  —  *  Du  Conseil  d'état  mis  en  harmonie  avec  les  principes 
de  la  Charte  constitutionnelle  ;  par  M.  Mongalvy,  avocat  aux 
conseils  du  roi  et  à  la  Cour  de  cassation.  Paris ,  1828  ;  Roret. 
Broch.  in- 8°  de  72  pages;  prix,  2  fr.  5o  c. 

M.  Mongalvy  traite,  dans  cette  brochure,  non  de  l'organisa- 
tion ,  mais  des  attributions  du  conseil  d'état  en  général.  Il  ré- 
clame,  avec  tous  les  bons  esprits:  i°  la  dévolution  du  droit 
d'interpréter  la  loi,  dans  les  cas  de  dissidence  entre  la  Cour  de 
cassation  et  les  Cours  royales,  au  pouvoir  législatif,  auteur  de 
la  loi,  c'est-à-dire,  au  Roi  et  acx  deux  Chambres;  2°  la  créa- 
tion d'un  tribunal  administratif  indépendant,  c'est-à-dire,  com- 
posé de  juges  spéciaux  ,  mais  inamovibles  >  pour  juger  toutes  les 
questions  que  l'on  comprend,  si  improprement,  selon  nous, 
sous  la  dénomination  de  droit  administratif.  Comme  s'il  existait 
une  autre  division  du  droit  que  la  division  en  droit  public  ou 
politique ,  en  droit  civil  ou  privé  et  en  droit  pénal!  L'auteur, 
vers  la  fin  de  sa  brochure,  dit  aussi  quelques  mots  des  conflits. 
— Nous  pourrions  faire  ici ,  relativement  à  tous  ces  objets,  une 
réflexion  générale  analogue  à  celle  qui  fut  si  tardivement  pré- 
sentée sur  l'histoire  de  la  dent  d'or.  En  effet,  nous  sommes 
portés  à  penser  avec  un  de  nos  confrères,  M.  Fritot,  que  lors- 
qu'une cause  a  été  jugée  diversement  par  la  Cour  de  cassation 
et  trois  Cours  royales,  il  y  a  bien  lieu  à  modifier  la  loi,  mais 
que  le  procès  jugé  doit  demeurer  définitivement  dans  son  der- 
nier état;  autrement,  il  est  évident  que  l'on  donnerait  à  la  loi 
ou  rédaction  nouvelle  un  effet  rétroactif.  Nous  ajouterons  seu- 
lement que,  pour  être  juste,  l'état  devrait,  dans  ce  cas  ,  indem- 
niser le  malheureux  plaideur ,  victime  de  l'obscurité  de  la  loi, 
sinon  de  tout  le  dommage  qu'entraîne  pour  lui  la  perte  de  son 
procès,  au  moins  des  frais  qu'il  lui  a  coûtés. — En  second  lieu  , 
et  quant  aux  questions  de  droit  administratif ,  nous  nous  ferions 
fort  de  démontrer  ,  et  sans  beaucoup  de  peine ,  que  toutes 
rentrent  dans  le  domaine  des  questions  do  droit  public  ou  de 
droit  civil  ou  privé ,  de  la  nature  même  de  celles  que  les  tribu- 
naux ordinaires  ont  à  juger  journellement  dans  l'état  actuel  ; 
dans  presque  toutes,  en  effet,  le  gouvernement,  ou,  si  Ton  veut, 
l'état  comparait  comme  partie ,  c'est-  à  -  dire,  comme  une  per- 
sonne ,  soit  publique  soit  privée.  L'opinion  de  ceux  qui  soutien- 
nent que  la  décision  des  procès  administratifs  doit  rester  dans  les 


SCIENCES  MORALES.  7S7 

attributions  du  conseil  d'état  revient  donc  a  soutenir  l'affirma- 
tive sur  cette  proposition,  convient  -  il  que,  dans  certaines  af- 
faires, le  gouvernement  soit  juge  et  partie,  c'est-à-dire,  juge 
dans  sa  propre  cause?  Le  bon  sens  ne  saurait  manquer  de  faire 
justice  un  jour  de  cette  prétention.  Enfin,  quant  aux  conflits, 
nous  pourrions  faire  remarquer  à  M.  Mongalvy  que,  si  l'on 
créait  un  véritable  tribunal  (  lut- il  dit  administratif)  ,  la  ques- 
tion des  conflits  perdrait  bientôt  tout  son  intérêt,  ou  plutôt  nous 
n'aurions  plus  de  ce  qu'on  appelle  des  conflits  ;  il  n'y  aurait 
plus,  à  vrai  dire,  que  des règtemens déjuges;  mais,  quoi  qu'il 
en  soit ,  et  en  supposant  qu'il  y  ait  lieu  d'avoir  quelquefois  re- 
cours à  une  interprétation  autre  que  l'interprétation  doctrinale; 
en  supposant  qu'il  doive  exister  pour  certaines  questions  où 
l'administration  en  personne  se  trouve  mêlée,  un  tribunal  spé- 
cial ,  nous  pensons  que  ce  qu'on  pourrait  faire  de  mieux  serait 
d'adopter  li  cet  égard  les  idées  présentées  par  M.  Mongalvy. 
Il  n'y  a  que  sur  les  conflits  que  nous  ne  saurions  dans  aucun 
cas'partager  son  opinion.  La  décision  des  questions  de  compé- 
tence judiciaire  ne  saurait  appartenir  aux  conseils  du  prince. 
Pourquoi  ne  créerait-on  pas  pour  cet  objet  une  section  spéciale 
à  la  Cour  de  cassation  ?  Mais,  je  le  répète ,  avec  des  juges  ad- 
ministratifs indépendans,  cet  objet  ne  vaudrait  plus  la  peine 
qu'on  s'en  occupât.  Les  conflits  disparaîtraient  bientôt  d'eux- 
mêmes.  Bouchené  Lefer,  avocat. 

3 12.  —  *  Mémoire  sur  les  forçats  ,  couronné  par  la  Société 
académique  de  Mdcon;  par  M.  Quentin,  lieutenant-colonel 
de  cavalerie  en  retraite.  Paris,  1828;  Fayolle.  In  8°  de  99 
pages.  , 

L'imperfection  de  notre  législation  criminelle,  en  ce  qui 
touche  les  forçats,  est  devenue  l'objet  de  l'attention  géné- 
rale. L'opinion  publique  réclame  surtout  des  mesures  propres 
à  empêcher  la  rentrée  dans  la  société  de  ces  hommes  profon- 
dément dégradés,  autant  par  leur  fréquentation  mutuelle,  par 
les  passions  que  le  désespoir  enfante  ,  par  leurs  mauvaises  dis- 
positions naturelles,  que  par  l'effet  de  la  misère,  de  l'abandon 
et  du  mépris  légitime  qui  les  attend  ,  après  leur  sortie  des 
bagnes.  Quarante-un  conseils  généraux  se  sont  prononcés  si- 
multanément pour  leur  déportation,  et  ce  désir  peut  être  re- 
gardé comme  un  vœu  national.  Mais  cette  question  n'avait  pas 
été  envisagée  jusqu'à  présent  sous  tous  ses  rapports;  du  moins 
dans  ce  que  nous  avons  lu  sur  ce  sujet,  qui  intéresse  notre  éco- 
nomie sociale  ,  aucun  écrivain  ne  nous  paraît  avoir  présenté 
un  aussi  grand  nombre  d'observations  fondées  sur  l'expérience, 
de  vues  justes  et  applicables  ,  que  l'auteur  de  ce  mémoire. 


768  LIVRES  FRANÇAIS. 

Après  quelques  considérations  générales  sur  l'état  actuel  des 
forçats  libérés,  suivies  de  comparaisons  instructives  entre  les 
deux  législations  criminelles  de  la  France  et  de  l'Angleterre, 
si  différentes  dans  les  punitions  qu'elles  infligent  aux  con- 
damnés, M.  Quentin  établit  les  principes  suivans  qui  servent 
de  base  à  son  système  :  i°  la  peine  des  travaux  forcés  ne  peut 
être  abolie  complètement,  ni  remplacée  d'une  manière  absolue 
parla  déportation;  20  la  déportation  doit  être  employée  sur 
d'autres  bases  en  France  qu'en  Angleterre,  attendu  la  diffé- 
rence de  rigueur  des  lois  criminelles  des  deux  nations;  3°  par 
suite  de  cette  différence,  la  rentrée  des  déportés  doit  en  France 
être  beaucoup  plus  réduite  qu'en  Angleterre,  puisque  nos  dé- 
portés à  tems ,  s'ils  étaient  Anglais ,  seraient  au  moins  pour  la 
plupart  déportés  à  perpétuité;  4°  enfin,  par  une  conséquence 
forcée  de  cette  réduction,  la  déportation  à  vie  doit  être  ap- 
pliquée à  la  grande  majorité  de  nos  forçats. 

Au  lieu  de  chercher  à  remplacer  la  peine  des  travaux 
forcés  par  une  autre  peine  équivalente  (problème  peut-être 
impossible  à  résoudre  dans  un  état  social  où  l'esclavage  est 
proscrit),  M.  Quentin  modifie  l'application  des  «ois  en  vigueur, 
de  manière  à  diminuer  la  dégradation  uniforme  qu'elV-es  im- 
priment sur  tous  les  coupables  indistinctement  :  de  là ,  il  est 
naturellement  conduit  à  l'idée  de  classer  les  forçats  par  caté- 
gories, selon  le  degré  présumé  de  leur  perversité.  Dans  la  pre- 
mière, il  comprend  les  forçats  condamnés  aux  travaux  forcés 
à  perpétuité  :  le  sort  de  ces  misérables  ,  puisque  tous  scélérats 
déterminés  ,  ne  subit,  dans  son  plan,  aucun  changement;  seu- 
lement, il  les  sépare  des  autres  condamnés.  Cette  catégorie  est 
cependant  divisée  en  deux  sections  ,  dans  la  seconde  desquelles 
se  trouvent  placés  des  hommes  passionnés  qui  ont  pu  commettre 
de  grands  crimes  ,  poussés  par  quelques  circonstances  extraor- 
dinaires; à  ceux-ci  il  accorde,  lorsqu'ils  le  désirent,  la  dépor- 
tation comme  une  faveur.  Sa  deuxième  catégorie  se  divise  aussi 
en  deux  sections  ,  la  première  destinée  à  recevoir  tous  les  for- 
çats à  tems  qui  ont  subi  soit  une  condamnation  supérieure  au 
minimum  de  la  peine,  soit  une  condamnation  au  minimum  ,  ac- 
compagnée d'antécédens  correctionnels  :  aux  condamnés  de 
cette  section  l'auteur  applique  la  déportation,  et  à  ce  sujet  il 
entre  dans  des  détails  intéressans  sur  l'exécution  de  cette  grande 
mesure.  La  troisième  catégorie  comprend  seulement  les  forçats 
condamnés  au  minimum  de  la  peine  et  qui  n'ont  subi  aucune 
condamnation  antérieure,  lesquels  se  trouvent  encore  séparés 
en  deux  sections,  celle  des  anciens  condamnés,  et  celle  de* 
nouveaux.  Pour  la  première,  il  fonde  un  bagne  spécial  et  tem  • 


SCIENCES  MORALES.  70g 

■oraire;  pour  la  deuxième,  il  institue  des  bagnes  partiels  dam 

les  villes  ehefs  lieux  de  département,  à  l'instar  de  la  Suisse;  et  de 
l'Allemagne. 

Non  content  de  ces  dispositions  préservatives,  il  suit  encore 
les  forçats  libérés,  après  l'expiration  de  leur  peine  des  fers: 
pour  leur  inculquer  des  habitudes  d'ordre  et  de  travail,  il  conçoit 
les  escouades  de  pionniers  employés  aux  travaux  d'utilité  pu- 
blique, tels  que  constructions  de  digues,  de  routes,  de  canaux  , 
dessèchement  de  marais,  etc.;  en  outre  il  désire  qu'on  offre  aux 
forçats  libérés  actuellement  vagabonds  des  ateliers  de  travail 
aux  frais  du  gouvernement. 

Dans  son  projet  de  colonisation  l'auteur  ne  parle  que  de  la 
Guyane  française.  Des  écrivains  ont  proposé  le  Sénégal  qu'un 
préjugé  généralement  répandu  semble  repoussera  cause  de  son 
insalubrité.  Cependant  nous  pouvons  avancer,  d'après  un  en- 
tretien que  nous  avons  eu  avec  un  planteur  de  cette  colonie 
très-florissante  aujourd'hui,  que  la  mortalité  y  est  beaucoup 
moindre  qu'à  l'île  Bourbon,  et  que  la  garnison  y  perd  à  peine 
quelques  soldats  par  an.  D'autres  indiquent  les  trois  petites 
îles  de  Bieque,  de  la  Désirade  et  de  Saint-Martin,  dans  la  mer 
des  Antilles;  d'autres  enfin  quelque  île  des  nombreux  Ar- 
chipels de  la  mer  du  sud,  ou  même  la  Nouvelle-Hollande  dans 
ses  côtes  habitables.  Peut-être  serait-il  à  propos  de  tenter  des 
expériences  partielles  sur  plusieurs  points  à  la  fois.  Deux  ou 
trois  années  suffiraient  pour  avoir  des  données  exactes  à  cet 
égard. 

Cette  brochure  renferme  encore  beaucoup  de  détails  d'exé- 
cution, très-dignes  de  l'attention  du  gouvernement.  L'auteur 
nous  en  promet  une  seconde,  faisant  suite  à  son  premier  écrit. 
Nous  ne  saurions  trop  l'engager  à  la  publier  incessamment  pour 
éclairer  l'opinion  des  chambres  qui  ne  tarderont  pas  sans  doute 
à  porter  sur  cette  importante  matière  une  loi  réclamée  par  la 
morale,  par  l'économie  et  par  la  tranquillité  publique. 

Ad.  Gondiiset. 

3i3.  —  Bu  remplacement  et  du  rengagement  dans  l'armée 
française ,  ou  de  la  nécessité  et  des  moyens  de  combiner  le  rempla- 
cement avec  le  rengagement  ;  par  M.  ***.  Paris,  décembre  1827. 
Anselin  ,  broch.  in-8°  de  47  pages;  prix,  1  fr. 

Les  questions  soulevées  par  l'auteur  de  cette  brochure  sont 
graves  et  importantes.  D'abord,  il  serait  avantageux  pour  l'État 
et  pour  l'armée  qu'un  grand  nombre  de  militaires  se  renga- 
geassent à  l'expiration  de  leurs  six  années  de  service  conscrip- 
tionnaire;  puis  on  ne  saurait  priver  les  citoyens  du  droit  de 
se  faire  remplacer,  quelque  peu  de  garantie  que  puissent  don- 
t.  xxxvii.  —  Mars  1828.  ty 


770  LIVRES  FRANÇAIS. 

Ber  à  la  bonté  du  service  la  plupart  des  prolétaires  que  le  besoin 
seul  ou  le  goût  d'une  vie  dissipée  déterminent  à  se  faire  rem- 
plaçans.  Mais  ne  serait-il  pas  possible  de  disposer  le  système 
(!es  remplacemens  de  manière  qu'ils  influassent  sur  les  rengage- 
mens,  en  présentant  aux  militaires  libérés  le  prix  des  rempla- 
cemens comme  un  moyen  de  s'assurer  un  heureux  avenir  après 
quelques  années  d'un  nouveau  service?  La  solution  de  ce  pro- 
blème posé  par  M.  Gonzague  de  Nisas,  jeune  officier  d'un  mérite 
distingue,  aurait  pour  avantages  d'améliorer  la  composition  et 
l'esprit  de  l'armée,  en  diminuant  le  nombre  des  prolétaires 
remplaçais,  d'anéantir  les  agences  de  remplacement,  et  d'é- 
pargner au  trésor  des  primes  de  rengagement,  des  frais  de  re- 
crutement ,  etc. 

Le  moyen  qu'il  propose  pour  arriver  à  ce  but  est  développé 
dans  une  série  d'articles  dont  voici  les  principales  dispositions. 
On  dresserait  chaque  année, un  état  de  tous  les  soldats,  capo- 
raux et  sous-officiers  qui  voudraient  se  rengager  pour  huit 
ans.  Aussitôt  que  ce  nombre  serait  connu,  il  serait  réparti  par 
déparlemens,  selon  l'importance  de  ceux-ci.  Avant  le  tirage  de 
la  conscription,  une  adjudication  serait  publiquement  ouverte 
entre  tous  les  jeunes  gens  sujets  au  tirage;  et  ceux  qui  pour- 
raient y  mettre  le  prix  (  iooo  fr.  de  première  enchère)  devien- 
draient ainsi  propriétaires  d'un  numéro  de  rengagement  qu'ils 
payeraient  comptant.  Dès  ce  moment,  ils  seraient  considérés 
comme  ayant  satisfait  à  la  loi,  et  seraient  portés  en  déduction 
du  contingent.  De  la  masse  des  sommes  provenues  de  cette 
opération,  on  déduirait  pour  tous  les  départemens  le  taux 
moyen  du  remplacement,  que  l'on  convertirait  en  rentes  sur  le 
grand-livre  ,  et  qui  deviendrait  la  propriété  du  rengagé,  selon 
les  conditions  convenues  pour  tous. 

L'auteur  voit  dans  l'adoption  de  cette  mesure  des  avantages 
incalculables  :  une  amélioration  dans  le  sort  des  soldats  et 
sous-officiers  rengagés;  des  intérêts  pécuniaires  qui  les  rat- 
tachent à  la  fortune  publique;  l'exclusion  presque  absolue  des 
individusyfeVrâ-  du  nom  de  vendus  (phrase  dont  les  expressions 
nous  semblent  bien  sévères,  car  plusieurs  de  ces  hommes  sont 
devenus  officiers);  des  facilités  accordées  au  recrutement;  les 
familles  riches  favorisées  ou  soigneusement  ménagées  (  nuance 
aristocratique  que  nous  eussions  voulu  ne  pas  rencontrer  dans 
cet  opuscule  )  ;  l'amour-propre  de  ces  familles  mis  à  l'abri  de  la 
révélation  des  infirmités  secrètes,  souvenir  que  perpétuent  les 
archives  des  préfectures  (  comme  si  cette  révélation  n'était  un 
désagrément  que  pour  les  familles  opulentes  !);  la  suppression 
des  agences  de  remplacement  et  des  bourses  générales;  la  ccr- 


SCIENCES  MORALES.  7:f 

tî tudc  de  diminuer  les  contingens  «!<s  cantons  pat  4es  enchèrei 
nui  équivaudràienl  ;i  des  eogagemena  volontaires;  celle  de  n'a- 
loir  à  l'armée  qne  des  jeûnes  gens  qui  serriraient  pour  leur 
propre  compte;  l'avantage,  enfin,  d'éviter  les  rassemblemens 
d'hommes  qui ,  cherchant  à  se  vendre,  sont  ennemis  du  travail 
depuis  long-tems. 

Nous  pensons  qu'il  y  a  d'excellentes  choses  dans  les  idées  de 

l'auteur;  mais  peut-être  s'est-il  un  peu  trop  exagéré  les  bien* 
faits  possibles  de  la  mesure  qu'il  propose,  et  le  danger  auquel 
il  veut  remédier.  Le  nombre  des  remplaçais  est-il  donc  aussi 
Considérable  qn'il  semble  Le  donner  à  entendre?  L'armée  fran- 
çaise est-elle  en  majorité  composée  de  prolétaires-remplaçans- 
volontaires?  Ces  hommes  sont-ils  envieux?  sont-ils  désespères  ? 
sont-ils,  en  effet,  des  pariât  armés,  considérés  comme  des 
esclaves  par  leurs  camarades  et  leurs  concitoyens?  Avons- 
nous  à  craindre  qu'une  armée  trop  jeune,  subissant  l'influence 
des  opinions  du  moment ,  ne  devienne  délibérante  ,  au  lieu  d'être 
obéissante  et  passive?  Certains  publicistes  nous  ont-ils  menacés 
de  gardes  nationales  actives?  Se  peut-il  que  l'autorité  civile 
soit  partout  en  opposition  avec  l'autorité  militaire,  et  qu'elle 
pousse  l'abus  jusqu'à  déclarer  valides  des  hommes  visiblement 
impropres  au  service,  avec  l'intention  coupable  de  libérer, 
vaille  que  vaille  ,  les  numéros  les  plus  élevés  du  contingent  ? 

Ces  assertions  nettes  et  tranchées  sont  bien  graves  pour  être 
ainsi  avancées  sans  preuves.  Nous  avons  connu  des  officiers- 
généraux  qui  avaient  commencé  leur  carrière  comme  rempla- 
çons. Le  célèbre  Latour-d  Auvergne  partit  de  Tréguier,  le  sac 
sur  le  dos,  à  la  place  du  fds  unique  d'un  de  ses  amis.  Combien 
de  jeunes  gens  se  sont  ainsi  engagés  pour  offrir  des  secours  à 
leur  mère,  à  leur  vieux  père,  à  des  sœurs  infortunées!  Non, 
l'armée  française  n'est  pas  composée  d'une  majorité  de  parias  ! 
et  l'autorité  civile  ne  pourrait,  sans  encourir  la  forfaiture  et 
se  voir  promptement  réprimée,  se  mettre  en  opposition  avec 
l'autorité  militaire;  car  les  conseils  de  révision  sont  composés 
d'autant  d'officiers  que  de  fonctionnaires  civils,  et  la  loi  est  le 
régulateur  général. 

On  a  fait  quelques  observations  critiques  à  M.  de  Nisas,  et  il 
s'est  empressé  de  les  publier;  c'est  la  preuve  d'un  bon  esprit, 
qui  aime  la  vérité  et  qui  la  cherche.  La  principale  objection  est 
qu'il  faudrait  une  loi ,  et  non  pas  une  ordonnance ,  pour  amener 
l'exécution  de  la  mesure  qu'il  propose.  M.  de  Nisas,  qui  s'est 
couvert  du  voile  de  l'anonyme ,  nous  pardonnera  sans  doute 
d'avoir  eu  l'indiscrétion  de  le  nommer.  Fils  d'un  officier-géné- 
ral qui  servit  l'État  de  sa  plume  comme  de  son  épée;  frère  d'un 

4o. 


77a  LIVRES  FRANÇAIS. 

écrivain  spirituel ,  il  marche  avec  talent  sur  leurs  traces,  et  cet 
essai  donne  la  mesure  des  ouvrages  plus  importans  qu'il  pourra 
publier  un  jour. 

3 14. — *  Rapport  fait  à  l'assemblée  générale  de  la  Société 
pour  l'extinction  de  la  mendicité  dans  la  ville  de  Bordeaux  ;  par 
M.  le  baron  d'Haussez,  préfet  de  la  Gironde,  président  de  la 
Société.  Bordeaux,  1827  ;  Lanefranque  frères.  In-8°  de  48pag. 
avec  une  planche;  prix,  2  fr. 

Une  Société  s'est  formée  dans  la  ville  de  Bordeaux,  avec  la 
ferme  intention  d'obtenir  par  des  mesures  bien  entendues  l'ex- 
tinction de  la  mendicité  qui  affligeait  les  regards  dans  tous  les 
lieux  publics,  et  dont  on  était  obsédé  dans  les  rues,  dans  les 
promenades,  aux  avenues  de  tous  les  édifices.  Cette  Société  a 
choisi  une  commission  dont  les  premiers  soins  ont  été  de  s'as- 
surer des  fonds  nécessaires  pour  l'exécution  du  projet  que  l'on 
avait  en  vue ,  de  faire  préparer  un  local  et  de  rédiger  un  règle- 
ment qui  pût  devenir  la  base  de  ses  opérations.  Lorsque,  par 
des  ordres  positifs,  les  mendians  étrangers  à  la  ville  de  Bor- 
deaux se  sont  vus  forcés  de  retourner  dans  leurs  communes 
respectives  ,  le  nombre  de  ces  individus  que  l'on  croyait  ne 
pouvoir  compter  que  par  milliers,  s'est  réduit  à  266.  La  Société 
est  partie  du  nombre  rond  de  3oo,  pour  asseoir  la  base  de 
son  institution.  La  bienfaisance  des  Bordelais  n'a  pas  été  vai- 
nement stimulée;  la  mendicité  a  disparu;  et  un  établissement 
composé  de  3oo  pauvres  s'est  formé,  comme  par  enchante- 
ment, et  aux  moindres  frais  possible. 

Nous  ne  pouvons  qu'approuver  la  sollicitude  et  la  persévé- 
raneequi  ont  amené  un  résultat  aussi  avantageux.  Le  système  de 
couchage  adopté  dans  la  maison  de  refuge,  c'est  le  nom  donné 
à  l'établissement,  nous  a  paru  parfaitement  approprié  au  but 
de  cette  institution,  et  il  mérite  d'être  connu.  Les  lits,  à  fond 
cordé,  composés  d'une  paillasse,  d'un  traversin  ,  de  draps  et  de 
couvertures,  sont  adossés  deux  à  deux  et  se  relèvent  dans  le 
jour,  de  manière  à  laisser  les  salles  libres  et  à  pouvoir  être 
vérifiés  et  nettoyés  dans  toutes  leurs  parties.  La  nourriture  saine 
et  abondante,  avec  une  ration  de  vin,  ne  revient  qu'à  26  c.  f 
par  individu.  Les  pauvres  sont  bien  habillés,  bien  soignés  et 
peuvent  se  livrer  à  diverses  industries  d'une  extrême  simplicité 
qui  leur  rapportent  de  petites  sommes  avec  lesquelles  ils  satis- 
font à  des  besoins  ou  à  des  fantaisies  que  l'hospice  ne  saurait 
payer. 

Ainsi,  la  ville  de  Bordeaux,  sans  recourir  à  des  mesures  ré- 
pressives ,  ni  à  des  dispositions  pénales ,  a  réussi  à  détruire  la 
mendicité  dans  ses  murs;  il  est  donc  possible  d'obtenir  dans 


SCIENCES  MORALES.  773 

tous  les  départemena  Le  même  résultat.  Un  ancien  et  respectable 
administrateur ,  M.  ni.  Uoujoux,  était  parvenu  à  éteindre  tota- 
lement la  mendicité  dans  le  département  de  Saônc-et-Loire,  il 
y  a  quinze  OU  seize  ans,  sans  seeours  extérieur ,  sans  dépôt  dé- 
frayé par  le  gouvernement,  mais  à  l'aide  d'une  bienfaisance 
éclairée,  et  avec  une  volonté  sage  et  ferme.  Quinze  ou  dix-huit 
préfets  qui  lui  ont  succédé,  dans  l'espace  de  quatorze  années, 
n'ont  pu  maintenir  ses  institutions,  et  la  mendicité,  avec  tout 
ce  qu'elle  a  d'immoral  et  de  hideux,  a  reparu  dans  les  lieux 
qu'elle  avait  abandonnés.  Félicitons  M.  d'Haussez  de  l'avoir 
extirpée  de  Bordeaux.  Ces  sortes  de  bienfaits  administratifs 
parquent  honorablement  la  carrière  d'un  magistrat. 

Mais  le  règlement  même  nous  suggère  une  réflexion  qui  n'est 
peut-être  pas  sans  importance.  Les  conditions  d'admission  sont 
faciles  à  établir,  au  moment  de  la  formation  d'un  tel  hospice; 
mais  y  a-t-il  lieu  de  prévoir  un  long  avenir,  et  les  places  va- 
cantes, s'il  faut  les  nommer  ainsi,  doivent-elles  être  remplies 
au  fur  et  à  mesure  des  extinctions?  Ce  serait  perpétuer  un 
refuge  de  3oo  pauvres,  et  non  éteindre  la  mendicité.  Au  mo- 
ment de  la  création,  la  mendicité  est  flagrante;  mais,  la  possi- 
bilité de  mendier  ayant  cessé,  au  bout  de  quelques  années, 
cette  odieuse  coutume  doit  avoir  totalement  disparu;  elle  ne 
sera  plus  dans  les  mœurs  d'une  génération  qui,  ne  la  connais- 
sant pas  dès  l'enfance,  ne  songera  pas  à  la  mettre  en  usage.  Il 
n'y  aura  donc  pas  lieu  à  remplacer  les  vacances  dans  l'hospice. 
L'article  3i  du  règlement  de  Bordeaux  pourrait  être  modifié 
dans  ce  sens,  qu'au  lieu  de  recevoir  un  pauvre  par  extinction,  on 
n'en  admettrait  un  que  par  deux  vacances  :  nous  soumettons 
cette  observation  à  la  Société  de  mendicité  de  Bordeaux. 

3i5.  —  *  Moyens  d'éteindre  et  de  prévenir  la  mendicité  à 
Marseille.  Marseille,  1827;  Achverd.  In  -8°  de  44  pages; 
prix,  2  fr. 

Cette  brochure,  due  à  MM.  Segaud,  docteur  en  médecine, 
et  Mery,  président  de  la  Société  de  statistique  de  Marseille,  a 
pour  objet  de  proposer  la  création  d'un  établissement  public, 
afin  d'éteindre  et  de  prévenir  la  mendicité  dans  cette  ville,  au 
moyen  de  souscriptions  et  de  dons  volontaires.  La  ville  de 
Bordeaux  a  donné  à  cet  égard  un  exemple  que  toutes  les 
villes  devraient  s'empresser  d'imiter.  (  Voy.  ci-dessus  p  772.  ) 

Marseille,  ville  riche  et  très-commerçante,  peut  facilement 
obtenir  les  mêmes  avantages  que  Bordeaux,  sans  mesures  ri- 
goureuses ,  sans  soumettre  les  pauvres  à  des  travaux  qu'une 
longue  oisiveté  leur  a  ôté  la  possibilité  d'exécuter,  et  sans  les 
priver  totalement  de  leur  liberté.  Ceux  de  Bordeaux  sont  par- 


7  7  4  LIVRES  FRANÇAIS, 

faitement  nourris;  ils  jouissent  d'une  ration  de  vin  par  jour; 
leur  vêtement  est  chaud  et  propre;  ils  sortent  avec  des  permis- 
sions, certains  jours  de  la  semaine;  ils  travaillent  à  des  ouvrages 
appropriés  à  leur  peu  de  force  ou  d'adresse;  et  le  prix  qu'ils  en 
reçoivent  leur  sert  à  se  procurer  les  objets  nécessaires  ou  com- 
modes dont  ils  peuvent  avoir  contracté  l'habitude,  et  que  la  mai- 
son ne  peut  leur  donner.  Le  prix  de  leur  dépense  journalière 
ne  dépasse  pas  56  cent.  ~,  tous  frais  compris. 

Les  auteurs  de  la  brochure  que  nous  annonçons  signalent, 
au  nombre  des  causes  qui  tendent  à  entretenir  la  mendicité  à 
Marseille,  l'ignorance  du  peuple,  la  passion  du  jeu,  les  loteries, 
le  libertinage,  le  perfectionnement  des  machines  et  le  mariage 
des  ouvriers.  Nous  prouverions  facilement  que  le  perfection- 
nement des  procédés  industriels,  loin  d'accroître  la  misère 
publique,  tend,  au  contraire,  à  créer  de  nouvelles  sources  de 
richesses,  quoiqu'il  amène  une  diminution  momentanée  dans 
l'emploi  des  bras;  mais  nous  voulons  bien  reconnaître  qu'au 
moment  même  où  une  machine  nouvelle  est  mise  en  usage, 
quelques  ouvriers  se  trouvent  nécessairement  sans  travail. 
Toutefois  nous  n'admettrons  jamais  que  les  mariages  nombreux 
qui  ont  lieu  dans  la  classe  ouvrière  concourent  spécialement  à 
entretenir  la  misère.  De  ces  unions  fréquentes,  disent  les  auteurs, 
résultent  des  troupeaux  d'en/ans,  qui  vont  dans  les  rues  solliciter 
la  pitié  des  passans,  s'habituent  à  mendier,  fuient  le  travail  et 
deviennent  des  êtres  dangereux  pour  la  société.  On  avouera  que 
c'est  traiter  bien  légèrement  le  lien  que  nos  mœurs  et  nos  lois 
regardent  comme  le  plus  sacré,  et  qu'il  y  aurait  peu  de  véri- 
table philantropie  à  l'interdire  à  toute  une  classe,  parce  qu'elle 
ferait  des  troupeaux  d'en/ans.  La  conséquence  rigoureuse  de 
cette  singulière  observation  serait  l'établissement  d'un  cens 
pour  le  mariage,  comme  pour  les  élections,  et  la  prohibition 
du  lien  conjugal  aux  prolétaires.  Non,  les  enfans  des  ouvriers 
ne  sont  point  des  êtres  dangereux  pour  la  société;  ils  appren- 
nent à  aimer  le  travail,  à  l'exemple  ce  leurs  pères  et  mères;  ils 
ne  sollicitent  point  la  pitié  des  passans,  et  ils  contribuent,  au 
contraire,  à  l'aisance  de  la  famille,  dès  qu'ils  sont  en  âge  de 
gagner  quelque  argent.  L'ouvrier  considère  partout  la  mendicité 
comme  un  déshonneur;  et  cela  est  si  vrai  qu'il  est  très-difficile 
de  le  déterminer,  dans  ses  maladies,  à  se  rendre  à  l'hôpital, 
quelque  certain  qu'il  soit  d'y  être  mieux  soigné  que  chez  lui.  Si 
la  classe  ouvrière  fait  beaucoup  d'enfans,  ouvrez  de  nom- 
breuses écoles,  fournissez-leur  des  moyens  de  s'instruire,  for- 
mez leur  intelligence,  répandez  à  profusion  la  connaissance  des 
art*  et  des  métiers,  remplissez  ce  devoir  que  la  société  contracte 


SCIENCES  MORALES.  775 

envers  ton-  ceux  qu'elle  admel  dans  son  srin,  ouvrez  leur  une 
route  vers  là  possibilité  «le  vivre  d'un  travail)  d'une  industrie 
quelconque;  et,  à  leur  tour,  il  s'acquitteront  au  centuple  envers 
la  société. 

Le  désir  du  bien  a  quelquefois  ses  excès.  MM.  Segaud  et 
Méry,  en  indiquant  les  moyens  qu'ils  jugent  efficaces  pour 
éteindre  la  mendicité  à  Marseille,  voudraient  que  l'on  con- 
damnât à  une  amende  tous  les  citoyens  qui  feraient  publique- 
ment l'aumône.  Une  amende  pour  avoir  écouté  un  sentiment 
d'humanité,  pour  avoir  satisfait  à  un  besoin  du  cœur!  Ces  mes- 
sieurs n'y  ont  pas  réfléchi.  Ils  n'ont  pas  songé  qu'une  telle  me- 
sure porterait  atteinte  à  ce  que  les  hommes  ont  de  plus  cher, 
à  la  liberté,  à  la  conscience,  à  l'esprit  de  charité  dont  aucune 
loi  ne  peut  prescrire  la  limite.  Que  l'on  empêche  de  mendier 
dans  les  rues,  et  personne  n'aura  l'occasion  de  faire  l'aumône 
en  public. 

Nous  formons  des  vœux  sincères  pour  que  les  administrateurs 
du  département  des  Bouchés  du  Rhône  et  ceux  de  Marseille  en 
particulier  s'occupent  promptement  des  mesures  qui  peuvent 
détruire  la  mendicité  dans  une  ville  où  ce  fléau  paraît  exister 
dans  toute  son  horreur.  R. 

3iG. —  *  Dictionnaire  historique ,  ou  histoire  abrégée  des 
hommes  qui  se  sont  fait  un  nom  par  leur  génie,'  leurs  talens, 
leurs  vertus,  leurs  erreurs  ou  leurs  crimes,  depuis  le  commen- 
cement du  monde  jusqu'à  nos  jours;  par  l'abbé  F.  X.  vu 
Feller.  Septième  édition,  enrichie  d'un  grand  nombre  d'articles 
nouveaux  intercalés  par  ordre  alphabétique  ;  corrigée  sur  les 
observations  de  nos  meilleurs  biographes,  et  ornée  du  portrait 
de  l'auteur.  T.  V  et  VI.  Paris ,  1827;  Méquignon-Havard.  2  vol. 
in-8°;  prix  de  la  livraison,  12  fr. 

Les  six  premiers  volumes  ont  paru  dans  l'année  1827;  et 
comme  l'ouvrage  doit,  être  composé  de  dix- sept  volumes,  on  a 
droit  d'espérer  qu'il  sera  terminé  en  1829.  Le  cinquième  vo- 
bime  commence  à  l'article  Cinare,  et  le  sixième  tinit  à  l'article 
Faur  {du).  L'auteur  ne  s'y  montre  pas  fort  instruit  dans  l'his- 
toire des  sciences,  à  l'article  Dorât  dont  il  prétend  que  YÉpître 
aux  comètes  mortifia  beaucoup  les  astronomes,  qui,  dit-il, 
avaient  prophétisé  qu'une  comète  devait  détruire  la  terre 
en  1773.  Si  le  père  Feller  avait  étudié  sans  prévention  cette 
petite  anecdote ,  il  aurait  su  qu'en  177*3,  l'astronome  Lalande 
devait  lire,  à  la  rentrée  publique  de  l'Académie  des  sciences  , 
des  réflexions  sur  les  comètes  qui  pouvaient  approcher  de  la 
terre.  Le  tems  ne  lui  permit  pas  de  les  lire,  mais  elles  avaient  été  an- 
noncées, et  cela  produisit  dans  le  public  une  teneur  incroyable: 


776  LIVRES  FRANÇAIS, 

l'auteur  les  fit  imprimer  promptement  pour  rassurer  les  esprits. 
Euler  et  Dionis  du  Séjour  écrivirent  avec  le  même  projet  (i). 
L'épître  de  Dorât  ne  pouvait  donc  mortifier  les  astronomes, 
comme  le  dit  le  père  Feller,  qui  ne  montre  pas  moins  d'igno- 
rance à  l'article  Clairaut  où  il  prétend  que  l'on  ne  peut  prédire 
le  retour  des  comètes.  Cette  assertion  est  plus  absurde  aujour- 
d'hui que  jamais,  depuis  !a  découverte  d'une  planète  périodique 
dont  la  révolution  est  de  trois  ans  et  trois  dixièmes  (2).  M.  Mi- 
chaud,  dans  sa  Biographie  universelle ,  ouvrage  bien  supérieur 
à  celui  dont  nous  parlons,  n'a  pas  la  prétention  de  savoir  mieux 
l'astronomie  que  le  père  Feller;  mais  il  a  confié  la  rédaction  de 
l'article  Clairaut  au  savant  professeur  et  académicien  Lacroix. 
Aussi,  cet  article  de  la  biographie  est  excellent  et  fait  pour 
instruire  même  les  mathématiciens.  Les  théologiens  feraient 
mieux  en  général  d'étudier  les  sciences  que  de  critiquer  les 
savans;  au  reste  la  théologie  de  l'auteur  a  bien  aussi  ses  pré- 
jugés. A  l'article  Durand  Maillane ,  qui  est  nouveau,  mais 
où  les  éditeurs  ont  conservé  son  esprit,  il  est  dit  que  ce  Pro- 
vençal ,  distingué  par  le  refus  qu'il  fit  de  voter  la  mort  de 
Louis  XVI,  était  un  profond  casuiste,  mais  qu'en  favorisant  les 
libertés  de  l'église  gallicane,  il  attaquait  trop  violemment  les 
droits  du  saint-siége,  droits  établis  par  l'écriture,  la  tradition 
et  le  laps  de  plus  de  dix-huit  siècles.  De  ces  dix-huit  siècles  il 
faut  en  retrancher  plus  de  la  moitié,  pendant  laquelle  les  li- 
bertés de  l'église  gallicane  n'étaient  qu'une  petite  partie  de 
celles  de  toutes  lés  églises;  mais  ces  messieurs  n'y  regardent  pas 
de  si  près.  Les  idées  du  père  Feller  en  histoire  sont  analogues 
à  celles  qu'il  a  en  astronomie.  Hérodote  ne  lui  paraît  pas  croyable 
à  l'article  d'Jtys;  mais,  aux  articles  ftEgyptus,  de  Dan  nus  et 
des  Danaïdesy\\  est  persuadé,  sur  l'autorité  d'Horace,  que  les 
5o  fils  de  l'un  épousèrent  les  5o  filles  de  l'autre,  et  qu'Egyptus 
donna  son  nom  à  l'Egypte,  820  ans  avant  la  guerre  de  Troie  ; 
mais  il  ne  dit  pas  comment  l'Egypte  s'appelait  auparavant.  L'ar- 
ticle de  l'infortuné  duc  d'Enghien  est  un  peu  long;  mais  on  y 
trouve  des  détails  curieux,  et  les  auteurs  ont  dédaigné  de  faire 
mention  des  anecdotes  sans  doute  calomnieuses  rapportées  par 
l'abbé  Montgaillard.  On  trouve  des  détails  bien  plus  curieux 
dans  l'article  de  la  Biographie  universelle,  avec  laquelle  celle-ci 


(1)  Voyez   la  Biographie  astronomique  de  Lalande  ;  Paris,    i8o3, 
pag.  537. 

(2)  Voyez    X Annuaire  du  bureau    des  longitudes,    pour  cette  année 
1828  ,  pag.  ao5. 


SCIENCES  MORALES.  777 

ne  peut  soutenir  la  concurrence.  Ou  peut  seulement  accorder 
an  Dictionnaire  que  nous  annonçons  le  mérite  d'être  plus  court 
et  de  renfermer  quelques  articles  nouveaux.  F.-a. 

3 17.  —  *  Histoire  de  France  ,  depuis  la  (in  du  règne  de 
Louis  XVI  jusqu'à  l'année  i8';.r>,  précédée  d'un  Discours,  etc. , 
par  If .  l'abbé  de  Montgaillard.  Troisième  édition,  ornée  du 
portrait  de  l'auteur,  dujae  simile  de  son  écriture.  Paris,  1828; 
Moutardier.  i5  forts  vol.  in- 18  sur  grand  raisin.  Prix  de  chaque 
volume,  3  U\  Il  en  paraît  un  tous  les  vingt  jours. 

Cette  troisième  édition  d'un  ouvrage  que  tout  le  monde  veut 
lire  est  destinée  à  obtenir  un  succès  populaire.  Elle  est  écono- 
mique, et  cependant  soignée,  sous  tous  les  rapports.  Le  pre- 
mier volume  est  en  vente,  et  la  régularité  apportée  par  l'éditeur 
dans  la  publication  des  éditions  précédentes  est  un  sûr  garant 
de  l'exactitude  avec  laquelle  il  remplira  ses  nouvelles  pro- 
messes. A. 

3 18.  —  *  Mémoires  historiques  et  anecdotes  sur  les  reines  et  ré- 
gentes, par  Dreux  du  Radier;  continués  jusqu'aujourd'hui  par 
un  professeur  de  l' Université  de  Paris.  Paris,  1827;  Roret.  6  vol. 

i  in-8°  avec  figures  au  trait  et  nombreux  fac  simile];  prix,  36  fr. 

Les  mémoires  historiques  ont  aujourd'hui  le  privilège  de 
captiver  l'attention  et  la  curiosité  publiques.  Quelle  que  soit 
l'époque  à  laquelle  ils  appartiennent,  on  les  recherche  avec 
empressement;  on  les  relit  avec  un  vif  intérêt.  Il  faut  avouer 
que  ce  n'est  pas  sans  raison.  Peu  de  lectures  offrent  en  général 
plus  de  variété,  d'agrément,  et  même  de  véritable  instruction. 
Sans  avoir  la  gravité  et  l'importance  de  l'histoire,  proprement 
dite,  ils  l'emportent  souvent  sur  elle  par  la  peinture  animée 
des  hommes  et  des  choses.  C'est  là  qu'on  voit  à  nu  les  passions 
des  personnages ,  le  secret  des  affaires,  la  marche  des  négocia- 
tions dont  on  ne  trouve  ailleurs  que  les  résultats.  C'est  en  quel- 
que sorte  une  scène  dramatique  qui  expose  successivement  à 
nos  regards  les  intrigues,  les  grands  événemeus,  les  tableaux 
piquans  de  mœurs  ,  les  révolutions  politiques,  les  anecdotes  sur 
les  hommes  célèbres ,  en  un  mot ,  les  détails  de  la  vie  intérieure 
et  ceux  de  la  vie  publique.  Sous  tous  ces  rapports,  les  Blé- 
moires  historiques  sur  les  reines  et  régentes  de  France  ,  depuis 
l'origine  de  la  monarchie  jusqu'à  nos  jours,  sont  de  nature  à 
vivement  intéresser  tous  les  lecteurs. 

Rejetant  toutes  ces  traditions  vulgaires  d'éloge  on  de  calom- 
nie qui  remplissent  les  compilations,  Dreux  du  Radier  a  puisé 
avec  discernement  dans  les  vieilles  chroniques  et  dans  les  ma- 
nuscrits originaux.  Tous  ses  récits  portent  l'empreinte  de  la 
bonne  foi  et  de  l'instruction ,  et  son  ouvrage  est  comme  une 


;;8  LIVRES  FRANÇAIS. 

immense  galerie  de  portraits  où  paraissent  successivement  toutes 
les  femmes  qui,  comme  reines  ou  favorites  de  nos  rois,  ont 
joué  un  rôle  dans  notre  ancienne  monarchie  et  laissé  des  sou- 
venirs aimables  ou  imposans.  Qui  ne  sera  curieux  de  connaître 
avec  tous  ses  détails  l'histoire  A' Agnès  Sorel ,  de  la  belle  com- 
tesse de  Chateaubriand ,  de  Marie  Stuart ,  épouse  de  Fran- 
çois II ,  de  Marie  de  Médicis ,  femme  de  Henri  IV,  de  l'aimable 
Gabriclle  d'Estrées  ,  delà  sensible  La  Vallière,  de  Marie  Lec- 
zinsha  ,  femme  de  Louis  XV,  et  de  l'infortunée  Marie  -  Antoi- 
nette. On  sent  tout  l'intérêt  dont  ces  divers  sujets  sont  suscep- 
tibles. Un  avantage  précieux  distingue  la  nouvelle  édition,  elle 
offre  un  ouvrage  complet.  Les  Mémoires  historiques  ont  été 
continués  jusqu'à  nos  jours  par  un  professeur  de  l'Académie  de 
Paris.  Cette  partie  est  faite  d'une  manière  judicieuse,  semée 
d'anecdotes  intéressantes,  écrite  avec  autant  de  goût  que  d'é- 
légance. Z. 

319.  — *  Lettres  historiques  et  politiques  sur  le  Portugal,  par 
Joseph  Pecchio  ,  continuées  par  un  ancien  magistrat  portugais , 
publiées  par  M.  Léonard  Gallois  ,  et  augmentées  d'un  Coup 
d 'œil militaire  sur  le  Portugal  par  M.  le  général  Pelet.  Paris, 
1827;  Gh.  Béchet.  In-8°  de  376  pages;  prix,  6  fr. 

Jamais  époque  n'aura  été  plus  féconde  en  matériaux  pour 
écrire  l'histoire  que  celle  où  nous  vivons  ;  les  mémoires  et 
les  documens  de  toute  espèce  dérouleront  sans  peine  les  évé- 
nemens  dont  nous  avons  été  témoins,  aux  yeux  des  géné- 
rations qui  suivront  la  nôtre.  De  nouvelles  lettres  historiques 
viennent  d'être  publiées  par  M.  L.  Gallois;  elles  traitent  des 
révolutions  qui  ont  eu  lieu  récemment  dans  la  péninsule  ibé- 
rique, et  qui  peut-être  n'ont  pas  encore  atteint  leur  terme. 
Ces  lettres  ont  l'avantage  d'avoir  été  écrites  sur  les  lieux 
mêmes ,  et  de  renfermer  une  sorte  de  journal  des  faits  qui 
se  sont  passés  en  présence  de  ceux  qui  les  racontent.  L'ou- 
vrage que  nous  annonçons  se  divise  naturellement  en  trois 
parties.  La  première  comprend  la  correspondance  de  M.  Pec- 
chio ,  commencée  en  février  1822,  à  l'époque  où  le  Por- 
tugal ,  imitant  l'exemple  que  venait  de  donner  l'Espagne , 
avait  voulu  se  régénérer,  et  reconquérir  ses  anciennes  cortès, 
et  ses  antiques  franchises  nationales.  Rentré  lui-même  dans 
ce  pays  depuis  son  affranchissement ,  l'auteur  décrit  l'état 
social  du  Portugal  ;  il  nous  transporte  au  sein  de  l'assemblée 
des  cortès  de  Lisbonne  ,  et  fait  un  portrait  remarquable  de 
Thomas  Fernandczy  le  père  de  la  révolution  portugaise.  Cette 
courte  correspondance  cesse  au  moment  où  des  lermens  de 
trouble  se  manifestent  dans  l'Espagne  et  dans   le  Portugal, 


SCIENCES  MORALES.  77g 

et  ici  commence  la  seconde  partie,  écrite  par  M.  T....,  ancien 
magistral  portugais.  Il  jette  d'abord  un  coup  d'oeil  sur  la 
politique  européenne  à  l'égard  de  l'Espagne;  puis,  rend  compte, 
avec  des  détails  appuyés  de  pièces  justificatives]  de  la  rup- 
ture entre  le  Brésil  cf.  le  Portugal.  Bientôt ,  les  nouvelles 
d'Espagne,  et  les  exploits  de  l'armée  de  la  foi,  l'invasion 
des  troupes  françaises  et  les  événemens  de  la  rapide  cam- 
pagne de  l8a3 ,  la  révolte  armée  du  comte  d'Amarante  et 
les  mouvemens  insurrectionnels  du  Portugal  remplissent  suc- 
cessivement ses  pages.  Des  détails  curieux  sur  tous  ces  éve- 
nemens et  sur  l'état  moral  de  la  population  de  Lisbonne  , 
pendant  qu'ils  se  passaient,  donnent  de  l'intérêt  à  ce  récit. 
Nous  voyons  ensuite  la  constitution  renversée,  la  reine  et 
l'infant  don  Miguel  conspirant  contre  le  gouvernement  établi 
par  Jean  VI,  et  au  maintien  duquel  le  roi  semblait  se  plaire. 
La  présence  des  ambassadeurs  étrangers,  la  fermeté  du  re- 
présentant du  roi  de  France,  font  avorter  ce  complot  au  mo- 
ment où  le  succès  semblait,  le  couronner.  Enfin,  l'intervention 
de  l'Angleterre  vient  rétablir  un  ordre  que  troublent  bientôt 
les  événemens  de  l'intérieur  et  des  circonstances  extérieures 
dont  l'effet  se  communique  et  réagit  sur  le  Portugal.  Cette  se- 
conde partie  nous  conduit  ainsi  jusqu'au  mois  de  mars  1827, 
où  s'arrête  la  série  des  faits  historiques.  L'éditeur  complète 
son  volume  par  un  extrait  de  Mémoires  sur  les  campagnes  de 
1810  et  181 1  en  Portugal,  dans  lesquels  le  général  Pelet,  alors 
attaché  à  l'état-major  du  maréchal  Masséna ,  examine  le  pays 
sous  le  point  de  vue  militaire.  La  topographie  est  naturellement 
la  première  considération  qu'embrasse  l'auteur;  il  fait  connaître 
en  détail  la  configuration  du  pays,  les  moyens  de  communica- 
tion, les  ressources,  et  les  différentes  lignes  d'opération  qu'il 
présente ,  soit  pour  l'attaque,  soit  pour  la  défense.  Suivant  lui , 
le  Portugal  offre  plus  de  chances  favorables  pour  repousser 
une  agression  ;  ses  forces  ne  lui  permettent  pas  d'entre- 
prendre seul  et  sans  de  puissans  alliés  aucun  acte  d'hosti- 
lité ,  et  les  accidens  de  terrain  bien  déterminés  qui  s'y  re- 
produisent à  chaque  pas  ,  lui  donnent  au  contraire  des  moyens 
redoutables  de  résistance.  Tels  sont  la  distribution  et  le  plan 
sommaire  de  l'ouvrage  publié  par  M.  Gallois;  on  y  recueille 
des  renseignemens  curieux  sur  les  troubles  qui  ont  agité  et 
qui  agitent  encore  cette  partie  de  l'Europe.         L.  Dh. 

3îo.  —  Lettre  de  saint  Vincent  de  Paul  au  cardinal  de  La 
Rochefoucauld ,  sur  l'état  de  dépravation  de  l'abbaye  de  Long- 
cfaamps;  en  latin,  avec  la  traduction  française  et  des  notes, 
par  J.  L.  Paris,  1827  ;  Éverat.  Iu-8°  de  2  3  pages, 


780  LIVRES  FRANÇAIS. 

«L'abbaye  de  Longchamps,  fondée  en  1260  par  la  bienheu- 
reuse Isabelle  de  France,  sœur  de  saint  Louis,  ne  conserva 
guère  plus  d'un  siècle  sa  ferveur  primitive.  Les  grands  biens 
dont  elle  avait  été  dotée  furent  la  cause  de  son  relâchement. 
Elle  a  servi  autant  qu'aucune  autre  communauté  religieuse 
à  justifier  la  maxime  d'un  chartreux  :  La  piété  a  enfanté  les 
richesses,  et  les  filles  ont  étouffé  la  mère.  Dès  la  fin  du  qua- 
torzième siècle,  elle  se  livra  à  la  plus  infâme  corruption.  Alors 
même  on  tenta  d'y  introduire  la  réforme,  mais  inutilement. 
On  ne  fut  pas  plus  heureux  dans  d'autres  circonstances.  Vers 
le  milieu  du  dix-septième  siècle,  saint  Vincent  de  Paul  fut 
chargé  par  la  congrégation  des  réguliers,  au  nom  du  pape, 
d'informer  sur  les  mœurs  de  la  plupart  des  filles  qui  l'ha- 
bitaient. C'est  le  procès- verbal  de  cette  information ,  adressé 
au  cardinal  de  La  Rochefoucauld,  en  forme  de  lettre,  que 
l'on  vient  de  publier  en  latin ,  avec  la  traduction  française 
en  regard.  Il  est  utile  de  nous  convaincre  que  ce  bon  vieux 
tems  que  l'on  regrette  si  vivement ,  ne  valait  pas  ,  à  beau- 
coup près,  le  tems  où  nous  vivons.  »  Et  qui  oserait  récuser 
le  témoignage  du  vertueux  supérieur  de  la  congrégation  de 
la  mission  ?  et. 

Littérature. 


32 1.  —  *  J perçu  sur  les  hiéroglyphes  d'Egypte  et  sur  les  pro- 
grès faits  jusqu'à  présent  dans  leur déchiffrement ,  par  M.  Brown, 
traduit  de  l'anglais ,  avec  une  planche  représentant  les  alphabets 
égyptiens.  Paris,  1827;  Ponthicu.  In-8°  de  84  pages;  prix,  4fr. 
5o  c. 

Cet  écrit  n'est  point  destiné  à  répandre  de  nouvelles  lumières 
sur  les  hiéroglyphes;  mais  il  a  pour  but,  ce  qui  n'est  pas  moins 
important,  de  constater  les  progrès  faitsjusqu'à  ce  jour  dans  cette 
étude.  Il  est  destiné  aux  personnes  qui,  sans  se  livrer  spécialement 
à  ce  genre  de  travaux,  sont  cependant  curieuses  d'en  connaître 
les  résultats.  Dans  ce  dessein,  M.  Brown  s'est  proposé  de  faire  une 
exposition  impartiale  de  tous  les  efforts  tentés  pour  expliquer  les 
anciens  caractères  sacrés  des  Égyptiens.  Il  en  commence  l'histoire 
à  la  découverte  de  l'inscription  de  Rosette,  et  fait  successivement 
connaître  les  observations  curieuses  qu'elle  a  suggérées  à  MM.  de 
Sacy,  Acherblad ,  Young ,  Champollion  jeune  ,  Spohn  et  son  édi- 
teur, M.  Seyffarth.  D'accord  avec  les  personnes  qui  ont  étudié 
ce  monument  et  les  travaux  auxquels  il  a  donné  lieu,  il  ne 
craint  pas  de  déclarer  que  M. Seyffarth  n'est  pas  dans  la  route  qui 
peut  mener  à  des  découvertes,  et  que  ses  interprétations  des 
textes  hiéroglyphiques  ne  sontplausibles  qu'autant  qu'elles  sont 


LITTÉRATURE.  781 

empruntées  à  M.  Champollion.  Od  s'attend  bien  que,  dans  un 
péril  de  ce  genre,  spécialement  consacré  à  l'histoire  de  cette 

science   nom  elle,  la  question  de  priorité  entre  MM.     Young  et 

ChampoUion  jeune  a  du  être  examinée.  L'auteur  est  Anglais,  et 

quelques  personnes  pourront  croire  que  la  partialité  nationale 
a  dicté  son  jugement;  mais  il  nous  semble  que  si,  d'un  côté, 
il  attribue  à  M.  Young  l'idée  première  de  la  recherche  d'un 
alphabet  phonétique ,  il  sait,  de  L'autre,  rendre  \\\\a  éclatante 
justice  aux  belles  découvertes  qu'y  a  ajoutées  M.  Champollion. 

n. 

322.  —  *  O'Ncill,  ou  le  Rebelle,  poème  de  L.  Litton  Bul- 
wer,  traduit  de  l'anglais, par  MUc  Harriet'PRY.m.T..  Paris,  1828; 
Delà  fores  l.  In- 12  de  xxv  et  160,  pages;  prix,  3  fr.  5o  c. 

Ce  poème,  dont  la  Revue  Encyclopédique  a  rendu  compte 
dans  un  article  de  la  section  des  Analyses  (voy.  t.  xxxvn, 
p.  101),  appartient  au  genre  épique-méditatif  que  le  génie  de 
Byron  a  mis  en  vogue.  Dans  ce  genre,  les  faits  apparaissent 
comme  voilés  au  milieu  d'un  brouillard  de  rêveries  mélanco- 
liques Nous  ne  pouvons  souscrire  à  la  préférence  que  l'auteur 
de  l'article  lui  accorde  sur  le  genre  épique  proprement  dit. 
Nous  pensons  que  le  récit  des  événemens,  quand  l'action  est 
intéressante  et  dramatiquement  développée,  loin  d'exciter  une 
'  vaine  curiosité  qui,  une  fois  satisfaite,  ne  laisse  rien  après  elle , 
se  grave,  au  contraire,  en  traits  de  feu  dans  l'esprit  du  lec- 
teur et  l'invite  sans  cesse  à  renouveler  ses  premières  émotions. 
Nous  pensons  que  Yanalyse  des  sentimens ,  quelque  ingénieuse 
qu'elle  puisse  être,  ne  vaut  pas  la  peinture  des  sentimens, 
amenée  par  le  récit,  comme  chez  les  grands  maîtres,  qui  ont 
mieux  aimé  faire  rêver  le  lecteur  que  de  rêver  eux-mêmes. 
Aces  restrictions  près,  nous  n'hésitons  pas  à  reconnaître  le 
grand  mérite  de  ce  poëme,  aussi  remarquable  par  la  profon- 
deur des  pensées  que  par  la  chaleur  et  l'éclat  des  descriptions. 
Nous  ajouterons  que  la  traduction  de  Mlle  Preble  reproduit  de 
la  manière  la  plus  heureuse  les  beautés  de  l'original.  Un  pareil 
travail  prouve  chez  l'écrivain  une  connaissance  approfondie  du 
génie  et  des  ressources  de  l'une  et  de  l'autre  langue.  Nous  citerons 
avec  plaisir  le  passage  suivant  où  la  grâce  de  l'expression  fait 
si  bien  ressortir  la  vérité  et  la  délicatesse  de  la  pensée.  «  La 
demande  de  Marlow  (le  rival  du  Rebelle)  était  chaque  jour 
mieux  accueillie,  et  sévère  par  affection,  Ullin  forçait  l'oreille 
inattentive  de  sa  fille  à  entendre  plaider  une  cause  détestée. 
Qui  n'a  senti  ce  despotisme  du  cœur,  qui  révolte  lorsqu'il  est 
violent,  et  qui  subjugue  lorsqu'il  est  tendre?  Son  pouvoir  est 
lent,  mais  sûr.  Notre  ame  déploie  contre  lui  toute  son  énergie; 
-  mais  il  parvient  enfin  à  son  but.  Qui  peut  résister  long-tems , 


78i  LIVRES  FRANÇAIS. 

quand  les  êtres  qui  prient  sont  ceux  pour  le  bonheur  desquels 
on  voudrait  tout  faire  en  ce  monde?  On  peut  se  défendre 
contre  des  mots;  comment  répondre  au  silence  triste  et  au  re- 
gard qui  implore?  Comment  se  défendre  contre  un  accent 
plein  de  tendresse  qui  dévoile  le  désir  et  révèle  la  pensée? 
contre  le  ton  faible  et  doux  qui  ôte  chaque  jour  au  cœur  une 
partie  de  sa  force?  Quand  la  douleur  causée  par  le  refus  ne 
s'exhale  pas  en  reproches,  qui  peut  refuser  encore?»  Il  est 
difiieile  de  manier  la  langue  française  avec  plus  de  facilité  et 
de  charme.  A  peine  dans  cet  écrit  d'une  étrangère  avons-nous 
découvert  deux  légères  taches,  que  nous  croyons  devoir  signa- 
ler à  l'auteur.  Nous  lisons,  p.  i3  :  «Le  malheur  seul  peut  faire 
trouver  un  sauvage  délice  aux  sombres  actions  qui  demandent 
le  secret  de  la  nuit.  »  Le  mot  délice  ne  s'emploie  avec  élégance 
qu'au  pluriel.  Plus  loin,  nous  trouvons,  (p.  83  ):  «Jamais  le 
vieillard  conteur,  assis  auprès  de  son  foyer,  n'a  fait  sur  les 
chevaliers  des  anciens  jours  des  récits  plus  merveilleux  que 
ceux  répétés  par  des  lèvres  tremblantes  sur  les  actions  hardies 
du  terrible  O'Neill.  »  Rien  de  plus  inélégant  que  cette  union 
du  pronom  ceux  avec  un  participe  ou  un  adjectif;  c'est  une 
véritable  faute  tout  au  plus  tolérable  dans  le  style  administratif, 
où  elle  est  devenue  fréquente  :  un  si  petit  nombre  de  critiques 
est  à  nos  yeux  un  grand  éloge  du  style  de  Mlle  Preble.  Sa  tra- 
duction du  Rebelle  est  précédée  d'un  Précis  historique  sur  l'Ir- 
lande, qui  honore  à  la  fois  le  talent  de  l'écrivain,  son  impartiale 
justice  et  sa  sensibilité.  Ch. 

323.  —  *  Berthe  et  Robert,  poème  en  quatre  chants,  par 
Edouard  d: 'Anglemont.  Paris,  1827;  l'éditeur,  place  de  l'École- 
de-Médecine,  n°  1.  I11-80  de  86  pages;  prix,  2  fr.  5o  c. 

L'excommunication  de  Robert  et  de  Berthe  a  paru  à  quel- 
ques auteurs  un  sujet  digne  d'exercer  leur  plume;  Mar- 
changy,  dans  sa  Gaule  poétique,  l'avait  recommandé  aux  jeunes 
poêles;  et  M.  d' Anglemont  n'a  pas  manqué  de  citer,  dans  ses 
notes,  quelques  passages  de  cet  écrivain;  mais  nous  aurions 
désiré  qu'il  mît  dans  sa  composition  un  peu  plus  de  l'imagina- 
tion et  de  la  couleur  antique  de  son  modèle. 

Quel  que  soit  le  mérite  d'exécution  de  Berthe  et  Robert ,  l'in- 
vention nous  a  paru  forcée  et  de  peu  d'effet  :  Berthe,  frappée 
de  terreur,  abandonne  d'abord  son  époux,  qui  la  cherche  long- 
tems  en  vain ,  et  finit  par  la  trouver  aux  pieds  d'un  saint 
ermite.  Cet  ermite  est  Charles  de  Lorraine,  celui  que  Hugues 
Capet  avait  privé  du  trône,  qu'il  retint  en  prison  jusqu'à  sa 
mort,  arrivée  en  992,  six  ou  sept  ans  avant  l'excommunication 
de  Robert;  et  c'est  ce  prince  ainsi  ressuscité,  qui  cherche  à 


LITTÉRATURE.  ?83 

consoler  lé  fils  et  la  bru  de  son  ennemi;  qui  leur  parle  d'une 
excommunication  qu'il  a  subie (i),  et  leur  promet  d'intercéder 

pour  eux  auprès  dtl  p&p6j  et  qui,  tué  dans   les    Apennins,  ne 

peut  tenir  sa  promesse,  de  sorte  que  Berlhe  et  Robert  qui 

Comptaient  sur  lui,  sont  forcés  de  céder  à  l'analhèine,  et  de  se 
séparer.  Les  suites  de  l'excommunication  nous  font  frémir  dans 
l'histoire.  L'auteur  n'a  point  su  conserver  la  simplicité  et  la 
profonde  (erreur  du  récit  qu'elle  nous  a  transmis.  On  peut  si- 
gnaler plusieurs  négligences  de  style  dans  le  travail  de  M.  d'An- 
glemont,  et  d'abord  l'impropriété  trop  fréquente  des  termes. 
Il  dit,  par  exemple,  «  les  ciseaux  dispersent  ma  longue  cheve- 
lure en  débris  »  (pag.  4^);  «  le  vieillard  se  sent  rajeunir,  lors- 
qu'il raconte  les  éclairs  de  sa  vie»  (pag.  /j6),  etc.;  ensuite  une 
coupe  de  vers  trop  souvent  dure  et  boiteuse: 

Je  me  dépouille,  et  prends  un  vêtement  de  hure, 
Noir,  semblable  à  l'habit,  etc.  (  pag.  4^.) 

D'ailleurs  le  ton  perpétuellement  noble  de  son  poème  ne  lui 
permet  jamais  de  dire  les  choses  simplement,  et  il  perd  ainsi 
tout  l'effet  que  peut  produire  l'horrible  vérité  de  l'histoire.  En 
voici  un  exemple  : 

L'être  fragile  encor ,  qui  porte  en  son  berceau 
Du  crime  originel  l'inévitahle  sceau  , 
Réclame  vainement  cette  onde  salutaire 
Qui  seule  ouvre  le  ciel  aux  ^nfans  de  la  terre  : 
Celui  qui  du  remords  veut  être  délié 
N'apporte  plus  sou  cœur  contrit ,  humilié, 
Au  tribunal ,  etc. 

Voilà  sans  doute  des  vers  bien  faits;  mais  ne  sent-on  pas  bien- 
tôt qu'il  n'y  a  là  qu'une  amplification  poétique ,  au  lieu  de  cette 
désolation  vivement  représentée  dans  nos  moindres  historiens? 
Enfin,  et  ce  défaut  mérite  d'autant  plus  d'être  relevé  qu'il 
devient  commun  à  nos  poètes,  nous  reprocherons  à  M.  d'An- 
glemont  le  mélange  subit  et  non  préparé  du  dialogue  et  de  la 
narration.  M.  de  Lamartine,  dans  le  Citant  du  Sacre;  M..  An- 
celot ,  dans  Marie  de  Brabant,  avaient  déjà  offert  assez  mal- 


(i>  L'histoire  ne  parle  pas  de  cette  excommunication  de  Charles. 
M.  d'Anglemont  aurait-il  confondu  ce  duc  de  Lorraine  avec  le  roi  de 
Lorraine,  Lothaire,  petit- fils  de  Louis-le-Débonnaire,  qui  fut  excom- 
munié et  obligé  d'aller  h  Rome  ,  pour  n'avoir  pas  répudié  sa  concu- 
bine Waldrade? 


784  LIVRES  FRANÇAIS. 

heureusement  l'un  et  l'autre  cette  confusion  que  réprouve  le 
bon  goût.  Il  faut  remarquer  que  ce  vice  est,  comme  tant 
d'autres,  l'abus  d'une  chose  bonne  en  elle-même.  Longin  avait 
remarqué,  dans  son  Traité  du  sublime ,  combien  le  passage 
inattendu  de  l'action  au  dialogue  d'une  personne  à  une  autre 
pouvait  produire  d'effet.  Mais  l'emploi  doit  en  être  rare,  et  en- 
core faut-il  que  tout  soit  préparé  par  le  poëte,  de  manière  que  le 
lecteur  ne  trouve  rien  d'obscur,  de  heurté,  de  disparate.  Nos 
jeunes  écrivains,  en  négligeant  ce  principe  et  l'étude  des  mo- 
dèles, ont  misa  la  mode  ce  style  haché  et  incohérent,  où  les 
plus  grands  moyens  oratoires  et  poétiques  sont  prodigués  sans 
effet,  par  la  double  raison  qu'ils  sont  trop  communs,  et  hors 
de  leur  place. 

Si  j'ai  tant  insisté  sur  ces  divers  défauts  ,•  c'est  que  l'ouvrage 
de  M.  d'Anglemont  porte  l'empreinte  d'un  talent  remarquable, 
mais  qui  a  besoin  de  mûrir  encore.  Ici  il  faut  répéter  les  con- 
seils déjà  si  souvent  adressés  à  nos  jeunes  poètes;  il  faut  leur 
rappeler  encore  que  les  sujets  nationaux  offrent  à  la  poésie  des 
ressources  inépuisables  dont  ils  cherchent  avec  raison  à  pro- 
fiter; mais  qu'avant  d'écrire,  il  faut  étudiera  fond  l'histoire  à 
laquelle  on  veut  emprunter  un  sujet;  qu'il  faut  disposer  les 
diverses  parties  de  ce  sujet  dans  un  ordre  toujours  simple  et 
naturel;  enfin,  que  le  style  est  la  partie  difficile  de  la  compo- 
sition, et  qu'on  ne  fait  pas  du  pathétique  avec  des  figures  de 
rhétorique  ou  des  points  d'exclamation ,  des  rélicences  et  des 
apostrophes.  B.  J. 

324.  —  *  Élégies  et  poésies  de  Mme  Victoire  B  abois.  Troisième 
édition.  Paris,  1828;  Nepveu.  2  vol.  in-18,  grand-raisin,  ornés 
de  gravures;  prix,  10  fr. 

Ce  recueil  se  compose,  i<>  d' Elégies  sur divers  sujets  ;  20  iï  Elé- 
gies nationales',  3°  Ù  Élégies  maternelles  ;  4°  d' £ pitres  et  d'au- 
tres Poésies;  5°  de  quelques  Opuscules  en  prose;  6°  de  Lettres 
adressées  à  Mme  Babois  par  Ducis.  De  ces  six  parties,  la  2% 
la  5e  et  la  6e  étaient  restées  jusqu'à  présent  inédites;  la  ire  et 
la  4e  contiennent  un  assez  grand  nombre  de  poésies  inédites, 
et  la  3e  est  reproduite  telle  qu'elle  a  paru  dans  les  deux  pre- 
mières éditions,  en  i8o5  et  1810. 

Les  Élégies  maternelles  ont  commencé  la  réputation  de  l'au- 
teur; lorsqu'elles  furent  publiées  pour  la  première  fois,  elles 
obtinrent  les  suffrages  de§  gens  de  goût,  suffrages  que  vinrent 
confirmer  ceux  de  Ducis,  Lebrun,  Fontanes ,  Chénier,  et  de 
quelques  autres  littérateurs  aussi  célèbres.  Le  premier,  qui  se 
lia  d'une  amitié  étroite  avec  Mme  Babois,  la  surnomma  la 
Sapho  des  mères;  et  le  dernier,  dans  son  Tableau  de  la  littéra- 


U  iTi.il  \Ti  RE.  -ftfi 

luw  française f  lit  ainsi  t*éloge  de  l'auteur  et  de  IViivi  agê  :      #,,- 

Mvlr  des  élégies  que  M""'  Babois  s  publiées  sur  In  mort  < 
tille  est  constamment  pur,  la  versification  en  est  d'une  doueeur 
exquise;  celle  poésie  vient  du  cœur,  et  du  cœur  d'une  mère. 

Ce  >oiil  des  chftDtS  de  douleur,  un  ûbjel  adore  les  remplit; 
lOUtes  les  idées  sont  de  tendres  souvenirs,  et  tous  les  vers 
sont  des  larmes.  'Tout  nu  contraire  de  tant  dépens  qui  pensent 
êlïe  poètes,  sans  avoir  reçu  Y  influence  secrète,  AI""'  Babûtà  est  de- 
venue poète  sans  y  penser;  on  lira  avec  plaisir  (tom.  irr,  p.  i->>5) 
une  lettre  dans  laquelle  elle  raconte,  avec  autant  de  modestie 
que  de  simplicité,  comment  clic  fut  avertie  de  son  talent.  La 
douleur 


Si  pointant  la  douleur  doit  s'exprimer  li  bien, 

fut  sa  première  muse,  et  tourna  ce  talent  vers  l'élégie.  L'auteur 
repond  en  même  tems,  dans  cette  lettre,  à  l'objection  que  ren- 
ferme le  vers  que  nous  venons  de  citer,  après  un  des  premiers 
critiques  qui  rendirent  compte  de  ses  poésies.  Quinze  années 
s'écoulèrent  entre  la  mort  de  sa  (ille  et  la  première  élégie  que 
lui  inspira  cette  perte.  «  Quand  une  douleur  telle  que  celle  dont 
j'étais  la  proie,  dit-elle,  cesse  d'être  un  tourment  intolérable, 
elle  devient  une  occupation  chère;  c'est  du  moins  ce  que  j'é- 
prouvai. Vivre  de  mes  souvenirs,  nourrir  mes  regrets,  leur 
consacrer  tout  ce  que  je  pouvais  leur  sauver  de  mon  tems,  faire 
de  cette  habitude  douloureuse  mon  unique  bien,  et  le  dernier 
charme  de  ma  vie,  fut  alors  touie  mon  étude.  »  Tous  ceux  qui 
ont  réfléchi  sur  la  nature  du  talent  qu'il  faut  au  poète  senti- 
ront la  justesse  de  ce  raisonnement;  ce  n'est  pas  toujours  en 
présence  de  l'événement,  c'est  bien  plus  souvent  en  se  repliant 
sur  soi-même,  et  en  joignant  la  mémoire  du  cœur  à  celle  de 
l'esprit,  qu'on  parvient  à  peindre  avec  vérité  des  scènes  dont 
on  a  été  fortement  ému,  surtout  lorsqu'on  y  a  pris  une  part 
active.  C'est  là,  nous  le  croyons,  tout  le  secret  de  la  poésie. 

Boilea-u,  dans  son  Art  poétique,  n' a  parlé  que  de  i'élégie  fu- 
néraire et  de  l'élégie  amoureuse.  Mme  Babois,  avec  les  auteurs 
modernes,  donnant  à  ce  genre  toute  l'extension  dont  il  est 
susceptible,  en  a  fait  l'âme  de  tous  ses  chants.  Son  premier 
livre  contient  des  élégies  sur  divers  sujets;  nous  citerons  prin- 
cipalement la  Mort  du  rossignol,  qui  est  une  élégie  philoso- 
phique; l'Absence  et  Zélis,  qui  sont  de  véritables  élégies 
amoureuses;  rnGn,  l'Intimité,  où  ce  même  sentiment,  ce  même 
besoin  des  âmes  tendres ,  joint  à  plus  de  délicatesse  encore, 
t.  xxxvn. —  Mars  1828.  5o 


7 86  LIVRES  FRANÇAIS, 

s'adresse  à  l'amitié  (1).  Ses  épîtres  même,  qui  forment  son 
4e  livre,  sont  encore  des  élégies,  et  l'on  y  retrouve  toute  la 
mélancolie  et  toute  la  résignation  du  malheur.  Quant  aux  élé- 
gies nationales,  elles  n'ont  pas  toute  l'énergie  et  toute  la  conci- 
sion désirables.  Mme  Babois,  dit  son  éditeur,  était  restée  plus 
de  vingt-cinq  ans  sans  s'occuper  d'objets  politiques;  le  bruit  de 
tant  d'événemens,  qui  ont  changé  la  face  du  monde,  n'était 
parvenu  jusqu'à  elle  que  comme  Un  son  lointain,  affaibli  par  I4 
distance,  et  qui  troublait  à  peine  sa  solitude.  L'époque  de  la 
seconde  invasion,  la  présence  des  étrangers  au  sein  même  de 
la  retraite  où  elle  s'était  réfugiée,  l'humiliation  des  armes  fran- 
çaises, et  surtout  l'enlèvement  des  chefs-d'œuvre  qui  enrichis- 
saient le  musée,  lui  arrachèrent,  pour  les  malheurs  publics, 
des  plaintes  et  des  regrets  qu'elle  avait  gardés  jusques-là  pour 
ses  propres  douleurs,  et  lui  inspirèrent  quelques  vers,  parmi 
lesquels  nous  citerons  ces  deux-ci,  qu'elle  applique  au  cabinet 
anglais  de  181 5  : 

C'est  avec  les  profits  du  crime 
Qu'il  veut  l'honneur  de  la  vertu. 

Mais  elle-même  déclare  qu'elle  se  serait  défendue  de  céder  à 
exprimer  ses  sentimens  en  cette  occasion ,  si  elle  avait  connu 
les  chants  de  M.  Casimir  Delavîgne  sur  le  même  sujet. 

Il  nous  reste  pei\  de  place  pour  parler  du  2e  volume.  Nous 
passerons  donc  légèrement  sur  les  poésies  diverses  de  l'auteur, 
dont  quelques  unes  n'ont  jamais  pu  avoir  que  le  mérite  de  la 
circonstance,  et  par  cela  même  n'auraient  pas  dû  être  repro- 
duites ici.  Nous  en  signalerons  d'autres  à  l'attention  des  lecteurs, 
et  principalement  la  pièce  qui  a  pour  titre  :  Aimer  pour  aimer, 
celle  qui  est  intitulée  Emma;  enfin  le  distique  suivant ,  pour 
le  portrait  d'un  enfant  : 

On  me  prend  pour  l'Amour  ;  comme  lui  ,  je  sais  plaire  ; 
J'ai  sa  grâce,  ses  yeux ,  son  sourire  et  sa  mère. 

Nous  leur  recommandons  également  les  deux  dernières  parties 
de  l'ouvrage,  qui  renferment  les  opuscules  en  prose  de  l'auteur, 
et  les  lettres  de  Ducis,  dans  lesquelles  se  révèle  une  àme  en- 
core plus  élevée  que  son  talent.  Tout  ce  que  dit  Mme  Babois, 
en  répondant  à  sa  cousine,  qui  lui  avait  demandé  pourquoi 


(1)  Cette  pièce  pleine  de  grâce  et  de  fraîcheur  a  été  écrite  en  i8a5, 
et  Mme  Babois,  dans  une  note  de  son  second  volume  ,  nous  apprend 
qu'elle  est  aujourd'hui  dans  sa  soixante-sixième  année. 


LITTÉRATURE^  787 

1  On  rencontre  dans  le  monde  tant  d'amans  et  si  peu  d'amour, 
la  manière  dont  clic  définit  ce  sentiment,  et  toutes  les  nuances 
qu'il  prend  selon  le  caractère  et  les  individus,  cette  expression 
si  heureusement  trouvée,  que  «  l'histoire  des  âmes  tendres  est 
un  roman  pour  toutes  les  autres;»  tout  cela  est  marque  au  coin 
de  ce  tact  et  de  cette  délicatesse  qu'on  ne  trouve  guère  à  un  si 
haut  degré  que  chez  les  personnes  de  son  sexe.  Mais  jusqu'ici 
nous  n'avions  vu,  sous  la  figure  du  poëte,  que  la  femme,  la 
mère  et  l'amie;  dans  les  lettres  sur  une  critique  des  ouvrages 
fie  M.  Ducis,  nous  voyons  encore  l'excellent  juge  en  matière 
de  poésie  et  de  littérature.  M,no  Babois,  en  prenant  la  défense 
de  l'auteur  d' Abufor  contre  une  attaque  injuste  et  irréfléchie, 
a  fait  preuve  de  goût  et  de  raison,  plus  encore  que  de  son 
amitié  pour  ce  poète  célèbre;  et  cette  réponse  à  un  jeune 
aristarque  est  si  noble,  si  modelée,  remplie  de  si  bons  con- 
seils, qu'on  voudrait  presque,  au  prix  de  la  faute,  l'avoir  pro- 
voquée et  pouvoir  répéter  avec  son  auteur  :  «  Si  la  critique  est 
juste  et  pleine  d'égards,  on  lui  doit  des  remercîmens  et  de  la 
déférence.  » 

N'oublions  pas  de  dire  que  de  charmantes  gravures,  rendues 
par  l'habile  burin  de  MM.  Corbnuld ,  Pauquet  et  Pourvoyeur  ; 
d'après  les  dessins  de  M.  Casimir  Karpff,  élève  de  David  et 
ami  de  M,ne  Babois.  qui  lui  a  consacré  plusieurs  de  ses  chants, 
«•«joutent  à  ce  recueil  un  prix  dont  il  n'avait  pas  besoin  aux 
yeux  des  amateurs  d'une  poésie  douce  et  sentie,  mais  qui,  avec 
l'exécution  typographique,  témoignent  du  goût  de  M.  Nepveu 
et  de  ses  sons  déjà  bien  connus  pour  tous  les  ouvrages  qui 
sortent  de  son  fonds.  E.  Héreau. 

3a5.  —  *  Poésies  de  madame  Évelines  Désormery,  recueil- 
lies'et  publiées  par  N.  Dclanglc.  Paris,  1828;  Delangle  frères. 
In-12  de  vi  et  i/»2  pages;  prix,  3  fr. 

Ce  petit  volume,  imprimé  avec  goût,  contient  des  élégies, 
des'  hellénides ,  c'est-à  dire  ,  des  poésies  sur  la  Grèce,  et  des 
poésies  diverses.  Les  élégies  de  Mme  Désormery  offrent  un  heu- 
reux mélange  de  sensibilité,  de  grâce  et  d'harmonie,  souvent 
relevé  par  les  accens  d'une  douleur  amère  et  énergique.  Les 
vers  suivans,  extraits  de  l'élégie  intitulée  le  Génie  du  mal,  ser- 
viront de  preuve  à  ces  éloges  : 

«  A.  peine  je  retrouve  une  confuse  image 
Des  soleils  que  j'ai  vus  se  coucher  sans  orage  ; 
Et  pourtant  l'espérance  entr'ouvrait  mon  berceau  ! 
Aux  champs  de  mes  aïeux,  souple  et  frêle  roseau  , 
Près  des  lacs  toujours  purs  je  commençais  la  vie; 
Les  fleurs,  les  bois,  les  monts,  l'herbe  de  la  prairie, 

5o. 


788  LIVRES  FRANÇAIS. 

Dans  mes  songes  charmans  embellissaient  mou  sort  : 

Un  jour  je  m'éveillai,  c'était  un  jour  de  mort, 

Un  arêpe  s'étendit  sqr  toute  la  nature  ; 

Le  ciel  fut  sans  lumière  ,  et  les  prés  sans  verdure; 

Le»  échos  agrandis  tonnaient  autour  de  moi, 

Et  répétaient  entre  eux  :  Malheur  !  malheur  à  toi  ! 

Je  citerai  encore,  pour  montrer  la  flexibilité  dit  style  de 
3Minc  Désormery ,  cette  romance  qui  fait  partie  de  ses  poésies 
diverses  : 

Jadis  une  bergère 
Aima  de  tout  son  cœur. 
Elle  en  fit  un  mystère. 

Quel  malheur! 
Aurait-elle  dû  taire 
Son  ardeur? 

Un  riche  du  village 
Un  jour  la  demanda; 
Son  père  en  mariage 

L'accorda  : 
La  pauvrette  trop  sage 

Lui  céda. 

Livrée  à  la  tristesse, 
Après  un  tel  effort, 
Plus  rien  ne  l'intéresse  ; 

Et  le  sort 
Mit  fin  à  sa  détresse 

Par  la  mort. 

Souvent  dans  la  bruyère 
Revient  encor  s'asseoir 
L'ombre  de  la  bergère , 

Vers  le  soir  ; 
Elle  écrit  sur  la  pierre  : 

Plus  d'espoir  ! 

Cette  simplicité  ne  manque  pas  de  charme,  et  le  petit  tablean 
qui  termine  la  pièce  fait  naître  une  douce  rêverie.  Mine  Désor- 
mery a  été  moins  heureuse  dans  les  Hellénides  :  ses  concep- 
tions sont  restées  au  dessous  de  ce  sujet,  devenu  ingrat  par 
une  excessive  fécondité.  En  général,  le  défaut  de  plan  se  fait 
un  peu  sentir  dans  la  plupart  de  ses  compositions.  On  ne  sau- 
rait trop  le  redire  :  une  mélancolie  vague  qui  laisse  aller  ses 
plaintes  au  hasard  peut  inspirer  beaucoup  de  vers  touchans  , 
mais  donne  rarement  naissance  à  des  productions  durables. 
Dans  les  poèmes  qui  admettent  le  plus  de  désordre  apparent  , 
tels  que  l'ode  et  l'élégie,  un  plan  habile  n'est  que  plus  néces- 


LITTÉRATURE,  789 

s.uiv  pour  attacher  l'esprit  du  lecteur.  M"*  Uésprmery,  déjà 
connue  comme  prosateur  1  par  son  roman  dÎJgnès  de  Mévanie, 
possède  pour  réussir  dans  le  genre  élégiaque  ce  que  la  nature 
peut  donnet'i  le  sentiment  et  l'oreille  poétique*  mais  ces  lieu*- 
relises  dispositions  ont  besoin  d'être  fécondées  par  l'étude  et  par 
le  Iravail.  Cn. 

3a6, — *  Reuben  Aj)slcr ,  histoire  dn  tems  de  Jacques  II  ;  p#c 
Horace  Smith,  traduite  de  l'anglais  par  A.  J.  B.  D1.1  auconpiu-t. 
Paris,  18^.7;  Ch.  Cossclin,  5  vol.  in-12;  prix,  i5  fr. 

Wal  ter-Scott  a  compris  à  merveille  l'esprit  de  son  siècle;  il  a 
senti  que  ses  contemporains  étaient  fatigués  des  vieux  châteaux, 
des  spectres,  en  \m  mot,  de  toute  la  fantasmagorie  d'Anne  Rad  - 
cliffe  etc.  etc.,  et  qu'à  l'avantage  d'offrir  une  lecture  légère,  il 
fallait  joindre  celui  de  rattacher  à  des  faits  certains,  à  des  tra- 
ditions connues,  les  créations  de  l'inspiration.  Riche  d'une  vaste 
érudition  historique*  profondément  versé  dans  la  connaissance 
des  vieilles  chroniques  ,  doué  d'une  sagacité  qui  lui  permet  d'en- 
trer  dans  une  foule  de  détails,  d'observer  une  multitude  d'a- 
perçus qui  donnent  à  ses  œuvres  la  vie  et  la  vérité,  W.  Scott  a 
fait  et  a  dû  faire  école-  Jl  faut  compter  au  nombre  des  sectateurs 
de  l'honorable  baronnet, l'auteurdu  romanque  nous  annonçons, 
et  que  vient  de  traduire  l'infatigable  M.  Defauconpret.  Cet  ou- 
vrage, il  faut  bien  le  dire,  nous  a  semblé  moins  une  création 
originale  qu'une  imitation  et  une  sorte  de  contre-épreuve  des 
romans  de  W.  Scott. 

Reuben  Apsley  est  orphelin  ;  du  moins,  ses  parens,  obligés 
de  faire  un  voyage  dans  l'Inde,  n'ont  plus  reparu,  et  tout  fait 
croire  qu'ils  ont  péri  dans  une  violente  tempête;  lui  seul  con- 
serve une  sorte  de  pressentiment  que  rien  ne  motive  suffisam- 
ment et  qui  paraît  trop  indiqué  par  le  désir  de  placer  au  5e  vo- 
lume une  relation  des  malheurs  des  parens  de  Reuben,  assez 
semblables  d'ailleurs  à  l'histoire  de  Robinson  Crusoé.  Reube», 
dontle  caractère estdéveloppéd'unemanièreassez  énergique,  est 
jeté  par  les  conseils  du  frère  d'un  de  ses  amis,  dans  la  conspi- 
ration si  légèrement  entreprise  par  le  duc  de  Monmouth  contre 
Jacques  II.  Cette  situation  est  évidemment  celle  du  jeune  Mor- 
ton  dans  les  Puritains,  avec  cette  différence  pourtant  que  Nor- 
ton se  trouve  entraîné  par  les  circonstances  et  d'une  manière 
impérieuse,  tandis  que  rien  n'oblige  ici  Reuben  à  suivre  les  avis 
d'un  jeune  homme  sans  consistance,  et  personnellement  peu 
connu  de  lui.  Vaincu  à  la  bataille  de  Sedgemoor,  et  proscrit, 
il  fuit  pour  sauver  sa  tète  mise  à  prix  ,  et  c'est  au  milieu  de 
toutes  ces  circonstances  que  viennent  s'enchaîner  les  différens 
épisodes  qui  composent  le  roman  de  M.  H.  Smith.  Ce  livre  ne 


790  LIVRES  FRANÇAIS. 

manque  pas  d'intérêt;  seulement,  un  grand  nombre  des  person- 
nages cpii  y  figurent,  sont  d'anciennes  connaissances  du  lecteur, 
qui  peut  se  souvenir  de  les  avoir  vus  dans  plusieurs  ouvrages 
de  W.  Scott.  C'est  ainsi  que  l'oncle  de  Reuben  ,  Goldhingham  , 
nous  rappelle  les  honnêtes  marchands  de  la  cité  de  Loudres, 
que  l'auteur  de  Rob-Roy  s'est  plu  à  représenter;  c'est  égale- 
ment ainsi  que  nous  pouvons  nous  croire  aux  eaux  de  St.-Ro- 
nan,  quand  nous  voyons  la  société  dont  se  forme  le  voisinage 
de  campagne  du  citadin  enrichi.  Le  personnage  qui  détermiue 
Reuben  à  suivre  la  fortune  de  Monmouth  ,  Fladyer,  n'est  qu'in- 
diqué ,  et  pourtant  son  caractère  nous  a  semblé  neuf  et  digne 
d'être  développé  davantage;  il  occupe  une  trop  petite  place 
dans  le  roman ,  et  l'auteur  aurait  pu  le  faire  reparaître  avec 
succès.  C'est  un  jeune  homme  ardent,  dont  une  conspiration 
paraît  être  l'élément  naturel;  c'est  un  de  ces  esprits  bouillans 
entraînés  par  un  sentiment  vague  et  portés  à  toutes  les  entre- 
prises aventureuses.  Malheureusement,  ce  rôle  assez  original 
n'est  que  secondaire  et  seulement  esquissé.  Nous  n'adressons 
pas  à  M.  Smith  le  même  reproche  relativement  à  la  jeune  per- 
sonne qui  finit  par  épouser  son  héros,  et  dont  le  noble  et  géné- 
reux caractère  s'élève  avec  une  sorte  de  grandeur  au  milieu  des 
scènes  auxquelles  elle  prend  part.  Nous  avons  aussi  remarqué 
une  jeune  puritaine  dont  le  cœur  innocent  éprouve,  sans  le  sa- 
voir, une  vive  passion  pour  Reuben  ;  ce  caractère  est  gracieux 
et  intéressant ,  et  l'enthousiasme  religieux  de  la  jeune  fille  con- 
traste bien  avec  sa  timidité  naturelle.  M.  Smith  a  placé  avec 
assez  de  bonheur  dans  son  roman  le  personnage  horriblement 
historique  du  juge,  ou  plutôt  du  bourreau  Jeffreys.  Il  a  été 
moins  bien  inspiré  en  nous  représentant  un  jeune  seigneur  dont 
les  bonnes  qualités  disparaissent  devant  le  ridicule  outré  de  ses 
manières  et  de  son  langage,  et  auquel  peut  servir  de  digne  pen- 
dant une  jeune  fille  entremêlant  ses  discours  de  lambeaux  ar- 
rachés aux  Cyrus  et  aux  Clélie  de  mademoiselle  Scudéry,  et 
dont  la  légèreté  nous  a  semblé  également  excessive.  A  part  ces 
taches,  et  si  l'on  veut  mettre  de  côté  l'esprit  d'imitation  qui  do- 
mine trop  cet  ouvrage,  il  offre  des  situations  intéressantes,  des 
tableaux  animés  et  parfois  même  tracés  avec  vigueur.  A  tout 
prendre,  c'est  un  roman  de  la  nouvelle  école,  destiné  à  avoir  du 
succès.  L.  Dh. 

327.  — *  Le  Chancelier  et  les  Censeurs,  roman  de  mœurs,  par 
M.  de  Lamothe-Langon.  Paris,  1828  ;  Ambroise  Dupont.  5  vol. 
in-12,  formant  ensemble  xn  et  1 1 83  p.;  prix  ,  i5  IV. 

Voici  un  livre  écrit  dans  toute  la  chaleur  de  l'indignation  : 
la  censure  n'avait   pas  permis  à  l'auteur  de   mettre  dans  les 


LITTÉRATURE.  791 

journaux  la  simple  annonce  de  son  Histoire  de  l'inquisition  en 

France.  1M.  do  Lamothc- Langon  qui,  comme  tous  les  vrais 
Français,  souffrait  impatiemment  L'ignoble  joug  de  nos  cen- 
seurs, avait  commence  un  roman  où  il  leur  rendait  pleine 
ci  entière  justice.  On  peut  imaginer  quelles  couleurs  il  a  em- 
pruntées à  notre  époque  et  au  système  d'oppression  dont  il 
était  victime.  Il  a  été  bien  servi,  du  reste,  par  son  sujet. 
Louis  XV  plongé  dans  les  débauches  les  plus  honteuses;  la 
Dubaï tv  toute-puissante  à  la  cour;  les  plus  grands  seigneurs, 
Richelieu,  Meaupou,  Lavrillièrc,  rivalisant  de  méchanceté,  de 
bassesse  et  d'infamie;  au-dessous  d'eux,  les  limiers  de  la 
police  et  les  pourvoyeurs  en  titre  des  sales  plaisirs  du  roi; 
au  dernier  échelon  enfin,  la  commission  de  censure  choisie 
dans  l'écume  et  la  fange  de  la  littérature  :  voilà  les  person- 
nages dont  M.  de  Lamothc-Langon  a  voulu  nous  présenter 
l'image.  Il  Ta  fait,  non  en  esquissant  une  suite  de  portraits, 
mais  en  donnant  à  chacun  un  rôle,  et  en  lui  conservant  son 
caractère  dans  le  drame  qui  doit  amener  le  mariage  de  Jus- 
tin, jeune  philosophe  dont  les  païens  sont  inconnus,  avec  Cé- 
cile Regnaut,  fille  naturelle  de  Louis  XV. 

Nous  ne  pouvons  entrer  dans  aucun  détail,  ni  sur  l'intrigue 
extrêmement  compliquée  de  l'ouvrage,  ni  sur  la  peinture  hi- 
deusement ressemblante  des  portraits  historiques.  Qu'il  nous 
suflise  de  dire  que,  de  tous  les  courtisans  représentés  par 
l'auteur,  il  n'y  en  a  que  deux  chez  lesquels  de  bonnes  qua- 
lités compensent  en  quelque  sorte  la  turpitude  de  leurs  mœurs, 
et  c'est  (  on  ne  s'en  douterait  pas)  la  comtesse  Dubarry 
et  son  beau- frère.  L'une,  au  faîte  des  honneurs,  n'a  pas 
oublié  le  tems  où  elle  n'était  qu'une  grisette,  ni  les  amis 
qu'elle  avait  alors;  elle  les  sert,  elle  les  soutient  de  tout  son 
pouvoir,  et  se  montre  encore  digne  d'être  aimée,  parce  que 
la  fortune  n'a  pas  corrompu  son  cœur.  L'autre  a  une  fran- 
chise d'infamie,  une  naïveté  de  scélératesse  qui  fait  presque 
oublier  des  défauts  dont  il  ne  se  cache  point.  D'ailleurs,  en  se 
rendant  justice  à  lui  même,  il  acquiert  le  droit  déjuger  les  au- 
tres en  face,  et  ce  n'est  pas  sans  plaisir  qu'on  le  voit  mettre  à 
nu  le  cœur  de  ses  pareils,  et  leur  dire  franchement  sa  pensée. 

À  l'égard  du  rang  que  ce  roman  doit  tenir  parmi  ceux  de 
l'auteur,  il  n'est  pas  douteux.  M.  le  Préfet  et  la  Province  à  Pa- 
lis, en  révélant  un  grand  talent  d'observation,  avaient  l'un  et 
l'autre  le  défaut  de  manquer  d'intérêt;  on  en  trouvait  davantage 
dans  C  Espion  de  poliec  et  la  Cour  d'un  prince  régnant.  Mais, 
encore  dans  ces  deux  derniers  ouvrages,  l'intrigue  reposait  en- 
tièrement sur  des  personnages  inventés  à  plaisir,  et  tout -à-fait 


7Q2  LIVRES  FRANÇAIS. 

inconnus.  Le  roman  que  nous  annonçons  réunit  toutes  ces  qua- 
lités, et  rappelle  parfaitement  le  genre  de  Wal ter-Scott  et  de 
M.  Morlonval.  Nous  regrettons  de  ne  pouvoir  accorder  au  style, 
sousle  rapport  delacorrection  et  de  l'élégance,  les  mêmes  éloges 
que  nous  donnons  à  l'invention  et  à  la  contexture  de  la  fable.  B.  J. 

3-28. —  Edouard  et  Lucile ,  ou  le  Patriote  à  la  fin  du 
xvme  siècle,  par  M.  Th...  L...  Paris,  1828  ;  Lecointe  et  Durey. 
/i  vol.  in- 12  ;  prix,  11  fr. 

Le  cadre  choisi  par  l'au'eur  de  ce  roman,  tout  intéressant 
qu'il  soit,  n'a  plus  malheureusement  le  mérite  de  la  nouveauté; 
M.  Picard  et  d'autres  écrivains  nous  ont  plusieurs  fois  repré- 
senté sous  des  formes  plus  ou  moins  variées  les  différentes 
époques  du  siècle  dernier.  Un  nouveau  tableau  nous  est  offert 
aujourd'hui;  il  nous  fait  voir  l'ancien  régime,  la  révolution,  la 
renaissance  de  l'ordre  et  le  commencement  de  l'empire.  Il  faut 
certainement  y  reconnaître  une  sorte  de  fidélité,  maisqui  nesatis- 
faitpas  entièrementle  lecteur.  SiM.Th...L...  a  voulu  faire  simple- 
ment un  roman,  les  vicissitudes  politiques  y  tiennent  peut -être 
une  place  trop  large  ;  s'il  a  eu  pour  but  de  donner  une  esquisse 
des  événemenset  d'y  ajouter  l'intérêt  d'une  action  qui  s'y  trouve 
liée,  les  événemens  n'y  sont  pas  assez  complètement  indiqués. 
Je  crois  devoir  faire  aussi  à  l'auteur  un  reproche  d'avoir  adopté 
la  forme  épistolaire,  pour  présenter  et  développer  son  sujet. 
Cette  manière  d'écrire  ,  généralement  froide  et  décolorée,  a  de 
plus  le  désavantage  d'être  invraisemblable  et  insuffisante;  in- 
vraisemblable, parce  qu'il  n'est  pas  naturel  d'entrer  dans  une 
foule  de  détails  qui  ne  conviennent  pas  au  papier,  et  que 
l'auteur  a  pourtant  besoin  de  faire  connaître  à  ses  lecteurs, 
afin  que  ceux-ci  puissent  suivre  sa  narration  ;  insuffisante, 
parce  que  ces  détails,  tout  étendus  qu'ils  sont,  ne  peuvent  être 
assez  minutieux  pour  compléter  l'intelligence  des  faits  qui  se 
développent  naturellement  sous  la  forme  d'un  récit.  Le  second 
titre  de  l'ouvrage,  celui  qui  seul  a  de  l'importance,  ne  m'a 
point  paru  non  plus  entièrement  justifié.  Sans  doute  il  y  a  du 
patriotisme  dans  la  conduite  du  héros;  sans  doute,  sous  l'an- 
cien régime,  il  se  montre  ami  des  sages  libertés;  à  l'époque  de 
l'effervescence  révolutionnaire  ,  sa  modération  est  toujours 
d'accord  avec  sa  conduite  précédente  ;  à  l'aurore  de  l'empire, 
il  fuit  l'Europe,  pour  éviter  le  joug  qui  va  peser  sur  son  pays. 
Tout  cela  est  à  merveille;  mais  quel  est  le  mobile  qui  détermine 
toutes  les  actions  d'Edouard?  C'est  l'amour  seul,  c'est  cette 
passion  que  soutient,  il  est  vrai ,  le  sentiment  de  la  justice  ,  qui 
lui  fait  braver  les  cachots  de  la  Bastille  pour  justifier  et  rendre 
à  la  liberté  celle  qu'il  aime;  c'est  encore  cette  même  passion. 


LITEÉAATURE. 

jointe  aussi  a  la  reconnaissance  pour  ion  maître  el  ion  ami  , 
(jtii  expose,  pendant  la  terreur,  ses  énergiques  remontrances  < 

n'avoir  pour  réponse  < jm*  1;»  hache  révolutionnaire,  l'ui^lois- 
qu'il  ;i  perdu  Lucile,  c'est  un  amour  porté  jusqu'au  délire, 
eesl  le  d<-.'  poir  qui  le  jette  dans  les  rangs  de  ces  héroiquoa 
défenseurs  de  I  »  France  qui  surent  triompher  des  efforts  de 

I  Kurope  coalisée.  Enfin  ,  j'ai  regretté  de  voir,  dans  la  première 

partie  de  e<  t  om  rage ,  dans  celle  qui  traite  de  l'ancien  régime, 
reparaître  les  mœurs  de  la  cour  de  Louis  XV,  dont  les  romans 
du  teins  ne  nous  ont  que  trop  fuit  le  honteux  tableau,  d'y  m  - 
trouver  ces  éternelles  histoires  deeonvent,  ces  épisodes  de 
religieuses  livrées  à  la  barbarie  de  leurs  compagnes  d'escla- 
vage. Cependant,  et  après  avoir  ainsi  fait  une  part  un  peu  large 
à  la  critique,  je  nie  hâte  de  dire  que  plusieurs  parties  de  ce 
roman  m'ont  paru  décider  un  talent  réel;  plusieurs  scènes  y 
sont  rendues  avec  bonheur,  et  souvent  avec  énergie.  L'auteur 
a  répandu  sur  ses  personnages  un  intérêt  qu'il  sait  à  propos  ta 
n'uner  ,  et  qu'il  soutient  avec  habileté,  .l'ai  distingué,  entre 
autres,  différentes  situations  sous  le  régime  révolutionnaire, 
qui  m'ont  paru  traitées  avec  un  vrai  talent.  Cet  ouvrage,  en  un 
mot,  bien  qu'il  ne  soit  pas  sans  taches,  doit  plaire  par  le  rap- 
prochement des  diverses  époques  qu'il  embrasse  ,  et  par  la  ma- 
nière dont  les  personnages  y  sont  mis  en  scène.  L.  Du. 

329. — *  Les  sept  mariages  d'É/oiGalla/ia',  par  L.  B.  Picard,  de 
l'Académie  française.  Paris,  1828;  Baudouin.  3  vol.  in-12.  Prix, 
la  (r. 

C'est  le  cadre  des  Trois  quartiers ,  étendu  ,  agrandi.  Ce  n'est 
pas  seulement  à  Paris  que  l'auteur  promène  son  Éloi  Galland , 
mais  dans  toute  la  France;  ce  ne  sont  pas  trois  mariages  qu'il 
ébauche,  mais  sept ,  et  même  davantage  ;  car  le  titre  ne  parle 
que  des  principaux.  On  trouve  dans  ce  livre,  comme  dans  les 
autres  romans  et  les  comédies  de  l'auteur,  une  revue  piquante 
des  conditions  de  la  société  ,  et  en  même  tems  une  peinture 
philosophique  et  gaie  de  ces  changemens  d'humeur  et  de  carac- 
tère qui  suivent  les  vicissitudes  de  la  fortune.  Chaque  écri- 
vain a  son  thème  favori  qu'il  reproduit  sans  cesse.  M.  Picard  a 
pour  renouveler  le  sien  ,  et  le  conserver  long-tems  neuf,  deux 
mérites  bien  rares,  celui  de  l'observation  morale  et  de  l'ex- 
piession  comique.  H.  P. 

33o.  — Jean,  par  Ch.  Paul  deKock. — Paris;  1828;  Ambroise 
Dupont.  /,  vol.  in-12,  formant  ensemble  870  pages  ;  prix  ,  12  fr. 

Le  sujet  du  roman  nouveau  de  INI.  de  Kock  est  tout  entier 
dans  le  vers  de  Legouvé  qui  lui  sert  d'épigraphe  : 
Notre  gloire  est  souvent  l'ouvrage  d'un  sourire 


794  LIVRES  FRANÇAIS. 

Jean  Durand  est  le  fils  d'un  herboriste  fort  riche  :  l'auteur  nous 
rend  témoin  de  sa  naissance  et  de  son  éducation  ,  qui  est  tout- 
à-fait  manquée.  Jean  ne  veut  rien  apprendre;  il  ne  se  plaît  que 
dans  la  société  de  mauvais  sujets  comme  lui,  prend  toutes  les 
habitudes  des  halles,  jusqu'au  moment  où  il  rencontre  madame 
Dorville,  jeune  veuve,  dont  les  charmes  et  la  conversation  agis- 
sent sur  lui,  au  point  qu'il  se  renferme  une  année  dans  son  ca- 
binet pour  regagner,  à  force  de  travail,  les  connaissances  et 
les  habitudes  qu'il' a  dédaignées  dans  son  enfance.  Il  devient 
ainsi  un  jeune  homme  du  meilleur  ton  ,  rempli  de  raison  et  de 
connaissances  ,  et  finit  par  se  marier  avec  madame  Dorville. 

Peut-être  ne  trouvera  t-on  dans  cet  exposé  rapide  aucun  de 
ces  événemens  embarrassés  qui  forment  ordinairement  la  con- 
texture  d'un  roman  :  c'est  qu'en  effet  il  n'y  a  dans  ce  nouvel 
ouvrage  aucune  unité,  aucune  liaison  dans  la  marche  des  faits; 
l'auteur  a  laissé  courir  sa  plume,  il  a  représenté  son  héros  gran- 
dissant :  mais,  voilà  tout.  Il  n'y  a,  du  reste,  aucune  invention 
neuve,  ni  dans  la  fable,  ni  dans  les  caractères.  Le  style  est  on 
ne  peut  plus  négligé ,  et  un  lecteur  de  bon  goût  ne  s'habitue  pas 
facilement  à  entendre  j argonncr,  pendant  des  volumes  entiers, 
une  garde-malade,  une  domestique,  ou  tout  autre  personnage 
du  même  genre.  Quand  donc  nos  auteurs  de  romans  se  persua- 
deront-ils que,  s'ils  veulent  peindre  la  basse  classe  du  peuple,  ils 
ne  doivent  jamais  pour  cela  lui  emprunter  son  langage?   B.  J. 

33i.  — Racket,  par  M'™  la  comtesse**".  Paris,  1828;  Mou- 
tardier, rue  Gît-le-Cœur,  n°  A-  In-12  de  iv-227  pages;  prix, 
3fr. 

On  a  très-souvent  mis  aux  prises  l'amour  et  la  religion;  mais 
il  ne  faut  pas  s'étonner  que  les  auteurs  de  romans  reviennent 
sans  cesse  sur  le  comb.it  que  se  livrent  dans  le  cœur  humain 
ces  deux  sentimens,  quand  ils  le  dominent  presqu'égalemcnt. 
Ici,  en,  effet,  la  situation,  les  aperçus  sont  inépuisables;  et  ne 
ferait-on  encore  que  ce  qui  a  été  cent  fois  fait  déjà,  on  serait 
encore  sûr  de  trouver  des  lecteurs  et  surtout  des  lectrices. 
Cette  dernière  réflexion  ne  s'applique  point  au  surplus  à  Ra- 
chel.  Il  y  a  ,  ce  me  semble,  de  la  nouveauté  dans  le  fonds  de  ce 
petit  roman.  Cette  belle  Juive,  portée  par  l'Amour  sur  un 
trône  ducal,  et  obligée  de  quitter  la  religion  de  ses  pères,  ex- 
cite un  vif  intérêt.  Quant  au  style,  il  est  quelquefois  remar- 
quable. Certaines  pages  sont  écrites  avec  une  chaleur,  un  entraî- 
nement dignes  des  bons  modèles,  et  l'on  renconirc  parfois 
quelques-uns  de  ces  traits  qui,  comme  le  dit  l'éditeur,  partait 
du  cœur  des  femmes  et  dont  fart  ne  saurait  égaler  l'abandon  et 
/'heureuse  négligence.  Cet  ouvrage, que  l'on  attribue  à  une  dame 


LITTÉRATURE.  7f>5 

dont  le  mai  i  b'cst  signalé  à  la  chambre  des  pairs  par  son  zèle 
pour  la  cause  des  libertés  publiques,  révèle  un  talent  fort  dis- 
tingué dans  ce  genre  de  composition.  A. 

33a.  —  *  Voyage  dans  la  vallée  des  Originaux ,  par  feu 
M.  J)u  Coudrier.  Paris,  1828;  Baudouin  et  Ponthieu.  3  vol. 
in- 12.  Prix  ,  12  fr. 

Ce  livre  n'est  guère  susceptible  d'analyse.  C'est  une  Macé- 
doine amusante  et  fort  spirituelle  de  toutes  les  idées  politiques, 
philosophiques,  littéraires,  aujourd'hui  en  circulation.  L'au- 
teur, à  ce  qu'il  semble,  a  beaucoup  vu  la  société;  il  l'a  étudiée 
et  comprise;  il  n'est  resté  étranger  ni  aux  grands  intérêts  qui 
t'occupent  et  l'entraînent  dans  des  voies  nouvelles,  ni  aux  tra- 
vers ,  aux  ridicules,  aux  vices  qui  se  mêlent  à  ce  grand  et  noble 
mouvement.  Ce  spectable  varié  et  complexe  ,  il  l'a  reproduit 
avec  ses  traits  sérieux  ou  plaisans  dans  des  tableaux  qui  rap- 
pellent souvent  la  manière  de  Sterne,  ses  imaginations  fantas- 
tiques ,  sa  charge  piquante,  où  se  cache  tant  de  sens  et  de 
raison.  H.  P. 

333.  —  *  Au  Hasard  ;  fragment  sans  suite  d'une  histoire  sans 
fin;  manuscrit  trouvé  dans  le  coin  d'une  cheminée*  et  mis  au 
jour  par  Ad.  Bréant.  Paris,  1828;  Dondey-Dupré.  In-18  de 
172  pages;  prix,  3  fr. 

Sterne  fut  un  écrivain  original.  Il  nous  semble  toutefois  que 
sa  réputation,  plus  populaire  en  France  qu'en  Angleterre,  a 
dépendu  beaucoup  plus  de  ce  qu'il  donnait  à  entendre  que  de 
ce  qu'il  exprimait;  et  c'est  précisément  ce  qui  lui  a  valu  tant 
de  succès  chez  un  peuple  qui  n'aime  pas  que  l'on  épuise  la 
matière ,  et  qui  demande  toujours  à  ses  écrivains  qu'on  lui 
laisse  quelque  chose  à  deviner.  Cette  qualité  est  portée  à  l'ex- 
trême dans  le  roman  philosophique  de  Tristram  Shandy,  que 
l'on  a  osé  comparer  aux  admirables  folies  de  R.abelais;  on  la 
retrouve  d'une  manière  très-prononcée  dans  le  Voyage  senti- 
mental, ouvrage  que  les  Français  ont  porté  aux  nues,  sans 
remarquer  que  Sterne  s'est  permis  sur  elles  les  observations 
les  plus  malignes  et  parfois  les  plus  inconvenantes.  L'espèce 
d'engouement  dont  les  femmes  ont  été  atteintes  pour  cet  au- 
teur, nous  avait  jadis  encouragé  à  l'étudier  avec  soin,  et  tout 
en  admirant  en  lui  un  choix  d'expressions  très-piquant,  un 
rare  talent  de  description,  une  grande  finesse  d'aperçus,  l'art 
de  la  suspension  porté  au  plus  haut  degré,  nous  n'avions  pu 
nous  défendre  d'un  sentiment  pénible  en  reconnaissant  la  sé- 
cheresse réelle  de  son  âme,  le  peu  d'étendue  de  son  imagination, 
et  l'esprit  de  dénigrement  qu'il  laisse  percer  à  chaque  page. 
Cela  ne  l'a  pas  empêché  d'avoir  un  grand  nombre  d'imitateurs 


796  LIVRES  FRANÇAIS. 

qui  se  croyaient  des  écrivains  distingues,  parce  qu'ils  saisissaient 
avec  assez  de  bonheur  les  formes  hachées  de  son  style,  et  qu'ils 
faisaient  des  réflexions  plus  ou  moins  profondes  sur  les  plus 
légers  incidens.  Les  Voyages  sentimentaux  à  Yvcrdun  ,  dans 
ma  poche  ,  et  même  autour  de  ma  chambre ,  sont  des  exemples 
de  cette  triste  facilité  à  imiter  des  ouvrages  inimitables  en  un 
seul  point,  l'originalité. 

L'auteur  du  Hasard,  nous  ne  dirons  pas  M.  Ad  Bréant, 
car  il  ne  prend  que  le  titre  d'éditeur,  est  certainement  un 
homme  de  beaucoup  de  talent  et  d'esprit;  il  écrit  purement, 
avec  grâce,  et  plusieurs  de  ses  paragraphes  donnent  à  penser. 
Cependant  c'est  encore  un  de  ces  imitateurs  de  Sterne  qui 
prennent  la  plume  en  se  disant:  Je  veux  écrire  un  livre;  mais 
que  dirai-je  ?  Et  en  attendant  que  les  idées  lui  viennent ,  il 
place  le  mot  dédié  au  haut  d'une  page  blanche,  parce  que 
Sterne  a  laissé  une  de  ses  pages  tout  en  blanc.  Cela  peut-être 
fort  ingénieux;  mais  nous  avouons  bonnement  que  nous  n'en 
comprenons  pas  la  finesse  ,  et  nous  avons  cherché  plus  loin  la 
page  noire  de  Sterne,  que  cependant  nous  n'avons  pas  trouvée. 
C'est  sans  doute  une  omission. 

Il  serait  impossible  de  dire  au  juste  ce  que  c'est  que  le  livre 
publié  parM.Bréant  :  une  suite  de  réflexions,  de  descriptions, 
de  citations  sans  but,  mais  toutes  spirituellement  exprimées. 
Ce  n'est  pas  un  roman,  ce  n'est  pas  un  livre  de  morale.  On  le 
lit  avec  intérêt  ;  mais  on  voudrait  que  l'auteur  ne  l'eût  pas 
écrit  :  car  on  sent  parfaitement  qu'il  peut  produire  un  ouvrage 
beaucoup  meilleur,  puisqu'il  se  propose  et  soumet  lui-même 
au  jugement  des  lecteurs,  sans  se  dissimuler,  ajoute-t-il,  qu'il 
lui  reste  à  craindre  encore  leurs  passions,  leurs  préjugés,  leurs 
intérêts,  leurs  amours-propres,  enfin  tous  les  sentimens  nés  de 
l'orgueil  et  del'égoïsme.  Nous  avouerons  que  c'est  par  ëgoïsme 
que  nous  eussions  désiré  qu'avec  un  talent  aussi  distingué  il  eût 
employé  ses  loisirs  à  composer  un  livre  qui  nous  eût  instruit, 
amusé  ,  intéressé,  et  qui  eût  donné  à  son  nom  la  célébrité  qu'il 
désire  ,  et  que  nous  ne  doutons  pas  qu'il  n'obtienne  par  d'au- 
tres ouvrages.  R. 
Beaux-Arts. 

334-  — *  Examen  du  Salon  de  1827  ,  avec  cette  épigraphe  : 
«  Rien  nesl  beau  que  le  vrai.  »  Seconde  édition  ,  avec  une 
deuxième  partie.  In -8°  de  1  :  G  pages.  Paris,  1827;  Roi  et; 
prix,  1  fr.  5o  c. 

«...  Comment  s'abuser  au  point  de  croire  que  la  liberté  puisse 
être  exclue  plus  long-lems  de  ce  qu'il  y  a  de  plus  nativement 


BEAUX    \I\TS.  7r,7 

libre  au  monde,  les  beaux  -  arts;  qu'une  couronne  académique 

puisse  rire  imbre\et  du  laii  rit ,  el.  qu'oïl  puisse  distribuer  cha  - 
que  malin  à  Home,  d.tns  la  terre  classique,  une  ration  <le  cou- 
leur et  <le  verve?  » 

Ainsi  s»-  termine  !<•  satirique  préambule  de  la  seconde  partie 
<jui  complète  l'Examen  <lu  Salon  tic  1827 ,  dont  la  première 

partie  seulement  avait  paru,  quand  nous  en  avons  rendu  compte 
dans  notre  cahier  du  mois  de  février  (  page  535  ). 

Quoique  les  jugemens  de  l'auteur  sur  quelques  tableaux 
soient  différons  des  nôtres,  nous  devons  convenir  que  sa  cri- 
tique, souvent  très  -  piquante,  porte  rarement  à  faux.  Les  ré- 
ilc\  ions  que  lui  ont  inspirées  les  peintures  du  Musée  Charles  X  , 
sur  la  perspective  des  plafonds,  sont  d'une  grande  vérité  et 
peuvent  être  méditées  avec  fruit  par  les  artistes  :  il  en  est  de 
même  des  observations  sur  le  dessin  et  le  coloris,  de  la  pein- 
ture à  l'huile,  en  miniature  et  sur  porcelaine,  et  des  réflexions 
sur  la  sculpture;  car  cette  seconde  partie  passe  en  revue  non- 
seulement  la  peinture  et  la  sculpture,  mais  encore  l'aquarelle 
et  la  gravure;  et  nous  pensons  que  cette  brochure,  dont  la 
première  partie  a  déjà  les  honneurs  d'une  seconde  édition,  doit 
survivre,  par  la  justesse  de  ses  observations  générales  et  par  le 
mérite  du  style,  à  l'époque  qui  l'a  fait  naître.  V. 

335.—*  OE  uvre  de  Jean  Goujon,  gravé  au  trait,  d'après 
ses  statues  et  ses  bas-reliefs,  par  M.  Réveil;  accompagné  d'un 
texte  explicatif  sur  chacun  des  monumens  qu'il  a  embellis 
de  ses  sculptures,  et  précédé  d'un  essai  sur  sa  vie  et  ses  ou- 
vrages, par  M.  J.  G.  Paris,  1827-1828;  Audot.  Ce  recueil  se 
composera  de  vingt  livraisons,  de  cinq  planches  chacune,  for- 
mat grand  in-8°;  il  en  a  déjà  paru  cinq;  prix,  4  francs  la 
livraison. 

En  publiant  l'OEuvrc  de  Jean  Goujon,  dont  les  productions 
tiennent  une  place  extrêmement  importante  dans  l'histoire  de 
la  sculpture  en  France,  M.  Audot  rend  un  véritable  service 
aux  arts  et  aux  artistes.  Doué  d'un  génie  fécond  et  original  , 
guidé  par  un  goût  et  un  sentiment  pleins  de  grâce  et  de  déli- 
catesse, Jean  Goujon  est  placé  au  premier  rang  des  artistes 
qui  illustrèrent  le  xvie  siècle,  époque  où  les  arts  ont  un  carac- 
tère tout  particulier. 

Je  me  borne,  aujourd'hui,  à  annoncer  cette  entreprise  ;  je 
me  propose,  lorsqu'elle  sera  plus  avancée,  d'entrer  dans  un 
examen  attentif  de  cet  œuvre,  qui  fait  suite  à  celui  de  Canova, 
publié  par  le  même  libraire.  Je  ferai  connaître  alors  la  part 
qu'y  a  prise  l'auteur  du  texte,  homme  instruit  et  soigneux  de 
puiser  aux  bonnes  sources.  Je  discuterai  les   motifs  sur  les- 


798  LIVRES  FRANÇAIS. 

quels  il  s'appuie  pour  restituer  à  Jean  Goujon  les  sculptures 
du  château  d'Écouen  ,  que  beaucoup  de  personnes  avaient 
attribuées  à  Jean  Bullant. 

L'œuvre  de  Jean  Goujon  doit  obtenir  beaucoup  de  succès. 
En  effet,  il  s'agit  d'un  grand  artiste;  ses  sculptures  sont 
reproduites  et  expliquées  avec  talent,  enfin  le  prix  est  très-mo- 
déré. Les  cinq  livraisons  qui  ont  déjà  paru  contiennent  les 
sculptures  du  château  d'Ecouen  et  de  celui  d'Anet.        P.  A. 

336.  —  *  V 1  nde  française ,  ou  Collection  de  dessins  litho- 
graphies ,  représentant  les  divinités  ,  temples  ,  pagodes  ,  cos- 
tumes, physionomies,  meubles,  armes,  ustensiles,  etc.  des 
peuples  indous  qui  habitent  les  possessions  françaises  dans 
l'Inde ,  et  en  général  la  côte  de  Coromandel  et  celle  du  Mala- 
bar; publiée  par  MM.  Géringer ,  Marlet  et  Chabrelie ,  avec  un 
texte  explicatif  par  M.  Eugène  Burnouf.  Sixième  livraison. 
Paris,  1828;  Géringer,  rue  du  Roule,  n°  i5.  Un  cahier  in- 
folio. Prix  de  la  livraison,  i5  fr.  (voy.  ci-dessus,  p.  536). 

Cet  ouvrage  se  continue  avec  une  grande  activité.  Les  sujets 
sont  tons  aussi  neufs  que  curieux.  On  ne  lira  pas  sans  intérêt 
la  notice  relative  aux  interprètes  indous  au  service  des  Euro- 
péens, ainsi  que  la  description  du  fort  de  Vellour.  Cette  ville, 
qui  n'a  plus  qu'une  médiocre  importance  depuis  que  les  Anglais 
sont  maîtres  de  l'Inde,  a  joué  autrefois  un  rôle  brillant  dans 
l'histoire  du  Carnatic.  Elle  offre  cela  de  remarquable  qu'on  y 
peut  reconnaître  les  traces  des  systèmes  de  défense  employés 
par  les  nations  auxquelles  elle  a  successivement  appartenu,  les 
Indous  ,  les  Musulmans  et  les  Anglais.  Nous  ne  pouvons  qu'en- 
courager les  éditeurs  à  continuer  sur  le  même  plan  ce  grand  et 
bel  ouvrage;  ils  doivent  même  s'imposer  l'obligation  de  le  per- 
fectionner successivement,  ne  fût-ce  que  pour  faire  une  hono- 
rable exception  à  la  foule  des  éditeurs  et  des  compilateurs  de 
voyages,  qui  attirent  le  public  par  deux  ou  trois  bonnes  livrai- 
sons, et  y  font  bientôt  succéder  des  dessins  négligés  et  incor- 
rects. £2. 

337.  —  *  Cosmorama,  ou  Voyage  historique ,  géographique  et 
pittoresque  dans  les  différentes  parties  du  monde.  Paris,  1824- 
1827;  à  rétablissement  du  Cosmorama  ,  au  Palais-Royal,  ga- 
lerie vitrée,  n°  23 1.  4  vol.  in-8°  de  200  à  240  pages.  Prix 
d'entrée,  1  fr.  5o  c. 

L'exposition  du  Cosmorama  est  connue  de  tout  Paris  et  de 
la  plupart  des  étrangers  qui  ont  visité  cette  capitale  ;  ils  ont  pris 
intérêt  à  un  établissement  qui  leur  offre  à  la  fois  une  école 
d'architecture,  une  géographie  pratique,  une  sorte  d'histoire 
des  arts  mise  en  action,  et  qui  leur  tient  lieu,  à  peu  de  frais, 


BEÀUX-ÀRTS.  :<)<) 

d'un  voyage  dispendieux  ou  impossible.  \ ringl  années  d'exil 
Kence  ont  garanti  le  succès  de  cette  utile  entreprise. 

Elle  a  pris  naissance  en  1808.  Des  expositions  partielles  se 
succèdent  constamment  de  mois  en  mois.  A  chaque  exposition 
on  délivre  aux  spectateurs  des  notices  où  sont  rapportées  des 
recherches  historiques,  recueillies  avec  un  soin  extrême,  sur 
l'origine,  les  mœurs,  la  croyance,  les  costumes  des  peuples 
dont  on  représente  les  monumens;  et  la  suite  de  ces  notices 
forme  actuellement  quatre  volumes  in-8°.  Toutes  les  parties 
du  monde  sont  successivement  mises  à  contribution  pour 
augmenter  l'intérêt  de  cette  promenade  scientifique  et  pit- 
toresque. 

La  réputation  du  Cosmorama  est  faite,  et  les  efforts  de  son 
administration  n'ont  pas  été  infructueux.  La  prospérité  de  cet 
établissement  ne  peut  que  s'accroître,  et  nous  faisons  le  vœu 
qu'un  local  plus  convenable  lui  permette  d'étendre  le  résultat 
de  ses  travaux.  On  lira  sans  doute  avec  intérêt  la  collection 
curieuse  que  nous  annonçons,  et  l'on  ira  surtout  visiter  les 
nouvelles  représentations  pittoresques  qui  font  successivement 
passer  en  revue  tous  les  sites  et  les  monumens  remarquables  de 
toutes  les  contrées  du  globe.  R. 

338.  — *  Iconographie  instructive,  ou  Collection  de  portraits 
\  des  personnages  les  plus  célèbres  de  r  histoire  moderne,  d'après  les 
dessins  de  M.  Devéria  ,  gravés  par  MM.  Allais,  Bcrtonnier , 
Fontaine ,  A.  Massard,  Wcdgwood,  etc:;  entouras  ,  sur  la  même 
feuille,  d'un  texte  historique,  chronologique  et  bibliographique , 
par  A.  Jarry  de  Mancy,  auteur  de  Y Atlas  des  littératures ,  sur 
le  plan  de  Y  Atlas  de  A.  Lesage  (  comte  de  Las-  Cases  ),  du 
Tableau  historique  de  l'Ecole  Polytechnique ,  etc.  Paris,  1827; 
J.  Renouard.  Un  cahier  petit  in-4°. 

L'idée  première  de  cette  publication  est  heureuse  et  piquante 
de  nouveauté  et  de  simplicité.  Quoi  de  plus  simple  que  d'ima- 
giner l'effet  que  devaient  produire  les  portraits  des  person- 
nages les  plus  célèbres  de  nos  tems  modernes,  dessinés  et  gravés 
de  main  de  maître,  et  accompagnés  d'un  texte  historique  ,  qui 
présente  :  i°  la  biographie  du  personnage;  20  une  table  chro- 
nologique, qui  résume  et  éclaire  cette  notice;  3°  les  sources 
historiques,  ou  l'indication  sommaire  des  ouvrages  à  consulter 
sur  ce  personnage,  et  le  tout  réuni  en  une  seule  feuille,  de  ma- 
nière à  être  saisi  presque  d'un  seul  regard  ?  Tel  est  le  plan  de 
Y  Iconographie  instructive  que  publie  M.  A.  Jarry  de  Mancy,  déjà 
connu  par  son  Atlas  des  littératures,  heureuse  imitation,  ou  plutôt 
continuation  de  l'Atlas  de  A.  Lesage  (comte  de  Las-Cases).  La 
méthode  justement  estimée  dont  M.  de  Las  Cases  a  donné  le 
modèle  est  le  caractère  distinclif  des  publications  de  M.  A.  J. 


8oo  LIVRES  FRANÇAIS, 

de  Mancy.  Ici ,  elle  se  trouve  appliquée  à  la  biographie  des 
personnages  de  premier  ordre,  qui  représentent,  dans  tous  les 
genres,  les  sommités  de  l'histoire  moderne  et  contemporaine. 
Cette  publication  est  réellement  encyclopédique.  Chacune  des 
feuilles  de  Y  Iconographie  instructive  est  un  petit  tableau  bio- 
graphique, chronologique  et  bibliographique,  à  la  manière  du 
comte  de  Las  Cases  ;  plus ,  le  portrait  du  personnage  ,  qui  sem- 
ble être  là  pour  assister  en  personne  au  récit  de  sa  vie.  Cette 
collection,  sans  rivale  comme  sans  modèle,  est  une  conception 
des  plus  heureuses  pour  le  perfectionnement  des  études  histo- 
riques et  littéraires.  Le  système  de  classification  qu'elle  pré- 
sente est  fort  ingénieux.  Les  litres  et  les  indications,  placés  en 
saillie  aux  extrémités  de  chaque  feuille,  donnent  jusqu'à  huit 
manières  de  classer  chacun  de  ces  portraits  avec  textes  ,  savoir  : 
i°  le  siècle  du  personnage;  iQ  sa  naissance;  3°  sa  mort;  4°  sa 
période  chronologique  ;  5°  le  genre  auquel  il  appartient;  6°  la 
partie  où  il,  excellait;  70  son  pays;  8°  l'ordre  alphabétique. 
La  fidélité  des  dessins  fait  honneur  au  talent  de  M.  Devéria. 
Les  artistes  français  qui  gravent  sur  acier ,  pour  cette  collec- 
tion ,  rivalisent  de  pureté  avec  les  artistes  de  l'Angleterre. 
M.  de  Mancy,  en  employant  de  préférence  les  artistes  natio- 
naux, n'a  pas  donné  l'exclusion  aux  étrangers.  Lebeau  portrait 
de  lord  Byron,  exécuté  en  grand  par  le  célèbre  graveur  Wedg- 
wood,  sera  reproduit  par  le  même  artiste  pour  la  collection 
de  M.  de  Mancy  ,  dont  l'exécution  est  si  soignée  et  le  prix  si 
modique,  que  les  frais  ne  pouvaient  être  couverts  que  parle 
succès  rapide  et  complet  que  cette  publication  a  obtenu  en 
France  et  dans  l'étranger.  —  On  souscrit  par  série  de  24  por- 
traits, avec  textes,  divisés  en  six  livraisons  de  4  portraits  et 
du  prix  de  deux  francs  par  livraison.  Une  livraison  tous  les 
quinze  jours.  La  première  série  a  paru.  La  seconde  série  se 
publie. 

Personnages  de  la  ire  série  :  Franklin,  Washington,  Don 
Pedro,  empereur  constitutionnel  du  Brésil.— Frédéric,  Mozart, 
Schiller.  —  Shakespeare.  —  Cervantes.  —  P.  Corneille,  duc 
d'Enghien ,  prince  Eugène  Beauharnais,  Joséphine,  Montes- 
quieu, Murât,  Napoléon,  J.  Racine,  J.-J.  Rousseau,  M1110  de 
Staël,  Voltaire.  —  Le  Tasse ,  Michel- Ange.  —  Camoéns.  — 
Catherine  II,  Pieri  e-le-Grand. 

Personnages  de  la  2  e  série  :  Mourad-Bey,  chef  des  mamlouks, 
Tippoo-  Saïb.  —  Klopstock.  —  Cromwell,  lord  Byron.  —  Fer- 
nand  Corîez. — Th.  Corneille,  Crébillon,  Desaix  ,  Toy,  Kléber, 
La  Bruyère,  La  Fontaine,  Molière,  Monge,  Moreau,  Pascal, 
Regnard.  —  Alfieri,  Ch.  Colomb,  Paoli.  — Kosciuszko,  Ponia- 
towski. —  Alexandre,  empereur  de  Russie. 


BEAUX-ARTS.—  MÉMOIRES  ET  RAPPORTS.       801 

On  souscrit  chez  Jules  K  i.nouak  i>,  rue  de  Tournon,  n°  G.  Le 

Prospectus  et  Spécimen  se  distribue  gratis,  avec  une  gravure. 

Lj. 

Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes. 

33q>  —  *  Académie  des  scient  es ,  bel/es  lettres  et  arts  de  Bor- 
deaux; séance  publique  du  3i  mai  1827;  Bordeaux.  1827;  impri- 
merie de  Brossier.  In-8°  de  140  pages,  avec  12  lithographies. 

M.  Capf.lle,  président  de  l'Académie,  a  ouvert  la  séance 
par  un  discours  sur  les  progrès  d*e  la  civilisation.  Nous  regret- 
tons de  ne  pouvoir  insérer  ici  que  la  fin  de  cet  écrit,  où  des 
vues  justes  et  de  nobles  pensées  sont  exprimées  avec  l'élé- 
gante simplicité  qui  caractérise  le  bon  goût  et  la  raison. 

«Nous,  Messieurs,  membres  de  la  grande  famille  euro- 
péenne, et  plus  spécialement  de  cette  illustre  France  dans 
laquelle  toutes  les  sciences  sont  cultivées  avec  la  plus  grande 
affection;  de  cette  France,  patrie  de  la  plupart  des  décou- 
vertes, des  inventions  utiles,  de  la  littérature  et  des  beaux- 
arts  ,  de  l'élégance,  de  l'urbanité  et  des  mœurs  les  plus  sociales  , 
nous  partagerons  toujours  le  zèle  et  les  efforts  de  nos  devan- 
ciers et  de  nos  contemporains  :  nous  nous  tiendrons  constam- 
ment au  courant  des  connaissances  acquises,  et  nous  les 
répandrons  parmi  nos  concitoyens;  nous  favoriserons  l'intro- 
duction des  arts,  des  machines,  des  procédés  les  plus  avanta- 
geux pour  l'industrie,  pour  le  commerce,  pour  l'instruction 
publique;  nous  concourrons  au  perfectionnement  de  l'agricul- 
ture et  de  ses  produits,  à  leur  multiplication,  à  l'emploi  des 
matières  fertilisantes,  à  l'assainissement  du  territoire,  à  toutes 
les  améliorations.  En  remplissant  dignement  cette  tâche  aussi 
étendue  qu'honorable,  l'Académie  espère  captiver  la  confiance 
et  la  protection  des  magistrats,  l'estime  et  la  reconnaissance  de 
ses  concitoyens.  Elle  s'estimera  très-heureuse  si  elle  peut  dé- 
terminer les  hommes  les  plus  éclairés  parmi  eux,  les  négo- 
cians,  les  navigateurs,  les  voyageurs,  à  propager  dans  les  pays 
avec  lesquels  ils  communiquent  l'amour  des  lumières  et  le  désir 
de  la  civilisation.  » 

Le  rapport  sur  les  travaux  de  l'année  académique,  fait  par 
le  secrétaire  général ,  M.  Blanc-Dutrouilh  ,  prouve  que  l'A.ca- 
démie  a  satisfait  aux  obligations  qu'elle  s'e£t  imposées.  On  y 
remarque  une  distribution  des  récompenses  et  des  encourage- 
mens  qui  tend  à  éloigner  les  talens  médiocres  et  à  faire  entrer 
dans  la  liée  le  mérite  éprouvé.  L'Académie  laissera  désormais 
aux  concurrens  le  choix  du  sujet  pour  le  prix  de  poésie:  en 
t.  XXXVII.  —  Mars  1828.  m 


8«)2  LIVRES  FRANÇAIS. 

effet,  le  génie  du  poète  n'obéit  point  aux  programmes,  et  fuit 

souvent  à  leur  aspect. 

M.  Laterrade  ,  secrétaire  de  la  commission  d'agriculture,  a 
rendu  compte  des  travaux  de  cette  section  de  l'Académie.  On 
y  trouve  des  faits  im  port  ans,  des  résultats  qui  mettent  hors  de 
doute  les  avantages  du  mode  d'exploitation  des  forêts  proposé 
par  M.  Drouette-Richardot.  Ce  mode  d'exploitation, quoique 
plus  cher  en  apparence,  est  réellement  économique,  en  ce  que 
le  surplus  de  travail  et  de  dépense  est  plus  que  compensé  par 
le  bois  que  l'ancienne  méthode  fait  perdre,  et  dont  on  profite 
au  moyen  du  nouveau  procédé. 

L'Académie  encourage  par  d'honorables  récompenses  les  tra- 
vaux relatifs  aux  chemins  vicinaux  :  six  maires  de  communes 
rurales  les  ont  méritées  et^obtenues. 

Après  ces  rapports  satisfaisans,  l'Académie  avait  à  remplir 
de  pénibles  devoirs  :  M.  Gintrac,  médecin  ,  a  prononcé  l'éloge 
de  Pterre  Gitérin,  ancien  chirurgien  en  chef  de  l'hôpital  Saint- 
André,  dont  l'honorable  et  utile  carrière  s'est  prolongée  depuis 
1740  jusqu'en  1827. 

M.  Lacour  a  exprimé  les  regrets  de  l'Académie  sur  la  perte 
de  M.  Mazois,  architecte  (l'un  des  collaborateurs  de  la  Ueyue 
Kneyclopédiq ue) , enlevé  à  son  art,  à  cette  époque  de  la  vie  où  le 
talent  acquiert  toute  sa  force  et  sa  maturité. 

M.  Jouannet  a  terminé  la  séance  par  la  lecture  d'une  dis- 
sertation sur  des  inscriptions  funéraires  découvertes  en  1826, 
dans  le  mur  de  l'antique  enceinte  de  Bordeaux.  Ces  restes  de 
l'ancienne  population  d'une  ville  ont  un  intérêt  local  et  circon- 
scrit; hors  de  la  cité  qui  les  renferme,  on  ne  peut  plus  les  con- 
sidérer que  par  rapport  à  l'histoire;  et,  s'ils  n'apprennent  rien 
de  nouveau  ni  d'important,  ils  tombent  dans  l'oubli  :  ceux  dont 
parie  M.  Jouannet  n'éviteront  pas  cette  destinée. 

Ainsi,  l'Académie  de  Bordeaux  s'occupe  à  la  fois  de  ce  qui 
peut  convenir  et  plaire  aux  Bordelais,  e«.  de  ce  qui  est  utile  à 
tous  les  Français,  à  tous  les  hommes.  C'est  ainsi  que  les  Sociétés 
savantes  et  littéraires  acquièrent,  comme  l'a  dit  M.  Capelle,  de 
justes  droits  à  l'estime  et  à  la  reconnaissance  de  leurs  conci- 
toyens. N* 

*3/l0>  —  *  Séance  publique  delà  Société  libre  d'émulation  de 
Rouen.  Rouen,  1827;  imp.  de  F.  Baudry.  I11-80  de   1 1  5  pages. 

Ce  volume  contient  l'analyse  raisonnéedes  travaux  de  la  So- 
ciété pendant  le  cours  de  l'année  académique  qui  vient  de  s'é- 
couler, et  le  rapport  sur  la  distribution  des  prix  et  des  médailles 
d'encouragement  que  cette  laborieuse  société  décerne  tous  les  ans. 
M.  Valéry,  de  Déville  près  Rouen  ,  a  obtenu  une  médaille  d'or 


MEMOIRES  ET  R  IPPORTS.  —  ut; V.  PÉR.        861 

j)  ■  >iii-  la  fahrirationde  la  céritsc  ;  M.  \  aleiy,  après  des  expériences 

multipliées,  est  parvenu,  ce  qu'on  avait  tenté  inutilement  jus 

qu'alors,  à  produire  un  carbonate  de  plomb  comparable  à  celui 

de  Hollande,  sans  être  plus  cher;  véritable  conquête  pour  l'in- 
dustrie  du  pays,  puisque  la  céruse  dite  de  Hollande  est  l'a  base 
tic  la  plupart  des  peintures,  et  que  la  l'ranec  en  consomme 
annuellement  pour  plusieurs  millions.  Non  content  d'avoir  ob- 
tenu ces  importans  résultats,  M.  Valéry  applique  à  la  fabrica- 
tion de  la  céruse,  dont  les  manipulations  sont  des  plus  dan- 
gereuses, une  machine  ingénieuse  qui  a  l'avantage  d'économiser 
la  main  d'œuvre,  et  le  mérite  beaucoup  plus  grand  de  ménager 
la  santé  et  la  vie  des  ouvriers.  Deux  médailles  d'argent  ont 
été  décernées  à  MM.  Kiiuts  et  Daliot;  au  premier,  pour  des. 
essais  de  velours  légers  d'Allemagne,  dit  de  CrePélt ,  que  l'on 
peut  établir  au  prix  de  iofr.  l'aune;  au  second,  pour  un  per- 
fectionnement dans  le  fourneau  des  chaudières  à  vapeur  qui 
présente  une  rapidité  plus  grande  dans  l'opération  et  une  éco- 
nomie dans  le  combustible. 

Les  pièces  dont  la  Société  a  ordonné  l'impression,  et  qui  fi- 
gurent en  entier  dans  ce  recueil,  sont  :  i°  une  Notice  sur  les 
bas-reliefs  des  stalles  de  la  cathédrale  de  Rouen ,  sur  l'ancien 
poëme  intitulé  le.  Lay  d' Aristole  et  sur  son  auteur  Henry  d' Andc- 
ly ,  trouverre  normand.,  par  M.  Hyacinthe  Langlois;  2°  un  mé- 
moire de  M.  Le  Marquis  sur  le  caractère  distinctif  de  la  poésie; 
3*  une  notice  de  M.  Déville  sur  des  bas-reliefs  qui  sont  à 
Rouen  l'objet  de  l'attention  des  amis  des  arts  et  des  antiquités 
normandes  ,  et  qui  représentent  l'entrevue  de  François  Ier  et  de 
Henri  FUI  au  camp  du  drap  d'or;  le  Recueil  est  terminé  par 
un  mémoire  fort  important  de  M.  Lauesche  sur  la  distinction 
des  diverses  espèces  de  frottemens  dans  les  machines  d'horloge- 
rie ;  sur  la  nécessité  d'employer  des  corpe  gras  pour  adoucir  ces 
frottemens,  aider  la  rotation  des  pivots  des  axes  dansles  machines 
en  général  et  dans  celles  d'horlogerie  en  particulier;  surlechoix. 
et  la  préparation  de  l'huile  spécialement  destinée  aux  machines 
employées  h  la  mesure  du  teins,  mémoire  qui  a  remporté  le 
prix  de  3oo  fr.  proposé  en  1824  sur  cette  matière  par  la 
Société  d'émulation.  B.    G. 

O  uvrages  périodiques . 

34 1.  —  *  Journal  de  l'Instruction  publique ,  etc.  Paris,  1828. 
On  souscrit  au  bureau  du  journal,  rue  Saint-André-des-Arts  , 
n°  35.  Il  paraît,  trois  fois  par  mois,  un  cahier  de  trois  feuilles 

5j. 


8o4  LIVRES  FRANÇAIS. 

in-8°;   prix,  pour  Paris  et  les  départemens,  4o  fr\  pour  l'an- 
née; 22  fr.  pour  six  mois. 

666. — *  Le  Lycée t  journal  général  de  l'instruction  ,  etc. ,  etc. 
Paris  ,  1828  ;  on  souscrit  à  la  librairie  classique  de  L.  Hachette, 
ancien  élève  de  l'École  normale,  rue  Pierre-Sarrazin,  n°  18. 
Se  publie,  par  cahiers  d'environ  trois  feuilles,  le  5  et  le  20  de 
chaque  mois;  à  partir  du  5  février  dernier,  le  prix  de  l'abon- 
nement pour  Paris  et  les  départemens  a  été  réduit  à  28  fr.  pour 
un  an,  i5  fr.  pour  six  mois. 

La  Revue  Encyclopédique  s'est  toujours  fait  un  devoir  de  con- 
tribuer par  ses  annonces  à  la  publicité  des  ouvrages  pério- 
diques, toutes  les  fois  qu'elle  les  a  jugés  utiles  au  but  qu'elle 
se  propose  elle-même,  le  progrès,  des  lumières  et  de  la  civili- 
sation. Elle  peut  se  rendre  ce  témoignage  qu'elle  a  montré  en- 
vers toutes  les  entreprises  rivales,  qui,  depuis  qu'elle  existe , 
se  sont  élevées  autour  d'elle,  et  qu'elle  a  souvent  fait  naître,  un 
esprit  d'impartialité  et  de  justice  dont  on  n'a  pas  toujours  usé 
à  son  égard.  Elle  n'est  que  fidèle  à  ses  habitudes,  en  recomman- 
dant aujourd'hui  deux  journaux  consacrés  à  ce  qui  intéresse 
particulièrement  l'instruction ,  à  l'exposition  des  méthodes,  à 
l'examen  des  livres  classiques  ,  à  l'analyse  des  cours  publics,  à 
la  discussion  des  lois  et  des  règlemens  qui  régissent  nos  écoles, 
à  l'histoire  et  à  la  comparaison-  des  ctablissemens  d'enseigne- 
ment nationaux  ou  étrangers  ,  anciens  ou  nouveaux  ;  tous 
objets  auxquels  la  critique  quotidienne  ,  et  même  la  plupart  des 
recueils  semi-périodiques  ne  peuvent  accorder  qu'une  atten- 
tion nécessairement  partagée  ,  et  qui  avaient  droit  à  être  traités 
plus  spécialement.  Les  deux  journaux  que  nous  annonçons 
répondent  à  ce  besoin,  qui  s'est  fait  surtout  sentir,  lorsque 
les  efforts  contraires  des  amis  et  des  ennemis  de  l'ignorance  ont 
éveillé  les  esprits  sur  un  intérêt  bien  grave  et  trop  long-tems 
négligé.  Tous  deux  sont  rédigés  avec  soin  par  des  membres 
distingués  de  notre  Université;  le  premier ,  commencé  depuis 
plus  d'une  année,  est  parvenu  à  son  cinquième  volume;  le  se- 
cond ne  compte  encore  que  quelques  mois  d'existence,  et  ne 
peut  opposer  à  la  collection  de  son  concurrent  qu'un  seul 
volume;  mais  peut-être  compense-t-il  sa  nouveauté  par  un  es- 
prit plus  décidé  ,  une  rédaction  plus  originale.  Du  reste,  nous 
ne  voulons  point  établir  une  comparaison  dont  une  plus  longue 
épreuve  préparera  les  élémens.  Le  tems  fixera  le  rang  des  deux 
recueils  ,  et  peut-être,  ce  que  nous  désirons  pour  leur  succès 
et  leur  durée,  amènera-t-il  entre  eux  une  réunion  dont  ils  pro- 
fiteraient également.  X. 


LIVRES  EN  LANGUES  ETRANGERES,  rrc.      8d5 
Livres  en  langues  étrangères ,  imprimée  en  France. 

\\S.  —  The  life  <><  Thomas  Egerton  ,  etc.  —  Vie  de  Thomas 
Êgerton\  suivie  de  Lettres  inédites  smt  l'époque  à  laquelle  il 
fut  grand  chancelier  d'Angleterre,  publiées  par  Francis  Henri 
Sgerton,  comte  Bridgevrater.  Paris,  1828.  In-4°  de  5o8  pag. 
(Ne  se  vend  point.) 

Si  l'orgueil  de  la  naissance  pouvait  être  permis,  ce  serait 
surtout  aux  hommes  qui  n'ont  vu  clans  une  longue  suite  d'aïeux 
qu'un  motif  de  plus  de  s'illustrer  par  eux-mêmes.  Lord  Francis 
Egerton,  à  qui  l'on  doit  la  publication  du  volume  que  j'an- 
nonce, pouvait  être  fier  du  nom,  du  rang  et  de  l'ancienneté 
de  sa  famille.  Tous  les  genres  d'illustration  s'y  trouvaient  réu- 
nis. Sa  maison  remonte,  en  Angleterre,  au  tems  de  la  con- 
quête; plus  tard,  ses  aïeux  allaient  mourir  avec  honneur  sous 
les  murs  de  Saint-Jean  d'Acre,  ou  triompher  avec  éclat  dans  les 
champs  d'Azincourt.  Leur  nom  s'allie  même  à  la  majesté  du 
sang  royal  ;  une  des  aïeules  de  lord  Egerton  s'est  assise  sur  le 
trône  de  France;  un  de  ses  ancêtres  avait  pour  père  Edouard  III. 
D'illustres  chanceliers,  de  savans  prélats,  ont  mêlé  leur  gloire 
pacifique  à  celle  des  guerriers  ;  et ,  comme  si  lord  Egerton  de- 
vait associer,  aux  souvenirs  d'une  antique  origine,  ce  qui  mé- 
rite le  mieux  l'estime  et  la  reconnaissance  des  tems  modernes, 
tout  près  de  l'âge  actuel,  son  oncle,  le  duc  de  Bridgkwater , 
ouvrit  à  l'Angleterre  une  source  de  richesses  intarissable,  en 
multipliant  les  canaux  qui  traversent  aujourd'hui,  dans  tous 
les  sens,  son  territoire. 

Possesseur  indolent  de  tant  de  titres,  un  autre  se  serait  cru 
dispensé  d'en  acquérir  de  nouveaux.  Il  aurait  vécu  sur  la  gloire 
de  ses  ancêtres,  comme  de  riches  oisifs  se  contentent  des  biens 
amassés  par  leurs  pères.  Lord  Egerton,  aujourd'hui  comte  de 
Bridgewater,  n'en  jugea  point  de  même.  Il  pensa  qu'on  devait 
ajouter  quelque  chose  à  la  renommée  de  ses  aïeux,  si  l'on  n'en 
voulait  pas  être  accablé.  Les  siens  avaient  rendu  leur  nom 
célèbre  dans  les  armes,  dans  la  magistrature  et  dans  l'église; 
dans  l'exercice  des  grands  emplois,  dans  les  travaux  d'une 
industrie  bienfaisante:  il  chercha  la  gloire,  moins  éclatante 
peut-être  ,  mais  plus  personnelle  ,  que  procure  la  culture  des 
lettres;  et  cette  gloire  qu'il  ambitionnait  ne  fut  point  rebelle 
à  ses  vœux. 

Elevé  dans  un  des  nombreux  collèges  d'Oxford  ,  il  y  plaça 
bientôt  son  nom  à  côté  des  noms  fameux  dont  les  fastes  uni- 
versitaires gardent  la  mémoire.  On  le  cita  de  bonne  heure 
p-armi  les  jeunes  étudia ns  qui  cultivaient  avec  le  plus  de  succès 


8o6  LIVRES  EN  LANGUES  ETRANGERES 

les  muses  grecques  et  latines.  Le  français,  l'italien,  l'espagnol 
et  même  les  idiomes  de  l'Orient  lui  devinrent  également  fami- 
liers. Réunissant  tous  les  genres  de  mérite,  poète,  historien  , 
philosophe,  économiste,  on  le  vit  publier  tour  à  tour  une  vie 
du  chancelier  Thomas  Egerton  ,  des  leçons  sur  Euripide ,  de* 
Lettres  .sur  la  navigation  intérieure  ;  et  ses  ouvrages  ont  tour  à 
tour  excité  l'intérêt  des  érudits,  des  biographes  ou  des  hommes 
les  plus  occupés  de  sciences  politiques,  dans  leurs  rapports  avec- 
la  prospérité  des  nations. 

Le  nombre  est  peu  considérable  de  cerçx  qui  peuvent  allier 
ainsi  le  savoir  à  l'esprit,  et  la  connaissance  des  choses  utiles  au 
goût  des  lettres  et  des  beaux-arts.  Pour  lord  Egerton,  un  ta- 
bleau précieux,  un  marbre  antique,  une  médaille  rare  ,  un 
manuscrit  peu  connu  ,  devenaient  également  un  sujet  d'étude. 
Ses  voyages  accrurent  encore  en  lui  ce  désir  ardent  d'apprendre 
et  de  connaître.  En  Espagne ,  en  France,  en  Italie,  les  plus 
belles  années  de  sa.jeunesse  furent  employées,  dans  le  cabinet 
des  savans,  à  profiter  de  leurs  entretiens;  dans  les  musées,  à 
classer  avec  goût  les  monumens  de  l'antiquité;  dans  les  biblio- 
thèques, à  comparer  les  textes  différens  des  auteurs  les  moins 
illustrés.  C'est  à  ce  continuel  besoin  d'ajouter  aux  trésors  d'une 
immense  érudition,  c'est  surtout  aux  heures  laborieuses  qu'il 
a  passées  dans  la  Bibliothèque  royale  à  Paris ,  qu'on  doit  la  pu- 
blication du  volume  dont  je  rends  compte. 

Le  rang  que  tenaient  les  ancêtres  de  lord  Egerton  avait  mul- 
tiplié leurs  rapports  avec  les  plus  grands  personnages  de  chaque 
époque.  Il  est  flatteur  de  pouvoir  compter  comme  lui  des  lettres 
d'ambassadeurs,  de  cardinaux',  de  princes,  de  premiers  mi- 
nistres, de  rois  et  d'empereurs,  parmi  ses  papiers  de  famille. 
Cette  collection  précieuse  pour  l'histoire  était  cependant  peu 
de  chose ,  si  on  la  compare  à  celle  qu'il  a  formée  lui  même 
dans  le  domaine  d'Ashridge,  en  Angleterre.  Il  en  a  rassemblé 
les  élémens,  à  grands  frais,  dans  toutes  les  contrées  de  l'Eu- 
rope, et  l'on  conçoit  à  quel  point  lord  Egerton,  avec  sa  fortune 
et  son  savoir,  a  dû,  depuis  quarante  ans,  augmenter  les  richesses 
de  cette  collection.  Il  suffit,  pour  s'en  faire  une  idée,  de  par- 
courir, dans  le  volume  que  j'ai  sous  les  yeux,  la  seule  table  des 
autographes  que  renferme  Je  musée  d'Ashridge.  On  y  trouve  dis 
lettres  d'J/nurath  III,  empereur  des  Turcs,  et  de  saint  J'iuct/it 
de  Paul;  de  Galilée  et  de  mademoiselle  de  Gournar;  de  Fran- 
çois de  Lesdiguières ,  dernier  connétable  de  France,  et  de  ce 
duc  de  Guise  que  le  fanatisme  religieux  assassina  sous  les  murs 
d'Orléans;  de  Marguerite  de  /'(dois  et  de  Ilrianca  Caf.cllo,  toutes 
deux    célèbres  par    leur  beauté  et  leur    galanterie  ;  du   poetv 


IMPRIMES  EN  IT.ANCE.  807 

Rnnsnnl ,  de  /V^///  l'antiquaire  Ct  du  bel  esprit  Voilure  ;  du 
président  cfè  Thon  dotM  6d  bite  souvent  l'histoire  latine,  et 
d' Honore  tC (  rfc ,  presque  aussi  connu  par  ses  romans;  enfin, 
de  dois  hommes  que  de  rares  vertus,  un  pouvoir  tyrannique 
ou  de  grâtlds  talens  militaires  présentent  à  l'amour,  à  la  haine 
ou  bien  au  respeei  dessièeles,  .S',v/Yr,  Rit  helieii  ell'urenne. 

Mais  on  remarque  surtout,  dans  eette  collection  formée  à  si 
grands  frais,  et  classée  avec  tant  de  méthode  par  lord  Egcï  Ion, 
sept  lettrés  (X1  Henri  111 ,  a/tarante  d'Henri  I V et  dix  ou  douze 
lettres  dé  ces  princes  de  Lorraine  qui  menacèrent  si  long- teins  la 
couronne  et  la  vie  de  tous  ùew^  C'est  sur  l'époque  pendant  la- 
quelle ils  régnèrent  l  un  et  l'autre  qu'on  trouve  le  plus  de  pièces 
inédites  dans  le  volume  que  j'annonce.  Elles  viennent  en  partie 
de  la  collection  de  l'auteur,  en  partie  des  recherches  qu'il  a 
faites  dans  la  Bibliothèque;  royale  récrites  par  /Varie  Smart , 
Henri  III,  Elisabeth,  parMM.de  Cliateauneuf  q\  de  Êéifièvré, 
ambassadeurs  de  France  en  Angleterre  ,  ces  lettres  font  con- 
naître les  intérêts  des  cours  à  cette  époque  ,  le  caractère  des 
souverains  ,  l'esprit  de  leurs  agen;  ct  la  duplicité  de  leur 
politique. 

Au  nombre  de  ces  lettres,  on  en  trouve  une  dans  laquelle 
Marie  Stuart  déjà  captive,  Marie  Stuart,  femme  ,  épouse,  reine 
et  mère  infortunée,  donne  à  Fambassadeur  de  France  à  Londres 
les  plus  touchons  détails  sur  les  rigueurs  de  sa  prison.  On  ne 
peut'  l'ire  aussi,  sans  s'y  arrêter,  Une  dépêche  que  M.  de  Segiir9 
alors  ambassadeur  du  roi  de  Navarre  qui  fut  depuis  Henri  IV, 
adresse  au  roi  d'Ecosse,  {ils  de  Marie  Stuart.  «  Sire,  recher- 
chez, lui  dit  il,  les  moyens  d'employer  les  grâces  que  Dieu  a 
mises  en  Vous.  Il  s'en  présente  tant  d'occasions  !  mais  surtout, 
je  vous  supplie,  tenez  pour  suspects  tous  les  conseils  qui  vous 
seront  donnés  par  MM.  de  Guise,  roi  d'Espagne  et  tous  pa- 
pistes. Ils  ont  de  merveilleux  artifices;  mais  croyez  que,  lors- 
qu'ils vous  montreront  le  plus  de  bonne  affection  ,  c'est  lors- 
qu'ils tacheront  de  vous  ruiner;  ils  ont  porté  malheur  à  tous 
ceux  qui  se  sont  fiés  en  eux;  vous  ct  le  roi  de  Navarre  en  avez, 
en  vos  plus  proches,  de  bons  exemples  :  fuyez- les  donc  comme 
peste,  car  ils  font  profit  de  tout  et  portent  malheur  à  tous.  » 
Plusieurs  lettres  aussi  curieuses  suffiraient  pour  donner  un  vé- 
ritable intérêt  à  eette  publication. 

En  répandant  des  clartés  nouvelles  sur  cette  sombre  époque 
des  teins  modernes,  lord  Egerton  a  rendu  un  service  impor- 
tant à  l'histoire.  L'idée  d'être  utile,  en  quelque  chose  que  ce 
soit  ,  est  un  des  plus  doux  plaisirs  qu'il  puisse  goûter  aujour- 
d'hui.  Les  lettres   qui    furent   si  long-tems  pour  lui  le  plus 


808  LIVRES  EN  LANGUES  ÉTRANGÈRES ,  etc. 
agréable  délassement,  le  soutiennent,  le  consolent,  le  raniment 
encore,  dans  l'état  de  souffrance  où  ses  infirmités  l'ont  jeté. 
Ce  n'est  plus  cet  homme  robuste  ,  intrépide ,  adroit  £  tous  les 
exercices ,  qui  se  plaisait  à  fendre  à  la  nage  les  eaux  d'un  fleuve 
rapide,  à  dompter  un  cheval  fougueux,  à  lancer  un  char  léger 
qu'il  guidait  lui-même  d'une  main  ferme,  sur  la  pente  d'une 
montagne  ,  aux  bords  d'un  précipice  :  de  longues  douleurs  ont 
épuisé  ses  forces;  mais  ce  front  pâle  se  colore  soudain,  ses 
yeux  éteints  brillent  tout  à  coup  du  feu  le  plus  vif,  au  souvenir 
d'une  grande  pensée,  au  récit  d'une  belle  action.  On  sent 
qu'une  sensibilité  prompte  et  qu'une  âme  noble  vivent  encoïc 
profondément  dans  ce  corps  qui  semble  affaibli  par  les  ans. 

Après  l'esprit  qui  est  une  si  brillante  émanation  de  l'intelli- 
gence céleste ,  rien  sur  la  terre  n'en  rappelle  mieux  le  souvenir 
et  l'image  que  la  bonté.  Ce  besoin  d'aider  ses  semblables  est 
peut-être  le  plus  noble  penchant  dés  cœurs  vertueux.  Mais, 
au  déclin  de  l'âge,  la  bonté  prend  encore  un  caractère  plus 
touchant.  Naturels  à  la  jeunesse,  ces  mouvemens  si  chaleureux 
de  bienveillance  et  d'humanité  passent  quelquefois  avec  elle. 
Il  y  a  des  cœurs  que  l'âge  attriste  et  resserre.  Il  est  au  contraire 
des  hommes  rares  en  qui  le  désir  d'obliger  croît  avec  les  années, 
et  qui ,  malheureux  eux-mêmes  et  réduits  au  plus  cruel  état 
de  souffrance ,  ne  s'en  croient  que  plus  de  droits  à  soulager  le 
malheur.  Qu'il  est  beau  de  verser  encore  des  bienfaits  d*upe 
main  tremblante,  et  que  la  pitié  paraît  respectable  sous  les 
cheveux  blancs  d'un  vieillard  ! 

On  ne  pourrait,  sans  trahir  les  plus  chers  secrets  de  lord 
Egerton ,  compter  les  indigens  qu'il  a  secourus ,  les  malheurs 
qu'il  a  consCiés,  les  larmes  dont  il  a  tari  la  source;  mais  on 
peut  lui  répéter  du  moins  ces  deux  vers  anglais  qui  furent  écrits 
pour  un  de  ses  parens ,  comme  lui ,  comblé  des  titres  les  plus 
éminens,  et  qui,  comme  lui,  se  plaisait  à  répandre  de  nom- 
breux bienfaits: 

Thèse  honours  Egerton  were  ail  thine  own  ; 

The  rest  where  honours  horrow'd  from  the  throne  î 

«  Ces  honneurs  ,  cet  éclat ,  tu  les  dois  à  toi-même  : 
Le  reste  est  un  reflet  tombé  du  diadème...  » 


IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET    LITTÉRAIRES. 


AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE. 

ÉTATS-UNIS. 

Missouri.  —  Exploitation  des  mines  de  plomb  sur  la  rivière 
de  la  Fièvre  (  Fever-iïver  ). —  Cette  exploitation,  qui  avait 
éprouvé  d'abord  de  très-grandes  difficultés ,  est  maintenant  en 
pleine  activité.  En  i8-23  on  n'avait  extrait  que  100,000  kil.  de 
minerai;  en  1827,  l'extraction  s'est  élevée  à  2,640,000  kil.,  et 
doit  s'élever  encore  beaucoup  plus  haut.  L'espoir  des  entre- 
preneurs se  manifeste  déjà  par  les  symptômes  ordinaires,  les 
prétentions  au  monopole;  il  est  question  de  demander  au  con- 
grès que  les  droits  sur  l'importation  du  plomb  soient  aug- 
mentés. Ces  demandes,  qui  se  renouvelleront  probablement 
autant  de  fois  qu'une  industrie  nouvelle  obtiendra  quelque 
succès  remarquable,  donnent  lieu  à  quelques  observations  sur 
la  nature  du  gouvernement  fédératif.  Dans  un  tel  gouverne- 
ment est-il  permis  à  l'autorité  centrale  d'imposer  tous  les  États 
an  profit  d'un  seul,  ou  du  plus  petit  nombre?  N'est-il  pas  im- 
périeusement prescrit  à  cette  autorité  centrale,  par  l'autorité 
supérieure  de  la  raison  ,  de  se  renfermer  dans  les  limites  de 
ce  qui  intéresse  véritablement  toute  la  république,  sans  dis- 
tinction d'États?  Des  questions  analogues  se  sont  déjà  présen- 
tées plus  d'une  fois,  et,  il  faut  le  dire,  le  congrès  les  a  réso- 
lues avec  sagesse;  il  s'est  montré  jusqu'à  présent  tel  qu'on  se 
plaît  à  imaginer  le  gouvernement  institué  pour  le  peuple,  et 
digne  de  présider  à  ses  destinées.  Lorsque  la  haute  administra- 
tion est  aussi  digne  de  confiance,  les  erreurs  des  particuliers  ne 
portent  aucun  préjudice  :  on  a  beau  réclamer  des  privilèges, 
des  monopoles,  les  droits  delà  nation  demeurent  intacts ,  la 
justice  et  la  liberté  n'ont  rien  à  craindre;  le  commerce  est 
constamment  protégé,  au  lieu  d'être  soumis  aux  gènes  de 
toutes  sortes  dont  quelques  intérêts  mal  compris  voudraient 
l'embarrasser.  N. 

Relations  commerciales  avec  la  France.  —  On  remarque 
le  passage  suivant  dans  la  Note  adressée  par  le  président 
des  États-Unis  au  Sénat  et  à  la  Chambre  des  représentant  : 


8 1  o  V  M  ÊRIQUE  SEPTENTRIONALE.— ASIE. 

Notre  commerce  avec  la  France  n'a  cessé  de  s'accroître  de- 
puis la  suppression  dos  droits  qui  pesaient  sur  ses  vaisseaux 
el  sur  les  nôtres.  Nous  aimons  tout  ce  qui  peut  nous  rapprocher 
de  la  France.  Ses  relations  politiques  avec  nous  sont  nées  avec 
notre  indépendance.  Son  souvenir  se  joint  à  celui  de  la  lutte 
à  laquelle  nous  devons  une  existence  nationale.  Rien  ne  sau- 
tait l'effacer,  et  nous  sommes  heureux  de  penser  qu'elle  le 
conserve  aussi.  » 

ASIE. 

De  V  esclavage  dans  I'Inde.  — Le  Journal  asiatique  [Asiatic 
journal)  donne,  dans  son  cahier  du  mois  d'août,  des  rensei- 
gnemens  assez  curieux  sur  l'état  de  l'esclavage  dans  l'Inde; 
ils  nous  font  voir  à  quel  point  une  institution  quelconque 
peut  être  modifiée  par  les  mœurs  et  le  caractère  des  peuples 
qui  la  reçoivent.  L'esclavage  en  lui-même  est  injuste  et  im- 
moral; il  est  atroce,  si  vous  l'établissez  chez  un  peuple  éner- 
gique et  violent;  les  esclaves  mordent  sans  cesse  le  joug;  les 
maîtres  l'appesantissent  sans  cesse;  ce  n'est  plus  qu'une  alter- 
native continuelle  et  sanglante  de  révoltes  et  de  supplices. 
Mais  si  une  nation  douce,  molle  et  tranquille  a  reçu  cette 
même  institution  ,  l'apathie  mutuelle  des  maîtres  et  des  esclaves 
concourt  à  rendre  la  dépendance  aussi  supportable  qu'elle  peut 
l'être.  Les  maîtres  trouveraient  fatigant  d'user  de  leur  pou- 
voir; les  esclaves  trouveraient  plus  fatigant  encore  d'avoir  un 
libre  arbitre.  Dans  les  contrées  où  régnent  les  habitudes  d'in- 
dolence et  de  contemplation  ,  celui  qui  renonce  à  diriger  son 
existence  active  est  plus  touché  du  repos  qu'il  s'assure  que  de 
l'avilissement  auquel  il  se  soumet.  Le  Journal  asiatique  s'oc- 
cupe surtout  de  l'esclavage  dans  le  Décati  et  les  provinces 
adjacentes.  Voici,  d'après  lui,  quelques  unes  des  causes  qui 
contribuent  à  le  maintenir:  Un  créancier  a  le  droit  de  faire 
son  esclave  d'un  débiteur  insolvable  ;  mais  cette  coutume  est 
rarement  observée,  à  moins  que  le  débiteur  ne  soit  un  cooubce 
(de  la  caste  de  laboureurs),  et  le  créancier  un  brame.  Dans 
les  tems  de  famine,  lorsqu'un  père  ne  sait  plus  comment  sub- 
venir à  l'existence  de  ses  en  fans,  il  sacrifie  souvent  leur  liberté 
pour  les  arracher  à  une  mort  certaine.  Cet  usage  est  une  grande 
ressource  pour  les  Iiidous,  et  l'on  ne  voit  pas  comment  l'on  y 
suppléerait.  La  famine  porte  même  des  hommes  faits  à  quitter 
le  pays  où  elle  règne ,  à  se  mettre  à  la  suite  des  marchands  qni 
voyagent,  et  à  faire  un  accord  avec  eux,  par  lequel  ceux-ci 
s'engagent  à  les  nourrir  et  acquièrent  en  retour  le  droit  de  les 
vendre.  A  la  vérité,  on  a  vu  ces  mêmes  hommes  vouloir  rompre 


Asir.    ei  aopi  a™ 

l'accord  lorsqu'ils  étaienl  arrivés  dans  un  pays  où  ils  .w 
les  moyens  (!<•  subsister  par  eus.  mémest  <  mi  trouve  aussi,  pai  mi 
tin v es,  <lt ts  tu l . 1 1 1 s  dérobas  à  leur  Pamille  <i  vendus  ;i  une 
grande  distance  aVs  [endroit  où  Us  sont  aies»  Tontes  ces  diffé 
? cnics  elasses  son!  traitées  avec  ane  égale  douceur.  Les  cscia«  ps 
sont  regardés  comme  des  domestiques  héréditaires;  oa  leur 
permet  de  se  marier,  et  !<•  mariage  est  considéré  comme  un 
affranchissement.  En  outre,  <>n  donne  souvent!  la  Kberté  aux 
jeunes  gens  parvenus  à  l'adolescence.  Les  cbatimens  sont  rares ^ 
chea  les  Ma  rat  tes,  il  était  permis  d'eu  infliger,  maison  était 
sévèrement  puni  si  la  mort  s'ensuivait.  Il  était  permis  aussi   de 

vendre  .ses  esclaves;  mais  OU  attachait  ,  dans  II  s  classes  élevées, 
une  soi  le  de  houle  a  l'exercice  <!••  ce  droir. 

Malgré  ce  système  de  douceur,  et  quoique  les  esclaves  eux- 
mêmes,  et  surtout  bs  femmes,  aient  souvent  refusé  la  liberté 
qu'on  leur  offrait ,  on  n'en  doit  pas  moins  désirer  qu'une  pareille 
COUtIUlie  soit  abolie.  I\ile  peut  n'être  pas  toujours  atroce,  mais 
elle  est  toujours  avilissante.  Nous  voyons  donc  avec  plaisir  que, 
dans  plusieurs  cantons,  elle  tombe  en  désuétude,  et  (pie  Ton 
peut  la  regarder  comme  complètement  abolie  dans  lile  de 
(leylan.  Sir  .//<  -.ramier  Johnson,  lorsqu'il  était  chef  de  la  justice.' 
dans  cette  ile  ,  proposa  v,n  plan  d'émancipation  qui  fut  promp- 
tement  adopté  par  les  propriétaires.  Ils  décidèrent  qu'à  partir 
du  16  août  1816,  tous  les  enfans.  nés  dans  l'esclavage  devien- 
draient libres  Ils  formèrent  un  comité  pour  la  rédaction  dos 
règlemens  nécessaires  pour  effectuer  cette  importante  réforme; 
et  le  premier  de  ces  règlemens  fut  que  les  maîtres  consacre- 
raient une  somme  a  ces  nouveaux  affranchis  pour  leur  pro- 
curer des  moyens  d'existence  jusqu'à  ee  qu'ils  eussent  atteint 
l'âge  de  quatorze  ans,  âge  auquel  on  les  regardait  comme  en 
état  de  se  suffire  à  cux-n.cmcs.  L.  L.  O. 

EUROPE. 
GRANDE-BRETAGNE. 

Po/iee  de  Londres  ,  et  R*( formation  de  la  législation  an- 
glaise. —  Lorsque  le  ministère,  formé  sous  l'influence  de 
Mi  (amuing,  a  été  renversé  après  la  mort  de  ce  grand  homme 
d'État  ,  unejseule  chose  3  pu  contre-balance»-,  jusqu'à  un  certain 
point  du  moins*,  'a  fâcheuse  impression  produite  par  l'arrivée 
au  pouvoir  des  anciens  tory  S  ;  nous  voulons  parler  de  la  rentrée 
de  AI.  Pkkl  au  ministère.  Tous  ecu\  qui  s'intéressent  à  la  ré- 
formation des  lois  en  Angleterre  n avaient  poil  t  oublié  que 


Bia  EUROPE. 

M.  Peel  avait ,  à  plusieurs  reprises  ,  fait  les  plus  louables  efforts 
pour  obtenir  cet  heureux  résultat,  particulièrement  pour  ce 
qui  concerne  la  législation  criminelle.  En  effet,  à  peine  ce  mi- 
nistre avait-il  repris  les  rênes  de  l'administration  de  l'intérieur, 
qu'on  l'a  vu  faire  dans  le  parlement  une  motion  de  la  plus  haute 
importance,  relative  à  la  police  de  la  métropole.  Le  discours 
qu'il  a  prononcé  dans  la  séance  de  la  chambre  des  communes, 
le  28  février  dernier,  contient  un  passage  très-curieux  sur 
les  rapports  qui  existent  entre  les  crimes  et  les  délits  commis  à 
Londres  et  à  Paris.  Nous  allons  mettre  ce  passage  sous  les  yeux 
de  nos  lecteurs:  il  complétera  les  détails  que  nous  nous  étions 
déjà  procurés  sur  cet  important  sujet.  (Voy.  Rev.  Enc. ,  t.  xxxiv, 
pag.  36o  et  753  ,  et  ci  -  dessus,  pag.  2  53  et  263  ,  cahier  de 
janvier). 

«  Je  vais  faire  la  lecture,  dit  M.  Peel,  de  quelques  extraits 
déposés  sur  le  bureau  de  la  chambre,  concernant  les  prison- 
niers et  les  condamnés,  tant  de  Londres  que  deMiddlesex  (un 
des  comtés  où  une  partie  de  Londres  est  située).  En  1820, 
leur  nombre  était  de  2,773;  en  1821,  4>48°  ;  en  1822  ,  2,53o; 
en  1823,  2,5o3.  La  chambre  observera  que  ce  nombre  varie. 
Le  nombre  de  1823,  comparé  à  celui  de  1820,  donne  une  dif- 
férence de  270.  En  1824,  il  y  a  eu  une  augmentation  de  4,5o3 
à  2,621  :  je  ne  fais  ici  mention  que  degrands criminels.  En  i8a5, 
ce  nombre  a  été  de  2,902.  En  1826,  il  s'est  rapidement  élevé 
à  3,457.  L'augmentation  de  cette  année  a  été  si  considérable, 
que  la  petite  diminution  qu'il  y  a  eu  en  1827  ne  peut  fournir 
aucun  motif  de  nous  dispenser  de  cette  enquête.  Cependant , 
en  considérant  cette  grande  accumulation  de  crimes,  on  a 
quelque  satisfaction  de  voir  qu'il  y  en  a  très-peu  d'un  grave 
caractère;  que  les  assassinats  ont  été  rares,  et  que  les  crimes 
dont  ces  rapports  font  mention  concernent  principalement  la 
propriété.  On  se  rappellera  qu'en  1820  ce  nombie  a  été  de 
2,773,  et  en  1826  de  3,457,  faisant  une  différence  de  684. 
Dans  la  classe  des  offenses  appelées  simples  larcins  (/arcenîes  ) , 
leur  nombre  était  en  1820  de  i,384 ,  et  en  1826  de  2,1 18;  ce 
qui  fait  une  différence  de  734.  Mais  on  remarque,  dans  tous  les 
nombres  des  crimes  commis  dans  ces  années,  une  différence 
de  684.  D'où  il  est  évident  que  le  crime  de  larcin  a  non-seule- 
ment rempli  cette  différence  ,  mais  qu'il  l'a  même  outrepassée  ; 
ce  qui  prouve  que  les  autres  espèces  de  crimes  ont  dû  avoir  di- 
minué dans  cet  intervalle.  Depuis  quelque  tems ,  j'ai  pris  des 
mesures  pour  obtenir  des  informations  sur  l'augmentation  des 
crimes  dans  les  grandes  villes  du  continent.  La  \ariation  ob- 
servée dans  le  nombre  (1rs  crimes,  comparée  avec  la  popula- 


GRANDE-BRKTAC.INE.  Ki3 

tion  dans  différentes  parties  de  la  France,  est  vraiment  cu- 
rieuse. H  y  a  un  département  dans  ce  pays,  dans  lequel  le 

nombre  des  accusés  est,  à  l'égard  du  nombre  total  de  la  popu- 
lation, comme  i  à  1000;  et  il  y  en  a  un  autre  où  cette  pro- 
portion est  comme  i  à  27,342  :  tels  sont  les  points  extrême*  et 
les  proportions.  Ce  département  est  sans  doute  celui  où  les 
crimes  sont  le  plus  fréquens,  et  l'autre  celui  où  il  s'en  com- 
met le  moins.  J'ai  examiné  les  rapports  concernant  la  popula- 
tion et  le  nombre  des  crimes  commis  à  Londres  et  dans  Middle- 
sex  en  1821  et  dans  les  années  subséquentes,  et  je  prendrai 
la  permission  de  fixer  l'attention  de  la  chambre  sur  quelques 
détails. 

«  En  1821 ,  la  population  de  Londres  et  de  Middlesex  était 
ainsi  qu'il  suit  : 

Londres 1 25,434  habitans. 

Westminster 182,085 

Middlesex 837,012 

Total.  .  .  .     i,i/44,53i 

«Telle  était,  messieurs,  la  population  de  la  métropole  en  1 82 1 . 
Je  vais  maintenant  vous  entretenir  des  rapports  des  prisonniers 
criminels  pendant  les  trois  années  subséquentes  à  cette  période; 
et  je  trouve,  pendant  les  années  1823,  1824  et  1825,  que  le 
nombre  ordinaire  (average  anumnt)  des  prisonniers  dans  la 
métropole,  durant  ces  trois  années,  a  été  de  2,700  (par  an).  En 
comparant  ce  nombre  avec  celui  des  habitans  de  1821,  on  trou- 
vera que  cette  proportion  sera  un  individu  (prisonnier)  sur  423 
habitans. 

«  Mais  si  nous  descendons  à  une  période  plus  rapprochée,  ou 
remarquera  que  le  nombre  des  prisonniers  est  considérable- 
ment augmenté,  et  que  cette  augmentation,  pendant  les  deux 
dernières  années,  s'élève  pour  chaque  année,  l'une  dans  l'autre  , 
à  3,4oo;  et  en  supposant  que  la  population  ait  été  pendant 
cette  période  de  1,000,000  d'âmes,  la  proportion  du  nombre 
des  prisonniers,  comparé  au  nombre  entier  des  habitans,  sera 
comme  1  à  l'égard  de  38o.  Ainsi  un  individu  sur  38o  a  été  mis 
en  prison  sous  l'accusation  de  quelque  crime.  La  comparaison 
que  j'ai  faite  entre  le  nombre  des  crimes  commis  à  Londres  et 
à  Paris,  eu  égard  à  la  population  de  l'une  et  l'autre  de  ces 
villes,  paraît  être  évidemment  en  faveur  de  cette  dernière; 
car,  suivant  les  évaluations  que  j'ai  faites,  le  nombre  des  accu- 
sés a  été  à  Paris,  en  1821,  800  sur  821,000  individus,  ce  qui 
fait  un  individu  sur  1,022;  taudis  qu'à  Londres  ce  nombre  a 


S),  EUROPK. 

été  %i%o6  sur  une  population  i\e  i, 3oo,ooo  âmes,  ce  qui  fait 
un  individu  sur  38o.  Néanmoins,  il  y  a  quelques  corrections  à 
faire  dans  ces  évaluations;  car  les  accusations  pour  ce  qui  con- 
cerne Paris  n'embrassent  que  celles  qui  ont  eu  lieu  devant  Ja 
cour  d'assises ,  sans  comprendre  les  individus  accusés  devant  les 
tribunaux  inférieurs  (correctionnels),  tandis  que  les  rapports 
des  prisonniers  de  Londres  comprennent  tous  ceux  qui,  en  1 826 
et  1827,  ont  été  envoyés  en  prison  .  accusés  de  quelques  crimes 
pendant  cette  même  période. 

«  Le  nombre  des  accusés  devant  la  police  correctionnelle  a 
été,  en  1826,  de  4j«132,  dont  1,206  étaient  accusés  de  vol. 
Ainsi  bien  certainement,  en  faisant  une  évaluation  des  crimes 
respectifs  des  deux  villes,  ces  1,206  individus  doivent  être 
compris  dans  le  nombre  des  criminels  mis  en  prison  à  Paris.  Si , 
par  conséquent,  nous  ajoutons  ces  1,206  accusés  de- vol  aux 
8o4  criminels  de  1825  ,  criminels  qui  ont  comparu  devant  la 
cour  d'assises,  nous  aurons  le  nombre  2,010  des  accusés  ou 
prisonniers  de  Paris  pendant  cette  période;  et  en  évaluant 
la  population  de  cette  capitale,  pendant  la  même  année,  à 
821,000  âmes  ,  nous  trouverons  que  la  proportion  des  accusés 
ou  des  criminels  à  l'égard  du  nombre  des  habitans  sera  comme 
1  à  4 10;  et  nous  trouvons  que  le  nombre  ordinaire  à  Londres 
des  prisonniers,  dans  les  années  1823,  182/,  et  1 825  ,  s'est  élevé 
à  2,700,  ou  comme  1  à  l'égard  de  4^3,  sur  l'entière  population  , 
tandis  que  cette  proportion  a  été  à  Paris  ,  dans  l'année  que 
nous  avons  citée,  comme  1  à  l'égard  de  fiio,en  sorte  que  la  ba- 
lance serait  en  notre  faveur. 

«  Malheureusement,  le  nombre  des  prisonniers  a  considéra- 
blement augmenté  dans  les  années  1826  et  1827  ,  ce  qui  détruit 
cette  proportion,  le  nombre  des  prisonuiers  s'étant  augmenté 
jusqu'à  2,400,  chaque  année,  ce  qui  fait  un  dividende  à  l'égard 
de  38o,  et  nous  place  sous  un  point  de  vue  moins  favorable 
<]ue  la  France.  » 

Alors,  l'honorable  M.  Peel  fait  la  motion  suivante  :  qu'on 
nomme  un  comité  particulier  pour  faire  une  enquête  sur  les 
causes  de  l'augmentation  des  crimes,  ainsi  que  sur  l'accroisse- 
ment des  prisonniers  dans  les  cités  de  Londres  et  de  Westmins- 
ter; il  propose  aussi  d'examiner  l'état  de  la  police  de  la  mé- 
tropole et  des  districts  limitrophes  pour  en  faire  un  rapport  à 
la  chambre. 

Après  une  très-longue  discussion  ,  cette  motion  est  adoptée, 
et  vingt-quatre  membres,  à  la  tète  desquels  se  trouve  M.  Peel , 
sont  nommés  pour  foi  mer  le  comité  demandé. 

La  réformation  des  lois  civiles  a  également  occupe  la  chambre 


GRANDE-BRETAGNE.— RI  SSIE.  -POLOGNE.  Bil 
drs  communes  au  commencement  de  cette  session.  Dans  la 
séance  du  7  février  dernier*,  M.  Brottghah  a  prononcé  un  dis 

rouis,  qui  a  dure  si\  heures,  sur  l'étal  actuel  de  II  législation 

et  sur  l'administration  de  la  justice  en  Angleterre,  li  a  terminé 
par  engager  I;»  chambre  à  faire  une  adresse  ail  toi,  à  l'effet  de 

le  prier  de  nommer  une  commission  chargée  de  procéder  a  une 

enquête  sur  ee  sujet. 

Tous  les  efforts  des  hommes  les  plus  éclairés  de  l'Angleterre 
finiront  sans  doute  par  triompher  des  préjugés  aveugles  <■(  de 

la  routine  invincible  qui ,  jusqu'ici ,  se  son!  constamment  oppo- 
sés à  la  réformation  partielle  OU  générale  de  la  vieille  législa- 
tion anglaise.  A.  T. 
RUSSIE. 

Moscou.  —  1/ Université  a  tenu,  cette  année  (  1827  )  1  sa 
séance  solennelle,  !e  27  juin  (  v.  style},  jour  anniversaire'  de 
la  bataille  de  Pullava.  Les  professeurs  Alfoxsky  et  Ivacii- 
kovsky  ont.  prononcé  à  cette  occasion  deu\  discours,  le  pre- 
mier en  latin  ,  sur  les  causes  locales  des  maladies  (fui  dépendent 
du  climat ,  et  sur  les  différens  caractères  de  celles  qui  en  provien- 
nent ,  et  le  second  en  russe,  sur  les  qualités  distinctives  par 
lesquelles  les  anciens  auteurs  classiques  grecs  ont  particulièrement 
acquis  le  droit  incontestable  d'être  les  guides  du  bon  go/lt  dans  la 
littérature  ,  non  -  seulement  durant  C  existence  politique  de  la 
Grèce,  mais  encore  dans  un  long  avenir.  Le  professeur  Mekz- 
liacof  a  lu  ensuite  une  pièee  de  vers,  sous  le  titre;  de  Poltava  , 
et  le  professeur  Stchépkine,  secrétaire  du  conseil  de  l'Univer- 
sité, un  court  exj)ou-  historique  des  travaux  de  l' Université  pen- 
dant Cannée  précédente.  Cet  exposé  fait  monter  à  ii,/453  le 
nombre  des  élèves  dans  les  établissement  d'instruction  pu- 
blique ,  dépendans  de  larron. li  veinent  universitaire  dé  Mos- 
cou. —  Prix  proposé.  L'Université  a  mis  au  concours  la  ques- 
tion suivante  :  «  Quelle  a  été  l'influence  du  droit  romain  sur  la 
législation  fondamentale  des  nations  de  l'Europe,  et  sur  la  ju- 
risprudence civile  ?  »  Le  prix  est  de  la  somme  de  ?-5o  roubles, 

P.  R.  E. 
POLOGNE. 

Varsovie. —  Société  royale  des  amis  des  .sciences  et  des  lettres. 
— Nomination  académique. — Cette  Société,  fondée  en  1800,  est 
présidée  par  M.Ju lien  Ursin  Nikmcî.wicz,  l'un  des  historiens  et 
des  poètes  éminemment  nationaux  et  justement  célèbres  dont 
s'honore  la  Pologne.  Elle  compte  aussi  dans  son  sein  les  littéra- 
teurs polonais  les  plus  distingués,  parmi  lesquels  nous  citerons 


816  EUROPE. 

ici  seulement  M.  Joachim  Lelewel,  auteur  de  plusieurs  ou- 
vrages très-estimés  sur  l'histoire  et  la  géographie  anciennes  (i) , 
M.  Félix  Bentkowski  ,  et  MM.  les  comtes  Louis  Plater  et  Fré- 
déric Skarbek,  déjà  connu  des  lecteurs  de  ce  Recueil  par  sa 
dissertation  philantropique  et  instructive  sur  les  causes  de  la 
multiplication  des  pauvres  et  sur  les  moyens  d'y  remédier.  (Voy. 
Rev.  Enc.t  t.  xxiv.  Juin  1827,  pag.  569-579  ).  —  La  même  So- 
ciété, dont  plusieurs  membres  contribueront  à  faire  connaître 
dans  notre  Revueles  principaux  ouvrages  nouveaux  et  imporlans 
publiés  en  Pologne,  et  nous  aideront  ainsi  à  compléter  notre  plan, 
vient,  dans  sa  séance  annuelle  du  20  janvier  1828,  de  nommer 
M.  Marc- Antoine  Jullien,  de  Paris ,  l'un  de  ses  membres  cor- 
respondais. «  Elle  a  voulu,  par  ce  choix,  dit  la  lettre  qui  an- 
nonce cette  nomination,  donner  un  témoignage  public  de  son 
estime,  à  l'auteur  d'une  Notice  biographique  et  historique  sur  le 
général  polonais  Kosciuszro  ,  dont  le  nom  consacré  désormais 
par  les  hommages  unanimes  des  hommes  de  bien  de  tous  les 
pays,  plane  au-dessus  des  préventions  et  des  passions  orageuses, 
mais  éphémères  ,  que  fait  naître  l'esprit  de  parti  dans  les  tems 
de  révolution.  La  Société  de  Varsovie  a  voulu  également  que  ce 
suffrage  unanime  d'une  réunion  d'amis  des  sciences  et  des  lettres 
fût  un  hommage  solennel  rendu  au  fondateur  d'une  entreprise 
de  bien  public  qui,  depuis  dix  années,  rapproche  par  des  com- 
munications mutuelles  les  hommes  éclairés  de  toutes  les  nations 
et  contribue  puissamment  à  la  destruction  des  préjugés  ou  des 
antipathies  qui  les  séparaient,  ainsi  qu'à  la  propagation  et  aux 
progrès  des  lumières,  et  qui,  devenue  le  domaine  commun  des 
littérateurs  et  des  savans  ,  quelle  que  soit  leur  patrie  ,  fait  par- 
ticiper toutes  les  contrées  et  tous  les  individus  à  la  connaissance 
des  travaux  utiles  que  chaque  contrée  et  chaque  individu  a 
produits.  Les  Polonais  ont  voulu  honorer  de  nouveau  Kos- 
ciuszko  dans  son  biographe ,  et  se  montrer  reconnaissans  et 
bienveillans  envers  un  homme  qui  a  toujours  pris  un  vif  inté- 
rêt à  tout  ce  qui  touche  leur  pays  ».  N. 

(l)  10  Découvertes  des  Grecs  et  des  Carthaginois  ;  20  Recherches  de  l'an- 
tiquité par  rapport  à  la  géographie ,  avec  un  Atlas;  3Q  Histoire  de  la 
Géographie  ;  4°  Notice  historique  sur  les  mesures  de  longueur  chez  les  an- 
ciens; 5°  Notice  sur  les  nations  qui  ont  habité  l'intérieur  de  l'Europe  jus- 
qu'au dixième  siècle;  6°  Relations  commerciales  entre  les  Phéniciens,  les  Car- 
thaginois et  les  Grecs  ;  70  Description  de  la  Scythie  d'après  Hérodote.  Ces 
divers  ouvrages  et  mémoires  deM.  Lklewel  ont  été  offerts  en  son  nom 
par  son  jeune  compatriote  M.  Pouczvszynski,  qui  est  lui-même  un 
littérateur  instruit  et  zélé,  à  la  Société  de  géographie  de  Paris  ,  dont  ces 
deux  étrangers  ont  été  nommés  membres  correspondais.      N.  du  R. 


DANEMARK.  817 

DANEMARK. 

Phf.sse  périodique. —  Le  premier  journal  publié  en  Dane- 
mark a  paru  dans  les  dernières  années  du  règne  de  Chris- 
tian IV,  sous  ce  titre:  Ordinaire  Co  uranlen.  Ii  date  de  l'année 
1644,  et  a  été  rédigé  par  le  Libraire  Moltkcn  et  l'imprimeur 

Marzan.  Quoiqu'il  ne  nous  en  reste  aucun  exemplaire,  on  le 
connaît  par  une  plainte  que  l'Université  avait  portée  contre  lui 
au  sujet  de  quelques  articles.  On  possède  des  exemplaires  des 
journaux  qui  ont  suivi;  savoir:  un  en  i656,  et  un  autre,  de 
iG5G  à  1677  ;  celui-ci  était  en  vers,  et  portait  le  nom  de  Mercure 
danois. 

La  presse  périodique  en  Danemark  n'eut  pendant  tout 
un  .siècle  qu'un  très  petit  nombre  d'organes;  mais,  après  avoir 
langui  si  long-lems,  elle  a  eu,  dans  les  dernières  quarante  années, 
une  activité  extraordinaire  et  très  satisfaisante,  et  elle  a  fait 
encore  de  nos  jours  des  progrès  considérables. 

On  compte  maintenant  quatre-vingts  ouvrages  périodiques  et 
journaux,  qui  paraissent,  en  partie  tous  les  jours,  en  partie 
deux  fois  par  semaine ,  en  partie  en  cahiers  de  7  à  8  feuilles  d'im- 
pression, tous  les  mois  ou  par  trimestre.  Sur  ces  quatre-vingts 
ouvrages,  soixante-dix  sont  en  langue  danoise,  et  publiés  à 
Copenhague  et  dans  les  villes  principales  des  provinces;  les 
dix  autres  sont,  savoir,  six  en  langue  allemande,  publiés  dans 
le  Holstein  ,  province  allemande  du  Danemark  ;  deux  en 
langue  islandaise  pour  l'Islande,  et  deux  autres,  enfin  ,  dans  les 
possessions  danoises  aux  Indes  occidentales. 

Nous  allons  donner  un  aperçu  rapide  de  ces  ouvrages;  nous 
reviendrons  plus  tard  sur  ceux  qui  méritent  d'être  plus  connus 
qu'ils  ne  le  sont.  Nous  commençons  par  les  70  qui  paraissent  en 
langue  danoise,  et  nous  croyons  pouvoir  les  diviser  en  trois 
classes  : 

i°  Ceux  qui  traitent  des  sciences  et  des  arts;  —  i°  ceux  qui 
s'occupent  de  littérature  ;  —  3°  enfin,  les  journaux  politiques  , 
ou  qui  donnent  les  nouvelles  du  jour. 

I.  Ouvrages  périodiques  f  relatifs  aux  sciences  et  aux  arts. 
A. Théologie.  —  1.  Njt  theologisk  Bibliothek  (Nouvelle  Bi- 
bliothèque pour  la  théologie.)  Le  rédacteur  est  M.  le  professeur 
de  théologie  Jens  Môller.  La  première  série  de  cette  biblio- 
thèque forme  vingt  volumes  ;  la  nouvelle  série  en  a  déjà  treize. 
Cet  ouvrage  donne  surtout  des  mémoires  originaux,  quelques 
extraits  et  des  traductions  des  ouvrages  les  plus  estimés  en 
théologie  ,  danois  et  étrangers.  La  Bibliothèque  est  très-ortho- 
t.  xxxvii. —  Mars  1828.  5i 


Si  8  EUROPE. 

doxe,  mais  sans  intolérance;  la  plupart  des  plus  savans  théolo- 
giens du  pays  sont  an  nombre  des  collaborateurs.  —  2.  Theo- 
lo°iskt  Maancdskrift  (  Ouvrage  mensuel  pour  la  théologie  ). 
Ce  journal  a  été  commencé,  en  1825,  par  M.  le  D'Rudelbach 
et  par  M.  Grundtvig,  qui  depuis  a  cessé  d'y  travailler.  Il  est 
à  son  onzième  volume.  M.  Rudelbach  réunit  à  une  érudition 
approfondie  des  connaissances  t:ès  solides.  On  trouve  gé- 
néralement te  ton  de  ce  journal  un  peu  trop  sévère  ,  les 
raisonnements  trop  rigides;  mais  on  y  lit  avec  plaisir  beaucoup 
de  mémoires  très  bien  écrits  et  qui  annoncent  une  vaste 
érudition.  —  3.  Repcrlorinm for  aandelige  Sagcr  (Répertoire 
pour  les  matières  théologiques.)  Ce  journal  est  rédigé  par 
M.  le  pasteur  Thisted  et  a  commencé  en  1827.  M.  Thisted , 
très  connu  comme  prédicateur  à  Copenhague,  et  qui  a  attiré  la 
foule  surtout  des  classes  inférieures  de  la  société,  est  à  présent 
curé  d'une  paroisse  en  Islande.  Il  a  beaucoup  de  verve,  d'élé- 
vation et  de  force;  ces  qualités  s'unissent  en  lui  à  des  connais- 
sances solides  et  au  goût  le  plus  sûr.  —  i\.  Danskt  Religionsblad 
(Ouvrage  périodique  pour  la  religion.)  On  trouve  surtout 
dans  ce  journal  des  nouvelles  suivies  et  très  intéressantes 
sur  ce  qui  regarde  les  missions  étrangères.  Le  rédacteur  est 
M.  le  pasteur  Ronne,  fondateur  d'une  Société  pour  les  missions  t 
qui  a  nouvellement  donné  ses  soins  aux  Groenlandais  ,  et 
qui  vient  d'envoyer  une  église  construite  a  Copenhague,  à  la 
colonie  Jidianœhaab  dans  le  Groenland.  La  Société  enverra^dans 
le  courant  de  l'année,  quatre  missionnaires  en  Afrique,  aux 
établissemens  danois  de  la  Côte  d'or. 

B.  Jurisprudence.  —  5*  furiâmki  Tidskrift  (  Annales  de  la 
Jurisprudence.  )  Ce  journal  est  rédigé  par  M.  le  conseiller  d'é- 
tat Oersted,  le  premier  jurisconsulte  <\u  pays ,  qui  réunit  à  une 
science  vraie.,  sans  ostentation  et  sans  pédanterie,  une  éru- 
dition profonde,  des  connaissances  vastes  et  solides  et  beau- 
coup de  clarté  et  de  force  dans  le  style.  Les  ujéveloppemcns 
de  M.  Oersted  sont  basés  sur  l'analyse  et  sur  l'expérience,  et 
la  marche  de  ses  raisonnemens  est  aussi  claire  qu'intelligible. 
Un  très  grand  nombre  des  poinis  las  plus  difficiles  en  fait  de 
jurisprudence  sont  traités  avec  une  sagacité  qui  rend  cet  ou- 
vrage vraiment  classique.  Les  Annales ,  commencées  en  180.}  t 
comptent  maintenant  7J  volumes;  les  3o  premiers  sous  ce 
titre  iJuridiskt  Arehiv  (  Archives  pou?  la  jurisprudence)  ;  les 
3o  suivans  sous  celui  de  Nyt  juridiskt  Arehiv  (  Nouvelles  Ar- 
chives, etc.  );  et  les  i5  derniers  sous  le  titre  actuel. 

C.  Sciences  militaires.  —  6.  Nyt  Magasin  for  militai?-  T'i- 
dvnskabclghed  (  Magasin  pour  les  sciences  militaires^,  rédigé 


DAM.  MARK.  ftg 

par  MM.   le  major    I.vai  n   et  les    capitaines   FibiOei  el  .Iahn. 

On  trouve, «dans  ce  magasin,  beaucoup  de  mémoires  originaux* 
drs  traductions  el  des  extraits  des  ouvrages  militaires  les  plus 
remarquables  publiés  dans  les  pays  étrangers ,  el  un  aperfcn 
géûéral  de  eette  branche  de  la  littérature  étrangère.  On  a  1 1 
volumes  de  cet  ouvrage. —  7.  Archbfor  $oi>œ$enet  (  archives 
pour  la  marine).  Rédacteurs  :  MM.  les  Capitaines  de  la  marine 
t oyait1  de  Covxnci  el  Bruit.  Cet  ouvrage',  qui  n'a  éfé  com- 
mencé qu'es  1826,  contient  déjà  plusieurs  mémoires  précieux: 
et  tin  grand  nombre  de  nouvelles  et  de  communications  très 
Intéressantes.  L'un  des  rédacteurs,  M,  de  Coninek  a  beaucoup 
voyagé  en  Europe  et  en  Amérique;  l'autre  est  un  homme  très 
instruit ,  frère  du  célèbre  géographe  feu  Malte-Brun. 

D.  ScisnoES  médicales.  —  8.  Biblioihek  for  Lœgcr  (Biblio- 
thèquedes  médecins.)  La  rédaction  de  ce  journal  est  dirigée  par 
MM.  Saxtori'ii,  Klinciu  rvG,Yiiu)RG  et  Banc.  On  en  a  i  /J  volumes. 
C'est  un  répertoire  des  faits  remarijuablesetdesobserv  ationsinté- 
rossantes,  ainsiquedes nouvelles  de  l'étranger  qui  méritent  d'être 
rapportées.  Il  est  reconnu  que  la  bibliothèque  est  d'une  grande 
utilité  surtout  pour  les  médecins  dans  les  provinces  éloignées 
de  la  capitale.  —  y.  Ny  Uygœa  (Nouvelle  Hygie),  commencée 
en  1826  connue  continuation  d'un  journal  intitulé  :  Hygie.  Le 
rédacteur  est  M.  le  docteur  Otto.  Le  contenu  de  cet  ouvrage 
est  composé  de  mémoires  originaux  sur  la  médecine  et  la  chi- 
rurgie, d'extraits  des  ouvrages  les  plus  reniai quables  relatifs 
à  ces  sciences  publiés  dans  les  pays  étrangers,  d'annonces  cri- 
tiques des  productions  de  la  science  publiées  en  langue  da- 
noise et  dans  les  autres  langues.  —  10.  Tidskrift  for  Plire- 
nohgiefi  (  Annales  de  phrénologie.  )  Cet  ouvrage  a  commencé, 
l'année  passée.  Le  rédacteur  est  le  même  que  celui  de  YHygcea, 
M.  le  docteur  Otto  ,  l'admirateur  le  plus  zélé  de  Gall  et 
de  Spurzheim,  parmi  nos  médecins.  Son  but  est  de  faire  con- 
naître et  propager  par  les  médecins  danois  cette  branche  des 
sciences  médicales,  selon  M.  Otto,  digne  de  plus  d'intérêt  et 
plus  féconde  en  résultats  importans  qu'on  ne  le  croit  ici  gé- 
néralement. 

E.  SciETSXFS  PHYSIQUES,  MATHEMATIQUES   ET  NATURELLES,   ET 

arts  industriels.  —  'î  *  Tidskrift  for  2V '  atatvidenskaberne. 
(Magasin  pour  les  sciences  naturelles,)  MM.  les  professeurs 
Ofrstei)  ,  Reinhardt  et  HoRtrBM 'anh ;  le  premier  si  justement 
célèbre  el  à  tant  de  titres,  le  second,  très  versé  dans  les 
diverses  branches  de  l'histoire  naturelle,  et  le  troisième,  savant 
botaniste,  se  partagent  la  rédaction  de  ce  magasin,  qui,  com- 
m-ncé  en  1822,  s'améliore  de  jouien  jour,   et  mérite  une  dès 

52. 


Sa»  EUROPE. 

premières  places  parmi  les  productions  de  la  presse  périodique 
en  Danemark.  C'est  un  répertoire  des  découvertes  nouvelles 
et  d'observations  suivies  sur  tout  ce  qui  regarde  les  sciences 
physiques  et  naturelles.  —  11.  *  Statsoeconomish  Archiv  (  Ar- 
chives pour  l'économie  politique  et  administrative.)  Cette  publi- 
cation a  commencé  en  1 826.  Elle  est  dirigée  par  M.  le  docteur  Na- 
than  David.  On  apprécie  toujours  mieux  ce  recueil  rempli  de  mé- 
moires d'un  grand  intérêt  et  d'annonces  critiques  des  ouvrages 
les  plus  remarquables  sur  tout  ce  qui  a  rapport  à  l'économie 
et  à  l'industrie  des  nations.  Le  savant  rédacteur  exploite  le 
vaste  champ  de  cette  science  importante  par  des  disser- 
tations critiques  et  piquantes;  et  l'on  voit  avec  plaisir  que 
les  opinions  sont  exprimées  avec  mesure  et  les  différentes 
matières,  le  plus  souvent,  discutées  avec  une  rigueur  ma- 
thématique. —  i3.  Nje  Landœcoïinmishe  Tidender  (Journal 
pour  l'économie  rurale.  Rédacteurs  :  M.  le  conseiller  d'état 
Collin  et  M.  Drevsen.)  M.  Collin  a  pendant  plusieurs  années 
travaillé  avec  un  zèle  infatigable  à  l'amélioration  de  l'éco- 
nomie rurale  dans  le  Danemark,  et  comme  un  des  présidens 
de  la  société  d'agriculture  ;  cet  administrateur  actif  a  été  fort 
utile  à  son  pays.  On  doit  avouer  que  les  travaux  de  cette  so- 
ciété ont  contribué  considérablement  aux  progrès  étonnans 
que  cet  art  a  faits  pendant  les  vingt  dernières  années  dans 
les  îles  danoises,  surtout  dans  la  Sélande.  On  a  de  ce  jour- 
nal une  première  série  de  9  volumes;  cette  seconde  en  compte 
déjà  5.  —  i/j.  DansA  polytechnish  Tidshrift  (  Journal  poly- 
technique. )  Le  rédacteur  est  M.  Thaarlp,  connu  par  un  très 
grand  nombre  d'ouvrages  utiles.  Son  plan  embrasse  tout  ce 
qui  regarde  les  fabriques  danoises.  On  n'a  encore  qu'un  vo- 
lume de  ce  journal  qui  peut  devenir  d'une  grande  utilité. 
—  i5  *  Magasin  for  Kunstnere  og  Haandvœrkere  (Magasin 
pour  les  arts  et  les  métiers.  )  Le  professeur  docteur  Ursin 
est  le  rédacteur  de  ce  journal  qui  fait  beaucoup  de  bien. 
Un  numéro  par  semaine  tient  les  lecteurs  au  courant  des  décou- 
vertes les  plus  remarquables,  de  l'invention  des  nouvelles  ma- 
chines ,  enfin  des  faits  les  plus  intéressans  relatifs  aux  arts  et 
métiers. 

F.  Sciences  historiques  et  géographie.  —  16.  For  Historié. 
(Pour  l'histoire.)  Rédacteur,  M.  le  conseiller  d'état  Collin.  On 
attend  beaucoup  de  ce  journal  qui  vient  de  commencer.  —  17. 
Archiv  for  Historié  og  Geographi  (Archives  pour  l'histoire  et  la 
géographie) ,  rédigées  par  M.  Rise.  Le  contenu  consiste  en  mé- 
moires historiques  de  tous  les  tems  et  de  tous  les  pays.  Le  choix  es  t 
fait  avec  goût;  le  style  est  assez  pur,  clairet  facile  ;  ces  mémoires 
se  font  lire  avec  plaisir.  Ou  en  a  déjà  10  volumes. — 18.  Nordisà 


DANEMARK.  821 

TuisAn'fi  { Journal  du  nord.)  C'est  le  titre  d'un  ouvrage  qui 
a  commencé,  l'aimée  passée.  Le  rédacteur  est  le  savant  pro- 
cesseur Moi.iuxK ,  Bous-bibliothécaire  à  la  grande  bibliothèque 
du  roi.  Les  cahiers  qui  ont  paru  contiennent  déjà  plusieurs 
mémoires  précieux ,  et  promettent  de  réaliser  les  espérances 
qu'avaient  fait  concevoir  l'érudition  et  les  vastes  connaissances 
du  rédacteur.  L'ouvrage  est  consacré  à  l'histoire,  aux  .beaux- 
arts  et  à  la  littérature.  — 19.  Journal  for  Politik ,  Naturog  Me/t- 
neske&undsAttb  (  Magasin  pour  la  politique,  la  nature  et  la  con- 
naissance de  l'homme.)  Rédacteur  M.  le  docteur  Volf.  C'est 
un  magasin  de  faits  curieux  sur  l'histoire ,  d'anecdotes,  etc.  On 
en  a  60  volumes.  — ?.o.  Archw for  Psychologie,  Historié,  Litera- 
tur  og  Kttnst  (  Archives  pour  la  psychologie,  l'histoire,  les 
beaux-arts  et  la  littérature.)  Le  rédacteur  est  M.  Ost.  C'est 
un  répertoire  historique,  surtout  pour  l'histoire  de  la  patrie. 
On  y  trouve  quantité  de  faits  que  l'on  chercherait  inutile- 
ment ailleurs.  M.  Ost  se  fait  un  devoir  de  rassembler  des 
éclaireissemens  sur  les  faits  remarquables  dont  les  circonsr 
tances  ne  sont  pas  assez  bien  connues,  et  de  conserver  des 
notices  qui  un  jour  peuvent  devenir  précieuses  pour  les  his- 
toriens. On  a  9  volumes  de  cet  ouvrage  utile.  —  21.  Maga- 
sin for  Rcisciagttagelser  (Magasin  pour  les  observations  des 
voyageurs.  )  Le  rédacteur  de  ce  magasin,  qui  est  rempli  de 
notices  intéressantes  ,  est  notre  respectable  littérateur,  M.  le 
professeur  Nyerup.  Il  y  a  déjà  quelque  tems  que  le  dernier 
cahier  a  paru.  On  enverra  avecbeaucoup  de  plaisir  la  continua- 
tion.— 11.  Magasin  for  Natur-og-Folkebeskrivclse  (Magasin  pour 
îa  description  de  la  nature  et  des  peuples.  )  Le  rédacteur  est 
M.  Gyntelberg.  Cet  ouvrage  vient  de  paraître;  on  a  lieu  d'être 
content  des  premiers  cahiers.  L'ethnographie  en  est  le  sujet 
principal. 

G.  Pour  les  Antiquités.  —  iZ  (*)  Antiquariske  Anna  1er 
(Annales  pour  les  antiquités),  publiées  par  la  commission 
Royale  pour*  les  antiquités.  On  en  a  quatre  volumes,  remplis 
de  mémoires  intéressans,  et  d'une  foule  de  descriptions  pré- 
cieuses, tant  pour  l'archéologie  que  pour  l'histoire  ancienne. 
On  v  trouve  aussi  des  détails  sur  le  Musée  royal  d'antiquités  qui 
mérite  la  plus  grande  attention  pour  l'étendue  des  genres  et 
pour  les  nombreux  exemplaires  de  chaque  objet  :  il  compte 
plus  de  7000  numéros. —  1^.  Tidshrift  for  nordisk  Oldkrndighed 
[Journal  des  antiquités  du  Nord.  )  C'est  la  Société  pour  les 
manuscrits  anciens,  ou  des  antiquaires,  qui  s'est  chargée  de  la 
rédaction  de  cet  ouvrage.  On  en  a  deux  volumes,  qui  con- 
tiennent des  mémoires  sur  l'histoire,  la  langue  et  les  antiquités 
des  pays  du  Nord, 


8i2  EUROPE. 

H.  Nous  devons  encore  nommer  ici  :  —  2 5.  Ny  Egeria  citer 
Bibliothek  lor  Opdragelscns  Venner  (Bibliothèque. pour  les  amis 
de  l'éducation.)  MM.  les  pasteurs  Michelsen,  Visby  et  Bôr- 
resen  se  sont  chargés  de  la  rédaction  de  ce  recueil,  qu'on 
peut  regarder  comme  se  composant  de  deux  séries,  Tune, 
Egeria  de  6  volumes;  l'autre,  Journal  de  la  société  d'éduca- 
tion, de  4  volumes  :  cette  troisième  série  ne  fait  que  com- 
mencer. —  20.  Dans/,-  LitteratLirtidcnde  (  Journal  littéraire). 
Ce  journal  a  plus  d'un  siècle  d'existence,  il  est  vrai,  sous  des 
noms  différens,  mais  pourtant  toujours  continué  dans  le  même 
esprit.  La  première  série  a  commencé  en  1720.  Cet  ouvrage  a 
été  d'un  grand  prix;  il  pourrait  l'être  encore.  Le  rédacteur 
principal  est  le  professeur  P.  E.  Moller.  Certainement  il  y  a 
parmi  les  collaborateurs  beaucoup  d'hommes  de  mérite,  et  l'on 
y  lit  souvent  quelques  analyses  remarquables;  maison  doit 
d'autant  plus  regretter  d'y  trouver  si  rarement  les  traces  d'une 
bonne  et  saine  critique.  Il  faut  encore  observer  qu'un  journal 
d'une  seule  feuille  par  semaine  ne  peut  naturellement  suffire 
dans  un  pays  où  il  y  a  autant  d'application  et  de  goût  pour  les 
travaux  littéraires  qu'en  Danemark. — 27.  Un  nouveau  jour- 
nal littéraire  a  commencé  sous  le  nom  de  :  Nemesis;  mais  en  ne 
peut  pas  encore  le  juger. 

II.   Ouvrages  périodiques  pour  les  belles  lettres. 

28.  *  Kjôbenhavns  flyvende  Post  (  le  Courrier  volant  de  Co- 
penhague ) ,  rédigé  par  M.  Heiberg  fils.  L'auteur  doué  de 
beaucoup  d'esprit  naturel  sait  traiter  d'une  manière  élégante 
et  facile  des  sujets  sérieux ,  et  répandre  çà  et  là  dans  ses  feuilles 
le  sel  des  bonnes  plaisanteries.  On  y  trouve  des  observations 
sur  l'art  théâtral,  sur  le  théâtre  et  son  répertoire,  sur  les 
pièces  nouvelles ,  sur  plusieurs  des  différens  genres  de  la  litté- 
rature, souvent  des  contes  et  des  anecdotes.  Grâce  au  talent 
et  au  charme  dont  M.  Heiberg  sail  revêtir  ses  tableaux,  le  suc- 
cès de  ce  journal  est  devenu  populaire.  —  29.  Crohemuncn 
[V  Ami  des  Grecs),  rédigé  par  M.  Stockpleth. —  3o.  Hertha 
(la  Déetse  de  la  terre),  rédigé  par  M.  Liunge.  —  3i.  ÔS'ord- 
lyset  (l'Aurore  boréale),  rédigé  par  le  pasteur  Blicher,  connu 
favorablement  par  plusieurs  poésies  charmantes. —  '^i.Huns- 
vennen  (l'Ami  de  la  maison),  rédigé  parle  pasteur  Yf.gexfr. 
—  33.  Nyt  Bibliothek  for  Mœrsjtahslœsning  ( Nouvelle  Biblio- 
thèque pour  la  lecture  amusante)  ,  rédigé  par  M.  Rise,  litlé- 
rateur  de  beaucoup  de  talent,  qui  écrit  d'un  style  pur  et 
facile,  et  raconte  très-agréablement.  Ce  journal  est  la  conti- 
nuation d'une  première  série  :  Bibliothèque  de  lectures  amu- 
santes. —  34.  L&sefrugter  (  Fruits  delà   lecture  ),  rédigé  par 


DANEMARK,  8*3 

3J.  Bi  hqi  w?.  —  Î5.  MaaaejitrQser  (Roaea  mensuelles  ),  rédige 

par  M.  Ovkrskon. — 30.  Originale  romantiske Sogn  (Coules  oii- 
ginaux  ci  romantiques),  rédigé  par  M.  Vildt.  —  ?yj.  Ossian , 
rédigé  par  M.  Ld  ODE.  —  38.  Svancn  (le  Cygne),  vient  de  pa- 
raître.— 'S\).  Siicclilier  (les  Lys  de  la  neige),  rédigé  par  M.  Li  m- 
quist.  — /|0.  tiibliotlwh  Jordannede  Lœscre  (Bibliothèque  etc.), 
rédigé  par  M.  Scualdoiosk. — 41.  Tclcgraphcn  (le Télégraphe  , 
rédigé  par  M.  Thaarup.  —  l\'±.  Forsete ,  par  un  rédacteur  ano- 
nyme.— On  trouve  dans  ces  12  journaux  ,  des  poésies  diverses, 
des  anecdotes,  des  coules  originaux,  imitésou  traduits.  — /,3. 
Borgencimcn  (l'Ami  du  citoyen).  Ce  journal  rédigé  par  une  so- 
ciété appartient  à  la  même  classe.  Cette  société  a  eu  outre  un 
très-noble  but,  celui  d'assister  par  des  emprunts  sans  intérêt  les 
classes  laborieuses.  C'est  surtout  avec  les  produits  du  journal 
qu'elle  se  met  à  même  de  suffire  à  ces  emprunts.  Le  journal 
n'est  que  d'une  demi-feuiile  par  semaine;  mais,  comme  il  date 
de  1788,  on  en  a  déjà  40  volumes.  Le  contenu  a  du  prix,  mais 
en  avait  beaucoup  plus  dans  les  vingt  années  de  1788  à  1808  , 
pendant  que  îeu  M.  d1 Abraham son ,  littérateur  de  beaucoup  de 
talent  et  réunissant  de  vastes  connaissances,  homme  très- géné- 
reux et  l'un  des  fondateurs  de  cette  utile  et  bienfaisante  insti- 
tution, en  était  le  rédacteur  principal.  —  l\t\.  Dansh  BiblioiJieh 
(^Bibliothèque  danoise),  rédigé  par  M.  C.  Thaarup.  Ce  journal 
vient  de  commencer,  mais  le  premier  volume  promet  beaucoup. 
On  y  a  donné  avec  beaucoup  de  soin  une  nouvelle  édition  des 
œuvres  de  deux  poètes  du  commencement  du  dernier  siècle  : 
Sortcrup  et  Frùs  ;  continué  avec  les  mêmes  soins,  ce  journal 
peut  attirer  l'intérêt. — /|5.  Theaterblad  (Journal  du  théâtre),  ré- 
digé par  M.  Liunge.  C'est  la  continuation  d'un  journal  du  Pleine 
genre.  —  /,6.  Patroudlcn  (la  Patrouille),  et,  47.  Den  galeude 
Hanc  (le  Coq  chantant),  valent  tout  au  plus  la  peine  d'être 
nommés. 

Nous -ne  pouvons  quitter  celte  division  des  ouvrages  pério- 
diques en  Danemark  ,  sans  payer  un  juste  tribut  d'éloges  à 
M.  le  professeur  Raïibek.  et  à  feu  M.  Pram,  pour  \n  Minora 
et  TUskueren  (le  Spectateur).  Le  premier  de  ces  àeux  ou- 
vrages publia,  pendant  une  longue  série  d'années,  des  mémoires 
d'un  très-grand  prix  sur  l'histoire,  la  politique  et  la  philo- 
sophie; le  Spectateur  pétille  d'esprit  et  possède  quantité  de  mor- 
ceaux de  littérature  qui  sont  de  vrais  modèles  de  la  satire  noble, 
mais  forte  et  vraie. 

III.    Ouvrages  consacrés  aux   nouvelles  du  jour ,  ou  joui  /taux 
proprement  dits. 

48.  Statstidciidcn  (Gazette  de  l'état).  Le  rédacteur  est  M.  Kxu- 


**4  EUROPE. 

dsen.  Ce  journal  compte  plus  d'un  siècle  d'existence,  divisé  en 
trois  séries  :  la  première  a  commencé  en  1720,  et  va  jusqu'à 
l'an  17^9;  la  seconde,  de  1749  à  1808;  la  troisième  a  commencé 
en  1808.  La  Gazette,  qui  n'est  pas  aimée,  est  consacrée  aux  nou- 
velles du  jour,  et  un  supplément  qui  l'accompagne,  aux  an- 
nonces de  toute  espèce.  —  49-  Dagcn  (  le  Jour  ) ,  rédigé  par 
M.  F.  Taarup.  Ce  journal  a  commencé  en  i8o3,  et  s'est  soutenu 
sans  interruption.  Il  a  eu  naturellement  des  périodes  plus  ou 
moins  avantageuses,  mais  il  a  presque  toujours  été  assez  po- 
pulaire. Il  est  entièrement  consacré  aux  nouvelles  du  jour. — 
5o.  Kjôbenhavns  Sklideri  (  Portrait  de   Copenhague  ).  Même 
rédacteur.  M.   Taarup   est   un   des    littérateurs    les   plus  la- 
borieux du   Danemark;   il  s'est  fait  surtout  remarquer    par 
ses  recherches  statistiques  sur  ce  pays.  Ce  journal  date  de  1804, 
et  s'est  toujours  soutenu,  sous  trois  rédactions  différentes.  Il 
ne  se  môle  guère  de  politique,  mais  il  cherche  à  donner  aussi- 
tôt que  possible  les  nouvelles  scientifiques  de  tous  les  pays;  en 
outre,  des  observations  souvent  très  piquantes;  et  des  notices  in- 
téressantes. On  pourrait  désirer  que  ce  bon  journal  ne  consacrât 
pas  tant  de  place  à  la  polémique.  —  5i.  Colle gialfidenden  (Jour- 
nal des  ministères).  C'est  un  journal  officiel,  contenant  toutes  les- 
ordonnances  du  Roi,  les  ordres  circulaires  des  ministères,  les 
extraits  des  rapports  annuels  sur  quantité  d'établissemens  et 
d'institutions  pour  le  bien  public  ,  tels  que  la  vaccine ,  l'ensei- 
gnement mutuel,  les  aveugles,  les  sourds-muets,  les  commis- 
sions de  réconciliation,  etc.;  ensuite,  tous  les  avancemens  et 
les  retraites  de  service  dans  toutes  les  parties  de  de  l'administra- 
tion. Les  rédacteurs  sont  les  conseillers  d'état  OErsted  et  Mo- 
nrad.  L'année  1828  est  la  3ome  de  l'existence  de  ce  journal  qui 
date  de  1798. — 5a.  Adressecomploirs Efterretningcr  (Annonces 
du  jour).  Très-utile,  mais  offrant  naturellement  peu  d'intérêt, 
celtegazette  compte  70  ans  d'existence. Elle  a  commencé  en  17 59. 
—  53.  Politivennen  (l'Ami  de  la  police  ).  A  l'occasion  de  ce  titre  , 
il  faut  bien  faire  observer  qu'il  n'existe  pas  de  police  secrète  en 
Danemark.  Ce  journal  est  surtout  destiné  aux  ciasses  inférieures 
dont  il  embrasse  les  petites  querelles  et  la  polémique  bour- 
geoise. —  5/j.  Handels  og  Industri-  Todende  (  Journal  du  com- 
merce et   de  l'industrie).  Les  rédacteurs  de  ce  journal  sont 
MM.  Slegel  et  Ravert.  Leur  plan  embrasse  les  nouvelles  du 
jour  concernant  le  commerce  et  la  navigation  ,  et  des  notices 
et  observations  relatives  à  ces  deux  sources  essentielles  de  la 
prospérité  nationale.  On  y  trouve  souvent  des  notices  très-in- 
téressantes. Ce  journal  date  de  l'année  1782. — 55.  Farepriserrte 
(les  Prix  des  denrées),  journal  publie  par  les  courtiers  de  U 


DANEMARK.  8*5 

Tille.  —  56.  Kjôbenhamtpotten  (le  Courrier  de  Copenhague 

—  5;.  Tfy  Fréta  (  la  Nouvelle  Freia  ).  Ces  deux  journaux, 
consacré»  aux  nouvelles  du  jour,  se  soutiennent  difficilement. 

—  53.  Den  Vestsjœllandtkt  Avis  (Gazette  de  la  partie  oociden- 
tale  de  la  Sélande).  Le  rédacteur  de  cette  intéressante  ga- 
zette est  le  pasteur  Bastiiolm  ,  qui  réunit  à  de  vastes  con- 
naissances beaucoup  de  pénétration.  Ses  observations  sont 
toujours  exprimées  avec  une  grande  liberté,  mais  avec  mesure, 
et  le  plus  souvent  discutées  avec  une  critique  saine  et  ri- 
goureuse. Sa  manière  ,  pour  ce  qui  regarde  la  politique  et 
toutes  les  nouvelles  de  l'étranger,  est  de  donner  un  résumé 
accompagné  d'observations,  le  plus  souvent  extrêmement  in- 
téressantes. Aussi  voit-on  les  pays  voisins  (la  Suède,  Ham- 
bourg, etc.  )  profiter  de  sa  sagacité,  et  plusieurs  de  ses  notices 
sont  traduites  en  suédois  et  ?n  allemand  dans  leurs  journaux. 
Cette  gazette  date  de  181 1  ,  et  elle  est ,  comme  elle  doit  l'être, 
très-aimée  et  très- recherchée. —  59.  Fycns  Stiftstidcndc  (Ga- 
zette de  Fionie).  Elle  a  été  rédigée,  pendant  47  ans,  de  1780  à 
1827,  par  feu  M.  Iversen;  il  avait,  sans  posséder  de  grandes 
connaissances  ,  beaucoup  de  bon  sens  et  un  esprit  naturel 
qui,  soutenu  d'un  certain  talent  pour  le  comique,  attirait  des 
lecteurs  à  sa  gazette.  Elle  est  continuée  par  M.  Hakck.  — 
60.  Fycns-  Stiftsavis  (  Journal  de  Fionie),  rédigé  depuis  l'an 
1797  par  M.  Hemfel.  C'est  un  assez  bon  journal.  — 61JTAÙ- 
ted  A  m  tsavis  (Journal  de  Thisled.)  —  61.  Fiborg  SamlerÇ  Jour- 
nal de  Vibourg.  )  —  63.  Randcrs  Amtsavis  (Journal  de  Ran- 
ders.)  —  64.  Aarhuus  Stiftsavis  (Journal  d'Aarhuus.)  —  65.  Ribe 
Stiftsavis  (  Journal  de  Ribe.  )  —  66.  Aalborg  Stiftsavis  (  Journal 
d'Aalbourg).  Ces  six  journaux  sont  publiés  dans  le  Jutlaud 
septentrional,  et  sont  tous  assez  bien  rédigés. —  67»  Laalands 
og  Falsters  Stiftsavis  (Journal  des  îles  de  Lalande  et  Falster) 
extrêmement  pauvre  et  dépourvu  de  goût.  —  68.  Helsingacrs 
Avis  ( Gazette  de  Helsingoer.  )  —  69.  Bornholms  Amtstidcndc 
(  Journal  de  Bornholm.)  Ces  deux  feuilles  ne  contiennent  que 
des  annonces.  — 70.  Sundslistcn ,  publié  à  Helsingaer.  C'est  la 
liste  journalière  des  vaisseaux  qui  passent  le  détroit  OEresund. 

Les  gazettes  et  journaux  suivans  sont  publiés  en  langue 
allemande  dans  les  provinces  allemandes  du  royaume.  —  7K 
Scliriften  der  schlesvig-holstcinschen  -  patriotischen  Gescllschaft 
(Mémoires  de  la  société  patriotique  de  SIesvig  et  Holstein).  Ces 
mémoires  sont  rédigés  à  Altona  où  réside  la  commission  admi- 
nistrative de  la  société.  On  y  trouve  un  grand  nombre  d'obser- 
vations et  des  notices  intéressantes,  surtout  pour  ce  qui  regarde 
l'industrie,  l'économie  rurale  et  les  arts  et  métiers.  Les  mû- 


Si6  EUROPE.  - 

moines  fournissent  une  prouve  de  plus  de  la  grande  et  respec- 
table activité  de  cette  utile  société.  —  72.  StaatsbùrgerUchcs 
Magazin  (Répertoire  pour  le  citoyen).  Le  rédacteur  principal 
est  M.  le  professeur  Falk  ,  de  l'université  de  Kiel;  néanmoins  , 
ce  journal  est  publié  à  Slesvig,  parce  que  la  liberté  de  la  presse 
est  bien  plus  grande  à  Slesvig ,  et  dans  tontes  les  provinces 
danoises,  qu'en  Holstein  qui  fait  partie  de  la  confédération 
germanique.  On  trouve  dans  cet  ouvrage  nombre  de  notices 
et  de  mémoires  d'un  véritable  prix,  pour  ce  qui  regarde  la 
politique  et  l'histoire,  et  pour  ce  qui  a  rapport  à  l'adminis- 
tration. —  7*3.  Schlesvig  holstcinschc  Provinzialbcrichte  (  Mé- 
moires des  provinces  de  Slesvig  et  de  Holstein).  Rédacteur, 
M.  le  pasteur  Petersen.  Ces  mémoires  contiennent  plusieurs 
notices  d'un  intérêt  général.  Ils  sont  assez  populaires  et  sont 
certainement  fort  utiles. —  74-  Rendsburger  Wochenblatl  (Jour- 
nal de  Rendsbourg),  et  75.  Gluck statuer  Anzclgcr  (Journal  de 
Glukstad)  sont  deux  journaux  d'annonces  réunies  à  quelques 
mélanges.  —  76.  Altonacr  Métreur,  (le  Mercure  d'Altona).  Ce 
journal,  consacré  aux  nouvelles  politiques  du  jour  et  aux  an- 
nonces, s'est  soutenu  pendant  une  longue  série  d'années:  il 
donne  les  nouvelles  sans  observations,  sans  remarques,  mais 
assez  complètement. 

Les  deux  journaux  en  langue  islandaise  sont  :  77. Skirner,  con- 
tinuation d'un  autre  ouvrage  :  Sugnablod,  c'est  un  journal  pour 
l'histoire  dont  on  a  10  volumes,  <5el'annéei8i7  à  1826.  Skirner 
a  commencé  avec  l*année  1827  et  contient,  comme  les  10  vo- 
lumes du  Sagnablod,  un  aperçu  sur  l'histoire  de  Tannée  pour 
tous  les  pays,  et  des  détails  sur  la  société  littéraire  islandaise  , 
qui  s'est  chargée  de  îa  rédaction  de  l'ouvrage  pour  mettre  les 
habitans  de  l'Islande  au  courant  des  affaires  des  autres  pays. 
C'est  un  ouvrage  de  beaucoup  de  mérite.  —  78.  Klosterposten 
(le  Courrier  du  couvent),  ainsi  appelé  du  lieu  de  la  rédaction, 
Videra,  ancien  couvent.  Le  rédacteur  est  M.  Stephaxsex. 
Le  contenu  est  un  mélange  dont  on  ne  saurait  trop  faire  l'éloge. 

Enfin,  deux  journaux  paraissent  dans  les  îles  danoises  des 
indes  occidentales.  —  79.  Un  à  Sainte-Croix.  —  80.  L'autre  à 
Saint-Thomas.  Tous  les  dei\x  sont  consacrés  aux  nouvelles  du 
jour,  aux  annonces,  etc.  Tous  les  deux  sont  le  vrai  portrait  de 
la  population  des  îles;  dans  le  même  numéro  ou  voit  souvent 
nne  ordonnance  en  danois,  un  avis  pour  la  vente  des  sucres, 
en  anglais;  une  annonce  pour  un  festin,  en  français;  et  le  si- 
gnalement d'un  esclave  fugitif,  en  espagnol  ;  enfin  ,  c'est  une 
vraie  tour  de  Babel.  Z**. 


ALLEMAGNE.  827 

ALLEMAGNE. 

IIkssf.. —  Université  de  Marrourg. — Le  28  juillet  1827,  cotte 

université  a  célébré  sa  troisième  fête  séculaire  :  elle  doit  s;i  fon- 
dation au  dm-  Philippe,  contemporain  et  ami  de  Luther,  ce  qui 
lui  a  fait  donner  Je  nom  de  Philippina.  Par  anticipation,  on  avait 
déjà  célébré  en  1777  nu  demi  jubilé,  ce  qui  n'a  pas  empêché 

de  donner  autant  de  pompe  que  possible  à  la  fête  séculaire  du 
2.»S  juillet  1827.  Un  comité  choisi  parmi  les  professeurs  de  l'uni- 
versité avait  été  chargé  de  préparer  le  programme,  et  le  pro- 
fesseur d'éloquence,  M.  JFagncr,  avait  invité,  par  une  bro- 
chure in-folio,  intitulée  :  Inest  fastorum  protectorum 
Marrurgenmum  ,  etc.,  continuatio,  le  publie  d'Allemagne  à 
venir  assister  à  la  fête.  Il  vint  en  effet  beaucoup  de  personnes 
des  autres  universités  et  des  diverses  villes  d'Allemagne.  Le 
premier  jour,  h  fête  commença  par  une  cérémonie  religieuse 
dans  l'église  de  Sainte-Elisabeth  ;  de  là,  le  cortège  des  étu- 
dians  et  des  proft  sseurs  se  rendit  au  son  de  toutes  les  cloches 
de  la  ville  à  la  grande  salle  de  l'Académie,  où  le  professeur 
"Wagner  prononça  un  discours.  Ce  discours  fut  suivi  d'une  al- 
locution i\u  commissaire  du  gouvernement,  président  de  Por- 
bi'ch '■,  qui  distribua,  au  nom  de  l'électeur  de  Hesse ,  cinq  dé- 
corations de  l'ordre  t\u  Lion-d'Or  parmi  les  professeurs.  Il  y 
eut  ensuite  un  banquet  de  cent  quatre-vingts  couverts  à  l'hotel- 
de-\  ille  ,  un  concert ,  des  aubades  données  par  les  étudians  au 
commissaire  du  gouvernement  et  au  protecteur  de  l'université  ; 
enfin  des  réjouissances  des  étudians  sur  une  pelouse  auprès  de 
la  ville.  Le  lendemain,  dimanche,  ou  exécuta  dans  l'église  de 
l'université  la  musique  d'un  cantique  de  Luther,  nouvellement 
nus  eu  musique  par  M.  Jiisti  ;  et  M.  Bcclhaus  prononça  un  ser- 
mon sur  la  solennité  du  jour.  Le  cortège  se  rendit  de  nouveau 
à  la  grande  salle  de  l'académie,  où  le  nombreux  auditoire  en- 
tendit encore  un  long  discours.  Cette  fois,  c'était  un  discours 
latin  sur  l'utilité  et  l'influence  des  hauîes  écoles,  prononcé  par 
le  professeur  Plattner.  Selon  l'usage,  on  proclama  ensuite  les 
promotions  et  les  nominations  honorifiques  accordées  dans  les 
diverses  facultés  de  l'université,  à  l'occasion  de  ce  jubilé.  Le 
commissaire  électoral,  M.  de  Porhcck ,  fut  nommé  docteur  en 
droit;  le  maître  de  chapelle,  Spolcr,  à  Cassel,  docteur  en  mu- 
sique ;  et  la  veuve  du  célèbre  philologue  IFitteribach  ,  à  Paris  , 
docteur  en  philosophie.  Cette  dernière  promotion  est  une  sin- 
gularité ,  même  en  Allemagne,  où  pourtant  les  docteurs  de  toute- 
espèce  abondent.  Le  soir,  il  y  eut  bal  à  l'hôlel-de- ville,  réjouis- 


£28  EUROPE. 

sauces  publiques  et  feu  d'artifice.  Selon  l'usage  allemand,  les 
savans  absens  avaient  pris  part  à  la  fête  par  la  publication  de 
diverses  pièces.  L'université  reçut  du  docieur  Colla,  à  Bres- 
lau  :  Recolitur  memoria  professorum  theologiœ  Marburg.  Pliilippo 
magnanimo  régnante,  in-/,°;  du  docteur  Schuppius ,  de  Hanau: 
Disputatio  de  vi  atque  utilitate ,  quam  in  rempublicam  habent 
ladi  littoarii,  imprimis  academiœ ,  Hanau,  in-4°;  dix  docteur 
Hyncck ,  à  Fisbeck  :  Quid  sit  quod  debeat  rcligloni  christlanœ 
scxus  muliebris ,  imprimis  honestior  pars  fœminarum  ,  in-4°; 
du  professeur  Creuzcr,  a  Heidelberg  :  Frid.  Sylburgi  epistolœ 
quinque  ad  Paulum  Melissum  ,  Francfort ,  in-8°.  L'université  de 
Berlin  envoya  un  chant  séculaire  en  latin  :  Sœcularia  ténia,  etc., 
in  folio;  et  M.  Volhmar,  deZinteln,  une  nouvelle  composition 
en  musique  du  Te  Deum.  Parmi  les  félicitations  envoyées  en 
grand  nombre,  on  remarquait  des  pièces  de  vers  en  cinq  langues, 
adressées  à  l'université  par  le  professeur  Kiïbne ;  enfin,  un  Ba- 
varois ,  M.  Wild)  avait  envoyé  des  échantillons  de  ses  impres- 
sions en  vert  et  en  d'autres  couleurs.  D — g. 

SUISSE. 

m 

Lausanne.  —  Écoles  de  charité.  —  L'établissement  des  écoles 
de  charité  de  Lausanne,  soutenu  depuis  plus  d'un  siècle  par 
une  association  particulière  et  par  des  dons  volontaires,  se 
compose  actuellement  :  i°  de  trois  écoles  externes  destinées 
à  l'instruction  des  enfans  de  la  classe  indigente;  20  d'un  insti- 
tut en  faveur  d'orphelins  pauvres;  3°  d'un  séminaire  pour  des 
élèves  régens. 

Pour  être  admis  dans  les  écoles  dites  externes,  il  faut  que 
l'enfant  habite  Lausanne  ou  sa  banlieue,  qu'il  appartienne  à 
la  classe  indigente,  qu'il  ait  au  moins  huit  ans  et  au  plus  qua- 
torze; enfin,  qu'il  soit  présenté  à  la  direction  par  l'un  des 
souscripteurs  de  l'établissement.  Les  enfans  admis  dans  les 
écoles  externes  y  reçoivent  gratis,  jusqu'à  leur  réception  à  la 
sainte-cène,  outre  l'instruction  morale  et  religieuse ,  des  le- 
çons d'écriture,  d'orthographe,  d'arithmétique  et  de  gram- 
maire française.  Dans  certains  cas,  la  direction  accorde  quel- 
ques livres  de  pain  par  semaine  aux  plus  nécessiteux  lorsqu'ils 
se  distinguent1  par  leur  bonne  conduite. 

Pour  être  admis  dans  l'institut  des  orphelins,  il  faut  que 
l'enfant  soit  de  la  religion  réformée,  orphelin  de  père  au 
moins ,  qu'il  ait  neuf  ans  et  pas  plus  de  treize ,  et  que  sa  com- 
mune ou  quelques  personnes  charitables  s'engagent  à  fournir 
pendant  tout  le  tems  de  son  séjour  dans  l'établissement,   une 


■    SE.  819 

rétribution  finance  annuelle  qui  ne  peut  pas  être  an  dessous 
de  5o  fr.  Il  y  a  deux  époques  fixes  pour  la  réception  de?  or- 
phelins :  celle  de  Pâques  et  celle  de  la  Saint-Martin.  Lesorphe- 
"ns  reçus  sont  logés,  nourris,  vêtus,  instruits  et  ('-levés  dans 
jfônreinteet  aux  Irais  de  rétablissement.  Entre  Page  de  treize 

et  celui  de  <i  ..n/.e,  ils  peuvent  faire  choix  de  la  profession 
qu'ils  désirent  embrasser.  Si  l'enfant  se  décide  pour  un  métier, 
la  direction  lui  procure  un  maître  dont  la  moralité  soit  bien 
reconnue,  et  paie  son  apprentissage;  mais  il  demeure  sous  la 
surveillance  paternelle  de  la  direction,  quoique  logé  et  nourri 
chez  son  maître.  Le  nombre  des  orphelins  qu'on  peut  recevoir 
n'est  point  limité  et  dépend  entièrement  des  revenus  de  l'éta- 
blissement. Ce  ne  sera  donc  qu'à  l'aide  de  nouveaux  dons  ou 
legs  que  la  direction  pourra,  au  gré  de  ses  désirs,  faire  élever 
et  établir  un  plus  grand  nombre  de  ces  infortunés,  si  dignes 
de  la  charité  publique. 

Enfin,  pour  entier  au  séminaire  des  élèves  régens,  il  faut 
que  l'individu  ait  reçu  son  instruction  dans  les  écoles  externes 
ou  dans  l'institut  des  orphelins  de  l'établissement  et  se  soit 
rendu  recommandable  par  son  application,  ses  talens,  sa 
conduite,  et  qu'il  ait  atteint  l'âge  de  quatorze  ans.  On  admet 
aussi  des  élèves  étrangers  à  l'établissement;  mais  ceux-ci  doi- 
vent avoir  dix-huit  ans,  être  recommandés  par  les  préposés  et 
le  pasteur  de  leur  commune,  et  subir  un  examen  qui  prouve 
un  degré  suffisant  de  capacité  dans  les  diverses  parties  de 
leur  instruction.  Le  nombre  de  ces  élèves  régens  n'est  point 
limité;  mais  il  ne  doit  dans  aucun  cas  nuire  à  la  réception  des 
orphelins,  auxquels  les  bienfaits  de  cet  établissement  sont  spé- 
cialement destinés.  Ces  élèves  régens  sont  logés,  nourris  et 
instruits  de  la  même  manière  que  les  orphelins;  mais  ils  paient 
pour  cela  une  somme  fixée  par  la  direction,  qui  couvre  les 
frais  de  leur  entretien,  en  sorte  qu'ils  ne  sont  point  à  charge 
à  l'établissement. 

Telles  sont  les  trois  branches  distinctes  d'utilité  que  présente 
rétablissement  des  écoles  de  charité  de  Lausanne,  qui  est 
géré  par  une  administration  dont  tous  les  offices  sont  gratuits. 
Cette  administration  se  compose  :  i"  d'une  direction  de  vingt 
membres,  dont  la  moitié  sont  ecclésiastiques  et  la  moitié 
laïques;  i°  d'une  assemblée  générale ,  formée  de  la  totalité  des 
contribuans,  c'est-à-dire,  de  toutes  les  personnes  qui  ont  de- 
mandé à  concourir  au  bienfait  de  cette  pieuse  association  en 
payant  une  cotisation  annuelle  qui  ne  peut  pas  être  moindre 
de  six  francs,  et  par  laquelle  on  acquiert  le  droit  de  faire  en- 
trer un  enfant  dans  l'une  des  écoles  externes.  • 


83o  EUROPE. 

La  direction  s'assemble  régulièrement  tous  les  vendredis, 
excepté  pendant  les  vacances  des  moissons  et  des  vendanges, 
pour  entendre  un  rapport  sur  l'état  des  écoles  et  pour  s'oc- 
cuper des  divers  besoins  de  l'établissement.  Les  membres  de  la 
direction  sont  choisis  parmi  les  contribuans  et  par  eux,  au 
scrutin  secret  et  à  la  majorité  des  suffrages,  L' 'assemblée  géné- 
rale se  réunit  une  fois  par  an,  à  l'époque  de  la  Saint-Jean  , 
pour  entendre  un  rapport  écrit  sur  ce  qui  s'est  passé  de  plus 
intéressant  dans  le  courant  de  l'année,  et  pour  prendre  con- 
naissance de  l'état  des  finances  ,  et  des  dons  ou  legs  faits  depuis 
la  dernière  réunion. 

Il  convient  d'ajouter  que  les  ressources  pécuniaires  de  l'éta- 
blissement se  composent:  i°  de  la  cotisation  annuelle  payée 
par  chaque  contribuant,  laquelle  n'est  point  capitalisée;  mais 
employée  à  fournir  en  partie  au  paiement  des  pensions  des  di- 
vers maîtres;  2°  des  intérêts  des  sommes  qui  ont  été  capitali- 
sées ;  3°  enfin,  des  donations  gratuites  faites  par  dons  entre- 
vifs ou  par  testament.  (Extrait  du  Nouvelliste  Faudols.) 

ITALIE. 

Sicile.  —  Catane.  —  Académie  Giœnia.  —  Nous  avons 
sous  les  yeux  un  compte  rendu  fort  détaillé  des  séances  des 
11  janvier,  8  février,  23  mars,  26  avril  et  17  mai  1827.  Nous 
les  considérerons  toutes  en  masse,  parce  que  nous  n'y  trou- 
vons pas  assez  de  résultats  dignes  d'attention  pour  distinguer 
chacune  en  particulier.  Cette  académie  emploie  souvent  une 
partie  de  son  tems  à  multiplier  ses  membres  honoraires  ou 
correspondans,  et  à  les  proclamer  ou  à  les  recevoir  avec 
de  longues  formalités.  On  a  également  publié  la  liste  des  ou- 
vrages que  les  auteurs  se  sont  empressés  de  lui  envoyer.  Au 
milieu  de  ces  formules  congratulatoires  qui  occupent  une 
grande  partie  des  procès-verbaux,  on  a  toutefois  fait  lecture 
d'un  mémoire  de  M.  Tedeschi,  sur  les  conditions  nécessaires 
pour  l'exercice  des  facultés  psycologiques.  M.  Rosario  Sc.v- 
de  m  a  présenté  un  Essai  des  signes  météorologiques  qu'on 
remarque  dans  la  région  méridionale  de  l'Etna,  dans  les  di- 
vers ehangemens  de  saison.  M.  Charles  Gemfi.laro  a  lu  un 
mémoire  sur  les  conditions  géologiques  des  volcans  éteints  dans 
le  V al-  de- No  ta. 

Florence* — Académie  desGéorgopliiles. — L'académiepropose 
un  prix  de  25  sequins  à  l'auteur  du  meilleur  mémoire  sur  la  ques- 
tion suivante:  «déterminer,  d'après  les  faits,  si  la  greffe  apporte 
que-que  modification  dans  la  plante  greffée,  et  vice  versa  si 


ITALIE,— PAYS-BAS.  83 1 

la  plante  exerce  quelque  Influence  sur  les  organes  de  là  greffe, 
à  l'égard  des  plantes  el  des  greffes  de  la  même  espèce  ou  des 
espèces  diverses  du  même  genre  ou  de  formes  différentes*  a  Le 
prix  sera  décerné  dans  la  séance  solennelle  de  i$ag.       F«  S. 

PAYS-BAS. 

Bruxeli.es.  —  Muser  (1rs  lettres  et  des  sciences.  —  (lotte  nou- 
velle institution,  fondée  depuis  peu  à  Bruxelles,  mérite  d'elle 
mentionnée  avec  éloges.  Ses  progrès  paraissent  devoir  être 
rapides  et  remarquables;  l'histoire  des  différentes  branches  des 
sciences,  des  lettres  et  de  la  philosophie  y  est  professée  dans 
des  cours  publics,  qui  tendent  à  assimiler  cet  établissement 
aux  meilleures  institutions  d'instruction  publique.  Le  nouveau 
musée  contribuera  à  placer  la  capitale  des  Pays-Bas  au  rang 
des  cités  les  plus  éclairées,  comme  elle  est  déjà  l'une  des  plus 
magnifiques  et  des  plus  importantes.  L'inauguration  a  eu  lieu 
dans  une  des  salles  de  l'ancien  palais  des  princes  et  avec  une 
grande  solennité.  Le  discours  d'ouverture  a  été  prononcé  par 
l'un  des  professeurs,  M.  Baron,  Français  estimé  que  recom- 
mandent d'honorables  succès  obtenus  dans  l'instruction  pu- 
blique. Ce  discours  a  produit  une  vive  impression;  il  a  été  de- 
puis publié,  et  a  justifié  l'opinion  qu'en  avaient  conçue  ceux 
qui  l'avaient  entendu  prononcer.  Le  choix  des  professeurs  et 
le  succès  de  leurs  cours  ont  répondu  complètement  à  L'attente! 
du  gouvernement  et  du  pays.  M.  Baron  professe  l'histoire  de 
la  littérature,  cl  paraît  favorable  aux  doctrines  nouvelles  qui 
ne  doivent  néanmoins  être  admises  qu'avec  une  sage  réserve. 
L'histoire  générale  est  enseignée  par  M.  Lesbroussart  que 
l'athénée  royal  de  Bruxelles  comptait  déjà  parmi  ses  princi- 
paux professeurs.  Une  instruction  solide  et  variée,  une  philo- 
sophie sage  et  un  amour  éclairé  de  l  humanité  donnent  un 
nouveau  prix  à  ses  leçons.  M.  Quetelet,  collaborateur  de  la 
Revue  Encyrlopédiquc y  qui  Occupait  déjà  la  chaire  des  sciences 
à  l'athénée  de  Bruxelles,  et  que  l'académie  de  cette  ville, 
ainsi  que  l'institut  royal  des  Pays-Bas,  comptent  parmi  leurs 
membres,  s'est  chargé  de  professer  l'histoire  des  sciences;  et 
ses  connaissances  profondes,  sou  élocution  facile  et  brillante, 
son  zèle  actif  pour  les  progrès  de  l'instruction,  attirent  à  ce 
cours  les  amis  des  sciences  et  les  amis  des  lettres.  —  L'histoire 
de  la  philosophie  est  confiée  à  M.  Van-her-Veter,  bibliothé- 
caire de  la  ville  de  Bruxelles  :  ce  jeune  et  digne  élève  de 
l'univiversité  de  Louvain  ,  pénétré  des  plus  saines  doctrines, 
se  montre  à  la  hauteur  de  ses   graves  fonctions.  —  L'histoire 


83*  EUROPE. 

nationale  appartenais  de  droit  au  savant  et  respectable  his- 
torien de  la  Belgique,  M.  Dewez,  secrétaire  perpétuel  de  l'a- 
cadémie de  Bruxelles.  M.  Lauts  est  chargé  du  cours  de  litté- 
rature nationale,  c'est-à-dire,  hollandaise;  et  il  enseigne  aussi 
cette  langue  à  l'athénée  de  Bruxelles.  C'est  jusqu'ici  la  seule 
chaire  de  Bruxelles  où  l'on  ne  professe  pas  en  français  :  aussi 
les  auditeurs  y  sont  peu  nombreux.  Ces  cours,  et  quelques  au- 
tres encore,  d'un  objet  moins  général,  assurent  le  succès  du 
musée  de  Bruxelles.  M.  B. 

Statistique  littéraire. — Revue  sommaire  des  ouvrages,  tant 
originaux  que  traduits  ou  imités ,  publiés  en  différentes  langues 
dans  le  royaume  des  Pays-Bas,  pendant  l'année  1827,  non  com- 
pris les  écrits  périodiques,  les  journaux,  les  gazettes,  etc.,  et  les 
réimpressions  d'ouvrages  publiés  à  l'étranger  (1}. 


MOIS. 

Théologie. 

Jurisprudence, 

Médecine, 
Physique,  etc. 

Histoire. 

Philologie, 
Poésie,  Théâtre. 

Mélanges, 
Romans. 

Janvier 

Février 

Mars 

Avril 

Mai 

Juin 

Juillet 

Août 

Septembre  .   .   . 

Octobre 

Novembre  .   .   . 
Décembre  .   .   . 

Total..  .  . 

i3 

7 

8 

6 

10 

7 
8 

7 
5 
8 

t'A 

6 

6 

8 

i3 

9 

i5 

i5 
14 
i3 

17 
20 

1     5 

i3 

7 
10 

6 

6 
10 

3 
1 1 

9 

i3 

5 

3 

9 

5 

i4 
10 

6 
i4 
16 

5 

9 
10 
10 

6 

18 
39 

i3 
3o 
22 

J9 
26 
27 

25 

28 

25 

i4 

99 

146 

96 

114 

286 

Total  géaéral  des  ouvrages. 


(i)  Ce  tableau  est  extrait  de  l'excellent  recueil  scientifique  intitulé: 
Correspondance  mathématique  et  physique ,  publié  par  A.  Qvetelet,  t.  IV, 
p.  140.  Bruxelles,  1828. 


PAYS    BAS.  119 

11  ,i  «*l«   |>(il>lié M   lSi5,      «-n    iSafi, 

Théologie <  »  »  io3 

Jurisprudence!  Médecine,  Physique,    .  g3  io5 

Histoire g4  [<r> 

Philologie,  Poésie,  Théâtre (35  i34 

.;■■•>,  Romans *£6  39.5 

lorAt 679  7f>3 

On  voit ,  en  comparant  le  nombre  des  ouvrages  publiés  pen- 
dant les  trois  années  qui  viennent  de  s'écouler ,  que  l'année 
1817  l'emporte  sur  Tannée  1825,  mais  qu'elle  cède  elle-même 
à  l'y  nuée  i8a6\ 

Ces  doenmens  sont  tirés  de  \&  Gazette  des  Pays-Bas ,  qui  les 
emprunte  elle-même  à  la  Liste  des  ouvrages  nouveaux  qui  se 
publie  à  Amsterdam. 

AMSTERDAM  et  Bruxelles.  —  Lithographie  perfectionnée.  — 
Plusieurs  sujets  lithographies ,  entre  autres  une  carte  de  l'île 
de  Corse,  nous  sont  parvenus  de  ces  deux  villes  :  ils  ont  été 
exécutés  dans  les  ateliers  de  M.  Jobard  ,  lithographe  du  roi  des 
Pays-Bas,  par  un  procédé  qui  lui  appartient,  et  qui  semble 
être  le  complément  de  l'art,  puisqu'il  est  parvenu  à  produire 
des  morceaux  supérieurs  à  ce  que  les  premiers  graveurs  obtien- 
nent du  cuivre.  Un  avantage  incalculable  de  ce  procédé  est  de 
pouvoir  imprimer  un  nombre  illimité  de  bonnes  épreuves, 
sans  altération  de  la  finesse  des  traits,  sans  empâtemens  des 
ombres,  et  au  moyen  d'un  ouvrier  très-ordinaire.  En  se  livrant  à 
l'étude  de  ce  genre  de  lithographie,  un  dessinateur  obtient  dans 
quelques  mois  toute  l'habileté  qu'il  n'ciit  acquise  qu'avec  beau- 
coup de  peine  en  plusieurs  années  dans  la  gravure  sur  cuivre. 
On  s'occupe,  dans  les  Pays-Bas,  à  former  une  école  de  ce 
genre,  par  actioi.s,  pour  la  réimpression  des  ouvrages  étran- 
gers à  planches;  ce  que  ne  pouvaient  faire  les  libraires  belges, 
puisqu'ils  manquent  totalement  de  graveurs.  M.  Jobard  a  déjà 
réimprimé  les  Voyages  de  M.  Ch.  Dupin  dans  la  Grande- 
Bretagne  ,  avec  une  supériorité  que  les  lithographes  de  Paris 
sont  loin  de  pouvoir  atteindre  par  les  méthodes  connues;  il 
vient  aussi  de  publier  un  Plan  grand  aigle  de  la  ville  de  Liège  , 
qui  peut  rivaliser  avec  tout  ce  qu'on  a  fait  de  mieux  sur  cuivre 
en  ce  genre.  C'est  pour  récompenser  les  efforts  et  les  décou- 
vertes de  M.  Jobard  que  le  gouvernement  vient  d'affecter  une 
somme  considérable  à  l'exécution  et  à  la  publication  du  riche 
T.  xxxvii. —  Mars  182H.  53 


834  EUROPE. 

muséum  d'Amsterdam  ,  dont  le  plus  grand  nombre  des  tableaux 

sont  encore  inédits.  Z. 

FRANCE. 

Sociétés  savantes  et  Etablis  se  m  eus  d'utilité  publique. 

Caen  (Calvados). — Sociétés  savantes. — L'indépendance  est  la 
vertu  caractéristique  de  la  république  des  lettres;  c'est  la  qua- 
lité disîinetive  de  l'esprit  de  notre  siècle,  et  si  quelques  aca- 
démies se  sont  pliées,  trop  légèrement  peut-être,  aux  insi- 
nuations du  pouvoir,  il  existe  aussi  une  foule  d'associations 
savantes  qui  se  sont  tenues  dans  une  sage  réserve,  et  n'ont 
jamais  reconnu  que  la  puissance  du  talent.  Dans  ces  sociétés 
modestes,  qui  n'ont  pas  ambitionné  le  titre  d'académies  royales, 
et  qui  ont  jugé  plus  convenable  celui  de  sociétés  d'émulation, 
de  jeunes  littérateurs,  des  naturalistes ,  des  savans  trop  peu  con- 
nus, se  sont  réunis  sans  faste  et  sans  orgueil,  pour  se  par- 
tager des  travaux,  pour  rectifier  et  approfondir  en  commun 
leurs  essais  et  leurs  observations;  ce  sont  des  sociétés  d'ému- 
lation qui,  se  renouvelant  incessamment  près  de  nos  écoles 
de  jurisprudence,  ont  développé  les  taletis  de  nos  jeunes  ju- 
ristes, et  dirigé  les  esprits  dans  l'élude  philosophique  des 
lois.  De  tels  avantages  ne  sauraient  être  obtenus  des  réunions 
purement  littéraires  :  le  goût  a  publié  tous  ses  oracles  :  il  aime 
le  fbruit  et  les  brillantes  assemblées  ;  mais  c'est  dans  la  re- 
traite que  la  méditation  se  nourrit,  que  se  développe  le  gé- 
nie ,  qui  n'est  rien  sans  l'indépendance.  On  répète  à  Paris 
que  cette  capitale  est  le  centre  unique  du  savoir  :  cependant 
la  France  possède  dans  les  départemens  des  hommes,  pa- 
triotes, sages,  sans  esprit  d'intrigue,  qui  étudient  avec  soin 
les  antiquités,  les  productions,  les  intérêts  de  leurs  contrées; 
et  leurs  travaux  honorables,  car  ils  sont  désintéressés,  accrois- 
sent incessamment  la  masse  des  connaissances. 

Telles  sont  la  Société  Linnéennede  Caen  et  la  Société  des  Anti- 
quaires de  Normandie.  La  première  compte  quatre  années  d'exi- 
stence, et  elle  a  publié  deux  volâmes  de  mémoires.  Ce  recueil 
a  toute  la  chaleur  de  la  jeunesse ,  à  qui  rien  ne  coûte ,  ni  veilles, 
ni  explorations,  et  les  défauts  souvent  heureux  de  cet  âge. 
Il  est  grossi  outre  mesure  d'éloges  de  Linné  et  de  Tourne- 
fort,  ainsi  que  de  discours  académiques;  mais  on  y  trouve 
des  documens  utiles  sur  l'agriculture,  des  descriptions  pré- 
cieuses pour  la  botanique,  et  des  découvertes  géologiques. 
La  ville  de  Caen,  que  sa  société  de  médecine  vient  d'enri- 


1  &ANCE.— DÉPARTEMENT  835 

cbir  d'un  cabinel  anatomique,  est  principalement  redevable 
de  son  muséum  d'histoire  naturelle  a  la  Société  Linnéenne, 
Une  compagnie  de  capitalistes,  cjui  profiterait  de  tout  ce  zèle 
pour  la  science,  eu  exploitant  des  uiines  d<"  fer  connues  pour 
la  première  Fois  dans  le  Calvados,  retirerait  de  grands  bé- 
néBces  de  ses  avances.  On  y  a  acquis  aussi  la  certitude  de 
l'existence  de  la  hoinllc  dans  les  àrrondissemens  où  le  coin 
b'ustibte  commence  à  manquer.  Combien  de  dunes,  de*  ter- 
rains vagues  qui  attendent  des  semis  et  des  plantations!  Mais 
la  Société  Linnéenne  n'a  de  ressources  que  dans  l'unique  et 
faible  cotisation  de  ses  membres  et  de  ses  associés,  et  l'im- 
pression même  de  ses  mémoires  lui  est  onéreuse.  Elle  va  sans 
doute  publier  prochainement,  dans  son  troisième  volume ,  le 
rapport  sur  les  travaux  de  l'année,  que  son  secrétaire,  M.  de 
Caumonl,  a  lu  dans  sa  séance  publique  du  28  mai,  et  les 
mémoires  qui  ont  répandu  le  plus  d'intérêt  sur  celte  solen- 
nité. 31.  Le  Prévost ,  de  Rouen,  y  a  communiqué  des  obser- 
vations importantes  sur  l'étude  des  sciences  naturelles  dans 
le  midi  de  la   Fiance. 

La  Société  des  Antiquaires  de  Normandie  a  tenu  sa  séance 
annuelle  le  lendemain  'kj  mai.  Le  président,  maire  de  Caen, 
a  fait  espérer  que  le  jardin  des  plantes  recevrait  prochaine- 
ment des  augmentations  considérables,  ainsi  que  le  musée, 
qui  ne  possède  qu'un  petit  nombre  de  tableaux  remarqua- 
bles. La  bibliothèque,  encombrée  de  livres  théologiques,  ob- 
tiendra entin  les  ouvrages  nécessaires  aux  progrès  des  sciences 
et  des  arts  industriels,  dans  une  ville  qui  a  produit  des  savans 
et  des  mécaniciens  célèbres.  Après  le  rapport  sur  les  travaux 
de  l'année,  on  a  lu  de^  observations  de  M.  Le  Prévost,  de 
Rouen,  sur  les  monumens  de  la  .  ville  d'Autun  et  sur  ceux 
de  Séez,  et  une  notice  par  M.  Pat  tu  de  Saint-Vincent ,  sur 
un  mosaïque  romaine  trouvée  'auprès  de  ilérnalars,  dé 
partement  de  l'Orne.  La  Société  des  Antiquaires  ne  reçoit, 
non  plus  que  la  Société  Linnéenne,  de  secours  pécuniaires 
des  conseils  des  cinq  départemens  de  l'ancienne  Normandie, 
ni  du  ministre  qui  dispose  l\i\  budget  de  l'intérieur.  Une  somme 
modique  suffirait  pour  arracher  an  sol  qui  recouvre  la  ca- 
pitale des  anciens  Fiducases,  des  antiquités  précieuses,  et  ce 
n'est  que  par  hasard  qu'on  en  a  recueilli  quelques-unes. 
M.  Deshaycs  a  terminé  la  séance  par  la  lecture  d'un  mé- 
moire sur  des  constructions  romaines  qu'il  a  trouvées  récem- 
ment dans  l'enceinte  de  cette  cité  de  Vieux,  qui  a  été  le  bei 
peau  de  la  ville  de  Caen  Isidore    Lkbrln. 


8'46  FRANCE. 

PARIS. 

Institut.  —  Académie  des  sciences.  —  Séance  du   1 8  février. 
—  MM.  Cordier  et  Beudant  font  un   rapport  sur  un  mémoire 
de  M.  Rozet,  officier  ingénieur-géographe ,  intitulé:  Descrip- 
tion géognostique  du  Bas-Boulonais.  «  Le  Bas-Boulonais  forme 
une  zone  étroite  de  terrain  qui  borde  le  canal  delà  Manche, 
depuis  Étaples  jusqu'à  Vissant,  et  dont  la  surface  n'est  guère 
que  la  treizième  partie  de  celle  du  département  du  Pas-de-Ca- 
îais.  Cette  petite  contrée  se  distingue  du  reste  du  département 
par  sa  constitution  variée  ;  elle' en  est  d'ailleurs  séparée  nette- 
ment par  une  enceinte  naturelle  de  montagnes  basses,  offrant 
à  peu  près  Sa  forme  d'un  croissant  dont  les,  deux  extrémités  re- 
gardent les  côtes  de  l'Angleterre.  Le  Bas-Boulonais  n'a  com- 
mencé  à    être   bien  connu  que    depuis    l'excellent  travail  de 
M.  Fittau.  Les  observations  de  ce  géologue  anglais  sont  le  fruit 
de  plusieurs  années  d'étude;  elles  ont  prouvé  que  le  bassin  du 
Bas-Boulonais  est  exactement  formé  des  mêmes  matériaux  pla- 
eés  dans  le  même  ordre,  offrant  les  mêmes  accidens  que  les  con- 
trées de  l'Angleterre  qui  sont  situées  de  l'antrecôté  de  la  Manche. 
Le  travail  de  M.  Rozet,  qui  est  un  développement  de  celui  de 
M.  Fittau,  est  plein  d'intérêt  par  les  détails  nouveaux  et  nom- 
breux qu'il  renferme,  par  les  coupes  de  terrain  et  par  la  carte 
géologique  qui  l'accompagnent.  Le  Bas-Boulonais  est  en  grande 
partie  calcaire  ;  il  est  principalement  composé  de  terrain  ooliti- 
que,  de  terrain  de  craie  et  de  leurs, dépendances,  telles  qu'elles 
existent  en  Angleterre  ;  les  couches  sont .presque  horizontales. 
Un  petit  système  compose  tant  de  marbres  analogues  à  ceux  de 
la  Belgique  que  de  terrain  houiller  moins  ancien  ,  perce   les 
terrains  qui  précèdent  du  côté  de  Marquise  et  d'Hardin;;han. 
La  houille  et  le  marbre  de  ce  petit  système  sont  utilement  ex- 
ploités ;  les  couches  sont  presque    verticales.  Des   lambeaux 
d'une  assise  horizontale  de  grès  quartzeux,  de  formation  ter- 
tiaire ,  se  montrent  sur  les  hauteurs  crayeuses  qui  séparent  le 
bassiu  d'avec  le  Haut-Boulonais.  Enfin  ,  les  roches  précédentes 
sont  masquées  sur  différens  points,  tant  par  des  alluvion;  di- 
luviennes que  par  des  ailuvions  modernes.  Sur  les  bords  de  la 
mer,  les  sables  ont  généralement  p»  is  la  forme  de  dunes  qui  s'a- 
vancent avec  une  extrême  lenteur,  dans  la  direction  vies  vents 
régnant  avec  le  plus  de  force  et  le  plus  habituellement  dans  le 
pays....  Nous  pensons,  disent  les  commissaires,  que  le  travail 
de  M.  Rozet  présente  une  monographie  géologique  intéressante, 
utile,  et  qui  mérite  l'approbation  de  l'Académie.  (  Approuvé  ), 


l'AIHS.  n%j 

—  MM.  Carier  et  Duméril  font  un  rapport  sur  les  manuscrits  , 
les  dessins  cl  les  collections  cm  oves  par  M  M.  QOOK  et  Gaymard 
à  l'Académieet  an  Muséum  d'histoire  n.itni  «-Ile.  Les  collections 
envovées  comprennent  en  pctin.e,  ■•  mammifères  et  B3  ovseaux  ; 
dans  Ui  lc(jurur,  1 /t  pièces  relatives  ans  inainmifei  es  on  aux 
oiseaux,  7  reptiles,  7/  espèces  de  poissons  et  10  011  ri  bocaux 
de  mollusques  et  de  zoopliyi.es;  en  ostéotomie ,  ^3  pièces  appar- 
tenant aux  classes  des  vertébrés.  Plusieurs  espèces  sont  nou- 
velles, et  un  grand  nombre  des  autres  manquaient  aux  Collec- 
tions du  Muséum.  MIV1.  Quoy  et  Gaymard  n'ont  pas  \011lu  s'en 
rapporttC  à  ce  qu'ils  ont  conserve;  ils  se  sont  empresses  de 
fixer  sur  le  papier  tout  ce  qui  était  dans  le  cas  de  disparaître, 
se  réservant  d'examiner  plus  en  détail  par  la  suite  les  parties 
intérieures  et  les  autre*  que  l'alcool  n'aura  point  détruites.  Le 
travail  de  ces  habiles  naturalistes  se  compose  de  179  pages  de 
texte  et  de  36  planches,  faisant  suite  aux  11  que  l'Académie  a 
reçues  précédemment.  11  y  avait  en  outre  3  planches  tVosaries 
pour  M.  Geoffroy  Saint- H  il  aire  ,  et  4  de  poissons  pour  M.  G. 
Cuvier.  Les  36'  premières  contiennent  plus  de  5oo  figures  de 
mollusques  et  de  zoophytes  ou  de  leurs  détails,  dessinées  et 
peintes  avec  un  talent  admirable  par  M.  Sainson  ,  dessinateur 
de  l'expédition  de  M.  d'Urville,  d'après  les  esquisses  et  sous  la 
direction  de  MM.  Quoy  et  Gaymard.  »  En  adressant  le  rapport 
de  MM.  Cuvier  ç\  Duméril  au  ministre  delà  marine,  l'acadé- 
mie fera  connaître  à  S.  E.  qoe  MM.  Quoy  et  Gaymard  ont  con- 
tinué de  remplir  honorablement  la  mission  dont  ils  sont  chargés, 
et  que  ces  infatigables  observateurs  sont  dignes  de  tout  l'intérêt 
de  l'administration. —  MM.  Geoffroy  Saint-  Hila ire ,  Duméril  et 
Boyer  font  un  rapport  sur  le  mémoire  de  M.  Lisfranc,  relatif 
à  la  rhinoplastique.  «  l:n  soldat,  Jean  Éval,  était  depuis  long- 
tems  victime  des  désastres  de  la  campagne  de  Russie.  Son  nez 
congelé  avait  été  détruit  et  était  tombé;  il  ne  lui  en  était  resté 
aucun  vestiue.  Le  mai  avait  même  gagné  les  voies  lacrvmalcs 
qui  en  furent  fortement  afïectées;  et  de  plus,  les  paupières 
étaient  restées  éraillées  à  plusieurs  places.  Éval,  retiré  -ans 
son  village  natal,  était  devenu  un  objet  de  dégoût  pour  tout  le 
monde  et  était  comme  séquestré  de  la  société.  Le  principal  pro- 
priétaire de  ce  village  ,  M.  Delaborde  d'Estouteville  ,  prend  pi- 
tié d'Éval ,  le  recueille,  le  conduit  à  Paris  et  le  confie  aux  soins 
de  M.  Lisfranc.  Celui-ci  ,  décidé  à  se  consacrer  i\  cet  acte  d'hu- 
manité, s'y  prépara  par  des  études  pratiques  sur  le  cadavre,  et 
par  de  nombreuses  recherches  d'érudition.  Ceci  nous  a  valu 
une  histoire  critique  et  très  curieuse  de  tous  les  efforts  tentés 
dans  ce  genre  et  qui  ont  été  couronnés  de  succès.  C'est  aux  dé- 


838  FRANCE. 

pens  de  l«i  peau  du  front  que  M.  Lisfranc  est  parvenu  à  réfor- 
mer un  nez  à  Kval.  Nous  ne  donnerons  pas  tous  les  détails  de 
eette  intéressante  opération ,  dans  inquelle  M.  Lisfranc  a  montré 
tous  ses  talens  et  toute  sa  philantropie  ;  mais  nous  ferons  con- 
naître les  avantages  qu'en  a  retirés  l'individu  opéré.  Il  avait 
perdu  l'odorat,  il  l'a  retrouvé  sous  le  couvert  de  sonnez  re- 
fait. Ses  yeux  étaient  autrefois  toujours  humides  et  les  larmes 
coulaient  continuellement,  sur  ses  joues,  où  elles  déterminaient 
des  rougeurs  et  même  des  excoriations;  les  larmes  sont  mainte- 
nant contenues.  La  voix,  de  nasillée  qu'elle  était,  rend  un 
timbre  plus  ferme.  La  peau  du  front  s'est  cicatrisée  ,  ne  laissant 
qu'une  fâcheuse  apparence  de  luisant.  Éval  possède  un  nez  réel, 
qui  a  du  relief;  il  le  saisit  avec  son  mouchoir,  le  meut  à  droite 
et  à  gauche,  le  tire  et  le  fait  résonner;  il  le  remplit  de  tabac 
avec  sensualité;  enfin  Éval  est  rendu  ,  sous  ce  rapport,  aux 
communes  conditions  et  sensations  des  autres  hommes.  Avant 
de  présenter  Éval  à  l'Académie  et  de  le  rendre  au  généreux 
M.  Delaborde,  M.  Lisfranc  a  attendu  neuf  mois.  «  Ainsi,  dit-il, 
sont  entièrement  détruites  les  allégations  des  personnes  qui  pré- 
tendaient que  le  nez  artificiel  d'Éval  se  déformerait  plus  tard, 
et  que  les  moindres  tractions  suffiraient  pour  l'enlever.  »  Frappé 
sur  le  milieu  du  front,  Éval  éprouve  la  sensation  sur  son  nez 
artificiel  ;  touché  sur  la  racine  du  nez~,  il  en  rapporte  la  sensa- 
tion au  front,  etc.  «Tels  sont  les  principaux  faits  de  cet  important 
mémoire  qui  sera  inséré  dans  le  Recueil  des  savans  étrangers. 

«*-  Du  1 8  février.  —  Le  Directeur  de  t École  vétérinaire  d'Al- 
fr.rt  envoie  une  dent  molaire  d'éléphant  trouvée  à  une  profon- 
deur de  i5  pieds,  dans  une  masse  de  sable  et  de  cailloux  en 
exploitation  à  très  -  peu  de  distance  des  villages  d'Alfort  et  de 
Maisons.  (Renvoyé  au  Muséum  d'histoire  naturelle.) — MM.  Le- 
gendre ,  Pointât  et  Cauchy  font  un  rapport  sur  un  mémoire  de 
M.  Porcelet,  relatif  à  la  théorie  générale  des  polaires  réci- 
proques ,  pour  faire  suite  au  mémoire  du  même  auteur  sur  les 
centres  des  moyennes  harmoniques.  En  résumé  ,  dit  M.  le  rap- 
porteur, le  mémoire  de  M.  Poncelet  nous  a  paru  offrir  de  nou- 
velles preuves  de  la  sagacité  que  l'auteur  avait  déjà  montrée 
dans  les  recherches  des  propriétés  des  combes  et  ries  surfaces 
courbes;  nous  pensons  qu'il  est  digne  de  l'approbation  de  l'A- 
cadémie. (Adopté.) 

—  Du  %b  février*  —  MM.  Geoffroy  Sa int-Hilaire  et  Dumèril 
font  un  rapport  sur  le  Mémoire  de  MM.  Amoix  et  Milice  Ed- 
.  wards  ,  concernant  le  système  nerveux  ries  crustacés.  Les  con- 
clusions des  auteurs  sont  que  le  système  nerveux  des  crustacés 
li"»r  a  présenté  partout  une  parfaite  uniformité  ,  et  que  les  d'il- 


PARIS.  M,j 

férences  très  sensibles  à  la  première  vue  qu'ils  ool  remarquées 
ne  soni  évidemment  que  des  modifications  dépendantes  d'un 
de$;ré plus  ou  moins  considérable  de  rapprochement  et  de  cen- 
tralisation des  noyaux  médullaires,  résultats  qui  n'ont  en  soi 
rien  de  bien  surprenant,  ni  même  d'absolumeni  nouveau,  ajou- 
tent ces  jeunes  naturalistes,  puisqu'ils  répètent  ce  qui  est  et  ce 
qu'on  observe  dans  un  ndéme insecte,  quand  on  l'étudié,  comme 
a  f.iit  M.  Serres,  nux  divers  âges  de  sa  vie.  De  tels  résultats, 
bien  que  pouvant  être  prévus  par  la  théorie  des  analogues, 
soni  de  précieux  documens  pour  la  philosophie  de  la  science. 
MM.  Audoin  et  Milnc  Edwards  ont  beaucoup  ajouté  aux  tra- 
vaux de  MM.  Cuvier  et  Serres,  et.  ont  perfectionné  l'état  de 
nos  connaissances  à  cet  égard,  eu  ramenant  ces  travaux  et  les 
leurs  propres  aux  analogies  que  leur  sagacité  y  a  aperçues.  » 
Ce  mémoire  sera  imprimé  dans  le  Recueil  des  savans  étran- 
gers.— M.  Desfotstaiises  fait  un  rapport  verbal  sur  la  nouvelle 
flore  des  environs  de  Paris,  par  M.  Chevalier. 

A.    MlCHELOT. 

Académie  française . — L'Académie  s'est  réunie,  le  21  février, 
pour  nommer  le  successeur  de  M.  François  de  Nenjchdtcau. 
Trente  -  trois  membres  étaient  présens.  M.  Le  Brun  a  obtenu 
dix-huit  voix,  et  il  a  été  proclamé  membre  de  l'Académie  fran- 
çaise. Les  autres  voix  se  sont  reparties  entre  MM.  Ancelot ,  de 
Pongcrvillc  et  Casimir  Bonjour.  M.  Lucien  Arnault ,  qui  s'é- 
tait d'abord  présenté,  s'est  retiré  avant  le  choix  de  l'Académie. 


Enseignement  élémentaire. —  Requête  aux  deux  chambres. 
— D'après  l'article  G8  de  la  Charte,  les  lois  non  abrogées  par 
la  loi  fondamentale  restent  en  vigueur  comme  lois  du  royaume, 
jusqu'à  ce  qu'il  y  soit  légalement  dérogé.  De  ce  nombre  sont 
les  lois  ci-après  :  la  première,  des  i3  et  i/4  septembre  1791; 
l'autre,  du  ipl  mai  1802;  en  voici  les  dispositions  : 

Loi  des  i3  et  i/j  septembre  1791.  — «  Il  sera  créé  et  or- 
ganisé une  instruction  publique  commune  a  tons  les  citoyens , 
gratuite  à  l'égard  des  parties  d'enseignement  indispensables 
j)o'tr  tous  les  hommes  ,  et  dont  les  élablissemens  seront  distri- 
bués graduellement  dans  un  rapport  combiné  avec  la  division 
du  royaume.  » 

roi  nu  i01'  mai  1802,  art.  1er.  —  «  L'instruction  sera  donnée: 
i°  Dans  des  écoles  primaires  établies  par  les  communes; 
2°  dans  des  écoles  secondaires  établies  par  les  communes  ou 
tenues  par  des  maîtres  particuliers;  3°  dans  des  lycéen  et  des 
écoles  spéciales  entretenus  aux  frais  du  trésor  public,  a 


84o  FRANCE. 

Ces  lois  ont-elles  été  exécutées  en  ce  qui  regarde  l'instruc- 
tion primaire?  Les  chefs  de  l'administration  publique,  ou  ceux 
du  corps  enseignant,  ont  ils  pris  les  mesures  nécessaires  pour 
que  le  pays  fût  mis  en  jouissance  du  bienfait  de  ces  lois?.  .  Il 
est  triste  de  le  dire  :  depuis  qu'elles  ont  été  rendues,  on  ne 
s'est  point  avisé,  ni  l'autorité  de  les  mettre  à  exécution,  ni  les 
administrés  d'en  réclamer  l'effet,  ni  les  citoyens  de  former  au- 
cune plainte  sur  l'oubli  condamnable  où  elles  ont  été  laissées. 
Et  cependant  il  s'agissait  du  sort  de  l'état!  il  y  allait  du  repos 
intérieur,  de  la  moralité,  de  la  prospérité  d'une  nation  entière! 
et  l'on  restait,  chaque  aunée,  indifférent  à  l'avenir  d'un  million 
d'individus  nouveaux,  qui  apparaissent  annuellement  sur  le 
sol  de  la  France!  Depuis  trente  ans,  la  masse  du  peuple  fran- 
çais a  été  renouvelée  presque  entière;  et  au  lieu  d'être  instruite 
et  dirigée,  la  plus  grande  partie  de  chaque  génération  nouvelle 
a  été  comme  oubliée  par  l'administration ,  par  les  hommes  pu- 
blics, parla  magistrature  à  qui  est  confié  le  dépôt  des  lois, 
par  la  nation  elle-même!  On  a  abandonné  ses  destinées  au 
hasard  des  événemens,  à  l'effet  des  causes  politiques,  physiques 
et  morales,  les  plus  compliquées,  souvent  les  plus  funestes  (i)! 

Dans  cet  intervalle  de  tems ,  à  peine  un  individu  sur  trente 
a  reçu  le  bienfait  de  l'éducation;  comme  si  les  autres  eussent 
appartenu  à  une  autre  nature,  à  une  autre  condition,  et  eussent 
été  jugés  affranchis  de  toute  obligation  morale  et  religieuse , 
domestique  et  sociale. 

Mais  peut-être  aura-t-on  reconnu  quelque  vice  caché  dans 
la  loi  de  1791  ? 

Dans  ce  cas,  pourquoi  la  renouveler  onze  ans  après?  Pour- 
quoi, la  seconde  année  de  la  restauration,  après  i4  ans  écou- 
lés, une  ordonnance  célèbre  de  l'auguste  fondateur  de  la 
Charte  remet-elle  encore  cette  loi  en  vigueur,  ou  consacre- 
t-elle  au  moins  le  principe?  Pourquoi,  sous  trois gouvernemens 
aussi  différens  que  ceux  de  ces  trois  époques,  s'est-on  accordé  à 
reconnaître  la  justice  de  ce  même  principe,  l'utilité  indispensable 
de  l'établissement?  Il  faut  donc  que  la  loi  soit  restée  sans  exé- 
cution par  un  motif  indépendant  de  son  mérite  ou  de  ses  in- 
convéniens  ;  et  on  ne  serait  donc  point  fondé  à  soutenir  que  les 
administrations  diverses  qui  ont  régi  la  France  depuis  trente- 


(r)  Le  zèle  et  les  efforts  généreux  ,  mais  isolés  ,  que  des'  Société  ^ 
bienfaisantes  ont  déployés  depuis  quatorze  ans,  pour  propager  l'ins- 
truction populaire  ,  n'en  sont  (pie  plus  dignes  de  ieconn;ti»sance  et  de 
respect. 


si*  ans  ont  trouvé  du  danger  à  donner  an  peuple  un  certain 
degré  d'instruction,  approprié  à  toutes  les  conditions.  Ainsi 
tombe  le  seul  prétexte  qu'on  pourrait  aujourd'hui  opposer  à 

l\\i  rnlion  des  lois  du  royaume  ,  lois  les  pins  importantes,  loi-. 

vitales  et  fondamentales |  lois  qui  sont  l(  fondement,  la  ga- 
rantie de  tontc>  les  antres. 

Autre  objection  :  L'expérience  aurait-elle,  par  hasard,  averti 
l'autorité  qu'il  fallait  renoncer  à  l'établissement  général  des 
écoles  primaires P 

NoU -seulement  cette  expérience  n'a  pas  été  faite,  quanti  la 
loi  a  été  portée,  OU  quand  on  l'a  renouvelée;  mais  elle  n'a  pas 
été  même  tentée  une  seule  fois;  jamais  on  n'a  pris  la  peine  de 
Soumettre  la  population  française  non  adulte  à  l'essai  d'une 
instruction  commune,  appropriée  au  besoin  de  tous  :  on  ne 
l'a  essayé  ni  une  année,  ni  un  mois,  ni  un  jour. 

En  voilà  assez  pour  montrer  que  ceux  qui  sont  opposés  de- 
bonne  foi  à  l'éducation  universelle  .s'il  en  existe)  ne  sauraient 
BTguer,  contre  les  lois  qui  la  prescrivent,  de  ce  qu'elles  n'ont 
jamais  été  exécutées.  Pour  les  autres  adversaires,  il  est  bien 
superflu  de  les  combattre,  parce  qu'il  sera  toujours  impossible 
de  les  convaincre. 

Nous  sommes  donc  contraints  de  chercher  ailleurs  la  vraie 
difficulté;  car  il  existe  une  difficulté  réelle,  et  il  est  aisé  de  ia 
pressentir.  En  ordonnant  sur  toute  la  surface  de  la  France 
1  élection  des  écoles  primaires,  te  législateur  n'a  rien  disposé 
sur  les  moyens  de  les  établir,  il  a  laissé  le  gouvernement  dé- 
pourvu de  ressources  et  d'action;  or,  celui-ci  a-t-il  jamais  pu 
se  flatter  de  former  soixante  mille  instituteurs  et  autant  d'insti- 
tutrices, ni  de  trouver  soixante  ou  quatre-vingts  millions  tous 
les  ans  pour  les  consacrer  à  celte  destination  ?  On  a  toujours 
reculé  devant  cet  obstacle  ;  l'évidence  prouve  qu'il  était  alors 
insurmontable. 

En  est-on  moins  fondé  à  réclamer  l'exécution  des  lois?  Non  , 
sans  doute,  si  le  but  est  salutaire  et  le  principe  incontestable; 
s'il  est  vrai  que  l'on  ne  saurait  acheter  par  trop  de  sacrifices 
l'amélioration  t'es  mœurs  de  toute  la  population,  son  bien-être 
et  la  prospérité  du  pays. 

Mais  aujourd'hui  la  question  a  bien  changé  de  face  :  les  deux 
inondes  possèdent  un  moyen  pratique,  efficace,  éprouvé  par 
l'expérience,  qui  a  déplacé  la  difficulté  ,  ou  plutôt  l'a  fait  éva- 
nouir. Ce  qu'on  faisait  en  quatre  ou  cinq  ans,  on  le  fait  en  deux 
ou  trois;  Ici  uii  il  fallait  dix  maures,  un  seul  suffit  ;  où  l'on  avait 
besoin  de  trois  millions,  il  n'en  faut  /dus  qu'un.  En  outre,  beau- 
coup de  localités  qui  n'auraient  pu  faire  une  modique  dépense 


84*  FRANCE. 

peuvent  maintenant  faire   face  à   une  dépense  plus  considé- 
rable. 

Les  communes,  le  trésor  public,  les  associations  bienfai- 
santes, les  fondateurs,  et  même  les  familles  devenues  plus 
aisées,  venant  à  joindre  leurs  ressources,  on  pourra  créer  et 
soutenir  aisément  des  institutions  du  premier  degré,  partout, 
sans  exception,  sauf  à  réunir  au  besoin  les  communes  d'une 
trop  petite  population. 

Plus  de  motifs,  plus  de  prétexte  à  l'avenir  pour  éluder  la 
loi.  Il  est  tems  qu'elle  soit  mise  en  pratique,  observée  et  exé- 
cutée franchement  sur  toute  la  surface  du  royaume;  il  faut 
qu'aucun  Français  ne  soit  privé  désormais  du  droit  de  lire  les 
livres  de  sa  religion  et  les  lois  de  son  pays. 

Il  est  bien  tems  de  faire  cesser  une  incurie  dont  le  déplo- 
rable résultat  est  d'amener  tous  les  ans  devant  les  cours 
d'assises  une  grande  partie  des  sept  à  huit  mille  individus 
qu'elles  ont  a  juger,  et  la  présence  actuelle  dans  les  bagnes  et 
les  prisons  de  près  de  trente  mille  condamnés  aux  travaux 
forcés  ,  sans  en  compter  quinze  mille  autres  libérés,  dispersés 
dans  toute  la  France,  et  placés  sous  la  surveillance  de  la  haute 
police  !  Songeons  à  l'avenir  de  la  patrie!  rendons  à  l'homme  sa 
dignité,  au  citoyen  sa  place,  à  tous  nos  semblables  un  droit 
sacré  qu'ils  tiennent  de  leur  naissance  et  des  lois  du  pays,  et 
qu'ils  ont  reçu  de  Dieu  même! 

Par  ces  motifs,  et  dans  le  seul  intérêt  du  bien  et  de  l'ordre 
public,  un  simple  citoyen  se  croit  fondé  à  invoquer  la  sagesse 
et  la  prévoyance  des  Chambres  à  réclamer  l'exécution  immé- 
diate de  la  loi  du  i3  septembre  1791,  et  à  demander  qu'on 
prenne  sans  délai  les  mesures  nécessaires  à  son  entier  accom- 
plissement,  jusqu'à  ce  que  l'instruction  primaire  soit  donnée 
dans  toute  l'étendue  du  royaume  à  tous  les  jeunes  Français 
des  deux  sexes. 

Te  répète  ici  le  texte  delà  loi:  Il  sera  créé  et  organisé  une 
instruction  publique  commune  à  tous  les  citoyens ,  gratuite  à 
t  égard  des  parties  d'enseignement  indispensables  pour  tous  les 
hommes  (  1 J .  et   dont  les   établisscmcns  seront  distribués  gra- 


(1)  Il  ne  peut  y  avoir  d'équivoque  sur  le  sens  de  ces  mots.  Lire  , 
écrire  et  compter  ,  voilà  ce  qui  est  de  nécessité  première  pour  tous 
les  individus  sans  aucune  exception  ,  indépendamment  de  renseigne- 
ment religieux,  qui  appartient  aux  ministres  des  différens  mites  re- 
connus par  la  loi  fondamentale.  En  faisant  instruire  la  jeunesse  .  l'au- 
torité aura  un  antre  devoir  à  remplir,  ces!  de  faire  composer  de  bons 
livres  mis  à  la  portée  du  peuple. 


PARIS.  8/,1 

lucllrincnt    dans     un    rapport     combiné    avrr    la    division     dit 
<n  a unir. 

If iv  MKMiuu.  de  la  Société  pour  l'instruction  élémentaire 
l  nsbignement  INDUSTRIEL.  —  Coins  de  Chimie éxpérim >c'n* 
air  appliquée  aux  arts  et  à  l'agriculture ,  suivi  d'un  Cours  théo- 
Aque  pi  pratique  de  Wlrt  de  fabriquer  le  sucre  de  betteraves  et  les 
jivers  autres  produits  de  l'industrie  agricole;  par  M.  Dubeuit* 
aut.  —  Ces  cours,  dont  he  programme  se  distribue  gratis  au 
fcemicilc  du  professeur,  rue  Patnfc,  n9  24,  <™  Marais,  seront 
uiverts  au  public  dans  le  courant  du  mois  d'avril  prochain.  Le 
professeur  se  propose  de  combiner  les  diverses  études  qui 
jeuvent  contribuer  à  former  des  nommés  capables  de  créer  et 
\e  diriger  avec  discernement  des  établissemens  d'industrie  agri- 
cole, et  plus  particulièrement  des  sucreries  de  betteraves,  qui 
injourd'hui  son!  dignes  de  toute  la  sollicitude  des  propriétaires 
•t  des  cultivateurs.  Ces  arts  exigent  pardessus  tout  des  connais- 
sances chimiques;  aussi  le  professeur  promet  de  donner  dans 
>es  leçons  la  plus  grande  part  à  cette  étude,  qu'il  accompa- 
gnera d'expériences  et  d'exercices  de  manipulation.  Il  annonce 
Mi  outre  des  notions  de  mécanique,  de  physique  et  de  culture, 
tjni  concourront  au  but  indiqué,  Le  cours  sera  terminé  par  des 
iescriptions  techniques  des  arts  qui  sont  liés  ou  qui  peuvent 
5e  lier  à  l'agriculture;  et  parmi  ces  descriptions,  qui  seront 
accompagnées  d'expériences  et  éclaircies  au  moyen  d'échan- 
tillons divers,  de  dessins  exécutés  sur  grande  échelle,  ou  même 
ie  plus  souvent  de  modèles  mis  en  fonction,  l'auteur  promet  de 
donner  des  soins  particuliers  et  tous  les  développemens  dési- 
rables à  l'art  de  fabriquer  le  sucre  de  betteraves.  Il  ne  bornera 
passes  travaux  ,  pour  cette  branche  de  l'industrie,  à  une  des- 
cription complète  des  procédés  et  des  appareils  connus,  et  à 
leur  manœuvre  exécutée  sous  les  yeux  et  par  les  mains  des 
élèves,  mais  il  ne  négligera  aucune  des  tentatives  propres  à 
perfectionner  toutes  les  opérations  qui  en  sont  susceptibles. 
Ainsi  les  cours  de  M.  Dubrunfaut,  envisagés  sons  ces  deux 
points  de  vue,  de  former  des  hommes  instruits  et  de  perfec- 
tionner l'industrie  par  des  recherches  spéciales,  se  ?ecom- 
mandent  doublement  à  l'intérêt  de  tous  les  amis  des  progrès 
des  sciences  et  des  arts  utiles. 

Des  Jeunes  Égyptiens  envoyés  à  Paris,  en  1826.  —  Après 
quatorze  mois  de  leçons  reçues  dans  diverses  pensions  de 
Paris,  les  jeunes  Égyptiens  ont  fait  pour  la  plupart  des  pro- 
grès très -sensibles  dans  la  langue  française,  le  dessin  et  les 
élcmens  des  mathématiques.  Ces  progrès  viennent  d'être  cons- 
tates d'une  manière  tres-satisfaisante  par  l'examen  publie  qui 


844  FRANCE. 

a  eu  lieu  le  18  février  et  le  Ie'  mars  de  eette  année,  en  pré- 
sence d'un  grand  nombre  de  personnes  marquantes ,  apparte- 
nant à  l'Institut,  à  l'Université,  etc.,  et  de  plusieurs  étrangers 
de  distinction.  Nous  profiterons  de  cette  circonstance  pour 
dire  que  les  résultats  de  l'examen  général,  du  mois  de  juillet 
dernier,  ayant  été  connus  du  gouvernement  d'Egypte,  et 
confirmés  tout  récemment  par  M.  Drovetti  ,  à  son  retour  à 
Alexandrie,  ce  gouvernement  a  témoigné  sa  satisfaction  à 
M.  Jomard  ,  qui  a  la  direction  des  études  de  ces  jeunes  étran- 
gers, et  même  a  cru  devoir  lui  offrir  des  marques  de  sa  gra- 
titude. Ayant  eu  connaissance  de  la  lettre  que  M.  Jomard  vient 
d'écrire  à  ce  sujet  en  Egypte,  nous  croyons  faire  plaisir  à 
nos  lecteurs  en  la  transcrivant  dans  notre  Reçue. 

«  Monsieur,  j'ai  fait  connaîlre  de  vive  voix  et  par  écrit  quel 
est  le  seul  but  pour  lequel  j'ai  sollicité  constamment  l'envoi 
de  plusieurs  Égyptiens  à  Paris.  Cet  unique  objet  que  je  pour- 
suis depuis  treize  années  étant  de  contribuer,  pour  ma  faible 
part,  à  ramener  la  civilisation  dans  une  contrée  qui  en  a  été 
le  berceau ,  et  à  former  entre  l'Egypte  et  la  France  des  relations 
plus  intimes  et  plus  avantageuses  pour  notre  commerce,  il 
m'est  impossible  d'accepter  un  traitement  pour  les  soins  que 
je  donne  à  cette  intéressante  jeunesse.  Si  l'expédition  française, 
à  laquelle  je  m'honore  d'avoir  appartenu ,  a  déposé  sur  le  sol 
de  l'Egypte  des  germes  d'amélioration;  si  depuis  i8i5  j'ai  été 
assez  heureux  pour  prendre  aussi  quelque  part,  à  la  régénéra- 
tion de  l'instruction  primaire  dans  ma  patrie  et  aux  progrès 
de  la  cause  de  l'éducation  universelle  ,  je  devais  accepter  une 
tâche  semblable,  quoique  pleine  de  difficultés,  et  entreprise 
dans  les  circonstances  les  moins  favorables.  Peut-être  fallait-il 
alors  quelque  courage  pour  le  faire:  dans  l'espoir  d'un  grand 
bien,  je  n'ai  point  hésité;  mais  cette  résolution  perdrait  tout 
son  mérite,  si  j'acceptais  autre  chose  que  les  soins  qu'elle 
exige.  Au  reste,  je  n'ai  consenti  à  diriger  les  études  des  jeunes 
Égyptiens  qu'avec  l'approbation  d'un  grand  nombre  de  per- 
sonnes amies  des  lumières  et  de  l'humanité,  et  à  la  condition 
que  mes  travaux  seraient  gratuits. 

*  Je  serai  assez  dédommagé  si  plusieurs  d'entre  ces  élèves 
rapportent  bientôt  dans  leur  pays  des  notions  exactes  sur  les 
lois,  l'administration,  le  droit  des  gens,  l'agriculture,  les 
sciences  et  les  arts,  et  surtout  des  idées  d'ordre  et  de  justice, 
trop  long-tems  méconnues  dans  leur  malheureuse  patrie.  En 
instruisant  ces  jeunes  étrangers,  nous  formons  autant  d'amis, 
à  la  France,  autant  d'appréciateurs  de  notre  état  social;  et  un  i 
jour  nos  vovageurs,  nos  artistes  et  nos  commerçans,  appelés 


PARIS  8/»5 

mr  les  bords  du  Nil,  trouveront  en  eux  un  appui  assuré  et 
l'aH'ccùon  de  la  reconnaissance. 

-  Recevez,  etc.  Signé  Jomahu.  » 

iV.  if.  Nous  ajouteront  une  circonstance  cjnî  «'est  pot  tans 

intérêt.  M.  le  comU  Alexandre  Dki.muiiiih;,  eu  quittant  l'E- 
gypte ,  recommanda  sou  Bis  as  premier  secrétaire  du  vice-roi 
d'Egypte.  En  promettant  pour  le  jeune  Français  toute  la  pro- 
tection dont  il  peut  avoir  besoin  ,  tant  pour  ses  voyages  qu'a, 
cause  des  conjectures  actuelles,  l'officier  égyptien  demanda  le 
même  service  à  M.  le  comte  Delaborde  pour  son  propre  fils  , 
qui  se  trouve  être  un  des  chefs-élèves  de  l'établissement  de 
Pans.  Z. 

Réclamation.  —  //  J/.Jullien,  de  Paris  y  fondateur-  direc- 
teur de  la  Revue  Encyclopédique.  —  Monsieur,  Dans  la  i  10"  li- 
vraison de  votre  intéressant  Recueil ,  cahier  de  février  1828, 
page  5^9 ,  après  avoir  cité  l'extrait  d'une  lettre  d'un  jeune  ins- 
tituteur de  Saint- Louis  (Sénégal],  qui  annonce  avoir  opéré  la 
délivrance  de  deux  esclaves,  vous  ajoutez  cette  réflexion  :  Les 
amis  de  l'humanité  apprendront  avec  douleur  que  l'établissement 
du  Sénégal  n'a  pas  pour  but  l'abolition  de  l'esclavage  en  Afrique , 
et  qu'on  vend  publiquement  des  esclaves  à  Saint- Louis  >  comme 
à  la  Martinique  et  à  la  Guadeloitj>e. 

Les  deux  faits  cités  n'étant  pas  à  ma  connaissance,  je  ne  puis 
ni  les  avouer,  ni  les  contester.  Il  n'y  aurait  rien  de  bien  surpre- 
nant qu'ils  eussent  échappé  à  la  surveillance  des  autorités  lo- 
cales; mais  pourquoi  l'auteur  de  la  lettre,  qui  n'ignorait  ni  la 
législation  ,  ni  les  ordres  souvent  renouvelés  du  gouvernement 
colouial,  ifa-t-il  pas  révélé  ces  faits  et  réclamé  la  liberté  des 
esclaves,  au  lieu  de  les  racheter!»  ses  dépens?  Voilà  ce  qu'il 
serait  difficile  d'expliquer,  s'il  n'étiùt  pas  très-vraisemblable  que 
les  deux  prétendus  esclaves  n'étaient  autres  que  des  libérés  en- 
gagés à  teins y  par  suite  de  rachat ,  état  intermédiaire,  tempo- 
raire, préparatoire  de  la  liberté,  institution  nécessaire  qui  n'a 
rien  que  de  libéral  et  de  philantropique. 

En  supposant  encore  que  deux  esclaves  ,  ou  un  plus  grand 
nombre  même,  eussent  été  introduits  en  fraude  à  Saint-Louis, 
ce  qui  n'est  pas  très-diflicile  dans  une  ville  ouverte,  serait-il 
raisonnable  de  conclure  de  ces  faits  isolés,  et  non  patens  ,  qu'on 
ne  s'occupe  pas  de  Y  abolition  de  l'esclavage  au  Sénégal ,  et  qu'on 
y  vend  publiquement  de  nouveaux  esclaves  ? 

Les  efforts  que  j'ai  faits  pour  l'abolition  de  la  traite  des  noirs, 
pendant  près  de  six  ans  que  j'ai  gouverné  le  Sénégal ,  mes  prin- 
cipes bien  prononcés  sur  cette   matière,    les  développemens 


846  FRANCE. 

qu'ils  reçoivent  dans  mes  écrits  ^i) ,  me  donnent  le  droit  de  ré- 
clamer contre  la  réflexion  consignée  dans  votre  estimable  Re- 
vue. Cette  réflexion  est  inexacte;  elle  peut  nuire  à  la  coloni- 
sation si  intéressante  du  Sénégal;  elle  est  injuste  à  l'égard  du 
gouvernement,  et  tout-à-fait  pénible  pour  moi,  qui  crois  avoir 
bien  mérité  des  amis  de  l'humanité. 

J'attends  de  votre  obligeance  que  vous  voudrez  bien  rectifier 
l'erreur  que  je  vous  signale. 

Agréez,  monsieur,  l'assurance  de  mea  sentimens  de  haute  con- 
sidération et  de  dévoûmenl.  Baron  Roger. 

N.  B.  Nous  nous  empressons  de  rectifier,  par  l'insertion  de 
la  lettre  de  M.  le  baron  Roger,  l'erreur  contenue  dans  l'article 
relatif  au  Sénégal ,  que  nous  avait  communiqué  l'un  de  nos  col- 
laborateurs. Tous  les  amis  de  l'humanité  apprendront  avec  une 
vive  satisfaction  que  l'infâme  commerce  de  la  traite  est  entière- 
ment prohibé  dans  les  établissemens  français  en  Afrique.  L'ho- 
norable caractère  et  les  sentimens  phiianlropiques  bien  connus 
de  M.  Roger  ne  permettent  pas  de  révoquer  en  doute  son  té- 
moignage sur  ce  sujet. 

Addition  à  l'article  inséré  dans  le  cahier  de  janvier ,  page  2  7  3  , 
sur  l'exploitation  du  fer  par  les  procédés  anglais.  —  En  parlant 
des  entreprises  de  la  Compagnie  des  fonderies  et  forges  de  la 
Loire  et  de  l'Isère  ,  nous  n'avons  point  fait  mention  de  ce  que 
lenouvel  établissement  de  la  Voulte  doit  aux  soins  et  aux  ta i eus 
de  M.  le  directeur  général  des  usines  de  la  Compagnie,  M.René 
Leroux.  Nous  nous  empressons  de  réparer  cette  omission  , 
contre  laquelle  l'habile  directeur  général  n'aurait  pas  réclamé, 
mais  qui  serait  contraire  à  la  justice,  et  par  conséquent  à  nos 
intentions. 


Théâtres.  — Théâtre  Français.  —  Première  représentation 
de  la  Mort  de  Tibère,  tragédie  en  cinq  actes,  par  M.  Lucien 
Arnault  (samedi  1  février).  —  Tibère  commence  cette  longue 
suite  d'empereurs  qui  opprimèrent  le  peuple  romain  avec  une 
férocité  qui  ressemble  à  la  démence;  dès  son  enfance,  son 
précepteur  avait  coutume  de  dire  de  lui  que  c'était  de  la  boue 
détrempée  avec  du  sang,  et  la  vie  du  tyran  n'a  que  trop  bien 
justifié  le  jugement  porté  sur  ses  premières  années.  C'est  le 
dernier  jour  de  cette  vie  que  le  poëte  a  voulu  mettre  en  scène. 
Les  historiens  ne  s'accordent  point  sur  le  genre  de  mort  de 


1)  Notamment  KclJdor,  histoire  africaine,  etc.  (Voy.  ci-dessus,  r>.  ('-3.^ 


PARIS.  .S'r; 

Tibère.  Selon  les  uns ,  il  mourut  natureliemeui  ;  selon  d'autres , 
sa  (in  lui  précipitée  par  l'assassinat.  Sur  le  point  de  retouroei 
à  Caprée,  il   fui   retenu  à  ftfisène  par  les  progrèsdu  mal  quj 
ôonsuinaii  sa  vieillesse.  Mtacron,  chef  des  prétoriens,  qui  avait 
succédé  à  Séjan  dans  la  faveur  de  Tibère,  a\  erti  par  le  médecin 
Chariclès,  attendait  l'événement  et  avait  tout  préparé  pour  faire 
régner  Caïus.  «Le  vieux  tyran,  dit  un  historien,  tomba  dans 
une  défaillance  que  l'on  prit  pour  la  mort;  déjàCaiii  s  sortait  en 
grand  Rppareil  pour  se  montrer  au  peuple;  tout  à  coup  Tibère 
se  ranime,  appelle  ses  esclaves  et  demande  quelque  nourriture. 
La  terreur  saisit  toute  sa  cour:  Caïus,  précipité  de  son  espé- 
rance, reste  immobile,  n'attendant  plus  que  sa  dernière  heure. 
Macrou,  sans  se  troubler,  fait  étouffer  le  vieil  empereur  sous 
des  amas  de  couvertures,  et  ordonne  que  tout  le  monde  se 
retire.»  C'est  la  scène  principale  de  la  pièce,  dont  l'action  est 
très-faible,  et  où  il  ne  faut  chercher  que  la  peinture  de  l'agonie 
d'un  tyran.  Les  trois  premiers  actes  sont  consacrés  au  déve- 
loppement de  ce  caractère,  qui  mêle  à  sa  férocité  un  profond 
mépris  pour  les  Romains.  La  dernière  marqué  de  haine  qu'il 
veut  donner  à  ce  peuple,  c'est  de  lui  laisser  un  empereur  plus 
méchant  que  lui-même  ,  et  il  fait  choix  de  Caïus  Caïigula,  dont 
il  a  démêlé  les  inclinations  perverses.  Au  quatrième  acte,  Ti- 
bère tombe  dans  cette  espèce  de  léthargie  qui  fait  croire  à  la 
mort;  aussitôt  Macrou  convoque  le  sénat  et  proclame  Caïus. 
Des  cris  d'imprécation  s'élèvent  de  toutes  parts  contre  Tibère, 
on  renverse  ses  statues,  on  le  maudit,  et  des  acclamations  uni- 
verselles saluent  son  successeur.  En  ce  moment,  le  moribond  , 
échappé  des  bras  de  la  mort,  mais  pâle  et  défait,  les  vètemens  en 
désordre  et  couvert  seulement  d'un  long  manteau  blanc,  appa- 
raît au  milieu  de  la  foule  stupéfaite  ;  il  accable  des  expressions  de 
son  mépris  le  sénat,  et  Caïus  qu'il  fait  descendre  du  trône,  et 
qu'on  charge  de  fers.  Toute  cette  foule  si  ardente,  si  exaltée, 
reste  muette  et  frappée  d'effroi,  au  seul  aspect  de  ce  fantôme 
d'empereur  qui  ne  vivra  peut-être  pas  un  jour.  Cette  insigne 
lâcheté  ne  fait  qu'irriter  la  haine  du  tyran  :  il  conjure  son  mé- 
decin Chariclès  de  prolonger  sa  vie  de  quelques  instans  qu'il 
puisse  consacrer  à  la  vengeance.  Bientôt  une  proscription  nou- 
velle est  ordonnée;  le  frère  et  les  propres  enfans  de  Chariclès 
y  sont  compris;  Macrou  révèle  au  médecin  cette  affreuse  nou- 
velle, et,   par  ce  moyen,  il  le  détermine  à  hâter  de  quelques 
momens  la  fin  de  ce  monstre.  Chariclès  n'y  consent  que  pour 
sauver  sa  famille,  et  s'empoisonne  en  empoisonnant  l'empereur. 
C'est  là  une  espèce  d'héroïsme  que  l'on  ne  comprend  pas;  mais 
si  la  raison   en  est  mal  satisfaite,   le  drame  v  L'agne  une  belle 


848  FRANCE. 

situation,  colle  où  Cliariclès  déclare  an  tyran  que  ses  crimes 
vont  linir  avec  sa  vie.  Tibère  sentant  sa  fin  prochaine  revient  à 
sa  première  idée;  Caïus  peut  le  faire  regretter,  Caïus  régnera. 
On  l'amène  enchaîné  devant  l'empereur  environné  du  sénat; 
Tibère  ordonne  aux  licteurs  de  lever  la  hache  sur  sa  tète;  il  le 
fait  mettre  à  genoux  devant  lui,  il  se  complaît  à  lui  faire  éprouver 
toutes  les  angoisses  d'une  mort  prochaine,  et.  à  l'abreuver  de 
mépris  ;  c'est  alors  qu'arrachant  de  son  front  la  couronne  de 
laurier,  il  la  jette  sur  celui  de  Caïus,  et  il  meurt  en  léguant  aux 
Romains  cet  empereur  déshonoré.  Ce  tableau  est  dramatique, 
aussi  bien  que  celui  du  quatrième  acte,  qui  avait  produit  peu 
d'effet  à  la  première  représentation,  mais  auquel  d'heureuses 
corrections  ont  rendu  tout  l'éclat  dont  il  brille  maintenant. 
Tout  ce  quatrième  acte  est  original  et  disposé  avec  beaucoup 
de  talent;  on  remarque  aussi  plusieurs  belles  scènes  dans  les 
trois  premiers,  de  beaux  vers ,  des  mots  d'une  simplicité  pleine 
d'effet;  enfin,  sauf  quelques  traits,  qu'il  nous  semblerait  né- 
cessaire decorriger,  le  caractère  du  principal  personnage  est 
bien  tracé.  Cependant  la  pièce  ne  semble  pas  destinée  à  une 
longue  existence;  on  la  voit  avec  plaisir,  on  va  peu  la  revoir; 
c'est  qu'elle  manque  de  cet  intérêt  d'action  que  l'on  cherche 
avant  tout  dans  un  ouvrage  de  théâtre;  le  spectateur  se  soucie 
fort  peu  que  Tibère  cesse  de  régner  et  que  Caligula  lui  succède; 
il  se  soucie  moins  encore  d'une  ombre  de  conspiration  répu- 
blicaine,  ourdie  par  Galba,  et  dont  personne  ne  s'occupe 
dans  la  pièce.  Le  tableau  des  derniers  momens  de  Tibère  est 
donc  le  seul  intérêt  qui  s'offre  au  spectateur;  mais  comme  ce 
dénoûment  n'excite  aucune  attente  ,  les  événemens  qui  le 
précèdent  et  l'amènent  n'éveillent  pas  même  la  curiosité.  On 
ne  saurait  trop  répéter  aux  auteurs  dramatiques  qu'une  situa- 
tion ne  peut  soutenir  une  tragédie,  et  que  pour  composer  un 
drame  il  faut  d'abord  trouver  une  ^action. 

—  Première  représentation  de  la  princesse  Amélie  ,  comé- 
die en  cinq  actes  et  en  vers,  par  M.  Casimii'  Delavignf,. 
(jeudi  6  mars).  —  Amélie  est  une  jeune  reine  qui  régnait 
à  Saîerne,  vers  la  fin  du  xvie  siècle,  ou  le  commencement  du 
xvne,  s'il  faut  en  croire  le  costume  des  personnages;  car 
rien  dans  la  pièce  n'indique  l'époque  de  l'action.  Mineure  en- 
core,  Aurélie  a  été  mise,  par  le  testament  de  son  père,  sous 
l'autorité  de  trois  ministres  qui  gouvernent  en  son  nom,  et 
dont  le  pouvoir  s'étend  jusque  sur  la  main  de  la  princesse,  qui 
n'en  peut  disposer  sans  leur  consentement  unanime.  Aurélie, 
dont  les  princes  voisins  recherchent  l'alliance,  aime  en  secret 
l'un  de  ses  sujets ,   le  jeune  comte  d'Avella ,  mieux  doté  par 


l' MUS.  H/.o. 

a  gloire  que  par  la  fortune  ,  et  dont  la  haute  naissance  est  sou- 

eniie  par  son  mérite  personne!  bien  plus  que  par  ses  richesses. 
);uis  celte  lutte  de  l'amour  et  (le  l'orgueil ,  Aurélie  est  bien  (lé- 
idée  à  faire  triompher  l'amour;  mais  est- elle  aimée  du  comte 
Y  Vvella  ?  N'a-t-elle  point  de  rivale,  comme  le  dépit  du  jeune 
bomte,  qui  se  croit  dédaigné  d'Ailfélie,  lui  donne  lien  de  1« 
Hipposer?  Et  quand  elle  serait  bien  convaincue  qu'elle  est 
idorée,  comment  s'y  prendrait-elle  pour  faire  consentir  ses 
tuteurs  à  un  pareil  hymen?  Tel  est  le  fond  de  la  pièce;  telles 
sont  les  idées  principales  sur  lesquelles  M.  Delavigne  a  bâti 
sou  intrigue  ,  et  combiné  les  incidens  de  son  drame.  Nous  n'es- 
saierons point  de  peindre,  dans  une  rapide  analyse,  tous  ces 
mouvemens  de  jalousie,  d'amour,  de  dépit,  qui  font  agir  la 
princesse  Au  relie,  qui  nous  la  montrent  traitant  le  comte 
d'Avclla  tantôt  avec  la  plus  majestueuse  sévérité  ,  tantôt  avec 
la  plus  tendre  bienveillance  :  mission  qui  ressemble  beaucoup 
à  un  exil,  faveurs  qui  le  rapprochent  du  trône,  proposition 
d'une  commanderie  dans  l'ordre  de  Malte,  la  prison,  la  cou- 
ronne enfin;  telles  sont  les  alternatives  qui  révèlent  au  spec- 
tateur une  passion  dont  on  ne  dit  pas  un  mot  au  jeune  d  Avclla, 
pendant  toute  la  pièce,  et  dont  on  ne  lui  fait  l'aveu  qu'au  mo- 
ment où  il  se  croit  perdu.  Il  n'esTpas  besoin  de  dire  au  lecteur 
qui  connaît  le  talent  de  M.  Delavigne,  combien  cette  donnée  a 
dû.  lui  fournir  de  pensées  fines  et  délicates,  de  traits  piquans  et 
passionnés.  Il  faut  surtout  remarquer  la  scène  où  la  princesse 
annonce  au  comte  qu'elle  a  jeté  les  yeux  sur  lui  pour  en  faire 
un  chevalier  de  Malte,  et  celle  où,  en  lui  faisant  rendre  compte 
d'une  mission  militaire,  elle  ne  veut  que  pénétrer  les  secrets 
senlimens  de  son  cœur.  Bien  sûre  enfin  qu'elle  est  aimée,  la 
princesse  s'occupe  de  trouver  une  ruse  pour  surprendre  aux 
trois  ministres  un  consentement  qu'elle  n'obtiendrait  pas  sans 
les  tromper;  malheureusement  sa  tâche  est  trop  facile,  et  l'au- 
teur lui  a  fait  trop  beau  jeu.  Nos  trois  ministres  sont  des  sots 
si  disposés  à  se  laisser  duper,  que  le  spectateur  s'intéresse  peu 
à  un  piège  dans  lequel  on  est  bien  sûr  qu'ils  vont  tomber. 
Aurélie  fait  entendre  à  chacun  d'eux  que,  décidée  à  élever  un 
de  ses  sujets  au  rang  de  son  époux,  ce  pourrait  bien  être  lui- 
même  qui  fixerait  son  choix.  Les  trois  ministres  se  laissent 
prendre  à  la  même  amorce;  et  lorsqu'ils  ont  remis  à  la  prin- 
cesse l'acte  d'émancipation  qui  lui  laisse  désormais  la  libre  dis- 
position de  sa  couronne  et  de  sa  main,  elle  monte  sur  son 
trône,  et  déclare  devant  toute  sa  cour  que  le  comte  d'Avclla 
est  roi.  Nous  n'apprendrons  rien  au  lecteur  exercé,  en  lui  di- 
sant que  cette  combinaison  ne  pouvait  produire  qu'un  médiocre 
t.  xxxvii.  —  Mars  1828.  5; 


85o  FRANCE. 

effet;  l'obstacle  n'était  nulle  part;  ni  dans  l'orgueil  de  la  prin 
cesse  qui  aime  sans  scrupule ,  ni  dans  la  perspicacité  des  trois 
ministres,  gens  d'une  crédulité  un  peu  niaise,  d'un  ridicule 
un  peu  outré ,  et  qui  semblent  se  moquer  d'eux-mêmes.  Ces 
trois  rôles  sont  comme  une  longue  épigramme  dont  tous  les 
traits  retombent  là  d'où  ils  partent  ;  il  y  a  dans  cette  manière 
de  peindre  des  caractères  beaucoup  de  plaisant  et  peu  de  co- 
mique, beaucoup  d'esprit  et  peu  de  vérité.  Ce  même  défaut  se 
retrouve  dans  les  dernières  pièces  que  l'on  a  jouées  au  Théâtre- 
Français;  le  banquier  du  Mariage  d'argent \9  le  notaire  de 
Chacun  de  son  côté ,  sont  des  gens  qui  disent  d'eux-mêmes  des 
choses  fort  gaies  assurément,  mais  qui  le  seraient  bien  plus 
dans  la  bouche  des  autres  personnages.  M.  Delavigne  doit  dé- 
daigner ce  défaut  à  la  mode;  son  talent  supérieur  l'appelle  à 
des  succès  de  meilleur  aloi.  C'était  un  sujet  digne  de  son  pin- 
ceau qu'une  cour  peinte  en  conscience,  que  des  ministres  et  des 
courtisans  pris  dans  leur  naturel  et  au  sérieux  ;  ils  eussent  été 
ainsi  bien  assez  comiques.  La  cour  dessinée  par  le  poète  semble 
un  tableau  de  fantaisie  que  l'on  voit  avec  un  plaisir  que  l'on 
se  reproche  ensuite;  on  est  fâché  que  tant  d'esprit  soit  semé 
sur  un  fond  ingrat.  Nous  n'avons  pas  besoin  de  dire  que,  mal- 
gré ce  défaut,  qui  malheureusement  est  capital  dans  la  pièce, 
le  talent  de  M.  Delavigne  y  brille  avec  beaucoup  d'éclat.  Le 
rôle  d'un  médecin  Polycastro ,  médecin  de  cour,  flatteur  ou 
railleur  selon  les  gens  et  selon  le  teins,  est  tracé  de  main  de 
maître;  la  scène  où  la  princesse  le  consulte  sur  le  choix  d'un 
époux  est  charmante  ;  c'est  aussi  une  scène  fort  jolie  que  celle 
où  Sassane,  l'un  des  ministres,  veut  rompre  avec  une  dame 
qu'il  est  sur  le  poin-t  d'épouser,  lorsqu'il  se  figure  que  le 
choix  de  la  princesse  l'appelle  au  trône.  Tous  les  sujets  de 
querelle  qu'il  cherche  à  sa  maîtresse,  celle-ci  les  tourne  en 
preuves  d'amour  de  la  manière  la  plus  désespérante  et  la  plus 
comique.  Les  traits  poétiques,  les  beaux  vers  sont  fréquens 
dans  cette  pièce;  l'esprit  et  les  saillies  y  abondent.  Cet  esprit 
est  quelquefois  un  peu  moderne  ,  et  d'une  autre  époque  que  le 
costume  des  personnages.  Des  allusions  vivantes  aux  choses 
d'aujourd'hui  jurent  un  peu  avec  des  manteaux  à  l'espagnole, 
et  des  haut-de-chausses  chamarrés  de  dentelles  et  de  rubans. 
C'est  une  observation  purement  littéraire  que  nous  hasardonsici; 
on  en  a  fait  bien  injustement,  selon  nous,  un  reproche  plus 
grave  à  M.  Delavigne;  on  a  dit  qu'il  n'était  pas  généreux  de 
battre  des  gens  cà  terre.  Il  y  avait  du  courage  dans  les  épi- 
grammes  de  la  comédie  nouvelle,  lorsqu'elle  a  été  composée; 
ce  n'est  pas  la  faute  de  l'auteur  si  un  changement  fort  heureux 


PARIS.  BSl 

pour  la  France  a  fait  toit  à  sa  pièce  :  assurément ,  si  elle  eUI  pu 

être  jouée  du  (ems  dé  L'administration  sous  laquelle  l'auteur 

l'avait  composée,  les  continuelles  allusions  dont  elle  est  remplie, 
bien  qu'un  peu  forcées,  eussent  obtenu  le  plus  brillant  Succès; 
elles  ont  été  accueillies  avec  plaisir,  elles  l'eussent  été  avec 
transport  ;  et,  dans  cette  circonstance  ,  le  poêle  eût  eu  bien  plus 
davantage  à  voir  ses  traits  égratigner  des  ministres  en  faveur 
que  des  ministres  déchus.  La  pièce  a  été  généralement  bien 
jouée;  Mllc  Mars,  que  l'on  croirait  chaque  jour  plus  parfaite, 
si  quelque  chose  pouvait  être  ajouté  à  la  perfection  ,  a  saisi 
avec  un  admirable  talent  toutes  les  nuances  de  ce  rôle  tracé 
pour  elle.  Le  succès  de  la  princesse  Aurélic  a  été  un  peu  troublé 
le  premier  jour;  cependant  le  nom  de  M.  Dclavigne  a  imposé 
silence  a  toutes  les  marques  d'improbation.  Quelques  change- 
mens  faits  à  la  pièce,  et  surtout  au  dénoûment,  que  l'on  avait 
trouvé  trop  pompeux  et  trop  solennel,  ont  assuré  à  cette  co- 
médie une  existence  assez  brillante,  et  tous  les  deux  jours  elle 
remplit  la  salle  du  Théâtre -Français. 

— Théâtre  royal  de  l'Odéon. — Première  représentation  de 
Charles  II,  ou  le  Labyrinthe  de  Woodstock ,  comédie  en  3  actes 
et  en  prose,  de  M.  Alexandre  Duval  (mardi  u  mars). — 
Charles  II  était  assurément  le  moins  intéressant  de  tous  les 
princes,  homme  de  plaisir  et  libertin  au  milieu  des  circons- 
tances les  plus  graves;  tout  occupé  de  séduire  la  fille  du 
gentilhomme  qui  lui  donne  l'hospitalité,  quand  il  ne  devrait 
songer  qu'à  reconquérir  son  royaume,  c'est  un  pauvre  person 
nage  pour  l'histoire;  c'est  un  personnage  dramatique  pour  la 
scène.  Le  spectateur,  auquel  on  ne  montre  d'ailleurs  qu'une 
situation,  est  toujours  prêt  à  s'intéresser  pour  un  prince  per- 
sécuté, et  qu'un  déguisement  défendseul  contre  un  grand  péril; 
il  le  mépriserait  si  toute  sa  vie  était  exposée  sous  ses  yeux- 
il  peut  le  plaindre  et  l'aimer  dans  l'action  arrangée  par 
le  poète,  surtout  quand  ce  poëte  est  doué,  comme  M.  Du  val , 
d'une  profonde  connaissance  de  la  scène  ,  et  du  talent  de  faire 
ressortir  les  effets  dramatiques.  Charles  II,  réfugié  dans  un 
château  dont  le  commandant  est  un  de  ses  partisans  secrets; 
passant  pour  le  cousin  d'Alice,  la  fille  de  ce  commandant; 
rencontré  par  le  colonel  républicain  Evrard,  amant  aimé 
d'Alice,  et  qui ,  connaissant  fort  bien  le  cousin  dont  le  roi  a 
emprunté  le  nom,  pénètre  à  moitié  le  secret  qu'on  veut  lui 
cacher,  et  ne  voit  qu'un  rival  dans  ce  prétendu  cousin  ;  provo- 
qué en  duel  par  Evrard  qui  le  prend  pour  Rochester;  faisant 
sur  le  terrain,  son  testament  en  vers  plaisans,  tandis  qu'il 
attend  son  adversaire;  révélant  enfin  son  vrai  nom,  et  livrant 

54. 


852  FRANCE. 

sa  vie  au  colonel  ennemi,  au  moment  où  il  voit  qu'un  plus  long 
mystère  compromettrait  le  bonheur  de  la  jeune  Alice,  Charles  II 
se  trouve  dans  des  situations  véritablement  attachantes  pen- 
dant tonte  la  pièce,  situations  qui  intéresseraient  davantage 
encore  ,  si  M.  Duval  lui-même  n'avait,  pour  ainsi  dire,  épuisé 
le  pathétique  et  le  plaisant  de  son  sujet  dans  son  Edouard  en 
Ecosse  et  dans  la  Jeunesse  de  Henri  V,  deux  des  ouvrages  qui 
ont  obtenu  au  Théâtre-Français  le  succès  le  plusbrillant  ;  il  ne 
peut  s'en  prendre  qu'à  lui-même,  si  Charles  II  n'a  pas  produit 
autant  d'effet.  On  ne  remarque  pas  moins  dans  ce  dernier  ou- 
vrage tout  le  talent  de  l'auteur  ;  des  scènes  filées  avec  beaucoup 
d'art,  des  situations  habilement  ménagées,  des  caractères  bien 
dessinés ,  sauf  peut-être  celui  du  colonel  républicain  qui  laisse 
désirer  quelques  développemens;  enfin,  des  mots  très-heu- 
reux, voilà  ce  qu'on  trouve  dans  peu  de  pièces,  et  ce  qui  doit 
assurer  à  celle  de  notre  auteur  un  long  succès,  malgré  la  mal- 
veillance qui  a  essayé  de  le  contester  le  jour  de  la  première  re- 
présentation. Cette  comédie  est  jouée  avec  assez  d'ensemble;  mais 
quoique  Mlle  Charton  soit  très -convenablement  placée  dans  le 
rôle  d'Alice,  on  ne  peut  s'empêcher  de  songer,  en  voyan  t  la  pièce, 
que  ce  personnage  avait  d'abord  été  destiné  àMlle  Mars.  M.  A. 


Concerts  de  l'école  royale  de  musique  religieuse.  —  La  fonda- 
tion de  l'école  de  M.  Choron  remonte  à  l'année  1818.  Elle  fut 
dans  l'origine  destinée  uniquement  à  repeupler  les  chœurs  de 
nos  théâtres,  qui  menaçaient  dépérir,  faute  de  recrues  prises 
comme  autrefois  dans  les  maîtrises  de  cathédrales  abolies  par 
la  révolution.  A  la  vérité,  le  Conservatoire  subsistait  ,  mais 
entièrement  désorganisé  depuis  la  retraite  forcée  du  laborieux 
Sarrette  ,  qui ,  après  avoir  soutenu  et  dirigé  l'établissement 
avec  un  zèle  infatigable  depuis  1793,  tems  où  il  en  proposa 
la  création,  vit  ses  travaux  accueillis  avec  la  plus  grande  ingra- 
titude lors  des  événemens  de  181 4-  M.  Choron,  en  quittant  la 
direction  de  l'Opéra,  offrit  de  parcourir  la  province  et  d'en 
ramener  des  sujets.  Effectivement,  il  ne  larda  pas  à  revenir 
avec  de  fort  belles  basses-tailles  tirées  pour  la  plupart  des  dé- 
partemens  de  l'ancienne  Picardie:  dans  le  midi,  il  rencontra 
d'admirables  hautes -contres.  Tous  ces  sujets  étaient  pris  trop 
tard  pour  chanter  des  rôles,  et  quelques-uns  même  ne  purent 
arriver  à  être  simples  choristes;  mais  plusieurs  parvinrent  à 
savoir  un  peu  de  musique  et  de  pi ain- chant  et  trouvèrent  de 
l'occupation  au  théâtre  ou  à  l'église.  Après  ce  premier  succès, 
M.  Choron  obtint  du  gouvernement  l'érection  d'un  pensionnat 


PARIS.  8 

où  des  enfant  «lovaient  être  instruits  et  formés  pour  les  ihéâ« 

I   très.    On  se   hâta   beaucoup    trop    de  dire   que    celle  école   ﻫ 

fournissait  rien,  qu'elle  ne  faisait  que  doubler  inutilement  le 
Conservatoire  :  on  ne  tint  aucun  compte  des  essais  multipliés 
qu'il  avait  fallu  faire;  on   n'attendît  pas  que  les  voix    en    mue 
fussent  foi  niées;  on  prononça  que  l'établissement  était  inutile; 
il  advint  de  là  que  déjeunes  sujets  ,  qui  offraient  les  plus  grandes 
espérances,  furent  forcéf>  d'entrer  trop  tôt  dans  la  carrière  et  de 
laisser  inachevée  leur  éducation  musicale.  Cela  ne  m'empêche 
pas  d'affirmer,  dût-  on  m'acouser  d'être  partie  intéressée  dans 
l'affaire,  que  de  cette  ancienne  école  sont  sortis  plusieurs  sujets 
remarquables,  qui  ,  comme  acteurs  ou  comme  professeurs, 
obtiennent  de  justes  succès.  Si  quelques-uns  ont  pris  une  mau- 
vaise direction,  cela  tient  seulement  à  ce  qu'ils  n'ont  pas  poussé 
assez  loin  les  études  de  l'école  et  n'ont  pas  profilé  assez  long- 
tems  des  conseils  de  leur  savant  maître.  Du  reste,  il  faut  se  fé- 
liciter que  l'on  se  soit  borné  à  changer  la  destination  de  cet 
établissement,  qui  dans  son  organisation  actuelle  peut  encore 
rendre  à  l'art  de  très-éminens  services.  Déjà  M.  Choron  a  fait 
entendre  ses  élèves  dans    plusieurs  concerts  donnés  l'année 
dernière,  et  qui  ont  en  général  été  fort  bien  accueillis  du  pu- 
blic choisi  qui  y  assistait.  Plusieurs  ouvrages  lemarquables  ont 
été  exécutés  d'une  manière  satisfaisante.  Il  faut  surtout  citer  le 
David  pénitent ,  cantate  de   Mozart,  inconnue  en  France  jus- 
qu'à ce  jour;  une  autre  cantate  nouvelle  de  M.  Neulomm  ,  où 
l'on  trouve  un  trio  délicieux,  Je  ne  suis  rien,  mon  Dieu,  et  un 
très -beau  chœur,  Que  tes  temples,  Seigneur  ;  le  psaitme  x  de 
Benedelto  Marcello;  quelques  duos  madrigalesques  de  l'abbé 
Clari  et  de  Handel  ;  l'admirable  madrigal  en  chœur,  Alla  riva 
del  Tcbro ,  de  l'immortel  Palestrina  ;  les  Sept  Paroles  de  J.-C, 
de  J.  Haydn,  et  un  grand  nombre  d'autres  morceaux  de  moin- 
dre importance.  Cette  année,  les  pièces  les  plus  remarquables 
qui  aient  été  exécutées  sont  la  grande  cantate  de  Handel  // 
Convito  d'Alessandro ,  la  première  partie  du  Messie  du  même 
compositeur,  et  le  Christ  au  mont  des  Oliviers ,  de  Beethoven.  Je 
suis  fâché  de  ne  pouvoir  m'arreter  sur  tous  ces  beaux  ouvra- 
ges, dont  l'étude  est  aujourd'hui  si  négligée,  et  qui  pourtant 
l'emportent  de  beaucoup,  à  mon  avis,  sur  la  plupart  des  com- 
positions modernes  :  mais  je  veux  resserrer  le  peu  d'espace  qui 
me  reste  pour  dire  un  mot  de  l'exécution.  Celle  des  masses  est 
généralement  bonne;  elle  est  même  sans  contredit   meilleure 
que  dans  tous  nos  théâtres  sans  exception  aucune,  et  la  raison 
en  est  simple:  les  choristes  chantent  par  métier,  s'emploient 
le  moins  possible,  et  dans  le  seul  but  de  se  débarrasser  au 


854  FRANCE. 

plus  vite  d'une  ennuyeuse  besogne  ;  les  jeunes  élèves  del'écoïe 
de  musique  religieuse  ehantent  avec  ardeur  et  par  goût  ;  ils 
n'attendent  pas  qu'un  chef  d'attaque,  qui  ne  voit  jamais  que 
l'expression  matérielle  de  la  musique,  les  fasse  partir  en  mesure. 
Là,  tout  le  monde  est  attentif  à  la  réplique,  et  l'on  n'entend 
qu'un  seul  et  unique  son  au  moment  des  attaques.  On  ne  peut 
accorder  les  mêmes  éloges  ausolo;  mais  on  cesse  d'être  exigeant, 
quand  on  songe  à  Fâge  de  la  plupart  des  virtuoses.  Un  d'entre 
eux  mérite  d'être  distingué  ,  comme  donnant  les  plus  grandes 
espérances;  je  veux  parler  de  M.  Wartel  :  ce  jeune  homme 
possède  un  magnifique  tenore  ;  sa  voix  est  bien  timbrée  dans 
toute  son  étendue,  il  a  de  l'expression  et  de  la  chaleur;  le 
tems  lui  fera  acquérir  la  légèreté  qui  lui  manque  :  il  pose  fort 
bien  la  voix,  et  sous  ce  rapport,  l'école  de  M.  Choron  tout 
entière  a  toujours  mérité  les  éloges  des  connaisseurs.  Nous  es- 
pérons voir  un  jour  M.  Wartel  obtenir  des  succès  sur  notre 
scène  lyrique;  l'opéra  régénéré  trouvera  certainement  en  lui 
un  excellent  sujet.  On  a  prétendu  que  Y  École  royale  de  musique 
religieuse  ne  devait  plus  fournir  d'artistes  aux  théâtres;  le  di- 
recteur des  beaux-arts  est  trop  éclairé  pour  avoir  pris  une  telle 
détermination,  qui  d'ailleurs  serait  inexécutable.  Les  conserva- 
toires d'Italie  fournissaient  et  fournissent  encore  des  sujets  à  la 
scène  et  à  l'église  :  chacun  se  trouve  ainsi  maître  de  choisir  la 
carrière  pour  laquelle  il  se  sent  le  plus  de  dispositions.  L'ex- 
périence prouve  qu'on  a  toujours  mal  réussi  quand  on  a  voulu 
contrarier  le  goût  des  artistes  ;  souvenons-nous  de  la  décon- 
fiture de  tous  ceux  que  l'autorité  a  fait  débuter  à  leur  corps 
défendant  sur  des  théâtres  royaux,  et  ne  cherchons  h  forcer  le 
talent  de  personne.  J.  Adrien-Lafasge. 


Imitation  mimique,  venîriloquie  et  illusion  vocale  portées  au 
plus  haut  degré  de  perfection. — L'art  du  ventriloque,  la  faculté  ré- 
duite en  véritable  science  d'imiter  tous  les  sons  ,  tons  les  bruits, 
toutes  les  voix  et  leurs  nuances  innombrables,  le  talent  de  chan- 
ger instantanément  l'expression  de  son  visage  ,  et  de  prendre 
successivement  et  sans  effort  les  caractères  de  figure  les  plus 
disparates  ,  ne  sont  pas  des  choses  absolument  nouvelles  en 
France.  Décremps,  célèbre  prestidigitateur  du  dernier  siècle, 
avant  lui  Cornus  et  Pinelli ,  et  le  fameux  Cagliostro  lui- 
même,  ont  été  des  ventriloques  plus  ou  moins  adroits  qui 
s'aidaient  de  toutes  les  merveilles  de  la  physique  et  de  la 
chimie  pour  séduire  les  spectateurs  et  les  amuser  ou  les  trom- 
per.   Après   eux ,     Thiémcl  et  le  brave  et  malheureux  Fitz- 


l'AKLN.  855 

hunes  ,  tue  nu  combat  suus  Paris  ,  ont  attire  la  foule  par  dfcf 
.cènes  de  \cntriloquie  for!  originales  ,  ou  par  des  change- 
neie.  de  figure  à  vue,  qui  atlestaient  une  étrange  mobilité 
dans  les  muselés  faciaux,  l'itz-.lames  n'était  pas  médioere- 
. nent  plaisant  dans  une  scène  du  comité  révolutionnaire, 
jouée  derrière  UU  paravent  ;  et  Tliiémct  remportait  tous  les 
suffrages  quand  il  représentait  à  lui  seul  un  couvent  de 
moines  ,  le  père  Jouflu  ,  le  père  Jovial ,  le  père  Grognard, 
e  père  Sansdent  ,  etc.,  discutant  sur  la  manière  d'accom- 
Doder  un  chapon.  A  ces  artistes  habiles  a  succédé  M.  Comte  , 
qui  fait  découvrir  de  bonnes  gens  tombés  dans  des  puits  , 
nfermes  dans  des  tuyaux  de  poêle,  ou  même  cachés  dans 
une  tabatière  ,  mais  qui  ne  s'est  pas  contenté  d'être  ven- 
triloque comme  Thiémet,  qui  a  pris  un  vol  plus  élevé,  et 
(pii,  après  avoir  montré  qu'il  n'était  pas  inférieur  en  adresse 
aux  Décremps  et  auxPinelli,  s'est  fait  directeur  d'un  théâtre 
enfantin  dont  le  succès  n'est  pas  équivoque.  M.  Alexandre, 
venu  après  tous  les  autres,  les  surpasse  encore  par  les  nom- 
breuses et  singulières  expressions  qu'il  donne  à  sa  physio- 
nomie ,  et  par  l'incroyable  rapidité  avec  laquelle  il  change 
à  la  fois  de  visage  et  de  vêtement.  Il  ne  se  contente  pas, 
comme  ses  prédécesseurs,  de  quelques  scènes  courtes  et  dé- 
tachées; il  joue  des  pièces  entières  dans  lesquelles  il  fait,  l'un 
après  l'autre,  et  souvent  tous  ensemble,  le  vieillard,  sa  femme, 
le  laquais,  la  pupille,  l'amoureux,  le  docteur,  le  chien,  le  chat, 
la  cuisine  ,  le  menuisier,  même  l'omelette  qui  bout  sur  le  feu,  etc. 
Il  revêt  en  un  clin  d'œil  plus  de  vingt  costumes  différens,  et  sa 
ligure  prend  un  tel  caractère  qu'il  est  presque  impossible  de 
lui  trouver  quelques  traits  de  ressemblance  avec  lui-même  et 
de  le  reconnaître.  C'est,  sans  contredit,  le  mime  le  plus  éton- 
nant et  le  plus  parfait  des  ventriloques  qui  ait  existé. 

M.  Alexandre,  qui  a  beaucoup  voyagé,  a  été  accueilli  avec 
un  vif  intérêt  dans  la  plupart  des  villes  de  l'Allemagne,  de  la 
Hollande  et  de  la  Belgique.  Il  a  séjourné  assez  long-tems  dans  la 
Grande-Bretagne,  et  il  s'est  tellement  familiarisé  avec  la  langue 
de  ce  pays,  qu'il  y  a  joué  ses  pièces  en  anglais,  en  imitant  les 
inflexions  particulières  à  tous  les  âges,  à  toutes  les  classes  de  la 
société,  à  tous  les  accens  provinciaux;  ce  qui  n'est  pas  la  moins 
surprenante  des  facultés  dont  l'a  doué  la  nature.  Sir  "VValter 
Scott,  après  l'avoir  entendu,  lui  a  adressé  de  très-jolis  vers, 
dans  lesquels  on  retrouve  la  verve  comique  et  la  gaieté  qui 
caractérisent  l'auteur  de  Waverley;  et  les  carmes  de  Dublin  , 
qui  l'ont  reçu  dans  leur  parloir,  lui  ont  délivré  un  certificat, 
qui  atteste  que  ces  bons  pères  ne  consacrent  pas  fout  leur  teins 


856  FRANCE. 

à  la  prière.  Les  princes  de  l'église,  au  reste,  ont  partout  ac- 
cueilli avec  faveur  le  mime  original  ;  et  parmi  un  grand  nombre 
de  lettres  autographes  de  personnages  distingués  dont  il  s'est 
composé  un  curieux  album,  on  remarque  les  noms  du  cardinal 
Severoli,  du  cardinal  Gonsalvi,  de  X archevêque  de  Vienne ,  du 
prince  évêque  de  Coire ,  des  évéques  d'Oxford  et  de  Bristol ,  de 
Xévéque  ct'Arras ,  etc.  On  voit  aussi,  dans  le  même  livret,  un 
fîrman,  écrit  en  langue  turque,  adressé  au  pacha  d'Egypte  par 
Abdi-effendi  mckurdar  (chancelier)  du  vice  roi  d'Egypte,  et 
Moustapha-  effendi  deviddar  (porte-écritoire  ou  secrétaire), 
préposés  à  la  direction  des  jeunes  Égyptiens  envoyés  à  Paris 
pour  y  faire  leurs  études  aux  frais  du  vice-roi. 

M.  Alexandre  s'est  fixé  depuis  quelque  tems  en  France,  sa 
patrie.  Il  a  donné  à  Paris  des  représentations  très-suivies  au 
théâtre  de  la  rue  Chantereine,  et  s'est  fait  admirer  dans  un  grand 
nombre  de  sociétés  particulières  qui  lui  ont  dû  le  charme  de 
leurs  soirées.  Les  personnes  qui  ont  assisté  au  dernier  banquet 
mensuel  de  la  Revue  Encyclopédique  (  u  mars)  ont  admiré  ce 
talent  prodigieux ,  qui  semble  tenir  à  une  organisation  toute 
particulière  ,  en  même  tems  qu'à  une  observation  exacte,  minu- 
tieuse et  approfondie  des  nuances  infiniment  variées  qui  exis- 
tent dans  les  traits  si  mobiles  de  la  physionomie,  dans  les  in- 
flexions si  délicates  du  langage,  et  même  du  son  produit  par 
les  objets  inanimés,  la  scie ,  le  rabot,  la  roue  d'une  voiture,  etc. 
Chacun  des  convives  a  confirmé  par  ses  éloges  l'honorable  té- 
moignage donné  à  M.  Alexandre  par  le  célèbre  Walter  Scott , 
dont  nous  aimons  à  reproduire  ici  les  vers,  comme  un  hommage 
du  génie  à  un  talent  extraordinaire,  qui  a  su  porter  V imitation 
mimique  et  X illusion  vocale  au  dernier  degré  de  perfection. 

Impromptu,  adressé  à  M.  Alexandre,  par  Sir  Walter,  Scott, 
qu'il  était  allé  visiter  dans  son  château  d '  Abbotsford ,  le  23  avril 
1824. 

To  monsieur  Alexandre. 

Of  yore,  in  old  England  ,  it  was  not  thought  good 

To  carry  two  visages  under  one  hood  ; 

Whatshould  folks  say  you  ,  who  hâve  faces  such  plenty, 

That  from  under  one  hood  you  last  night  show'd  us  twenty  ? 

Stand  forth ,  arch  deceiver  î  and  tell  us  ,  in  truth , 

Are  you  handsome  or  ugly  ?  in  âge,  or  in  youth ? 

Man,  woman,  or  child?  or  a  dog ,  or  a  mouse? 

Or  are  you ,  at  once  ,  each  live  thing  in  die  house  ? 

Each  live  thing  did  I  ask?  each  dead  implement  too  ! 

A  work-shop  in  your  person — saw,  chisel  and  scrow  ? 

Above  ail ,  are  you  oneindividual?  I  know 

Alexandre  and  Co. 


PARIS  857 

But  I  think  you  're  a  troop — an  assscnihlagc-    a  mofa 
And  tliat  I  ,  as  thc  sheriff,  nuis  take  Dp  the  job , 
And,  ÎDftead  of rehearsing your  nrondenio  varie, 

Mustread  you  thc  riot-act,  and  bidyou  disperse! 


A.    M.  ALEXANDRE. 


«  Autrefois,  dans  la  vieille  Angleterre,  on  regardait  d'un  mauvais 
œil  celui  qui  portait  deux  figures  sous  le  même  capuchon.  Que  de- 
vrait-on vous  dire,  à  vous  qui  possédez  un  si  grand  nombre  de  visages? 
Hier  soir  ,  sous  un  seul  capuchon  ,  se  sont  montrées  vingt  têtes  diffé- 
rentes. Voyons,  habile  imposteur,  dites  -  nous  la  vérité.  Êtes -vous 
beau  ou  laid,  vieux  ou  jeune,  homme,  femme  ou  enfant,  chien 
ou  souris  ;'  réunissez-vous  dans  un  seul  tous  les  êtres  vivans  d'une 
maison  ?  Que  dis-je  ,  tous  les  êtres  vivans  !  Vous  nous  en  offrez  tous 
les  ustensiles  :  scie,  rabot  ,  tourne-vis.  Mais  avant  tout ,  n'êtes-vous 
j  qu'un  seul  individu?  Il  me  semble  que  vous  devez  être  au  moins 
Alexandre  et  compagnie.  Mais  non  :  c'est  une  troupe,  un  rassemble- 
ment ;  et  moi  sheriff',  je  dois  remplir  les  devoirs  de  ma  place.  Oui , 
au  lieu  de  chanter  toutes  vos  merveilles,  je  devrais  lire  le  rioi-ael,  et 
vous  ordonner  de  vous  disperser.  »  N. 


Beaux -Arts. — Exposition  des  tableaux  en  1827  et  1828. 
Quatrième  article  (  voy.  T.  xxxvi,  p.  326,  et  T.  xxxvn,  p.  3o2, 
et  579  ).  —  Jamais  aucune  exposition  n'a  duré  aussi  long-tems 
et  n'a  été  aussi  nombreuse;  l'étendue  qu'elle  occupe  est  im- 
mense ;  cependant ,  comme  il  aurait  été  impossible  de  mettre 
simultanément  toutes  les  productions  qui  la  composent  sous  les 
yeux  du  public,  il  y  a  eu  des  renouvellemens  et  des  déplace- 
mens  mensuels.  A  chacun  de  ces  changemens,  quelques  nou- 
veaux tableaux  sont  venus  accroître  nos  richesses;  c'est  ainsi 
que,  depuis  mon  dernier  article  ,  on  en  a  exposé  trois  qui  n'a- 
vaient point  été  annoncés,  et  comme  ils  sont  tous  trois  fort 
remarquables,  c'est  par  eux  que  je  vais  commencer  celui-ci. 

M.  Gérard  a  fait  une  sainte  Thérèse  pour  la  chapelle  de 
l'hospice  fondé  par  Mme  de  Chateaubriand;  c'est  un  petit  ta- 
bleau qui  ne  contient  qu'une  seule  figure;  mais  le  mérite  ne  se 
mesure  pas  à  l'étendue,  pas  plus  que  le  grandiose  ne  se  juge 
d'après  la  dimension. 

On  sait  que  sainte  Thérèse,  après  avoir  mené  une  vie  assez 
agitée,  se  livra  entièrement  à  une  dévotion  très  -  fervente  ,  et 
que  ce  fut  elle  qui  réprima  le  relâchement  qui  s'était  introduit 
dans  l'ordre  des  carmélites  auquel  elle  appartenait.  Le  peintre 
l'a  représentée  dans  le  moment  où,  après  s'être  agenouillée  au- 
près d'un  pilier,  elle  croit  entendre  la  voix  du  ciel  qui  l'appelle 


859  FRANCE. 

à  la  haute  mission  qu'elle  accomplit  avec  tant  de  persévérance. 
Ses  grands  yeux  noirs,  où  se  peint  l'état  de  son  âme,  ont  une 
expression  admirable.  Née  dans  une  condition  élevée,  sainte 
Thérèse  était  fort  belle  :  M.  Gérard  s'est  emparé  de  cette  cir- 
constance ;  la  tête  de  la  sainte  est  d'une  très-grande  élévation , 
comme  caractère  ;  et,  cependant ,  on  sent  qu'il  s'est  inspiré  de 
la  nature.  Les  mains,  remplies  de  délicatesse  et  d'élégance, 
ont  un  mouvement  charmant  ;  le  pied  qui  s'échappe  de  dessous 
la  robe  est  é-galement d'une  très-belle  forme;  puis  ,  Fensemble 
de  cette  figure  est  peint  avec  une  grâce  de  pinceau  qui  attire  et 
captive  les  regards. 

M.  Delaroche,  à  qui  l'on  doit  la  Mort  du  président  Duranti , 
l'un  des  meilleurs  tableaux  de  l'exposition  ,  et  sur  lequel  je  re- 
grette de  ne  mètre  point  assez  étendu,  a  envoyé  une  grande 
composition  représentant  la  Mort  d'Elisabeth.  Pour  bien  appré- 
cier le  mérite  de  cet  ouvrage  et  la  vérité  historique  de  la  scène, 
il  faut  avoir  présentes  à  l'esprit  les  circonstances  qui  paraissent 
avoir  amené  cette  catastrophe. 

La  fille  d'Henri  VIII  avait  toujours  beaucoup  aimé  le  comte 
d'Essex,  et,  quoique  l'on  ne  sache  pas  bien  quel  fut  le  carac- 
tère de  leur  liaison  ,  il  est  certain  ,  du  moins,  qu'il  sut  lui  ins- 
pirer assez  de  tendresse  pour  que ,  jusqu'au  moment  où  il  vou- 
lut lever  l'étendard  contre  elle,  elle  lui  pardonnât  les  fautes  que 
sa  hauteur  et  son  emportement  lui  firent  commettre.  Condamné 
à  mort,  après  sa  rébellion,  il  dit  qu'il  serait  fâché  qu'on  le  re- 
présentât à  la  reine  comme  un  homme  qui  dédaignait  sa  clé- 
mence, mais  qu'il  ne  ferait  pas  de  soumission  trop  humble 
pour  l'obtenir.  Cependant,  il  essaya  de  toucher  le  cœur  d'E- 
lisabeth, et  voici  ce  qu'il  fit.  Au  retour  de  l'expédition  de  Cadix, 
où  il  s'était  conduit  d'une  manière  si  brillante,  d'Essex  témoi- 
gna à  la  reine  un  profond  déplaisir  de  ce  que,  pendant  qu'il 
était  éloigné  d'elle,  ses  ennemis  cherchaient  à  le  desservir  dans 
son  esprit.  Touchée  de  ses  plaintes,  Elisabeth  lui  donna  un 
anneau  en  lui  disant  que,  quelques  griefs  qu'elle  pût  avoir 
contre  lui,  il  n'aurait  qu'à  le  lui  envoyer  pour  lui  rappeler  son 
ancienne  affection.  Après  sa  condamnation  ,  le  comte  d'Essex 
voulut  avoir  recours  à  ce  talisman  :  il  remit  l'anneau  à  la  com- 
tesse de  Nottingham  en  la  priant  de  le  porter  à  la  reine  ;  mais 
le  mari  de  la  comtesse,  ennemi  mortel  d'Essex,  empêcha  qu'il 
ne  fût  remis  Elisabeth  espérait  toujours  que  son  favori  ferait 
un  appel  à  sa  tendresse;  elle  resta  long-tems  dans  un  état  d'ir- 
résolution douloureuse;  elle  signa  l'arrêt  de  mort,  le  contre- 
manda;  enfid  ,  après  bien  des  angoisses,  elle  crut  qu'il  mettait 
de  l'obstination  à  ne  point  lui  rappeler  sa  promesse,  et  le  comte 


l'A  Kl  S.  H'jtj 

Çssex    fui  envoyé  a    l'crhafaud   où    il  pci  it  ,   pi  rsuadé   que  la 
ine  était  par j me. 

l)cu\  ans  après  ,  la  comtesse  de  Nottingham  ,  étant  au  lit  <le 
oit  ,  (it  supplier  la  reine  de  venir  la  voir,  et  lui  révéla  le  fatal 
cret  en  implorant  M  elémence.  «  Elisabeth  ,  saisit*  de  surprise 
(1  ■  fureur,  traita  la  mourante  avec  l'emportement  le  plus 
tréuie,  l'accabla  de  reproches,  et  s'écria  que  I )i«*ti  pouvait 
i  pardonner,  mais  qu'elle  ne  lui  pardonnerait  jamais.  »  Ren- 
ée dans  son  palais,  la  reine  se  livra  au  plus  violent  désespoir  ; 
le  se  jeta  à  terre,  et,  pendant  les  dix  jours  qui  précédèrentsa 
oit,  non  -seulement  elle  refusa  tout  aliment  ,  ruais  encore 
être  portée  sur  son  lit  :  elle  ne  fit  entendre  que  des  cris  étouf- 
s  et  îles  i;ésnissemens. 

Le  moment  choisi  par  le  peintre  est  celui  où  les  députés  du 
uiseil  viennent  demander  à  Elisabeth  expirante  de  désigner 
)n  successeur. 
Le  tableau  offre-t-il  l'intérêt  du  récit  que  j'ai  emprunté  à 
îistoire?  Je  n'hésite  pas  à  me  prononcer  pour  la  négative,  et 
pense  que  cet  intérêt  était  inexprimable  en  peinture.  Je  vois 
ne  femme  couebée  par  terre,  mourante,  et  appuyée  seule- 
rnt  sur  des  coussins;  je  vois  auprès  d'elle  des  personnes  (jui 
joignent  de  l'affliction;  mais  je  ne  lis  pas  dans  l'ùrne  d'Eli- 
ibeth.  Or,  ce  qui  touche,  dans  le  récit  de  l'histoire,  c'est  que 
îacun  de  nous  croit  lire  ce  qui  s'y  passe,  et  s'identifie  avec  sa 
rofonde  douleur.  D'ailleurs,  dans  le  moment  eboisi  par  le 
eintre ,  la  scène  change  de  nature  :  ce  n'est  plus  la  maîtresse  ou 
amie  du  comte  d'Essex,  mourant  de  regret  d'avoir  ordonné  sa 
îort,  que  j'ai  sous  les  yeux;  c'est  une  reine  et  une  reine  dic- 
rnt  avec  hauteur  ses  dernières  volontés  (i).  Je  vois  des  regrets, 
i  vois  des  larmes;  mais  la  scène  ne  pouvait  pas  être  empreinte 
e  cette  douleur  profonde,  telle  que  le  même  peintre  l'a  si  bien 
xprimée  dans  la  mort  du  président  Duranii.  Dans  ce  dernier 
ibleau,  la  nature  parle  dans  toute  son  énergie;  la  femme  et  les 
Isdu  président  ne  font  qu'un  avec  lui,  si  je  puis  m'exprimer 
insi;  on  sent  que  le  même  coup  qui  frappera  le  père  frappera 
gaiement  la  mère  et  ses  enfans.  Voilà  qui  est  heureux  à  expri- 
îer  en  peinture,  parce  qu'il  ne  peut  rien  y  avoir  de  douteux 
ide  tiède  dans  la  pantomime  des  personnages. 
Je  désire  avoir-  suffisamment  développé  mon  opinion  pour  la 
istifier  aux  yeux  de  l'artiste  lui-même;  il  a  été  ému  parle  ré- 

(i)  Hume  rapporte  qu'elle  répondit  aux  députés  envoyés  près  d'elle 
ar  son  conseil,  «  qu'elle  avait  porté  le  sceptre  des  rois  ,  et  qu'elle  vou- 
vA  qu'un  roi  lui  succédât.  » 


S6o  FRANCE. 

cit  des  circonstances  qui  ont  amené  et  accompagné  la  mort  d'E- 
lisabeth ,  il  a  cru  pouvoir  transporter  cette  émotion  sur  la  toile: 
je  pense  qu'il  s'est  trompé.  Au  reste,  je  trouve  qu'il  y  a  beau- 
coup plus  d'intérêt,  pour  l'art  lui-même,  à  discuter  un  point 
de  doctrine  important,  à  l'occasion  d'un  ouvrage  fort  remar- 
quable, à  tous  égards,  que  d'exprimer  mon  opinion  sur  des 
productions  qui  peuvent  être  agréables,  mais  qui  n'appartien- 
nent pas  aux  plus  hautes  conceptions  de  la  peiuture. 

Sous  le  rapport  de  l'exécution,  ce  tableau  mérite  beaucoup 
d'éloges;  mais  il  n'est  pas  non  plus  exempt  de  critiques,  et , 
comme  c'est  heureusement  la  part  la  moins  importante  ,  je  vais 
m'en  débarrasser.  D'abord ,  la  couleur  de  la  tête  et  des  mains 
d'Elisabeth  me  paraît  manquer  de  vérité;  ce  n'est  celle  ni  d'un 
corps  encore  animé,  ni  d'un  corps  privé  de  vie;  ensuite,  sous 
les  étoffes  qui  l'ensevelissent,  pour  ainsi  dire,  je  ne  sens  pas 
bien  les  formes,  ni  même  les  lignes  du  corps;  en  mesurant  la 
distance  qui  sépare  la  tête  du  seul  pied  visible,  je  trouve  qu'il 
y  a  trop  de  longueur;  enfin,  il  y  a  peut-être  un  peu  d'exagé- 
ration de  richesse  de  tons,  ce  qui  tourmente  l'œil;  mais,  la 
tête  de  la  reine  est  d'une  expression  bien  sentie;  l'attitude  du 
chancelier  est  heureuse  ;  tous  ses  mouvemens  sont  bien  d'ac- 
cord avec  la  situation  où  il  se  trouve;  plusieurs  femmes  de  la 
suite  de  la  reine  sont  également  remarquables,  sous  le  rapport» 
de  la  pantomime  et  du  caractère;  c'est  enfin,  dans  son  en-' 
semble,  un  ouvrage  qui  prouve  un  grand  et  beau  talent. 

C'est  aussi  à  l'histoire  d'Angleterre  que  M.  H.  Vernkt  a  em- 
prunté le  sujet  de  son  nouveau  tableau.  —  «  Après  la  bataille 
d'Hastings,  dit  le  livret,  deux  religieux  du  monastère  de  Wal- 
tham  vinrent  demander  à  Guillaume  de  Normandie  la  permis- 
sion d'enlever  les  restes  d'Harold  qui  avait  été  leur  bienfaiteur, 
et  lui  offrirent  dix  mille  marcs  d'or.  Le  duc  leur  octroya  leur 
demande;  mais  les  religieux  cherchèrent  vainement  ce  corps 
défiguré  par  une  flèche.  Ils  s'adressèrent  à  Édithe ,  surnommée 
la  belle  au  col  de  cygne ,  qui  avait  été  fort  aimée  d'Harold  : 
plus  heureuse  que  les  moines  ,  elle  découvrit  le  cadavre  de  celui 
qu'elle  avait  chéri.  »  —  Cette  circonstance  paraît  avoir  été  in- 
connue à  Hume.  Cet  historien  dit  que  Harold  fut  tué  d'une 
flèche,  que  son  corps  fut  porté  à  Guillaume  qui  le  rendit  gé- 
néreusement à  la  mère  de  ce  prince,  sans  rançon  ,  et  il  cite  à 
l'appui  de  ce  fait  trois  historiens  contemporains,  parmi  les- 
quels se  trouve  le  chroniqueur  d'une  abbaye.  J'ignore  à  quelle 
source  M.  II.  Vernet  a  puisé  son  sujet;  au  reste,  pou  importe! 
il  suffit  de  savoir  si  la  scène  ,  telle  qu'elle  est  indiquée,  est  bien 
représentée. 


PARIS.  8(ii 

Le  moment  choisi  est  celui  où  Édithe  montre  à  l'un  des  i  <1 1— 

ieux  qui  l'accompagnent  le  corps  d'Harold  dont  la  tête  est 

éfigurée.  La  pantomime  de  la  femme  esl  vive,  mais  ellem.m- 

ue  de  justesse:  c'est  moins  un  mélange  de  douleur  et  d'effroi 
(Telle  exprime,  qu'une  sorte  d'égarement  furieux.  Le  moine 

lace  près  d'elle  est  mieux  dans  .son  rôle  ;  il  suit  les  mouvement 

e  la  jeune  fille  avec  une  inquiétude  mêlée  d'intérêt  ;  mais,  que 
iteet  autre  jeune  moine  qui  tient  un  corps  à  demi  soulevé 
t  qui  s'est  arrêté,  dans  son  action,  pour  considérer  Édithe 
ec  une  attention  qui  n'appartient  pas  au  caractère  de  la  scène 
présentée?  Puis,  ce  corps  soulevé  est- il  mourant,  ou  privé 
e  vie  ?  On  ne  le  voit  pas  bien.  La  figure  de  la  femme  ne  me 
irait  belle,  ni  comme  caractère  de  dessin,  ni  comme  expres- 
on  ;  les  deux  moines,  au  contraire  ,  sont  peints  à  merveille  ; 
lusieurs  nus  sont  très  -  bien  rendus  ;  la  nature  de  la  scène  a 
n  vif  intérêt  ;  l'exécution  enfin  ,  faite  avec  une  libci  té  de  pin- 
eau inconcevable  et  une  entente  profonde  des  effets  de  la  pein- 
tre, décèle  un  peintre  très-habile. 

On  se  rappelle  qu'à  la  dernière  exposition ,  l'administration 
u  Musée,  ou  le  jury,  je  ne  sais  lequel,  ne  voulut  point  admettre 
usieurs  tableaux  du  même  peintre,  dont  les  sujets  étaient 
uisés  dans  des  événemens  contemporains  ,  tels  que  la  Bataille 
e  Jcrnmapes ,  le  Champ  de  bataille  de  fVaterloo ,  la  Barrière 
le  Clic/y ,  le  Tombeau  de  Napoléon.  M.  H.  Vernet  fit  chez  lui 
ne  exposition  particulière ,  où  tout  Paris  courut.  Je  ne  me  suis 
as  cru  obligé  de  partager  les  inquiétudes  de  l'administration  , 
k.  j'ai  rendu  compte  successivement  de  ces  diverses  productions, 
voy.  t.  xn,  xin  et  xvi ,  p.  23o,  739  et  428  ).  Cette  fois,  on 
ouvert  les  portes  du  Louvre  à  un  tableau  représentapt  le 
assage  du  pont  d Aréole  ;  seulement  on  n'en  a  pas  inséré  la  des- 
•iption  dans  le  livret  où  l'on  trouve  au  nom  de  M.  H.  Vernet  :. 
io3i,  plusieurs  tableaux  même  numéro.  Le  Passage  du  pont 
Arcoleest  un  de  ces  Nos  io3i.  Je  crios  que  cette  petite  pré- 
ution  était  très  -inutile;  tout  le  monde  a  parfaitement  re- 
nnu  le  sujet,  ainsi  que  le  personnage  principal;  mais,  ce  qui 
digne  de  remarque,  c'est  que  le  public  s'y  est  fort  peu  ar- 
Ité.  Cependant,  le  tableau  n'est  pas. au-dessous  du  mérite  du 
eintre  qui  l'a  exécuté;  à  quoi  donc  attribuer  cette  froideur? 
3  n'en  sais  rien;  toutefois,  elle  prouve  bien  évidemment  que 
;  nom  de  Napoléon  est  devenu  tout-à-fait  historique,  et  qu'il 
'a  plus  cette  influence  de  parti  qu'on  voudrait  lui  attribuer. 
Il  est  un  autre  tableau  qui  a  produit  bien  plus  d'impression: 
est  le  Passage  de  la  Bérésina ,  par  M.  Langlois.  Ici,  le  nom 
e  l'ex  -empereur  n'était  pour  rien  dans  l'émotion  que  l'on 


86*  FRANCE. 

éprouvait  à  la  vue  de  cet  épisode  de  l'une  des  plus  grandes 
catastrophes  dont  l'histoire  ait  gardé  le  souvenir.  C'était  la 
chose  elle-même  qui  saisissait  ;  en  considérant  ce  spectacle  ,  on 
ressentait  ce  qu'un  ancien  a  si  bien  exprimé  en  disant  :  «  Homo 
sum  et  nihd  mihi  humani  alienurn  puto.  »  Oui  !  il  est  impossible 
d'avoir  un  cœur  humain  et  de  ne  pas  être  frappé  d'une  pro- 
fonde douleur  à  la  vue  de  cette  masse  de  malheureux,  fuyant 
la  lance  des  Cosaques,  et  qui ,  renversés  les  uns  sur  les  autres, 
trouvaient  sous  les  pieds  de  leurs  camarades,  ou  dans  le  fleuve, 
la  mort  qu'ils  voulaient  éviter. 

Je  suis  allé  devant  ce  tableau  avec  un  officier  qui  s'était  trouvé 
témoin  et  acteur  de  cette  terrible  catastrophe;  il  est  resté  muet. 
Après  l'avoir  considéré  quelque  tems  avec  lui  en  silence,  je  lui 
ai  demandé  ce  qu'il  en  pensait:  «Ah  !  c'est  bien  cela,  »  m'a-t-i!  ; 
répondu  d'un  ton  de  voix  émue.  C'est  tout  ce  qu'il  put  me  dire, 
et  c'est  le  plus  bel  éloge  que  l'on  puisse  faire  du  tableau. 

Lors  de  l'exposition  au  profit  des  Grecs,  j'ai  rendu  compte 
d'un  tableau  de  M.  H.  Vernet  dont  le  sujet  est  emprunté  au 
Mazeppa  de  Byron  (voy.  t.  XXX,  p.  5 7 8).  Cet  artiste  a  refait  le 
même  sujet.  Cette  fois  il  nous  a  montré  le  cheval  fuyant  vers 
ses  steppes  natales  ;  Mazeppa  est  expirant.  Des  loups  qui  comp-  1 
tent  sur  une  proie  certaine  suivent  le  cheval  qui  franchit  avec  ; 
peine  les  obstacles  qu'il  rencontre;  on  craint  qu'il  ne  puisse  les 
surmonter  :  la  présence  des  loups ,  leurs  yeux  de  feu ,  font 
craindre  un  dénoûment  funeste  et  prochain,  et  donnent  à  cette 
scène  un  caractère  tragique.  J'aime  beaucoup  mieux  ce  tableau 
que  le  premier;  il  est  mieux  conçu  et  mieux  exécuté;  puis,  les 
loups  sont  véritablement  vivans. 

M.  Boulanger  a  traité  le  même  sujet  ;  seulement  il  a  choisi 
un  autre  moment  :  celui  où  le  comte  palatin  fait  attacher  Ma- 
zeppa sur  un  cheval  indompté.  La  critique  la  plus  juste  que  l'on 
puisse  faire  de  ce  tableau,  c'est  de  lui  opposer  celui  dont  je 
viens  de  parler,  non  pas  comme  exécution,  car  je  ne  prétends 
pas  qu'un  jeune  homme  puisse,  du  premier  coup,  atteindre  IL 
l'habileté  de  M.  H.  Vernet;  mais  sous  le  rapport  de  la  pen- 
sée. En  effet,  Mazeppa,  lorsqu'on  l'attache  sur  le  cheval,  offre 
bien  moins  d'intérêt  que  dans  le  moment  représenté  par  M.  IL 
Vernet.  Dans  le  tableau  de  M.  Boulanger ,  on  est  incertain  sur 
son  avenir;  on  peut  espérer  qu'il  sera  délivré;  dans  celui  de 
M.  Vernet,  il  est  au  milieu  d'un  désert,  loin  de  tout  secours, 
sa  perte  paraît  assurée.  Et  puis,  pourquoi  avoir  représenté  un 
sujet  de  cette  nature  dans  les  proportions  historiques?  Ce  ne 
devait  être  qu'un  tableau  de  chevalet.  Je  dirai  encore  à  M.  Bou- 
langer que  la  disposition  de  sa  scène  n'est  pas  heureuse  ,  et 


» 


PAIUS.  863 

enfui,  qu'il  faut  être  ,  dans  tons  les  ras,  fidèle  aux  costumes 
c'est  une  condition  dont  on  ne  saurait  sYeartcr.  Au  reste  ,  cesl 
un  essai,  et  rien,  dans  cet  essai,   ne  dit  que  M.  Boulanger rté 
sera  pas  mieux  inspiré  une  antre  fois. 

M.  Steubkn  qui  est,  je  crois,  d'origine  russe,   a  consacré 

son  pinceau  à  reproduire  plusieurs  circonstances  de  la  vie  de 

Picrre-le  Grand.  Le  tableau  où  il  l'a  représenté  surpris  par  une 

tempête,  sur  le  lac  Ladoga,  lui  assura  nue  réputation  justement 
méritée.  Cette  fois,  c'est  un  sujet  non  moins  intéressant,  de  la 
jeunesse  du  même  prince  ,  qu'il  a  mis  sous  les  yeux  dn  public. 
Poursuivie  par  des  meurtriers,  lors  de  la  première  révolte  des  Stré- 
litz ,  sa  mère  se  réfugie  dans  une  ehapeilc ,  place  son  fils  sous  la 
protection  de  la  Vierge,  et  menace  les  assassins  de  la  vengeance 
divine  ,  s'ils  osent  consommer  leur  crime. 

Cette  scène  est  conçue  et  exécutée  avec  chaleur;  la  tzarine 
est  à  genoux  sur  les  degrés  de  l'autel  et  montre  l'image  de  la 
vierge  aux  furieux  qui  la  suivaient  ;  l'un  des  deux  s'est  déjà 
prosterné;  l'autre  s'arrête  et  fait  un  mouvement  en  arrière. 
L'enfant,  debout,  leur  fait  face  et  les  regarde  d'un  air  mena- 
fçant.  Il  y  a,  dans  sa  pose  et  dans  l'expression  de  sa  tète  ,  un 
'courage  fier  et  calme  qui  sied  bien  à  celui  qui,  depuis,  fut 
^ierre-le-Grand.  Tout  est  bien  dans  cet  ouvrage.  Quelques 
personnes  ont  prétendu  que  la  scène  avait  un  aspect  théâtral; 
je  ne  partage  pas  cette  opinion  ;  et  la  seule  chose  que  l'on  puisse 
dire,  c'est  que,  peut-être,  M.  Steuben  a  eu  tort  de  faire  ses 
figures  plus  grandes  que  nature. 

Dans  un  tableau  de  petite  proportion  ,  cet  artiste  a  repré- 
nté  le  même  prince  offrant  sa  couronne  à  Catherine.  L'exécution 
est  précieuse  et  soignée;  la  couleur  est  brillante  ;  la  scène 
st  bien  disposée;  c'est  enfin  un  fort  joli  tableau, 
t  Je  n'ai  point  encore  parlé,  et  je  me  le  reproche  ,  du  Saint 
;J  Etienne  portant  des  secours  à  une  pauvre  famille  ,  de  M.  Léon 
Cogniet.  Il  y  a  de  l'onction  dans  la  figure  du  saint  ;  la  tête  est 
d'une  belle  couleur;  celle  du  vieillard  couché  est  d'un  bon 
caractère;  seulement  je  trouve  qu'il  y  a  trop  de  noir  dans  les 
ombres.  Les  deux  jeunes  acolytes  sont  également  deux  bonnes 
figures.  .Te  n'ai  donc  ,  pour  ainsi  dire,  que  des  éloges  à  donner 
à  cet  artiste,  et  je  m'en  félicite,  car  j'éprouve  beaucoup  de 
plaisir  à  louer. 

Il  faut,  malheureusement,  queje  quitte  ce  rôle  avec  M.  Champ- 
martin  ,  qui ,  dans  un  tableau  de  très-grande  dimension  ,  a  re- 
^  résenté  les  janissaires  massacrés  par  l'aga  pacha.  Dans  tout  ce 
tableau,  on  ne  voit,  je  crois,  que  deux  jambes  réelles  du  pacha; 
tout  le  reste  est  une  confusion  où  l'on  ne  reconnaît  rien.  On 


S6.\  FRANCE. 

dit  que  cet  artiste  a  été  témoin  de  la  catastrophe  qu'il  a  repré- 
sentée. Il  me  semble  impossible  que  ,  dans  une  bagarre  de  cette 
nature,  il  n'y  ait  pas  eu  un  de  ces  malheureux  janissaires 
qui  n'ait  essayé  de  lutter;  qui  ne  se  soit  élevé  au-dessus  des  au- 
tres ,  matériellement  parlant  ;  enfin  qu'il  ne  se  soit  présenté 
quelqu'épisode  qui  eût  permis  au  peintre  de  faire  autre  chose 
qu'un  troupeau  de  moutons,  aux  abois,  fuyant  devant  le  loup 
qui  va  les  dévorer.  On  s'accorde,  toutefois,  à  dire  que  plu- 
sieurs partie»;  de  ce  tableau  sont  bien  peintes  :  c'est  donc  du 
talent  mal  employé. 

Deux  figures  que  M.  Dubuffe  appelle  le  souvenir,  et,  les 
regrets  ,  ont  beaucoup  attiré  l'attention  publique.  Ce  sont  deux 
femmes,  couchées  et  à  demi-nues.  L'une  tient  un  portrait  et 
le  considère  avec  complaisance;  l'autre  éloigne  ce  même  por- 
trait avec  une  expres'sion  de  colère  et  de  dépit  très-marqués. 
C'est  le  même  personnage  dans  deux  situations  différentes.  Ce 
qui  fait  le  succès  des  ouvrages  de  cette  nature,  c'est  bien  moins 
leur  mérite  réel ,  que  les  idées  qu'ils  réveillent.  Au  fait ,  la  cou- 
leur est  assez  brillante ,  mais  elle  n'est  pas  toujours  vraie;  le  I 
dessin  n'est  pas  pur;  enfin  le  caractère  de  la  tête  manque  d'elé-  I 
vation  :  c'est  une  grisette  plutôt  qu'une  femme  du  inonde;  mais 
les  nus,  la  situation,  l'expression  ,  tout  cela  arrête  les  regards 
du  public. 

!  Après  les  compositions  historiques,  dont  jusqu'ici  je  me  suis 
exclusivement  occupé,  à  quelques  exceptions  près,  le  genre  le 
plus  difficile,  et  dès-lors  le  plus  important,  est  celui  des  por- 
traits. M.  Gérard  ,  l'un  des  plus  grands  peintres  d'histoire 
dont  l'école  française  puisse  se  glorifier,  a  porté  dans  ce  genre 
un  goût  et  une  habileté  dont  il  vient  de  donner  une  nouvelle 
preuve.  Il  avait  à  retracer  les  traits  d'un  homme  d'état  célèbre  :  i 
M.  Canning.  Dans  le  siècle  dernier,  on  n'aurait  pas  manqué  de  J 
mettre  près  de  lui  une  table,  des  papiers;  de  lui  faire  tenir  à  la 
main  quelque  bill  ou  un  discours  au  parlement.  Ce  n'est  pas 
ainsi  que  le  peintre  célèbre  dont  je  viens  de  parler  s'y  est  pris. 
Dans  un  portrait,  c'est  l'homme  que  l'on  veut  voir;  qu'impor- 
tent les  accessoires?  ils  augmentent  l'étendue  de  la  toile,  mais 
ils  n'ajoutent  rien  à  l'intérêt  que  peut  inspirer  le  personnage 
représenté.  M.  Gérard  nous  a  montré  M.  Canning,  assis  sur  un 
fauteuil ,  dans  une  pose  simple ,  mais  il  a  su  animer  cette  belle 
tète,  et  c'est  là  le  secret  du  talent. 

M.  Ingres  a  envoyé  à  l'exposition  deux  portraits,  Y  un  de 
femme  et  l'autre  d'homme.  Cet  artiste  sait  faire  valoir  et  termi- 
ner toutes  les  parties  de  ces  sortes  d'ouvrages,  sans  que  l'effet 
principal  en  soit  affaibli.  Cette  qualité  se  retrouve  dans  les  deux 


PARIS.  86% 

portraits  dont  je  viens  de  perler;  et  cependant  quoique  l*< 
cution  en  soit  également  parfaite,  »  1  *-  n'onl  pas  le  même  charme 
i  mes  yeux;  celui  de  femme  me  plaîl  moins  que  l'autre.  En 
esaa]  ant  de  me  rendre  compte  de  cette  impression  ,  il  m'a  paru 
que  cela  huait  a  ce  que  ce  portrail  est  plus  grand  que  nature. 
À  moins  qu'une  Gemme  n'ait  des  traits  d'un  très-grand  carac- 
tère, elle  doit  perdre  à  ce  système  qui  me  semble  devoir  ;* 1 1 «'-— 
auer  ce  qu'il  peu!  y  avoir  de  fin  el  de  délicat  dans  sa  physio- 
Domie.  C'est,  au  reste,  un  doute  que  j'exprime.  Je  trouve  aussi 
que  les  contours  ont  un  peu  de  sécheresse  ;  la  couleur  des  yeux 
a  quelque  chose  qui  semble  manquer  de  vérité.  Quant  au 
poitrait  d'homme  ,  ou  peut  le  mettre  à  côté  de  ce  que  les  maîtres 
les  plus  habiles  nous  ont  Laissé  en  ce  genre;  le  modèle  est  bien 
posé;  L'exécution  est  ferme  et  souple  tout  à  la  fois,  les  mains 
sont  fort  belles;  c'est  enfin  un  ouvrage  très-remarquable. 

Des  quatre  portraits  dus  au  pinceau  de  M.  Gros,  il  en  est 
un  ,  celui  du  Roi  à  cheval,  qui  n'a  pas  été  goûté  du  public.  Je 
ne  sais  pourquoi  cet  artiste  a  voulu  rajeunir  le  roi;  il  en  est 
résulté  un  défaut  de  ressemblance  très-marqué;  or,  la  ressem- 
blance est  véritablement  le  but,  l'objet  d'un  portrait;  puis, 
sous  le  rapport  de  l'exécution,  on  a  trouvé  qu'il  n'était  pas  à 
la  hauteur  du  talent  de  M.  Gros.  Celui  de  M.  Villcmanzy,  su- 
périeur de  beaucoup  à  celui  du  roi,  me  paraît  avoir  un  défaut 
que  je  n'avais  encore  trouvé  dans  aucun  ouvrage  du  même 
artiste:  de  la  dureté;  mais,  en  revanche,  comme  celui  de 
AJ .  Macips  est  bien  modelé!  quelle  vérité  dans  les  tons  de 
chair  !  C'est  aussi  un  charmant  portrait  que  celui  de  mademoi- 
selle Korsafioff;  la  ligure  est  posée  avec  une  simplicité  naïve 
qui  convient  bien  à  l'âge  du  modèle;  la  couleur  de  la  poitrine 
est  d'une  finesse  remarquable,  et  l'on  sent  la  vie  courir  sous 
ia  toile. 

Le  portrait  de  M.  de  La  Mennais,  par  M.  Paulin  Guérin  ,  a 
beaucoup  attiré  l'attention  publique,  et  il  le  méritait  à  tous 
égards.  Il  est  exécuté  avec  simplicité,  sans  recherche  d'effet, 
niais  c'est  la  nature  elle-même  que  l'on  croit  avoir  sous  les  yeux, 
et  cela  dispense  de  tout  éloge,  ou  pour  mieux  dire,  c'est  le 
plus  bel  éloge  que  l'on  puisse  faire  d'une  production  qui  a  l'imi- 
tation de  la  nature  pour  objet.  Le  caractère  méditatif  de  cette 
tête,  douée  d'une  grande  puissance  de  raisonnement  et  de 
talent,  est  fort  bien  indiqué;  on  lit  dans  les  yeux  cette  ardeur 
de  l'âme  qui  pousse  aux  grandes  entreprises,  et  en  considérant 
le  portrait  avec  attention  ,  il  semble  que  l'on  s'identifie  avec  la 
pensée  actuelle  du  modèle. 

Dans  le  nombre  des  portraits  exposés  par  M  Rouillaup  ,  et 
T.  xxxvii.  —  Mars  1828.  55 


S66  FRANCE. 

qui  décèlent  tous  un  grand  talent,  il  en  est  un  surtout  qui  mérite 
d'être  distingué  :  c'est  celui  de  M.  de  Villèle.  Il  est  impossible 
de  mieux  peindre  une  tète  et  de  reproduire  plus  fidèlement  son 
modèle.  Une  anecdote  récente  vient  à  l'appui  de  mes  éloges. 
On  dit  que,  ces  jours  derniers,  un  mauvais  plaisant  a  appliqué 
sur  le  cadre  une  bande  où  étaient  écrits  ces  vers  si  connus  : 

Il  n'est  point  de  serpent ,  ni  de  monstre  odieux  , 
Qui,  par  l'art  imité,  ne  puisse  plaire  aux  yeux  : 
D'un  pinceau  délicat  l'artifice  agréable 
Du  plus  affreux  objet  fait  un  objet  aimable. 

Quand  je  considère  les  portraits  de  M.  Hersent  ,  je  ne  puis 
m'empècber  de  regretter  qu'il  ait  abandonné  la  peinture  histo- 
rique. Sans  doute  on  trouve  dans  ses  portraits  de  la  grâce,  de 
l'habileté  ,  de  la  délicatesse  de  pinceau  ,  enfin  tout  ce  qui  fait 
le  charme  de  ce  genre  ;  mais,  comme  nous  n'avons  pas  dans 
l'école  beaucoup  de  peintres  qui  puissent  nous  faire  des  Gus- 
tave Wasa  ,  je  suis  fâché  qu'il  ait  abandonné  une  carrière  dans 
laquelle  il  a  donné  tant  de  preuves  de  talent. 

Mlle  Godefroi  a  exposé  plusieurs  portraits  remarquables; 
celui  qui  a  le  n°  1662,  entre  autres,  est  bien  posé  et  bien 
ajusté  ;  la  couleur  a  beaucoup  d'éclat ,  sans  cesser  d'être  vraie  \ 
la  tète  est  modelée  avec  finesse;  c'est  enfin  un  fort  bel  ou- 
vrage. 

Je  crois  qu'à  moins  que  cela  soit  exigé  par  le  modèle,  oit 
qu'il  s'agisse  d'une  peinture  d'apparat,  on  doit  éviter  de  faire  un 
portrait  d'homme  en  pied.  En  effet,  que  gagne-t-on  à  montrer 
plus  que  le  buste  ?  Nos  costumes  sont  si  misérables  qu'ils  ne 
peuvent  avoir  aucun  intérêt  pittoresque  ;  d'ailleurs  que  veut-on 
connaître  d'un  homme  célèbre  ?  Le  caractère  et  l'expression 
de  la  physionomie;  le  rapport  du  moral  au  physique  :  c'est  là 
le  véritable  motif  de  la  curiosité  qui  nous  pousse  à  le  regarder. 
M.  Belloc  a  représenté  M.  Boissy  d'Jnglas  dans  un  paysage , 
assis  sur  un  banc,  tenant  une  sorte  d'instrument  aratoire  à  la 
main.  Cela  veut  dire  sans  doute  que  ce  célèbre  philantrope 
aimait  son  jardin,  ses  fleurs;  qu'il  avait  cette  simplicité  de 
goût  qui  se  rencontre  presque  toujours  avec  une  belle  âme  et 
un  grand  talent?  C'est  un  détail  de  mœurs  qu'il  fallait  laisser 
au  biographe.  Ce  que  le  peintre  devait  nous  montrer ,  c'est 
cette  belle  tête  de  vieillard  qui  exprime  les  plus  nobles  senti- 
mens.  Tout  ce  qui  est  inutile  en  peinture  nuit  à  l'effet  principal. 
Je  crois  que  ce  portrait  aurait  produit  plus  d'impression,  si 
l'attention  n'avait  été  distraite  de  son  véritable  but  par  les  dé- 
tails de  paysage  et  d'accessoires  que  le  peintre  y  a  introduits.  Au 


PARIS.  867 

reste,  ce  tableau  est  d'une  belle  couleur,  et  la  tête  esl  forl  bien 
modelée. 

Le  portrait  sous  le  n°  i5ii  ,  l'un  de  ceui  que  M.  Mauzmssz 
■  exposés,  <••>!,  dit-on ,  celui  de  900  père.  Là  tendresse  filiale 
l'a  fort  bien  inspiré,  car  c'est  un  très- bel  ouvrage;  la  tête  est 

lumineuse  et  grassement  modelée,  ce  qui  lui  donne    beaucoup 

de  ressort;  puis,  l'expression  a  cette  sorte  de  simplicité  et  de 

naïveté  (pie  l'on  n'obtient  que  Lorsqu'on  s'attache  à  reproduire 
fidèlement  la  nature.  C'est  aussi  un  fort  beau  portrait  que  celui 
de  M.  le  marquis  de  G.  ,  par  M.  Monantkuil;  on  y  trouve  un 
dessin  pur,  un  pinceau  ferme  et  brillant;  c'est  donc  un  ouvrage 
qui  doit  être  distingué. 

Un  portrait  de  femme ,  de  M.  Decaisne,  sous  le  n°  278,  m'a 
arrêté  plusieurs  fois.  Le  caractère  de  la  tète  a  quelque  chose 
de  mélancolique  bien  exprimé;  puis  il  règne  dans  le  ciel ,  comme 
dans  l'ensemble  des  accessoires,  une  puissance  de  ton  qui  donne 
da  ressort  à  ce  tableau,  et  même  une  certaine  harmonie  qui 
m'a  plu. 

Parmi  les  peintres  de  paysages  et  de  marines,  il  en  est  un, 
M.  Gudin,  qui,  depuis  la  dernière  exposition,  a  pris  un  essor 
extraordinaire. 

Les  pêcheurs  ont  bâti  une  mauvaise  cabane  sur  une  plage 
aride  où  ils  étendent  leurs  filets;  vers  la  fin  de  la  journée  le 
soleil  vient  éclairer  leurs  derniers  travaux.  Les  ressauts  et  le 
ton  doré  de  la  lumière  sont  rendus  avec  une  vérité  et  un  charme 
qui  causent  une  véritable  admiration.  C'est  ce  que  M.  Gudin 
appelle  le  coucher  du  soleil.  L'entrée  des  échelles  est  un  paysage 
d'un  aspect  enchanteur;  la  lumière,  distribuée  avec  art,  en 
éclaire  bien  toutes  les  parties  ;  les  eaux  du  torrent  qui  sillonne 
le  vallon  sont  rendues  avec  beaucoup  de  vérité,  et  ajoutent 
à  l'intérêt  de  ce  beau  lieu.  La  touche  de  M.  Gudin  est  large  et 
facile;  il  observe  bien  ;  il  rend  avec  justesse  et  avec  charme  ce 
qu'il  a  observé;  il  a  devant  lui  un  bel  avenir,  mais  il  a  un  écueil 
à  éviter  :  c'est  que  les  éloges  qu'il  mérite  ne  le  rendent  moins 
difficile  pour  lui  -  même  :  il  serait  fâcheux  qu'un  aussi  beau 
talent  se  pervertît. 

Une  grande  marine  de  ce  même  artiste  a  beaucoup  attiré 
les  regards  :  celle  où  il  a  représenté  un  vaisseau  de  la  compagnie 
des  Indes  dévoré  par  un  incendie ,  pendant  une  tempête.  Menacés 
par  les  flots  et  par  le  feu  qui  peut,  d'un  instant  à  l'autre,  faire 
sauter  le  bâtiment ,  les  passagers  et  l'équipage  se  hâtent  de  se 
jeter  dans  des  embarcations  ,  au  risque  d'être  engloutis  par  les 
vagues.  C'est  au  moyen  d'une  corde,  à  laquelle  on  les  attache 
deux  à  deux  ,  qu'ils    descendent  dans  les  chaloupes.   Poussés 

55. 


868  FRANCE. 

par  la  fureur  du  vent,  les  malheureux  voient  la  corde  s'abais- 
ser, tandis  que  la  barque  s'éloigne.  Ce  spectacle  et  les  scènes 
qui  se  passent  sur  le  vaisseau  ont  un  caractère  dramatique , 
qui  donne  à  cette  production  un  grand  intérêt.  Les  eaux  sont 
bien  rendues;  les  figures  mieux  faites  que  Ton  était  en  droit 
de  l'exiger  d'un  peintre  de  marine  ;  aussi  ce  tableau  me  paraît-il 
mettre  son  auteur  tout-à-fait  hors  de  pair.  Comment  n'a-t-on 
pas  chargé  M.  Gudin  de  représenter  le  combat  de  Navarin? 

Il  est  un  genre  qui  a  une  grande  importance  à  mes  yeux,  et 
qui,  depuis  quelques  années,  a  pris  un  développement  consi- 
dérable; c'est  la  peinture  sur  porcelaine. 

C'est  sur  porcelaine  que  M.  Constantin  a  reproduit  Ventrée 
de  Henri  IF  dans  Paris ,  de  M.  Gérard.  J'ai  déjà  exprimé  dans 
ce  recueil  (  voy.  tom.  XXXIII,  pag.  878),  mon  opinion  sur  ce 
tableau  ,  que  je  regarde  comme  une  des  plus  belles  productions 
de  l'école  française.  Il  me  suffira,  pour  faite  l'éloge  de  M.  Cons- 
tantin ,  de  dire  qu'il  a  rendu  le  maître  avec  une  grande  fidélité. 
On  sait  qu'en  faisant  vernir  un  tableau  trop  tôt,  il  pousse  au 
noir.  M.  Gérard  s'est  vu  dans  cette  nécessité.  Pour  remédier  à 
cette  altération,  M.  Constantin  a  donné  à  sa  copie  un  ton  plus 
clair,  et,  de  cette  manière,  il  a  rendu  l'effet  de  l'original,  tel 
qu'il  était,  lorsqu'il  est  sorti  des  mains  du  peintre.  Le  tableau 
de  M.  Constantin  est  le  plus  grand  qui  ait  encore  été  fait  sur 
porcelaine.  Je  le  répète,  c'est  un  ouvrage  qui  lui  fait  beaucoup 
d'honneur,  et  que  je  place  au-dessus  de  tout  ce  qu'il  a  fait  jus- 
qu'à présent. 

Mme  Jaquotol,  à  laquelle  cet  art  est  redevable  de  ses  plus 
belles  productions,  a  exposé  un  grand  nombre  d'ouvrages: 
Corinne  ,  Psyché  et  V  Amour ,  d'après  M.  Gérard  ;  une  Danaé  , 
d'après  Girodet;  yJnne  de  Boulen ,  d'après  Holbein;  un  portrait 
d'homme,  grand  comme  nature,  d'après  Yandyck;  la  Madone 
de  Foligno ,  d'après  Raphaël;  enfin,  un  portrait  de  femme , 
d'après  nature.  Cette  simple  énumération  suffirait  pour  prouver 
l'étendue  et  la  souplesse  du  talent  de  cette  dame.  En  effet,  chacun 
de  ces  ouvrages  est  empreint  du  caractère  du  maître  qu'il  re- 
produit. L'extrême  suavité  de  la  couleur,  la  iinesse  et  la  pré- 
cision du  modelé  ,  la  pureté  du  dessin,  l'heureuse  harmonie  de 
chacun  de  ces  tableaux,  me  paraissent  justifier  suffisamment 
le  jugement  porté  par  le  rédacteur  des  articles  Beaux  arts, 
dans  le  Moniteur,  lorsqu'il  a  dit:  «Les  peintures  sur  porcelaine 
de  Mme  Jaquolot  semblent  toujours  hors  de  toute  comparaison 
en  ce  genre  précieux.  » 

La  clôture  de  l'exposition  ayant  été  renvoyée  au  ier  mai, 
parce  que  l'on  attend  encore  plusieurs  ouvrages  importons. 


PARIS.  869 

}6  ferai  un  cinquième  el  dernier  article  dans  lequel  je  rendrai 
compte  de  ces  nouvelles  productions,  des  tableaux  de  genre 
les  plus  remarquables,  <-t  surtout  de  la  sculpture  dont  je  n'ai 
point  encore  parlé,  et  qui  mérite  eeite  année  une  attention 
particulière.  P.  A. 

NÉCROLOGIE. — Williams  (Miss  Helena  -Maria)yx\v,Q  à  Londres 
en  1759,  et  issue  par  sa  mère  d'une  noble  famille  écossaise, 
(il  paraître  de  bonne  heure  ce  goût  instinctif  pour  les  lettres  qui 
devait  illustrer  sa  carrière.  Quoique  les  usages  de  sa  patrie  s'op- 
posassent à  ce  que  ses  heureuses  inclinations  fussent  développées 
par  une  éducation  classique,  miss  Williams  parvint  assez  ra- 
pidement à  une  sorte  de  maturité;  et  «à  peine  âgée  de  18  ans, 
elle 'publia  un  poème  intitulé  le  Pérou,  qui  lui  valut  les  suf- 
frages des  gens  de  lettres  les  plus  distingués  de  ce  tems,  entre 
autres  de  Johnson,  qui  tenait  alors  en  Angleterre  le  sceptre 
de  la  littérature,  et  qui  prédit  à  la  jeune  muse  une  brillante 
destinée.  La  révolution  française,  si  noble  et  si  pure  à  son 
aurore,  ayant  éclaté,  l'imagination  de  la  jeune  Anglaise  fut 
profondément  émue  par  ce  grand  spectacle  d'un  peuple  dé- 
truisant l'édifice  des  âges  barbares  et  revendiquant  ses  droits. 
Tout  l'enthousiasme  de  ces  beaux  jours  de  la  liberté  passa 
dans  son  àme;  et,  pour  suivre  de  près  les  événemens  mémo- 
rables qui  semblaient  devoir  changer  la  face  du  monde  civilisé, 
elle  quitta  l'Angleterre,  en  1790,  et  vint  se  fixer  à  Paris.  Ce 
fut  là  qu'elle  se  lia  d'une  étroite  amitié  avec  les  membres  les 
plus  distingués  de  nos  assemblées  législatives,  et  plus  particu- 
lièrement avec  les  illustres  et  infortunés  Girondins.  Pétion , 
Fergniaad,  les  deux  Clwmcr  et  une  foule  d'autres  se  réunis- 
saient dans  son  salon  pour  discuter  les  intérêts  publics  et  pré- 
luder aux  combats  de  la  tribune;  elle  fut  sur  le  point  de  par- 
tager la  proscription  qui  atteignit  ses  amis  et  subit  même  une 
détention  à  la  conciergerie  du  Luxembourg.  Elle  parvint  à 
échapper  au  sort  qui  la  menaçait  par  une  prompte  fuite  en 
Suisse,  où  elle  attendit  la  cessation  du  régime  de  la  terreur  et 
de  la  crise  révolutionnaire,  qui  faisait  alors  de  la  France  entière 
un  vaste  champ  de  bataille.  Mettant  à  profit  cet  exil  obligé  hors 
de  sa  patrie  adoptive,  elle  recueillit  des  observations  qui  pa- 
rurent dans  un  Voyage  en  Suisse  qu'elle  publia  ensuite  et  qui 
eut  le  plus  grand  succès,  d'abord  en  Angleterre,  puis  en 
France,  où  il  fut  traduit  par  notre  célèbre  économiste  .T.  lî.  Say. 
De  retour  à  Paris,  miss  Williams  s'occupa  de  plusieurs  ou- 
vrages dont  les  publications  successives  ne  firent  qu'ajouter  à 
sa  réputation  littéraire'  et  politique,   également  honorable.  Le 


8  7o  FRANCE. 

plus  connu  est  celui  qui  a  pour  titre  :  Lettres  sur  la  révolution 
française,  1791  à  1796;  il  a  eu  plusieurs  éditions;  on  doit 
distingue]?  aussi,  parmi  ses  écrits,  des  poésies  anglaises,  dont 
quelques-unes  ont  été  traduites  par  Esménard  et  Bouliers.  Il  y 
a,  en  général,  dans  les  diverses  productions  de  miss  Williams, 
un  enthousiasme  profond  et  vrai  pour  tous  les  sentimens  gé- 
néreux ,  uni  à  une  imagination  pleine  de  force  et  d'éclat.  Les 
jugemens  de  l'auteur  sur  la  plupart  des  événemens  politiques 
dont  elle  a  été  témoin  sont  justes  et  profonds.  Peu  de  femmes 
ont  eu  des  talens  aussi  variés.  Miss  "Williams  possédait  en  outre 
les  pins  rares  qualités  du  cœur.  Sensible  et  compatissante,  on 
ne  l'invoquait  jamais  en  vain  en  faveur  des  malheureux.  Après 
une  longue  maladie  de  langueur,  cette  femme  célèbre  est  morte 
à  Paris,  le  i5  décembre  1827,  entre  les  bras  d'un  neveu, 
M.  Charles  Coquerel,  jeune  écrivain  déjà  connu  par  d'utiles 
publications,  spécialement  par  la  Revue  protestante,  qu'il  dirige 
habilement  depuis  plusieurs  années.  Notre  Revue  aime  à  le 
compter  toujours  au  nombre  de  ses  collaborateurs;  miss  Williams 
lui  avait  servi  de  mère,  et  nous  savons  que  sa  reconnoissance 
lui  prépare  un  hommage  plus  étendu  et  bien  plus  digne  de  celle  à 
laquelle  ces  lignes  sont  consacrées.  A. 

— Legraverend  {Jean- Marie -Emmanuel),  né  à  Rennes,  en 
mai  1776,  fit  de  brillantes  études  au  collège  de  cette  ville  et 
manifesta  de  bonne  heure  ces  dispositions  aux  études  graves 
qui  ont  valu  à  son  nom  une  honorable  célébrité.  Sorti  du  col- 
lège, à  Tàge  de  14  ans,  il  fut  nommé  deux  années  après  secré- 
taire en  chef  de  l'administration  du  département  d'Ile-et-Vi- 
laine. Ainsi  appliqué  aux  travaux  de  l'âge  mûr,  dès  sa  seizième 
année,  on  peut  dire,  en  quelque  sorte,  qu'il  passa  brusque- 
ment de  l'enfance  à  la  jeunesse  et  ne  connut  point  cette  pé- 
riode d'adolescence  ordinairement  décisive  dans  la  carrière 
humaine.  Cette  observation  que  nous  offre  la  vie  de  M.  Le- 
graverend se  présente  dans  celle  d'un  grand  nombre  de  ses 
contemporains,  dont  le  berceau  fut  aussi  placé  parmi  nos 
orages,  et  qui ,  encore  enfans,  se  virent  tout  à  coup  obligés  de 
devenir  des  hommes.  La  généreuse  révolution  de  1789  avait 
trouvé  dans  le  jeune  Legraverend  un  ardent  soutien.  Les  excès 
qui  signalèrent  une  époque  à  jamais  terrible  et  déplorable  ex- 
citèrent son  indignation,  et  on  le  vit,  en  1793,  parmi  les  braves 
que  la  Bretagne  envoyait  au  secours  de  la  représentation  na- 
tionale. Le  bataillon  dont  il  faisait  partie  ayant  été  licencié 
par  Carrier,  il  revint  à  ses  fonctions  de  secrétaire  de  l'autorité 
administrative  du  département,  qu'il  quitta  quelques  années 
après,  pour  aller  occuper  à  Paris  l'emploi  de  chef  de  bureau 


PAUlv  871 

au  ministère  de  la  justice  qu'on  venait  de  lui  accorder.  Il  était 

alors  âgé  de  19  ans.  De  cette  époque  (latent  les  travaux  sur  la 
jurisprudence  criminelle  qui  ont  rempli  le  reste  de  sa  vie,  et  qui 
nous  ont  valu  plusieurs  ouvrages  justement  estimés.  Le  premier 
de  tous  parut  en  l'an  vm  :  il  est  intitulé  :  Traité  de  la  procé- 
dure aimifielle  devant  les  tribunaux  militaires  et  maritimes.  Les 
jurisconsultes  les  plus  recommandables  accordèrent  leurs  suf- 
frages à  cette  publication,  et  elle  contribua  beaucoup  à  faire 
arriver  l'auteur,  en  181 3,  au  poste  de  chef  de  division  des 
affaires  criminelles.  Le  roi  Louis  XVIII  se  chargea  de  récom- 
penser plus  dignement  encore  dix-neuf  années  de  services  ren- 
dus à  la  patrie  dans  la  haute  administration  de  la  justice; 
M.  Legraverend  reçut,  en  1814,  la  croix  de  la  Légion-d'hon- 
neur et  l'emploi  de  directeur  des  affaires  criminelles  et  des 
grâces.  Pendant  l'existence  éphémère  du  gouvernement  impé- 
rial,  en  181 5,  le  département  d'Ille  -  et- Vilaine  le  choisit 
pour  son  mandataire  à  la  chambre  des  représentant,  et  il  ne 
crut  pas  devoir  répondre  par  un  refus  à  la  confiance  de  ses 
concitoyens,  qui  l'élurent  de  nouveau  membre  de  la  chambre 
des  députés  en  1817.  Dans  cette  même  année,  sans  cesser  d'être 
attaché  au  ministère  de  la  justice,  il  inscrivit  son  nom  parmi 
les  avocats  au  Conseil  du  roi  et  à  la  Cour  de  cassation.  En  1819 
il  fut  fait  maître  des  requêtes  en  service  extraordinaire.  Dans 
les  derniers  tems,  M.  Legraverend  semblait  s'être  entièrement 
consacré  aux  travaux  de  cabinet  et  avoir  considéré  sa  carrière 
publique  comme  terminée.  Il  est  permis  de  croire  que  les  prin- 
cipes adoptés  par  l'administration  qui  vient  de  succomber  dans 
la  lutte  électorale  n'avait  pas  peu  contribué  à  cette  détermina- 
tion de  la  part  de  M.  Legraverend,  qui  s'était  constamment  fait 
connaître  comme  l'un  des  plus  zélés  et  des  plus  fermes  défenseurs 
des  doctrines  constitutionnelles.  Dans  le  cours  de  l'année  der- 
nière ses  forces  déclinèrent  rapidement;  mais  lui  seul  semblait 
ne  point  s'en  apercevoir  et  s'occupait  encore  avec  zèle  du  per- 
fectionnement de  ses  travaux;  la  mort  le  surprit  le  24  dé- 
cembre 1827;  il  la  reçut  avec  la  tranquillité  de  l'homme  de 
bien;  et  l'affluence  des  personnes  venues  pour  rendre  à  ses 
restes  un  triste  hommage  a  pu  attester  qu'il  joignait  aux  talens 
qui  fondent  la  réputation  ces  qualités  du  cœur  et  du  caractère 
qui  font  aimer  celui  à  qui  l'on  pourrait  n'accorder  qu'une  froide 
estime.  L'un  de  nos  écrivains  les  plus  distingués,  l'honorable 
M.  Kératry,  s'était  chargé  de  payer  un  dernier  tribut  à  sa 
mémoire  :  c'est  pour  nous  une  obligation  d'emprunter  à  son 
discours  un  trait  qui  achèvera  de  faire  connaître  quel  fut 
M>  Legraverend.  Sollicité  dans  une  circonstance  par  le  ministre 


872  FRANCE. 

dont  il  dépendait,  d'opérer  une  réduction  dans  le  traitement 
des  commis  de  sa  division ,  il  répondit  avec  fermeté  :  Monsei- 
gneur, vous  la  prendrez,  s'il  vous  plaît,  sur  mes  appointemens  ; 
car  j'atteste  h  V.  Exe.  qu' on  ne  pourrait  la  prélever  que  sur  le 
pain  de  mes  subordonnés.  Les  principaux  ouvrages  de  M.  Le- 
graverend  sont,  outre  celui  dont  nous  avons  donné  le  titre  plus 
haut,  i°  son  Traité  de  législation  criminelle,  2  vol.  in-8°,  pu- 
blié en  1816;  2e  édit.  en  i8?/3,  actuellement  épuisée.  On  s'oc- 
cupe de  la  publication  de  la  3e.  Cet  ouvrage  est  incontestable- 
ment le  meilleur  qui  ait  été  écrit  sur  la  matière.  i°  Des  lacunes 
et  des-  besoins  de  la  législation  française  en  matière  politique  et 
en  matière  criminelle.  2  v^ol.  in-8°;  1824;  3°  Observations  sur 
le  jury  en  France.  Brochure  in-8°,  181 9,  et  2e  édit.,  1827  ;  4°  Un 
mot  sur  le  projet  de  loi  relatif  au  sacrilège;  1825.  Tous  ces  ou- 
vrages attestent  une  connaissance  approfondie  et  étendue,  non 
pas  seulement  de  notre  droit  criminel,  mais  aussi  des  véritables 
sources  de  cette  intéressante  partie  de  la  législation  moderne. 
On  voit  qu'il  n'était  étranger  à  aucun  des  travaux  de  l'autre 
siècle  et  du  nouveau  sur  les  matières  auxquelles  il  s'était  voué, 
et  qu'il  n'avait  pas  moins  médité  les  idées  de  Beccaria  et  de 
Fiïangieri  que  les  théories  ingénieuses  et  profondes  de  Ben- 
tham.  P.  A.D.... 

—  Madame  la  comtesse  de  Ségur  (  Antoinette -Elisabeth- 
Marie),  épouse  de  M.  le  comte  de  Ségur,  pair  de  France 
et  membre  de  l'Académie  française,  née  à  Paris,  en  1756, 
fille  de  M.  à'Jguesseau,  conseiller  d'état,  et  petite-fille  du 
célèbre  chancelier  d'dguesseau ,  mère  du  général  Philippe 
de  Ségur,  auteur  de  {'Histoire  de  la  campagne  de  Russie, 
est  morte  à  Paris,  le  5  mars  1828,  à  l'âge  de  72  ans.  Les  rares 
qualités  de  Mme  de  Ségur,  l'élévation  de  son  âme ,  la  force 
de  son  esprit,  la  bonté  de  son  caractère,  la  grâce  et  la  po- 
litesse exquise  de  ses  manières,  sont  connues  de  beaucoup 
de  personnes;  mais  il  appartient  surtout  «à  celles  qui  ont  été 
admises  dans  son  intimité  de  retracer  tout  le  charme  d'une 
vie  aussi  pure  que  modeste,  et  d'apprécier  des  vertus  dont 
la  pratique  se  renfermait  dans  le  cercle  étroit  de  sa  famille. 
L'extrait  suivant  d'uue  lettre  écrite  peu  de  jours  après  sa 
mort,  par  un  ancien  ami  de  M.  de  Ségur,  qui ,  depuis  plu- 
sieurs années ,  vivait  dansf  la  société  intime  de  M.  et  Mme  de 
Ségur,  en  faisant  bien  connaître  les  vertus  de  la  femme  ex- 
cellente que  nous  pleurons,  paraît  être  le  plus  touchant  hom- 
mage rendu  à  sa  mémoire. 

Paris  ,  1 5  mars  1828.  —  «  On  vient  de  perdre  Mme  de  Si  gif  . 
Elle  n'est  plus  cette  femme  si  révérée,  que  tant  de  vœux  re- 


PARIS.  873 

tenaient  sur   La  terre.  Elle  s'est  éteinte,  le  r>,  à  neuf  heure*  du 
malin,  et  son  angélique sourire  esl  resté  encore  sur  ses  lèvres 

décolorées.  Dans  la   foule  de    toules  les  personnes  distinguées 

qui  environnaient  vendredi  son  cercueil ,  nue  voix  unanime  loi 
décernait  au  milieu  des  sanglots  le  titre  d'incomparable. 

«Compagne  adorée  d'un  homme  que  la  carrière  des  armes 
et  de  la  politique  éloignait  tour  à  tour  de  sa  famille, 
MII,C  de  Ségur  connut  de  bonne  heure  le  pénible  devoir  des 
sacrifices,  et  s'y  soumit.  Pendant  cinquante-une  années  d'union, 
elle  ne  cessa  de  donner  à  l'ami  de  son  cœur  les  plus  touchantes, 
les  plus  éclatantes  preuves  de  sa  tendresse  et  d'un  attache- 
ment sans  bornes.  Elle  n'exista,  comme  on  l'a  dit,  qu'en  lui 
et  pour  lui  :  jamais  l'abnégation  de  soi-même  ne  produisit  un 
dévoûment  plus  héroïque.  Il  en  reste  une  preuve  impéris- 
sable dans  son  dernier  écrit,  monument  sans  exemple  peut- 
être,  et  résumé  complet  de  sa  vie  entière  et  de  son  cœur. 

«Dépouillée  par  la  révolution  de  son  rang  et  de  sa  fortune, 
privée  momentanément  de  la  liberté  et  menacée  de  l'écha- 
faud ,  elle  conserva,  pendant  les  longues  angoisses  de  cette 
époque,  et  plus  tard  dans  une  haute  élévation,  son  courage 
vertueux  dans  toute  sa  pureté  et  les  rares  qualités  qui  dis- 
tinguaient son  grand  caractère.  Ni  la  malignité,  ni  la  haine 
des  partis  n'ont  jamais  trouvé  de  prise  sur  son  irréprochable 
conduite.  Nul  n'a  jamais  prononcé  sans  respect  le  nom  de 
Mme  de  Ségur. 

«  Elle  était  prodigue  de  son  admiration  pour  tout  ce  qui  est 
beau;  mais  nalle  élévation  sociale  ne  pouvait  embellir  le  vice 
à  ses  yeux.  Elle  pardonnait  les  erreurs,  les  faiblesses  ,  et  n'eût 
jamais  composé  avec  l'immoralité.  La  bienfaisance  était  pour 
elle  un  devoir  de  tous  les  jours,  et  l'indulgence  une  habitude. 
A  aucune  époque  de  sa  vie,  les  soins  propres  à  une  mère  de 
famille  dans  la  plus  humble  fortune  ne  lui  parurent  ni  pé- 
nibles, ni  au-dessous  d'elle.  Sa  nombreuse  famille,  ses  amis, 
l'élite  de  la  société,  se  pressaient  tous  les  jours  dans  son  salon 
pour  recueillir  de  sa  bouche  une  pensée  de  son  noble  cœur, 
pour  puiser  dans  ses  regards  un  rayon  de  bonheur. 

«  Idolâtre  de  ses  enfans,  si  dignes  de'sa  tendresse,  son  cœur 
maternel  fut  mis  à  de  cruelles  épreuves.  Le  ciel  lui  réservait 
des  consolations  dans  ses  derniers  momens.  Elle  put  encore 
serrer  dans  ses  bras  défailians  et  bénir  sur  son  lit  de  mort  le 
onzième  de  ses  arrière-petits-enfans  ,  qui  venait  de  naître;  et  un 
fils,  cher  à  la  gloire  et  aux  lettres,  puisant  des  forces  dans  sa 
douleur  même  pour  rester,  pendant  soixante  -  dix  jours,  au 
chevet  du  lit  d'une  mère  expirante,  sut  adoucir  ses  tournions. 


874  FRANCE. 

el  environner  sa  longue  agonie  des  soins  assidus  de  la  plus 

tendre  piété. 

«  L'âge  n'avait  ni  refroidi  l'âme  de  M,ue  de  Ségur,  ni  affaibli 
son  jugement.  Elle  avait  conservé  toute  la  fraîcheur  et  l'indé- 
pendance de  son  esprit.  Qui  pourrait  expliquer  le  charme 
irrésistible  par  lequel  on  était  attiré  vers  elle,  et  la  grâce  ex- 
quise qui  doublait  le  prix  des  moindres  marques  de  sa  bien- 
veillance? Elle  sera  pleurée  long-tcms! 

«  J'ai  vu  beaucoup  de  personnes  mêler  leurs  larmes  aux 
larmes  amères  de  M.  de  Ségur.  Je  n'en  ai  pas  vu  qui  aient  eu 
le  courage  de  lui  parler  de  consolation.  » 

Celui  qui  a  tracé  les  lignes  qu'on  vient  de  lire  les  a  écrites 
sous  l'inspiration*de  cette  affection  respectueuse  qu'éprou- 
vaient pour  Mme  de  Ségur  toutes  les  personnes  qui  avaient  le 
bonheur  de  l'approcher;  l'auteur  de  cet  article  conservera  tou- 
jours le  souvenir  reconnaissant  de  la  conversation  bienveil- 
lante, aimable  et  spirituelle  de  cette  femme  excellente  et  des 
marques  d'intérêt  qu'elle  lui  a  souvent  données,  ainsi  qu'à  la 
Revue  Encyclopédique,  dans  laquelle  elle  voyait  une  véritable 
institution  de  bien  public  consacrée  à  la  gloire  littéraire  de  la 
France,  à  l'avancement  des  sciences  et  des  lettres,  à  l'amé- 
lioration de  l'espèce  humaine.  —  Nous  croyons  devoir  ajouter 
encore,  pour  rendre  ce  dernier  tribut  plus  digne  de  celle 
qui  en  est  l'objet,  un  passage  tiré  d'une  Lettre  adressée  par 
M.  le  comte  de  Ségur  à  ses  enfans  et  à  ses  petits -enfans,  et 
placée  en  tête  du  manuscrit  de  son  histoire  universelle.  Ce  ma- 
nuscrit, qui  forme  à  lui  seul  plusieurs  gros  volumes,  a  été 
écrit  tout  entier  de  la  main  de  Mme  de  Ségur,  sous  la  dictée 
de  son  mari,  dont  la  vue  était  très-affaiblie,  et  auquel  elle  a 
voulu  éviter  la  fatigue  d'écrire  lui-même.  C'est  un  monument 
de  la  tendresse  conjugale  et  un  véritable  trésor  de  famille. 
Nous  aimons  à  consigner  ici ,  en  rendant  un  dernier  hommage 
à  une  mémoire  justement  révérée,  le  témoignage  de  reconnais- 
sance et  d'amour  exprimé  par  l'homme  honorable  et  distingué 
qui  a  dû  à  sa  compagne  chérie,  pendant  plus  d'un  demi  siècle, 
les  jouissances  si  douces  et  si  pures  de  l'union  conjugale  et  du 
bonheur  domestique  et  de  famille,  les  seules  qui  soient  propres 
à  consoler  de  tous  les  genres  de  malheurs,  et  sans  lesquelles 
tous  les  autres  biens  de  la  vie  sont  insipides  ou  incomplets. 

«...  Je  vous  lègue  ce  manuscrit  :  il  est  tel  que  je  l'ai  dicté 
du  premier  jet,  sans  ponctuation  ,  sans  correction  ;  le  public  a 
l'ouvrage  tel  que  je  l'ai  corrigé.  Mais  j'ai  voulu  déposer  dans 
vos  mains  ce  manuscrit  comme  je  l'ai  dicté,  et  je  désire  que 
l'aîné  de  ma  famille  le  conserve  toujours  religieusement. 


PARIS.  87  5 

1 .  e^t  un  legs  précieux,  honorable,  sacré  ;  c'est  un  monument 
pare  d'une  tendresse  conjugale  sans  exemple,  et  le  nom  de 
voire  mère  est  110  titre  de  gloire  pour  vous.  Soyez  sûr  que 
toutes  les  douées  vertus  dont  vous  pourrez  vous  honorer  vous 
viennent   principalement  de  son  sang  qu'elle  vous  a  transmis. 

»  J'avais  perdu  par  une  goutte  sereine  un  œil  dans  la  guerre 
d'Amérique;  de  longs  travaux  avaient  affaibli  l'autre;  les  mé- 
decins me  menaçaient  de  le  perdre,  si  je  l'exerçais  trop.  Ce- 
pendant, la  ruine  de  ma  fortune  me  rendait  le  travail  indis- 
pensable; je  me  décidai  à  écrire  cet  ouvrage;  et,  pour  me 
conserver  la  vue,  ma  femme,  votre  tendre  et  vertueuse  mère, 
me  servant  de  secrétaire  avec  une  constance  et  une  patience 
inimitables,  a  écrit  de  sa  main,  d'abord  toutes  les  notes  qui 
ont  servi  à  rédiger,  et  ensuite  tout  ce  livre  .ainsi,  toute  cette 
histoire  universelle  a  été  tracée  par  sa  main. 

«  Les  sacrifices  de  fortune,  les  preuves  éclatantes  et  momen- 
tanées de  tendresse, les  actions  que  commande  autant  l'amour- 
propre  que  le  devoir,  sont  plus  communs  qu'on  ne  pense  ;  l'or- 
gueil et  le  désir  de  renommée  font,  autant  que  l'amour,  des 
Artémises,  des  Aricies,  des  Marguerites. 

«  Mais,  ce  qui  est  rare,  ce  qui  estd'autant  plus  digne  d'éloges 
qu'ils  sont  plus  éloignés  d'y  prétendre,  ce  sont  ces  sentimens 
nobles,  purs,  constaus,  qui  se  cachent  dans  l'ombre,  et.  qu'on 
ne  devine,  comme  la  violette  ,  qu'à  leurs  parfums.  Ce  sont  ces 
soins  de  tous  les  jours,  ces  sacrifices  de  tous  les  momens,  ces 
vertus  qui  n'ont  rien  de  factice ,  de  gêné ,  d'imposant,  et  qui 
se  montrent  naturelles  comme  la  respiration. 

«  Votre  mère,  élevée  dans  toutes  les  délicatesses  du  grand 
monde,  âgée  de  soixante  ans,  presque  toujours  souffrante, 
sacrifiant  son  repos  à  ma  santé,  et  ses  yeux  aux  miens,  a  écrit 
de  sa  main  ce  volumineux  ouvrage. 

«  Gardez  donc  à  jamais  ce  manuscrit.  La  durée  de  ce  livre 
serait  éternelle,  si ,  au  gré  de  mes  désirs,  comme  il  porte  l'em- 
preinte de  la  main  de  cette  femme  chérie,  il  pouvait  à  chaque 
page  porter  celle  de  ses  vertus. —  Signé,  le  Comte  de  Ségur.  » 

M.  A.  Jullien  ,  de  Paris. 
— Gibelin  (Jacques),  docteur  en  médecine,  membre  de  la 
Société  médicale  de  Londres,  conservateur  de  la  bibliothèque 
publique  de  la  ville  d'Aix  en  Provence ,  secrétaire  per- 
pétuel de  la  Société  des  amis  des  sciences,  des  lettres,  des 
arts  et  de  l'agriculture  de  la  même  ville,  frère  puîné  à'Es- 
prit-Jntoine  Gibelin  ,  peintre  d'histoire  ,  correspondant  de 
l'Institut  de  France,  naquit  à  Aix  en  Provence,  le  16  sep- 
tembre 1744,  et  se  destina  de  bonne  heure  à   la  médecine. 


876  FRANCE. 

Toutes  les  sciences  alliées  avec  celle-là  devinrent  pour  lui  l'ob- 
jet d'une  véritable  passion.  A  peine  eût  -  il  reçu  le  grade  de 
docteur  dans  sa  ville  natale,  qu'il  se  rendit  à  Paris  pour  y 
agrandir  le  cercle  de  ses  connaissances.  Parmi  les  concurrens 
les  plus  distingués  qu'il  rencontra  dans  la  carrière  des  sciences, 
plusieurs  conçurent  pour  lui,  dès  cette  époque, une  affection  qui 
ne  s'est  jamais  démentie.  Tels  furent  Berthollet  et  Brousson- 
net,  demeurés  fidèles  à  cet  attachement  jusqu'à  leur  mort;  et 
plus  tard  notre  illustre  Bosc,  qui  rend  encore  aujourd'hui  de  si 
importons  services  aux  sciences  naturelles.  A  nu  esprit  péné- 
trant et  fin,  le  docteur  Gibelin  joignait  les  qualités  du  cœur 
les  plus  douces ,  les  formes  les  plus  aimables  :  ces  dispositions 
intéressantes  ne  cessèrent  de  lui  attirer  des  amis  ,  et  il  n'en  per- 
dit jamais  aucun. 

II  alla  ensuite  à  Londres  où  il  fut  reçu  membre  de  la  Société 
médicale.  Frappé  de  l'importance'  de  quelques  livres  anglais 
pour  les  progrès  de  la  physique  et  de  la  médecine,  il  conçut 
alors  le  projet  d'en  enrichir  nos  écoles,  en  les  traduisant  en 
français.  Cette  idée  le  ramena  à  Paris,  en  1774;  et  dès  l'année 
1775  ,  il  commença  à  publier  ses  traductions  ,  dont  la  première 
fut  le  Traité  de  Priestley  sur  différentes  espèces  d'air,  en  neuf 
volumes  «n-12.  Ses  travaux  dans  ce  genre  se  continuèrent  jus- 
qu'à l'année  1791,  où  il  publia  les  deux  derniers  volumes  de 
son  Jbrégé  des  transactions  philosophiques  delà  Société  royale  de 
Londres,  concernant,  la  botanique  et  la  physique  végétale. 

Dans  l'intervalle  il  fit  paraître  les  ouvrages  suivans  :  Expé- 
riences et  Observations  sur  différentes  branches  de  la  physique 
par  le  même  Priestley,  1782,  4  vol.  in  -  12.  ;  Traité  sur  le 
venin  de  la  vipère,  sur  les  poisons  américains ,  etc.  ,  par  Félix 
Fontana,  imprimé  en  français,  à  Florence,  1791  ,  deux  vol. 
in-/t°  ,  traduit  par  Gibelin  sur  le  manuscrit  italien  de  l'auteur, 
son  ami  particulier;  Observations  sur  les  maladies  vénériennes  , 
par  SwEnTAUR ,  1784,  în-8°  ;  Elémens  de  minéralogie  de  Ivir- 
wan,  1785,  in-8°  ;  Abrégé  des  transactions  philosophiques  de 
la  Société  royale  de  Londres  ;  Histoire  naturelle,  1784  ,  2  vol. 
in  -  8°  ;  Histoire  des  progrès  et  de  la  chute  de  la  république  ro- 
maine,  par  Adam  Ferguson  (  dont  la  première  moitié  seu- 
lement appartient  à  Démeunier,  et  dont  la  moitié  du  quatrième 
volume  et  les  trois  suivans  sont  de  Gibelin  et  non  de  Bergier  , 
comme  on  l'a  dit  ) ,  1784  ,  7  vol.  in-8°  et  in  -12  ;  Mémoires  de 
la  vie  privée  de  Benjamin  Franklin ,  ire  partie,  finissant  à  Tan- 
née 1757,  traduits  par  Gibelin,  sur  le  manuscrit  original  de 
fauteur. 

Tandis  qu'il  s'occupait  de  ces  ouvrages,  le  marquis  de  3ïi  - 


PARIS.  877 

jUxrss  (J.-B.-M.<fc  Piquet)  mourut  à  Paris»  le  5  octobre  1786, 
lèpres  avoir  légué  à  la  province  de  ProveBce  la  magnifique  bi- 
bliothèque  qu'il  avait  formée  ,  avec  l'intention  de  la  rendre  pu- 
blique dans  la  v  iile  d'  \ix.  Ce  généreux  citoyen  ,  doué  de  toutes 
les  connaissances  nécessaires  pour  une  si  noble  entreprise,  avait. 

employé  plus  de  trente  années  à  rassembler  à  cet  elfet  au-delà 
de  quatre- vingt  mille  volumes,  renfermant  les  ouvrages  les 
plus  importans  dans  les  sciences,  les  lettres,  l'histoire  générale, 
et  particulièrement  dans  l'histoire  politique  et  administrative 
de  la  Provence.  En  1787,  l'assemblée  des  Communes  du  Pays 
accepta  ce  legs;  et  aussitôt  on  s'occupa  de  réunir  les  livres 
restés  à  Ailes,  à  Aix,  à  Paris,  après  la  mort  de  l'acquéreur. 
Le  savant  abbé  Rive  ,  qui  avait  dirigé  auparavant  la  biblio- 
thèque du  duc  de  La  Vallière,  fut  nommé  bibliothécaire,  et  le 
docteur  Gibelin  lui  fut  donné  pour  adjoint.  Rive,  déjà  frappé 
de  paralysie,  ne  pouvant  s  occuper  du  rassemblement  des  livres, 
tout  ce  travail  fut  à  la  charge  du  docteur  Gibelin;  et  Rive  étant 
mort  à  Marseille,  le  20  octobre  1791,  celui-ci  se  trouva  seul 
chargé  de  la  conservation  de  ce  précieux  dépôt ,  et  du  soin 
d'en  dresser  le  catalogue. 

Les  estimables  qualités  de  cet  homme  de  bien,  qui  n'avaient 
contribué  jusqu'alors  qu'aux  jouissances  de  sa  famille  et  de 
ses  amis,  tournèrent  dès  ce  moment  au  profit  de  la  chose  pu- 
blique. En  1793.  1794»  dans  les  années  suivantes,  quoique 
privé  de  tout  traitement,  il  ne  cessa  de  s'occuper  de  la  forma- 
tion du  catalogue,  et  de  la  garde  assidue  du  dépôt  qui  lui  avait 
été  confié.  L'estime  universelle  ne  l'abandonna  point  dans  ces 
tems  de  troubles.  Son  esprit  conciliant  aplanissait  les  difficultés 
que  de  fréquentes  occasions  pouvaient  faire  naître;  il  eût  le 
bonheur  de  garantir  son  trésor  de  toute  dispersion,  et  celui  de 
conserver  sa  vie.  Long- tems  encore,  après  que  la  tranquillité 
fut  rétablie,  il  continua  son  travail  sans  émolumens;  et  eufin 
le  16  novembre  1810,  la  bibliothèque  ayant  été  ouverte  au 
public ,  il  reçut  de  ses  concitoyens  un  honorable  prix  de  son 
dévoùment.  Le  conseil  munieip al  de  cette  époque,  et  le  maire 
qui  le  présidait ,  homme  aussi  recommandable  par  ses  lumières 
que  par  son  amour  pour  les  arts,  M.  Sallier,  propriétaire 
d'une  belle  collection  d'antiquités  qu'il  a  formée  lui-même, 
élevèrent  dans  les  salles  de  cette  bibliothèque  ,  à  côté  du  buste 
du  fondateur,  deux  cippes  de  marbre,  sur  l'un  desquels  fut 
gravé  le  nom  de  Jacques  Gibelin,  accompagné  de  l'énoncé  de 
ses  titres  à  la  gratitude  publique. 

Au  20  mars  1814,  lt's  administrateurs  se  trouvant  suspen- 
dus, un  préfet  dignement  informé,   ayant  à  choisir  pour  la 


878  FRANCE— PARIS. 

ville  d'Aix  un  maire  qui  jouissait,  au  plus  haut  degré  de  lYs- 
time  publique ,  sut,  par  le  crédit  que  lui  donnait  son  mérite, 
maintenir  dans  l'ordre  tous  les  partis,  et  il  choisit  l'avocat 
Dubreuil,  ancien  assesseur  dans  l'administration  de  la  pro- 
vince. A  ce  maire  il  fallait  des  adjoints  dignes  de  lui  ;  l'un  d'eux 
fut  le  docteur  Gibelin;  et  cette  municipalité ,  aussi  vigilante  que 
ferme  et  dévouée,  parvint  à  maintenir  la  cité  dans  une  tran- 
quillité parfaite,  au  milieu  des  passions  qui  fermentaient  à 
chaque  secousse  politique. 

L'exercice  de  sa  profession  de  médecin,  et  ses  travaux  biblio- 
graphiques, n'empêchaient  pas  le  docteur  Gibelin  de  se  livrer 
à  d'autres  études.  En  1809,  fut  établie  à  Aix  une  Société  acadé- 
mique 9  connue  aujourd'hui  dans  le  monde  savant  par  trois 
volumes  de  mémoires.  Après  avoir  coopéré  à  sa  formation ,  il 
en  devint  dès  l'origine  le  secrétaire  perpétuel ,  et  il  ne  cessa 
pas  d'en  être  l'âme.  De  long-tems  on  n'oubliera  dans  la  ville 
d'Aix  l'intérêt  des  rapports  qu'il  présentait  chaque  année  dans 
la  séance  publique  de  cette  académie.  Ce  travail  lui  donnait 
naturellement  occasion  de  développer  l'aménité  de  son  carac- 
tère autant  que  la  variété  de  ses  connaissances  et  les  ressources 
de  son  esprit.  Nul  ne  connut  mieux  que  lui  l'art  de  relever  un 
sujet ,  et  de  louer  finement,  sans  outrepasser  la  mesure. 

Des  qualités  si  précieuses  le  rendirent  le  confident  des  tra- 
vaux de  plus  d'un  littérateur;  et  chaque  fois  qu'il  était  consulté^ 
ses  avis  bienveillans  lui  valaient  un  nouvel  ami. 

Privé  de  la  vue,  dans  les  deux  dernières  années  de  sa  vie, 
cette  infirmité  n'altéra  point  la  tranquillité  de  son  âme.  Il  n'a 
pas  cessé  de  s'occuper  des  sciences  et  des  lettres;  et,  malgré 
son  grand  âge,  sa  mémoire  n'avait  rien  laissé  échapper  de 
son  vaste  savoir,  sa  critique  n'avait  rien  perdu  de  sa  délica- 
tesse ,  ni  son  cœur  de  ses  sentimens  affectueux. 

Cet  excellent  homme  est  mort  le  4  février  1828.  Les  per- 
sonnes qui  le  connaissaient  particulièrement  ,  et  qui  ont  eu  des 
rapports  avec  sa  famille,  verront,  à  la  signature  de  cet  article, 
que  celui  qui  l'a  composé  était  son  parent  et  son  ami;  mais  il 
n'y  en  aura  aucune  qui  n'ajoute:  Il  n'a  dit  que  la  vérité. 

Émeric-David,  membre  de  V Institut. 


TABLli  DES  ARTICLES 

CONTENUS 

DANS  LE  CENT  ONZIÈME  CAHIJER. 

MARS  1828. 


I.  MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MELANGES. 

i.    Essai  statistique  sur  la  presse  périodique  du  globe.  A.  Balbi. 

Pag.   593 
».    Voyage  aux  eaux  de  Pietrapola,  en  Corse **  604 

3.  Discours  sur  la  Vérité Saint- Albin  Berv'dlc.  616 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 

4.  Recueil  des  actes  de  la  séance  solennelle  de  l'Académie  des 

sciences  de  Saint-Pétersbourg,  tenue  à  l'occasion  de  sa 
fête  séculaire (Sa5 

5.  i°  Lettre  de  l'auteur  du  concours  ouvert  à  Genève,  en  fa- 

veurjde  l'abolition  de  la  peine  de  mort  ;  i°  De  la  justice  de 
prévoyance,  par  M.  Edouard  Ducpétiaux.  Ch.  Renouard.  63a 

6.  Histoire  de  la  révolution  de  la  république  de  Colombie  (ou- 

vrage espagnol) L.  L.    O.   643 

7.  Cromwell ,  drame  par  Victor  Hugo Chauvet.  654 

8.  Le  Voyage  de  Grèce,  poëtne  par  M.  Pierre  Lebrun.  H,  Patin.  665 

9.  Kelédor,  histoire  africaine,  publiée  par  M.  Roger.  Jomard.  6y3 
10.    Description  de  l'Egypte;  dernières   livraisons  de  l'atlas. 

J.  Agoub.  688 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  108  ouvrages  ,  français  et  étrangers . 

Amérique  septentrionale.  —  États  -Unis ,  2  ouvrages  pério- 
diques  ^ 698 

Europe.  —  Grande-Bretagne ,  12  ,  dont  a  ouvrages  périodiques.   700 

—  Russie,  4,do«t  2  ouvrages  périodiques ytj 

'—  Pologne  r, 7Ifi 

—  Danemark ,   6 717 

—  Allemagne,  7 7rg 

—  Suisse,  3 72^ 

—  Italie,  10,  dont  trois  ouvrages  périodiques .   73i 

—  Pays-Bas,  9.  . 73(j 

France,  54  ,  savoir  :  Sciences  physiques  et  naturelles,  16.   .   .   .  745 

—  Sciences  religieuses  ,  morales  ,  politiques  et  historiques ,   i5.   .   .  nSq 

—  Littérature,    i3 780 

—  Beaux-Arts  ,  5 706 

—  Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  savantes,  2 80 r 

—  Ouvrages  périodiques ,  2 8o3 

—  Livres  en  langues  étrangères ,  imprimés  en  France,  1 8o5 


&<3(>  TABLE  DES   ARTICLES. 

IV.    NOUVELLES  SCIENTIFIQUES  ET  LITTÉRAIRES. 

Amérique  septentrionale.  —  États-Unis.  Mit  souri :  Exploita- 
tion des  mines  de  plomb  sur  la  Rivière  de  la  Fièvre.  —  Rela- 
tions commerciales  avec  la  France 809 

Asie.  — De  l'esclavage  dans  l'Inde.  . 8io 

EUROPE. 

Grande-Bretagne.  —  Police  de  Londres  et  réformation  de  la 

législation  anglaise.. 81  1 

Russie.  —  Moscou  :  Université 81 5 

Pologne.  —   Varsovie.  Société  royale  des  amis  des  sciences  et 

des  lettres  .*  Nomination  académique ib'id. 

Danemark.  —  Presse  périodique 817 

Allemagne.  —  Hesse  :  Université  de  Ma  r  bourg  :  Fête  séculaire.   827 

Suisse.  —  Lausanne  :  Écoles  de  charité 82S 

Italie. — -  Sicile.  Cutané  :  Académie  Gicenia.  —  Florence  :  Acadé- 
mie des  Géorgophiles.    . 83o 

Pays-Bas.  —  Bruxelles  :  Musée  des  lettres  et  des  sciences.  —  Sta- 
tistique littéraire  :  Revue  sommaire  des  ouvrages,  tant  origi- 
naux que  traduits  ou  imités,  publiés  en  différentes  langues 
dans  les  Pays-Bas,  pendant  l'année   1827.  —  Amsterdam  et 

Bruxelles  ;  Lithographie  perfectionnée 83 1 

France.  —  Sociétés  savantes.  Caen  (Calvados)  :  Sociétés  savantes.  834 
Paris.  —  Jnsiitut  ;  Académie  des  sciences  :  Séances  du  18  au  25 
février.  Académie  française  :  Nomination  de  M.  Le  Brun.  — 
Enseignement  élémentaire  :  Requête  aux  deux  Chambres.^ — 
Enseignement  industriel  :  Cours  de  chimie  expérimentale  appli- 
quée aux  arts  et  à  l'agriculture.  —  Des  jeunes  Égyptiens  en- 
voyés à  Paris  en  1826.  —  Réclamation  de  M.  le  baron  Roger. 
—  Théâtres.  Théâtre  Français  :  Premières  représentations  de  la 
mort  de  Tibère,  tragédie,  et  de  la  Princesse  Aurclie,  co- 
médie. Odéon  :  Première  représentation  de  Charles  II,  ou  le 
Labyrinthe  de  Woodstock,  comédie.  — Concerts  de  l'école 
royale  de  musique  religieuse.  —  Imitation  mimique,  ventri- 
loquie,et  illusion  vocale  portées  au  plus  haut  degré  de  perfec- 
tion. —  Beaux-Arts  :  Exposition  des  tableaux  en  1827  et 
1828;  (quatrième  article).  —  Nécrologie  :  Miss  Williams; 
Lcgraverend  ;  la  comtesse  de  Ségur;  Gibelin 836 


TARIS. DE  h  IMT1UMEKIE  DE   RIGMOUX, 

rue  des  Francs-Bourgvois-S.-Michel.  u°  8. 


TABLE 

ANALYTIQUE   ET  ALPHABÉTIQUE 

DES  MATIÈRES 

DÛ  TRENTE  -SEPTIÈME  VOLUME 

DE  LA  REVUE  ENCYCLOPÉDIQUE 

Janvier,  Février,  Mars,  182.8  (*). 


On  a  réuni  aux  quatre  mots  indicatifs  des  quatre  grandes  divisions  de 
ce  Recueil  : 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES  ; 

IL  ANALYSES  ET  EXTRAITS  D'OUVRAGES  CHOISIS; 

III    BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE; 

IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES  ET  LITTÉRAIRES; 
le  détail  et  le  renvoi  des  articles  qui  s'y  rapportent;  puis  ou  a  caractérisé  ces 
articles,  à  la  suite  du  uom  de  leurs  auteurs,  par  l'une  des  quatre  abréviations 
ci-après  :  M.  (mémoires  et  notices)  ;  A.  (analyses);  B.  (bulletin  etui.io- 
graphique);  N.  (nouvelles  scientifiques  et  littéraires).  La  désigna- 
tion C.  après  les  noms  propres,  indique  les  collaborateurs  de  la  Revue,  lorsqu'il 
s'agit  des  articles  qu'ils  ont  fournis. 

Au  lieu  de  comprendre  sous  la  dénomination  générale  sciences  et  arts 
(comme  dans  nos  quatre  tables  des  matières  de  l'année  1819),  l'indication  des 
différentes  sciences  dont  traite  ce  volume,  on  a  cru  devoir,  pour  rendre  les  re- 
cherches plus  faciles,  et.  pour  mieux  caractériser  le  but  philosophique  delà 
Revue  Encyclopédique,  ouvrir  un  compte  particulier  et  spécial,  en  lettres  ca- 
pitales, non-seuleiueut  à  chacune  des  bi anches  des  connaissances  humaines: 
agriculture,  anatomie,  etc.;  à  chacun  des  élémeus  essentiels  de  la  civili- 
sation et  des  moyens  principaux  de  communication  entre  les  hommes  :  acadÉ 

MIES    ET   SOCIÉTÉS     SAVANTES,     DICTIONNAIRES,     ENSEIGNEMENT     MUTUEL, 

instruction  publique,  journaux,  théâtres ,  etc.  ;  mais  encore  à  ciiacun 
des  pays  dout  il  est  fait  mention  dans  ce  Recueil  :  de  manière  qu'on  puisse  rap  - 
procher  et  comparer  tour  à  tour,  soit  l'état  des  sciences  et  des  èlémens  de  la 
civilisation  dans  chaque  pays ,  soit  les  nations  elles-mêmes,  sous  les  différeus 
rapports  sous  lesquels  on  a  eu  occasion  de  les  considérer. 


Lcadémies.  Voyez  Sociétés  sa-  I  Accord  delà  foi  avecla  raison, etc. 
vantes.  5oo. 


(*)  On  souscrit  pour  ce  Recueil  scientifique  et  littéraire,  dont  il 
paraît  un  cahier  de  quatorze  feuilles  d'impression  tous  les  mois,  au  Bureau 
central  d'abonnement,  rue  d' :  EnJ'er-Saint-iV 'ichel ,  n°  18;  chez  Arthus 
Bertrand,  rue  Hautefeuille ,  u°  28,  et  chez  Rf.nouard,  rue  d^Tournon,  n°  6. 
Prix  delà  souscription  :  à  Paris,  46  fr.  pour  un  an:  dans  les  départemens, 
53  fr.  ;  60  fr.  dans  l'étranger. 

T.  XXXVII.  56 


88y.  TABLE     AN 

Ader.    Plutarque  des  Pays  -  Bas , 

:  >'• 

AoMr.NISIRATIOS  MILITAIRE,  ~'o(). 

PUBLIQUE,  453,  772,  773. 

Àdrien-Eafasge  (J.),  C.-B.,  478. 

— N.,854- 

Afrique.  246.321,  338,  344,  496, 

549- 
Aglaia^  Taschenbuck,  4^4- 
Agoub  (J),  Ç.— A.,  688. 
Agriculture,  25o,  54 r »  735. 

—  (sur  l'état  de  V  )  dans  le  nord 
de  l'Europe,  etc.,  par  Lampato, 

Alaux ,  peintre.  La  Justice  qui 
amène  l'abondance  et  l'indus- 
trie sur  la  terre.  Tableau  d'orne- 
ment du  Musée  Charles  X,  3i4- 

Albert -Montémont.  Voyage  dans 
les  cinq  parties  du  monde,  173. 
—  C. — B.,  224,  520. 

Alexandre.  Mime  et  ventriloque  le 
plus  parfait  qui  ait  existé  ,  855. 

Alger,  246,  5i  1. 

Allard  (  J.  T.  Pascal  ),  C.  —  B.  , 
206. 

Allemagne,  i34»  253,  4^6,  56o  , 
718,  827. 

Alliages  métalliques.  Voy.  Hervé. 

Almacfs,  443. 

Almanach  des  électeurs  de  Paris 
et  des  départemens,  200. 

—  des  Muses,  216. 

—  Voy.  Aglaja. 

—  Voy.  Bon  jardinier. 

—  philantropique.  Voy.  Cassin. 

—  du  commerce  de  Paris,  des  dé- 
partemens, etc.,  758. 

— parisien,  ou  liste  de  5  5, 000  prin- 
cipaux habitans  de  Paris  ,  758. 

Amélioration  (  Notice  suri')  des 
troupeaux  en  France,  par  G.  F. 
T émaux,  i63. 

Amérique  méridionale,  rii, 
245. 

—  septentrionale  ,    108,    242, 

436,546,698, 809. 

(Notice  sur  les  indigènes  de 

l')et  sur  les  antiquités  indiennes, 
par  F.  W.  Assal,  719. 


ALT  il  que 

Amours  (Les)  de  Camoëns  et  de  Ca  - 
therine  d'Ataïde,  par  Mmc  Gau- 
tier, 53o. 

Amy  Robsart  ,  drame,  par  Paul 
Fouché,  577. 

Analyse  verbale,  en  anglais,  de 
l'histoire  de  Venise,  par  Saint- 
Real ,  employée  comme  moyen 
d'enseigner  le  français  ,  etc. 
708. 

Analyses  (II)  d'ouvrages  anglais: 
0'Neiil,ou  le  Rebelle,  poëme 
par  E.  Litton  Bulwer  (H.  E.  P.), 
101.  —  Bibliothèque  des  con- 
naissances usuelles  (  D.  L — r  ) , 
364-  —  Troisième  rapport  sur 
les  émigrations  et  les  colonisa- 
lions  (/.  D.  S.),  394. 

—  d'ouvrages  espagnols:  Histoire 
de  la  révolution  de  Colombie  , 
par  José  Manuel  Restrepo 
(L.  L.  O.),  643. 

—  d'ouvrages  fiançais  :  Histoire 
naturelle  des  poissons,  par  Cu- 
vier  (  Bory  de  Saint  -  Vincent)  , 
43. — Collection  des  chroniques 
nationales  françaises,  par  J.  A. 
Buchon.  (/.  CL.  de  Si  s  mon  di)  , 
52.  —  Guerre  des  Vendéens  et 
des  Chouans  contre  la  répu- 
blique française  (  N.  )  ,  71.  — 
Discours  du  général Foy  (/>.£.), 
83. — OEuvres  choisies  et OEu- 
vres  inédites  d'Évariste  Parny 
(X.  P.  D.  ),  90— Le  Petit  Pro- 
ducteur français,  par  Charles 
Dupin  (  Ferry) ,  374.  —  Du  sys- 
tème pénal  et  du  système  ré- 
pressif en  général, et  delà  peine 
de  mort  en  particulier  ,  par 
Charles  Lucas  (A.  Tcillandier), 
382. —  Histoire  de  la  guerre  de 
la  Péninsule,  par  le  général 
Foy  (Auguste  Fabre),  404.  — Le 
roman  de  Rou  et  des  ducs  de 
Normandie,  par  Robert  Wace 
(  Depping  )  ,  420.  —  Proverbes 
Dramatiques  par  Théodore  Le; 
clerc;  les  Soirées  de  Neuillv  ; 
Proverbes  romantiques  ,  par  A 


Romieu  ;  l'n>\ ei  hei  di  imai  \J 
quea  ,  de  I  l>.  Saui  a  ,.•  //.  p». 
lut] ,  i  j>).  I  «tu  t  de  Paotcur 
<lu  coucou i  i  oui  ii  i  .1  (  i.ii(-\  r  , 

eu  i  S  |6|  cii  !.i\  nu  de  l'aboli- 
tion de  !.i  peine  «le  nuut  ,  etc. 
De  1  i  jnsticede  pi  evoy.nice.  etc. 

par  Edouard  Ducpéiiàux  (  Ch. 

Relouant)  ,  63*.  —  Cromwell, 
drame  par  \  ietor  HogO  Chau- 

ee/\(i.)4.-  Le  Voyage  de  Grèce, 
poëmé  par  Pierre  Lebrun  (  H. 

l'ad/i),  665. —  Kelédor,  histoire 

africaine!  par  Roger  (Jomanf) , 

b;  >.  —Description  d'Egypte  pu- 
bliée par  C.  L.  F,  Panckoucke 
■KJ.   Jgoub),  GS8. 
d'ouvragea  rnsiis: Recueil  àvs 

actes  de  la  séance  solennelle  île 
l' Ai  ademie  impériale  des  scien- 

cea  «le  Saint-Pétersbourg  ,  fia 5. 

An  uomie,  74o. 

<  raie  (Élémens  d'),  etc., par 
P.  A.  Béclard,  746. 
-(Abrégé  d') physiologique,  etc., 
par  Philippe  Uccelli,  i5r. 

—  comparée  du  système  dentaire 
chez  l'homme  et  chez  les  prin- 
cipaux animaux,  par  Rousseau, 
i63 

—  de  l'homme  ,  etc.,  par  Jules 
Cloquet, publiée  parC.  de  Las- 
teyrie,  49 r»  748- 

Ancelot.  L'Important,  comédie  en 
vers,  290. 

Audi  al  liîs  (G.).  ^°.r-  Lemercier. 

Andrieux,  de  l'Institut.   Ccurs  de 
littérature  française,  287. 
Lettre  à  M***  au  sujet  d'un  ar- 
ticle  de  la  Gazette  universelle 
de  Lyon,  535. 

Anglcmont  (Edouard  d'  ).  Voyez 
Bei  the  et  Hobe:  t. 

Angleterre.  Voy.  Ghi.vde  Bre- 
tagne. 

Annales  romantiques  ,  Recueil 
de  morceaux  choies  de  Littéra- 
ture contemporaine,  2  r  (L 

Annuaire  pour  1828,  pnbliéaux 
frais  du  roi  des  Pays-Bas  ,  479 


par   le  Bu 


H8", 


an    des    longitude! 
île  l'ai  is,    [8g 

Ansprflch'è  (  l  tàerdie      i'>>i  etht  nu 
Landes theile    </<•.   Gré      fl 
Ihtfim  Badent  ~]if\. 

A  •>  1 1 1  1 1  ta,  '»  îj. 

Ahtiqi  1 . 1  1,  688,  Bai. 

Apei in  géographique  lui  le  P61 

tugal,  etc.  ,  par  IL  S.,  5  1  4. 

Apologues  eu  quatre  vers,  traduits 
du  russe,  de  J.  J.  Dmitrief,  eu 
polonais,  par   B.  Reutta  ,  711. 

Aquarelle.  I'»y.  .Manuel. 

—  (  Art  de  peindre  à  1'),  par  Tho- 
mas Smith,  53t). 

Aqueduc  (  De  Y  )  et  de  la  grande 
fontaine  de  Permise,  etc.,  par 
J.  B.  Vermiglioii  ,  1  'yz. 

Aragon  (  Mlnc  Alexandrine).  Voy. 
Épicurien. 

ARCHÉOLOGIE  ,    253  ,    /J58  ,     4r>u. 

Voyez  aussi  Antiquités. 
Architecture,  233,  234,  *$7' 

—  Voy.  Dictionnaire. 

—  (  Traité  d'  )  de  Vitruve  ,  avec 
les  commentaires  de  plusieurs 
savans,  474. 

Ardenni  (Ph.).  Manuel  dupoélier 

fumiste,  755. 
Arfwedson.   Voyez    Nominations 

ACvnÉMIQUES. 

Arithmétique,  171;  27b. 

—  pratique,  par  Desnanot,   y5i. 
Arlincouit  (D').  Voy.  Ismaiie. 
Armet:  Voy.  Isambert. 

A:  nault  (Lucien).  La  Mort  de  Ti- 
bère, tragédie,  846. 

Art  militaire  ,  174  ,  55i  ,  737  , 
738,  818. 

—  Voy.  Kocqan  court. 

—  vétérin  vire,   166. 

— (L')  de  vérifier  les  dates, depuis 
l'année  1770  jusqu'à  nos  jours  , 
201. 

Arts  iniuistriels,  172,  374,  478, 
493,  735,  755. 

Artillei  ie  a  vapeur,  55l. 

As<  1  riQi,K.    Voy.  Sciences  reli- 

G  I  h  USES. 
kfiMj  246,8  10. 


88',  TA 

Assal  (F.  JV.).  Nackrichten  ûber  die 
friïheren   Einwohner  von    Nord' 

A/ncrika,  herausgegeben  von  S.  J. 

Mone,  719. 
Assurances  (  Traité   des  ).  Voyez 

Boulay-Paty. 

terrestres.   Voy.  Quénault. 

Astronomie,  570. 

—  élémentaire  par  A.  Quetelet, 
traduite  en  hollandais  par  R. 
Lobatto,  736. 

Athénée  royal  de  Paris,  294. 
Atlas  dé" géographieancienne,etc  , 
par  Letronne,  49^. 

—  géographique  et  statistique  des 
départemens  de  la  France  et  de 
ses  colonies,  756. 

—pour  servir  à  la  géograohiedes 
plantes,  par  Schouw,  717. 

—  des  oiseaux  d'Europe,  etc.,  par 
J.  C.Verner,  486. 

Auhuisson  de  Voisins.  Traité  du 
mouvement  de  l'eau  dans  les 
tuyaux  de  conduite,  754. 

Audouin.  Voy.  Crustacés. 

Au  Hasard;  fragment  sans  suite 
d'une  histoire  sans  fin,  etc.,  par 
Ad.Bréant,  79a. 

Aurore  boréale,  56g. 

Ava  (Deux  années  à  ),  par  Trant, 

B 


Babois  (M™« Victoire).  f.  Elégies. 

Balbi  (Adrien).  L'empereur  d'Au- 

tricheluifait  remettrela  grande 

médaille  d'or,  pour  son   Atlas 

ethnographique  du  globe,  56o. 

—  C.-M.,  593. 

Bailly  (J.L.  A)  Tor-Bibliothèques. 
Balistique  (  Théorie  )  ,  par  J.  F. 

Scheerde  Lionastre,  737. 
Barbarie,  246,  338. 
Barbier  (Antoine  Alexandre).  Voy. 

Catalogue. 
Barde(Le)  des  Vosges.  Recueil  de 

poésies,  par  Pellet,  519. 
Barigot.  Voy.  Télémaque  travesti. 
Barthélémy.  Voy.  Étrennes. 
Barué^Suîpice).  Voy.  Cuisinière. 


ANALYTIQUE 

Baudrillart.  Voy.  Code  forestier. 
Bautain  (L.).  Voy.  Morale. 
Bautier  (  Alex.  ).  Tableau  analy- 
tique  de  la  Flore   parisienne  , 
487. 
Bavière  (Prétentions  de  la  cou- 
ronne de)  à  la  possession  terri- 
toriale d'une  portion  du  grand- 
duché  de  Bade,  724. 
Beaumont  (  J.  A.  B.  ).    Travels  in 

BuenoS'Ayrts,  etc.,  44'  • 
Beaux-Arts,  146,  231,257.264  , 
3o2,  535,  579,688,796,  857. 
Béclard  (  P.  A.  ).  Voy.  Anatomie 

générale. 
Bécourt  (A.  de  ).  Art  de  fabriquer 
toutes  sortes  d'ouvrages  en  pa- 
pier ,  etc. ,  493. 
Art  de   construire   en   car- 
tonnage   toutes     sortes     d'ou- 
vrages, 493. 
Belîanger(  W.  A.  ).   Modem  french 

and  english  conversation,  24 ï- 
Belles  lettres.    Voy.  Littéra- 
ture. 
Belloc,  peintre.   M.  Boissy  d'An- 
glas.  Tableau  de  l'exposition  de 
1827,  à  Paris,  866. 
—  (Mme  L.  Swanton),  C.  Les  ar- 
ticles signés  L.  Sw.  B. 
Bennet  (  R.  G.  ).    Voyez    Décou- 
vertes. 
Benzel-Sternau.  Voy.  Conversion. 
Bergmann.  Manuel  des  maladies 

de  la  peau,  etc.,  i65. 
Berthe  et    Robert  ,  poème  ,   par 

Edouard  d'Angleniont,  782. 
Berville  (  Saint-Albin)  ,  C.  —  M. 

616. 
Bergei  y  (  E.  L.  ).  Voy.  Géométrie 

appliquée. 
Berne.  Voy.  Walthard. 
Bible.  Voy.  Villanueva. 

—  de  Vence,  en  latin  et  en  fran- 
çais, 178,  759. 

—  Voy.  Ecriture  sainte. 
Bibliographie,  108,  229,  »3o  , 

231,436,476,533,698. 
Bibliothèque    des    connaissances 
usuelles.  A.,  36. j. 


IIKS     M  \  l  I  »   Il  KS. 


— dramatique  italienne.  Publica- 
tion proenaine,  56  i- 

Bl  ni  i«>i  in  Q1   i    ,    :    Notices     liislo- 

i  iqaei  sur  Les)  anciennei  el  mo- 
dernes,  etc.j  par  J.  L.  A.  B.ùlh  , 

Bigel.  Examen  de  l«>  méthode  cu- 
ltive du  L)r.  Hahnemann  ,  j5 1. 

Bignan  (A.).  Voy.  Ermite. 

Bigot  deMorogues.  Voy.  Politique 
religieuse. 

BlOGB  kPHIBj  206,  449- 1  1 43, 467  . 
48i,  5i5,  7.ïr,775,8o5. 

—  des  hommes  rivaus  de  l'Angle- 
terre, 120. 

r>io°raphy  of  the  signers  to  the  de- 
ela  ration  of  in  dépende n  ce  of  th  e 
United  States,  iio. 

Birmans  (Empire  des),  701. 

Blanqui.  Histoire  de  l'exposition 
des  produits  de  1  industrie  fran- 
çaise, 197. 

lîlaqiijerc's  (  Ed.  ).  Lctters  foin 
Greece,  704. 

Blondcl,  peintre.  La  France  rece- 
vant la  Charte  constitution- 
nelle. Tableau  qui  orne  le  pla- 
fond du  grand  salon  du  Musée 
Charles  X,  3  II. 

boccace.  Voy.  Ciampi. 

Bohémiens  (Les), poème  russe,  i3o. 

Bon  Jardinier  (  Le  ),  almanach 
pour  l'an  1828,  par  A.  Poireau 
et  Vilmorin,  488. 

Bonnefond,  peintre  de  Lyon.  Une 
jenne  femme  secourue  par  des 
religieux.  Tahleau  de  l'exposi- 
tion de  1827,  à  Paris  ,  3 1 3. 

Bonnington,  peintre  anglais.  Une 
Vue  de  Venise.  Tableau  de  lu 
même  exposition,  3x6. 

B.H  y  de  Saint-Vincent,  C.  —  A.  , 
43. 

Bosellini   (  Ch.  ;.   1  oyez   Nécro- 

LOGIK. 

Bor  vnique,  233,  247,  278,   i<S(i  , 

487,  541,  717. 

Botzaris  et  Chrysei ,  et  quelques 
héi  os  de  la  Grèce  moderne,  ro- 


histori 


\l< 


885 

l)a- 


Bouchené  I  .<  i<  i ,  (  '..     1',.,  767. 
Bouillon  ,  peintre.  La  Clément  <■ 

d'AugUSte    envers     China     Ta 

bleau    d'ornement    du   Musée 

Chai  les  X,  3i  i. 
Boulanger,  peintre.   Ma/.<  ppa  at- 
taché sur  un  cheval  indompté. 

Tableau  de  l'exposition  de  1827, 
à  Paris,  8TJ 2. 

Boula  v  -Paty(  P.  S.).  Traité  des 
assurances  et  des  contrats  à  la 
grosse  d'Emérigon  ,  ete. ,  189. 

Bourclvhardt  (Charles).  Rapport 
sur  les  établissemens  de  déten 
tiou  de  la  Suisse,  465. 

Bourguignon.  Manuel  du  jurv  . 
5o3. 

Boyard.  Des  libertés  garanties 
par  la  Charte,  186'. 

Biéant  (Ad.).  Voy.  Au  Hasard. 

Bus,  C. — B.,  5oo,  5a2. 

Breschet.  Voy.  Recherches  anato- 
miques. 

Bretonneau.  Notices  sur  les  pro- 
priétés de  quelques  insectes  de 
la  famille  des  cantharides,  571. 

Briseux.  Voy.  Racine. 

Biown.  Voy.  Hiéroglyphes. 

Buchon.  Voy.  Chroniques. 

BuENOS-A  YKES,  44  r- 

BuM.ETIN   BIBLIOGRAPHIQUE  (    III   )  : 

Allemagne  ,  i34>  4^6  ,  718.  — 
Chili,  iri.  —  Danemark  ,  1 33  , 


717. 


Etats  -  Unis,  108,  4^6 


698.--  France  ,  161 ,  483  ,  y4$ 
—  Grande-Bretagne,  117,  438, 
700.  —  Italie,  i5o,  470,  731. — 
P^ys-Bas,  i5j,  478,736.  — Po- 
logne, i32,  45i,  716.— Russie  , 
126,  446.  711. — Suède,  453.-- 
Suisse,  iqj,  465,  727. 

Bulos.  Voy.  Perspectn 

Burnouf (Eugène).  Voy.  Inde. 

Busoni.  loy.  Racine. 

Byron  (Lord)  et  quelques-uns  de 
ses  compatriotes ,  par  Leigh 
H  tint,  4  j 5. 


886 


table  analytique 

Catalogus  art i fie n 


Caan.  Rapport  sur  l'état  des  co- 
lonies de  bienfaisance  établies 
dans  les  provinces  septentrio- 
nales des  Pays-Bas,  481. 

Calendrier  du  dix-neuvième  siè- 
cle, 738. 

Calculs  faits,  à  l'usage  des  indus- 
triels en  général,  etc. ,  par  Le- 
uoir,  17  r. 

Callsthénie  ,  ou  Gymnastique  des 
jeunes  filles,  750. 

C.ilza.  Foy.  Dictionnaire  du  no- 
tariat. 

Campagnes  de  Cataiogne.  Foy. 
Mémoires. 

Canning  (  George  ).  Foy.  P»lé- 
moires. 

Canons  de  Perkins,   55i. 

Capefîgue  (B.).  Vie  de  saint  Vin- 
cent de  Paul,  206. 

Caradeuc  (De).  Foy.  Urbin  Fo- 
sano. 

Carové.  Utfbcr  die  ailein  seligma- 
chende  Kirche  ,  r  34 • 

Carové  (  Fréd.  Guill.  ),  C— B.  , 

Carte  figurative  de  l'instruction 
populaire  des  Pays-Bas,   y38. 

des  proportions  statistiques 

entre  les  provinces  du  royaume 
des  Pays-Bas  ,  par  H,  Somer- 
hausen,  738. 

Cartonnage.  Foy.  Bécourt. 

Carter  (  2V.  H.  ).  Le  tiers  from  Eu- 
rope ,    etc.  ,    43j- 

Cassas    (  Louis  François  ).    Foy. 

NÉCROLOGIE. 

Cassin  (Eugène).  Almanach  phi- 
lantropique ,  ou  Tableau  des 
sociétés  et  institutions  de  bien- 
faisance, etc. ,  509. 

Catalogue  des  livres  condamnés 
depuis  1814  jusqu'à  ce  jour, 
a3o. 

des  livres  imprimés  et  manu- 
scrits de  feu  M.  A.  A.  Barbier, 
■>  5 1 


sive  architecli, 
statuarii,  sculptons,  etc.  Grceco- 
rum  et  Romanorim  litlerarum  or- 
dine  positi  à  Julio  Sillig,  146. 

Cataracte  congéniale.  Foy.  Lti- 
sardi. 

Catherine,  ou  la  Mésalliance,  par 
M'»e  ***}  229. 

Catholicisme  (Le)  et  le  Protes- 
tantisme, considérés  dans  leurs 
constitutions,  etc.  ,  parClaus- 
sen,   1 33. 

Cauchy.  Usage  du  calcul  «les  ré- 
sidus ,  etc.,  276. 

Certitude  (Nouvel  Essai  sur  la  ), 
par  l'abbé  Vrindts  ,  5oi. 

Chacun  de  son  côté  ,  comédie  en 
prose,  par  Mazères,  297. 

Chai  mers  (  Thomas  ).  Foy.  Dis- 
cours. 

Champmarlin  ,  peintre.  Les  Ja- 
nissaires massacré  par  l'Aga- 
Pacha.  Tableau  de  l'exposition 
de  1828,  à  Paris,  863. 

Chancelier  (  Le)  et  les  Censeurs, 
roman  de  mœurs,  par  de  La- 
mothe-Langon  ,  790. 

Chansonnier  des  Dames,  62 1. 

Chants  du  siècle  ,  par  Adolphe 
Nicolas  ,  2  r3. 

—  helléniens  de  W.  Millier,  5  18. 

Charles  II,  ou  le  Labyrinthe  de 
Woodslock,  comédie  en  prose, 
par  Alexandre  Duval,  85r. 

Charles  Jean,  roi  de  Suède.  Foy. 
Recueil  de  lettres. 

Châtelain. Mémoire  sur  les  moyen  s 
à  employer  pour  punir  Alger  et 
détruire  la  piraterie,  etc. ,  5n. 

Chavannes  (  D.  A.  ).  Rapport  sur 
la  maison  de  détention  de  Lau- 
sanne, 4^5. 

Chauvet  ,  C— M.  ,  3a  1.  —  A., 
654-  —  N.  ,  590. 

Chieri.  Foy.  Cibario. 

Caildrens  (  The  )  fire  tide  ,  etc.  , 
ia5. 

Chili  ,    1  1  r  ,  a45. 

Chimie  ,  276  ,  735. 
-  expérimentale  (Coins  de  )  tp 


DES     M  \TI  1   •■.  I  S. 


8H-? 


pliquée  aux  ai  is  et  à  l'agricul- 
ture ,  par  Dubrunfaul ,  8  1 1. 

(   mi \ ; ■  .    17J. 

(   1111;  1  1  (.1  1 !  .     /  .  1      >i  1 1  mis     M  1- 
DICA1  1  S. 

Choron,  Foj .  Concert*. 
Christmas  {The)  Box,   i>\. 
Chroniques  (  Collection  des  )  oa« 

ti  on  aies  françaises  ,  etc.  ,  par 

J.  A.  Buchon  ,  A. ,  5-x. 
Chuomu.oci  1  .  1 33 ,  aoi. 
Ciampi  (  S.).  Leltera  dimcsseï  Gio 

Bocoaeio  ,  elc.  ,  l55. 
Cibrario  (  L.  ).  Délia  Storia  di  Chien, 

t54. 

Cicconi  (  Louis),  Voy.  j\Jalvic;i. 
Civilisation   de  l'Afrique.    f<y. 
Notice.  1 

—  de  l'intérieur  de  l'Afrique.  Voy. 
Drovetti. 

—  (  Progrès  de  la  ).  Voy.  Gou- 
dinet. 

—  en  France.  Voy.  Smith. 
Claiisseu.    Catholicisinens   og    Pro- 

ttstantismens  ,  etc.  ,   1  33. 
Climat  du  Chili,  245. 

—  (Tableau  de  l'état  du  )  en  Da- 
nemark, par  Schouv ,  717. 

Climatologie  (  Observations  pour 

servir   à    la  )    comparée  ,    par 

Schouv  ,717. 
Clinique  médicale,  etc. ,  par  Ler- 

minier,  i(>4- 
Cloquet  (  Jules  ).   Voy.  Anatomie 

de  l'homme. 
Code  forestier ,  etc.  ,  publié  par 

Baudrillart,  191. 

—  des  maîtres  de  poste  ,  des  en- 
trepreneurs de  diligences  et  de 
roulage  ,  etc.  ,  par  A.  Lanoë  , 
5o8. 

Cogniet  (  Léon),  peintre.  Saint 
Etienne  portant  des  secours  à 
une  pauvre  famille. Tableau  de 
l'exposition  de  T827,  à  Paris, 
863. 

Colderu!'-  Ro<:<  nvingc.  Dan.'ke  Re- 
ccsser  ,    718. 

Danske  Gnardsietter  og  Slads- 

retter,  718. 


Collège  i<>\ al  de  Frai  <  >■.  ,\-~ . 
de  (  renèi  t.    Voy.  Pian  d'amé- 
lioration. 

Col  Un  (Bfatthànt  r.dlcn  von)  nach- 
gelussene  tiédi  hte ,  fie  an 
ben  von  ./.  \><>n  Barrit/ter,  /\(Y\. 

( loLOMBIJ  ,  (i43. 

Colonel  (  Le  )  Duvar,  fils  naturel 

de  Napoléon,  etc.,   ■).).i. 

Colonies  belgiques  de  bienfai- 
sance de  Frenériks'Oord  et  de 
Wortel,  a64,  480,  481. 

Colonisations.  Voy.  Immigrations. 

Combat  (Le)  de  trente  Bretons 
contre  trente  Anglais,  etc. .  par 
G.  A.  Crapelet,  5i2. 

—  (  Le  )  de  Navarin  ,  par  E.  Mi- 
chelet  ,   520. 

Comédies  historiques,  par  L.  Né- 

pomucène  Lemercier,  220. 
Commerce,  700,  758,  809. 

—  (  Traité  sur  le  )  des  Pays-Bas  , 
par  J.  Van  Omverkrrk  de 
Vries,  739. 

—  de  France.  Voy.  Moreau 
(  César  ). 

Compagnie  des  mines  de  Real  del 
Monte.  Rapport  fait  à  l'assem- 
blée générale  de  cette  com- 
pagnie ,    438. 

Comte.    Théâtre  ,   220. 

Concerts  de  l'école  royale  de  mu- 
sique religieuse  ,  dirigée  par 
M.   Choron  ,  862. 

Conformation  de  la  terre.  Voy. 
Essai. 

Conseil  de  salubrité  ,    167. 

Conseil-d'État  (  Du  )  mis  en  bar 
monie  avec  les  principes  de  la 
charte    constitutionnelle  ,    par 


Mongalv 


r66. 


Considérations  générales  sur  la 
république  des  lettres  en  1827. 
M.,  5. 
j  Constantin  ,  peintre  sur  porce- 
laine. L'entrée  de  Henri  IV 
dans  Paris,  d'après  Gérard.  Ta- 
bleau de  l'exposition  de  1827. 
à  Paris  ,   868. 


Toi 


TARTE 

Deux    ; 


chl  es  ta  do   de 


Constantinople 

nées. 
Constitucion  politic 

Chile,    112. 
Contes.   Voy.  Romans. 

—  en  vers  et  poésies  de  Charles 
Pougens  ,   2  r5. 

—  irlandais  ,  précédés  d'une  in- 
troduction ,  par  P.  A.  Dufau  , 
53a. 

Conversations  françaises  et  an- 
glaises.   Voy.  Bellauger. 

Conversion  (Relation  historique 
de  la  )  des  comtes  Ch.  E.  et  G. 
Beuzel-Sternau  ,721. 

Cooper  (  Tk.  ).  Lectures  on  the  élé- 
ments 0/  political  economy,  108. 

Cordellier-Delanouf.  Voy.  Epî- 
tre. 

Correspondance  de  Fénélon  ,  la 
plupart  inédile  ,   211. 

Corse,  604. 

Cosmographie,  483. 

Cosmorama,  ou  Voyage  dans  les 
différentes  parties  du  monde , 

798- 

Coupin  (  P.  A.  ).  Voy.  Réclama- 
tion. 

Court,  peintre.  La  mort  de  César 
et  la  mort  d'Hippolyte.  Deux 
tableaux  de  l'exposition  de 
1827,  à  Paris,  3i5. 

Coxe  (William  ).   Voy.  Espagne- 

Crapelet  (  G.  A.  ).  Voy.  Combat. 

Crivelli,  avocat,  C. — B. ,  507. 

Cromwell  ,  drame  ,  par  Victor 
Hugo  ,  A.  ,  6 5 4. 

Crustacés  (  Système  nerveux  des). 
Mémoire  y  relatif  d'Audoin  et 
Milne  Edwards,  838. 

Cuisinière  (La)  de  la  campagne 
et  de  la  ville,  parSulpiceBarué, 
172. 

Cultf..  Voy.  Sciences  reli- 
gieuses. 

Cuvier  (  Baron  ).  Histoire  natu- 
relle des  poissons  ,  A.  ,  43. 


ANALYTIQUE 


I) 


Daminois  (M'»*  Adèle).  Voy.  Me^ 
Souveuirs. 

Danemark,  i33,  a5i,  717,  817. 

Dante  Allghieri's  lyrische  Gedichtc, 
ùbersezt  von  C,  L.  Kannegies'er, 
i45. 

Daiing  (M',,e).  Voy.  Botzaris. 

Davuidof  (  Denis  ).  Examen  de 
trois  passages  des  Mémoires  de 
Napoléon,  448. 

Debraux  (  Em.  ).  Voy.  Peyron- 
net. 

Decaisne  ,  peintre.  Ses  tableaux 
à  l'exposition  de  1827,  à  Paris  , 
86  7. 

Découvertes  (Dissertation  sur  les) 
des  Belges  dans  l'Amérique  , 
l'Australie,  etc.,  parR.  G.Ben- 
net  et  J.  Van  Wyk,  160. 

Decrusy.  Voy.  Isambert. 

Defauconpret  (  A.  J.  B.  ).  Voy. 
Reuben  Apsley. 

Degeorge  (  Frédéric  ).  Voy.  Es- 
says. 

Delacroix  ,  peintre.  L'empereur 
Justinien  composant  ses  lois. 
Tableau  d'ornement  du  musée 
Charles  X,  3i3. 

Un   Christ  au  Jardin   des 

Olives.  Tableau  de  l'exposition 
de  1827,  à  Paris  ,  3i5. 

Delaroche  ,  peintre.  La  mort  du 
président  Duranti.Tableaud'or- 
nement  du  musée  Charles  X , 
3n. 

Sardanapale.   Tableau   de 

l'exposition  à  Paris,  582. 

La  mort  d'Elisabeth.  Ta- 
bleau de  la  même  exposition  , 
858. 

Delavigne  (  Casimir  ).  La  Prin- 
cesse Aurélie,  comédie  en  \er^, 
848. 

Delisle  or  the  distrustfuî  man,  .}  i  >  ■ 

Deloime,  peintre.  Hector  repro- 
chant à   Paris  sa   1  Acheté.  Ta- 


bleau  de  l'exposition  de  1827, 

..  Paria,  58s. 
Déportation  des  forçats  libérés. 

/'en.  ( Ibsen .11  louai 
Depping,  C.     A.,  4*0. — B.,  719. 

'  I  I  tO  N  I    10  \l)J-  .M  1- 

QUSS. 

Dercj  (  François  ).  rioj.  Mo- 
lière. 

Desmasières  f-J.  B.  II.  J.  ).  Voy. 
Plantes  cryptogames. 

Desnanot.  Voyez.  Arithmétique 
pratique. 

Désormcry  (  M,no  Eveline  ).  Poé- 
sies, 707. 

Dfssin,  a3i,  a3?.,  233,  ?.5-,  538, 
539. 

Deux  Années  à  Constantinople  et 
en  Morée  ,  etc.,  par  C...  D... , 

537: 

Dcvéria  (Eugène  ),  peintre.  La 
naissance  de  Henri  IV.  Ta- 
bleau de  l'exposition  de  1827, 
à  Paris ,  3i4- 

—  Voy.  Iconographie  instruc- 
tive. 

Dictionnaire  d'Architecture  , 
etc. ,  par  Vagnat  ,  233- 

—  bibliographique  des  savans, 
historiens  et  gens  de  lettres  de 
la  France,  par  J.  M.  Guérard, 
533. 

—  (  Nouveau  )  de  poche  ,  fran- 
çais-anglais et  anglais-fran- 
çais, par  Th.  Nugent ,  542. 

—  historique  ,  etc.  ,  par  l'abbé 
F.  X.  deFeller,775. 

—  et  bibliographie  de  la  musi- 
que ,  par  Pierre  Lichtcnthal  , 
476. 

—  du  notariat,  par  Calz.a,  4 7 3 - 

—  de  peinture,  traduit  de  l'an- 
glais, par  Bulos,  538. 

Digby  (  Kenelm)    vojr.  Memoirs. 

Disciplinedes  collèges.  Voy.  Hum- 
hert. 

Discours  sur  la  révélation  chré- 
tienne, considérée  en  harmonie 
avec  l'astronomie  moderne,  par 
Thomas  Chalmers,  180. 

t.  xxwn. 


889 

pi  ononoé  à  l'onvei  [nre  du  col- 
lège de  New- York,  par  J.  Gris- 
com,  (36. 

inr  la  rél  ilé  ,  par  Saint-Albin 

Berrille,  M.,  616. 

-  du  général  Foj ,  A.  ,  83. 

Dmîtrlef  (  J.  J.  ).  J'oy.  Apolo- 
gue.. 

Dogmatique  («Système  de)  efareV 
tienne,   par  P.  E.  Muller,  i34- 

Doin  (  Mn"' Sophie  ).  Nouvelles 
blanches  et  noires,  229. 

Doitato's  Parallcl  beiween  the  ha- 
miltonian  System  and  the  old  Sys- 
tem ,  707. 

Douanes,  129  ,  546. 

Doublet  de  Boisthibault  (  J.  )  , 
C— B. ,  5o8. 

Dreux  du  Radier.  V*jr»  Mémoires 
historiques. 

DhOIT.   Voy.  JURISPBUDBBCS. 

-  fk  anç  vis.   Voy.  Galisset. 

DES   GENS  ,    2  46. 

NATUREL  ,    567. 

PÉNAL  ,    382. 

ROMAIN,    76L 

-  rural  (  Cours  de  )  ,  par  Gui- 
chard  père,  507. 

Droits  sur  l'importation  des  étof- 
fes aux  États-Unis,  546. 

Drolling ,  peintre.  La  Loi  des- 
cend sur  la  terre  ,  etc.  Tableau 
qui  orne  le  plafond  d'une  des 
salles   du   Musée  Charles  X  , 

3l2. 

Drovelti  (  Sur  un  projet  de  M.) 
pour  préparer  la  civilisation  de 
l'intérieur  de  l'Afrique  ,  M.  , 
344. 

Dubrunfaut.  Voy.  Chimie  expéri- 
mentale. 

Dnbuffe  ,  peintre.  Le  Souvenir 
et  les  Regrets.  Deux  tableaux 
de  l'exposition  de  18^.7,  à  Paris, 
864. 

Duchesne.  Examen  de  nos  lois 
électorales,  etc.,  -f>\. 

Duchesne  (  E.  ).  Voy.  Géométrie 
descriptive. 

57 


89O  TABLE    AN 

Uu  Coudrier.  Voyage  dans  la 
vallée  des  Originaux,  795. 

Uucpéliaux  (  Edouard  ).  De  la 
justice  de  prévoyance  ,  A.  , 
63a. 

Dufau  (  P.  A.  ).  Voy.  Contes  ir- 
landais. 

Dupin  (  Charles  ) ,  de  l'Institut , 
C— M.  ,  34. 

Le  petit  Producteur ,  A. , 

374. 

Voy.  Pagani. 

Voy.  Forces  électorales. 

Dupré  ,  peintre.  Un  Grec  arbo- 
rant l'étendard  des  Hellènes 
sur  les  murs  de  Salone.  Ta- 
bleau de  l'exposition  de  1827, 
à  Paris  ,  58o. 

Duval  (  Alexandre  ).  Voy.  Char- 
les II. 

Duvau.  Essai  statistique  sur  le 
départ.  d'Indre-et-Loire  ,  etc. , 
57a. 


E 


Eaux  thermales,  i5-2,6o4- 

Eclectisme,  ou  Premiers  Principes 
de  philosophie  générale  ,  par 
Fréd.  de  Reiffenberg,  i5g. 

École  gratuite  des  sciences  ap- 
pliquées aux  arts  et  métiers, 
établie  à  Dôle ,  275. 

Écoles  de  charité  ,  de  Lau- 
sanne, 828. 

Économie  domestique  ,  172  , 
238,  23g,  735. 

—  politique,  1 4  »  34- 

(  Leçons  élémentaires  d')  , 

par  Thomas  Cooper,  108. 
Voy.  Edmons. 

—  rurale,  i63,  23g,  735. 
Ecosse.  Voy.  Grande-Bretagne. 
Écriture    sainte    (    Introduction 

pratique  pour  tous  les  livres  de 

1'),  parC.  F.Staudlin,  456. 
Edda  (L')et  son  origine,  etc.,  par 

Finn  Magnusen,  717. 
Édits  et  Ordonnances  des  rois  de  In 

maison  d'Oldenbourg  ,  publiés 


Al.  Y  TIQUE 

par  Colderup-Rosenvinge,  718. 
Editions  (  T.  R.  ).   Practical,  moiol 

and  political  Economy ,  442- 
Edouard  etLucile,  ou  le  Patriote 

à  la   fin  du  xvme  siècle ,  par 

Th.  L.  792. 
Éducation,  465. 
Egerton  (Thomas).  Voy.  Life. 
Église  (  De  V  )  hors  de  laquelle  il 

n'y  a  pas  de  salut,  par  Carové, 

134. 
Egypte,  460. 
Egypte  (  Description  de  1'  ) ,  etc., 

publiée parC.L.F.  Panckoucke, 
,  A.,  688. 
Egyptiens  (  Des  jeunes)  envoyés  à 

Paris,  843. 
Élégies  et  autres  poésies  russes  de 

D.  Glébof,  45o. 
Élégies  et  poésies  de  Mme  Victoire 

Rabois,  784. 
Éloquence   (  Tentative  pour  re- 
tarder la    décadence  de  V  )  en 

Italie  ,  par    Charles  -  Antoine 

Pezzi,  732. 

DE  LA   CHAIRE,  ï34- 

DE  LA  TRIBUNE,  83. 

Éiucubrationsd'un  prisonnier  d'é- 
tat, etc.,  140. 

Emerigon.  Voy.  Boulay-Paty. 

Eméric-David ,  de  l'Institut.  C. — 

.     N.,878. 

Emétiques.  Voy.  Marcq. 

Émigrations  (  Rapport  fait  à  la 
Chambre  des  communes  d'An- 
gleterre sur  les)  et  les  colonisa- 
tions, A.,  394. 

Encouragement  donné  aux  let- 
tres par  la  duchesse  de  Parme, 
257. 

aux  sciences  par  l'empereur 

d'Autriche,  5 60. 

Encyclopédie  portative  ,  ou  Ré- 
sumé universel  des  sciences,  des 
lettres  et  des  arts,  484. 

Enseignement  élémentaire  , 
839. 

(  Propagation   de  I'   )  en 

France  ,  671 

-  industriel,  2-5,  84  • 


DU   r-  > 

Euteignement  dei  langue*,  /  ..w. 
Santagnelfo. 

'  c> .  l)oit;ilo. 

".  Prati. 
Pej  .  Ah.iIn  le  verbale. 
Entendement  (  Qu'est -ce  que  I  ) 
W.ins  son  étal  s. iin.' ,  etc. ,  par 
J .  I).  R0fBagaoii,73 r. 

I    M  rOKOLOOIB,  57  I . 

Ephémères  (Les),  ou  la  Vie  en  nu 
jour  ,  tragi-comédie  ,  par  Pi- 
card et  ***,  57S. 

Épicurien  (1/  ),  ou  la  Vierge  de 

Memphis,  traduit  de  l'anghisde 
Thomas Moore,  parMm0AIexan- 
drine  Aragon,  223. 

Épltre  à  sir  Walter  Scott,  par 
Cordellier-Delanouf,  219. 

Esclavage,  242,  810,  845. 

— des  nègres  dans  l'établissement 
français  du  Sénégal,  549. 

Espagne,  263. 

Espagne  (  L'  )  sous  les  rois  de  la 
maison  de  Bourbon  ,  etc.  ,  par 
W.  Coxe  ,  traduit  en  français 
par  A.  Muriel,  5i  r. 

Essai  sur  les  modifications  ap- 
portées à  la  conformation  de  la 
terre  depuis  sa  création,  par  Jo- 
seph J.  D.,  483. 

--•  statistique  sur  la  presse  pério- 
dique du  globe,  M.,  5()3. 

Essays ,  etc.  by  Frédéric  Degeorgc  , 

123. 

Etablissement     orthopédique     et 

gymnastiquedu  Mont-Parnasse, 
•   à  Paris,  294. 
Etats-Unis,  108,  242,  4^6,  54^5 

698,  727,  80g. 
Ethnographie  ,  23i  ,  4&6 , 536, 

673,  701. 
Etoile  (L')  des  Mages.  Recherches 

sur  l'année  de    1.»  naissance  de 

Jésus  -  Christ  ,     par    Frédéric 

Munter,  i33. 
l'.tiennes    à   M.  Villèle  ,    ou     nos 

Adieux  au  ministère,  par  Méry 

et  Barthélémy,  219. 

ÉxRBNNES  IITTIiRURFS,  1.3  \ ,  I  2  5  , 
2l6,  464  ,  521. 


1  m  ass.  ,s<ji 

I. un!»-  mu  la  révolution  grecque  1 

et  iur  l«'  101 1  probable  réati  vé 
.1  la  Grèce,  M.,  34g. 

Euripide.  '  <>y.  IIi.h  n  an  >. 

Exploitation  du  fer  par  lei  procé- 
dés anglais,  dans  la  mine  de  I  > 
\  oulte  ,  département  de  l'Aï  - 
dèche ,  -x-'\. 

Exploitation  dd  fer  par  les  procé- 
dés anglais,  846. 

Ex  position  des  produits  de  l'in- 
dustrie française.  Voy  Blanqui. 

—  des  beaux-arts,  à  Milan,  257. 
— des  ouvrages  de  peinture, à  Ma- 
drid* 264. 

—  des  tableaux  ,  à  Paris,  3o2, 
535,  579,796,857. 


Fablier  (  Le  )  de  Flore  ,  ou  Choix 
de  fables  sur  les  fleurs,  5a2. 

Fabre  (  J.  A.  ).  Notice  sur  la  ville 
de  Fréjus,  170. 

—  C. — A. ,  404. 

Fabrique  d'armes  (  Description 
de  la  )  de  Toula  ,  par  Joseph 
Hamel,  126. 

Falkensteins  Geschicnte  dèr geogra- 
phischfin  Entdeeiun&sreisen,  718. 

Faust  ,  tragédie  de  Goethe  »  tra- 
duite en  français  par  Gérard  , 
52  4. 

Feller  (F.  X.  de).  Voy.  Diction- 
naire historique. 

Femme  (La) ,  ou  les  six  Amours  , 
nouvelles  par  MmoElise  Voiart, 

224- 

Fénélon.  J  or.  Correspondance. 
Ferry,  (1— À.  ,  3-2.—  B.  ,  17.. 
Fleurs(Choix  des  plusbelles),etc, 
par  P.  J.  Redouté,  233. 

—  (  Choix  de  fables  sur  les).  Voy. 
Fablier. 

Flore  parisienne    Voy.  Bautici  - 
Foi  catholique  (Principes  sur  les- 
quels repose  la),  5oo. 
Fongeray.  Les  soirées  fie  Neuilly, 
A.,  429. 


Fontanna  ev  Bakzyseraia,  etc. ,716. 

Fontenelle  (  Julia  de  )  ,  C— B. , 
167. 

Forçats.  Voy.  Quentin. 

Forces  électorales  de  la  France  à 
la  fin  de  1827,  etc. ,  par  Char- 
les Dupin,  757. 

—  productives  et  commerciales 
du  midi  de  la  France  ,  3e  arti- 
cle, M.,  34. 

Forêts,  191,  T92,  193. 

Fossati,  C. — B.,  i5i,  i5s. 

Fouché  (  Paul).  Voy.  Amy  Rob- 
sart. 

Foy  (  Général  ).  Histoire  de  la 
guerre  de  la  Péninsule  sous 
Napoléon  ,  A. ,  404. 

Voy.  Discours. 

Fragmens  puisés  dans  ma  vie  et 
dans  mon  tems,  par  JeanWit, 
140. 

Fragonard,  peintre.  François  Iei 
accompagné  de  la  reine  de  Na- 
varre. Tableau  qui  orne  le  pla- 
fond d'une  salle  du  musée 
Charles  X,   307. 

France,  52,  71,  161,  273,  437, 
483,  497,  569,  745,  834. 

—  (  La  )  littéraire.  Voy.  Gué- 
rard. 

Francœur,  C. — B. ,  239,  493,  754, 
756. 

—  Comparaison  du  mètre  fran- 
çais avec  les  mesures  françai- 
ses ,  277. 

—  Cours  complet  de  mathéma- 
tiques pures,  75 1. 

François  de  Neufchâteau  (  Nico- 
las). Voy.  NÉCROLOGIE. 

Franklin  (  James  ).  The  présent 
state  of  Hayti ,   x  1 9. 

Fratricide  (Le),  ou  Gilles  de  Bre^ 
tagne,  chronique  du  xve  siècle, 
par  Walsh,  221. 

Fréjus  (Ville  de).  Voy.  Fabre. 

Fresuel  (  Aug.  Jean  ).  Voy.  Né- 
crologie. 

Frictions  mercurielles  employées 
avec  succès  contre  la  peste  , 
25q. 


naly  tique 

Friendship' s  (  The  )  offering  ,  etc.  , 

124. 
Frissard    (  P.   F.  ).    Théâtre  de 

Dieppe,  234- 


Galisset.  Corps  du  droit  fran- 
çais, etc.,  5o3. 

Gallois  (  Léonard  ).  Voy.  Lettres 
historiques. 

Gassies ,  peintre.  La  Mort  du  pré- 
sident Brisson.  Tableau  d'orne- 
ment du  Musée  Charles  X  , 
3n. 

Gautier  (  Mme  ).  Les  Amours  de 
Camoëns  et  de  Catherine  d'A- 
taïde,  53o. 

Généalogie,  483. 

Géographie,  458,  4g3,  494,  5i4, 
573,718,  719,756,759,  820, 
836. 

—  physique  et  historique  de  la 
France  ,  par  V.  A.  Loriol , 
756. 

Géométrie  descriptive  (Elémens 
de  )  ,  etc.  ,  par  E.  Duchesne  , 
492. 

—  (  La  )  appropriée  aux  arts  et 
métiers,  par  Lemaire,  4" 8. 

—  (Résumé  du  coûts  normal  de  ) 
et  mécanique  des  arts  et  mé- 
tiers, par  Pagani,  478. 

—  appliquée  à  l'industrie,  etc.  , 
par  E.  L.  Bergery,  753. 

Géorgiques  (Les)  de  Virgile  ,  tra- 
duites en  ottave  rima  ,  par  l'au- 
teur de  ï Iliade  italiana,  ySS. 

Gérard.  Voy.  Faust. 

Gérard ,  peintre.  Sainte  Thérèse. 
Tableau  de  l'exposition  de  1827, 
à  Paris,  857. 

—  —  Portrait  de  M.  Canning. 
Tableau  de  la  même  exposition , 
864. 

Gergonne  (J.  D.)  Annales  de  ma- 
thématiques pures  et  appli- 
quées, 239. 

Geringer.  Voy.  Inde  française. 

Geschitliche  Darsteilung  des   Biick- 


I »!  S     M  A 

tricts    (1er  Cnijcn    C.    i  .    urul    (»'. 

/  -  Siernau,  ji  t. 
(  ribelin  (  Jacques  ).  /'<»> .  N  i  cao- 

i  <>(.  ii.. 
Gioj'a  (.'/.)  Filoso/la  délia  tUttistica, 


•17 


Girard  de  Candemberg.  Notice 
sur  de  nouveaux  mortiers  hy- 
drauliques qu'on  obtient  avec 
les  arènes,  174. 

Glcbof\Dmitri).  Eiéguiii  drouguiia 
s  !  ikh  <  >  tvorcn  iia ,  4  5  o . 

6odefroi(  Mlk),  peintre.  Ses  ta- 
bleaux à  L'exposition  de  1827  , 
à  Paris,  866. 

Golbéry  (Ph.).  C— B.,  i/j5,  147  , 
462/541,  727. 

Gondinet  (Ad.)- C— B.,  186,  491, 
753,  769. 

Coup  d'œil  sur  les  progrès 

de  la  civilisation,  763. 

Goujon  (Jean).  OEuvre. Gravé  au 
trait  d'après  ses  statues  et  ses 
bas-reliefs  ,  par  Réveil,  797. 

Grande  -  Bretagne  ,117,  247  , 
437,  438,  55i,  700,  81  r. 

Granger,  peintre.  Pelée  délivrant 
Andromaque.  Tableau  de  l'ex- 
position de  1827,  à  Paris,  58o. 

Gravure  ,  799. 

Grèce.  160,  198,  349,  °^. 

—  (  Description  géographique  et 
archéologique  de  la),  par  Kr  use, 
458. 

—  (  Lettres  sur  la  ) ,  etc.  ,  par  Ed. 
Blaquière,  704. 

Griscom  (  John  ).  An  address  pro- 
nounced  at  the  opening  0/  the 
]Sew-York  high-school ,  436. 

Gros  ,  peintre.  Le  Roi  donnant 
aux  arts  le  Musée  Charles  X. 
Tableau  qui  orne  le  plafond 
d'une  salle  de  ce  Musée,  3o3. 

La  Gloire  s'appuyant  sur  la 

Vertu  ;  Mars  couronné  par  la 
Victoire  ;  le  Tems  élève  la  Vé- 
rité vers  les  marches  du  trône. 
Trois  tableaux  qui  ornent  une 
autresalle  du  même  Musée,  3o5. 

Quatre  portraits,  dont  l'un 


[KREfl  ^<J  » 

celui  <lu  Roi  1  cheval.  Tableaux 

<lr  1  exposition  <!<•  1  B%j  ,  ■>  Pa- 

1  is ,  865. 

Gouache.  Poj  ,  Manuel. 

Gudin  ,  peintre.  Ses  tableaux  ■> 
l'exposition  de  1 8^.7,  à  Paris  , 

867. 

Guérard  (J.  M.).  La  France  litté- 
raire, 533. 

Guérin  (Paulin),  peintre.  M.  de 
La  Mennais.  Tableau  de  l'ex- 
position de  1827,  à  Paris,  865. 

Guerres  des  Vendéens  et  des 
Chouans  contre  la  république 
française  ,  etc.  2 nic  article,  A.  , 

71,3  -, 

Guichard,  père.  Voy.  Droit  rural. 

Guide  des  jeunes  employés,  par 
N.  L.  Renson,  481. 

Guilford  (Comte  de).  Voy.  North. 

Guillemot,  peintre.  Clémence  de 
Marc-Aurèle.  Tableau  d'orne- 
ment du  Musée  Charles  X , 
3n. 

Gurney.  Voy.  Voiture  à  vapeur. 

Gymnastique  des  jeunes  gens, 
75o. 

—  des  jeunes  filles.  Voyez  Calis- 
thénie. 

H 

Hahnemann.   Voy.  Homéopathie. 
Haïti,  549. 

—  (  l'état  présent  de  ),  etc.,  par 
James  Franklin,  119. 

Hamel.  Opissanié  Toulskavooroujeï- 

navo  zavoda,  etc.,  116. 
Hamilton.  Voy.  Donato. 

—  Voy.  Santagnello. 

Hammer   (  J.   de   ).   Voy.  Collin. 

Ilaschke.  Voy.  Nécrologie. 

Haussez  (  B.  d'  ).  Rapport  fait  à 
l'assemblée  générale  de  la  So- 
ciété pour  l'extinction  de  la 
mendicité  dans  la  ville  de  Bor- 
deaux, 772. 

Hauterive  (C.  d').  Méthode  pour 
se  former  en  peu  de  tems  à  une 
prononciation  facileet  correcte 


TABLE    AN  A 

.les    langues   étrangères,    5c6. 
Hattlùt  (  lïilliam).  The  life  of  Na- 

pohon  Bonaparte,  44a« 
Heim,    peintre.   Le  Vésuve  rece- 
vant de  Jupiter  le  feu  qui  doit 
consumer  les  villes  d'Hercula- 
num,  etc.  Tableau  qui  orne  le 
plafond  d'une  des  salles  du  Mu- 
sée Charles  X,  307. 
Helîas,  oâer  geographisch  antiqua- 
rische  Darstellung  des  a/ten  Grie- 
chenlandes  von  Kruse,  458. 
Herbin  de  Halle.  Petit  Manuel  fo- 
restier, 192. 

Petit  Manuel   des    gardes 

forestiers,  193. 
Héreau  (  E.  ).  C— B. ,  129,  210  , 
218,  227,  45i  ,  5i8,  523,  713  , 
717,  787.  —  N.,  557,  et  les  ar- 
ticles signés  E.  H. 
Hennann  (G.).  Euripidis  Jon,  726. 
Hermite  (L')des  Alpes  ,  nouvelle, 

par  A.  Bignan,  226. 
Hersent,  peintre.  Ses  tableaux  à 
l'exposition  de  1827,  à  Paris  , 
866. 
Hervé.  Documens  sur  la  matière 
à  canon  et  sur  quelques  nou- 
veaux alliages  métalliques, etc., 

174. 
Hiéroglyphes   (  Aperçu   sur   les) 

d'Egypte,  etc.,  par Brown,78o. 
Histoire,  52,  71,  121,  137,  i4o, 

160,  204,  5ir ,5i2, 5i4, 703, 

704,777,778,77^,820. 

—  de  la  révolution  de  Colombie, 
par  José  Manuel  Restrepo ,  A. , 
643. 

—  de  Chieri ,  ou  Quiers  ,  en  Pié- 
mont, par  L.  Cibario,  1 54- 

—  de  la  Grèce  ,  par  V.  G.  Van 
Kanopen,  160. , 

— -  de  France  ,  depuis  la  fin  du 
règne  de  Louis  XVT  jusqu'à 
l'année  1825  ,  par  l'abbé  de 
Montgaillard,  777. 

—  (  Réfutation  de  1'  )  de  France 
de  l'abbé  Montgaillard  ,  par 
Laurent,   2o3. 

—  de  la  guerre  de  la  Péninsule  , 


LY  TIQUE 

sous  Napoléon  ,  par  le  général 
Foy,  A.,  404. 

—  de  Napoléon  ,  par  M.  de  Nor- 
vins,  5  i5. 

—  (  Manuel  de  l*  )  de  la  littéra- 
ture ,  par  Louis  Wachler,  t/\'$. 

— des  voyages  de  découvertes  géo- 
graphiques, par  Charles  Fal- 
kenstein  ,718. 

Histoire  littéraire  ,  i43. 

NATURELLE,   l6l   ,    162,  278. 

des  poissons  ,  par  le  baron 

Cuvier,  A.,  43. 

Homéopathie  du  docteur  Hahne- 
mann,  45 1. 

Homme  (  L'  ) ,  par  de  Lacépède  , 
161. 

Horn  (F.).  Shakespears  Schauspiele 
erlàutert ,  462. 

Horticulture,  488. 

Hugo  (Victor).  Voy.  Cromwell. 

Hugo  Grotius  et  Marie  de  Rei- 
gersbergen  ,  par  Jérôme  de 
Vries,  482. 

Humbert  (Jean).  Voy.  Plan  d'amé- 
lioration. 

Humbert  (F.).  Quelques  observa- 
tions sur  la  discipline  des  col- 
lèges,etc.,  5  to. 

Haut  (Leigh).  Lord  Byron  and  some 
of'nis  contemporaries ,  443. 

Hydrodynamique,  754. 

Hygiène  ,  238  ,  239. 

Hygiologie,  par  Achille  Vergari  , 
i5o. 


L 


Ichtiologie  ,  4^- 

Iconographie  instructive  ,  ou 
Collection  de  portraits  des  per- 
sonnages les  plus  célèbres  de 
l'histoire  moderne  ,  d'après  les 
dessins  de  Devéria  ,  texte  par 
Jarry  de  Mancy,  799. 

Iles  Ioniennes  ,  259. 

Important  (  L'  ),  comédie  en  vers 
par  Ancelot ,  299. 

Inde  française  (  L'),  ou  Collec- 
tion de    dessins    lithographies 


représentant  les  leniplei ,  etc. , 

«les  peuples  hîndoilSj  <"lc.  ,   par 

Gei inger  et  EdarlcN  ,  texte  par 
I'..  Bornouf,  a3i,  536*  798. 

LRDBfl   <>.;i  >  \  1  m  M  ,     ?46  ,    70 1  , 

8.0. 
Indicateur  (  L'  )     Orléanais  ,    ou 
Guide    des    étranger!    à    Or- 
léans, etc.,  par  Vergnaud  Ro- 
magneaî,  177. 
Industrie,  197,  279,  465. 
—  métallurgique  (  Etat  de  l')  en 

Saxe,  253. 
Influence  (  De  1'  )  des  futurs  pro- 
grès des  connaissances  écono- 
miques sur  le  sort  des  nations, 
M.,  r/,. 
Ingres  ,  peintre.  Homère  cou- 
ronné par  la  Victoire.  Tableau 
qui  orne  le  plafond  d'une  des 
salles  du  Musée  Charles  X  , 
3o8. 

Deux  portraits.    Tableaux 

de  l'exposition  de  1827,  à  Pa- 
ris ,  864. 
Institut.    Voy.  Sociétés  savan- 
tes. 
Institution  anti-pirate.  Voy.  Sid- 

ney  Smith. 
Instituts  de  Justinien.  Voy.  Or- 
tolan. 
Instruction  populaire  dans  le 
canton  d'Appenzell ,  254- 

des  Pays-Bas.    Voy.   Carte 

figurative. 
—  publique,  8o3,  804 •  Voy.  aussi 
Écoles,  Universités,  etc. 

à  Berlin  ,  56o. 

dans   le   grand-duché    de 

Saxe-Weimar ,  56o. 
Intervention  (  Del'  )  armée  pour 
la  pacification  de  la  Grèce,  par 
M.  de  Pradt,  198. 
Inventions,  246,  248. 
Irlande.    Vqy,  Grande-Breta- 
gne. 
Isambert,  Decrucy  et  Armet.  Re- 
cueil général  des  anciennes  lois 
françaises,   188. 
lsmalie,  ou  la  Mort  et  l'Amour, 


1  1  1  1  ), 

,H,/> 

roman  -  p«>i  dm 

par  <I'A 

.l.M- 

eoi.it 

,  r>v.5. 

[sograp 

hie      des      11 

.mines 

eélè- 

lues 

etc.,  S'i(j. 

Italie, 

i5o,  176,  1 

^7.  4'{7, 

47°> 

564, 

y'Ji,  8'5<>. 

Jaarbockje  o\>er,    1828,  etc.  ,   479- 

Jal  (  A.  ).    Voy.  Salon. 

Jaquotot  (  M,nc  ),  peintre  sur  por- 
celaine. Corinne  ,  Psyché  et 
l'Amour,  d'après  Gérard,  etc., 
etc.  Tableaux  de  l'exposition 
de  1827,  à  Paris,  868. 

Jakdin  âge.  Voy.  Horticulture. 

Jârry  de  Mancy.  Voy.  Iconogra- 
phie instructive. 

Jaunie  Saint-Hilaire.  Flore  et  Po- 
mone  françaises,  278. 

Jean  ,  par  Ch.   Paul  de  Kock  ,% 

793- 

Jobard  ,  lithographe  du  roi  des 
Pays-Bas  ,  est  parvenu  à  pro- 
duire des  morceaux  lithogra- 
phies supérieurs  aux  gravures 
en  cuivre  ,  833. 

Jomard,  C. — A.,  673. 

—  Lettre  au  sujet  des  jeunes 
Égyptiens  à  Paris  ,  dont  il  di- 
rige les  études,  844- 

Jones  (  Leslie  Grove  ).  An  exami- 
nation  nf  the  principles  of  legi- 
thnacy,  119. 

Journaux  et  Recueils  pério- 
diques. 

—  publiés  en  Angleterre  :  The 
(juarterly  Review ,  125.  —  The 
library  ofusefuî  knowledge,  364- 
—  The  fore ign  Review  ,  445.  — 
The  Athenœum  ,  709.  —  The 
Sphinx  ,   709. 

—  publiés  au  Chili  :  Roi  de  Poli- 
tiC(lm  —  Registre*  de  doeumentos 
del  Gobemio. —  La  Aurora — La 
Clave,  etc.  ,  1 1 1 .  —  Miscellanea 
polilica  y  litteraria,  112. 

—  publiés  en    Danemark  :  Revue 


N»j6  TABLE    ANA 

générale  de  toutes  les  publica- 
tions périodiques  de  ce  royau- 
me,  817. 

—  publiés  aux  États-Unis  :  The 
New-York  médical  and  physical 
journal,  110.  —  Le  Courrier 
des  Etats  -  Unis,  journal  fran- 
çais, à  New  -  York,  546.—  The 
north  american  médical  and  sur- 
gical  Journal t  à  Philadelphie, 
698.  —  The  american  Journal  of 
science  and  arts ,  à  Newhaven  , 
699- 

—  publiés  en  France  :  Le  Médecin 
du  peuple,  etc.,  à  Paris ,  2.38. 
—  Annales  des  mathématiques 
pures  et  appliquées ,  etc.  ,  à 
Montpellier,  i3g. — Journal  des 
connaissances  usuelles  et  pra- 
tiques ,  etc.,  à  Paris,  i3g. — 
Journal  Asiatique  ,  etc. ,  à  Pa- 
ris, 140. — Journal  de  la  Société 
d'émulation  du  département 
des  Vosges  ,  à  Épinal  ,  54o.  — 
L'Ami  des  champs,  journal  d'a- 
griculture ,  etc.,  à  Bordeaux, 
54i.  —  Journal  de  l'instruction 
publique,  à  Paris,  8o3.  Le  Ly- 
cée ,  journal  général  de  l'ins- 
truction, à  Paris,  804. 

—  publiés  en  Italie  :  Giornale  Li- 
gustico  di  scienze,  letlcre  ed  arti , 
à  Gênes,  i55. —  Annaliunwersali 
di  statistica ,  à  Milan,  ^35. — 
Technologia.  Annali  universali,  à 
Milan  ,  735.  —  Giornale  di  far- 
ina cia-chimica,  à  Milan,  735. 

— publiés  en  Russie  :  V.  Presse  pé- 
riodique.— Journal pont ay  soobst- 
chéniïa  ,  etc. ,  à  Pétersbourg  , 
71 3. — Journal  des  voies  de  com- 
munication. Traduction  fran- 
çaise du  précédent,  713. 

Jullien(M.  A.).  Fondateur-Direc- 
teur de  la  Revue  Encyclopé- 
dique ,  C.  —  N.  ,  875  ,  et  les 
articles  signés  M.  A.  J. 

—  Voyez  Nominations  acadé- 
miques. 


LYTIQUR 

Jurisprudence,  38a,  5o3,5o7 

818. 
Jury.  Voy.  Bourguignon. 

—  (  Établissement  du  )  dans  la 
république  d'Haïti,  549- 

Justice  (Dela)de prévoyance,  etc. 

par  Edouard   Ducpétiaux,  A.  , 

632. 
Juvénile  (  The  )  forge  t  me  not ,  etc. , 

124. 

K 

Kannegiesser  (Ch.  L.)  Voy.  Dante- 

Keepsahe  (  The),  124. 

Kelédor,  histoire  africaine  ,  re- 
cueillie et  publiée  par  le  baron 
Roger,  A. ,  673. 

Kirckhoff,  C.  —  B.  ,  i58.  —  N., 

—  Mémoires  sur  les  colonies  de 
bienfaisance  de  Frédéricks- 
Oord  et  de  Wortel,  480. 

Klaproth  (J.).  Voyez  Voyage  à 

Pékin. 
Kock  (    Ch.    Paul    de  ).     Voyez 

Jean. 
Krudner  (  Mme  de  ).  Voy.  Notice. 
Kruse.  Voy.  Hellas. 


Lacépède  (De).  L'homme  ,  161. 

Laffaille  (  G.  ).    Voy.  Mémoires. 

Lagneau  (L.  V.).  Traité  pratique 
des  maladies  syphilitiques  , 
492. 

Lamarque  (  Nestor  de).  A  la  mé- 
moire de  Talma,  ode,  218. 

Les  Novembriseurs,  impro- 
visation lyrique,  21  S. 

Lamothe-Langon.  LeChaucelier 
et  les  Censeurs  ,  roman  de 
mœurs,  790. 

Lampato.  Su'tlo  Stalo  deîf  agricol- 
tura  ,73i. 

Langlois  ,  peintre.  Le  passage  de 
la  Bérésina.  Tableau  de  l'expo- 
sition de  1827,  à  Paris,  861. 

La  mort  de  Hvrnetho  ,  au- 


LIS      M\TI 


tre  tableau  de   1 
sition  ,   5Si. 

Langloii    (m    Longue  vill< 
Manuel  du  lavis. 


i  même  «.■  \.  j  > <  » 


]  .  \   \(.  I     | 


anglaise.   Foi .  Nugent. 
gi  eccpie.  !  '  ) .  Rodieux. 

Lauoë  (  A.  ).  /'<>>•.  (Iode  des  maî- 
tres il.-  p0M< 

Lasteyrie  (C.  de).  Journal  des  con- 
naissances utiles  et  pratiques , 

—  fo/.  Anatomie  de  l'homme. 
Laurent,  foy.  Réfutation. 

Lavis  à   la  seppia.    0\>^,  Manuel. 

Lawrence  ,  peintre  anglais.  La 
duchesse  de  Berry  et  im  jeune 
fils  de  M.  Lambton.  Deux  ta- 
bleaux de  l'exposition  de  1827, 
à  Paris  ,  3*6. 

Le  Brun.  t'oy.  Nominations  aca- 
démiques. 

Lebrun  (Pierre).  Le  Voyage  de 
C.ièce,  poème,  A.,  665. 

Lebrun  (Isidore),  C— N.,835. 

Leclerc  (  J.  V.)  C— B. ,   t4§- 

Leclercq  (Théodore).  Voy.  Pro- 
verbes dramatiques. 

LÉGISLATION,    112,    1 88,    189,191, 

193,  193,  196,  5o3 ,  507,  5o8, 
549,  63u,  718,  723,  764,  766, 
767. 
—  (Réformation  de  la)  anglaise, 

8ir. 
Légitimité  (Examen  des  principes 
de  la),  par  Leslie  Grove  Jones, 
11g. 
Legravereud  (  Jean  Marie  Emma- 
nuel). Voy    NÉCROLOGIE. 
Lemaire.  De  Meetkur.st  op  de  Ku lis- 
te n  toege/iast,  47^- 
Lemercier    (  L.    Népomucène  ). 

Voy.   Comédies  historiques. 
Lendormy.    Reebercbes    sur    les 
poids  et  les  dimensions  à  don- 
ner aux  volans  ,  etc.  ,57t. 
Lenoir.  Voy.  Calculs  faits. 
Lenormand  (  L.  Sel».  ).    Voy.   Ma- 
nuel du  chandelier. 

C— B.,  a5o. 

Leoni  (  M.  ).   L*  Géàrgioht  di  Vit- 

T.  XXW'll. 


fc)7 

•,■'/'"    111  9Hà9t   lima   , 

Lepage  (  Ch.  ).   /  oj    r.\  ronftet 
l.ei  minier. Clinique  médical* 

publiée  par  ( >.  Andral  fils,  164. 
Primtevèi e  ,.  /<>>.  Rfnm- 

B^alç 
Lsironn  fcéogi  apbss  •"» 

(  ienne,  4Q^- 
Lethière,  peintre.  Saint  Ln:i 

fusant  de  créer  chevalier  l'émir 

Octaï.  Tableau  d'oj  uement  du 

Musée  Charles  X  ,  3 1 1. 
Lettre  de  niessire  Jean   Boccace 

à  maître Zanobieda  Slrada.ete., 

publiée  par  Seb.  Ciampi,  i.5>. 

—  de  saint  Vincent  de  Paul  au 
cardinal  de  La  Rochefou- 
cauld ,    etc.  ,  779. 

—  de  l'auteur  du  concours  ou- 
vert à  Genève  en  1826  ,  en  fa- 
veur de  l'abolition  de  la  peine 
de  mort ,  etc. ,  A. ,  632. 

—  au  Roi  sur  le  maintien  ou  l'or- 
ganisation du  conseil,  etc.,  par 
A.  Madrolle,  199. 

—  de  M.  Andrieux  à  M***,  au  su- 
jet d'un  article  de  la  Gazette 
de  Lyon ,  535. 

Lettres  écrites  d'Europe  ,  etc.  , 
par  N.  H.  Carter,  437. 

—  historiques  et  politiques  sur  le 
Portugal,  par  Joseph  Pecchio, 
publiées  par  Léonard  Gallois  , 
778. 

—  d'un  voyageur  à  l'embouchure 
de  la  Seine,  etc.,  par  A.  M.  de 
Saint-Amand,  497- 

Lew chine  (  A.).  Notice  historique 
sur  le  fleuve  Syr,  etc.,  75;/. 

Lihcrtés  (  Des  )  garanties  par  la 
charte,  etc.  ,  par  Boyard,  rSG. 

Librairie  ,  832. 

libraiY  (  The  )  of  tùl/èè  Know- 
ledge ,    etc.  ,    A.  ,    304. 

Lichtenthal  (  P.  ).  Dizionario  e  Hi- 
bliografia  drlla  mmica  ,  \~^. 

Life  ( The,  0/  Thomas  Egerton ,  ,  I     , 
8o5. 
I  —  (The)  in  (ht  West ,  etc. ,    \\  j. 
58 


898  TABLE    ANA 

Lisfranc.  Mémoire  relatif  à  la  rhi- 

noplastique,  837. 
Lithographie,   a'3i  ,  a3a,  491  » 

536,  537,798. 

—  perfectionnée.  Voy.  Jobard. 
Littérature    allemande  ,    i43  , 

i45,  463,464,  524,  526,  734. 

—  ancienne  classique,  733. —  an- 
glaise, IOI,  123,  124,  125,  223, 

3oo,  443,  444,  445,  462,  709, 
733  ,  781  ,  789.  —  biblique  , 
456.  —  chilienne,  ni  ,  112. 
—  danoise  ,  822.  —  espagnole, 
543.  —  des  États-Unis,  546.— 
française ,  5,  83 ,  90,  208,  210, 
211,  212,  2l3,  2t5,  216,  218, 
219,  220,  221,  222,  224,  225, 
226,  227,  228,  229,  287,  296, 
297»  299>  42o,  429,  5i6,  517, 
5i8,  519,  520,  52i,  522,  525, 
529,  53o,  53i,  532,  54i,  577, 
578,  654,  665,  673,  782,  784, 
787»  79°»  793>.794,  79$,  846, 
848,  85 1.  — italienne,  i45  , 
i55  ,  474  ,  564 ,  7^3  ,  734.  — 
orientale  ,  240.  —  polonaise  , 
i32,  716.  —  russe,  i3o,  45o, 
711  ,  716.  —  Scandinave,  717. 

Litton  Bulwer  (L.).  Voy.  O'Neill. 

Lobatto  (R.).  Recherches  sur  la 
sommation  de  quelques  séries 
géométriques  ,   736. 

— Astronomie  élémentaire,  par  A. 
Quetelet,  traduite  du  français 
en  hollandais,  736. 

Loéve  -Veimars.  Voy.  Romans 
historiques. 

Lois  (Anciennes)  françaises.  Voy. 
Recueil  général. 

—  (Comparaison  des)  françaises 
et  prussiennes,  par  O.  d'Oppen, 
723. 

— électorales.  Voy.  Duchesne. 

Longchamp  (Louis).  Voy.  Voca- 
bulaire grec-français. 

Loriol  (V.  A.).  Géographie  de  la 
France,  756. 

Lucas  (  Charles).  Voy.  Système 
pénal. 


LYTIQI3E 

Lusardi.  Mémoire  sur  la  cata  • 
racte  congéniale  ,  478 ■ 

M 

Machine  (De  la)  humaine  ,   de 

son  rapport  en  général ,   etc.  , 

par  Usiglio,   i5o. 
Madrolle  (A.).  Voy.  Lettre  au  Roi. 
Maffei.  La  Sposa  di  Messina,  ^34- 
Magnusen  (  Flnn  ).  Eddàlaeren  og 

dens  Oprindelse  ,  etc.,  717. 
Maisons  de  détention  de  laSuisse, 

465. 
Maladies  de  la  peau.  Voy.  Berg- 

mania. 

—  syphilitiques.    Voy.  Lagneau. 
— vénériennes  (sur  l'histoire  des). 

Lettres  de  Dominique Thienne, 
i5u 
Malvica  (  F.  ).  Sopra  Luigi  Cicconi 
et  la  tragedia  estanporanea,  etc., 

474- 
Mammalogie  (  Manuel  de  )  ,  par 

Primevère  Lesson,  162. 
Manuel  du  chandelier  et  du  ci- 

rier  ,  etc.,   par  L.  Séb.  Lenor- 

mand,  172. 

—  épistolaire  ,  à  l'usage  de  la 
jeunesse  ,  par  L.  Philipponde 
la  Madelaine  ,  208. 

—  forestier,  par  Herbin  de  Halle, 
192. 

—  des  gardes  forestiers,  par  le 
même,  193. 

—  du  jury,  etc.  ,  par  Bourgui- 
gnon, 5o3. 

—  de  miniature  et  de  gouache  , 
par  Constant  Viguier,  232. 

— du  lavis  à  la  seppiaetde  l'aqua- 
relle, par  Langlois  de  Longue- 
ville,  232. 

—  du  poèliei -fumiste  ,  par  Ph. 
'  Ardenni,  755. 

Manufactures,  126. 

Marcq  (A.).  De  l'action  des  ciné- 
tiques et  des  purgatifs  sur  l'é- 
conomie animale,  1 57. 

M.vkine,  l$4f>> 


DBS   MATIÈRES. 


Marlei.  For.  Inde  t*  nnc  i 

Martine*  de  la  Rota.  Obras  liceni- 
rias  ,  S  i  > . 

M  v  i  m  m  v  i  unis,  s3o,  478>  492, 
736,  753. 

pareil  (  îoura  complet  de  ),  par 
L.  13.  F  rancœur,  yS 1. 

Matière  à  canon.  Foy,  Hervé. 

Mau/.aisse ,  peintre.  La  Sagesse 
divine  donnant  des  lois  aux 
rois.  Tableau  qui  orne  le  pla- 
fond d'une  salle  du  Musée 
Charles  X,  3i3. 

Ses  tableaux  a  L'exposition 

de  1827,  à  Paris,  8;>7. 

Mazères.  Voy.  Chacun  de  son 
côté. 

Médecine.   Voy.  Sciences  medi- 

C  \I.ES. 

Mein  Besuch  Amerihas  ,   etc.,   727. 

Mélanges  de  théologie,  parMyns- 
ter,  i34- 

Mémoires,  Notices  et  Mélan- 
ges (I.)  :  Considérations  gé- 
nérales sur  la  république  des 
lettres  en  1827,  pag.  5.  —  De 
l'influence  des  futurs  progrès 
des  connaissances  économiques 
sur  le  sort  des  nations  (J.  B. 
Say),  14.  — Forces  productives  y 
et  commerciales  de  la  France  , 
troisième  article  (  Ch.  Dupin  ), 
34.  —  Notice  sur  la  civilisation 
de  l'Afrique   (  Chauvet  ),    32i. 

—  Note  sur  la  nécessité  de  faire 
cesser  les  pirateries  des  Etats 
barbaresques,  338.  —  Sur  un 
projet  de  M.  Drovetti  ,  pour 
préparer  la  civilisation  de  l'A- 
frique (  Pachb),  344.  —  Étude 
sur  la  révolution  grecque  (  Mi- 
chel Schinas  ),  349-  —  Essai  sta- 
tistique sur  la  presse  périodi- 
que  du  globe  (  A.  Balbi),  5g3. 

—  Voyage  aux  eaux  de  Pietra- 
pola  ,  en  Corse  (**  )  ,  604. — 
Discours  sur  la  Vérité  {Saint- 
Albin  Eer ville),  616. 

—  et  Rapports  de  sociétés  sa- 


899 

'  [o  , 

1  utilité 


vantei  en  France ,  >  15 
801. 

de   la   Société   suisse 
publique ,  £65. 

publiés  par  le  département  de 
L'amirauté  de  Russie,  416- 

lur  (es  campagnes  de  Cata- 
logne ,  par  G.  L.iffaille,  204. 

historiques   ,     et    anecdotes 
sur  les  reines  et  régentes  ,  par 
Dreux  du  Radier,  777. 
Me/noirs     of    the     right    honorable 
George    Ca  n  n  in  g  ,    1  2 1 . 

—  of  the  tante  ,  by  Thomas  Rede  , 

121. 

—  of  sir  Kcnebn  Digby,  jof\. 

—  (  Castrations  from  the  same  )  , 
704. 

Mémorial  des  camps  ,  par  J.  H. 

Urbain  ,  738. 
Mendibil  (  Pablo  de  ).  Resumen  hîs- 

torico  de  la  revolucion  de  losEs- 

tados  Unidos  Mejicanos,  yo"i. 
Mendicité     à    Bordeaux.     Voy. 

Haussez. 

—  (  Moyens  d'éteindre  et  de  pré- 
venir la  )  à  Marseille,  773. 

Méry.  Voy.  Étrennes. 

Mes  souvenirs,  ou  Choix  d'anec- 
dotes ,  par  Mme  Adèle  Dami- 
nois ,  227. 

MÉTALLURGIE  ,     253  ,    273  ,    437  , 

809. 

Métaphysique,    73 1. 
Météorologie  ,    479  >  489. 
Mexique  ,  437,   7o3. 
Michelet.  Le  combat  de  Navarin, 

520. 

Michelot  (A.),  C  — N.  279,  573, 

83o,. 
Mickiewicz    (   Adam  ).    Sonates 

russes  ,  711. 
Militaire   turc  ,  537. 
M  Une  Edwards.   Voy.  Crustacés. 
Miltou.  Le  Paradis  perdu,  traduit 

en  italien  par  L.  Papi,  734. 
Minéralogie,  485. 

—  (  Précis  de  )  moderne  ,  par  G. 
Odolant  Desnos ,  484. 


^OO  TAULE    AN 

—  de  fer  de  La  Voulte  ,  départe- 
ment de  l'Ardèche,  273. 

—  de  Real  del  Monte  ,  au  Mexi- 
que, /;38. 

—  de  plomb  sur  la  rivière  de  la 
Fièvre,  aux  États-Unis,  809. 

Minutoli  (  von  ).  Nachtrag  zu 
meinem    JVerke ,  460. 

Molière  ,  comédie  en  vers ,  par 
François  Dercy,   296. 

Monanteuil  ,  peintre.  Ses  ta- 
bleaux à  l'exposition  de  1827, 
à  Paris,  867. 

Monde  (  Le  )  en  estampes  ,  par 
Roujoux ,   494. 

Mone  (S.  J.).   Voy.  Assal. 

Mongez  (  M"™),  peintre.  Les  sept 
chefs  devant  Thèbes.  Tableau 
de  l'exposition  de  1 827,  à  Paris, 
582. 

Monnard  (  C.  )  ,  C— B.  ,  467  , 
73r. 

Mongalvy.    Voy.    Conseil-d'État. 

Montgaillard  (  Abbé  de  ).  Voy. 
Histoire  de  France. 

Monument  en  l'honneur  duTasse, 
élevé  à  Rome,  564- 

Moore  (  Thomas  ).  Voy.  Épicu- 
rien. 

Morale  ,    182  ,  276  ,  5io  ,  616. 

—  (  La  )  de  l'Évangile  comparée 
à  la  morals  des  philosophes  , 
par  L.  Bautain,  181. 

Moreau  (César).  Tableau  com- 
paratif du  commerce  de  France 
avec  toutes  les  parties  du 
monde  ,  etc.  ,  700. 

Moreau  de  Jonnès,  C. — N. ,  260, 
549. 

Mort  (La)  de  Tibère,  par  Lucien 
Arnault,  846. 

Mortiers  hydrauliques.  Voy.  Gi- 
rard de  Caudemberg. 

Mouvement  de  l'eau  (  Traité  du) 
dans  les  tuyaux  de  conduite,etc, 
par  d'Aubuisson  de  Voisins  , 
754. 

Muczkowski.  PoezyeJHiAolaja  Sem- 
pa,  i32. 


ALYTIQTJE 

Molle,  (  P.  E.  ).  System  i  den  chris- 

telige  Dogrnatick,  i34- 
Muller  (W.).  Chants  helléniens, 

5i8. 
Munster  (  Graf  von  ).  Widerlegung 

der  ehrenriihrigen  Beschuldigun- 

geny  etc.  ,   \"$-j , 
Miïnter     (   Fr.   ).     Der   Stem     der 

Weisen  ,    i33. 
Muriel,  C— B.  ,   545. 

—  Voy.   Espagne. 

Musée  des   lettres  et  des  sciences 

de  Bruxelles,  83 1. 
Musique  ,  679,  852. 

—  Voy.  Lichtenthal. 
Mynster.  Praedikener,  etc.  ,  i34. 

—  Kleine   theologische   Schriften  , 
134. 


N 


Napoléon.  Voy.  Foy. 

—  Voy.  Hazzlitt. 

—  Voy.  Davuidof. 

—  Voy.  Norvins. 
Navigation,  713. 

par  ea  vapeur,  246. 

Nécrologie  :  Charles    Bosellini , 

célèbre  économiste  italien,  258. 
—  Frédéric  North  ,  comte  de 
Guilford  ,  chancelier  de  l'U- 
niversité des  îles  Ioniennes  , 
2fîo.  —  Augustin  Jean  Fresnel  , 
membre  de  l'Institutde  France, 
3l6.  —  Louis  François  Cassas  , 
inspecteur  général  de  la  manu- 
facture des  Gobelins,  à  Paris  , 
317. — Haschke,  poëteallemand, 
à  Vienne,  56 1.  —  Auguste  de 
Staël,  5^2. —  François  de  Neuf- 
château  (Nicolas),  5S7.  —  Mi- 
chel Pt'chaf,  auteur  dramatique, 
à  Paris,  588.— Miss  Hélène  Ma- 
ria William* ,  de  Londres,  à  Pa- 
ris, 869. —  Jean  Marie  Emanuel 
Legraverend  ,  à  Paris  ,  870.  — 
Mme  la  comtesse  de  Ségur,  à  Pa- 
ris, 872. —  Jacques  Gibelin,  doc- 


1)1  , 

leur  en    médecine ,    .1    Ai\   en  1 
Provence 

Nicolai  (  Adolphe  ).  Chants  du 
liècle,  ■-'•  1  >■ 

Nisas  (Qonzague  île)-  Du  rempla- 
cement el  <lu  rengagement  dans 


L'a 


française,  (te,  7;» 


V>m 1 > v  1  ions  ai:  vmk.miquks  : 
Deppinçy  «le  Paris,  membre,  or- 
dinaire de  la  Société  archéolo- 
gique du  Nord,  établie  à  Co- 
penhagoe,  253.  —  Mitsc/ia  tich , 

de    Berlin,    et     Conybearc ,    de 

Londres,  correspondons  de  1  A- 

cadémie  des  sciences  de  Taris  , 
ijy.  —  Arfwedson  ,  de  Stoc- 
kholm ,  correspondant  de  la 
même  Académie  ,  5jo.  —  Marc 
Antoine  JtilUen.  de  Paris,  mem- 
bre correspondant  de  la  So- 
ciété royale  des  amis  des  scien- 
ces et  des  lettres  de  Varsovie, 
Si5.  —  Le  Brun,  membre  «le 
l'Académie  française,  839. 

Nortb  (Frédéric),  comte  de  Guil- 
ford.  Voy.  Nécrologie. 

Norvins  (général  de).  Histoire  de 
Napoléon,  5i5. 

Notariat.  Voy.  Dictionnaire. 

Notice  sur  la  civilisation  de  l'A- 
frique, M.,  3p.  1. 

—  sur  Mmc    de    Krudncr  , 
J\Jme  Adèle  du  Tbon  ,  4^7 

—  sur     le    gouvernement , 
mœurs,  etc.  des  nègres  du  pays 

deWalo,  par  le  baron  Roger, 
496. 
Nouvelles.  Voy.  Romans. 

—  grecques,  par  Félix  ***  ,  228. 

—  blanches  et  noires,  par  M',1C  So- 
phie Doin,  229. 

Nouvelles  scientifiques  et  lit- 
téraires (IV  )  :  Alger ,  i\G.  — 
Allemagne,  253,  5rio,  837.  — 
Antilles,  547.  —  Chili ,  245.  — 
Danemark  ,  îji  ,  817.  —  Es- 
pagne, 263. — États-Unis,  24?., 
546,  809.  —  France,  273,  569, 
834.  —  Grande-Bretagne  ,  247, 
55 1,  811.  —  Haïti,  54<j.—  Iles 


par 
les 


Ioniennes,   aSo^.         lnden  m  ini 
taies,  -x  jfi  ,  8m.         llulie,  25;  , 

—  Paris,  ij%,  56g  , 
8  16.  —  Pay<  -  Bus,  afi  |  , 

83  i.  —  Pologne,  557,8i5.  — 
EUwsie,  »(5o,  S  v>,  «s  1 5.  Séné- 
gal, 549.  —  Suisse  ,  254  ,  56i   , 

878. 

Novembriseura  (Les).  Voy.  Lu- 
marque. 

NiiiM'iit(  Th.).  Nouveau  Diction- 
naire de  poche  français  et  an- 
glais, 54a. 


0 


Observations  sur  les  votes  de 
quarante-un  conseils  généraux 
de  départemens  concernant  la 
déportation  des  forçats  libérés, 

OEuvres  choisies  d'Evariste  Par- 
nv.  A.,  90. 

—  complètes  de  Voltaire.  Nou- 
velle édition  de  Baudouin,  210. 

—  littéraires  de  François  Marti- 
nez  de  la  Rosa,  543. 

Olivier  (Culture  de  1')  sur  la  côte 
méridionale  de  la  Crimée,  25o. 

O' Neill  ,  or  the  Rebel  ,  a  poem  ,  bj 
Edw.  Ljtton  Ihtlwcr,  A.  ,  10  r. 

— ■  même  ouvrage  traduit  en  fran- 
çais, par  Mlle,Harriet  Prcbble, 
781. 

Oppen  (  O.  n>on  ).  Vergleiclmng  der 
franzo'Àschtn  und  preussischen 
Gesetze,  7 23. 

Ornithologie,  486. 

Orthopédie,  294. 

Ortolan  (  J.  L.  E.  ).  Explication 
des  Institutes  de  Justinien,  etc., 


Pacho,  C— M. ,  344. 

Pagani.  Résumé  du  cours  normal 
de  géométrie  et  mécanique  des 
arts  et  métiers,  etc.,  par  M.  Du 
pin,  478. 


C)02 

Panckoucke   (  C.  F.  L 
Egypte. 

Papi  (  Lazaro  ).   //   Paradiso  per- 
du to  ,  etc.  ,733. 
Paris,  276,  569,758,  836. 

—  et  ses  environs;  promenades 
pittoresques,  499- 

Parny  (  Évariste  ).  Voy.  OEuvres 
choisies. 

—  Voy.  Poésies  inédites. 
Pathologie   (Élémensde)  vétéri- 
naire, par  Vatel,  166. 

Patin  (  H.  ),  C— A.,  429,  665. 

Pauvres  ,  264  ,  4^5  ,  480  ,  77a  , 
773. 

Pays-Bas  ,  i57  ,  264  ,  478  ,  565  , 
736,  83i. 

Pecchio  (  Joseph  ).  Voy.  Lettres 
historiques. 

Peine  de  mort.  Voy.  Système  pé- 
nal. 

Voy.  Lettre. 

Peinture  ,  257,  264,  3oa , 535, 
5:9>  796>  ^7. 

SUR  PORCELAINE,  868. 

Pelet  (Général).  Coup  d'œil  mili- 
taire sur  le  Portugal,  776. 

Pellet.  Le  Barde  des  Vosges,  5  19. 

Pendule  (Expériences  sur  le)  par 
le  capitaine  Sabine,  55r. 

Perdonnet  (Aug.).,  C. — B.,  254- 

Perkins.  Voy.  Canons. 

Perspective  à  l'usage  des  gens  du 
monde, etc.,  traduit  de  l'anglais 
par  Bulos,  538. 

Peste.  Voy.  Frictions  mercurielles. 

Peyronnet  devant  Dieu  ,  poëme 
en  quatre  chants,  par  Ch.  Le- 
page  etÉm.  Debraux,  524- 

Pezzi  (  C.  A.  ).  Tentativo  per  ritar- 
dare  l'estinzione  deîl  eloquenza 
in  ltalia  ,  j3i. 

Pharmacie,  735. 

Philippon  de  la  Madelaine.  Voy. 
Manuel  épistolaire. 

Philologie,  i59,  616. 

Philosophie,  149,  726,729. 

—  de  la  statistique,  par  Melchior 
Gioja,  470. 

Physiologie,  i5o,  i5i. 


TABLE    ANALYTIQUE 

).    Voy 


Physique-,  201,  277,551.- 

Picard(L.  B.  ).  Voy.  Sept  ma- 
riages. 

Voy.  Éphémères. 

Pichat  (  Michel  ).  Voy.  Nécrolo- 
gie. 

Picot,  peintre.  L'Étude  et  le  Gé- 
nie dévoilent  l'Egypte  à  la 
Grèce.  Tableau  qui  orne  le  pla- 
fond d'uue  salle  du  Musée  Char- 
les X  ,  3o5. 

Piraterie.  Moyen  de  la  faire  cesser 
dans  la  Méditerranée,  246. 

Pirateries  (Moyens  de  faire  cesser 
les)  des  États  barbaresques,  M., 
338. 

—  (Moyens  pour  détruire  les)  des 
puissances  barbaresques  ,  par 
Châtelain,  5i  1. 

Plan  d'amélioration  pour  le  col- 
lège de  Genève,  par  Jean  Hum- 
bert ,  147. 

Plantes  .cryptogames  du  nord  de 
la  France,  par  J.  B.  H.  J.  Des- 
mazières,  486. 

Platine.  Voy.  Rêver. 

Plcdge  (  The  )  of  friendship  ,  etc.  , 
124. 

Pluquet  (Frédéric).   Voy.  Roman. 

Plutarque  des  Pays-Bas  ,  etc.,  par 
Ader,  741. 

Poëlier-fumiste.  Voy.  Ardenni. 

Poésie,  101,  i3o,i45,2i2,2i3, 
2t5,  216,  218  ,  219,  45o,  464  » 
517,  5 18,  519,  520,  52i  ,  522  , 
525,  711  ,  716,  733,  782,  784. 

DRAMATIQUE  ,    220  ,  296,   297  , 

299 ,  3oo ,  462  ,  524  ,  564,  $77  » 
578,  654,734,846,848,85r. 
Poésies    de  Mine  Éveline  Désor- 
mery,787. 

—  inédites  d'Évariste  Parny  ,  A., 
90. 

— polonaises  de  Nicolas  Semp,i  32 . 

—  posthumes  de  M.  de  Collin , 
463. 

Poids  et  mesures,  277. 
Poiteau.  Le  Bon  Jardinier,  48$. 
Police  de  Londres,  811. 


MIS     MAT 
l'or  |  i  loi   t|    i  I  Q  ,    l86,    IQQ  ,    '*>.j()  , 

3g  i,  5i  r,  724,  yiS  ,  8a  i. 
religieuse  el  philosophique!  <>u 
Constitution  morale  du  gou- 
vernement ,  par  Bigot  de  Rloro> 
gués,  182. 
Pologniî  ,  i3a  ,  /{5i  ,  557  ,  716  , 
8i5. 

Ponts  ET  CHAUSSÉES,  583,  7 1 3. 
Population  des   Pays-Bas.  Voyez 

Qnetelet. 
Portrait  de  Frédéric  II,  a86. 
PonruCx.vL,  778. 

—  Voy.  Aperçu  géographique. 

—  Voy.  Résumé. 
Pougens  (  Charles  ).   Voy.  Contes 

en  vers. 

Pouschkine  (Alexandre).  La  Fon- 
taine de  Bakhtchisaraï,  poème 
russe,  traduit  eu  polonais,  716. 

Pradt  (De).  Voy.  Intervention. 

Prati's  Ont  lin  es  of  an  improved  Sys- 
tem of  teaching  languagcs  ,  etc., 
707. 

Preble  Mil-  Harriet  ).   V.  O'Neill. 

Presse  périodique.  :  Journaux 
publiés  en  Russie,  55a. 

(Essai  statistique  sur  la  )  du 

globe,  etc..,  M., "593. 

en  Danemark,  817. 

Princesse  (La)  Aurélie  ,  comédie 
en  vers,  par  Casimir  Delavigne, 
848. 

Prisons,  283,  4^5. 

Prix  décernés  par  l'Académie  des 
beaux-arts  de  Milan  ,  2 Sy.  — 
Parla  Société  d'encouragement 
pour  l'industrie  nationale  de 
Paris,  279. 

—  proposés  :  —  par  la  Société 
médico-botanique  de  Londres  , 
248.  —  Par  la  Société  de  méde- 
cine de  Rouen,  275.  —  Par  la 
Société  des  sciences,  agricul- 
ture et  arts  du  département  du 
Bas-Rhin,  276.-- Par  la  Société 
d'encouragement  pour  l'indus- 
trie nationale  de  Paris,  281, 
282.— Par  l'Institut  royal  des 
Pays  -  Bas,   5(^7.  --  Par  la  So- 


s.  ,rr, 

<  irié  de  géographie  de  Parti , 
573.  —  Par  la  Sociétédei  bon 
nés  lettres  de  Paris,  577. 

PrOCeedÙtgS  nt  tlic  gênerai  meeting 
ofthe  court  of  pi  oprietors  ofthe. 
Puai  ciel  Monte  mining  Cornpanj  , 

438. 
Producteur  (Le  Petit)  français.  A., 

374. 

Proverbes  dramatiques  par  'lin  -- 
dore  Leclercq,  A.,  429. 

par  J.  B.  Sauvage,  ibid. 

—  romantiques, par  A Romieu,  ib. 

Prononciation  des  langues  étran- 
gères. Voy.  Hauterive. 

Public  characters  of  the  présent  li- 
mes ,  lao. 

Pujol  (  Abel  de  )  ,  peintre.  L'E- 
gypte sauvée  par  Joseph.  Ta- 
bleau qui  orne  le  plafond  d'une 
salle  du  Musée  Charles  X,  3o4. 

Purgatifs  Voy.  Marcq. 


Quénault  (H.).  Traité  des  assu- 
rances terrestres,  etc.,  189. 

Quentin.  Mémoire  sur  les  forçats, 
767. 

Quetelet  (  A.  ).  Recherches  sur  la 
population,  les  naissances  ,  etc. 
des  Pays-Bas,  i58. 
Voy.  Astronomie  élémentaire. 


R 


Rachel ,  par  M1™  la  comtesse  ***, 

794- 

Racine  ,  comédie  en  vers  ,  par 
Briseux  et  Busoni,  296. 

Rapport  général  sur  les  travaux 
duConseildesalubrité,etc,  167. 

Recherches  anatomiques  sur  le 
système  veineux  ,  etc.  ,  par 
Breschet ,  749. 

Réclamation  de  M.  Dubrunfaut 
au  sujet  d'une  Notice  sur  le 
chlore,  insérée  danfl  le  16"  vo- 
lume de  la  Revue  Encyclopé- 
dique, 29^. 


904  TABLE    AN 

—  de  M.  Jos.  Schmid  ,  au  sujet 
d'une  Notice  sur  Pestalozzi , 
insérée  dans  le  même  volume 
de  la  Revue,   56 1. 

—  de  M.  P.  A.  Coupin  ,  au  sujet 
d'un  article  de  M.  Ferry,  in- 
séré dans  le  même  volume , 
583. 

—  du  baron  Roger,  au  sujet  de 
l'abolition  de  l'esclavage  en 
Afrique  ,  84 5. 

Recueil  général  des  anciennes 
lois  françaises  ,  par  Lsambert , 
Decrusy  et  Armet,  188. 

—  de  lettres ,  proclamations  et 
discours  de  Charles  Jean,roi  de 
Suède,  453. 

—  des  actes  de  la  séance  solen- 
nelle de  l'Académie  impériale 
des  sciences  de  Saint-Péters- 
bourg ,  A.  ,  625. 

Recueils  périodiques.  Voyez 
Journaux. 

Rede  (  Thomas  ).  Mémoires  du 
très -honorable  Georges  Can- 
ning ,    1  ?.  1 . 

Redouté  (  P.  J.  ).  Choix  des  plus 
belles  rieurs  ,  etc. ,  gravées  et 
imprimées  en  couleur,  233. 

Réfutation  des  accusations  inju- 
rieuses que  S.  A.  le  duc  de 
Brunswick  s'est  permises  contre 
son  auguste  tuteur  ,  etc. ,  par 
C.  de  Munster,   137. 

—  de  l'histoire  de  France  de 
l'abbé  Montgaillard  ,  publiée 
parUranelt  deLeuze  (Laurent), 

203. 

Reiffenberg  (  Fréd.  de  ).  Voy. 
Éclectisme. 

—  C.-B.,  161.— N.,  56p. 
Relations  commerciales  des  États- 
Unis  avec  la  France,  809. 

—  entre  les  États  chrétiens  et  les 
Barbaresques,  246. 

Religion.    Voy.  Sciences  reli- 
gieuses. 
Remplacement  (  Du  )  et  du  rcn- 

gagement    dans    l'armée    fran- 
caise  ,  par  M       ,  70^. 


ALYTIQUF. 

Renouard  (Ch.),  C—  B.  ,  iSfï, 
191.  —  A. ,  632. 

Renson  (  N.  LA  Voy.  Guide. 

Report  (  Third)  from  the  committee 
on  émigration.  A.,  394- 

République  des  lettres.  Voy.  Con- 
sidérations générales. 

Requête  aux  deux  Chambres  ,  iiu 
sujet  de  l'enseignement  élémen- 
taire, 83g. 

Rességuier  (Jules  de).  Voy.  Ta- 
bleaux poétiques. 

Restrepo.  Historia  de  la  révolution 
de  CoJombia,  A. ,  643. 

Résumé  des  principaux  événe- 
mens  qui  ont  eu  lieu  en  Portu- 
gal à  la  fin  de  1826  ,  etc.  ,  par 
H.S.,5i4- 

Reuben  Apsley.  Histoire  du  tems 
de  Jacques  II  ,  par  Horace 
Smith,  traduite  de  l'anglais  par 
A.  J.  B.  Defauconpret,  789. 

Reutta  (B. ).  Voy.  Apologues. 

Réveil.  Voy.  Goujon. 

Rêver  (F.).  Discussion  sur  l'anti- 
quité de  la  découverte  et  de 
l'usage  du  platine,   485. 

RÉVOLUTION    FRANÇAISE,  Jl. 

—  grecque.  Voy.  Étude. 

—  mexicaine.  Voy.  Mendibil. 
Revue    encyclopédique.    Arti- 
cles y  relatifs,   287,  296. 

Rhinoplastique.   Voy.  Lisfranc. 

Richard  (T.),  C— N.,  3 18. 

Rigollot  fils  ,  C.-B. ,  i65,  453  , 
75o. 

Rocqhancourt  (J.  ).  Cours  élé- 
mentaire d'art  et  d'histoire  mi- 
litaire, 172. 

Rodieux.  Quels  sont  les  carac- 
tères distinotifs  de  la  langue 
grecque  ,  etc. ,   729. 

Roger.   Voy.  Notice. 

—  Voy.  Réclamation. 
Roger  (B.).  Voy.  Kelédor. 
Romagnosi  (  /.  D.  ).   Che  cosa  e  la 

mente  sana  ,  etc.,  ySl. 
Roman  (  Le  )  de  Rou  et  des  ducs 
de    Normandie  ,    par    Robert 


Waoe  ,    publié   par  Frédéric 
Pluquet ,   m.  A. ,    [*o. 
Rom  a  ki  ,   îîi  ,  aaa  (  1*3  »  aa4  » 

aa5,  aa(>,  aay,  aa8,  329,  i  [3, 
444,  5a5t  5a6,  5a(),  53o,  53 c, 
53a,  673,  789,  790,  793,  79I, 
79*>- 

—  historiques,  par  C.  F.  Van  der 
Velde  ,  traduits  de  l'allemand 
par  A.  Loéve-Veimars  ,  5a6. 

Romieu  (A.)  Foy,  Proverbes  ro- 
mantiques. 

Rossetti  (Ç.),  C— B. ,  i55. 

Rougemont  (Ch.  D.  de),  C.-B. , 
748. 

Rouillard  ,  peintre.  M.  de  Vilièle. 
Tableau  de  l'exposition  dei8a7, 
à  Paris,  865. 

Roujoux.  Le  monde  en  estampes  , 

494. 

Rousseau.  Voy.  Anatomie  com- 
parée. 

Rozet.  Description  géographique 
du  Bas-Boulonais,  836. 

Russie,  ia6,  a5o,  446,  553,  711, 
8i5. 


Sabine  (  Capitaine  ).  Voy.  Pen- 
dule. 

Saint-Arnaud  (  A.  M.  de  ).  Voy. 
Lettres  d'un  voyageur. 

Salû  (F.),  C.-B. ,  473,  474 ,  708. 
— N.,565. 

Salon  (Examen  du)  de  1837,  535, 

796- 
— (Esquisses,  croquis,  etc.,  sur  le) 

de  18:27,  par  A.  Jal,  535. 

Santagnelto's  impartial  examina- 
tion  of  the  hamiltonian  system 
of  teaching  langue gc s  ,  etc.  , 
707. 

Sauvage  (  J.  B.  ).  Foy.  Proverbes 
dramatiques. 

Say  (J.  B.),  C— M. ,  14. 

Scheer  de  Lionastre(J.  F.). Théo- 
rie balistique,  737. 

Scheffer  ,  peintre.  Charlemagne 
présentant   les    capitulaires   «à 

T.     XXXVII. 


M  \  1  I  I    I.  I  <jt)'l 

L'assemblée  «les  Prancf.Tablean 
d'ornement  du  mutée  Char* 
lei  A'  ,  3i3. 

Schnetl  ,    peintre.      I  <■    cardinal 

Mazarin  au  lit  <\r  mort.  Ta- 
bleau  d'01  in  meut    du    musée 

Charles  X  ,  3i  1. 
Le   consul    Boétius  ,     en- 
fermé  dans   la   tour   de  Pavie. 


Autre  tableau  du  même  musée, 

3ia. 
Schiller.  La  fiancée  de  Messine, 

tragédie,  traduite  en  italien  par 

Maffei,  734. 
Sehinas    (  Michel    )  ,     C— M.  , 

349; 

Sehmid  (  Jos.  ).  Voy.  Réclama- 
tion. 

Schmidt-Phiseldeck  (  Herr  von  )'und 
die  Uffentliche  Meiming,  jn5. 

Schonv.   Plantegeographisk    Atlas  , 

7X7- 

—  Skddering  of  Veirligcts  Tdstatid 

i  Danmark,  717. 

—  Beytrdgc  zur  vergleichenden  Cli- 
matologie, 717. 

Sciences  médicales,  iro,  i5o, 
i5i,  157,  i63,  t64,  i65,  a38, 
a47,  259,  275,  376,  45i,  478» 
49a,  698,  819,  837. 

MOIULES  ET  POLITIQUES  ,     52   , 

178,  374,  63a,  759. 

—  thysiques,  43,  161,  364,  483, 
6a5,  745,  819. 

—  religieuses,  i33,  i34,  178, 
180,  i8r,  456,  5oo,  5oi,  721, 
759,  817. 

Scott  (  Walter  ).  Impromptu 
adressé  au  mime  Alexandre  , 
856. 

Voy.  Kpitre. 

ScuLrTURE,  257,  796. 

Ségur  (  Mmc  la  comtesse  de).  Voy. 

NÉCROLOGIE. 

Sellon.  Lettre  sur  l'abolition  de 
la  peine  de  mort,  A. ,  632. 

Semp  (Nicolas  ).  Voy.  Muczkow- 
ski. 

SÉNÉGAL ,   549- 

Sept  mariages  (Los)  d'Eloi  Gai- 

59 


o6 


TABLE     ANALYTIQUE 


land,  par  L.  B.    Picard,  793. 

Sermons  danois  de  tous  les  di- 
manches  et  jours  de  fêtes  de 
Tannée,  par  Mynster,  i34. 

Serullas.  Observations  sur  l'oxi- 
bromure  d'arsenic,  276. 

Shakespeare.  Le  marchand  de  Ve- 
nise 3oo. 

—  OEuvres  dramatiques  com- 
mentées par  F.  Horn,  46a. 

Sicile,  117,  176. 

Sidney  Smith  (W.)  Lettre  au  su- 
jet de  l'institution  anti-pirate, 
339. 

Sigalon  ,  peintre.  Athalie  taisant 
égorger  tous  les  enfans  du  sang 
royal.  Tableau  de  l'exposition 
à  Paris,  3i5. 

Sillig  (Julius).^o;-.  Catalogus. 

Silliman( Benjamin). Journal  amé- 
ricain des  sciences  et  des  arts, 

Simond  (  L.  )  Voy.  Voyage  en  Ita- 
lie. 
Sismondi  (  J.  C.  L.  de  )  ,  C. — A.  , 

52. 

Smith.  Aperçu  de  l'état  de  la  ci- 
vilisation en  France,  763. 

Smith  (  Horace  ).  Voy.  Reuben 
Apsley. 

Sociétés  savantes  et  d'utilité 
publique  : 

—  en  Angleterre  :  Société  médico- 
botanique  de  Londres  ,  247. — 
Société  royale  de  Londres,  55 1 . 

—  en  Russie  :  Académie  impériale 
des  sciences  de  Saint-Péters- 
bourg, A.  ,  625. 

—  en  Pologne  :  Société  royale  des 
amis  des  sciences  et  des  lettres 
de  Varsovie,  81 5. 

—  en  Danemark  :  Société  établie 
à  Copenhague  pour  propager 
l'étude  de  la  physique  expéri- 
mentale, 25  r. — Société  archéo- 
logique du  Nord,  253. 

—  en  Suisse  :  Société  d'utilité  pu- 
blique de  Zurich,  465. —  Société 
d'utilité  publique  du  canton  de 
Vaud  ,  4^5.  —  Société  bâloise 


pour   l'avancement   du    bien  , 
465. 

—  en  Italie:  Académie  des  beaux 
arts  de  Milan,  257. — Académie 
Gioenia  ,  83o.  —  Académie  des 
géorgophiles  de  Florence  ,  83o. 

—  en  Espagne  :  Académie  des 
beaux-arts  de  Madrid,  264- 

—  dans  les  Pays-Bas  :  Société  de 
bienfaisance  fondée  par  leprince 
Frédéric,  265.  —  Société  Félix 
Meritis  d'Amsterdam  ,  272.  — 
Institut  royal  d'Amsterdam  , 
565.  —  Société  d'étudians  de 
Louvain,  568. 

—  (  dans  les  départemens  )  :  So- 
ciété d'agriculture  ,  commerce, 
sciences  et  arts  du  département 
de  la  Marne,  235. — Société  ar- 
chéologique de  Dieppe,  273. — 
Société  de  médecine  de  Rouen, 
275.  —  Société  des  sciences  , 
agriculture  et  arts  du  départe- 
ment du  Bas-Rhin  ,  275.  —  So- 
ciété d'émulation  du  départe- 
ment des  Vosges,  54o- — Société 
pour  l'extinction  de  la  mendi- 
cité dans  la  ville  de  Bordeaux, 
772.  —  Académie  des  sciences, 
belles-lettres  et  arts  de  Bor- 
deaux, 801. — Société  libre  d'é- 
mulation de  Rouen,  802.  —  So- 
ciété linnéenne  de  Caen  et  la 
Société  des  Antiquaires  de  Nor- 
mandie, 834. 

—  (à  Paris )  :  Institut  royal  :  Aca- 
démie des  sciences,  276,  56g  , 
836  . —  Acad.  française, 83g.  — 
Société  d'encouragement  pour 
l'industrie  nationale,  279. — So- 
ciété royale  pour  l'amélioration 
des  prisons  ,  283.  —  Société  de 
géographie,  573.  —  Société 
pour  l'instruction  élémentaire  , 
575.  —  Société  royale  des  bon- 
nes-lettres, 576. 

Soirées  (Les)  deNeuilly,  par  Fon- 
geray,  A.,  429. 

Somerhausen  (H.).  Voy.  Carte  fi- 
gurative. 


■■     I    I 


!>"" 


Sommation  (  Beclu  i  ch<  i  lui  U 
.!,•  quelques  »éi  iei  trigonomé- 
triques,  j).*\r  H.  Lobatto,  y3G. 
iJuuui  Mickiewicza  ,  etc.  , 

'■ 
SowiDiki  (Albert)  i  pianiste  polo 

unis,  879. 

Staël (  Auguste  do  ).  Fojr.  Nicao- 

LOGIE. 

Stassart,C. — B.,  482,  745. 
Stvtistique,  34,  i58,  470,  568, 
5/3,  593,  700,  738,  766,  757. 

—  littéraire  dos  Pays  -Bas,  83a. 

—  judiciaire.  Causes  jugées  par 
les  tribunaux  espagnols  en  1826, 
a63. 

Staiidlin  (C.  F.).  Lehrbuch  der  prac- 
tischen  Finleitung  in  aile  Bûcher 
der  thîhgen  Schrift,  456. 

Steuben,  peintre.  Pierre  le  Grand 

!  poursuivi  par  des  meurtriers  , 
ors  de  la  révolte  des  Strélitz. 

Tableau  de  l'exposition  de  1 827, 

à  Paris,  863. 
Suède  ,  453. 
Sueur-Merlin,  C. — B. ,  196,  494, 

757. 
Suisse,   147,  ^54,  4^7,  465,  56i, 

727,  828. 
Syphilis,  t5i,  492« 
Syr,  fleuve.  Voy.  Lewcbine. 
Système  pénal  (Du)  et  du  système 

lépressif  en  général,  et  de   la 

peine   de  mort   en  particulier  , 

par  Ch.  Lucas,  A.  ,  383. 


Tableaux  poétiques,  par  le  comte 
Jules  de  Rességuier,  5 17. 

Taillandier  (A.),  C— A.,  38a. 

Talma.  Voy.  Lamarquo. 

Tarif  général  des  droits  d'entrée 
et  de  sortie  de  l'empire  de  Rus- 
sie, 129. 

Tasse  (Le).  Voy.  Monument. 

Tkchnolugib.  Voy.  Arts  indus- 
triels. 

Télémaque  travesti,  poème  héroï- 


comique  eu  rei  1  l.iiM  s,  pai  lii 
1  igot,  11a. 

Tetnminck.  For.  Vei  oer. 

Ternaux  (  G.  j.  ).  Notice  sur  l'a- 
mélioration dei  troupeaux  en 
France,  i63. 

Théâtre  de  Dieppe  ,  par  G.  Pi 
l'iissard,  234. 

—  de  Comte,  220. 
Tu  1  vru  1  ,s  : 

—  de  Paris,  396,  577.  846. 
—  Anglais  à  Paris,  3oo. 

Théo  logis.  Voy.  Sciences  RELI- 
GIEUSES. 

Tbermos  (Essai  sur  les)  de  Rose) le, 
par  G.  G.  Uccelli,  i5s. 

Tbevenin,  peintre.  Henri  IV  don- 
nant audience  aux  professeurs 
du  collège  royal  ,  etc.  Tableau 
de  l'exposition  de  1827,  à  Paris, 
583. 

Thienne  (  Durn,  )  Sa  Va  sloria  de' 
ma'i  venerei,  etc.,  i5x. 

Thomas,  peintre.  Les  Barricades, 
et  les  Seize  au  parlement.  Ta- 
bleau d'ornement  du  Musée 
Charles  X,  3 12. 

Thon  (Mme  Adèle  du)  Voy.  Notice. 

Timkovski  (  G.  ).  Voy.  Voyage  à 
Pékin. 

Topographie,    175,  177,  497, 

^  499»  7a8- 
Traductions  : 

—  en  allemand ,  de  l'italien,  i45 
— en  français,  de  l'allemand,  i65, 

5?-4,  526.  —  de  l'anglais ,  180  , 
189,  233,5ii,538,  539,  780  , 
781. — du  latin,  779. — durusse, 
175,713,759. 

—  en  hollandais,  du  français,  736, 

—  en  italien  ,  de  l'allemand,  734. 

—  de  l'anglais  ,  733.  —  du  latin  , 
733. 

—  en  polonais,  du  russe,  711  , 
716. 

Tragédie  improvisée.     Voy.  Mai- 

vica. 
Traite  des  noirs.   Voyez  Esclv- 

▼4GB. 
Trant.  Two  jears  in  Ava%  70  t. 


g(>8  TABLE    ANA 

Travcls  through  Sicily ,  etc. ,  1 1  7. 

Tremblement  de  terre  aux  An- 
tilles, 547. 

Tribunaux  danois  de  la  cour  et 
des  villes  ,  publiés  par  Colde- 
rup-Rosenvinge,  718. 

—  espagnols.  Voy.  Statistique  ju- 
diciaire, a63. 

Trois  Sœurs  (Les),  par  Mme  \. 

L***,  22D. 

Tsigani,  i3o. 

TuBQUIE,  537. 


u 


Uccelli  (F.).  Compendio  di  anato- 
mia  fisiologico  -  comparata  ,    1 5  1 . 

—  (Gio.  Guai.).  Saggio  sulle  terme 
Rossellane,  i52. 

Universités  : 

—  de  Varsovie  ,  557.  —  de  Lou- 
vain,  568. — de  Moscou,  8i5. — 
—  de  Marbourg,  827. 

Urbain  (  J.   H.  ).   Mémorial   des 

camps,  738. 
Urbain  Fosano  ,  ou  la  Jettatura  , 

histoire  napolitaine,  par  de  Ca- 

radeuc,  529. 
Usiglio.    Délia     macchina    dell'uo- 

mot  etc.  i5o. 


Vagnat.  Dictionnaire  d'architec- 
ture, a33. 

Van  Kanopen  (  V.  G.  ).  Geschiede- 
nis  van  Griekenland ,  160. 

Van  der  Velde.  Voy.  Romans  his- 
toriques. 

Van  Wyk.  Voy.  Découvertes. 

Vatel.  Voy.  Pathologie. 

Ventriloquie.  Voy.  Alexandre. 

Vcrgari  {A.).  Igiologia,  etc.  ,  i5o. 

Vergnaud  Romagnesi.  Voy.  Indi- 
cateur. 

VermigUoli  (  Giov.  Bat.  ).  Dell'  ac- 
quedolto  e  dellafontanà  maggiorc 
di  Perngia,  etc.,  1. 

Veiner  (J.  C.  ).  Atlas  des  oiseaux 


LYTIQUE 

d'Europe  ,  pour  servir  de  com- 
plément au  Manuel  d'ornitho- 
logie de  Temminck,  486. 

Vernet  (Horace).  Jules  II  or- 
donnant les  travaux  du  Vati- 
can ,  etc.  Tableau  qui  orne  le 
plafond  d'une  salle  du  Musée 
Charles  X,  3o4. 

Philippe  -  Auguste  avant  la 

bataille  de  Bouvines.  Autre  ta- 
bleau d'ornement  du  même  Mu- 
sée, 309. 

—  —  Édithe  découvre  sur  le 
champ  de  bataille  d'Hastings 
le  corps  sanglant  d'Harold.  Ta- 
bleau de  l'exposition  de  1827,8 
Paris,  860. 

Le  Passage  du  pont  d' Ar- 
éole. Tableau  de  la  même  ex- 
position, 861. 

Mazeppa,  Tableau  de    la 

même  exposition,  862. 

Vie  de  saint  Vincent  de  Paul,  par 
B.  Capefîgue,  206. 

—  de  Napoléon  Bonaparte,  par 
W.  Hazzlitt,  442. 

—  dans  l'Ouest,  444- 

Viguier  (  Constant).  Voy.  Manuel 
de  miniature. 

Villanueva.  Recommandation  de 
la  lecture  de  la  Bible  en  langue 
vulgaire  ,119. 

Vilmorin.  Le  Bon  Jardinier,  488. 

Vinchon  ,  peintre.  Un  Vieillard 
grec  assis  sur  les  ruines  de  sa 
maison  incendiée.  Tableau  de 
l'exposition  de  1827,8  Paris, 
5So. 

Virgile.  Voy.  Leoni. 

Vit  ru  vii  Pollion  is  a  rchitectura,  4  7  4  •. 

Vocabulaire  grec-français  par  fa- 
milles, etc. ,  par   Louis  Long 
champs,  149. 

Voiart  (  Mm«  Elise  ).  La  Femme 
ou  les  Six  Amouis,  224. 

Voiture  à  vapeur,  nouvellement 
inventée  en  Angleterre  par  Gur- 
ney,  248. 

Volta  (  Alexandre  V  Relation  du 


DES  MAI  il.iu.v 


\n>.i^c  Littéraire  l'ait  en  Suisse, 

[73. 
\  oltaire.J  <>> .(  Jl'.nvi es  complétée. 

\  01  v<;  I  (Luis  les  ClDg  |>.u  lies  du 
inonde,  par  Albert  Hoiltémont, 

—  en  Amérique,  par  S.  de  N., 
727. 

—  «à  Buenos-Ayres  et  dans  1rs  pro- 
vinces de  Rio  de  la  Plata  ,  etc., 
par  J.  A.  BeauinontjOj^n  , 

—  à  Pékin,  à  travers  la  441-&<die 
par  Timkovski  ,  publié  par  J. 
Klaprotb,  175. 

—  (Supplément  du)  nu  temple  de 
Jupiter  Ammon  ,  par  Henri  de 
Minutoli,  4^0. 

—  -  en  Angleterre,  etc.,  par  N.  H. 

Carter,  437. 
— littéraire  en  Suisse,  par  A.  Voi- 
la, 473. 

—  en  Italie  et  en  Sicile  ,  par  L. 
Simond,  176. 

—  en  Sicile  et  aux  îles  Lipari,  par 
un  officier  de  la  marine  an- 
glaise, 117. 

—  aux  eaux  de  Pietrapola  ,  can- 
ton de  Fiumorbo  ,  en  Corse,  M., 
604. 

— (Le)  de  Grèce,  poëme  par  Pierre 
Lebrun,  A.,  665. 


9*9 

dam  li  Vallée  des  Originaux  , 
par  du  Coudrier,  -■,  <. 

VoYAOxa  <!<■  découverte!  eéogra* 

pilleurs.  / '■'}■.  FalkeneteiD. 

Voyageai1  (  Lettrei  d* an  )à  l'etn- 
boachure  <1<'  la  Seine  ,  par  A. 
M.  de  Saint-Amand,  497' 

Vries  (  Jérôme  de  )  Voy.  Hugo 
Grotiaa. 

—  (  Van  Ornveikerk  de)  Voyez 
Commerce. 

Viindts  (L'abbé).  Voyez  Certi- 
tude. 

w 

Wace  (  Robert  ).  Voy.  Roman. 

Wachltr  (  Ludw.  ).  Lehrbuch  der  Li- 
teratur-Geschichte,  i43. 

Walsh  (V.).  Voy.  Fratricide. 

Walthard  (R.).  Description  topo- 
grapbique  de  la  ville  et  des  en- 
virons de  Berne,  728. 

Williams  (  Miss  Hélène  Maria  ). 

Voy.    NÉCROLOGIE. 

Wit (J.). Lucubraùonen  cincsSlaats- 

gefangenen ,  140. 
— Fragmente  nus  meincm  Leben,  etc. 

i4o. 


FIN    I)K   LA    TABLIi  DU  TOME   XXXVII. 


ERRATA   DU   TOME    XXXVII. 

Cahier  de  Janvier.  Page  127,  ligue  33,  père  de  Pierre  le-Craml,  lisez:  grand' 
père  de  Pierrc-le-Grand  ;  p.  128,  1.  24,  la  somme  di  124  roubles  environ  ,  lisez  : 
la  somme  de  ii\  mille  roubles  environ;  p.  197,  I.  Ire  du  second  alinéa,  Barbe- 
Marbois,  lisez:  Barbè-Marbois  ;  p.  2t8,  1.  i5  du  2c  alinéa,  supprimez  la  vir- 
gule  après  le  mot  paraisse  ;  p.  220,  1.  9  du  '$"  alinéa  ,  et  à  qui,  lisez  :  et  à  la- 
quelle. 

Cahier  de  Février.  Page  383  ,  ligne  29 ,  justice  île  convention,  lisez  :  jus- 
tice de  conservation;  p.  384,  1-  8,  même  correction;  p.  i53  ,  I.  17,  et  de  ses 
j'rincipaux  collaborateurs ,  lisez  :  et  a  ses  principuur  collaborateurs. 

Cahier  de  Mars.  Page  599,  1.  3odu  tableau,  États-Unis,  840»  lisez  :  800; 
p.  601,  I.26  du  tablean,  Amérique  anglaise,  3o,  lisez  :4o;p.  712,  1.  5 
et  6  ,  qu'il  n'a  empt  unie  M.  Mollcvuut ,  lisez  :  qu'il  n'a  emprunte  à  .V.  Molle- 
vaut  ;  p.  787,  1.  8  du  2°  alinéa,  et  de  ses  sous  ,  lisez  :  et  de  ses  soins;  p.  8i5, 
I.  17  de  l'article  Moscou  ,  supprimer,  la  virgule;  p.  80  ' ,  I.  l5  du  2'  aliuéa, 
je  crios ,  lisez  :  je  croit. 


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hfiiih/invj    OL.V/1.     UUI      I  fo/U 


AP 


Revue  encyclopédique 


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